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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Dans son livre, l’essayiste britannique procède à un examen extrêmement documenté du « racisme structurel » et du « privilège blanc ».
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Portrait

Reni Eddo-Lodge : « Etre universel dans ce monde, c’est forcément être blanc »

Dans son livre, l’essayiste britannique procède à un examen extrêmement documenté du « racisme structurel » et du « privilège blanc ».

Par                                            Coumba Kane (Londres, envoyée spéciale)




LE MONDE
              datetime="2018-10-21T18:00:29+02:00"

        Le 21.10.2018 à 18h00






    
L’essayiste britannique Reni Eddo-Lodge.
Crédits : DR


En pleine interview dans un parc de Soho, dans le centre-ville de Londres, un sans domicile fixe l’interpelle. « Etes-vous écrivain ? Je voudrais discuter avec vous. » Reni Eddo-Lodge décline la requête, un brin décontenancée. D’ordinaire, c’est elle qui impose la conversation. Son premier livre, Why I’m No Longer Talking to White People About Race, paru en 2017, a déclenché une controverse nationale sur la fin du dialogue entre communautés dans un Royaume-Uni qui a longtemps vanté son multiculturalisme.
Au Brésil, des militants antiracistes s’en servent comme outil face à Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite, favori de la présidentielle. En Australie, des militants pour les droits des Aborigènes se sont sentis « compris et encouragés » à sa lecture. Après avoir été traduit en polonais et en allemand, le livre est sorti en France fin septembre, en pleine polémique autour du prénom d’Hapsatou Sy qui, selon Eric Zemmour, serait une « insulte à la France ». Son titre en français : Le racisme est un problème de Blancs (éditions Autrement).
Redoutable rhéteuse
Dans cet ouvrage, la Londonienne de 29 ans dissèque la manière dont le racisme imprègne la société britannique et « affecte l’égalité des chances des personnes de couleur ». Elle y procède à un examen extrêmement documenté du « racisme structurel », épluchant données gouvernementales, archives et études universitaires pour mesurer l’ampleur de son impact dans l’accès au logement, à l’éducation ou à l’emploi. Un travail qui a abouti à un tableau édifiant des discriminations systémiques et dont la conclusion est qu’il est difficile d’« expliquer autrement qu’en 2018, à compétences égales, vous avez moins de chances de décrocher un job si vous avez un nom à consonance africaine ou asiatique que si votre nom sonne blanc ».
L’aventure commence pour elle un soir de février 2014, avec un article posté sur son blog et, déjà, intitulé « Pourquoi je ne parle plus de racisme avec des Blancs ». Cette charge contre le déni du racisme, « le mur blanc », devient rapidement virale. Une grande maison d’édition lui propose d’en faire un livre. « Quand j’ai publié ce billet, se souvient-elle, j’étais pessimiste et triste, car quand je parlais de mon expérience du racisme à mes amis, camarades ou collègues blancs, on me répondait que c’était dans ma tête. On met ça sur le compte de la sensibilité, pas de l’injustice. Il me fallait raconter cette sensation d’effondrement qu’on ressent face au déni de cette souffrance dévastatrice. »

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Diplômée en littérature, Reni Eddo-Lodge a alors 24 ans et incarne ce nouvel antiracisme en opposition avec celui qui refuse de voir la couleur de la peau et les discriminations qui en découlent. Le débat prend vite sur les plateaux télé, où elle se révèle être une redoutable rhéteuse. Son goût pour la controverse la pousse même à proposer une conversation avec le leader d’extrême droite Nick Griffin en plein référendum sur le Brexit. A l’issue de cet échange – retranscrit dans le livre –, le politicien invitera la jeune femme, née à East London de parents d’origine nigériane, à « foutre le camp de ce pays ».
« Privilège blanc »
Reni Eddo-Lodge revendique une décennie de militantisme, nourri cependant d’une expérience amère dans les cercles féministes blancs. « Simone de Beauvoir m’a révélée à mon féminisme. Lors des réunions, quand j’évoquais le fait d’être doublement discriminée car Noire et femme, on me répondait que j’étais hors sujet, car ici on parlait de sexisme », se souvient l’écrivaine au look recherché : coupe afro rasée sur les côtés, mocassins, veste en velours.
Elle en conclut que le racisme n’est pas une question de valeur morale, mais d’exercice du pouvoir. Un pouvoir qui bénéficie à ceux qui jouissent du « privilège blanc », qui consiste à « avoir des avantages dans la vie juste à cause de sa couleur et non pas par mérite. Ceux qui en jouissent ne s’en rendent même pas compte car c’est la norme. Etre blanc dans ce monde, c’est être universel », explique-t-elle simplement.

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L‘écrivaine sait qu’elle dérange. Les progressistes « lisent l’essai et en sortent ébranlés, car j’interroge la dimension systémique qui leur permet d’avoir des privilèges au détriment des personnes de couleur. Un peu comme les hommes progressistes face à #metoo ». Ses détracteurs l’accusent de pratiquer un « racisme anti-blanc » et de tout ramener à l’identité raciale, alors que pour elle « c’est la blanchité comme idéologie qui est dangereuse ».
Pour illustrer ce racisme insidieux qui « s’infiltre tel un gaz dans tout ce qui nous entoure », Reni Eddo-Lodge raconte qu’à 4 ans, elle a demandé à sa mère quand elle deviendrait… blanche. « A la télévision, dans les livres, les personnages positifs étaient blancs. Les méchants étaient non blancs. Je me voyais comme une fillette intelligente. Il était donc évident que je deviendrais blanche plus tard », se souvient-elle.
Groupuscules néonazis
La journaliste place son récit dans la grande histoire, celle des tensions raciales héritées de la colonisation, de l’esclavage (1,5 million d’Africains ont transité par Liverpool pendant la traite) et de l’immigration du XXe siècle. Une histoire de relégation sociale, de lynchages et de violences policières, mais aussi de résistance et de révoltes.
L’auteure rappelle le prix du sang versé par des soldats jamaïcains lors de la première guerre mondiale et leur marginalisation sitôt le conflit fini. Son essai fait aussi écho au scandale de la génération Windrush, du nom de ces Antillais venus reconstruire le pays après la guerre et aujourd’hui menacés d’expulsion. Face au discours anti-migrants, Reni Eddo-Lodge fait d’ailleurs sienne cette déclaration de l’ancien directeur du cercle de réflexion Institute of Race Relations, l’écrivain sri-lankais Ambalavaner Sivanandan (mort le 3 janvier 2018) : « Si nous sommes ici, c’est parce que vous étiez là-bas. »

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                Essai. L’Afrique bouscule l’universel



Aujourd’hui, les tensions raciales se sont renforcées au Royaume-Uni, portées par le Brexit et le retour en force de groupuscules néonazis. Reni Eddo-Lodge croit en un mouvement global antiraciste. Dans son pays, elle est devenue un porte-voix. Mais cette exposition pourrait la transformer, malgré elle, en icône antiraciste vouée à policer ses propos. Pour le moment, elle continue de « prendre soin » d’elle, elle qui a souffert de dépression chronique et pour qui le livre a été une « thérapie », une conversation avec elle-même. « Il y a un lien entre racisme et santé mentale. Toutes les injustices détruisent, car vous souffrez de ne pas avoir le contrôle de votre vie », insiste celle qui travaille sur d’autres sujets, laissant la discussion ouverte.



Le racisme est un problème de Blancs, de Reni Eddo-Lodge, éd. Autrement, 296 p., 19,90 euros.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le livre de la journaliste britannique vient d’être publié en français sous le titre « Le racisme est un problème de Blancs ».
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Reni Eddo-Lodge, l’écrivaine qui ne parle plus de racisme avec les Blancs



LE MONDE
              datetime="2018-10-21T18:00:17+02:00"

        Le 21.10.2018 à 18h00






Durée : 07:21 | 

Reni Eddo-Lodge est une journaliste et écrivaine britannique de 29 ans dont le livre Why I’m No Longer Talking to White People About Race, (« Pourquoi je ne parle plus de racisme avec les Blancs ») avait déclenché une controverse nationale au Royaume-Uni. L’ouvrage de l’auteur britannique vient d’être traduit en français sous le titre Le racisme est un problème de Blancs. Il a été publié le 26 septembre aux éditions Autrement. Le Monde Afrique l’a rencontrée dans un parc de Soho, un quartier du centre-ville de Londres.


                

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ OCS rediffuse la saison 9 (2017) de la série de Larry David, précédée de ses huit autres (2001-2011).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

« Larry et son nombril » : l’emmerdeur intégral

OCS rediffuse la saison 9 (2017) de la série de Larry David, précédée de ses huit autres (2001-2011).



LE MONDE
 |    21.10.2018 à 10h00
    |

            Renaud Machart








                        



   


OCS, à la demande, série
Curb Your Enthusiasm, créée, écrite et interprétée par Larry David, avait débuté en 2000, sur la chaîne câblée nord-américaine HBO, par une émission spéciale d’une heure. En raison de son succès, son auteur la développa l’année suivante en une série promise à son tour à un beau succès critique et public.
Elle s’était arrêtée en 2011, après une huitième saison. Mais le cocréateur (avec Jerry Seinfeld) de Seinfeld, qui joue d’ailleurs son propre rôle (revisité par les artifices de la caricature) dans ce qui a été rebaptisé en France Larry et son nombril, a repris du service six ans plus tard pour une nouvelle saison qu’avait ­diffusée OCS en US + 24 et que la chaîne cinéma-séries d’Oran­ge met à nouveau intégralement à disposition.
Larry est, disons-le tout de go et en toutes lettres, un emmerdeur
Pour ceux qui ne connaîtraient pas le personnage principal de cette série – ou n’auraient pas vu Whatever Works (2009), de Woody Allen, où Larry David joue un rôle du même type –, Larry est, disons-le tout de go et en toutes lettres, un emmerdeur.
Ses gaffes, sa propension à dire ce qu’il vaudrait mieux taire, sa jouissance à être politiquement incorrect, ses mensonges emberlificotés et son obsession du détail au bord du trouble obsessionnel compulsif en font un aussi irritant – et souvent déplaisant – qu’attachant personnage.

        Lire la critique de « Whatever Works » :
         

          La mélodie du bonheur selon Woody Allen



Un humour souvent grinçant
Au fil des saisons, on retrouve Larry et son épouse (dont il divorce au cours de la saison 8), son agent, quelques amis aussi fadas que lui, et leurs compagnes – au caractère souvent bien trempé. Si quelques fils créent une continuité, chaque épisode, qui développe une situation particulière, peut être vu indépendamment.
On recommandera de regarder les huit premières saisons, de dix épisodes de vingt-huit minutes chacune, qui se consomment avec gourmandise sans que jamais, ou presque, le niveau ne baisse. Mais on peut aussi directement passer à la neuvième, toujours réjouissante et drolatique.
Cet humour souvent très grinçant – une blague sur les camps de concentration faite par Larry David (qui est juif) en 2017, au cours de l’émission « Saturday Night Live », a créé la polémique – et cet univers narcissique ne sont peut-être pas du goût de tous. Mais, si l’on y est sensible, c’est merveilleusement hilarant.
Larry et son nombril (Curb Your Enthusiasm), série créée par Larry David. Avec Larry David, Jeff Garlin, Cheryl Hines, (EU, 2017, 10 × 28 min). Saisons 1 à 9 disponibles sur OCS Go à la demande.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ L’ancienne de « Charlie Hebdo » a suivi dans la cité turque le souvenir du rédacteur en chef d’« Agos », assassiné en 2007. Et écrit « Le Sillon ».
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édition abonné


Valérie Manteau à Istanbul avec Hrant Dink en tête

L’ancienne de « Charlie Hebdo » a suivi dans la cité turque le souvenir du rédacteur en chef d’« Agos », assassiné en 2007. Et écrit « Le Sillon ».



LE MONDE DES LIVRES
 |    21.10.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Le Sillon, de Valérie Manteau, Le Tripode, 272 p., 17 €.

Quelques lignes annonciatrices. Dans les dernières pages de son premier livre, Calme et tranquille (Le Tripode, 2016, qui paraît en poche dans la collection « Météores », 150 p., 9 €), que Valérie Manteau, chroniqueuse à Charlie Hebdo entre 2008 et 2013, consacrait à l’avant et à l’après-7 janvier 2015, l’au­teure évoquait brièvement la figure du journaliste et écrivain Hrant Dink. Condamné pour « insulte à l’identité turque », ce militant de la cause arménienne fut assassiné par un nationaliste six mois plus tard, le 19 janvier 2007, à la sortie de son journal, Agos – en français « Le Sillon », titre du nouveau récit de l’écrivaine, dont le journaliste occupe le rôle central.
Elle avait découvert cet homme, dont le cercueil avait été suivi sur huit kilomètres par 100 000 personnes brandissant deux pancartes, « Nous sommes tous Hrant Dink » et « Nous sommes tous arméniens », en lisant Parce qu’ils sont arméniens, de Pinar Selek (Liana Lévi, 2015). Un essai sur le génocide offert par des proches quand, quelques mois après les attentats de janvier 2015, la jeune femme, née en 1985, installée depuis 2013 à Marseille où elle travaille comme éditrice, prend la décision de s’éloigner un temps de la France, direction Istanbul. Dans cette ville, elle avait quelques amis, un « amant turc » et l’espoir de sortir du « climat français » alors que prenaient de plus en plus de place dans l’espace médiatique « des gens qui se voulaient plus intelligents que l’émotion », dit-elle au « Monde des livres », en désignant le Qui est Charlie ? (Seuil, 2015), de l’anthropologue Emmanuel Todd, entre autres discours qu’elle n’avait « pas envie d’entendre ». Ils étaient insupportables à celle qui venait de perdre des êtres chers, auxquels Calme et tranquille,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Un portrait, présenté comme la création d’une intelligence artificielle, sera mis aux enchères chez Christie’s, à New York, entre le 23 et le 25 octobre. C’est la première fois qu’une telle œuvre fait son entrée en salle des ventes. Une manière de faire fructifier le marché ?
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édition abonné


L’art passe à la machine

Un portrait, présenté comme la création d’une intelligence artificielle, sera mis aux enchères chez Christie’s, à New York, entre le 23 et le 25 octobre. C’est la première fois qu’une telle œuvre fait son entrée en salle des ventes. Une manière de faire fructifier le marché ?



LE MONDE IDEES
 |    21.10.2018 à 09h00
    |

Manuela de Barros (philosophe)







                        



                                


                            

Du 23 au 25 octobre, aura lieu chez Christie’s, à New York, une vente aux enchères où l’on pourrait voir adjugé ce qui est présenté comme la création d’une intelligence artificielle (IA). Résultat du travail de programmation et de mise en forme de trois Français, artistes et chercheurs en IA et membres du collectif Obvious, il s’agit du Portrait d’Edmond de Belamy, l’impression sur toile d’une image générée par un système algorithmique. Il fait partie d’une série de onze portraits représentant une ­famille fictive des XVIIIe et XIXe siècles inventée par les trois collaborateurs.
Cela incite à un certain nombre ­d’observations à la fois esthétiques et philosophiques. En tout premier lieu, se pose la question de la créativité des machines, c’est-à-dire leur éventuelle capacité à reproduire l’imagination humaine et la capacité d’idéation. Que des machines, ou plutôt des algorithmes, aient des comportements, des démarches, ou prennent des décisions traditionnellement liées aux émotions et à la conscience est-il actuellement envisageable ? Voici ce que nous pouvons en dire à partir de quelques exemples en lien avec l’art.
En avril 2016, un « nouveau Rembrandt » est rendu public, sauf que ce n’en est pas un. Il s’agit de l’« œuvre » d’un programme créé par une équipe de Microsoft après l’analyse statistique de centaines de portraits de l’artiste. Même si l’injonction d’obligation novatrice des avant-gardes artistiques est aujourd’hui obsolète, la question de l’originalité reste d’importance : j’en veux pour preuve le nombre d’affaires de plagiats dans le monde de l’art et ailleurs.
Collecter sans comprendre
Il est assez savoureux que Rembrandt ait été choisi, car son œuvre a eu ces dernières années à subir une série de réattributions pour cause de nombreux faux, ou d’œuvres d’élèves ­imputées au maître. Les machines qui font des Rembrandt ou de nouvelles chansons des Beatles font des copies, et sans doute pas très...




                        

                        


<article-nb="2018/10/21/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ La diffusion en salle du film de la réalisatrice Wanuri Kahiu sur les amours de deux jeunes femmes à Nairobi a été autorisée du 23 au 27 septembre seulement. Cela a toutefois suffi à le propulser en tête du box-office.
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Au Kenya, une diffusion à la petite semaine pour « Rafiki »


                      La diffusion en salle du film de la réalisatrice Wanuri Kahiu sur les amours de deux jeunes femmes à Nairobi a été autorisée du 23 au 27 septembre seulement. Cela a toutefois suffi à le propulser en tête du box-office.



M le magazine du Monde
 |    20.10.2018 à 18h30
    |

                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)








   


Finalement, les Kényans ont eu le droit de découvrir Rafiki, film sur un amour lesbien à Nairobi, au cinéma… du 23 au 29 septembre uniquement. Une petite semaine durant laquelle, à la suite d’une plainte déposée par la réalisatrice Wanuri Kahiu, 38 ans, pour atteinte à sa liberté de création, la justice a levé la censure sur cette histoire présentée en mai au Festival de Cannes et actuellement distribuée dans une vingtaine de pays (dont la France, depuis le 26 septembre). Ces sept jours de diffusion dans son pays étaient nécessaires au film pour pouvoir candidater à une sélection aux Oscars.
Agitation sur les réseaux sociaux
Économiquement libérale, la société kényane est cependant conservatrice. L’homosexualité, criminalisée en vertu d’une loi héritée de la colonisation britannique, est rejetée par une grande partie de la population. Le président Uhuru Kenyatta a déclaré plusieurs fois que sa légalisation « n’était pas un sujet », notamment lors d’une visite à Nairobi de Barack Obama en 2015. Pendant la brève apparition du film sur les écrans, l’agitation a été certaine : ovations sur les réseaux sociaux, séances combles, un seul lieu – le Prestige Plaza, à Nairobi, soutien régulier des productions locales – puis trois, puis cinq ont mis à l’affiche cette chronique d’un Nairobi moderne, où Kena et Ziki, deux jeunes filles d’un même quartier, tombent amoureuses malgré l’interdit. Sans compter les projections, publiques ou privées, d’institutions culturelles et d’associations LGBT. Selon les producteurs, le film a attiré 6 500 spectateurs et figurait en tête du box-office, « rappelant une effervescence que le Prestige Plaza n’avait jusqu’ici connue qu’avec Black Panther », début 2018, un blockbuster américain et le plus grand succès jamais connu au Kenya.
« Nos parents sont à fond dans l’église, la religion. Quand ils étaient jeunes, il n’y avait ni Internet ni téléphone ! Il n’y a aucune chance qu’ils aillent voir “Rafiki”. » Fiona Kiautha, étudiante
Cette ébullition ne touche pas tout le monde. Au Prestige Plaza, rares étaient les spectateurs âgés de plus de 30 ans. Dans les effluves de pop-corn se pressait la jeunesse, plutôt aisée, de cette capitale de plus de 4 millions d’habitants, accro à WhatsApp et à YouTube. Et en décalage avec ses aînés. « Nous sommes beaucoup plus exposés, plus ouverts. Nous savons qu’il y a de l’homosexualité dans la société, raconte Fiona Kiautha, 23 ans, étudiante en droit. Nos parents n’ont pas reçu la même éducation, ils sont à fond dans l’église, la religion. Quand ils étaient jeunes, il n’y avait ni Internet ni téléphone ! Il n’y a aucune chance qu’ils aillent voir Rafiki. » Comme plusieurs dizaines de jeunes, dépités, affalés sur des canapés rouges à l’entrée du cinéma, elle est arrivée trop tard pour obtenir un ticket ; elle prévoit de revenir dès le lendemain pour ne pas rater le film, mais « sans le dire à [ses] parents ».

        Lire aussi :
         

                La justice lève pour sept jours l’interdiction au Kenya du film « Rafiki »



Pour autant, Rafiki n’a pas suscité de vrai débat au niveau national. Les grands médias lui ont donné peu de place, à l’exception de certaines chaînes de télévision ciblant la jeunesse. Au-delà de l’indifférence globale, la commission de censure (KFCB), qui avait interdit le film en raison de « son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya », a reçu de nombreux soutiens d’internautes, qui voient en elle un rempart contre des idées « venues de l’étranger ».
« Le KFCB a le devoir sacré de protéger la moralité du Kenya à travers la régulation des films et des contenus diffusés », a ainsi déclaré l’un d’eux, dans un Tweet accompagné du hashtag #KFCBWinOverRafiki (Le KFCB gagne sur Rafiki). Ce dernier a fleuri en fin de semaine, faisant référence à l’annonce de la sélection d’un autre film, Supa Modo, pour représenter le Kenya aux prochains Oscars. Dernière séquence d’une folle semaine pour Rafiki, de nouveau censuré depuis dans son propre pays.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le concepteur du Musée de la bataille de Valmy cherche à s’inscrire dans l’environnement sans le dénaturer.
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Pierre-Louis Faloci, grand Prix d’architecture 2018

Le concepteur du Musée de la bataille de Valmy cherche à s’inscrire dans l’environnement sans le dénaturer.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 13h36
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Le Grand prix d’architecture 2018 a été attribué à Pierre-Louis Faloci. Cette distinction, la plus prestigieuse en France dans le champ de l’architecture, vient couronner une œuvre conçue dans un rapport intime avec le paysage, l’histoire, l’environnement, autant qu’une démarche éthique en prise avec les enjeux de l’anthropocène.
Le lauréat, à qui l’on doit entre autres le Centre européen du résistant déporté, en Alsace, noir monolithe qui épouse la topographie de la montagne (2005), le musée de la bataille de Valmy, incrusté dans une plaine agricole au pied d’un moulin à vent (2015), ou la transformation de la Halle aux sucres de Dunkerque en learning center (2016), part du principe que l’architecture altère le paysage et que maître-d’œuvre se doit de penser en conséquences. En l’espèce, le Centre européen d’archéologie du mont Beuvray, projet mitterrandien qu’il a porté avec son agence pendant plus de vingt ans, dont la livraison est prévue pour 2019, s’annonce comme son grand œuvre.
L’atelier de Méliès
Pierre-Louis Faloci associe sa vocation à un souvenir d’enfance : l’édification d’un immeuble d’habitation devant sa maison familiale, qui a occulté la vue qu’elle offrait sur les collines et la baie de Nice où il est né, en 1949. Petit-fils d’un exploitant de cinéma, l’architecte a forgé sa vision du monde avec le cinéma. L’Avventura d’Antonioni d’abord, film fondateur qu’il voit pour la première fois très jeune, et bientôt Godard, Tarkovski, Kurosawa, Kiarostami... Cet amour du cinéma le conduira notamment, pendant ses études, à étudier l’atelier de Méliès, à Montreuil, structure métallique couverte de vitrages transparents et translucides typiquement moderniste qu’il décrit comme une « machine de vision », qui inspirera ses premiers bâtiments : la Ménagerie de verre et les showrooms parisiens d’Issey Miyake et de Shiro Kuramata.
Biberonné à la philosophie de l’école de Francfort, à la pensée de Deleuze, à la sociologie d’Hubert...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ La série de David Gelb alterne portraits biographiques dramatisés avec épisodes instructifs sur de lointaines traditions culinaires oubliées.
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« Chef’s Table » : un peu de pâte, beaucoup de pathos…

La série de David Gelb alterne portraits biographiques dramatisés avec épisodes instructifs sur de lointaines traditions culinaires oubliées.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 13h00
    |

            Renaud Machart








                        



   


Netflix, à la demande, série documentaire
On avait regretté récemment (Le Monde du 5 mai) que, pour ces portraits de chefs à travers le monde que propose la série culinaire Chef’s Table, créée par David Gelb en 2015, l’aspect biographique prenne trop souvent le pas sur le propos strictement culinaire.

        Lire la critique :
         

          « Chef’s Table », snob, irritante et passionnante



Le premier des quatre épisodes qui constituent le cinquième « volume » (et non « saison », ce serait trop vulgaire) de ce programme volontiers chic et snob réitère cette tendance : il n’est quasi exclusivement question, au sujet de la chef mexicaine Cristina Martinez, que de son trajet personnel de femme battue devenue immigrée illégale aux Etats-Unis.
On ne peut évidemment que compatir à ce témoignage qui s’inscrit dans l’ère #metoo. Mais on regrettera cependant qu’entre deux séquences lacrymales, au pathos un peu trop mis en scène et en musique, on n’ait droit qu’à de rares renseignements sur la cuisine qu’elle pratique dans une enseigne populaire de Philadelphie.
Un pathos un peu trop mis en scène et en musique
A l’opposé du spectre, le cas d’Albert Adria, le jeune frère de Ferran Adria, portraituré dans le dernier épisode de cette livraison de Chef’s Table, semble appeler aussi à la compassion, mais pour d’autres raisons : le petit génie caché derrière le sorcier de la cuisine moléculaire d’El Bulli, l’enseigne catalane mythique fermée en 2011, perdu dans les arcanes moléculaires, aurait failli craquer.
A force de concevoir avec et pour son frère des moules sphériques, des espumas intergalactiques et des biscuits à l’azote liquide, il en est presque venu à ouvrir… un bar à tapas. Cet aveu poignant est naturellement accompagné de musique digne d’un enterrement de chef d’Etat.
Un travail d’ethnologue
Heureusement, les deux autres épisodes de cette nouvelle saison sont autrement captivants et réinstallent la cuisine au centre du propos et de l’histoire. L’épisode 2 s’intéresse au chef turc Musa Dagdeviren. Il raille les écoles culinaires de son pays, centrées sur les techniques de gastronomie française, alors que la cuisine traditionnelle turque, dont les recettes sont transmises par voie orale, se perd.
Dagdeviren, qui ne se prend pas pour le sauveur du monde culinaire, a redonné au kebab ses lettres de noblesse, fait un travail d’ethnologue en visitant une quarantaine de villages dans toutes les régions de la Turquie afin de recueillir et essayer par lui-même les recettes dites « de grand-mère ».
Bo Songvisava, la forte tête
Pour l’épisode 3, la caméra part à Bangkok, où officie Bo Songvisava, chef de cuisine thaïlandaise formée en Australie et au Nahm, le fameux restaurant thaï de David Thompson à Londres. Revenue au pays, la jeune femme propose désormais des plats qui rappellent eux aussi à ses compatriotes la cuisine que leur faisaient leurs grands-parents, mais présentés selon les canons de la cuisine contemporaine.
Bo Songvisava encourage et soutient la production du sucre de palme (un ingrédient commun à presque tous les plats de la cuisine thaï) plutôt que de souscrire à l’emploi, quasi généralisé aujourd’hui dans son pays, du sucre blanc raffiné ; elle traque les producteurs de produits naturels en Thaïlande où le label bio n’est pas vraiment présent…
Cette forte tête dit bravachement ne pas moduler les quantités de piment en fonction du palais des touristes, habitués à une cuisine thaï dévoyée et sans saveur. Et de lancer, délicieusement incorrecte et rafraîchissante : « Il y a des clients pour lesquels on préférerait qu’ils ne viennent pas manger chez nous… »

        Lire la critique parue en 2017 :
         

          « Chef’s Table », la série qui aiguise les appétits




        Lire aussi la critique parue en 2016 :
         

          « Chef’s Table » fait enfin honneur à la gastronomie française



Chef’s Table, saison 5, série documentaire créée par David Gelb (EU, 2018, 4 × 45-51 min). www.netflix.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Un documentaire scientifique, mais accessible, s’intéresse aux usages thérapeutiques de ces techniques.
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« Les Etonnantes Vertus de la méditation » : une médecine à part entière

Un documentaire scientifique, mais accessible, s’intéresse aux usages thérapeutiques de ces techniques.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 12h00
    |

            Alain Constant








                        



   


Arte, samedi 20 octobre à 23 h 30, documentaire
Si les multiples bienfaits de la méditation ne font plus de doute, il est tout de même déconseillé de laisser son cerveau vagabonder en regardant ce documentaire scientifique. Bien construit, riche d’interventions de médecins et chercheurs de haut niveau, rendu plus accessible par des images de synthèse animées, ce programme demande une attention soutenue.
Des hôpitaux parisiens aux universités américaines, des paroles de soignants à celles de patients, les bienfaits de la méditation sur le fonctionnement de notre cerveau et de notre organisme sont méticuleusement analysés. Ce qui concerne l’esprit concerne le corps. Et ce qui était considéré il y a quelques décennies comme une médecine alternative devient médecine à part entière. Il y a près de quarante ans, les premières recherches poussées sur la méditation n’intéressaient que les psychiatres et les psychologues. Au fil du temps, cardiologues, neuroscientifiques, immunologues et endocrinologues se sont intéressés aux bienfaits de la méditation sur leurs patients.
Freiner le vieillissement cérébral
Les résultats d’études cliniques menées depuis 2004 à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, par le psychiatre Christophe André prouvent que la méditation soigne avec une certaine efficacité les dépressifs chroniques. On apprend que la méditation a également un effet bénéfique sur les maladies inflammatoires car elle réduit le stress, ce terrible facteur de morbidité. Plus étonnant, on apprend que méditer peut, dans certains cas, soulager la douleur corporelle. Des études ont prouvé que l’anticipation de la douleur à venir augmente la sensation douloureuse. En agissant sur les phénomènes d’anticipation anxieuse, la méditation atténue le mal.
Les techniques de méditation sont désormais utilisées en accompagnement thérapeutique dans de nombreux hôpitaux américains et européens. En Californie, des recherches sur le vieillissement cellulaire ont montré que la longévité physique peut aussi être liée à l’état psychologique de manière mécanique. D’où l’intérêt de séances de méditation pour freiner le vieillissement cérébral. Prendre le temps de méditer ferait donc gagner du temps sur le temps qui passe. De quoi donner envie de fermer les yeux…
Les Etonnantes Vertus de la méditation, de Benoît Laborde (Fr., 2017, 52 min). www.arte.tv



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Selon une étude du CSA, l’offre jeunesse des chaînes publiques et privées s’adresse surtout aux enfants, laissant de côté les adolescents.
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Les adolescents, grands oubliés de la télévision française

Selon une étude du CSA, l’offre jeunesse des chaînes publiques et privées s’adresse surtout aux enfants, laissant de côté les adolescents.



LE MONDE ECONOMIE
 |    20.10.2018 à 11h33
    |

                            Alexandre Berteau








                        



                                


                            

La télévision française ne favorise pas l’ouverture d’esprit et l’imaginaire des adolescents. C’est, en substance, le constat dressé par Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) dans une étude publiée dimanche 14 octobre, à l’occasion du MIPJunior, le festival des programmes pour enfants organisé à Cannes.
Selon le CSA, les chaînes gratuites et payantes peuvent certes se targuer de proposer un volume abondant de contenus destinés à la jeunesse. Mais cette offre étant « constituée essentiellement de programmes à visée ludique et récréative », elle s’adresse surtout aux enfants, note le document. De fait, alors que « les dessins animés sont surreprésentés », les fictions et les émissions d’information dévolues aux adolescents se font rares.
Les conséquences de ce manque de diversité ne sont pas anodines. Faute de contenus spécifiques à leur âge, les jeunes de plus de 11 ans n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’offre grand public, et notamment la télé-réalité et le sport, observe le CSA. En 2016, un tiers des programmes les plus regardés par les 11-18 ans étaient des grandes compétitions sportives.

Les rendez-vous d’actualité pour adolescents sont encore peu nombreux. Seules Arte, France 4 et LCI ont installé un journal télévisé pour les jeunes téléspectateurs. Pourtant, « ils ont besoin d’explications adaptées pour les aider à décrypter le monde qui les entoure », estime Carole Bienaimé Besse, membre du CSA et présidente du groupe de travail sur la protection de la jeunesse.
Fuite vers Netflix et YouTube
La fiction apparaît comme l’autre parent pauvre des grilles de programmes jeunesse. Quant aux rares séries et téléfilms existants, ce sont bien souvent des productions étrangères. Or, « pour se construire, les adolescents ont besoin de pouvoir s’identifier à des personnages qui leur ressemblent, qui font face aux mêmes problématiques, dans un décor qui leur est familier »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Une nouvelle traduction dans une nouvelle « Pléiade » consacre la vitalité de l’écrivain praguois. Enquête sur une œuvre désormais parée pour le XXIe siècle.
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Article sélectionné dans La Matinale du 20/10/2018
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Franz Kafka, l’inépuisable

Une nouvelle traduction dans une nouvelle « Pléiade » consacre la vitalité de l’écrivain praguois. Enquête sur une œuvre désormais parée pour le XXIe siècle.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 07h00
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
« Nouvelles et récits. Œuvres complètes I et Romans. Œuvres complètes II », de Franz Kafka, traduit de l’allemand (Autriche) par Isabelle Kalinowski, Jean-Pierre Lefebvre, Bernard Lortholary et Stéphane Pesnel, édité sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1408 p., 60 € jusqu’au 31 mars 2019 et 1088 p., 55 € jusqu’au 31 mars 2019.

« Classique absolu », « classique de la modernité », Franz Kafka (1883-1924) est resté jusqu’à ce jour un contemporain, et ce malgré sa mort précoce, à 41 ans, même si ses descriptions de l’oppression bureaucratique ou de l’homme livré à des puissances invisibles et arbitraires ont pu paraître porter sur les seules monstruosités du XXe siècle.
La parution dans « La Pléiade » des deux premiers tomes des Œuvres complètes retraduites, dirigés par Jean-Pierre Lefebvre, constitue un événement, y compris en 2018.
Fécondité de Kafka
Car, en cette rentrée littéraire, deux fictions remarquées font explicitement référence à l’auteur du Château. La romancière américaine Nicole Krauss imagine, dans Forêt obscure (L’Olivier), un Kafka ayant survécu à la tuberculose et s’installant à Tel-Aviv comme restaurateur puis jardinier. Quant à l’Algérien Boualem Sansal, qui a découvert Kafka à 18 ans grâce à sa lecture de Camus, il applique, dans Le Train d’Erlingen (Gallimard), le paradigme de La Métamorphose (un homme subitement transformé en bestiole) comme la métaphore de la conquête subreptice de la société par l’islamisme.
En Allemagne aussi, la littérature continue plus que jamais à être fécondée par Franz Kafka. L’écrivaine Ulrike Draesner, née en 1962, a ainsi consacré deux nouvelles à une réécriture de La Métamorphose et d’Un virtuose de la faim (dans le recueil Richtig liegen [« Etre à l’endroit »], 2011, non traduit),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le maître d’œuvre de la nouvelle « Pléiade », et principal traducteur, aborde son rapport à l’auteur du « Procès » et décrit son approche de la langue kafkaïenne.
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Jean-Pierre Lefebvre : « Kafka, un style incroyable de clarté »

Le maître d’œuvre de la nouvelle « Pléiade », et principal traducteur, aborde son rapport à l’auteur du « Procès » et décrit son approche de la langue kafkaïenne.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 15h10
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Le germaniste Jean-Pierre Lefebvre (né en 1943), professeur émérite de littérature allemande à l’Ecole normale supérieure, vient de traduire et de commenter l’essentiel des nouvelles et récits de Kafka qui paraissent en deux volumes dans « La Pléiade » (Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1408 p., 60 € jusqu’au 31 mars 2019, et 1088 p., 55 € jusqu’au 31 mars 2019 ; les deux suivants contiendront les correspondances et le Journal). Ces deux premiers volumes rassemblent notamment tous les textes publiés du vivant de Kafka ainsi que ses trois romans posthumes, remis dans l’ordre chronologique de leur écriture, Le Disparu [Amerika] (1911-1912), Le Procès (1914) et Le Château (1922).

Comment caractériseriez-vous la nouveauté de votre traduction ?
Quand on m’a confié cette tâche, il y a quatre ans, j’avais tout lieu d’être intimidé par mes prédécesseurs, Alexandre Vialatte, Bernard Lortholary, Georges-Arthur Goldschmidt, Marthe Robert… J’ai quand même accepté de relever le défi. Un des points auquel je me suis attaché a consisté à identifier, dans la prose de Kafka, les éléments récurrents qui façonnent son ton si singulier. Et, en particulier, une série de tout petits mots allemands qui constituent autant de marqueurs musicaux forts : doch, nun, sonst [« pourtant », « à vrai dire », « sinon »]. Ils ont beau être monosyllabiques, ils pèsent très lourd dans la direction que prend la phrase et donnent un tour très subjectif à l’énoncé. Ces « épices » m’ont semblé mériter un travail de vigilance.
Quels changements significatifs avez-vous opéré ?
J’ai par exemple modifié un titre célèbre pour la nouvelle Das Urteil, en optant pour La Sentence plutôt que Le Verdict. En français, « sentence » connote son prolongement ordinaire : la sentence de mort (et tel sera le destin du héros). Dans La Métamorphose, j’ai nommé l’animal...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Le germaniste évoque la place de Kafka dans la littérature allemande.
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Bernard Banoun : « Kafka est un manuel d’apprentissage pour les écrivains allemands venus d’ailleurs »

Le germaniste évoque la place de Kafka dans la littérature allemande.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Bernard Banoun est germaniste, professeur de littérature de langue allemande des XXe et XXIe siècles à l’université Paris-Sorbonne, faculté des Lettres (UFR d’études germaniques et nordiques) et traducteur.
A quoi tient selon vous désormais la « modernité » de Kafka, dans la littérature actuelle, notamment allemande ?
La réception française de Kafka a été assez monolithique, me semble-t-il, et plus que dans les pays de langue allemande (en tout cas qu’en RFA et Autriche). Le cas de la RDA est différent, car Kafka n’était pas en odeur de sainteté dans la politique culturelle – une litote – au moins jusqu’à la fin des années 1960. Pour certains auteurs (Ulrike Draesner, Katja Lange-Müller, etc.), on peut considérer que leurs textes relisent Kafka ouvertement. Draesner a écrit deux nouvelles qui sont des réécritures de Kafka (La Métamorphose et Un virtuose de la faim) en plaçant l’intrigue un siècle plus tard et dans une perspective féminine ou féministe (en l’occurrence les personnages masculins de Kafka sont, chez elle, des femmes). Pour des auteurs comme Wolfgang Hilbig ou Elfriede Jelinek, Kafka reste également un auteur « canonique ».
C’est aussi le cas pour les écrivains germanophones « venus d’ailleurs » (dont l’allemand est la langue d’adoption) et qui ont un rapport très fort à Kafka. La position « minoritaire » s’applique dans ce cas. C’est l’extraterritorialité de Kafka qui joue un rôle fondateur par rapport à un canon central et national. Pour Navid Kermani, allemand d’origine iranienne, comme pour Yoko Tawada, japonaise qui écrit en allemand ou pour la germano-turque Emine Sevgi Özdamar, il est un manuel d’apprentissage de l’allemand littéraire.
Kafka fait-il toujours parti du « canon » littéraire de base, notamment au Lycée et à l’université ?
Théoriquement oui, bien sûr. Mais se pose ici un problème plus général, celui de la lecture, canon ou pas,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Entretien avec l’un des meilleurs connaisseurs de Kafka, auteur d’une immense biographie de l’écrivain praguois – pas encore traduite en français.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Reiner Stach : « C’est seulement maintenant que le monde de Kafka devient réalité »

Entretien avec l’un des meilleurs connaisseurs de Kafka, auteur d’une immense biographie de l’écrivain praguois – pas encore traduite en français.



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 15h07
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’essayiste allemand Reiner Stach, né en 1951, est l’auteur de la biographie la plus exhaustive parue à ce jour sur Franz Kafka (1883-1924). Celle-ci se compose de trois volumes, parus aux éditions Fischer : Kafka. Die Jahre der Entscheidungen (« Kafka les années décisives »), 2002 ; Kafka. Die Jahre der Erkenntnis (« Les années de reconnaissance »), 2008 et Kafka. Die frühen Jahre (« Les années de jeunesse »), 2014. Traduit en anglais et en espagnol, ce travail monumental ne l’a pas encore été en français.

On dit parfois que Kafka est l’écrivain du totalitarisme bureaucratique, propre au XXe siècle. Comment peut-il encore concerner le nôtre ?
La bureaucratie telle qu’elle est décrite dans Le Procès ou Le Château n’est ni fasciste ni totalitaire. Il faut regarder le texte à la loupe. Rien n’y fonctionne par la violence mais bien par la surveillance, la destruction de l’intimité. Dans Le Procès, la victime va être psychiquement détruite avant de l’être physiquement. Or, au XXIe siècle, nous observons un phénomène analogue. Dans chaque ville moderne sont installées des centaines de milliers de caméras. Impossible de téléphoner sans qu’un tiers vous écoute… On procède à des reconnaissances faciales par ordinateur, etc. Voilà qui nous renvoie à Kafka, mais cette fois-ci d’une façon précise, car c’est exactement cette pratique-là du pouvoir qu’il a décrite. Le monde de Kafka devient seulement aujourd’hui réalité.
Comment la langue de Kafka résonne-t-elle à l’oreille des lecteurs allemands actuels ? Leur paraît-elle surannée ou au contraire très moderne ?
Très moderne. Elle a l’avantage d’être très simple, ce qui la rend du coup difficile à traduire, tous les traducteurs le disent. Mais pour une oreille allemande, cette langue tinte de façon très sobre, claire, apparemment transparente. Elle a un comme un cooler sound effect...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le sociologue Bernard Lahire a consacré en 2010 un livre à Kafka qui tente de penser à travers lui la création littéraire moderne. Entretien
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Bernard Lahire : « Kafka procède à une mise en lumière des mécanismes de la domination »

Le sociologue Bernard Lahire a consacré en 2010 un livre à Kafka qui tente de penser à travers lui la création littéraire moderne. Entretien



LE MONDE DES LIVRES
 |    20.10.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 15h27
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’ENS de Lyon, membre senior de l’Institut universitaire de France, est notamment l’auteur de Franz Kafka. Eléments pour une théorie de la création littéraire (La Découverte, 2010, paru en poche en mars 2018), qui tente de penser à travers lui la création littéraire moderne.

En quoi Kafka (1883-1924) est-il « sociologue » ?
Il y a chez Kafka ce que l’on peut appeler une « sociologie implicite ». S’il faut ajouter « implicite », c’est parce qu’elle ne se présente pas sous la forme d’un système ou d’une théorie formulée comme telle, mais qu’elle structure, informe la narration kafkaïenne. Kafka est un écrivain, pas un sociologue. Mais son attitude permanente d’observateur désengagé, son sens du relativisme anthropologique, sa profonde conviction sur le fait que les êtres humains sont « sociaux de bout en bout », son attention particulière à tout ce qui relève du rituel, de la croyance et de la force des habitudes dans la vie sociale, son étonnement devant la capacité des êtres humains à intérioriser sur le mode de l’évidence la situation que l’histoire nationale ou familiale les a forcés à vivre, et surtout son extrême sensibilité à toutes les formes de domination (entre parents et enfants, hommes et femmes, supérieurs hiérarchiques et subordonnés, dominants linguistiques et dominés linguistiques, religieusement dominants et religieusement dominés, etc.), tout cela évidemment n’est pas étranger à la sociologie.
Les différences sont importantes entre l’époque de Kafka et la nôtre, mais ce qu’il restitue des logiques sociales de son époque n’est pas propre qu’à cette époque. Ses récits, nouvelles ou romans inachevés témoignent de sa capacité à mettre en lumière des mécanismes très généraux de la domination, et de l’intériorisation de la domination, qui traversent les époques. En ce sens, Kafka est bien une sorte de sociologue ou d’anthropologue et non un historiographe, un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La chanteuse pop de 28 ans à appeler ses fans à voter aux élections de mi-mandat et a soutenu deux candidats démocrates du Tennessee. L’extrême droite a hurlé à la « trahison » de sa « déesse aryenne ».
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Taylor Swift parle, la country se tait


                      La chanteuse pop de 28 ans à appeler ses fans à voter aux élections de mi-mandat et a soutenu deux candidats démocrates du Tennessee. L’extrême droite a hurlé à la « trahison » de sa « déesse aryenne ».



M le magazine du Monde
 |    20.10.2018 à 07h15
    |

                            Clémentine Goldszal








   


En 2003, une artiste a traumatisé le monde de la country. Lors d’un concert à Londres, la chanteuse des Dixie Chicks, groupe texan qui vendait dans les années 1990 des millions d’albums grâce à des singles tels que Little Ol’Cowgirl ou Cowboy Take Me Away, déclarait : « Nous ne voulons pas de cette guerre, et nous avons honte que notre président soit originaire du Texas. » En pleine controverse sur l’engagement américain en Irak sous la présidence de George W. Bush, ce commentaire fit l’effet d’une bombe : les quelque 2 000 radios country du pays boycottèrent le groupe, les ventes chutèrent, des fans outragés se donnèrent rendez-vous sur le parking de leur label pour pilonner leurs CD…
Quinze ans plus tard, l’ambiance n’a officiellement guère changé à Nashville, dans le petit milieu superpuissant de la musique country – selon BuzzAngle Music, qui chiffre les recettes de l’industrie du disque, la country représentait 12 % des ventes d’albums au niveau national en 2017 ; un chiffre bien plus élevé dans les Etats du Sud et de la Bible Belt, bastions des Eglises évangéliques, des classes populaires blanches et du Parti républicain.
« A Nashville, l’industrie de la musique est très à gauche, mais les artistes ont peur de partager leurs opinions politiques, car leurs fans sont conservateurs. La plupart votent démocrate en secret. » Beville Dunkerley, « Rolling Stone Country »
Et pourtant, un nouveau séisme idéologique a frappé le 7 octobre. Dans un post Instagram « liké » plus de deux millions de fois, Taylor Swift, superstar native de Pennsylvanie mais résidente du Tennessee, dont les albums paraissent depuis ses débuts sur le label de Nashville Big Machine Records, appelait ses fans à s’inscrire sur les listes électorales, et apportait son soutien aux deux candidats démocrates de l’Etat pour les élections de mi-mandat, le 6 novembre. L’impact de ce court texte a été immédiat : le site officiel vote.org a enregistré une hausse significative du nombre d’inscriptions dans les jours qui ont suivi, particulièrement dans la tranche d’âge des 18-24 ans, cœur de cible de Swift, 28 ans. Un événement majeur dans un Etat régulièrement pointé du doigt pour son taux record d’abstention.

        Lire aussi :
         

                « Taylor Swift s’est lancée dans un combat anti-Trump avec une stratégie digne de Machiavel »



Beville Dunkerley, résidente de Nashville et fondatrice de Rolling Stone Country, l’antenne spécialisée du célèbre magazine musical, se réjouit du courage de la pop star : « A Nashville, l’industrie de la musique est très à gauche, mais les artistes ont tous peur de partager leurs opinions politiques, car leurs fans sont fermement conservateurs. La plupart votent démocrate en secret. » Ce que célèbre (discrètement) la capitale du Tennessee, c’est donc une fissure dans cette omerta qui pèse lourd sur des vedettes prises en étau entre leurs convictions intimes et leur public.
40 millions d’albums, 112 millions d’abonnés sur Instagram
Un débat qui remonte à loin : en 1975 déjà, la star Loretta Lynn faisait scandale avec son single The Pill (sur la pilule contraceptive). Et même si le genre s’ouvre, depuis quelques années, à la communauté LGBTQ, avec des tubes qui abordent en douceur la question de la différence, Dieu, les armes à feu, les chagrins d’amour, la prison et les pick-up trucks demeurent les incontournables de toute chanson country, chantés en leur temps par Johnny Cash, Hank Williams ou Dolly Parton.
Cependant, alors que quelques artistes venus de Nashville parviennent à se frayer un chemin vers le très grand public, nul n’a réussi sa mue avec autant de succès que Taylor Swift. Révélée au milieu des années 2000 avec des ritournelles sentimentales jouées à la guitare acoustique, Swift a viré pop en 2012, devenant la superstar que l’on connaît (près de 40 millions d’albums vendus, 112 millions d’abonnés sur Instagram) hors de l’Amérique. Durant la campagne présidentielle, elle fut pourtant l’une des seules stars de son calibre à ne pas se prononcer publiquement sur ses intentions de vote. Et, bien qu’elle se soit depuis revendiquée féministe et exprimée en faveur du contrôle de la vente d’armes à feu, le doute planait toujours sur son orientation politique, permettant même au Parti républicain et aux suprémacistes blancs de revendiquer son soutien tacite. L’extrême droite a d’ailleurs instantanément réagi à la « trahison » de sa « déesse aryenne » : les commentaires outragés ont fleuri sur les forums en ligne 4chan et Reddit. Et Donald Trump, lui, a déclaré aimer sa musique « 25 % de moins ».

Ce qui l’autorise aujourd’hui à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas ? Selon Beville Dunkerley, « Taylor a un statut à part. C’est une icône. Je ne crois pas que des stars plus spécifiquement country, comme Miranda Lambert ou Carrie Underwood, pourraient faire ce qu’elle a fait sans prendre le risque de conséquences catastrophiques pour leurs carrières. » Malgré cette spectaculaire percée, le temps du coming out est encore loin pour les démocrates de Music City.



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Article sélectionné dans La Matinale du 19/10/2018
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Cornes de rhinocéros, Basquiat et le conservateur d’Hitler : trois replays pour un week-end

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose un choix d’émissions à voir et revoir en différé.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 06h47
 • Mis à jour le
21.10.2018 à 18h37
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Pour ce week-end d’automne, La Matinale vous suggère une plongée dans le lucratif et alarmant trafic de cornes de rhinocéros, un film glaçant sur les marchands d’art et le IIIe Reich, et un documentaire sur Basquiat vu par ses proches.
Les cornes de la discorde

C’est un trafic méconnu, qui est pourtant aussi lucratif que ceux de l’or ou de l’héroïne. En Asie, et principalement en Chine et au Vietnam, la corne de rhinocéros se vend 40 000 euros le kilo au marché noir. Les conséquences sont graves : au rythme actuel des carnages, cette espèce animale devrait disparaître d’ici vingt ans. Derrière ces massacres dictés par la loi du marché se cache le crime organisé. Par une multitude d’intermédiaires, il a tissé sa toile d’un continent à l’autre.
A l’échelle de l’Afrique, les tueries sont presque banales. On estime qu’un rhinocéros est tué toutes les huit heures. Le film, qui offre une enquête approfondie, remonte toutes les pistes, y compris jusqu’aux braconniers. A l’autre bout de la chaîne, il y a le consommateur. Il est asiatique et vient généralement de la classe supérieure. La prise de corne de rhinocéros, qui se consomme râpée dans de l’eau ou de l’alcool, est en vogue dans les milieux d’affaires. On prête à ces fibres de kératine des vertus anticancérogènes et aphrodisiaques, même si aucune enquête sérieuse ne l’a démontré.
Des dizaines d’ONG luttent actuellement contre l’extermination de ces mammifères qui sont présents sur Terre depuis cinquante-cinq millions d’années. Certaines infiltrent les réseaux avec des espions, d’autres n’hésitent pas à utiliser la force. Le Sud-Africain Vincent Barkas a créé Protrack, une compagnie de sécurité privée semblable à une milice. Elle est composée de 350 hommes surentraînés et ­équipés d’armes de guerre. La survie des rhinocéros est aujourd’hui à ce prix. Pierre Lepidi
« Rhino dollars », d’Olivia Mo­kiejewski (France, 2018, 90 min). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 14 décembre et sur YouTube.
Le conservateur d’Hitler

La scène inaugurale est paradoxale : dans un espace chrétien du cimetière de Düsseldorf, le 19 mai 2014, rares sont ceux qui assistent à l’inhumation de Cornelius Gurlitt. Si le vieil homme, disparu à 80 ans, ne fréquentait personne, cloîtré depuis des années dans un appartement, il avait été brusquement placé en pleine lumière par le magazine Focus, qui avait révélé la perquisition opérée à son domicile en février 2012. A la suite d’un banal contrôle de la douane suisse, une enquête fiscale débouchait sur la mise au jour d’un trésor : la collection d’œuvres d’art réunie par son père pendant le IIIe Reich. Près de 1 500 pièces, dont certaines signées Courbet, Picasso, Matisse, et aussi Klee, Munch, Dix…
A priori menacé par l’ascension des nazis – non seulement il se passionne pour l’art moderne tenu pour « dégénéré », mais il a une grand-mère juive, ce qui vaut à ce « métis juif de seconde catégorie » de perdre la direction du Kunstverein de Hambourg dès 1933 – Hildebrand Gurlitt choisit de collaborer avec les nouveaux maîtres en assurant en 1938, avec trois autres galeristes, la vente des œuvres confisquées pour financer l’effort de guerre du Reich.
A partir du cas de Gurlitt, le film démonte la logique à l’œuvre en Allemagne, puis élargie aux territoires soumis : le rôle de Drouot, à Paris, dont la fréquentation ne faiblit pas sous l’Occupation, les « prélèvements », dans les musées comme dans les collections privées, des œuvres destinées au musée idéal qu’Hitler envisage d’ouvrir à Linz ou au bénéfice des galeristes à son service. Glaçant. Philippe-Jean Catinchi 
« Les Marchands d’Hitler », de Stéphane Bentura (Fr., 2014, 60 min). Disponible sur Francetv.fr jusqu’au 25 octobre.
Basquiat, génie torturé 

   


Monté sans voix off, ce film donne la parole à une multitude de personnes qui ont côtoyé le peintre Jean-Michel Basquiat. Ses sœurs, Lisane et Jeanine, racontent l’accident dont il fut victime à l’âge de 7 ans devant chez lui, à Flatbush, à Brooklyn. Renversé par une voiture, il est emmené à l’hôpital, où sa mère lui offre Gray’s Anatomy, classique de l’anatomie humaine publié en 1858 qui aura une grande influence sur lui. Le film présente cet accident comme l’élément moteur de son enfance, passant sous silence ses rapports conflictuels avec son père, pour rebondir dix ans plus tard, lorsque Basquiat inscrit ses premiers graffitis sur les portes des rues de Downtown Manhattan.
Son ami le rappeur Fab Five Freddy explique comment, à force de fréquenter les grands musées new-yorkais, Basquiat se construit un répertoire d’images, de héros et de symboles issus des cultures les plus ­diverses. Le jeune artiste, qui n’a pas les moyens de se payer des toiles, peint sur des portes en bois qu’il trouve dans les immeubles en ruine de Manhattan.
S’appuyant sur de nombreuses archives privées ou télévisuelles ainsi que sur des toiles du peintre, le réalisateur fait alors défiler devant sa caméra le gratin des marchands d’art qui l’ont connu de près ou de loin, comme la galeriste new-yorkaise Annina Nosei, qui fut accusée de l’avoir enfermé dans son sous-sol. Tous se vantent d’avoir été les seuls à avoir compris l’artiste enragé, révolté par le racisme et la condition des Noirs en Amérique, mais aucun d’entre eux ne s’interroge sur la dose mortifère de gloire que le monde de l’art a pu lui injecter. Antoine Flandrin
« Jean-Michel Basquiat, la rage créative », de David Shulman (Royaume-Uni, 2017, 55 min). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 17 novembre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Au terme d’une opération marketing bien rodée, l’album est sorti à 0 h 01 vendredi dans certains magasins, en plus d’être en ligne sur les plateformes de streaming.
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Baptiste Coulmont Contributeur "Sciences" et sociologue, maître de conférences à l’université Paris-VIII                     Éditorial  Halte au pillage fiscal             Culture      Culture   Cinéma   Télévision   Livres   Musiques   Arts   Scènes                      Cinéma  Reprise : « Le Fanfaron », mélancolique dolce vita                    Livres   Article réservé à nos abonnés Valérie Manteau à Istanbul avec Hrant Dink en tête                    Télévisions & Radio  « Larry et son nombril » : l’emmerdeur intégral                    Musiques  Succès inédit pour l’album posthume de Johnny Hallyday             M le mag      M le Mag   L'actu   L'époque   Le style   Gastronomie   Voyage   Mode   Les Recettes du Monde                      L'époque  Plaisir clitoridien : comment prendre position ?                    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Le Monde avec AFP  Publié le 19 octobre 2018 à 21h12 - Mis à jour le 19 octobre 2018 à 22h15   Lecture 2 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail                         « Mon pays c’est l’amour », l’album posthume de Johnny Hallyday, est sorti vendredi à 0 h 01. CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP             C’est un démarrage parmi les plus réussis de l’histoire de la musique française. Mon pays c’est l’amour, l’album posthume de Johnny Hallyday, s’est vendu vendredi 19 octobre à 300 000 exemplaires physiques (CD et vinyles), a annoncé la maison de disque Warner Music France.           Lire aussi notre critique : « Mon pays c’est l’amour », un album posthume à la couleur rock affirmée             Ce chiffre, qui ne prend pas en compte les écoutes en streaming, selon Warner, est un record dans la discographie du monstre sacré de la chanson française. En 1999, son album Sang pour sang s’était écoulé à 250 000 exemplaires lors de son premier jour de vente, avant de devenir son plus gros succès au fil des ans avec plus de deux millions de disques vendus.          « Dans la douleur »          Ce nouveau disque posthume, dont la mise en place de 800 000 exemplaires était exceptionnelle au regard de l’industrie musicale actuelle, pourrait devenir le plus gros succès commercial de Johnny Hallyday, mort en décembre 2017 à l’âge de 74 ans. Au terme d’une opération marketing bien rodée, l’album est sorti à 0 h 01 vendredi dans certains magasins, en plus d’être en ligne sur les plateformes de streaming.            Pour éviter les fuites, Warner avait pris des mesures de confidentialité drastiques durant la phase de fabrication. Tous les exemplaires ont ainsi été fabriqués dans une seule usine, en Italie, ce qui est très inhabituel pour une telle quantité, a assuré son patron Thierry Chassagne à l’antenne de RTL.           Lire aussi Albums posthumes : le sillon des immortels             « Ce n’est pas un album comme les autres », a dit Laeticia Hallyday, invitée du « 20 Heures » de TF1 vendredi soir.          « C’est un album qui a été réalisé dans la douleur, dans le combat contre cette maladie. C’était l’album de la résilience, du courage, de la détermination à vouloir dire quelque chose, vouloir parler de sa liberté de pensée, de sa fureur de vivre et puis d’amour. »          « Il y a beaucoup de haine »          La commercialisation de cet album avait été rendue incertaine pendant deux mois par une action en justice des enfants aînés de l’artiste, Laura Smet et David Hallyday, qui réclamaient un droit de regard — finalement refusé par le tribunal de grande instance de Nanterre.          Concernant l’autre volet de la bataille judiciaire autour du testament américain de Johnny Hallyday, qui déshérite Laura Smet et David Hallyday, Laeticia Hallyday a dit sur TF1 « essayer » de négocier avec eux.          « C’est compliqué, parce qu’il y a beaucoup de choses qui sont orchestrées. Il y a beaucoup de haine, de mépris, d’humiliation, des mensonges qui vous font mal », a-t-elle ajouté au cours de ce qui était sa première apparition audiovisuelle depuis la mort de la rock star.                                Annonces immobilières avec Logic-Immo           PARIS 02 (75002) 780000 € 65 m2           PARIS 10 (75010) 1670000 € 170 m2           Paris (75018) 965000 € 80 m2      Recherche                    Voir les réactions     Dans la même rubrique                 Il y a vingt ans, la première Techno Parade secouait Paris  Retour en images sur la première Techno Parade oganisée en France, en septembre 1998.                          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Après cent trente-six ans d’attente, la Sagrada Familia obtient un permis de construire

Le chef-d’œuvre jamais achevé de l’architecte Antoni Gaudí était dans l’illégalité depuis son premier coup de pioche, en 1882.



Le Monde.fr avec Reuters
 |    19.10.2018 à 19h42
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 20h58
   





                        



   


Vous avez eu des difficultés à obtenir un permis de construire pour votre rénovation ? Vous n’êtes pas les seuls. A Barcelone, la Sagrada Familia a, enfin, obtenu le précieux sésame, après cent trente-six ans d’attente. Les promoteurs de la célèbre basilique catalane et la mairie de Barcelone ont signé, jeudi 18 octobre, un accord historique de régularisation des travaux.
Officiellement, le chef-d’œuvre jamais achevé de l’architecte Antoni Gaudí est dans l’illégalité depuis son premier coup de pioche, en 1882. A l’époque, le site retenu pour ériger le bijou du modernisme catalan ne se trouvait pas, en effet, dans l’agglomération de Barcelone, qui s’est élargie au fil du temps. Depuis lors, les promoteurs de l’édifice religieux, rassemblés dans le groupement de la Sagrada Familia, réalisaient leurs travaux sans autorisation, grignotant progressivement l’espace public. En outre, ils ne versaient aucune taxe municipale.

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4,5 millions de visiteurs
Pour régulariser la situation, un accord était en négociations depuis 2015 avec la mairie de la ville catalane. Un enjeu de taille, sachant qu’il s’agit d’un des sites les plus touristiques d’Espagne, avec pas moins de 4,5 millions de visiteurs par an et plus de 110 millions d’euros de recettes.
Dans l’attente de la fixation du tarif de la licence de permis de construire, le groupement de la Sagrada Familia s’est déjà engagé à investir 36 millions d’euros dans les dix ans à venir pour compenser les dépenses générées par l’édifice et moderniser les aménagements autour du site touristique. Une partie de ce montant devrait notamment permettre d’améliorer les transports en commun, ainsi que la place qui entoure la basilique aux dix-huit tours.

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Des travaux achevés en 2026 ?
La maire de la capitale catalane s’est félicitée d’un accord « historique » sur Twitter. De son côté, l’entité promotrice du temple expiatoire de la Sainte Famille a également salué la nouvelle. Elle devrait, en effet, leur permettre d’accélérer les travaux de réfection, afin d’achever l’édifice d’ici à 2026, pour le centenaire de la mort de Gaudí.
L’accord laisse néanmoins la question de l’escalier menant à la façade de la Gloria en suspens. Pour accéder à l’entrée principale, le génial architecte, contraint à laisser son œuvre inachevée, avait prévu un escalier monumental avec une terrasse, où seraient érigées des représentations du feu et de l’eau. Selon les plans initiaux, il s’agirait d’une part d’un cratère avec du feu représentant la colonne guidant le Peuple élu et, d’autre part, un jet d’eau de vingt mètres divisé en quatre cascades.

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