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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ La 21e édition des Rendez-vous de l’histoire propose jusqu’au 14 octobre plus de 400 débats et conférences sur le statut et l’importance des images. Vous pourrez y retrouver les journalistes et invités du « Monde » lors de dix débats.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

La puissance des images en débat à Blois

La 21e édition des Rendez-vous de l’histoire propose jusqu’au 14 octobre plus de 400 débats et conférences sur le statut et l’importance des images. Vous pourrez y retrouver les journalistes et invités du « Monde » lors de dix débats.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 12h11
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 17h40
   





                        



   


A l’occasion des Rendez-vous de l’histoire à Blois, le spécialiste des couleurs Michel Pastoureau évoque celles qui ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite. 
A l’aube du XXe siècle, à côté du rouge progressiste, du bleu conservateur et du blanc monarchiste, l’Occident voit apparaître de nouvelles couleurs idéologiques et politiques. Ainsi le violet, choisi en 1903 par le mouvement des suffragettes, réclamant au Royaume-Uni le droit de vote pour les femmes et davantage d’égalité entre les sexes. Ce choix n’est pas très bon. Certes, la couleur est libre, mais c’est alors – et cela reste – une couleur mal-aimée. Toutes les enquêtes d’opinion montrent déjà que les trois couleurs les plus détestées en Europe sont le brun, le violet et le rose. Les historiens n’en ont jamais parlé, mais il est probable que le choix d’une telle couleur a fait beaucoup de tort aux mouvements féministes qui l’ont adoptée par la suite.
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        Le rouge, l’orange, le violet, le vert, le noir, le jaune… ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite au cours des siècles."
            data-slide-description="Défilé lors de la fête nationale chinoise, en pleine Révolution culturelle, à Pékin, le 1er octobre 1966."
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            data-slide-description="Premier anniversaire de la révolution ukrainienne, à Kiev, le 22 novembre 2005."
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            data-slide-description="Manifestation à Téhéran, le 15 juin 2009, contre la réélection, le 12, du président iranien Ahmadinejad."
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            data-slide-description="Le « mouvement des parapluies », prodémocratie, occupe un district d’Hongkong, en novembre 2014."
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            data-slide-description="Journée internationale des droits des femmes, à Rio de Janeiro, au Brésil, le 8 mars 2016."
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            data-slide-description="Des black blocs lors d’une manifestation, à Paris, le 19 avril 2018."
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Le rouge, l’orange, le violet, le vert, le noir, le jaune… ont habillé les révoltes et les révolutions de gauche comme de droite au cours des siècles.            
Défilé lors de la fête nationale chinoise, en pleine Révolution culturelle, à Pékin, le 1er octobre 1966.

SOLANGE BRAND
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Du côté de l’islam, c’est le vert qui prend peu à peu une dimension politique alors qu’il n’était, jusqu’aux années 1950, qu’une couleur religieuse. Il est adopté par les révoltes contre les pouvoirs autoritaires en place, lesquels, bien que musulmans, restent politiquement adeptes d’autres couleurs.
Le choix de la couleur orange fait par la révolution ukrainienne dès le mois de février 2014 est à l’origine un choix « par soustraction » : la couleur est disponible. C’est presque la seule. En outre, symbole de chaleur et d’énergie, l’orange a bonne presse dans l’opinion. Rapidement une signification qu’il n’a pas au départ lui est donnée : cet orange, qui a la couleur des gilets et des bouées de sauvetage, devient un orange salvateur. Il faut sauver l’Ukraine, c’est cette couleur qui va le faire. Comme souvent dans le monde des emblèmes, une signification donnée a posteriori finit par recouvrir les véritables origines et passer pour la raison première du choix qui a été fait auparavant.
L’emblème des parapluies jaunes choisi par les manifestants de Hongkong dressés contre le gouvernement chinois à l’automne 2014 étonne un Occidental. La signification politique du parapluie est à peu près nulle, et le jaune est de longue date la couleur des traîtres, à l’image des « syndicats jaunes » qui, dans la première moitié du XXe siècle, roulaient pour le patronat. Depuis, une telle couleur est bannie de la vie politique européenne. Mais c’est une couleur valorisée dans le monde chinois. Quant au parapluie, il a une fonction utilitaire : se protéger des gaz lacrymogènes.
Plus récemment, le noir des vêtements des black blocs évoque l’anarchie nihiliste et la mort. Un choix assez banal, dans la filiation de l’ancien drapeau noir, mais efficace : il dissimule celui qui s’en vêt et terrorise tous ceux qui l’entourent.
Les rendez-vous de la rédaction du Monde à Blois
JEUDI 11 OCTOBRE
La photo de presse : fabrique d’icônes ?
14 h 30-16 heures – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Jean-François Leroy (directeur du festival Visa pour l’image à Perpignan), Laurent Van der Stockt (photojournaliste), coanimé par Emmanuel Davidenkoff (rédacteur en chef au Monde), et Marie Sumalla (responsable du service photo du Monde).
Les macronomics
19 heures-20 heures – Maison de la magie Avec Elie Cohen (directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po), animé par Philippe Escande (éditorialiste économique au Monde).
VENDREDI 12 OCTOBRE
Le monde échappe-t-il aux Occidentaux ?
14 h 30-16 heures – Halle aux grains, hémicycle Avec Bertrand Badie (politiste), Michel Foucher (géographe et ancien ambassadeur de France), animé par Gaïdz Minassian (journaliste au Monde).
A qui appartient l’entreprise ?
18 heures-19 h 30 – Conseil départemental, salle Kléber-Loustau Avec Patrick Artus (économiste et directeur de la recherche et des études de Natixis), Pierre-André de Chalendar (président-directeur général du groupe Saint-Gobain), Isabelle Ferreras (sociologue et politologue), Jean-Paul Pollin (professeur à l’université d’Orléans et ancien président du conseil scientifique de La Revue économique), animé par Antoine Reverchon (journaliste au Monde).
SAMEDI 13 OCTOBRE
Notre histoire en images
11 h 30-12 h 30 – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Régis Debray (essayiste, romancier, journaliste et mémorialiste), animé par Nicolas Truong (journaliste au Monde).
L’Afrique ancienne, de l’Acacus au Zimbabwe
14 h 30-15 h 30 – Château royal de Blois, salle des conférences Avec François-Xavier Fauvelle (historien et archéologue spécialiste de l’Afrique), animé par Julie Clarini (journaliste au Monde).
L’histoire de l’Europe peut-elle nous aider à affronter les défis d’aujourd’hui ?
16 heures-17 h 30 – Université, site Jaurès, amphi 1 Avec Christophe Charle (historien), Bruno Dumézil (historien), Daniel Roche (historien), animé par Jean Birnbaum (responsable du Monde des livres).
DIMANCHE 14 OCTOBRE
Les images et les couleurs de la révolution
11 h 30-13 heures – Château royal de Blois, salle Gaston d’Orléans, Avec Antoine de Baecque (historien, critique de cinéma et de théâtre), Laurent Gervereau (historien spécialiste des images), Michel Pastoureau (historien médiéviste), animé par Michel Lefebvre (journaliste au Monde).
Michel Foucault, lecteur des pères de l’église 
14 h 30-16 heures – Château royal de Blois, salle des conférences Avec Jérôme Lagouanère (professeur agrégé de lettres), Jean Reynard (scénariste, adaptateur et dialoguiste), animé par Florent Georgesco (journaliste au Monde des livres).
Il faut dire que les temps ont changé
11 h 45-12 h 45 – Halle aux grains, hémicycle Avec Daniel Cohen (économiste), animé par Antoine Reverchon (journaliste au Monde).
Retrouvez en suivant ce lien toute la programmation des Rendez-vous d’histoire.

        Notre hors-série :
         

          « 50 images qui ont marqué l’histoire »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Laurent Bonelli et Fabien Carrié ont épluché les dossiers judiciaires ou sociaux de mineurs radicalisés pour en comprendre la trajectoire.
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Sociologie. Ce qui fait le djihadiste

Laurent Bonelli et Fabien Carrié ont épluché les dossiers judiciaires ou sociaux de mineurs radicalisés pour en comprendre la trajectoire.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français, de Laurent Bonelli et Fabien Carrie, Seuil, 304 p., 20 €.

Le retour du terrorisme djihadiste en France, avec les assassinats perpétrés par Mohammed Merah en 2012, puis les attentats commis depuis 2015, s’est accompagné d’une production foisonnante d’écrits aspirant à saisir le sens de cet événement, non sans céder souvent au démon de l’interprétation, à coups de théories psychologisantes et de paniques morales incriminant la jeunesse, les banlieues délinquantes ou ­Internet. Le « nihilisme générationnel », l’« islamo-gangstérisme » ou le « terrorisme 2.0 » se sont alors fait une place dans le débat public.
Très nombreux entretiens
La Fabrique de la radicalité, de Laurent Bonelli et Fabien Carrié, est d’une tout autre espèce. Il s’appuie en effet sur une enquête fouillée dans les dossiers de plus de 130 mineurs ayant, à un moment ou à un autre de leur parcours, été suivis par la justice et les services sociaux pour des faits de radicalisation allant de simples propos faisant l’apologie du terrorisme à la préparation d’attentats ou à un départ vers l’Irak ou la Syrie pour rejoindre l’organisation Etat islamique. Les deux sociologues ont en outre mené de très nombreux entretiens avec les éducateurs, les policiers ou les juges qui ont côtoyé ces jeunes.
Forts de cette enquête et du travail antérieur de ceux qui, comme eux, ont cherché à comprendre avant de juger – on pense par exemple au travail du journaliste David Thomson (Les Revenants, Seuil, 2016) ou à celui du sociologue Fabien Truong (Loyautés radicales, La Découverte, 2017) –, Bonelli et Carrié distinguent quatre grandes trajectoires de radicalisation.
La première, qu’ils qualifient de « radicalité apaisante », est principalement le fait de jeunes filles issues de familles marquées par l’instabilité. La recherche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ La chronique de Catherine Malabou, à propos de « La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène », de Virginie Maris.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤                     
                                                   
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Mutations. La nature à jamais

La chronique de Catherine Malabou, à propos de « La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène », de Virginie Maris.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h30
    |

                            Catherine Malabou (Philosophe)








                        



                                


                            
La Part sauvage du monde. Penser la nature dans l’anthropocène, de Virginie Maris, Seuil, « Anthropocène », 272 p., 19 €.

« Nous voilà entrés, et avec nous la Terre tout entière et chaque être qui la peuple, dans l’ère de l’humain, l’anthropocène. Nous serions – enfin ! – partout chez nous. » Ces premières phrases de La Part sauvage du monde, de la philosophe Virginie Maris, ne manquent pas d’inquiéter. Que signifie cette ironie vis-à-vis de l’anthropocène ? S’agit-il d’une nouvelle négation du changement climatique et de la crise écologique ? Il n’en est rien.

Forgé par l’écologiste Eugene F. Stoermer et popularisé par le chimiste Paul Crutzen, le terme « anthropocène » caractérise le moment où l’influence de l’homme sur l’écosystème terrestre est devenue assez importante pour ouvrir une nouvelle ère géologique. Longtemps discuté par les scientifiques, l’anthropocène a été officiellement admis par la Commission internationale de stratigraphie en août 2016. Pas question ici, donc, de le contester. Le motif du livre est bien plus subtil, plus surprenant aussi : l’officialisation de l’anthropocène ne serait qu’une manière de poursuivre la domination de l’homme sur la nature, non de la dénoncer.

L’altérité résistante du monde
Retraçant l’histoire de ces dominations successives, depuis le « devenir maître et possesseur de la nature » de Descartes jusqu’à la révolution industrielle du XIXe siècle, Virginie Maris affirme que toutes les prises de conscience et actions écologistes, censées « protéger » la Terre, ont été et sont encore, paradoxalement, des entreprises de domination. En effet, que protège-t-on lorsqu’on protège la nature ? La nature elle-même ou les interactions des êtres humains avec elle ?

Incapable de penser et de respecter l’altérité résistante du monde, cette « part sauvage » qui ne lui appartiendra...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ L’historienne des idées Marie-France Piguet retrace la généalogie de ce terme né au XIXe siècle et aussitôt utilisé dans les querelles entre conservateurs et progressistes.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
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« Individualisme », mot polémique

L’historienne des idées Marie-France Piguet retrace la généalogie de ce terme né au XIXe siècle et aussitôt utilisé dans les querelles entre conservateurs et progressistes.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
    |

                            Serge Audier (Philosophe et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Individualisme. Une enquête sur les sources du mot, de Marie-France Piguet, CNRS Editions, 192 p., 22 €.

De l’individualisme, il est souvent question aujourd’hui. Pourtant, ce mot faussement évident recouvre des ambiguïtés. Comme le révèle la généalogie que publie aujourd’hui l’historienne des idées Marie-France ­Piguet, cette complexité est comme sédimentée depuis l’invention du terme et les batailles autour de son sens.
La première apparition remonterait à 1815. Ou presque, puisque c’est l’« individuellisme » qu’évoque un certain baron de Frénilly, qui dénonce « l’universel égoïsme », fléau d’un âge ayant « brisé tous les liens » en dissolvant la religion, la famille, la patrie et tout « esprit de corps ». On attribue parfois à Joseph de Maistre (1753-1821) l’invention du mot « individualisme » lui-même, que le contre-révolutionnaire aurait utilisé sur le tard. En vérité, le néologisme vient des souvenirs d’un interlocuteur, mais le sens est présent dans ses paroles : déploration d’une « division des esprits », du « morcellement des doctrines », et réquisitoire contre le « protestantisme politique » poussé jusqu’à « l’individualisme le plus absolu ».
Conservateurs et socialistes
Ici s’esquisse la critique globale dont le mot est porteur, visant la liberté religieuse, intellectuelle, morale et politique. Elle sera relayée par des cercles conservateurs, antiprotestants et anti-Lumières, prendra parfois un tour plutôt économique et social, et trouvera des formulations chez un socialiste comme Pierre Leroux (1797-1871) ou un libéral atypique comme Alexis de Tocqueville (1805-1859), inquiet du déclin de la vie civique.
Au reste, le mot n’est pas toujours péjoratif, et son évaluation devient vite un thème de controverses. On en repère une trace précoce dans une brochure de la charbonnerie, cette société secrète antimonarchique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie », de Philippe Soulier.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Leroi-Gourhan, de la préhistoire à nos jours

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie », de Philippe Soulier.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h20
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
André Leroi-Gourhan (1911-1986). Une vie, de Philippe Soulier, CNRS Editions, 648 p., 27 €.

Il y a sans doute des lecteurs pour qui le nom d’André Leroi-Gourhan (1911-1986) n’évoque plus rien. D’autres savent qu’il s’agit d’un ethnologue, spécialiste de la préhistoire, qui s’est principalement illustré par des réflexions novatrices sur les outils, leurs usages et sur l’évolution de l’espèce humaine. Toutefois, à part au sein de quelques cercles experts, il semble qu’on méconnaisse souvent la richesse de sa trajectoire et la diversité de son œuvre. C’est pourquoi l’imposante biographie que lui consacre aujourd’hui Philippe Soulier est fort utile.
On y découvre comment un adolescent des Années folles quitte l’école à 14 ans, reprend des études, apprend le russe et le chinois, collectionne très tôt quantité d’objets, suit les cours du sinologue Marcel Granet et de l’anthropologue Marcel Mauss. Il se passionne pour les Eskimos, et publie en 1936, à 25 ans, La Civilisation du renne (Gallimard). Derrière les imperfections et les maladresses d’un travail de jeunesse, cette étude incarne une volonté claire : confronter milieu naturel et monde humain, saisir leur interaction complexe. Cet axe organise tout l’œuvre à venir.
Envoyé en mission au Japon (1937-1939) par le Musée de l’homme, maquisard pendant la seconde guerre mondiale, catholique fervent et convaincu, Leroi-Gourhan se consacre ensuite à la paléontologie, au sein du CNRS, puis du Musée de l’homme. Il enseigne à l’université de Lyon, puis à la Sorbonne, avant d’être élu au Collège de France, où il professe de 1969 à 1982. Affaibli par la maladie de Parkinson, il s’éteint en 1986, après avoir profondément marqué l’étude de la préhistoire et de l’art pariétal mais aussi, plus largement, notre représentation de l’humain.
Un intellectuel atypique
Car ce chercheur de terrain, qui multiplie fouilles et chantiers, fait aussi, à sa manière,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Les lettres du jeune Heinrich Böll (futur Prix Nobel de littérature 1972) et un roman de Heinz Rein montrent la guerre vue par des Allemands dociles – avant un sursaut final.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Heinrich Böll et Heinz Rein, petits soldats du IIIe Reich

Les lettres du jeune Heinrich Böll (futur Prix Nobel de littérature 1972) et un roman de Heinz Rein montrent la guerre vue par des Allemands dociles – avant un sursaut final.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h18
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Lettres de guerre. 1939-1945, de Heinrich Böll, traduit de l’allemand et édité par Jeanne Guérout, préface de Johann Chapoutot, L’Iconoclaste, 368 p., 22,90 €.
Berlin finale (Finale Berlin), de Heinz Rein, traduit de l’allemand par Brice Germain, Belfond, « Vintage », 870 p., 23 €.

Le hasard a voulu qu’un recueil de lettres écrites pendant le second conflit mondial et un roman sortent simultanément et se répondent, mariant le réel à la fiction. Il s’agit, d’une part, de la correspondance des années de guerre du jeune soldat, futur Prix Nobel de littérature (1972), Heinrich Böll (1917-1985), et, d’autre part, de Berlin finale, immense fresque romancée du journaliste Heinz Rein (1906-1991), consacrée aux quinze derniers jours de la capitale du IIIe Reich, parue en 1947 et qui ne nous parvient que cette année en français. Courriers et récit nous font voir les combats à travers les yeux d’Allemands et de soldats de la Wehrmacht.
Paresse du cœur et de l’esprit
Né dans une famille d’ébénistes de ­Cologne, lui-même fervent catholique (soldat, il ressent l’impossibilité de recevoir les sacrements comme une pénible frustration), le jeune Heinrich Böll s’est soustrait aux Jeunesses hitlériennes et n’a que mépris pour les « Prussiens », terme qui, sous sa plume, semble désigner le militarisme hitlérien. Il fait pourtant son devoir, croit en la victoire de son pays et, comme tant de jeunes gens de sa génération, passe six années sous l’uniforme à occuper la France ou à surveiller le « mur de l’Atlantique ». Son expérience du feu en tant que caporal-chef est tardive et coïncide avec son arrivée, fin 1943, sur le front de l’Est, en Crimée puis à Iasi ­ (Roumanie), où il est blessé.
Passionnant témoignage sur l’Occupation en France vue par un occupant pas trop mal disposé à l’égard des populations civiles, le ton...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Dans « Kruso », l’écrivain allemand fait souffler un vent de liberté sur une île de la Baltique en 1989, peu avant la chute du Mur.
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Lutz Seiler aux derniers jours de la RDA

Dans « Kruso », l’écrivain allemand fait souffler un vent de liberté sur une île de la Baltique en 1989, peu avant la chute du Mur.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h15
    |

                            Pierre Deshusses (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Kruso, de Lutz Seiler, traduit de l’allemand par Uta Müller et Bernard Banoun, Verdier, 480 p., 25 €.

Une île. Un personnage principal nommé Kruso. L’allusion est claire. Mais la littérature est l’art de voguer sur les marges et de faire échouer les navires trop pressés d’arriver à bon port. Ici, pas de Pacifique ni de Vendredi. Nous sommes en République démocratique allemande, en 1989, l’année de la chute du Mur – mais celui-ci n’est pas encore tombé.
Après la mort de son amie, ­Edgar Blender, 24 ans, étudiant en germanistique, quitte Halle pour Hiddensee, une petite île touristique de la mer Baltique. La proximité des côtes danoises fait qu’il n’est pas possible de séjourner longtemps sur cette île sans être soupçonné de vouloir fuir, même si les autorités ferment souvent les yeux et laissent se développer une ambiance de colonie d’artistes où se retrouvent écrivains, peintres, musiciens et acteurs. Edgar, que tout le monde appelle Ed, réussit à se faire embaucher comme plongeur dans un petit hôtel, le Klausner, qui a tout d’une arche renversée. C’est là qu’il se lie d’amitié avec Alexander Krusowitsch, que tout le monde appelle Kruso.
Rituel initiatique
Fils d’un général soviétique, Kruso a été abandonné sur cette île par sa sœur, quand il était enfant. Convaincu que le socialisme est une véritable alternative politique, mais aussi que le régime est-allemand l’a totalement dévoyé, il tente de donner aux déçus du système une vision de ce que pourrait être un monde véritablement solidaire. Un séjour de trois nuits, après un rituel initiatique, est censé leur redonner la mesure de la liberté qu’a effacée la dictature politique. Ed et Kruso, réunis par le même amour de la littérature et par le traumatisme de la disparition d’un être cher, deviennent inséparables, liés par une amitié « étroite, tendre, difficile », au milieu d’autres personnages qui font partie de l’équipe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Claro, magnétisé par les nouvelles de « Plaies », de Rennie Sparks (celle-là même du groupe The Handsome Family), se gratterait bien jusqu’au sang.
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Le feuilleton. Les dérangés

Claro, magnétisé par les nouvelles de « Plaies », de Rennie Sparks (celle-là même du groupe The Handsome Family), se gratterait bien jusqu’au sang.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Plaies (Evil), de Rennie Sparks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Yves Bart, L’Arbre vengeur, 216 p., 17 €.

Chaque fois qu’un chanteur écrit un livre, le critique littéraire ne peut s’empêcher d’éprouver une légère appréhension et d’imaginer, derrière le passage de la portée à la page, un abus de notoriété. Mais si l’on y réfléchit bien, le plus terrifiant, ça serait d’apprendre qu’un écrivain s’est lancé dans la chanson – imaginez Alexandre Jardin tâtant du pipeau ou Florian Zeller grelottant du glockenspiel. Ou pire : Yann Moix s’essayant au heavy metal – ah, zut, mauvais exemple, c’est ce qu’il fait déjà dans ses livres. Bref, il y a de quoi se réconcilier avec l’attribution du Nobel de littérature à Bob Dylan. Par ailleurs, plus personne ne bronche quand sortent des livres signés Dominique A, Philippe Katerine, Bertrand Belin ou Yannick Noah.
Oui, désormais, il est possible et même souhaitable de se consacrer exclusivement à plusieurs choses en même temps. Le stylo était une arme ; voilà la guitare qui saigne de l’encre. Comme disait Rust Cohle, le flic philosophe de la série True Detective, « on est de la viande sensible, malgré nos identités illusoires ». Bon, si je vous parle de True Detective, c’est bien évidemment pour mieux vous remettre en tête la chanson du générique, Far From Any Road, composée par le groupe de CFA (country-folk alternative…) The Handsome Family, à savoir le couple Rennie et Brett Sparks. C’est bon, vous l’entendez ? Or donc, il se trouve que Rennie Sparks – la parolière du groupe – a publié en 2000 aux éditions Black Hole Press un recueil de nouvelles intitulé Evil, que vous pouvez lire aujourd’hui, traduit par Jean-Yves Bart, aux éditions de l’Arbre Vengeur, sous le titre gouleyant de Plaies, recueil trash qui grave arrache, si vous me pardonnez l’expression et la rime (surtout la rime).

Bon, on ne...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ D’un étang de l’Indre aux fonds de l’Atlantique, c’est la même eau qui baigne les amis d’enfance de « Serez-vous des nôtres ? » et clôt « La Trilogie des confins ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Eaux lustrales d’Emmanuelle Pagano

D’un étang de l’Indre aux fonds de l’Atlantique, c’est la même eau qui baigne les amis d’enfance de « Serez-vous des nôtres ? » et clôt « La Trilogie des confins ».



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h00
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Serez-vous des nôtres ? Trilogie des rives, III, d’Emmanuelle Pagano, P.O.L, 474 p., 20 €.

La brume s’efface de l’étang aux soleils plats des jours d’automne. Sans qu’on sache bien si elle remonte au ciel s’accrocher aux nuages ou si elle s’enfonce et se dilue dans l’épaisseur dormante. C’est peut-être juste une haleine, une respiration de surface. L’eau vit ici. Elle n’est pas seulement habitée, peuplée de poissons, de batraciens, de reptiles, d’insectes, d’oiseaux. Sous les roselières, les herbiers, elle bat d’une pulsation régulière que trahissent les vagues lentes qui finissent en clapots sur les berges. L’eau est un monde en soi. Elle a façonné le paysage. Et elle l’a absorbé aussi, avalant les reflets, la lumière et les ombres. Nous sommes en Brenne, cette terre de marais endigués, entre la Claise et la Creuse, dans le département de l’Indre.
Emmanuelle Pagano en a fait le décor de son nouveau roman, ­Serez-vous des nôtres ? Elle clôt avec lui sa Trilogie des rives, commencée avec Ligne & Fils et poursuivie par Sauf riverains (P.O.L, 2013 et 2015). Trois textes qui se bouclent sans se lier. Trois chemins séparés d’un étonnant pèlerinage aux sources où l’auteure se met en quête de la relation sensible que nous entretenons avec l’eau. Celle qui s’échappe, qui déborde. Celle qui stagne, s’épaissit. La douce, la salée, la saumâtre. Une eau qui charrie notre mémoire, nos espoirs, nos doutes. Et où l’on s’engloutit.
Carpes baguées d’argent
Serez-vous des nôtres ? parle d’un étang en Brenne que, dans le pays, on appelle la Caspienne, comme cette mer aux confins de l’Europe et de l’Asie. Il est le plus en aval des étangs d’une longue coulée. Le plus large, le plus grand. Toute cette ligne d’eau appartient à une même famille, les Bonnefonds, depuis déjà cinq ou six générations. On y fait de grandes pêches et quelques chasses aussi. C’est là,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ L’écrivaine évoque les années 1967 à 1979, la paix puis la guerre, à travers la relation d’une Miss Univers beyrouthine et d’un militant palestinien.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Diane Mazloun dans le grand chaos libanais

L’écrivaine évoque les années 1967 à 1979, la paix puis la guerre, à travers la relation d’une Miss Univers beyrouthine et d’un militant palestinien.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h20
    |

                            Eglal Errera (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Age d’or, de Diane Mazloum, JC Lattès, 416 p., 19 €.

A ceux qui sont nés avant moi » pourrait être la dédicace de L’Age d’or, le deuxième roman de Diane Mazloum. Née en 1980 à Paris, dans une famille libanaise qui y avait fui la guerre civile, elle a choisi de raconter l’histoire de son pays entre 1967 et 1979, la décennie qui a précédé sa naissance. Une décennie effectivement décisive, où s’ancrent les prémices du désastre proche-oriental actuel.
Une des belles réussites de ce livre est la façon dont la romancière évolue dans les dédales de cette histoire éminemment complexe. En treize chapitres, se déroulant pour la plupart sur une seule journée, elle égrène, année après année, les combats que se livrent les voisins du Liban, le conflit israélo-palestinien, la lutte souterraine des services secrets, le terrorisme, la guerre civile libanaise. Elle évoque avec subtilité le jeu des alliances étrangères, les faiblesses et les fragilités intérieures qui ne cessent de faire de ce petit pays la terre d’élection de tant de violence – à en être dévasté.
Pendant trois ans, Diane Mazloum a consulté les archives, rencontré historiens et analystes politiques et beaucoup interrogé ses aînés. Elle a sans nul doute lu les ouvrages des romanciers libanais de la génération précédente, qui ont été à la fois les écrivains et les protagonistes de l’histoire qu’elle cherche à reconstituer, Elias Khoury, Amin Maalouf, Jabbour Douaihy ou encore Dominique Eddé qui, dans Kamal Jann (Albin Michel, 2012) a écrit : « Le Liban est inexplicable. »
Caisse de résonance libanaise
C’est ce mystère qu’explore L’Age d’or, sans pour autant tenter de le résoudre. L’ouvrage est porteur d’un ambitieux projet littéraire : trouver une forme narrative qui rende compte du grand chaos régional à partir de la seule caisse de résonance libanaise. La romancière a bâti un texte élégant,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Romans, essais, études littéraires, anthologie, revue… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 octobre 2018.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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La rentrée littéraire en bref

Romans, essais, études littéraires, anthologie, revue… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 octobre 2018.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 07h00
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Raphaële Botte, 
Isabelle Regnier, 
                                Florent Georgesco, 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            Essai. Homs déconstruit
Dans les ruines de Homs. Journal d’une architecte syrienne (The Battle for Home. The Vision of a Young Architect in Syria), de Marwa Al-Sabouni, traduit de l’anglais par Julien Breta, Parenthèses, 192 p., 18 €.
Native de Homs où elle a grandi, est devenue architecte, a passé toute la guerre civile avec son mari et ses deux enfants, Marwa Al-Sabouni esquisse l’histoire architecturale de sa ville à l’heure où son centre n’est plus que ruines. Convaincue que la dislocation progressive du tissu urbain a nourri les germes du conflit, elle tente de détailler le processus par lequel se sont dissous, à Homs et dans toute la Syrie, la notion de « chez soi » et l’idée de la ville comme socle identitaire commun. Le texte fait résonner des souvenirs personnels avec ces considérations, que l’auteure illustre par ses propres dessins. Un témoignage qui milite, à l’heure de la reconstruction, pour penser enfin la ville et éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. I. R.
Roman. Se retrouver au vert
La Folie Elisa, de Gwenaëlle Aubry, Mercure de France, 144 p., 15 €.
Elles prennent la fuite, ces quatre « runaways girls », ces quatre femmes artistes à qui l’art, un jour, n’a plus permis de mettre à distance la violence du monde. Sarah, la danseuse berlinoise, Irini, la sculptrice grecque, Emy, la rock star anglaise, et Ariane, l’actrice française. Après leurs échappées belles, les quatre femmes se retrouvent dans une maison perdue au bord d’une rivière, à confier leurs désarrois et douleurs à L., leur hôtesse. Et les échos entre leurs itinéraires sont troublants, à commencer par les hommes qu’elles ont aimés, et cet étrange graffiti peint sur les murs de chacune de leur ville… Dans La Folie Elisa, Gwenaëlle Aubry ouvre une ambitieuse réflexion sur l’asile – celui où l’on soigne sa folie, fût-elle furieuse, comme celui que l’on demande...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.
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Article sélectionné dans La Matinale du 10/10/2018
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Saviano et Carrère dans l’actu littéraire

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.



LE MONDE
 |    11.10.2018 à 06h18
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 07h18
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, dans notre sélection, une bande de jeunes criminels napolitains racontée par Roberto Saviano, une enquête fouillée dans les dossiers de mineurs poursuivis pour des faits de radicalisation. Et aussi un recueil notable sur l’ensemble du travail d’Emmanuel Carrère.
ROMAN. « Piranhas », de Roberto Saviano
A la tête d’une bande de jeunes Napolitains, le charismatique Nicolas, alias Maharaja. A la fois impatient et stratège, ce fils de petits-bourgeois a tiré des enseignements du Prince, de Machiavel. Sa philosophie se conclut ainsi : le monde se divise entre « baiseurs » et « baisés ». Unis par un pacte de sang, ses amis le suivront dans son ascension pour régner sur leur ville. Il y a Dentino, à la dentition ébréchée, Tucano (« Toucan »), Lollipop, Drone, Oiseau mou, Jveuxdire. Et Biscottino, le plus jeune d’entre tous, qui, à 10 ans, tuera un boss de la pègre et sniffera un rail de cocaïne pour fêter l’événement. Car le quartier de Forcella est une place à prendre depuis que le chef de zone régentant les « places de deal » croupit en prison. Portrait captivant tout autant qu’effrayant d’un « baby-gang » brassant des millions d’euros, Piranhas est le premier roman, très documenté, de Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra (2007), conteur-né et documenté. Macha Séry
« Piranhas » (La paranza dei bambini), de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, « Du monde entier », 368 p., 22 €.

   


RECUEIL. « Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel », sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté
C’est presque quarante années d’écriture qu’embrasse Faire effraction dans le réel. Le recueil, dirigé par Laurent Demanze et Dominique Rabaté, envisage dans sa globalité le travail d’Emmanuel Carrère depuis ses débuts comme critique de cinéma à Télérama, examinant de la même manière ces premiers textes et les romans de l’auteur, ses reportages et les deux films qu’il a réalisés.
De l’entretien inaugural avec les deux concepteurs du recueil à l’analyse par Claude Burgelin des liens entre l’œuvre de Carrère et celle de Georges Perec, les contributions universitaires sont le plus souvent très intéressantes. D’autres lectures sont, elles, passionnantes, et surprenantes, comme le texte du réalisateur Pascal Bonitzer sur le film Retour à Kotelnitch (2003) ou celui de Michel Houellebecq sur « la question du bien » chez Emmanuel Carrère, ou encore la contribution du juge Etienne Rigal, l’un des personnages principaux de D’autres vies que la mienne (P.O.L, 2009).
Mais ce qui donne réellement l’impression d’avoir ouvert une malle aux trésors, ce sont les textes donnés par l’écrivain lui-même. Ainsi d’une version alternative des premières pages de L’Adversaire (P.O.L, 2000), ou d’une « chute » du Royaume (P.O.L, 2014), consacrée à l’incipit de Madame Bovary… Ou encore un échange de courriels avec le réalisateur Jean-Xavier de Lestrade à propos de la série Soupçons, riche d’échos d’une extraordinaire profondeur avec L’Adversaire. Raphaëlle Leyris
« Emmanuel Carrère, Faire effraction dans le réel », sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté, P.O.L, 570 p., 37 €.

   


ROMAN. « Invasion », de Luke Rhinehart
Billy Morton, pêcheur de son état, ramène un jour chez lui un truc en poil protéiforme, quelque part entre le tapioca velu et le ballon à cils longs. La créature n’est de toute évidence pas de ce monde mais, comme ni la trouille ni le rationalisme ne sont le fort de la famille, il décide avec sa femme et leurs deux garçons d’adopter la chose et de l’appeler Louie. Les policiers péquenauds du coin sont bien un peu méfiants, mais l’ambiance reste bon enfant.
Animal domestique et monstre surintelligent à la fois, la bestiole est bientôt rejointe par ses potes extraterrestres et tous se mettent à hacker banques et institutions en utilisant le matériel des Morton. Ce « terrorisme » provoque une réaction violente du gouvernement républicain (lequel veut obliger « tous les Américains à porter une arme à feu en tout temps ») mais aussi de tous les Etats occidentaux, qui se mettent à traquer aussi bien ces intrus que les humains qui les hébergent. Car pire que le sabotage et le piratage, ces envahisseurs n’aiment rien tant que le « jeu » sans rime ni raison : ils finissent ainsi par inspirer aux Terriens un mouvement de contestation nommé « Pasquecérigolo ».
Luke Rhinehart cuisine, avec Invasion, une satire joyeuse du capitalisme tout en continuant à semer l’anarchie douce qu’il cultive depuis presque cinquante ans. Eric Loret
« Invasion », de Luke Rhinehart, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Francis Guévremont, Aux forges de Vulcain, 448 p., 22 €.

   


ROMAN. « Serez-vous des nôtres ? », d’Emmanuelle Pagano
Avec Serez-vous des nôtres ?, Emmanuelle Pagano clôt sa Trilogie des rives, commencée avec Ligne & Fils et poursuivie par Sauf riverains (P.O.L, 2015 et 2017). Trois textes qui se bouclent sans se lier, où l’auteure se met en quête de la relation sensible que nous entretenons avec l’eau. L’eau qui charrie notre mémoire, nos espoirs, nos doutes. Serez-vous des nôtres ? parle d’un étang en Brenne, dans l’Indre. C’est là, comme le voulait l’usage, qu’on avait lâché, il y a longtemps, à la naissance de deux garçons, deux carpes, baguées d’argent aux ouïes, portant chacune leur prénom. David, fils unique des métayers Gareau, et Jonathan Bonnefonds, dernier-né de la famille des propriétaires de l’étang. Ils sont presque jumeaux, élevés dans des familles éloignées par les biens, la fortune, mais tellement riveraines. Dès l’enfance, tous les deux vont devenir inséparables, indispensables l’un à l’autre. Puis leur amitié ne pourra que se noyer dans le trop-plein. Jonathan restera exploiter les étangs, à la suite de son père. David quittera tout pour la marine et les sous-marins.
Serez-vous des nôtres ? est une plongée dans nos lacs intérieurs. Des peurs, des angoisses s’y cachent, tapies dans la vase des oublis, des absences. Tout se déroule sur une seule journée, celle d’un 28 octobre. C’est la date de la grande pêche où les voisins se retrouvent. Jonathan est à la tâche avec les autres. Sait-il qu’au même moment David est sur le point d’achever sa dernière mission ? Qu’il remonte des profondeurs ? C’est la même eau qui coule partout sur la planète. Des sources aux fleuves, aux marais, aux mers, aux océans. C’est cette même eau qui relie encore les deux amis séparés. Et qui coule dans ce livre, dans cette trilogie, comme un ruisseau d’enfance. Xavier Houssin
« Serez-vous des nôtres ? Trilogie des rives, III », d’Emmanuelle Pagano, P.O.L, 480 p., 20 €.

   


BIOGRAPHIE. « Lin Zhao, “combattante de la liberté” », d’Anne Kerlan
Lin Zhao est moins connue que le dissident chinois Liu Xiaobo (1955-2017), mais tous deux ont eu un sort similaire : une mort en prison. Entre la jeune femme, née au début des années 1930 et exécutée en 1968, et le Prix Nobel de la paix 2010, d’autres points communs se dégagent, notamment l’engagement à travers l’écriture. C’est ce que montre la sinologue Anne Kerlan dans sa belle biographie, la toute première publiée en France.
Lin Zhao commence par mettre sa plume au service de la révolution communiste menée par Mao Zedong, vantant dans des œuvres littéraires les mérites de la réforme agraire. Elle ne revient vers la religion chrétienne dans laquelle elle a été élevée que dans ses dernières années, lorsqu’elle est emprisonnée pour activités contre-révolutionnaires.
Sa tombe, près de Suzhou, sa ville natale, est devenue un point de rassemblement pour les militants et intellectuels qui aspirent à plus de démocratie en Chine. A chaque anniversaire de sa mort, en avril, ceux qui viennent se recueillir sont repoussés par les forces de l’ordre. Le pouvoir chinois a retenu la leçon, écrit Anne Kerlan : Liu Xiaobo, lui, a été incinéré et ses cendres ont été dispersées au-dessus de l’océan. François Bougon
« Lin Zhao, “combattante de la liberté” », d’Anne Kerlan, Fayard, 388 p., 24 €.

   


ESSAI. « La Fabrique de la radicalité », de Laurent Bonelli et Fabien Carrié
La Fabrique de la radicalité s’appuie sur une enquête fouillée dans les dossiers de plus de 130 mineurs ayant été suivis par la justice et les services sociaux pour des faits de « radicalisation ». Les deux sociologues ont en outre mené de très nombreux entretiens avec les éducateurs, les policiers ou les juges qui ont côtoyé ces jeunes. Forts de cette enquête, les auteurs distinguent quatre grandes trajectoires de radicalisation, « radicalité apaisante », « radicalité rebelle », « radicalité agonistique » et « radicalité utopique ».
Cette dernière, la plus détaillée dans le livre, caractérise les adolescents socialisés dans des familles ayant nourri de grands projets de mobilité sociale pour eux. Ces jeunes transfuges de classes vivent souvent avec une grande amertume le fait de ne pas réussir à accéder à la norme scolaire et sociale dominante. Dès lors, la tentation est grande pour une partie infime d’entre eux de réinvestir leurs dispositions scolaires frustrées dans la religion et l’appartenance à une nouvelle communauté.
Ces adolescents repérés par la justice ne deviennent pas tous des meurtriers. Mais leur destin paradoxal nous tend un miroir dérangeant qu’il serait sage de regarder en face plutôt que de le cacher, parce qu’il nous informe mieux que bien d’autres sur la fragmentation de la société et les déceptions violentes qu’elle produit. Gilles Bastin
« La Fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français », de Laurent Bonelli et Fabien Carrié, Seuil, 312 p., 20 €.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ La chronique BD de Kidi Bebey. Etre enfant-soldat, résister à des parents qui veulent vous envoyer en France : des sujets douloureux mis à la portée des plus jeunes avec humour, pudeur et finesse.
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Chronique

Trois albums jeunesse à lire sur la guerre et le déracinement en Afrique

La chronique BD de Kidi Bebey. Etre enfant-soldat, résister à des parents qui veulent vous envoyer en France : des sujets douloureux mis à la portée des plus jeunes avec humour, pudeur et finesse.

Par                Kidi Bebey (chroniqueuse Le Monde Afrique)



LE MONDE
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        Le 10.10.2018 à 17h00

     •
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        Mis à jour le 10.10.2018 à 17h17






    

Crédits : DR


« Tamba, l’enfant-soldat », de Marion Achard et Yann Degruel
Front buté, visage fermé, le jeune Tamba se remémore la plus terrible période de sa vie. Durant des mois, dans son pays en guerre, il a combattu comme enfant-soldat. Enrôlé de force au cœur d’un conflit dont il ne comprenait pas les enjeux, il a été obligé de commettre des atrocités faute de perdre la vie. Un jour enfin, la paix est revenue. Mais dans les esprits de tous, les blessures sont restées vives. Tamba doit rendre compte de ses actes et s’expliquer publiquement devant une commission Vérité et réconciliation. Le garçon a-t-il été bourreau ou victime de la guerre ? Est-il totalement responsable des actes qu’il a commis ?

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Ecrivain pour la jeunesse, Marion Achard a choisi cette fois la bande dessinée pour mettre en scène ce sujet délicat. L’auteur, par ailleurs artiste de cirque, en avait l’idée depuis 2000, alors qu’elle avait été invitée par une ONG à donner des spectacles et à animer des ateliers en Guinée, dans un camp de réfugiés. Le camp regroupait à l’époque de nombreux enfants libériens et sierra-léonais qui avaient fui les conflits ou en avaient été acteurs. « Je n’ai jamais su lesquels, parmi eux, pouvaient avoir tenu des armes, précise Marion Achard. Ils étaient tous dynamiques, joyeux… Je ne voyais que leur désir intense de vivre leur enfance ou d’en reprendre le fil. » 
Dix-huit ans plus tard, l’idée a pris la forme d’un album qui touche les lecteurs en plein cœur. Tout en finesse, les illustrations de Yann Degruel parviennent à montrer la dureté des situations sans jamais recourir au sensationnel. Et malgré parfois quelques ellipses un peu maladroites, la réussite de cet album tient sans doute au fait qu’il n’a rien de didactique. On y chemine avec émotion au côté de Tamba, pour qui la parole, douloureuse mais nécessaire, représente un grand pas vers la reconstruction.

    

Crédits : DR


« L’Envers des nuages », de Frédéric Richaud et Rafael Ortiz
Dans un camp de réfugiés cerné par la guerre, Florence, une reporter-photographe, va croiser la route du jeune Samy. La première doit photographier la vie quotidienne à l’intérieur du camp, les activités des réfugiés et le travail mené par le personnel humanitaire. Le second, à l’extérieur, doit répondre aux ordres de son chef, un milicien fracassé, cruel et ivre de destruction. Terrifié, Samy passe pour un poltron aux yeux de ses camarades. Lors de l’assaut du camp, il sauvera pourtant Florence de la mort, en tirant sur son chef sur le point de l’abattre.

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                Album jeunesse : quand Grégoire le Chat est dupé par Betty la Souris



Dans cette bande dessinée, deux histoires s’opposent et se répondent pour interroger l’absurdité de la guerre. La photographe veut mettre en lumière la dignité que parviennent à conserver les êtres, dans ces cités fragiles et hors du monde que sont les camps de réfugiés. L’enfant-soldat, quant à lui, recherche l’ombre et le souvenir de sa vie d’avant l’horreur. Un album efficace où la force des images de Rafael Ortiz sert un propos volontariste : faire comprendre et sensibiliser, sans pour autant juger.

    

Crédits : DR


« Akissi », de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin
La famille d’Akissi a un grand projet pour elle : l’envoyer vivre à Paris ! Dans le quartier, la nouvelle se répand et fait rêver tout le monde. Chacun se montre soudainement plein d’égards pour la petite, dans l’espoir des cadeaux à venir qu’elle enverra de France. Akissi est la seule pour qui ce départ est un grand malheur. En effet, comment peut-on quitter tout ce que l’on connaît pour aller vivre dans un pays où on se brosse les dents avec du camembert, où les hommes déambulent un béret sur la tête et où l’on boit du vin Château Margaux tellement vieux qu’il doit forcément être pourri ? Partir ? Mission impossible ! Aidée de ses amis, Akissi se rebiffe et mène l’enquête. Peut-être ses parents ne l’aiment-ils pas aussi fort qu’elle le croyait… Peut-être n’est-elle même pas vraiment la fille de sa mère et la petite-fille de son grand-père…

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                Bande dessinée : cahier d’un départ du pays natal



Avec ce huitième album de la série, Marguerite Abouet met une nouvelle fois et avec brio son imagination et son savoir-faire au service d’une histoire sucrée-salée qui ravira les enfants. Le style graphique de Mathieu Sapin, avec ses détails dans tous les coins et ses personnages au corps menu et à grosse tête, amplifie avec humour l’importance que peuvent avoir les questionnements et les émotions des plus jeunes. Car, à 6 ou 7 ans, les décisions tranchées des adultes peuvent transformer la vie quotidienne en une vraie grande aventure. Quel plaisir de se raconter des histoires ! Quelle joie de se faire un peu peur !
Tamba, l’enfant soldat, de Marion Achard et Yann Degruel, éditions Delcourt (18,95 €)
L’Envers des nuages, de Frédéric Richaud et Rafael Ortiz, éditions Glénat (14,50 €)
Akissi, de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, éditions Gallimard (10,50 €)


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.
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Roberto Saviano touche sa cible

L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
11.10.2018 à 09h11
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Piranhas (La paranza dei bambini), de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, « Du monde entier », 358 p., 22 €.

Pas sûr que ce quartier populaire jouxtant le centre-ville de Naples soit mentionné dans les guides de tourisme, à l’exception peut-être de la fresque murale qui en marque l’une des entrées : un immense portrait de san Gennaro – le saint patron de la ville –, à 28 ans, l’âge où il fut supplicié au IVe siècle. Fief historique de la ­Camorra, la mafia locale, aujourd’hui étendue à l’ensemble de la cité parthé­nopéenne et à la Campanie, le quartier se nomme Forcella, la « Fourche ». « Deux branches. On sait d’où on vient mais pas où on arrive, ni même si on y arrive. Une route symbole », écrit l’Italien Roberto ­Saviano dans Piranhas, son premier roman.

Unis par un pacte de sang
L’adolescence se poste pareillement à la croisée des chemins. Des choix irréversibles et le degré d’intensité que l’écrivain insuffle à son récit transforment ceux-là en destins. Chez ce ­conteur-né et documenté qu’est Saviano, l’aiguille du manomètre s’affole. Sous pression, les personnages de Piranhas ne cessent de se déplacer. A pied, en scooter. Hormis d’épisodiques jours d’école et des soirées en famille qui s’amenuisent au fil des mois, ils sont en perpétuel mouvement. A la tête de leur bande, le charismatique Nicolas, alias Maharaja, mû par l’urgence de vivre. A la fois impatient et stratège, ce fil aîné de petits-bourgeois a tiré des enseignements du Prince, de Machiavel (1532). Sa philosophie personnelle se conclut ainsi : le monde se divise en « baiseurs » et « baisés ». Unis par un pacte de sang, ses amis le suivront dans une ascension dont le point de départ est ­Forcella. Il y a Dentino, à la dentition ébréchée, Tucano (« Toucan »), Lollipop, Drone, Oiseau mou, Jveuxdire. Et Biscottino, le plus jeune d’entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ L’écrivain a répondu au questionnaire élaboré par « Le Monde des livres ». Portrait en lecteur.
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Keskili ? Roberto Saviano

L’écrivain a répondu au questionnaire élaboré par « Le Monde des livres ». Portrait en lecteur.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 16h00
    |

                            Macha Séry








                        


Un premier souvenir de lecture ?
L’Iliade en édition jeunesse, le cadeau d’anniversaire de mes 12 ans.
Le chef-d’œuvre inconnu que vous portez aux nues ?
Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (Verdier, 2003).
Le chef-d’œuvre officiel qui vous tombe des mains ?
Le Vicomte pourfendu, d’Italo Calvino (nouvelle traduction Gallimard, 2018).
L’écrivain avec lequel vous aimeriez passer une soirée ?
Camus.
Celui que vous aimez lire, mais que vous ne voudriez pas rencontrer ?
Céline.
Un livre que vous avez envie de lire ?
A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust (Gallimard, 1913-1927).
Celui dont vous voudriez être le héros ?
Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas (1846).
Celui qui vous réconcilie avec l’existence ?
Le Kama-sutra.
Celui que vous avez envie d’offrir à tout le monde ?
Les poésies de Wislawa Szymborska.
Celui qui vous fait rire ?
Trois hommes dans un bateau, de Jerome K. Jerome (1889).
Celui dont vous aimeriez écrire la suite ?
L’Odyssée.
L’auteur que vous aimeriez pouvoir lire dans sa langue ?
Dostoïevski.
Le livre que vous voudriez avoir lu avant de mourir ?
Somme théologique, de saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle).
Votre endroit préféré pour lire ?
En prison, dans un jardin, aux toilettes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Dans cette nouvelle série, le mangaka reprend la recette du manga d’aventures qui a fait son succès et l’adapte à un univers galactique. Mais difficile de croire qu’il a cherché à se renouveler.
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Avec son nouveau manga « Edens Zero », Hiro Mashima peine à s’affranchir de « Fairy Tail »

Dans cette nouvelle série, le mangaka reprend la recette du manga d’aventures qui a fait son succès et l’adapte à un univers galactique. Mais difficile de croire qu’il a cherché à se renouveler.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 10h00
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Il avait annoncé qu’il ne prendrait pas de repos, pourtant mérité, après la conclusion à la fin de juillet 2017 de sa série phare Fairy Tail. Figure emblématique du manga, Hiro Mashima revient avec une nouvelle saga, Edens Zero, dont le premier tome est paru en France mercredi 10 octobre, en quasi simultané avec le Japon. Un manga très attendu dans l’Hexagone, d’autant qu’en proportion Fairy Tail a connu plus de succès chez nous que dans son pays de naissance – il fut le deuxième manga la plus vendu en France après One Piece. Le premier tome est tiré à 100 000 exemplaires, le plaçant parmi les plus gros lancements de cette fin d’année.
Avec Edens Zero, Mashima reprend le champ lexical qui a fait sa réputation, la fantasy, mais le place cette fois dans un univers galactique. Le mangaka appelle ça de la « SF », pour space fantasy, histoire d’avertir le lecteur qu’il s’aventure sans trop de sérieux dans le registre de la fiction futuriste. Pourtant, lors de son passage au Festival internationl de BD d’Angoulême en janvier, le mangaka se disait « prêt à remettre [s]a carrière en jeu avec ce projet ».

   


Les aventures d’Edens Zero commencent par l’arrivée d’une jeune femme, Rebecca, accompagnée d’ Happy, son chat bleu, sur l’île de Granbell, qui abrite un gigantesque parc d’attractions aux allures médiévales. Déserté depuis un siècle, le parc est habité par des robots domestiques et Shiki, un jeune humain un peu sauvage qui a soif d’aventures. Contraints de fuir sous la menace des robots, l’équipe fraîchement constituée s’enfuit donc dans l’espace. Doté d’une grande force physique, Shiki, qui n’avait jamais quitté Granbell ni vu d’humains avant de rencontrer Rebecca, va pouvoir enfin explorer le cosmos et découvrir son destin. Pour gagner sa vie, l’équipe galactique diffuse des vidéos sur B-Cube, sorte de YouTube futuriste.
Si le scénario de ce premier tome ne paraît pas très clair, que le lecteur se rassure. Ou pas. Edens Zero est un condensé de références et d’idées cousues par un fil ténu. Ses nombreux retournements parviennent malgré tout à retenir l’attention du lecteur. L’auteur profite de l’ignorance de son héros pour le confronter pêle-mêle à des nouvelles cités, des quêtes et des ennemis. On y croise des youtubeurs agaçants, des cyborgs, une guilde (comme dans Fairy Tail), une pirate qui pourrait être la petite cousine d’Albator et une divinité géante. De même, ces premiers chapitres laissent entrevoir qu’Hiro Mashima a réutilisé la recette de sa précédente série basée sur l’humour avec des bagarres tonitruantes et de longs passages sur la notion d’amitié. Sans oublier les références un brin grivoises et une passion pour les héroïnes à grosse poitrine.

        Lire aussi :
         

                « Fairy Tail », ou la preuve que la magie opère dans le manga




   


Toutefois, Hiro Mashima parvient encore une fois à déployer ce qui a aussi forgé son succès : un talent indéniable pour dessiner des décors détaillés mais aussi des planches de scènes d’action et de combats très intenses et captivantes.
« Si l’on voulait caricaturer, les séries de Mashima sont au manga ce que le fast-food est à la gastronomie : c’est gras, on s’en met partout et on a un peu honte après l’avoir dévoré d’une seule traite, mais on y revient toujours parce qu’au fond c’est bon et qu’on aime ça », défendait le blog ActuaBd dans sa chronique du premier chapitre.
Certains y verront peut-être une marque de fainéantise de la part de l’auteur. Ou une forme d’indécision aux prémices de son nouvel opus. D’autres, qu’il est fidèle à son public et à sa stature de dessinateur de manga shonen, des BD d’action et d’aventures prônant des valeurs de courage, d’amitié et de dépassement de soi. Reste qu’il faut probablement avoir aimé Fairy Tail pour continuer à aimer Mashima.
Edens Zero, de Hiro Mashima, traduction de Thibaud Desbief, tome I le 10 octobre, éditions Pika, 216 pages, 6,95 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Conversation à bâtons rompus avec l’écrivain à la parution de « Faire effraction dans le réel », recueil consacré à son art et à son œuvre.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/10/2018
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Emmanuel Carrère : « Accepter que les choses échappent à mon contrôle »

Conversation à bâtons rompus avec l’écrivain à la parution de « Faire effraction dans le réel », recueil consacré à son art et à son œuvre.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 13h50
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel, sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté, P.O.L, 570 p., 37 €.

Il est toujours un peu ennuyé au moment d’employer des grands mots comme « art » (il préfère dire qu’il « pratique une discipline artistique ») ou « œuvre »… C’est pourtant à son art et à son œuvre qu’est consacré l’épais recueil Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel, dirigé par les universitaires Laurent Demanze et Dominique Rabaté.
Composé d’interventions de spécialistes de la littérature, mais aussi de contributions écrites par des proches ou des auteurs tels John Updike et Michel Houellebecq, ainsi que de textes d’Emmanuel Carrère lui-même, dont nombre d’inédits, il analyse et retrace son parcours, entre cinéma et littérature. Ce recueil souvent passionnant est l’occasion d’interroger l’écrivain sur l’ensemble de son travail et de son rapport à la littérature.
Certains auteurs refusent de trop se pencher sur la fabrique de leur écriture, un peu comme d’autres sont rétifs à la psychanalyse, parce qu’ils craignent que cela ne les bloque, en rendant trop clair pour eux-mêmes ce qui les agit. N’est-ce pas une crainte que vous avez eue au moment d’accepter d’accompagner les critiques Laurent Demanze et Dominique Rabaté dans l’élaboration de « Faire effraction dans le réel » ?
Pour me retrouver coincé, avec la mécanique grippée, je n’ai pas besoin d’un cahier critique, je fais ça très bien tout seul [rires] ! J’ai accepté ce projet avec un mélange, sans doute normal, de gratitude pour l’intérêt qui m’est porté et de léger embarras. Je leur ai vraiment fait confiance, j’ai suggéré quelques noms de contributeurs (comme celui de mon vieil ami Olivier Rubinstein, ou de la théologienne Marion Muller-Colard), mais ce sont vraiment Laurent Demanze et Dominique Rabaté qui l’ont conçu.





                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Nicolas Fensch, l’un des auteurs des violences commises envers des policiers quai de Valmy, à Paris, en novembre 2016, décrypte son étonnant parcours politique dans un livre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Du RPR au radicalisme gauchiste

Nicolas Fensch, l’un des auteurs des violences commises envers des policiers quai de Valmy, à Paris, en novembre 2016, décrypte son étonnant parcours politique dans un livre.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 10h40
    |

            Abel Mestre








                        



                                


                            

Livre. Qu’est-ce qui peut amener un informaticien de gauche, quadragénaire et sans histoires, à revêtir un masque à gaz, une parka noire pour rejoindre le black bloc et affronter les forces de l’ordre ? C’est à cette question que répond le passionnant livre que Nicolas Fensch a écrit avec Johan Badour.
Fensch raconte donc son parcours dans ce court récit. Jeune, il est plutôt de droite, adhère un temps au parti gaulliste de l’époque, le RPR, dans sa tendance sociale, derrière Philippe Séguin. Peu scolaire, il commence à travailler très tôt et se rend compte de la violence des rapports sociaux dans l’entreprise. Cette première prise de conscience le conduit peu à peu à se gauchiser jusqu’à voter Mélenchon en 2012. Rien de bien radical, donc.
Mais le tournant de la vie de Fensch se passe en 2016, en plein mouvement contre la « loi travail ». Il se trouve un peu par hasard dans une manifestation. Et voit une nasse se former, la répression agir. « Les blessés sont nombreux. Il ne s’agit pas d’arrêter des individus soi-disant dangereux, il s’agit de marquer les corps, de faire mal, indistinctement, pour faire passer l’envie de revenir », écrit l’auteur.
« Tout le monde peut être un casseur »
Cette épiphanie gauchiste va entraîner Fensch dans toutes les manifestations, tous les rassemblements. Jusqu’à ce 18 mai 2016, quai de Valmy, à Paris. La violence des images est restée dans les têtes : en marge d’une manifestation interdite en plein mouvement contre la « loi travail », plusieurs individus masqués avaient pris à partie deux policiers dans une voiture de patrouille. Un jet de fumigène à l’intérieur de l’habitacle avait mis le feu au véhicule. Les deux policiers n’avaient été que légèrement blessés, mais la scène, impressionnante, avait largement été relayée dans les médias. Sur ces images, l’on voyait la tentative dérisoire d’un manifestant pour frapper un policier avec une sorte de tige en plastique souple. C’était...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ L’auteure d’« Americanah » était l’invitée du Monde Festival dimanche 7 octobre à l’Opéra Bastille.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ L’écrivaine nigériane, figure majeure du féminisme et auteure engagée, refuse toutefois qu’on la présente comme « une porte-parole ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤         

Chimamanda Ngozi Adichie : « Il faut cesser d’être condescendant vis-à-vis de l’Afrique »



LE MONDE
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        Le 08.10.2018 à 14h08






Durée : 05:40 | 

L’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie s’est imposée comme l’un des grands noms de la littérature anglophone avec ses romans L’Hibiscus pourpre (Anne Carrière, 2004), L’Autre Moitié du soleil (Gallimard, 2008) et Americanah (Gallimard, 2015). Celle qui vit aujourd’hui entre les Etats-Unis et son Nigeria natal était l’invitée du Monde Festival, qui s’est tenu du 5 au 7 octobre à Paris. La discussion était animée par Maryline Baumard, rédactrice en chef du Monde Afrique. Chimamanda Ngozi Adichie considère que le France doit assumer sa responsabilité dans la crise des migrants et dans l’état de l’Afrique post-coloniale, alors qu’elle « contrôle encore la monnaie de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest » et qu’« elle soutient le président camerounais, qui passe plus de temps à Genève que dans son pays ».


                

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