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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le film de Dino Risi (1962), avec Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman, ressort en salle dans une version restaurée.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Tout va s’écrouler ? Même pas peur !   Roger-Pol Droit                      Télévisions & Radio  Télévision : « Jean-Michel Basquiat, la rage créative », les mystères d’une étoile filante new-yorkaise                    Culture  L’album posthume de Johnny Hallyday, « Mon pays c’est l’amour », est en vente             M le mag      M le Mag   L'actu   L'époque   Le style   Gastronomie   Voyage   Mode   Les Recettes du Monde                      Enquête  Sursaut écologique : mais qu’est-ce qu’on fait maintenant ?                    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Par  Samuel Blumenfeld   Publié aujourd’hui à 17h07, mis à jour à 17h07   Lecture 4 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail                         Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman dans « Le Fanfaron » (« Il Sorpasso »), de Dino Risi, réalisé en 1962. SOLARIS DISTRIBUTION / SPLENDOR FILMS             La première époque du néo-réalisme italien racontait un pays détruit par la guerre et en butte à une pauvreté endémique. La seconde période, dans les années 1950, s’efforcerait d’ajouter une touche plus fantaisiste à la réalité sombre d’un pays. En 1962, lorsque Dino Risi s’attelle à la réalisation du Fanfaron, qui ressort aujourd’hui en version restaurée, les choses sont différentes. L’Italie rencontre à nouveau la prospérité et traverse ce qu’il est convenu d’appeler un miracle économique.          Pour le réalisateur italien, ce miracle comporte son versant obscur sur lequel il avait déjà posé, un an plus tôt, dans Une vie difficile, un même regard désenchanté. Jamais le vide spirituel de ce miracle économique n’aura été aussi bien incarné que par ce personnage grand et brun, faussement élégant, un hâbleur vivant au jour le jour, raciste et fourbe, sympathique et superficiel, incarné dans Le Fanfaron par Vittorio Gassman. Un enjôleur sans scrupules, un personnage très incarné, séduisant, mais repoussant une fois dépassé le stade des apparences. Un homme que Dino Risi regarde comme l’incarnation de l’Italien de l’immédiat après-guerre.           La Lancia Aurelia décapotable raconte une Italie de rêve          Le titre italien original du Fanfaron, Il Sorpasso, désigne le dépassement d’une voiture. Un titre assurément plus pertinent et complexe pour désigner la nature du film, un « road movie », et ce qui s’avère être son personnage principal, une Lancia Aurelia décapotable, stage ultime de la croissance italienne, après l’ère de la bicyclette puis celui de la Vespa. Apparue à la fin des années 1950, cette voiture représentait un idéal d’élégance et de raffinement. Un instrument de domination aussi. Celle qui vous autorise tous les dépassements en faisant fi des lois. Une fois lancée sur les routes de la côte toscane, passant devant les boîtes de nuit à la mode, les plages privées, les demeures d’aristocrates, cette voiture raconte une Italie de rêve correspondant à celle, réelle, que connaissait si bien Dino Risi et qui avait depuis longtemps cessé de l’impressionner.          Les sensations de l’opulence et de la vitesse          Cette Lancia Aurelia, vecteur de tous les fantasmes, était sans doute encore perçue sans filtre par le spectateur italien en 1962. Et c’est avec curiosité et envie que ce même spectateur regardait le jeune étudiant en droit incarné par Jean-Louis Trintignant, sorti de l’ennui de sa chambre et de ses livres par le propriétaire du bolide, monter dans le fauteuil passager de cet engin, à la manière d’un gagnant à la loterie, pour éprouver un 15 août, jour le plus creux de l’année, les sensations de l’opulence et de la vitesse.            Une des autres significations en italien d’« il sorpasso » désigne la supériorité sociale et intellectuelle. Le Fanfaron joue sur la polysémie de son titre original. Le « sorpasso » du film est aussi l’étudiant interprété par Trintignant, naïf, impressionnable, mais doté d’une remarquable faculté d’acuité. Une des idées de génie du film est de raconter cette histoire à travers ses yeux, à la manière d’un flux de conscience, où ce dernier constate la vacuité et la corruption de son compagnon en même temps que la tristesse de sa propre existence. Dino Risi jouait admirablement sur la dynamique entre ses deux comédiens. Vittorio Gassman, avec lequel le metteur en scène tournerait quinze films en trente ans, était son double. Trintignant, c’est différent. Risi n’en voulait pas à l’origine et s’était vu imposer par la production un comédien français.          Le regard perdu de Jean-Louis Trintignant          Dès qu’il avait croisé le regard perdu du jeune acteur, le réalisateur avait compris tout le parti qu’il pourrait en tirer. Cette position d’outsider, d’observateur, de poisson hors de l’eau imposée à Trintignant, permet d’activer de manière brillante la dynamique impulsée par le metteur italien, où les protagonistes de la dolce vita, nourris d’un bonheur éphémère, savent cette opulence inespérée sans lendemain. Lorsque les deux passagers écoutent, à bord de leur voiture, une chanson de Domenico Modugno, Vecchio Frack, sur un homme qui se suicide, ce n’est plus seulement la mélancolie de ce tube qui les atteint, mais la prescience de leur destin, la vanité de leur existence, l’idée que leur trajectoire, à la manière de la conduite de leur vie, s’effectue sans direction.          En 1962, personne n’attendait Le Fanfaron. Ni la critique, rétive au spleen déployé par cette comédie. Ni son producteur, persuadé de devoir mettre la clé sous la porte. Le public, parfois en avance, se montrant davantage sensible à l’envers du rêve italien, lui avait réservé un triomphe, conscient que Le Fanfaron s’imposait d’emblée comme le film emblématique de son époque.                         Film italien de Dino Risi (1962). Avec Vittorio Gassman, Jean-Louis Trintignant, Catherine Spaak (1 h 42). Sur le Web : www.splendor-films.com/items/item/583 et www.facebook.com/solarisdistrib                                  Annonces immobilières avec Logic-Immo           PARIS 02 (75002) 665000 € 58 m2           PARIS 07 (75007) 840000 € 56 m2           Paris (75018) 1540000 € 85 m2      Recherche                    Samuel Blumenfeld       Voir les réactions     Dans la même rubrique                 « Happiness Road » : Taïwan au sucre candi  Le film d’animation faussement enfantin de la réalisatrice Hsin Yin Sung est une fresque qui dessine l’histoire contemporaine de l’Etat insulaire.                          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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Probablement conçu comme un hommage aux comédies policières américaines des années 1980, le film de Rachid Bouchareb n’en est que le pâle reflet.
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« Le Flic de Belleville » : Omar Sy sur les traces d’Eddie Murphy

Probablement conçu comme un hommage aux comédies policières américaines des années 1980, le film de Rachid Bouchareb n’en est que le pâle reflet.



LE MONDE
 |    19.10.2018 à 16h32
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
L’allitération entre le toponyme de l’habitat naturel des stars hollywoodiennes et celui d’une commune populaire du nord de Paris intégrée à la capitale en 1860, l’ascendance commune d’Eddie Murphy et d’Omar Sy devaient suffire à faire du Flic de Belleville le successeur naturel et tricolore du Flic de Beverly Hills (Martin Brest, 1984). Cette conviction était suffisamment chevillée au corps de Rachid Bouchareb pour que le réalisateur de Little Senegal et Indigènes ait cru possible de se passer de scénario, de dévider sur presque deux heures – qui en paraissent quatre – les lieux communs du cinéma d’action.
Les moyens luxueux dont a disposé le film démontrent que l’argent des producteurs ne fait pas le bonheur des spectateurs
Les moyens luxueux (pour un long-métrage français) dont a disposé le film démontrent que l’argent des producteurs ne fait pas le bonheur des spectateurs. Ce qui tient lieu d’intrigue trimballe le héros, Baaba Keita (Omar Sy) du 20e arrondissement à la république fictive du Daloa (Afrique de l’Ouest), en s’arrêtant un très long moment à Miami.
Spécialisé dans l’arrestation de pickpockets, le brigadier Keita vit à Belleville avec sa mère Zohra (Biyouna). Il parle mandarin et sa fiancée Lin (Diem Nguyen) est d’origine chinoise. Peut-être parce que son cocon est un microcosme, Baaba n’a jamais quitté les pentes de son quartier (c’est l’une des bonnes idées que l’on verra dépérir sur pied tout au long du film). Jusqu’à ce que son copain d’enfance, Roland (Franck Gastambide), soit assassiné sous ses yeux, juste après lui avoir révélé que Belleville est devenu l’une des plaques tournantes du trafic de cocaïne.
Tour de passe-passe
Grâce à une astuce de scénario qui n’en est pas tout à fait une, le brigadier Keita est envoyé à Miami pour tirer au clair cette affaire. Il y est confié au lieutenant Garcia (Luis Guzman), policier en délicatesse avec sa hiérarchie. Les deux hommes se détestent, se défient et en un tour de passe-passe qui ferait passer l’arc dramatique de L’Arme fatale pour le scénario de Persona, finissent par s’entendre si bien qu’ils partent pour l’Afrique afin de neutraliser des narcotrafiquants issus d’un régime prédateur.
Entre-temps, Omar Sy aura cité tous les grands succès du cinéma policier américain des années 1980, ébloui les danseurs d’un club de Miami, obéi puis désobéi à son envahissante maman. Cette agitation ne suffit pas à masquer le manque de substance du personnage, et l’impuissance croissante de l’acteur à y faire face.

Film français de Rachid Bouchareb. Avec Omar Sy, Luis Guzman, Biyouna, Diem Nguyen (1 h 50). Sur le Web : https://www.metrofilms.com/films/belleville-cop



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le producteur de « Paranormal Activity » ou du très remarqué « Get out » en 2017, récidive avec le remake d’« Halloween », grand classique de John Carpenter. Des films qui font peur et qui permettent à cet anti-Trump de diffuser un message politique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/10/2018
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Jason Blum, orchestrateur de la peur sur grand écran


                      Le producteur de « Paranormal Activity » ou du très remarqué « Get out » en 2017, récidive avec le remake d’« Halloween », grand classique de John Carpenter. Des films qui font peur et qui permettent à cet anti-Trump de diffuser un message politique.



M le magazine du Monde
 |    19.10.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 15h05
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

L’image a frappé Jason Blum à l’adolescence. De son propre aveu, il ne s’en est jamais remis. En découvrant Halloween, La Nuit des masques, de John Carpenter, au cinéma, à la fin des années 1970, il avait été saisi par le masque porté dans le film par Michael Myers, le psychopathe échappé de l’asile psychiatrique d’une petite ville de l’Illinois. Un accessoire qui enlevait toute expression au tueur, et donc tout affect. « C’était un bloc d’abstraction, se souvient Jason Blum, massif, muet, impassible, étranger à toute humanité. C’est tout de même frappant de voir ce qu’un simple masque permet d’installer. Michael Myers était à la fois surhumain et inhumain, il incarnait une terreur mythique, s’imposait comme une métaphore du Mal. » 
Dans l’ombre du père
A l’époque, il semblait impensable pour Jason Blum de devenir un jour producteur de cinéma, encore moins de songer à orchestrer une nouvelle version du chef-d’œuvre de John Carpenter, pensée avec l’aide du maître, et intitulée Halloween, où le personnage de Michael Myers s’échappe à nouveau de son institution et retourne dans la ville de son enfance.
Dans la famille Blum, l’art était ce que l’on accrochait à un mur. Jason vivait dans l’ombre de son père, Irving Blum, galeriste et collectionneur d’art à Manhattan et sur la côte ouest. Le jeune homme avait pour seul horizon les toiles d’Andy Warhol, Roy Lichtenstein et Jasper Johns qui décoraient sa maison. La place des artistes était dans un musée, lui expliquait-on. Beaucoup moins dans une salle obscure. C’est pourtant dans un cinéma, par sens de la contradiction, qu’il est allé les chercher. Jason Blum est depuis devenu, à 49 ans, le producteur de films d’horreur le plus en vogue à Hollywood.

« Une autre chose m’avait frappé à l’époque dans Halloween, évidente aujourd’hui, mais que personne ne s’était donné la peine de m’expliquer : pour faire peur, un film d’horreur...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le Festival Lumière à Lyon rend hommage au cinéaste, inscrit dans le sillage des grands maîtres du classicisme hollywoodien.
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Peter Bogdanovich : revenir sur ses pas ou périr

Le Festival Lumière à Lyon rend hommage au cinéaste, inscrit dans le sillage des grands maîtres du classicisme hollywoodien.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 18h06
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 09h58
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Présent au festival Lumière à Lyon (jusqu’au 21 octobre), le réalisateur américain Peter Bogdanovich, prochainement octogénaire, n’a pu y honorer toutes ses obligations en raison d’une chute accidentelle qui a nécessité son hospitalisation. Cruelle ironie du destin, à l’heure où un hommage saluait une carrière elle-même très accidentée. Figure connue de l’Internationale cinéphilique, Peter Bogdanovich reste mal identifié par le grand public.
En France, une génération de spectateurs a sans doute le souvenir de La Dernière séance, ciné-club dédié au cinéma américain et animé par Eddy Mitchell sur France 3 de 1982 à 1998, sans nécessairement faire le lien avec Bogdanovich. Le titre de l’émission reprend pourtant une chanson d’Eddy Mitchell qui renvoie elle-même au titre d’un film signé par le réalisateur en 1971, The last picture show. Film, chanson et émission baignent ainsi dans la nostalgie d’un cinéma classique et populaire en voie de disparition.
Contrairement à ses contemporains du Nouvel Hollywood (Scorsese, Coppola, De Palma…), Peter Bogdanovich, qui n’a pourtant que 30 ans en 1970, ne rêve pas de renverser la table
Cette mort du cinéma classique, ce sentiment de perte inéluctable, est la grande affaire de Peter Bogdanovich, qui n’a pourtant que 30 ans en 1970, mais qui contrairement à ses contemporains du Nouvel Hollywood (Scorsese, Coppola, De Palma, Spielberg…), ne rêve pas de renverser la table. Deux générations se toisent ainsi sans se parler, à l’exception de Bogdanovich qui est le premier non seulement à rencontrer et à célébrer les grands maîtres du classicisme hollywoodien mais à s’inscrire dans leur sillage.
Le Festival Lumière ainsi qu’une forte actualité éditoriale, remettent au jour ce singulier personnage, dont la vie semble faire corps avec l’histoire du cinéma et dont la vocation existentielle aura consisté à célébrer par tous les moyens à sa disposition la grande époque de ce monde rêvé.
Une...



                        

                        


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Filip Jan Rymsza : « Comme un puzzle à reconstituer »

Le producteur d’origine polonaise est l’un des instigateurs de l’exhumation de « The Other Side of the Wind », film inachevé d’Orson Welles.



LE MONDE
 |    18.10.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 08h15
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Réalisateur et producteur d’origine polonaise, installé depuis les années 1980 aux Etats-Unis, Filip Jan Rymsza peut se targuer, à 40 ans, d’avoir contribué à exhumer The Other Side of the Wind, d’Orson Welles. Une sorte d’exploit.
Comment êtes-vous arrivé sur cette affaire dormante ?
Un peu par hasard. Je ne vouais pas un culte particulier à Welles. J’ai appris que ce film existait, je m’y suis intéressé, et plus je progressais dans ma connaissance du dossier, plus le challenge devenait intéressant. C’était comme un puzzle à reconstituer.
Vous avez réussi, avec Frank Marshall, là où d’autres, depuis la mort d’Orson Welles en 1985, avaient échoué avant vous. Comment l’expliquez-vous ?
Ça nous a pris quand même dix ans… Une tentative menée par Peter Bogdanovich et Frank Marshall avait déjà eu lieu pour le compte de la chaîne Showtime. Mais le dossier était très complexe, il y avait de fortes inimitiés, beaucoup de névroses et un grand nombre de gens qui réclamaient, parfois à raison, parfois à tort, des droits sur l’œuvre. Quand nous avons décidé de reprendre les choses avec Frank Marshall, nous avons procédé méthodiquement. Nous sommes allés parler aux ayants droit. Nous avons joué la neutralité technique, et la mise en avant de la réussite du projet, qui tenait finalement à cœur à tout le monde. Oja Kodar, la compagne de Welles, Beatrice Welles, sa fille, et Françoise Widhoff, des Films de l’Astrophore, nous ont finalement donné le feu vert.

        Lire aussi le reportage :
         

          « The Other Side of the Wind », le baiser de la mort d’Orson Welles



Quelles ont été les sources et la méthodologie qui vous ont permis de monter ce film à titre posthume ?
Welles avait laissé une copie de travail d’une quarantaine de minutes et beaucoup de notes, très précises, faisant état de ses intentions, ainsi qu’une douzaine de scénarios successifs. Cela a constitué notre feuille de route, et nous pensons que ce film, paradoxalement, est peut-être plus wellesien que certains autres signés de lui, mais remontés contre son gré. Nous nous sommes efforcés de respecter l’idée de Truffaut selon laquelle Welles filmait comme un mégalomaniaque, mais montait comme un censeur. Nous avons beaucoup élagué.
Deux thèses s’opposent sur les films inachevés de Welles. L’une lui attribue une responsabilité dans cet inachèvement. L’autre le prend au mot et le considère comme une pure victime des circonstances. Laquelle embrassez-vous ?
Plutôt la seconde. Welles, de par sa nature, son intransigeance, a toujours créé dans un réel climat d’adversité. Il a incontestablement voulu, jusqu’en 1982, finir ce film. Il a bataillé pour récupérer les négatifs.
L’épilogue de cette malédiction a lieu en France, où ce film, qui ne prend sa dimension que sur grand écran, ne trouvera pas le chemin des salles. Comment comprenez-vous cette situation ?
Je pense que ce qu’il faut rappeler ici, c’est que ce film n’aurait jamais existé sans Netflix, qui nous a laissé carte blanche. J’avais pensé, une fois levée l’hypothèque des droits, que les Studios hollywoodiens s’intéresseraient au projet. Ils n’ont pas bougé. Ils voulaient voir le film fini. Mais nous avions précisément besoin d’argent pour le finir. Ce n’est donc pas du monde du cinéma qu’est venue la rédemption… L’absence de sortie du film en France est une petite dette à payer en regard du fait que ce film existe enfin. Je pense, pour en avoir discuté au CNC, qu’une exception aurait pu être faite pour ce film par les exploitants…



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le film inédit et inachevé du cinéaste américain, disponible sur Netflix à partir du 2 novembre, a été diffusé mardi sur grand écran, à titre exceptionnel, au Festival Lumière à Lyon.
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Par  Jacques Mandelbaum   Publié hier à 06h37, mis à jour hier à 11h44   Lecture 5 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés       On trouve un peu de tout au Festival Lumière – dix années d’existence pléthoriques –, ouvert à Lyon depuis le 13 octobre. Maître des lieux, Thierry Frémaux y concocte un cocktail destiné à une large palette de goûts.          Jane Fonda, actrice engagée, et Peter Bogdanovich, cinéaste cinéphile, y reçoivent cette année tous les honneurs. Henri Decoin (Premier rendez-vous, 1941 ; Les Inconnus dans la maison, 1942), cinéaste français de genre, y est sujet à révision.          Netflix y est enfin promu dans l’ordre de la cinéphilie avec la programmation de deux films que Thierry Frémaux n’avait pu obtenir au Festival de Cannes, mais qu’il récupère à Lyon après qu’ils ont fait leur première mondiale à la Mostra de Venise. On connaît la raison de ce pas de deux : le bras de fer qui oppose la plate-forme, refusant de surseoir à la diffusion de ses films, au système français de soutien au cinéma et à la nécessaire chronologie des médias qui fait, comme dans nul autre pays au monde, vivre les salles.           Lire aussi la chronique de Michel Guerrin : Venise qui rit, Cannes qui pleure             Artiste furieux et génie malade          Situation absurde que celle de ces deux logiques qui entrent en collision, et qui fait que Roma, d’Alfonso Cuaron, ainsi que The Other Side of the Wind, film inédit d’Orson Welles, ne seront pas découverts en salles sur le territoire français – lieu qui leur est naturellement destiné – sinon à titre exceptionnel par le public lyonnais.          S’agissant plus particulièrement de Welles, l’affaire est navrante quand on sait la place qu’occupe le réalisateur dans l’histoire du cinéma, et celle qu’occupe la France dans la reconnaissance et la promotion de son génie. D’autant que l’expérience esthétique du film le recommande d’évidence pour le grand écran.           Lire aussi l’entretien : Filip Jan Rymsza : « Comme un puzzle à reconstituer »             Expérience éprouvée mardi 16 octobre à 17 heures, dans une des salles, pleine comme un œuf, du Pathé Bellecour. Moment rarissime, qui voit l’accomplissement, un demi-siècle après sa mise en œuvre, du plus légendaire des films inachevés de cet embobineur de première, artiste furieux et génie malade que fut Welles.                                           — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de plus de 400 journalistes.    Participer à des événements artistiques et culturels toute l'année et partout en France.    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« Le Jeu » : un dîner entre amis qui vire au grand déballage

La comédie de Fred Cavayé réunit autour d’une table trois couples et un célibataire, parmi lesquels s’immiscent, via les téléphones portables, des hôtes indésirables.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 17h44
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Marie et Vincent ont invité à dîner Ben (le seul célibataire du groupe), Charlotte et Marco, Thomas et Léa, tous quadras ou quinquagénaires, amis de longue date, rodés aux moqueries amicales et complices. Malgré les audaces culinaires de Vincent qui, comme d’habitude, vont forcément réserver de mauvaises surprises, la soirée promet d’être bonne.
Elle l’est jusqu’à ce que soit décidé un jeu dont la règle, aussi simple que risquée, consiste à poser tous les téléphones portables au milieu de la table. Cela afin d’exposer aux yeux (et aux oreilles) de tous, les appels, SMS, mails, messages Facebook de chacun. Et de prouver que personne n’a de secrets inavouables. Autant dire que la soirée va très vite tourner au vinaigre jusqu’à prendre des allures de cauchemar.
Adaptation française d’un film italien sorti en 2016, Perfetti sconosciuti, de Paolo Genovese, Le Jeu, de Fred Cavayé, apporte au cinéma une nouvelle variation du dîner entre amis qui vire au grand déballage. Un genre qui s’épanouit en huis clos, à partir d’une mécanique de boulevard dont le rythme, autant que le dessein, repose sur les effets de surprise, les rebondissements et les retournements de situation.
L’ennui du quotidien
Comme les films qui l’ont précédé, Le Prénom (2012), d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte ou Le code a changé (2009), de Danièle Thompson, Le Jeu a pour décor l’appartement d’un couple aisé dont les amis appartiennent tous à la même catégorie : des bobos parisiens dont l’un des principaux soucis est de composer (et de s’arranger) avec l’ennui du quotidien qui émousse le désir et donc la relation amoureuse au sein du couple. Le défi que se lancent les amis, durant cette soirée, ne révèle d’ailleurs que des cachotteries d’ordre sentimental ou sexuel.
Cette limite qui circonscrit le propos, si restrictive soit-elle, a le mérite de laisser le champ large à son exploitation. Car Le Jeu ne se contente pas de divulguer les tromperies de chacun, elle en creuse jusqu’à l’os – et jusqu’aux larmes – les raisons et les effets. Telles une énigme à étages ou un emboîtement de poupées russes, certains secrets en éclairent d’autres qui, à leur tour, mettent en lumière de nouveaux faux-semblants. De cette onde de choc, nul ne sortira indemne.
L’une des plus grandes originalités du film est le surgissement de personnages que l’on ne voit pas et qui font tout basculer
Au sein de ce huis clos qui vacille, Fred Cavayé trouve son propre terrain de jeu. A partir d’une mise en mise en scène qui place le spectateur parmi les convives, il conduit son monde à travers le flot d’un courant qui charrie des rires, des tensions et des émotions. Avec, à son service, une troupe d’acteurs – Suzanne Clément, Bérénice Bejo, Doria Tillier, Stéphane de Groodt, Grégory Gadebois, Roschdy Zem, Vincent Elbaz – dont l’étendue des expressions se module jusque sur les visages.
Et un scénario dont le postulat fournit l’une des plus grandes originalités du film : le surgissement de personnages que l’on ne voit pas, que l’on imagine parfaitement, et qui font tout basculer. Sortis des portables, ils entrent virtuellement dans le champ et servent à leur tour, de manière contemporaine, la tradition du théâtre de boulevard.

        Lire « Un apéro avec… » Stéphane de Groodt :
         

          « Je suis un homme de biais »




Film français de Fred Cavayé. Avec Bérénice Bejo, Suzanne Clément, Stéphane de Groodt, Grégory Gadebois, Roschdy Zem, Vincent Elbaz, Doria Tillier (1 h 30). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/le-jeu



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ L’humoriste a commencé une tournée des salles pour présenter en live son spectacle « Ma grand-mère vous adore ! ».
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Raphaël Mezrahi fait son one-man-show… au cinéma

L’humoriste a commencé une tournée des salles pour présenter en live son spectacle « Ma grand-mère vous adore ! ».



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 08h47
    |

            Sandrine Blanchard








                        



   


Aller au cinéma pour voir autre chose qu’un film. L’idée n’est pas nouvelle : ces dernières années, des opéras, des ballets, des représentations de la Comédie-Française, des shows d’humoristes à succès ou des concerts cultes sont régulièrement retransmis sur les écrans des salles UGC ou Pathé. Mais une salle de cinéma peut-elle être un lieu de spectacle vivant ? Mardi 16 octobre, Raphaël Mezrahi a tenté l’expérience et joué son seul-en-scène, Ma grand-mère vous adore !, au cinéma Pathé de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Une première qui se poursuivra dans dix-sept autres villes en France jusqu’en avril.
« Accueillir un one-man-show “en live” est une vraie nouveauté », expliquent les responsables marketing des cinémas Pathé-Gaumont. « Mais c’est un test », précisent-ils avec insistance tout en refusant de donner la nature du contrat qui les lie à l’artiste. L’idée, c’est Raphaël Mezrahi – dont les interviews décalés de célébrités ont fait son succès dans les années 1990 – qui l’a eue : « L’époque est à l’hybride et comme mon spectacle l’est, j’ai appelé Jérôme Seydoux [coprésident de Pathé] et il a dit ok ». Composé pour moitié de vidéos (sketchs filmés inédits car refusés par les chaînes de télévision), son spectacle s’apparente davantage à une conférence absurde sur sa carrière de « sale gosse ».
Rencontre surréaliste avec Isabelle Balkany
Déambulant sur une longue scène moquettée, éclairé par la lumière d’une poursuite, le comédien se régale de voir ses facéties diffusées sur grand écran. Générique en musique avec Greg Slap, l’ancien harmoniciste de Johnny Hallyday, rencontre filmée surréaliste avec Isabelle Balkany (dans chaque ville où il passe, Raphaël Mezrahi tourne un petit sujet qu’il diffuse en introduction), saynètes désopilantes avec une grand-mère interrogée en bas de chez elle sur le dernier épisode des Feux de l’amour… Ce que les spectateurs découvrent en images s’avère beaucoup plus attachant que le peu qui se dit sur scène.
Le cinéma, nouvelle salle de spectacle vivant ou moyen supplémentaire pour les distributeurs de remplir des séances creuses en semaine ? A Levallois, la salle (280 places) était loin d’être pleine. Le confort des larges fauteuils rouges est indéniable, le son excellent, mais la conception lumière quasi inexistante et le rapport scène-public peu convivial. Surtout, sans les vidéos, on s’ennuierait ferme.

« Ma grand-mère vous adore ! », le 15 novembre au cinéma Gaumont Reims, le 22 novembre au Pathé Annecy, le 11 décembre au Gaumont Rennes, le 13 décembre au Pathé Evreux… www.cinemaspathegaumont.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le cinéaste s’est attaché à six personnages, filmés dans leur quotidien.
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« Six portraits XL » : le « diarisme » documentaire d’Alain Cavalier

Le cinéaste s’est attaché à six personnages, filmés dans leur quotidien.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 07h43
 • Mis à jour le
17.10.2018 à 08h12
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
A la fin des années 1960, Alain Cavalier tournait des fictions « classiques » (Mise à sac, La Chamade), avec des stars et des moyens, avant qu’une violente crise artistique et existentielle ne l’entraîne sur la voie d’un dépouillement radical. Depuis Ce répondeur ne prend pas de message (1979), le cinéaste s’est rabattu sur l’outil vidéo, avec ses caméras de plus en plus petites, et s’est mis à filmer seul, son œuvre prenant le tour d’un journal intime. Dès lors, sa pratique du cinéma s’apparente autant à un artisanat qu’à une écriture : prendre la caméra comme on se saisit d’un stylo, pour consigner ses observations sur la beauté immédiate des choses. Filmer, oui, mais comme l’on respire.

        Lire le reportage au Festival de La Rochelle :
         

          Alain Cavalier croque la vie en six portraits



Les six portraits présentés ici, ­appariés et proposés en trois programmes distincts, sont les fruits de ce « diarisme » documentaire. Souvent tournés sur plus d’une décennie, ils mélangent le charme de l’instantané au temps long de la relation poursuivie. Cavalier s’y attache à des figures très diverses, anonymes ou publiques, laborieuses ou vacantes, intempestives ou secrètes, dont il observe à travers le temps la permanence ou le changement.
Souvent tournés sur plus d’une décennie, ces portraits mélangent le charme de l’instantané au temps long de la relation poursuivie
Les deux premiers films s’inscrivent dans une série au long cours sur les artisans au travail, entamée par Cavalier dans les années 1980, et se répondent par leur symétrie : Léon, vieux cordonnier rouspéteur, s’apprête à fermer boutique et à solder cinquante ans d’existence, tandis que Guillaume, jeune boulanger perfectionniste, se jette à corps perdu dans l’ouverture d’un nouveau magasin. Une fin et un commencement.
Viennent ensuite deux profils rêveurs : Jacquotte, dame élégante qui visite chaque année les fétiches figés de son enfance dans une maison familiale à l’abandon, et Daniel, vieux garçon qui tourne en rond dans son appartement croulant sous les collections de disques. Les deux derniers volets concernent des hommes de spectacle : le journaliste Philippe Labro, filmé lors d’une longue journée de tournage pour une émission, et le comédien Bernard Crombey, ami du cinéaste, qui avait joué dans son film Le Plein de super (1976), suivi au fil d’une tournée théâtrale s’étalant sur dix ans.
Un regard amoureux
La beauté de ces moyens-métrages (en moyenne cinquante minutes) tient d’abord à la proximité qu’Alain Cavalier établit avec chacun de ses personnages, déposant sur eux un regard amoureux qui n’empêche pas la lucidité, ni même une certaine cruauté. De cette approche se dégage une éthique du portrait : chaque personne dépeinte n’existe pas seulement en soi, mais se prolonge dans la petite galaxie d’objets et de proches qui l’entourent. La caméra tressaillante de Cavalier s’approche des petites choses qui leur sont chères – outils du cordonnier, ­pétrin du boulanger – comme pour les toucher du regard.
Par moments, c’est Alain Cavalier en personne qui, au détour d’un miroir, surgit dans le champ, sa caméra vissée au visage, comme Van Eyck se peignant en miniature dans ses Epoux Arnolfini. Et l’on comprend alors que l’art du portrait ne saurait se suffire à lui-même, s’il ne contenait dans ses angles morts quelque chose d’un autoportrait.

        Lire l’entretien avec Alain Cavalier :
         

          « Que la lumière s’éteigne serait normal, presque banal »




Documentaires français d’Alain Cavalier. 1. Léon/Guillaume (1 h 44) ; 2. Jacquotte/Daniel (1 h 41) ; 3. Philippe/Bernard (1 h 43). Sur le Web : www.tamasa-cinema.com/film/six-portraits-xl



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ La cinéaste Nadine Labaki filme, avec une grande force romanesque, un drame familial de la pauvreté.
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Article sélectionné dans La Matinale du 18/10/2018
Découvrir l’application


                        

« Capharnaüm » : les oubliés des bas-fonds de Beyrouth

La cinéaste Nadine Labaki filme, avec une grande force romanesque, un drame familial de la pauvreté.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 07h41
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 06h42
    |

                            Thomas Sotinel








                        



L’avis du « Monde » – à voir
On ne reconnaîtra qu’un visage, celui de la réalisatrice ; les autres, on ne les a jamais vus, à moins de connaître les quartiers les plus pauvres de Beyrouth. Nadine Labaki, la cinéaste, tient aussi le rôle de l’avocate qui défend Zain, un garçon d’une douzaine d’années, dans le procès qui l’oppose à ses parents, à qui il reproche de l’avoir mis au monde. A rebours de ce que font nombre de ses pairs cinéastes-­acteurs, elle ne s’est pas réservée la part du lion, et les séquences de prétoire n’offriront que de brèves accalmies dans le torrent qui emporte Capharnaüm.

        Lire le reportage dans « M » :
         

          La « nouvelle vague » libanaise



Rien, dans ce troisième long-­métrage de la réalisatrice libanaise (distingué en mai, à Cannes, par le Prix du jury), n’est attendu : sa violence, son style quasi documentaire, sa force romanesque prennent au dépourvu avant d’emporter la conviction.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Capharnaüm » ou « Les Misérables », version beyrouthine



Fossé infranchissable
Déjà dans Et maintenant, on va où ? (2011), son deuxième film, Nadine Labaki avait fait travailler des comédiens débutants, qu’elle avait mêlés à des professionnels. Pour raconter l’histoire de Zain, elle a cherché des femmes, des hommes et des enfants dont la vie n’est pas éloignée de celle que mènent leurs personnages. Capharnaüm met en scène le désordre qui régit leur existence : les parents vendent leurs enfants, les hommes achètent les femmes, les moins faibles font souffrir les plus faibles en vertu de la loi d’airain qui surgit du fossé infranchissable séparant ceux qui n’ont rien des autres.

   


Du mauvais côté de ce fossé, Zain (Zain Al-Rafeea) a suivi un chemin tortueux jusqu’à la prison d’où il lance la plainte contre ses parents, itinéraire que le film retrace en une série de retours en arrière. Il vit dans un appartement miséreux, dont le loyer est payé par le travail que les enfants de la maison offrent au propriétaire, boutiquier du quartier. Le garçon, qui approche de l’adolescence, livre les pauvres commandes de ses voisins, essaie de soutirer quelques pièces aux automobilistes, aide sa mère à trafiquer des médicaments stupéfiants.
A la méchanceté du monde, Zain oppose son énergie, sa méfiance, sa violence, sa grossièreté
A la méchanceté du monde, il oppose son énergie, sa méfiance, sa violence, sa grossièreté. On ne le voit baisser la garde qu’en compagnie de sa sœur Sahar, d’un an plus jeune que lui. Lorsqu’il comprend que ses parents veulent la marier au boutiquier, il s’enfuit de chez lui. Dans son errance, il rencontre Rahil (Yordanos Shiferaw), immigrée éthiopienne qui a dû quitter son emploi de bonne après être tombée enceinte des œuvres d’un autre employé de maison. Rahil élève Yonas (Boluwatife Treasure Bankole), son bébé, en tentant de soustraire celui-ci au regard des autorités, qui trouveraient dans son existence une raison supplémentaire d’expulser la jeune femme.
Soulagements éphémères
Le cœur du film, et ce qu’il a de meilleur, est constitué d’un long moment où les deux enfants, le préadolescent et le bébé, qui ne marche pas encore, sont livrés à eux-mêmes dans Beyrouth, tentent de ne pas mourir de faim, de ne pas se laisser envahir par la crasse. Impossible de ne pas songer à l’épisode des Misérables dans lequel Gavroche recueille deux gamins plus jeunes que lui : même sens de la précarité, même soulagements éphémères chaque fois qu’elle est tenue un moment à distance, même souci de faire de la ville un personnage à part entière.
Il y a de toute façon quelque chose du regard des romanciers du XIXe siècle dans la manière dont Nadine Labaki met en scène le dénuement et ses effets sur l’humanité de ceux qu’il frappe, la même volonté de les rendre au genre humain par le biais de la fiction, qui se cristallise ici à travers le procès. La réalisatrice est parfaitement consciente des périls du procédé. L’une des plus belles séquences du film oppose la mère de Zain (Kawthar Al-Haddad) à l’avocate qui défend l’enfant. « Que savez-vous de la misère » ?, lui demande-t-elle. Le regard décontenancé que l’actrice prête à son personnage dit à la fois les limites assumées et l’ambition rêvée de Capharnaüm.

Film libanais de Nadine Labaki. Avec Nadine Labaki, Zain Al-Rafeea, Yordanos Shiferaw, Boluwatife Treasure Bankole, Kawthar Al-Haddad (2 heures). Sur le Web : www.gaumont.fr/fr/film/Capharnaum.html

Succès populaire pour « Capharnaüm » au Liban
Sorti sur les écrans libanais le 20 septembre, Capharnaüm est bien parti pour assurer un nouveau succès populaire à la réalisatrice Nadine Labaki dans son pays : il y a déjà dépassé les 100 000 entrées, selon l’équipe. Une jolie performance, à l’aune des résultats habituels des films libanais, et alors que les salles connaissent une baisse de fréquentation liée au marasme économique. En septembre, Capharnaüm a été sélectionné pour représenter le Liban à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. La presse a fait l’éloge de la puissance et la charge romanesque de ce tableau des oubliés des bas-fonds de Beyrouth, y compris sous la plume de critiques de renom. Ce qui n’a pas empêché quelques tribunes cinglantes, reprochant à Nadine Labaki d’en rester à l’émotion et de ne pas dénoncer les coupables de la misère des personnages. Laure Stephan (Beyrouth, correspondance)





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Ryan Gosling incarne le célèbre astronaute dans le film de Damien Chazelle.
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« First Man, le premier homme sur la Lune » : l’échappée d’Armstrong

Ryan Gosling incarne le célèbre astronaute dans le film de Damien Chazelle.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
17.10.2018 à 08h13
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Damien Chazelle trace film après film l’un des parcours les plus intrigants du paysage hollywoodien actuel, saturé de franchises à rallonge et de super-héros. Le parcours d’un jeune ­cinéaste ayant rapidement gravi les échelons de la renommée (né en 1985, il a battu un record de précocité en obtenant l’Oscar du meilleur réalisateur pour La La Land). Célébré pour son néoclassicisme tourné vers le passé ­glorieux de la culture américaine, il est aussi décrié par certains qui voient en lui un bon élève trop ­appliqué et trop versé dans le recyclage des formes anciennes.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Damien Chazelle, le prodige de la comédie musicale



Il y a en effet quelque chose d’anachronique dans le cinéma de ­Chazelle. En 2016, La La Land ressuscitait la comédie musicale, pour prendre acte en même temps de son impossibilité aujourd’hui en racontant l’échec et la séparation d’un couple ­d’artistes.

        Lire la critique de « La La Land » :
         

          Au pays des rêves qui s’envolent



First Man, biopic de Neil ­Armstrong, « le premier homme à poser le pied sur la Lune », relance le film d’exploration spatiale, dans la lignée très « terre à terre » d’œuvres comme L’Etoffe des héros (1983), de Philip ­Kaufman, ou Space Cowboys (2000), de Clint Eastwood. A l’ère du tout-numérique et du ­blockbuster d’immersion comme Gravity (Alfonso Cuaron, 2013), l’attention rétrospective de Chazelle pour l’ingénierie encore tâtonnante des années 1960, ses appareillages faillibles, ses fuselages bosselés, désigne un parti pris « millésimé », qui n’est d’ailleurs pas sans rapport avec le fait d’avoir tourné le film en pellicule (trois formats différents : 16, 35 et 70 mm), afin de restituer la patine de l’époque.

        Lire le reportage :
         

          A Venise, Damien Chazelle met la Mostra sur orbite



First Man raconte donc l’épopée de Neil Armstrong (Ryan Gosling) et du programme Apollo, entre 1961 et le 21 juillet 1969 (date fatidique), sous l’angle d’une perte inaugurale qui imprègne tout le film : celle de Karen, la fille de l’astronaute, morte à l’âge de 2 ans d’une tumeur au cerveau. Ingénieur et pilote d’essai, ­Armstrong effectue alors des vols périlleux au sein d’avions-fusées expérimentaux qui l’entraînent à des altitudes et des vitesses inusitées. En septembre 1962, il est ­recruté par la NASA pour passer les sélections du programme Apollo, qui doit répondre aux vœux du président Kennedy d’envoyer des Américains sur la Lune.
Une réelle émotion
Les Etats-Unis sont alors en pleine guerre froide avec le bloc soviétique et la course spatiale bat son plein. Armstrong déménage en Floride, avec sa femme, Janet (Claire Foy), et leurs deux garçons, et se lance à corps perdu dans les tests, simulations et essais qui attendent les « New Nine » (le groupe d’astronautes retenus). Mais les missions-tests Gemini 8 puis Apollo 1 essuient de graves incidents et de lourdes pertes ­humaines, qui contribuent à ­discréditer le dispendieux ­pro­gramme spatial dans la presse et l’opinion publique.
On connaît le goût de Chazelle pour les personnages qui sacrifient tout à leur réussite professionnelle. Son Neil Armstrong est de ceux-ci. S’attache pourtant à lui une dimension funèbre qui infléchit le récit biographique attendu en un mélodrame débouchant sur une réelle émotion. Chazelle assimile le programme Apollo à un travail de deuil perpétuel, qui ne s’arrête pas à la perte d’un enfant, mais s’étend à ses coéquipiers disparus en chemin, ainsi qu’à une vie domestique mort-née.
C’est bel et bien la mort qui cerne le personnage (un trompe-la-mort) et fait le vide autour de lui
C’est bel et bien la mort qui cerne le personnage (un trompe-la-mort) et fait le vide autour de lui. Aller sur la Lune n’est peut-être, pour lui, que l’aboutissement d’une autre logique : celle consistant à côtoyer une solitude absolue en laissant la Terre (la vie, la société, la ­famille, la douleur) loin, très loin, derrière soi. En interprétant ce personnage spectral, Ryan ­Gosling trouve sans doute l’un de ses meilleurs rôles.
S’il brille dans les scènes de ­pilotage, faisant de chaque vol une sorte de grand chaos mécanique, le film est loin d’être parfait. Il balaie d’un revers de manche les revendications des minorités noires qui protestent contre les dépenses inconsidérées du programme spatial, au rêve duquel est sacrifié tout ­questionnement. Chazelle pèche surtout par son scrupule filial à filmer « dans les pas » de ses pères en cinéma (Stanley Kubrick, ­Terrence Malick, Philip ­Kaufman), donnant au film un petit air de déjà-vu.
Mais il touche à un émerveillement primitif dès qu’il s’élève dans l’espace, ­contemple l’ellipse terrestre à l’horizon, filme la danse des luminosités sidérales. Dans la scène finale de l’alunissage perce même une magnifique idée de cinéma : Chazelle choisit de ne pas filmer le drapeau américain planté dans le sol lunaire (image d’Epinal), mais l’empreinte du premier pas de l’astronaute dans cette poussière grise immaculée. Un petit pas venant recouvrir un ­immense néant intérieur.

Film américain de Damien Chazelle. Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Corey Stoll, Lukas Haas, Kyle Chandler (2 h 18). Sur le Web : www.universalpictures.fr/micro/first-man et www.facebook.com/FirstMan.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ A partir des archives sonores du procès des dirigeants de l’ANC en 1963-64, les auteurs ont construit un édifice commémoratif qui raconte leur défense et leur condamnation.
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« Le Procès contre Mandela et les autres » : des voix du passé contre le souvenir de l’apartheid

A partir des archives sonores du procès des dirigeants de l’ANC en 1963-64, les auteurs ont construit un édifice commémoratif qui raconte leur défense et leur condamnation.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 07h34
 • Mis à jour le
18.10.2018 à 12h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
L’arrestation, en juillet 1963, d’une grande partie de la direction du Congrès national africain (ANC) conduisit au procès de Rivonia, organisé de l’automne de la même année à juin 1964. Aux côtés de Nelson Mandela, huit dirigeants de l’ANC durent répondre d’une accusation de terrorisme devant un tribunal du régime d’apartheid. Les débats furent enregistrés et c’est de cette matière sonore qu’est né ce film hétérogène.
Ce procès dont le seul enjeu était le maintien en vie ou non des accusés – leur condamnation ne faisait aucun doute – a déjà été relaté maintes fois, entre autres dans l’autobiographie de Nelson Mandela et dans son adaptation au cinéma. Les voix des accusés, du procureur Yutar, immigré juif estonien coopté par les Afrikaners, des avocats, sont illustrées par des séquences animées, en noir et blanc, à l’imagerie très littérale.
Instruire les jeunes générations
Les auteurs y ont ajouté des images d’archives et des entretiens avec les survivants du procès (accusés, défenseurs, compagnes – dont Winnie Mandela) qui écoutent ces documents et les commentent. Ces survivants sont très âgés (certains d’entre eux, comme Ahmed Kathrada ou Winnie Mandela, sont morts peu de temps après avoir été filmés) et l’on sent bien que ce n’est pas la première fois qu’ils racontent cette histoire.
Si bien que les questions qu’elle soulève – le bilan politique du virage de l’ANC vers la lutte armée, les répercussions de l’emprisonnement des dirigeants sur l’évolution du mouvement anti-apartheid – ne sont pas évoquées, pas plus que les contradictions du système sud-africain qui se réclamait de la démocratie occidentale (revendication qui a probablement sauvé la vie des neuf de Rivonia) tout en niant l’humanité de la majorité de sa population. Il s’agit ici d’instruire (voire d’édifier) les jeunes générations plus que de débattre ou de réfléchir.

Documentaire français de Nicolas Champeaux et Gilles Porte (1 h 43). Sur le Web : www.ufo-distribution.com/movie/the-state-against-mandela-and-the-others



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La réalisatrice Tereza Nvotova cherche à éviter les habituels clichés sur ce thème, mais son scénario est cousu de fil blanc.
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« Sans jamais le dire » : un « film à sujet » sur le viol

La réalisatrice Tereza Nvotova cherche à éviter les habituels clichés sur ce thème, mais son scénario est cousu de fil blanc.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 07h33
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
A 17 ans, Lena est une adolescente ordinaire dont la vie se partage entre sa famille, le lycée et les soirées avec sa meilleure amie. Un soir, son professeur de mathématiques abuse d’elle lors d’un cours particulier. Le monde de Lena s’effondre : emmurée dans son silence, ayant perdu son insouciance, la jeune fille fait d’incessants allers-retours dans un hôpital psychiatrique pour adolescents et tente comme elle peut de surmonter son trauma.
Jeune actrice magnétique
Premier film de la jeune cinéaste slovaque Tereza Nvotova, Sans jamais le dire tente d’aborder frontalement le thème du viol et de renouveler le traitement du sujet en l’extirpant des habituels clichés qui l’entourent, notamment en prenant acte du fait que la plupart des viols sont commis par des personnes qui font partie de l’entourage de la victime.
Bien que pourvu d’intentions louables et d’une jeune actrice magnétique (Dominika Moravkova), Sans jamais le dire s’enferme finalement dans le genre du « film à sujet » dont le scénario est cousu de fil blanc.

Film slovaque et tchèque de Tereza Nvotova. Avec Dominika Moravkova, Anna Rakovska, Robert Jakab (1 h 28). Sur le Web : www.facebook.com/sansjamaisledire et www.spina.film/en



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le réalisateur Shane Black ressuscite l’extraterrestre chasseur d’humains apparu en 1987.
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« The Predator » : vent de folie dans la chasse aux aliens

Le réalisateur Shane Black ressuscite l’extraterrestre chasseur d’humains apparu en 1987.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 07h32
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Cette suite d’une franchise apparue en 1987 sous la caméra de John McTiernan est signée de Shane Black. Celui-ci fut le talentueux scénariste et dialoguiste de quelques films d’action plutôt réussis des années 1980 et 1990 (L’Arme fatale, Le Dernier Samaritain). Il est remarqué, en 2005, avec son premier long-métrage, Kiss Kiss Bang Bang, hommage enlevé et inventif au roman noir de la grande époque. L’échec commercial du film le renvoya à la réalisation de blockbusters (Iron Man 3), où il continua d’exceller dans la rédaction de dialogues cinglants et vachards, à l’intérieur d’une forme, il faut le dire, extrêmement contrainte.
On pouvait espérer un peu plus de cette résurrection de l’extraterrestre chasseur d’humains, dans la mesure où le premier titre de la série (Predator, de John McTiernan) avait été, plus qu’une heureuse surprise, l’un des grands films d’action de son temps. Le pari n’est pas vraiment tenu, même si cette nouvelle mouture se distingue d’une grande partie de la production hollywoodienne du même type.
Quinn McKenna, un tireur d’élite de l’armée américaine, est témoin de l’arrivée d’un vaisseau spatial et s’empare d’un certain nombre d’objets qu’il contient (un masque et un brassard), gadgets divers et armes létales servant à traquer les humains, passe-temps favoris de ces Nemrod de l’espace. McKenna est lui-même poursuivi par les hommes d’une agence secrète chargée de capturer ces monstres pour mieux les étudier.
Trouvailles de scénario
L’alien arrivé sur Terre est, enfin, lui-même la proie d’un autre monstre encore plus gigantesque encore. Cette surenchère de péripéties étouffe un peu un film qui n’échappe pas à une certaine confusion en voulant courir plusieurs lièvres à la fois : le film d’action, de super-héros, le film pour enfants avec la présence du jeune fils, à la fois autiste et surdoué, de McKenna.
Ce qui rend malgré tout consommable cette nouvelle variation tient à diverses trouvailles de scénario, comme celle qui consiste à inventer une troupe de militaires, partenaires du héros dans sa fuite et sa quête, tous victimes de syndromes post-traumatiques et échappés d’un hôpital psychiatrique. En donnant le rôle central à des personnages au comportement parfois irrationnel, Shane Black décale un récit qui, sinon, croulerait sous la banalité. Dialogues percutants et hilarants, violence rigolarde et gaguesque, caractérisent une œuvre visiblement consciente de ses limites et sauve The Predator du conformisme inhérent à ce type de productions.

Film américain de Shane Black. Avec Boyd Holbrook, Trevante Rhodes, Olivia Munn (1 h 47). Sur le Web : www.foxfrance.com/thepredator et www.foxmovies.com/movies/the-predator



                            


                        

                        


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DVD : la beauté âpre des « Dames du bois de Boulogne »

Le film de Robert Bresson, réalisé en 1945 et adapté de Denis Diderot, ressort en version restaurée.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 07h30
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


Le souvenir encore frais de Mademoiselle de Joncquières, d’Emmanuel Mouret, sorti en septembre et adapté d’un épisode de Jacques le fataliste, de Denis Diderot, donne envie de revoir son illustre prédécesseur dans l’histoire de la cinéphilie, inspiré du même livre et du même épisode : Les Dames du bois de Boulogne (1945), de Robert Bresson. Heureux hasard, le film ressort ces jours-ci en DVD et Blu-ray.
La légende qui l’entoure – haine avouée de l’actrice Maria Casarès pour le jansénisme de Bresson, répudiation par l’auteur de son propre film… – ne devrait pas empêcher d’en redécouvrir les immenses qualités. Deuxième long-métrage de l’auteur après Les Anges du péché (1943) – qui était déjà une histoire de sacrifice et de rédemption –, le film se révèle d’une beauté âpre, concise, nocturne, oppressante.
Le film de Bresson est une histoire de sacrifice et de rédemption
Hélène (Maria Casarès) feint le désamour pour Jean (Paul Bernard), bellâtre romantique avec lequel elle poursuit une liaison depuis deux ans, pour qu’il lui avoue le sien. L’homme tombe dans le piège, la machine infernale de la vengeance se met en place. Hélène va trouver au cabaret une ex-connaissance (Lucienne Bogaert) tombée dans le ruisseau, dont la fille, Agnès (Elina Labourdette), se prostitue pour survivre avec sa mère. De ce couple aux abois sorti par ses soins de la fange, elle fait l’instrument d’une machination destinée à rendre Jean fou amoureux d’Agnès, présentée comme une jeune femme à la morale très stricte, et à la lui faire épouser avant de lui révéler qu’elle est « une grue ».
Drame contemporain en noir et blanc
De la pièce d’époque de Diderot, Bresson a fait un drame contemporain en noir et blanc, dialogué par Jean Cocteau. Une histoire acérée comme une flèche qui conduit des ténèbres de la déchéance et du mal au retournement, inattendu et insensé, de la rédemption. Tel est le propos de Bresson, auquel sa mise en scène donne corps à travers les magnifiques jeux de lumière qui enveloppent les personnages et les matières sonores qui ensevelissent leurs dialogues.
Loin du train et de la vivacité de Mademoiselle de Joncquières, qui s’attache à faire briller la langue et à sauver chaque personnage, Bresson, en cela plus éloigné du roman échevelé de Diderot, aura donc pris un parti plus tranché, confinant à l’épure, qui fait de l’ombrageuse Maria Casarès une figure funeste et d’Elina Labourdette une pure incarnation de la grâce.
Le film n’en sera pas moins un échec à sa sortie, sans que l’appareil critique ajouté à ce coffret ne nous permette d’en comprendre les raisons. On y trouve notamment la réédition du livre (Autour des Dames du bois de Boulogne, journal d’un film) consacré au tournage par l’écrivain Paul Guth. C’est pour le moins une curiosité que ce descriptif purement factuel, saturé pour faire bonne mesure d’effets de style. Un ouvrage d’autant plus frustrant que strictement rien de ce qu’on en attend ne s’y trouve.



Film français de Robert Bresson (1945). Avec Paul Bernard, Maria Casarès, Elina Labourdette (1 h 30). TF1 Studio/Les Acacias. Sur le Web : www.acaciasfilms.com/film/les-dames-du-bois-de-boulogne



                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 16/10/2018
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Des bas-fonds à la Lune : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, « La Matinale du Monde » propose ses coups de cœur à voir sur grand écran.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 06h17
 • Mis à jour le
17.10.2018 à 07h51
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
La semaine s’annonce grave et sombre dans les salles obscures, avec The House That Jack Built, l’autoportrait d’un psychopathe par Lars von Trier, le lunaire First Man de Damien Chazelle et le bouleversant Capharnaüm de Nadine Labaki. Plus léger, Alain Cavalier sort six moyens-métrages tournés en vidéo, qui documentent des décennies d’expérimentation et d’introspection cinématographique. Enfin, le Festival Lumière à Lyon propose jusqu’au 21 octobre des centaines de séances autour de grands noms du cinéma. Moteur !
« The House That Jack Built » : autoportrait psychopathe

Il y a, dans le nouveau Lars von Trier, trois motifs qui risquent de heurter la sensibilité contemporaine : le statut des femmes du film, toutes victimes et « stupides », une scène de brutalité dont sont victimes des enfants, enfin l’évocation du nazisme et de ses réalisations techniques et architecturales à des fins de démonstration. Il serait vain et fallacieux de considérer ces audaces comme relevant du simple souci de provocation. Car ce qui se dégage de ce qu’il faut davantage considérer comme un essai cinématographique que comme une comédie macabre ou un film d’horreur, c’est la volonté de passer en revue ce qui fonderait une définition du Mal et les conditions de sa représentation.
Jack (éblouissant Matt Dillon) est un tueur en série commentant placidement ses meurtres, à la recherche d’un sens auquel cherche à répondre son interlocuteur, un certain Verge (Bruno Ganz). Construit en chapitres baptisés « incidents », le film détaille différents moments, qui sont autant d’assassinats commis par le personnage principal. Le serial killer est aujourd’hui la figure épuisée d’un cinéma que ce film s’amuse à déconstruire, entre effroi et éclat de rire. The House That Jack Built  pose, avec humour, la question de l’art, de ses finalités et des conditions même de son existence. Jean-François Rauger
« The House That Jack Built », film danois de Lars von Trier. Avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman (2 h 35).
« First Man » : l’échappée lunaire de Neil Armstrong

En 2016, avec La La Land, Damien Chazelle ressuscitait la comédie musicale, pour prendre acte de l’impossibilité à le faire aujourd’hui, en racontant l’échec et la séparation d’un couple d’artistes. Avec First Man, biopic de Neil Armstrong, le cinéaste relance cette fois le film d’exploration spatiale, dans la lignée d’œuvres comme L’Etoffe des héros (1983), de Philip Kaufman, ou Space Cowboys (2000), de Clint Eastwood.
A l’ère du tout-numérique, l’attention rétrospective de Chazelle pour l’ingénierie encore tâtonnante des années 1960 désigne un parti pris « millésimé » qui s’exprime sur pellicule (en 16, 35 et 70 mm), dont le mérite est de restituer la patine visuelle de l’époque.
First Man raconte donc l’épopée de Neil Armstrong (Ryan Gosling) et du programme Apollo, entre 1961 et le 21 juillet 1969, sous l’angle d’une perte inaugurale qui imprègne tout le reste du film : celle de Karen, la fille de l’astronaute, morte à l’âge de 2 ans d’une tumeur au cerveau. On connaît le goût de Chazelle pour les personnages qui sacrifient tout à leur réussite professionnelle. Son Neil Armstrong est de ceux-ci.
S’attache pourtant à lui une dimension funèbre qui infléchit le récit biographique attendu en un mélodrame et une réelle émotion. Chazelle assimile le programme Apollo à un travail de deuil perpétuel qui ne s’arrête pas à la perte d’un enfant, mais qui s’étend à ses coéquipiers disparus en chemin, ainsi qu’à une vie domestique mort-née. En interprétant ce personnage spectral, Gosling trouve sans doute l’un de ses meilleurs rôles. Mathieu Macheret
« First Man », film américain de Damien Chazelle. Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Corey Stoll, Lukas Haas, Kyle Chandler (2 h 18).
« Capharnaüm » : dans les bas-fonds de Beyrouth

On ne reconnaîtra qu’un visage, celui de la réalisatrice, Nadine Labaki ; les autres, on ne les a jamais vus, à moins de connaître les quartiers les plus pauvres de Beyrouth. Labaki tient aussi le rôle de l’avocate qui défend Zain, un garçon d’une douzaine d’années, dans le procès qui l’oppose à ses parents, à qui il reproche de l’avoir mis au monde.
A rebours de ce que font nombre de ses pairs cinéastes-acteurs, la réalisatrice ne s’est pas réservée la part du lion, et les séquences de prétoire n’offriront que de brèves accalmies dans le torrent qui emporte Capharnaüm. Rien, dans ce troisième long-métrage la Libanaise, n’est attendu : sa violence, son style quasi documentaire, sa force romanesque prennent au dépourvu avant d’emporter la conviction.
Capharnaüm met en scène le désordre qui régit leur existence : les parents vendent leurs enfants, les hommes achètent les femmes, les moins faibles font souffrir les plus faibles en vertu de la loi d’airain qui surgit du fossé infranchissable séparant ceux qui n’ont rien des autres. Du mauvais côté de ce fossé, Zain (Zain Al-Rafeea) a suivi un chemin tortueux jusqu’à la prison d’où il lance la plainte contre ses parents, itinéraire que le film retrace en une série de retours en arrière.
Il y a quelque chose du regard des romanciers du XIXe siècle dans la manière dont Nadine Labaki met en scène le dénuement et ses effets sur l’humanité de ceux qu’il frappe, la même volonté de les rendre au genre humain par le biais de la fiction, qui se cristallise ici à travers le procès. Thomas Sotinel
« Capharnaüm », film libanais de Nadine Labaki, avec Nadine Labaki, Zain Al-Rafeea, Yordanos Shiferaw, Boluwatife Treasure Bankole, Kawthar Al-Haddad (2 heures).
« Six portraits XL » : le journal intime d’Alain Cavalier

A la fin des années 1960, Alain Cavalier tournait des fictions « classiques » (Mise à sac en 1967, La Chamade en 1968), avec des stars et des moyens, avant qu’une violente crise artistique et existentielle ne l’entraîne sur la voie d’un dépouillement radical. Depuis Ce répondeur ne prend pas de message (1979), le cinéaste s’est rabattu sur l’outil vidéo, avec ses caméras domestiques de plus en plus petites, et s’est mis à filmer seul, son œuvre, prenant le tour d’un journal intime en continu.
Les six portraits présentés ici, appariés en trois programmes distincts, sont les fruits de ce « diarisme » documentaire. Souvent tournés sur plus d’une décennie, ils mélangent le charme de l’instantané au temps long de la relation poursuivie qui unit le « filmeur » à ses personnages. Cavalier s’y attache à des figures très diverses, anonymes ou publiques, laborieuses ou vacantes, intempestives ou secrètes, masculines ou féminines, dont il observe à travers les semaines ou les années la permanence ou le changement.
La beauté de ces moyens-métrages (chacun dure cinquante minutes) tient d’abord à la proximité qu’Alain Cavalier établit avec chacun de ses personnages, déposant sur eux un regard amoureux et émerveillé qui n’empêche pas la lucidité, ni même parfois une certaine forme de cruauté. Ma. Mt.
« Six portraits XL », documentaires français d’Alain Cavalier. « 1. Léon et Guillaume » (1 h 44). « 2. Jacquotte et Daniel » (1 h 41). « 3. Philippe et Bernard » (1 h 43).
La 10e édition du Festival Lumière, à Lyon

   


Pour sa 10e édition, le Festival Lumière de Lyon fêtera le cinéma, jusqu’au 21 octobre, à travers plusieurs centaines de séances réparties dans toute l’agglomération lyonnaise. Et en présence de nombreux invités prestigieux, tels que Liv Ullmann, Javier Bardem, Claude Lelouch, Peter Bogdanovitch, Alfonso Cuaron, Françoise Arnoul, Claire Denis.
Ouvert au public, le rendez-vous célèbrera cette année le cinquantenaire du film de Stanley Kubrick, 2001 : l’Odyssée de l’espace, les 15 ans de Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana. Une nuit « Seigneurs des anneaux » sera aussi proposée avec les trois films de Peter Jackson en versions longues et des documents rares.
Rétrospectives (Henri Decoin, Muriel Box…), hommages (à Liv Ullmann, Max Linder…), expositions photos, masterclass et remise du prix Lumière, à Jane Fonda, pour l’ensemble de sa carrière de cinéma, sont également inscrits au programme.
Festival Lumière 2018, du 13 au 21 octobre, à Lyon.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 17 octobre)
The House That Jack Built, film danois, français, suédois et allemand de Lars von Trier (chef-d’œuvre)Six portraits XL, documentaire français d’Alain Cavalier (à ne pas manquer)Capharnaüm, film libanais, français et américain de Nadine Labaki (à voir)First Man, le premier homme sur la Lune, film américain de Damien Chazelle (à voir)Le Jeu, film français de Fred Cavayé (à voir)Le Procès contre Mandela et les autres, documentaire français de Nicolas Champeaux et Gilles Porte (pourquoi pas)Sans jamais le dire, film slovaque et tchèque de Tereza Nvotova (pourquoi pas)The Predator, film américain de Shane Black (pourquoi pas)Wine Calling, documentaire français de Bruno Sauvard (pourquoi pas)Le Flic de Belleville, film français de Rachid Bouchareb (on peut éviter)
A l’affiche également :
La Grande Aventure de Non-Non, film d’animation français de Matthieu AuvrayJe suis resté dans les bois, film belge de Vincent Solheid, Erika Sainte et Michaël BierYéti & compagnie, film d’animation américain de Karey Kirkpatrick et Jason A. Reisig





                            


                        

                        


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Cinéma : la « nouvelle vague » libanaise 
                  
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LE MONDE
 |
                  16.10.2018 à 15h28


Dans le sillage de réalisateurs reconnus comme Nadine Labaki pour « Capharnaüm », Prix du jury à Cannes, le cinéma d’auteur libanais renaît. Des talents le plus souvent contraints de s’exiler, pour trouver des financements et échapper à la censure.

               



                     
C’est un gigantesque et étrange objet qui, depuis plus de quarante ans, résiste à tous les outrages, la guerre comme la spéculation immobilière. À quelques pas du centre-ville, dans cet ancien point névralgique de Beyrouth devenu un patchwork plutôt fade de bâtiments rénovés, de boutiques de luxe rutilantes mais désertes et d’un centre commercial massif, la carcasse du Dôme se dresse avec arrogance et mélancolie.

Cette silhouette de baleine échouée aurait dû être un cinéma, la plus grande et la plus moderne salle du bassin méditerranéen, à l’image du septième art libanais qui affichait, au début des années 1970, une éclatante prospérité. Mélodrames populaires et comédies musicales en langue arabe remplissaient alors les salles, aux côtés des productions américaines et européennes, faisant du Liban le premier territoire du Moyen-Orient en termes de fréquentation cinématographique.
Des retournements politiques et économiques permanents
La guerre civile, en 1975, a interrompu le chantier du Dôme, devenant, au gré des combats, un refuge ou un bunker improvisé pour l’armée, les milices de tous bords et les casques bleus. Depuis, il a été question dix fois de démolir ce souvenir encombrant mais, grâce à la mobilisation d’associations et surtout par des retournements de situation économique ou politique dont le Liban est le théâtre permanent, ses flancs criblés d’impacts de balles continuent à narguer le nouveau Beyrouth d’acier et de verre.
À l’ombre de cette imposante métaphore des contradictions du pays, un cinéma libanais d’auteur a miraculeusement survécu. Longtemps, il a été porté par une poignée de cinéastes parmi lesquels Georges Nasser, dont le premier long-métrage, Vers l’inconnu ?, avait été sélectionné à Cannes en 1957.
Plus tard, quand le temps des hostilités a pris fin, d’autres sont apparus sur la scène internationale, comme Danielle Arbid, les inséparables Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Ziad...





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Lars von Trier, fidèle à son style sombre, raconte l’histoire de Jack, un tueur en série.
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« The House That Jack Built » : portrait de l’artiste en psychopathe

Lars von Trier, fidèle à son style sombre, raconte l’histoire de Jack, un tueur en série.



LE MONDE
 |    16.10.2018 à 10h04
 • Mis à jour le
18.10.2018 à 08h44
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – chef d’œuvre
Il y a, dans le nouveau film de Lars von Trier, trois motifs dont on pourrait dire, non pas qu’ils brisent forcément des tabous (après tout, il n’y a pas de tabous objectifs, mais uniquement ceux que la société considère comme tels) mais qu’ils risquent de heurter une sensibilité commune et contemporaine : le statut des personnages féminins du film, tous victimes et « stupides », comme le soulignera un dialogue, susceptible de favoriser une accusation de misogynie, une scène de brutalité dont sont victimes des enfants, enfin, l’évocation du nazisme et de ses réalisations techniques et architecturales à des fins de démonstration.

        Lire la rencontre :
         

          Lars von Trier, aux racines du mal



Il serait vain et fallacieux pourtant de considérer ces audaces comme relevant du simple souci de provocation d’un artiste poussant le bouchon un peu loin, par jeu ou par inconscience. Car ce qui se dégage de ce qu’il faut davantage considérer comme un essai cinématographique que comme une comédie macabre ou un film d’horreur apocalyptique, c’est la volonté de passer en revue ce qui fonderait une définition du Mal et les conditions de sa représentation. Subséquemment, ainsi s’agit-il d’énoncer peut-être une réflexion sur le rôle et la place de toute morale dans une activité humaine particulière, celle de l’art. Il fallait sans doute, pour cela, un remède de choc, le refus de toute demi-mesure au profit d’une rhétorique abrupte volontiers dérangeante.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « The House That Jack Built », le cauchemar meurtrier de Lars von Trier



Le film s’engendre sous la forme d’un dialogue en voix off, une conversation entre un nommé Jack (éblouissant Matt Dillon) et un certain Verge (Bruno Ganz), en fait la résurrection du Virgile qui guida Dante à travers les cercles de l’enfer dans La Divine Comédie. Jack est un tueur en série commentant placidement ses meurtres, à la recherche d’un sens qu’il ne trouve peut-être pas et à quoi cherche à répondre son interlocuteur, image du questionnement sceptique et rationnel.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Matt Dillon, star à éclipses



Construit en chapitres baptisés « Incidents », le film de Lars von Trier détaille différents moments, qui sont autant d’assassinats commis par le personnage principal et saisis dans leur prélude et leurs suites immédiates.
Le personnage du tueur en série est une créature récurrente et banale, voire dérisoire, à force d’avoir été utilisée par un certain cinéma d’épouvante
Le personnage du tueur en série est une créature récurrente et banale, voire dérisoire, à force d’avoir été utilisée par un certain cinéma d’épouvante. Croque-mitaine cinématographique, mais révélateur aussi d’une certaine absurdité de l’existence (il est l’incarnation même du hasard fatal), le serial killer est aujourd’hui la figure épuisée d’un cinéma que le film de Lars von Trier s’amuse à déconstruire, entre effroi et éclat de rire.
Chaque meurtre dévoile à la fois la nature veule ou idiote des victimes elles-mêmes (la première est particulièrement agaçante, la seconde laisse entrer l’assassin parce qu’elle est guidée par l’appât du gain, etc.) et le labeur d’un petit travailleur de la mort particulièrement névrosé tout autant que psychotique qui va monter, méticuleusement, des installations macabres et grotesques avec les cadavres de ses victimes.
Un alchimiste médiéval
Mais la psychologie s’épuiserait à expliquer ce qui va se muer en grand dessein, celui de transformer les taches mortuaires du tueur en œuvres d’art. Les corps des assassinés deviennent les pièces d’un projet artistique bâti sur la mort et la destruction elles-mêmes. L’allégorie qui se dévoile désormais sous les yeux du spectateur pose, avec humour, la question de l’art, de ses finalités et des conditions même de son existence. La vision du cinéaste est sans doute moins immorale qu’amorale, et The House That Jack Built constate les limites de l’entendement rationnel et des prescriptions éthiques communes pour saisir l’irréductibilité de l’activité esthétique.
Cette conception de l’art pour l’art, ou plus exactement de l’art sans entraves, renvoie sans doute à ce refus de la modernité qui caractérise le cinéma de Lars von Trier depuis longtemps. C’est, notamment, dans le paradoxe qui consiste à regarder avec un détachement candide et scandaleux à la fois les horreurs de l’Histoire que se situe la vérité d’un chef-d’œuvre unique et exaltant.
Après sa trilogie « féminine » (Antichrist, Melancholia, Nymphomaniac), le cinéaste continue de s’affirmer comme un alchimiste médiéval, un artiste scrutant les abymes d’un monde originaire pour y retrouver l’élan pulsionnel, la formule secrète, entre kitsch et sublime, entre humour et romantisme noir, qui donnerait la clé tout à la fois d’une explication de l’Univers et de ses lois mystérieuses, ainsi que de la possibilité de sa transposition symbolique.

Film danois, français, suédois et allemand de Lars Von Trier. Avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman (2 h 35). Sur le Web : www.filmsdulosange.fr/fr/film/248/the-house-that-jack-built, fr-fr.facebook.com/TheHouseThatJackBuiltByLarsVonTrier et zentropa.dk/en/portfolio-item/the-house-that-jack-built

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 17 octobre)
The House That Jack Built, film danois, français, suédois et allemand de Lars von Trier (chef-d’œuvre)Six portraits XL, documentaire français d’Alain Cavalier (à ne pas manquer)Capharnaüm, film libanais, français et américain de Nadine Labaki (à voir)First Man, le premier homme sur la Lune, film américain de Damien Chazelle (à voir)Le Jeu, film français de Fred Cavayé (à voir)Le Procès contre Mandela et les autres, documentaire français de Nicolas Champeaux et Gilles Porte (pourquoi pas)Sans jamais le dire, film slovaque et tchèque de Tereza Nvotova (pourquoi pas)The Predator, film américain de Shane Black (pourquoi pas)Wine Calling, documentaire français de Bruno Sauvard (pourquoi pas)Le Flic de Belleville, film français de Rachid Bouchareb (on peut éviter)
A l’affiche également :
La Grande Aventure de Non-Non, film d’animation français de Matthieu AuvrayJe suis resté dans les bois, film belge de Vincent Solheid, Erika Sainte et Michaël BierYéti & compagnie, film d’animation américain de Karey Kirkpatrick et Jason A. Reisig





                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 15/10/2018
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Lars von Trier, aux racines du mal

« Le Monde » est allé à Copenhague dans la maison du réalisateur alors que son dernier film, l’horrifique « The House That Jack Built », est en salles.



LE MONDE
 |    16.10.2018 à 03h30
 • Mis à jour le
19.10.2018 à 15h00
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

L’architecte danois Bjarke ­Ingels, fameux pour tordre les dogmes de sa profession, expose au Kunsthal Charlottenborg, un musée d’art contemporain de ­Copenhague, sa collaboration avec son compatriote Lars von Trier, cinéaste non moins doué et roué.
Ensemble, ils ont bâti une maison à partir d’un matériau des plus macabres : une pile de cadavres – en réalité, des mannequins de silicone grimés. Avant d’être exposé, l’édifice a servi de décor pour The House That Jack Built, le nouveau film de von Trier, présenté hors compétition à Cannes. C’était le grand retour du réalisateur sur la Croisette sept ans après en avoir été tenu à l’écart en raison de propos lors d’une conférence de presse où il déclara notamment « comprendre Hitler ».

En salle mercredi 17 octobre, The House That Jack Built raconte l’histoire d’un architecte médiocre, sexiste et néonazi qui, incapable de dessiner sa propre maison, finit par en construire une avec les dépouilles de ses victimes – l’homme est tueur en série à ses heures.

Lars von Trier habite dans une maison autrement chaleureuse, au nord de Copenhague. Depuis sa naissance, il y a 62 ans, il n’a jamais quitté cette banlieue aisée et boisée. Mobilier clair, canapé épais, lumières douces ; un gâteau achève de nous souhaiter la bienvenue. Les Danois ont un ­adjectif – « hyggelig » – pour décrire ces intérieurs qui respirent le confort et le bien-être. « Ici, ce n’est pas très “hyggelig”, corrige le cinéaste. Ce n’est pas assez petit, et il n’y a pas de bougies. » Quid de ces chandelles, dans les recoins ? « Ah oui…, admet-il, rigolard. C’est la marque d’une présence féminine. Les femmes aiment les bougies ; moi pas. »
Terrain glissant
Un nounours, échappé des décors de Diretkor (2006), lorgne des livres de Stephen King et Somerset Maugham, posés sur la table basse : « Mon petit-fils joue avec… »
Cheveu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Le braqueur multirécidiviste en cavale, arrêté le 3 octobre, avait affirmé s’être lui-même inspiré d’Hollywood pour ses braquages.
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Un film sur le braqueur Redoine Faïd en préparation aux Etats-Unis

Le braqueur multirécidiviste en cavale, arrêté le 3 octobre, avait affirmé s’être lui-même inspiré d’Hollywood pour ses braquages.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 22h44
   





                        



   


La vie du braqueur multirécidiviste Redoine Faïd et ses évasions spectaculaires en France vont être prochainement adaptées au cinéma, selon les informations du magazine américain Variety, publié le 10 octobre. Des producteurs américains ont demandé au réalisateur français Pierre Morel, habitué des films d’action (Banlieue 13, Taken, Peppermint ), de prendre les commandes du projet.
« Ce thriller policier, dont le titre n’est pas encore connu, va retracer les authentiques tribulations et évasions du charismatique criminel Redoine Faïd », a annoncé la division « divertissement » du groupe Condé Nast (Vogue, Vanity Fair, GQ, etc.) qui va coproduire le fim avec Sentient Entertainment.
L’homme le plus recherché de France avait été condamné en avril à vingt-cinq ans de prison pour son rôle d’organisateur d’un braquage raté en 2010 au cours duquel une policière municipale avait été tuée.
Aidé par un commando armé qui avait pris en otage un pilote d’hélicoptère, Redoine Faïd s’était évadé de la prison de Réau, près de Paris, le 1er juillet. Sa fuite s’est achevée le 3 octobre à Creil, la ville où il a grandi et où il se cachait des policiers lancés à ses trousses.

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Braqueur cinéphile
L’intérêt des studios américains pour Redoine Faïd, qui vient d’être incarcéré dans le nord de la France après trois mois de cavale sous une burqa, tient de la mise en abyme : il a affirmé s’être lui-même inspiré d’Hollywood pour ses braquages et a comparé le stress ressenti avant les attaques de fourgon au trac des acteurs.

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Dans son livre autobiographique, Redoine Faïd, 46 ans, expliquait avoir visionné des dizaines de fois le film Heat, de Michael Mann, dans lequel un policier incarné par Al Pacino pourchasse sans relâche un braqueur que joue Robert De Niro.
« Vous avez été mon conseiller technique », avait-il même lancé en 2009, alors qu’il venait de sortir de prison, au réalisateur américain, interloqué, à la Cinémathèque de Paris. Il avait expliqué que le film lui avait servi de modèle pour sa série d’attaques de fourgon blindé.



                            


                        

                        

