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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Nous n’avons pas toujours une perception exacte des rapports de proportion dans les changements de taille – dont se jouait le récent film « Ant-Man et la Guêpe ». Une lacune qui a des conséquences dans la vie réelle.
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Erreurs de taille en perspective

Nous n’avons pas toujours une perception exacte des rapports de proportion dans les changements de taille – dont se jouait le récent film « Ant-Man et la Guêpe ». Une lacune qui a des conséquences dans la vie réelle.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 16h49
    |

                            Wiebke Drenckhan (CNRS) et 
                            Jean Farago (Physiciens à l’Institut Charles-Sadron à Strasbourg)








                        



                                


                            

Carte blanche. Quand, au cœur de l’été, le programme du cinéma local dans une main, une tapette à mouches dans l’autre, chassant négligemment la gent hyménoptère de vos tartines, vous avez choisi d’aller voir Ant-Man et la Guêpe, aviez-vous alors bien conscience que vous signiez pour un grand film de physique ?
Nous ne pensons pas seulement aux dialogues, truffés de « fonctions intriquées » et autres « décohérences », termes au parfum de la physique quantique la plus moderne, ou aux descentes psychédéliques dans le monde subatomique… Non, le ressort comique de ce film repose sur la capacité des héros à changer de taille à volonté, du format fourmi à la maison de trois étages… Or, ces transformations posent une sérieuse question de taille, pour reprendre le titre du livre d’Olivier Rey (Stock, 2014).
En effet, très peu nombreuses sont les grandeurs de la nature qui croissent en proportion de la taille des structures qu’elles caractérisent. Prenons par exemple un cube : si on double sa taille en doublant la longueur de ses côtés, sa surface et son volume seront quatre et huit fois plus grands.
Cet argument suffit par exemple à expliquer pourquoi les dauphins des latitudes élevées sont en moyenne plus grands que ceux qui évoluent en Méditerranée : pour des animaux de grande taille, le rapport surface/volume est plus petit, et correspond aussi au rapport entre la déperdition de chaleur (qui se fait via la surface) et sa fabrication par l’organisme (dans tout le volume). Certes, un grand dauphin perd plus de chaleur par jour qu’un petit, mais comme en même temps il en produit encore davantage, la vie lui est malgré tout confortable dans les eaux glacées des fjords norvégiens…
Habitué à la proportionnalité
Ainsi, les lois physiques ne respectent pas, en général, la proportionnalité, ce dont nous devrions être intuitivement bien conscients. Or, nous sommes au contraire habitués aux rapports...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans son livre « Lobbytomie », Stéphane Horel, journaliste d’investigation et collaboratrice du « Monde », décrypte la manière dont certaines firmes s’assurent le soutien de scientifiques de renom. Extraits.
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L’art du lobbying scientifique

Dans son livre « Lobbytomie », Stéphane Horel, journaliste d’investigation et collaboratrice du « Monde », décrypte la manière dont certaines firmes s’assurent le soutien de scientifiques de renom. Extraits.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 14h25
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 15h28
   





                        



                                


                            
Bonnes feuilles. Depuis des décennies, certaines multinationales travestissent la vérité pour maintenir sur le marché des produits pourtant jugés nocifs. S’assurant, notamment, pour y parvenir, le soutien de scientifiques de renom. Journaliste d’investigation et collaboratrice du Monde, Stéphane Horel a enquêté sur ces méthodes dans son livre Lobbytomie. Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie, en librairie le 11 octobre (La Découverte, 368 pages 21,50 euros). 

En costume sombre malgré la chaleur de plomb, le professeur Michel Aubier tourne le dos au public. Il est assis seul, quasi immobile dans l’inconfort fessier de cette banquette en bois du palais de justice qui n’a d’égal que ces bons vieux bancs de messe. 14 juin 2017, 31e chambre correctionnelle de Paris. Alors qu’il vient tout juste de prendre sa retraite, à 69 ans, l’histoire se souviendra de lui comme de la première personne condamnée en France pour avoir menti sous serment lors d’une commission d’enquête parlementaire. Et celui par qui la question du conflit d’intérêts en médecine est arrivée dans un tribunal. Six mois de prison avec sursis et une amende de 50 000 euros.
Deux ans plus tôt, en avril 2015, le pneumologue était envoyé remplacer le directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, pour répondre aux questions des sénateurs sur le coût financier de la pollution de l’air. Aux élus, le chef de service à l’hôpital Bichat (Paris) tient des propos identiques à ceux qu’il avance dans les émissions télévisées où on l’invite souvent : l’impact du diesel sur la santé est minime. Quand la pollution de l’air extérieur coûte entre 68 et 97 milliards d’euros par an en France selon les conclusions du Sénat, les dépenses liées aux pathologies respiratoires ne représenteraient, selon Michel Aubier, qu’entre 2 à 5 millions par an pour l’AP-HP. Dans ce cadre solennel du Palais du...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Trois études récentes sur les sympathisants et les adhérents de La République en marche montrent les fragilités de l’entreprise présidentielle, estime dans sa chronique Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».
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« La construction politique qui a permis à Macron de s’imposer est friable »

Trois études récentes sur les sympathisants et les adhérents de La République en marche montrent les fragilités de l’entreprise présidentielle, estime dans sa chronique Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 11h55
    |

            Gérard Courtois








                        



                                


                            

Chronique. Depuis son élection à la présidence de la République et le large succès de ses partisans aux élections législatives qui ont suivi, l’on ne compte plus les qualificatifs qui ont été accolés au mouvement créé par Emmanuel Macron : bonapartisme, libéralisme, social-libéralisme, populisme, néo-gaullisme, progressisme, saint-simonisme, « césaro-centrisme »… La liste n’est pas limitative. Elle exprime la perplexité devant cet objet politique non identifié, cet OPNI surgi de nulle part qui a blackboulé le « vieux monde » des caciques, des partis et des classifications traditionnels.
Passé la stupeur, le temps est venu d’une exploration plus rigoureuse. Coup sur coup, trois études viennent de s’y consacrer. Luc Rouban, du Centre de recherches de Sciences Po (Cevipof), s’est attelé au décryptage de l’ADN du macronisme, à partir du profil de ses électeurs et de ses députés (Le Paradoxe du macronisme, SciencesPo les presses, 180 p., 12 €). Puis la Fondation Jean Jaurès a dressé le Portrait-robot des sympathisants de La République en marche, ces Français qui, selon les enquêtes du Cevipof, se « sentent le plus proches » du parti présidentiel (Le Monde du 22 septembre). Enfin, le think tank Terra Nova vient de passer au scanner, grâce à une enquête inédite auprès de quelque 9 000 d’entre eux, les adhérents de ce parti (Le Monde du 9 octobre).
Précisons que ces trois analyses reposent, pour la première, sur les données électorales de mai-juin 2017, et pour les deux autres sur des enquêtes réalisées en juin 2018. Elles précisent donc le paysage au début ou au terme d’une première année où rien ne semblait résister au chef de l’Etat, avant la mauvaise passe dans laquelle il se trouve embarqué depuis l’été. Mais ce portrait de la « Macronie heureuse » n’en est pas moins instructif. Il permet en effet de déceler, dès l’origine, les fragilités de l’entreprise présidentielle.
Plus jeunes...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. Arrivé en tête au premier tour avec 46% des voix, Jair Bolsonaro, le candidat de l’extrême droite, pourrait faire basculer le pays dans un régime populiste.
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Election présidentielle au Brésil : la démocratie menacée

Editorial. Arrivé en tête au premier tour avec 46% des voix, Jair Bolsonaro, le candidat de l’extrême droite, pourrait faire basculer le pays dans un régime populiste.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 12h16
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Ce n’est pas une alternative démocratique classique qui s’offre aux Brésiliens, le 28 octobre, avec le deuxième tour de l’élection présidentielle. C’est un choix politique et social fondamental entre le maintien de la démocratie, que le plus grand pays d’Amérique latine pratique depuis trois décennies, et le basculement dans un régime populiste dirigé par un candidat d’extrême droite.

        Lire aussi :
         

                Au Brésil, le raz de marée de l’extrême droite



Arrivé très largement en tête du premier tour dimanche 7 octobre, avec 46 % des voix, ce candidat, Jair Bolsonaro, 63 ans, ne fait mystère ni de ses préférences politiques radicales, ni d’une vision très primaire de la société. Cet ancien capitaine d’infanterie, soudain sorti de l’anonymat d’une longue carrière insignifiante de député de base, a marqué la campagne par ses propos racistes, misogynes et homophobes.
Il a fait ressurgir le souvenir d’une période sombre pour le pays, celle de la dictature militaire (1964-1985), et semblé s’en amuser. Ses préconisations pour la lutte contre la criminalité – « Un bon bandit est un bandit mort », dit-il – sont plus proches des pratiques du président philippin Duterte que de celles de l’Etat de droit. Son probable futur vice-président, le général Hamilton Mourao, n’a pas craint d’évoquer l’option d’un « auto-coup d’Etat » en cas d’anarchie et a suggéré l’élaboration d’une Constitution sans l’aval du Congrès.
Une récession historique
L’ascension de Jair Bolsonaro ne doit pas surprendre. L’ancien officier a su capter la rage d’électeurs dévastés par une récession historique en 2015 et 2016. Il a compris la rancœur d’une population exaspérée par la corruption et la criminalité. Il a, enfin, su profiter de la soif de changement d’une partie du pays, désireuse de tourner la page de douze ans et demi de gouvernement du Parti des travailleurs (2003 à mi-2016) et de ses erreurs.
Cette campagne électorale chaotique, dont un premier candidat, l’ancien président Lula da Silva, incarcéré pour corruption, a finalement été interdit de concourir, et un autre, M. Bolsonaro, a été poignardé en plein meeting, consacre sans doute le crépuscule du « lulisme », autrefois encensé.
Les chances de Fernando Haddad, l’héritier de Lula et candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche), sont maigres, avec seulement 29 % des voix au premier tour : les trop nombreuses erreurs politiques, économiques et éthiques du PT, et son implication dans des affaires de pots-de-vin titanesques, expliquent très largement le rejet de l’électorat brésilien.

        Lire aussi :
         

                Brésil : ce que contient le programme du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro



Vague réactionnaire
On ne peut pour autant mettre le PT et Jair Bolsonaro sur un pied d’égalité. Lula et ses héritiers n’ont jamais mis en danger le processus démocratique au Brésil. Ils ont quitté le pouvoir lorsque la présidente Dilma Rousseff a été destituée en 2016, à l’issue d’une procédure dont ils contestaient pourtant la légitimité. La perspective d’une présidence Bolsonaro est en revanche lourde de menaces pour la jeune démocratie brésilienne.
La vague réactionnaire qui balaie la plus grande démocratie d’Amérique latine, portée par un ancien militaire au discours incendiaire qui cultive le souvenir fantasmé de la dictature, n’est pas sans lien, malgré ses particularités locales, avec le succès des candidats « antisystème » en Europe ou aux Etats-Unis. Mais ce raccourci ne doit pas masquer l’enjeu de fond que constitue cette élection brésilienne : il s’agit ici, purement et simplement, de la survie d’un régime démocratique dans un continent où sa fragilité est historique.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Les déductions fiscales ne sont pas essentielles au mécénat, alors qu’elles représentent un coût important pour les finances publiques, estime le professeur de gestion Jean-Michel Tobelem dans une tribune au « Monde ».
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Jean-Michel Tobelem : « En matière de mécénat, l’avantage fiscal n’est pas primordial »

Les déductions fiscales ne sont pas essentielles au mécénat, alors qu’elles représentent un coût important pour les finances publiques, estime le professeur de gestion Jean-Michel Tobelem dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 09h26
    |

Jean-Michel Tobelem, professeur associé de gestion à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne







                        



                                


                            
Tribune. Les défenseurs de la loi sur le mécénat se tiennent en alerte, pour des raisons à la fois stratégiques et tactiques, comme l’illustre la récente contribution dans Le Monde du 6 octobre de l’ancien ministre de la culture et actuel directeur général de la collection Pinault, Jean-Jacques Aillagon, symbole des relations incertaines entre sphère publique et intérêts privés.


Pour eux, l’avantage fiscal est primordial. C’est pourtant une erreur. En effet, de deux choses l’une. Soit – comme nous le pensons sur la foi de notre thèse « Prolégomènes à une théorie de l’organisation culturelle » (présentée en décembre 2014) – le mécénat constitue un puissant outil au service de la stratégie des entreprises ; et, dans ce cas, il n’a nul besoin d’avantages fiscaux particuliers, en dehors d’une simple déduction des dépenses engagées au titre des frais généraux de l’entreprise, comme dans le cas des dépenses de publicité et de communication. Soit il est le fait d’une prétendue générosité désintéressée, et dans ce cas, la position du mécénat dans le portefeuille stratégique des entreprises est fragile, car il peut être remis en cause à chaque changement de direction.
Le beurre et de l’argent du beurre
Par ailleurs, l’agressivité de certaines fondations d’entreprise a fait prendre conscience au public et à la représentation nationale que celles-ci cherchent parfois à bénéficier du beurre et de l’argent du beurre : à savoir à la fois une image de mécènes éclairés et dévoués à l’intérêt public, alors même que – légitimement – c’est l’intérêt bien compris de l’entreprise qui est concerné au premier chef ; et, dans le même temps, le bénéfice de déductions fiscales parmi les plus généreuses au monde (selon le rapport de la Cour des comptes, « Les musées nationaux après une décennie de transformation », 2011) , qui constituent en réalité davantage un effet d’aubaine qu’un effet de levier.
Aucun économiste ne confirme...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Conversation à bâtons rompus avec l’écrivain à la parution de « Faire effraction dans le réel », recueil consacré à son art et à son œuvre.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/10/2018
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Emmanuel Carrère : « Accepter que les choses échappent à mon contrôle »

Conversation à bâtons rompus avec l’écrivain à la parution de « Faire effraction dans le réel », recueil consacré à son art et à son œuvre.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h32
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 10h23
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Il est toujours un peu ennuyé au moment d’employer des grands mots comme « art » (il préfère dire qu’il « pratique une discipline artistique ») ou « œuvre »… C’est pourtant à son art et à son œuvre qu’est consacré l’épais recueil Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel, dirigé par les universitaires Laurent Demanze et Dominique Rabaté (P.O.L, 570 p., 37 euros).
Composé d’interventions de spécialistes de la littérature, mais aussi de contributions écrites par des proches ou des auteurs tels John Updike et Michel Houellebecq, ainsi que de textes d’Emmanuel Carrère lui-même, dont nombre d’inédits, il analyse et retrace son parcours, entre cinéma et littérature. Ce recueil souvent passionnant est l’occasion d’interroger l’écrivain sur l’ensemble de son travail et de son rapport à la littérature.
Certains auteurs refusent de trop se pencher sur la fabrique de leur écriture, un peu comme d’autres sont rétifs à la psychanalyse, parce qu’ils craignent que cela ne les bloque, en rendant trop clair pour eux-mêmes ce qui les agit. N’est-ce pas une crainte que vous avez eue au moment d’accepter d’accompagner les critiques Laurent Demanze et Dominique Rabaté dans l’élaboration de « Faire effraction dans le réel » ?
Pour me retrouver coincé, avec la mécanique grippée, je n’ai pas besoin d’un cahier critique, je fais ça très bien tout seul [rires] ! J’ai accepté ce projet avec un mélange, sans doute normal, de gratitude pour l’intérêt qui m’est porté et de léger embarras. Je leur ai vraiment fait confiance, j’ai suggéré quelques noms de contributeurs (comme celui de mon vieil ami Olivier Rubinstein, ou de la théologienne Marion Muller-Colard), mais ce sont vraiment Laurent Demanze et Dominique Rabaté qui l’ont conçu.
Vous avez quand même donné plusieurs textes inédits, comme des scénarios, des courriers, ou une version complètement différente des premières...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », plus de cent juristes venus des cinq continents demandent aux Nations unies de voter en faveur d’un nouveau traité international.
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Article sélectionné dans La Matinale du 08/10/2018
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« L’ONU doit adopter le Pacte mondial pour l’environnement »

Dans une tribune au « Monde », plus de cent juristes venus des cinq continents demandent aux Nations unies de voter en faveur d’un nouveau traité international.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h31
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 11h52
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Le 10 mai, l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) a adopté à une très large majorité une résolution ouvrant la voie à la négociation d’un Pacte mondial pour l’environnement. Ce traité international regrouperait dans un texte unique les grands principes juridiques qui guident l’action environnementale.
Depuis plus de trente ans, la communauté internationale des juristes appelle les Etats à l’adoption d’un tel texte, depuis les experts juridiques du rapport Brundtland de 1987 jusqu’au projet de Pacte sur l’environnement et le développement de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de 1995 et celui élaboré, en 2017, par un groupe d’experts, composé d’une centaine de juristes issus de quarante pays du Sud et du Nord, représentant toutes les traditions juridiques.
En 2015, l’adoption des Objectifs de développement durable et de l’accord de Paris sur le climat (COP 21) a créé une dynamique mondiale nouvelle en faveur de la protection et de la conservation de l’environnement. Ces textes ont marqué des avancées majeures.
Toutefois, les atteintes à l’environnement persistent et sont même d’une gravité sans précédent. Les années 2017 et 2018 ont été marquées par des températures record. La biodiversité continue de se dégrader à grande vitesse. Il est nécessaire de franchir une nouvelle étape. Au-delà de la question du climat, le besoin se fait sentir d’un texte plus global, fixant les principes directeurs de la gouvernance mondiale de l’environnement.
La pierre angulaire du droit international
Avec le Pacte mondial pour l’environnement, la communauté internationale se doterait pour la première fois d’un traité à caractère général, couvrant l’ensemble des domaines de l’environnement. Pierre angulaire du droit international de l’environnement, le Pacte constituerait un « umbrella text » permettant de créer un lien entre les différents traités sectoriels existants (climat, biodiversité,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/09/19-8">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Nicolas Fensch, l’un des auteurs des violences commises envers des policiers quai de Valmy, à Paris, en novembre 2016, décrypte son étonnant parcours politique dans un livre.
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Du RPR au radicalisme gauchiste

Nicolas Fensch, l’un des auteurs des violences commises envers des policiers quai de Valmy, à Paris, en novembre 2016, décrypte son étonnant parcours politique dans un livre.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 10h40
    |

            Abel Mestre








                        



                                


                            

Livre. Qu’est-ce qui peut amener un informaticien de gauche, quadragénaire et sans histoires, à revêtir un masque à gaz, une parka noire pour rejoindre le black bloc et affronter les forces de l’ordre ? C’est à cette question que répond le passionnant livre que Nicolas Fensch a écrit avec Johan Badour.
Fensch raconte donc son parcours dans ce court récit. Jeune, il est plutôt de droite, adhère un temps au parti gaulliste de l’époque, le RPR, dans sa tendance sociale, derrière Philippe Séguin. Peu scolaire, il commence à travailler très tôt et se rend compte de la violence des rapports sociaux dans l’entreprise. Cette première prise de conscience le conduit peu à peu à se gauchiser jusqu’à voter Mélenchon en 2012. Rien de bien radical, donc.
Mais le tournant de la vie de Fensch se passe en 2016, en plein mouvement contre la « loi travail ». Il se trouve un peu par hasard dans une manifestation. Et voit une nasse se former, la répression agir. « Les blessés sont nombreux. Il ne s’agit pas d’arrêter des individus soi-disant dangereux, il s’agit de marquer les corps, de faire mal, indistinctement, pour faire passer l’envie de revenir », écrit l’auteur.
« Tout le monde peut être un casseur »
Cette épiphanie gauchiste va entraîner Fensch dans toutes les manifestations, tous les rassemblements. Jusqu’à ce 18 mai 2016, quai de Valmy, à Paris. La violence des images est restée dans les têtes : en marge d’une manifestation interdite en plein mouvement contre la « loi travail », plusieurs individus masqués avaient pris à partie deux policiers dans une voiture de patrouille. Un jet de fumigène à l’intérieur de l’habitacle avait mis le feu au véhicule. Les deux policiers n’avaient été que légèrement blessés, mais la scène, impressionnante, avait largement été relayée dans les médias. Sur ces images, l’on voyait la tentative dérisoire d’un manifestant pour frapper un policier avec une sorte de tige en plastique souple. C’était...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Le fossé entre Washington et la Silicon Valley n’a jamais été aussi grand, analyse la journaliste du « Monde » Corine Lesnes dans sa chronique.
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Et si le gouvernement américain devenait smart ?

Le fossé entre Washington et la Silicon Valley n’a jamais été aussi grand, analyse la journaliste du « Monde » Corine Lesnes dans sa chronique.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h30
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            
Chronique Transformations. Bienvenue à Reboot 2018. « La seule conférence dans la baie de San Francisco où les conservateurs sont majoritaires », se flatte Garrett Johnson, le directeur du réseau Lincoln Network, qui organise la manifestation. Des conservateurs, oui. La Silicon Valley est moins monocolore qu’il n’y paraît. Elle a aussi ses républicains, ses libertariens, et même ses trumpistes, tous liés de près ou de loin à Peter Thiel, le « contrarien » et ex-fondateur de PayPal, qui a contribué financièrement à lancer le Lincoln Network en 2013.
Pour sa cinquième édition, Reboot a invité des gens de tous horizons. De Michael Kratsios, le conseiller « tech » de Trump, à Jennifer Pahlka, une ancienne de l’équipe Obama qui dirige l’ONG Code for America. En passant par Jerry Johnson, le directeur de l’association des télévisions chrétiennes (National Religious Broadcasters), qui est persuadé que Google, Twitter et Facebook censurent les voix de droite et qui tempête que si la Silicon Valley « ne fait rien d’ici au 31 décembre », il va demander au président d’agir par décret (coïncidence : dès le lendemain, la rumeur court que le texte est déjà prêt).
Il y a aussi des sommités comme le juriste Mike Godwin, l’auteur du principe dit « Godwin law », qui est aux réseaux sociaux ce que la loi de (Gordon) Moore sur les transistors est à l’industrie électronique. Une règle qui date d’une trentaine d’années, mais qui se vérifie tous les jours : « Plus une discussion en ligne se prolonge, plus la probabilité de voir une comparaison avec Hitler ou les nazis approche de 1 »… 
Tout le monde en convient : le fossé entre Washington et la Silicon Valley n’a jamais été aussi grand. Un véritable clash culturel. Ici, la mentalité de start-up : le PDG décide rapidement. Là, l’esprit de délibération voulu par la Constitution. Mais, surtout, un clash technologique. Comme l’ont montré les auditions de Mark...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ En raison de la création en 2016 d’une procédure de transaction avec les entreprises ayant fraudé, le procès de la banque suisse pourrait être le dernier du genre, observe dans une tribune au « Monde » le sociologue Thomas Angeletti.
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Le procès UBS, « un épisode assez unique dans la poursuite pénale des grandes entreprises »

En raison de la création en 2016 d’une procédure de transaction avec les entreprises ayant fraudé, le procès de la banque suisse pourrait être le dernier du genre, observe dans une tribune au « Monde » le sociologue Thomas Angeletti.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 09h31
    |

Thomas Angeletti (Sociologue)







                        



                                


                            
Tribune. Dix ans après la crise financière, une banque se retrouve sur le banc des accusés. Certes, les pratiques pour lesquelles la banque suisse UBS est jugée depuis lundi 8 octobre en France – blanchiment aggravé de fraude fiscale et démarchage bancaire illégal – n’ont qu’un lien indirect avec la crise qui a secoué le globe. Mais ce procès n’en reste pas moins emblématique à plus d’un titre.

Tout d’abord, il vise une grande entreprise, alors que les poursuites pénales des personnes morales en matière économique et financière, depuis leur introduction en 1994, s’étaient montrées particulièrement chiches sur ce point.
Deuxièmement, plus qu’une grande entreprise, il vise surtout une grande banque : le procès prend place dans la séquence historique ouverte en 2008, qui a vu se succéder les appels à la fermeté contre la délinquance financière, sans pour autant générer de condamnations effectives très nombreuses.
Troisièmement, et c’est sur ce point qu’il faut insister, ce procès est l’occasion d’un débat public sur le rôle et les responsabilités du secteur bancaire et financier.

En effet, la délinquance financière, à l’instar de la délinquance des élites, est sans aucun doute l’un des faits les plus résistants à l’objectivation sociale : peu importe sa teneur, maintes fois attestée (depuis la crise des subprimes jusqu’aux manipulations de taux d’intérêt), il semblerait qu’aussitôt révélée, on puisse d’ores et déjà la minorer. La perspective individualisante qui prédomine en matière de fraude financière, comme l’a illustré à l’extrême l’affaire Kerviel, a pour conséquence d’en écarter tout caractère régulier, collectif, voire systématique. Les voix s’élevant pour tolérer, ou tout du moins minimiser, la fraude sont nombreuses.
Modèle américain
Mais c’est aussi que l’étendue des pratiques frauduleuses du secteur bancaire et financier n’acquiert que trop rarement une dimension publique : c’est précisément...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Pour lutter contre le réchauffement de la planète, il faudra aussi freiner la croissance démographique, estime ce collectif de scientifiques dans une tribune au « Monde ».
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Climat : « Freiner la croissance de la population est une nécessité absolue »

Pour lutter contre le réchauffement de la planète, il faudra aussi freiner la croissance démographique, estime ce collectif de scientifiques dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 11h12
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Ces dernières semaines, depuis la démission de Nicolas Hulot, les manifestes et articles dans les journaux se multiplient pour tirer la sonnette d’alarme et appeler les pouvoirs publics à engager une action vigoureuse et immédiate en faveur de l’environnement : réduire notre consommation d’énergie polluante et notre production de déchets, accroître l’efficacité environnementale de nos modes de production, etc.
Mais il est frappant de constater que la croissance démographique est la grande absente de ces prises de position : on fait comme si démographie et environnement étaient deux sujets séparés, alors qu’ils sont indissociablement liés.
En effet, si les efforts pour améliorer l’efficacité environnementale des pays développés restent la première priorité à court terme, à moyen et long terme, les effets combinés de la croissance à venir de la population et de l’augmentation inéluctable de la consommation par habitant (à la fois dans les pays développés et encore plus dans les pays en voie de développement) conduisent à une véritable catastrophe pour notre planète : destruction de la biodiversité, ressources en eau menacées, montée des eaux par fonte des glaciers, raréfaction des ressources halieutiques, épuisement et salinisation des terres cultivées, réchauffement de plus de 5 °C en 2100 en France avec des pointes à plus de 50 °C, déplacements massifs de populations.

Pour éviter cette catastrophe il faudra, donc, et avant tout dans les pays développés, réduire fortement nos émissions de gaz à effet de serre : c’est la transition énergétique. Mais on ne pourra pas faire l’impasse sur une réduction importante de l’accroissement de la population mondiale : c’est la transition démographique, non achevée dans bien des régions du monde.
11,2 milliards d’humains en 2100 ?
La population mondiale a déjà crû de façon exponentielle : elle est passée de 2 à 7,6 milliards entre 1950 et 2017 ! Les dernières prévisions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Le slogan, souvent entendu pour défendre l’environnement, suggère que l’humanité est capable de préserver la Terre entière. Il serait préférable de faire preuve de davantage d’humilité et de choisir des objectifs plus mesurés, estime le romancier dans une tribune au « Monde ».
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Pascal Bruckner : « Ne nous faisons pas croire que nous allons  “sauver la planète” »

Le slogan, souvent entendu pour défendre l’environnement, suggère que l’humanité est capable de préserver la Terre entière. Il serait préférable de faire preuve de davantage d’humilité et de choisir des objectifs plus mesurés, estime le romancier dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 10h26
    |

                            Pascal Bruckner (Romancier et essayiste)








                        



                                


                            
Tribune. Dans son roman Sans dessus dessous, paru en 1889, Jules Verne met en scène un groupe d’industriels américains qui se proposent de redresser l’axe de la Terre afin de pouvoir accéder sans problème aux richesses minières du Grand Nord. Il s’agit, au moyen d’un coup de canon prodigieux, de rendre l’axe perpendiculaire au plan de l’écliptique. Les protagonistes sont plus intéressés par leur démonstration de puissance que par l’exploitation d’éventuels gisements de charbon. Déjà, Auguste Comte, en 1851, était persuadé du pouvoir de l’humanité de pouvoir redresser l’axe de la Terre si elle le souhaitait. Nous sourions aujourd’hui de ces prétentions. Avons-nous tellement changé ?
L’expression « sauver la planète » semble relever de la même hubris qui caractérisait les zélateurs de la science au XIXe siècle. Si l’écologie est précieuse, c’est qu’elle a remis en cause les postulats d’un progrès qui consacrait la mainmise de l’homme sur son environnement mais qui est devenu, à son tour, générateur de dégâts irréversibles. Il y a dans les fondements de cette doctrine deux vertus essentielles : la modestie et la prudence. Elles contrastent avec l’arrogance du positivisme classique et des idéologies alternatives au capitalisme, le socialisme et le communisme, certaines d’être scientifiquement ancrées dans le mouvement de l’histoire. Les paysages, les forêts, les cours d’eau, les montagnes sont fragiles et doivent être traités avec un tendre soin.

Telle est la sagesse de ce début de siècle : nous savons que nos avancées se paient de reculs terrifiants, que chaque conquête est aussi un terrain perdu. La sauvegarde de ce qui existe, le respect pour chaque créature, écosystème nous motivent autant que les nouveautés technologiques. Nous sommes des croyants dégrisés qui aspirons à des progrès maîtrisés.
Et pourtant l’écologie, contemptrice de l’arrogance humaine, ne cesse malgré elle de la reconduire. Plus elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune adressée au « Monde », des scientifiques s’inquiètent de la volonté d’institutions de recherche européennes de ne financer que les travaux publiés dans des revues sans abonnement.
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Publications scientifiques : les pièges du « Plan S »

Dans une tribune adressée au « Monde », des scientifiques s’inquiètent de la volonté d’institutions de recherche européennes de ne financer que les travaux publiés dans des revues sans abonnement.



LE MONDE
 |    09.10.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 13h37
    |

                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Depuis environ 350 ans, les articles scientifiques sont publiés dans des revues spécialisées, mises à la disposition des chercheurs par les bibliothèques universitaires. La particularité de ces revues réside dans deux aspects : le premier concerne les comités de lecture, le second est le coût faramineux de leur abonnement. Les comités de lecture contrôlent la qualité scientifique des publications en vérifiant la rigueur des résultats et des conclusions afférentes, ce qui permet d’éviter les comportements non conformes à l’éthique.
Le second point est évidemment problématique et la communauté scientifique tente, depuis l’apparition des réseaux numériques, de se défaire des éditeurs qui cherchent à maximiser leurs profits dans ce secteur. La marge brute du leader dans ce domaine (Elsevier) est de 37 % en 2017. L’Union européenne a donc décidé d’agir et de construire un cadre pérenne afin d’aider les échanges entre chercheurs.
Le nouveau cadrage de l’Union européenne s’appelle « Plan S » et prévoit d’exiger, d’ici à janvier 2020, que les résultats de recherche soient publiés dans des journaux scientifiques en libre accès pour les lecteurs (mais demandant aux auteurs des frais de publication), alors que, pour la plupart, ils sont aujourd’hui accessibles seulement après une souscription par abonnement. Un point important de ce bouleversement numérique est que les auteurs des articles scientifiques conserveront leurs droits d’auteurs. Cela semble donc idéal.

Pourtant, ce n’est pas le cas. Tout d’abord, cette transition doit se faire en moins de dix-huit mois, ce qui est pour le moins court en temps scientifique (un article peut prendre plusieurs années entre sa conception originelle et sa publication). Surtout, les chercheurs financés par les programmes de recherche adhérant au Plan S n’auront pas d’autre choix que de publier dans le cadre du Plan S, c’est-à-dire dans des revues complètement en accès libre.
Or...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Qu’ils soient écrivains, philosophes, danseurs, journalistes ou avocats, une grande variété d’intervenants ont fait vibrer l’édition 2018 du Monde Festival. Petit voyage en images.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Invité au Monde Festival, dimanche 7 octobre, le climatologue a commenté les conclusions du rapport du GIEC sur le climat, publié le 8 octobre. Pour lui, des changements rapides s’imposent.
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Editorial. La nomination du juge Brett Kavanaugh choisi par Donald Trump vient renforcer le bloc conservateur au détriment des progressistes de la Cour.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤                     
                                                

Etats-Unis : tentation réactionnaire à la Cour suprême

Editorial. La nomination du juge Brett Kavanaugh choisi par Donald Trump vient renforcer le bloc conservateur au détriment des progressistes de la Cour.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 12h08
   





                        



   


Editorial du « Monde ». La confirmation par le Sénat de la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême des Etats-Unis, samedi 6 octobre, constitue une incontestable victoire pour Donald Trump, mais elle a été obtenue dans des circonstances qui laisseront des traces. Au terme d’une âpre bataille marquée par des accusations d’agression sexuelle niées avec énergie par le juge, puis tournées en ridicule par le président, l’arithmétique politique l’a emporté sur les valeurs et l’impartialité qu’un membre de la plus haute instance juridique des Etats-Unis est censé porter et respecter.
Brett Kavanaugh ne s’en est guère soucié pour se défaire des accusations lancées contre lui par une universitaire de 51 ans, Christine Blasey Ford, qui renvoyaient à leur adolescence. Devant les sénateurs, il est allé jusqu’à dénoncer un complot ourdi par les démocrates.
Cette victoire à tout prix, alors que de nombreux présidents avaient eu la sagesse par le passé de remplacer des candidats controversés, ne laisse personne indemne, pas plus chez les républicains que chez les démocrates, qui ont rivalisé d’outrances. Pour ne pas parler de la mobilisation tapageuse des opposants du juge, qui, finalement, s’est révélée totalement contre-productive.

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                Brett Kavanaugh à la Cour suprême, le passage en force coûteux de Donald Trump



La furieuse mêlée à laquelle la confirmation de Brett Kavanaugh a donné cours laissera aussi des séquelles sur les institutions. Tout d’abord au Sénat, qui se prive avec entrain des attributs constitutifs de sa singularité, à commencer par ces majorités qualifiées qui forçaient au compromis et qui rendaient les élus moins sensibles aux pressions politiques. Ensuite à la Cour suprême, où va siéger le juge le plus mal « élu » par les sénateurs et qu’une majorité nette d’Américains ne souhaitait pas voir à ce poste aussi prestigieux que décisif. Sa légitimité est en question et risque de le rester.
Un travail de sape conservateur
La génération qui sépare ce juge de celui qu’il remplace, également choisi par un conservateur, illustre une bascule du Parti républicain vers des positions plus intransigeantes. La tentation réactionnaire qu’incarne au sein du droit la Federalist Society, fondée il y a près de quarante ans pour porter le fer contre le consensus progressiste alors en cours chez les juristes, est intimement liée au bloc conservateur de la Cour que Brett Kavanaugh va renforcer.

        Lire aussi :
         

                Midterms J – 29 : la confirmation de Brett Kavanaugh rebat les cartes des élections



C’est ce bloc qui est à l’origine d’un cercle qui n’a rien de vertueux : la suppression des plafonds de financement des campagnes électorales, désormais noyées sous un « argent noir » qui n’a d’autre but que de servir des intérêts particuliers, au Congrès comme à la Cour suprême, comme en a attesté en juin l’arrêt rendu contre le financement des syndicats de la fonction publique. Cet aspect du travail de sape conservateur est tout autant à surveiller que les atteintes éventuelles à l’affirmative action pour les minorités, les limitations du droit de vote ou encore les restrictions au droit à l’avortement.
Deux facteurs peuvent toutefois contenir ce mouvement. Tout d’abord, l’attachement du président de la Cour suprême, John Roberts, aux équilibres de l’institution, qui pourrait le pousser ponctuellement à soutenir la minorité des juges nommés par des présidents démocrates. Enfin, le réveil civique du Parti démocrate. « Don’t boo, vote ! » (« Ne huez pas, votez ! »), avait enjoint Barack Obama en 2016 à ceux qui pestaient contre Donald Trump. Il n’avait pas été, alors, assez entendu. Le sera-t-il plus lors des élections de mi-mandat, le 6 novembre ?

        Lire aussi :
         

                Président Trump, an II : la guerre de tranchées, au risque de l’impopularité






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ La « Nuit de l’amour et des idées » au Théâtre des Bouffes du Nord fut philosophique, musicale, poétique et politique. Mais ce fut avant tout une histoire d’amour jusqu’au petit matin.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤     


                André Comte-Sponville : « Faire l’amour, c’est encore mieux que de boire un verre d’eau ou même de vin »


La « Nuit de l’amour et des idées » au Théâtre des Bouffes du Nord fut philosophique, musicale, poétique et politique. Mais ce fut avant tout une histoire d’amour jusqu’au petit matin.

LE MONDE
                 |                 08.10.2018 à 10h58
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 17h17
                 |

                            Charlotte Herzog

















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« On ne peut pas philosopher en faisant l’amour. » L’amour… le faire, « c’est encore mieux que de boire un verre d’eau, ou même de vin ». Il est minuit passé au Théâtre des Bouffes du Nord, et André Comte-Sponville s’est installé. Sur l’un des gros canapés en cuir qui occupent l’avant-scène, il s’empare de la question : pourquoi l’homme et la femme sont-ils des animaux érotiques ?
De la diabolisation du sexe à sa banalisation, de la sexualité masturbatoire au plaisir du désir, le philosophe suspend le temps un instant sur la nécessité de la transgression. Il s’excuse d’un mal de gorge, pourtant, sa verve est intacte : « Messieurs, mettre votre sexe dans le sexe d’une femme, ou dans les fesses d’un homme ; mesdames, vous laisser pénétrer par le sexe d’un homme, c’est de la transgression. (…) Ce n’est pas moral, mais c’est tellement bon.(…) Ce léger sentiment de culpabilité, c’est ce que je préfère dans la sexualité, mais ce n’est pas l’amour. L’amour et la sexualité sont deux choses tellement différentes, et la rencontre des deux est d’autant plus délicieuse. »

   


Platon, Aristote, Aragon, Schopenhauer, Spinoza, tous sont convoqués – même Houellebecq –, dans cette affaire, pour démonter le couple. Avant de le sauver. Il convient de différencier le chagrin de l’ennui. De manipuler les objets de désir, de jouissance et de souffrance. « Sait-on ce qui nous manque ? » ; « Aimer, est-ce se réjouir ? » ; « Aimer, est-ce être amoureux ? » ; « Pourquoi le bonheur en amour est-il si souvent manqué ? » ; « Y a-t-il parfois des couples heureux ? » Ecouté avec ferveur par le public, le philosophe déclare : « L’amour n’est pas un devoir et ne se commande pas. L’amour est une vertu. » Avant de citer Adorno et conclure : « Tu seras aimé·e quand tu pourras montrer ta faiblesse sans que l’autre ne s’en serve pour affirmer sa force. » 
Les Bouffes ont un charme fou ce soir. Les murs rouge vif, dressés si haut, résonnent des notes du pianiste Alexandre Tharaud. Beethoven est convié le temps d’une parenthèse enchantée. Les cœurs battent et la nuit vibre.

   


De l’amour, il s’en glisse aussi entre les lignes des « lettres non écrites », lues par David Geselson, comédien et metteur en scène, et Elios Noël. « Si vous avez un jour voulu écrire une lettre à quelqu’un de cher sans jamais le faire, parce que vous n’avez pas osé, pas su, pas pu ou pas réussi à aller jusqu’au bout, racontez-la moi et je l’écris pour vous », a proposé le premier. Alors que « jouer une lettre, ça n’est pas évident », les deux récitants doivent sentir que leur lecture plaît. Que personne ne dort. Les applaudissements sont consistants. Les rires échappés sont vrais.
« Je réalise que la dernière lettre que je t’ai envoyée a 48 ans. C’est curieux de découvrir que le temps des amours n’est jamais le vrai temps. Michel, j’aimerais beaucoup te voir et te reconnaître après cinquante ans. »  « Je ne te souhaite rien de bon et j’ai hâte d’aller jouir ailleurs. On se recroisera chez un juge. Tu es une raclure. »

   


A 2 h 30, Hector Obalk nous fait carrément l’amour de l’art. L’historien et critique plonge la salle au cœur de l’esthétique « michelangesque », sous la voûte de la chapelle Sixtine. « Cinq cents mètres carrés, cinq ans de travail. Tout en trompe-l’œil. Le plus fort de tout, le plus subtil. Des personnages à l’air vivant. Dieu habillé en rose. La notion de gigantisme est grande. » Déclaration d’amour inconditionnel à l’artiste passé « d’une mégalomanie méritée et foisonnante à une mélancolie poignante », à ses « merveilleux dessins » et à la manière qu’il avait de « faire exister l’impossible. Et c’est cela, la grâce ».

   


Amoureuse, gracieuse et pas bâilleuse, la « Nuit de l’amour » est merveilleuse avec son récital des virtuoses ; son fil rouge – et d’or – tissé tout du long par la puissante Clara Yzé et ses musiciens jusqu’au petit matin ; l’apparition de Rosemary Standley en « Queen of Heart », accompagnée au piano par Sylvain Griotto, et qui interprète (entre autres) Alain Bashung, Nina Simone. Elle confie en douceur qu’une « chanson d’amour est à la fois ce qu’on connaît le plus et ce qui est le plus difficile à écrire ».
L’aspect politique du désir s’invite vers 3 h 30, avec la journaliste et écrivaine Carolin Emcke qui met un point d’honneur, non sans panache, à extraire le désir du contrôle et de la domestication.
« Le désir est cette passion folle qui nous échappe et nous consume. J’aime sa manière qu’il a de venir nous hanter. Et notre manière à nous de ne pas pouvoir nous en passer. (…) Le désir homosexuel est un amour considéré comme tabou, pervers. Je veux donc écrire sur le désir qui est à soi, et que personne ne peut nous enlever. »

   


Michaël Fœssel et Philippe Mangeot abondent et revendiquent le droit de désirer. Les « regards normatifs que porte la société sur notre désir » prennent un sacré coup. Les générations à venir, hétérosexuelles et homosexuelles, sont encouragées sans détour, à « déconstruire les normes », à refuser « les biais qui supposent une imperfection », et à continuer à croire en la justesse, l’évidence et l’innocence de leur propre désir, « qui devraient être une revendication autonome par rapport au monde ».

   


La « Nuit de l’amour et des idées » se laisse envahir par une douce torpeur au fil des heures. Nous ne sommes plus qu’une vingtaine. Isabelle Broué, réalisatrice du film Lutine, sur le polyamour, défend « l’éthique des relations » et la « fidélité à soi-même » pour se libérer des carcans. La musique retentit encore, jusqu’à la dernière note, jusqu’à s’éteindre pour voir éclore le jour.

Revivez le Monde Festival 2018 sur le thème « Aimer ! »
Aimer ! C’était le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’est déroulée du 5 au 7 octobre à Paris.
Revivez les meilleurs moments en vidéo, mais aussi en photos. 




                                                Par                                                    Charlotte Herzog














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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », rappelle que faute d’avoir su s’adapter à la mondialisation, l’économie du pays se trouve dans l’impasse.
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Article sélectionné dans La Matinale du 07/10/2018
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« Les largesses budgétaires ne régleront pas les problèmes de fond de l’Italie »

Dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde », rappelle que faute d’avoir su s’adapter à la mondialisation, l’économie du pays se trouve dans l’impasse.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 06h35
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 14h41
    |

            Stéphane Lauer (éditorialiste au « Monde »)








                        



                                


                            

Chronique. Le décor de la pièce qui se joue actuellement en Italie est planté. Les personnages sont aussi caricaturaux que ceux d’une mauvaise commedia dell’arte. Sur fond de déni de démocratie, Matteo Salvini, le leader de la Ligue (extrême droite) et Luigi Di Maio, le patron du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), qui codirigent le pays, resservent les sempiternels arguments du peuple, forcément vertueux, contre les marchés, évidemment dictatoriaux.
Ils font trembler dans les chaumières avec ce « lobby du spread  » (l’écart entre les taux d’intérêt allemands et italiens) prêt à faire rendre gorge à ceux qui veulent faire « du bien à l’Italie » grâce à ce projet de budget annoncé le 28 septembre et qui doit être transmis à Bruxelles d’ici au 15 octobre.
En face, les tenants de la rigueur budgétaire, nécessairement salvatrice, indubitablement efficace, qui trouvent les Italiens bien impatients face à une croissance fantôme.
La proximité des élections européennes incite les acteurs des deux bords à surjouer leur rôle en prenant le risque que cela finisse par sonner faux. Les premiers insultent, prennent des postures bravaches ; les seconds sermonnent et assènent l’infaillibilité de leur remède de cheval.

L’argument de la pièce se joue sur un chiffre : 2,4 %, soit le montant du déficit budgétaire anticipé par Rome en 2019. A priori, rien de bien méchant pour le commun des mortels, à qui l’on a seriné pendant des années que le cadre de la vertu budgétaire se situait en dessous de 3 % de la richesse produite (PIB) en une année.
Un moteur qui tourne au ralenti
On doit reconnaître que les eurosceptiques ont raison sur un point : l’artificialité de ce nombre d’or édicté par le traité de Maastricht, qui ne donne qu’une idée floue des largesses que peut s’accorder un Etat. Erigé en dogme, il ne tient compte ni du rythme de la croissance ni de la productivité de l’économie,...




                        

                        


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Analyse

Décoloniser les arts : « Les Blancs doivent apprendre à renoncer à leurs privilèges »

Deux ouvrages invitent à déconstruire le mythe d’une culture et d’une société françaises que « des siècles d’esclavage et de colonisation n’auraient pas contaminées ».

Par                                            Séverine Kodjo-Grandvaux




LE MONDE
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        Le 07.10.2018 à 18h00

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        Mis à jour le 07.10.2018 à 19h50






    
Manifestation à Paris à l’occasion de la cérémonie des Molières, récompenses du monde français du théâtre, le 23 mai 2016. Sur 86 artistes nommés, une seule, Sophia Aram, était issue de la diversité.
Crédits : ALAIN JOCARD / AFP


Décoloniser les savoirs, décoloniser les mentalités, la philosophie… et maintenant décoloniser les arts. Deux ouvrages sont parus en France à quelques jours d’intervalle, les 19 et 23 septembre, qui questionnent les milieux culturels occidentaux, notamment français, et africains. Dans Décolonisons les arts !, recueil de témoignages, une quinzaine d’artistes travaillant en France dénoncent le racisme auquel ils sont sans cesse confrontés dans leur profession. Théorique et analytique, Les Miroirs vagabonds ou la décolonisation des savoirs (arts, littérature, philosophie), de la philosophe franco-algérienne Seloua Luste Boulbina, est davantage tourné vers la situation africaine. Ces deux livres rejoignent en librairie le récent En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale, de Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle.
Concept qui a accompagné les luttes pour l’indépendance, la décolonisation est revenue en force dans l’aire francophone ces dernières années. A tel point que le mot d’ordre décolonial semble dorénavant remplacer le post-colonialisme et s’imposer à qui veut penser les réalités africaines ou diasporiques.

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De fait, on assiste à un renouvellement des approches critiques dans les travaux d’historiens, de philosophes, d’économistes, d’anthropologues, de critiques littéraires, comme Françoise Vergès, Souleymane Bachir Diagne, Nadia Yala Kisukidi, Abdourahmane Seck, Ndongo Samba Sylla, ou encore Achille Mbembe et Felwine Sarr qui réunissent ces chercheurs et artistes lors des Ateliers de la pensée organisés à Dakar depuis 2016. En janvier 2019, ces derniers lanceront même une école doctorale destinée à former sur le continent de jeunes chercheurs.
Persistance d’un mythe
Pourtant, cette lame de fond n’est pas enfermée dans les milieux académiques. Elle touche également le monde artistique des deux côtés de la Méditerranée et rejoint les préoccupations de certains membres de la société civile française qui dénoncent un racisme structurel et militent pour le respect de l’image, du corps et des paroles afrodescendantes.
L’ouvrage Décolonisons les arts ! fait facilement le lien entre ces deux sphères. Les témoignages d’artistes plasticiens, d’acteurs, de metteurs en scène, d’un rappeur, de commissaires d’exposition, de cinéastes… sont accompagnés de textes d’analyse qui, tels ceux de Françoise Vergès et de Gerty Dambury, apportent une perspective historique et socio-culturelle nécessaire à la compréhension d’un mal français et de la persistance d’un mythe : le racisme n’existerait pas dans le milieu artistique.

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« Il est vrai qu’en France la culture a été un lieu de contestation et d’ouverture, explique Françoise Vergès au Monde. Mais le monde culturel a construit son propre récit en oubliant sa complicité avec la misogynie, le racisme et le sexisme. Persiste cette fiction très occidentale de l’artiste comme génie, à part de la société, sage, dans une France dont le peuple porterait en soi, par nature, la liberté et l’égalité. Ce mythe vivace fait comme si des siècles d’esclavage et de colonisation n’avaient pas contaminé l’ensemble de la société française. »
Dans un effort pédagogique sont définis des concepts apparus dans les milieux militants il y a peu et que les défenseurs d’un universalisme abstrait taxent volontiers d’essentialisme ou de communautarisme. Les auteurs sont prudents et écrivent en introduction : « La “race” n’existe pas mais des groupes et des individus font l’objet d’une “racisation”, d’une construction sociale apparentée à une définition historique et évolutive de la “race”. Les processus de racisation sont les différents dispositifs – juridiques, culturels, sociaux, politiques – par lesquels des personnes et des groupes acquièrent des qualités (les Blancs) ou des stigmas (les “autres”). »

        Lire l’entretien croisé entre Achille Mbembe et Felwine Sarr :
         

          « L’avenir du monde se joue en Afrique »



En 2015 s’est créé le collectif Décoloniser les arts (DLA) pour dénoncer un racisme structurel qui empêche toute personne non blanche d’accéder à des postes de responsabilité et de direction dans les institutions publiques, ou qui limite les possibilités de rôle pour les acteurs. « Les personnes de couleur ne sont pas à la tête des scènes nationales et elles sont cantonnées à la fonction de vigile ou de femme de ménage, constate Françoise Vergès. Certes, il est question de l’accès aux postes, mais aussi plus largement d’éducation », afin de faire comprendre pourquoi, comme l’écrit Gerty Dambury, « le corps de l’homme noir ou de la femme noire, après avoir été un corps “ridicule et laid”, est aujourd’hui un corps victime, un corps souffrant, un corps subalterne, un corps réfugié, un corps-femme-voilée ou un corps de toute beauté, à nouveau fortement sexualisé ».
Faire valoir le différent
Il importe donc que soient diffusées des représentations différentes de celles et ceux qui ont été érigés en « autres », ainsi que des formes de narration diverses ; ce qui implique, comme l’explique Seloua Luste Boulbina, que l’Occident ne soit plus considéré comme modèle. « Les mondes extra-européens, écrit-elle, ont été regardés comme des univers de la réception, de l’imitation et de l’appropriation dans lesquels des codes divers – politiques, philosophiques, esthétiques – ont été empruntés. » Ce qui fait écho à ce constat de Hassane Kouyaté pour qui persiste l’idée que la culture, importée de France, « a permis aux colonisés de s’émanciper », et qui ajoute : « Notre mission civilisatrice à nous est décoloniale. »

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A l’instar des membres de DLA, qui appellent à « dénationaliser, désoccidentaliser la version française de l’universel » pour faire valoir le différent, sur le fond comme sur la forme, dans les pratiques et représentations artistiques en France, Seloua Luste Boulbina constate que demeure un « achoppement sur l’articulation de l’universel et du particulier, comme si l’arbre était l’opposé du hêtre, du bouleau et surtout du baobab et l’universel l’antidote du particulier ». Achoppement qui atteste « d’une colonialité qui tarde à disparaître des institutions et des publications françaises » et qui traverse les réflexions sur l’art d’un Jean-Loup Amselle. Pour ce dernier, écrit-elle « “africain”, loin d’apparaître comme un terme renvoyant à un continent, est utilisé comme vecteur d’alternatives insurmontables » ; ce que, de fait, laisse entendre l’anthropologue français dans sa discussion avec le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne dans En quête d’Afrique(s).

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Opérant un va-et-vient entre Afrique et Occident en étudiant la littérature et les arts de Kateb Yacine, Zineb Sedira, Bouchra Khalili, Sammy Baloji, Barthélémy Toguo, William Adjété Wilson ou encore le travail de commissariat d’Okwui Enwezor, de Simon Njami ou de Michket Krifa, la philosophe franco-algérienne questionne leur insertion dans un contexte post-colonial globalisé, dans un flux migratoire et une approche mouvante, ouverte au possible, aux expériences, à la créolité telle que la conçoit Edouard Glissant. A rebours, ce questionnement révèle un immobilisme du milieu culturel occidental, notamment français, englué dans un schéma et des représentations coloniales qui ont conduit par exemple des curateurs occidentaux à privilégier des artistes autodidactes comme Bruly Bouabré, supposant que tout cursus académique engendrerait une dénaturation d’une « essence », d’un art africain.
Tentatives de récupération
La chercheuse, rattachée au Laboratoire du changement social et politique de l’université Paris-Diderot, manifeste une certaine méfiance envers la pensée décoloniale latino-américaine car « sur le continent américain, à l’exception notable de Haïti, les indépendances ont bénéficié à des Européens, alors qu’en Afrique, hormis l’Afrique du Sud, elles ont bénéficié aux indigènes, explique-t-elle au Monde. Même si la pensée décoloniale est intéressante en ce qu’elle a montré que le passé est toujours présent, c’est-à-dire que la colonialité n’a pas disparu, elle doit être réévaluée pour l’Afrique. » Seloua Luste Boulbina établit par ailleurs une distinction importante entre « le post-impérial qui concerne l’ancienne métropole et le post-colonial qui est l’affaire des anciennes colonies ». Dans le premier cas, les afrodescendants sont « dans une situation de minorité, de “subalternisés”. Contrairement aux Africains, les descendants d’immigrés n’ont pas bénéficié des indépendances », ajoute-t-elle.

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A ses yeux, il faut aujourd’hui « une décolonisation en actes, car le discours sur la décolonisation n’est pas en soi, dans la pratique, décolonial ». Une précision sans doute nécessaire dans une situation où, constate Françoise Vergès, « on doit faire face également à des tentatives de récupération fortes. La “décolonisation” est devenue à la mode. On nous prend tous nos mots. On les avale, on les broie avant qu’on ne les dévoie ». Ce principe est au fondement de l’appropriation culturelle, que D’de Kabal définit comme le fait de « déposséder l’Autre de ce qu’on a toujours rejeté et [de] le faire sien pour signifier qu’on a compris et grandi ». En un mot, de le vider de sa substance.

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Olivier Marboeuf parle quant à lui d’« hospitalité toxique » qui « épuise la force transformatrice du geste décolonial minoritaire en faisant de sa saisie critique non plus une opération à même d’affecter l’ordre politique et social, mais une simple catégorie dans l’économie des savoirs ». Pour Seloua Luste Boulbina, la décolonisation est moins un processus, qui suppose une évolution d’étape en étape, qu’un « travail sur soi ». Travail qui nous concerne tous, car, ainsi que l’explique au Monde Françoise Vergès, « les Blancs doivent apprendre à renoncer à leurs privilèges. Cela est certes extrêmement difficile à accepter d’un point de vue individuel, mais il faut comprendre que c’est toute la société française qui bénéficiera de ce combat ».
Décolonisons les arts !, sous la direction de Leïla Cukierman, Gerty Dambury et Françoise Vergès, L’Arche, 144 pages, 15 €.
Les Miroirs vagabonds ou la Décolonisation des savoirs (arts, littérature, philosophie), de Seloua Luste Boulbina, Les Presses du réel, 160 pages, 15 €.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Artisan des Consultations jeunes consommateurs ou encore des premières salles de shoot, ce psychologue clinicien milite depuis vingt ans pour améliorer la prise en charge des addictions.
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Jean-Pierre Couteron, accro à l’addictologie

Artisan des Consultations jeunes consommateurs ou encore des premières salles de shoot, ce psychologue clinicien milite depuis vingt ans pour améliorer la prise en charge des addictions.



LE MONDE
 |    07.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
09.10.2018 à 13h40
    |

            Pascale Santi








                        



                                


                            

Il peut tout à la fois citer Georges Canguilhem et Jacques Higelin… A la fin du discours de Jean-Pierre Couteron, le 24 mai à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, lors des 8e Journées nationales de la fédération Addiction, la salle est debout et l’ovationne. Près de 1 500 personnes. L’émotion est palpable. Ce jour-là, il a un lumbago, la voix un peu cassée, mais il livre durant une demi-heure un discours brillant sur l’homme augmenté.
S’il a passé la main en tant que président de la fédération Addiction – un réseau de 210 associations –, le 5 juillet, au ­psychiatre bordelais Jean-Michel Delile, Jean-Pierre Couteron reste au conseil d’administration de la fédération, et occupe une fonction de porte-parole. Il commence aussi un enseignement au Conservatoire national des arts et ­métiers (CNAM). Le tout en poursuivant son activité clinique au centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie et à la Consultation jeunes consommateurs (CJC) de l’association Oppelia de Boulogne-Billancourt, où il exerce depuis quatre ans.
C’est l’homme de trois grandes batailles. D’abord pour les jeunes. Il a été l’un des artisans des CJC. Entre la prévention et le soin, ce dispositif né en 2004 pour les consommateurs de cannabis s’est élargi aux autres addictions. Jean-Michel Delile se souvient : « Il y a une vingtaine d’années, Jean-Pierre, alors jeune psychologue, nous bousculait en nous parlant des expériences menées en Australie. C’était un véritable précurseur. »
Son deuxième combat, moins médiatique : l’ouverture des communautés thérapeutiques. Ce modèle décrié est peu connu. Il en existe aujourd’hui une dizaine en France. Il est selon lui « nécessaire de disposer d’une palette de réponses en addictologie ». Son propre parcours, analytique, est ouvert à d’autres approches.
Première salle de shoot
Enfin, troisième croisade, la réduction des risques. Malgré l’hostilité politique, il s’est...




                        

                        

