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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Avec « Le Cœur blanc », l’écrivaine livre le roman des saisonniers agricoles. Pour Mounia et Rosalinde, épuisement, ivresse et désir se mêlent – jusqu’au tragique.
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Catherine Poulain récolte les fruits amers

Avec « Le Cœur blanc », l’écrivaine livre le roman des saisonniers agricoles. Pour Mounia et Rosalinde, épuisement, ivresse et désir se mêlent – jusqu’au tragique.



LE MONDE DES LIVRES
 |    17.10.2018 à 16h00
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Le Cœur blanc, de Catherine Poulain, L’Olivier, 256 p., 18,50 €.

C’est un phénomène éprouvé par tous, une ou plusieurs fois par an, qu’on peine pourtant à exprimer à haute voix : le sentiment inouï d’intimité qu’un livre parfois suscite, l’évidence d’un tête-à-tête se conjuguant à la conviction que d’autres l’éprouveront pareillement. Le Cœur blanc, de Catherine Poulain, produit cet effet-là. Par son style incandescent et par son sujet. Il parle du corps, celui des saisonniers employés dans les vergers et les champs de Provence, de leurs histoires inscrites dans leur chair. Les sensations affleurent – épuisement, ivresse, désir – tandis que se démène une « créature aux reins brûlants ». « Je n’aime que cette course, dit-elle, cette lutte des corps, la morsure… La seule chose qui me fait me sentir vivante, c’est ma peau et celle de l’autre. Et l’instinct, celui qui nous fait sortir de nous-mêmes. » Voilà ce que confie Rosalinde, femme libre et solitaire. « Le chant glacé et mélodieux de la rivière, sa peur, le poids terrible d’une attente folle entre les remparts des montagnes qui la cernent, mais quelle attente cette épée qu’elle pressent toujours, suspendue dans la nuit des arbres qui l’écrase – sur son cœur blanc, sa tête rousse de gibier des bois. Oh que tout éclate enfin pour que tout s’arrête. »
Un livre foncièrement politique
Pour élégiaque et peau à peau qu’il soit, le deuxième récit de Catherine Poulain, après Le Grand Marin (L’Olivier, 2016) – lui aussi, tout à la joie et à la peine –, est un livre foncièrement politique, en ce sens qu’il porte sur le travail, ses conditions d’exercice, les gestes techniques qu’il exige, les accidents qu’il occasionne, la dépense physique qui en découle. Que le mot « politique » n’effraie pas. Il ne figure pas dans le texte. Juste les aboiements des contremaîtres – « feignants », « enculés »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’auteur du « Lièvre de Vatanen » est décédé le 15 octobre à Espoo, en Finlande. Il avait 76 ans.
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Mort d’Arto Paasilinna, auteur burlesque et amoureux du Grand Nord

L’auteur du « Lièvre de Vatanen » est décédé le 15 octobre à Espoo, en Finlande. Il avait 76 ans.



LE MONDE
 |    17.10.2018 à 11h27
 • Mis à jour le
17.10.2018 à 12h53
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Il était l’un des écrivains contemporains finlandais les plus connus et les plus exportés dans le monde. Auteur de 35 romans traduits en presque autant de langues, Arto Paasilinna est mort à Espoo, dans son pays natal, lundi 15 octobre. Il était âgé de 76 ans.
C’est avec Le Lièvre de Vatanen, son troisième roman (Denoël, 1989), que ce romancier burlesque et pince-sans-rire s’était fait remarquer en France, il y a presque trente ans. Ce Lièvre – qu’il avait « lâché » quatorze ans plus tôt dans les forêts de bouleaux : le livre était sorti en Finlande en 1975 – avait la vivacité bondissante de son héros, Vatanen, journaliste à Helsinki et quadragénaire « marié, trompé, déçu, avec un début d’ulcère à l’estomac », mais une capacité hors pair à se réinventer. Un jour, un peu comme Alice à la poursuite du lapin blanc, l’infortuné Vatanen avait décidé de laisser derrière lui femme, travail et civilisation pour se lancer sur les traces d’un lièvre blessé, dans une course symbolique vers le cercle polaire. Se moquant des convenances et de l’incompréhension des autres, Vatanen, en faux candide, en profitait pour interroger très ironiquement tout ce qui l’entourait – politique, information, religion, mode de vie… –, recherchait un art de cultiver son jardin dans les silences infinis du Grand Nord et trouvait un nouvel élan dans l’intimité réconfortante d’une nature encore intacte.
Garçon des forêts
Etait-ce sa teneur philosophique ? Son « humour écologique » ? Sa façon de célébrer joyeusement des valeurs ancestrales ? Dès sa sortie, ce conte picaresque, précurseur pour son époque, avait fait mouche. En Finlande – plus d’une centaine de milliers d’exemplaires vendus dans un pays ne comptant que 5 millions d’habitants –, mais aussi à l’étranger. De son propre aveu, Paasilinna, pourtant, n’avait jamais eu la vocation de l’écriture. Né le 20 avril 1942 en Laponie – et plus exactement dans un camion alors que sa famille fuyait l’avancée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Son roman « Milkman », une exploration de la violence omniprésente durant la période des Troubles en Irlande du Nord, a séduit le jury britannique par sa singularité.
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L’écrivaine nord-irlandaise Anna Burns remporte le prestigieux Man Booker Prize

Son roman « Milkman », une exploration de la violence omniprésente durant la période des Troubles en Irlande du Nord, a séduit le jury britannique par sa singularité.



Le Monde.fr avec AFP
 |    17.10.2018 à 02h27
 • Mis à jour le
17.10.2018 à 08h14
   





                        



   


« Aucun d’entre nous n’a jamais rien lu de semblable [à Milkman] auparavant », a affirmé Kwame Anthony Appiah, président du jury 2018 du Man Booker Prize. Anna Burns est devenue mardi 16 octobre la première Nord-Irlandaise à remporter ce prestigieux prix littéraire décerné chaque année au meilleur ouvrage de fiction en langue anglaise. Le jury a qualifié de « totalement singulier » et de « très puissant » son roman Milkman, une exploration de la violence omniprésente durant la période des Troubles en Irlande du Nord.
Bien que se déroulant dans une ville anonyme, Milkman est indubitablement inspiré de l’expérience d’Anna Burns, née à Belfast en 1962 et qui a grandi pendant la période des Troubles, qui ensanglanta la province britannique pendant trois décennies.

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Ecrit à la première personne, d’une traite et sans paragraphe, ce qui peut en rendre la lecture aride, Milkman évoque la violence militaire mais aussi sociale au travers du regard d’une jeune fille de 18 ans, confrontée aux rumeurs. Non nommée, si ce n’est par le qualificatif de « sœur cadette », elle aime lire, et se plonge dans les livres, y compris dans la rue, s’isolant ainsi de la violence ambiante, jusqu’au jour où un homme bien plus âgé qu’elle et marié commence à la poursuivre de ses assiduités non désirées.
Une notoriété internationale
Pour le quotidien The Guardian, plus qu’à la violence d’Etat ou des paramilitaires, l’auteure s’attaque « aux forces plus insidieuses que sont l’oppression exercée par le tribalisme, le conformisme, la religion, le patriarcat, la vie dans une méfiance généralisée et la peur permanente ».
Anna Burns, qui vit aujourd’hui dans le Sussex, dans le sud de l’Angleterre, l’emporte devant cinq autres finalistes, dont la favorite des bookmakers, la jeune Britannique Daisy Johnson, 27 ans, sélectionnée pour Everything Under, qui évoque les souvenirs d’enfance de Gretel, qui vivait sur une péniche avec sa mère, avant que celle-ci ne l’abandonne, et l’Américain Richard Powers nommé pour son éco-roman The Overstory (L’Arbre-Monde pour sa traduction en français).

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Elle remporte une récompense de 50 000 livres (environ 56 500 euros) mais surtout une notoriété internationale immédiate qui devrait propulser les ventes de son roman. Bloomsbury, éditeur de l’Américain George Saunders, a vendu plus de 230 000 exemplaires de son livre Lincoln in the Bardo, lauréat en 2017, 70 % des ventes ayant été réalisées après la récompense.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’auteur du « Lièvre de Vatanen » était l’un des écrivains de langue finnoise les plus connus internationalement.
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L’écrivain finlandais Arto Paasilinna est mort

L’auteur du « Lièvre de Vatanen » était l’un des écrivains de langue finnoise les plus connus internationalement.



LE MONDE
 |    16.10.2018 à 14h59
   





                        



   


L’écrivain finlandais Arto Paasilinna, devenu célèbre dans le monde entier grâce à son roman désabusé Le Lièvre de Vatanen, est décédé lundi 15 octobre à l’âge de 76 ans, selon son éditeur.
Auteur de 35 œuvres traduites dans des dizaines de langues, cet ancien bûcheron reconverti au journalisme et à la littérature a vendu huit millions de livres en plus d’un demi-siècle de carrière.
Né le 20 avril 1942, il est mort « dans une maison de repos à Espoo », près de la capitale, Helsinki, a précisé son éditeur finlandais, WSOY, dans un communiqué.
Publié en France chez Gallimard, il était avec Mika Waltari et la romancière Sofi Oksanen (Purge), l’auteur de langue finnoise le plus connu à l’étranger.
Réjouissant tableau du genre humain
Ses récits tragi-comiques de la vie dans le Grand Nord content d’improbables aventures vécues par un géomètre sénile et son compagnon de voyage (La Cavale du géomètre), une vieille femme escroquée par son vaurien de neveu (La Douce Empoisonneuse) ou encore un journaliste désabusé qui adopte un jeune lièvre à la patte cassée (Le Lièvre de Vatanen).
Sous sa plume souvent décalée, suicide, vieillesse, désespoir ou morne quotidien participent d’un réjouissant tableau du genre humain. « En tant qu’écrivain, je veux exagérer les choses et il est plus facile de fouetter son propre peuple que d’aller fouetter chez les autres (...). Les humains en général sont un peu fous, d’une manière touchante, et les Finlandais plus encore, peut-être, que les autres », confiait-il dans un entretien à l’AFP en 2005.
« Paasilinna était particulièrement populaire en France, où il a été comparé au lauréat du prix Nobel [de littérature colombien] Gabriel García Márquez », a souligné son éditeur.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Les classiques étrangers réclament à chaque époque une lecture neuve. Etudes de cas, autour des nouvelles traductions d’Edgar Poe, Robert Louis Stevenson et Fenimore Cooper.
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Poe, Stevenson Cooper : retraduire, pour rester fidèle

Les classiques étrangers réclament à chaque époque une lecture neuve. Etudes de cas, autour des nouvelles traductions d’Edgar Poe, Robert Louis Stevenson et Fenimore Cooper.



LE MONDE
 |    16.10.2018 à 12h40
 • Mis à jour le
16.10.2018 à 16h23
    |

                            François Angelier (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Etrange mot que « traduire », qui, tout à la fois, dit la comparution devant un tribunal, renvoie à l’expression jouée d’un sentiment et définit une langue en mouvement. Une triple signification que le traducteur se doit d’assumer pleinement, se faisant tour à tour juge, comédien et linguiste. Acteur de la langue, il endosse une parole étrangère, l’habite, la hante, en effectue la traversée. Il fera acte de justice, maniantd’« intellectuelles balances aux plateaux d’argent » (Valéry Larbaud), quand il s’agira pour lui de rendre enfin leurs vrais visages à des textes malmenés, tailladés ou dévalués, voire méprisés.
Comme ce fut le cas, à dates récentes, pour les romans noirs américains qu’il a fallu « dépigalliser », si l’on peut dire : épurer d’un argot désuet, pour les rendre à la modernité de leur langue et à la complexité de leurs personnages. Mission menée à bien par Natalie Beunat et Pierre Bondil pour Dashiell Hammett (Gallimard, « Quarto », 2009), Cyril Laumonier pour Raymond Chandler (Gallimard, « Quarto », 2013), Jean-Paul Gratias pour Jim Thompson (Rivages) ou Jacques Mailhos pour Ross Macdonald ou James Crumley (Gallmeister). Situation égale avec le fantastique et l’anticipation : citons les traductions de H. P. Lovecraft signées David Camus (Mnémos) ou François Bon (Points) ; la reprise en main du 1984, d’Orwell, par Josée Kamoun (Gallimard, 2018).

Car toute traduction, synchrone à la langue d’une époque, se doit d’être, aux plans philologique et esthétique, périodiquement remise sur le métier, refondée. C’est à une semblable campagne que l’on assiste aujourd’hui pour l’univers des classiques anglo-saxons. Comme en témoignent les retraductions d’Edgar Allan Poe, Robert Louis Stevenson et James Fenimore Cooper qui, chacune, se confrontent à un problème différent.
Poe, reconsidéré
Avec Poe (1809-1849), c’est évidemment au modèle-obstacle de son grand « passeur », Charles Baudelaire (1821-1867), que se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa a conversé avec notre journaliste chargé du suivi de l’Amérique latine, Paulo Paranagua, samedi 6 octobre au Monde Festival.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ « Brèves réponses aux grandes questions de notre temps », recueil testamentaire du célèbre astrophysicien mort en mars, paraît mercredi en France.
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Article sélectionné dans La Matinale du 15/10/2018
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Sagesse posthume de Stephen Hawking

« Brèves réponses aux grandes questions de notre temps », recueil testamentaire du célèbre astrophysicien mort en mars, paraît mercredi en France.



LE MONDE DES LIVRES
 |    16.10.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
17.10.2018 à 11h36
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            
« Brèves réponses aux grandes questions de notre temps » (Brief Answers to the Big Questions), de Stephen Hawking, traduit de l’anglais par Tania de Loewe, Odile Jacob, 240 p., 19,90 €.

Quand, au début des années 1960, Stephen Hawking (1942-2018) apprend qu’il souffre de la maladie de Charcot, la médecine lui annonce une mort dans les années qui suivent. Si elle avait eu raison, le Britannique n’aurait pu explorer le monde troublant des trous noirs, il n’aurait pas écrit sa Brève histoire du temps (Flammarion, 1989), il ne serait pas devenu le scientifique le plus célèbre depuis Albert Einstein.
Mais la mort a eu la courtoisie d’attendre et, même après son rendez-vous avec elle, le 14 mars, Stephen Hawking continue de parler dans un ouvrage posthume qui paraît en anglais mardi 16 octobre et en français le 17.
Aucune interrogation ne lui semble insurmontable
Disons-le d’emblée, Brèves réponses aux grandes questions est un recueil de dix textes que le chercheur avait tirés de ses archives et il n’échappe pas aux travers du genre – chapitres inégaux, répétitions… Mais là n’est pas l’essentiel ; les testaments sont rarement bien écrits.
Avec l’assurance presque insolente qui le caractérisait, Stephen Hawking apporte ses réponses aux grandes, aux immenses questions qui ont traversé son travail de chercheur et de vulgarisateur pendant un demi-siècle : Dieu existe-t-il ? Comment l’Univers a-t-il commencé ? Peut-on prévoir l’avenir ou voyager dans le temps ?

Chacune de ces interrogations est en soi un Everest, mais aucune ne semblait insurmontable à celui qui, prisonnier d’un corps de chiffon, envoyait son cerveau explorer les confins du cosmos. C’est à ces voyages par la pensée que Stephen Hawking convie d’abord ses lecteurs.
En montrant par exemple que le Big Bang marque le commencement du temps, il explique que ce dernier n’est pas l’inexorable absolu des pendules,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ C’est à un exercice ambitieux que se prêtent les éditions Ki-oon avec la sortie des « Montagnes hallucinées ». Une adaptation de la longue nouvelle d’H.P. Lovecraft, maître américain de l’horreur.
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« Les Montagnes hallucinées », adaptation risquée et réussie de Lovecraft en manga

C’est à un exercice ambitieux que se prêtent les éditions Ki-oon avec la sortie des « Montagnes hallucinées ». Une adaptation de la longue nouvelle d’H.P. Lovecraft, maître américain de l’horreur.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 11h20
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Rares sont les auteurs qui, comme H. P. Lovecraft, ont réussi à imposer un univers, un style narratif et une mythologie aussi forte autour de leurs écrits. Même le nom de sa ville de naissance, Providence, ou de sa maison d’édition, Arkham House, dans le Rhode Island, distillent une poésie étrange pour qui a approché l’œuvre de l’auteur américain. Tout ce qui entoure Lovecraft, ses thèmes macabres autour du mythe de Cthulhu, ses inventions topographiques (Miskatonic, Innsmouth, Dunwich…) ou son Necronomicon irriguent encore le monde de l’horreur près d’un siècle après sa mort.
C’est donc à un exercice ambitieux que se prêtent les éditions Ki-oon avec la sortie des Montagnes hallucinées, adaptation de la longue nouvelle horrifique de Lovecraft. Dans un format médium couvert d’un faux cuir souple marron, l’ouvrage, qui s’éloigne des standards du manga tant par son style que par sa narration, s’attaque à un écrit iconique. Ce premier volume participe d’une série en deux tomes, elle-même intégrée à une collection plus vaste sur les « chefs-d’œuvre de Lovecraft ».

   


L’histoire de cette équipe scientifique qui découvre les traces d’une civilisation perdue au milieu des glaces polaires aura fait des émules, depuis The Thing jusqu’à Alien Vs Predator, en passant par les multiples occurrences mineures du cinéma fantastique. Assez récemment encore, ce même récit était la priorité du réalisateur Guillermo del Toro, avant un coup d’arrêt brutal de sa production.

   


Gou Tanabe est un auteur connu dans l’univers du seinen manga, avec une palette assez variée. Il a publié dès le milieu des années 2000 quelques séries courtes dont Kasane et Mr Nobody, qui ont confirmé sa réputation avec un dessin assez européen et très précis. Car il faut un certains sens du détail pour restituer parfaitement Les Montagnes hallucinées, nouvelle très descriptive et peu bavarde. Témoignage à la première personne de William Dyer, membre survivant de l’expédition polaire qui est au centre du récit, le dialogue est rarement utilisé dans la nouvelle. C’est d’ailleurs une caractéristique de l’écriture de Lovecraft. Cette difficulté stylistique est évacuée par Gou Tanabe, qui n’a pas hésité à interpréter les propos du narrateur de manière explicite en les faisant parler, une incarnation bienvenue pour la dynamique particulière du manga.

   


Fruit d’une époque complexe qui voit simultanément l’effet dévastateur de la crise de 1929 et des avancées technologiques sans précédent, le petit roman de Lovecraft est un peu anachronique dans une période qui est aussi le premier âge d’or de la science-fiction, entre 1930 et 1950. Il est d’ailleurs publié dans la jeune revue Astounding Stories en 1937 (l’année de la mort de Lovecraft), qui va devenir avec Amazing la plus populaire des revues de science-fiction à ce jour. C’est sans doute cette popularité éditoriale qui explique ce succès assez inattendu dans une époque ou la « hard tech SF » est en pleine ascension. Par nombre d’aspects, l’œuvre de Lovecraft est le dernier sursaut d’un genre « fantastique » détrôné par la SF, avec une dimension naturaliste et symboliste que restitue très bien le dessin noir et blanc, si proche de la gravure, de Gou Tanabe.

        Lire :
         

          Les premiers chapitres du manga « Les Montagnes hallucinées »




   


Les Montagnes hallucinées, de Gou Tanabe, tome I le 4 octobre 2018, éditions Ki-oon, 290 pages, 15 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ L’écrivain américain, 85 ans, est l’auteur d’un livre culte de 1971, « L’Homme-dé ». Et d’autres excellents romans parus depuis, jusqu’au joyeux « Invasion », aujourd’hui traduit.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Luke Rhinehart : « L’esprit de sérieux est une maladie »

L’écrivain américain, 85 ans, est l’auteur d’un livre culte de 1971, « L’Homme-dé ». Et d’autres excellents romans parus depuis, jusqu’au joyeux « Invasion », aujourd’hui traduit.



LE MONDE
 |    14.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 09h48
    |

                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Ce portrait aurait dû commencer par un voyage. On aurait pris l’avion, puis la voiture ou le train pendant deux ou trois heures depuis New York ou Boston, et expliqué quelle difficulté il y a à dénicher Luke Rhinehart, le mystérieux auteur de L’Homme-dé. Un livre culte publié en 1971 (Seuil, 1973 ; L’Olivier, 2014) qui raconte la vie du psychiatre déviant Luke Rhinehart, un type qui joue toutes les décisions de sa vie aux dés, en particulier celles qui concernent ses envies récurrentes de viol et de meurtre. On serait arrivé à Canaan, au milieu de la campagne, dans le nord de l’Etat de New York, dans une belle maison de bois blanc comme on en voit dans les films américains indépendants.
Là, George Powers Cockcroft, 85 ans, nous aurait expliqué qu’il ne s’appelle pas Luke Rhinehart (c’est le nom d’un personnage dans un de ses romans inachevés), qu’il n’a jamais été psychiatre et qu’il n’a pas non plus violé ni assassiné qui que ce soit. En revanche, il aurait dit qu’il a effectivement dragué sa femme grâce aux dés car, un jour, sortant en voiture d’un hôpital où il travaillait, il aperçut deux infirmières. Comme à l’époque les dés l’aidaient à dépasser sa timidité et ses tendances à la procrastination, le hasard lui enjoignit de proposer aux jeunes femmes de les raccompagner chez elles. L’une d’elle était Ann, son épouse depuis 1956.
Quand ils vivaient à Majorque, dans les Baléares
Mais nous n’avons pas eu à aller chercher l’homme au fond des bois. Il nous est servi sur un plateau et sous un large chapeau de cowboy dans les bureaux parisiens de son éditeur, en juin. On nous avertit qu’Ann, désormais peintre et écrivaine, sera présente mais qu’elle n’interviendra pas : elle veille seulement à ce qu’il ne s’épuise pas sous les interrogatoires répétés de sa tournée européenne. Dommage, on aurait au contraire aimé avoir son avis.
De temps en temps, on sent un frémissement dans le fond de la salle : c’est Ann qui n’est pas toujours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Dans sa chronique, l’historienne Valérie Theis s’attriste d’une critique méprisante, publiée dans « Le Figaro », de l’historien Sanjay Subrahmanyam, professeur au Collège de France, vis-à-vis de son confrère Patrick Boucheron.
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« Ce qui tue, ce sont les querelles de chapelle des universitaires, les jalousies et le manque de générosité intellectuelle »

Dans sa chronique, l’historienne Valérie Theis s’attriste d’une critique méprisante, publiée dans « Le Figaro », de l’historien Sanjay Subrahmanyam, professeur au Collège de France, vis-à-vis de son confrère Patrick Boucheron.



LE MONDE
 |    14.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 10h19
    |

                            Valérie Theis (Historienne, professeure d’histoire médiévale  à l’Ecole normale supérieure)








                        



                                


                            
Résonances. Les historiens aiment les rituels. L’un d’eux, ­particulièrement prisé par les médiévistes, ­consiste à se lamenter collectivement de la ­disparition de ce grand public cultivé, amateur d’histoire, qui guettait chez le libraire les dernières productions de grands historiens comme Georges Duby ou Jacques Le Goff. Du côté des lecteurs, on entend : « Mais où sont les Duby et Le Goff d’aujourd’hui ? Qui pouvons-nous lire avec autant de profit intellectuel et de plaisir ? »
Chaque génération est en effet confrontée à la difficulté d’identifier, au sein du magma des productions éditoriales, les livres les plus marquants. Cette difficulté n’est en rien propre au grand public. Elle touche autant les chercheurs, tout particulièrement quand il s’agit d’en repérer de plus jeunes ou qui écrivent dans une autre langue. La vie intellectuelle est donc faite de multiples retards de réception et parfois aussi, malheureusement, de rendez-vous manqués.
Ce problème n’est cependant pas le seul. Les historiens, comme tous les autres scientifiques, se sont beaucoup spécialisés, ce qui complique la tâche de ceux qui tentent de rendre accessibles les résultats de ces recherches, dont il est faux de croire que le lectorat puisse facilement se les approprier. Face à cette difficulté, beaucoup de chercheurs ont décidé de se replier sur leur étroit domaine de spécialité et de n’échanger qu’avec leurs pairs. Il y a d’ailleurs quelque paradoxe à constater que certaines des institutions qui abritent le plus de chercheurs ayant fait ce choix ne sont pas celles où l’on se lamente le moins de la perte d’influence de l’histoire.
Il faut aujourd’hui beaucoup de courage pour se lancer dans une œuvre de synthèse. Produire une histoire générale implique en effet d’écrire des livres qui font bien plus appel aux travaux d’autres chercheurs qu’aux siens propres. Mais peut-on croire que les grandes fresques sur les marchands, les villes, les chevaliers...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ A Montmartre, le roman-fleuve de l’auteur japonais est produit en version audio. Christophe Brault, acteur de théâtre, explique les ficelles du métier.
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Dans les coulisses de l’enregistrement du « Meurtre du Commandeur », de Murakami


                      A Montmartre, le roman-fleuve de l’auteur japonais est produit en version audio. Christophe Brault, acteur de théâtre, explique les ficelles du métier.



LE MONDE
 |    13.10.2018 à 15h06
 • Mis à jour le
14.10.2018 à 11h29
    |

            Catherine Rollot








                              

                        

Voilà déjà une dizaine de jours que Christophe Brault passe ses journées dans un studio parisien avec Haruki Murakami, le plus célèbre des romanciers japonais contemporains. Un face-à-face intime bien qu’à distance, avec le phrasé, le rythme, les mots, du dernier roman de l’auteur de la trilogie 1Q84. Au pied de la butte Montmartre, le comédien enregistre la version audio du nouveau roman-fleuve (1 000 pages en deux tomes) de l’écrivain, Le Meurtre du commandeur, publié au Japon fin février et disponible en français depuis début octobre chez Belfond. Dans un mois, le roman sera téléchargeable en format MP3, et rejoindra le catalogue de Lizzie, la nouvelle marque consacrée aux livres audio du groupe Editis.
S’adresser à une paire d’oreilles « comme si elle était unique »
Acteur de théâtre, voix pour plusieurs feuilletons radiophoniques, rompu aux lectures publiques, Christophe Brault est installé dans une petite cabine vitrée, casque audio sur les oreilles, les pages du manuscrit déposées devant lui sur un pupitre. Le timbre captivant du récitant immerge l’auditeur dans la tête du personnage principal, un jeune peintre en panne d’inspiration. « Vous ne devez pas interpeller l’auditeur ni interpréter le texte, pour ne pas gêner l’imaginaire et les projections personnelles de celui qui vous écoute, explique-t-il. Une des difficultés est de faire entrer les gens dans une histoire grâce à votre voix tout en faisant attention à ce que cette dernière ne prenne pas le dessus au détriment du livre. »
Sa capacité à emprunter une multiplicité de tons, indispensable pour différencier les personnages au cours de la lecture, mais aussi sa manière de s’adresser « à une paire d’oreilles comme si elle était unique » a séduit les chercheurs de voix de Hey You Get on My Cloud, la société chargée d’enregistrer l’ouvrage. Depuis un an, la production de livres audio pour le compte d’éditeurs a explosé et constitue aujourd’hui...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Les archives sont rares, les témoins ont toujours peur… Anne Kerlan n’a pourtant pas renoncé à écrire la biographie de l’opposante à Mao morte en prison en 1968.
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Retrouver Lin Zhao dans la fureur de l’histoire chinoise

Les archives sont rares, les témoins ont toujours peur… Anne Kerlan n’a pourtant pas renoncé à écrire la biographie de l’opposante à Mao morte en prison en 1968.



LE MONDE
 |    13.10.2018 à 08h00
    |

            François Bougon








                        



                                


                            
Lin Zhao, « combattante de la liberté », d’Anne Kerlan, Fayard, 388 p., 24 €.

A l’origine du livre de la sinologue Anne Kerlan sur l’une des toutes premières dissidentes chinoises, il y a un choc sur grand écran : la découverte d’un documentaire du réalisateur indépendant Hu Jie, sorti confidentiellement en Chine en 2004, A la recherche de l’âme de Lin Zhao, consacré au destin tragique et au martyre de la journaliste et écrivaine (1932-1968).
« Ce film m’a bouleversée, ce fut un moment très fort », témoigne Anne Kerlan, dans un petit bureau de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, où elle dirige le Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine. A la fin de la projection, à Paris, en 2008, elle est allée voir Hu Jie pour lui faire part de son émotion. Mais que faire de plus que le film-monument de ce réalisateur dont l’entreprise mémorielle fait penser à Claude Lanzmann (1925-2018) et à Shoah (1985), qu’il dit avoir vu à plusieurs reprises ? Il faudra des discussions avec des collègues, notamment Christian Ingrao, historien spécialiste du nazisme, qui animait à l’époque un séminaire intitulé « Explorations du paroxysme », pour qu’elle se lance dans un projet de livre. L’historien et éditeur ­Anthony Rowley (1952-2011) lui fait signer un contrat chez Fayard. « C’est allé plus vite que mon propre cheminement », explique Anne Kerlan.
Emportée par la vague de répression
Lin Zhao est certes une icône dans les cercles libéraux chinois qui luttent pour plus de démocratie et de respect des droits. Mais, à l’étranger, peu connaissent la trajectoire de cette contestataire de la première heure. Son vrai nom est Peng Linzhao, qu’elle change pour marquer son indépendance et s’affranchir de son père. Cette jeune fille idéaliste, déterminée et romantique passe par une école chrétienne puis s’engage au sein du Parti communiste clandestin. Elle se retrouve...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ D’origine polonaise, la créatrice de « Flon-Flon et Musette » et de « L’Enfance de l’art » est morte le 8 octobre à Paris. Elle avait 82 ans
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L’artiste et auteure pour la jeunesse Elzbieta est morte

D’origine polonaise, la créatrice de « Flon-Flon et Musette » et de « L’Enfance de l’art » est morte le 8 octobre à Paris. Elle avait 82 ans



LE MONDE
 |    12.10.2018 à 18h02
    |

                            Philippe-Jean Catinchi








                        



                                


                            

Artiste plasticienne d’origine polonaise et auteure d’albums pour la jeunesse au rayonnement international, Elzbieta est morte à Paris le lundi 8 octobre, à l’âge de 82 ans.
Elzbieta, c’est d’abord et seulement un prénom. Celui que son père lui choisit à sa naissance, le 3 juillet 1936, qu’elle perd dès la mort de celui-ci quand sa mère l’affuble d’un « petit nom ridicule » qu’elle préférait taire, et qu’elle retrouve à 20 ans quand elle décide d’assumer sa vocation d’artiste, signant de ce seul prénom, comme les enfants lorsqu’ils achèvent leurs dessins.
L’enfance, très rude, elle y reviendra à plusieurs reprises, mais tardivement, dans des livres. L’un qui explore les enjeux et les voies de la création de l’album pour la jeunesse, illustrant le propos par son expérience personnelle (L’Enfance de l’art, Editions du Rouergue, 1997), l’autre qui constitue un récit terrible dévoilant la douleur de la perte des origines et les errements qu’il faut conjurer (La Nostalgie aborigène, L’Art à la page, 2008). Ce qui est admirable pour une artiste qui préfère le non-dit, se défie des discours, s’irrite des « explications » qu’on plaque sur ses images, tout entière solidaire des enfants qui les reçoivent sans filtre aucun.
Une enfance sombre
L’enfance d’Elzbieta est sombre donc. La Pologne envahie par les nazis, son père qui meurt à la guerre, sa mère, peu aimante, qui la confie à une « fée-marraine » à l’importance capitale. Conteuse inoubliable, cette brave femme qui vit à Mulhouse, où la fillette apprend le français comme l’alsacien, n’a que deux livres, dont elle prend un soin jaloux : son livre de cuisine et son missel. Et l’enfant, qui vit dehors ou joue sous les tables les jours de pluie, sait seulement qu’elle veut être artiste. Elle est fascinée par les images et la perfection du dessin d’une voisine, Sulamith Wülfing, qui a fui l’Allemagne. Si les anges et les nains qu’elle admire ne l’inspireront pas,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ L’écrivaine de 81 ans, auteure d’une trentaine de romans portant notamment sur l’esclavage et le colonialisme, a été choisie par un vote populaire.
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La Guadeloupéenne Maryse Condé remporte le « nouveau prix de littérature », alternative au Nobel

L’écrivaine de 81 ans, auteure d’une trentaine de romans portant notamment sur l’esclavage et le colonialisme, a été choisie par un vote populaire.



LE MONDE
 |    12.10.2018 à 16h34
 • Mis à jour le
13.10.2018 à 06h23
   





                        



   


Souvent pressentie pour le prix Nobel, l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé a remporté, vendredi 12 octobre, « le nouveau prix de littérature » institué par la « Nouvelle Académie ». En raison d’un scandale sexuel touchant l’Académie suédoise, à la suite d’accusations d’agressions et de viols portées par dix-huit femmes contre l’époux d’une académicienne, l’institution n’a en effet pas été en mesure de remettre un prix Nobel de littérature pour l’année 2018.
C’est donc pour compenser cette absence qu’a été créé ce nouveau prix, décerné à Maryse Condé. « Dans ses œuvres, avec un langage précis », celle-ci « décrit les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme », a fait valoir la Nouvelle Académie lors de l’annonce du prix à la Bibliothèque publique de Stockholm.

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                Maryse Condé, pourvoyeuse de plaisirs



Née en février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Maryse Condé a publié une trentaine de romans portant notamment sur l’esclavage et l’Afrique, ainsi que des pièces de théâtre et des essais. Son dernier livre, Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et d’Ivana (éd. JC Lattès), est paru en 2017, deux ans après Mets et Merveilles, qu’elle avait annoncé comme son ultime ouvrage.
« Je suis très heureuse et très fière d’avoir ce prix, mais permettez-moi de le partager avec ma famille, avec mes amis et surtout avec tous les gens de la Guadeloupe (…) qui seront émus et heureux de me voir récompensée », a-t-elle réagi dans une vidéo, peu après l’annonce.
Financement participatif et mécénat
Maryse Condé a été désignée parmi une liste établie par quarante-sept bibliothécaires suédois – ensuite ramenée à quatre noms par un vote populaire (33 000 contributions, selon les organisateurs) – et comprenant, outre l’écrivaine française, le Britannique Neil Gaiman, la Québécoise Kim Thúy et le Japonais Haruki Murakami. Ce dernier, favori dans la course au Nobel, a demandé à être retiré de la liste, préférant « se concentrer sur l’écriture, loin de l’attention des médias ».
Quatre jurés – une éditrice, une professeure de littérature, un critique littéraire et la directrice d’une bibliothèque, tous Suédois – ont ensuite été chargés de désigner le lauréat final.
Le prix – qu’accompagne un versement de 1 million de couronnes (environ 97 000 euros), soit un peu plus du dixième du chèque perçu par les lauréats d’un Nobel – est doté par le financement participatif et le mécénat.
Il sera remis le 9 décembre, en présence de la lauréate, la veille du banquet des Nobel, traditionnellement dressé à l’hôtel de ville de Stockholm en l’honneur des lauréats de l’année – physique, chimie, médecine, littérature, économie. Le Nobel de la paix est décerné, lui, à Oslo, la capitale norvégienne.

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                Alexandra Pascalidou, la femme-orchestre du Nobel alternatif






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La journaliste et écrivaine a fondé l’organisation « La Nouvelle Académie », chargée de décerner un prix alternatif, plus démocratique et inclusif. Le prix a été décerné à Maryse Condé, vendredi.
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Alexandra Pascalidou, la femme-orchestre du Nobel alternatif


                      La journaliste et écrivaine a fondé l’organisation « La Nouvelle Académie », chargée de décerner un prix alternatif, plus démocratique et inclusif. Le prix a été décerné à Maryse Condé, vendredi.



LE MONDE
 |    12.10.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
12.10.2018 à 12h36
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








   


Quand elle s’est réveillée le 3 mai, apprenant que l’Académie suédoise, engluée dans un énorme scandale d’agressions sexuelles, renonçait à attribuer le prix de littérature 2018, Alexandra Pascalidou a eu une idée : créer une « nouvelle Académie » pour remplacer l’ancienne en plein délitement et « garantir qu’un prix international de littérature serait décerné en 2018 ». Il a été remis ce vendredi 12 octobre, à midi, en direct de Stockholm, à la Française Maryse Condé.
« A une époque où les valeurs humanistes sont de plus en plus souvent remises en cause, la littérature devient un contrepoids à l’oppression et au code du silence. » Alexandra Pascalidou
Elle est comme ça, Alexandra Pascalidou. Toujours dans l’action, hyperpolyvalente, comme en témoigne son profil sur Twitter, où la presque cinquantenaire (48 ans), qui compte un peu plus de 41 000 followers, se présente comme « journaliste primée, auteure, productrice, animatrice télé et radio, scénariste, actrice, gréco-suédoise… » Et encore, « citoyenne du monde ». Pour ces seules quatre dernières années, elle a signé trois livres sur les « leçons de la crise grecque », le mouvement #metoo et les mères des banlieues, tout en menant de front son engagement en faveur de l’égalité, la démocratie, la lutte contre le racisme… De quoi devenir une cible pour les néonazis du Mouvement de résistance nordique (NMR), qui l’ont estampillée « traître à la nation » et la menacent régulièrement, justifiant une mise sous protection policière.

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Début mai, elle a appelé ses connaissances dans le monde de la culture suédoise. Une réunion est organisée à Stockholm et un site lancé dans la foulée. La Nouvelle Académie y proclame vouloir faire de son prix « le rappel que la littérature devrait être associée à la démocratie, l’ouverture, l’empathie et le respect ». Et d’ajouter : « A une époque où les valeurs humanistes sont de plus en plus souvent remises en cause, la littérature devient un contrepoids à l’oppression et au code du silence. »
En Suède, la déclaration d’intention fait grincer des dents. « La littérature n’a pas pour mission d’être bonne et propre, elle doit être tout. Elle doit être libre », écrit Asa Linderborg, la chef du service culturel du quotidien du soir Aftonbladet. Dans Dagens Nyheter, la journaliste Lisa Magnusson renchérit : « La capacité à prendre ses distances avec les agressions sexuelles est tout à fait digne d’éloges, mais elle n’a rien à faire avec la littérature. » Qu’importe, le projet avance. Un appel à donation est lancé sur les réseaux sociaux. Sur le site de la Nouvelle Académie, un magasin en ligne propose tee-shirts, sweat-shirts et coques de portable « The New Academy ». Il faut bien alimenter les caisses : le prix est doté d’un million de couronnes (près de 100 000 euros).

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Pendant ce temps, les bibliothécaires suédois ont été priés de présenter une liste de candidats potentiels. Au total, 47 écrivains sont retenus, parmi lesquels douze Américains, onze Suédois et trois Français : Nina Bouraoui, Maryse Condé et Edouard Louis. La liste compte également quelques favoris du Nobel, jamais couronnés, comme l’Américaine Joyce Carol Oates ou l’Israélien Amos Oz. Au terme du vote, organisé en ligne du 10 juillet au 4 août, quatre finalistes ont été sélectionnés : la Française Maryse Condé, le Britannique Neil Gaiman, la Québécoise Kim Thúy et le Japonais Haruki Murakami. Celui-ci, favori dans la course au Nobel, a très poliment demandé à être retiré de la liste, préférant « se concentrer sur l’écriture, loin de l’attention des médias ».

Quatre jurés – une éditrice, une professeure de littérature, un critique littéraire et la directrice d’une bibliothèque, tous suédois – ont été chargés de désigner le lauréat. Le prix sera remis au gagnant lors d’une cérémonie organisée le 9 décembre… la veille de la remise des Nobel. Le site précise que la Nouvelle Académie sera dissoute en décembre, alors qu’en face l’ancienne vient d’annoncer la nomination de deux nouveaux membres : le juriste Eric Runesson, qui siège à la Cour suprême, et l’écrivaine d’origine iranienne Jila Mossaed. Un premier pas vers la reconstruction.



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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La 21e édition des Rendez-vous de l’histoire propose jusqu’au 14 octobre plus de 400 débats et conférences sur le statut et l’importance des images. Vous pourrez y retrouver les journalistes et invités du « Monde » lors de dix débats.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

La puissance des images en débat à Blois

La 21e édition des Rendez-vous de l’histoire propose jusqu’au 14 octobre plus de 400 débats et conférences sur le statut et l’importance des images. Vous pourrez y retrouver les journalistes et invités du « Monde » lors de dix débats.



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 |    11.10.2018 à 12h11
 • Mis à jour le
12.10.2018 à 11h06
   





                        



   


A l’occasion des Rendez-vous de l’histoire à Blois, le spécialiste des couleurs Michel Pastoureau évoque celles qui ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite. 
A l’aube du XXe siècle, à côté du rouge progressiste, du bleu conservateur et du blanc monarchiste, l’Occident voit apparaître de nouvelles couleurs idéologiques et politiques. Ainsi le violet, choisi en 1903 par le mouvement des suffragettes, réclamant au Royaume-Uni le droit de vote pour les femmes et davantage d’égalité entre les sexes. Ce choix n’est pas très bon. Certes, la couleur est libre, mais c’est alors – et cela reste – une couleur mal-aimée. Toutes les enquêtes d’opinion montrent déjà que les trois couleurs les plus détestées en Europe sont le brun, le violet et le rose. Les historiens n’en ont jamais parlé, mais il est probable que le choix d’une telle couleur a fait beaucoup de tort aux mouvements féministes qui l’ont adoptée par la suite.
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        Le rouge, l’orange, le violet, le vert, le noir, le jaune… ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite au cours des siècles."
            data-slide-description="Défilé lors de la fête nationale chinoise, en pleine Révolution culturelle, à Pékin, le 1er octobre 1966."
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            data-slide-description="Premier anniversaire de la révolution ukrainienne, à Kiev, le 22 novembre 2005."
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            data-slide-description="Manifestation à Téhéran, le 15 juin 2009, contre la réélection, le 12, du président iranien Ahmadinejad."
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            data-slide-description="Le « mouvement des parapluies », prodémocratie, occupe un district d’Hongkong, en novembre 2014."
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            data-slide-description="Journée internationale des droits des femmes, à Rio de Janeiro, au Brésil, le 8 mars 2016."
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            data-slide-description="Des black blocs lors d’une manifestation, à Paris, le 19 avril 2018."
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Le rouge, l’orange, le violet, le vert, le noir, le jaune… ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite au cours des siècles.            
Défilé lors de la fête nationale chinoise, en pleine Révolution culturelle, à Pékin, le 1er octobre 1966.

SOLANGE BRAND
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Du côté de l’islam, c’est le vert qui prend peu à peu une dimension politique alors qu’il n’était, jusqu’aux années 1950, qu’une couleur religieuse. Il est adopté par les révoltes contre les pouvoirs autoritaires en place, lesquels, bien que musulmans, restent politiquement adeptes d’autres couleurs.
Le choix de la couleur orange fait par la révolution ukrainienne dès le mois de février 2014 est à l’origine un choix « par soustraction » : la couleur est disponible. C’est presque la seule. En outre, symbole de chaleur et d’énergie, l’orange a bonne presse dans l’opinion. Rapidement une signification qu’il n’a pas au départ lui est donnée : cet orange, qui a la couleur des gilets et des bouées de sauvetage, devient un orange salvateur. Il faut sauver l’Ukraine, c’est cette couleur qui va le faire. Comme souvent dans le monde des emblèmes, une signification donnée a posteriori finit par recouvrir les véritables origines et passer pour la raison première du choix qui a été fait auparavant.
L’emblème des parapluies jaunes choisi par les manifestants de Hongkong dressés contre le gouvernement chinois à l’automne 2014 étonne un Occidental. La signification politique du parapluie est à peu près nulle, et le jaune est de longue date la couleur des traîtres, à l’image des « syndicats jaunes » qui, dans la première moitié du XXe siècle, roulaient pour le patronat. Depuis, une telle couleur est bannie de la vie politique européenne. Mais c’est une couleur valorisée dans le monde chinois. Quant au parapluie, il a une fonction utilitaire : se protéger des gaz lacrymogènes.
Plus récemment, le noir des vêtements des black blocs évoque l’anarchie nihiliste et la mort. Un choix assez banal, dans la filiation de l’ancien drapeau noir, mais efficace : il dissimule celui qui s’en vêt et terrorise tous ceux qui l’entourent.
Les rendez-vous de la rédaction du Monde à Blois
JEUDI 11 OCTOBRE
La photo de presse : fabrique d’icônes ?
14 h 30-16 heures – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Jean-François Leroy (directeur du festival Visa pour l’image à Perpignan), Laurent Van der Stockt (photojournaliste), coanimé par Emmanuel Davidenkoff (rédacteur en chef au Monde), et Marie Sumalla (responsable du service photo du Monde).
Les macronomics
19 heures-20 heures – Maison de la magie Avec Elie Cohen (directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po), animé par Philippe Escande (éditorialiste économique au Monde).
VENDREDI 12 OCTOBRE
Le monde échappe-t-il aux Occidentaux ?
14 h 30-16 heures – Halle aux grains, hémicycle Avec Bertrand Badie (politiste), Michel Foucher (géographe et ancien ambassadeur de France), animé par Gaïdz Minassian (journaliste au Monde).
A qui appartient l’entreprise ?
18 heures-19 h 30 – Conseil départemental, salle Kléber-Loustau Avec Patrick Artus (économiste et directeur de la recherche et des études de Natixis), Pierre-André de Chalendar (président-directeur général du groupe Saint-Gobain), Isabelle Ferreras (sociologue et politologue), Jean-Paul Pollin (professeur à l’université d’Orléans et ancien président du conseil scientifique de La Revue économique), animé par Antoine Reverchon (journaliste au Monde).
SAMEDI 13 OCTOBRE
Notre histoire en images
11 h 30-12 h 30 – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Régis Debray (essayiste, romancier, journaliste et mémorialiste), animé par Nicolas Truong (journaliste au Monde).
L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe
14 h 30-15 h 30 – Château royal de Blois, salle des conférences Avec François-Xavier Fauvelle (historien et archéologue spécialiste de l’Afrique), animé par Julie Clarini (journaliste au Monde).
L’histoire de l’Europe peut-elle nous aider à affronter les défis d’aujourd’hui ?
16 heures-17 h 30 – Université, site Jaurès, amphi 1 Avec Christophe Charle (historien), Bruno Dumézil (historien), Daniel Roche (historien), animé par Jean Birnbaum (responsable du « Monde des livres »).
DIMANCHE 14 OCTOBRE
Les images et les couleurs de la révolution
11 h 30-13 heures – Château royal de Blois, salle Gaston d’Orléans, Avec Antoine de Baecque (historien, critique de cinéma et de théâtre), Laurent Gervereau (historien spécialiste des images), Michel Pastoureau (historien médiéviste), animé par Michel Lefebvre (journaliste au Monde).
Michel Foucault, lecteur des pères de l’église 
14 h 30-16 heures – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Jérôme Lagouanère (maître de conférences en langue et littérature latines à l’université Paul-Valéry-Montpellier), Jean Reynard (ingénieur de recherche au CNRS, responsable du pôle Cappadoce à l’Institut des sources chrétiennes), animé par Florent Georgesco (journaliste au « Monde des livres »).
Il faut dire que les temps ont changé
11 h 45-12 h 45 – Halle aux grains, hémicycle Avec Daniel Cohen (économiste), animé par Antoine Reverchon (journaliste au Monde).
Retrouvez en suivant ce lien toute la programmation des Rendez-vous d’histoire.

        Notre hors-série :
         

          « 50 images qui ont marqué l’histoire »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Laurent Bonelli et Fabien Carrié ont épluché les dossiers judiciaires ou sociaux de mineurs radicalisés pour en comprendre la trajectoire.
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Sociologie : ce qui fait le djihadiste

Laurent Bonelli et Fabien Carrié ont épluché les dossiers judiciaires ou sociaux de mineurs radicalisés pour en comprendre la trajectoire.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
14.10.2018 à 15h52
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français, de Laurent Bonelli et Fabien Carrie, Seuil, 304 p., 20 €.

Le retour du terrorisme djihadiste en France, avec les assassinats perpétrés par Mohammed Merah en 2012, puis les attentats commis depuis 2015, s’est accompagné d’une production foisonnante d’écrits aspirant à saisir le sens de cet événement, non sans céder souvent au démon de l’interprétation, à coups de théories psychologisantes et de paniques morales incriminant la jeunesse, les banlieues délinquantes ou ­Internet. Le « nihilisme générationnel », l’« islamo-gangstérisme » ou le « terrorisme 2.0 » se sont alors fait une place dans le débat public.
Très nombreux entretiens
La Fabrique de la radicalité, de Laurent Bonelli et Fabien Carrié, est d’une tout autre espèce. Il s’appuie en effet sur une enquête fouillée dans les dossiers de plus de 130 mineurs ayant, à un moment ou à un autre de leur parcours, été suivis par la justice et les services sociaux pour des faits de radicalisation allant de simples propos faisant l’apologie du terrorisme à la préparation d’attentats ou à un départ vers l’Irak ou la Syrie pour rejoindre l’organisation Etat islamique. Les deux sociologues ont en outre mené de très nombreux entretiens avec les éducateurs, les policiers ou les juges qui ont côtoyé ces jeunes.
Forts de cette enquête et du travail antérieur de ceux qui, comme eux, ont cherché à comprendre avant de juger – on pense par exemple au travail du journaliste David Thomson (Les Revenants, Seuil, 2016) ou à celui du sociologue Fabien Truong (Loyautés radicales, La Découverte, 2017) –, Bonelli et Carrié distinguent quatre grandes trajectoires de radicalisation.
La première, qu’ils qualifient de « radicalité apaisante », est principalement le fait de jeunes filles issues de familles marquées par l’instabilité. La recherche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Catherine Malabou, à propos de « La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène », de Virginie Maris.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Mutations. La nature à jamais

La chronique de Catherine Malabou, à propos de « La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène », de Virginie Maris.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h30
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène, de Virginie Maris, Seuil, « Anthropocène », 272 p., 19 €.

« Nous voilà entrés, et avec nous la Terre tout entière et chaque être qui la peuple, dans l’ère de l’humain, l’anthropocène. Nous serions – enfin ! – partout chez nous. » Ces premières phrases de La Part sauvage du monde, de la philosophe Virginie Maris, ne manquent pas d’inquiéter. Que signifie cette ironie vis-à-vis de l’anthropocène ? S’agit-il d’une nouvelle négation du changement climatique et de la crise écologique ? Il n’en est rien.

Forgé par l’écologiste Eugene F. Stoermer et popularisé par le chimiste Paul Crutzen, le terme « anthropocène » caractérise le moment où l’influence de l’homme sur l’écosystème terrestre est devenue assez importante pour ouvrir une nouvelle ère géologique. Longtemps discuté par les scientifiques, l’anthropocène a été officiellement admis par la Commission internationale de stratigraphie en août 2016. Pas question ici, donc, de le contester. Le motif du livre est bien plus subtil, plus surprenant aussi : l’officialisation de l’anthropocène ne serait qu’une manière de poursuivre la domination de l’homme sur la nature, non de la dénoncer.

L’altérité résistante du monde
Retraçant l’histoire de ces dominations successives, depuis le « devenir maître et possesseur de la nature » de Descartes jusqu’à la révolution industrielle du XIXe siècle, Virginie Maris affirme que toutes les prises de conscience et actions écologistes, censées « protéger » la Terre, ont été et sont encore, paradoxalement, des entreprises de domination. En effet, que protège-t-on lorsqu’on protège la nature ? La nature elle-même ou les interactions des êtres humains avec elle ?

Incapable de penser et de respecter l’altérité résistante du monde, cette « part sauvage » qui ne lui appartiendra...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’historienne des idées Marie-France Piguet retrace la généalogie de ce terme né au XIXe siècle et aussitôt utilisé dans les querelles entre conservateurs et progressistes.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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« Individualisme », mot polémique

L’historienne des idées Marie-France Piguet retrace la généalogie de ce terme né au XIXe siècle et aussitôt utilisé dans les querelles entre conservateurs et progressistes.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
    |

                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, de Marie-France Piguet, CNRS Editions, 192 p., 22 €.

De l’individualisme, il est souvent question aujourd’hui. Pourtant, ce mot faussement évident recouvre des ambiguïtés. Comme le révèle la généalogie que publie aujourd’hui l’historienne des idées Marie-France ­Piguet, cette complexité est comme sédimentée depuis l’invention du terme et les batailles autour de son sens.
La première apparition remonterait à 1815. Ou presque, puisque c’est l’« individuellisme » qu’évoque un certain baron de Frénilly, qui dénonce « l’universel égoïsme », fléau d’un âge ayant « brisé tous les liens » en dissolvant la religion, la famille, la patrie et tout « esprit de corps ». On attribue parfois à Joseph de Maistre (1753-1821) l’invention du mot « individualisme » lui-même, que le contre-révolutionnaire aurait utilisé sur le tard. En vérité, le néologisme vient des souvenirs d’un interlocuteur, mais le sens est présent dans ses paroles : déploration d’une « division des esprits », du « morcellement des doctrines », et réquisitoire contre le « protestantisme politique » poussé jusqu’à « l’individualisme le plus absolu ».
Conservateurs et socialistes
Ici s’esquisse la critique globale dont le mot est porteur, visant la liberté religieuse, intellectuelle, morale et politique. Elle sera relayée par des cercles conservateurs, antiprotestants et anti-Lumières, prendra parfois un tour plutôt économique et social, et trouvera des formulations chez un socialiste comme Pierre Leroux (1797-1871) ou un libéral atypique comme Alexis de Tocqueville (1805-1859), inquiet du déclin de la vie civique.
Au reste, le mot n’est pas toujours péjoratif, et son évaluation devient vite un thème de controverses. On en repère une trace précoce dans une brochure de la charbonnerie, cette société secrète antimonarchique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie », de Philippe Soulier.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Leroi-Gourhan, de la préhistoire à nos jours

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie », de Philippe Soulier.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h20
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie, de Philippe Soulier, CNRS Editions, 648 p., 27 €.

Il y a sans doute des lecteurs pour qui le nom d’André Leroi-Gourhan (1911-1986) n’évoque plus rien. D’autres savent qu’il s’agit d’un ethnologue, spécialiste de la préhistoire, qui s’est principalement illustré par des réflexions novatrices sur les outils, leurs usages et sur l’évolution de l’espèce humaine. Toutefois, à part au sein de quelques cercles experts, il semble qu’on méconnaisse souvent la richesse de sa trajectoire et la diversité de son œuvre. C’est pourquoi l’imposante biographie que lui consacre aujourd’hui Philippe Soulier est fort utile.
On y découvre comment un adolescent des Années folles quitte l’école à 14 ans, reprend des études, apprend le russe et le chinois, collectionne très tôt quantité d’objets, suit les cours du sinologue Marcel Granet et de l’anthropologue Marcel Mauss. Il se passionne pour les Eskimos, et publie en 1936, à 25 ans, La Civilisation du renne (Gallimard). Derrière les imperfections et les maladresses d’un travail de jeunesse, cette étude incarne une volonté claire : confronter milieu naturel et monde humain, saisir leur interaction complexe. Cet axe organise tout l’œuvre à venir.
Envoyé en mission au Japon (1937-1939) par le Musée de l’homme, maquisard pendant la seconde guerre mondiale, catholique fervent et convaincu, Leroi-Gourhan se consacre ensuite à la paléontologie, au sein du CNRS, puis du Musée de l’homme. Il enseigne à l’université de Lyon, puis à la Sorbonne, avant d’être élu au Collège de France, où il professe de 1969 à 1982. Affaibli par la maladie de Parkinson, il s’éteint en 1986, après avoir profondément marqué l’étude de la préhistoire et de l’art pariétal mais aussi, plus largement, notre représentation de l’humain.
Un intellectuel atypique
Car ce chercheur de terrain, qui multiplie fouilles et chantiers, fait aussi, à sa manière,...




                        

                        

