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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Dans sa chronique, l’anthropologue Michel Naepels appelle l’Europe et ses pays membres à prendre une part d’humanité, ne serait-ce qu’en commençant par tenir leurs engagements.
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« Chaque nouvelle étape du traitement européen des “migrants” laisse un goût amer, celui de la banalité de l’inacceptable »

Dans sa chronique, l’anthropologue Michel Naepels appelle l’Europe et ses pays membres à prendre une part d’humanité, ne serait-ce qu’en commençant par tenir leurs engagements.



LE MONDE IDEES
 |    20.10.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 14h09
    |

                            Michel Naepels (anthropologue, historien, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et directeur de recherche au CNRS)








                        



                                


                            
Chronique. Qu’est-ce qu’un refuge ? Un espoir ? Un horizon ? Le dispositif sécuritaire est sans merci. La ­prohibition crée la contrebande : non seulement des régimes autoritaires sont aidés et soutenus pour bloquer les « migrants » avant leur arrivée dans l’Union européenne, mais les mafias des passeurs ­prospèrent de cette situation. Sans protection légale, ­celles et ceux qui se déplacent sont exposés à des ­niveaux de violence effrayants. Il n’y a de passage que dans les failles, débouchant le plus souvent sur une vie d’épreuves administratives sans fin, d’attente, de dissimulation, de citoyenneté déniée, d’emplois non déclarés, d’identités masquées. Les individus et les associations qui tentent de défendre l’idée d’une commune humanité et d’un devoir d’hospitalité sont empêchés et poursuivis au moyen de lois visant à réprimer l’aide à l’entrée et au séjour irréguliers d’étrangers.

Le règlement de Dublin, qui attribue au premier pays d’accueil d’un réfugié potentiel la responsabilité d’examiner sa demande d’asile, aggrave les déséquilibres entre Etats européens, déresponsabilise les uns, surexpose les autres – et voue les arrivants « dublinés » à des expulsions sans fin. Nous savons tout cela : anthropologues, politistes, démographes, historiens ne cessent de décrire les mécanismes empiriques de la mort à nos frontières comme de la relégation par nos dispositifs policiers, ­administratifs et judiciaires. On n’ose répéter l’évidence que la France est terre de migration, comme l’a montré il y a déjà trente ans l’historien Gérard Noiriel (Le Creuset français. Histoire de l’immigration (XIXe-XXe siècle), Seuil). Mais aussi à quel point l’Europe a été, en miroir, terre d’émigration, en Amérique en particulier (Nancy Green, Repenser les migrations, PUF, 2002). Chaque nouvelle étape du traitement européen des « migrants » cherchant un asile ou un futur en Europe – l’odyssée de l’Aquarius,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-2">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ La bataille autour du site alternatif Darwin voué à la transition écologique voit s’affronter deux visions diamétralement opposées de l’aménagement urbain, estime, dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde ».
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« A Bordeaux, deux visions diamétralement opposées de l’aménagement urbain »

La bataille autour du site alternatif Darwin voué à la transition écologique voit s’affronter deux visions diamétralement opposées de l’aménagement urbain, estime, dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde ».



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 10h48
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 14h15
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Chronique. A défaut de béton, gâcherait-on des promesses actuellement à Bordeaux, sur la rive droite de la Garonne ? Les promesses – d’un monde meilleur – sont celles portées par Darwin écosystème, un site alternatif de 20 000 m² voué à la transition écologique, hébergeant une multitude d’espaces : des salles de coworking, une ferme urbaine, un restaurant bio, un lycée expérimental…
Le béton est celui que finira par couler, tout autour de cet îlot autogéré, la SAS Bastide-Niel, du nom d’une vaste friche de 35 hectares ayant abrité une caserne militaire jusqu’en 2005. Adossé la société d’économie mixte Bordeaux Métropole Aménagement (BMA) – elle-même chapeautée par la ville de Bordeaux et Bordeaux Métropole – le projet de Bastide-Niel est colossal : 3 400 logements, deux écoles, un complexe sportif, une clinique… Total de l’investissement : 160 millions d’euros.
Seul hic : pour pouvoir édifier cette future zone d’aménagement concerté (ZAC), les engins de chantier devront éventrer le site Darwin afin de brancher différents réseaux (électricité, assainissement, chaleur…) et récupérer des bâtiments occupés de manière irrégulière par les « darwiniens ». Ces derniers craignent que les passages de bulldozers conduisent au déclin du lieu, unique en son genre.
Saisi par Bastide-Niel d’une demande d’expulsion, le tribunal de grande instance de Bordeaux a décidé, lundi 15 octobre, de désigner un médiateur judiciaire, moyen de dépassionner une affaire qui ne serait qu’une banale querelle de voisinage si elle ne faisait pas s’affronter deux visions diamétralement opposées de l’aménagement urbain : l’une basée sur la réhabilitation de sites existants, l’autre sur la construction de quartiers nouveaux.
« Bobo revendiqué »
Darwin écosystème est incarné par un homme nourri de longue date aux vertus du développement durable : Philippe Barre, un ancien patron d’agence publicitaire ayant décidé de tout lâcher, il y a dix ans, afin...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-3">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Editorial. Alors que les « CumEx Files » ont mis en lumière la manière dont plusieurs milliards d’euros d’impôts sur les dividendes échappent chaque année au fisc français,  il serait temps que le gouvernement mette fin à ce type d’optimisation fiscale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Halte au pillage fiscal

Editorial. Alors que les « CumEx Files » ont mis en lumière la manière dont plusieurs milliards d’euros d’impôts sur les dividendes échappent chaque année au fisc français,  il serait temps que le gouvernement mette fin à ce type d’optimisation fiscale.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 10h46
   





                        


Editorial du « Monde ». Décidément, la créativité de la finance n’a pas de limite – pas même celle de la loi. Le détournement de 55 milliards d’euros d’impôts au détriment de plusieurs pays européens par une poignée de tradeurs indélicats, avec la complicité d’avocats et de grandes banques, jette, de nouveau, une lumière crue sur la capacité du système financier à spolier l’Etat de l’argent public.
Le scandale dont Le Monde a publié les détails, jeudi 18 octobre, dévoile des pratiques d’évasion fiscale d’une ampleur inédite. Une faille de la loi, permettant de réclamer indûment le remboursement de taxes sur les dividendes versés par les entreprises à leurs actionnaires domiciliés à l’étranger, est à l’origine de l’escroquerie.
Le principe reposait sur une sorte de gigantesque bonneteau. Les titres des entreprises concernées faisaient l’objet de transactions à grande vitesse, de telle sorte que les actionnaires parvenaient à se faire rembourser les taxes sur les dividendes plusieurs fois, au vu et au su des services fiscaux.
En l’espace de sept ans, entre 7 et 12 milliards d’euros ont été ainsi extorqués au fisc allemand. Les contribuables danois, autrichiens, suisses, norvégiens et belges ont été également victimes de l’arnaque, qui n’aurait pas été possible sans la participation d’une cinquantaine de banques, dont BNP Paribas et Société générale. La France, en revanche, a échappé au stratagème, grâce à une modification en 2005 de la loi sur les avoirs fiscaux.
Plus que le coût annuel du plan pauvreté
Le montage est d’autant plus scandaleux qu’il a pris son rythme de croisière en pleine crise financière, lorsque les Etats européens se sont portés au secours des banques à court de liquidités en injectant ou en leur prêtant massivement des capitaux. Pendant que les déficits budgétaires explosaient pour déboucher sur la crise de la zone euro, ces financiers sans scrupules détournaient massivement l’argent public à leur propre profit.
Les pouvoirs publics allemands ont mis fin à ces pratiques frauduleuses en 2012, tandis que les procédures judiciaires contre les auteurs se poursuivent. Ces révélations sont toutefois l’occasion de rappeler que ce procédé n’est en fait qu’une dérive de l’arbitrage de dividendes – le « div-arb » dans le jargon financier –, un autre mécanisme tout aussi contestable, même s’il reste légal dans nombre de pays.
Une enquête du site ProPublica en 2016 avait estimé que, chaque année, plus de 100 milliards de dollars investis en actions passent sous le nez du fisc. En France, la pratique occasionne un manque à gagner de 3 milliards d’euros, soit plus que le coût annuel du plan pauvreté qui vient d’être annoncé.

        Lire aussi :
         

                Le « spring break » des dividendes



Il serait temps que le gouvernement, dans la situation budgétaire contrainte qui est la sienne, mette fin à ce type d’optimisation fiscale. L’argument selon lequel une telle décision écornerait l’attractivité de la place de Paris ne tient pas : Francfort et New York y ont remédié sans susciter d’émotion particulière parmi les investisseurs. Il suffirait de remettre en cause certaines conventions fiscales avec des pays tiers pour en finir avec ces échappatoires.
A l’heure où l’illibéralisme gagne du terrain, l’argent public est un bien trop précieux pour que les gouvernements ne fassent pas tout ce qui est en leur pouvoir pour récupérer ce qui leur est dû. Il y va de l’équité vis-à-vis des contribuables qui ne cherchent pas à éviter l’impôt. Il y va, plus globalement, du bon fonctionnement de la démocratie.


Tous nos articles sur l’affaire « CumEx Files »
Le Monde, associé à 18 médias européens, dont Correctiv, Die Zeit et Reuters, dévoile une nouvelle affaire de fraude et d’évasion fiscales dont sont victimes plusieurs Etats européens, pour un préjudice évalué à 55 milliards d’euros en quinze ans.
Le récit : L’histoire secrète du casse fiscal du siècle
L’enquête : En France, plusieurs milliards d’euros d’impôts sur les dividendes échappent chaque année au fisc
En vidéo : Comment fonctionne la fraude ?
Tout comprendre à l’affaire en quelques schémas simples
Des banques françaises sont elles aussi empêtrées dans l’affaire : lire notre article.
Entretien : « Pour les banques, une source importante de profits », nous dit Josh Galper, qui dirige Finadium, un cabinet de conseils financiers de Boston, aux Etats-Unis.
Vu d’Europe : En chantier, la coopération fiscale européenne a connu des ratés.
La petite histoire : Quand Jérôme Kerviel alertait les sénateurs sur le scandale aux dividendes





                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-4">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ La capitale libanaise subit une urbanisation à outrance, et les nouvelles tours d’habitation dévorent un peu plus chaque jour l’espace public. Mais la jeune génération tente encore de changer la donne.
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A Beyrouth, le patrimoine sacrifié

La capitale libanaise subit une urbanisation à outrance, et les nouvelles tours d’habitation dévorent un peu plus chaque jour l’espace public. Mais la jeune génération tente encore de changer la donne.



LE MONDE IDEES
 |    20.10.2018 à 09h00
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

Entre juin 2017 et février 2018, une petite portion de la rue Jeanne-d’Arc, artère reliant l’université américaine de Beyrouth au quartier bigarré de Hamra, était fermée aux voitures. La municipalité y faisait des travaux pour élargir les trottoirs, installer des bancs et autres pièces de mobilier urbain. ­Banal en Occident, ce type d’aménagement l’est moins à Beyrouth, ville sururbanisée, sans plan directeur, où de nouvelles tours d’habitation grignotent jour après jour les dernières miettes de l’espace public.
L’AUB Neighborhood Initiative, association de quartier chapeautée par l’université américaine de Beyrouth, s’est battue pendant cinq ans pour ce projet. La victoire eut pourtant un goût amer. Profitant du chantier, un promoteur a détruit en catimini une grande maison des années 1920. En toute logique, une nouvelle tour devrait bientôt s’ériger à sa place. « En voulant faire quelque chose de positif, nous avons perdu un des plus importants ­ensembles architecturaux du quartier de Ras Beyrouth », se désole l’architecte Mona El Hallak, qui dirige l’association.
Urbicide
Le terme d’« urbicide » a été employé pour qualifier la destruction de la capitale libanaise par la guerre civile. Il peut aussi bien s’appliquer au cycle de destruction et de reconstruction qu’elle subit depuis que les armes se sont tues, en 1990. Dans l’acception que lui donna le philosophe américain Marshall Berman, par exemple, à propos de l’autoroute qui éventra le sud du Bronx dans les années 1950, un urbicide peut en effet désigner un projet de ­rénovation urbaine « profitant à une élite », et dont les effets « aboutissent à la fois à diviser et à appauvrir une communauté ».
Quatre-vingts pour cent des bâtiments qui faisaient Beyrouth ont aujourd’hui disparu et, avec eux, une manière d’habiter : des appartements traversants, favorisant la circulation naturelle de l’air, des grands balcons adaptés au climat méditerranéen, des vues cadrées…...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-5">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Les conclusions du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle, présentées le 26 septembre à l’Assemblée nationale, sont sévères.
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Le lobby de la malbouffe tue

Les conclusions du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle, présentées le 26 septembre à l’Assemblée nationale, sont sévères.



LE MONDE IDEES
 |    20.10.2018 à 09h00
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Chronique. « Ces attaques sont une caricature ! », s’est insurgé Richard Girardot, le président de l’Association nationale des industries alimentaires, le ­1er octobre, après la publication du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’alimentation industrielle présenté le 26 septembre à l’Assemblée nationale. Il faut dire que ses conclusions sont sévères : s’appuyant sur les nombreuses études qui établissent une corrélation nette entre la consommation régulière d’aliments « transformés et ultra-transformés » et les risques de cancer, de surpoids, d’obésité, de diabète, d’hypertension et de maladies cardio-vasculaires, le président de la ­commission parle d’une « mauvaise alimentation » qui « rend malade, voire tue ».
La commission d’enquête parlementaire préconise de passer, d’ici à 2025, de 338 à 48 additifs alimentaires (conservateurs, colorants, texturants…), de limiter la teneur en sel, en sucres et en gras des préparations, de surveiller les ­contaminants des emballages. Elle veut que les productions artisanales puissent afficher un label « fabriqué sur site » et que l’étiquetage Nutri-Score, qui informe les ­consommateurs sur la qualité nutritionnelle en classant chaque produit en cinq niveaux – A, B, C, D, E, du plus favorable au moins favorable –, soit rendu obligatoire pour tous les emballages des aliments « transformés ».
« Education alimentaire »
Sur le site américain Food Navigator, les industriels de l’alimentation protestent. Ils assurent qu’ils ont déjà fait des efforts significatifs pour baisser les teneurs en sel (de 20 %) et en sucres (de 30 %), et qu’il n’est « pas ­réaliste » de leur demander de réduire drastiquement les additifs douteux d’ici à 2025. Il leur faudra beaucoup plus de temps « pour adapter [leurs] recettes », se défendent-ils. Quant à l’étiquetage Nutri-Score, beaucoup le dénoncent comme « stigmatisant ».
Le 10 octobre,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-6">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Des travaux universitaires révèlent que la production textile a commencé à exploser dès 1740 en Angleterre, note le journaliste du « Monde » Antoine Reverchon dans sa chronique. La généralisation des machines à vapeur n’interviendra qu’au XIXe siècle, grâce à l’arrivée du charbon.
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« La révolution industrielle » avant l’heure

Des travaux universitaires révèlent que la production textile a commencé à exploser dès 1740 en Angleterre, note le journaliste du « Monde » Antoine Reverchon dans sa chronique. La généralisation des machines à vapeur n’interviendra qu’au XIXe siècle, grâce à l’arrivée du charbon.



LE MONDE ECONOMIE
 |    20.10.2018 à 07h00
    |

            Antoine Reverchon








                        



                                


                            
Chronique « Recherches ». Nous avons tous appris, dans nos manuels d’histoire et d’économie, que la révolution industrielle a commencé en Angleterre à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, grâce à la diffusion à partir de 1775 des machines à vapeur de Watt chauffées au charbon et, à partir de 1779, des métiers à tisser mécaniques de Samuel Crompton (les mule-jenny). La découverte de gisements de charbon aux environs de Manchester aurait dès lors permis à l’industrie du coton de produire en masse et à bas prix dans des ateliers vite appelés à devenir d’immenses « manufactures ».
Mais les travaux récents de Joel Mokyr (Northwestern University), Assaf Sarid (université d’Haïfa) et Karine van der Beek (université Ben-Gourion) racontent une autre histoire, qu’est venue présenter Karine van der Beek lors d’un séminaire à l’Ecole d’économie de Paris le 10 octobre (« Wheels of change : Skill biased factor endowments and industrialization in eighteenth century England », non publié).
Ces chercheurs ont en effet constaté que la production textile, et pas seulement celle du coton, commence à exploser dès 1740. La laine est alors la matière première largement majoritaire, avant que le coton ne la rattrape dans les premières décennies du XIXe siècle – donc après la révolution industrielle – puis ne la dépasse. De plus, cette expansion plus précoce se produit dans toutes les régions qui concentrent la production textile depuis… le Moyen Age : la région de Manchester n’est que l’une d’elles !
Fouloirs mécaniques grâce aux moulins
Remontant le temps, les chercheurs observent que, au XIVe siècle, alors que la production était jusque-là dispersée au gré des implantations humaines, le foulage au pied du drap de laine – une opération destinée à l’amincir et qui dure en moyenne trente heures ! – est remplacé par des fouloirs mécaniques utilisant l’énergie hydraulique de moulins à eau, faisant...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Jean-Michel Décugis, Marc Leplongeon et Pauline Guéna consacrent un ouvrage à la reine des paparazzis, intime du couple Macron, Michèle Marchand.
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« Mimi » Marchand, le loup dans la bergerie Macron

Jean-Michel Décugis, Marc Leplongeon et Pauline Guéna consacrent un ouvrage à la reine des paparazzis, intime du couple Macron, Michèle Marchand.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 06h58
    |

            Raphaëlle Bacqué








                        



                                


                            

Livre. Le plus étonnant est qu’une femme comme « Mimi » soit si facilement entrée dans l’intimité d’Emmanuel et Brigitte Macron. Sur le papier, Michèle Marchand, 71 ans, ex-épouse d’un braqueur puis d’un flic, paraissait à mille lieues du « nouveau monde » et de ses jeunes technos. C’est pourtant avec une remarquable inconscience que le couple présidentiel a ouvert la porte de l’Elysée à cette reine des paparazzis qui a longtemps frayé dans les arrière-salles de boîtes de nuit, connu la prison, et qui vend aujourd’hui photos et infos à la presse people.
Le grand public ne la connaît pas. Les photographes, oui, qui peuvent lui vendre plusieurs dizaines de milliers d’euros une photo volée ou renoncer à la publier sur son injonction. Mais c’est bien elle, sur cette image prise avec son téléphone portable dans le bureau présidentiel, levant les deux bras et faisant le V de la victoire comme si elle était chez elle, quelques jours à peine après l’élection d’Emmanuel Macron. Le cliché figure au dos de Mimi, le livre que lui consacrent les journalistes du Parisien et du Point Jean-Michel Décugis et Marc Leplongeon, avec la romancière Pauline Guéna. L’image et le livre sont si embarrassants qu’ils obligent aujourd’hui l’Elysée à prendre publiquement ses distances avec cette femme sulfureuse.

Depuis toujours se sont introduits dans le sillage d’un grand patron, d’une star, d’un politique, des intrigants au courant de ses secrets. François Mitterrand gardait autour de lui quelques amis initiés, dont François de Grossouvre, chargé notamment de financer ses campagnes, d’organiser sa double vie ou de racheter les photos compromettantes. Cette fois, pourtant, c’est le loup lui-même que les Macron ont introduit dans la bergerie.
Car Mimi Marchand fait profession de vendre la vie privée des célébrités ou de leur laisser supposer qu’elle peut empêcher qu’on ne la dévoile. Cofondatrice de Purepeople,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Non, les « bullshits jobs » ne sont pas la norme. Les Français continuent de trouver leur travail nécessaire, explique Annie Kahn dans sa chronique.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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« Inutile, mon travail ? Pas vraiment »

Non, les « bullshits jobs » ne sont pas la norme. Les Français continuent de trouver leur travail nécessaire, explique Annie Kahn dans sa chronique.



LE MONDE ECONOMIE
 |    20.10.2018 à 06h30
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            Annie Kahn








                        



                                


                            
Chronique « Ma vie en boîte ». Les boulots « à la con » ont-ils effectivement envahi le marché du travail, comme le soutient l’anthropologue américain David Graeber, dont le livre Bullshit Jobs (Les Liens qui libèrent, 416 pages, 25 euros) vient d’être publié en français et connaît un fort retentissement médiatique ? La plupart des emplois, même les mieux rémunérés, seraient-ils totalement inutiles mais néanmoins maintenus parce que « la classe dirigeante a compris qu’une population heureuse, productive et jouissant de temps libre est un danger mortel », comme l’affirme l’auteur ?
On était en droit d’en douter. Pour des raisons économiques, d’abord. Car s’il existe encore quelques personnes placardisées dans de grands groupes particulièrement rentables, le phénomène devient rarissime, voire inexistant, dans les petites et moyennes entreprises, qui assurent environ 70 % de l’emploi du secteur privé français. Ces sociétés se doivent en effet d’être vigilantes pour rester à flot et dégager les marges financières nécessaires à leur survie. Pour des raisons scientifiques, ensuite. L’ouvrage, presque totalement dépourvu de données statistiques, repose essentiellement sur des intuitions et des histoires de voisinage. L’auteur en convient lui-même : « Il est difficile de trouver une mesure objective au phénomène. »
Il est donc très salutaire que la Fondation Jean-Jaurès se soit attelée à la tâche, en s’associant à l’Ifop pour mener l’enquête auprès d’un échantillon de 1 000 Français dits « actifs », c’est-à-dire ayant un emploi rémunéré. Les résultats, signés de Jérôme Fourquet, analyste politique et directeur de l’Ifop, Alain Mergier, sociologue, et Chloé Morin, directrice de projets internationaux chez Ipsos, ont été publiés le 3 octobre.
Il en est ainsi tant pour les travailleurs manuels que pour les professions à dominante intellectuelle
Ils infirment totalement ceux cités dans l’ouvrage de David Graeber....




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-9">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le maire travailliste de Londres souhaite que les Britanniques puissent s’exprimer sur un accord, alors qu’une manifestation est prévue aujourd’hui dans sa ville.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 19/10/2018
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Sadiq Khan : « Le peuple britannique devrait voter sur l’accord final du Brexit »

Dans une tribune au « Monde », le maire travailliste de Londres souhaite que les Britanniques puissent s’exprimer sur un accord, alors qu’une manifestation est prévue aujourd’hui dans sa ville.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 06h15
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 10h58
    |

Sadiq Khan (maire travailliste de Londres)







                        



                                


                            
Tribune. J’ai fait campagne contre le Brexit et suis fier que les Londoniens aient majoritairement voté pour rester au sein de l’Union européenne. Bien entendu je respecte la volonté démocratique des électeurs. Mais ceux qui ont voté en faveur d’une sortie de l’UE ne souhaitaient pas la baisse des investissements, les pertes d’emplois et la diminution du rôle de la Grande-Bretagne sur la scène mondiale. Or il semble malheureusement que c’est vers cela que nous nous dirigeons, du fait que depuis le référendum de juin 2016, le gouvernement britannique se montre totalement dépassé et privé de direction.
Chacun a probablement lu beaucoup plus de choses sur les ambitions de Boris Johnson [porte-parole du camp pro-Brexit] que sur un projet de sortie cohérent permettant de conclure un accord garantissant une relation solide avec nos partenaires européens. Le temps étant désormais compté, il ne nous reste que deux possibilités : un mauvais accord, ou un « no deal », qui pourrait provoquer la perte de 500 000 emplois en Grande-Bretagne d’ici à 2030.
C’est pourquoi, après mûre réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion que le peuple britannique devait avoir en dernière instance son mot à dire sur le Brexit. Ce qui signifie un vote public sur tout accord final conclu par le gouvernement, ou sur un Brexit sans accord au cas où les négociations avec Bruxelles échoueraient, avec comme alternative l’option de rester au sein de l’Union européenne.
Londres proche de la France
En tant que maire de Londres, je n’accomplirais pas ma tâche, qui est de défendre les intérêts des Londoniens, si je n’affirmais pas aujourd’hui qu’il est temps de réfléchir à nouveau à la façon dont nous allons prendre cette décision cruciale pour l’avenir de notre pays. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui je me joindrai aux dizaines de milliers de personnes, issues de toutes les couches de la société et de toutes les régions britanniques, qui vont se rassembler...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-10">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le chercheur au CNRS Nabil Mouline estime que l’image de « réformateur » revendiquée par le prince héritier prend un sérieux coup depuis la disparition du journaliste Jamal Khashoggi.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 19/10/2018
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Arabie saoudite : « Mohammed Ben Salman, l’erreur de casting »

Dans une tribune au « Monde », le chercheur au CNRS Nabil Mouline estime que l’image de « réformateur » revendiquée par le prince héritier prend un sérieux coup depuis la disparition du journaliste Jamal Khashoggi.



LE MONDE
 |    20.10.2018 à 05h30
 • Mis à jour le
20.10.2018 à 07h06
    |

                            Nabil Mouline (Chargé de recherches au CNRS)








                        



                                


                            

Tribune. La mystérieuse disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre, après s’être rendu au consulat de son pays à Istanbul, a sans doute levé le voile sur le vrai visage de la transition politique en Arabie saoudite, voulue par le prince héritier, Mohammed Ben Salman, dit « MBS ». Cet acte, qui rappelle à bien des égards les agissements des dictateurs arabes de la seconde moitié du XXe siècle, montre bien jusqu’où peut aller le nouvel homme fort de Riyad pour conserver son pouvoir absolu et donner à voir sa toute-puissance.
Arrivé au pouvoir à la faveur de circonstances exceptionnelles – le décès de ses trois oncles Sultan, Nayef et Abdallah entre 2011 et 2015, l’intronisation de son père et l’élection de Donald Trump –, le jeune prince, 33 ans aujourd’hui, adopte très rapidement une stratégie de communication agressive dans l’objectif de légitimer son pouvoir fraîchement acquis et de consolider son image de « modernisateur ». Séduits par les effets d’annonce, les gouvernements et les médias occidentaux prennent fait et cause pour Mohammed Ben Salman, arguant que… la fin justifie les moyens !

Grâce à la protection de son père et au soutien de Donald Trump, « MBS » entreprend, de manière aussi brutale que fulgurante, de transformer le système politique local. Le traditionnel autoritarisme collégial, plus ou moins souple, cède très rapidement la place à un autoritarisme personnel répressif.
Cela a commencé par l’élimination de tous ses rivaux au sein de la famille royale. Après s’être arrogé de larges prérogatives dans tous les domaines, Mohammed Ben Salman destitue, en 2017, le prince héritier Mohammed Ben Nayef, l’assigne à résidence, puis emprisonne un grand nombre de princes au Ritz-Carlton – notamment le puissant chef de la garde nationale, Mitab Ben Abdallah, et le milliardaire Al-Walid Ben Talal – et limite les mouvements des autres. Dans la même dynamique, il embastille,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-11">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Sébastien Missoffe, directeur général de Google France, affirme, dans une tribune au « Monde », vouloir « donner aux utilisateurs le choix et les moyens de se déconnecter ».
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Big data : « Chez Google, nous croyons qu’Internet est une économie de l’intention et non de l’attention »

Sébastien Missoffe, directeur général de Google France, affirme, dans une tribune au « Monde », vouloir « donner aux utilisateurs le choix et les moyens de se déconnecter ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
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Sébastien Misoffe (directeur général de Google France)







                        



                                


                            
Tribune. L’heure du « temps de cerveau disponible » est révolue. L’attention est une ressource rare et précieuse. Elle ne peut, elle ne doit, être assaillie au quotidien par un trop-plein d’informations et de sollicitations en ligne.
Au commencement, Internet était un foisonnement d’informations. Une manne incroyable de données qu’il était difficile d’appréhender, car éparpillées en différentes listes de catégories fermées. C’est de ce constat qu’est née l’idée, il y a vingt ans, du moteur de recherche Google. Organiser l’information, la classer en fonction de critères d’utilité et de pertinence, c’est finalement la rendre intelligible pour le cerveau humain. Nous avons toujours suivi ce principe cardinal : proposer à l’utilisateur du contenu pertinent et non intrusif.
Notre approche est d’afficher une publicité en lien avec l’intention de recherche de l’internaute
Un credo qui a par la suite inspiré la construction de notre modèle économique reposant sur la publicité. À rebours de certaines pratiques qui visent à saturer l’écran d’espaces publicitaires et de pop-up intempestifs, notre approche est d’afficher une publicité en lien avec l’intention de recherche de l’internaute. Nous croyons qu’Internet est une économie de l’intention et non de l’attention. Telle est notre proposition de valeur pour les annonceurs : nous leur permettons de répondre aux intentions des utilisateurs qui les recherchent, au moment où ils les recherchent.
Dépouiller la navigation en ligne de tout contenu inutile, c’est finalement créer un cercle vertueux. Les utilisateurs y trouvent leur compte grâce à une navigation plus simple. Les annonceurs gagnent en visibilité dans un environnement plus fluide.
Mieux comprendre son comportement en ligne
Le défi de l’attention dépasse le seul champ de la publicité. D’après une étude récente de deux de nos chercheuses, Julie H. Aranda et Safia Baig, de plus en plus de personnes ont un fort sentiment d’obligation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Les implications sociales, politiques et anthropologiques de l’économie de l’attention sont devant nous, explique Yves Citton, son meilleur spécialiste en France, dans une tribune au « Monde ».
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Big data : « Ce sont désormais nos “traces attentionnelles” qui font l’objet du commerce »

Les implications sociales, politiques et anthropologiques de l’économie de l’attention sont devant nous, explique Yves Citton, son meilleur spécialiste en France, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
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Yves Citton (professeur de littérature et media à l’université Paris 8)







                        



                                


                            
Tribune. On parle beaucoup d’« économie de l’attention » depuis 1995, date à laquelle Michael Goldhaber, professeur à Berkeley, suggérait (scandaleusement) que l’attention aurait désormais davantage de valeur que l’argent lui-même. Cette date correspond à une prise de conscience large de ce qu’Internet allait bouleverser dans nos usages culturels. Des quantités absolument inédites de contenus (textes, enregistrements audiovisuels) sont devenues disponibles d’un simple clic. Cela a mis littéralement les récepteurs dans « l’embarras du choix », et cela a contraint les émetteurs à une quête de plus en plus désespérée d’une ressource devenue la plus rare et la plus précieuse de toutes : l’attention (aussi baptisée « temps de cerveau disponible »).
En termes économiques : le « coût d’opportunité » d’accorder son attention à ceci plutôt qu’à cela a explosé en quelques années. Nous commençons à peine à en percevoir les implications sociales, politiques et anthropologiques.
Une première définition (trop) large de l’économie de l’attention reflète ce bouleversement. Alors que l’économie traditionnelle se concevait comme l’utilisation optimisée de ressources rares afin de produire autant et aussi bien que possible, l’économie de l’attention se pose des problèmes de réception : comment parvenir à attirer sur les biens culturels produits l’attention nécessaire à leur valorisation ? Au-delà des nouvelles lois et équations économiques proposées pour formaliser une telle économie, au-delà de la gestion du temps d’attention des employés d’une entreprise, c’est bien une nouvelle logique sociale qu’ont tenté de comprendre les premiers théoriciens comme Michael Goldhaber, Jonathan Crary ou, en France, Dominique Boullier.
La publicité, le taylorisme…
Formuler le problème en ces termes montre toutefois que l’économie de l’attention n’est pas née en 1995. Dès la Grèce antique, la rhétorique a toujours eu pour tâche d’attirer et de...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Les algorithmes peuvent nous priver de la liberté de choisir dans un univers numérique où ce choix n’a pourtant jamais été aussi large, décryptent les chercheurs en informatique Gilles Dowek et Serge Abiteboul, dans une tribune au « Monde ».
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Big data : « Prenons garde à qui nous vendons notre attention »

Les algorithmes peuvent nous priver de la liberté de choisir dans un univers numérique où ce choix n’a pourtant jamais été aussi large, décryptent les chercheurs en informatique Gilles Dowek et Serge Abiteboul, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
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Gilles Dowek (chercheur à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria)) et Serge Abiteboul (chercheur à l’Institut na...







                        



                                


                            
Tribune. En 2004, Patrick Le Lay a créé une polémique en déclarant que TF1 vendait « du temps de cerveau disponible » – c’est-à-dire de l’attention – à ses annonceurs. Sans doute, aurait-il moins scandalisé s’il avait déclaré que les recettes de TF1 provenaient des annonceurs, dont elle diffusait les messages publicitaires. Pourtant, ces deux phrases disent exactement la même chose : l’« économie de l’attention » n’est qu’une reformulation d’une idée ancienne : celle de financer un service gratuit par la publicité. Rien de nouveau sous le soleil.
Avec l’invention du Web en 1990, la quantité d’information gratuitement disponible a explosé. De nombreux services « gratuits » ont émergé, partiellement ou totalement financés par la publicité, qui ont pris une place considérable dans nos vies : moteurs de recherche, réseaux sociaux… Ces services captent une part de plus en plus importante de la publicité. Pourtant, si la quantité d’information disponible a explosé, chacun et chacune de nous reçoit exactement la même manne d’une minute d’attention que l’homme des cavernes. Celle-ci étant ainsi devenue relativement plus rare, il faut faire beaucoup d’efforts pour l’attirer. Ainsi, même pour annoncer un séminaire à l’université, il devient parfois nécessaire de « buzzer », c’est-à-dire d’attirer l’attention. Les entreprises se battent pour l’accaparer, pour la concentrer. Nous assistons à ce phénomène étrange d’entreprises qui, dans ce but, investissent et perdent de l’argent dans un premier temps. Une fois arrivées à leurs fins, elles valorisent cette attention, par exemple avec la publicité.
Chacun et chacune de nous reçoit exactement la même manne d’une minute d’attention que l’homme des cavernes. Celle-ci étant ainsi devenue relativement plus rare, il faut faire beaucoup d’efforts pour l’attirer
Est-ce utile ou non de vouloir ainsi attirer l’attention des individus sur un produit ? La publicité pour le café, par exemple, provoque...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-14">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Informer les utilisateurs du temps qu’ils leur consacrent est une façon pour les plateformes numériques de s’absoudre de leur responsabilité sans changer leurs méthodes addictives et manipulatrices, observe l’expert des réseaux sociaux Sandy Parakilas dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Big data : « Le modèle économique de beaucoup d’entreprises technologiques n’est pas aligné sur le bien-être des utilisateurs »

Informer les utilisateurs du temps qu’ils leur consacrent est une façon pour les plateformes numériques de s’absoudre de leur responsabilité sans changer leurs méthodes addictives et manipulatrices, observe l’expert des réseaux sociaux Sandy Parakilas dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE ECONOMIE
 |    19.10.2018 à 17h30
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Sandy Parakilas (directeur de la stratégie du Center for Human Technology à San Francisco)







                        



                                


                            
Tribune. En mai, Google a fait une curieuse déclaration lors de sa conférence « I/O » annuelle : la firme a annoncé qu’elle proposerait de nouvelles options permettant à ses utilisateurs d’apprendre à maîtriser leur usage de la technologie, de se déconnecter et d’acquérir de meilleures habitudes. C’est une volte-face à 180 ° de la part d’une entreprise qui affirmait jusque-là que la technologie, loin d’être source de problèmes, était la solution à tous les problèmes. Peu après, Apple lui emboîtait le pas avec sa propre palette d’outils de confort, et quelques semaines plus tard, Facebook et Instagram annonçaient à leur tour la mise en place d’outils calculant le temps passé sur ces deux applications.
Chez les adolescents, la dépression et le suicide sont corrélés à l’utilisation des appareils électroniques et des médias sociaux
Au Center for Humane Technology, une organisation à but non lucratif créée pour combattre les maux engendrés par la technologie, nous avons observé ces développements avec la plus grande attention. Nous qui affirmons depuis des années qu’il est important de prendre conscience de ces questions, nous nous félicitons de voir l’industrie prendre des mesures pour y remédier. Il était temps : des preuves de plus en plus nombreuses attestent des risques mesurables engendrés par l’utilisation des smartphones et des réseaux sociaux.
Aux Etats-Unis, par exemple, les Centers for Disease Control and Prevention ont découvert que, chez les adolescents, notamment chez les jeunes filles, la dépression et le suicide sont corrélés à l’utilisation des appareils électroniques et des médias sociaux. Par ailleurs, des études ont montré que la moitié des adolescents et un quart des adultes disent se sentir dépendants de leurs appareils, et que leur utilisation peut induire chez eux une distraction dangereuse. Le ministère américain des transports a ainsi mis en évidence que les chauffeurs de poids lourds qui envoient des textos pendant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans un manifeste pour la défense de la démocratie au Brésil adressé au « Monde », un collectif d’intellectuels, de politiques et universitaires européens, parmi lesquels Martine Aubry, Didier Fassin ou Thomas Piketty, appelle les Brésiliens à s’opposer à son élection à la tête de l’Etat lors du second tour de la présidentielle, le 28 octobre.
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Présidentielle au Brésil : Bolsonaro et le « risque d’un retour à l’ordre autoritaire en Amérique latine »

Dans un manifeste pour la défense de la démocratie au Brésil adressé au « Monde », un collectif d’intellectuels, de politiques et universitaires européens, parmi lesquels Martine Aubry, Didier Fassin ou Thomas Piketty, appelle les Brésiliens à s’opposer à son élection à la tête de l’Etat lors du second tour de la présidentielle, le 28 octobre.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 16h57
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 17h23
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Porté par plus de deux cents universitaires, responsables politiques et citoyens d’Europe et du Canada, ce manifeste s’inscrit dans un mouvement mondial de soutien à la démocratie face à la violence déchaînée par la candidature de Jair Bolsonaro au Brésil. Il est ouvert aux démocrates de toutes les sensibilités politiques. Face au risque imminent d’un retour à l’ordre autoritaire en Amérique latine, la solidarité internationale est impérative.
Nous, citoyens, intellectuels, militants, personnalités politiques vivant, travaillant et étudiant en Europe et au Canada, exprimons notre vive inquiétude face à la menace imminente de l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil le 28 octobre 2018.
Le souvenir de la dictature militaire
La victoire de l’extrême droite radicale au Brésil risque de renforcer le mouvement international qui a porté au pouvoir des politiciens réactionnaires et antidémocratiques dans de nombreux pays ces dernières années.

Bolsonaro défend ouvertement le souvenir de la dictature militaire qui a imposé sa loi au Brésil entre 1964 et 1985, ses pratiques de torture et ses tortionnaires. Il méprise le combat pour les droits humains. Il exprime une hostilité agressive envers les femmes, les Afro-descendants, les membres de la communauté LGBT +, les peuples autochtones et les pauvres. Son programme vise à détruire les avancées politiques, économiques, sociales, environnementales et culturelles des quatre dernières décennies, ainsi que l’action menée par les mouvements sociaux et le camp progressiste pour consolider et étendre la démocratie au Brésil.
L’élection de Bolsonaro menace les fragiles institutions démocratiques pour la construction desquelles les Brésilien·ne·s ont pris tant de risques. Son arrivée au pouvoir serait aussi un frein majeur à toute politique internationale ambitieuse en matière de défense de l’environnement et de préservation de la paix.
Premiers...




                        

                        


<article-nb="2018/10/20/19-16">
<filnamedate="20181020"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181020"><AAMMJJHH="2018102019">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Cette semaine, « Mâtin », une nouvelle revue semestrielle « chromatique, bâtarde et sans collier.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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Dans les revues

Cette semaine, « Mâtin », une nouvelle revue semestrielle « chromatique, bâtarde et sans collier.



LE MONDE IDEES
 |    19.10.2018 à 13h00
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                            Marion Dupont








                        



                                


                            

Petite dernière débarquée dans le paysage des périodiques, la cabotine et semestrielle revue Mâtin est « chromatique, bâtarde et sans collier ». Ouaf ? Chromatique, car ses numéros seront composés autour d’une gamme colorée chaque fois renouvelée, fil rouge d’une déambulation originale dans la société contemporaine. Le numéro zéro, Mâtin brun, égrène ainsi des articles éclectiques mais rassemblés par thématiques : dans « Matières », on aborde le bois du point de vue d’une superstitieuse et d’un charpentier-équarrisseur, ou le shit de banlieue depuis le canapé de sa consommatrice. « Territoires » explore, entre autres, les liens étroits entre le marronnage, cette fuite des esclaves assimilés à des animaux domestiques « marrons », et les forêts, refuges ancestraux, que l’on déboise à l’envi pour mater les révoltes ; ou la spécificité du « Brun » comme catégorie sociale face au « Noir » et au « Blanc ». Dans « Aux aguets, aux abois », on traque les glissements symboliques et politiques du bleu ou du rouge vers le brun.
Mâtin est aussi bâtarde, car, à l’image de son premier nuancier, elle fait feu de tout bois. La revue est hybride, entre récits à la première personne, extraits de publications universitaires et recettes de cuisine ; textes, portfolios et podcasts. La présentation du projet ne s’en cache pas : « C’est une manière de rester fidèles aux valeurs qui nous ont rassemblé·e·s, mais aussi aux positionnements que nous portons, aux identités que nous assumons – variables et multiples. Nous sommes du côté des pensées bâtardes, hybrides et subversives. »
Car Mâtin est un cabot sans collier : non étiquetée, la revue se veut « de critique sociale et de pensée alternative ». Nombre de ses contributeurs signent d’ailleurs d’un malicieux patronyme Mâtin ou Mâtine – ou d’un non moins espiègle Youri Terreterrine. De fait, on ne sait jamais où le cabot nous emmène, et s’il ne va pas d’un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ L’auteur de « L’impasse collaborative. Pour une véritable économie de la coopération », décrit les trois visages de la crise de la coopération dans nos sociétés.
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Trois questions à Eloi Laurent, économiste

L’auteur de « L’impasse collaborative. Pour une véritable économie de la coopération », décrit les trois visages de la crise de la coopération dans nos sociétés.



LE MONDE IDEES
 |    19.10.2018 à 13h00
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            Catherine Vincent








                        



                                


                            
Le prix Nobel d’économie vient d’être attribué à William Nordhaus et Paul Romer pour des travaux qui visent à « conjuguer croissance durable à long terme de l’économie mondiale et bien-être de la planète ». Pour le spécialiste de l’économie écologique que vous êtes, est-ce une bonne nouvelle ?
Pas vraiment. Il est rare, c’est vrai, que l’Académie royale des sciences de Suède reconnaisse l’économie de l’environnement, mais la Fondation Nobel a fait un bricolage bizarre. En réalité, il n’y a pas d’intersection entre l’apport théorique de Paul Romer sur la croissance endogène et celui de William Nordhaus sur l’économie du changement climatique. Le message que semble ainsi vouloir faire passer l’Académie, c’est que la croissance est la solution à la crise climatique. Cela me paraît totalement ­erroné. La croissance ne résoudra pas la crise de la coopération que nous vivons actuellement, dont l’une des conséquences est la destruction aveugle de notre biosphère.
Dans votre ouvrage « L’Impasse collaborative », vous opposez la collaboration et la coopération. Quelle est la différence entre ces deux comportements humains ?
La collaboration, c’est une association dictée par l’utilité qui vise l’efficacité. L’assemblage d’une voiture sur une chaîne de montage, par exemple, suppose la collaboration entre un certain nombre de techniciens, qui eux-mêmes exécutent les plans des ingénieurs : c’est un processus de division du travail tout à fait utile dans une économie. La coopération, en revanche, c’est un processus de partage et d’élaboration des connaissances communes.
Le cœur de la prospérité humaine, ce qui fait que notre espèce a réussi comme nulle autre à croître en nombre, en qualités, en aptitudes, ne vient pas de la collaboration mais de la coopération, c’est-à-dire de notre capacité à agir ensemble pour résoudre nos problèmes et réaliser nos désirs, en construisant ­ensemble et en partageant le savoir.

En...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Rencontre avec la percussionniste cubaine qui a présenté son premier album « Mi Mundo » au public du festival toulousain Jazz sur son 31.
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Le monde de Brenda Navarrete

Rencontre avec la percussionniste cubaine qui a présenté son premier album « Mi Mundo » au public du festival toulousain Jazz sur son 31.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 12h29
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 15h33
    |

                            Yannick Le Maintec








                        



   


Vendredi 12 octobre, une jolie fin d’après-midi ensoleillée à Toulouse. Les balances s’étaient éternisées au Pavillon République. Je retrouve Brenda Navarrete dans le lobby de son hôtel. La personne en face de moi est assurément jolie. Ses cheveux rasés lui donnent un côté androgyne. Le sourire aux lèvres, la jeune femme est visiblement bien dans ses baskets.
A brûle-pourpoint, je lui pose ma première question. « C’est quoi, le monde de Brenda Navarrete ? » « Mi Mundo, c’est un album de musique du monde. Il y a différents styles dans Mi Mundo : Trova, timba, rumba, jazz, funk, pop, salsa. » « Les tambours sont au cœur de l’album, n’est-ce pas ? » « Les tambours… Batá ! », précise-t-elle. « Tout part des Batá pour s’ouvrir au monde. » 
Elle a appris les Batá avec son élève
« Vous avez une formation classique. Vous n’avez pas appris à jouer des Batá au conservatoire. Où avez-vous appris ? » « A Amadeo Roldán, il y a une période qu’on appelle práctica, où vous devez enseigner à des classes primaires. Dans mon cours, il y avait un jeune garçon qui jouait dans un groupe folklorique. Les percussions classiques ne l’intéressaient pas beaucoup. Il m’a dit : Moi, je joue des tambours Batá. Je vais t’apprendre ! » L’élève est devenu son professeur.
Les tambours Batá sont utilisés dans les cérémonies de la Santeria. « Ma question est certainement très bête, mais… Les femmes ont le droit de jouer des Batá ? » « Sur scène oui, pas dans les cérémonies. » Je poursuis mon idée. « Et en tant que femme, vous n’avez pas rencontré d’obstacle ? » « Je pratique la religion yoruba. Je m’en suis encore rapprochée pour améliorer ma compréhension, faciliter mon ressenti. Ça s’est bien passé parce que j’avais été présentée par quelqu’un du milieu. Sans ça, ça aurait certainement été beaucoup plus difficile. »

        Voir cette publication sur Instagram           Family today! @brendanavmusic I have the pleasure of giving my #first concert #mimundo (#myworld ) in #Toulouse with @labanda_de_robertocarcasses #interactive Familia hoy! @brendanavmusic Tengo el placer de dar mi #Primerconcierto #MiMundo en #Toulouse con @labanda_de_robertocarcasses #interactivo Famille aujourd'hui! @brendanavmusic J'ai le plaisir de donner mon #Primerconcierto #MiMundo in #Toulouse avec le groupe de Roberto Carcasses Interactivo 08/12/2018 à 21h Département de la Haute-Garonne La Passerelle 32ème édition Festival Jazz sur sont 31. 🥁🎸🎹🎺🎻🇨🇺🇺️ #francia🇫🇷 #brendanavmusic #afrocubanas #alega #mimundo #sumate #brendanavarrete #Graciassss @elseba1984 y @asorisoto por el material hermosos! Une publication partagée par  B R E N D A N A V A R R E T E (@brendanavmusic) le 12 Oct. 2018 à 3 :52 PDT 

Pour elle, la musique cubaine de la première partie du vingtième siècle est essentielle
Mi Mundo s’ouvre sur une ode à Eleggua et se termine avec Oshun, deux divinités de la religion yoruba. « J’ai le sentiment que la chanson Rumbero Como Yo est importante dans l’album… » « C’est vrai. Elle affirme ce que je suis. C’est un hommage à la rumba, à Cuba. » « Il y a deux autres titres rumba… Mulata Linda avec Osain Del Monte [célèbre groupe de rumba] et Namaste qui intègre des éléments de folklore venu d’Inde. »
Mi Mundo contient deux classiques de la musique cubaine : Cachita, standard de Rafael Hernández Marín, interprété entre autres par les Lecuona Cuban Boys ainsi que Drume Negrita, popularisé par Bola de Nieve. Je demande à Brenda ce que représente pour elle la musique de la première partie du vingtième siècle. « Pour moi, cette période est primordiale. Les années vingt à cinquante ont vu la naissance de toutes les musiques qui représentent Cuba : son, mambo, cha-cha-chá… »
Mi Mundo est également marqué par trois moments forts. Anana Oyé est une chanson du trovador Pedro Luís Ferrer. « Je l’ai aimé tout de suite ! » Brenda se l’approprie au point de faire oublier l’original. Elle reprend la version afro-cubaine de Bobby Carcassés de Caravan, le standard de Duke Ellington et Juan Tizol. Brenda interprète enfin en duo avec Alain Pérez [ancien bassiste d’Issac Delgado, réputé pour ses talents d’arrangeur] Taita Bilongo, un titre de Celia Cruz.
Alain Pérez l’a poussée vers la sortie pour la forcer à voler de ses propres ailes
« J’ai une histoire à vous raconter ! Un jour, je dis à Alain que j’adore Taita Bilong, que je rêve de la chanter. » Alain lui dit : « C’est moi qui l’ai écrite, avec mon père. [Gradelio Pérez] » « La chanson de Celia était une salsa. Nous l’avons réécrite dans une version afro-latin jazz. » Brenda a travaillé deux ans avec Alain Pérez. Il l’a poussée vers la porte pour l’obliger à se lancer dans sa propre carrière. « Ça m’a brisé le cœur ! », ajoute-t-elle en riant.
« Vous avez beaucoup d’amis », lui fais-je remarquer en citant quelques-uns des musiciens de l’album : Alain Pérez (basse), El Negro Hernández (batterie), Hilario Durán (piano), Rolando Luna (piano), Eduardo Sandoval (trombone)… « Ils sont tous excellents. Ce sont vraiment mes amis ! La création artistique est un processus exigeant. Je n’avais pas envie de passer du temps à la recherche de musiciens que je ne connaissais pas. On est proche. Ils connaissent ce que je fais. C’est ma famille musicale. »



Au moment de nous séparer, une dernière question me brûle les lèvres… « C’est vrai que vous n’avez jamais pris de cours de chant ? » « Jamais. » Elle se ravise : « Si, une semaine. »

Jazz sur son 31 à l’heure cubaine
Le festival toulousain Jazz sur son 31, trente-deux ans au compteur, se décline en différentes thématiques dont Jazz à La Havane, qui s’est déroulé du 7 au 13 octobre 2018.
Jazz à la Havane est une proposition de Philippe Monsan, un fin connaisseur du jazz à Cuba, que le directeur artistique Philippe Leoge a concrétisé après un séjour à La Havane en décembre 2016. La première édition avait réuni autour du pianiste Harold Lopez-Nussa sept trentenaires cubains reconnus sur la scène internationale. Le résultat au-delà de toute espérance a donné naissance à un enregistrement qui devrait sortir en fin d’année.
Cette deuxième édition était construite autour du pianiste Roberto Carcassés et de sa formation Interactivo, la pierre angulaire du dispositif étant la personne de Bobby Carcassés. Le père de Roberto, sorte de Dean Martin cubain oublié par la vague du revival des années quatre-vingt-dix. Bobby, qui a débuté sa carrière avant la révolution, n’a jamais abandonné le jazz. En 1979, il fut à l’origine de la toute première édition de Jazz Plaza à La Havane.
L’idée d’inviter Bobby est venue au moment de préparer l’édition 2 018. Philippe Monsan a lancé à Roberto : « Et si on faisait venir Bobby ? » « Et pourquoi pas ! » Concerts, show cases, master classes, la présence du vétéran de quatre-vingts printemps, aussi à l’aise dans le scat que la rumba, fut l’un des points d’orgue de la manifestation, l’autre événement étant la présentation par Brenda Navarrete de son album Mi Mundo.
Le feu d’artifice final de Jazz à La Havane fut le concert du groupe encore trop méconnu Interactivo. La présence scénique des membres du collectif, sa musique fusionnelle de pop, rock, salsa, rumba et le talent du génial Roberto Carcassés font d’Interactivo, vingt-six ans après sa création, l’un des groupes cubains les plus innovants du moment.


Brenda Navarrete : Mi Mundo (2018, Alma Records).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Les révélations des failles de sécurité touchant des services en ligne s’accumulent. Et la collecte de nos données fait peser un risque collectif d’envergure.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

Le contrôle des données numériques personnelles est un enjeu de liberté collective

Les révélations des failles de sécurité touchant des services en ligne s’accumulent. Et la collecte de nos données fait peser un risque collectif d’envergure.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 12h13
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 12h26
    |

            Martin Untersinger








                        


Analyse. C’est une litanie. Facebook a admis, vendredi 12 octobre, que des données personnelles de 29 millions d’internautes avaient été subtilisées par des pirates informatiques. Quatre jours auparavant, son concurrent Google confiait qu’une faille avait exposé un demi-million d’utilisateurs de Google+.
Il ne s’agit-là que des exemples les plus récents. Mais chaque jour, chaque mois, chaque année charrie son lot ininterrompu de piratages et de fuites de données. De l’entreprise de crédit américaine Equifax au grand groupe Yahoo!, en passant par Target, British Airways, Uber, Adidas, Exactis ou Ashley Madison.
Personne ne bouge, ou à de rares exceptions
L’affaire est simple : si vous avez utilisé Internet ces dix dernières années, une partie de votre intimité est accessible en ligne. En premier lieu, pour les entreprises et les applications dont vous utilisez les services. Au-delà des failles et des hacks (« piratage »), les données personnelles sont devenues le carburant de la société du XXIe siècle. Toutes nos actions numériques sont captées, mesurées, identifiées, analysées, sauvegardé, alors que les services en ligne ne cessent de se multiplier, depuis l’apparition des ordinateurs jusqu’aux smartphones en passant désormais par vos télévisions, fours micro-ondes et voitures connectés.
Mais les données des utilisateurs sont aussi, parfois, accessibles à des malfaiteurs ou à des services tiers. Ils arrivent à contourner la sécurité des entreprises et des applications en question, ou à en explorer les limites, pour en tirer toujours plus d’informations.
L’affaire Cambridge Analytica n’a pas eu le moindre impact pour Facebook
Malgré les scandales à répétition et les intrusions toujours plus systématiques dans la vie des citoyens, face à ce constat personne ne bronche, ou à de rares exceptions, sauf des militants des libertés numériques ou quelques individus gênés par ce système intrusif. En mars, l’affaire Cambridge Analytica – qui a participé à la campagne électorale de Donald Trump – dévoilait que l’entreprise avait eu accès aux informations privées de 87 millions d’utilisateurs. A part une violente tempête politique, l’affaire n’a pas eu le moindre impact pour Facebook. Six mois ont passé et les utilisateurs y sont toujours d’une fidélité à toute épreuve. Ils sont toujours, chaque jour, 1,47 milliard à se connecter au réseau social.
Il serait commode de penser que l’humain du XXIe siècle a renoncé à sa vie privée. Mais il ne s’agit pourtant pas d’indifférence. Les sondages montrent avec insistance et sans ambiguïté que les internautes la chérissent encore à l’heure des réseaux sociaux et des smartphones. Comment, alors, expliquer cette apathie ? Très souvent, parler de la vie privée évoque l’image du héros du film La Vie des autres (2007), de Florian Henckel von Donnersmarck. On imagine cet agent de la police politique est-allemande, un casque vissé sur la tête, écouter avec soin les moindres soubresauts de la vie de ses voisins du dessous.

   


Or, pour l’immense majorité d’entre nous, il n’y a pas d’agent des services secrets derrière l’écran de notre smartphone. Personne, que ce soit chez Google, Facebook ou toute autre entreprise du numérique, ne va éplucher avec délectation le détail de nos déplacements, l’historique de nos recherches ou nos dernières photos de vacances. Même les pirates de Google ou de Facebook n’avaient sans doute que faire de l’intimité individuelle de leurs cibles.
L’invraisemblable machine à cibler
Pendant des décennies, à raison, défendre la vie privée revenait à protéger l’individu. Aujourd’hui encore, on s’obstine à rechercher et mesurer les conséquences individuelles de cette collecte effrénée de données personnelles et de ces piratages à répétition. Mais le paradigme a changé : la question des données personnelle n’est pas un problème d’intimité. C’est un enjeu de liberté collective.
Prenez l’affaire Cambridge Analytica : le problème n’est pas que Donald Trump et son équipe de campagne ont consulté méthodiquement la liste d’amis de 87 millions d’utilisateurs de Facebook (dont plus de 200 000 Français). Mais qu’ils aient pu utiliser ces informations, agrégées à des millions d’autres, pour mener une campagne politique extrêmement personnalisée, quasi individualisée, en utilisant à plein l’invraisemblable machine à cibler des messages proposée par Facebook. L’impact de cette fuite de données personnelles n’est plus individuel, il est collectif. Il ne s’agit pas de l’intimité de son existence vis-à-vis d’une organisation politique, mais de la liberté collégiale de choisir en conscience son dirigeant politique ou ses conditions de vie commune.
Les algorithmes nous disent quoi acheter, qui rencontrer, quel article de presse lire…
Les algorithmes enserrent nos vies : ils nous disent quoi acheter, où partir en vacances, qui rencontrer, quel article de presse lire, comment nous déplacer, décident ce que nous pouvons écrire. Cette trame nouée autour de nos vies est tissée de nos données personnelles. Pas seulement des nôtres, individu connecté, mais de toutes les autres : les algorithmes ne fonctionnent qu’assis sur des masses de données. C’est la somme, l’agrégat et la combinaison des données à l’échelle de milliers, voire de millions d’êtres humains, qui font leur puissance.
Les facteurs qui poussent une entreprise à orienter nos choix, en analysant nos données et celles des autres, seront perpétuellement obscurs. Au bout du compte et si rien ne change, alors que ces entreprises s’immisceront de plus en plus dans nos activités quotidiennes, passant peu à peu de la « suggestion » à l’« injonction », nous serons sans doute pris au piège des données personnelles. On décidera à notre place, d’une manière qu’on nous présentera comme optimale puisque conçue sur l’analyse de données de millions de personnes dont la vie nous est similaire, et en nous confisquant une part de notre libre arbitre. Il ne s’agit pas d’intimité vis-à-vis d’une quelconque entreprise de la Silicon Valley, mais de liberté individuelle.
Une urgence comparable à celle du climat
La seule solution est de limiter la dissémination aux quatre vents de nos données personnelles. Mais comment le faire sans se retirer des connexions, sociales et professionnelles, d’une société désormais numérisée ? Comment renoncer à tous ces avantages ? La solution se trouve quelque part entre le collectif (des règles politiques pour limiter la collecte et l’exploitation des données) et l’individuel (le recours à une technologie plus frugale et plus décentralisée).
Ces questions ne vous rappellent rien ? La question de la vie privée se rapproche d’un autre problème aux sources individuelles et aux conséquences collectives : la pollution. Une photo postée sur Facebook ou un achat sur Amazon n’ébranle pas la démocratie ; pas plus qu’un unique trajet en voiture ne met, à lui seul, la planète en péril. C’est lorsqu’on les agrège et qu’on les combine que les dégâts deviennent apparents et évidents.
Bien sûr, l’urgence climatique dépasse de loin les enjeux des données personnelles. Mais la comparaison montre l’ampleur du changement de modèle qui sera nécessaire pour défaire le piège que la collecte de données personnelles fait peser sur la démocratie.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Pour mettre un terme au conflit qui oppose Bordeaux Métropole Aménagement à l’écosystème Darwin, le maire de la ville propose, dans une tribune au « Monde », de mettre à disposition les parcelles litigieuses à condition, notamment, que Darwin cesse toute extension illégale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Alain Juppé : « Amis de Darwin, que voulez-vous de plus ? »

Pour mettre un terme au conflit qui oppose Bordeaux Métropole Aménagement à l’écosystème Darwin, le maire de la ville propose, dans une tribune au « Monde », de mettre à disposition les parcelles litigieuses à condition, notamment, que Darwin cesse toute extension illégale.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 12h02
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 14h18
    |

Alain Juppé (maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole)







                        



                                


                            

Tribune. La dégradation des relations entre Darwin et Bordeaux Métropole me peine profondément et j’en comprends mal les raisons. J’ai le sentiment d’avoir tout fait depuis le début pour favoriser l’installation de Darwin sur la rive droite de la Garonne, et de continuer à tout faire pour accompagner son développement.
A l’origine, en 2009, mon prédécesseur à la présidence de ce qui était alors la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) et moi-même avons choisi de vendre à Darwin les Magasins généraux Nord et leur emprise, dans des conditions financières qui, tout en préservant les intérêts de notre établissement public, restaient compatibles avec les moyens de l’acquéreur. Cette vente a été validée à l’unanimité par les élus de la CUB de l’époque. La ville de Bordeaux et la CUB ont aidé à cette installation en subventionnant la création d’une pépinière d’entreprises, livrée en 2013 et qui a reçu, de nos deux collectivités, un financement de 1 385 920 euros.
Quelques années plus tard, quand il s’est agi de céder les Magasins généraux Sud, à l’issue d’un appel d’offres, nous avons choisi le projet Darwin, dont la solidité financière était moins évidente que celle de son concurrent, mais dont l’ambition culturelle nous semblait bien supérieure. Je n’ai cessé, au fil des ans, d’exprimer, en paroles et en actions, mon soutien à ce qu’il est convenu d’appeler l’écosystème Darwin, qui contribue magnifiquement au rayonnement de Bordeaux.
Régularisations d’occupations
D’où sont venues les difficultés ? Il nous a d’abord fallu convaincre les responsables de Darwin qu’ils ne pouvaient pas organiser de grandes manifestations et accueillir du public en nombre dans leurs locaux sans respecter les règles de sécurité applicables en l’espèce. Cela a pris du temps mais nous y sommes parvenus. Ensuite, nous avons dû constater que Darwin développait ses activités sur des terrains qui ne lui appartenaient pas, sans aucun titre d’occupation....




                        

                        

