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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Le réalisateur de « Girl » raconte le combat intérieur de Lara, jeune fille trans qui veut devenir danseuse et femme.
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Lukas Dhont, cinéaste : « Le corps est le grand conflit »

Le réalisateur de « Girl » raconte le combat intérieur de Lara, jeune fille trans qui veut devenir danseuse et femme.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h32
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

En 2009, Lukas Dhont commence ses études d’arts audiovisuels à Gand, en Belgique, quand il découvre dans un journal l’histoire de Nora, une adolescente de 15 ans, née dans un corps de garçon, qui veut devenir danseuse étoile. Il souhaite la rencontrer et réaliser un documentaire sur elle. Mais la jeune fille, alors en pleine transition, refuse d’être filmée et rejette le projet. Elle accepte, en revanche, de raconter sa vie à Lukas Dhont, qui, huit ans plus tard, en fera le sujet de son premier long-métrage. Présenté à Cannes, Girl, où Nora est renommée Lara, a reçu la Queer Palm, prix LGBT non officiel, et son interprète principal, Victor Polster, 16 ans, le Prix d’interprétation d’Un certain regard.



En quoi l’histoire de Nora vous a-t-elle touché au point de ressentir le besoin de la raconter ?
Quand j’étais enfant, mon père a voulu que je sois boy-scout et j’ai détesté ça. Je préférais la danse, le théâtre… des activités dont on me disait qu’elles étaient pour les filles. Par rapport aux enfants autour de moi, je me sentais toujours un peu bizarre. Pour me faire accepter et aimer, je me suis alors astreint à corriger mes penchants, à être comme les autres. Plus je constatais que cela marchait, plus je me perfectionnais dans cette représentation d’une personnalité qui n’était pas la mienne. Jusqu’à l’adolescence, j’ai soutenu cette sorte de performance.
Quand j’ai lu cet article, j’avais 18 ans, et l’histoire de Nora qui, à l’inverse, menait avec ambition et détermination un combat pour être vraiment elle-même a fait écho en moi. Jusque-là, je n’avais pas réussi à accepter que j’étais ­homosexuel. Pire, j’étais devenu homophobe, par rejet de cette violence physique ou verbale que l’homosexualité provoquait et à laquelle je ne voulais pas qu’on m’associe. C’est dans le miroir que m’a tendu Nora que j’ai pu me voir plus clairement.
Dans « Girl », vous placez Lara...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Une chaleur émane du film, qui a abordé le rêve de métamorphose de l’adolescente par son quotidien.
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« Girl » : l’obsession de Lara contrebalancée par le regard du cinéaste Lukas Dhont

Une chaleur émane du film, qui a abordé le rêve de métamorphose de l’adolescente par son quotidien.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 07h53
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Sélectionné en 2018 à Un certain regard et reparti de Cannes avec la Caméra d’or, la Queer Palm et un Prix d’interprétation pour son acteur Victor Polster, Girl poursuit sa route à ­travers les festivals internationaux sans jamais oublier de rafler un prix. Cet engouement ne se limite pas à un effet de mode lié à son sujet : l’histoire de Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile, mais, surtout, de devenir une femme, car Lara est née garçon. Avec le soutien de son père, la jeune adolescente entame un traitement hormonal contraignant et attend avec impatience de pouvoir être opérée. Mais les effets du ­traitement tardent à arriver : Lara prend son mal en patience, tout en supportant de moins en moins la présence, entre ses cuisses, d’un organe génital qu’elle met tout en œuvre pour oublier.

        Lire l’entretien avec Lukas Dhont :
         

          « Le corps est le grand conflit »



Déjouant largement toutes les attentes liées au traitement d’un tel sujet, le jeune cinéaste Lukas Dhont s’est astreint à la plus grande des douceurs pour filmer son héroïne. Et c’est ce qui étonne au premier abord, de voir que l’entourage de Lara est compréhensif et la considère comme une fille, que son père (le très juste Arieh Worthalter) l’encourage. Bref, que la violence ne vient pas du monde extérieur. Girl échappe à l’écueil du film à thème dont la problématique engloutirait tout sur son passage. Bien au contraire, Dhont a le souci de restituer les journées et les gestes ordinaires, de filmer de merveilleuses scènes d’intimité familiale, de complicité entre un père et ses enfants. Le rêve de métamorphose est pris dans les filets de la quotidienneté et c’est ce qui le rend si crédible, si juste.
S’extirper de son enveloppe
Une chaleur émane de tous les plans, amplifiée par le travail sur la lumière. Chaleur de l’environnement et chaleur du regard du cinéaste, contrebalancés par l’obsession de Lara et l’infinie exigence qu’elle impose à son corps par la pratique de la danse classique. Avant d’enfiler son justaucorps, elle étouffe son sexe sous des bandes de Scotch et ressort de chaque cours les pieds ensanglantés. Le soir, Lara se scrute dans le miroir, dans l’attente fébrile d’une poitrine qui tarde à pousser. Elle réclame à son corps plus qu’il n’est capable de lui offrir, et c’est ce ­conflit intérieur qui percera de sa violence la surface du film.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Avec « Girl », oubliez le garçon



Lara ne coïncide pas avec son corps, elle est comme enfermée dedans. Cette suffocation muette, Dhont la filme sans complaisance et parvient à aller au-delà de son sujet pour suggérer tout un faisceau de thèmes : la puberté, l’entrée dans l’âge adulte, l’angoisse de la sexualité, la haine de son ­propre corps et cette volonté de le faire disparaître, de l’alléger par la discipline la plus sévère. Il y a, dans les belles scènes de danse filmées en caméra portée, le rêve de déjouer la pesanteur, de s’extirper de son enveloppe charnelle.
Ventriloque d’aucun discours, Lara ne représente qu’elle-même
L’acte extrême auquel sera finalement amenée Lara, bien loin d’évoquer un coup de force censé nous sidérer, touche d’autant plus que le surgissement de cette violence est filmé avec douceur. Par cette tendresse constante du regard, Lukas Dhont parvient à ne jamais voler les actes et les tourments de son héroïne. Ventriloque d’aucun discours, Lara ne représente qu’elle-même. La grande intelligence de Girl consiste à laisser vivre l’adolescente et à être entièrement rivé à sa vie, à son corps.
Et d’abord au corps de celui qui ­incarne Lara, Victor Polster, jeune danseur de 16 ans sidérant de magnétisme et à qui Dhont offre son premier rôle. Son corps, mouvant, instable, se trouve à la lisière de toutes les oppositions : adolescent et adulte, masculin et féminin, sensuel et excessivement discipliné. Ce miroitement permanent, l’agréable trouble provoqué par cette perpétuelle ambiguïté font de Victor Polster une puissante apparition cinématographique. Un corps qui, plan après plan et par sa seule présence, déploie à lui seul une histoire.

Film belge de Lukas Dhont. Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Valentijn Dhaenens (1 h 45). Sur le Web : diaphana.fr/film/girl et www.facebook.com/girlthefilm

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 10 octobre)
Girl, film belge de Lukas Dhont (à ne pas manquer)L’Amour flou, film français de Romane Bohringer et Philippe Rebbot (à voir)Dilili à Paris, film d’animation français de Michel Ocelot (à voir)Grande-Synthe, la ville où tout se joue, documentaire français de Béatrice Camurat Jaud (à voir)Impulso, documentaire espagnol et français d’Emilio Belmonte (à voir)Lindy Lou, jurée n° 2, documentaire français de Florent Vassault (à voir)La Mort du dieu serpent, documentaire français de Damien Froidevaux (à voir)Le Rat scélérat, film d’animation français de Jeroen Jaspaert (à voir)Domingo, film brésilien et français de Clara Linhart et Fellipe Barbosa (pourquoi pas)Galveston, film américain de Mélanie Laurent (pourquoi pas)La Particule humaine, film turc de Semih Kaplanoglu (pourquoi pas)RBG, Ruth Bader Ginsburg, documentaire américain de Julie Cohen et Betsy West (pourquoi pas)Voyez comme on danse, film français de Michel Blanc (pourquoi pas)Johnny English contre-attaque, film britannique de David Kerr (on peut éviter)Venom, film américain de Ruben Fleischer (on peut éviter)
A l’affiche également :
Tazzeka, film français et marocain de Jean-Philippe Gaud





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le documentaire d’Emilio Belmonte suit la chorégraphe et performeuse Rocio Molina en pleine création.
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« Impulso » : une danseuse de flamenco au travail

Le documentaire d’Emilio Belmonte suit la chorégraphe et performeuse Rocio Molina en pleine création.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 08h16
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Très connue dans le milieu de la danse contemporaine, la chorégraphe Rocio Molina a réinventé la tradition flamenca avec une liberté et une énergie rares. Qu’elle rampe tel un insecte ou laisse traîner sa jupe dans un liquide couleur sang, elle saisit cet élan – l’impulso – qui lui vient « du corps pour atteindre l’esprit » selon ses propres mots, et qui donne son titre au documentaire d’Emilio Belmonte.

        Lire le portrait :
         

          Rocio Molina, la création en gestation



Le réalisateur, né il y a quarante ans en Andalousie, a vu danser et chanter tous les artistes flamencos depuis les années 1970. Il avait fini par penser que cette danse était « enterrée dans ses souvenirs », jusqu’à ce que des performeurs comme Rocio Molina et Israel Galvan viennent bouleverser ses certitudes. Il a tourné Impulso alors que Rocio Molina était en tournée et préparait en même temps sa création Caida del cielo, qui a eu lieu au Théâtre national de Chaillot, à Paris, en novembre 2016.
Rocio Molina a assumé dès son plus jeune âge sa singularité, à commencer par un physique trapu
Née en 1984, Rocio Molina a commencé à danser à l’âge de 3 ans, assumant dès son plus jeune âge sa singularité, à commencer par un physique trapu. L’artiste ne joue pas sur le port altier, mais sur une gestuelle expressionniste alliée à une folie maîtrisée.
Le film se concentre sur les répétitions qui ont précédé le jour J de la création. On ne lâche pas la danseuse, ses musiciens ni son manageur. Sur le plateau ou à table, ils cherchent et discutent. Comment caler la guitare ou le ton de voix ? A quel instant vont-ils trouver l’idée, le bon geste ? Le charme du film tient d’abord au plaisir du travail qui anime l’équipe.

        Lire la critique de « Grito Pelao » :
         

          Rocio Molina danse sur son nombril



Une certaine mélancolie
Le réalisateur est à la fois au plus près et à bonne distance. Dans un habile montage, les paroles des uns et des autres se superposent aux claquements de talons. Le propos n’est pas d’encenser la star, mais de compendre comment Rocio Molina arrive quasiment à sortir de son propre corps. Sa mère, assez présente, s’en inquiète et se demande jusqu’où sa fille peut aller dans ce personnage quasi monstrueux.
Rocio Molina préfère se définir comme une femme puissante, qui s’est construite au prix d’un entraînement incessant. Mais son vrai moteur est au fond d’elle : c’est une certaine mélancolie de la sensation. Rocio Molina a réalisé sa première soléa (une forme de flamenco) à l’âge de 17 ans et « c’était sans doute la plus belle », dit-elle. « Depuis, je traîne ma part de mélancolie de savoir que je ne retrouverai jamais les sensations que j’ai ressenties la première fois ».



Documentaire espagnol et français d’Emilio Belmonte (1 h 25). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/impulso



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Le réalisateur Damien Froidevaux retrace l’histoire d’une jeune fille expulsée de France.
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« La Mort du dieu serpent » : au Sénégal, errance immobile en pays soninké

Le réalisateur Damien Froidevaux retrace l’histoire d’une jeune fille expulsée de France.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h27
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 13h48
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Une jeune fille de 20 ans, qui a grandi à Paris, est mêlée à une bagarre. Elle est arrêtée mais ne comparaît pas devant un tribunal. Koumba Tandjigora est expulsée vers le Sénégal, où elle est née, qu’elle a quitté à l’âge de 2 ans, sans avoir jamais ensuite eu l’envie d’y retourner.
Quand le réalisateur de La Mort du dieu serpent, Damien Froidevaux, a décidé de raconter l’histoire de Koumba Tandjigora, celle-ci vivait depuis deux ans au Sénégal, d’abord à Dakar, puis aux confins du Mali et de la Mauritanie, en pays soninké, dans le village de sa famille, sur les rives du fleuve Sénégal. Le cinéaste le confesse, il pensait filmer un combat, celui de l’exilée pour rentrer chez elle auprès de ses parents, de ses frères et sœurs, en espérant qu’il serait victorieux.
Le film s’est transformé en un dialogue, qui vire souvent à la dispute, entre le filmeur et la filmée
Très vite, le film s’est transformé en un dialogue, qui vire souvent à la dispute, entre le filmeur et la filmée, et la défense d’une noble cause est devenue le portrait d’un être complexe frappé par un malheur imprévu, doublé de l’histoire de la réalisation de ce portrait.
De toute façon, Koumba fait une piètre victime : colérique, de mauvaise foi, elle soupçonne ouvertement Damien Froidevaux de vouloir s’enrichir à ses dépens. Dans les ruelles du village, elle semble souvent traquée par la caméra, désireuse de dire l’injustice dont elle se sent victime, mais aussi réticente à montrer sa situation. Au fil des séjours du cinéaste au Sénégal, on voit se dessiner une histoire terrible – Koumba perd un enfant, une petite fille dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait été sauvée si elle était née en France – et parfois douce.
Résignation et renonciation
La Mort du dieu serpent est un récit d’apprentissage d’une grande cruauté. Ce qu’apprend Koumba devant l’objectif, c’est la patience. Mais la République française et les aînés du village soninké ont fixé d’autres matières à son ­programme : la résignation et la ­renonciation.
Damien Froidevaux filme cette errance immobile (Koumba va et vient entre deux villages, avec une simple incursion dans un chef-lieu) sans chercher à mettre en évidence ce qu’il y a d’exemplaire dans ces situations. Le film attendu – un réquisitoire contre la double peine qui frappe les délinquants qui ne sont pas nés au bon endroit – laisse place au portrait d’une femme qui souffre et se débat. Cette densité fournit plus de matière à réflexion que bien des films-tracts.

Documentaire français de Damien Froidevaux (1 h 24). Sur le Web : www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/42526_1



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Les réalisateurs Clara Linhart et Fellipe Barbosa dépeignent leurs personnages sans finesse critique.
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« Domingo » : satire futile de la bourgeoisie du Brésil

Les réalisateurs Clara Linhart et Fellipe Barbosa dépeignent leurs personnages sans finesse critique.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 07h26
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Le 27 octobre 2002, un séisme politique secoue le Brésil, puisqu’un candidat socialiste, Luiz Inácio Lula da Silva, dit « Lula », remporte l’élection présidentielle. Sept ans après la fin de son deuxième mandat, en 2011, l’ancien président est désormais incarcéré, l’élite économique du pays a pris sa revanche en destituant sa « remplaçante », Dilma Rousseff, et le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, est arrivé en tête, avec 46 % des voix, du premier tour de la présidentielle, dimanche 7 octobre. Domingo, troisième long-métrage de Fellipe Barbosa (né en 1980), coréalisé avec la documentariste et productrice Clara Linhart, entend remonter à la source de ce naufrage, le 1er janvier 2003, en imaginant le frisson d’angoisse qui a parcouru la haute bourgeoisie en ce jour d’investiture d’un président de gauche.
Dans une propriété du sud du pays, près de la frontière uruguayenne, on attend la venue de Laura (Itala Nandi), doyenne narcissique et diva peau de vache d’une riche famille réunie sur trois générations pour fêter à la fois le Nouvel An et un anniversaire. Entre la demeure décrépie et les vastes étendues du domaine alentour, un va-et-vient incessant des maîtres et des domestiques bruisse des retrouvailles de chacun, comme des préparatifs du barbecue dominical, puis de la fête qui doit battre son plein. Mais, sous l’oisive indolence et la désinvolture composée, refluent peu à peu les bouffées de ressentiment, l’hypocrisie, les coucheries diverses, la toxicomanie, la cruauté, les névroses, le mépris de classe (envers les employés de maison), entre autres turpitudes qui signalent la profonde corruption morale de cette classe dominante.
Mise en scène inconsistante
L’intérêt de Domingo tient, en premier lieu, à l’unité de temps et de lieu qui préside à la conduite du récit et nous propulse au cœur d’une famille qui se révèle au présent, promettant ainsi une belle disponibilité aux personnages. Mais très vite, le film bascule dans le registre d’une satire à gros traits et on comprend qu’on ne retrouvera pas ici ce qui faisait la beauté et l’intelligence des précédents films de Fellipe Barbosa (Casa Grande, 2014 et Gabriel et la montagne, 2017) : une finesse critique qui cernait les contradictions de ses protagonistes sans pour autant chercher à les condamner en bloc.
Ici, l’aigreur et la caricature hâtive semblent avoir pris le relais. Les personnages gesticulent comme des pantins et sont ­contraints d’affronter un panel si étendu de vicissitudes que leur accumulation finit par prendre un tour artificiel. L’investiture de Lula, retransmise à la radio ou à la télévision, n’est jamais qu’une toile de fond qui ne concerne pas directement les personnages, mais vise à servir le propos des cinéastes. Même la mise en scène paraît étonnamment inconsistante, au milieu de ce grand déballage où la caméra se contente seulement de débusquer les infamies de chacun et de distribuer les mauvais points. On misera donc plutôt sur les films suivants de ces jeunes cinéastes ayant ici cédé aux facilités d’un règlement de comptes.

Film brésilien et français de Clara Linhart et Fellipe Barbosa (1 h 34). Sur le Web : www.condor-films.fr/film/domingo



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Deux films illustrent la fracture qui divise les Etats-Unis, avec les portraits d’une jurée et d’une juge à la Cour suprême.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Lindy Lou, jurée n° 2 » et « RBG » : femmes de loi, en rouge ou bleu

Deux films illustrent la fracture qui divise les Etats-Unis, avec les portraits d’une jurée et d’une juge à la Cour suprême.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h24
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 08h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » pour « Lindy Lou, jurée n° 2 » – à voir
L’avis du « Monde » pour « RBG » – pourquoi pas
Avant que ne sorte Lindy Lou, jurée n° 2, personne n’avait entendu parler de Mme Isonhood, électrice républicaine, pilier de son église, retraitée habitant le Mississippi, Etat « rouge » (républicain), l’un des bastions de Donald Trump. A l’opposé, la matière de RBG se trouve dans la ­célébrité de son sujet, Ruth Bader Ginsburg, sommité intellectuelle, octogénaire devenue idole de la jeunesse progressiste américaine. Le calendrier cinématographique rapproche ces deux femmes, situées chacune à une extrémité du système judiciaire américain, la jurée précipitée par le hasard du tirage au sort dans le débat autour de la peine de mort, la juge à la Cour suprême des Etats-Unis. Et, aussi bien que le furieux débat autour de la nomination du juge Kavanaugh, la vision consécutive de ces deux films donne la mesure du gouffre vertigineux qui s’est creusé entre les deux camps politiques américains.
Dans le film de Florent Vassault, Lindy Lou Isonhood se lance – à l’instigation du réalisateur – à la recherche des jurés en compagnie desquels elle a voté la mort d’un homme, en 1994. Dans les lotissements de maisons cossues dispersés dans les bois du Mississippi, elle frappe à la porte de femmes et d’hommes qui, pour certains, ont oublié, quand d’autres sont taraudés par le souvenir. Lindy Lou se distingue de ses collègues d’une semaine (le procès a été expédié, les délibérations ont duré trois heures et demie) par la répugnance qui l’a saisie au moment de voter la mort. Douze ans après le procès, au jour fixé pour l’exécution de Bobby Wilcher, meurtrier de deux femmes, elle a rencontré le condamné. Après qu’il eut bénéficié d’un sursis, elle a continué de le voir jusqu’au dernier jour.
Une exécution ordinaire
Le voyage de cette femme sur les routes du Mississippi, ses étapes dans les intérieurs des anciens ­jurés, constituent à la fois un pèlerinage expiatoire et une enquête sociologique. En entrant dans les salons envahis de bibelots, en passant un moment sur un stand de tir, on entrevoit les convictions inébranlables, les fantasmes et les craintes qui façonnent une des deux moitiés des Etats-Unis. Peut-être retenu par l’inépuisable humilité de sa guide, Florent Vassault se garde de faire verser son film dans la démonstration. Cette histoire, qui ne raconte ni une erreur judiciaire ni un précédent juridique mais une exécution ordinaire, semble parfois étriquée jusqu’à ce qu’on distingue ce qu’elle montre le mieux : la permanence et la solidité en apparence inusable d’un système de valeurs.

   


RBG est à la fois le reflet et une particule du flux d’informations et d’illusions qui alimente et désarticule le débat. Le titre est emprunté au surnom affectueux et ironique que ses jeunes admirateurs ont donné à Ruth Bader Ginsburg : « Notorious RBG », pour conférer à l’aïeule juriste la force de frappe d’un rappeur.

        Lire la lettre de Washington :
         

          A la Cour suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg, « diva » et rempart libéral



Le film de Julie Cohen et Betsy West respecte pour l’essentiel la chronologie d’une biographie, de la naissance de Ruth Bader Ginsburg dans une famille d’immigrés juifs de Brooklyn à sa gloire présente, en passant par son travail juridique pour l’égalité entre genres et sa nomination à la Cour suprême par Bill Clinton. Pas plus que d’autres qui parsèment cette vie passionnante, cette ironie – la nomination d’une féministe par un homme souvent accusé de prédation sexuelle – n’est relevée par les réalisatrices, toutes occupées à démontrer la perfection politique et morale de leur modèle.
Le penchant hagiographique de « RBG » n’empêche pas les informations de flotter à la surface
Ce penchant hagiographique n’empêche pas les informations de flotter à la surface : la violence de la discrimination envers les femmes au début des années 1950 (à la faculté de droit d’Harvard, le doyen recevait les rares étudiantes pour qu’elles expliquent de quel droit elles prenaient la place d’un homme), l’habileté de la stratégie mise au point par la professeure de droit devenue avocate afin de mettre à bas les lois discriminatoires…
Le fil biographique est ornementé de séquences captant les manifestations d’adulation à l’endroit de Ruth Bader Ginsburg, représentante d’une minorité « libérale » au sein de la Cour suprême – cet enthousiasme répond de manière asymétrique aux certitudes des jurés de Lindy Lou. Alors qu’elle est devenue personnage de l’émission satirique « Saturday Night Live », et qu’elle a été invitée (pour un rôle parlant) à monter sur la scène de l’opéra de Washington, l’on retrouve son effigie aussi bien sur des mugs que sur la peau de ses admirateurs. Il ne faut pas compter sur ce film, fait pour réconforter les opposants à l’occupant actuel de la Maison Blanche et à sa majorité parlementaire, pour approfondir la contradiction essentielle qu’il se contente d’énoncer : la gloire de Ruth Bader Ginsburg croît de manière inversement proportionnelle à son influence sur les affaires de son pays.




Documentaire français de Florent Vassault (1 h 25). Sur le Web : jhrfilms.com/lindy-lou
Documentaire américain de Julie Cohen et Betsy West (1 h 38). Sur le Web : www.rbgmovie.com et www.facebook.com/RBGmovie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le film de Semih Kaplanoglu semble avoir oublié cet élément de base du récit cinématographique qu’est le personnage.
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« La Particule humaine » : un récit vide et désincarné

Le film de Semih Kaplanoglu semble avoir oublié cet élément de base du récit cinématographique qu’est le personnage.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h22
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
L’humanité, menacée d’inanition, touche à sa fin. Tous les organismes génétiquement modifiés périclitent pour des raisons inconnues. Le docteur Erol Erin (Jean-Marc Barr), ingénieur en génétique, part en direction des « terres mortes » pour y trouver de nouvelles semences, et y rencontrer un autre scientifique, Cemil Akman, qui avait prévu ce phénomène avant de rompre tout contact avec la société. Ce retour au désert est l’occasion d’une quête physique, autant que spirituelle, qui se veut une réflexion philosophique sur les dangers que l’homme, par des actions irréversibles et aux conséquences inconnues, fait courir à la nature et par extension à lui-même.
Plans languissants
Inspiré par des textes religieux et des traditions anciennes, tourné en noir et blanc aux quatre coins de la terre, dans des plans languissants et composés, La Particule humaine semble avoir oublié au passage cet élément de base du récit cinématographique qu’est le personnage. Il en résulte une sorte de désincarnation qui, si elle sied sans doute à la menace que fait planer le film, n’est pas d’un heureux présage non plus pour l’intérêt que peuvent y prendre au présent ses spectateurs.
Ce film suscite ainsi un sentiment de vide, contraire à celui qu’on pouvait ressentir dans la trilogie qui a fait connaître son auteur (Yumurta, Milk, Miel), fortement habitée par les rapports du héros à son paysage natal d’Anatolie. Ni la puissance tellurique, ni la poésie virgilienne, ni la vibration intime de son héros, qui imprégnaient si fortement ces films ne sont reconduites par La Particule humaine, sans doute épuisé par son désir de rejoindre l’inaccessible horizon du Stalker, d’Andreï Tarkovski.

Film turc de Semih Kaplanoglu. Avec Jean-Marc Barr, Ermin Bravo, Grigoriy Dobrygin, Lubna Azabal (2 h 08). Sur le Web : www.sddistribution.fr/film/la-particule-humaine/117



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Michel Blanc donne une suite désordonnée à « Embrassez qui vous voudrez » en mêlant situations boulevardières et notations contemporaines.
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« Voyez comme on danse » : vaudeville en vrac

Michel Blanc donne une suite désordonnée à « Embrassez qui vous voudrez » en mêlant situations boulevardières et notations contemporaines.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h20
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 07h21
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Il y a les liens du sang, ceux du mariage et enfin – et surtout – ceux du mensonge. Voyez comme on danse est – comme l’auront compris les amateurs de comptines – le successeur d’Embrassez qui vous voudrez, réalisé par le même auteur, Michel Blanc, en 2002. Ce sera donc un vaudeville moderne, dans lequel on retrouve une bonne partie (le réalisateur, Jacques Dutronc, Charlotte Rampling, Carole Bouquet, Karin Viard) de la distribution du précédent film, auxquels sont venus s’ajouter progéniture (William Lebghil, Jeanne Guittet), maîtresse (Sara Martins) et époux-boulet (Jean-Paul Rouve).
Bigarrure
Ces particules sont mises en mouvement par les forces ordinaires du genre – adultère, grossesse, recherche de paternité – auxquelles Michel Blanc a voulu ajouter quelques phénomènes plus contemporains : fluidité des genres, accidents d’entreprise. Comme un jongleur qui ne parvient pas à maintenir ses balles loin du sol, l’auteur-réalisateur laisse son film se défaire, que ce soit par maladresse (le traitement du personnage de Sara Martins frise l’insensibilité) ou par désinvolture, comptant, non sans raison, sur ses comédiens pour mener l’aventure à bon port.
Or ceux-ci semblent jouer chacun dans un film différent : Carole Bouquet et Charlotte Rampling dans une comédie mondaine, Jean-Paul Rouve dans un burlesque, Jacques Dutronc dans un thriller économique des années 1970. Cette bigarrure divertit, tout en empêchant le film de s’élever au-dessus de son rang de menu plaisir éphémère.

Film français de et avec Michel Blanc. Avec Carole Bouquet, Jean-Paul Rouve, William Lebghil, Karine Viard, Charlotte Rampling, Jacques Dutronc (1 h 28). Sur le Web : ugcdistribution.fr/film/voyez-comme-on-danse



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Ce produit dérivé de l’univers de Spider-Man se contente d’aligner les figures imposées du récit d’origine d’un super-héros, mais il a triomphé au box-office américain.
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« Venom » : la médiocrité comme super-pouvoir

Ce produit dérivé de l’univers de Spider-Man se contente d’aligner les figures imposées du récit d’origine d’un super-héros, mais il a triomphé au box-office américain.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h19
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Mercredi 3 octobre, 10 heures, projection de presse de Venom, dans une grande salle des Champs-Elysées. Dans les heures qui suivent, je cherche ce qu’on peut bien dire d’un film à la fois attendu et décevant.
Se gausser de la difficulté de Tom Hardy à maîtriser le registre comique ? Le personnage qu’il joue, un journaliste d’investigation irresponsable qui devient l’hôte d’un parasite extraterrestre, ne présente guère d’intérêt, ce n’est sans doute pas la faute de l’acteur britannique. Se demander pourquoi Michelle Williams a abandonné Kelly Reichardt ou Kenneth Lonergan pour un rôle aussi convenu de petite amie résolue qui se tient soigneusement au second plan ? La réponse se trouve sans doute sur les relevés bancaires de l’actrice, grand bien lui fasse.
80 millions de dollars de recettes
Remarquer que Black Panther reste encore un exemple bien isolé et que c’est Riz Ahmed qui incarne le méchant – un milliardaire vaguement inspiré d’Elon Musk, dont le discours écologiste dissimule de noirs desseins, et pas Tom Hardy ? On me répondra que je vois le mal partout et que, de toute façon, le personnage de Riz Ahmed, baptisé Carlton Drake, est titulaire d’un passeport britannique.
Arrivé à ce point de mes réflexions et au dimanche matin, les résultats du box-office américain tombent. Venom, production Sony façonnée à partir de la parcelle de l’univers Marvel qui a été concédée à la multinationale japonaise, à qui les observateurs du marché prédisaient un avenir guère plus glorieux que celui des 4 Fantastiques de la Fox, est un succès massif, avec plus de 80 millions de dollars de recettes en un week-end d’exploitation. Le marché a parlé, je m’arrête là.

Film américain de Ruben Fleischer. Avec Tom Hardy, Michelle Williams, Riz Ahmed (1 h 54). Sur le Web : www.facebook.com/Venom.LeFilm et www.venom.movie



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le réalisateur de « Kirikou » et d’« Azur et Asmar » met en scène une jeune Kanak face à des « mâles-maîtres ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/10/2018
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« Dilili à Paris » : un plaidoyer féministe animé de Michel Ocelot

Le réalisateur de « Kirikou » et d’« Azur et Asmar » met en scène une jeune Kanak face à des « mâles-maîtres ».



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 08h13
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Durant ces deux dernières décennies, Michel Ocelot a beaucoup voyagé. L’Afrique de l’Ouest (Kirikou), le Japon et l’Egypte (Princes et Princesses), l’Europe médiévale (Azur et Asmar), les Antilles et le Tibet (Les Contes de la nuit) l’ont conduit à découvrir, puis à les transcrire en ombres et couleurs, le monde et ses cultures. Il était temps pour lui de revenir à Paris, une ville qu’il aime profondément, non sans une pointe de nostalgie tournée vers ces époques où la cité s’anima plus que de raison. Parmi elles, le début des années 1900 que portèrent dans un même élan vers le beau et le progrès, artistes, inventeurs et inventrices, chercheurs et chercheuses.
C’est justement là, au cœur de la Belle Epoque, que Michel Ocelot a choisi de se poser pour raconter l’histoire de son septième long-métrage d’animation. Celle de ­Dilili, une petite fille née en Nouvelle-Calédonie, désormais installée à Paris dont elle rêve de connaître tous les recoins et les habitants. A l’issue d’une scène inaugurale qui prend par surprise le spectateur – et dont on ne dira rien pour ne pas l’en priver –, Dilili fait la connaissance d’un jeune livreur en triporteur, Orel, qui va se charger de satisfaire sa curiosité.
Déambulation à travers Paris
Commence alors une déambulation à travers le Paris du jardin des Tuileries, des faubourgs, des Grands Boulevards et des ruelles de Montmartre, où partout règne une effervescence communicative à laquelle n’échappe pas Dilili. Orel la met cependant en garde. Les entrailles de la capitale cachent une bien autre réalité, une sombre histoire celle-là : depuis quelque temps, des fillettes sont enlevées par des « mâles-maîtres » dont personne ne sait qui ils sont, puis disparaissent, comme aspirées dans les souterrains de la ville.

   


Dilili ne supporte pas les injustices, elle qui est quotidiennement victime de racisme. Elle décide illico de mener l’enquête. Au fil de celle-ci, la petite Kanak et son compagnon vont être appelés à rencontrer les plus grandes célébrités du XXe siècle naissant : Toulouse-Lautrec, Marcel Proust, Gustave Eiffel, Claude Monet, Picasso, Aristide Bruant, Louis Pasteur, Erik Satie… et surtout Marie Curie, Louise Michel, Colette, Sarah Bernard, la Goulue, qui, chacune à sa manière, agissent en faveur de l’émancipation et de la libération des femmes. Précisément ce que cherchent à stopper, comme les deux amis vont le découvrir, les kidnappeurs de petites filles, contraintes à ramper à quatre pattes et à servir de tabouret à leurs bourreaux, une fois entre leurs mains.
Au fil de leur enquête, la petite Kanak et son compagnon vont être appelés à rencontrer les plus grandes célébrités du XXe siècle naissant
Reconstitué et retravaillé en 3D à partir des photos prises par Michel Ocelot durant quatre ans, le Paris de Dilili sert d’écrin à une galerie de hauts personnages (dessinés en à-plats de couleurs vives) dont l’énumération vire un peu au catalogue, au risque parfois de rendre un peu fastidieuse la leçon d’histoire qu’elle est susceptible de servir. Mais l’écrin fournit aussi l’alibi rêvé au propos, très actuel, que soutient avec force, dans son film, le cinéaste. N’y allant pas par quatre chemins pour dénoncer le sort réservé aux femmes, au sein d’une civilisation des Lumières où sourdent des forces obscurantistes.
Certes, Dilili à Paris porte les valeurs que Michel Ocelot défend dans tous ses films avec finesse. Kirikou et la sorcière (1998) évoquait déjà les ravages d’un viol, Azur et Asmar (2007) ceux de l’intolérance. Mais cette fois, le réalisateur les assène, n’hésitant pas à heurter et à prêter le flanc aux critiques. Ainsi, l’accoutrement dont sont revêtues les fillettes emprisonnées – robe noire à capuche – peut évoquer le niqab. Même s’il prend ses distances vis-à-vis d’une interprétation trop spécifique, le cinéaste mène son plaidoyer pour les droits communs avec virulence, quitte à sacrifier la subtilité qui fut propre à ses précédentes œuvres.

Film français d’animation de Michel Ocelot (1 h 35). Sur le Web : www.marsfilms.com/film/dilili_a_paris



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/10/2018
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Femmes, hommes : les combattants de notre sélection cinéma

Chaque mercredi dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 07h45
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALECette semaine dans les salles, une jeune fille trans, une féministe en 3D, une danseuse puissante, une jurée américaine revenue de la peine de mort, la séparation en beauté du couple. Et Bekolo le résistant face au pouvoir camerounais, dans une rétrospective au Musée du quai Branly.
Plus vite, le corps : « Girl »

Sélectionné en 2018 pour Un certain regard et reparti de Cannes avec la Caméra d’or, la Queer Palm et un Prix d’interprétation pour son acteur Victor Polster, Girl poursuit sa route à ­ travers les festivals internationaux sans jamais oublier de rafler un prix.
Cet engouement ne se limite pas à un effet de mode lié à son sujet : l’histoire de Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile, mais, surtout, de devenir une femme, car Lara est née garçon. Avec le soutien de son père, la jeune adolescente entame un traitement hormonal contraignant et attend avec impatience de pouvoir être opérée. Mais les effets du ­traitement tardent à arriver : Lara prend son mal en patience, tout en supportant de moins en moins la présence, entre ses cuisses, d’un organe génital qu’elle met tout en œuvre pour oublier.
Déjouant largement toutes les attentes liées au traitement d’un tel sujet, le jeune cinéaste Lukas Dhont s’est astreint à la plus grande des douceurs pour filmer son héroïne. Et c’est ce qui étonne au premier abord, de voir que l’entourage de Lara est compréhensif et la considère comme une fille, que son père (le très juste Arieh Worthalter) l’encourage. Bref, que la violence ne vient pas du monde extérieur. Girl échappe à l’écueil du film à thème dont la problématique engloutirait tout sur son passage. Murielle Joudet
« Girl », film belge de Lukas Dhont. Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Valentijn Dhaenens (1 h 45).
Libératrice animée : « Dilili à Paris »

Il était temps pour Michel Ocelot de revenir à Paris, une ville qu’il aime profondément, non sans une pointe de nostalgie tournée vers ces époques où la cité s’anima plus que de raison. Parmi elles, le début des années 1900 que portèrent dans un même élan vers le beau et le progrès, artistes, inventeurs et inventrices, chercheurs et chercheuses.
C’est justement là, au cœur de la Belle Epoque, que le réalisateur a choisi de se poser pour raconter l’histoire de son septième long-métrage d’animation. Celle de ­Dilili, une petite fille née en Nouvelle-Calédonie, désormais installée à Paris dont elle rêve de connaître tous les recoins et les habitants.
A l’issue d’une scène inaugurale qui prend par surprise le spectateur – et dont on ne dira rien pour ne pas l’en priver –, Dilili fait la connaissance d’un jeune livreur en triporteur, Orel, qui va se charger de satisfaire sa curiosité. Celui-ci la met cependant en garde. Les entrailles de la capitale cachent une bien autre réalité, une sombre histoire celle-là : depuis quelque temps, des fillettes sont enlevées par des « mâles-maîtres » dont personne ne sait qui ils sont, puis disparaissent, comme aspirées dans les souterrains de la ville. Véronique Cauhapé
« Dilili à Paris », film français d’animation de Michel Ocelot (1 h 35).
Sur la route de la peine de mort : « Lindy Lou, jurée n° 2 »

Avant que ne sorte Lindy Lou, jurée n° 2, personne n’avait entendu parler de Mme Isonhood, électrice républicaine, pilier de son église, retraitée habitant le Mississippi, Etat « rouge » (républicain), l’un des bastions de Donald Trump.
Dans le film de Florent Vassault, Lindy Lou Isonhood se lance – à l’instigation du réalisateur – à la recherche des jurés en compagnie desquels elle a voté la mort d’un homme, en 1994.
Dans les lotissements de maisons cossues dispersés dans les bois du Mississippi, elle frappe à la porte de femmes et d’hommes qui, pour certains, ont oublié, quand d’autres sont taraudés par le souvenir. Le voyage de cette femme sur les routes du Mississippi, ses étapes dans les intérieurs des anciens ­jurés, constituent à la fois un pèlerinage expiatoire et une enquête sociologique. Thomas Sotinel 
« Lindy Lou, jurée n° 2 », documentaire français de Florent Vassault (1 h 24).
Le flamenco au travail : « Impulso »

Très connue dans le milieu de la danse contemporaine, la chorégraphe Rocio Molina a réinventé la tradition flamenca avec une liberté et une énergie rares. Qu’elle rampe tel un insecte ou laisse traîner sa jupe dans un liquide couleur sang, elle saisit cet élan – l’impulso – qui lui vient « du corps pour atteindre l’esprit » selon ses propres mots, et qui donne son titre au documentaire d’Emilio Belmonte.
Le film se concentre sur les répétitions qui ont précédé le jour J de la création – Caida del cielo, qui a eu lieu au Théâtre national de Chaillot, à Paris, en novembre 2016. On ne lâche pas la danseuse, ses musiciens ni son manageur.
Sur le plateau ou à table, ils cherchent et discutent. Comment caler la guitare ou le ton de voix ? A quel instant vont-ils trouver l’idée, le bon geste ? Le charme du film tient d’abord au plaisir du travail qui anime l’équipe. Clarisse Fabre
« Impulso », documentaire espagnol et français d’Emilio Belmonte (1 h 25).
Je ne t’aime plus, moi aussi ! « L’Amour flou »

   


André Breton invente « l’amour fou » en 1937, bréviaire fiévreux de la rencontre unique entre deux êtres, soit lui-même et Jacqueline Lamba, peintre, décoratrice, gauchiste, danseuse aquatique. Quatre-vingts ans plus tard, Romane Bohringer et Philippe Rebbot, ci-devant acteurs, proposent, sous les auspices de « l’amour flou », le vade-mecum de la séparation exemplaire. La leur, entre parenthèses. Après dix ans de vie commune à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, et deux ­enfants qu’ils aiment visiblement beaucoup, la chose étant réciproque. 
En l’affaire, chacun sa méthode. Celle du couple Bohringer-Rebbot est retorse, et à double détente. Premier palier : on limite les dégâts pour les enfants. On cherche une solution qui tienne de l’éloignement minimal.
Un promoteur immobilier inventif la trouve. Une surface nue, qui se partagera entre deux appartements séparés, mais réunis par la chambre des enfants. Il fallait y penser. C’est le concept sioux de la séparation amoureuse, symboliquement actée, matériel­lement caduque. C’est une utopie de notre temps, que celle de ce couple qui, se défaisant solidairement, continuerait de se construire. Jacques Mandelbaum
« L’Amour flou », film français de Romane Bohringer et Philippe Rebbot. Avec Romane Bohringer, Philippe Rebbot, Reda Kateb (1 h 37).
Cinéaste en mouvement en pays immobile : Jean-Pierre Bekolo

Parmi les longs-métrages du réalisateur camerounais Jean-Pierre Bekolo que l’on verra pendant les deux jours de la rétrospective que lui consacre le Musée du quai Branly, on distingue tout d’abord Le Président, réalisé en 2013, interdit dans son pays, et pour cause. Il y est question, sur le mode satirique, d’un chef d’Etat absentéiste et inamovible, qui ressemble fort à celui qui vient de se représenter, à 85 ans, pour un septième mandat.
Bekolo ne fait pas dans le réalisme (à l’exception de son premier film, Quartier Mozart, sorti en 1992) : il a exploré le lyrisme onirique (Les Saignantes), la science-fiction (Miraculous Weapons) et la série historique Our Wishes (qui évoque la colonisation allemande au Cameroun), qui seront tous représentés pendant ces deux jours, occasion de découvrir un cinéaste dont les films peinent à parvenir jusqu’aux écrans français. Thomas Sotinel
Rétrospective Jean-Pierre Bekolo, 13 et 14 octobre, Musée du quai Branly. Paris 7e. Entrée gratuite.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 10 octobre)
Girl, film belge de Lukas Dhont (à ne pas manquer)L’Amour flou, film français de Romane Bohringer et Philippe Rebbot (à voir)Dilili à Paris, film d’animation français de Michel Ocelot (à voir)Grande-Synthe, la ville où tout se joue, documentaire français de Béatrice Camurat Jaud (à voir)Impulso, documentaire espagnol et français d’Emilio Belmonte (à voir)Lindy Lou, jurée n° 2, documentaire français de Florent Vassault (à voir)La Mort du dieu serpent, documentaire français de Damien Froidevaux (à voir)Le Rat scélérat, film d’animation français de Jeroen Jaspaert (à voir)Domingo, film brésilien et français de Clara Linhart et Fellipe Barbosa (pourquoi pas)Galveston, film américain de Mélanie Laurent (pourquoi pas)La Particule humaine, film turc de Semih Kaplanoglu (pourquoi pas)RBG, Ruth Bader Ginsburg, documentaire américain de Julie Cohen et Betsy West (pourquoi pas)Voyez comme on danse, film français de Michel Blanc (pourquoi pas)Johnny English contre-attaque, film britannique de David Kerr (on peut éviter)Venom, film américain de Ruben Fleischer (on peut éviter)
A l’affiche également :
Tazzeka, film français et marocain de Jean-Philippe Gaud





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ L’acteur de 88 ans avait joué dans plus de 150 films en France et en Italie. Depuis quelques années, il se consacrait surtout à la peinture.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 09/10/2018
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Venantino Venantini, le dernier des « tontons flingueurs », est mort

L’acteur de 88 ans avait joué dans plus de 150 films en France et en Italie. Depuis quelques années, il se consacrait surtout à la peinture.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 18h05
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 12h51
    |

            Véronique Cauhapé








                        



   


Beau gosse, l’allure classe, digne du pays où il était né, le comédien italien Venantino Venantini dont le visage dira probablement plus que le nom, s’est éteint mardi 9 octobre à l’âge de 88 ans.
Particulièrement connu en France pour avoir incarné Pascal, l’homme de main flegmatique, « à la présence tranquillisante », du gangster « le Mexicain » dans Les Tontons flingueurs (1963), film de Georges Lautner dont il était le dernier survivant de la bande, Venantino Venantini a mené une carrière de chaque côté des Alpes. Tournant aussi bien sous la direction d’Ettore Scola, Lucio Fulci, Dino Risi, Joe Damato… que celle de Claude Lelouch, Edouard Molinaro, Jean Yanne, Christian-Jaque ou Georges Lautner.
Né le 17 avril 1930 dans la province d’Ancône, Venantino Venantini avait quitté l’Italie pour suivre les cours de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts à Paris et devenir peintre.
Pour financer ses études, il court les castings dans l’espoir de décrocher des petits rôles de figurant au cinéma. C’est ainsi qu’il se retrouve sur les plateaux de Ben-Hur, Quo Vadis, Cléopâtre et se fait repérer par le réalisateur italien Franco Rossi qui lui offrira son premier vrai rôle dans L’Odyssée nue en 1961.
Second couteau populaire
Il n’en faut guère plus à ce garçon pourvu d’un charme discret et élégant pour plaire à d’autres cinéastes. Georges Lautner est de ceux-là, qui le fera tourner dans six autres de ses longs-métrages : Des pissenlits par la racine, Galia, La Grande Sauterelle, Attention, une femme peut en cacher une autre…
Mais c’est avec Les Tontons flingueurs que l’acteur se forge une image de second couteau populaire avec ce rôle de « première gâchette » drôlissime, porte-flingue au verbe soigné et à la détente rapide. En 1965, il revient en « Mickey le bègue » dans Le Corniaud, de Gérard Oury, nouvelle occasion pour l’acteur d’imposer sa silhouette auprès du grand public.
La filmographie de Venantino Venantini s’enrichit des propositions qui lui sont faites, autant en Italie qu’en France dont il parle la langue couramment, avec ce léger accent transalpin qui plaît aux femmes. L’acteur ne se limite à aucun registre – comédie, péplum, fantastique, western spaghetti, polar, drame – et touche à tous les rôles. Il donne la réplique à Louis de Funès, Bourvil, Jean-Paul Belmondo, Sophia Loren, Marcello Mastroianni, se plie à des choix d’amitié autant que d’admiration.
Quand le cinéma le boude, Venantini joue aussi pour la télévision dans des séries comme Franck Riva avec Alain Delon, Mafiosa ou Greco. Et revient dans les salles à la fin des années 2000, avec Nos 18 ans (2008), de Frédéric Berthe ou J’ai toujours rêvé d’être gangster (2007), de Samuel Benchetrit. Peintre, c’est pourtant ce qu’il avait rêvé de devenir. Ces dernières années, il s’y était consacré. Ses toiles avaient été exposées en 2015 à la mairie du 9e arrondissement à Paris.

        Lire la nécrologie :
         

          Georges Lautner, le père des "Tontons flingueurs", est mort






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le festival Les Ecrans de Chine, du 3 au 7 octobre à Paris, a été l’occasion de confronter différents points de vue de documentaristes sur l’Empire du milieu.
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Regards de cinéastes sur la Chine

Le festival Les Ecrans de Chine, du 3 au 7 octobre à Paris, a été l’occasion de confronter différents points de vue de documentaristes sur l’Empire du milieu.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 12h27
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 12h46
    |

            Frédéric Lemaître








                        



   


Deux femmes – une grand-mère et une poétesse – ont été à l’honneur de la huitième édition des Ecrans de Chine, festival indépendant qui projette chaque année à Paris, puis dans d’autres villes européennes, une douzaine de documentaires chinois. Dimanche 7 octobre, Michel Noll, le fondateur du festival a, au nom du jury, distingué deux films centrés sur des personnages féminins : Une famille au gouffre et Demain toujours.
Réalisé par Yao Zubiao, Une famille au gouffre (71 minutes), lauréat du China Screen d’or, décrit la coexistence difficile d’une vieille mère et de son fils dans un minuscule village du Yunnan situé dans un gouffre naturel. Les environs sont superbes. Les autorités locales qui y ont apporté l’électricité aimeraient y développer le tourisme, le fils aussi mais la mère n’entend pas se séparer de son unique bien, le porc qu’elle élève et qui réduit à néant les efforts du fils pour embellir le hameau. A travers cette plongée au cœur de la Chine profonde, le réalisateur offre une métaphore sur le conflit qui oppose les Anciens et les Modernes. Au passage, on notera cette remarque du fils, à bout d’argument : « Le président Xi Jinping arrive à bien s’entendre avec ses voisins et toi tu n’es même pas capable de t’entendre avec ta famille. »

   


Une handicapée devenue star
Le second film, distingué par le China Screen d’argent, est davantage grand-public. Réalisé par Fan Jian, Demain toujours (88 minutes) est consacré à une star chinoise, au destin exceptionnel. Née en 1976 dans un village du Hubei, Yu Xinhua est handicapée de naissance. Victime d’une paralysie cérébrale qui l’empêche de s’exprimer et de marcher normalement, cette jeune femme, mariée à un ouvrier du bâtiment qui travaille à Pékin, tue le temps en écrivant des poèmes.
Or, en 2014, l’un des ses textes, J’ai traversé la moitié de la Chine pour dormir avec toi, bouleverse les Chinois. Plus d’un million le lisent sur les réseaux sociaux. En quelques mois, la paysanne handicapée devient une star qui donne des conférences à l’université et participe à toutes sortes d’émissions à la télévision. Riche et célèbre, elle en profite pour demander le divorce au grand dam de son mari mais aussi de sa mère.

   


A travers le portrait de cette combattante, pleine d’énergie et qui ne cache pas haïr son handicap – elle refuse d’ailleurs d’être porte-parole de handicapés –, ce documentaire offre de nombreuses portes d’entrée sur la Chine : les relations entre villes et campagnes, entre hommes et femmes, entre mères et filles, entre les personnes handicapées et leur entourage…
Une vitrine internationale
Le jury a tenu à distinguer deux autres films : Turtle Rock, de Xiao Xiao, un très beau documentaire en noir et blanc sur le village où le réalisateur a passé son enfance et où rien ne semble avoir changé depuis des décennies et L’Observateur, un documentaire réalisé par une Italienne, Rita Andreetii, sur Hu Jie. Peu connu, y compris en Chine, cet ancien militaire chinois devenu documentariste et peintre met en valeur certains pans peu glorieux de l’histoire de la Chine communiste, ce qui lui vaut d’être marginalisé par les autorités.
Petit festival indépendant – et donc pauvre –, Les Ecrans de Chine a reçu cette année pas moins de 120 documentaires. Une fois projetés à Paris, les onze films retenus vont maintenant tourner dans neuf autres villes européennes, offrant à leurs réalisateurs une vitrine internationale d’autant plus appréciable qu’en Chine, les festivals de films indépendants se font de plus en plus rares.



Sur le Web : www.ecransdesmondes.org/festival/ecransdechine et www.lentrepot.fr/Festival-Ecrans-de-Chine-2018.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Romane Bohringer et Philippe Rebbot filment avec tendresse le délitement de leur couple et l’énergie mise à l’embellir.
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« L’Amour flou » : la comédie joyeuse de la rupture

Romane Bohringer et Philippe Rebbot filment avec tendresse le délitement de leur couple et l’énergie mise à l’embellir.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 08h17
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 07h46
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
André Breton invente « l’amour fou » en 1937, bréviaire fiévreux de la rencontre unique entre deux êtres, soit lui-même et Jacqueline Lamba, peintre, décoratrice, gauchiste, danseuse aquatique. Quatre-vingts ans plus tard, Romane Bohringer et Philippe Rebbot, ci-devant acteurs, proposent, sous les auspices de « l’amour flou », le vade-mecum de la séparation exemplaire. La leur, entre parenthèses. Après dix ans de vie commune à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, et deux ­enfants qu’ils aiment visiblement beaucoup, la chose étant réciproque.

        Lire la rencontre avec Romane Bohringer et Philippe Rebbot :
         

          Comment vivre séparés en appartement



Voici le cœur du film, que beaucoup de nos lecteurs reconnaîtront comme leur. On s’est aimés, on s’est usés, on s’aime peut-être encore mais plus comme avant, on voudrait être à la hauteur de ses sentiments mais ne pas se faire trop de mal, on voudrait aussi épargner aux enfants le sentiment de ce qu’on n’a pas envie de leur présenter, ni peut-être de s’avouer à soi-même, comme un échec. Nous voici donc en pleine affaire courante, qu’on s’évertue à gérer comme telle pour éviter d’en sonder les abîmes.
La séparation comme « feel good movie »
En l’affaire, chacun sa méthode. Celle du couple Bohringer-Rebbot est retorse, et à double détente. Premier palier : on limite les dégâts pour les enfants. On cherche une solution qui tienne de l’éloignement minimal. Un promoteur immobilier inventif la trouve. Une surface nue, qui se partagera entre deux appartements séparés, mais réunis par la chambre des enfants. Il fallait y penser. C’est le concept sioux de la séparation amoureuse, symboliquement actée, matériel­lement caduque.
Second palier : l’intuition qu’un arrangement aussi ambigu est une matière cinématographique de premier ordre. En d’autres mots : la séparation comme feel good movie et, encore plus fou, la promotion du promoteur immobilier comme personnage positif ! C’est évidemment ici que les choses se compliquent un peu. La bricole, l’idée que tout fait ventre, le work in progress, la transposition quasi simultanée de choses vécues en trame fictionnelle donnent au film une allure désinvolte qui ne rend pas compte de l’âpreté supposée, sinon nécessaire, de la situation. On ne croit donc qu’à moitié à cette ­séparation jouée qu’est le film, où le jeu semble l’emporter sur la séparation.
D’un autre côté, et c’est ce qui rend L’Amour flou si heureux, on pressent que cette séparation jouée dit une certaine vérité de la séparation réelle. Non au sens où celle-ci serait feinte, mais au sens où le couple désaccordé se serait tacitement accordé à l’embellir, à la parer des troubles et de l’incertitude du jeu.
Tendresse et fidélité
Ce dont le film porte témoignage, ce n’est donc pas tant de la rupture que du refus de la tristesse et de la fatalité qui y sont attachées, comme de la désintégration d’une famille qu’on a construite dans l’amour. Il y a là, par les temps qui courent, une tendresse et une fidélité qui mettent en joie.
D’autant que le couple cultive à loisir le farfelu, touillant sa tambouille intime dans l’art consommé du ­contraste (lui en charmeur dilettante, elle en fonceuse angoissée), lançant joyeusement le tout dans la trivialité de la vie, entre une rencontre inopinée avec ­Clémentine Autain, un psychologue pour chien, un proviseur à perruque, des psychanalystes à tout bout de champ et les membres de la famille qui participent aimablement.
C’est une utopie de notre temps, que celle de ce couple qui, se défaisant solidairement, continuerait de se construire.

Film français de Romane Bohringer et Philippe Rebbot. Avec Romane Bohringer, Philippe Rebbot, Reda Kateb (1 h 37). Sur le Web : www.rezofilms.com/distribution/lamour-flou

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 10 octobre)
Girl, film belge de Lukas Dhont (à ne pas manquer)L’Amour flou, film français de Romane Bohringer et Philippe Rebbot (à voir)Dilili à Paris, film d’animation français de Michel Ocelot (à voir)Grande-Synthe, la ville où tout se joue, documentaire français de Béatrice Camurat Jaud (à voir)Impulso, documentaire espagnol et français d’Emilio Belmonte (à voir)Lindy Lou, jurée n° 2, documentaire français de Florent Vassault (à voir)La Mort du dieu serpent, documentaire français de Damien Froidevaux (à voir)Le Rat scélérat, film d’animation français de Jeroen Jaspaert (à voir)Domingo, film brésilien et français de Clara Linhart et Fellipe Barbosa (pourquoi pas)Galveston, film américain de Mélanie Laurent (pourquoi pas)La Particule humaine, film turc de Semih Kaplanoglu (pourquoi pas)RBG, Ruth Bader Ginsburg, documentaire américain de Julie Cohen et Betsy West (pourquoi pas)Voyez comme on danse, film français de Michel Blanc (pourquoi pas)Johnny English contre-attaque, film britannique de David Kerr (on peut éviter)Venom, film américain de Ruben Fleischer (on peut éviter)
A l’affiche également :
Tazzeka, film français et marocain de Jean-Philippe Gaud





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Les comédiens-réalisateurs sont les mêmes à la ville que dans « L’Amour flou » : drôles et profonds.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/10/2018
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Romane Bohringer et Philippe Rebbot ou comment vivre séparés en appartement

Les comédiens-réalisateurs sont les mêmes à la ville que dans « L’Amour flou » : drôles et profonds.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h27
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 08h19
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

On a sonné à la porte et on s’est retrouvé dans le film. Sur le plateau, c’est-à-dire dans leur appartement, ou plutôt dans leurs appartements, avec les comédiens, c’est-à-dire avec eux. Parce que – et c’est tout le sujet de leur film, L’Amour flou – Romane Bohringer et Philippe Rebbot, après s’être aimés éperdument et avoir donné naissance à deux enfants, ont perdu, comme cela arrive si souvent, « le sens de ce pourquoi ils s’aimaient ». Mais devant le vide absolu de la promesse d’une séparation, après trois ans de cohabitation triste, ils ont décidé de tenter un truc : emménager dans deux petits logements communicants, et les enfants au milieu.

Montreuil (Seine-Saint-Denis). Philippe Rebbot a répondu à l’interphone et ouvert la porte. Bêtement on s’est trompé et, empruntant le deuxième escalier, on est arrivé chez elle. Romane Bohringer sortait de la douche. Il nous a hélé depuis l’autre bout, on a traversé et il a préparé un café dans sa cuisine à lui, pendant qu’elle s’habillait fissa dans sa salle de bains à elle.
Sur la table, un bouquet de fleurs, un large cendrier et un bordel de bouquins qui débordent des rayonnages tapissant les murs. Parmi eux, un récit de Charles Bukowski : Shakespeare n’a jamais fait ça. Philippe Rebbot y est tombé ce matin sur une phrase qu’il veut nous lire : « Cette fille aimait tout ce qui m’ennuyait, et tout ce que j’aimais l’ennuyait. Nous étions le couple parfait : ce qui sauvait notre relation, c’était cette distance à la fois tolérable et intolérable entre nous. On se retrouvait chaque jour – et chaque nuit – sans avoir rien résolu et avec zéro chance de résoudre quoi que ce soit. La perfection. »
Romane Bohringer, actrice : « Le projet de nouvel appartement a agi comme une sorte de pansement sur la séparation »
Romane Bohringer a cette voix grave, presque rauque, qui rappelle son père, Richard : « Le projet de nouvel appartement a agi comme une sorte...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ La multiplication d’offres exclusives par abonnement serait à l’origine de ces piratages.
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Les téléchargements illégaux repartent à la hausse

La multiplication d’offres exclusives par abonnement serait à l’origine de ces piratages.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 09h20
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                            Jérôme Marin (San Francisco, correspondance)








                        



                                


                            

En 2011, Reed Hastings se félicitait d’avoir fait chuter le piratage des films et des séries sur Internet. Sept ans plus tard, l’optimisme du fondateur et patron de Netflix ne se justifie plus. Bien au contraire : selon le cabinet canadien Sandvine, les téléchargements illégaux sont repartis à la hausse en 2018, même aux Etats-Unis, où la plate-forme de streaming (lecture sans téléchargement) compte plus de 57 millions d’abonnés. Et de nouvelles formes de piratage, très populaires, ont également émergé.
« La production de contenus exclusifs, disponibles sur un seul service, n’a jamais été aussi importante », souligne Cam Cullen, de Sandvine. Entre Netflix, HBO, Amazon ou Hulu, les consommateurs doivent multiplier les abonnements pour tout voir légalement – sans compter le coût du câble ou du satellite. « Cela revient très cher, donc ils s’abonnent à un ou deux services et piratent le reste », poursuit M. Cullen. Cette fragmentation de l’offre va encore s’accentuer, avec le prochain lancement de plates-formes de streaming par Disney et Apple.
Selon les estimations de Sandvine, publiées mardi 2 octobre, la technologie BitTorrent, qui permet de partager des fichiers entre utilisateurs, représentait, en juin, 22 % du trafic Internet montant dans le monde. « La tendance s’est inversée », explique M. Cullen, qui note que la part de la bande passante consommée par BitTorrent avait fortement chuté depuis 2011, date du premier rapport annuel du cabinet. Or, si le réseau peut être utilisé de manière légale, cela est « négligeable », selon Sandvine.

Le catalogue proposé à l’international souvent moins riche
BitTorrent est particulièrement populaire dans la zone Europe, Moyen-Orient, Afrique, où il s’accapare plus de 31 % du trafic montant. En Asie-Pacifique, cette proportion s’élève à 20 %. Mais elle tombe sous les 10 % sur le continent américain. Plusieurs raisons expliquent cet écart. Hors des Etats-Unis,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le contraste entre la hausse des plaintes depuis un an et une décennie de chute des condamnations interroge sur la capacité du système judiciaire à terrasser ce fléau.
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Lutte contre les violences sexuelles : la justice est-elle à la hauteur ?

Le contraste entre la hausse des plaintes depuis un an et une décennie de chute des condamnations interroge sur la capacité du système judiciaire à terrasser ce fléau.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 05h55
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 11h02
    |

            Emeline Cazi et 
Jean-Baptiste Jacquin








                        



                                


                            

Les chiffres sont saisissants. Au cours des huit premiers mois de 2018, le nombre de plaintes pour violences sexuelles a augmenté de 28,5 % à Paris, une ville où 600 à 800 plaintes pour viol sont enregistrées chaque année.
L’effet #metoo, ce mouvement lancé sur les réseaux sociaux en octobre 2017, après que des stars américaines ont dénoncé les viols et le harcèlement sexuel commis par le producteur hollywoodien Harvey Weinstein, est indéniable. Le Collectif féministe contre le viol (CFCV), trente-trois ans d’existence, abonde. Les mois qui ont suivi ces révélations, leur téléphone a sonné bien plus que d’ordinaire (+ 37 %).
Comment expliquer, alors, qu’en France en dix ans le nombre de condamnations pour viol a chuté de 40 % et celles pour agression sexuelle de 20 % ? Les magistrats s’en étonnent eux-mêmes. Le phénomène est pourtant durable. Le contraste entre la hausse des plaintes depuis un an, signe d’un mouvement profond dans la société, et ces dix ans de chute de condamnations interroge sur la capacité du système judiciaire français à pouvoir lutter efficacement contre ce fléau.
« L’émergence du récit »
Ce n’est pas un problème législatif, affirment enquêteurs, magistrats, universitaires et même des associations de victimes. Le code pénal est suffisamment complet pour traiter de toutes les situations, ou presque, assurent-ils. Les associations se félicitent même que la loi Schiappa d’août 2018 ait allongé de dix ans les délais de prescription pour les crimes sur mineur (trente ans à partir de leur majorité), et enrichi la définition du viol.
Désormais, « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise » est un viol, précise l’article 222-23 du code pénal. L’ajout « sur la personne de l’auteur » permet de poursuivre toute personne qui aurait, par exemple, fait une fellation non consentie...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Emprisonné depuis 2014, le cinéaste ukrainien originaire de Crimée refusait de s’alimenter depuis le 14 mai pour obtenir la libération de prisonniers politiques.
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Russie : Oleg Sentsov arrête sa grève de la faim pour éviter d’être nourri de force

Emprisonné depuis 2014, le cinéaste ukrainien originaire de Crimée refusait de s’alimenter depuis le 14 mai pour obtenir la libération de prisonniers politiques.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 17h13
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 05h50
   





                        



   


Ce n’est pas parce qu’il a obtenu satisfaction qu’il a pris cette décision. Dans un message remis vendredi 5 octobre à la presse, le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie Oleg Sentsov a déclaré devoir arrêter sa grève de la faim pour éviter d’être nourri de force.
« Je suis forcé de mettre un terme à ma grève de la faim demain, c’est-à-dire le 6 octobre 2018 », a-t-il fait savoir dans une lettre manuscrite. Il précise : « En raison de mon état de santé critique et de l’apparition de changements pathologiques dans mes organes, il était prévu prochainement de me nourrir de force. » « Mon opinion n’est plus prise en compte. »

        Lire aussi :
         

                Oleg Sentsov fait citoyen d’honneur de la Ville de Paris



« L’objectif n’est pas atteint »
Oleg Sentsov, 42 ans, originaire de Crimée, la péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014, refusait de s’alimenter depuis le 14 mai pour demander la libération de prisonniers politiques ukrainiens.
Après « cent quarante-cinq jours de lutte, vingt kilos en moins et un corps brisé », « l’objectif n’est pas atteint », déplore le cinéaste, détenu dans la colonie pénitentiaire de Labytnangui, au-delà du cercle polaire arctique. « Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont soutenu et demande pardon à ceux que je laisse tomber », conclut Oleg Sentsov, terminant son message par « Gloire à l’Ukraine ! »
« Le prisonnier Oleg Sentsov a accepté de consommer de la nourriture », a annoncé de son côté le service pénitentiaire russe, disant que « les meilleurs nutritionnistes de Moscou ont élaboré un programme pour l’aider à ingérer progressivement des aliments solides ». L’avocat d’Oleg Sentsov, Dmitri Dinze, n’était pas joignable pour un commentaire.

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Auparavant, le vice-directeur du service pénitentiaire russe, Vitali Maximenko, avait annoncé à l’agence Interfax la fin de la grève de la faim d’Oleg Sentsov et avait remercié les médecins et avocats l’ayant convaincu qu’il « faut vivre, que la vie continue ». Interviewé par la télévision indépendante Dojd, M. Maximenko a ajouté qu’Oleg Sentsov était « jeune, il deviendra peut-être un réalisateur célèbre. Qu’il vive ! »
La représentante ukrainienne pour les droits de l’homme, Lioudmila Denissova, a pour sa part demandé aux autorités russes de rencontrer immédiatement Oleg Sentsov, et elle a affirmé que la sortie rapide d’une grève de la faim était « encore plus compliquée et effrayante » que la grève de la faim en elle-même.
La militante et journaliste Zoïa Svetova a de son côté rappelé le cas du dissident soviétique Anatoli Martchenko, qui était mort près de deux semaines après avoir arrêté une grève de la faim en 1986. « J’espère que la médecine d’aujourd’hui est meilleure qu’à l’époque soviétique et qu’on ne le laissera pas mourir », s’est inquiété Mme Svetova, qui avait pu rencontrer M. Sentsov en août.
Refus d’une grâce présidentielle
Oleg Sentsov est connu pour son film Gamer, qui raconte l’histoire d’un adolescent participant à des compétitions de jeux vidéo tout en faisant face à une vie quotidienne difficile dans un village d’Ukraine. Le film avait été montré dans plusieurs festivals et récompensé à Rotterdam en 2012.
En mai 2014, opposé à l’annexion de la Crimée par la Russie, Oleg Sentsov a été arrêté à son domicile. Accusé d’avoir coordonné les activités d’un groupe de militants affiliés au mouvement ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor (« secteur droit »), il a été condamné en août 2015 à vingt ans de prison pour « terrorisme » et « trafic d’armes », à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par l’ONG Amnesty International.

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La dernière photographie d’Oleg Sentsov, récemment diffusée par les services pénitentiaires russes, montrait un médecin en blouse blanche l’auscultant, torse nu, dans un cabinet médical. Le cinéaste, qui mesure 1,90 mètre, y apparaissait affaibli et amaigri.
Les pays du G7 et de nombreuses personnalités du monde culturel ont appelé à sa libération. Malgré les déclarations alarmistes de proches concernant la dégradation de l’état de santé d’Oleg Sentsov, le Kremlin a répété à plusieurs reprises qu’une grâce présidentielle ne pouvait être accordée qu’à la demande du prisonnier, ce qu’Oleg Sentsov refuse de faire.
La Russie et l’Ukraine sont à couteaux tirés depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, de pro-Occidentaux à Kiev, suivie de l’annexion de la Crimée par Moscou et d’un conflit armé dans l’Est séparatiste prorusse du pays, qui a fait plus de dix mille morts.

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                  05.10.2018 à 14h15
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L’acteur américain a été choisi par Lars von Trier pour incarner le tueur en série de « The House That Jack Built », en salle le 17 octobre. A 54 ans, l’ancien adolescent prodige à la carrière ternie par les absences n’en attendait pas tant.

Par             Samuel Blumenfeld





                     
En regardant son personnage fracasser le crâne d’Uma Thurman, Matt Dillon s’est pincé les lèvres. Il se souvenait parfaitement du tournage de la scène. Deux prises avaient suffi à Lars von Trier pour régler le sort de cette auto-stoppeuse beaucoup trop bavarde, que ce tueur en série atomisait par exaspération.
A l’époque, sur le plateau de The House That Jack Built (en salle le 17 octobre), l’acteur américain avait souri, le meurtre s’était déroulé dans la bonne humeur. Le réalisateur danois l’avait auparavant rassuré avec une promesse : « Il m’avait dit : “Je sais soulever les foules.” » Matt Dillon l’avait cru sur parole.

Au dernier Festival de Cannes, où le film était projeté pour la première fois, cela n’a pas été tout à fait ça. Il y a d’abord eu un mélange d’applaudissements et de huées, puis l’assistance s’est levée. « Je ne savais pas quoi penser, ni de ma performance ni du film. Une partie de moi-même avait honte. Une autre savourait son bonheur. J’apparaissais dans un bon film, cela ne m’était pas arrivé depuis si longtemps. Et cette satisfaction prédominait. L’œuvre était singulière et moi… singulier. »
Dès les premiers jours du tournage, d’ailleurs, Matt Dillon s’est senti bien. C’était en 2017. Avant de quitter les Etats-Unis pour la Suède, il avait rangé ses affaires dans une petite valise. C’est une habitude, un rituel chez lui : voyager léger, emmener le strict nécessaire. Cette absence de bagages lui permet de désacraliser son métier pour se transformer en voyageur de commerce.

Le mois de mars, en Suède, reste froid. Une température qui sied à merveille à l’Américain quand elle rebuterait n’importe qui d’autre. Il avait apporté l’équipement nécessaire, doudoune, combinaison, moufles, bonnet, bottes. La météo annoncée était la même que chez lui, à New York : un froid sec, de la neige parfois, une lumière grise.
« Ou plutôt une lumière rapidement déclinante...





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Article sélectionné dans La Matinale du 05/10/2018
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Harvey Weinstein face à la justice : le point sur les affaires

New York, Californie, Londres, pénal et civil… il vivra ses prochaines années un parcours judiciaire rythmé par les accusations de viols.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 11h41
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06.10.2018 à 05h55
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            Yves Eudes








                        



Un an après les révélations sur son comportement de prédateur sexuel, Harvey Weinstein ne sait pas encore quel sort lui réserve la justice, mais une chose est sûre : il va vivre un parcours judiciaire complexe et varié, qui durera des années.
Le premier magistrat à s’attaquer à l’affaire Weinstein a été le procureur du district de Manhattan (à New York), Cyrus Vance – celui-là même qui avait mené la procédure contre Dominique Strauss-Kahn, il y a sept ans.
En mai 2018, après plusieurs mois d’enquête, il inculpe Harvey Weinstein, devant un tribunal de New York, de viol au premier degré (avec usage de la force) et au troisième degré (sur personne incapable de donner son consentement), ainsi que « d’actes sexuels forcés » sur deux femmes, dont l’identité n’a pas été révélée.
Les faits remontent à 2004 et à 2013. L’accusé risque en théorie jusqu’à vingt-cinq ans de prison. Arrêté et interrogé, il plaide non coupable. En attendant son procès, il est libéré contre une caution de 1 million de dollars (867 000 euros). Il n’a pas le droit de voyager hors des Etats de New York et du Connecticut, et doit porter un bracelet électronique.

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De quoi payer son armée d’avocats
Depuis, il vit confortablement, avec une partie de sa famille, dans sa splendide maison de Westport (Connecticut), une station balnéaire chic à cinquante kilomètres de New York. En fait, il a dû vendre la maison à l’un de ses riches voisins pour 16 millions de dollars, mais le nouveau propriétaire lui permet d’y habiter encore quelque temps. Cette vente a eu lieu dans le cadre d’un arrangement financier avec son épouse, la styliste britannique Georgina Chapman, qui a quitté le domicile conjugal peu après les révélations d’octobre 2017.
Il a aussi vendu deux autres propriétés, à New York et à Long Island, ce qui lui a rapporté des dizaines de millions de dollars – de quoi payer son armée d’avocats. Sa maison de Los Angeles (Californie), où il ne peut plus aller à cause de son assignation à résidence, a été mise en location.
En juillet, l’ex-producteur est à nouveau inculpé à New York, cette fois d’« acte sexuel criminel » et d’« agression » d’une femme à qui il aurait imposé une « pratique sexuelle orale » en 2006. Compte tenu des autres charges, il risque désormais la perpétuité.
A nouveau, il plaide non coupable. Le procureur demande qu’il soit contraint de déménager pour venir s’installer à New York, dans sa juridiction, mais son avocat Benjamin Brafman convainc le juge de laisser son client vivre à Westport, puisqu’il ne possède plus d’appartement à New York…

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Des plaintes aux Etats-Unis et en Europe

   


En août, la série continue. Un juge fédéral de New York déclare recevable une nouvelle plainte pour « trafic sexuel », déposée par l’actrice britannique Kadian Noble, qui accuse Harvey Weinstein de l’avoir agressée sexuellement dans la salle de bains d’une chambre d’hôtel en 2014, lors du Festival de Cannes.
L’avocate de l’accusé dans cette procédure fédérale, Phyllis Kupferstein, s’est étonnée que la loi sur la répression du trafic sexuel soit invoquée dans ce genre d’affaire, car elle a été conçue pour lutter contre les réseaux de prostitution. Dans ce cas, le recours à cette loi permettrait notamment de contourner les problèmes de territorialité, car l’agression a eu lieu en France.
Deux autres enquêtes sont en cours à New York. L’une fait suite aux déclarations à la presse de l’actrice Paz de la Huerta, qui accuse l’ex-producteur de l’avoir violée deux fois, chez elle, à la fin de 2010. L’autre vise les liens entre Harvey Weinstein et la société de sécurité israélienne Black Cube, qu’il aurait engagée pour espionner et harceler des victimes qui menaçaient de le dénoncer.
Harvey Weinstein risque aussi d’être inculpé dans d’autres villes. En Californie, le procureur de Los Angeles enquête sur six plaintes déposées contre lui pour agressions sexuelles, dont trois à Beverly Hills. Par ailleurs, au Royaume-Uni, la police de Londres a enregistré à ce jour seize plaintes à son encontre émanant de onze femmes, pour des faits remontant parfois aux années 1990. Elle mène des enquêtes qui pourraient déboucher sur des mises en examen devant des tribunaux anglais.
Chargée de « préparer » les rencontres sexuelles
En plus des procès au pénal, Harvey Weinstein est attaqué au civil, les plaignantes réclamant cette fois des dommages et intérêts. A New York, l’une de ses anciennes assistantes, Sandeep Rehal, a porté plainte pour harcèlement et discrimination. Selon ses dires, elle était chargée de « préparer » les rencontres sexuelles de son patron avec ses diverses partenaires, y compris les réservations de chambre ou l’achat de lingerie fine et d’ampoules contre le dysfonctionnement érectile.
Quand les rencontres avaient lieu au siège de la société, Mme Rehal devait ensuite faire le ménage. Par ailleurs, elle était constamment soumise à des remarques dénigrantes ou vulgaires proférées par Harvey Weinstein ou par son frère et associé, Bob Weinstein.
L’Etat de New York a décidé d’élargir ce dossier en ouvrant une enquête visant les ex-cadres de la défunte société The Weinstein Company, pour violation des droits civiques de leurs employés.
Toujours au civil, à Los Angeles, l’actrice Ashley Judd réclame une compensation financière à Harvey Weinstein, qu’elle accuse d’avoir nui à sa carrière par vengeance parce qu’elle avait refusé un rapport sexuel. En septembre, la plainte a été jugée recevable.
Et quelques faits prescrits

   


Pendant ce temps, la première procédure pénale new-yorkaise suit son cours, sans hâte. Une audience préliminaire, qui aurait dû se tenir à la fin de septembre, a été repoussée au 8 novembre. L’avocat Benjamin Brafman tente d’empêcher le procureur de faire entendre comme témoins des femmes affirmant avoir été agressées par son client, mais qui ne peuvent pas porter plainte car les faits sont prescrits.
Aiguillonnée par l’opinion et par les médias, la machine judiciaire new-yorkaise est peut-être en train de s’emballer. A la demande de l’association Time’s Up !, créée par un groupe d’actrices dans la foulée de l’affaire Weinstein, la procureure générale de l’Etat, Barbara Underwood, a ouvert une « enquête indépendante » visant le procureur Cyrus Vance : on le soupçonne d’avoir enterré des plaintes contre Harvey Weinstein au cours des années précédentes, avant que le scandale n’éclate.
Le gouverneur de l’Etat a demandé une suspension de cette procédure, pour ne pas gêner le procureur à ce stade délicat de l’affaire, mais elle pourrait reprendre prochainement.




                            


                        

                        

