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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ La parodie de Lynzy Lab Stewart, qui décrit les restrictions et situations menaçantes auxquelles les filles sont confrontées au quotidien, est devenue virale.
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« C’est une époque terrifiante pour les hommes » : une chanson moque les propos hostiles à #metoo de Trump

La parodie de Lynzy Lab Stewart, qui décrit les restrictions et situations menaçantes auxquelles les filles sont confrontées au quotidien, est devenue virale.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 17h38
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 18h15
    |

            Faustine Vincent








                        


« C’est une époque terrifiante pour les garçons : ils ne peuvent plus parler à une femme ni la regarder dans les yeux. C’est tellement perturbant, est-ce un viol ou juste de la gentillesse ? » La chanson parodique de Lynzy Lab Stewart, une chanteuse et compositrice américaine, est devenue virale dès sa publication sur son fil Twitter, lundi 8 octobre. Deux jours plus tard, elle avait déjà été vue plus de 9 millions de fois.
Avec cette chanson, l’artiste répond par l’ironie à la déclaration hostile à #metoo de Donald Trump. Le président américain avait réaffirmé son soutien au juge Brett Kavanaugh, accusé d’agression sexuelle, afin qu’il puisse siéger à la Cour suprême, avant d’ajouter, le 2 octobre : « C’est une époque terrifiante pour les jeunes hommes aux Etats-Unis, quand on vous dit coupable de quelque chose dont vous n’êtes peut-être pas coupable. »
Avec sa voix claire et son ukulélé, Lynzy Lab Stewart, alias@MercedesLynz, énumère sur un rythme enjoué les restrictions et les situations menaçantes auxquelles se heurtent les filles au quotidien :

It's a really scary time for dudes right now. So I wrote a song about it. Go #vote friends!  #TheResistance #1Thing… https://t.co/mbmFvC3XkK— mercedeslynz (@Lynzy Lab)


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« Je ne peux pas marcher jusqu’à ma voiture tard le soir en téléphonant/Je ne peux pas aller au bar sans chaperon/Je ne peux pas porter une minijupe, même si c’est la seule que je possède/Je ne peux plus utiliser les transports en commun après 19 heures […]/Mais c’est une période effrayante pour les garçons, ouais, c’est sûr. »
« Je ne peux pas faire du jogging en ville avec des écouteurs sur les oreilles/Je ne peux pas dénoncer mon violeur après trente-cinq ans/Je ne peux pas être prise au sérieux si je retiens mes larmes/Et je ne peux jamais parler sérieusement de toutes ces peurs/C’est sûr, c’est un moment effrayant pour les garçons/On ne peut pas envoyer un texto à une fille en lui demandant plusieurs fois une photo d’elle nue/On ne peut pas forcer une fille à faire l’amour quand elle n’est pas d’humeur/Qu’est-ce qui lui donne le droit de te dicter ce qu’il faut faire ? »
Sa vidéo se conclut par un appel à voter le 6 novembre aux élections américaines de mi-mandat : « Il est temps pour les femmes de se lever, de faire entendre notre voix collective. C’est le 6 novembre, alors allons faire du bruit. »
Sa chanson a été relayée par de nombreuses personnalités, dont la présentatrice star Ellen DeGeneres et l’acteur Mark Ruffalo, qui invite à « écouter des femmes comme@MercedesLynz pour avoir une idée du monde tel qu’elles l’expérimentent ».

Yup. https://t.co/QGOlSYijeE— TheEllenShow (@Ellen DeGeneres)


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Mercredi, Lynzy Lab Stewart a dû préciser, « pour éviter toute confusion », qu’elle n’était « pas là pour délégitimer les combats des hommes. J’espère juste qu’on pourra enfin légitimer ceux des femmes, écrit-elle. Peu importe ce que vous pensez de moi, je ne suis pas “antihommes”. Je suis, cependant, super “profemmes”. Vous devriez l’être aussi. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ La chronique BD de Kidi Bebey. Etre enfant-soldat, résister à des parents qui veulent vous envoyer en France : des sujets douloureux mis à la portée des plus jeunes avec humour, pudeur et finesse.
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Chronique

Trois albums jeunesse à lire sur la guerre et le déracinement en Afrique

La chronique BD de Kidi Bebey. Etre enfant-soldat, résister à des parents qui veulent vous envoyer en France : des sujets douloureux mis à la portée des plus jeunes avec humour, pudeur et finesse.

Par                Kidi Bebey (chroniqueuse Le Monde Afrique)



LE MONDE
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        Le 10.10.2018 à 17h00

     •
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        Mis à jour le 10.10.2018 à 17h17






    

Crédits : DR


« Tamba, l’enfant-soldat », de Marion Achard et Yann Degruel
Front buté, visage fermé, le jeune Tamba se remémore la plus terrible période de sa vie. Durant des mois, dans son pays en guerre, il a combattu comme enfant-soldat. Enrôlé de force au cœur d’un conflit dont il ne comprenait pas les enjeux, il a été obligé de commettre des atrocités faute de perdre la vie. Un jour enfin, la paix est revenue. Mais dans les esprits de tous, les blessures sont restées vives. Tamba doit rendre compte de ses actes et s’expliquer publiquement devant une commission Vérité et réconciliation. Le garçon a-t-il été bourreau ou victime de la guerre ? Est-il totalement responsable des actes qu’il a commis ?

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                L’enfer des Kivu raconté en bande dessinée : un air de déjà-vu



Ecrivain pour la jeunesse, Marion Achard a choisi cette fois la bande dessinée pour mettre en scène ce sujet délicat. L’auteur, par ailleurs artiste de cirque, en avait l’idée depuis 2000, alors qu’elle avait été invitée par une ONG à donner des spectacles et à animer des ateliers en Guinée, dans un camp de réfugiés. Le camp regroupait à l’époque de nombreux enfants libériens et sierra-léonais qui avaient fui les conflits ou en avaient été acteurs. « Je n’ai jamais su lesquels, parmi eux, pouvaient avoir tenu des armes, précise Marion Achard. Ils étaient tous dynamiques, joyeux… Je ne voyais que leur désir intense de vivre leur enfance ou d’en reprendre le fil. » 
Dix-huit ans plus tard, l’idée a pris la forme d’un album qui touche les lecteurs en plein cœur. Tout en finesse, les illustrations de Yann Degruel parviennent à montrer la dureté des situations sans jamais recourir au sensationnel. Et malgré parfois quelques ellipses un peu maladroites, la réussite de cet album tient sans doute au fait qu’il n’a rien de didactique. On y chemine avec émotion au côté de Tamba, pour qui la parole, douloureuse mais nécessaire, représente un grand pas vers la reconstruction.

    

Crédits : DR


« L’Envers des nuages », de Frédéric Richaud et Rafael Ortiz
Dans un camp de réfugiés cerné par la guerre, Florence, une reporter-photographe, va croiser la route du jeune Samy. La première doit photographier la vie quotidienne à l’intérieur du camp, les activités des réfugiés et le travail mené par le personnel humanitaire. Le second, à l’extérieur, doit répondre aux ordres de son chef, un milicien fracassé, cruel et ivre de destruction. Terrifié, Samy passe pour un poltron aux yeux de ses camarades. Lors de l’assaut du camp, il sauvera pourtant Florence de la mort, en tirant sur son chef sur le point de l’abattre.

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                Album jeunesse : quand Grégoire le Chat est dupé par Betty la Souris



Dans cette bande dessinée, deux histoires s’opposent et se répondent pour interroger l’absurdité de la guerre. La photographe veut mettre en lumière la dignité que parviennent à conserver les êtres, dans ces cités fragiles et hors du monde que sont les camps de réfugiés. L’enfant-soldat, quant à lui, recherche l’ombre et le souvenir de sa vie d’avant l’horreur. Un album efficace où la force des images de Rafael Ortiz sert un propos volontariste : faire comprendre et sensibiliser, sans pour autant juger.

    

Crédits : DR


« Akissi », de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin
La famille d’Akissi a un grand projet pour elle : l’envoyer vivre à Paris ! Dans le quartier, la nouvelle se répand et fait rêver tout le monde. Chacun se montre soudainement plein d’égards pour la petite, dans l’espoir des cadeaux à venir qu’elle enverra de France. Akissi est la seule pour qui ce départ est un grand malheur. En effet, comment peut-on quitter tout ce que l’on connaît pour aller vivre dans un pays où on se brosse les dents avec du camembert, où les hommes déambulent un béret sur la tête et où l’on boit du vin Château Margaux tellement vieux qu’il doit forcément être pourri ? Partir ? Mission impossible ! Aidée de ses amis, Akissi se rebiffe et mène l’enquête. Peut-être ses parents ne l’aiment-ils pas aussi fort qu’elle le croyait… Peut-être n’est-elle même pas vraiment la fille de sa mère et la petite-fille de son grand-père…

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                Bande dessinée : cahier d’un départ du pays natal



Avec ce huitième album de la série, Marguerite Abouet met une nouvelle fois et avec brio son imagination et son savoir-faire au service d’une histoire sucrée-salée qui ravira les enfants. Le style graphique de Mathieu Sapin, avec ses détails dans tous les coins et ses personnages au corps menu et à grosse tête, amplifie avec humour l’importance que peuvent avoir les questionnements et les émotions des plus jeunes. Car, à 6 ou 7 ans, les décisions tranchées des adultes peuvent transformer la vie quotidienne en une vraie grande aventure. Quel plaisir de se raconter des histoires ! Quelle joie de se faire un peu peur !
Tamba, l’enfant soldat, de Marion Achard et Yann Degruel, éditions Delcourt (18,95 €)
L’Envers des nuages, de Frédéric Richaud et Rafael Ortiz, éditions Glénat (14,50 €)
Akissi, de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, éditions Gallimard (10,50 €)


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Pendant la Nuit de l’amour, du samedi 6 au dimanche 7 octobre au petit matin, au Théâtre des Bouffes du Nord, la chanteuse Rosemary Standley est montée sur scène aux côtés de philosophes et d’artistes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.
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Roberto Saviano touche sa cible

L’écrivain italien, auteur de « Gomorra », signe aujourd’hui un premier roman, « Piranhas », qui suit une bande de jeunes criminels napolitains. Percutant.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 16h00
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            
Piranhas (La paranza dei bambini), de Roberto Saviano, traduit de l’italien par Vincent Raynaud, Gallimard, « Du monde entier », 358 p., 22 €.

Pas sûr que ce quartier populaire jouxtant le centre-ville de Naples soit mentionné dans les guides de tourisme, à l’exception peut-être de la fresque murale qui en marque l’une des entrées : un immense portrait de san Gennaro – le saint patron de la ville –, à 28 ans, l’âge où il fut supplicié au IVe siècle. Fief historique de la ­Camorra, la mafia locale, aujourd’hui étendue à l’ensemble de la cité parthé­nopéenne et à la Campanie, le quartier se nomme Forcella, la « Fourche ». « Deux branches. On sait d’où on vient mais pas où on arrive, ni même si on y arrive. Une route symbole », écrit l’Italien Roberto ­Saviano dans Piranhas, son premier roman.

Unis par un pacte de sang
L’adolescence se poste pareillement à la croisée des chemins. Des choix irréversibles et le degré d’intensité que l’écrivain insuffle à son récit transforment ceux-là en destins. Chez ce ­conteur-né et documenté qu’est Saviano, l’aiguille du manomètre s’affole. Sous pression, les personnages de Piranhas ne cessent de se déplacer. A pied, en scooter. Hormis d’épisodiques jours d’école et des soirées en famille qui s’amenuisent au fil des mois, ils sont en perpétuel mouvement. A la tête de leur bande, le charismatique Nicolas, alias Maharaja, mû par l’urgence de vivre. A la fois impatient et stratège, ce fil aîné de petits-bourgeois a tiré des enseignements du Prince, de Machiavel (1532). Sa philosophie personnelle se conclut ainsi : le monde se divise en « baiseurs » et « baisés ». Unis par un pacte de sang, ses amis le suivront dans une ascension dont le point de départ est ­Forcella. Il y a Dentino, à la dentition ébréchée, Tucano (« Toucan »), Lollipop, Drone, Oiseau mou, Jveuxdire. Et Biscottino, le plus jeune d’entre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ L’écrivain a répondu au questionnaire élaboré par « Le Monde des livres ». Portrait en lecteur.
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Keskili ? Roberto Saviano

L’écrivain a répondu au questionnaire élaboré par « Le Monde des livres ». Portrait en lecteur.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 16h00
    |

                            Macha Séry








                        


Un premier souvenir de lecture ?
L’Iliade en édition jeunesse, le cadeau d’anniversaire de mes 12 ans.
Le chef-d’œuvre inconnu que vous portez aux nues ?
Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (Verdier, 2003).
Le chef-d’œuvre officiel qui vous tombe des mains ?
Le Vicomte pourfendu, d’Italo Calvino (nouvelle traduction Gallimard, 2018).
L’écrivain avec lequel vous aimeriez passer une soirée ?
Camus.
Celui que vous aimez lire, mais que vous ne voudriez pas rencontrer ?
Céline.
Un livre que vous avez envie de lire ?
A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust (Gallimard, 1913-1927).
Celui dont vous voudriez être le héros ?
Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas (1846).
Celui qui vous réconcilie avec l’existence ?
Le Kama-sutra.
Celui que vous avez envie d’offrir à tout le monde ?
Les poésies de Wislawa Szymborska.
Celui qui vous fait rire ?
Trois hommes dans un bateau, de Jerome K. Jerome (1889).
Celui dont vous aimeriez écrire la suite ?
L’Odyssée.
L’auteur que vous aimeriez pouvoir lire dans sa langue ?
Dostoïevski.
Le livre que vous voudriez avoir lu avant de mourir ?
Somme théologique, de saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle).
Votre endroit préféré pour lire ?
En prison, dans un jardin, aux toilettes.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’ex-inspecteur Takakura est aux prises avec son voisin, un psychopathe qui enlève sa femme.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Creepy » : c’est arrivé près de chez lui

L’ex-inspecteur Takakura est aux prises avec son voisin, un psychopathe qui enlève sa femme.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 14h00
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


OCS City, mercredi 10 octobre à 20 h 40, film
On a peine à croire qu’on découvrait voilà déjà vingt ans Kiyoshi Kurosawa, figure de la post-nouvelle vague nippone, cinéaste prodigue venu des formats amateurs, spécialiste des tournages rapides et des séries B, rénovateur inspiré du cinéma de genre et plus particulièrement du film de fantôme, symbole, en un mot, d’une nouvelle génération en mouvement. Il faudrait donc se résoudre à admettre que même les jeunes finissent par devenir vieux, sauf qu’à 63 ans, Kurosawa, passé maître dans l’art de l’inquiétante étrangeté nippone, démontre par le rythme et la vigueur de son art exactement le contraire.

        Lire la critique d’« Invasion » :
         

          Les martiens attaquent une société qui court à sa perte



Film bien frappé de serial killer, Creepy (2016) dévide dans sa première partie la bobine lancinante de l’enquête, sous le signe du passé qui ne passe pas et de l’inéluctable retour du même. Une scène originelle, à l’économie sèche et terrifiante, introduit ce propos. C’est une séquence d’interrogatoire dans un commissariat. Après s’être absenté un instant de la pièce, l’inspecteur chargé de la chose retrouve le policier qui devait garder le prisonnier gisant dans une flaque de sang et la pièce vide. Branle-bas de combat, course-poursuite, on rattrape le psychopathe in extremis, qui prend une femme en otage avec un couteau. L’inspecteur s’approche sans arme, tente de négocier avec lui, mais l’homme le frappe au ventre, puis égorge la femme. Fin de la séquence et délivrance de sa morale expresse : le mal n’est pas une entité négociable. C’est une force opaque et malfaisante, qui vous terrasse si vous lui prêtez le flanc.
Un massacreur en liberté
Sous cette sombre invocation, le récit commence quelque temps plus tard, alors que l’inspecteur, guéri de sa blessure, s’installe avec sa femme dans la banlieue verdoyante de Tokyo, inaugurant aussi une carrière d’enseignant en criminologie. Cette tranquillité chèrement acquise, il ne se passera pas longtemps avant qu’elle ne soit de nouveau inquiétée, par cela même qui l’avait rendue si désirable. Deux fronts s’ouvrent soudain pour l’ex-inspecteur Takakura, destinés à se rejoindre en cauchemar.

        Lire la critique d’« Avant que nous disparaissions » :
         

          Face aux aliens, l’humanité perd ses derniers moyens



Un front domestique, avec la ­découverte d’un voisin plus ­qu’inquiétant en la personne de M. Nishino, qui habite une maison avec sa fille, adolescente visiblement terrorisée, et une femme malade qu’on ne voit jamais. ­Teruyuki Kagawa, remarquable interprète du voisin, se livre ici à un exercice d’admiration de l’acteur Peter Lorre qui vaut son pesant de sueur froide. En l’absence de l’ex-policier bientôt happé par une nouvelle enquête, le labile Nishino menace, puis séduit mystérieusement l’épouse de celui-ci, Yasuko, fragilisée sans doute par sa solitude et son insatisfaction. Sur le front professionnel, c’est un collègue enseignant qui relance inexorablement Takakura sur la piste d’une vieille affaire jamais résolue, impliquant un psychopathe massacreur de familles, toujours en liberté.
Crypte sordide
Ce double mouvement, telle une asymptote, ménage extraordinairement ses effets. Il laisse planer un doute sur l’identité et la nature réelles de Nishino, il instille un trouble embarrassant sur le comportement inexplicable de Yasuko, il désigne enfin l’enquête obstinée de Takakura comme une recherche aveuglante de lui-même, voire comme le journal d’une conjugalité qui bat de l’aile. Les dominantes grises et vertes évoquant une atmosphère d’aquarium, les personnages qui tournent si souvent le dos à la caméra, le fréquent partage du plan en profondeur entre deux scènes distinctes sont autant de composantes formelles qui soutiennent l’inquiétude et l’incertitude de cette première partie. Lesquelles vont finir, dans la ­surprenante ­seconde partie du film, par exploser sur une ­réalité qui n’a d’autre visage que celui de l’horreur.
Amateur à sa manière de cellule familiale, le psychopathe est ici un parasite qui la contamine et la détruit
C’est – les amateurs du genre le savent mieux que quiconque – le prix à payer pour ceux qui ont refusé de voir ce qui leur pendait au nez, probablement parce qu’ils avaient trop peur de s’y reconnaître. La question se règle donc désormais en sous-sol, dans une sorte de crypte sordide où tout ce qui ne pouvait ni se voir ni se commettre au grand jour se donne libre cours, entre sujétion criminelle et conditionnement arti­sanal des cadavres. Amateur à sa manière de cellule familiale, le psychopathe est ici un parasite qui la contamine et la détruit, énonçant probablement à son sujet une vérité qui n’est pas bonne à dire.
Banal dans les films d’horreur, le motif de l’enlèvement et de la claustration se double ici d’une dilution de la responsabilité criminelle, qui n’est pas sans rappeler celle qui caractérisait le serial killer à personnalité multiple de Split (2016), de M. Night Shyamalan. N’est-ce pas alors le visage de la ­société actuelle – dérégulée et dématérialisée – qui apparaît, dans laquelle le mal lui-même n’a plus de visage ?
Creepy, de Kiyoshi Kurosawa (Japon, 2017, 125 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Rémunération des écrivains, numérique... Dans un entretien au « Monde », Arnaud Nourry, PDG d’Hachette Livre, passe en revue les débats qui agitent l’édition.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Arnaud Nourry, PDG d’Hachette Livre : « L’autoédition ne constitue pas une menace »

Rémunération des écrivains, numérique... Dans un entretien au « Monde », Arnaud Nourry, PDG d’Hachette Livre, passe en revue les débats qui agitent l’édition.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 10h50
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 12h39
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

A la veille de l’ouverture de la Foire du livre de Francfort (Allemagne), mercredi 10 octobre, Arnaud Nourry, PDG d’Hachette Livre, analyse les grands enjeux du secteur de l’édition. Circonspect quant à la croissance du livre numérique en France, il estime que l’autoédition n’est en rien une menace et que la rémunération des auteurs ne peut s’effectuer qu’au cas par cas. M. Nourry envisage aussi d’importantes acquisitions d’éditeurs de langue anglaise.
Le jury du Renaudot a-t-il eu raison de présélectionner au premier tour le livre autoédité de Marco Koskas, « Bande de Français », non vendu en librairie ?
Je comprends l’émotion des libraires. Ces prix font partie de l’écosystème du livre en France et ont pour vocation de booster la carrière des auteurs sélectionnés ou primés. Qu’un livre autoédité, donc non disponible, sauf en numérique et sur une seule plateforme, soit sélectionné m’a semblé insensé. Au deuxième tour, la raison l’a emporté.
L’autoédition menace-t-elle l’édition ?
Notre métier, c’est le contraire de l’autoédition : lorsque nous refusons énormément de projets, l’autoédition consiste à dire oui à tout le monde. De façon marginale, une poignée de textes émergent dans l’autoédition. Mais leurs auteurs ont besoin de nous pour obtenir l’audience, le prestige, la reconnaissance et l’argent. L’autoédition consiste, en effet, à lancer des livres à 99 centimes ou 1,99 euro uniquement en format numérique. Même avec 10 000 exemplaires, cela ne pèse rien. Travailler avec un éditeur traditionnel est rapidement plus intéressant. L’autoédition ne constitue pas une menace. C’est une source d’approvisionnement très intéressante. On observe et on récupère.

D’ailleurs, les confrères qui s’étaient lancés dans l’autoédition ont tous arrêté. Celui qui détenait la plateforme Author Solutions l’a revendue pour une livre symbolique. Il est inutile de faire de la main gauche le contraire de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Eric Vigner met en scène la version originelle de « Partage de midi » à Strasbourg.
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Théâtre : plongée, avec Claudel, dans les remous d’une passion

Eric Vigner met en scène la version originelle de « Partage de midi » à Strasbourg.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 10h10
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 17h19
    |

Joëlle Gayot







                        



                                


                            

Le théâtre, pas plus que la vie, n’échappe à la complexité. On peut s’en agacer et trouver contrariantes les énigmes qu’on échoue à résoudre. Ou, à l’inverse, accepter, et se féliciter, qu’échappent à notre compréhension des sens cachés de l’existence. Cette ambivalence, on la traverse avec inquiétude dans les premiers instants de la mise en scène par Eric Vigner de Partage de midi. Mais elle cède peu à peu le pas à la jubilation : cette représentation est un franc camouflet porté à une époque, la nôtre, qui prétend résumer en 280 signes sur les réseaux sociaux le flux de nos pensées.
Paul Claudel (1868-1955) n’a pas écrit de théâtre pour le Reader’s Digest. Chez lui, le verbe déferle avec la rage d’un tsunami. Et d’autant plus dans cette version originelle de Partage de midi qui se donne au Théâtre national de Strasbourg (TNS). Publié en 1905, ce premier jet restera près de quarante ans dans les tiroirs de l’auteur. Lorsqu’il le retravaille, à la demande de Jean-Louis Barrault, il en polit les contours, en gomme les impétuosités et en ­tarit la sève. Le retour à la source opéré par Eric Vigner a donc valeur de manifeste. C’est le Claudel rimbaldien, indécent, outrageux et incohérent qu’il choisit d’éclairer.
Eric Vigner inscrit le spectacle loin de la quiétude et du réalisme, l’installe au-delà du bien et du mal
Inspirée de la vie de l’écrivain, cette pièce est une plongée en ­apnée dans les remous d’une ­passion sexuelle, amoureuse et mystique. Claudel projette, à grandes gorgées de mots rugueux qui s’articulent en phrases enivrantes, ce qu’a gravé dans sa chair sa récente liaison avec Rosalie Vetch, une Polonaise rencontrée alors qu’il partait pour la Chine. Il a alors 32 ans, et cette femme mariée, mère de quatre enfants, le dépucelle. Puis elle part, enceinte de lui, en lui opposant un silence si odieux qu’il le propulse vers l’écriture. En rencontrant la femme, il a perdu ce Dieu qui lui servait de guide. Il est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Dans cette nouvelle série, le mangaka reprend la recette du manga d’aventures qui a fait son succès et l’adapte à un univers galactique. Mais difficile de croire qu’il a cherché à se renouveler.
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Avec son nouveau manga « Edens Zero », Hiro Mashima peine à s’affranchir de « Fairy Tail »

Dans cette nouvelle série, le mangaka reprend la recette du manga d’aventures qui a fait son succès et l’adapte à un univers galactique. Mais difficile de croire qu’il a cherché à se renouveler.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 10h00
    |

            Pauline Croquet








                        



   


Il avait annoncé qu’il ne prendrait pas de repos, pourtant mérité, après la conclusion à la fin de juillet 2017 de sa série phare Fairy Tail. Figure emblématique du manga, Hiro Mashima revient avec une nouvelle saga, Edens Zero, dont le premier tome est paru en France mercredi 10 octobre, en quasi simultané avec le Japon. Un manga très attendu dans l’Hexagone, d’autant qu’en proportion Fairy Tail a connu plus de succès chez nous que dans son pays de naissance – il fut le deuxième manga la plus vendu en France après One Piece. Le premier tome est tiré à 100 000 exemplaires, le plaçant parmi les plus gros lancements de cette fin d’année.
Avec Edens Zero, Mashima reprend le champ lexical qui a fait sa réputation, la fantasy, mais le place cette fois dans un univers galactique. Le mangaka appelle ça de la « SF », pour space fantasy, histoire d’avertir le lecteur qu’il s’aventure sans trop de sérieux dans le registre de la fiction futuriste. Pourtant, lors de son passage au Festival internationl de BD d’Angoulême en janvier, le mangaka se disait « prêt à remettre [s]a carrière en jeu avec ce projet ».

   


Les aventures d’Edens Zero commencent par l’arrivée d’une jeune femme, Rebecca, accompagnée d’ Happy, son chat bleu, sur l’île de Granbell, qui abrite un gigantesque parc d’attractions aux allures médiévales. Déserté depuis un siècle, le parc est habité par des robots domestiques et Shiki, un jeune humain un peu sauvage qui a soif d’aventures. Contraints de fuir sous la menace des robots, l’équipe fraîchement constituée s’enfuit donc dans l’espace. Doté d’une grande force physique, Shiki, qui n’avait jamais quitté Granbell ni vu d’humains avant de rencontrer Rebecca, va pouvoir enfin explorer le cosmos et découvrir son destin. Pour gagner sa vie, l’équipe galactique diffuse des vidéos sur B-Cube, sorte de YouTube futuriste.
Si le scénario de ce premier tome ne paraît pas très clair, que le lecteur se rassure. Ou pas. Edens Zero est un condensé de références et d’idées cousues par un fil ténu. Ses nombreux retournements parviennent malgré tout à retenir l’attention du lecteur. L’auteur profite de l’ignorance de son héros pour le confronter pêle-mêle à des nouvelles cités, des quêtes et des ennemis. On y croise des youtubeurs agaçants, des cyborgs, une guilde (comme dans Fairy Tail), une pirate qui pourrait être la petite cousine d’Albator et une divinité géante. De même, ces premiers chapitres laissent entrevoir qu’Hiro Mashima a réutilisé la recette de sa précédente série basée sur l’humour avec des bagarres tonitruantes et de longs passages sur la notion d’amitié. Sans oublier les références un brin grivoises et une passion pour les héroïnes à grosse poitrine.

        Lire aussi :
         

                « Fairy Tail », ou la preuve que la magie opère dans le manga




   


Toutefois, Hiro Mashima parvient encore une fois à déployer ce qui a aussi forgé son succès : un talent indéniable pour dessiner des décors détaillés mais aussi des planches de scènes d’action et de combats très intenses et captivantes.
« Si l’on voulait caricaturer, les séries de Mashima sont au manga ce que le fast-food est à la gastronomie : c’est gras, on s’en met partout et on a un peu honte après l’avoir dévoré d’une seule traite, mais on y revient toujours parce qu’au fond c’est bon et qu’on aime ça », défendait le blog ActuaBd dans sa chronique du premier chapitre.
Certains y verront peut-être une marque de fainéantise de la part de l’auteur. Ou une forme d’indécision aux prémices de son nouvel opus. D’autres, qu’il est fidèle à son public et à sa stature de dessinateur de manga shonen, des BD d’action et d’aventures prônant des valeurs de courage, d’amitié et de dépassement de soi. Reste qu’il faut probablement avoir aimé Fairy Tail pour continuer à aimer Mashima.
Edens Zero, de Hiro Mashima, traduction de Thibaud Desbief, tome I le 10 octobre, éditions Pika, 216 pages, 6,95 euros.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Présentée à Lille, puis reprise à Caen et à Paris, l’œuvre de Georg Friedrich Haendel bénéficie d’une distribution de haut vol.
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« Rodelinda », l’opéra dont le prince est un enfant

Présentée à Lille, puis reprise à Caen et à Paris, l’œuvre de Georg Friedrich Haendel bénéficie d’une distribution de haut vol.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 09h50
    |

                            Marie-Aude Roux (Lille, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Le beau visage sérieux, en plan fixe, d’un garçonnet aux yeux grand ouverts, a envahi l’écran en fond de scène sur l’ouverture du Rodelinda de Haendel. Une œuvre rarement représentée, dont l’Opéra de Lille a confié la nouvelle production au metteur en scène Jean Bellorini, déjà auteur d’une Cenerentola de Rossini dans ses murs, en 2016. En revivant l’action par le regard d’un enfant – Flavio, fils de la reine Rodelinda et du roi disparu, Bertarido –, le metteur en scène abolit la frontière entre réel et fantasme. L’enfant rêve-t-il ? Revit-il un trauma ? Est-il condamné à mourir ?
Décors et personnages adoptent plusieurs dimensions. Tour à tour miniaturisés par leur double en forme de marionnette ou, au ­contraire, exagérément grandis, enchâssés dans des cadres trop petits, quand ils ne sont pas étrangement dénaturés par le port d’un masque ou soudainement stoppés par des cadres de néon en forme de castelet. Un petit train électrique passe sur le proscenium, tandis qu’en fond de scène, tels des wagons, défilent les décors d’appartements royaux.
Effets poétiques
L’héritier du trône est en danger depuis que son père, Bertarido, roi de Lombardie, a été chassé par l’usurpateur Grimoaldo, lequel entend bien forcer au mariage sa veuve Rodelinda sur les conseils du cruel Garibaldo. Mais le roi ­légitime, qui se cache, reparaît : aidé par son ami, le fidèle Unulfo, et in extremis par sa sœur, Eduige, qui ambitionnait le trône, il parviendra, après s’être évadé de prison, à récupérer épouse, fils et couronne. Une fin heureuse qui n’est peut-être qu’une projection infantile, comme semble le suggérer le traitement comique du dernier acte et de l’épilogue, la bouille facétieuse du petiot, ­mimant le chant de sa mère.
Quelques accessoires baroques – chandeliers, lustres, bougies – rappellent un XVIIIe siècle qui s’agrège aux costumes patchwork de Macha Makeïeff (déjà complice de Bellorini pour Erismena de Cavalli...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Jusqu’au 19 décembre, le Festival d’automne permet de prendre la mesure du compositeur québécois.
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Claude Vivier, bien plus qu’un marginal illuminé

Jusqu’au 19 décembre, le Festival d’automne permet de prendre la mesure du compositeur québécois.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 09h43
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 09h47
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Le portrait de compositeur articulé autour de plusieurs concerts sur une large période est une constante du Festival d’automne à Paris. Il permet à l’auditeur d’avoir le temps d’intégrer la nouveauté, d’un rendez-vous à l’autre. Dans le cas de Claude Vivier (1948-1983), dont la manifestation programme jusqu’au 19 décembre la première grande monographie en France, « digérer » la cuisine de l’inédit constitue un défi tant les ingrédients et les épices changent au fil des œuvres.

Amorcé le 27 septembre, à Radio France, avec Orion, ovni orchestral majestueux et déconcertant, le portrait Claude Vivier se poursuivait, le 8 octobre, à l’Espace Cardin, avec trois pièces aux horizons très différents. Idéal pour tester la capacité d’assimilation, de l’auditeur comme du compositeur. Pulau Dewata, qui signifie « île des dieux » en indonésien, est un hommage à la musique balinaise. Tout en appels, par séquences mélodiques et rythmiques, l’écriture n’érige pas la répétition en système, à la manière d’un Steve Reich, mais se plaît à surprendre par de brusques changements dynamiques. De la frénésie au recueillement.
Psaume en langue inventée
De plus, destinée à n’importe quel effectif, elle fait de la couleur sonore un élément fondamental de l’imaginaire. Un piano, des percussions, un cor anglais et une clarinette participent à la réalisation de l’ensemble L’Instant donné. Le résultat permet d’accéder à l’essence de la musique de Claude Vivier lors d’un passage où piano-jouet, cloches et vibraphone s’unissent dans l’expression candide d’un dépassement de soi.
La fraîcheur de l’enfance, souvent associée à l’univers de ce franc-tireur, n’apparaît pas dans la pièce suivante du concert, Shiraz, solo de piano qui date, comme Pulau Dewata, de 1977. Si le titre évoque une ville d’Iran (où Vivier fut ébloui par la prestation de deux chanteurs aveugles), rien ne témoigne d’une quelconque intention orientalisante....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le saxophoniste consacre l’album « 16 levers de soleil » à l’odyssée spatiale de l’astronaute Thomas Pesquet.
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Le disque solaire de Guillaume Perret

Le saxophoniste consacre l’album « 16 levers de soleil » à l’odyssée spatiale de l’astronaute Thomas Pesquet.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 17h07
    |

            Sylvain Siclier








                        



                                


                            

La vision dure environ une minute. Dans un habitacle étroit de la Station spatiale internationale, derrière les vitres duquel l’on peut voir le bleu de la Terre et des nuages blancs, l’astronaute Thomas Pesquet, flottant doucement en apesanteur, joue du saxophone. A ces insolites images succèdent des vues de l’espace environnant, tandis que l’on entend se prolonger l’interprétation de Pesquet. La composition, intitulée Into the Infinite, a été écrite par le saxophoniste Guillaume Perret. Elle figure dans l’album 16 levers de soleil, du nom du documentaire réalisé par ­Pierre-Emmanuel Le Goff, en salle depuis le 3 octobre, dont Perret a signé la musique.

Sur la pochette du disque, c’est la même image que l’on voit. Le film suit chronologiquement la mission de six mois (de novembre 2016 à juin 2017) de Pesquet, durant laquelle il réalise, avec ses camarades d’expédition, des expériences scientifiques et des opérations de maintenance. Lors d’un échange avec des enfants, l’astronaute explique :
« La station spatiale, c’est à 450 km d’altitude, ça vole dans le ciel à 28 000 km/h. Concrètement, on fait le tour de la Terre en une heure et demie, ça fait 16 levers de soleil et 16 couchers de soleil tous les jours. »

Une mission spatiale, l’espace, des images superbes, cela aurait pu donner une musique strictement planante. Dans le film, quelques passages vont dans cette direction sans s’y perdre, par des sons lointains de saxophone, des traitements musicaux des bruits de la station, des fréquences envoyées depuis les planètes, des voix. Arrivent aussi des moments plus nerveux. Ici, une citation du Star-Spangled Banner évocatrice des saturations électriques de Jimi Hendrix lorsque le guitariste avait repris l’hymne américain au festival de Woodstock, en 1969, là une chanson presque pop, Peace, parlée-chantée par la rappeuse Nya…
Rythmique fluide et grondante
L’album développe ce qui se...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Fini l’économie socialiste, place désormais à l’ouverture vers le progrès économique express. Dans son projet « Pays d’ambition », le photographe Yan Ming saisit l’atmosphère de chantier permanent dans l’empire du Milieu.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Les dirigeants chinois aspirent à faire de leur nation la première puissance mondiale. Un objectif poursuivi à marche forcée, aux prix de bouleversements sociaux et écologiques sans précédent, dont le photographe Yan Ming pointe les conséquences.
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La Chine dans le plus grand des chamboulements


                      Les dirigeants chinois aspirent à faire de leur nation la première puissance mondiale. Un objectif poursuivi à marche forcée, aux prix de bouleversements sociaux et écologiques sans précédent, dont le photographe Yan Ming pointe les conséquences.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 08h15
    |

            Harold Thibault








   


Où va la Chine ? Nul ne sait, mais elle s’y dirige à la plus vive allure. Tout change. Tout est démoli, réduit en morceaux, puis reconstruit, bétonné. De son brouillard grisâtre surgissent de nouveaux ponts, de nouvelles tours qui, à peine achevés, sont déjà entourés d’autres chantiers. Voilà quarante ans que le dirigeant Deng Xiaoping a engagé le début de la politique de réforme et d’ouverture, la « deuxième révolution », et depuis le changement est perpétuel.
Fini l’économie socialiste, place désormais à l’ouverture vers le progrès économique express. Le pays s’est hissé au rang de deuxième puissance de la planète. Nul doute à ses yeux qu’il sera un jour la première. N’est-ce pas le « rêve chinois » promis par l’actuel président, Xi Jinping, un désir de prospérité et de puissance ? à l’intérieur, plus de 1,3 milliard de citoyens nourrissent leurs propres aspirations. Le décor est bouleversé en permanence, même si certains paysages propres à la Chine demeurent : les fleuves embrumés, les monts entre lesquels ils sillonnent.
Le régime a longtemps prôné les valeurs du socialisme strict, mais voilà que désormais ce sont celles du marché auxquelles il convient de se plier pour réussir.
Les Chinois sont pris dans ce tourbillon de la grande modernisation. Le régime a longtemps prôné les valeurs du socialisme strict, mais voilà que désormais ce sont celles du marché auxquelles il convient de se plier pour réussir. Tout a changé pour eux aussi, sans autre forme d’explication, sans aucun mode d’emploi. Il est désormais permis de rêver de la plus grande réussite, à condition de savoir s’adapter. Il y a ceux qui ont pris le bon train et d’autres qui resteront dépassés.
Chacun peut nourrir ses propres désirs – voyager, étudier, se divertir mais surtout consommer –, même si beaucoup courent juste après les avancées du pays, à l’usine, dans les affaires, à la campagne ou depuis leur bureau de fonctionnaire, pour permettre à la famille de suivre ce rythme effréné.
Après avoir passé une décennie à travailler dans l’industrie musicale, puis dans l’édition de presse, Yan Ming, lui, a décidé de se consacrer à la photographie. Ce natif de la province rurale de l’Anhui vit aujourd’hui à Canton. Il arpente son pays avec un regard sinon critique, du moins dubitatif, sur ce chamboulement incessant. Il montre l’individu perplexe, comme perdu dans un décor qui le dépasse.
Son projet, « Pays d’ambition », révèle cette Chine déboussolée, mais toujours en action, dans sa course à l’avancée économique et à la mutation, à l’image d’enfants interrogatifs chevauchant le tigre. On ne sait s’il s’agit de l’ambition nationale d’une superpuissance ou de celle de chacun de ses citoyens. L’environnement en a été altéré, pour ne pas dire dégradé.
Un homme semble dubitatif devant le fleuve. Une femme vient d’y pêcher un poisson qu’elle tient comme un trophée, le long du cours d’eau qui jamais ne s’arrête. Des touristes observent ce nouveau décor, un brin déconcertés. Une statue semble avoir décidé de s’arrêter au beau milieu de nulle part, renonçant à cette course épuisante. Sur un pilier de pont, un dessin de temple traditionnel est rongé par un graffiti. Des enfants sculptés tiennent encore debout au milieu des gravats. Les gens semblent spectateurs, incertains des changements, dans une Chine qui jamais ne s’arrête.
« Country of ambition », Yan Ming, 9e édition du festival Photo Phnom Penh 2018, jusqu’au 5 novembre.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Le réalisateur de « Girl » raconte le combat intérieur de Lara, jeune fille trans qui veut devenir danseuse et femme.
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Lukas Dhont, cinéaste : « Le corps est le grand conflit »

Le réalisateur de « Girl » raconte le combat intérieur de Lara, jeune fille trans qui veut devenir danseuse et femme.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h32
    |

            Véronique Cauhapé








                        



                                


                            

En 2009, Lukas Dhont commence ses études d’arts audiovisuels à Gand, en Belgique, quand il découvre dans un journal l’histoire de Nora, une adolescente de 15 ans, née dans un corps de garçon, qui veut devenir danseuse étoile. Il souhaite la rencontrer et réaliser un documentaire sur elle. Mais la jeune fille, alors en pleine transition, refuse d’être filmée et rejette le projet. Elle accepte, en revanche, de raconter sa vie à Lukas Dhont, qui, huit ans plus tard, en fera le sujet de son premier long-métrage. Présenté à Cannes, Girl, où Nora est renommée Lara, a reçu la Queer Palm, prix LGBT non officiel, et son interprète principal, Victor Polster, 16 ans, le Prix d’interprétation d’Un certain regard.



En quoi l’histoire de Nora vous a-t-elle touché au point de ressentir le besoin de la raconter ?
Quand j’étais enfant, mon père a voulu que je sois boy-scout et j’ai détesté ça. Je préférais la danse, le théâtre… des activités dont on me disait qu’elles étaient pour les filles. Par rapport aux enfants autour de moi, je me sentais toujours un peu bizarre. Pour me faire accepter et aimer, je me suis alors astreint à corriger mes penchants, à être comme les autres. Plus je constatais que cela marchait, plus je me perfectionnais dans cette représentation d’une personnalité qui n’était pas la mienne. Jusqu’à l’adolescence, j’ai soutenu cette sorte de performance.
Quand j’ai lu cet article, j’avais 18 ans, et l’histoire de Nora qui, à l’inverse, menait avec ambition et détermination un combat pour être vraiment elle-même a fait écho en moi. Jusque-là, je n’avais pas réussi à accepter que j’étais ­homosexuel. Pire, j’étais devenu homophobe, par rejet de cette violence physique ou verbale que l’homosexualité provoquait et à laquelle je ne voulais pas qu’on m’associe. C’est dans le miroir que m’a tendu Nora que j’ai pu me voir plus clairement.
Dans « Girl », vous placez Lara...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Une chaleur émane du film, qui a abordé le rêve de métamorphose de l’adolescente par son quotidien.
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« Girl » : l’obsession de Lara contrebalancée par le regard du cinéaste Lukas Dhont

Une chaleur émane du film, qui a abordé le rêve de métamorphose de l’adolescente par son quotidien.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 07h53
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Sélectionné en 2018 à Un certain regard et reparti de Cannes avec la Caméra d’or, la Queer Palm et un Prix d’interprétation pour son acteur Victor Polster, Girl poursuit sa route à ­travers les festivals internationaux sans jamais oublier de rafler un prix. Cet engouement ne se limite pas à un effet de mode lié à son sujet : l’histoire de Lara, 15 ans, qui rêve de devenir danseuse étoile, mais, surtout, de devenir une femme, car Lara est née garçon. Avec le soutien de son père, la jeune adolescente entame un traitement hormonal contraignant et attend avec impatience de pouvoir être opérée. Mais les effets du ­traitement tardent à arriver : Lara prend son mal en patience, tout en supportant de moins en moins la présence, entre ses cuisses, d’un organe génital qu’elle met tout en œuvre pour oublier.

        Lire l’entretien avec Lukas Dhont :
         

          « Le corps est le grand conflit »



Déjouant largement toutes les attentes liées au traitement d’un tel sujet, le jeune cinéaste Lukas Dhont s’est astreint à la plus grande des douceurs pour filmer son héroïne. Et c’est ce qui étonne au premier abord, de voir que l’entourage de Lara est compréhensif et la considère comme une fille, que son père (le très juste Arieh Worthalter) l’encourage. Bref, que la violence ne vient pas du monde extérieur. Girl échappe à l’écueil du film à thème dont la problématique engloutirait tout sur son passage. Bien au contraire, Dhont a le souci de restituer les journées et les gestes ordinaires, de filmer de merveilleuses scènes d’intimité familiale, de complicité entre un père et ses enfants. Le rêve de métamorphose est pris dans les filets de la quotidienneté et c’est ce qui le rend si crédible, si juste.
S’extirper de son enveloppe
Une chaleur émane de tous les plans, amplifiée par le travail sur la lumière. Chaleur de l’environnement et chaleur du regard du cinéaste, contrebalancés par l’obsession de Lara et l’infinie exigence qu’elle impose à son corps par la pratique de la danse classique. Avant d’enfiler son justaucorps, elle étouffe son sexe sous des bandes de Scotch et ressort de chaque cours les pieds ensanglantés. Le soir, Lara se scrute dans le miroir, dans l’attente fébrile d’une poitrine qui tarde à pousser. Elle réclame à son corps plus qu’il n’est capable de lui offrir, et c’est ce ­conflit intérieur qui percera de sa violence la surface du film.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          Avec « Girl », oubliez le garçon



Lara ne coïncide pas avec son corps, elle est comme enfermée dedans. Cette suffocation muette, Dhont la filme sans complaisance et parvient à aller au-delà de son sujet pour suggérer tout un faisceau de thèmes : la puberté, l’entrée dans l’âge adulte, l’angoisse de la sexualité, la haine de son ­propre corps et cette volonté de le faire disparaître, de l’alléger par la discipline la plus sévère. Il y a, dans les belles scènes de danse filmées en caméra portée, le rêve de déjouer la pesanteur, de s’extirper de son enveloppe charnelle.
Ventriloque d’aucun discours, Lara ne représente qu’elle-même
L’acte extrême auquel sera finalement amenée Lara, bien loin d’évoquer un coup de force censé nous sidérer, touche d’autant plus que le surgissement de cette violence est filmé avec douceur. Par cette tendresse constante du regard, Lukas Dhont parvient à ne jamais voler les actes et les tourments de son héroïne. Ventriloque d’aucun discours, Lara ne représente qu’elle-même. La grande intelligence de Girl consiste à laisser vivre l’adolescente et à être entièrement rivé à sa vie, à son corps.
Et d’abord au corps de celui qui ­incarne Lara, Victor Polster, jeune danseur de 16 ans sidérant de magnétisme et à qui Dhont offre son premier rôle. Son corps, mouvant, instable, se trouve à la lisière de toutes les oppositions : adolescent et adulte, masculin et féminin, sensuel et excessivement discipliné. Ce miroitement permanent, l’agréable trouble provoqué par cette perpétuelle ambiguïté font de Victor Polster une puissante apparition cinématographique. Un corps qui, plan après plan et par sa seule présence, déploie à lui seul une histoire.

Film belge de Lukas Dhont. Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Valentijn Dhaenens (1 h 45). Sur le Web : diaphana.fr/film/girl et www.facebook.com/girlthefilm

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 10 octobre)
Girl, film belge de Lukas Dhont (à ne pas manquer)L’Amour flou, film français de Romane Bohringer et Philippe Rebbot (à voir)Dilili à Paris, film d’animation français de Michel Ocelot (à voir)Grande-Synthe, la ville où tout se joue, documentaire français de Béatrice Camurat Jaud (à voir)Impulso, documentaire espagnol et français d’Emilio Belmonte (à voir)Lindy Lou, jurée n° 2, documentaire français de Florent Vassault (à voir)La Mort du dieu serpent, documentaire français de Damien Froidevaux (à voir)Le Rat scélérat, film d’animation français de Jeroen Jaspaert (à voir)Domingo, film brésilien et français de Clara Linhart et Fellipe Barbosa (pourquoi pas)Galveston, film américain de Mélanie Laurent (pourquoi pas)La Particule humaine, film turc de Semih Kaplanoglu (pourquoi pas)RBG, Ruth Bader Ginsburg, documentaire américain de Julie Cohen et Betsy West (pourquoi pas)Voyez comme on danse, film français de Michel Blanc (pourquoi pas)Johnny English contre-attaque, film britannique de David Kerr (on peut éviter)Venom, film américain de Ruben Fleischer (on peut éviter)
A l’affiche également :
Tazzeka, film français et marocain de Jean-Philippe Gaud





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le documentaire d’Emilio Belmonte suit la chorégraphe et performeuse Rocio Molina en pleine création.
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« Impulso » : une danseuse de flamenco au travail

Le documentaire d’Emilio Belmonte suit la chorégraphe et performeuse Rocio Molina en pleine création.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 08h16
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Très connue dans le milieu de la danse contemporaine, la chorégraphe Rocio Molina a réinventé la tradition flamenca avec une liberté et une énergie rares. Qu’elle rampe tel un insecte ou laisse traîner sa jupe dans un liquide couleur sang, elle saisit cet élan – l’impulso – qui lui vient « du corps pour atteindre l’esprit » selon ses propres mots, et qui donne son titre au documentaire d’Emilio Belmonte.

        Lire le portrait :
         

          Rocio Molina, la création en gestation



Le réalisateur, né il y a quarante ans en Andalousie, a vu danser et chanter tous les artistes flamencos depuis les années 1970. Il avait fini par penser que cette danse était « enterrée dans ses souvenirs », jusqu’à ce que des performeurs comme Rocio Molina et Israel Galvan viennent bouleverser ses certitudes. Il a tourné Impulso alors que Rocio Molina était en tournée et préparait en même temps sa création Caida del cielo, qui a eu lieu au Théâtre national de Chaillot, à Paris, en novembre 2016.
Rocio Molina a assumé dès son plus jeune âge sa singularité, à commencer par un physique trapu
Née en 1984, Rocio Molina a commencé à danser à l’âge de 3 ans, assumant dès son plus jeune âge sa singularité, à commencer par un physique trapu. L’artiste ne joue pas sur le port altier, mais sur une gestuelle expressionniste alliée à une folie maîtrisée.
Le film se concentre sur les répétitions qui ont précédé le jour J de la création. On ne lâche pas la danseuse, ses musiciens ni son manageur. Sur le plateau ou à table, ils cherchent et discutent. Comment caler la guitare ou le ton de voix ? A quel instant vont-ils trouver l’idée, le bon geste ? Le charme du film tient d’abord au plaisir du travail qui anime l’équipe.

        Lire la critique de « Grito Pelao » :
         

          Rocio Molina danse sur son nombril



Une certaine mélancolie
Le réalisateur est à la fois au plus près et à bonne distance. Dans un habile montage, les paroles des uns et des autres se superposent aux claquements de talons. Le propos n’est pas d’encenser la star, mais de compendre comment Rocio Molina arrive quasiment à sortir de son propre corps. Sa mère, assez présente, s’en inquiète et se demande jusqu’où sa fille peut aller dans ce personnage quasi monstrueux.
Rocio Molina préfère se définir comme une femme puissante, qui s’est construite au prix d’un entraînement incessant. Mais son vrai moteur est au fond d’elle : c’est une certaine mélancolie de la sensation. Rocio Molina a réalisé sa première soléa (une forme de flamenco) à l’âge de 17 ans et « c’était sans doute la plus belle », dit-elle. « Depuis, je traîne ma part de mélancolie de savoir que je ne retrouverai jamais les sensations que j’ai ressenties la première fois ».



Documentaire espagnol et français d’Emilio Belmonte (1 h 25). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/impulso



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Le réalisateur Damien Froidevaux retrace l’histoire d’une jeune fille expulsée de France.
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« La Mort du dieu serpent » : au Sénégal, errance immobile en pays soninké

Le réalisateur Damien Froidevaux retrace l’histoire d’une jeune fille expulsée de France.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h27
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 13h48
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Une jeune fille de 20 ans, qui a grandi à Paris, est mêlée à une bagarre. Elle est arrêtée mais ne comparaît pas devant un tribunal. Koumba Tandjigora est expulsée vers le Sénégal, où elle est née, qu’elle a quitté à l’âge de 2 ans, sans avoir jamais ensuite eu l’envie d’y retourner.
Quand le réalisateur de La Mort du dieu serpent, Damien Froidevaux, a décidé de raconter l’histoire de Koumba Tandjigora, celle-ci vivait depuis deux ans au Sénégal, d’abord à Dakar, puis aux confins du Mali et de la Mauritanie, en pays soninké, dans le village de sa famille, sur les rives du fleuve Sénégal. Le cinéaste le confesse, il pensait filmer un combat, celui de l’exilée pour rentrer chez elle auprès de ses parents, de ses frères et sœurs, en espérant qu’il serait victorieux.
Le film s’est transformé en un dialogue, qui vire souvent à la dispute, entre le filmeur et la filmée
Très vite, le film s’est transformé en un dialogue, qui vire souvent à la dispute, entre le filmeur et la filmée, et la défense d’une noble cause est devenue le portrait d’un être complexe frappé par un malheur imprévu, doublé de l’histoire de la réalisation de ce portrait.
De toute façon, Koumba fait une piètre victime : colérique, de mauvaise foi, elle soupçonne ouvertement Damien Froidevaux de vouloir s’enrichir à ses dépens. Dans les ruelles du village, elle semble souvent traquée par la caméra, désireuse de dire l’injustice dont elle se sent victime, mais aussi réticente à montrer sa situation. Au fil des séjours du cinéaste au Sénégal, on voit se dessiner une histoire terrible – Koumba perd un enfant, une petite fille dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait été sauvée si elle était née en France – et parfois douce.
Résignation et renonciation
La Mort du dieu serpent est un récit d’apprentissage d’une grande cruauté. Ce qu’apprend Koumba devant l’objectif, c’est la patience. Mais la République française et les aînés du village soninké ont fixé d’autres matières à son ­programme : la résignation et la ­renonciation.
Damien Froidevaux filme cette errance immobile (Koumba va et vient entre deux villages, avec une simple incursion dans un chef-lieu) sans chercher à mettre en évidence ce qu’il y a d’exemplaire dans ces situations. Le film attendu – un réquisitoire contre la double peine qui frappe les délinquants qui ne sont pas nés au bon endroit – laisse place au portrait d’une femme qui souffre et se débat. Cette densité fournit plus de matière à réflexion que bien des films-tracts.

Documentaire français de Damien Froidevaux (1 h 24). Sur le Web : www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/42526_1



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Les réalisateurs Clara Linhart et Fellipe Barbosa dépeignent leurs personnages sans finesse critique.
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« Domingo » : satire futile de la bourgeoisie du Brésil

Les réalisateurs Clara Linhart et Fellipe Barbosa dépeignent leurs personnages sans finesse critique.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h25
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 07h26
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Le 27 octobre 2002, un séisme politique secoue le Brésil, puisqu’un candidat socialiste, Luiz Inácio Lula da Silva, dit « Lula », remporte l’élection présidentielle. Sept ans après la fin de son deuxième mandat, en 2011, l’ancien président est désormais incarcéré, l’élite économique du pays a pris sa revanche en destituant sa « remplaçante », Dilma Rousseff, et le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, est arrivé en tête, avec 46 % des voix, du premier tour de la présidentielle, dimanche 7 octobre. Domingo, troisième long-métrage de Fellipe Barbosa (né en 1980), coréalisé avec la documentariste et productrice Clara Linhart, entend remonter à la source de ce naufrage, le 1er janvier 2003, en imaginant le frisson d’angoisse qui a parcouru la haute bourgeoisie en ce jour d’investiture d’un président de gauche.
Dans une propriété du sud du pays, près de la frontière uruguayenne, on attend la venue de Laura (Itala Nandi), doyenne narcissique et diva peau de vache d’une riche famille réunie sur trois générations pour fêter à la fois le Nouvel An et un anniversaire. Entre la demeure décrépie et les vastes étendues du domaine alentour, un va-et-vient incessant des maîtres et des domestiques bruisse des retrouvailles de chacun, comme des préparatifs du barbecue dominical, puis de la fête qui doit battre son plein. Mais, sous l’oisive indolence et la désinvolture composée, refluent peu à peu les bouffées de ressentiment, l’hypocrisie, les coucheries diverses, la toxicomanie, la cruauté, les névroses, le mépris de classe (envers les employés de maison), entre autres turpitudes qui signalent la profonde corruption morale de cette classe dominante.
Mise en scène inconsistante
L’intérêt de Domingo tient, en premier lieu, à l’unité de temps et de lieu qui préside à la conduite du récit et nous propulse au cœur d’une famille qui se révèle au présent, promettant ainsi une belle disponibilité aux personnages. Mais très vite, le film bascule dans le registre d’une satire à gros traits et on comprend qu’on ne retrouvera pas ici ce qui faisait la beauté et l’intelligence des précédents films de Fellipe Barbosa (Casa Grande, 2014 et Gabriel et la montagne, 2017) : une finesse critique qui cernait les contradictions de ses protagonistes sans pour autant chercher à les condamner en bloc.
Ici, l’aigreur et la caricature hâtive semblent avoir pris le relais. Les personnages gesticulent comme des pantins et sont ­contraints d’affronter un panel si étendu de vicissitudes que leur accumulation finit par prendre un tour artificiel. L’investiture de Lula, retransmise à la radio ou à la télévision, n’est jamais qu’une toile de fond qui ne concerne pas directement les personnages, mais vise à servir le propos des cinéastes. Même la mise en scène paraît étonnamment inconsistante, au milieu de ce grand déballage où la caméra se contente seulement de débusquer les infamies de chacun et de distribuer les mauvais points. On misera donc plutôt sur les films suivants de ces jeunes cinéastes ayant ici cédé aux facilités d’un règlement de comptes.

Film brésilien et français de Clara Linhart et Fellipe Barbosa (1 h 34). Sur le Web : www.condor-films.fr/film/domingo



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Deux films illustrent la fracture qui divise les Etats-Unis, avec les portraits d’une jurée et d’une juge à la Cour suprême.
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« Lindy Lou, jurée n° 2 » et « RBG » : femmes de loi, en rouge ou bleu

Deux films illustrent la fracture qui divise les Etats-Unis, avec les portraits d’une jurée et d’une juge à la Cour suprême.



LE MONDE
 |    10.10.2018 à 07h24
 • Mis à jour le
10.10.2018 à 08h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » pour « Lindy Lou, jurée n° 2 » – à voir
L’avis du « Monde » pour « RBG » – pourquoi pas
Avant que ne sorte Lindy Lou, jurée n° 2, personne n’avait entendu parler de Mme Isonhood, électrice républicaine, pilier de son église, retraitée habitant le Mississippi, Etat « rouge » (républicain), l’un des bastions de Donald Trump. A l’opposé, la matière de RBG se trouve dans la ­célébrité de son sujet, Ruth Bader Ginsburg, sommité intellectuelle, octogénaire devenue idole de la jeunesse progressiste américaine. Le calendrier cinématographique rapproche ces deux femmes, situées chacune à une extrémité du système judiciaire américain, la jurée précipitée par le hasard du tirage au sort dans le débat autour de la peine de mort, la juge à la Cour suprême des Etats-Unis. Et, aussi bien que le furieux débat autour de la nomination du juge Kavanaugh, la vision consécutive de ces deux films donne la mesure du gouffre vertigineux qui s’est creusé entre les deux camps politiques américains.
Dans le film de Florent Vassault, Lindy Lou Isonhood se lance – à l’instigation du réalisateur – à la recherche des jurés en compagnie desquels elle a voté la mort d’un homme, en 1994. Dans les lotissements de maisons cossues dispersés dans les bois du Mississippi, elle frappe à la porte de femmes et d’hommes qui, pour certains, ont oublié, quand d’autres sont taraudés par le souvenir. Lindy Lou se distingue de ses collègues d’une semaine (le procès a été expédié, les délibérations ont duré trois heures et demie) par la répugnance qui l’a saisie au moment de voter la mort. Douze ans après le procès, au jour fixé pour l’exécution de Bobby Wilcher, meurtrier de deux femmes, elle a rencontré le condamné. Après qu’il eut bénéficié d’un sursis, elle a continué de le voir jusqu’au dernier jour.
Une exécution ordinaire
Le voyage de cette femme sur les routes du Mississippi, ses étapes dans les intérieurs des anciens ­jurés, constituent à la fois un pèlerinage expiatoire et une enquête sociologique. En entrant dans les salons envahis de bibelots, en passant un moment sur un stand de tir, on entrevoit les convictions inébranlables, les fantasmes et les craintes qui façonnent une des deux moitiés des Etats-Unis. Peut-être retenu par l’inépuisable humilité de sa guide, Florent Vassault se garde de faire verser son film dans la démonstration. Cette histoire, qui ne raconte ni une erreur judiciaire ni un précédent juridique mais une exécution ordinaire, semble parfois étriquée jusqu’à ce qu’on distingue ce qu’elle montre le mieux : la permanence et la solidité en apparence inusable d’un système de valeurs.

   


RBG est à la fois le reflet et une particule du flux d’informations et d’illusions qui alimente et désarticule le débat. Le titre est emprunté au surnom affectueux et ironique que ses jeunes admirateurs ont donné à Ruth Bader Ginsburg : « Notorious RBG », pour conférer à l’aïeule juriste la force de frappe d’un rappeur.

        Lire la lettre de Washington :
         

          A la Cour suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg, « diva » et rempart libéral



Le film de Julie Cohen et Betsy West respecte pour l’essentiel la chronologie d’une biographie, de la naissance de Ruth Bader Ginsburg dans une famille d’immigrés juifs de Brooklyn à sa gloire présente, en passant par son travail juridique pour l’égalité entre genres et sa nomination à la Cour suprême par Bill Clinton. Pas plus que d’autres qui parsèment cette vie passionnante, cette ironie – la nomination d’une féministe par un homme souvent accusé de prédation sexuelle – n’est relevée par les réalisatrices, toutes occupées à démontrer la perfection politique et morale de leur modèle.
Le penchant hagiographique de « RBG » n’empêche pas les informations de flotter à la surface
Ce penchant hagiographique n’empêche pas les informations de flotter à la surface : la violence de la discrimination envers les femmes au début des années 1950 (à la faculté de droit d’Harvard, le doyen recevait les rares étudiantes pour qu’elles expliquent de quel droit elles prenaient la place d’un homme), l’habileté de la stratégie mise au point par la professeure de droit devenue avocate afin de mettre à bas les lois discriminatoires…
Le fil biographique est ornementé de séquences captant les manifestations d’adulation à l’endroit de Ruth Bader Ginsburg, représentante d’une minorité « libérale » au sein de la Cour suprême – cet enthousiasme répond de manière asymétrique aux certitudes des jurés de Lindy Lou. Alors qu’elle est devenue personnage de l’émission satirique « Saturday Night Live », et qu’elle a été invitée (pour un rôle parlant) à monter sur la scène de l’opéra de Washington, l’on retrouve son effigie aussi bien sur des mugs que sur la peau de ses admirateurs. Il ne faut pas compter sur ce film, fait pour réconforter les opposants à l’occupant actuel de la Maison Blanche et à sa majorité parlementaire, pour approfondir la contradiction essentielle qu’il se contente d’énoncer : la gloire de Ruth Bader Ginsburg croît de manière inversement proportionnelle à son influence sur les affaires de son pays.




Documentaire français de Florent Vassault (1 h 25). Sur le Web : jhrfilms.com/lindy-lou
Documentaire américain de Julie Cohen et Betsy West (1 h 38). Sur le Web : www.rbgmovie.com et www.facebook.com/RBGmovie



                            


                        

                        

