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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ La chronique BD de Kidi Bebey. Etre enfant-soldat, résister à des parents qui veulent vous envoyer en France : des sujets douloureux mis à la portée des plus jeunes avec humour, pudeur et finesse.
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Chronique

Trois albums jeunesse à lire sur la guerre et le déracinement en Afrique

La chronique BD de Kidi Bebey. Etre enfant-soldat, résister à des parents qui veulent vous envoyer en France : des sujets douloureux mis à la portée des plus jeunes avec humour, pudeur et finesse.

Par                Kidi Bebey (chroniqueuse Le Monde Afrique)



LE MONDE
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        Le 10.10.2018 à 17h00

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        Mis à jour le 10.10.2018 à 17h17






    

Crédits : DR


« Tamba, l’enfant-soldat », de Marion Achard et Yann Degruel
Front buté, visage fermé, le jeune Tamba se remémore la plus terrible période de sa vie. Durant des mois, dans son pays en guerre, il a combattu comme enfant-soldat. Enrôlé de force au cœur d’un conflit dont il ne comprenait pas les enjeux, il a été obligé de commettre des atrocités faute de perdre la vie. Un jour enfin, la paix est revenue. Mais dans les esprits de tous, les blessures sont restées vives. Tamba doit rendre compte de ses actes et s’expliquer publiquement devant une commission Vérité et réconciliation. Le garçon a-t-il été bourreau ou victime de la guerre ? Est-il totalement responsable des actes qu’il a commis ?

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Ecrivain pour la jeunesse, Marion Achard a choisi cette fois la bande dessinée pour mettre en scène ce sujet délicat. L’auteur, par ailleurs artiste de cirque, en avait l’idée depuis 2000, alors qu’elle avait été invitée par une ONG à donner des spectacles et à animer des ateliers en Guinée, dans un camp de réfugiés. Le camp regroupait à l’époque de nombreux enfants libériens et sierra-léonais qui avaient fui les conflits ou en avaient été acteurs. « Je n’ai jamais su lesquels, parmi eux, pouvaient avoir tenu des armes, précise Marion Achard. Ils étaient tous dynamiques, joyeux… Je ne voyais que leur désir intense de vivre leur enfance ou d’en reprendre le fil. » 
Dix-huit ans plus tard, l’idée a pris la forme d’un album qui touche les lecteurs en plein cœur. Tout en finesse, les illustrations de Yann Degruel parviennent à montrer la dureté des situations sans jamais recourir au sensationnel. Et malgré parfois quelques ellipses un peu maladroites, la réussite de cet album tient sans doute au fait qu’il n’a rien de didactique. On y chemine avec émotion au côté de Tamba, pour qui la parole, douloureuse mais nécessaire, représente un grand pas vers la reconstruction.

    

Crédits : DR


« L’Envers des nuages », de Frédéric Richaud et Rafael Ortiz
Dans un camp de réfugiés cerné par la guerre, Florence, une reporter-photographe, va croiser la route du jeune Samy. La première doit photographier la vie quotidienne à l’intérieur du camp, les activités des réfugiés et le travail mené par le personnel humanitaire. Le second, à l’extérieur, doit répondre aux ordres de son chef, un milicien fracassé, cruel et ivre de destruction. Terrifié, Samy passe pour un poltron aux yeux de ses camarades. Lors de l’assaut du camp, il sauvera pourtant Florence de la mort, en tirant sur son chef sur le point de l’abattre.

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Dans cette bande dessinée, deux histoires s’opposent et se répondent pour interroger l’absurdité de la guerre. La photographe veut mettre en lumière la dignité que parviennent à conserver les êtres, dans ces cités fragiles et hors du monde que sont les camps de réfugiés. L’enfant-soldat, quant à lui, recherche l’ombre et le souvenir de sa vie d’avant l’horreur. Un album efficace où la force des images de Rafael Ortiz sert un propos volontariste : faire comprendre et sensibiliser, sans pour autant juger.

    

Crédits : DR


« Akissi », de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin
La famille d’Akissi a un grand projet pour elle : l’envoyer vivre à Paris ! Dans le quartier, la nouvelle se répand et fait rêver tout le monde. Chacun se montre soudainement plein d’égards pour la petite, dans l’espoir des cadeaux à venir qu’elle enverra de France. Akissi est la seule pour qui ce départ est un grand malheur. En effet, comment peut-on quitter tout ce que l’on connaît pour aller vivre dans un pays où on se brosse les dents avec du camembert, où les hommes déambulent un béret sur la tête et où l’on boit du vin Château Margaux tellement vieux qu’il doit forcément être pourri ? Partir ? Mission impossible ! Aidée de ses amis, Akissi se rebiffe et mène l’enquête. Peut-être ses parents ne l’aiment-ils pas aussi fort qu’elle le croyait… Peut-être n’est-elle même pas vraiment la fille de sa mère et la petite-fille de son grand-père…

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Avec ce huitième album de la série, Marguerite Abouet met une nouvelle fois et avec brio son imagination et son savoir-faire au service d’une histoire sucrée-salée qui ravira les enfants. Le style graphique de Mathieu Sapin, avec ses détails dans tous les coins et ses personnages au corps menu et à grosse tête, amplifie avec humour l’importance que peuvent avoir les questionnements et les émotions des plus jeunes. Car, à 6 ou 7 ans, les décisions tranchées des adultes peuvent transformer la vie quotidienne en une vraie grande aventure. Quel plaisir de se raconter des histoires ! Quelle joie de se faire un peu peur !
Tamba, l’enfant soldat, de Marion Achard et Yann Degruel, éditions Delcourt (18,95 €)
L’Envers des nuages, de Frédéric Richaud et Rafael Ortiz, éditions Glénat (14,50 €)
Akissi, de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, éditions Gallimard (10,50 €)


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.
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Roberto Saviano touche sa cible

L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 16h00
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Piranhas (La paranza dei bambini), de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, « Du monde entier », 358 p., 22 €.

Pas sûr que ce quartier populaire jouxtant le centre-ville de Naples soit mentionné dans les guides de tourisme, à l’exception peut-être de la fresque murale qui en marque l’une des entrées : un immense portrait de san Gennaro – le saint patron de la ville –, à 28 ans, l’âge où il fut supplicié au IVe siècle. Fief historique de la ­Camorra, la mafia locale, aujourd’hui étendue à l’ensemble de la cité parthé­nopéenne et à la Campanie, le quartier se nomme Forcella, la « Fourche ». « Deux branches. On sait d’où on vient mais pas où on arrive, ni même si on y arrive. Une route symbole », écrit l’Italien Roberto ­Saviano dans Piranhas, son premier roman.

Unis par un pacte de sang
L’adolescence se poste pareillement à la croisée des chemins. Des choix irréversibles et le degré d’intensité que l’écrivain insuffle à son récit transforment ceux-là en destins. Chez ce ­conteur-né et documenté qu’est Saviano, l’aiguille du manomètre s’affole. Sous pression, les personnages de Piranhas ne cessent de se déplacer. A pied, en scooter. Hormis d’épisodiques jours d’école et des soirées en famille qui s’amenuisent au fil des mois, ils sont en perpétuel mouvement. A la tête de leur bande, le charismatique Nicolas, alias Maharaja, mû par l’urgence de vivre. A la fois impatient et stratège, ce fil aîné de petits-bourgeois a tiré des enseignements du Prince, de Machiavel (1532). Sa philosophie personnelle se conclut ainsi : le monde se divise en « baiseurs » et « baisés ». Unis par un pacte de sang, ses amis le suivront dans une ascension dont le point de départ est ­Forcella. Il y a Dentino, à la dentition ébréchée, Tucano (« Toucan »), Lollipop, Drone, Oiseau mou, Jveuxdire. Et Biscottino, le plus jeune d’entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ L’écrivain a répondu au questionnaire élaboré par « Le Monde des livres ». Portrait en lecteur.
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Keskili ? Roberto Saviano

L’écrivain a répondu au questionnaire élaboré par « Le Monde des livres ». Portrait en lecteur.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 16h00
    |

                            Macha Séry








                        


Un premier souvenir de lecture ?
L’Iliade en édition jeunesse, le cadeau d’anniversaire de mes 12 ans.
Le chef-d’œuvre inconnu que vous portez aux nues ?
Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (Verdier, 2003).
Le chef-d’œuvre officiel qui vous tombe des mains ?
Le Vicomte pourfendu, d’Italo Calvino (nouvelle traduction Gallimard, 2018).
L’écrivain avec lequel vous aimeriez passer une soirée ?
Camus.
Celui que vous aimez lire, mais que vous ne voudriez pas rencontrer ?
Céline.
Un livre que vous avez envie de lire ?
A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust (Gallimard, 1913-1927).
Celui dont vous voudriez être le héros ?
Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas (1846).
Celui qui vous réconcilie avec l’existence ?
Le Kama-sutra.
Celui que vous avez envie d’offrir à tout le monde ?
Les poésies de Wislawa Szymborska.
Celui qui vous fait rire ?
Trois hommes dans un bateau, de Jerome K. Jerome (1889).
Celui dont vous aimeriez écrire la suite ?
L’Odyssée.
L’auteur que vous aimeriez pouvoir lire dans sa langue ?
Dostoïevski.
Le livre que vous voudriez avoir lu avant de mourir ?
Somme théologique, de saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle).
Votre endroit préféré pour lire ?
En prison, dans un jardin, aux toilettes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Dans cette nouvelle série, le mangaka reprend la recette du manga d’aventures qui a fait son succès et l’adapte à un univers galactique. Mais difficile de croire qu’il a cherché à se renouveler.
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Avec son nouveau manga « Edens Zero », Hiro Mashima peine à s’affranchir de « Fairy Tail »

Dans cette nouvelle série, le mangaka reprend la recette du manga d’aventures qui a fait son succès et l’adapte à un univers galactique. Mais difficile de croire qu’il a cherché à se renouveler.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 10h00
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Il avait annoncé qu’il ne prendrait pas de repos, pourtant mérité, après la conclusion à la fin de juillet 2017 de sa série phare Fairy Tail. Figure emblématique du manga, Hiro Mashima revient avec une nouvelle saga, Edens Zero, dont le premier tome est paru en France mercredi 10 octobre, en quasi simultané avec le Japon. Un manga très attendu dans l’Hexagone, d’autant qu’en proportion Fairy Tail a connu plus de succès chez nous que dans son pays de naissance – il fut le deuxième manga la plus vendu en France après One Piece. Le premier tome est tiré à 100 000 exemplaires, le plaçant parmi les plus gros lancements de cette fin d’année.
Avec Edens Zero, Mashima reprend le champ lexical qui a fait sa réputation, la fantasy, mais le place cette fois dans un univers galactique. Le mangaka appelle ça de la « SF », pour space fantasy, histoire d’avertir le lecteur qu’il s’aventure sans trop de sérieux dans le registre de la fiction futuriste. Pourtant, lors de son passage au Festival internationl de BD d’Angoulême en janvier, le mangaka se disait « prêt à remettre [s]a carrière en jeu avec ce projet ».

   


Les aventures d’Edens Zero commencent par l’arrivée d’une jeune femme, Rebecca, accompagnée d’ Happy, son chat bleu, sur l’île de Granbell, qui abrite un gigantesque parc d’attractions aux allures médiévales. Déserté depuis un siècle, le parc est habité par des robots domestiques et Shiki, un jeune humain un peu sauvage qui a soif d’aventures. Contraints de fuir sous la menace des robots, l’équipe fraîchement constituée s’enfuit donc dans l’espace. Doté d’une grande force physique, Shiki, qui n’avait jamais quitté Granbell ni vu d’humains avant de rencontrer Rebecca, va pouvoir enfin explorer le cosmos et découvrir son destin. Pour gagner sa vie, l’équipe galactique diffuse des vidéos sur B-Cube, sorte de YouTube futuriste.
Si le scénario de ce premier tome ne paraît pas très clair, que le lecteur se rassure. Ou pas. Edens Zero est un condensé de références et d’idées cousues par un fil ténu. Ses nombreux retournements parviennent malgré tout à retenir l’attention du lecteur. L’auteur profite de l’ignorance de son héros pour le confronter pêle-mêle à des nouvelles cités, des quêtes et des ennemis. On y croise des youtubeurs agaçants, des cyborgs, une guilde (comme dans Fairy Tail), une pirate qui pourrait être la petite cousine d’Albator et une divinité géante. De même, ces premiers chapitres laissent entrevoir qu’Hiro Mashima a réutilisé la recette de sa précédente série basée sur l’humour avec des bagarres tonitruantes et de longs passages sur la notion d’amitié. Sans oublier les références un brin grivoises et une passion pour les héroïnes à grosse poitrine.

        Lire aussi :
         

                « Fairy Tail », ou la preuve que la magie opère dans le manga




   


Toutefois, Hiro Mashima parvient encore une fois à déployer ce qui a aussi forgé son succès : un talent indéniable pour dessiner des décors détaillés mais aussi des planches de scènes d’action et de combats très intenses et captivantes.
« Si l’on voulait caricaturer, les séries de Mashima sont au manga ce que le fast-food est à la gastronomie : c’est gras, on s’en met partout et on a un peu honte après l’avoir dévoré d’une seule traite, mais on y revient toujours parce qu’au fond c’est bon et qu’on aime ça », défendait le blog ActuaBd dans sa chronique du premier chapitre.
Certains y verront peut-être une marque de fainéantise de la part de l’auteur. Ou une forme d’indécision aux prémices de son nouvel opus. D’autres, qu’il est fidèle à son public et à sa stature de dessinateur de manga shonen, des BD d’action et d’aventures prônant des valeurs de courage, d’amitié et de dépassement de soi. Reste qu’il faut probablement avoir aimé Fairy Tail pour continuer à aimer Mashima.
Edens Zero, de Hiro Mashima, traduction de Thibaud Desbief, tome I le 10 octobre, éditions Pika, 216 pages, 6,95 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Conversation à bâtons rompus avec l’écrivain à la parution de « Faire effraction dans le réel », recueil consacré à son art et à son œuvre.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/10/2018
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Emmanuel Carrère : « Accepter que les choses échappent à mon contrôle »

Conversation à bâtons rompus avec l’écrivain à la parution de « Faire effraction dans le réel », recueil consacré à son art et à son œuvre.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 13h50
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel, sous la direction de Laurent Demanze et Dominique Rabaté, P.O.L, 570 p., 37 €.

Il est toujours un peu ennuyé au moment d’employer des grands mots comme « art » (il préfère dire qu’il « pratique une discipline artistique ») ou « œuvre »… C’est pourtant à son art et à son œuvre qu’est consacré l’épais recueil Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel, dirigé par les universitaires Laurent Demanze et Dominique Rabaté.
Composé d’interventions de spécialistes de la littérature, mais aussi de contributions écrites par des proches ou des auteurs tels John Updike et Michel Houellebecq, ainsi que de textes d’Emmanuel Carrère lui-même, dont nombre d’inédits, il analyse et retrace son parcours, entre cinéma et littérature. Ce recueil souvent passionnant est l’occasion d’interroger l’écrivain sur l’ensemble de son travail et de son rapport à la littérature.
Certains auteurs refusent de trop se pencher sur la fabrique de leur écriture, un peu comme d’autres sont rétifs à la psychanalyse, parce qu’ils craignent que cela ne les bloque, en rendant trop clair pour eux-mêmes ce qui les agit. N’est-ce pas une crainte que vous avez eue au moment d’accepter d’accompagner les critiques Laurent Demanze et Dominique Rabaté dans l’élaboration de « Faire effraction dans le réel » ?
Pour me retrouver coincé, avec la mécanique grippée, je n’ai pas besoin d’un cahier critique, je fais ça très bien tout seul [rires] ! J’ai accepté ce projet avec un mélange, sans doute normal, de gratitude pour l’intérêt qui m’est porté et de léger embarras. Je leur ai vraiment fait confiance, j’ai suggéré quelques noms de contributeurs (comme celui de mon vieil ami Olivier Rubinstein, ou de la théologienne Marion Muller-Colard), mais ce sont vraiment Laurent Demanze et Dominique Rabaté qui l’ont conçu.





                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Nicolas Fensch, l’un des auteurs des violences commises envers des policiers quai de Valmy, à Paris, en novembre 2016, décrypte son étonnant parcours politique dans un livre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤      googletag.cmd.push(function(){googletag.display("cover");});              En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez notre  Politique de confidentialité  et l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.  En savoir plus et gérer ces paramètres.   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Par  Abel Mestre  Publié hier à 06h30, mis à jour hier à 10h40   Lecture 2 min.      Partager sur Facebook    Partager sur Twitter    Envoyer par e-mail         Article réservé aux abonnés                   « Radicalisation express. Du gaullisme au black bloc », de Nicolas Fensch avec Johan Badour, Divergences, 136 pages, 13 euros DR              Livre. Qu’est-ce qui peut amener un informaticien de gauche, quadragénaire et sans histoires, à revêtir un masque à gaz, une parka noire pour rejoindre le black bloc et affronter les forces de l’ordre ? C’est à cette question que répond le passionnant livre que Nicolas Fensch a écrit avec Johan Badour.           Fensch raconte donc son parcours dans ce court récit. Jeune, il est plutôt de droite, adhère un temps au parti gaulliste de l’époque, le RPR, dans sa tendance sociale, derrière Philippe Séguin. Peu scolaire, il commence à travailler très tôt et se rend compte de la violence des rapports sociaux dans l’entreprise. Cette première prise de conscience le conduit peu à peu à se gauchiser jusqu’à voter Mélenchon en 2012. Rien de bien radical, donc.           Mais le tournant de la vie de Fensch se passe en 2016, en plein mouvement contre la « loi travail ». Il se trouve un peu par hasard dans une manifestation. Et voit une nasse se former, la répression agir. « Les blessés sont nombreux. Il ne s’agit pas d’arrêter des individus soi-disant dangereux, il s’agit de marquer les corps, de faire mal, indistinctement, pour faire passer l’envie de revenir », écrit l’auteur.           « Tout le monde peut être un casseur »           Cette épiphanie gauchiste va entraîner Fensch dans toutes les manifestations, tous les rassemblements. Jusqu’à ce 18 mai 2016, quai de Valmy, à Paris. La violence des images est restée dans les têtes : en marge d’une manifestation interdite en plein mouvement contre la « loi travail », plusieurs individus masqués avaient pris à partie deux policiers dans une voiture de patrouille. Un jet de fumigène à l’intérieur de l’habitacle avait mis le feu au véhicule. Les deux policiers n’avaient été que légèrement blessés, mais la scène, impressionnante, avait largement été relayée dans les médias. Sur ces images, l’on voyait la tentative dérisoire d’un manifestant pour frapper un policier avec une sorte de tige en plastique souple. C’était Nicolas Fensch.             googletag.cmd.push(function(){googletag.display("pave_haut");});                      — La suite est réservée aux abonnés — Déjà abonné ? Se connecter   S’abonner c'est...   Avoir accès à tous les contenus du Monde en illimité sur le site et les applications.     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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ L’auteure d’« Americanah » était l’invitée du Monde Festival dimanche 7 octobre à l’Opéra Bastille.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ L’écrivaine nigériane, figure majeure du féminisme et auteure engagée, refuse toutefois qu’on la présente comme « une porte-parole ».
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Chimamanda Ngozi Adichie : « Il faut cesser d’être condescendant vis-à-vis de l’Afrique »



LE MONDE
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        Le 08.10.2018 à 14h08






Durée : 05:40 | 

L’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie s’est imposée comme l’un des grands noms de la littérature anglophone avec ses romans L’Hibiscus pourpre (Anne Carrière, 2004), L’Autre Moitié du soleil (Gallimard, 2008) et Americanah (Gallimard, 2015). Celle qui vit aujourd’hui entre les Etats-Unis et son Nigeria natal était l’invitée du Monde Festival, qui s’est tenu du 5 au 7 octobre à Paris. La discussion était animée par Maryline Baumard, rédactrice en chef du Monde Afrique. Chimamanda Ngozi Adichie considère que le France doit assumer sa responsabilité dans la crise des migrants et dans l’état de l’Afrique post-coloniale, alors qu’elle « contrôle encore la monnaie de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest » et qu’« elle soutient le président camerounais, qui passe plus de temps à Genève que dans son pays ».


                

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« Radiant », ou les incroyables aventures d’un dessinateur français au pays du manga

Pour la première fois, un manga français va être adapté en série animée japonaise. A la plus pure tradition du manga d’aventures et d’humour, Tony Valente a su ajouter une réflexion sur la xénophobie.





LE MONDE
 |    06.10.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 13h49
    |

            Pauline Croquet





C’est « une aventure de foufou » qui commence à Toulouse, passe par Roubaix (Nord) et se poursuit à Tokyo. Celle de Tony Valente, premier dessinateur de manga français à obtenir son dessin animé japonais, une marque de prestige.
Cette aventure, c’est celle de Radiant et de son héros, Seth, un jeune garçon issu de la caste des sorciers, une communauté rejetée bien qu’elle sauve des vies humaines en combattant les Némésis, des créatures tombées du ciel qui tuent et contaminent.
A compter de samedi 6 octobre, vingt et un épisodes de Radiant seront diffusés au Japon sur la chaîne publique NHK à 17 h 35, un créneau de grande écoute prisé des enfants. En France, et en attendant l’achat par une chaîne de télévision, les épisodes seront proposés en ligne dans la foulée de leur diffusion nipponne sur les plates-formes de VOD Crunchyroll et ADN.

Biberonné à « Lanfeust de Troy » et « Dragon Ball »
Au début, l’auteur lui-même ne voulait pas y croire, l’opération étant inédite. « Quand j’ai commencé Radiant, je l’ai fait en me disant que ça ne marcherait pas puisque de nombreux mangas français s’étaient pété la gueule », assure aujourd’hui Tony Valente.

        Notre article paru après l’annonce de l’animé
         

          Un manga français va être adapté en dessin animé japonais



Le Toulousain de 34 ans, aujourd’hui expatrié au Canada, portait en germe depuis longtemps l’histoire de Seth. Biberonné à Astérix, Lanfeust de Troy, Dragon Ball et Ranma ½, il a toujours voulu être dessinateur de BD, encouragé par ses parents issus d’un milieu très modeste (manutentionnaire et cordonnier).
« De toutes les façons, le bas du bas on y était, et ce n’était pas grave de retomber dedans si jamais je ne pouvais pas faire ce que je voulais », expliquait Valente en mai à Franceinfo.
Travaillant d’arrache-pied sur ses planches après le bac, il est recruté comme auteur de BD franco-belge chez l’éditeur Delcourt et publie son premier album, Les Quatre Princes de Ganahan, à 20 ans. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous, mais le dessinateur persévère et parvient même à travailler avec l’une de ses idoles, Didier Tarquin, le père de Lanfeust. Il ne se mettra que sur le tard au manga en découvrant Naruto et One Piece, des shônen nekketsu iconiques – mangas d’action et d’aventure prônant des valeurs de courage et de dépassement de soi –, qui lui « mettent une claque ».

   


Grosse « salade » de références
Peu avant que sa fille naisse, frustré par les projets sur lesquels il travaille, Tony Valente décide de coucher sur papier Radiant, et de le proposer à des éditeurs qu’il apprécie.
En 2013, très peu de maisons d’édition produisent du manga français, plus coûteux et risqué que l’achat de licences japonaises. Plusieurs lui opposent un refus. C’est Ankama, éditeur et studio d’animation roubaisien, qui, fort du succès de sa série Dofus, le signe. A un rythme effréné, Tony Valente livre au moins trois tomes par an, s’attelant à la fois au scénario, au dessin et à la colorisation.

        Notre enquête (2016) :
         

          Les mangakas français à la conquête du neuvième art nippon



« On pensait partir pour trois, quatre tomes comme à notre habitude, nous en sommes au dixième !, lance Elise Storm, l’éditrice française de Radiant. Au premier coup d’œil, on a su que cette série sortait du commun et qu’elle allait marcher. Elle rassemble à la fois les codes du manga shônen japonais, l’humour européen et du fond dans son propos. »
Pour expliquer sa recette, Tony Valente parle volontiers de « faire une salade avec tout ce qui me suit depuis l’enfance ». Il détaille : « D’aussi loin que je m’en souvienne, ça m’a toujours fait rêver, les bateaux volants, la fantasy aérienne avec des nuages, des vaisseaux en bois. » Une esthétique à laquelle il a ajouté des éléments de folklore et d’histoire européenne, comme la sorcellerie ou l’Inquisition. « Une histoire universelle avec un glaçage européen », en résumé.
Métaphore des migrants
Radiant est d’autant plus remarquable qu’il porte un discours politique plutôt fort, avec un regard sur la notion d’étranger, le racisme, l’immigration. Les sorciers de Radiant sont des humains qui ont survécu à une contamination des monstres Némésis. Ils en portent des stigmates visibles et sont craints par le reste de la population, traités de voleurs et de bons à rien, persécutés par l’Inquisition. Tout au long du manga, le héros affronte ce traitement injuste et décide, pour mettre un terme à cette discrimination, de rechercher le berceau des Némésis pour le détruire. L’auteur explique :
« Quand j’ai commencé “Radiant”, la politique en France virait à droite et à l’extrême droite, le discours raciste était quelque peu décomplexé. Ce que je développe sur l’Inquisition fait écho à ce qui se passe en ce moment. »
Il met ainsi dans la bouche de Konrad de Marbourg, un inquisiteur zélé, des propos tenus à l’époque par l’ancien premier ministre Manuel Valls. « Des propos incroyables… Je n’ai pas eu à inventer les trucs salauds que disent mes personnages, j’ai pris des citations exactes et je les ai transposées », explique-t-il.
Pourtant, Tony Valente l’affirme : « Je ne regarde pas tant que ça l’actu ou la télé mais ces propos ont résonné. Mon manga est un exutoire pour mettre tout ce qui me façonne. »

   


« Traduit dans six langues »
Tony Valente est ainsi l’un des premiers mangakas français à connaître un large succès. Il suffisait simplement de constater l’interminable file d’attente de « radiantiseurs » – ses fans –pour ses dédicaces, et la salle de conférence comble lors de son passage à la Japan Expo cet été, grand raout français du manga.
Selon Ankama, le premier tome s’est écoulé à 45 000 exemplaires, un chiffre excellent. En tout, ce sont désormais plus de 220 000 exemplaires de Radiant qui se sont vendus en France. « Radiant est aujourd’hui distribué sur tous les continents et est traduit dans six langues », ajoute Elise Storm.
Le premier pays à avoir importé Radiant est le Japon, en août 2015, par l’entremise de Frédéric Toutlemonde, patron d’Euromanga, maison d’édition qui édite des titres de BD européenne sur l’Archipel. Trois ans plus tard, la réputation de Radiant y est forgée : « Sa popularité est excellente si on la compare aux autres BD étrangères au Japon. Mais faible si on la compare à celle des ténors du genre “shônen manga” des grandes maisons d’édition japonaises », à l’instar de One Piece ou Naruto, explique M. Toutlemonde.

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C’est en librairie, en apercevant la couverture, que Yusuke Fujita découvre Radiant et décide de proposer à son employeur, NHK, de produire la série animée.
« J’étais convaincu que cela ferait un bon anime et que si je ne le proposais pas, quelqu’un d’autre finirait par le faire. Il n’a pas été si difficile que ça de convaincre mes supérieurs d’adapter une œuvre française, mais il est vrai que c’est un projet unique au Japon. »
Adaptation minutieuse
NHK démarche Ankama pour acheter les droits et confie ensuite la réalisation du projet au studio d’animation japonais Lerche, qui s’est chargé de la série à succès Assassination Classroom. Le studio offre des conditions de réalisation digne de n’importe quel grand manga. « Ils réfléchissent à tout et rendent plus concret tout ce que j’avais esquissé en free style », explique l’auteur en citant des exemples allant du nombre de rayures sur la jupe de la sorcière Mélie, à la forme exacte des cheveux de Seth, mais aussi les intérieurs des habitations qui n’étaient pas dessinés. Autre gage de foi : le choix des seiyus, les doubleurs des personnages, qui ont le statut de superstars au Japon.

   


Lerche a aussi offert des garanties hors du commun à Tony Valente en le consultant tout au long de la réalisation de la série ; ce qui ne se fait pas forcément avec les autres mangakas. « Je suis allé les rencontrer en décembre 2017, et malgré la traduction, j’ai l’impression qu’on parlait la même langue. Plein de références communes en manga, animation, jeux vidéo…, assure le mangaka. On a fait des meetings sur Skype avec l’équipe toutes les semaines. Ils me posent plein de questions pour approfondir, ils me font tout valider, je me sens impliqué. »
Ce que confirme Elise Storm, son éditrice : « Au début, on craignait qu’ils gomment le côté politique. Mais finalement, les Japonais n’ont pas tergiversé et ils ont tenu à restituer fidèlement le travail de Tony. »
Le parcours était déjà exceptionnel. Mais si l’anime Radiant séduit au Japon, il y a fort à parier que le manga connaisse un énorme succès. Tony Valente, lui, savoure mais voit encore plus grand. « Si je pouvais faire quarante tomes, ce serait super ! »




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LE MONDE
 |    06.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 14h28
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire
L’Europe. Encyclopédie historique, sous la direction de Christophe Charle et Daniel Roche, Actes Sud, 2 398 p., 59 €.
Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe (Europa Ritrovata), de Carlo Ossola, traduit de l’italien par Pierre Musitelli, PUF, 256 p., 21 €.

Trouver dans l’histoire longue de l’Europe des ressources pour comprendre l’origine de son rêve d’unité, et les obstacles qui s’y opposent : tel est l’objectif, dans des ordres très différents, du nouvel essai de l’historien de la littérature Carlo Ossola, professeur au Collège de France, Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe, comme de L’Europe. Encyclopédie historique, la somme dirigée par les historiens Christophe Charle, professeur d’histoire comparée des sociétés européennes à la Sorbonne, et Daniel Roche, professeur honoraire au Collège de France.
Comment le projet de ­l’« Encyclopédie historique » est-il né ?
Daniel Roche C’était une idée que nous avait soumise Claude Durand [1938-2015], alors patron des éditions Fayard, à l’automne 2005. Le non au référendum sur la Constitution européenne l’avait emporté quelques mois plus tôt. Et, d’autre part, l’anniversaire des traités de Rome [1957] approchait, pour lequel le ministère de la culture voulait encourager les intellectuels à s’impliquer davantage − il était donc prêt à soutenir un projet de cette nature. Le livre est né dans ce double contexte, de refus d’une avancée européenne et en même temps de célébration de ce qui avait quand même réussi en Europe.
Treize ans plus tard, l’Europe est encore en crise…
Christophe Charle Elle est toujours ­entre deux crises. Durant la conception du livre, il y a eu la crise financière de 2008, la Grèce, la Pologne,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ L’écrivain italien signe un premier roman très inspiré de faits réels, « Piranhas », qui témoigne de l’apparition, à Naples, de gangs de très jeunes mafieux.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/10/2018
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Roberto Saviano : « Les “baby-gangsters” sont habités par une sorte de désir mystique »

L’écrivain italien signe un premier roman très inspiré de faits réels, « Piranhas », qui témoigne de l’apparition, à Naples, de gangs de très jeunes mafieux.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 19h10
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 10h37
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            

Piranhas (Gallimard, 354 p., 22 €), en librairie depuis le 4 octobre, est le premier roman de l’écrivain italien Roberto Saviano, sous protection policière depuis la parution, en 2006, de son livre-enquête Gomorra (Gallimard, 2007).
C’est le premier volet d’un diptyque (le second est Bacio feroce, « Baiser féroce », à paraître), dont l’adaptation au cinéma, déjà tournée, par Claudio Giovannesi, est en post-production. Il y retrace l’ascension puis la chute d’une bande de jeunes mafieux napolitains.

Dans « Extra pure. Voyage dans l’économie de la cocaïne » (Gallimard, 2014), vous écriviez : « Et si j’avais fait autrement ? Si j’avais choisi une route plus droite, celle de l’art ? La vie d’un écrivain, par exemple, que certains définiraient pur, avec ses névroses, ses angoisses, sa normalité. Raconter des histoires inspirées. Se passionner pour l’écriture, la narration. Je n’en ai pas été capable. » Qu’est-ce qui a changé ?
Ma méthode est la même, sauf que, cette fois, je l’ai appliquée à une fiction inspirée de faits réels. J’entre dans la psychologie des personnes quand, dans la non-fiction, je dois me limiter aux faits, aux preuves, aux dossiers judiciaires, aux écoutes téléphoniques.
Là, je peux, en outre, imaginer ce dont rêvent les personnages, ce qu’ils désirent, leur donner de la profondeur. Il s’agit de garder une direction littéraire tout en montrant les mécanismes de la réalité, comme le faisait Zola à son époque, en souscrivant aux règles du naturalisme.
« Les mafieux boivent du champagne Moët & Chandon, que les Napolitaines appellent “Moeta”. Pourquoi du champagne ? Parce qu’une fois que le bouchon a sauté il faut boire toute la bouteille »
Votre personnage principal, Nicolas Fiorillo, alias Maharaja, est romanesque par son charisme. On dirait qu’il est né pour être chef. Il connaît d’ailleurs très bien « Le Prince », de Machiavel. Qu’est-ce qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Pour la philosophe Claire Marin, c’est l’amour qui crée la nuit car avant, « il n’y a que des plages de sommeil ». Elle est l’invitée de la Nuit de l’amour et des idées, le 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.
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                Claire Marin : « L’amour habite l’espace de la nuit »


Pour la philosophe Claire Marin, c’est l’amour qui crée la nuit car avant, « il n’y a que des plages de sommeil ». Elle est l’invitée de la Nuit de l’amour et des idées, le 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.

LE MONDE
                 |                 05.10.2018 à 10h09
                 |

Claire Marin (philosophe)
















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Par Claire Marin

   


La nuit n’existe pas avant l’amour. Il n’y a que des plages de sommeil et des éclipses de la conscience. Je découvre la nuit, sa densité, sa matière, sa temporalité incertaine dans l’état amoureux. Les nuits interminables où je doute, j’attends, j’espère. Les nuits trop courtes où tu me rejoins dans l’obscurité complice. Les nuits blanches où tu n’es plus là.

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L’amour habite l’espace de la nuit, les amours perdus s’y promènent en fantômes nostalgiques, les amours neufs s’y épuisent jusqu’à l’aube matinale. Peut-être est-ce la matière labile de la nuit, qui, comme dans les expériences chimiques, précipite la passion, la cristallise. L’amour dévore mes nuits.
Elles appartiennent à ceux que j’aime, ceux qui s’y réfugient ou les saccagent sans retenue. ll ne me reste que des fragments de nuit, disséminés un peu au hasard sur le cercle du cadran, des traces de sommeil ici et là, entre les enlacements des corps ou les caresses rassurantes. Une mère, dit Bergson, ne dort jamais vraiment pour son enfant, dont un soupir suffit à la réveiller.

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Je donne mes nuits à l’amant ou à l’enfant que je regarde s’endormir, je veille sur ceux qui s’offrent ainsi, qui s’abandonnent à la vulnérabilité. La nuit les dénude, livre aux regards leur corps détendu, leur visage apaisé, leur beauté calme. On ne peut vraiment dormir qu’auprès de ceux que l’on aime. Il faut cette douce confiance pour se laisser glisser sans inquiétude dans l’abîme de la nuit.
Claire Marin est professeure de philosophie, membre associé de l’ENS-Ulm et de la Chaire de philosophie à l’Hôtel Dieu. Ses recherches portent sur les épreuves de la vie. Elle a notamment consacré plusieurs essais et récits à l’analyse de la maladie (dont « Hors de moi », Allia, 128 p., 2008). Nourri de son expérience pédagogique, son dernier ouvrage, « La Relève » (Ed. du Cerf, 240 p., 18 €), retrace des parcours de réussite de la jeunesse de banlieue. Elle est aussi l’auteure de « Qu’allons-nous devenir ? La technique et l’homme de demain » (Gallimard, 62 p., 10 €).
Claire Marin participe à la Nuit de l’Amour et des Idées, organisée dans le cadre du Monde Festival du samedi 6 octobre à 22 heures au dimanche 7 octobre à 6 heures, au théâtre des Bouffes du Nord.

Revivez le Monde Festival 2018 sur le thème « Aimer ! »
Aimer ! C’était le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’est déroulée du 5 au 7 octobre à Paris.
Revivez les meilleurs moments en vidéo, mais aussi en photos. 




                                                Par                        Claire Marin (philosophe)













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Le Prix Nobel de littérature 2010 est l’invité du Monde Festival le 6 octobre. Dans son « Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine » (Plon, 2005), il racontait son parcours avec notre journal.
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                « Le Monde », un « oiseau rare » pour l’écrivain Mario Vargas Llosa


Le Prix Nobel de littérature 2010 est l’invité du Monde Festival le 6 octobre. Dans son « Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine » (Plon, 2005), il racontait son parcours avec notre journal.

LE MONDE
                 |                 05.10.2018 à 09h30
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Pendant les six années que j’ai passées à Paris, j’ai, du lundi au samedi, religieusement lu Le Monde à trois heures de l’après-midi, dans un bistrot de mon quartier. J’avais une admiration sans borne pour ce journal, qui me semblait incarner tout ce qui avait fait de moi, depuis ma première jeunesse, un adepte convaincu de la culture française : sa vision planétaire de l’actualité, son esprit pluriel et ouvert à la controverse, le sérieux de ses analyses, son refus de la frivolité, l’importance qu’elle donnait aux idées et à la culture, et sa position favorable aux causes de gauche, sans pour autant cesser d’être critique face au communisme et à l’URSS.
C’était par ailleurs un des rares journaux, le seul peut-être dans l’Europe des années 1960, à informer sur l’Amérique latine. Les articles de Claude Julien consacrés aux problèmes latino-américains étaient, en général, rigoureux et lumineux.

        Au Monde Festival :
         

          Conversation avec Mario Vargas Llosa : l’Amérique latine, entre populisme et libéralisme



En déménageant de Paris à Londres, à la fin des années 1960, j’ai continué à lire Le Monde, mais j’étais moins enthousiaste qu’auparavant et plus critique. J’ai pris mes distances quand ce quotidien du soir a commencé à se montrer systématiquement favorable aux tendances révolutionnaires latino-américaines – guérilla ou non, même à l’encontre de gouvernements démocratiques, comme celui de Fernando Belaunde au Pérou.
Les actions insurrectionnelles des groupes castristes, en faisant chuter ce dernier, avaient ouvert les portes du pouvoir non au socialisme, mais aux dictatures militaires qui, dans les années 1970, s’étendirent à presque tout le continent. Le journal conservait un haut niveau intellectuel, mais sa ligne idéologique me semblait représenter typiquement cette position hémiplégique de tant de progressistes européens, qui défendaient pour leur pays et l’Europe un socialisme démocratique alors qu’ils préconisaient pour l’Amérique latine et le tiers-monde l’« exemple de Fidel Castro », autrement dit la révolution, selon Günter Grass.

        Lire aussi :
         

                Mario Vargas Llosa et la post-vérité, variante péruvienne



Dans les années 1970, je crois n’avoir lu Le Monde qu’exceptionnellement, lorsqu’il se passait quelque chose de grave en France. Cet éloignement me sembla particulièrement justifié au moment des présidentielles péruviennes de 1990 – où je fus candidat –, lorsque, dans les informations du prestigieux journal de mes amours juvéniles, je vis reproduites certaines des attaques et des pires calomnies forgées contre moi au Pérou par les apristes [du parti de l’APRA, fondé par Haya de la Torre au Pérou et les communistes].
Cependant, au milieu des années 1990, mon divorce secret et quelque peu traumatisant avec Le Monde devait s’achever par une réconciliation. Je découvris en effet que nos positions –sans vouloir paraître présomptueux – s’étaient considérablement rapprochées, au point d’être identiques sur certains sujets. Le quotidien attaquait la dictature castriste et d’autres tyrannies de gauche avec autant, voire plus de sévérité que les dictatures militaires de droite, et, en économie, il acceptait le marché, la libre entreprise, la globalisation, les privatisations. En d’autres termes, l’odieux libéralisme d’antan.

        Lire aussi :
         

                Pérou : le roman des années Fujimori de Mario Vargas Llosa



En politique, son engagement pour la démocratie ne concernait plus seulement le monde développé, mais aussi le tiers-monde, et son rejet des nationalismes – y compris le français – semblait assez ferme. A la bonne heure ! Je redevins lecteur du Monde et découvris parfois, non sans satisfaction, que ses pages reproduisaient même certaines de mes chroniques.
Le Monde, malgré tous ses défauts et les erreurs ou bourdes qu’il a pu commettre, est un journal magnifique, un des rares qui ait su résister à l’horrible marée du sensationnalisme et de la banalisation qui a détruit tant de ses semblables en Europe et en Amérique, au point de faire du journalisme un pur spectacle, sans idées ni principes, et parfois sans grammaire.
Ce genre de journalisme sérieux, d’analyse et de débat intellectuel, avec dans ses pages un effort quotidien pour faire passer l’actualité au crible de la raison et pour transcender ce qui est purement anecdotique, en essayant de distinguer le substantif de l’adjectif dans l’histoire qui se fait et se défait chaque jour, est devenu aujourd’hui un oiseau rare, et un des piliers les plus résistants est Le Monde. Sans lui, et pas seulement en France, l’information et la culture tout court se porteraient bien plus mal encore.
Mario Vargas Llosa
Dans le cadre du Monde festival, le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa conversera avec notre journaliste chargé du suivi de l’Amérique latine, Paulo Paranagua. La rencontre aura lieu samedi 6 octobre 2018 au Palais Garnier, de 15 h 30 à 16 h 30.

Revivez le Monde Festival 2018 sur le thème « Aimer ! »
Aimer ! C’était le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’est déroulée du 5 au 7 octobre à Paris.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Spécialiste de l’Antiquité, l’essayiste Donna Zuckerberg, sœur du fondateur de Facebook, publie un livre dans lequel elle s’insurge contre le détournement de son sujet par l’extrême droite américaine, au profit de thèses racistes et sexistes.
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L’extrême droite, la misogynie, et l’antiquité

Spécialiste de l’Antiquité, l’essayiste Donna Zuckerberg, sœur du fondateur de Facebook, publie un livre dans lequel elle s’insurge contre le détournement de son sujet par l’extrême droite américaine, au profit de thèses racistes et sexistes.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 10h25
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

L’alt-right, l’extrême droite américaine, se revendique, non seulement du tribun Donald Trump, mais de Rome et de la Grèce antique. C’est le sujet du livre que publie, le 8 octobre, Donna Zuckerberg, la sœur du fondateur de Facebook (Not All Dead White Men : Classics and Misogyny in the Digital Age, Harvard University Press). Titulaire d’un doctorat d’études de l’Antiquité obtenu à Princeton (New ­Jersey), l’essayiste s’insurge contre le détournement de son sujet de prédilection au profit de thèses racistes et misogynes.
Elle s’est plongée pendant des mois dans l’univers en ligne des partisans de l’identité européenne, dont ­Identity Evropa, un groupe apparu fin 2016 sur les campus américains avec ses affiches à l’effigie d’Apollon ou de Jules César ; et surtout de leur leur alter ego misogyne, une constellation réunie sous le nom cryptique de Red Pill. La « pilule rouge » est une référence au film Matrix (1999). Ceux qui choisissent de la prendre acquièrent un degré alternatif de compréhension du monde, loin du politiquement correct imposé par l’élite. Ils ne le voient plus comme dominé par l’homme blanc, mais par les femmes. L’idée de ­suprématie du mâle blanc est, pour eux, « une illusion entretenue pour s’assurer qu’ils restent sous le joug ».
« Vision réactionnaire »
Selon l’essayiste, les adeptes de cette confrérie misogyne interprètent les auteurs antiques d’une ­manière visant à « donner du poids à leur vision réactionnaire d’une masculinité blanche idéale ». Ils utilisent Grecs et Romains pour rehausser leur crédibilité de défenseurs de la civilisation occidentale. La ­« manosphère » (un réseau de sites Web et de forums en ligne masculins), est particulièrement fascinée par Ovide, qu’elle considère comme le premier auteur à avoir écrit un manuel de la séduction. Il s’agit de L’Art d’aimer, précise Donna Zuckerberg, une œuvre qui continue de susciter la perplexité des érudits par ses « apparentes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Un scandale sexuel impliquant l’époux d’une académicienne suédoise a abouti à l’annulation du prix pour la première fois en plus de 50 ans.
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Prix Nobel de littérature : pourquoi il n’y en aura pas en 2018

Un scandale sexuel impliquant l’époux d’une académicienne suédoise a abouti à l’annulation du prix pour la première fois en plus de 50 ans.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 13h01
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 14h46
   





                        



   


Après le Nobel de chimie, mercredi, et avant le Nobel de la paix, vendredi, c’est aujourd’hui, jeudi 4 octobre, qu’aurait dû, comme chaque année, être décerné le prix Nobel de littérature. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, il n’en sera rien. L’écrivain britannique Kazuo Ishiguro restera le dernier récipiendaire en date jusqu’à l’année prochaine. Le scandale impliquant le Français Jean-Claude Arnault, 72 ans, époux de la poétesse et académicienne suédoise Katarina Frostenson, installé en Suède depuis les années 1970, a conduit l’académie suédoise à reporter la récompense à l’année prochaine en raison d’une « crise de confiance ».
En plein mouvement #metoo, dix-huit femmes avaient accusé Jean-Claude Arnault de viol et d’agression sexuelle perpétrés entre 1996 et 2017, dans un article publié dans le grand quotidien suédois Dagens Nyheter le 21 novembre 2017. M. Arnault a été condamné lundi à deux ans de prison par un tribunal de Stockholm, à la suite de la plainte d’une de ses victimes.
Cette figure de la scène culturelle stockholmoise est également soupçonnée de conflits d’intérêts. Jean-Claude Arnault, un homme au passé nébuleux, réputé fantasque mais longtemps intouchable, aurait en effet accaparé l’appartement parisien de l’académie suédoise et recevait d’elle de généreuses subventions pour le centre culturel qu’il a créé à Stockholm.

        Le point sur les prix :
         

          Qui sont les lauréats des prix Nobel 2018 et qu’ont-ils accompli ?



Un prix alternatif plus inclusif
Les révélations du journal suédois ont conduit dix-huit membres de l’académie à abandonner leur fauteuil, après avoir nié dans un premier temps avoir connaissance des agissements du Français. Le quorum de douze membres n’étant pas atteint, et la crédibilité de l’institution étant largement entamée, le Nobel de littérature 2018 ne sera décerné qu’en 2019, en même temps que la désignation du lauréat de l’année prochaine.
Pour pallier l’absence de ce grand rendez-vous littéraire, la journaliste et écrivaine Alexandra Pascalidou a fondé une organisation baptisée « La Nouvelle Académie », chargée de décerner un prix alternatif, plus démocratique et inclusif. En consultant d’abord les libraires suédois, elle a établi une liste d’écrivains parmi lesquels le public était invité à désigner en ligne des finalistes. Quatre écrivains et écrivaines ont été retenus : la romancière guadeloupéenne Maryse Condé, le Britannique Neil Gaiman, la Vietnamienne Kim Thùy et le Japonais Haruki Murakami qui, soucieux de ne pas s’exposer, a préféré décliner la nomination. Le prix sera décerné à l’un d’entre eux le 12 octobre.
L’hebdomadaire L’Obs a, lui, demandé à trois anciens lauréats du prix, l’Autrichienne Elfriede Jelinek, l’Américaine Toni Morrison et le Français Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui aurait mérité le Nobel cette année. Parmi leurs lauréats, le Coréen Ko Un, la Libanaise Vénus Khoury-Ghata, l’Américain Ta-Nehisi Coates ou encore l’Américain Thomas Pynchon. Il faudra attendre encore un an pour savoir si l’un d’entre eux aura aussi été le coup de cœur de l’académie suédoise.

        Le récit :
         

          Prix Nobel : l’Académie suédoise en plein soap opera






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Les hommes n’ont pas le beau rôle dans « Des raisons de se plaindre », recueil de nouvelles de l’écrivain américain.
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Jeffrey Eugenides et les pauvres types

Les hommes n’ont pas le beau rôle dans « Des raisons de se plaindre », recueil de nouvelles de l’écrivain américain.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h45
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Des raisons de se plaindre (Fresh Complaint), de Jeffrey Eugenides, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis, L’Olivier, 304 p., 22,50 €.

Disons-le sans ambages. Dans ces dix nouvelles de Jeffrey Eugenides, les personnages masculins – impossible d’utiliser le mot « héros » – ne sont que lâches carpettes, têtes à claques ou odieux personnages. De cette engeance, les femmes – celles du livre mais aussi les lectrices – trouveront, comme le titre l’indique, mille « raisons de se plaindre ». Chaque homme en incarne une, voire plusieurs… Il y a par exemple ce Sean, de « Jardins capricieux ». Jaloux et misogyne, il n’a pas supporté d’avoir été quitté par son épouse qu’il dénigre tant qu’il peut à la moindre occasion – elle ne faisait jamais les courses, les placards de la maison étaient toujours vides, elle ne savait décidément pas entretenir un potager… Minable, il drague Annie, la première auto-stoppeuse venue, en lui promettant de lui montrer une incroyable relique, le véritable doigt de saint Augustin. Menteur, il ira jusqu’à inventer que sa femme s’est suicidée pour avoir le dernier mot et faire l’intéressant devant son ex-meilleur ami, Malcolm.

Matthew, dans « Sujet de plainte », n’a pas grand-chose à lui envier. Souffrant d’un « mal inflammatoire chronique » nommé concupiscence, ce père de famille quinquagénaire s’enferme dans les toilettes de bars pour échanger des textos aguicheurs avec des filles ayant « moins de la moitié de son âge ». Et lorsque à la question : « Etes-vous marié ? », il répond exceptionnellement par l’affirmative, il se sent « fier de lui, comme après avoir tenté un coup spectaculaire dans une compétition sportive ».
Que dire enfin de Mitchell, le protagoniste de « Par avion » ? C’est lui sans doute qui remporte la palme du pathétique. Atteint d’une diarrhée le vidant littéralement de sa substance, Mitchell devient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Dans « La Seule Histoire », le romancier britannique dit, tout en subtilité, le premier amour et la perte de l’innocence.
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L’éducation sentimentale selon Julian Barnes

Dans « La Seule Histoire », le romancier britannique dit, tout en subtilité, le premier amour et la perte de l’innocence.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h45
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Seule Histoire (The Only Story), de Julian Barnes, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 272 p., 22,80 €.

Préféreriez-vous aimer davantage, et souffrir davantage ; ou aimer moins, et moins souffrir ? » Voilà un beau sujet de dissertation, qu’on imagine sans peine donner des sueurs froides aux candidats le jour du bac. Si l’aspirant philosophe maîtrise la dialectique, il pourra suivre l’exemple de Julian Barnes. Lequel, dès l’ouverture de La Seule Histoire, conteste le bien-fondé de l’énoncé : « Ce n’est pas une vraie question, fait-il remarquer au jury des lecteurs. Parce que nous n’avons pas le choix. Si nous avions le choix, la question pourrait se poser. Mais nous ne l’avons pas, donc elle ne se pose pas. » CQFD. Balayée, la dissertation. Refusée, l’abstraction. Place au réel contre lequel on se cogne. Et quoi de mieux que la littérature pour en rendre sensibles les contradictions ? Quitte à prétendre livrer au lecteur le récit véridique de sa première histoire d’amour, « la seule qui vaille finalement d’être racontée ». Place au roman.
Insuffisances de la mémoire
Ce qui n’empêchera pas Paul, le narrateur, de chercher à comprendre ce qui s’est joué lorsque, à 19 ans, il est tombé amoureux de Susan, une femme mariée, mère de deux enfants, approchant la cinquantaine. Ni de se demander si le bonheur intense qu’ils ont partagé à leurs débuts annule ou compense les difficultés insurmontables que les deux amants ont connues par la suite. Mais comment rendre au plus juste des émotions depuis longtemps laissées derrière soi ? Comme dans tous ses romans, l’écrivain britannique prend acte des insuffisances de la mémoire. « Vous comprenez, j’espère, écrit Julian Barnes, que je vous raconte tout cela comme je m’en souviens ? (…) Je n’écris donc pas forcément cela dans l’ordre où c’est arrivé. (…) La mémoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Art du sous-entendu », de Laurent Pernot.
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Figures libres. Savoir bien parler des non-dits

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Art du sous-entendu », de Laurent Pernot.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 10h33
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Art du sous-entendu. Histoire. Théorie. Mode d’emploi, de Laurent Pernot, Fayard, 336 p., 19 €.
Drôles de machines, les phrases. Même quand elles paraissent très simples, tout à fait transparentes, bien souvent elles recèlent d’autres significations que la plus visible. Derrière le sens explicite, un autre se trouve caché et montré à la fois.
Ces phrases à double fond et à double détente renvoient à un non-dit, qu’elles suggèrent sans pour autant le formuler explicitement. Et ces sous-entendus sont partout ! Dans le discours des comiques et celui des politiques. Dans les ellipses des poètes et les slogans de la publicité.
Sentences truffées de galeries souterraines
Innombrables, donc, ces phrases louvoyant entre silence et révélation et cultivant l’ambiguïté en virtuose. Pareilles sentences, truffées de galeries souterraines, peuplent les livres sacrés. Elles habitent les oracles et les prophètes, incitant à des interprétations sans fin. Mais elles prolifèrent également dans des domaines aussi dissemblables que la politesse, les allusions obscènes, les dissidences politiques… Contre langues de bois et discours totalitaires, les sous-entendus deviennent moyens de résistance, manières de parler en déjouant censure et répression.
Dans l’Antiquité, les savants nommaient discours « figuré », ou bien « fardé », ces manières d’insinuer et de biaiser, pour faire entendre un autre contenu que celui proféré. Laurent Pernot, professeur à l’université de Strasbourg, spécialiste de la rhétorique antique, à laquelle il a consacré une dizaine d’ouvrages, est un guide sûr pour ne pas se perdre dans ce dédale.
Dans L’Art du sous-entendu, il explique avec clarté, avec humour aussi, la grande diversité des procédés et des points de vue grecs et romains, dont la subtilité peut laisser admiratif. Mais l’historien, dans cet essai, élargit la focale, navigue d’Aelius Aristide à George Orwell,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Claro est touché par la grâce de saint ­François-Xavier ­Delmas.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Faire chanter les reliques

Claro est touché par la grâce de saint ­François-Xavier ­Delmas.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Ma vie de saint, de François-Xavier Delmas, Anne Carrière, 250 p., 18 €.

Avançons une hypothèse : et si l’intime résidait moins dans sa dimension cachée que dans le geste qui le démasque. Moins dans ses détails que dans la façon dont on en vient à l’exposer. Les petits secrets, on le sait, sont légion, les cadavres se bousculent dans les placards, et rien n’est plus banal qu’un drame jugé singulier. Enrevanche, le spectre des stratégies visant à vendre la mèche est assez large et va du grossier déballage à la confession homéopathique, en passant par le travestissement raisonné, le mensonge assumé, etc. La grande affaire consiste peut-être à compenser l’impudeur de la chose dévoilée par la pudeur du dévoilement. Entendons-nous bien : cette pudeur-là, celle qui travaille un livre, n’est pas juste synonyme de retenue. C’est avant tout un dispositif. L’extraction de l’intime exige un certain doigté. Avançons une seconde hypothèse : tout ça n’est guère éloigné d’une forme de sainteté.
Ça tombe bien : le livre dont je vais vous parler aujourd’hui s’intitule Ma vie de saint. Son auteur ? François-Xavier Delmas. Le prénom a son importance, car c’est celui d’un saint – Frantzisko ­Xabierkoa, origine basque oblige –, qui participa à la création de l’ordre des jésuites et sillonna les mers afin d’aller ensemencer les âmes (1506-1552). Un pote de Loyola, auteur d’innombrables miracles, aussi chrétien qu’increvable, et dont la dépouille dispersée est, pour le pèlerin curieux d’en honorer les reliques, une invitation au voyage.
Delmas non seulement nous narre son odyssée, mais se rend sur les lieux mêmes où ce canonisé a laissé os et traces. Qui lui a mis pareille idée en tête ? Son père. Ça doit servir à ça un père : vous donner de bonnes raisons de partir. Pourtant, Delmas en a plus d’une, de partir. Car ledit père est un parangon d’absence incarnée, un conseiller d’Etat étanche aux jouissances,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « La vérité sort de la bouche du cheval », de Meryem Alaoui.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Une vraie histoire

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « La vérité sort de la bouche du cheval », de Meryem Alaoui.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

                            Barbara Cassin (de l’Académie française)








                        



                                


                            
La vérité sort de la bouche du cheval, de Meryem Alaoui, Gallimard, 272 p., 21 €.

Toutes les cases sont cochées, voilà un premier roman qui met toutes les chances de son côté : l’autre bord de la Méditer­ranée, présence-absence de l’islam, condition féminine, avec du sexe sans fioriture puisque l’héroïne est une pute, entre monde traditionnel et extrême contemporain, et par-dessus le marché un happy end. Bref, tout pour plaire ! Trop ? Non, c’est bien quand même, c’est même très bien !
A la fois réaliste et ailleurs
D’abord, c’est très direct, en première et punchy personne, Jmiaa, prostituée de Casablanca, se parle, nous parle, n’arrête pas de parler. « En général, je ne rentre pas dans les détails. Je dis juste que je m’appelle Jmiaa, que j’ai 34 ans, une fille, et que pour vivre, je me sers de ce que j’ai. » L’auteure, Meryem Alaoui, elle aussi est née à Casa. Leur ville est là, avec le trottoir, la rue, le quartier, les gens – garagiste, flic qui en profite, et gros lard préféré, celui qui paye assez et s’endort vite –, sans compter la télé entre autres addictions. C’est tout à la fois réaliste et ailleurs, en plein dans le rêve, l’affabulation, quelque part entre banalité et exultation. Peut-être une histoire vraie, en tout cas une vraie histoire.

Les mots de Jmiaa pour la raconter sont bruts de décoffrage, en un français qui se réinvente via l’arabe, avec rythmes, proverbes, expressions du cru, crues. Celle qui parle est une femme libre dans sa soumission, belle et moche, une femme forte qui tient la barre comme elle peut en roulant des fesses sous sa djellaba ; une pute avec un trajet : une mère stricte au village, un beau mari aimant qui devient son premier souteneur et demeure une lointaine sangsue, une fille qu’elle préserve, des copines comme elle, dont une islamiste pute par vertu. Elle dit tout ce qui lui arrive, ses flemmes, ses désirs, ses potes...




                        

                        

