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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ La Commission européenne a rejeté, mardi, le projet de budget 2019 de l’Italie. Cécile Ducourtieux, correspondante du « Monde » à Bruxelles, a répondu à vos questions lors d’un tchat, mardi.
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Budget italien : « Bruxelles compte pour l’instant sur le dialogue et la pression politique »

La Commission européenne a rejeté, mardi, le projet de budget 2019 de l’Italie. Cécile Ducourtieux, correspondante du « Monde » à Bruxelles, a répondu à vos questions lors d’un tchat, mardi.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 18h45
   





                        


La Commission du président Juncker a confirmé, mardi 23 octobre, une décision sans précédent en réclamant au gouvernement italien qu’il lui soumette un nouveau budget prévisionnel 2019. Lors d’un tchat mardi après-midi, Cécile Ducourtieux, correspondante du « Monde » à Bruxelles, a répondu à vos questions.

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Vittorio : L’Italie peut-elle passer outre le rejet de la Commission pour son budget 2019 ?
Cécile Ducourtieux : En théorie, oui : les règles du pacte de stabilité et de croissance ont plein de défauts mais elles sont assez peu coercitives. En bout de course, la Commission a toujours la possibilité, dans les mois qui viennent, de recommander des sanctions financières à l’Italie, mais elle fera tout pour éviter d’en arriver là, sachant à quel point de telles décisions seront impopulaires en Italie. Bruxelles compte pour l’instant sur le dialogue et la pression politique que ne manqueront pas d’exercer les autres pays de la zone euro, tétanisés à l’idée que l’Italie les entraîne dans une crise financière. Enfin, la commission compte un peu aussi sur les marchés financiers, et sur ce fameux « spread » – différence entre le taux de l’obligation d’Etat italienne et allemande –, pour faire revenir le gouvernement Conte dans les rails.
Kopernik : Que se passera-t-il si l’Italie ne présente pas un budget conforme aux règles européennes dans trois semaines ?
Dans ces cas-là, la Commission pourra envisager de recommander l’ouverture d’une procédure dite de « déficits excessifs ». Le caractère excessif résulte d’un niveau de déficit budgétaire supérieur au plafond, bien connu en France, de 3 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, mais peut aussi résulter d’une dette publique supérieure à 60 % du PIB. Valdis Dombrovskis, le vice-président de la Commission européenne, a évoqué ouvertement cette possibilité, mardi 23 octobre après-midi. La procédure de « déficits excessifs » entraîne une surveillance plus rapprochée par Bruxelles des comptes publics d’un pays de la zone euro. Si le gouvernement de ce pays fait vraiment preuve de mauvaise volonté, et au bout de longs mois, voire d’années de procédure, il s’expose, l’année X, à une amende d’un montant égal à 0,2 % du PIB de l’année X -1.
Paulo : On parle de 3 % de déficit, mais là l’Italie prévoit 2,4 % pour 2019, ça reste dans les clous, non ?
Cette question est tout à fait pertinente : après tout, sur le papier, l’Italie respectera en 2019 le plafond de 3 % de déficits. Si la Commission considère qu’elle « viole » les règles européennes, agréées par tous les Etats membres, c’est qu’elle ne se conforme pas aux règles dites du « bras préventif du pacte de stabilité », qui concerne les pays contenant soit leur déficit sous les 3 % de leur PIB, soit leur dette sous un plafond de 60 %, mais qui sont en risque de crever l’un de ces deux plafonds, ou les deux d’un coup.
L’Italie est dans cette procédure depuis plusieurs années, avec un déficit certes contenu, mais une dette énorme, la deuxième plus lourde de la zone euro (131,2 % du PIB en 2017). Dans cette configuration, elle s’était engagée, en juillet, à réaliser ce qu’on appelle un « effort structurel » de 0,6 % de son PIB – c’est-à-dire à réduire ses dépenses publiques, structurellement (grâce à des réformes), de 0,6 % de son PIB. Or le gouvernement italien prévoit pour 2019 une augmentation structurelle des dépenses de 0,8 %. La déviation est énorme et handicape le pays dans sa capacité à rembourser sa dette.

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Coco : Pourquoi le budget italien est-il retoqué, alors que la France, dont les prévisions de déficit ne sont guère plus reluisantes, est épargnée ?  Les règles du pacte de stabilité et de croissance sont tellement complexes que même à Bruxelles, parfois, les experts sèchent… La France est restée neuf années durant dans le cadre de la procédure dite des « déficits excessifs » : sa dette ne cessait de grossir – elle se rapproche de 100 % du PIB – et son déficit public était bloqué au-dessus des 3 %. Elle a été beaucoup critiquée par les autres Etats membres pour cela. Le pays n’est officiellement sorti de cette procédure que cette année, et se retrouve donc dans le cadre de la procédure du « bras préventif » du pacte, comme l’Italie.
La règle, comme pour l’Italie, veut que la France produise un « effort structurel » de 0,6 % de son PIB par an, afin d’aider à réduire sa dette. Elle a droit, comme les autres, de dévier de cette cible de 0,25 % de PIB par an, ou de dévier de 0,5 % sur deux ans. En 2018, la France n’a produit un effort structurel que de 0,1 %, au lieu de 0,6 % attendu. Elle n’a pas été sanctionnée car elle a droit à ces déviations. En revanche, pour 2019, la Commission espérait qu’elle affiche un « effort » de 0,6 %. Or, dans le budget prévisionnel qu’elle a fait parvenir à Bruxelles le 15 octobre, la France ne table que sur 0,3 % d’effort. Soit un « ratage » de sa cible de 0,3 %.
Elle n’est pas seule dans ce cas : le Portugal, l’Espagne, la Belgique ont aussi « raté » leur cible de déficit excessif. La Commission a marqué le coup, le 19 octobre, en adressant un courrier, un « feu orange », à ces pays. Mais cela n’ira pas plus loin. On ne sanctionne pas brutalement un pays pour une déviation de 0,1 %, 0,2 % ou même 0,3 %, d’autant que la marge d’erreur dans les calculs entre Bruxelles et les capitales existe. Mais l’Italie, elle, affiche une déviation de 1,5 % d’effort structurel. On est dans une autre dimension.

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Question : Y a-t-il eu d’autres cas de refus comme cela ?
Jamais, c’est la première fois que la Commission prend cette décision avec un Etat de la zone euro. Elle aurait préféré éviter d’en arriver là, car les fonctionnaires européens savent ce que veut dire « rejeter » un budget. Cela peut être lu comme une ingérence dans les affaires internes d’un pays, même si ce pouvoir qui leur est conféré, cette « option nucléaire », l’a été avec l’assentiment de tous les pays membres.
Lorraine : Pourquoi Bruxelles se lance-t-il dans un bras de fer avec le gouvernement italien, qui n’attend que cette occasion pour se poser en rempart contre les technocrates ? Quelles seront ensuite les sorties de crise possibles ?
La Commission est coincée. L’institution est censée être la gardienne des traités. Le pacte de stabilité et de croissance permet pas mal de flexibilité et la Commission en a beaucoup joué ces dernières années – elle a ainsi autorisé l’Italie à ne pas comptabiliser 30 milliards d’euros comme du déficit public, entre 2015 et 2018.
Mais si elle laisse passer une violation aussi manifeste des règles, elle perd toute crédibilité. Et risque de provoquer une perte de confiance des investisseurs dans l’euro : le pacte est une des rares règles communes de la zone euro, assurant un minimum de convergence entre leurs économies. Enfin, un grand nombre de pays n’ont pas du tout envie que Bruxelles autorise Rome à s’affranchir des règles communes. Les pays baltes, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal s’y sont conformés bon an mal an, pendant la crise, en s’imposant des budgets d’austérité, et ne veulent pas de « deux poids deux mesures ». Ne parlons pas des Allemands et des Néerlandais, qui ont une vision rigoriste des règles.
Max : Vu sa dette et son déficit, l’Italie a-t-elle intérêt à imiter le Brexit et quitter l’Union européenne ?
Question très hypothétique. A mon avis, surtout pas.
Le Brexit ? Pour l’instant, cela ne se passe pas bien pour le Royaume-Uni, en proie à une crise politique continue depuis deux ans, ses dirigeants ayant du mal à assumer les conséquences concrètes du divorce.
Sortir de l’euro ? Cela ruinerait immédiatement les petits porteurs italiens, les retraités, etc. Les Grecs ont été tout près de sauter le pas, en juillet 2015, mais ils ont préféré rempiler pour un « contrat » prêts contre réformes, assez humiliant avec leurs créanciers européens, c’est dire.
Antoine Nueil : Plutôt que de négocier ad nauseam avec des pays qui trichent, plutôt que d’attendre un « Italexit », ne serait-il pas possible pour le Conseil européen de voter, à la majorité renforcée de 72 % (la même que celle prévue par l’article 50) l’exclusion, temporaire ou définitive, du pays qui triche ?
Décision radicale. L’Union européenne ne fonctionne pas comme ça : elle est fondamentalement fondée sur des Etats coopératifs et des gouvernements prêts à respecter leurs engagements collectifs. Elle n’est pas franchement armée pour répondre quand un membre ne veut plus appliquer les règles du jeu.
Toutes proportions gardées, puisque cela concerne l’Etat de droit, la Pologne est un peu dans le cas italien. Exclure brutalement Rome ou Varsovie parce que des gouvernements rechignent, contestent Bruxelles, sans tenter au maximum le dialogue, et ce serait très vite la mort de l’UE par fragmentation. Les réponses de l’Union paraissent forcément un peu « molles », longues, alambiquées. Mais encore une fois, elle préfère la carotte au bâton.
Pierre : Faut-il s’attendre à une réaction sur les marchés financiers, et quelles en seraient les conséquences ?
Les marchés ont commencé à réagir il y a déjà plusieurs semaines : le « spread » – l’écart entre le taux des obligations souveraines allemandes à dix ans et des obligations souveraines italiennes à dix ans – oscille désormais autour de 300 points, ce qui signifie un renchérissement conséquent de sa dette pour l’Etat italien.
Ces derniers jours cependant, le « spread » n’a pas trop bougé (il reste un peu au-dessus de 300 points), bien que, vendredi, l’agence de notation Moody’s ait dégradé la note de la dette italienne. Les marchés sont imprévisibles : peut-être avaient-ils déjà anticipé cette note ? Ont-ils également anticipé le rejet du budget italien par la Commission ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont mal orientés. Et que cela ne devrait pas s’améliorer dans les semaines qui viennent si Rome campe sur ses positions.
Gildas : Pourquoi les autres capitales européennes de la zone euro ne réagissent-elles pas plus publiquement ?
Certaines ont réagi : Bruno Le Maire, le ministre des finances français début octobre, lors d’un Eurogroupe, Olaf Scholz, son collègue allemand, lundi. Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, a évoqué le sujet lors du sommet de la zone euro, qui a eu lieu jeudi 18 octobre. Mais les gouvernements rechignent à se montrer mutuellement du doigt : souvent, ils se disent, la prochaine fois, ce sera mon tour… Pour l’instant, ils attendent que la Commission fasse son travail. Ils devront l’approuver lors d’une réunion des ministres des finances en décembre.
JulienG : La pression populiste euro-sceptique ne risque-t-elle pas d’être ravivée, voire légitimée, par cette décision qui sera fort impopulaire en Italie, mais pas seulement ?
C’est possible, c’est à craindre. La Commission en est bien consciente, mais que faire, encore une fois ? Ne pas faire respecter les règles communes et se décrédibiliser ? Mettre hors d’eux une grande majorité des autres gouvernements de l’Union ? La Commission marche sur des œufs : elle essaye de répondre le plus respectueusement possible au gouvernement Conte, appelle au dialogue, rappelle que « sa porte est ouverte », etc. Elle dédramatise. Et elle en appelle au peuple italien, répète qu’elle travaille avant tout pour lui, pour lui éviter une dette qui hypothèque l’avenir de ses jeunes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Dans le sillage de l’Aéropostale (3/8). Au quatrième jour du raid Latécoère, notre journaliste franchit le détroit de Gibraltar : moins de 15 km, mais, pour beaucoup, la distance d’une vie.
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Reportage

De l’Espagne au Maroc, l’impression de survoler un cimetière en pleine mer

Dans le sillage de l’Aéropostale (3/8). Au quatrième jour du raid Latécoère, notre journaliste franchit le détroit de Gibraltar : moins de 15 km, mais, pour beaucoup, la distance d’une vie.

Pierre Lepidi (Casablanca, envoyé spécial)
    



LE MONDE
              datetime="2018-10-23T18:30:29+02:00"

        Le 23.10.2018 à 18h30






    
Un avion du raid Latécoère-Aéropostale en approche de l’aéroport de Tanger, au Maroc, le 1er octobre 2018.
Crédits : JULIEN MASSON


Dans un ciel légèrement voilé, le DR-400 dans lequel Le Monde Afrique a embarqué sur les traces des héros de l’Aéropostale semble se déplacer avec autant de légèreté que les cigognes qu’il croise au-dessus de l’Espagne. A environ 6 000 pieds (2 000 mètres), l’air est stable, aucune turbulence. Le doux ronronnement du moteur est propice à la rêverie. Après le sud-ouest de la France et la Catalogne les jours précédents, l’Andalousie défile sous l’appareil. On survole l’ouest d’Algésiras, patrie du maestro de la guitare Paco de Lucia. Le port de cette ville du sud de l’Espagne marque l’entrée du détroit de Gibraltar, reconnaissable à son imposant rocher, sur la gauche de l’appareil. C’est dans un silence de cathédrale que nous quittons les côtes espagnoles pour traverser la Méditerranée.

        Présentation de notre série
         

          Dans le sillage de l’Aéropostale



Moins de 15 km séparent le Maroc de l’Espagne, l’Afrique de l’Europe. Mais pour beaucoup, c’est la distance d’une vie. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1 852 personnes en quête d’un avenir meilleur ont péri au cours de la traversée de la Méditerranée en 2018, près de 20 000 depuis 2015. Depuis la fermeture des ports italiens en juin et la politique hostile de Matteo Salvini, ministre italien de l’intérieur, à l’égard d’ONG telles que SOS Méditerranée ou Médecins sans frontières, cette mortalité en mer ne cesse d’augmenter : selon l’Institut pour les études de politique internationale, basé à Milan, elle est passée de 2 % à 7 % ces derniers mois et, en moyenne, huit personnes perdraient chaque jour la vie entre l’Afrique et l’Europe, contre trois en début d’année. Depuis la « fermeture » des routes libyennes, celle du Maroc est de plus en plus prisée par les migrants.
La Méditerranée engloutit sans se soucier des hommes, des femmes et des enfants. C’est un cimetière en pleine mer que nous survolons à présent. Vus du ciel, les deux continents semblent si proches, mais, du sud vers le nord, certains migrants mettent des années pour rejoindre l’autre rive, alors qu’il ne faut qu’une dizaine de minutes et quelques tours de moteurs dans l’autre sens. « Etre né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard », chantait Maxime Le Forestier.
La rencontre de l’océan et du désert
Nous atteignons le Maroc et l’on devine au loin la région du Rif. « Pour une question de protocole imposée par Rabat, vous devez atterrir », demande la tour de contrôle de l’aéroport de Tanger au DR-400 qui vient d’annoncer sa présence dans la zone. « Tanger, de Tango-Papa-Novembre… OK pour atterrissage », répond Bob Moreno, notre pilote, qui compte près de 300 heures de vol. Il y a des formalités administratives à remplir au Maroc, mais celles-ci doivent être faites plus au sud, à Tétouan, comme cela a été annoncé la veille au briefing du raid Latécoère-Aéropostale. Sur la fréquence 130 000 de l’organisation, on annonce que le roi Mohammed VI serait en déplacement et probablement dans la zone aérienne. Pour raisons de sécurité, il ne doit donc y avoir aucun aéronef aux alentours.

        Episode 1
         

          « Toulouse-Dakar à bord d’un Broussard, c’est le rêve d’une vie »



Le DR-400 contourne alors le port de Tanger et effectue un large virage sur sa droite pour s’aligner dans l’axe de la piste. L’avion est maintenant en phase d’approche à une altitude d’environ 1 000 pieds. « La restriction vient d’être levée, annonce subitement la tour de contrôle. Vous n’êtes plus obligés d’atterrir et vous pourrez faire vos formalités à Casablanca. Que décidez-vous ? » La piste est là, quasiment sous l’avion. Il y a un instant de flottement dans le cockpit. « Que décidez-vous ? », insiste la tour. Avec sang-froid, Bob Moreno remet les gaz, redresse l’avion, et le DR-400 rejoint les rivages de l’Atlantique.
Il épouse maintenant fidèlement la côte, survole Assilah, Larache… En bord de mer, on aperçoit des immeubles et des résidences de standing, où des milliers de retraités européens viendront trouver du soleil en hiver, le temps d’une migration saisonnière.

    
Survol des côtes marocaines lors du raid Latécoère-Aéropostale.
Crédits : Julien Masson


Plus au sud, la côte prend les allures d’une immense plage déserte. C’est la rencontre de l’océan et du désert, le contact de deux immensités. Saint-Exupéry et Mermoz ont admiré cette côte vierge, telle que l’avion la survole en ce moment, à basse altitude. Les habitants des villages de pêcheurs saluent l’appareil, des joueurs de foot interrompent leur match pour lever la tête. On se surprend à imaginer que, sans la verrière qui coiffe la cabine de pilotage, on pourrait sentir les embruns de la mer sur le visage.
Avec ses immenses serres sous lesquelles poussent des centaines de tonnes de tomates, la côte vue du ciel ressemble maintenant à un damier. En fin d’après-midi, l’avion se pose sur l’aéroport de Titt Mellil, à l’est de Casablanca. Sur le tarmac, les autorités marocaines récupèrent les passeports et les fiches de débarquement dûment remplies.
« Treize cailloux et dix touffes d’herbe »
La route qui mène au centre de la capitale économique du Maroc est saturée d’embouteillages. A quoi pouvait ressembler Casa au temps de l’Aéropostale ? Antoine de Saint-Exupéry l’a connue très tôt, à 21 ans, puisqu’il y a fait son service militaire en 1921. C’était au camp Cazes, au 37e régiment d’aviation, à quelques encablures de la ville. Au milieu de soldats désœuvrés, le jeune bidasse s’ennuie : « J’en ai assez de Casablanca. Si vous croyez que ça nourrit la pensée de voir treize cailloux et dix touffes d’herbes ? écrit-il. Il n’y a qu’une seule chose qui me plaise ici, ce sont les levers de soleil. Ils se développent théâtralement. »
Après un passage à Rabat, où il devient officier de réserve, et quelques années d’errance, Saint-Exupéry revient à Casablanca cinq ans plus tard en tant que pilote de l’Aéropostale. « A l’atterrissage, pas de baraque pourrie à rejoindre. C’est l’hôtel de luxe Excelsior, place de France, en face du mellah [quartier juif], raconte l’écrivain Bernard Bacquié, ancien pilote de Royal Air Maroc et commandant de bord chez Air France, dans Saint-Ex au Maroc (éd. Latérales). Des chambres de la façade, on embrasse le port, sa grande jetée et le phare d’Al-Hank. Les réclames le présentent comme le meilleur hôtel du Maroc. » L’aviateur s’y sent comme chez lui. « J’ai une bien belle chambre, écrit-il. C’est dommage que j’aie mis mes chaussures sur la table. Ça m’abîme le paysage. »

        Episode 2
         

          Quand Jean Mermoz bronzait à Barcelone entre deux vols



A la même époque, Jean Mermoz se sent aussi très bien à Casablanca. Celui que l’on surnomme « L’Archange » passe son temps à la plage, à pratiquer l’escrime, l’équitation, l’athlétisme… Il s’achète une Amilcar, un bolide pour l’époque. Il sort beaucoup et fait la conquête de toutes les belles : « Je vais probablement changer d’adresse, écrit-il. Je suis ennuyé avec ma propriétaire, qui est tombée amoureuse de mon indigne personne… Comme ça se complique ici et au-dehors, j’aime mieux changer de secteur. » Entre deux vols, il passe ses journées à remonter l’avenue du 4e Zouave, à se baigner à la plage de l’Anfa. Il passe ses nuits dans les dancings et autres lieux de plaisir qui font la réputation de Casablanca sur le continent. Il y a évidemment le Café Riche, où le jazz est roi, et le bar du Grand Hôtel. Les apéritifs, il les prend toujours à l’Excelsior.
Quatre-vingts ans plus tard, en face de l’ancienne médina, ce bijou de l’architecture néo-mauresque est toujours là. Mais sa façade blanche, désormais légèrement décrépie, n’illumine plus les soirées festives de Casa. Depuis quelques années, l’hôtel Excelsior est fermé. « Le propriétaire aurait eu des soucis avec le fisc ou un truc comme ça », murmure un passant. On n’en saura guère plus. Sous un ciel étoilé et en compagnie de musiciens traditionnels, le thé à la menthe se déguste brûlant chez l’un des glaciers du boulevard Mohammed-V.

Dans le sillage de l’Aéropostale : sommaire de notre série
Un siècle après le lancement de la célèbre ligne aérienne, le journaliste du Monde Afrique Pierre Lepidi a embarqué à bord d’un avion du raid Latécoère, qui, du 27 septembre au 5 octobre, a relié Toulouse à Dakar.
Présentation De Toulouse à Dakar, dans le sillage de l’Aéropostale
Episode 1 « Toulouse-Dakar à bord d’un Broussard, c’est le rêve d’une vie »
Episode 2 Quand Jean Mermoz bronzait à Barcelone entre deux vols




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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ Le président turc a contredit la version saoudienne d’un interrogatoire qui aurait mal tourné, mais a pris soin de ne pas nommer le commanditaire du meurtre.
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Par  Marie Jégo   Publié aujourd’hui à 18h11, mis à jour à 18h50   Lecture 3 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail                         Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le 23 octobre devant les parlementaires du Parti de la justice et du développement (AKP), à Ankara. Ali Unal / AP             Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a dit avec force, mardi 23 octobre, ce que des sources policières anonymes et les médias turcs répètent à l’envi depuis trois semaines : le journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi a été « sauvagement assassiné » à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.          Les déclarations de M. Erdogan, annoncées la veille comme susceptibles de faire « toute la vérité » sur l’affaire Khashoggi, n’ont apporté aucun élément vraiment nouveau, sinon qu’elles contredisent la version saoudienne des faits selon laquelle le journaliste a été tué dans l’enceinte du consulat après un interrogatoire qui aurait dégénéré en pugilat.            Agé de 59 ans, Jamal Khashoggi ne ménageait pas ses critiques envers le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, dit « MBS », notamment dans les chroniques qu’il publiait dans le Washington Post depuis son exil volontaire aux Etats-Unis à l’automne 2017. Personne ne l’a plus revu depuis qu’il a franchi la porte d’entrée du consulat saoudien à Istanbul, où il avait rendez-vous pour une démarche administrative, lundi 2 octobre à 14 heures.          Opération planifiée « plusieurs jours à l’avance »          Prenant la parole face au groupe parlementaire de son Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) à Ankara, M Erdogan, ovationné après avoir fait des deux mains la « rabia » (le signe de ralliement des Frères musulmans, les quatre doigts de levés, le pouce replié vers la paume), a exposé les détails d’une opération planifiée « plusieurs jours à l’avance ».          Celle-ci a été menée par une équipe de quinze Saoudiens, envoyée à Istanbul tout spécialement par Riyad, a-t-il confirmé. La préméditation ne fait aucun doute. En premier lieu, M. Khashoggi était attendu au consulat où il avait pris rendez-vous. Ensuite, les agents saoudiens dépêchés sur place ont effectué des repérages aux environs d’Istanbul juste avant le meurtre. Par ailleurs, les employés turcs de la résidence du consul avaient reçu un congé exceptionnel le 2 octobre, jour où le journaliste s’est présenté au consulat. Enfin, les caméras de vidéosurveillance du consulat ont été désactivées le matin même, a confirmé M. Erdogan.           Lire aussi Le meurtre de Jamal Khashoggi était « politique » et « prémédité » selon Erdogan             Il s’agit d’« un assassinat politique », a dénoncé le président turc, tout en se gardant de se prononcer sur l’identité du commanditaire. Il a préféré rappeler les importantes zones d’ombre qui subsistent autour de la mort du journaliste par le biais de questions. « Pourquoi le corps reste-t-il introuvable à ce jour ? » ; « Qui a donné les ordres aux tueurs ? »          Un pays « frère et ami »          Riyad a été renvoyé à ses propres contradictions lorsque le président turc a exigé que l’identité de l’« interlocuteur local » mentionné par les Saoudiens comme ayant fait disparaître le corps du journaliste soit communiquée aux autorités turques.          A aucun moment du discours présidentiel, il n’a été fait mention de « MBS », pourtant pointé du doigt ces derniers jours comme le commanditaire de l’assassinat par les médias turcs pro-gouvernementaux, alimentés par les fuites des services secrets turcs, et américains, ainsi que par des parlementaires américains, dont le sénateur républicain Lindsey Graham, proche du président Donald Trump.          Cette omission en dit long sur la volonté de M. Erdogan de ne pas brûler tous les ponts de sa relation avec le royaume saoudien, un partenaire commercial non négligeable, surtout au moment où l’économie turque est menacée de récession. L’Arabie saoudite est un pays « frère et ami », avait pris soin de rappeler Ibrahim Kalin, le porte-parole de la présidence turque, à la veille du discours de M. Erdogan.          « Confiance » au roi Salman          A plusieurs reprises dans son allocution, le président turc s’est adressé au roi Salman, qu’il a pris soin de ménager, se disant « confiant » en sa volonté de coopérer à l’enquête menée par la Turquie. Le souverain saoudien, âgé de 83 ans, a été invité par le président turc à faire en sorte que tous les protagonistes de l’opération rendent des comptes, « du plus haut niveau au plus bas ».           Le « plus haut niveau » était une allusion voilée au prince hériter. « Tout prouve que cet assassinat a été réalisé sur les ordres de Mohamed Ben Salman. D’après nos informations, après avoir tué Khashoggi au consulat, Maher Abdulaziz Mutreb [le chef du commando de 15 hommes dépêchés à Istanbul pour l’opération] a appelé depuis son portable à quatre reprises Bader Al Asaker, le directeur de cabinet du prince héritier », assure le quotidien Yeni Safak dans son édition du 22 octobre.          C’est avant tout à travers les Etats-Unis que le président turc compte accentuer la pression sur Riyad. Il semble y être parvenu. « Le monde entier nous regarde. Les Américains veulent des réponses et nous allons exiger que ces réponses viennent rapidement », a averti le vice-président américain, Mike Pence, qui assistait mardi, à Washington, à une rencontre organisée par le Washington Post.                                Annonces automobiles avec La Centrale           VOLVO XC40 49999 € 57           JAGUAR XJ8 9750 € 93           SAAB 9-5 3950 € 95      Recherche                    Marie Jégo  (Istanbul, correspondante)       Voir les réactions     Dans la même rubrique                 Gaza : deux jeunes Palestiniens tués par l’armée israélienne lors de manifestations  Un enfant de 12 ans est mort vendredi d’une balle dans la tête et un adolescent a succombé à ses blessures samedi. Un homme de 43 ans a aussi été tué.                          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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ Mercredi 17 octobre, Ara Güler (né le 16 août 1928) s’est éteint, à l’âge de 90 ans, à Istanbul.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Dix mois dans un campement au Maroc, huit dans un centre de séjour à Melilla, six en Espagne… Tout au long de leur parcours, les migrants apprennent à patienter.
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Témoignages

Entre deux frontières, les interminables attentes d’un Ivoirien en route pour l’Allemagne

Dix mois dans un campement au Maroc, huit dans un centre de séjour à Melilla, six en Espagne… Tout au long de leur parcours, les migrants apprennent à patienter.

Par                Carolina Kobelinsky



LE MONDE
              datetime="2018-10-23T17:19:12+02:00"

        Le 23.10.2018 à 17h19






    
Des migrants subsahariens à Boukhalef, près de Tanger, au Maroc, en septembre 2018.
Crédits : FADEL SENNA / AFP


Dans un centre pour demandeurs d’asile dans la campagne bavaroise, en Allemagne, Adama Touré (nom fictif) attend des nouvelles de la procédure qu’il a entamée afin d’obtenir le statut de réfugié. Il attend surtout de pouvoir « passer à autre chose, reprendre la vie un peu ». Depuis bientôt deux ans, il attend. Non, « tout ça a commencé il y a bien plus longtemps, bien trop longtemps », me rappelait-il au téléphone la dernière fois que j’ai eu de ses nouvelles, en novembre 2017.
Tout au long de leurs parcours, les personnes migrantes sont soumises à différentes formes d’attente au cours desquelles elles apprennent que leur temps est jugé sans valeur. À travers cette dépréciation de leur temps, c’est le mépris pour la valeur sociale des personnes migrantes qui devient manifeste.

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Trois ans auparavant à Melilla, enclave espagnole en territoire marocain où j’ai fait sa connaissance, Adama Touré attendait de poursuivre son chemin en Europe. Deux semaines plus tôt, il était encore de l’autre côté du triple grillage haut de 6 mètres qui matérialise la frontière terrestre entre l’Afrique et l’Europe. Au Maroc, il était resté un an. Avant l’attente ouverte par le dépôt de la demande d’asile en Allemagne, le parcours d’Adama Touré est ainsi fait de poches d’attente. Attente qui, à chaque fois, dans chaque endroit, prend une texture singulière.
Au début, la joie et l’optimisme
Né en Côte d’Ivoire il y a vingt-neuf ans, Adama Touré avait réussi le saut des clôtures deux semaines avant notre rencontre. Fier de cet exploit, mais surtout soulagé de se trouver en territoire européen, « même si Melilla c’est la petite Europe », il attendait alors la « salida », la « sortie » de l’enclave, qui s’incarnait tout d’abord par un document délivré par les autorités locales indiquant son transfert vers la péninsule ibérique.
Dans les premiers moments, cette attente était joyeuse et remplie d’optimisme. Il retrouvait des choses simples : « Qu’est-ce que ça fait du bien de se laver tous les jours ! » « Ici on a le ventre plein et ça fait du bien ! » S’il restait très discret par rapport à son passé ainsi qu’aux motivations qui l’avaient poussé à quitter son pays, Adama disait haut et fort qu’il était « tout près d’une nouvelle vie », « une vie sans violence, dans des conditions correctes ». Attendre et espérer étaient deux faces d’une même temporalité où l’attente était la condition de possibilité de cette nouvelle vie qu’il espérait de l’autre côté de la Méditerranée.



Les semaines passant, l’attente prenait plus de place, elle était plus lourde à supporter. Les lundis et les mardis étaient critiques, angoisse et anxiété dans l’air, patienter devenait trop dur. C’étaient ces jours-là que l’administration du Centro de estancia temporal de inmigrantes (CETI, le centre de séjour temporaire des immigrés) annonçait les noms de celles et ceux qui auraient leur « salida » et quitteraient l’enclave avec le ferry du mercredi soir.
Au moment de l’arrivée dans la péninsule ibérique, les personnes migrantes apprenaient le sort que leur réservaient les autorités : enfermement dans un centre d’internement afin d’organiser leur expulsion vers leur pays d’origine ou prise en charge provisoire par une association quelque part en Espagne.
Après un mois à Melilla, sans argent et sans possibilité de travailler, Adama Touré avait l’impression de vivre une succession de journées interminables. « Ceux qui prient, au moins ils ont quelque chose à faire, moi je ne prie pas, ça fait bien trop longtemps, je ne vais pas m’y mettre maintenant, ça ne serait pas sérieux ! Je ne peux donc pas passer mon temps à la mosquée ! » Bien que sur un ton badin, Adama disait là combien il enviait ses compères pieux, pour qui les journées étaient rythmées par les temps des prières et non plus seulement par le temps creux de l’attente.
Ecouter de la musique, discuter avec les compagnons de fortune, fumer des cigarettes assis à l’ombre, sous un pont proche du CETI, étaient les occupations principales d’Adama Touré pendant sa vie dans l’enclave. Et jouer au foot. Les Maliens l’avaient coopté dans leur équipe puisqu’il n’y avait pas assez de joueurs ivoiriens et parce qu’il était « très bon ». « Un Eléphant devenu Aigle à cause de la situation », m’avait-il dit, un sourire sur les lèvres, en reprenant les symboles des deux équipes nationales, avant d’avouer que dans les tournois organisés sur le mont Gourougou, au Maroc, il faisait déjà partie des Aigles.
« On s’entraînait comme des soldats »
En effet, avant d’être bloqué à Melilla, Adama Touré l’a été au Maroc pendant un an, dont dix mois dans les campements du Gourougou, montagne du Rif située à quelques kilomètres de la barrière. Là où s’organise la vie dans l’attente de la traversée. Parmi les personnes migrantes qui s’y trouvent, nombreuses sont celles qui ont d’abord essayé de passer la frontière par voie maritime, et ce n’est qu’après plusieurs échecs qu’elles se résignent à tenter le saut des grillages.
Comme tous ceux qui essaient de franchir cette frontière, Adama Touré a vite compris que pour tenter sa chance, il fallait se préparer, devenir très agile, pour escalader avec promptitude, courir plus vite, mais aussi endurcir son corps pour mieux résister aux blessures causées par les barbelés, les chutes du haut des clôtures ou la confrontation violente avec les agents de la Gendarmerie royale marocaine et de la Guardia civil espagnole.
Adama s’est alors mis au rythme des camarades qui étaient au Gourougou depuis plus longtemps. Entraînement tous les jours, au même titre que la recherche de nourriture et de fourniture pour « survivre dans la brousse ». Ils marchaient plusieurs heures par jour en portant du bois, des bidons. « On s’entraînait comme des soldats. » Ils grimpaient sur des arbres, se chronométraient pour améliorer leur temps.

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« Frapper la barrière » est une affaire collective bien étudiée. Adama m’explique ce que d’autres avant lui m’ont déjà raconté : réussir le franchissement de la frontière nécessite de l’organisation, du courage mais aussi de la rapidité. Sept minutes, c’est le temps maximal qu’ils peuvent accorder à la première étape, celle qui consiste à atteindre la première barrière côté marocain. Trois minutes, le temps maximal pour sauter les trois clôtures et se retrouver en territoire espagnol. Dépassé ce temps, ils seront immanquablement interceptés par les forces de l’ordre (marocaines ou espagnoles).
Adama Touré ne se souvient pas du nombre exact de fois où il a participé à ces tentatives, « dix, douze peut-être ». Mais il garde un souvenir précis du spectre de la mort qui hantait chaque nouvel essai, des blessures physiques qu’il fallait soigner de retour au campement, de la mortification morale d’avoir été chassés « comme des bêtes ». Il se souvient surtout que la fois où il s’est blessé à la jambe, un camarade est décédé.
Renvoi vers l’Espagne
Huit mois après avoir réussi le franchissement des clôtures, Adama Touré a pris le ferry du mercredi, peu avant minuit, avec une vingtaine de personnes qui, comme lui, se reprenaient à rêver de la suite de leur parcours. Depuis Malaga où le bateau a accosté, Adama a été conduit à Getafe, ville proche de Madrid. Il y a été pris en charge par une association pendant six mois, avant de décider qu’il était temps de continuer la route vers le nord. Une bénévole de l’association lui a acheté un billet de train et il est parti. Il n’avait qu’un petit sac avec son téléphone, deux ou trois habits et un peu plus de 200 euros en poche.
La frontière entre l’Espagne et la France, il l’a traversée en taxi, avec deux autres camarades de voyage. Il est ensuite monté dans un car en direction de Paris. Le jour même de son arrivée, il est reparti, toujours en car vers la frontière. Avec trois compagnons, il a partagé un taxi pour faire les derniers kilomètres.

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Je ne connais pas les détails de son arrivée en Allemagne. Je sais juste qu’il y a déposé une demande d’asile et qu’il a été conduit dans un centre en Bavière. En raison des accords de Dublin, sa requête est renvoyée vers les autorités compétentes en Espagne, pays par lequel il est entré sur le territoire européen.
Lors d’une conversation par Skype, il me dira : « Si j’avais su tout ça… mais je ne savais pas. C’est d’une grande stupidité. On est pénalisé parce qu’on est noir, parce qu’on est pauvre, parce qu’on nous maltraite physiquement, à la frontière, au Maroc, on nous maltraite psychologiquement aussi, et en plus ils nous maltraitent avec ce Dublin et toutes ces règles qu’on ne comprend pas, qui embrouillent. On va maintenant m’envoyer en arrière, ce n’est pas logique. »
Après avoir quitté sa maison près d’Abidjan en mai 2013, Adama Touré a traversé le Mali, l’Algérie, le Maroc. Il a réussi à franchir la frontière européenne un an et demi plus tard. Après l’Espagne et la France, c’est en Allemagne qu’il a voulu « se poser ». En novembre 2017, il avait perdu tout espoir d’y rester et attendait son renvoi vers l’Espagne pour enfin « trouver un peu de stabilité ». Depuis, son téléphone ne répond plus et son compte Facebook est inactif.
Carolina Kobelinsky est anthropologue, chargée de recherches au CNRS et à l’université Paris-Nanterre.
Cet article a d’abord été publié par le site The Conversation, en collaboration avec le blog de la revue Terrain.





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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ La Commission européenne a rejeté, mardi 23 octobre, le projet de budget 2019 de l’Italie. Cécile Ducourtieux, correspondante du « Monde » à Bruxelles, répond à vos questions.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ Le projet de budget soumis par Rome prévoit « une déviation sans précédent » du déficit public et de la dette par rapport aux règles du pacte de stabilité et de croissance, juge Bruxelles.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

La Commission européenne rejette le budget prévisionnel italien

Le projet de budget soumis par Rome prévoit « une déviation sans précédent » du déficit public et de la dette par rapport aux règles du pacte de stabilité et de croissance, juge Bruxelles.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 16h53
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen) et 
Jérôme Gautheret (Rome, correspondant)








                        


La Commission du président Juncker n’avait plus vraiment le choix. Dans l’après-midi de mardi 23 octobre, elle a confirmé une décision sans précédent : elle réclame au gouvernement italien qu’il lui soumette un nouveau budget prévisionnel 2019 après qu’elle a jugé non conforme aux règles du pacte de stabilité et de croissance le projet de loi concocté par l’attelage populiste (Mouvement 5 Etoiles et extrême droite de la Ligue) aux manettes à Rome.
Cette décision questionne la souveraineté d’un des Etats fondateurs de l’Union européenne (UE) et de la troisième économie de la zone euro. Le gouvernement italien a formellement refusé, lundi 22 octobre, de reculer sur ce budget prévisionnel, malgré « une déviation sans précédent » par rapport aux règles du pacte de stabilité et de croissance, dénoncée par Bruxelles, jeudi 18 octobre.
Les règles communes, établies entre tous les Etats membres, ont beau être plutôt souples, le cas italien, aux yeux de la plupart des observateurs, oblige l’institution à réclamer une révision du budget. Si elle n’agit pas, la Commission court en effet le risque de se décrédibiliser complètement.
« Nous regrettons que la Commission soit pour la première fois obligée de demander à un pays de la zone euro de revoir son plan budgétaire, il n’y a pas d’autre option », a déclaré Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne, mardi. « Violer les règles communes peut être tentant à première vue, mais à un moment ou à un autre, le poids de la dette nationale est beaucoup trop élevé. En 2017, la dette de l’Italie a atteint 131,2 % du produit intérieur brut (PIB), c’est le deuxième niveau le plus élevé dans l’UE et un des plus élevés au monde. En 2017, cela a représenté 37 000 euros par habitant », a ajouté le politique letton.
« Cela ne change rien, que ces messieurs de la spéculation se rassurent, on ne retourne pas en arrière », a déclaré en réaction à cette annonce le ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini. « Ils ne sont pas en train de s’attaquer à un gouvernement mais à un peuple. Ce sont des choses qui mettent les Italiens encore plus en colère, et après on se plaint que la popularité de l’Union européenne soit au plus bas », a ajouté le chef du parti d’extrême droite La Ligue devant des journalistes italiens, mardi, lors d’un déplacement en Roumanie.
Un déficit prévisionnel de 2,4 % du PIB en 2019
Le gouvernement transalpin se déclare prêt, depuis quelques jours, à un « dialogue constructif » avec Bruxelles et ses partenaires. Mais dans les faits, il n’a tenu, pour l’heure, aucun compte des observations formulées. Le « budget du peuple » — pour reprendre l’expression du Mouvement 5 Etoiles — affichera un déficit prévisionnel de 2,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019, au lieu de 0,8 % promis en juin. Et une détérioration structurelle (creusement du déficit lié à des réformes) de 0,8 % du PIB en 2019, contre un effort structurel attendu de 0,6 % (réductions budgétaires liées à des réformes).
« Nous ne sommes pas face à un cas “borderline” mais face à une déviation claire, nette, assumée et, par certains même, revendiquée », a déclaré Pierre Moscovici, commissaire à l’économie européen. « La Commission ne remet pas en cause les priorités du gouvernement italien, la lutte contre la pauvreté, par exemple. Elle ne va pas interférer en quoi que ce soit avec ses choix politiques internes. Ce qui nous préoccupe, ce sont les conséquences de ce budget pour le peuple. La dette est l’ennemie des peuples et de l’économie. Ce fardeau laisse l’économie italienne à bout de souffle », a ajouté l’ex-ministre des finances français. 


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Le déficit français sera supérieur à celui de l'Italie en 2019… mais la tendance doit s'inverser dès 2020

France :  Déficit structurel  Déficit conjoncturel
Italie :  Déficit structurel  Déficit conjoncturel
(en pourcentage du PIB)


Sources : PLF 2019, LPFP 2018-2022, budget italien 2019.




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Rome s’est, en revanche, engagé à prendre toutes les mesures nécessaires pour ne pas dépasser ce niveau de déficit, et à le réduire à 2,1 % en 2020, puis à 1,8 % en 2021. Le ministre de l’économie et des finances, Giovanni Tria, qui aura cherché — sans succès — à obtenir que la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles lâchent un peu de lest face à Bruxelles, admettait, dans sa réponse aux instances européennes, qu’il est « conscient » d’enfreindre les règles. Il explique cette décision, « difficile mais nécessaire », par le retard pris par son pays dans le retour au niveau de PIB d’avant le début de la crise financière, ainsi que « les conditions dramatiques dans lesquelles se trouvent les couches de la population les plus désavantagées de la société ».
Assis sur un confortable socle de popularité (environ 60 % d’opinions favorables, un niveau très inhabituel en Italie), le gouvernement Conte semble assuré de sa légitimité et confiant dans sa capacité à résister aux pressions extérieures. La dégradation de la note de la dette italienne de « Baa2 » à « Baa3 » par l’agence Moody’s, vendredi 19 octobre, aura plutôt contribué à calmer les esprits : en effet, celle-ci n’a pas provoqué la tempête que beaucoup craignaient.
Bruxelles veut dédramatiser sa démarche
Pierre Moscovici et Valdis Dombrovskis sont tous deux en première ligne dans l’annonce historique de la Commission. Bruxelles n’a, jusqu’à présent, jamais « retoqué » aucun budget de la zone euro.
Le Français et le Letton partagent une même volonté de dialogue, mais aussi de fermeté, depuis le début de l’épreuve de force avec Rome, à la fin de septembre. Mardi, en direct du Parlement de Strasbourg, où la commission tenait sa réunion du collège, MM. Moscovici et Dombrovskis ont pris soin d’éviter le recours à une rhétorique trop brutale. L’institution veut au maximum dédramatiser sa démarche, afin d’échapper, autant que faire se peut, à l’accusation d’avoir provoqué une crise irréparable par son intransigeance.
Crainte de secousses sur le marché des obligations
Les commissaires craignent également de fortes secousses sur le marché des obligations souveraines, qui pourraient fragiliser des Etats encore convalescents, comme l’Espagne ou le Portugal. Personne n’y a intérêt : les autorités grecques redoutent que leurs banques, encore très fragiles après dix années de crise financière, n’en soient les premières victimes collatérales.
Après la demande bruxelloise de « resoumission » de son budget, l’Italie aura trois semaines, soit jusqu’au 14 novembre, dans le cadre de la procédure dite du « semestre européen », pour revoir sa copie. En cas de refus, une procédure dite de « déficits excessifs », liée à l’énorme dette du pays (environ 132 % de son PIB), pourra être ouverte par l’institution, à tout moment.
« Nos portes ne se ferment pas, cette décision n’est pas la fin de l’histoire, mon mot d’ordre reste le même : nous souhaitons vivement maintenir notre dialogue constructif », a déclaré M. Moscovici mardi.

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                Déficit : pourquoi l’Italie est-elle rappelée à l’ordre mais pas la France ?






                            


                        

                        


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Matteo Salvini accuse la France d’avoir refoulé des migrants mineurs vers l’Italie

Le ministre de l’intérieur italien a protesté à plusieurs reprises contre ces refoulements depuis la frontière française, dénonçant plusieurs cas récents à Clavière ou Montgenèvre.



Le Monde.fr avec AFP
 |    23.10.2018 à 15h26
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 16h33
   





                        



   


Le ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini, s’en est une nouvelle fois pris à la France, mardi 23 octobre. Il accuse Paris d’avoir tenté la semaine dernière de refouler en pleine nuit des migrants mineurs en Italie. « La France a aussi cherché à renvoyer en Italie des immigrés mineurs : cela s’est passé le 18 octobre après 22 h 30, mais nous avons bloqué la procédure », a annoncé le ministre italien d’extrême droite sur les réseaux sociaux. A plusieurs reprises, ces derniers jours, M. Salvini a protesté contre ces refoulements depuis la frontière française. Il a dénoncé les récentes incursions de gendarmes ou de policiers français à Clavière, en territoire italien, pour y refouler des migrants.
La semaine dernière, le ministre italien avait diffusé une vidéo sur les réseaux sociaux où l’on peut voir des policiers, à la frontière française, refouler trois migrants au passage de Montgenèvre (Hautes-Alpes).

        Lire aussi :
         

                Immigration en Italie : les exagérations de Matteo Salvini



Castaner invité à Rome
Dès samedi, il a envoyé des policiers italiens monter la garde à la frontière dans la ville italienne. « Je confirme la présence fixe d’une patrouille à la frontière, et j’invite de nouveau le ministre français de l’intérieur [M. Castaner] à Rome, a ajouté M. Salvini. Il est indispensable de clarifier ces épisodes de manière définitive. »
Dans une interview accordée au Journal du dimanche, le nouveau ministre français de l’intérieur a expliqué que « les procédures appliquées à la frontière résultent du code Schengen et d’un accord franco-italien, dans un cadre précis et partagé ». Ce que réfute M. Salvini : « Il n’y a pas d’accord bilatéral entre l’Italie et la France, écrit et officiel, qui permette ce type d’opération. Si [le gouvernement français] parle de “pratique habituelle”, c’est le gouvernement qui nous a précédés qui doit en répondre. »
« Maintenant, les temps ont changé et nous n’acceptons pas que des étrangers arrêtés en territoire français soient amenés en Italie sans que nos forces de l’ordre puissent vérifier leur identité. »
Depuis janvier, la police française a mené plus de 45 000 procédures de refoulement, sur la côte, à Vintimille, ou en montagne, selon le ministère de l’intérieur français. Ce que dénoncent les associations de défense des migrants.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ Un accord sur le tracé des frontières avec la Tchétchénie voisine a fait naître un mouvement inédit de contestation en Ingouchie et menace la stabilité de la région
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édition abonné


Dans le Caucase russe, les Ingouches se révoltent pour leur terre

Un accord sur le tracé des frontières avec la Tchétchénie voisine a fait naître un mouvement inédit de contestation en Ingouchie et menace la stabilité de la région



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 12h32
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 18h52
    |

            Isabelle Mandraud (Magas, Russie, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Un petit tapis de prière enroulé sous le bras, les hommes repartent, leur colère intacte. Ils le démontrent en faisant hurler les avertisseurs de leurs voitures qui s’éloignent de l’avenue où quelque 3 000 d’entre eux se sont agenouillés à même l’asphalte. Juché sur le toit d’une fourgonnette, un jeune s’est drapé les épaules du drapeau ingouche. La prière de rue, vendredi 19 octobre, à Magas, capitale de l’Ingouchie, dans le Caucase russe, fait suite à un mouvement inédit. Pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, des centaines d’hommes et de femmes ont tenu tête aux autorités en campant de jour comme de nuit dans la rue, avec tentes, cantines et toilettes bio improvisées.
La plus petite des « républiques » de la fédération de Russie (moins de 500 000 habitants) est entrée en ébullition le 4 octobre, lorsque, sur le perron du Parlement local, le chef de cette région à majorité musulmane, Iounous-bek Evkourov, en fonction depuis dix ans, a annoncé qu’un accord sur la nouvelle définition des frontières avec la Tchétchénie voisine avait été ratifié. Lancée depuis la foule, une bouteille a sifflé à ses oreilles. En réaction, des gardes ont tiré en l’air.
Le soir même, les protestataires envahissaient la principale artère de Magas, déterminés à ne « jamais » accepter un tel accord qui impliquerait, selon leurs calculs, la perte de 9 % de leur territoire grand comme un confetti à l’échelle russe. « 38 341 hectares en moins pour être exact », précise Isabela Ievloieva, les cheveux enveloppés d’un foulard à fleurs. A 36 ans, cette mère de famille de quatre enfants, journaliste à Alif TV, un canal musulman qui émet en russe, s’est imposée comme la porte-parole du mouvement.
« Manifestations sans précédent »
« Depuis le début, notre chef [Evkourov] nous a menti, insiste-t-elle, et cela a unifié tous les Ingouches, quels que soient leurs désaccords. » « Ces manifestations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ Les discussions sur une proposition de résolution sévère pour Facebook ont largement été préemptées par les eurodéputés britanniques.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Au Parlement européen, l’ombre du Brexit plane sur le débat consacré à Cambridge Analytica

Les discussions sur une proposition de résolution sévère pour Facebook ont largement été préemptées par les eurodéputés britanniques.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 12h10
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 12h44
   





                        



   


Un peu de George Soros, beaucoup de Brexit et encore plus de Facebook : au Parlement européen, le débat du mardi 23 octobre sur une future résolution concernant le scandale Cambridge Analytica qui a secoué Facebook, a été largement consacré aux soupçons de manipulation électorale au Royaume-Uni. Les deux sujets sont en effet liés. Cambridge Analytica, l’entreprise qui avait utilisé des millions de données personnelles collectées illégalement sur Facebook pour afficher des publicités ciblées aux électeurs, est en effet largement soupçonnée d’avoir aidé la campagne en faveur du « Leave ».
Un grand nombre d’eurodéputés britanniques se sont succédé au Parlement pour débattre du contenu d’une résolution plutôt sévère pour Facebook et qui appelle les Etats membres à prendre plusieurs mesures concrètes. Le texte, présenté par la commissaire Vera Jourova et sur lequel un vote doit avoir lieu ce 25 octobre, préconise notamment « l’interdiction du profilage pour des raisons politiques », mais aussi l’interdiction du « profilage basé sur le comportement en ligne qui peut révéler une orientation politique, par exemple les interactions avec du contenu politique » – concrètement, le fait d’« Aimer » sur Facebook la page d’un parti, voire potentiellement le fait de partager certains articles de presse à teneur politique.

        Lire aussi :
         

                Ce qu’il faut savoir sur Cambridge Analytica, la société au cœur du scandale Facebook



Perturbation du processus démocratique
La résolution préconise également l’interdiction des publicités politiques ciblées : ce qui est le cas en France, mais pas dans d’autres pays de l’Union, et notamment au Royaume-Uni. Or ces publicités ciblées sont utilisées, encore aujourd’hui, et notamment par la frange la plus extrémistes des pro-Brexit. Une commission parlementaire britannique a révélé cette semaine que ces dix derniers mois, une mystérieuse organisation a dépensé des centaines de milliers d’euros pour afficher des publicités Facebook demandant un Brexit « dur » auprès de 10 à 11 millions d’électeurs britanniques.
« Ce week-end, des centaines de milliers de personnes ont manifesté contre le Brexit », s’est réjoui au Parlement l’eurodéputé conservateur Sajjad Karim (anti-Brexit). « Cambridge Analytica a perturbé notre processus démocratique, et continue d’exister sous d’autres formes. [L’ancien vice-premier ministre britannique] Nick Clegg vient de rejoindre Facebook [comme directeur des politiques publiques] : espérons qu’il les guide dans le bon sens », a-t-il déclaré, Nick Clegg étant connu pour ses positions très dures contre le Brexit.
Ce à quoi les parlementaires européens pro-Brexit ont réagi. « Noël est encore loin, mais réjouissez-vous, saint Nicolas Clegg est là ! Il parle quatre langues, il doit pouvoir nous expliquer son hypocrisie dans chacune d’entre elles ! », a ironisé William Legge, comte de Dartmouth et eurodéputé UKIP (pro-Brexit). « Vous critiquez Facebook et Cambridge Analytica, mais ça ne vous pose aucun problème d’accepter l’argent [du milliardaire europhile] George Soros », a renchéri son collègue du UKIP Steven Woolfe.
Cible de très nombreuses critiques venant de tous les côtés, Facebook n’a été défendu, durant le débat, que par les eurodéputés populistes, certains affirmant, comme l’eurodéputé d’extrême droite Jörg Meuthen (AfD), être « bien contents que Facebook soit là pour pouvoir accéder aux informations conservatrices » que « les journalistes, tous de centre gauche » n’aiment pas.
« Combien d’excuses ? »
Au-delà de ses recommandations aux Etats membres, la résolution soumise au vote des eurodéputés regrette aussi en des termes très durs que Facebook « n’ait pas souhaité envoyer des employés ayant le niveau de qualification technique et de responsabilité interne approprié » à ces auditions. Mark Zuckerberg, le PDG de l’entreprise, avait bien accepté de répondre aux questions des eurodéputés en mars, et avait multiplié les excuses pour les « erreurs » commises par son entreprise.
« M. Zuckerberg nous a promis des changements, une sécurité renforcée pour les données personnelles, mais il y a à peine un mois, nous avons appris l’existence d’une nouvelle faille de sécurité », a déclaré le député suédois Jasenko Selimovic (Libéraux). « Combien de nouvelles excuses allons-nous devoir entendre de la part de M. Zuckerberg ? »

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Le meurtre de Jamal Khashoggi était « politique » et « prémédité » selon Erdogan

Après son discours au Parlement devant les élus de son parti, le président turc a appelé des proches du journaliste saoudien, leur promettant de « tout faire » pour « élucider » son meurtre.



Le Monde.fr avec AFP et Reuters
 |    23.10.2018 à 11h59
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 17h41
   





                        



   


« Un assassinat politique », « un assassinat barbare ». Trois semaine après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est exprimé, mardi 23 octobre, devant les élus de son parti, l’AKP, au Parlement. M. Erdogan, qui avait promis de faire toute la lumière sur l’affaire qui comporte de nombreuses zones d’ombre et parasite les relations diplomatiques entre Riyad et ses alliés, a notamment affirmé que le meurtre de M. Khashoggi était prémédité.
Selon l’enquête turque, des preuves solides tendent à démontrer que le meurtre du journaliste et dissident, le 2 octobre à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, a été planifié des jours à l’avance. M. Erdogan a détaillé que trois agents saoudiens sont arrivés en Turquie la veille de la disparition du journaliste et se sont rendus dans une forêt proche d’Istanbul et à Yalova, une ville des bords de la mer de Marmara, à 90 km au sud d’Istanbul. Deux sites où la police turque, qui n’a toujours pas retrouvé le corps de Khashoggi, a procédé à des fouilles.

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          l’affaire Khashoggi en quatre dates



Système de vidéosurveillance « désactivé »
M. Erdogan a par ailleurs confirmé que quinze Saoudiens étaient arrivés à Istanbul le jour même de la disparition de M. Khashoggi et indiqué que les dix-huit interpellations auxquelles les autorités saoudiennes disent avoir procédé correspondent aux informations du renseignement turc.
Le président turc a ajouté que le système de vidéosurveillance installé à l’intérieur du consulat saoudien avait été « désactivé ».
Après avoir fait ce bref point sur l’enquête, le chef de l’Etat a énuméré plusieurs questions toujours sans réponse :
« De qui ces suspects ont-ils reçu la consigne ? Pourquoi le consulat n’a-t-il été ouvert aux investigations que quelques jours plus tard ? Pourquoi le corps [de M. Khashoggi] est-il toujours introuvable ? »
Le roi d’Arabie saoudite épargné
M. Erdogan, dont le pays entretient des relations complexes avec l’Arabie saoudite, un rival diplomatique mais aussi un important partenaire économique, a paru soucieux d’épargner le roi Salman, sans mentionner le prince héritier Mohammed Ben Salman, considéré comme l’homme fort du pays. « Je ne doute pas de la sincérité du roi Salman », a-t-il déclaré, tout en demandant qu’une enquête indépendante soit menée.
« Le consulat [d’Arabie saoudite à Istanbul] est un endroit qui se situe à l’intérieur des frontières de la République turque, a-t-il insisté. La convention de Vienne et les règles internationales ne peuvent en aucun cas interdire les enquêtes sous couvert d’immunité diplomatique. »
« La conscience internationale ne sera apaisée que lorsque toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, auront été punies », a ajouté M. Erdogan, qui souhaite que les suspects arrêtés en Arabie saoudite « soient jugés à Istanbul ».
Mohammed Ben Salman, directement mis en cause, n’a pas réagi à ce discours. Il devait prendre la parole lors du grand sommet économique qui s’est ouvert mardi à Riyad, mais a annulé son discours à la dernière minute, quelques instants à peine avant la prise de parole de M. Erdogan.
Le vice-président américain, Mike Pence, a, lui, annoncé mardi que les Etats-Unis exigeraient des réponses de l’Arabie saoudite après les affirmations du chef de l’Etat turc sur le caractère prémédité du meurtre du journaliste. « Le monde entier nous regarde. Les Américains veulent des réponses et nous allons exiger que ces réponses interviennent rapidement », a averti M. Pence, lors d’une rencontre organisée par le Washington Post, auquel collaborait régulièrement M. Khashoggi.

        Lire le portrait :
         

          En Arabie saoudite, le prince héritier Mohammed Ben Salman dans l’ouragan Khashoggi



Plus tard dans la journée, le chef de l’Etat turc a appelé des proches de Jamal Khashoggi, leur promettant de « tout faire » pour « élucider » son meurtre dans le consulat de son pays à Istanbul, a rapporté une source présidentielle. Lors de cet entretien avec plusieurs membres de la famille de Jamal Khashoggi, M. Erdogan a déclaré que la Turquie allait « suivre cette affaire » et que « tout ce qui est nécessaire sera fait pour élucider ce crime », a fait savoir cette source.
L’analyse de notre correspondant :
Comme le relève notre correspondant au Moyen-Orient, Benjamin Barthe, à aucun moment M. Erdogan n’a toutefois mentionné d’éventuels enregistrements audio ou vidéo, dont certains responsables turcs font état depuis le début de l’enquête.

4 points importants dans le discours #Erdogan sur l'affaire #Khashoggi : il dit que le meurtre semble avoir été pré… https://t.co/cQqrHEkKFH— benjbarthe (@benjamin barthe)


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Deux éléments sont absents du discours de #Erdogan sur #Khashoggi : le nom du prince héritier Mohamed Ben Salman, s… https://t.co/I1WdiQWyIO— benjbarthe (@benjamin barthe)


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La visite à Ankara de la chef de la CIA, Gina Haspel, suggère que les négociations entre les Etats-Unis, la Turquie… https://t.co/7I2DISOjnk— benjbarthe (@benjamin barthe)


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Le respect que #Erdogan a manifesté, dans son discours sur #Khashoggi, à l'égard du roi Salman, qu'il a appelé "gar… https://t.co/BX1OeImiBa— benjbarthe (@benjamin barthe)


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#Erdogan plus machiavélique que jamais dans son discours sur #Khashoggi : il n'a pas donné de coup de grâce à #MBS,… https://t.co/vVULJgtXAf— benjbarthe (@benjamin barthe)


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Retrouvez nos articles et analyses sur l’affaire Khashoggi
De la disparition à la crise diplomatique : l’affaire en quatre datesComment l’Arabie saoudite est revenue sur ses déclarationsLes zones d’ombre et les incohérences de la version saoudienneLe sommet économique de Riyad, enlisé dans l’affaire.Le prince héritier Mohammed Ben Salman, dans la tourmente.La relation entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite.La tribune « Mohammed Ben Salman, l’erreur de casting »





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ Prospère et traditionnellement modéré, le Trentin-Haut-Adige cède à l’extrême droite.
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La Ligue confirme sa poussée jusqu’à la frontière autrichienne

Prospère et traditionnellement modéré, le Trentin-Haut-Adige cède à l’extrême droite.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 11h36
    |

            Jérôme Gautheret (Trente, Bolzano, envoyé spécial)








                        



                                


                            

A peine 4 % de chômage, un PIB par habitant supérieur de 50 % à la moyenne nationale, une autonomie fiscale presque totale. Des rues à la propreté irréprochable et même des trains qui arrivent à l’heure… Au premier abord, on a peine à trouver ce qui pourrait pousser les habitants du Trentin-Haut-Adige à exprimer leur colère. Et pourtant.
Dimanche 21 octobre, ils étaient appelés à désigner leurs représentants au Parlement de cette région autonome atypique, constituée de deux provinces à l’autonomie quasi totale. Dans le Trentin, vieille terre modérée acquise au centre gauche depuis l’explosion de la démocratie chrétienne, au début des années 1990, la Ligue a opéré une progression spectaculaire, dépassant les 27 % des voix.
A la tête d’une coalition de droite constituée en totale contradiction avec la politique nationale – à Rome, la Ligue gouverne avec le Mouvement 5 étoiles (antisystème), tandis que les centristes, Forza Italia (pro-Berlusconi) et Fratelli d’Italia (postfascistes) sont dans l’opposition – et qui totalise plus de 46 % des voix, l’actuel secrétaire d’Etat à la santé du gouvernement de Giuseppe Conte, Maurizio Fugatti, remporte une indiscutable victoire. Il devrait être intronisé à la présidence de la province, sans coup férir, dans les prochains jours.
« Ça a été d’autant plus facile pour lui que la gauche n’a jamais vraiment essayé de lui disputer la victoire, de mettre en avant ce qui fonctionne au niveau local », souligne l’ancien maire de Trente et président de la province, Alberto Pacher, aujourd’hui retiré de la politique. Il poursuit : « C’est comme si vous deviez jouer contre le Real Madrid de la grande époque, et que vous décidiez d’essayer de limiter la casse. Dans ces cas-là, vous prenez une raclée. »
« Presque hégémonique »
Rattaché à l’Italie après la première guerre mondiale, le Trentin, terre natale du fondateur de la République italienne, Alcide De Gasperi, n’est pas devenu subitement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤ La Cour suprême espagnole est revenue sur une de ses décisions qui avait provoqué une chute des cours de Bourse des banques du pays.
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Quand la justice espagnole cherche à épargner les banques

La Cour suprême espagnole est revenue sur une de ses décisions qui avait provoqué une chute des cours de Bourse des banques du pays.



LE MONDE ECONOMIE
 |    23.10.2018 à 11h29
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 11h40
    |

            Sandrine Morel (Madrid, correspondance)








                        



   


Les cours de la Bourse peuvent-ils faire flancher la décision d’un tribunal ? Les Espagnols ont dû se poser la question après le vaudeville judiciaire des derniers jours. Jeudi 17 octobre, la salle de contentieux administratif de la Cour suprême espagnole a rendu un verdict qui a provoqué un petit séisme financier.
Dans le cadre d’un achat immobilier, le tribunal a conclu que c’est à la banque, et non au client, de s’acquitter de la taxe sur les documents juridiques lors de la signature devant notaire d’un prêt immobilier. Jusque-là, la coutume voulait que le client paye ce prélèvement, qui oscille entre 0,5 % et 1,5 % du montant du prêt, selon les régions.
Coût estimé pour le secteur : plus de 4 milliards d’euros, selon les estimations de l’agence de notation Moodys. Le montant total dépendant de l’ampleur des réclamations et de la possible rétroactivité de la décision. Aussitôt, les cours des banques espagnoles ont chuté, de 6,7 % pour la Banque Sabadell, 6,3 % pour Bankinter, 5,1 % pour Bankia, 4,5 % pour CaixaBank, 2,7 % pour BBVA et 2 % pour Santander… Au total : près de 6 milliards d’euros de capitalisation boursière sont partis en fumée.
Les cours ont remonté… la polémique aussi
Le lendemain, du fait de « l’énorme répercussion économique et sociale » du « changement radical de jurisprudence », le président de la salle, Luis Diez-Picaso, a donc annoncé la suspension de l’application du verdict, afin que le tribunal réuni en assemblée plénière la réexamine. Résultat : les cours ont remonté… tout comme la polémique.
Lundi 22 octobre, l’association progressiste Juges pour la démocratie a demandé la démission de M. Diez-Picaso dans un communiqué critiquant le « désarroi des citoyens » et « la mise en doute de l’impartialité et de l’indépendance des juges ». 
Finalement, lundi 22 octobre, le président du tribunal suprême, Carlos Lesmes, a annoncé que la plénière, composée de 31 magistrats, décidera le 5 novembre quel doit être le critère à suivre. Ils ne remettront pas en cause le fond du verdict : l’article du règlement de la taxe, qui établissait, de manière générale, que « le prestataire est le sujet passif de l’impôt », est jugé contraire à la loi et sera annulé. Mais ils devront déterminer si cette sentence implique que la banque doive la payer.

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Taxe GAFA : la France tente à nouveau de convaincre les Européens

L’adoption de cette taxe serait pour Emmanuel Macron un signal fort avant les élections au Parlement européen de mai 2019.



LE MONDE ECONOMIE
 |    23.10.2018 à 11h15
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 11h21
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Décrocher avant la fin de l’année un accord à Bruxelles à propos de la taxe GAFA (sur les géants du Net, Google, Apple, Facebook et Amazon) relève désormais du pari. Pourtant Bruno Le Maire ne raccroche pas. Mardi 23 octobre, le ministre des finances français devait se rendre au Parlement de Strasbourg pour « mobiliser et sensibiliser » les eurodéputés, et utiliser l’hémicycle européen comme « caisse de résonance » précise-t-on à Bercy.

        Tout comprendre à cette taxe :
         

          Qu’est-ce que la directive sur le droit d’auteur ?



Audition devant la commission ECON, spécialiste des questions économiques, rencontre avec le chef de file des libéraux Guy Verhofstadt, avec celui des sociaux-démocrates, Udo Bullmann, rassemblement avec des poids lourds du parti conservateur, les Allemands Manfred Weber et Elmar Brok… L’idée d’un nouvel impôt sur l’activité des géants du Web est plutôt populaire en France, mais nettement moins dans les pays du Nord de l’Union.
L’opération de communication fera-t-elle changer les équilibres européens ? Ils semblent figés depuis la fin de l’été dernier, une vingtaine d’Etats membres (sur 28) ayant d’ores et déjà répondu favorablement à la proposition française soutenue par la commission Juncker. Les Baltes, le Luxembourg et les Pays-Bas se sont ralliés du bout des lèvres après la suggestion de M. Le Maire que cette taxe ne soit que temporaire.
Censée porter sur une fraction du chiffre d’affaires des GAFA, elle aurait vocation à être remplacée par un impôt défini au niveau mondial, dès que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) aura achevé ses travaux. Mais la Suède, le Danemark et, surtout, l’Allemagne, continuent à tergiverser. Dans le Welt am Sontag, dimanche 21 octobre, Olaf Scholz, son ministre des finances a plaidé en faveur « d’un taux d’imposition minimum valable dans le monde entier et auquel aucun Etat ne puisse se soustraire ».

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Unanimité requise
Le social-démocrate soutient les travaux de l’OCDE sans pour autant envoyer ce signal franc en faveur de la solution européenne qu’espérait Paris. Au cœur des préoccupations allemandes : le fait que l’impôt, en visant les revenus plutôt que les profits des GAFA, ne crée un dangereux précédent, en redirigeant les recettes fiscales des lieux de production aux lieux de consommation. Berlin redoute aussi qu’à trop viser les groupes américains du Net, Bruxelles et Paris réveillent la guerre commerciale latente entre Trump et les Européens.
Quant à l’Irlande, qui a en partie bâti son modèle économique sur une fiscalité attractive pour les géants du Net, elle maintient son veto, alors que tout nouvel impôt européen nécessite que le feu vert soit donné à l’unanimité. « On ne ferait pas tout cela si on ne pensait pas qu’un accord est possible, assurait-on à Bercy, lundi 22 octobre. Par rapport à d’autres négociations fiscales, celle-ci va très vite. »
De fait, quand il s’agit de nouveaux impôts, les Européens mettent plutôt des années à s’entendre et les projets mort-nés ne sont pas rares, comme la taxe carbone aux frontières et celle sur les transactions financières. 
Mais Emmanuel Macron, qui avait réclamé cette taxe GAFA dans son discours de la Sorbonne, en septembre 2017, veut un signal politique fort avant le début de la campagne pour les élections européennes : une mesure concrète, qui parle à tout le monde et réponde à une demande de justice fiscale. Décrocher un accord à Bruxelles apporterait aussi la preuve qu’il est capable d’y faire bouger les lignes, même si l’impôt ne rapporterait que des sommes symboliques (5 milliards d’euros au niveau européen, 500 millions tout au plus pour la France).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ La victoire au Parlement kurde du parti de l’ancien président le place en position de force pour des portefeuilles dans le futur gouvernement de Bagdad, nouveau centre de gravité d’un camp kurde divisé.
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Massoud Barzani sort renforcé des législatives kurdes

La victoire au Parlement kurde du parti de l’ancien président le place en position de force pour des portefeuilles dans le futur gouvernement de Bagdad, nouveau centre de gravité d’un camp kurde divisé.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 10h47
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 13h19
    |

            Hélène Sallon








                        



                                


                            

Un an après le fiasco du référendum sur l’autodétermination du Kurdistan irakien du 25 septembre 2017, Massoud Barzani engrange les dividendes de son entêtement à porter coûte que coûte le rêve d’indépendance kurde. La formation de l’ancien président kurde, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), a remporté une victoire écrasante sur son rival, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), aux élections législatives de la région autonome, selon les résultats définitifs, publiés dimanche 21 octobre.
Vainqueur à l’échelle locale, le PDK est en position de force pour obtenir des portefeuilles au sein du futur gouvernement fédéral. Or l’avenir pour le camp kurde, miné par les divisions, se joue plus que jamais à Bagdad. Massoud Barzani a su tirer profit de son pari perdu de septembre 2017, en dépit de la reconquête consécutive par Bagdad des territoires disputés – dont la province pétrolifère de Kirkouk – que les forces kurdes occupaient depuis 2014 et la guerre contre l’organisation Etat islamique.
Après trois semaines de recomptage des votes sur fond d’allégations de fraude, la commission électorale kurde a confirmé, dimanche, la victoire du PDK avec 45 sièges sur les 111 au Parlement local. Second avec 21 sièges, l’UPK n’obtient que trois sièges supplémentaires. Le parti rival de la famille Talabani paie le prix de ce que M. Barzani avait dénoncé comme une « haute trahison » en octobre 2017, quand les combattants kurdes peshmergas de l’UPK s’étaient retirés sans combattre de Kirkouk face à l’avancée des forces fédérales.
Retour au bipartisme
L’UPK conserve cependant sa position dominante dans ses bastions traditionnels du sud du Kurdistan. Le scrutin du 30 septembre marque ainsi un retour au bipartisme entre deux clans, qui se partagent politiquement, économiquement et militairement la région autonome. Il voit aussi la montée en puissance de personnalités sécuritaires au détriment de membres de la société civile. Le parti d’opposition...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ Le président émérite de l’Institut, Marie-Hélène Bérard, Farid Fata, Louis Schweitzer et Pierre Vimont veulent donner des moyens d’action à l’Europe face aux Etats-Unis.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Par  Arnaud Leparmentier   Publié aujourd’hui à 10h38, mis à jour à 10h38   Lecture 4 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés                  Pascal Lamy,  président de l’Institut Jacques Delors , à Colombo (Sri Lankan), le 5 janvier. ISHARA S. KODIKARA / AFP             « Bien entendu, nous ne ferons rien. » Les plus anciens se souviennent du commentaire de Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, lâché en décembre 1981 lors du putsch du général Jaruzelski en Pologne. Bis repetita, mais avec les Américains, cette fois-ci. A l’approche du 4 novembre et de l’annonce par les Américains de nouvelles sanctions extraterritoriales, après le retrait décidé par Donald Trump de l’accord nucléaire avec l’Iran, les Européens ont juré de réagir… mais ne font rien de concret, si ce n’est se soumettre à la décision américaine.          Pascal Lamy, président émérite de l’Institut Jacques Delors, a planché (avec la banquière Marie-Hélène Bérard, le juriste Farid Fata, l’ancien président de Renault Louis Schweitzer et le spécialiste de l’Europe Pierre Vimont) sur une possible riposte à l’extraterritorialité américaine.          Extraterritorial ? A l’heure où les Européens sanctionnent Google et forcent Apple à payer 12 milliards d’euros d’impôt à l’Irlande, le sentiment outre-Atlantique est que les Européens sont, eux aussi, largement extraterritoriaux. Nenni, prétendent les auteurs, qui assurent que ces décisions sont prises parce qu’elles affectent la concurrence en Europe. Même l’interdiction en 2001 de la fusion mémorable de deux entreprises américaines, General Electric et Honeywell, pourtant autorisée aux Etats-Unis, n’aurait été décidée que parce qu’elle affectait la concurrence sur le territoire de l’Union.           Lire aussi Pascal Lamy : « Trump croit, en économie (comme ailleurs), à la loi du plus fort »             Les Européens sont nus          La seule riposte de l’Europe a consisté à adopter en 1996 un règlement dit de blocage, qui interdit aux sociétés européennes de se soumettre à un embargo américain et les autorise à demander justice en cas de sanction. L’Europe se prétend fondée sur le droit, mais ce dispositif est inopérant : elle n’a sanctionné aucune entreprise qui aurait respecté un embargo américain, aucune entreprise n’a obtenu la saisie de biens américains en dédommagement de son préjudice.                                            — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    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Produits équitables, prêt de vélos, les services évoluent. 4 min de lecture                    recit     Cécile Prudhomme   et  Denis Cosnard    Article réservé à nos abonnésLes nouvelles affaires du Boncoin Le site élargit son champ d’action à l’immobilier neuf, compte encore se développer dans la location de vacances et propose d’organiser le paiement de certaines transactions. 4 min de lecture                    reportage     Juliette Garnier    Article réservé à nos abonnésMim, Pimkie, Jules, Brice… La détresse des salariées de l’habillement Les plans sociaux se multiplient dans les enseignes de mode, et les employées, majoritairement des femmes, peu diplômées, embauchées à temps partiel, peinent à retrouver un emploi. 7 min de lecture                  En direct International Politique Société Économie Culture Sport Techno Sciences Opinions Recettes de cuisine   Planète M Campus Style L’époque Éducation Disparitions Santé Guides d’achat     Évènements abonnés Conjugaison Cours d’anglais Decodex Formation professionnelle Jeux La boutique du Monde Orthographe et grammaire Prix de l’immobilier Source Sûre     Courrier International La société des lecteurs du Monde Le Huffington Post Le Prix du Monde et de la recherche L’Obs Le Monde diplomatique Télérama Talents     Codes Promo Codes Promo Amazon Jardinage Paroles de chansons      lemondefr @lemondefr Facebook Fils RSS Applications mobiles   Newsletters du Monde   Recevoir les newsletters du Monde    Abonnement   Abonnez-vous dès 1€        Mentions légales Politique de confidentialité Conditions générales | Aide (FAQ)      
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Comment le Brexit risque de bouleverser la pêche européenne

Accès aux zones de pêche, gestion des stocks, les conséquences du Brexit sur le secteur halieutique européen, et notamment français, inquiètent.



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 10h35
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 10h39
    |

            Anne Guillard








                        


C’est un volet essentiel mais encore peu connu des négociations sur le Brexit, censé entrer en vigueur le 30 mars 2019. Pour le Royaume-Uni, qui constitue la plus grande île de l’Union européenne (UE), la question de la souveraineté maritime est incontournable ; le sujet était d’ailleurs un totem de la campagne des partisans du Brexit.
A cinq mois de la date butoir, Londres affirme fermement sa volonté de reprendre, à cette date, le contrôle de ses eaux, les plus vastes de l’Union et parmi les plus poissonneuses. Ce divorce annoncé inquiète la filière de pêche maritime européenne, et notamment la filière française, l’une des plus exposées, avec celle du Danemark. Certaines régions – les Hauts-de-France, la Bretagne et la Normandie – sont particulièrement tributaires de l’accès aux eaux britanniques. Au total, 30 % des captures des pêcheurs français en dépendent, un taux qui monte à 50 % pour la Bretagne, première région de pêche française, à 75 % pour les Hauts-de-France, selon le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM).
Quelle est la politique de pêche dans l’UE ?
L’Union européenne est le cinquième producteur mondial de pêche et d’aquaculture. Elle s’est dotée d’une politique de pêche commune (PCP) dans les années 1980, à l’instar de la politique agricole commune. C’est l’une des politiques européennes les plus intégrées. La PCP repose sur la mise en commun des zones économiques exclusives (ZEE) des pays européens et la gestion commune de la ressource halieutique.

Qu’est-ce qu’une Zone économique exclusive ?
La ZEE est un espace maritime sur lequel un Etat côtier exerce des droits souverains en matière d’exploration et d’usage des ressources. Cet espace, qui a été défini par la convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, s’étend jusqu’à 200 milles marins (environ 370 km) à partir des côtes de l’Etat ; au-delà il s’agit des eaux internationales. Au sein de la ZEE, les eaux territoriales représentent un espace d’une largeur maximale de 12 milles marins (22 km environ) où l’Etat côtier exerce sa souveraineté.


Egalité d’accès. La PCP permet à tous les bateaux européens d’accéder aux eaux et aux zones de pêche des pays membres, à condition de respecter les quotas de pêche.
Préservation des ressources et gestion durable. L’UE dispose d’une compétence exclusive en matière de conservation des ressources biologiques de la mer. La PCP, révisée tous les dix ans, s’efforce de conjuguer l’exploitation durable des ressources, le maintien de la biodiversité marine et l’assurance d’un revenu décent aux professionnels du secteur.
Au fil des élargissements de l’Union, la PCP a connu plusieurs réformes. La plus récente a pris effet le 1er janvier 2014 et a renforcé les exigences environnementales. La politique actuelle prévoit de fixer entre 2015 et 2020 des limites de captures durables qui permettent de maintenir les stocks de poissons à long terme. Celles-ci sont ensuite réparties entre les pays de l’Union sous forme de quotas nationaux, en appliquant un pourcentage différent par stock et par pays afin de garantir une « stabilité relative » des quantités pêchées, selon le nombre de navires engagés. Elles visent à pérenniser les stocks d’une centaine d’espèces de poissons.
Les menaces que le Brexit fait peser sur la filière, et qui fragiliseraient la PCP, portent sur les restrictions d’accès à certaines zones de pêche, une nouvelle répartition des quotas, l’accès au marché des produits de la mer et les règlements qui s’appliquent à tous les pays membres.
Que veut et qu’a déjà acté le Royaume-Uni ?
Avec la sortie de l’UE, le Royaume-Uni quittera la PCP et reprendra le contrôle de l’intégralité de sa zone économique exclusive, la vaste bande de mer qui entoure le pays.
Livre blanc. Dans son Livre blanc sur la pêche publié début juillet, Londres prévoit à terme de décider unilatéralement de l’accès de ses eaux aux bateaux européens, mettant en avant « l’intérêt des pêcheurs britanniques », qui ont voté à 92 % en 2016 en faveur du Brexit afin de protester contre les quotas de pêche imposés par l’UE, jugés « obsolètes » et « injustes ».
Londres voudrait renégocier les quotas actuels en fonction du lieu auquel est attachée la ressource, notamment sur le cabillaud et l’églefin. Selon un rapport de l’UE publié en janvier, entre 2011 et 2015, les pêcheurs européens ont prélevé 760 000 tonnes par an en moyenne de poissons pris dans les eaux britanniques, quand les pêcheurs britanniques n’en ont pêché que 90 000 tonnes dans les eaux d’autres pays européens.
Actuellement, la Grande-Bretagne exporte environ 75 % de sa pêche vers les pays de l’UE, dont 35 % à 40 % vers la France, son premier client pour 500 millions d’euros par an, les captures britanniques étant peu consommées sur le marché domestique. Lors de ses discussions avec Bruxelles, le Royaume-Uni veut séparer le dossier de l’accès à ses eaux territoriales et celui des quantités de poisson britannique exportées vers l’Union. A Bruxelles, on estime que les bateaux européens doivent continuer à être autorisés à accéder librement aux eaux britanniques si Londres veut continuer de vendre ses produits sur le marché européen.

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                « Brexit » : les pêcheurs écossais en colère contre « les technocrates non élus »



Le retrait unilatéral de la Convention de Londres. En dénonçant unilatéralement la Convention de Londres sur la pêche, le 2 juillet 2017, le Royaume-Uni a envoyé un signal sans équivoque sur sa volonté de reprendre le contrôle complet de son espace maritime. « Par ce retrait, les Britanniques nous montrent que les négociations seront sans doute compliquées », a annoncé Alain Cadec, député européen et président de la commission de la pêche du Parlement européen, lors d’une table ronde sur le sujet à Lorient (Morbihan), en novembre 2017.
Conclue en 1964, avant l’entrée en 1973 du Royaume-Uni dans l’UE, la Convention de Londres est un accord international concernant les droits de pêche dans les eaux côtières. Elle autorise les captures dans une « zone comprise entre six milles et douze milles [11 km et 22 km] » au large des côtes des six signataires – France, Belgique, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande et Pays-Bas – tous membres de l’UE. « Quitter la Convention de Londres sur la pêche est un moment important (…). Cela signifie que, pour la première fois depuis plus de cinquante ans, nous allons pouvoir décider qui peut accéder à nos eaux après 2020 et à quelles conditions », avait déclaré le ministre de l’environnement britannique, Michael Gove, partisan d’un « Brexit vert » qui respecterait les ressources.
Le négociateur en chef de l’Union européenne sur le Brexit, Michel Barnier, avait aussitôt relativisé et jugé que la décision britannique n’aurait pas d’impact, en affirmant que la convention était devenue caduque de facto avec la PCP. Certains juristes spécialistes en droit européen de la pêche estiment cependant qu’une fois la sortie de l’UE, et donc de la PCP, négociée, la Convention de Londres sur la pêche aurait repris du service. En quittant cette convention, les pêcheurs britanniques perdent eux-mêmes le droit de travailler à proximité des côtes de cinq autres pays signataires.

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                Brexit : Londres déclare la guerre de la pêche



Une filière mobilisée
Les Etats membres souhaitent défendre leurs droits historiques. Quelques mois après le vote sur le Brexit, en juin 2016, l’Alliance européenne des pêcheries (EUFA, European Fisheries Alliance) a été lancée en mars 2017 à Bruxelles. Elle regroupe l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, l’Irlande, les Pays-Bas, la Pologne et la Suède, les neuf Etats membres les plus concernés, qui tirent le tiers de leurs prises au sein de la ZEE entourant les îles britanniques.
Présidée par le Néerlandais Gerard van Balsfoort et représentant 18 000 pêcheurs – 3 500 bateaux – et 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’EUFA appelle à ce que la pêche soit une priorité dans le cadre des négociations sur le Brexit. Elle souhaite poursuivre une gestion commune des stocks partagés après le Brexit, calquée sur l’actuelle politique de pêche commune.



                            


                        

                        


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Gaz industriels : Linde détrône Air Liquide

Le champion allemand a obtenu tous les feux verts nécessaires à sa fusion avec l’américain Praxair.



LE MONDE ECONOMIE
 |    23.10.2018 à 10h26
    |

            Denis Cosnard








                        



                                


                            

Cette fois, c’est certain : Air Liquide va perdre sa couronne de numéro un mondial des gaz industriels. Après deux ans de tractations difficiles, puis une année de négociations avec les autorités chargées de la concurrence, les deux principaux rivaux du champion français, l’allemand Linde et l’américain Praxair, sont sur le point de fusionner. L’autorité américaine, la Federal Trade Commission (FTC), a donné, lundi 22 octobre, le dernier feu vert attendu. Les actions Linde AG cesseront d’être cotées le 26 octobre, celles de Praxair, le 30 octobre. Les titres du nouvel ensemble, Linde PLC, s’échangeront, fin octobre, à Francfort et à New York.
C’est un géant qui va naître d’emblée. Sur le papier, le duo Linde-Praxair compte 80 000 salariés, et affiche, pour 2017, un chiffre d’affaires de 27 milliards de dollars, soit près de 24 milliards d’euros. A comparer à 20 milliards d’euros pour Air Liquide. En Bourse, surtout, l’écart entre les deux groupes devient majeur : ensemble, Linde et Praxair valent actuellement 77,2 milliards d’euros, contre 45,5 milliards pour leur rival français.
Wolfgang Reitzle, président de Linde et figure du capitalisme rhénan, se montre enthousiaste : cette fusion constitue « une opportunité sans précédent pour les clients, les actionnaires et les employés ». En combinant l’« avance technologique » de Linde et l’« excellence opérationnelle » de Praxair, le nouveau champion peut espérer dominer durablement le marché des gaz vendus aux usines et aux hôpitaux, comme l’oxygène, l’azote, l’hélium ou l’hydrogène.
Une fusion complexe
La réalisation concrète de la fusion s’annonce cependant complexe. Pour éviter que le nouveau groupe écrase la concurrence au détriment des consommateurs, Linde et Praxair ont en effet accepté de se défaire de pans entiers de leurs activités. En Europe, l’ensemble des usines de Praxair ont été cédées pour 5 milliards d’euros au japonais Taiyo Nippon Sanso,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ Si elle ne réagit pas à la position italienne, la Commission court le risque de se décrédibiliser complètement.
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Bruxelles en passe de « retoquer » le budget prévisionnel de l’Italie

Si elle ne réagit pas à la position italienne, la Commission court le risque de se décrédibiliser complètement.



LE MONDE ECONOMIE
 |    23.10.2018 à 10h19
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 14h46
    |

            Jérôme Gautheret (Rome, correspondant) et 
Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



                                


                            

Selon nos informations, la commission Juncker pourrait demander à l’Italie de lui soumettre un nouveau budget prévisionnel 2019 dès mardi 23 octobre après midi. Cette décision, si elle se confirme, est sans précédent. Mais l’institution communautaire n’a plus vraiment le choix. Le gouvernement italien a formellement refusé, lundi 22 octobre, de reculer sur ce budget prévisionnel, malgré « une déviation sans précédent » par rapport aux règles du pacte de stabilité et de croissance, dénoncée par Bruxelles, jeudi 18 octobre.
Les règles communes ont beau être plutôt souples, le cas italien, aux yeux de la plupart des observateurs, oblige l’institution à réclamer une révision du budget. Si elle n’agit pas, la Commission court en effet le risque de se décrédibiliser complètement.
Le gouvernement transalpin, constitué de l’alliance du Mouvement 5 étoiles (antisystème) et de la Ligue (extrême droite), se déclare prêt, depuis quelques jours, à un « dialogue constructif » avec Bruxelles et ses partenaires. Mais dans les faits, il n’a tenu, pour l’heure, aucun compte des observations qui ont été formulées. Le « budget du peuple » – pour reprendre l’expression du Mouvement 5 étoiles – affichera un déficit prévisionnel de 2,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019, au lieu du 0,8 % promis en juin. Et une détérioration structurelle (creusement du déficit lié à des réformes) de 0,8 % du PIB en 2019, contre un effort structurel attendu de 0,6 % (réductions budgétaires liées à des réformes).
Rome s’est, en revanche, engagé à prendre toutes les mesures nécessaires pour ne pas dépasser ce niveau de déficit, et à le réduire à 2,1 % en 2020, puis à 1,8 % en 2021. Lundi soir, les principaux ministres se sont réunis au palais Chigi, autour du premier ministre, Giuseppe Conte, pour réfléchir à d’éventuelles mesures additionnelles si la situation sur les marchés financiers devenait incontrôlable.

Un confortable...



                        

                        


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Déficit : pourquoi l’Italie est-elle rappelée à l’ordre mais pas la France ?

Comment expliquer que l’une soit mise sous pression par les institutions européennes, alors que l’autre passe à travers les gouttes ?



LE MONDE
 |    23.10.2018 à 07h24
 • Mis à jour le
23.10.2018 à 17h53
    |

            Maxime Vaudano et 
Mathilde Damgé








                        



   


C’est désormais officiel : pour la première fois dans l’histoire européenne, la Commission a rejeté la proposition de budget d’un des Etats membres : l’Italie. Les multiples promesses de campagne de la coalition populiste Ligue-Mouvement 5 étoiles qui figurent dans cette loi de finances entraîneront un dérapage « sans précédent » du déficit, selon Bruxelles.
Comment expliquer une telle réaction de la Commission européenne, alors même que la France y échappe, malgré un déficit supérieur ? Paris bénéficie-t-il d’un traitement de faveur par rapport à Rome ? Le tour de la question en trois points.

        Les dernières informations :
         

          L’Italie maintient son budget, mais elle promet à l’Union européenne de contenir la dette



1. La courbe des déficits va s’inverser
Cela peut sembler étrange, et pourtant, les chiffres sont incontestables. L’Italie subit beaucoup plus les foudres de Bruxelles que la France, alors que ses prévisions de déficit pour l’année prochaine sont meilleures : 2,4 % du PIB pour Rome, contre 2,8 % pour Paris.
Pour saisir ce paradoxe, il faut comprendre que l’objectif de la Commission européenne est l’assainissement des finances publiques à moyen terme. Elle ne raisonne donc pas à un instant T, mais sur plusieurs années.
Or, de ce point de vue, la tendance est beaucoup plus vertueuse du côté français. Le fort déficit de la France en 2019 (qui frôle la barre symbolique de 3 %) s’explique avant tout par des « mesures exceptionnelles » liées à des réformes fiscales mises en place par Emmanuel Macron. L’année suivante, quand ces réformes auront été effectives, le déficit devrait retomber à 1,8 %.


Voulez-vous savoir quelles sont ces mesures exceptionnelles ?

Oui
Non


Okay, on vous laisse tranquille !


Sur les 2,8 points de déficit de la France en 2019, 0,9 sont la conséquence de réformes ponctuelles :

Conformément à son engagement, Emmanuel Macron va transformer le crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE) de François Hollande en baisse de charges pérenne pour les entreprises. Or, le CICE était payé avec un an de décalage. L’Etat va donc devoir verser l’an prochain à la fois le CICE 2018 et la baisse de charges 2019. Cette transition entraîne un coût de 20 milliards.
La mise en place du prélèvement à la source à partir de janvier 2019 va décaler d’un mois l’encaissement de l’impôt sur le revenu. Cela coûtera 6 milliards à l’Etat.

Ces deux réformes n’entraîneront des surcoûts qu’en 2019, et n’auront pas d’impact à long terme. C’est pourquoi on les considère comme « exceptionnelles ».




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A l’inverse, les mesures qui font déraper cette année le déficit italien sont « structurelles » : le nouveau revenu de citoyenneté, la baisse de l’âge de la retraite et les allégements de taxes sont autant de mesures de long terme, qui se répercuteront chaque année sur le budget. Il sera donc très difficile pour le gouvernement italien de réduire ce déficit, à moins de revenir sur ce qu’il a fait.
« Le besoin de faire des investissements d’infrastructure en Italie est massif », reconnaît pourtant Pierre Moscovici, en résumant cette dialectique par une image empruntée à l’ancien ministre des finances français Christian Sautter. « La question, c’est celle de l’édredon et de la valise » : il est extrêmement difficile de faire entrer les volumineuses dépenses italiennes dans le cadre restreint de la valise budgétaire.


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Le déficit français sera supérieur à celui de l'Italie en 2019… mais la tendance doit s'inverser dès 2020

France :  Déficit structurel  Déficit conjoncturel
Italie :  Déficit structurel  Déficit conjoncturel
(en pourcentage du PIB)


Sources : PLF 2019, LPFP 2018-2022, budget italien 2019.




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        Décryptage :
         

          Pourquoi doit-on garder un déficit public inférieur à 3 % du PIB ?



2. La dette française est moins lourde
Il ne faut pas perdre de vue que la réduction du déficit vise, in fine, à alléger à terme le poids de la dette. Un déficit de 5 % pose beaucoup moins de problèmes dans un pays sans dette que dans un pays surendetté.
Or, l’Italie fait face à une dette énorme, qui représente 132 % de son PIB — la deuxième plus lourde en Europe après celle la Grèce. Avec une dette de 100 %, la France est un peu mieux lotie, même si cette charge reste très lourde.


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La dette italienne est largement plus lourde que celle de la France… et cela ne devrait pas changer dans les prochaines années
(en pourcentage du PIB)

Sources : PLF 2019, LPFP 2018-2022, budget italien 2019.



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Cette différence explique en grande partie pourquoi les institutions européennes se montrent plus sévères envers l’Italie : Rome est beaucoup plus loin que Paris des 60 % de dette, l’objectif à long terme fixé par les traités européens. En conservant un déficit structurel élevé, elle n’est pas près de retrouver un niveau de dette soutenable. D’autant que l’Italie se base sur des hypothèses de croissance beaucoup trop optimistes, de l’avis des économistes.
Cela ne doit pas faire oublier que Paris est loin d’être un élève modèle aux yeux de Bruxelles : le déficit budgétaire de la France reste encore trop élevé pour la Commission européenne. Pierre Moscovici a d’ailleurs encore invité le gouvernement à accroître son effort pour amorcer véritablement la réduction de sa dette.
3. L’argument du « budget du peuple » inquiète
Un des autres motifs d’inquiétude de Bruxelles est plus politique : il s’agit du ton que prend le gouvernement italien pour défendre sa liberté de dépenser. Qu’est-ce qu’un « budget du peuple » (expression employée en Italie par la coalition au pouvoir) ? interroge Pierre Moscovici. « Je n’aime pas cette expression, car quand un peuple est très endetté, ce sont finalement les citoyens qui paient. »
Reste qu’à moins d’un an des élections européennes, il peut être tentant pour l’exécutif italien de faire miroiter à ses concitoyens une sortie de crise soutenue par l’Etat, en tenant tête aux « bureaucrates » de la Commission de Bruxelles.
Le vice-président du conseil, Matteo Salvini, chef de file de la Ligue (extrême droite), a ainsi multiplié les rodomontades, déclarant se « ficher de l’avis de Bruxelles ». « Macron porte bien le déficit de la France à 2,8 %. Nous en ferons autant. Nous sommes un pays souverain », abondait son homologue Luigi Di Maio, du Mouvement 5 étoiles (antisystème).
Courageuse mais pas téméraire, Rome s’est toutefois engagée à contenir la dette : « Le chiffre de 2,4 % pour nous est un plafond que nous nous sommes solennellement engagés à respecter, a affirmé le chef du gouvernement, Giuseppe Conte. Nous ne sommes pas une bande de têtes brûlées. Si nous avions adopté une loi de finances différente, nous serions entrés en récession. » Revendiquant le droit de « dialoguer avec les institutions européennes », les autorités italiennes, tout comme les françaises, oublient quand cela les arrange qu’elles ont participé à l’élaboration des règles communautaires qu’elles contestent aujourd’hui.




                            


                        

                        

