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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ C’est à un exercice ambitieux que se prêtent les éditions Ki-oon avec la sortie des « Montagnes hallucinées ». Une adaptation de la longue nouvelle d’H.P. Lovecraft, maître américain de l’horreur.
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« Les Montagnes hallucinées », adaptation risquée et réussie de Lovecraft en manga

C’est à un exercice ambitieux que se prêtent les éditions Ki-oon avec la sortie des « Montagnes hallucinées ». Une adaptation de la longue nouvelle d’H.P. Lovecraft, maître américain de l’horreur.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 11h20
    |

            Bernard Monasterolo








                        



   


Rares sont les auteurs qui, comme H. P. Lovecraft, ont réussi à imposer un univers, un style narratif et une mythologie aussi forte autour de leurs écrits. Même le nom de sa ville de naissance, Providence, ou de sa maison d’édition, Arkham House, dans le Rhode Island, distillent une poésie étrange pour qui a approché l’œuvre de l’auteur américain. Tout ce qui entoure Lovecraft, ses thèmes macabres autour du mythe de Cthulhu, ses inventions topographiques (Miskatonic, Innsmouth, Dunwich…) ou son Necronomicon irriguent encore le monde de l’horreur près d’un siècle après sa mort.
C’est donc à un exercice ambitieux que se prêtent les éditions Ki-oon avec la sortie des Montagnes hallucinées, adaptation de la longue nouvelle horrifique de Lovecraft. Dans un format médium couvert d’un faux cuir souple marron, l’ouvrage, qui s’éloigne des standards du manga tant par son style que par sa narration, s’attaque à un écrit iconique. Ce premier volume participe d’une série en deux tomes, elle-même intégrée à une collection plus vaste sur les « chefs-d’œuvre de Lovecraft ».

   


L’histoire de cette équipe scientifique qui découvre les traces d’une civilisation perdue au milieu des glaces polaires aura fait des émules, depuis The Thing jusqu’à Alien Vs Predator, en passant par les multiples occurrences mineures du cinéma fantastique. Assez récemment encore, ce même récit était la priorité du réalisateur Guillermo del Toro, avant un coup d’arrêt brutal de sa production.

   


Gou Tanabe est un auteur connu dans l’univers du seinen manga, avec une palette assez variée. Il a publié dès le milieu des années 2000 quelques séries courtes dont Kasane et Mr Nobody, qui ont confirmé sa réputation avec un dessin assez européen et très précis. Car il faut un certains sens du détail pour restituer parfaitement Les Montagnes hallucinées, nouvelle très descriptive et peu bavarde. Témoignage à la première personne de William Dyer, membre survivant de l’expédition polaire qui est au centre du récit, le dialogue est rarement utilisé dans la nouvelle. C’est d’ailleurs une caractéristique de l’écriture de Lovecraft. Cette difficulté stylistique est évacuée par Gou Tanabe, qui n’a pas hésité à interpréter les propos du narrateur de manière explicite en les faisant parler, une incarnation bienvenue pour la dynamique particulière du manga.

   


Fruit d’une époque complexe qui voit simultanément l’effet dévastateur de la crise de 1929 et des avancées technologiques sans précédent, le petit roman de Lovecraft est un peu anachronique dans une période qui est aussi le premier âge d’or de la science-fiction, entre 1930 et 1950. Il est d’ailleurs publié dans la jeune revue Astounding Stories en 1937 (l’année de la mort de Lovecraft), qui va devenir avec Amazing la plus populaire des revues de science-fiction à ce jour. C’est sans doute cette popularité éditoriale qui explique ce succès assez inattendu dans une époque ou la « hard tech SF » est en pleine ascension. Par nombre d’aspects, l’œuvre de Lovecraft est le dernier sursaut d’un genre « fantastique » détrôné par la SF, avec une dimension naturaliste et symboliste que restitue très bien le dessin noir et blanc, si proche de la gravure, de Gou Tanabe.

        Lire :
         

          Les premiers chapitres du manga « Les Montagnes hallucinées »




   


Les Montagnes hallucinées, de Gou Tanabe, tome I le 4 octobre 2018, éditions Ki-oon, 290 pages, 15 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’écrivain américain, 85 ans, est l’auteur d’un livre culte de 1971, « L’Homme-dé ». Et d’autres excellents romans parus depuis, jusqu’au joyeux « Invasion », aujourd’hui traduit.
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Luke Rhinehart : « L’esprit de sérieux est une maladie »

L’écrivain américain, 85 ans, est l’auteur d’un livre culte de 1971, « L’Homme-dé ». Et d’autres excellents romans parus depuis, jusqu’au joyeux « Invasion », aujourd’hui traduit.



LE MONDE
 |    14.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 09h48
    |

                            Eric Loret (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Ce portrait aurait dû commencer par un voyage. On aurait pris l’avion, puis la voiture ou le train pendant deux ou trois heures depuis New York ou Boston, et expliqué quelle difficulté il y a à dénicher Luke Rhinehart, le mystérieux auteur de L’Homme-dé. Un livre culte publié en 1971 (Seuil, 1973 ; L’Olivier, 2014) qui raconte la vie du psychiatre déviant Luke Rhinehart, un type qui joue toutes les décisions de sa vie aux dés, en particulier celles qui concernent ses envies récurrentes de viol et de meurtre. On serait arrivé à Canaan, au milieu de la campagne, dans le nord de l’Etat de New York, dans une belle maison de bois blanc comme on en voit dans les films américains indépendants.
Là, George Powers Cockcroft, 85 ans, nous aurait expliqué qu’il ne s’appelle pas Luke Rhinehart (c’est le nom d’un personnage dans un de ses romans inachevés), qu’il n’a jamais été psychiatre et qu’il n’a pas non plus violé ni assassiné qui que ce soit. En revanche, il aurait dit qu’il a effectivement dragué sa femme grâce aux dés car, un jour, sortant en voiture d’un hôpital où il travaillait, il aperçut deux infirmières. Comme à l’époque les dés l’aidaient à dépasser sa timidité et ses tendances à la procrastination, le hasard lui enjoignit de proposer aux jeunes femmes de les raccompagner chez elles. L’une d’elle était Ann, son épouse depuis 1956.
Quand ils vivaient à Majorque, dans les Baléares
Mais nous n’avons pas eu à aller chercher l’homme au fond des bois. Il nous est servi sur un plateau et sous un large chapeau de cowboy dans les bureaux parisiens de son éditeur, en juin. On nous avertit qu’Ann, désormais peintre et écrivaine, sera présente mais qu’elle n’interviendra pas : elle veille seulement à ce qu’il ne s’épuise pas sous les interrogatoires répétés de sa tournée européenne. Dommage, on aurait au contraire aimé avoir son avis.
De temps en temps, on sent un frémissement dans le fond de la salle : c’est Ann qui n’est pas toujours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Dans sa chronique, l’historienne Valérie Theis s’attriste d’une critique méprisante, publiée dans « Le Figaro », de l’historien Sanjay Subrahmanyam, professeur au Collège de France, vis-à-vis de son confrère Patrick Boucheron.
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« Ce qui tue, ce sont les querelles de chapelle des universitaires, les jalousies et le manque de générosité intellectuelle »

Dans sa chronique, l’historienne Valérie Theis s’attriste d’une critique méprisante, publiée dans « Le Figaro », de l’historien Sanjay Subrahmanyam, professeur au Collège de France, vis-à-vis de son confrère Patrick Boucheron.



LE MONDE
 |    14.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 10h19
    |

                            Valérie Theis (Historienne, professeure d’histoire médiévale  à l’Ecole normale supérieure)








                        



                                


                            
Résonances. Les historiens aiment les rituels. L’un d’eux, ­particulièrement prisé par les médiévistes, ­consiste à se lamenter collectivement de la ­disparition de ce grand public cultivé, amateur d’histoire, qui guettait chez le libraire les dernières productions de grands historiens comme Georges Duby ou Jacques Le Goff. Du côté des lecteurs, on entend : « Mais où sont les Duby et Le Goff d’aujourd’hui ? Qui pouvons-nous lire avec autant de profit intellectuel et de plaisir ? »
Chaque génération est en effet confrontée à la difficulté d’identifier, au sein du magma des productions éditoriales, les livres les plus marquants. Cette difficulté n’est en rien propre au grand public. Elle touche autant les chercheurs, tout particulièrement quand il s’agit d’en repérer de plus jeunes ou qui écrivent dans une autre langue. La vie intellectuelle est donc faite de multiples retards de réception et parfois aussi, malheureusement, de rendez-vous manqués.
Ce problème n’est cependant pas le seul. Les historiens, comme tous les autres scientifiques, se sont beaucoup spécialisés, ce qui complique la tâche de ceux qui tentent de rendre accessibles les résultats de ces recherches, dont il est faux de croire que le lectorat puisse facilement se les approprier. Face à cette difficulté, beaucoup de chercheurs ont décidé de se replier sur leur étroit domaine de spécialité et de n’échanger qu’avec leurs pairs. Il y a d’ailleurs quelque paradoxe à constater que certaines des institutions qui abritent le plus de chercheurs ayant fait ce choix ne sont pas celles où l’on se lamente le moins de la perte d’influence de l’histoire.
Il faut aujourd’hui beaucoup de courage pour se lancer dans une œuvre de synthèse. Produire une histoire générale implique en effet d’écrire des livres qui font bien plus appel aux travaux d’autres chercheurs qu’aux siens propres. Mais peut-on croire que les grandes fresques sur les marchands, les villes, les chevaliers...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ A Montmartre, le roman-fleuve de l’auteur japonais est produit en version audio. Christophe Brault, acteur de théâtre, explique les ficelles du métier.
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Dans les coulisses de l’enregistrement du « Meurtre du Commandeur », de Murakami


                      A Montmartre, le roman-fleuve de l’auteur japonais est produit en version audio. Christophe Brault, acteur de théâtre, explique les ficelles du métier.



LE MONDE
 |    13.10.2018 à 15h06
 • Mis à jour le
14.10.2018 à 11h29
    |

            Catherine Rollot








                              

                        

Voilà déjà une dizaine de jours que Christophe Brault passe ses journées dans un studio parisien avec Haruki Murakami, le plus célèbre des romanciers japonais contemporains. Un face-à-face intime bien qu’à distance, avec le phrasé, le rythme, les mots, du dernier roman de l’auteur de la trilogie 1Q84. Au pied de la butte Montmartre, le comédien enregistre la version audio du nouveau roman-fleuve (1 000 pages en deux tomes) de l’écrivain, Le Meurtre du commandeur, publié au Japon fin février et disponible en français depuis début octobre chez Belfond. Dans un mois, le roman sera téléchargeable en format MP3, et rejoindra le catalogue de Lizzie, la nouvelle marque consacrée aux livres audio du groupe Editis.
S’adresser à une paire d’oreilles « comme si elle était unique »
Acteur de théâtre, voix pour plusieurs feuilletons radiophoniques, rompu aux lectures publiques, Christophe Brault est installé dans une petite cabine vitrée, casque audio sur les oreilles, les pages du manuscrit déposées devant lui sur un pupitre. Le timbre captivant du récitant immerge l’auditeur dans la tête du personnage principal, un jeune peintre en panne d’inspiration. « Vous ne devez pas interpeller l’auditeur ni interpréter le texte, pour ne pas gêner l’imaginaire et les projections personnelles de celui qui vous écoute, explique-t-il. Une des difficultés est de faire entrer les gens dans une histoire grâce à votre voix tout en faisant attention à ce que cette dernière ne prenne pas le dessus au détriment du livre. »
Sa capacité à emprunter une multiplicité de tons, indispensable pour différencier les personnages au cours de la lecture, mais aussi sa manière de s’adresser « à une paire d’oreilles comme si elle était unique » a séduit les chercheurs de voix de Hey You Get on My Cloud, la société chargée d’enregistrer l’ouvrage. Depuis un an, la production de livres audio pour le compte d’éditeurs a explosé et constitue aujourd’hui...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Les archives sont rares, les témoins ont toujours peur… Anne Kerlan n’a pourtant pas renoncé à écrire la biographie de l’opposante à Mao morte en prison en 1968.
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Retrouver Lin Zhao dans la fureur de l’histoire chinoise

Les archives sont rares, les témoins ont toujours peur… Anne Kerlan n’a pourtant pas renoncé à écrire la biographie de l’opposante à Mao morte en prison en 1968.



LE MONDE
 |    13.10.2018 à 08h00
    |

            François Bougon








                        



                                


                            
Lin Zhao, « combattante de la liberté », d’Anne Kerlan, Fayard, 388 p., 24 €.

A l’origine du livre de la sinologue Anne Kerlan sur l’une des toutes premières dissidentes chinoises, il y a un choc sur grand écran : la découverte d’un documentaire du réalisateur indépendant Hu Jie, sorti confidentiellement en Chine en 2004, A la recherche de l’âme de Lin Zhao, consacré au destin tragique et au martyre de la journaliste et écrivaine (1932-1968).
« Ce film m’a bouleversée, ce fut un moment très fort », témoigne Anne Kerlan, dans un petit bureau de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, où elle dirige le Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine. A la fin de la projection, à Paris, en 2008, elle est allée voir Hu Jie pour lui faire part de son émotion. Mais que faire de plus que le film-monument de ce réalisateur dont l’entreprise mémorielle fait penser à Claude Lanzmann (1925-2018) et à Shoah (1985), qu’il dit avoir vu à plusieurs reprises ? Il faudra des discussions avec des collègues, notamment Christian Ingrao, historien spécialiste du nazisme, qui animait à l’époque un séminaire intitulé « Explorations du paroxysme », pour qu’elle se lance dans un projet de livre. L’historien et éditeur ­Anthony Rowley (1952-2011) lui fait signer un contrat chez Fayard. « C’est allé plus vite que mon propre cheminement », explique Anne Kerlan.
Emportée par la vague de répression
Lin Zhao est certes une icône dans les cercles libéraux chinois qui luttent pour plus de démocratie et de respect des droits. Mais, à l’étranger, peu connaissent la trajectoire de cette contestataire de la première heure. Son vrai nom est Peng Linzhao, qu’elle change pour marquer son indépendance et s’affranchir de son père. Cette jeune fille idéaliste, déterminée et romantique passe par une école chrétienne puis s’engage au sein du Parti communiste clandestin. Elle se retrouve...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ D’origine polonaise, la créatrice de « Flon-Flon et Musette » et de « L’Enfance de l’art » est morte le 8 octobre à Paris. Elle avait 82 ans
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                      En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Elle avait 82 ans       Par  Philippe-Jean Catinchi  Publié le 12 octobre 2018 à 18h01 - Mis à jour le 12 octobre 2018 à 18h01   Lecture 3 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés                  Elzbieta, en décembre 2014, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Eric Garault / Pasco             Artiste plasticienne d’origine polonaise et auteure d’albums pour la jeunesse au rayonnement international, Elzbieta est morte à Paris le lundi 8 octobre, à l’âge de 82 ans.          Elzbieta, c’est d’abord et seulement un prénom. Celui que son père lui choisit à sa naissance, le 3 juillet 1936, qu’elle perd dès la mort de celui-ci quand sa mère l’affuble d’un « petit nom ridicule » qu’elle préférait taire, et qu’elle retrouve à 20 ans quand elle décide d’assumer sa vocation d’artiste, signant de ce seul prénom, comme les enfants lorsqu’ils achèvent leurs dessins.          L’enfance, très rude, elle y reviendra à plusieurs reprises, mais tardivement, dans des livres. L’un qui explore les enjeux et les voies de la création de l’album pour la jeunesse, illustrant le propos par son expérience personnelle (L’Enfance de l’art, Editions du Rouergue, 1997), l’autre qui constitue un récit terrible dévoilant la douleur de la perte des origines et les errements qu’il faut conjurer (La Nostalgie aborigène, L’Art à la page, 2008). Ce qui est admirable pour une artiste qui préfère le non-dit, se défie des discours, s’irrite des « explications » qu’on plaque sur ses images, tout entière solidaire des enfants qui les reçoivent sans filtre aucun.          Une enfance sombre          L’enfance d’Elzbieta est sombre donc. La Pologne envahie par les nazis, son père qui meurt à la guerre, sa mère, peu aimante, qui la confie à une « fée-marraine » à l’importance capitale. Conteuse inoubliable, cette brave femme qui vit à Mulhouse, où la fillette apprend le français comme l’alsacien, n’a que deux livres, dont elle prend un soin jaloux : son livre de cuisine et son missel. Et l’enfant, qui vit dehors ou joue sous les tables les jours de pluie, sait seulement qu’elle veut être artiste. Elle est fascinée par les images et la perfection du dessin d’une voisine, Sulamith Wülfing, qui a fui l’Allemagne. Si les anges et les nains qu’elle admire ne l’inspireront pas, au moins Elzbieta découvre-t-elle qu’on peut être femme et artiste. Son horizon est désormais fixé.          Au sortir de la guerre, elle est envoyée outre-Manche, dans le Kent, au bord de la mer, dans une institution religieuse austère où, à l’inverse de ses camarades, elle s’épanouit, découvrant la musique et le chant, s’essayant en autodidacte à toutes sortes d’aventures graphiques et colorées, dont elle a conservé ses premières tentatives narratives, plus par sentimentalisme que par autosatisfaction.                                           — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     Soutenir le journalisme d’investigation et une rédaction indépendante de 400 journalistes    Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.    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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ L’écrivaine de 81 ans, auteure d’une trentaine de romans portant notamment sur l’esclavage et le colonialisme, a été choisie par un vote populaire.
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La Guadeloupéenne Maryse Condé remporte le « nouveau prix de littérature », alternative au Nobel

L’écrivaine de 81 ans, auteure d’une trentaine de romans portant notamment sur l’esclavage et le colonialisme, a été choisie par un vote populaire.



LE MONDE
 |    12.10.2018 à 16h34
 • Mis à jour le
13.10.2018 à 06h23
   





                        



   


Souvent pressentie pour le prix Nobel, l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé a remporté, vendredi 12 octobre, « le nouveau prix de littérature » institué par la « Nouvelle Académie ». En raison d’un scandale sexuel touchant l’Académie suédoise, à la suite d’accusations d’agressions et de viols portées par dix-huit femmes contre l’époux d’une académicienne, l’institution n’a en effet pas été en mesure de remettre un prix Nobel de littérature pour l’année 2018.
C’est donc pour compenser cette absence qu’a été créé ce nouveau prix, décerné à Maryse Condé. « Dans ses œuvres, avec un langage précis », celle-ci « décrit les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme », a fait valoir la Nouvelle Académie lors de l’annonce du prix à la Bibliothèque publique de Stockholm.

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Née en février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Maryse Condé a publié une trentaine de romans portant notamment sur l’esclavage et l’Afrique, ainsi que des pièces de théâtre et des essais. Son dernier livre, Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et d’Ivana (éd. JC Lattès), est paru en 2017, deux ans après Mets et Merveilles, qu’elle avait annoncé comme son ultime ouvrage.
« Je suis très heureuse et très fière d’avoir ce prix, mais permettez-moi de le partager avec ma famille, avec mes amis et surtout avec tous les gens de la Guadeloupe (…) qui seront émus et heureux de me voir récompensée », a-t-elle réagi dans une vidéo, peu après l’annonce.
Financement participatif et mécénat
Maryse Condé a été désignée parmi une liste établie par quarante-sept bibliothécaires suédois – ensuite ramenée à quatre noms par un vote populaire (33 000 contributions, selon les organisateurs) – et comprenant, outre l’écrivaine française, le Britannique Neil Gaiman, la Québécoise Kim Thúy et le Japonais Haruki Murakami. Ce dernier, favori dans la course au Nobel, a demandé à être retiré de la liste, préférant « se concentrer sur l’écriture, loin de l’attention des médias ».
Quatre jurés – une éditrice, une professeure de littérature, un critique littéraire et la directrice d’une bibliothèque, tous Suédois – ont ensuite été chargés de désigner le lauréat final.
Le prix – qu’accompagne un versement de 1 million de couronnes (environ 97 000 euros), soit un peu plus du dixième du chèque perçu par les lauréats d’un Nobel – est doté par le financement participatif et le mécénat.
Il sera remis le 9 décembre, en présence de la lauréate, la veille du banquet des Nobel, traditionnellement dressé à l’hôtel de ville de Stockholm en l’honneur des lauréats de l’année – physique, chimie, médecine, littérature, économie. Le Nobel de la paix est décerné, lui, à Oslo, la capitale norvégienne.

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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ La journaliste et écrivaine a fondé l’organisation « La Nouvelle Académie », chargée de décerner un prix alternatif, plus démocratique et inclusif. Le prix a été décerné à Maryse Condé, vendredi.
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Alexandra Pascalidou, la femme-orchestre du Nobel alternatif


                      La journaliste et écrivaine a fondé l’organisation « La Nouvelle Académie », chargée de décerner un prix alternatif, plus démocratique et inclusif. Le prix a été décerné à Maryse Condé, vendredi.



LE MONDE
 |    12.10.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
12.10.2018 à 12h36
    |

            Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale)








   


Quand elle s’est réveillée le 3 mai, apprenant que l’Académie suédoise, engluée dans un énorme scandale d’agressions sexuelles, renonçait à attribuer le prix de littérature 2018, Alexandra Pascalidou a eu une idée : créer une « nouvelle Académie » pour remplacer l’ancienne en plein délitement et « garantir qu’un prix international de littérature serait décerné en 2018 ». Il a été remis ce vendredi 12 octobre, à midi, en direct de Stockholm, à la Française Maryse Condé.
« A une époque où les valeurs humanistes sont de plus en plus souvent remises en cause, la littérature devient un contrepoids à l’oppression et au code du silence. » Alexandra Pascalidou
Elle est comme ça, Alexandra Pascalidou. Toujours dans l’action, hyperpolyvalente, comme en témoigne son profil sur Twitter, où la presque cinquantenaire (48 ans), qui compte un peu plus de 41 000 followers, se présente comme « journaliste primée, auteure, productrice, animatrice télé et radio, scénariste, actrice, gréco-suédoise… » Et encore, « citoyenne du monde ». Pour ces seules quatre dernières années, elle a signé trois livres sur les « leçons de la crise grecque », le mouvement #metoo et les mères des banlieues, tout en menant de front son engagement en faveur de l’égalité, la démocratie, la lutte contre le racisme… De quoi devenir une cible pour les néonazis du Mouvement de résistance nordique (NMR), qui l’ont estampillée « traître à la nation » et la menacent régulièrement, justifiant une mise sous protection policière.

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Début mai, elle a appelé ses connaissances dans le monde de la culture suédoise. Une réunion est organisée à Stockholm et un site lancé dans la foulée. La Nouvelle Académie y proclame vouloir faire de son prix « le rappel que la littérature devrait être associée à la démocratie, l’ouverture, l’empathie et le respect ». Et d’ajouter : « A une époque où les valeurs humanistes sont de plus en plus souvent remises en cause, la littérature devient un contrepoids à l’oppression et au code du silence. »
En Suède, la déclaration d’intention fait grincer des dents. « La littérature n’a pas pour mission d’être bonne et propre, elle doit être tout. Elle doit être libre », écrit Asa Linderborg, la chef du service culturel du quotidien du soir Aftonbladet. Dans Dagens Nyheter, la journaliste Lisa Magnusson renchérit : « La capacité à prendre ses distances avec les agressions sexuelles est tout à fait digne d’éloges, mais elle n’a rien à faire avec la littérature. » Qu’importe, le projet avance. Un appel à donation est lancé sur les réseaux sociaux. Sur le site de la Nouvelle Académie, un magasin en ligne propose tee-shirts, sweat-shirts et coques de portable « The New Academy ». Il faut bien alimenter les caisses : le prix est doté d’un million de couronnes (près de 100 000 euros).

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Pendant ce temps, les bibliothécaires suédois ont été priés de présenter une liste de candidats potentiels. Au total, 47 écrivains sont retenus, parmi lesquels douze Américains, onze Suédois et trois Français : Nina Bouraoui, Maryse Condé et Edouard Louis. La liste compte également quelques favoris du Nobel, jamais couronnés, comme l’Américaine Joyce Carol Oates ou l’Israélien Amos Oz. Au terme du vote, organisé en ligne du 10 juillet au 4 août, quatre finalistes ont été sélectionnés : la Française Maryse Condé, le Britannique Neil Gaiman, la Québécoise Kim Thúy et le Japonais Haruki Murakami. Celui-ci, favori dans la course au Nobel, a très poliment demandé à être retiré de la liste, préférant « se concentrer sur l’écriture, loin de l’attention des médias ».

Quatre jurés – une éditrice, une professeure de littérature, un critique littéraire et la directrice d’une bibliothèque, tous suédois – ont été chargés de désigner le lauréat. Le prix sera remis au gagnant lors d’une cérémonie organisée le 9 décembre… la veille de la remise des Nobel. Le site précise que la Nouvelle Académie sera dissoute en décembre, alors qu’en face l’ancienne vient d’annoncer la nomination de deux nouveaux membres : le juriste Eric Runesson, qui siège à la Cour suprême, et l’écrivaine d’origine iranienne Jila Mossaed. Un premier pas vers la reconstruction.



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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ La 21e édition des Rendez-vous de l’histoire propose jusqu’au 14 octobre plus de 400 débats et conférences sur le statut et l’importance des images. Vous pourrez y retrouver les journalistes et invités du « Monde » lors de dix débats.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

La puissance des images en débat à Blois

La 21e édition des Rendez-vous de l’histoire propose jusqu’au 14 octobre plus de 400 débats et conférences sur le statut et l’importance des images. Vous pourrez y retrouver les journalistes et invités du « Monde » lors de dix débats.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 12h11
 • Mis à jour le
12.10.2018 à 11h06
   





                        



   


A l’occasion des Rendez-vous de l’histoire à Blois, le spécialiste des couleurs Michel Pastoureau évoque celles qui ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite. 
A l’aube du XXe siècle, à côté du rouge progressiste, du bleu conservateur et du blanc monarchiste, l’Occident voit apparaître de nouvelles couleurs idéologiques et politiques. Ainsi le violet, choisi en 1903 par le mouvement des suffragettes, réclamant au Royaume-Uni le droit de vote pour les femmes et davantage d’égalité entre les sexes. Ce choix n’est pas très bon. Certes, la couleur est libre, mais c’est alors – et cela reste – une couleur mal-aimée. Toutes les enquêtes d’opinion montrent déjà que les trois couleurs les plus détestées en Europe sont le brun, le violet et le rose. Les historiens n’en ont jamais parlé, mais il est probable que le choix d’une telle couleur a fait beaucoup de tort aux mouvements féministes qui l’ont adoptée par la suite.
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        Le rouge, l’orange, le violet, le vert, le noir, le jaune… ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite au cours des siècles."
            data-slide-description="Défilé lors de la fête nationale chinoise, en pleine Révolution culturelle, à Pékin, le 1er octobre 1966."
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            data-slide-description="Premier anniversaire de la révolution ukrainienne, à Kiev, le 22 novembre 2005."
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            data-slide-description="Manifestation à Téhéran, le 15 juin 2009, contre la réélection, le 12, du président iranien Ahmadinejad."
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            data-slide-description="Le « mouvement des parapluies », prodémocratie, occupe un district d’Hongkong, en novembre 2014."
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            data-slide-description="Journée internationale des droits des femmes, à Rio de Janeiro, au Brésil, le 8 mars 2016."
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            data-slide-description="Des black blocs lors d’une manifestation, à Paris, le 19 avril 2018."
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Le rouge, l’orange, le violet, le vert, le noir, le jaune… ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite au cours des siècles.            
Défilé lors de la fête nationale chinoise, en pleine Révolution culturelle, à Pékin, le 1er octobre 1966.

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Du côté de l’islam, c’est le vert qui prend peu à peu une dimension politique alors qu’il n’était, jusqu’aux années 1950, qu’une couleur religieuse. Il est adopté par les révoltes contre les pouvoirs autoritaires en place, lesquels, bien que musulmans, restent politiquement adeptes d’autres couleurs.
Le choix de la couleur orange fait par la révolution ukrainienne dès le mois de février 2014 est à l’origine un choix « par soustraction » : la couleur est disponible. C’est presque la seule. En outre, symbole de chaleur et d’énergie, l’orange a bonne presse dans l’opinion. Rapidement une signification qu’il n’a pas au départ lui est donnée : cet orange, qui a la couleur des gilets et des bouées de sauvetage, devient un orange salvateur. Il faut sauver l’Ukraine, c’est cette couleur qui va le faire. Comme souvent dans le monde des emblèmes, une signification donnée a posteriori finit par recouvrir les véritables origines et passer pour la raison première du choix qui a été fait auparavant.
L’emblème des parapluies jaunes choisi par les manifestants de Hongkong dressés contre le gouvernement chinois à l’automne 2014 étonne un Occidental. La signification politique du parapluie est à peu près nulle, et le jaune est de longue date la couleur des traîtres, à l’image des « syndicats jaunes » qui, dans la première moitié du XXe siècle, roulaient pour le patronat. Depuis, une telle couleur est bannie de la vie politique européenne. Mais c’est une couleur valorisée dans le monde chinois. Quant au parapluie, il a une fonction utilitaire : se protéger des gaz lacrymogènes.
Plus récemment, le noir des vêtements des black blocs évoque l’anarchie nihiliste et la mort. Un choix assez banal, dans la filiation de l’ancien drapeau noir, mais efficace : il dissimule celui qui s’en vêt et terrorise tous ceux qui l’entourent.
Les rendez-vous de la rédaction du Monde à Blois
JEUDI 11 OCTOBRE
La photo de presse : fabrique d’icônes ?
14 h 30-16 heures – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Jean-François Leroy (directeur du festival Visa pour l’image à Perpignan), Laurent Van der Stockt (photojournaliste), coanimé par Emmanuel Davidenkoff (rédacteur en chef au Monde), et Marie Sumalla (responsable du service photo du Monde).
Les macronomics
19 heures-20 heures – Maison de la magie Avec Elie Cohen (directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po), animé par Philippe Escande (éditorialiste économique au Monde).
VENDREDI 12 OCTOBRE
Le monde échappe-t-il aux Occidentaux ?
14 h 30-16 heures – Halle aux grains, hémicycle Avec Bertrand Badie (politiste), Michel Foucher (géographe et ancien ambassadeur de France), animé par Gaïdz Minassian (journaliste au Monde).
A qui appartient l’entreprise ?
18 heures-19 h 30 – Conseil départemental, salle Kléber-Loustau Avec Patrick Artus (économiste et directeur de la recherche et des études de Natixis), Pierre-André de Chalendar (président-directeur général du groupe Saint-Gobain), Isabelle Ferreras (sociologue et politologue), Jean-Paul Pollin (professeur à l’université d’Orléans et ancien président du conseil scientifique de La Revue économique), animé par Antoine Reverchon (journaliste au Monde).
SAMEDI 13 OCTOBRE
Notre histoire en images
11 h 30-12 h 30 – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Régis Debray (essayiste, romancier, journaliste et mémorialiste), animé par Nicolas Truong (journaliste au Monde).
L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe
14 h 30-15 h 30 – Château royal de Blois, salle des conférences Avec François-Xavier Fauvelle (historien et archéologue spécialiste de l’Afrique), animé par Julie Clarini (journaliste au Monde).
L’histoire de l’Europe peut-elle nous aider à affronter les défis d’aujourd’hui ?
16 heures-17 h 30 – Université, site Jaurès, amphi 1 Avec Christophe Charle (historien), Bruno Dumézil (historien), Daniel Roche (historien), animé par Jean Birnbaum (responsable du « Monde des livres »).
DIMANCHE 14 OCTOBRE
Les images et les couleurs de la révolution
11 h 30-13 heures – Château royal de Blois, salle Gaston d’Orléans, Avec Antoine de Baecque (historien, critique de cinéma et de théâtre), Laurent Gervereau (historien spécialiste des images), Michel Pastoureau (historien médiéviste), animé par Michel Lefebvre (journaliste au Monde).
Michel Foucault, lecteur des pères de l’église 
14 h 30-16 heures – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Jérôme Lagouanère (maître de conférences en langue et littérature latines à l’université Paul-Valéry-Montpellier), Jean Reynard (ingénieur de recherche au CNRS, responsable du pôle Cappadoce à l’Institut des sources chrétiennes), animé par Florent Georgesco (journaliste au « Monde des livres »).
Il faut dire que les temps ont changé
11 h 45-12 h 45 – Halle aux grains, hémicycle Avec Daniel Cohen (économiste), animé par Antoine Reverchon (journaliste au Monde).
Retrouvez en suivant ce lien toute la programmation des Rendez-vous d’histoire.

        Notre hors-série :
         

          « 50 images qui ont marqué l’histoire »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Laurent Bonelli et Fabien Carrié ont épluché les dossiers judiciaires ou sociaux de mineurs radicalisés pour en comprendre la trajectoire.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Sociologie : ce qui fait le djihadiste

Laurent Bonelli et Fabien Carrié ont épluché les dossiers judiciaires ou sociaux de mineurs radicalisés pour en comprendre la trajectoire.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
14.10.2018 à 15h52
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français, de Laurent Bonelli et Fabien Carrie, Seuil, 304 p., 20 €.

Le retour du terrorisme djihadiste en France, avec les assassinats perpétrés par Mohammed Merah en 2012, puis les attentats commis depuis 2015, s’est accompagné d’une production foisonnante d’écrits aspirant à saisir le sens de cet événement, non sans céder souvent au démon de l’interprétation, à coups de théories psychologisantes et de paniques morales incriminant la jeunesse, les banlieues délinquantes ou ­Internet. Le « nihilisme générationnel », l’« islamo-gangstérisme » ou le « terrorisme 2.0 » se sont alors fait une place dans le débat public.
Très nombreux entretiens
La Fabrique de la radicalité, de Laurent Bonelli et Fabien Carrié, est d’une tout autre espèce. Il s’appuie en effet sur une enquête fouillée dans les dossiers de plus de 130 mineurs ayant, à un moment ou à un autre de leur parcours, été suivis par la justice et les services sociaux pour des faits de radicalisation allant de simples propos faisant l’apologie du terrorisme à la préparation d’attentats ou à un départ vers l’Irak ou la Syrie pour rejoindre l’organisation Etat islamique. Les deux sociologues ont en outre mené de très nombreux entretiens avec les éducateurs, les policiers ou les juges qui ont côtoyé ces jeunes.
Forts de cette enquête et du travail antérieur de ceux qui, comme eux, ont cherché à comprendre avant de juger – on pense par exemple au travail du journaliste David Thomson (Les Revenants, Seuil, 2016) ou à celui du sociologue Fabien Truong (Loyautés radicales, La Découverte, 2017) –, Bonelli et Carrié distinguent quatre grandes trajectoires de radicalisation.
La première, qu’ils qualifient de « radicalité apaisante », est principalement le fait de jeunes filles issues de familles marquées par l’instabilité. La recherche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ La chronique de Catherine Malabou, à propos de « La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène », de Virginie Maris.
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Mutations. La nature à jamais

La chronique de Catherine Malabou, à propos de « La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène », de Virginie Maris.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h30
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène, de Virginie Maris, Seuil, « Anthropocène », 272 p., 19 €.

« Nous voilà entrés, et avec nous la Terre tout entière et chaque être qui la peuple, dans l’ère de l’humain, l’anthropocène. Nous serions – enfin ! – partout chez nous. » Ces premières phrases de La Part sauvage du monde, de la philosophe Virginie Maris, ne manquent pas d’inquiéter. Que signifie cette ironie vis-à-vis de l’anthropocène ? S’agit-il d’une nouvelle négation du changement climatique et de la crise écologique ? Il n’en est rien.

Forgé par l’écologiste Eugene F. Stoermer et popularisé par le chimiste Paul Crutzen, le terme « anthropocène » caractérise le moment où l’influence de l’homme sur l’écosystème terrestre est devenue assez importante pour ouvrir une nouvelle ère géologique. Longtemps discuté par les scientifiques, l’anthropocène a été officiellement admis par la Commission internationale de stratigraphie en août 2016. Pas question ici, donc, de le contester. Le motif du livre est bien plus subtil, plus surprenant aussi : l’officialisation de l’anthropocène ne serait qu’une manière de poursuivre la domination de l’homme sur la nature, non de la dénoncer.

L’altérité résistante du monde
Retraçant l’histoire de ces dominations successives, depuis le « devenir maître et possesseur de la nature » de Descartes jusqu’à la révolution industrielle du XIXe siècle, Virginie Maris affirme que toutes les prises de conscience et actions écologistes, censées « protéger » la Terre, ont été et sont encore, paradoxalement, des entreprises de domination. En effet, que protège-t-on lorsqu’on protège la nature ? La nature elle-même ou les interactions des êtres humains avec elle ?

Incapable de penser et de respecter l’altérité résistante du monde, cette « part sauvage » qui ne lui appartiendra...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ L’historienne des idées Marie-France Piguet retrace la généalogie de ce terme né au XIXe siècle et aussitôt utilisé dans les querelles entre conservateurs et progressistes.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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« Individualisme », mot polémique

L’historienne des idées Marie-France Piguet retrace la généalogie de ce terme né au XIXe siècle et aussitôt utilisé dans les querelles entre conservateurs et progressistes.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
    |

                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, de Marie-France Piguet, CNRS Editions, 192 p., 22 €.

De l’individualisme, il est souvent question aujourd’hui. Pourtant, ce mot faussement évident recouvre des ambiguïtés. Comme le révèle la généalogie que publie aujourd’hui l’historienne des idées Marie-France ­Piguet, cette complexité est comme sédimentée depuis l’invention du terme et les batailles autour de son sens.
La première apparition remonterait à 1815. Ou presque, puisque c’est l’« individuellisme » qu’évoque un certain baron de Frénilly, qui dénonce « l’universel égoïsme », fléau d’un âge ayant « brisé tous les liens » en dissolvant la religion, la famille, la patrie et tout « esprit de corps ». On attribue parfois à Joseph de Maistre (1753-1821) l’invention du mot « individualisme » lui-même, que le contre-révolutionnaire aurait utilisé sur le tard. En vérité, le néologisme vient des souvenirs d’un interlocuteur, mais le sens est présent dans ses paroles : déploration d’une « division des esprits », du « morcellement des doctrines », et réquisitoire contre le « protestantisme politique » poussé jusqu’à « l’individualisme le plus absolu ».
Conservateurs et socialistes
Ici s’esquisse la critique globale dont le mot est porteur, visant la liberté religieuse, intellectuelle, morale et politique. Elle sera relayée par des cercles conservateurs, antiprotestants et anti-Lumières, prendra parfois un tour plutôt économique et social, et trouvera des formulations chez un socialiste comme Pierre Leroux (1797-1871) ou un libéral atypique comme Alexis de Tocqueville (1805-1859), inquiet du déclin de la vie civique.
Au reste, le mot n’est pas toujours péjoratif, et son évaluation devient vite un thème de controverses. On en repère une trace précoce dans une brochure de la charbonnerie, cette société secrète antimonarchique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie », de Philippe Soulier.
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Figures libres. Leroi-Gourhan, de la préhistoire à nos jours

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie », de Philippe Soulier.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h20
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie, de Philippe Soulier, CNRS Editions, 648 p., 27 €.

Il y a sans doute des lecteurs pour qui le nom d’André Leroi-Gourhan (1911-1986) n’évoque plus rien. D’autres savent qu’il s’agit d’un ethnologue, spécialiste de la préhistoire, qui s’est principalement illustré par des réflexions novatrices sur les outils, leurs usages et sur l’évolution de l’espèce humaine. Toutefois, à part au sein de quelques cercles experts, il semble qu’on méconnaisse souvent la richesse de sa trajectoire et la diversité de son œuvre. C’est pourquoi l’imposante biographie que lui consacre aujourd’hui Philippe Soulier est fort utile.
On y découvre comment un adolescent des Années folles quitte l’école à 14 ans, reprend des études, apprend le russe et le chinois, collectionne très tôt quantité d’objets, suit les cours du sinologue Marcel Granet et de l’anthropologue Marcel Mauss. Il se passionne pour les Eskimos, et publie en 1936, à 25 ans, La Civilisation du renne (Gallimard). Derrière les imperfections et les maladresses d’un travail de jeunesse, cette étude incarne une volonté claire : confronter milieu naturel et monde humain, saisir leur interaction complexe. Cet axe organise tout l’œuvre à venir.
Envoyé en mission au Japon (1937-1939) par le Musée de l’homme, maquisard pendant la seconde guerre mondiale, catholique fervent et convaincu, Leroi-Gourhan se consacre ensuite à la paléontologie, au sein du CNRS, puis du Musée de l’homme. Il enseigne à l’université de Lyon, puis à la Sorbonne, avant d’être élu au Collège de France, où il professe de 1969 à 1982. Affaibli par la maladie de Parkinson, il s’éteint en 1986, après avoir profondément marqué l’étude de la préhistoire et de l’art pariétal mais aussi, plus largement, notre représentation de l’humain.
Un intellectuel atypique
Car ce chercheur de terrain, qui multiplie fouilles et chantiers, fait aussi, à sa manière,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Les lettres du jeune Heinrich Böll (futur Prix Nobel de littérature 1972) et un roman de Heinz Rein montrent la guerre vue par des Allemands dociles – avant un sursaut final.
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Heinrich Böll et Heinz Rein, petits soldats du IIIe Reich

Les lettres du jeune Heinrich Böll (futur Prix Nobel de littérature 1972) et un roman de Heinz Rein montrent la guerre vue par des Allemands dociles – avant un sursaut final.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h18
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Lettres de guerre. 1939-1945, de Heinrich Böll, traduit de l’allemand et édité par Jeanne Guérout, préface de Johann Chapoutot, L’Iconoclaste, 368 p., 22,90 €.
Berlin finale (Finale Berlin), de Heinz Rein, traduit de l’allemand par Brice Germain, Belfond, « Vintage », 870 p., 23 €.

Le hasard a voulu qu’un recueil de lettres écrites pendant le second conflit mondial et un roman sortent simultanément et se répondent, mariant le réel à la fiction. Il s’agit, d’une part, de la correspondance des années de guerre du jeune soldat, futur Prix Nobel de littérature (1972), Heinrich Böll (1917-1985), et, d’autre part, de Berlin finale, immense fresque romancée du journaliste Heinz Rein (1906-1991), consacrée aux quinze derniers jours de la capitale du IIIe Reich, parue en 1947 et qui ne nous parvient que cette année en français. Courriers et récit nous font voir les combats à travers les yeux d’Allemands et de soldats de la Wehrmacht.
Paresse du cœur et de l’esprit
Né dans une famille d’ébénistes de ­Cologne, lui-même fervent catholique (soldat, il ressent l’impossibilité de recevoir les sacrements comme une pénible frustration), le jeune Heinrich Böll s’est soustrait aux Jeunesses hitlériennes et n’a que mépris pour les « Prussiens », terme qui, sous sa plume, semble désigner le militarisme hitlérien. Il fait pourtant son devoir, croit en la victoire de son pays et, comme tant de jeunes gens de sa génération, passe six années sous l’uniforme à occuper la France ou à surveiller le « mur de l’Atlantique ». Son expérience du feu en tant que caporal-chef est tardive et coïncide avec son arrivée, fin 1943, sur le front de l’Est, en Crimée puis à Iasi ­ (Roumanie), où il est blessé.
Passionnant témoignage sur l’Occupation en France vue par un occupant pas trop mal disposé à l’égard des populations civiles, le ton...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Dans « Kruso », l’écrivain allemand fait souffler un vent de liberté sur une île de la Baltique en 1989, peu avant la chute du Mur.
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Lutz Seiler aux derniers jours de la RDA

Dans « Kruso », l’écrivain allemand fait souffler un vent de liberté sur une île de la Baltique en 1989, peu avant la chute du Mur.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h15
    |

                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Kruso, de Lutz Seiler, traduit de l’allemand par Uta Müller et Bernard Banoun, Verdier, 480 p., 25 €.

Une île. Un personnage principal nommé Kruso. L’allusion est claire. Mais la littérature est l’art de voguer sur les marges et de faire échouer les navires trop pressés d’arriver à bon port. Ici, pas de Pacifique ni de Vendredi. Nous sommes en République démocratique allemande, en 1989, l’année de la chute du Mur – mais celui-ci n’est pas encore tombé.
Après la mort de son amie, ­Edgar Blender, 24 ans, étudiant en germanistique, quitte Halle pour Hiddensee, une petite île touristique de la mer Baltique. La proximité des côtes danoises fait qu’il n’est pas possible de séjourner longtemps sur cette île sans être soupçonné de vouloir fuir, même si les autorités ferment souvent les yeux et laissent se développer une ambiance de colonie d’artistes où se retrouvent écrivains, peintres, musiciens et acteurs. Edgar, que tout le monde appelle Ed, réussit à se faire embaucher comme plongeur dans un petit hôtel, le Klausner, qui a tout d’une arche renversée. C’est là qu’il se lie d’amitié avec Alexander Krusowitsch, que tout le monde appelle Kruso.
Rituel initiatique
Fils d’un général soviétique, Kruso a été abandonné sur cette île par sa sœur, quand il était enfant. Convaincu que le socialisme est une véritable alternative politique, mais aussi que le régime est-allemand l’a totalement dévoyé, il tente de donner aux déçus du système une vision de ce que pourrait être un monde véritablement solidaire. Un séjour de trois nuits, après un rituel initiatique, est censé leur redonner la mesure de la liberté qu’a effacée la dictature politique. Ed et Kruso, réunis par le même amour de la littérature et par le traumatisme de la disparition d’un être cher, deviennent inséparables, liés par une amitié « étroite, tendre, difficile », au milieu d’autres personnages qui font partie de l’équipe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Claro, magnétisé par les nouvelles de « Plaies », de Rennie Sparks (celle-là même du groupe The Handsome Family), se gratterait bien jusqu’au sang.
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Le feuilleton. Les dérangés

Claro, magnétisé par les nouvelles de « Plaies », de Rennie Sparks (celle-là même du groupe The Handsome Family), se gratterait bien jusqu’au sang.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Plaies (Evil), de Rennie Sparks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Bart, L’Arbre vengeur, 216 p., 17 €.

Chaque fois qu’un chanteur écrit un livre, le critique littéraire ne peut s’empêcher d’éprouver une légère appréhension et d’imaginer, derrière le passage de la portée à la page, un abus de notoriété. Mais si l’on y réfléchit bien, le plus terrifiant, ça serait d’apprendre qu’un écrivain s’est lancé dans la chanson – imaginez Alexandre Jardin tâtant du pipeau ou Florian Zeller grelottant du glockenspiel. Ou pire : Yann Moix s’essayant au heavy metal – ah, zut, mauvais exemple, c’est ce qu’il fait déjà dans ses livres. Bref, il y a de quoi se réconcilier avec l’attribution du Nobel de littérature à Bob Dylan. Par ailleurs, plus personne ne bronche quand sortent des livres signés Dominique A, Philippe Katerine, Bertrand Belin ou Yannick Noah.
Oui, désormais, il est possible et même souhaitable de se consacrer exclusivement à plusieurs choses en même temps. Le stylo était une arme ; voilà la guitare qui saigne de l’encre. Comme disait Rust Cohle, le flic philosophe de la série True Detective, « on est de la viande sensible, malgré nos identités illusoires ». Bon, si je vous parle de True Detective, c’est bien évidemment pour mieux vous remettre en tête la chanson du générique, Far From Any Road, composée par le groupe de CFA (country-folk alternative…) The Handsome Family, à savoir le couple Rennie et Brett Sparks. C’est bon, vous l’entendez ? Or donc, il se trouve que Rennie Sparks – la parolière du groupe – a publié en 2000 aux éditions Black Hole Press un recueil de nouvelles intitulé Evil, que vous pouvez lire aujourd’hui, traduit par Jean-Yves Bart, aux éditions de l’Arbre Vengeur, sous le titre gouleyant de Plaies, recueil trash qui grave arrache, si vous me pardonnez l’expression et la rime (surtout la rime).

Bon, on ne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ D’un étang de l’Indre aux fonds de l’Atlantique, c’est la même eau qui baigne les amis d’enfance de « Serez-vous des nôtres ? » et clôt « La Trilogie des confins ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Eaux lustrales d’Emmanuelle Pagano

D’un étang de l’Indre aux fonds de l’Atlantique, c’est la même eau qui baigne les amis d’enfance de « Serez-vous des nôtres ? » et clôt « La Trilogie des confins ».



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Serez-vous des nôtres ? Trilogie des rives, III, d’Emmanuelle Pagano, P.O.L, 474 p., 20 €.

La brume s’efface de l’étang aux soleils plats des jours d’automne. Sans qu’on sache bien si elle remonte au ciel s’accrocher aux nuages ou si elle s’enfonce et se dilue dans l’épaisseur dormante. C’est peut-être juste une haleine, une respiration de surface. L’eau vit ici. Elle n’est pas seulement habitée, peuplée de poissons, de batraciens, de reptiles, d’insectes, d’oiseaux. Sous les roselières, les herbiers, elle bat d’une pulsation régulière que trahissent les vagues lentes qui finissent en clapots sur les berges. L’eau est un monde en soi. Elle a façonné le paysage. Et elle l’a absorbé aussi, avalant les reflets, la lumière et les ombres. Nous sommes en Brenne, cette terre de marais endigués, entre la Claise et la Creuse, dans le département de l’Indre.
Emmanuelle Pagano en a fait le décor de son nouveau roman, ­Serez-vous des nôtres ? Elle clôt avec lui sa Trilogie des rives, commencée avec Ligne & Fils et poursuivie par Sauf riverains (P.O.L, 2013 et 2015). Trois textes qui se bouclent sans se lier. Trois chemins séparés d’un étonnant pèlerinage aux sources où l’auteure se met en quête de la relation sensible que nous entretenons avec l’eau. Celle qui s’échappe, qui déborde. Celle qui stagne, s’épaissit. La douce, la salée, la saumâtre. Une eau qui charrie notre mémoire, nos espoirs, nos doutes. Et où l’on s’engloutit.
Carpes baguées d’argent
Serez-vous des nôtres ? parle d’un étang en Brenne que, dans le pays, on appelle la Caspienne, comme cette mer aux confins de l’Europe et de l’Asie. Il est le plus en aval des étangs d’une longue coulée. Le plus large, le plus grand. Toute cette ligne d’eau appartient à une même famille, les Bonnefonds, depuis déjà cinq ou six générations. On y fait de grandes pêches et quelques chasses aussi. C’est là,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ L’écrivaine évoque les années 1967 à 1979, la paix puis la guerre, à travers la relation d’une Miss Univers beyrouthine et d’un militant palestinien.
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édition abonné


Diane Mazloun dans le grand chaos libanais

L’écrivaine évoque les années 1967 à 1979, la paix puis la guerre, à travers la relation d’une Miss Univers beyrouthine et d’un militant palestinien.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h20
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Age d’or, de Diane Mazloum, JC Lattès, 416 p., 19 €.

A ceux qui sont nés avant moi » pourrait être la dédicace de L’Age d’or, le deuxième roman de Diane Mazloum. Née en 1980 à Paris, dans une famille libanaise qui y avait fui la guerre civile, elle a choisi de raconter l’histoire de son pays entre 1967 et 1979, la décennie qui a précédé sa naissance. Une décennie effectivement décisive, où s’ancrent les prémices du désastre proche-oriental actuel.
Une des belles réussites de ce livre est la façon dont la romancière évolue dans les dédales de cette histoire éminemment complexe. En treize chapitres, se déroulant pour la plupart sur une seule journée, elle égrène, année après année, les combats que se livrent les voisins du Liban, le conflit israélo-palestinien, la lutte souterraine des services secrets, le terrorisme, la guerre civile libanaise. Elle évoque avec subtilité le jeu des alliances étrangères, les faiblesses et les fragilités intérieures qui ne cessent de faire de ce petit pays la terre d’élection de tant de violence – à en être dévasté.
Pendant trois ans, Diane Mazloum a consulté les archives, rencontré historiens et analystes politiques et beaucoup interrogé ses aînés. Elle a sans nul doute lu les ouvrages des romanciers libanais de la génération précédente, qui ont été à la fois les écrivains et les protagonistes de l’histoire qu’elle cherche à reconstituer, Elias Khoury, Amin Maalouf, Jabbour Douaihy ou encore Dominique Eddé qui, dans Kamal Jann (Albin Michel, 2012) a écrit : « Le Liban est inexplicable. »
Caisse de résonance libanaise
C’est ce mystère qu’explore L’Age d’or, sans pour autant tenter de le résoudre. L’ouvrage est porteur d’un ambitieux projet littéraire : trouver une forme narrative qui rende compte du grand chaos régional à partir de la seule caisse de résonance libanaise. La romancière a bâti un texte élégant,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Romans, essais, études littéraires, anthologie, revue… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 octobre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


La rentrée littéraire en bref

Romans, essais, études littéraires, anthologie, revue… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 octobre 2018.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h00
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Raphaële Botte, 
Isabelle Regnier, 
                                Florent Georgesco, 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Essai. Homs déconstruit
Dans les ruines de Homs. Journal d’une architecte syrienne (The Battle for Home. The Vision of a Young Architect in Syria), de Marwa Al-Sabouni, traduit de l’anglais par Julien Breta, Parenthèses, 192 p., 18 €.
Native de Homs où elle a grandi, est devenue architecte, a passé toute la guerre civile avec son mari et ses deux enfants, Marwa Al-Sabouni esquisse l’histoire architecturale de sa ville à l’heure où son centre n’est plus que ruines. Convaincue que la dislocation progressive du tissu urbain a nourri les germes du conflit, elle tente de détailler le processus par lequel se sont dissous, à Homs et dans toute la Syrie, la notion de « chez soi » et l’idée de la ville comme socle identitaire commun. Le texte fait résonner des souvenirs personnels avec ces considérations, que l’auteure illustre par ses propres dessins. Un témoignage qui milite, à l’heure de la reconstruction, pour penser enfin la ville et éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. I. R.
Roman. Se retrouver au vert
La Folie Elisa, de Gwenaëlle Aubry, Mercure de France, 144 p., 15 €.
Elles prennent la fuite, ces quatre « runaways girls », ces quatre femmes artistes à qui l’art, un jour, n’a plus permis de mettre à distance la violence du monde. Sarah, la danseuse berlinoise, Irini, la sculptrice grecque, Emy, la rock star anglaise, et Ariane, l’actrice française. Après leurs échappées belles, les quatre femmes se retrouvent dans une maison perdue au bord d’une rivière, à confier leurs désarrois et douleurs à L., leur hôtesse. Et les échos entre leurs itinéraires sont troublants, à commencer par les hommes qu’elles ont aimés, et cet étrange graffiti peint sur les murs de chacune de leur ville… Dans La Folie Elisa, Gwenaëlle Aubry ouvre une ambitieuse réflexion sur l’asile – celui où l’on soigne sa folie, fût-elle furieuse, comme celui que l’on demande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 10/10/2018
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Saviano et Carrère dans l’actu littéraire

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 06h18
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 07h18
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, dans notre sélection, une bande de jeunes criminels napolitains racontée par Roberto Saviano, une enquête fouillée dans les dossiers de mineurs poursuivis pour des faits de radicalisation. Et aussi un recueil notable sur l’ensemble du travail d’Emmanuel Carrère.
ROMAN. « Piranhas », de Roberto Saviano
A la tête d’une bande de jeunes Napolitains, le charismatique Nicolas, alias Maharaja. A la fois impatient et stratège, ce fils de petits-bourgeois a tiré des enseignements du Prince, de Machiavel. Sa philosophie se conclut ainsi : le monde se divise entre « baiseurs » et « baisés ». Unis par un pacte de sang, ses amis le suivront dans son ascension pour régner sur leur ville. Il y a Dentino, à la dentition ébréchée, Tucano (« Toucan »), Lollipop, Drone, Oiseau mou, Jveuxdire. Et Biscottino, le plus jeune d’entre tous, qui, à 10 ans, tuera un boss de la pègre et sniffera un rail de cocaïne pour fêter l’événement. Car le quartier de Forcella est une place à prendre depuis que le chef de zone régentant les « places de deal » croupit en prison. Portrait captivant tout autant qu’effrayant d’un « baby-gang » brassant des millions d’euros, Piranhas est le premier roman, très documenté, de Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra (2007), conteur-né et documenté. Macha Séry
« Piranhas » (La paranza dei bambini), de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, « Du monde entier », 368 p., 22 €.

   


RECUEIL. « Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel », sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté
C’est presque quarante années d’écriture qu’embrasse Faire effraction dans le réel. Le recueil, dirigé par Laurent Demanze et Dominique Rabaté, envisage dans sa globalité le travail d’Emmanuel Carrère depuis ses débuts comme critique de cinéma à Télérama, examinant de la même manière ces premiers textes et les romans de l’auteur, ses reportages et les deux films qu’il a réalisés.
De l’entretien inaugural avec les deux concepteurs du recueil à l’analyse par Claude Burgelin des liens entre l’œuvre de Carrère et celle de Georges Perec, les contributions universitaires sont le plus souvent très intéressantes. D’autres lectures sont, elles, passionnantes, et surprenantes, comme le texte du réalisateur Pascal Bonitzer sur le film Retour à Kotelnitch (2003) ou celui de Michel Houellebecq sur « la question du bien » chez Emmanuel Carrère, ou encore la contribution du juge Etienne Rigal, l’un des personnages principaux de D’autres vies que la mienne (P.O.L, 2009).
Mais ce qui donne réellement l’impression d’avoir ouvert une malle aux trésors, ce sont les textes donnés par l’écrivain lui-même. Ainsi d’une version alternative des premières pages de L’Adversaire (P.O.L, 2000), ou d’une « chute » du Royaume (P.O.L, 2014), consacrée à l’incipit de Madame Bovary… Ou encore un échange de courriels avec le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade à propos de la série Soupçons, riche d’échos d’une extraordinaire profondeur avec L’Adversaire. Raphaëlle Leyris
« Emmanuel Carrère, Faire effraction dans le réel », sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté, P.O.L, 570 p., 37 €.

   


ROMAN. « Invasion », de Luke Rhinehart
Billy Morton, pêcheur de son état, ramène un jour chez lui un truc en poil protéiforme, quelque part entre le tapioca velu et le ballon à cils longs. La créature n’est de toute évidence pas de ce monde mais, comme ni la trouille ni le rationalisme ne sont le fort de la famille, il décide avec sa femme et leurs deux garçons d’adopter la chose et de l’appeler Louie. Les policiers péquenauds du coin sont bien un peu méfiants, mais l’ambiance reste bon enfant.
Animal domestique et monstre surintelligent à la fois, la bestiole est bientôt rejointe par ses potes extraterrestres et tous se mettent à hacker banques et institutions en utilisant le matériel des Morton. Ce « terrorisme » provoque une réaction violente du gouvernement républicain (lequel veut obliger « tous les Américains à porter une arme à feu en tout temps ») mais aussi de tous les Etats occidentaux, qui se mettent à traquer aussi bien ces intrus que les humains qui les hébergent. Car pire que le sabotage et le piratage, ces envahisseurs n’aiment rien tant que le « jeu » sans rime ni raison : ils finissent ainsi par inspirer aux Terriens un mouvement de contestation nommé « Pasquecérigolo ».
Luke Rhinehart cuisine, avec Invasion, une satire joyeuse du capitalisme tout en continuant à semer l’anarchie douce qu’il cultive depuis presque cinquante ans. Eric Loret
« Invasion », de Luke Rhinehart, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Francis Guévremont, Aux forges de Vulcain, 448 p., 22 €.

   


ROMAN. « Serez-vous des nôtres ? », d’Emmanuelle Pagano
Avec Serez-vous des nôtres ?, Emmanuelle Pagano clôt sa Trilogie des rives, commencée avec Ligne & Fils et poursuivie par Sauf riverains (P.O.L, 2015 et 2017). Trois textes qui se bouclent sans se lier, où l’auteure se met en quête de la relation sensible que nous entretenons avec l’eau. L’eau qui charrie notre mémoire, nos espoirs, nos doutes. Serez-vous des nôtres ? parle d’un étang en Brenne, dans l’Indre. C’est là, comme le voulait l’usage, qu’on avait lâché, il y a longtemps, à la naissance de deux garçons, deux carpes, baguées d’argent aux ouïes, portant chacune leur prénom. David, fils unique des métayers Gareau, et Jonathan Bonnefonds, dernier-né de la famille des propriétaires de l’étang. Ils sont presque jumeaux, élevés dans des familles éloignées par les biens, la fortune, mais tellement riveraines. Dès l’enfance, tous les deux vont devenir inséparables, indispensables l’un à l’autre. Puis leur amitié ne pourra que se noyer dans le trop-plein. Jonathan restera exploiter les étangs, à la suite de son père. David quittera tout pour la marine et les sous-marins.
Serez-vous des nôtres ? est une plongée dans nos lacs intérieurs. Des peurs, des angoisses s’y cachent, tapies dans la vase des oublis, des absences. Tout se déroule sur une seule journée, celle d’un 28 octobre. C’est la date de la grande pêche où les voisins se retrouvent. Jonathan est à la tâche avec les autres. Sait-il qu’au même moment David est sur le point d’achever sa dernière mission ? Qu’il remonte des profondeurs ? C’est la même eau qui coule partout sur la planète. Des sources aux fleuves, aux marais, aux mers, aux océans. C’est cette même eau qui relie encore les deux amis séparés. Et qui coule dans ce livre, dans cette trilogie, comme un ruisseau d’enfance. Xavier Houssin
« Serez-vous des nôtres ? Trilogie des rives, III », d’Emmanuelle Pagano, P.O.L, 480 p., 20 €.

   


BIOGRAPHIE. « Lin Zhao, “combattante de la liberté” », d’Anne Kerlan
Lin Zhao est moins connue que le dissident chinois Liu Xiaobo (1955-2017), mais tous deux ont eu un sort similaire : une mort en prison. Entre la jeune femme, née au début des années 1930 et exécutée en 1968, et le Prix Nobel de la paix 2010, d’autres points communs se dégagent, notamment l’engagement à travers l’écriture. C’est ce que montre la sinologue Anne Kerlan dans sa belle biographie, la toute première publiée en France.
Lin Zhao commence par mettre sa plume au service de la révolution communiste menée par Mao Zedong, vantant dans des œuvres littéraires les mérites de la réforme agraire. Elle ne revient vers la religion chrétienne dans laquelle elle a été élevée que dans ses dernières années, lorsqu’elle est emprisonnée pour activités contre-révolutionnaires.
Sa tombe, près de Suzhou, sa ville natale, est devenue un point de rassemblement pour les militants et intellectuels qui aspirent à plus de démocratie en Chine. A chaque anniversaire de sa mort, en avril, ceux qui viennent se recueillir sont repoussés par les forces de l’ordre. Le pouvoir chinois a retenu la leçon, écrit Anne Kerlan : Liu Xiaobo, lui, a été incinéré et ses cendres ont été dispersées au-dessus de l’océan. François Bougon
« Lin Zhao, “combattante de la liberté” », d’Anne Kerlan, Fayard, 388 p., 24 €.

   


ESSAI. « La Fabrique de la radicalité », de Laurent Bonelli et Fabien Carrié
La Fabrique de la radicalité s’appuie sur une enquête fouillée dans les dossiers de plus de 130 mineurs ayant été suivis par la justice et les services sociaux pour des faits de « radicalisation ». Les deux sociologues ont en outre mené de très nombreux entretiens avec les éducateurs, les policiers ou les juges qui ont côtoyé ces jeunes. Forts de cette enquête, les auteurs distinguent quatre grandes trajectoires de radicalisation, « radicalité apaisante », « radicalité rebelle », « radicalité agonistique » et « radicalité utopique ».
Cette dernière, la plus détaillée dans le livre, caractérise les adolescents socialisés dans des familles ayant nourri de grands projets de mobilité sociale pour eux. Ces jeunes transfuges de classes vivent souvent avec une grande amertume le fait de ne pas réussir à accéder à la norme scolaire et sociale dominante. Dès lors, la tentation est grande pour une partie infime d’entre eux de réinvestir leurs dispositions scolaires frustrées dans la religion et l’appartenance à une nouvelle communauté.
Ces adolescents repérés par la justice ne deviennent pas tous des meurtriers. Mais leur destin paradoxal nous tend un miroir dérangeant qu’il serait sage de regarder en face plutôt que de le cacher, parce qu’il nous informe mieux que bien d’autres sur la fragmentation de la société et les déceptions violentes qu’elle produit. Gilles Bastin
« La Fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français », de Laurent Bonelli et Fabien Carrié, Seuil, 312 p., 20 €.

   





                            


                        

                        

