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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ L’ancienne de « Charlie Hebdo » a suivi dans la cité turque le souvenir du rédacteur en chef d’« Agos », assassiné en 2007. Et écrit « Le Sillon ».
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Valérie Manteau à Istanbul avec Hrant Dink en tête

L’ancienne de « Charlie Hebdo » a suivi dans la cité turque le souvenir du rédacteur en chef d’« Agos », assassiné en 2007. Et écrit « Le Sillon ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    21.10.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Le Sillon, de Valérie Manteau, Le Tripode, 272 p., 17 €.

Quelques lignes annonciatrices. Dans les dernières pages de son premier livre, Calme et tranquille (Le Tripode, 2016, qui paraît en poche dans la collection « Météores », 150 p., 9 €), que Valérie Manteau, chroniqueuse à Charlie Hebdo entre 2008 et 2013, consacrait à l’avant et à l’après-7 janvier 2015, l’au­teure évoquait brièvement la figure du journaliste et écrivain Hrant Dink. Condamné pour « insulte à l’identité turque », ce militant de la cause arménienne fut assassiné par un nationaliste six mois plus tard, le 19 janvier 2007, à la sortie de son journal, Agos – en français « Le Sillon », titre du nouveau récit de l’écrivaine, dont le journaliste occupe le rôle central.
Elle avait découvert cet homme, dont le cercueil avait été suivi sur huit kilomètres par 100 000 personnes brandissant deux pancartes, « Nous sommes tous Hrant Dink » et « Nous sommes tous arméniens », en lisant Parce qu’ils sont arméniens, de Pinar Selek (Liana Lévi, 2015). Un essai sur le génocide offert par des proches quand, quelques mois après les attentats de janvier 2015, la jeune femme, née en 1985, installée depuis 2013 à Marseille où elle travaille comme éditrice, prend la décision de s’éloigner un temps de la France, direction Istanbul. Dans cette ville, elle avait quelques amis, un « amant turc » et l’espoir de sortir du « climat français » alors que prenaient de plus en plus de place dans l’espace médiatique « des gens qui se voulaient plus intelligents que l’émotion », dit-elle au « Monde des livres », en désignant le Qui est Charlie ? (Seuil, 2015), de l’anthropologue Emmanuel Todd, entre autres discours qu’elle n’avait « pas envie d’entendre ». Ils étaient insupportables à celle qui venait de perdre des êtres chers, auxquels Calme et tranquille,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Une nouvelle traduction dans une nouvelle « Pléiade » consacre la vitalité de l’écrivain praguois. Enquête sur une œuvre désormais parée pour le XXIe siècle.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/10/2018
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Franz Kafka, l’inépuisable

Une nouvelle traduction dans une nouvelle « Pléiade » consacre la vitalité de l’écrivain praguois. Enquête sur une œuvre désormais parée pour le XXIe siècle.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 07h00
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
« Nouvelles et récits. Œuvres complètes I et Romans. Œuvres complètes II », de Franz Kafka, traduit de l’allemand (Autriche) par Isabelle Kalinowski, Jean-Pierre Lefebvre, Bernard Lortholary et Stéphane Pesnel, édité sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1408 p., 60 € jusqu’au 31 mars 2019 et 1088 p., 55 € jusqu’au 31 mars 2019.

« Classique absolu », « classique de la modernité », Franz Kafka (1883-1924) est resté jusqu’à ce jour un contemporain, et ce malgré sa mort précoce, à 41 ans, même si ses descriptions de l’oppression bureaucratique ou de l’homme livré à des puissances invisibles et arbitraires ont pu paraître porter sur les seules monstruosités du XXe siècle.
La parution dans « La Pléiade » des deux premiers tomes des Œuvres complètes retraduites, dirigés par Jean-Pierre Lefebvre, constitue un événement, y compris en 2018.
Fécondité de Kafka
Car, en cette rentrée littéraire, deux fictions remarquées font explicitement référence à l’auteur du Château. La romancière américaine Nicole Krauss imagine, dans Forêt obscure (L’Olivier), un Kafka ayant survécu à la tuberculose et s’installant à Tel-Aviv comme restaurateur puis jardinier. Quant à l’Algérien Boualem Sansal, qui a découvert Kafka à 18 ans grâce à sa lecture de Camus, il applique, dans Le Train d’Erlingen (Gallimard), le paradigme de La Métamorphose (un homme subitement transformé en bestiole) comme la métaphore de la conquête subreptice de la société par l’islamisme.
En Allemagne aussi, la littérature continue plus que jamais à être fécondée par Franz Kafka. L’écrivaine Ulrike Draesner, née en 1962, a ainsi consacré deux nouvelles à une réécriture de La Métamorphose et d’Un virtuose de la faim (dans le recueil Richtig liegen [« Etre à l’endroit »], 2011, non traduit),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Le maître d’œuvre de la nouvelle « Pléiade », et principal traducteur, aborde son rapport à l’auteur du « Procès » et décrit son approche de la langue kafkaïenne.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Jean-Pierre Lefebvre : « Kafka, un style incroyable de clarté »

Le maître d’œuvre de la nouvelle « Pléiade », et principal traducteur, aborde son rapport à l’auteur du « Procès » et décrit son approche de la langue kafkaïenne.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 15h10
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Le germaniste Jean-Pierre Lefebvre (né en 1943), professeur émérite de littérature allemande à l’Ecole normale supérieure, vient de traduire et de commenter l’essentiel des nouvelles et récits de Kafka qui paraissent en deux volumes dans « La Pléiade » (Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1408 p., 60 € jusqu’au 31 mars 2019, et 1088 p., 55 € jusqu’au 31 mars 2019 ; les deux suivants contiendront les correspondances et le Journal). Ces deux premiers volumes rassemblent notamment tous les textes publiés du vivant de Kafka ainsi que ses trois romans posthumes, remis dans l’ordre chronologique de leur écriture, Le Disparu [Amerika] (1911-1912), Le Procès (1914) et Le Château (1922).

Comment caractériseriez-vous la nouveauté de votre traduction ?
Quand on m’a confié cette tâche, il y a quatre ans, j’avais tout lieu d’être intimidé par mes prédécesseurs, Alexandre Vialatte, Bernard Lortholary, Georges-Arthur Goldschmidt, Marthe Robert… J’ai quand même accepté de relever le défi. Un des points auquel je me suis attaché a consisté à identifier, dans la prose de Kafka, les éléments récurrents qui façonnent son ton si singulier. Et, en particulier, une série de tout petits mots allemands qui constituent autant de marqueurs musicaux forts : doch, nun, sonst [« pourtant », « à vrai dire », « sinon »]. Ils ont beau être monosyllabiques, ils pèsent très lourd dans la direction que prend la phrase et donnent un tour très subjectif à l’énoncé. Ces « épices » m’ont semblé mériter un travail de vigilance.
Quels changements significatifs avez-vous opéré ?
J’ai par exemple modifié un titre célèbre pour la nouvelle Das Urteil, en optant pour La Sentence plutôt que Le Verdict. En français, « sentence » connote son prolongement ordinaire : la sentence de mort (et tel sera le destin du héros). Dans La Métamorphose, j’ai nommé l’animal...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Le germaniste évoque la place de Kafka dans la littérature allemande.
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Bernard Banoun : « Kafka est un manuel d’apprentissage pour les écrivains allemands venus d’ailleurs »

Le germaniste évoque la place de Kafka dans la littérature allemande.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Bernard Banoun est germaniste, professeur de littérature de langue allemande des XXe et XXIe siècles à l’université Paris-Sorbonne, faculté des Lettres (UFR d’études germaniques et nordiques) et traducteur.
A quoi tient selon vous désormais la « modernité » de Kafka, dans la littérature actuelle, notamment allemande ?
La réception française de Kafka a été assez monolithique, me semble-t-il, et plus que dans les pays de langue allemande (en tout cas qu’en RFA et Autriche). Le cas de la RDA est différent, car Kafka n’était pas en odeur de sainteté dans la politique culturelle – une litote – au moins jusqu’à la fin des années 1960. Pour certains auteurs (Ulrike Draesner, Katja Lange-Müller, etc.), on peut considérer que leurs textes relisent Kafka ouvertement. Draesner a écrit deux nouvelles qui sont des réécritures de Kafka (La Métamorphose et Un virtuose de la faim) en plaçant l’intrigue un siècle plus tard et dans une perspective féminine ou féministe (en l’occurrence les personnages masculins de Kafka sont, chez elle, des femmes). Pour des auteurs comme Wolfgang Hilbig ou Elfriede Jelinek, Kafka reste également un auteur « canonique ».
C’est aussi le cas pour les écrivains germanophones « venus d’ailleurs » (dont l’allemand est la langue d’adoption) et qui ont un rapport très fort à Kafka. La position « minoritaire » s’applique dans ce cas. C’est l’extraterritorialité de Kafka qui joue un rôle fondateur par rapport à un canon central et national. Pour Navid Kermani, allemand d’origine iranienne, comme pour Yoko Tawada, japonaise qui écrit en allemand ou pour la germano-turque Emine Sevgi Özdamar, il est un manuel d’apprentissage de l’allemand littéraire.
Kafka fait-il toujours parti du « canon » littéraire de base, notamment au Lycée et à l’université ?
Théoriquement oui, bien sûr. Mais se pose ici un problème plus général, celui de la lecture, canon ou pas,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Entretien avec l’un des meilleurs connaisseurs de Kafka, auteur d’une immense biographie de l’écrivain praguois – pas encore traduite en français.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Reiner Stach : « C’est seulement maintenant que le monde de Kafka devient réalité »

Entretien avec l’un des meilleurs connaisseurs de Kafka, auteur d’une immense biographie de l’écrivain praguois – pas encore traduite en français.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 15h07
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’essayiste allemand Reiner Stach, né en 1951, est l’auteur de la biographie la plus exhaustive parue à ce jour sur Franz Kafka (1883-1924). Celle-ci se compose de trois volumes, parus aux éditions Fischer : Kafka. Die Jahre der Entscheidungen (« Kafka les années décisives »), 2002 ; Kafka. Die Jahre der Erkenntnis (« Les années de reconnaissance »), 2008 et Kafka. Die frühen Jahre (« Les années de jeunesse »), 2014. Traduit en anglais et en espagnol, ce travail monumental ne l’a pas encore été en français.

On dit parfois que Kafka est l’écrivain du totalitarisme bureaucratique, propre au XXe siècle. Comment peut-il encore concerner le nôtre ?
La bureaucratie telle qu’elle est décrite dans Le Procès ou Le Château n’est ni fasciste ni totalitaire. Il faut regarder le texte à la loupe. Rien n’y fonctionne par la violence mais bien par la surveillance, la destruction de l’intimité. Dans Le Procès, la victime va être psychiquement détruite avant de l’être physiquement. Or, au XXIe siècle, nous observons un phénomène analogue. Dans chaque ville moderne sont installées des centaines de milliers de caméras. Impossible de téléphoner sans qu’un tiers vous écoute… On procède à des reconnaissances faciales par ordinateur, etc. Voilà qui nous renvoie à Kafka, mais cette fois-ci d’une façon précise, car c’est exactement cette pratique-là du pouvoir qu’il a décrite. Le monde de Kafka devient seulement aujourd’hui réalité.
Comment la langue de Kafka résonne-t-elle à l’oreille des lecteurs allemands actuels ? Leur paraît-elle surannée ou au contraire très moderne ?
Très moderne. Elle a l’avantage d’être très simple, ce qui la rend du coup difficile à traduire, tous les traducteurs le disent. Mais pour une oreille allemande, cette langue tinte de façon très sobre, claire, apparemment transparente. Elle a un comme un cooler sound effect...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Le sociologue Bernard Lahire a consacré en 2010 un livre à Kafka qui tente de penser à travers lui la création littéraire moderne. Entretien
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Bernard Lahire : « Kafka procède à une mise en lumière des mécanismes de la domination »

Le sociologue Bernard Lahire a consacré en 2010 un livre à Kafka qui tente de penser à travers lui la création littéraire moderne. Entretien



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 15h27
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’ENS de Lyon, membre senior de l’Institut universitaire de France, est notamment l’auteur de Franz Kafka. Eléments pour une théorie de la création littéraire (La Découverte, 2010, paru en poche en mars 2018), qui tente de penser à travers lui la création littéraire moderne.

En quoi Kafka (1883-1924) est-il « sociologue » ?
Il y a chez Kafka ce que l’on peut appeler une « sociologie implicite ». S’il faut ajouter « implicite », c’est parce qu’elle ne se présente pas sous la forme d’un système ou d’une théorie formulée comme telle, mais qu’elle structure, informe la narration kafkaïenne. Kafka est un écrivain, pas un sociologue. Mais son attitude permanente d’observateur désengagé, son sens du relativisme anthropologique, sa profonde conviction sur le fait que les êtres humains sont « sociaux de bout en bout », son attention particulière à tout ce qui relève du rituel, de la croyance et de la force des habitudes dans la vie sociale, son étonnement devant la capacité des êtres humains à intérioriser sur le mode de l’évidence la situation que l’histoire nationale ou familiale les a forcés à vivre, et surtout son extrême sensibilité à toutes les formes de domination (entre parents et enfants, hommes et femmes, supérieurs hiérarchiques et subordonnés, dominants linguistiques et dominés linguistiques, religieusement dominants et religieusement dominés, etc.), tout cela évidemment n’est pas étranger à la sociologie.
Les différences sont importantes entre l’époque de Kafka et la nôtre, mais ce qu’il restitue des logiques sociales de son époque n’est pas propre qu’à cette époque. Ses récits, nouvelles ou romans inachevés témoignent de sa capacité à mettre en lumière des mécanismes très généraux de la domination, et de l’intériorisation de la domination, qui traversent les époques. En ce sens, Kafka est bien une sorte de sociologue ou d’anthropologue et non un historiographe, un...




                        

                        


<article-nb="2018/10/21/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Le fonds d’ouvrages modernes que possède le fils cadet Gilbert du président décédé en 1996 sera dispersé les 29 et 30 octobre chez Piasa. Cet ensemble de 683 lots, modestement estimé autour de 450 000 euros, dresse en creux le portrait de l’ancien président.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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La bibliothèque de François Mitterrand aux enchères

Le fonds d’ouvrages modernes que possède le fils cadet Gilbert du président décédé en 1996 sera dispersé les 29 et 30 octobre chez Piasa. Cet ensemble de 683 lots, modestement estimé autour de 450 000 euros, dresse en creux le portrait de l’ancien président.



LE MONDE ECONOMIE
 |    20.10.2018 à 06h15
    |

                            Roxana Azimi








                        



                                


                            

Marché de l’art. François Mitterrand et les livres ? Une vieille histoire d’amour, maintes fois commentée, à commencer par lui-même. « Tout livre en vitrine excite mon appétit, un formidable appétit de lettres, de signes, de titres », écrit-il en 1978 dans L’Abeille et l’architecte. Aux lendemains de l’élection présidentielle qui le porte au pouvoir en 1981, sa photo officielle le représente devant un mur de livres anciens.
Une grosse partie de sa bibliothèque − plus de 20 000 volumes – a rejoint la médiathèque Jean-Jaurès de Nevers en 1990, six ans avant sa mort. Anne et Mazarine Pingeot détiendraient encore sa collection de livres anciens. Le fonds d’ouvrages modernes, que possède son fils cadet Gilbert, sera dispersé les 29 et 30 octobre chez Piasa, à Paris.
Goût classique
Cet ensemble de 683 lots modestement estimé autour de 450 000 euros dresse en creux le portrait de l’ancien président. Il confirme un certain goût classique, presque désuet, ainsi qu’une passion tenace pour l’écrivain Jacques Chardonne. Se dévoilent aussi des complicités affectueuses avec cet exemplaire de L’Amant de la Chine du Nord (8 000-10 000 euros) joliment dédicacé par Marguerite Duras, « toujours avec la même amitié, totale, pareille, vous le savez ».
On relève aussi quelques raretés comme une lettre du jeune Clemenceau à Louise Michel, estimée 500 euros, ou un exemplaire des Justes d’Albert Camus dédicacé par l’auteur à Mitterrand, « en souvenir d’une juste cause », raisonnablement estimé 5 000-8 000 euros. « François Mitterrand notait tous les livres qu’il achetait, il les faisait relier et les gardait chez lui rue de Bièvre, pas à l’Elysée », rappelle le libraire Jean-Baptiste de Proyart, expert de la vente. Et d’ajouter : « c’était un trésor secret ».

Un « trésor » très différent de la bibliothèque réunie par un autre politicien, Dominique de Villepin,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Kenji Tsuruta signe avec brio l’adaptation d’une nouvelle fantastique mettant en scène une jeune femme renaissant à chaque génération, depuis trois milliards d’années.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

« Emanon », un manga contemplatif sur l’immortalité

Kenji Tsuruta signe avec brio l’adaptation d’une nouvelle fantastique mettant en scène une jeune femme renaissant à chaque génération, depuis trois milliards d’années.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 11h13
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Emanon renaît à chaque génération, avec le souvenir de ses ancêtres, depuis le protozoaire, sur une période de trois milliards d’années. C’est cette histoire extraite d’une nouvelle fantastique écrite par Shinji Kajio en 1983 qu’illustre Kenji Tsuruta pour ce second volume d’Emanon, sorti aux éditions Ki-oon, après un beau premier volume (Souvenirs d’Emanon en janvier 2018). Un étudiant qui rentre chez lui y rencontre, sur un ferry, cette jeune fille bucolique et décomplexée qui va se rapprocher de lui. Il lui rappelle un de ses amours anciens, plusieurs siècles auparavant, et lui raconte son destin singulier, celui de l’immortalité.
Ce nouveau récit tout en finesse et à la trame narrative complexe participe de l’univers étrange construit autour du personnage indéchiffrable d’Emanon (« no name », quand on le lit à l’envers), et des relations qu’elle noue avec son entourage. Affiné pendant plus de trente ans par son auteur dans quelques nouvelles, Emanon véhicule nombre de concepts autour du souvenir et de la nostalgie, des thématiques qui irriguent les deux volumes. Lenteur du temps qui passe, valeur de la contemplation et de la rêverie consciente sont autant de sujets qui vont donner du poids au souvenir et sa saveur. Quelque chose de proustien imprègne les 200 pages de l’ouvrage.

   


Le dessin pastel (pour la première partie en couleur) de Tsuruta colle parfaitement à ce rythme assez lent où souvent rien ne se passe. On se souvient de ce même trait si particulier qui habitait déjà L’Ile errante, de son héroïne en bikini, clope au bec et son obsession insulaire. Paysages, forêts, temples et milieux urbains tranquilles : c’est un Japon fantasmé que raconte le dessin du mangaka, comme immobile et peu altéré par le passage du temps, d’autant que l’histoire couvre plusieurs générations.

   


Mais l’impression de faible densité narrative n’est que de surface, car l’héroïne charrie avec elle des responsabilités et un destin lourd à porter. La transmission de la mémoire tout d’abord, qui comme dans des vases communiquants, se fait de mère à fille, la première oubliant ce que la deuxième apprend. In fine, la fille se débarrasse de sa mère. Nouvel ajout à l’histoire, assez symbolique, la responsabilité écologique de l’héroïne, voyageuse qui conserve des graines vitales à la survie des espèces, qu’elle réactive régulièrement. Enfin, au gré de ses déplacements, la « jeune » femme entretient ses rencontres, sur de très longues durées, posant la question du temps, de l’amitié et de la mort.
Un manga magistralement dessiné, très touchant et qui brasse avec une certaine délicatesse de multiples questions sur l’existence.

   


Errances d’Emanon, de Shinji Kajio, dessins de Kenji Tsuruta, en librairie le 6 octobre, éditions Casterman, 210 pages, 15 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ A l’occasion de la sortie du livre « Radioscopie », regroupant de grands entretiens réalisés par Jacques Chancel, « Le Monde » publie des extraits de la rencontre avec l’écrivain.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/10/2018
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Romain Gary, en 1975, dans « Radioscopie » : « L’absence de féminité dans notre civilisation est effrayante »

A l’occasion de la sortie du livre « Radioscopie », regroupant de grands entretiens réalisés par Jacques Chancel, « Le Monde » publie des extraits de la rencontre avec l’écrivain.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 10h07
   





                        



                                


                            

Bonnes feuilles. Brassens, Adjani, Truffaut, Dalida, Foucault, Yourcenar… Pendant vingt ans, Jacques Chancel a reçu sur France Inter des artistes, des écrivains ou des intellectuels pour les confesser dans son émission « Radioscopie ». Parmi les grands entretiens regroupés dans un livre (« Radioscopie » , 352 pages, Les Editions du sous-sol, 49 euros), « Le Monde » a choisi de publier la rencontre avec l’écrivain Romain Gary, réalisée en juin 1975, alors qu’il recevra, cinq mois plus tard, un deuxième prix Goncourt, sous le pseudonyme d’Emile Ajar.

Vous n’avez pas l’impression, Romain Gary, de vous être un peu trop dispersé ? Vous êtes écrivain, cinéaste, vous avez été consul, conseiller d’un ministre de l’information, vous avez sans doute été tenté par la politique…
Je passe sur les métiers que j’ai faits dans ma préhistoire, pour survivre, parce que je suis d’un milieu extrêmement pauvre. Je me suis engagé dans l’aviation à l’âge de 23 ans, je suis resté aviateur neuf ans, instructeur de tir aérien à l’école de l’air de Salon-de-Provence. J’ai ensuite rejoint de Gaulle, il y a eu l’Angleterre, la bataille d’Angleterre, l’Afrique, l’Abyssinie, la Libye, la Syrie, tout le tralala jusqu’au débarquement en Normandie. Après quoi, j’ai été diplomate pendant dix-sept ans, et j’ai mené une carrière consulaire que j’ai terminée comme consul général à Los Angeles en 1961. Ensuite, j’ai été, en effet, conseiller d’un ministre, j’ai fait beaucoup de journalisme, et j’ai fait du cinéma comme metteur en scène.
Mais, il y a plus grave que ça, dans cette dispersion. Si je m’examine au point de vue culturel, je vois trois choses. Je suis né en Russie, j’ai emmagasiné jusqu’à l’âge de 7 ou 8 ans la culture russe et la langue russe. Ensuite, ma mère a immigré en Pologne, et pendant cinq ans, j’ai emmagasiné la langue et la culture polonaise. Puis, à l’âge de 12 ans, je débarque à Nice, et j’emmagasine...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ De 1850 à 1950, spirites, voyants et autres mages font souffler un vent de folie dans les rues de la capitale. Balade en images avec Bertrand Matot.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Dans Paris envoûté les occultistes rient  De 1850 à 1950, spirites, voyants et autres mages font souffler un vent de folie dans les rues de la capitale. Balade en images avec Bertrand Matot.        Par  Denis Cosnard   Publié le 18 octobre 2018 à 07h30 - Mis à jour le 19 octobre 2018 à 07h57   Lecture 2 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés         Paris occulte. Alchimistes de l’ombre, spirites inspirés, mages sulfureux, traqueurs de fantômes et astrologues visionnaires, de Bertrand Matot, Parigramme, 128 p., 19,90 €.                       L’illusionniste Henri Robin et le fantôme, photographie d’Eugène Thibault, 1863. WWW.BRIDGEMANIMAGES.COM             Paris, 1857. Un célèbre médium écossais, Daniel Dunglas Home, est de retour en Europe après s’être fait connaître aux Etats-Unis. L’impératrice Eugénie demande immédiatement à le rencontrer. Un soir d’hiver, il se rend au palais des Tuileries. Reçu dans les appartements privés par Napoléon III, son épouse et quelques intimes, il impose le silence. Soudain, « d’énormes meubles que six hommes ne soulevaient qu’avec peine pour ôter les tapis, au printemps, commencèrent à s’agiter », rapporte la princesse de Metternich. Les chaises, les fauteuils volent. Les cristaux des lustres carillonnent, le piano se met à jouer tout seul, puis une main apparaît sur une table. « C’est la main de mon père ! », s’exclame Eugénie. L’empereur la touche à son tour et la lâche vivement : « Dieu, que c’est froid ! »          On peine à le croire aujourd’hui, mais l’Occident (dont la France et particulièrement sa capitale) fut saisi, dès le milieu du XIXe siècle, d’une fascination pour les sciences occultes. A l’époque, « il n’est quasiment plus un salon de la bonne société parisienne où l’on ne se préoccupe pas de faire danser les tables pour communiquer avec les morts », affirme Bertrand Matot, documentaliste, dans son bel album Paris occulte.          Le Congrès spirite international          La guerre de 1914 amplifie la vogue occultiste. Cette fois-ci, c’est « Madame Fraya » qui est appelée au ministère de la guerre. L’ennemi n’entrera pas dans ­Paris, promet-elle. L’avenir lui donne raison. Durant ces années, « la presse identifie les Allemands au diable, spirites et voyantes rivalisent de prédictions patriotiques et, quand les morts sont enterrés, mères, épouses et sœurs cherchent encore à communiquer avec les disparus », résume l’auteur. Et en 1925, le Congrès spirite international réuni à Paris attire des milliers de curieux. Le premier jour, 500 personnes restent à la porte, tandis que le président de séance, l’écrivain ­Arthur Conan Doyle, prédit des temps nouveaux : « Le monde s’éveille peu à peu, il comprend qu’il ne s’agit pas seulement de tables tournantes mais d’une grande et profonde philosophie. »                                           — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    Participer à des événements artistiques et culturels toute l'année et partout en France.    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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ François-Xavier Fauvelle dirige « L’Afrique ancienne », une ample histoire du continent qui met au jour sa place singulière dans celle du monde.
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Histoire. Nouvelles de la vieille Afrique

François-Xavier Fauvelle dirige « L’Afrique ancienne », une ample histoire du continent qui met au jour sa place singulière dans celle du monde.



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 15h37
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            Joan Tilouine








                        



                                


                            
L’Afrique ancienne. De l’Acacus au Zimbabwe. 20 000 avant notre ère-XVIIe siècle, sous la direction de François-Xavier Fauvelle, Belin, « Mondes anciens », 680 p., 49 €.

Ecrire l’histoire de l’Afrique consiste, aujourd’hui encore, à déconstruire des clichés. Le principal, toujours vivace, veut que ce continent soit dépourvu de traces écrites suffisantes pour étayer un travail scientifique – voire même d’écriture. Vision cristallisée dans le discours de Dakar, en 2007, du président Nicolas Sarkozy selon lequel « l’homme africain n’[était] pas assez entré dans l’histoire », à laquelle répondent, symétriquement, des instrumentalisations à des fins identitaires, le plus souvent pour consolider des théories « afrocentristes ».
Mais, alors que les historiens se sont longtemps focalisés sur la présence européenne, que ce soit, naguère, pour servir la cause coloniale, ou pour porter un regard critique, parfois empreint de tiers-mondisme, l’histoire rigoureuse des sociétés africaines est peu à peu devenue une discipline à part entière en Europe, aux Etats-Unis, au Brésil et en Afrique. Avec ses maîtres, comme François-Xavier Fauvelle, qui rappelle dans le prologue de L’Afrique ancienne, livre magistral et unique, fruit de trois ans de travail collectif avec la vingtaine de chercheurs qu’il a réunis, que « se laisser surprendre par l’histoire de l’Afrique, c’est accepter d’être nouvellement éclairé sur le monde ».
Vestiges de cités millénaires enfouies
Cet historien français, directeur de recherche au CNRS, est aussi archéologue. Car l’histoire ne suffit pas pour exhumer des sources matérielles rares et des vestiges de cités millénaires enfouies. Comme la ville éthiopienne d’Ifat, capitale du sultanat qui porte son nom, principale formation politique islamique de l’Ethiopie du XVe siècle, qu’il a découverte avec le spécialiste de l’Ethiopie médiévale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Une autre fin du monde est possible », de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle.
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Figures libres. Tout va s’écrouler ? Même pas peur !

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Une autre fin du monde est possible », de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle.



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h30
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                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Seuil, « Anthropocène », 332 p., 19 €.

Effondrement est le titre français du livre du géographe et biologiste américain Jared Diamond (Gallimard, 2006). Cet essai marquant étudie la manière dont meurent les civilisations. Au cœur de ses préoccupations : le risque d’une fin prochaine du monde industriel planétaire. Depuis, cette possibilité d’implosion est devenue, pour certains, la certitude d’une apocalypse proche. L’agonie serait donc entamée, la fin inévitable, et le trépas à nos portes. Il est inutile même de sonner le tocsin : la fin du monde serait si évidente que la vraie question n’est plus d’y échapper. L’essentiel serait de faire bonnefigure.
L’explosion étant inéluctable, les efforts pour l’éviter dérisoires et vains, nous voilà dispensés des crispations, libérés des combats, disponibles pour traverser sereinement le temps qui reste. Deux ingénieurs agronomes, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, et un « écoconseiller », Raphaël Stevens, experts en « collapsologie », vont encore plus loin. Auteurs de Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), très lu et qui continue de l’être, les trois experts-compères explorent maintenant un registre nouveau, baptisé « collapsosophie ».
Arguments très curieux et très discutables
Cette sagesse pour monde au bord du gouffre consiste, grosso modo, à tenir ce discours : conscients que nous n’échapperons pas au pire, que quantité d’horreurs et de convulsions s’abattront bientôt sur la planète, cultivons en nous la compassion, l’altruisme, la présence au monde et la spiritualité… Arguments employés et conseils prodigués sont à la fois très curieux et très discutables, parfois touchants, parfois irritants. En fait, la réaction de chaque lecteur dépendra de sa place...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dans l’intense « Ne m’appelle pas Capitaine », l’écrivain représente le gouffre qui sépare les riches des pauvres à Port-au-Prince.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Lyonel Trouillot ouvre une brèche dans l’avenir ruiné d’Haïti

Dans l’intense « Ne m’appelle pas Capitaine », l’écrivain représente le gouffre qui sépare les riches des pauvres à Port-au-Prince.



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h15
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                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Ne m’appelle pas Capitaine, de Lyonel Trouillot, Actes Sud, 160 p., 17,50 €.

Avec son titre aux allures de rengaine, mais une rengaine dont la première note serait un « ne » à dénouer, Ne m’appelle pas Capitaine, le nouveau roman de ­Lyonel Trouillot, est une merveilleuse fable pour demain autant qu’un roman ancré dans la réalité contemporaine de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Il s’agit certes de raconter le gouffre qui sépare les déshérités des très riches Haïtiens vivant barricadés dans un entre-soi mortifère, mais il s’agit surtout de retrouver une continuité : de retrouver la capacité à s’emparer de l’avenir des deux mains – ces mains qui peuvent caresser, tuer, jouer, manipuler, mais aussi bien écrire ou dessiner.
« Nous sommes ce que vivent nos mains », affirme d’ailleurs le Capitaine qui donne au livre son titre, à la fin d’un récit tissant discrètement ce leitmotiv dès sa première phrase : « A chaque séance, j’appréhendais ce moment où l’homme devenait une défaite, ses mains usées sabrant le vide, la violence des mots redonnant pourtant un semblant de force à la voix. » Les mains autant que la voix de Capitaine subjuguent Aude, la jeune narratrice issue des beaux quartiers, lorsqu’elle surprend l’ancien professeur d’arts martiaux s’adressant au fantôme d’une femme qui l’a doublement trahi, des années plus tôt : en le quittant brusquement après l’avoir entraîné contre son gré au-delà de la limite posée à leur engagement politique, le meurtre.
La vie d’avant le désastre
Aude détonne, dans le quartier du Morne Dédé qui fut celui des opposants à l’heure de la dictature et qui en paye lourdement le prix au point de n’être plus populaire mais miséreux – un quartier dont elle ignorait jusqu’au nom avant de s’y rendre pour y réaliser son tout premier reportage. Capitaine en est l’une des mémoires vivantes, capable de restituer la vie d’avant le désastre,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Claro embarque sur l’instable « Epopée » de Marie Cosnay.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Un héron traverse le ciel

Claro embarque sur l’instable « Epopée » de Marie Cosnay.



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h15
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                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Epopée, de Marie Cosnay, L’Ogre, 336 p., 21 €.

Autant le flou et l’imprécis peuvent être agaçants dans une narration, le premier ne servant qu’à brouiller les eaux pour les faire paraître profondes, le second ne visant souvent qu’à dissimuler l’inanité du propos, autant l’instable et l’indécidable peuvent se révéler de puissants et prolifiques moteurs. Mais une chose est sûre : rien de pire qu’un auteur ou une auteure qui cherche à inoculer du poétique dans du récit. On l’imagine arc-bouté sur son pensum, une seringue à la main, ou dispensant des gouttes de mercure sur la vitre pas très nette de sa page – pourvu que ça irise, se dit-il, tandis que tout dégouline à la lecture.
Rares sont les auteurs capables d’affronter la vérité sismique d’un texte sans barbouiller de fausses fissures ici et là. Chorégraphier l’instable : travail de précision. Car tout est fragile dès qu’on s’empare du chaos du monde. Les personnages, les dialogues, les revirements, même les ellipses. Comment embringuer le lecteur dans le clair-obscur d’un réel en perpétuelle déliquescence ? Comment faire des nœuds sans que tout s’emmêle ? Quelles béances pratiquer sans causer d’irréparables bascules ? Tout ça peut sembler abstrait, mais c’est en réalité on ne peut plus concret. L’écrivain travaille les masses, les volumes, il dose les vitesses, les intensités, approfondit les nuances, truque les reliefs.
Chorégraphier l’instable : c’est précisément que ce fait Marie Cosnay dans son roman intitulé Epopée. Chez elle, quand ça tremble, ce n’est pas du chiqué. Très vite, on a le vertige, puis ce vertige devient un véhicule, on est embarqué, ça secoue, et même quand on a l’impression d’avancer dans la brume, force est de constater que ladite brume a été ciselée dans du cristal. Une épopée ? Rompue par sa pratique de traductrice aux stratégies du chant – on n’a pas oublié sa magnifique version des Métamorphoses,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
      

Trans|Poésie. Forcing

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h15
    |

                            Didier Cahen








                        



   


Mes poignets sont rivés à mes bras
Cadenassés aux épaules
Vissées à ma nuque
§
Le coup de pied dans la porte ouverte
Va venir, le coup de pied dans
La porte ouverte va partir
§
Il y a peut-être un passage dans le mur
Il y a peut-être un chemin
De l’au-delà vers l’ici
Comment articuler l’écriture poétique et la danse post­moderne ? Maryvonne Coat (née en 1967) répond en chorégraphe ; elle sait chasser les mots pour suivre les mouvements disloqués des corps enchevêtrés et rendre lisible le pas risqué dans les arcanes du vide.
Animatrice d’ateliers de poésie à la Fondation José Hierro, à Madrid, rédactrice en chef du magazine Minerva au Circulo de Bellas Artes, Esther Ramon (née en 1970) est d’abord l’auteure de neuf livres importants qui attendent leur traduction en français. Appel lancé aux éditeurs…
Très bel ensemble du poète chilien Luis Mizon (né en 1942) en ouverture de la revue Nunc. Ce 45e numéro rend, par ailleurs, justice à « l’étincelle créatrice » d’Adonis (né en Syrie en 1930), avec un fort dossier consacré à cet immense poète, têtu comme un prophète laïc !

        Lire aussi :
         

                Trans|Poésie. Solo



Les Carnets du chorégraphe, de Maryvone Coat, Isabelle Sauvage, 62 p., 13 €.
Dynamite, d’Esther Ramon, dans le dossier « Poésie de langues d’Espagne », Place de la Sorbonne. Revue internationale de poésie de Sorbonne Université, n° 8, PUPS, 336 p., 20 €.
L’Entrepôt de l’instant (extrait), de Luis Mizon, dans NUNC, n° 45, Corlevour, 128 p., 22 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Avec « Helena », Jérémy Fel signe un lent thriller rythmé de scènes tranchantes. Hypnotique et effrayant.
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Jérémy Fel horrifie le Kansas

Avec « Helena », Jérémy Fel signe un lent thriller rythmé de scènes tranchantes. Hypnotique et effrayant.



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h15
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                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Helena, de Jérémy Fel, Rivages, 800 p., 23 €.

Un meurtre ou une disparition, au Kansas, font l’effet d’une bouée perdue dans l’océan, d’une mouche dans une assiette de lait. L’immensité « désespérément plate et terne des champs et des plaines à perte de vue » de ce silo de l’Amérique les noie dans le même temps qu’elle les surexpose. Ainsi en va-t-il avec Hayley, prometteuse jeune golfeuse en route pour un tournoi et soudain volatilisée, l’un des cinq principaux personnages d’Helena, de Jérémy Fel, thriller à l’inexorable lenteur, à l’effrayante planitude, où la violence, tout en coups de sang et soudaines envolées, se renforce d’être perdue dans ce désert de blé, égarée au cœur de cette uniforme steppe de maïs, qu’elle hérisse comme des arbres foudroyés ou des calvaires oubliés.
Qu’est-il arrivé à Hayley ? Elle a simplement accepté, en toute innocence, l’hospitalité du diable. Suite à une panne automobile, la voilà gîtant pour une nuit au cœur de nulle part, dans la fermette de Norma, sanctuaire du mal où opérèrent par le passé le sombre Jesse, lynché par la foule, puis le parenticide Daryl Greer, héros des Loups à leur porte (Rivages, 2016), premier roman de Jérémy Fel où déjà certaine scène (un dîner familial tournant au massacre méthodique) signalait un conteur retors. Hayley va s’y trouver prise en étau entre la folie homicide de Tommy, cadet de la famille, et Norma, sa mère, superbe création romanesque, mater familias solitaire et énergique qui, marquée par la duplicité perverse de son second mari, doit juguler les errances de Tommy, dont elle ignore les équipées meurtrières, projetant toute son espérance sur Cindy, sa fille, qu’elle façonne pour en faire une petite reine de beauté provinciale.
Ecriture transparente
Violée par Tommy, qui fugue à la suite de son forfait, séquestrée, enchaînée, dans la cave, par une mère qui redoute...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Romans, récit, BD, noir… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 19 octobre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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La rentrée littéraire en bref

Romans, récit, BD, noir… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 19 octobre 2018.



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
18.10.2018 à 09h07
    |

                            Macha Séry, 
Frédéric Potet, 
                                Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
Raphaëlle Leyris, 
                                Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Roman. Entre deux feux
Les Mille et une nuits de Krushnik (Mayses fun toyznt eyn nakht), de Sholem Aleikhem, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild et Evelyne Grumberg, L’Antilope, 154 p., 17 €.
La première guerre mondiale poussa l’écrivain russe de langue yiddish Sholem Aleikhem (1859-1916) à émigrer à New York. De sa traversée, en novembre 1914, il rapporta le témoignage de Yankel, un habitant juif de Krushnik, petite bourgade de Pologne qui venait d’être le théâtre de sanglants affrontements entre les armées russe et austro-hongroise. Rédigé dans l’urgence, ce récit décrit avec un humour noir les conséquences directes du conflit sur la population juive. Honnie par les Polonais non juifs, elle est tour à tour suspectée d’intelligence avec l’ennemi par les Allemands et par les Russes, qui se disputent la ville. Humiliations, condamnations à mort, pogroms… Dans la lignée des contes yiddish, cette chronique de la guerre offre une peinture à la Brueghel du monde ashkénaze d’avant la Shoah, promis à la destruction, mais refusant de s’y résoudre. Ar. S.
Roman. Un autre mythe grec
La Grande Idée, d’Anton Beraber, Gallimard, 576 p., 22 €.
« Mon histoire – vous le savez, je crois – blessera les coutumiers de l’exact. » Pourquoi, malgré cet aveu d’affabulation, le narrateur de La Grande Idée n’interrompt-il pas ce soldat qu’il interroge sur Saul Kaloyannis ? Pourquoi ne pas aller chercher ailleurs la vérité sur ce dernier ? C’est sans doute que le narrateur, un jeune universitaire, a depuis longtemps renoncé à rendre compte de l’histoire de manière académique. Quand on veut bâtir un roman national du côté de la mer Egée, il s’agit d’exalter les grands mythes. D’évoquer, au lieu des héros de guerre, ceux qu’on peignait sur les céramiques et que les aèdes chantaient. La Grande Idée, sur les traces de la guerre gréco-turque de 1919-1922, ne fait pas exception....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ L’écrivain, ancien premier ministre de la République du Congo et ambassadeur à Paris, livre ses souvenirs dans « Il est déjà demain ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Henri Lopes, SIF (sans identité fixe)

L’écrivain, ancien premier ministre de la République du Congo et ambassadeur à Paris, livre ses souvenirs dans « Il est déjà demain ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    18.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 07h53
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Il est déjà demain, d’Henri Lopes, JC Lattès, 350 p., 22,90 €.

Il est déjà demain sera son dernier livre. Henri Lopes l’annonce avec un grand sourire et une voix caverneuse. La marque d’un « épisode de santé », ­confie-t-il sans s’attarder. Et pourtant, cette voix, qui supplante le brouhaha d’un café de Saint-Germain-des-Prés, à ­Paris, charrie la sémillance d’un homme né en 1937, à Léopoldville au Congo belge, aujourd’hui Kinshasa en RDC, qui a vécu mille vies. Rien d’étonnant à cela. L’auteur a fait du renversement de situation un art de vivre et d’écrire. La capacité à voir le bon et le mauvais côté des choses. L’envers et l’endroit d’une époque. Il résume cette caractéristique dans un oxymore : le ­ « pleurer-rire ».
Elevé sur la rive opposée du fleuve Congo, d’où est originaire sa mère, il a été enseignant, premier ministre de la République du Congo (1973-1975), fonctionnaire international, ambassadeur (en France, de 1998 à 2015). Mais si c’était à refaire, il s’arrangerait pour n’être qu’écrivain. Car c’est là, dit-il, qu’il s’accomplit le mieux. Des Tribaliques (Clé, 1971) au Chercheur d’Afriques (Seuil, 1990), en passant par Le Pleurer-rire (Présence africaine, 1982), son œuvre suit des personnages en quête d’identité et sonde le destin des pays africains après l’indépendance. Parce qu’elles traitent du métissage, de l’engagement politique et de la corruption du pouvoir, on a souvent lu ces fictions comme autobiographiques. Mais il n’avait, jusqu’à aujourd’hui, écrit qu’un essai abordant directement ses origines, Ma grand-mère bantoue et nos ancêtres les Gaulois (Gallimard, 2003).

« Je me sens 100 % africain et 100 % français »
Congolais de « sang-mêlé », doté d’un patronyme aux consonances portugaises, l’écrivain a très tôt inventé des mots pour répondre aux remarques sur ses « origines douteuses »....




                        

                        


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<filnamedate="20181021"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181021"><AAMMJJHH="2018102119">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Franck Thilliez, à propos d’« Ecorces vives », d’Alexandre Lenot.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Baptiste Coulmont Contributeur "Sciences" et sociologue, maître de conférences à l’université Paris-VIII                     Éditorial  Halte au pillage fiscal             Culture      Culture   Cinéma   Télévision   Livres   Musiques   Arts   Scènes                      Cinéma  Reprise : « Le Fanfaron », mélancolique dolce vita                    Livres   Article réservé à nos abonnés Valérie Manteau à Istanbul avec Hrant Dink en tête                    Télévisions & Radio  « Larry et son nombril » : l’emmerdeur intégral                    Musiques  Succès inédit pour l’album posthume de Johnny Hallyday             M le mag      M le Mag   L'actu   L'époque   Le style   Gastronomie   Voyage   Mode   Les Recettes du Monde                      L'époque  Plaisir clitoridien : comment prendre position ?                    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Vallées et cœurs perdus du Cantal  La chronique de Franck Thilliez, à propos d’« Ecorces vives », d’Alexandre Lenot.        Par  Franck Thilliez   Publié le 18 octobre 2018 à 07h15 - Mis à jour le 19 octobre 2018 à 07h49   Lecture 2 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés         Ecorces vives, d’Alexandre Lenot, Actes Sud, « Actes noirs », 208 p., 18,50 €.                       Orages sur Aurillac (Cantal). XAVIER DELORME / BIOSPHOTO             On pourrait se croire en terre étrangère. Aux portes d’une réserve indienne du Wisconsin, là où le vent glacé fait baisser les yeux, non loin du territoire des loups. C’est pourtant le Cantal, terre de taiseux, de besogneux, de mains noueuses et de dos qui grincent. Les jeunes la fuient, les vieux s’y entassent et y crèvent, avec leurs chiens aveugles et leurs rancunes poussiéreuses. Puis il y a ceux qui s’y réfugient, ces âmes broyées par un passé trop dur, qui savent que leur place est là, au milieu de rien. Mais ce rien, c’est l’origine du monde, la nature brute, les bêtes, la rupture avec une humanité qui s’anéantit elle-même.          L’hiver règne          Parmi ces exilés, il y a Eli, qui incendie la ferme où il aurait dû voir ses enfants grandir. Louise, arrachée à la capitale et à ses échecs par un désir de fuite. Et Laurentin, gendarme boitillant qui, au sortir d’un mariage raté, a préféré le silence imposant des forêts à l’ivresse des bars. A travers ce récit mené à plusieurs voix, Alexandre Lenot immerge son lecteur dans l’univers rude des hautes vallées centrales, ces étendues piégées entre forêts et montagnes, où l’hiver règne tant dehors que dans l’esprit des habitants. Depuis l’aube des temps, les êtres vivants luttent et tuent pour préserver leurs territoires. Nous sommes tous l’étranger de quelqu’un, et peut-être davantage encore dans ces espaces où l’on naît et où l’on meurt. Aussi, tout ce qui peut perturber l’ordre naturel des choses se révèle hostile et représente un danger.          Dès lors, une tension souterraine se met à vibrer, les mots se font plus âpres, le propos plus cru. Aux haines ancestrales, gravées dans l’ADN de chacun, s’ajoutent les maux du monde contemporain : l’alcool, l’ennui, l’industrie qui empuantit les sols et les corps. Cette accumulation de tensions, de non-dits, de colère trop longtemps contenue, va participer à l’effondrement des fondations pourries de ce fragile équilibre et, inévitablement, conduire à des drames.                                           — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     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« Cyberfatale », quand l’état-major inspire la bande dessinée

Le dessinateur Clément Oubrerie et des scénaristes anonymes proches des armées livrent, le 24 octobre, un premier opus sur la cyberguerre française.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 07h11
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            Nathalie Guibert








                        



                                


                            

L’image virale du président Flandres en slip léopard inonde la Toile. Il est 5 heures, l’alerte vire au rouge et l’experte juridique de l’état-major file au Balargone, comme on surnomme le siège des armées françaises, situé près du métro Balard, à Paris. L’aventure de Cyberfatale peut commencer. Dans son cyber-QG, l’amiral Arnaud Duperré prend les choses en main de méchante humeur, sous la pression de l’Elysée et du ministre Jean-Pierre Morbihan. « Nous avons monté de faux comptes Twitter pour chasser les djihadistes, créé des avatars pour les harceler, et vous n’êtes même pas capables de faire la veille H24 ? » Doublé de Madame O., sa conseillère corse blonde et maligne, le chef éructe, rougit, ordonne et… nous fait rire.
Dessins de Clément Oubrerie (Aya de Yopougon, Pablo, Voltaire amoureux…), scénario des Cépanou, un collectif secret joliment nommé, la bande dessinée Cyberfatale est puisée aux meilleures sources militaires. Présenté en avant-première par les éditions Rue de Sèvres, au festival Quai des bulles de Saint-Malo, l’ouvrage est dévoilé le 18 octobre et sortira le 24.
Le premier opus est sous-titré Si ça sort, on est morts. L’expression familière du sérail résume à elle seule l’acrobatique et réjouissante entreprise de cette BD, entre sérieux et drôlerie. Autour de « la source », un expert en poste dans la cyberdéfense qui a pensé l’idée originale, les scénaristes tapent juste. Et si aucun secret n’est compromis, le livre suscitera sûrement quelques jeux de piste internes.
« Un regard étonné sur ce monde »
Pour sa part, Clément Oubrerie a trouvé « spectaculaire » la vision des centaines d’uniformes croisés au Balargone. « J’apporte un regard étonné sur ce monde », dit-il. Il promet qu’il n’a aucune envie de voler dans un avion de chasse après avoir dessiné un Rafale sous tous les angles. Si l’ouvrage peut évoquer la saga...




                        

                        

