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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-1"> ¤ Onze personnes sont mortes après les fortes pluies qui ont frappé le département de l’Aude, selon un bilan de la préfecture, qui pourrait évoluer. Edouard Philippe a rencontré des victimes à Villegailhenc et à Trèbes, communes touchées par les inondations.
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-2"> ¤ L’espoir d’une percée décisive dans ces tractations au cours du sommet européen qui s’ouvrira mercredi à Bruxelles a été douché dimanche soir.
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La négociation du Brexit patine : raté momentané ou vraie crise ?

L’espoir d’une percée décisive dans ces tractations au cours du sommet européen qui s’ouvrira mercredi à Bruxelles a été douché dimanche soir.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 06h28
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 14h57
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        



   


Les Bruxellois habitués des négociations difficiles, n’auront probablement pas été outre mesure surpris par l’épisode chaotique de ce week-end. Car c’est dans la dernière ligne droite des discussions que les pronostics deviennent les plus hasardeux, les négociateurs laissant toujours le plus dur pour la fin. A la veille d’un sommet européen « spécial Brexit » crucial, qui s’ouvre le mercredi 17 octobre, les Vingt-Sept et le gouvernement britannique de Theresa May sont passés tout près d’un accord, ces derniers jours. Raté momentané ou vraie crise ?
Douche froide
Samedi 13 octobre au soir, à en croire des sources proches des discussions, un accord sur les modalités du divorce entre l’Union européenne et Londres était quasiment trouvé. L’équipe du négociateur pour l’UE à 27, Michel Barnier, opérait un dernier échange de texte avec ses homologues britanniques. Le lendemain, jusqu’en début d’après-midi, l’atmosphère était encore clairement à l’optimisme.

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Les Britanniques annonçaient la venue de Dominic Raab, leur négociateur en chef, pour une réunion inopinée avec M. Barnier. Vers 17 h 30, le site d’informations européennes Politico.eu s’empressait d’annoncer un accord… Démenti sèchement quelques minutes plus tard sur Twitter, par de multiples sources diplomatiques et journalistiques.
Retard de calendrier
La réunion des conseillers des dirigeants européens, et la conférence de presse de M. Barnier, prévues en cas d’accord dès lundi 15 octobre, ont été annulées. « Il n’y aura pas d’autres négociations avant le sommet européen, mercredi 17 octobre » ont même prévenu deux sources diplomatiques. Qui n’espèrent pas de nouvelle proposition britannique à temps afin qu’un accord de divorce puisse enfin être partiellement scellé lors du sommet de mercredi.
Michel Barnier a évité toute dramatisation excessive dimanche soir, tweetant sobrement :
« Nous nous sommes rencontrés aujourd’hui avec Dominic Raab, et l’équipe des négociateurs britanniques. En dépit d’efforts intenses, certaines questions clés restent ouvertes, notamment le filet de sécurité irlandais, afin d’éviter une frontière dure [entre Irlande du Nord et République d’Irlande]. J’informerai les dirigeants des Vingt-Sept et le Parlement européen sur l’état des discussions. »
Londres note de « réels progrès »
Les Britanniques constataient également l’échec des discussions dimanche soir. Selon un porte-parole du gouvernement May : « Ces derniers jours, les négociateurs Britanniques et les Européens ont réalisé de réels progrès sur un certain nombre de sujets clés. Néanmoins, il reste des questions non résolues liées au filet de sécurité [« backstop » irlandais]. » Et d’ajouter : « Les Britanniques sont toujours engagés à faire des progrès pour le sommet d’octobre. »

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Pour autant, à en croire le Financial Times, dimanche soir, Theresa May aurait repoussé l’offre européenne, considérant qu’elle « n’était pas envisageable » et qu’elle diviserait trop son gouvernement.
La question irlandaise, obstacle majeur
Au sommet européen de Salzbourg, le 20 septembre, la première ministre Theresa May avait reçu une vraie gifle : son plan de Chequers pour la relation future avec l’Union avait été brutalement rejeté par les Vingt-Sept. Elle a néanmoins été confortée par sa famille conservatrice lors d’un Congrès des tories, début octobre, puis les négociations sont reparties de plus belle avec les Européens.
Elles se sont concentrées sur le dernier obstacle en vue de l’accord : la manière d’éviter le retour d’une frontière entre Irlande du Nord et République d’Irlande. C’est cette question qui a fait, de nouveau, dérailler les discussions ce week-end. En décembre 2017, Michel Barnier avait proposé un « backstop », une « clause de sauvegarde » pour empêcher le retour de cette frontière, quelle que soit la relation future entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept.
Le but est de préserver les accords de paix de 1998, qui mirent fin à trente ans de conflit armé entre unionistes et nationalistes en Irlande du Nord. Selon ce « backstop », l’Irlande du Nord resterait dans le marché intérieur pour les biens et l’agriculture. Les contrôles douaniers devenus nécessaires s’effectueraient, non en Irlande, mais entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.
Londres considère cette solution comme une violation insupportable de son intégrité territoriale. Pour contourner le problème, Mme May avait proposé en juillet que l’ensemble du Royaume-Uni reste dans « un arrangement douanier temporaire » avec l’Union. Cette option a été définitivement repoussée par les Vingt-Sept, qui insistent sur un backstop garanti dans le temps. Michel Barnier tente depuis quelques semaines une stratégie de « dédramatisation » : les contrôles, nécessaires en mer d’Irlande, mais ils pourraient être minimaux.

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          Qu’est-ce que le « backstop » proposé par l’UE pour résoudre la question irlandaise ?



Mais côté Britanniques, on voudrait des garanties sémantiques que le « backstop » ne s’appliquera jamais. Les Brexiters durs bloquent par ailleurs sur la solution consistant à prolonger l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union douanière. Les Unionistes nord irlandais, partenaires de coalition de Mme May, continuent, eux, à refuser tout filet de sécurité.

   


A quoi va servir le sommet du 17 octobre ?
En l’absence de nouvelle proposition britannique, les Vingt-Sept devraient profiter de ce moment pour mettre en scène, comme à Salzbourg, leur soutien à Michel Barnier, seul et très apprécié négociateur pour l’Union. Ils devraient aussi insister sur leur unité – assez remarquable depuis le début des discussions avec Londres, même si les Britanniques continuent encore à parier sur leur désunion.

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          La Commission prépare activement les Etats membres à un « no deal »



Très probablement, ils tireront aussi la sonnette d’alarme sur le risque de « no deal », et souligneront la nécessité de s’y préparer désormais très activement. Coup de bluff destiné à mettre une pression maximale sur Mme May, en vue d’un atterrissage définitif des négociations lors d’un « dernier dernier » sommet éventuellement convoqué en novembre ? Peut-être.

Notre sélection d’articles pour comprendre le Brexit
Retrouvez les contenus de référence du Monde.fr traitant du Brexit :
à la veille d’un sommet européen « spécial Brexit » crucial, qui s’ouvre le mercredi 17 octobre, les Vingt-Sept et le gouvernement britannique de Theresa May sont passés tout près d’un accord ;les discussions doivent se terminer avant la fin de l’année 2018, pour laisser le temps aux Parlements britannique et européen de ratifier le texte ;à moins de six mois de la sortie officielle du Royaume-Uni, le 29 mars 2019, le statut de l’Irlande du Nord reste le principal point sensible pour Theresa May au sein de sa coalition ;en parallèle aux négociations, la Commission européenne prévient les Etats membres de la possibilité d’un « no deal ». La France s’y prépare particulièrement, tout comme le Royaume-Uni ;même avec la signature d’un accord, les négociations devraient encore durer plusieurs années, afin de fixer les relations sur le commerce et la sécurité entre les deux parties ;le décryptage de l’accord trouvé entre Londres et Bruxelles sur la période de transition ; zoom sur la City de Londres, dont les intérêts sont délaissés dans les négociations avec l’UE par Theresa May pour des raisons politiques ;l’analyse de deux ans de reculs et de concessions britanniques face à l’UE ;l’immense majorité des entreprises britanniques redoute les conséquences du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne ;le parallélisme entre le projet des « hard brexiters » conservateurs et celui du président américain, Donald Trump, est patent, estime dans son analyse le correspondant du Monde à Londres ;comprendre les arguments pour et contre la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ;retour sur trente ans d’histoire tumultueuse entre le Royaume-Uni et l’UE.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-3"> ¤ Le 6 novembre 2018, les élections de mi-mandat américaines pourraient changer le visage politique du pays. Explications en vidéo.
<filname="PROF-0,2-3208,1-0,0-3"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-4"> ¤ Si le joueur est soutenu par des dirigeants du pays, des voix se font entendre pour dénoncer le traitement médiatique de la victime présumée, Kathryn Mayorga.
<filname="PROF-0,2-3208,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Malgré les accusations de viol, Cristiano Ronaldo presque intouchable au Portugal

Si le joueur est soutenu par des dirigeants du pays, des voix se font entendre pour dénoncer le traitement médiatique de la victime présumée, Kathryn Mayorga.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 14h11
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 16h26
    |

                            Alexandre Pedro (envoyé spécial à Lisbonne)








                        



   


« Cristiano Ronaldo, vous qui êtes le plus célèbre Portugais au monde… » Le 14 janvier 2015, Marcelo Rebelo de Sousa attaque l’interview du footballeur par cette assertion en guise de présentation. L’homme n’est pas un journaliste comme les autres. Chroniqueur pour la chaîne privée SIC, Rebelo de Sousa (classé au centre droit) sera élu un an plus tard président de la République. Pourtant ce jour-là, c’est bien lui qui se rend en audience dans la villa madrilène de Ronaldo où il l’interroge avec déférence sur sa réussite et sa vision de son pays en tant que « Portugais du monde ».

Trois et demi plus tard, le Portugais le plus illustre traverse une passe difficile. Kathryn Mayorga, une Américaine de 34 ans, accuse l’actuel attaquant de la Juventus Turin de l’avoir violée en juin 2009 à Las Vegas et en témoigne à visage découvert pour l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Le dossier a été rouvert par la justice américaine, et Ronaldo encourt jusqu’à dix ans de prison dans l’Etat du Nevada si sa culpabilité est avérée.

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Le 5 octobre, Marcelo Rebelo de Sousa a apporté ce qui ressemble à un soutien. « Je ne change pas d’idée concernant le rôle sportif et national pour notre pays de quelqu’un aujourd’hui concerné par une affaire judiciaire », a estimé le dirigeant en marge du 118e anniversaire de la proclamation de la République portugaise.
Le lendemain, le premier ministre, Antonio Costa, volait aussi au secours de la star poursuivie : « Cristiano Ronaldo a montré qu’il était un sportif et un footballeur extraordinaire qui fait la fierté du Portugal. Il ne suffit pas que quelqu’un soit accusé d’une chose pour qu’il soit considéré comme coupable. »
Les deux hommes s’appuient, bien sûr, sur la présomption d’innocence pour justifier leurs propos, mais ils en appellent aussi à la figure patriotique incarnée par Ronaldo dans un pays où le football occupe une place dévorante.
Alors, interdiction ne serait-ce que de s’interroger sur l’affaire qui implique l’icône et le capitaine vainqueur de l’Euro 2016 avec la Seleçao ? « Nous sommes jaloux de ceux qui ont du succès au Portugal, c’est insupportable », s’emportait ainsi José Peseiro, entraîneur du Sporting Portugal (club formateur de Ronaldo), le 6 octobre.
Patriotisme contre le mouvement #MeToo
« Ce n’est pas une surprise, le monde du football est terriblement machiste », déplore Joao Miguel Tavares. Chroniqueur influent pour la chaîne TVI et le quotidien Publico, le journaliste a été un des premiers à faire entendre une voix discordante. Il plante le décor :
« Nous assistons à un choc entre le patriotisme lié au football à travers la figure de Ronaldo et d’un autre côté ce combat pour dénoncer les agressions sexuelles, qui est encore timide au Portugal. Le mouvement #metoo y est surtout connu et discuté par une certaine élite intellectuelle. »
Miguel Tavares raconte que dans les émissions de débats sur le ballon rond qui font le bonheur des télévisions en seconde partie de soirée, la plaignante est le plus souvent décrite comme une opportuniste, quand ce n’est pas – à tort – une prostituée.
Le 4 octobre, Paulo Dentinho s’est pourtant insurgé au milieu de la nuit. Le directeur de l’information de RTP (télévision publique) a écrit dans Publico : « Il y a les femmes violées de première catégorie, celle de deuxième ou de troisième. Tout dépend de leur statut à “elles” mais surtout à “eux”… Si son violeur porte une auréole de héros national, elle est forcément une pute ou, dans les meilleurs des cas pour elle, une provocatrice sans scrupule. »
Le message provoque une avalanche de commentaires et Dentinho quittera ses fonctions le 11 octobre. Il n’est toutefois pas le seul à critiquer la façon dont le pays appréhende cette affaire.
« Si la théorie de la dénégation explique les réactions d’une foi absolue en Cristiano Ronaldo et les insultes proférées à la femme qui l’accuse, peut-être qu’une séance de thérapie devrait être prescrite à 10 millions de Portugais », avance l’éditorialiste Ana Sa Lopes dans un article de Publico au titre évocateur : « Saint Ronaldo et les prostituées ».
L’affaire Mayorga renvoie le pays au rôle d’emblème national tenu par l’enfant de Madère. Ce rôle qui lui a été confié et que l’intéressé a accepté de bon cœur. Après l’Euro remporté en 2016, le philosophe Manuel Sergio (mentor d’un certain José Mourinho, l’actuel entraîneur de Manchester United, et auteur de plusieurs ouvrages sur le football), théorisait à propos de la figure de « CR7 » :
« Nous sommes un petit pays périphérique de l’Europe, pauvre, dont la splendeur remonte à cinq siècles mais qui vit toujours un peu avec ce fantasme d’une grandeur passée. A travers le foot et la figure de Cristiano Ronaldo, nous pouvons l’instant d’un tournoi rivaliser avec des pays comme la France, l’Angleterre, l’Allemagne avec lesquels nous ne sommes pas en compétition dans les autres domaines. »
« On a dépassé le stade épidermique du début »
Dans ce contexte, la tenue d’un débat calme et rationnel ne va pas de soi. Comme en témoignent les propos tenus par Miguel Albuquerque, président du gouvernement régional de Madère, le 6 octobre dans les colonnes de Jornal da Madera. « Les gens savent que tout ceci est l’opportunité pour une gonzesse de lui [Ronaldo] soutirer de l’argent », avance celui qui a décidé en 2017 de donner le nom de Cristiano Ronaldo au principal aéroport de l’île.

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Députée socialiste, Isabel Moreira, est l’une des rares figures politiques à demander de la considération pour la plaignante. « Le niveau de misogynie qu’on peut observer est impressionnant, déplore l’élue, connue pour son engagement féministe. La présomption d’innocence doit être respectée, mais nous sommes face à un travail journalistique sérieux. Parce que Kathryn Mayorga a été modèle, sa moralité est douteuse ; parce qu’elle l’a suivi dans sa suite, elle aurait perdu le droit de lui dire non. »
Depuis dimanche, la tempête Leslie – responsable d’importants dégâts dans le centre du pays – a mis quelque peu les débats autour de l’affaire de Las Vegas sur pause. Avant cela, Joao Miguel Tavares observait un début de changement dans l’opinion publique. « On commence à entendre des gens dire : “Du calme, cette histoire est bien plus compliquée pour Cristiano qu’on veut le présenter.” On a dépassé le stade épidermique du début où on ne voulait pas entendre parler de cette affaire. »
De là à imaginer une éventuelle prise de distance avec l’idole, il existe encore une marge, estime le journaliste. « Comme la justice est très lente ici, les Portugais doivent espérer que ça soit aussi le cas dans cette affaire et qu’elle sera jugée au pire quand Cristiano aura 45 ans et aura rangé ses crampons depuis un moment. Dans le fond, personne n’arrive à se projeter l’image d’un Cristiano avec la tenue orange des prisonniers aux Etats-Unis. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-5"> ¤ Les morts par abus d’antidouleurs constituent aux Etats-Unis une des pires crises sanitaires de l’histoire récente.
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L’addiction aux opiacés, première cause de mort par overdose en France

Les morts par abus d’antidouleurs constituent aux Etats-Unis une des pires crises sanitaires de l’histoire récente.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 18h09
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 18h49
    |

            Nathaniel Herzberg et 
Pascale Santi








                        



                                


                            

Elle n’avait jamais fumé, jamais pris la moindre drogue, « j’avais l’alcool un peu facile, quand même ». Pourtant, après six ans de hauts et de bas, d’arrêts et de rechutes, Lucie est formelle (le prénom a été changé) : « Je suis addict et je ne peux plus m’en sortir seule. » Pour cette femme de 34 ans, la rencontre avec les médicaments opiacés a eu lieu il y a six ans, après une opération des yeux. « J’avais mal, l’ophtalmo m’a prescrit du Dafalgan codéiné, se souvient-elle. Tout de suite, j’ai accroché. La diminution de la douleur mais aussi un apaisement corporel, un bien-être. Mais j’ai arrêté à la fin du traitement. C’est quelques mois plus tard, lors d’une crise de névralgie que j’ai recommencé. » Cette fois, l’ingénieure médicale ne se ­contente pas des prescriptions. « C’est devenu une béquille. Si j’avais mal quelque part, ou un coup de mou, ça me faisait du bien. D’abord de façon épisodique, puis régulière, puis tous les jours. En quelques mois, je suis devenue accro. Sans produit, j’étais en manque : des bouffées de chaleur, des douleurs musculaires, des pics de tension… Je ne supportais pas d’être comme une droguée, j’ai décidé d’arrêter. »
Peu à peu, elle diminue les doses et finit par se ­sevrer du produit. Mais lors d’un nouvel épisode de névralgie, elle consulte un ami rhumatologue. « Il m’a proposé du Tramadol. Je lui ai dit que j’avais été accro à la codéïne mais il m’a rassurée : ça n’a rien à voir. Et j’ai replongé. En pire. Le produit est beaucoup plus puissant. J’ai essayé plusieurs fois d’arrêter mais les crises de manque sont beaucoup plus violentes. J’en prends tous les jours, je prévois mes boîtes quand je pars en voyage. Le produit me fait de moins en moins d’effet. J’en prends de plus en plus. Je suis à la dose maximum quotidienne autorisée. Sauf que ça fait deux ans alors qu’on ne devrait pas dépasser une semaine. » Comment trouve-t-elle les médicaments ?« Je vais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-6"> ¤ Une zone démilitarisée devait être créée aux limites de la province, en vertu d’un accord passé entre la Russie et la Turquie.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/10/2018
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En Syrie, les djihadistes refusent de se retirer de la zone démilitarisée

Une zone démilitarisée devait être créée aux limites de la province, en vertu d’un accord passé entre la Russie et la Turquie.



LE MONDE
 |    14.10.2018 à 22h04
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 11h53
   





                        



Très implantés dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, les djihadistes de Hayaat Tahrir al-Cham (HTS), la plus importante faction armée de l’enclave, ont fait savoir dimanche 14 octobre qu’ils comptaient poursuivre le combat contre le régime et qu’il était hors de question pour eux de rendre les armes. Ainsi, ils occupaient toujours, après la date limite prévue pour leur départ par le plan russo-turc, ce 15 octobre, une zone devant être démilitarisée.
« Nous n’abandonnerons pas le choix du djihad et du combat pour réaliser les objectifs de notre révolution bénie, en premier lieu faire tomber le régime criminel », a déclaré, par le biais d’un communiqué, HTS, principale alliance djihadiste à Idlib et issue de l’ex-branche syrienne d’Al-Qaida. « Nous n’abandonnerons pas nos armes », a affirmé le groupe, sans toutefois annoncer clairement s’il rejetait le traité du 17 septembre.
Mais dans ce qui apparaît comme une volonté de ménager la Turquie, qui s’est engagée auprès de Moscou à faire respecter les termes de l’accord de Sotchi du 17 septembre, le groupe djihadiste s’est bien gardé d’évoquer toute reprise des hostilités ou d’exprimer un rejet clair de l’accord.
Dans une référence implicite à la Turquie, HTS précise « apprécier les efforts de tous ceux qui luttent à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie pour protéger les zones libérées [du régime] et empêcher leur destruction ou des massacres ». Dans les faits,
MM. Poutine – allié du président Bachar Al-Assad – et Erdogan – qui soutient les rebelles – se sont mis d’accord sur la création d’une zone démilitarisée de 15 à 20 kilomètres de large, le long de la ligne de front entre forces rebelles et troupes progouvernementales. Une zone dont « tous les combattants radicaux » devaient se retirer.
Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), aucun retrait visible n’a été constaté avant minuit.

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Tirs au mortier

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Le Front national de libération (FNL), principale alliance rebelle, l’a officiellement endossé et a affirmé avoir totalement retiré ses armes lourdes, la semaine dernière, selon la date butoir établie. Mais samedi soir, plusieurs tirs au mortier venant de la zone tampon ont visé une position militaire dans le nord de la province voisine de Hama, tuant deux soldats, ainsi que des secteurs de la province d’Alep, a rapporté l’OSDH. L’origine de ces tirs – rebelles, djihadistes ou même dissidents de HTS – n’est pas connue.

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Le quotidien syrien prorégime Al-Watan a aussi fait état de bombardements, visant l’ouest de la province d’Alep. Damas a, de son côté, bombardé par intermittence ces derniers jours la zone tampon, a rapporté l’OSDH. Dans la soirée de dimanche, de nouvelles frappes du régime ont été enregistrées sur un secteur de la province de Hama, situé « dans l’ouest » de cette zone.
Deux scénarios
Dans un rapport du centre de réflexion Omran, établi en Turquie, le spécialiste de la Syrie, Nawar Oliver, estime que si le HTS fait capoter l’accord, deux scénarios sont à envisager :
« Soit la Turquie et le FNL lancent une offensive militaire contre HTS, soit la Russie saisit l’occasion avec le soutien du régime et ses alliés pour entrer à Idlib. »
« La vraie question, alors que l’accord d’Idlib arrive à échéance, est la priorité de la Russie : l’esprit de l’accord de Sochi et, plus généralement, son partenariat avec la Turquie, ou la mise en œuvre à la lettre des termes de cet accord ? », estime Sam Heller, chercheur à l’International Crisis Group.
M. Assad, qui a maintes fois fait part de sa volonté de reconquérir l’ensemble de la Syrie, a qualifié de « temporaire » l’accord russo-turc et assuré qu’Idlib et les régions voisines reviendraient à terme sous contrôle de Damas.
Ce traité entre Ankara et Moscou n’est que le dernier en date d’une série de trêves conclues au cours des sept années de guerre, qui ont fait plus de 360 000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-7"> ¤ Des milices combattent depuis plus d’un an pour l’indépendance des régions Sud-Ouest et Nord-Ouest. Les premières victimes des violences sont les populations civiles
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Reportage

Les anglophones du Cameroun pris entre les feux de l’armée et des séparatistes

Des milices combattent depuis plus d’un an pour l’indépendance des régions Sud-Ouest et Nord-Ouest. Les premières victimes des violences sont les populations civiles

Cyril Bensimon (Buéa, Cameroun, envoyé spécial)
    



LE MONDE
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        Le 12.10.2018 à 18h00

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        Mis à jour le 13.10.2018 à 11h57






                        

Crédits : MARCO LONGARI / AFP


                    

Un épais brouillard enveloppe Buéa en cette matinée d’octobre. Il ne peut cependant dissimuler les crimes commis et la peur qui a envahi les esprits dans la capitale de la région Sud-Ouest comme dans l’autre région anglophone du Cameroun, le Nord-Ouest. L’entrée de la ville a été désertée de ses habitants, laissée aux seuls militaires et policiers, qui en contrôlent les entrées et les sorties. Quelques épaves de véhicules calcinés, des douilles de gros calibre sur la chaussée, des marchés et des maisons laissés à l’abandon indiquent ce que chacun nomme ici pudiquement « la situation » est en réalité une guerre qui ne dit pas son nom.

Un conflit à huis clos entre les soldats d’un régime autiste et vieillissant et des milices qui combattent pour l’improbable indépendance d’un Etat qu’elles nomment Ambazonie. Les victimes sont à chercher parmi ceux que les premiers sont censés protéger et les seconds libérer. « En un an, nous avons reçu plus de 100 blessés par balle, à 90 % des civils, alors que, lors des cinq années précédentes, nous n’en avions pas vu plus de deux », se désole George Enow Orock, le directeur de l’hôpital de Buéa.
« Peur des balles perdues »
A la mi-septembre, Amnesty International comptabilisait que « depuis un an, jusqu’à 400 citoyens ont été tués par les forces de sécurité et les séparatistes armés ». Un bilan que l’organisation de défense des droits humains considère comme très probablement sous-estimé. Sous couvert d’anonymat, un officier de l’armée camerounaise avance que « le pouvoir ne communique pas dessus mais, dans les échanges de feu, les soldats ont éliminé des centaines de sécessionnistes ». Amnesty International a pour sa part recensé « plus de 160 cas de membres des forces de sécurité morts aux mains des séparatistes armés ». 

A ces chiffres, il faudrait ajouter la multitude de villages brûlés, les gens qui ont dû fuir leur domicile, les arrestations...



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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-8"> ¤ Déterminé à ce que la cession à un repreneur soit privilégiée par le constructeur, le ministre de l’économie a alerté le gouvernement américain.
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Ford privilégie la fermeture de l’usine de Blanquefort, un choix « indéfendable » pour Le Maire

Déterminé à ce que la cession à un repreneur soit privilégiée par le constructeur, le ministre de l’économie a alerté le gouvernement américain.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 15h50
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 16h11
   





                        



   


Le choix du constructeur automobile de fermer son usine de Blanquefort, en Gironde, plutôt que de la céder à un repreneur, a suscité la colère de Bruno Le Maire qui juge cette position « indéfendable » par le ministre de l’économie qui a alerté le gouvernement américain.
« J’ai eu le président de Ford, vendredi dernier, au téléphone et le président m’a annoncé qu’entre une reprise du site par Punch et la fermeture de l’usine, l’option privilégiée par Ford était la fermeture de l’usine. Je suis en désaccord total avec ce choix », a dit M. Le Maire à Bordeaux, à l’issue d’une réunion avec des élus locaux et des représentants des quelque 850 salariés. « S’ils pensent qu’ils peuvent mettre la clé sous la porte sans que ni l’Etat ni les collectivités locales ne réagissent, ils se trompent ! Nous allons nous battre et nous ne nous laisserons pas faire », a lancé le ministre.
Déterminé à ce que « l’option de la reprise soit retenue » par le constructeur, M. Le Maire a affirmé avoir multiplié au cours du week-end les appels auprès de l’administration américaine. Il a dit avoir téléphoné au secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, et au conseiller économique du président Donald Trump pour « obtenir leur soutien » et qu’ils alertent « la direction de Ford sur ce qui se passe actuellement sur le site de Blanquefort », près de Bordeaux.

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                Ford discute avec un possible repreneur pour l’usine de Blanquefort, en Gironde



Un choix « incompréhensible »
« Je souhaite que nous nous mobilisions tous pour maintenir l’activité industrielle (…) et que plutôt qu’une fermeture nous allions vers une reprise par Punch » Powerglide, « un repreneur solide » qui fabrique lui aussi des boîtes de vitesses, à Strasbourg, a-t-il dit. Selon lui, « si Ford prenait la décision de fermer sèchement l’usine de Blanquefort, le coût serait supérieur à une reprise », un choix « incompréhensible ».
Pour Philippe Poutou, délégué CGT de l’usine, l’américain « préfère fermer l’usine que favoriser la reprise car cela lui coûte moins cher au global » puisqu’une reprise signifie « obligatoirement des engagements de Ford pour assurer la transition » car « le repreneur aurait un plan sérieux mais pas avant trois ans ».
En septembre, M. le Maire avait, en effet, invité Ford « à prendre ses responsabilités », l’appelant à « participer à cette période de transition » du site qui compte 847 salariés. Le ministre avait qualifié d’insuffisant le plan de charge et souhaité « avoir des assurances sur les volumes [de commandes de boîtes de vitesses et de carters, que fabrique l’usine] que Ford va laisser en 2019, 2020 et 2021 ».

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                Ford Blanquefort : Bruno Le Maire crée « un groupe de travail » pour maintenir l’activité




   


Aide financière
Etat et collectivités territoriales se sont, de leur côté, engagés lundi à apporter une aide financière, afin de permettre la réussite de cette reprise. M. Le Maire a assuré que l’Etat était prêt à investir cinq millions d’euros à Blanquefort.
Alain Juppé, président de Bordeaux Métropole et maire de la ville, a lui aussi dénoncé l’attitude du constructeur américain. « Ford continue à nous mener en bateau », a-t-il estimé, ajoutant que « les collectivités territoriales se sont engagées à apporter 12,5 millions d’euros ». Les deux tiers seraient financés par la région Nouvelle-Aquitaine et un tiers par la Métropole « ce qui est une aide considérable », a-t-il détaillé en quittant la réunion avant la fin.
Même colère d’Alain Rousset, le président de la région Nouvelle-Aquitaine, pour qui « Ford a envie de plier les gaules », ce qui est « totalement inadmissible ». Il souhaite que la Commission européenne soit interpellée afin d’examiner les aides qu’elle verse à Ford Europe. Fin février, Ford avait annoncé cesser tout investissement dans son usine girondine, et rechercher un repreneur pour le site implanté dans la banlieue bordelaise depuis 1972. Selon Philippe Poutou, sur les 847 salariés du site, 390 souhaitent partir en préretraite et un maximum de 400 pourraient être repris par Punch.

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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-9"> ¤ Le nouveau smartphone, qui sera commercialisé en France le 2 novembre, bouleverse nos habitudes en éliminant les touches de navigation emblématiques d’Android.
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Pixel 3 : on a testé les nouveaux menus du smartphone de Google, qui préfigurent l’Android de demain

Le nouveau smartphone, qui sera commercialisé en France le 2 novembre, bouleverse nos habitudes en éliminant les touches de navigation emblématiques d’Android.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 18h04
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 18h38
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                            Nicolas Six








                        



   


Pour des millions de Français qui possèdent un smartphone Android, les trois petits boutons visibles en bas de l’écran sont l’ABC de la navigation. Leurs habitudes pourraient être bientôt bouleversées par la disparition de ces touches sur le smartphone Pixel 3 XL, que nous testons en avant-première avant sa commercialisation, le 2 novembre.
Le Pixel 3 n’est pas n’importe quel mobile : il a été conçu directement par Google, qui est aussi le concepteur du système d’exploitation Android pour smartphone. Il s’agit du laboratoire de l’Android de demain. A moins d’un spectaculairement revirement, les trois boutons auxquels nous sommes habitués vivent peut-être leurs derniers mois.
Un bouton unique devrait leur succéder, large et intrigant, comme le montre le Pixel 3 :

   


Comment justifier cette évolution ? Google invoque les retours de ses utilisateurs, nombreux à trouver les menus d’Android trop complexes. « Vous nous avez confié (qu’Android) était plus compliqué que nécessaire (…) Nous avons accordé une importance toute particulière à la simplicité dans sa nouvelle version », lançait un cadre de Google pendant la conférence i/o en mai, avant d’annoncer la disparition de ces touches.
Cette suppression simplifie-t-elle vraiment Android ? Sur le Pixel 3 XL, sans les trois boutons habituels, comment fait-on pour revenir à l’accueil ? Revenir en arrière ? Afficher les applications récemment utilisées ? Voici nos éléments de réponse.
Des gestuelles pour remplacer les boutons
Sur le Pixel 3, pour fermer une application et revenir à l’accueil, on presse l’unique bouton qui figure au bas de l’écran. Pour afficher les dernières applications ouvertes, on fait ensuite glisser son doigt vers le haut, ce qui fait apparaître un menu que les connaisseurs ont baptisé « multitâche ». Notons au passage la barre d’applications qui s’affiche au bas : son contenu change selon le contexte. Elle déboussolera certains utilisateurs.



Ces nouveaux principes de navigation rappellent énormément ceux inaugurés dès 2017 par l’iPhone X d’Apple, tout en se montrant un peu moins clairs et fluides. Ils représentent une avancée pour les grands débutants d’Android. Pour la première fois, on peut qualifier de « faciles » les menus du logiciel central le plus utilisé sur smartphone.
Que devient la touche de retour en arrière, symbolisée par un petit triangle ? Elle n’a pas tout à fait disparu : elle ne s’affiche jamais sur la page d’accueil, mais elle apparaît lorsque c’est nécessaire. Son dessin est beaucoup plus discret qu’auparavant.
Plus clair et plus rapide
L’ancien trio de boutons n’était pas un modèle de simplicité. Comparativement à l’unique bouton des iPhone, leur maîtrise était moins instinctive. Ils étaient logés bas sur l’écran, à un endroit où le pouce devient moins précis, ce qui pouvait compliquer leur activation. Ce trio était souvent proche des applications logées juste au dessus, au point que certains utilisateurs les déclenchaient occasionnellement par erreur.
Qu’en penseront les vieux routiers et experts d’Android, eux qui maîtrisaient ces trois boutons à la perfection ? Les plus pressés regretteront peut-être la disparition du bouton multitâche : la gestuelle qui le remplace est un plus lente. Il existe bien une autre manière d’accéder au menu multitâche, en faisant glisser le doigt vers le côté. Un carrousel d’applications apparaît alors. Il tourne malheureusement lentement.



En revanche, si l’on souhaite simplement accéder à la dernière application ouverte, il suffit de balayer le bas de l’écran vers la droite. C’est pratique, rapide, et cela devrait beaucoup plaire aux utilisateurs pressés.
Le tiroir d’applications est caché
Mais que devient le tiroir d’applications, le menu qui énumère toutes les applications installées sur le smartphone ? Jusqu’à l’arrivée des nouveaux Pixels, il apparaissait d’un glissement du doigt vers le haut, or cette gestuelle a désormais un autre rôle, celui de faire apparaître le menu multitâche. Pour afficher le tiroir d’applications, il faut désormais faire glisser le doigt deux fois :



La manœuvre est plus lente et compliquée qu’auparavant, mais il existe une façon plus rapide d’y accéder. Il suffit de faire glisser le doigt plus franchement, en allant jusqu’en haut de l’écran.
Les iPhone n’ont pas de tiroir d’application, ce qui simplifie leur usage. Toutes leurs applications sont logées directement sur l’écran d’accueil. C’est plus facile à comprendre que sur Android, où elles sont parfois logées à deux endroits différents : sur l’écran d’accueil et dans le tiroir d’applications.
Vaincre les habitudes
Dans quelques années, ces commandes simplifiées seront probablement utilisées par des millions de Français. Et beaucoup risquent de vivre quelques moments difficiles. Nous ne manipulons pas les menus d’un smartphone en pleine conscience : notre cerveau a partiellement automatisé cette tâche. Or les automatismes ont la peau dure, il faut beaucoup de temps pour les reprogrammer : quelques jours à quelques mois. Pour se faire un avis définitif sur ces changements, il faudra donc leur accorder du temps.
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles Google ne laisse pas la possibilité, sur ses Pixels 3, de réinstaller l’ancien trio de bouton. Les plus rétifs aux nouvelles commandes pourront cependant les ramener à la vie via cette astuce :

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                Smartphone Android : comment personnaliser les menus à son image



Reste à savoir si Google restera campé sur cette position radicale dans les prochaines mises à jour d’Android, ou si l’option « retour aux anciens boutons » sera proposée. Une question plus importante encore se pose : Google forcera-t-il tous les fabricants de smartphones à imposer ces nouvelles commandes à leurs clients, sans possibilité de revenir en arrière ?



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-10"> ¤ Libéré dimanche après 50 jours de détention, l’opposant au Kremlin est la cible d’une nouvelle enquête judiciaire pour une attaque en « diffamation » datant de 2016.
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Russie : à peine sorti de prison, l’opposant Navalny poursuivi pour « diffamation »

Libéré dimanche après 50 jours de détention, l’opposant au Kremlin est la cible d’une nouvelle enquête judiciaire pour une attaque en « diffamation » datant de 2016.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 14h57
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L’opposant au Kremlin Alexeï Navalny, libéré dimanche après cinquante jours de prison, a annoncé lundi 15 octobre être la cible d’une nouvelle enquête judiciaire pour une attaque en « diffamation » remontant à 2016. « Ce matin, mon avocat a reçu un appel d’un enquêteur du ministère de l’intérieur disant que je devais me présenter aujourd’hui dans le cadre d’une enquête », a déclaré l’opposant de 42 ans dans un message publié sur son site internet.
Selon M. Navalny, cette nouvelle enquête concerne la plainte d’un ancien enquêteur du ministère de l’intérieur, Pavel Karpov, qui l’avait poursuivi en 2016 pour « diffamation » à la suite de la publication d’un message sur le blog de l’opposant. Dans ce message, Alexeï Navalny reprenait des accusations sur le train de vie de M. Karpov et sur ses liens supposés avec la mort dans une prison russe du juriste Sergueï Magnistki, à l’origine en 2012 et en 2013 d’une importante crise diplomatique entre la Russie et les Etats-Unis. Après cette plainte déposée en mai 2016, M. Navalny avait été interrogé par la police, et son appartement avait été fouillé par les enquêteurs.
« Dieu sait comment fonctionne la machine juridique »
« De ce que je comprends, on ne peut pas me mettre en détention à l’heure actuelle sur la base de cette accusation, seules de très fortes amendes sont prévues », a précisé M. Navalny. « Mais Dieu sait comment fonctionne la machine juridique complexe et ingénieuse imaginée par Poutine », a-t-il poursuivi, soulignant que cette affaire avait été « mise au placard » puis « ressortie ».
Farouche opposant au président Vladimir Poutine, Alexeï Navalny a été condamné à la fin d’août à trente jours de prison pour une manifestation non autorisée en janvier appelant à boycotter l’élection présidentielle du 18 mars. Le blogueur anticorruption avait accusé les autorités de l’avoir envoyé en prison pour l’empêcher de manifester le 9 septembre contre un impopulaire projet gouvernemental de réforme des retraites, alors que se tenaient des élections régionales et locales. Des milliers de Russes avaient cependant répondu à son appel dans tout le pays, et la police avait procédé à plus d’un millier d’arrestations, de manière parfois très musclée.
Le 24 septembre, à peine sorti de prison, Alexeï Navalny avait de nouveau été arrêté et condamné à vingt jours de détention pour avoir appelé à manifester contre la réforme des retraites, promulguée au début d’octobre.

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                Russie : la stratégie du boycottage de l’opposant Alexeï Navalny






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-11"> ¤ Huit premières plaintes ont été enregistrées à la mi-juin contre des fabricants et des décideurs qui autorisent l’herbicide de Monsanto, filiale de Bayer.
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Glyphosate : plus de quarante nouvelles plaintes contre son utilisation

Huit premières plaintes ont été enregistrées à la mi-juin contre des fabricants et des décideurs qui autorisent l’herbicide de Monsanto, filiale de Bayer.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 18h00
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La principale substance du Roundup de Mansanto fait l’objet de quarante-quatre nouvelles plaintes déposées lundi 15 octobre devant le tribunal de Foix (Ariège) contre des fabricants et décideurs qui autorisent l’herbicide le plus utilisé en France, a annoncé l’association Campagne glyphosate. Ces plaintes nominatives pour « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée » et « atteinte à l’environnement » s’ajoutent aux huit déjà enregistrées, les premières en France, le 15 juin, devant la même juridiction. Une cinquantaine d’autres devraient être déposées d’ici à la fin d’octobre.
La procureure de la République de Foix s’est dessaisie du dossier au profit du pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris, chargé des investigations.
Lancée au printemps 2018 par le collectif des Faucheurs volontaires, la Campagne glyphosate vise à rechercher le taux de glyphosate dans les urines des citoyens et ensuite à porter plainte contre les fabricants et décideurs qui autorisent ce produit de Monsanto, filiale de Bayer. Selon l’association ariégeoise, les résultats des quelque 150 premières analyses sont « inquiétants » et révèlent que « la moyenne des taux de glyphosate dans les urines des plaignants est environ quinze fois supérieure au taux maximum autorisé dans l’eau potable ».

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                Monsanto fait appel de sa condamnation à payer 289 millions de dollars à Dewayne Johnson



« Les plaintes visent des individus »
« Les plaintes visent des individus, PDG et membres des conseils d’administration des groupes qui fabriquent des pesticides à base de glyphosate comme Bayer-Monsanto, Barclay Chemicals, Adama France, Agrifar. Elles ciblent aussi les décideurs et organismes qui l’ont autorisé, comme le président et les membres de la Commission européenne ou du comité d’appel de la commission », a expliqué, Dominique Masset, coprésident de l’association Campagne glyphosate.
Limitées sur une période portant sur les deux derniers trimestres de 2017 et sur le premier trimestre 2018, elles visent également la gouvernance de l’Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, et l’AFSA, son homologue européen. Les Etats membres de l’Union européenne ont voté en novembre 2017 en faveur d’une nouvelle autorisation pour cinq ans de cet herbicide, le plus utilisé au monde. En France, alors qu’Emmanuel Macron s’était engagé à une sortie du glyphosate en 2021, les députés ont refusé en mai de l’inscrire dans la loi agriculture et alimentation.
Un jury américain a considéré en août que le Roundup était à l’origine du cancer développé par un agent d’entretien et avait condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars de dédommagements.

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                La mobilisation des « pisseurs involontaires de glyphosate » prend de l’ampleur






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-12"> ¤ Le ministre de l’éducation nationale, qui a su s’imposer sur les scènes politique et médiatique, est cité en exemple par l’Elysée et Matignon.
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Jean-Michel Blanquer, premier de la classe en Macronie

Le ministre de l’éducation nationale, qui a su s’imposer sur les scènes politique et médiatique, est cité en exemple par l’Elysée et Matignon.



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            Virginie Malingre et 
                                Mattea Battaglia








                        



                                


                            

Il n’y a pas que Richard Ferrand qui rêve d’un « Blanquer de l’intérieur », comme il l’a dit au JDD le 7 octobre, pour remplacer Gérard Collomb place Beauvau. A l’Elysée ou à Matignon, nombreux sont ceux qui, comme le président de l’Assemblée nationale, invoquaient ces derniers jours les qualités du ministre de l’éducation nationale quand il s’agissait de dresser le portrait-robot du ministre de l’intérieur idéal. « Technique et politique, il coche les deux cases », explique un proche du président. L’oiseau rare, issu de la société civile, inattaquable sur ses compétences, et en même temps à même d’expliquer sa vision. « Il est un objet macronien », résume un ministre.
Certes, Jean-Michel Blanquer est plus proche de la droite. Cet ancien recteur de Créteil et patron de l’Essec a d’ailleurs contribué au programme d’Alain Juppé durant la primaire de la droite et du centre. Il a également été directeur général de l’enseignement scolaire sous la présidence de Nicolas Sarkozy entre 2009 et 2012, quand 80 000 postes ont été supprimés au sein de l’éducation nationale. Et a participé à plusieurs rapports pour l’Institut Montaigne, un think tank libéral. Mais Jean-Michel Blanquer a surtout su imposer son image de « pragmatique », comme il aime à se définir. Il défend aussi bien le cartable numérique que l’apprentissage par cœur, les neurosciences ou la revalorisation des langues anciennes.

A l’instar d’Emmanuel Macron, le ministre de l’éducation pense aussi qu’il y a urgence à réformer. Depuis son arrivée rue de Grenelle, M. Blanquer est sur tous les fronts et lance des « transformations » tous azimuts. Quitte à mettre parfois le dialogue social en sourdine. Refondre le lycée, le bac, la voie professionnelle, la formation des enseignants… et les programmes en même temps. Lundi 15 octobre, le ministre devait présenter un projet de loi au Conseil supérieur de l’éducation qui va bien au-delà de l’abaissement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-13"> ¤ Editorial. Au-delà du recul des chrétiens-démocrates, l’élection régionale de Bavière a été marquée par la progression des Verts.
<filname="PROF-0,2-3208,1-0,0-13"> ¤                     
                                                

Europe : l’Allemagne à son tour dans la bataille

Editorial. Au-delà du recul des chrétiens-démocrates, l’élection régionale de Bavière a été marquée par la progression des Verts.



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15.10.2018 à 16h27
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Si le résultat des élections bavaroises du 14 octobre est un séisme politique pour Berlin, à l’échelle de l’Europe, déjà tant secouée depuis trois ans, on pourrait l’interpréter comme une réplique. On aurait tort, cependant, d’en minimiser l’ampleur : parce que l’Allemagne est l’Allemagne, parce qu’elle a, depuis l’après-guerre, constitué un pôle de stabilité, parce qu’elle joue un rôle déterminant au sein de l’Union européenne, cette réplique est d’une intensité considérable.

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Mais on aurait tout aussi tort de ne voir que les aspects négatifs d’une telle secousse. Trois enseignements principaux peuvent être tirés de l’élection régionale du Land de Bavière. Le premier concerne l’effondrement des partis traditionnels : les chrétiens-démocrates de la CSU, partenaire bavarois de la CDU d’Angela Merkel, accusent une chute historique de 10,5 points par rapport à 2013, même s’ils restent en tête avec 37,5 % des voix ; les sociaux-démocrates du SPD poursuivent, eux, leur descente aux enfers, comme en France, en Italie ou aux Pays-Bas, et passent même sous la barre des 10 % (9,7 %). C’est un phénomène désormais familier en Europe.
Le triomphe des Verts
Deuxième tendance lourde : l’ascension annoncée du jeune parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne), qui a bouleversé le paysage politique outre-Rhin. Avec 10,2 % des suffrages, il ne fait pas un score triomphal, mais il siège désormais dans 15 des 16 Parlements régionaux.
Troisième enseignement : le triomphe des Verts, qui arrivent en deuxième position avec 17,5 % des voix. C’est là, sans doute, la leçon la plus intéressante – et la plus positive – de ce scrutin. Jeunes, résolument pro-européens, pragmatiques et ouverts, les Verts bavarois ont mené une campagne intelligente et volontariste, sous la houlette d’une jeune femme de 33 ans, Katharina Schulze. Leur succès dépasse la préoccupation croissante de la société allemande à l’égard de l’écologie ; il reflète le désir d’une autre façon de faire de la politique et la recherche de nouvelles voies pour résister à la montée du populisme et des extrémismes.
La politique n’est pas morte. Le taux de participation particulièrement élevé (72 %), ce 14 octobre en Bavière, montre que l’exercice du droit de vote reste un ­instrument civique privilégié. L’affaiblissement des partis de gouvernement, qui ont fini par perdre leur identité dans d’épuisants compromis de coalitions, au profit de mouvements comme l’AfD ou les Verts qui, eux, affichent leurs convictions ou leurs projets comme marqueurs forts de leur identité, peut aussi être interprété comme un désir de repolitisation de l’électorat.
Une même dynamique
Cette repolitisation passe par l’offre d’une réelle alternative au populisme et aux extrêmes. Les succès électoraux des Verts le même jour en Belgique et au Luxembourg, confirmant une tendance déjà enregistrée en mars 2017 aux Pays-Bas, ou, sous une autre forme, la victoire d’Emmanuel Macron et d’En marche !, en France, l’an dernier, participent d’une même dynamique, déclinée différemment suivant les spécificités nationales.

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Au centre de cette dynamique se trouve le combat pour ou contre la démocratie, les sociétés ouvertes et le projet européen. C’est pour les défendre qu’une manifestation géante et pluraliste a rassemblé plus de 200 000 personnes, samedi, à Berlin, à la veille du scrutin bavarois. L’Allemagne est à son tour lancée dans cette bataille historique. A huit mois d’élections européennes cruciales, c’est une bonne nouvelle.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-14"> ¤ #Metoo en Afrique, un an après (2/3). Alors que le hashtag #balancetonsaïsaï avait été lancé dans l’indifférence générale, les propos sexistes d’un professeur de philosophie à la télé sénégalaise ont provoqué de vives réactions et libéré la parole des femmes.
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Enquête

Au Sénégal, « l’affaire Songué a été notre réveil Metoo »

#Metoo en Afrique, un an après (2/3). Alors que le hashtag #balancetonsaïsaï avait été lancé dans l’indifférence générale, les propos sexistes d’un professeur de philosophie à la télé sénégalaise ont provoqué de vives réactions et libéré la parole des femmes.

Par                                            Matteo Maillard (Dakar, correspondance)




LE MONDE
              datetime="2018-10-15T18:00:30+02:00"

        Le 15.10.2018 à 18h00






    
Le professeur Songué Diouf, chroniqueur dans l’émission « Jakaarlo Bi », sur la chaîne sénégalaise TFM, le 9 mars 2018 (capture d’écran).
Crédits : YouTube


Cela se voulait une plaisanterie. Le bon mot d’un chroniqueur de télévision. « Vous faites tout pour que nous vous violions et quand nous vous violons, nous allons en prison et vous continuez à être libre. […] Cette violence qu’elle [la femme] exerce est aussi grave que la violence que le violeur pourra exercer. Le pauvre qui est tombé dans le panneau prendra dix ans et celle qui a violé toutes les normes morales, sociales, religieuses, continuera à errer. » Ces phrases qui à une autre époque seraient sans doute passées inaperçues ont déclenché un tollé comme le Sénégal en a rarement connu.
Fatma, qui souhaite rester anonyme, se souvient bien de ce lendemain du 8 mars 2018, Journée internationale des droits des femmes. « La phrase a fait rire les invités sur le plateau. Moi je suis restée sidérée devant ma télévision », raconte cette psychologue qui fut elle-même victime d’agression sexuelle. Sur les réseaux sociaux encore silencieux, elle est la première à partager l’extrait vidéo de cette émission diffusée sur la très populaire chaîne TFM à une heure de grande écoute.

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Sous son post, les commentaires s’allongent rapidement. D’abord timide, la colère s’amplifie. Un comité se forme. Un communiqué est diffusé via les médias et sur le web pour condamner cette apologie du viol. « Ensuite, les réseaux se sont embrasés, laissant place aux débats sur les droits des femmes puis aux témoignages de harcèlement ou d’agression. C’est quelque chose d’assez rare dans notre société plutôt pudique. Ç’a été notre réveil #Metoo », résume Fatma.
Des dizaines de témoignages
Ce « réveil » sénégalais a été baptisé « l’affaire Songué », du nom du professeur de philosophie El Hadji Songué Diouf, le chroniqueur en question dans l’émission à forte audience « Jakaarlo Bi ». Le comité a décidé de déposer plainte pour apologie du viol et diffamation : 180 personnes se sont portées partie civile et de nombreuses personnalités de premier plan, comme la sociologue Fatou Sow ou la militante politique Marie-Angélique Savané, ont manifesté leur indignation, de même que l’Association des juristes sénégalaises.
« En quelques jours, nous avons reçu des dizaines de témoignages de femmes victimes de sévices sexuels, dont certains remontaient à plus de trente ans », raconte Oumy Ndour, journaliste et modératrice de la page Facebook Ladies Club, un lieu d’échange réservé aux femmes. « Célèbres ou anonymes, elles provenaient de toutes les catégories sociales. Par ses mots, Songué a fait ressurgir quelque chose de bien enfoui. Et le flot ne s’est pas tari puisqu’à ce jour, je reçois encore des témoignages. »



Saisi, le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) a condamné la chaîne – propriété du célèbre chanteur Youssou N’Dour – pour « manquements graves », reprochant au chroniqueur autant qu’au présentateur, Khalifa Diakhaté, de « faire d’un sujet aussi grave un objet de dérision en affirmant, pour justifier les cas de viol dont sont victimes les femmes, que ces dernières sont les responsables de leurs propres viols ». TFM a demandé des excuses à M. Songué Diouf et M. Diakhaté a remis sa démission.
« Sutura », la loi du silence
Les initiatrices du mouvement ont été les premières surprises par l’ampleur des réactions. « Au Sénégal, on applique le sutura, la retenue traditionnelle, une loi du silence sur les violences sexuelles », explique Ndèye Fatou Kane, écrivaine et féministe :
« On connaît toutes une amie, une voisine agressée, voire violée, mais pour que la cellule familiale n’explose pas, on se tait. Beaucoup disent qu’on n’est pas prêtes pour ce débat, mais à ce rythme on ne le sera toujours pas dans cinquante ans. Je pense qu’il était nécessaire que la parole se libère et Songué a été un prétexte. » 
Quelques semaines avant l’émission, dans le sillage de l’affaire Weinstein à l’origine du mouvement #metoo aux Etats-Unis puis dans le monde entier, elle avait lancé son propre hashtag sur le modèle de #balancetonporc, sa déclinaison française. Mais #balancetonsaïsaï (« balance ton pervers ») n’a pas connu un grand succès, pas plus que #nopiwouma (« je ne me tais pas », en wolof), une autre tentative. « Ici, on préfère compatir aux violences subies par les Américaines ou les Européennes de #metoo que s’exprimer sur celles qu’on subit. Par crainte des pressions familiales et sociales », poursuit Ndèye Fatou Kane.

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Des messages lui intimant de se taire, des commentaires menaçant de fouiller son passé et de révéler son intimité au public, Fatma en a reçu. « Je ne dormais plus la nuit. Je croyais être épiée, je craignais qu’on pirate mes mails. Une des filles du groupe sortait même avec un Taser [pistolet à impulsion électrique]. » Finalement, elle a craqué et s’est retirée de la plainte contre M. Songué Diouf au bout d’un mois. Elle n’est pas la seule : même le premier avocat chargé de la procédure a jeté l’éponge.
Requalifier le viol en crime
Aujourd’hui, cette plainte est au point mort. « Nous avons engagé un deuxième avocat, mais le manque de moyens nous empêche d’accélérer, explique Ndèye Khaira Thiam, psychologue et membre du comité. Une ONG souhaite reprendre la plainte à son compte. » Mais à quoi bon, se demandent certaines, puisque la peine maximale qu’encourt le chroniqueur pour apologie d’un délit se limite à 200 000 francs CFA (305 euros) ? « Notre combat est aussi de faire requalifier le viol en crime dans le Code pénal, soutient-elle. Et la peine maximale de dix ans d’emprisonnement n’est que rarement prononcée. »

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Pour elle comme pour les autres membres du groupe, il va falloir une profonde transformation de la société. « La situation des femmes est désastreuse : 3 200 cas de viol ont été déclarés en 2016, mais c’est peut-être 1 % des cas réels », déplore Serigne Mor Mbaye, président du Centre de guidance infantile et familiale de Dakar (Cegid), qui prend en charge les victimes de violences : 
« Il n’y a jamais eu depuis l’indépendance un projet de société qui intègre les femmes en s’appuyant sur leur créativité et leur résilience pour construire l’avenir. Si c’était le cas, il y aurait moins de mariages précoces, moins d’excisions. Le taux de scolarisation des filles est une calamité pour un pays qui aspire à l’émergence. Nous sommes dans une société gérontocratique où la religion envahit l’imaginaire des gens sans pour autant apporter de solutions. On ne peut confiner nos femmes et nos filles dans la violence et espérer aller de l’avant. »
Les combats sont nombreux
Nombreux sont les Sénégalais qui accusent ce mouvement émancipateur d’être un avatar de l’Occident visant à « profaner une culture, disloquer des familles et bouleverser des ménages », comme le soutient un cadre de TFM souhaitant garder l’anonymat. « On a tendance à croire qu’il n’y a qu’une culture sénégalaise : celle du corps qu’il faut cacher », explique Ndèye Khaira Thiam : 
« Mais cette pudeur est arrivée avec les religions monothéistes. Avant, nous avions dans notre histoire de nombreuses femmes aux commandes. Il y a le matriarcat chez les Sérères. Chez les Tiédo, les femmes nues assumaient leur corps. Dans d’autres tribus, elles avaient des enfants hors mariage. La femme reléguée au foyer est venue par la colonisation islamo-berbère puis européenne. Mais la femme sénégalaise n’est historiquement pas soumise. »

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A ceux qui remettent en question l’universalisme du message #metoo, la réponse de Fatma est cinglante : « J’ai été victime d’agression sexuelle à Madrid et à Dakar. Les seules constantes, c’est que je suis une femme et ceux qui m’ont fait ça sont des hommes. » Si ce début de mouvement a permis de « renverser le sens de la culpabilité et de lever un peu le poids de la honte », affirme Ndèye Khaira Thiam, la marge de progression est encore grande et les combats sont nombreux : de la création d’un numéro vert et de foyers pour les femmes victimes de violences à la légalisation de l’avortement, interdit même en cas de viol, en passant par la lutte contre l’excision et les mariages précoces.
L’affaire Songué, si elle n’a pas encore sapé les fondements d’un patriarcat culturel et religieux que plusieurs générations de féministes sénégalaises ont déjà tenté de faire vaciller, a en tout cas permis à de nombreuses femmes de parler pour elles-mêmes, par elles-mêmes. De devenir « une menace pour cet ordre inégalitaire », ajoute Fatma. Un nouveau tremblement de terre.


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-15"> ¤ Une étude parue dans « Science » montre que les services d’analyse d’ADN grand public, utilisés pour des recherches généalogiques, présentent un risque majeur pour la vie privée.
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Aux Etats-Unis, les bases de données génétiques permettent d’identifier de nombreux anonymes

Une étude parue dans « Science » montre que les services d’analyse d’ADN grand public, utilisés pour des recherches généalogiques, présentent un risque majeur pour la vie privée.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 15h08
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 15h18
   





                        


Ils s’appellent 23andMe ou Ancestry, pour ne citer que les deux plus grands. Depuis quelques années, ces sociétés privées proposent aux Américains d’analyser leur ADN. Les clients envoient, par courrier, un prélèvement buccal, et reçoivent ensuite une analyse complète de leur génome, pour un coût d’environ 150 euros. Ces informations sont notamment prisées des personnes essayant de reconstruire leur arbre généalogique. De nombreux clients publient ensuite, de manière anonyme, ces données sur des bases de données publiques, comme GEDmatch, qui leur propose de trouver des liens génétiques avec d’autres personnes – là encore, un outil utile pour les généalogistes.
Mais une fois accumulées, les données génétiques, comme toutes les autres, attaquent le respect de l’anonymat de nombreux individus. Une étude publiée dans Science le 11 octobre, et analysée par le magazine Wired, montre qu’il y a, désormais, suffisamment de données génétiques disponibles dans GEDmatch pour permettre de mettre des noms, avec un taux de réussite important, sur des échantillons ADN de personnes qui n’ont, pourtant, jamais utilisé les services de 23andMe ou d’Ancestry.
Recherches en ligne et comparaisons
Selon les chercheurs, 60 % des Américains ayant des ancêtres européens peuvent ainsi être identifiés précisément à partir d’une méthode de recherche, même s’ils n’ont pas envoyé leur ADN. Le recoupement de diverses informations et la comparaison d’un échantillon d’ADN avec des bases de données ADN déjà existantes conduisent à pouvoir trouver l’identité précise de la personne, dont est issu l’échantillon. Ce genre de technique par déduction avait été utilisé pour identifier le tueur en série présumé dit « Golden State Killer », en 2017, en Californie.
Pour cela, la méthode de recherche déroulée par l’étude parue dans Science a lieu en deux étapes. Dans un premier temps, la comparaison de l’ADN d’une personne avec ceux présents dans les bases de données permet d’obtenir une liste de personnes qui font potentiellement partie de sa famille élargie, ou de ses ancêtres. Ensuite, des recherches en ligne classiques permettent d’éliminer des profils, en se basant sur le lieu ou la date de naissance de la personne qu’on cherche à identifier, ou encore sur la proximité génétique des profils, pour identifier de proches parents de la cible, et ainsi en déduire son identité.
La technique utilisée, démontrée par l’étude, se fonde sur des Américains ayant des ancêtres européens, car la très grande majorité des personnes ayant utilisé ces services sont blancs. De tels profils liés à des « ancêtres européens » ont permis aux chercheurs d’obtenir une masse critique de données facilitant l’analyse de leurs profils génétiques.

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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-16"> ¤ Cinq mineurs âgés de 14 à 17 ans étaient en garde à vue, soupçonnés d’être impliqués dans cette bagarre entre une vingtaine de personnes, samedi, aux Lilas.
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Seine-Saint-Denis : mort d’un adolescent de 12 ans blessé à coups de barres de fer

Cinq mineurs âgés de 14 à 17 ans étaient en garde à vue, soupçonnés d’être impliqués dans cette bagarre entre une vingtaine de personnes, samedi, aux Lilas.



LE MONDE
 |    14.10.2018 à 18h48
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15.10.2018 à 13h46
   





                        



   


Un adolescent de 12 ans est mort dimanche 14 octobre après avoir été blessé à coups de barre de fer samedi lors d’une rixe impliquant une vingtaine de personnes aux Lilas, en Seine-Saint-Denis. Cinq mineurs, âgés de 14 à 17 ans, étaient en garde à vue lundi, soupçonnés d’être impliqués dans cette rixe, a-t-on appris d’une source proche de l’enquête. Deux d’entre eux se sont rendus à la police dimanche en fin de journée, et les trois autres ont été interpellés lundi matin, selon cette même source.
La police était intervenue près du centre-ville de cette commune située au nord-est de Paris à la suite d’un appel signalant une bagarre entre une vingtaine de jeunes munis de bâtons et de barres de fer. La rixe aurait opposé deux bandes issues des Lilas et de la ville voisine de Bagnolet, dont était originaire la victime. L’enquête a été confiée à la police judiciaire du département.
La victime avait été transportée dans un hôpital parisien voisin pour des blessures aux jambes à la suite de cette bagarre survenue aux alentours de 19 heures, avant que son état ne se dégrade, selon cette même source. Une autopsie doit être effectuée pour déterminer les causes de son décès.
Ce décès intervient un mois après la mort d’un autre adolescent, âgé de 16 ans, tué de plusieurs balles dans une cité de Saint-Denis, à l’autre extrémité du département. Deux autres personnes avaient été blessées dans cette fusillade qui avait « choqué » cette ville populaire.
Quatre-vingt-dix bandes organisées répertoriées en France
A la mi-septembre, une autre rixe, « ultraviolente », selon un enquêteur, avait aussi eu lieu dans le département voisin du Val-d’Oise, à Garges-lès-Gonesse, où un jeune de 17 ans avait été passé à tabac. La victime avait été grièvement blessée par une dizaine de personnes armées de béquilles et de boules de pétanque, dans une rixe entre bandes rivales. Un jeune majeur et un mineur avaient été mis en examen, pour tentative d’homicide volontaire, et écroués.
Selon le ministère de l’intérieur, les événements liés aux bandes ont baissé de 19 % à Paris et dans les villes de la petite couronne entre 2016 et 2017. Quatre-vingt-dix bandes organisées sont répertoriées en France, dont près de la moitié à Paris et dans sa proche banlieue, selon cette même source.
« Ce genre de violences, avec des individus parfois très jeunes, n’est hélas pas nouveau, mais reste dramatique », relève un policier qui connaît bien la Seine-Saint-Denis. « Le pire, c’est que ces violences ont souvent des motifs extrêmement futiles », selon lui.

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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-17"> ¤ L’actrice donne une dimension tragique au personnage de Marguerite Gautier.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/10/2018
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Théâtre : Marie-Sophie Ferdane, une « Dame aux camélias » de son temps

L’actrice donne une dimension tragique au personnage de Marguerite Gautier.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 06h33
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11.10.2018 à 10h55
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                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

La nouvelle « Dame aux camélias », c’est elle : Marie-Sophie Ferdane. Une grande gigue dégingandée, à des années-lumière de l’image – du cliché – que l’on a de l’héroïne de Dumas en jolie petite chose souffreteuse, se sacrifiant pour l’amour d’un homme. C’est Marguerite Gautier, c’est Dumas, c’est La Traviata : un mythe, national et universel. Que le metteur en scène Arthur Nauzyciel renouvelle totalement, et qui met dans la lumière une actrice restée discrète jusque-là, malgré un ­parcours exemplaire.

Elle en rit, un jour de rencontre entre deux trains – créé à Rennes, où Arthur Nauzyciel dirige le Théâtre national de Bretagne (TNB), le spectacle est présenté au théâtre Les Gémeaux, à Sceaux, du 11 au 21 octobre, avant de partir pour une longue tournée. Pas star pour un sou, timide, presque farouche, et pourtant classe comme une actrice du grand Hollywood, comme si flottaient autour d’elle des réminiscences de Greta Garbo, de Lauren Bacall ou de Katharine Hepburn.

Comme elles, Marie-Sophie ­Ferdane cultive une certaine androgynie, qui bouscule les codes de la féminité tels que les a établis le XIXe siècle de Marguerite Gautier. Quatrième et dernière d’une fratrie de sœurs, elle a été « un peu le garçon de la famille », dans son enfance à la campagne, près de Grenoble. Une enfance dans les livres, dans « le monde solitaire et secret » de la littérature, qu’elle n’a plus quitté : « J’adorais notamment la littérature médiévale, ses mythes et ses images : le sang sur la neige, le Graal… Ces images ­extrêmement condensées qui, du coup, conservent un secret qui ­traverse le temps. »
« Continuer à rêver »
Comme elle voulait « continuer à rêver », elle a fait des études littéraires brillantes. Son parcours peut faire peur, dans notre époque où l’anti-intellectualisme fait florès : Ecole normale supérieure, agrégation de lettres modernes. Une fille sérieuse, qui se laisse...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 02/10/2018
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Expositions Basquiat-Schiele : pourquoi réunir ces deux géants de l’art ?

La Fondation Louis Vuitton confronte les œuvres des deux artistes. Un demi-siècle et l’Atlantique les séparent, mais leur vision crue du monde, établit une proximité.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 06h37
    |

                            Philippe Dagen








                        



   


C’est presque devenu une habitude : exposer les artistes non plus seuls, en rétrospective monographique façon Grand Palais, mais par paire. Ainsi, dans le passé, a-t-on vu ­ensemble, à Amsterdam ou à Paris, Caravage et Rembrandt, Van Gogh et Munch, Matisse et Picasso. Cet été, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), c’était Picasso et Picabia, et cet automne, à Londres, Mantegna et Bellini. Il y a eu, plus rares, quelques triades, dont celle réunissant Turner, Whistler, Monet.
Pourquoi procéder ainsi ? Une explication cynique vient à l’esprit au seul énoncé des noms des artistes : ils jouissent tous d’une immense notoriété. Il est donc tentant de supposer que les réunir, c’est multiplier par deux la probabilité du succès et le nombre de visiteurs.
Cela est en effet très probable, à une sérieuse réserve près : parce que ces peintres sont universellement connus, il est difficile d’emprunter leurs œuvres aux collections privées et publiques qui les conservent.
Principe de précaution
Plusieurs raisons à cela. Premièrement, tout musée rechigne à se séparer pendant plusieurs mois d’œuvres qui lui assurent une partie de sa fréquentation, laquelle s’en trouve affectée. Deuxièmement, tout collectionneur hésite à laisser partir ses chefs-d’œuvre, fragiles de surcroît, si bien conditionnés et assurés soient-ils. Ce principe de précaution retient les Demoiselles d’Avignon captives au MoMA à New York et la Joconde enfermée au Louvre.
Troisièmement, pour lever ces réticences, ceux qui veulent emprunter un autoportrait de Rembrandt, de Van Gogh ou de Frida Kahlo doivent en avoir les moyens : pouvoir payer des transports archisécurisés, des assurances calculées selon la valeur marchande supposée de l’œuvre et, de plus en plus souvent, ce que l’on nomme dans le vocabulaire de la profession des « fees », ce qui signifie littéralement des frais, en réalité le montant de la location de l’œuvre. Aussi, l’art des expositions à deux n’est-il pas si simple à pratiquer et ne peut-il l’être que par des institutions à la puissance financière garantie.

   


« Basquiat comme Schiele font voir crûment à leurs contemporains ce que ceux-ci préfèrent faire semblant d’ignorer »
Encore faut-il qu’il y ait quelque raison au mariage, la conjonction de deux gloires étant loin de suffire à le justifier. Souvent, il s’explique par l’histoire : Mantegna et Bellini étaient d’exacts contemporains – ils étaient même beaux-frères –, Matisse et Picasso amis et rivaux leur vie entière. Tel n’était pas le cas de Caravage et Rembrandt.
Tel n’est pas celui d’Egon Schiele (1890-1918) et Jean-Michel Basquiat (1960-1988), que séparent plus d’un demi-siècle et l’Atlantique. Sans doute le second, dont la connaissance de l’histoire de l’art était grande, a-t-il connu l’artiste autrichien, mais sa propre œuvre n’en porte que bien peu de traces.
Dans ce cas, pourquoi les réunir ? Parce qu’ils sont morts jeunes tous deux ? Faible prétexte. L’un a succombé à la grippe espagnole, l’autre à une overdose : morts accidentelles dont il n’y a pas plus à conclure que de celles, tout aussi précoces et imprévues, de Raphaël ou de Géricault. Une raison bien plus convaincante est que tous deux font voir crûment à leurs contemporains ce que ceux-ci préfèrent faire semblant d’ignorer.

   



        Lire l’entretien avec Suzanne Pagé et Jean-Paul Claverie :
         

          « Basquiat et Schiele partagent quelque chose de l’ordre de la fulgurance »



Hypocrisies de la société austro-hongroise
Schiele doit exprimer combien il se sent prisonnier de la société de l’empire austro-hongrois au début du XX° siècle, de ses interdits, de ses hypocrisies : la contrainte exercée sur les corps féminins et masculins et les désirs qui les animent. Désirs troubles, pulsions dangereuses parfois ? C’est certain, mais, pour dessiner la vérité de l’intime, il faut que Schiele la dessine tout entière, au risque de la censure et de la prison. Il est, on ne peut l’oublier, le contemporain de Freud et de la naissance de la psychanalyse.

        Lire le portrait :
         

          Egon Schiele, le renégat



Pour que cette vérité soit clairement visible sur le papier, il lui faut des dévoilements exhibitionnistes, des postures indécentes, un trait continu qui entre dans les détails et les plis, des rehauts de couleurs acides sur le blanc du papier. Il faut donc qu’il rompe avec les usages académiques, nus épilés, nymphes chastes et portraits de grandes dames en robe du soir. Schiele brise les règles plastiques que l’on enseigne dans les académies des beaux-arts comme il brise les règles morales que l’on enseigne dans les catéchismes.
Un quotidien pauvre et cruel
Basquiat doit exprimer quel malaise il ressent dans la société nord-américaine des années 1980, au temps de Ronald Reagan, ce président qui commence par ne pas prendre au sérieux le sida et ne fait rien pour combattre le racisme, si l’on peut dire ordinaire, des Etats-Unis.
S’il y a dans son œuvre tant d’allusions à la traite, à l’esclavage, à la ségrégation sociale et économique, il n’est pas difficile de savoir pourquoi : il suffit de se reporter à l’histoire de cette période. S’il projette sur la toile les mots et les signes qu’il a d’abord inscrits sur les murs, c’est une façon pour lui de faire surgir le quotidien pauvre et cruel de la ville dans la paix riche des galeries et des musées.

        Lire le portrait :
         

          Jean-Michel Basquiat, l’effervescence d’une comète



Il lui faut donc rompre avec la sérénité abstraite et propre du minimalisme et de ses géométries. Le dessin doit être figuratif et dur, les symboles brutalement explicites, la couleur violemment contrastée, les surfaces salies, les formes heurtées et creusées.
Basquiat brise les règles plastiques qui dominent depuis les années 1970 l’art contemporain new-yorkais comme il brise le silence en imposant le point de vue d’un Afro-Américain. Ainsi considérés, les deux artistes se ressemblent.
Ces article fait partie d’un dossier réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation Louis Vuitton.
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        Sans titre, 1981 ‒ crayon gras sur toile"
            data-slide-description="« Les têtes peintes par Jean-Michel Basquiat témoignent de la vivacité et de l’énergie gestuelle de ses premières réalisations. Le crayon gras accentue l’anatomie de la figure allant jusqu’à disséquer visage et crâne pour en montrer les tendons, les gencives et le squelette. »"
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        « Crowns (Peso Neto) », 1981 ‒ acrylique, crayon gras et  papiers collés sur toile"
            data-slide-description="« Ici, des grilles et des symboles qui rappellent les jeux de l’enfance, notamment par le recours à la craie. En même temps, Jean-Michel Basquiat utilise des couleurs primaires pour mettre en valeur des têtes couronnées et des visages masqués. Les personnages eux-mêmes rappellent ceux du film “Downtown 81”, écrit par Glenn O’Brien et réalisé par Edo Bertoglio, tourné à New York de décembre 1980 à janvier 1981. »"
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        Sans titre, 1982 ‒ acrylique et crayon gras sur bois"
            data-slide-description="« La dualité est un principe fondamental dans l’art de Basquiat, exprimée le plus souvent  par des personnages opposés, de la représentation du Christ aux figures démoniaques. Juxtaposées les unes contre les autres, les images sont saturées de couleurs et de symboles abstraits. Basquiat crée, par ce principe, une véritable tension dans ses toiles : il suggère que chaque élément conditionne l’autre, ce qui aboutit à la création de l’ensemble. »"
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        Sans titre, 1982 ‒ acrylique et crayon gras sur papier"
            data-slide-description="« Dans le cadre de la première exposition des dessins de Basquiat, sa série de têtes sur papier a été présentée à la galerie Robert Miller, située à New York, en novembre 1990. Ces représentations uniques constituent un exemple du dynamisme de Basquiat, de ses premiers graffitis muraux à ses peintures sur toile, bois ou carton. Abandonnant toute représentation formelle, leur nature expressive incarne la rébellion de l’artiste :  contre la société, contre les conflits internes dus à son ascension fulgurante qui atteint son apogée en 1983. »"
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        Sans titre (« Tenant »), 1982 ‒ acrylique et crayon gras sur toile"
            data-slide-description="« Figures d’athlètes ou de musiciens, représentations allégoriques de saints, de combattants ou de condamnés, Jean-Michel Basquiat  va forcer le trait de ces corps pour les montrer dans une position dominante. A travers ces figures inhumaines et surdimensionnées, il témoigne de la lutte de l’homme noir contre l’oppression et le racisme qu’il subit (violence policière et persécutions). »"
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        Sans titre (« Boxer »), 1982 ‒ acrylique et crayon gras sur toile"
            data-slide-description="« La figure du boxeur montre ici le pouvoir qu’acquiert, avec force et pugnacité, l’homme noir. Les combats de boxe entre concurrents noirs et blancs au début du XXe siècle ont servi de substitut à la lutte entre les races, la conquête de la première devenant l’expression symbolique d’un triomphe sur la discrimination et l’inégalité sociale. Les bras levés marquent le signe de la victoire. »"
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        « In Italian », 1983 ‒ marqueur, acrylique, crayon gras et assemblage sur toile"
            data-slide-description="« Avec deux grandes toiles montées sur des supports en bois, Jean-Michel Basquiat entremêle, avec force, mots et images, en y apposant des sujets récurrents tels que le corps humain, son anatomie, ou encore la représentation du martyr. Le titre fait référence à son voyage en Italie soulignant ainsi sa fascination pour les maîtres de la Renaissance. »"
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        « Horn Players », 1983 ‒ acrylique et crayon gras sur toile montée sur un support en bois"
            data-slide-description="« La musique est insdissociable de l’œuvre de Basquiat. Il va même jusqu’à fonder un groupe, nommé “Gray”, avec Nicolas Taylor et Michael Holman (avec qui il s’est produit notamment au Mudd Club, une boîte de nuit du quartier de TriBeCa à New York). Ses œuvres en elles-mêmes ‒ mélangeant peinture acrylique, crayon gras et collage ‒ forment une sorte d’improvisation hip-hop ou jazzy.  Notons qu’il  admirait Charlie Parker, Miles Davis, Dizzy Gillespie et Duke Ellington. »"
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        Sans titre (« Word on Wood »), 1985 ‒ huile et crayon gras sur bois"
            data-slide-description="« Les lattes de bois, qui ressemblent à celles d’une palissade, servent non seulement de support à la peinture mais deviennent des éléments de l’œuvre elle-même. Comme dans “Combines”, de Robert Rauschenberg (1954-64), Basquiat intègre dans ses compositions la présence d’objets et de matériaux issus du quotidien. »"
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Sans titre, 1981 ‒ crayon gras sur toile            
« Les têtes peintes par Jean-Michel Basquiat témoignent de la vivacité et de l’énergie gestuelle de ses premières réalisations. Le crayon gras accentue l’anatomie de la figure allant jusqu’à disséquer visage et crâne pour en montrer les tendons, les gencives et le squelette. »

DOUGLAS M. PARKER STUDIO, LOS ANGELES / ADAGP PARIS, 2018
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        « Portrait du Docteur X. », 1910 ‒ pastel noir et aquarelle sur papier"
            data-slide-description="« Comme on peut le voir dans d’autres portraits de cette période, le corps paraît ici comme désintégré. Egon Schiele choisit de ne représenter que les mains et le visage, qu’il détaille exagérément. Il s’agit d’une mise en scène savamment étudiée : animées par des touches lumineuses, les teintes sombres de la peau contrastent étrangement avec le blanc opaque du vêtement. »"
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        « Nu féminin debout, avec tissu bleu », 1914 ‒ gouache, aquarelle et mine de plomb sur papier"
            data-slide-description="« Silhouette exagérément musclée, trait, vif et intense, qui n’incise pas la chair mais la contourne. Dans un rendu caractéristique des œuvres de cette période, les touches rouge vif, qui s’opposent à la couleur bleutée de la peau, mettent en évidence les lèvres, les mamelons et les pommettes du modèle. »"
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        « Nu masculin assis, vue de dos », 1910 ‒ aquarelle, gouache et crayon noir sur papier"
            data-slide-description="« Ce nu fait partie d’une série d'études de 1910 sur la figure masculine : cette œuvre est résolument expressionniste et témoigne du sentiment d’angoisse, et de tension interne, qui émane du modèle. Contenu à l'intérieur du tracé, les différentes couleurs se mélangent et se chevauchent accentuant la maigreur et l’angularité des membres. »"
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        « La Femme aveugle », 1911 ‒ gouache et aquarelle sur papier"
            data-slide-description="« Le sujet prend ici une forme organique. Des tons bleus et pourpres pour le rendu de la peau, des roux ardents pour les cheveux, du blanc pour la jupe. Egon Schiele se libère du cerne noir et explore des formes plus fluides. »"
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        « Fille nue allongée en blouse rayée », 1911 ‒ crayon et aquarelle sur papier"
            data-slide-description="« Dans cette œuvre, tandis que l’orientation de la figure sur la page laisse penser que la femme dépeinte se tient debout, la couverture jaune, sur laquelle sa tête repose, suggère en réalité une position couchée. Schiele s’intéresse davantage au médium ‒ ici, l’aquarelle ‒ qu’à la représentation réaliste de ses sujets. »"
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        « Autoportrait à la lanterne chinoise », 1912 ‒ huile et gouache sur bois"
            data-slide-description="« Cette peinture rend compte du rôle fondamental de l’autoportrait dans son œuvre. Les coups de pinceau texturés de la peau, des vêtements et des cheveux révèlent l’état psychologique de l’artiste qui, à son tour, semble interroger celui du spectateur. »"
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        « Femme allongée aux cheveux blonds », 1914 ‒ aquarelle, gouache et graphite sur papier"
            data-slide-description="« Courbes sensuelles, position allongée du modèle et impression de transparence : l’œuvre de Schiele occupe également une place essentielle dans l’histoire des relations entre art et érotisme. »"
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« Portrait du Docteur X. », 1910 ‒ pastel noir et aquarelle sur papier            
« Comme on peut le voir dans d’autres portraits de cette période, le corps paraît ici comme désintégré. Egon Schiele choisit de ne représenter que les mains et le visage, qu’il détaille exagérément. Il s’agit d’une mise en scène savamment étudiée : animées par des touches lumineuses, les teintes sombres de la peau contrastent étrangement avec le blanc opaque du vêtement. »

ALLEN PHILIPS / WADSWORTH ATHENEUM
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<article-nb="2018/10/15/19-19">
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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-19"> ¤ Prodige de précocité, mythe naissant, l’attaquant français n’en finit pas de relever les attentes à son égard. Ce n’est qu’un début, s’enthousiasment les uns ; mais ce n’est qu’un début, relativise notre chroniqueur Jérôme Latta.
<filname="PROF-0,2-3208,1-0,0-19"> ¤                     
                                                

Kylian Mbappé : trop haut, trop vite ?

Prodige de précocité, mythe naissant, l’attaquant français n’en finit pas de relever les attentes à son égard. Ce n’est qu’un début, s’enthousiasment les uns ; mais ce n’est qu’un début, relativise notre chroniqueur Jérôme Latta.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 15h38
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 16h36
    |

                            Jérôme Latta








                        



   


Chronique. « Tout va très vite dans le football », paraît-il, et rien ne va plus vite que Kylian Mbappé en ce moment. L’on ne parle pas que de faits bruts — palmarès et statistiques —, mais également de sa capacité à apparaître déjà comme une icône du football mondial, à façonner très tôt son propre mythe.
Depuis un an et demi, Mbappé confirme et même dépasse les attentes sur le plan sportif, à l’image d’une semaine durant laquelle il a enchaîné un quadruplé face à Lyon au Parc des Princes, la couverture du magazine Time et le sauvetage de l’équipe de France face à l’Islande.
Troublante perfection
Inutile d’objecter qu’au Parc des Princes, Neymar a été étincelant et l’a bien servi. Que le magazine américain l’avait rencontré il y a plusieurs mois et que cette « une » (européenne) tient d’un calendrier heureux. Que face à l’Islande, il a vu un tir dévié deux fois dans les cages et transformé un penalty. Le conte de fées se passe du compte des faits.
Tout va si vite que les sceptiques trouveront l’histoire trop belle. L’emballement est en effet à la mesure de l’emballage, d’une troublante perfection. A peine besoin de storytelling pour une histoire qui s’écrit toute seule, dont le héros lui-même fournit le texte avec un discours d’une étonnante maturité.
De ce point de vue aussi, Kylian « même pas 20 ans » Mbappé est parti sur des bases élevées. Il lui faudra cependant avoir les épaules larges pour assumer les attentes sportives, mais aussi l’image idéale, voire cet idéal qu’on lui fait incarner.
Tête de gondole de marques mondiales (Nike, le PSG), il est également l’enfant de Bondy élevé au rang de héros positif censé représenter la banlieue qui réussit, comme le conte l’article de Time. Tout dans son parcours sportif relève pourtant de l’exceptionnel, et lui-même ne correspond pas au stéréotype du gamin des « quartiers » : famille de la classe moyenne, scolarisation dans un collège privé, départ à 12 ans en centre de formation…
Temps de passage
On est certes fondé à penser que Kylian Mbappé a d’ores et déjà confirmé son immense potentiel : il a pris une part cruciale au titre mondial des Bleus, il assume son statut en club et le voici candidat au Ballon d’or.
Les inévitables comparaisons statistiques ont désigné Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, joueurs hors-norme dont on imagine qu’il est le successeur. Il est vrai qu’il les devance, au même âge, en nombre de buts inscrits en club et en sélection (64 contre respectivement 27 et 20). On en oublierait presque Neymar (48), et surtout le « premier » Ronaldo, largement en tête de ce classement (92 buts marqués au même âge).
Le Brésilien fut la matrice du joueur-phénomène, monstre de puissance, de technique et de vitesse. Mbappé est-il de ceux-là, peut-il maintenir ses temps de passage et résister au passage du temps ?
En février 1999, la France championne du monde bat l’Angleterre (0-2) et croit tenir « son » Ronaldo : rapide lui aussi, pas même 20 ans lui aussi, Nicolas Anelka a inscrit un doublé à Wembley. Deux autres espoirs de sa génération, Thierry Henry et David Trezeguet, pourtant sacrés le 12 juillet précédent, traversent une période plus difficile et semblent déjà dans son ombre. Ils connaîtront des carrières plus heureuses.
Encore une carrière à accomplir
Le paradoxe est qu’il reste à Mbappé toute une carrière à accomplir. Or à son âge, il faut continuer à « franchir des paliers » pour ne pas régresser. Mbappé a des marges de progression, même si l’on peine à les discerner compte tenu de son efficacité actuelle. Mais c’est justement quand il aura moins de réussite qu’il devra trouver de nouvelles ressources, être plus efficace devant le but, plus complet dans les trente derniers mètres, moins inutilement provocateur.
Et peut-être se montrer plus collectif, même s’il postule à cette catégorie de joueurs auxquels on accorde le droit de marcher pour mieux courir quand il le faut. Des joueurs qui ont aussi le privilège d’évoluer dans les meilleurs effectifs du monde, mis à leur service. La trajectoire de Mbappé s’inscrit sur ce type d’orbite, mais il peut encore n’être « que » Michael Owen ou Fernando Torres.
L’attaquant parisien, doté de l’ambition dévorante et de l’assurance des grandes stars, semble armé pour ne pas tomber dans les pièges que tend une carrière — transferts idiots, dissipation, facilité. Cela ne lui épargnera pas de devoir surmonter les aléas des blessures, des critiques, des pertes de mojo…
L’émerveillement demeure. On n’en croit pas ses yeux. La question demeure aussi : jusqu’où ira-t-il ? Avec Mbappé, on est comme dans le premier quart d’heure d’un match qui s’annonce extraordinaire. L’essentiel reste quand même à jouer.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-20"> ¤ Le journaliste saoudien, qui s’était exilé aux Etats-Unis il y a un an, est porté disparu depuis le 2 octobre.
<filname="PROF-0,2-3208,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

Affaire Jamal Khashoggi : le consulat saoudien à Istanbul sera fouillé lundi

Le journaliste saoudien, qui s’était exilé aux Etats-Unis il y a un an, est porté disparu depuis le 2 octobre.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 12h35
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 18h23
   





                        


Les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul seront perquisitionnés, lundi 15 octobre, dans le cadre de l’enquête sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. La fouille aura lieu en début de soirée et dans le cadre du groupe de travail constitué par la Turquie et l’Arabie saoudite.
Jamal Khashoggi, qui s’était exilé aux Etats-Unis il y a un an, craignant que ses opinions ne lui valent des représailles, est porté disparu depuis le 2 octobre, jour où il s’est rendu au consulat. Au cours de l’année écoulée, il a dénoncé dans des articles publiés par le Washington Post l’attitude de Riyad à l’égard du Qatar, la guerre du Yémen et la répression politique ou la censure dans son pays.
Sa fiancée assure qu’il n’en est pas ressorti. Selon des sources proches des services de sécurité turcs, il y a été tué par une équipe d’une quinzaine de Saoudiens, repartis le jour même dans leur pays. M. Erdogan a pressé à plusieurs reprises, en vain, les autorités saoudiennes de présenter des images prouvant que M. Khashoggi avait bel et bien quitté le consulat. Riyad dément formellement les accusations d’assassinat et a accepté de participer à l’enquête. Une délégation saoudienne est arrivée vendredi en Turquie.

        Lire aussi :
         

                Affaire Khashoggi : la tension monte entre Riyad et ses alliés



Pression internationale
Le président américain, Donald Trump, a estimé que l’Arabie saoudite pourrait être derrière la disparition de Jamal Khashoggi. « En l’état actuel des choses, il semble que, peut-être, on ne va plus le revoir, et c’est très triste, a déclaré samedi M. Trump au sujet du journaliste. Notre premier espoir était qu’il n’ait pas été tué, mais peut-être que les choses ne s’annoncent pas bien. »
Plus tard dans la journée, Donald Trump a déclaré dans un tweet s’être entretenu avec le roi Salmane d’Arabie saoudite, qui lui a dit « ignorer » le sort du journaliste saoudien disparu. Le président américain a également annoncé qu’il envoyait son secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, en Arabie saoudite pour s’entretenir directement avec le roi Salmane.
La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont conjointement demandé, dimanche, à l’Arabie saoudite et à la Turquie une « enquête crédible » sur sa disparition. « Défendre la liberté d’expression et une presse libre, et assurer la protection des journalistes sont des priorités essentielles pour l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France », ont déclaré dans un communiqué commun les ministres des affaires étrangères de ces trois pays.

        Lire aussi :
         

                Disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi : l’enquête se rapproche de Riyad



Boycott du « Davos du désert »
Lundi matin, la Bourse saoudienne est repartie à la hausse au lendemain d’une sévère chute sur fond de tensions liée à la disparition de M. Khashoggi. Alors que les investisseurs s’enthousiasmaient il y a encore quelques semaines pour des projets économiques pharaoniques du prince héritier, l’affaire Khashoggi semble en avoir refroidi certains.
Le milliardaire britannique Richard Branson a annoncé geler plusieurs projets dans le royaume, et des partenaires prestigieux, tels que les PDG des sociétés de gestion d’actifs Blackrock et Blackstone, Larry Fink et Steve Schwarzman, ont annulé leur participation au « Davos du désert », la deuxième édition de la conférence Future Investment Initiative, organisée du 23 au 25 octobre à Riyad.
Le PDG de JP Morgan, James Dimon, ne s’y rendra pas non plus, selon la banque américaine. Cher au prince héritier, l’événement est également boudé par des médias comme le Financial Times, le New York Times et The Economist, mais aussi par le patron d’Uber. Pour beaucoup de multinationales, participer à cette conférence comporte des risques en matière de réputation, qui « l’emportent sur les bénéfices qu’elles auraient pu tirer de l’économie saoudienne », selon Michael Stephens, du centre de réflexion londonien Royal United Services Institute.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3208,1-0,0-21"> ¤ La grave crise interne provoquée par la publication d’un fichier recensant 127 cadres de Force ouvrière met à mal l’autorité du secrétaire général de la confédération.
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Crise à FO : Pascal Pavageau annule deux réunions d’instance

La grave crise interne provoquée par la publication d’un fichier recensant 127 cadres de Force ouvrière met à mal l’autorité du secrétaire général de la confédération.



LE MONDE
 |    15.10.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
15.10.2018 à 12h37
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            Raphaëlle Besse Desmoulières et 
Michel Noblecourt








                        



   


Nouvel épisode dans la grave crise que traverse Force ouvrière. Pascal Pavageau, secrétaire général de la confédération, a décidé d’annuler et reporter deux réunions des instances internes qui devaient se tenir cette semaine. Selon des mails internes envoyés par le secrétariat général de FO, que Le Monde a pu consulter, le bureau confédéral qui devait se tenir, lundi 15 octobre, a été supprimé. Quant à la réunion de la commission exécutive confédérale (CE) – sa direction élargie de 35 membres –, qui devait se retrouver mercredi, elle est décalée au 29 octobre.
Selon plusieurs membres de la commission, cette instance se réunira tout de même mercredi, en dehors de la présence de M. Pavageau s’il le faut. Et elle pourrait décider de la convocation du comité confédéral national (CCN) – le parlement de FO, qui réunit les représentants des fédérations et des unions départementales –, seul à même, selon l’article 9 des statuts, de révoquer le secrétaire général. Frédéric Homez, à la tête de la métallurgie FO et représentant des « réformistes », et Hubert Raguin, secrétaire général de la fédération nationale de l’enseignement, de la culture et de la formation professionnelle FO et chef de file des trotskistes, se sont fendus, lundi, d’une déclaration commune envoyée aux membres de la CE pour réclamer le maintien de ces deux rendez-vous. « Quoi qu’il en soit, nous y serons le 17 ! », affirment-ils dans ce document que Le Monde s’est procuré.
« Malheureusement, la décision sans la moindre explication d’annuler le bureau confédéral et de reporter la commission exécutive sans la moindre discussion d’aucune instance, donc par quelques personnes de l’entourage du secrétaire général, confirme une conception étrangère à nos règles et nos traditions, écrivent-ils. Au contraire, et surtout en face de problèmes importants et graves que nous avons déjà signalés, qui donnent lieu à une intense campagne contre FO, c’est la force de la démocratie, de la discussion dans les instances régulièrement élues qui peuvent permettre de surmonter ces problèmes qui n’ont rien à voir avec les orientations issues du congrès confédéral et mises en œuvre depuis. »
« Grave erreur »
Cette crise fait suite aux révélations du Canard enchaîné, le 10 octobre, concernant l’existence d’un fichier recensant 127 cadres de FO avec des annotations allant de leur préférence politique à leur orientation sexuelle supposée. Un document constitué par des proches de M. Pavageau en octobre 2016, alors que celui-ci était le seul candidat en lice pour succéder deux ans plus tard à Jean-Claude Mailly. Certains se voient affublés de qualificatifs comme « niais », « bête », « franc-maçon », « ordure », « peu courageux », « complètement dingue », « non fiable », « collabo » ou encore « trop intelligent pour entrer au bureau confédéral ». Interrogé par l’hebdomadaire satirique, M. Pavageau avait reconnu l’existence du fichier et expliqué qu’il s’agissait d’une « belle connerie » et d’une « grave erreur ». « Pour moi, c’était un mémo, de l’ordre de la prise de notes, mais je n’avais jamais vu ni avalisé le résultat, qui est truffé d’âneries, de raccourcis », avait-il commenté. Vendredi, la CNIL a effectué un contrôle « sur place et sur pièces » au siège de la confédération, avenue du Maine à Paris.

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Lundi, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a incité son homologue à quitter ses fonctions. « Je crois qu’il y a un malaise avec le secrétaire général de FO, mais ça lui appartient. (…) Lorsqu’on n’est pas conforme à l’éthique qu’on s’est fixée, il faut partir », a-t-il déclaré sur Franceinfo. « C’est aux responsables de FO de prendre une décision », a, cependant, rappelé M. Berger qui a critiqué « une pratique condamnable qui n’existe pas à la CFDT ». « Ça m’hallucine, ce fichier est incroyable, a ajouté le responsable. Le syndicalisme, c’est du respect, de la fraternité. »



                            


                        

                        

