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Un journaliste britannique tenu de quitter Hongkong d’ici à une semaine

Les autorités hongkongaises ont refusé de renouveler le visa de travail du rédacteur en chef pour l’Asie du « Financial Times », Victor Mallet.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 18h34
   





                        



   


Une atteinte sans précédent à la liberté de la presse à Hongkong. Après avoir refusé de renouveler son visa de travail à un journaliste britannique du Financial Times, les autorités hongkongaises lui ont donné une semaine pour quitter le territoire.
Rédacteur en chef pour l’Asie du Financial Times, Victor Mallet est également vice-président du Club des correspondants étrangers (FCC). Cette institution dans l’ex-colonie britannique invite régulièrement des personnalités de tout bord pour des conférences ouvertes à ses membres et aux médias.
En août, le FCC avait provoqué la colère des autorités chinoises en invitant à sa tribune Andy Chan Ho-tin, dirigeant du Parti national de Hongkong (HKNP), une toute petite formation — depuis interdite —, qui milite pour l’indépendance de Hongkong. Les autorités hongkongaises avaient sans succès tenté d’obtenir la déprogrammation de cette conférence, qui avait finalement été animée par M. Mallet.

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Ce dernier a appris la semaine dernière que son visa de travail hongkongais n’était pas renouvelé. Lundi, le Financial Times a annoncé que son reporteur n’avait obtenu, à son retour dimanche à Hongkong, qu’un visa de visiteur de sept jours. Le quotidien a assuré que les services de l’immigration n’avaient donné aucune explication au fait de n’autoriser M. Mallet sur le sol hongkongais que pendant une semaine.
En temps normal, les citoyens britanniques entrent sans visa dans ce qui est une ancienne colonie de la Couronne. Et il leur est généralement permis d’y rester pour une durée de cent quatre-vingts jours.
« Un message effrayant pour tout le monde à Hongkong »
« Nous continuons de demander des clarifications aux autorités hongkongaises au sujet du refus du renouvellement de son visa de travail », a fait savoir le Financial Times, dont le siège régional se trouve à Hongkong. Le comité de rédaction du journal avait présenté cette décision comme « un message effrayant pour tout le monde à Hongkong ».
En vertu de l’accord de rétrocession passé entre Pékin et Londres, Hongkong jouit d’une semi-autonomie et de libertés inconnues dans le reste de la Chine continentale, y compris la liberté d’expression, en théorie jusqu’en 2047. Mais nombreux sont ceux qui ont le sentiment que ces libertés sont en train de s’éroder et que la Chine durcit son emprise sur le petit territoire.
Au cours de sa conférence au FCC, M. Chan avait accusé la Chine de chercher à « annexer » et à « détruire » l’ex-colonie britannique. Parallèlement, de petites manifestations de partisans et d’adversaires de M. Chan avaient eu lieu aux abords du FCC, et l’ancien chef de l’exécutif hongkongais Leung Chun-ying avait ouvertement appelé à ce que le prestigieux club soit expulsé du bâtiment qui l’abrite et qui appartient au gouvernement.



                            


                        

                        


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Décryptage

Les Burkinabés de plus en plus inquiets face aux attaques récurrentes aux confins du pays

En deux semaines, une vingtaine de membres des forces de sécurité ont été tués dans le nord et l’est du Burkina Faso.

Par                                            Sophie Douce (Ouagadougou, correspondance)




LE MONDE
              datetime="2018-10-08T18:30:36+02:00"

        Le 08.10.2018 à 18h30






    
Funérailles à Ouagadougou, le 31 août 2018, de sept membres des forces de sécurité tués trois jours plus tôt dans l’est du Burkina Faso.
Crédits : STR / AFP


Samedi 6 octobre, Ouagadougou bruissait de rumeurs sur la mort d’un soldat de la force « Barkhane » dans l’est du Burkina Faso, ce que l’état-major français ne tardera pas à démentir formellement. « C’est en fait un militaire burkinabé qui a été tué et un autre blessé dans l’explosion d’un engin explosif improvisé » (IED), soutient une source sécuritaire. Mais ce quiproquo et l’ampleur que la rumeur a pris sur les réseaux sociaux et dans certains médias en disent long sur le sentiment d’insécurité au Burkina Faso, où les attaques à l’IED sont devenues quasi quotidiennes.
Depuis deux semaines, pas moins de 24 éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) ont été tués dans le pays. Vendredi, six policiers sont morts dans l’explosion d’une mine artisanale sur l’axe Sollé-Titao, dans le nord. La veille, dans l’est, six militaires ont péri dans des circonstances similaires près de Gayéri. Quelques heures plus tôt, dans la nuit, un gendarme a été tué et un autre blessé près de la mine d’or d’Inata, dans le Soum, à la frontière avec le Mali.

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Selon le ministère de la sécurité, cette attaque « d’envergure » perpétrée par « un grand groupe de terroristes lourdement armés » a contraint les autorités à solliciter l’aide de la force « Barkhane », qui procédera à une frappe aérienne contre les assaillants.
« Psychose générale »
Après le nord du pays, déjà la cible d’attaques régulières depuis 2015, la région de l’Est, frontalière du Niger, du Bénin et du Togo, semble plonger à son tour. A ce jour, l’affiliation des groupes armés dans cette région n’a pas été déterminée. Mais au sein des services de sécurité burkinabés, on craint l’émergence d’un nouveau « front djihadiste ». « Ces personnes viseraient à implanter des bases aux fins d’attaques terroristes. […] Si rien n’est fait sous peu, la situation sécuritaire pourrait se dégrader davantage », alerte un responsable de la police locale dans une note interne datée du 4 septembre.
« Les groupes armés se sont illustrés par l’utilisation de techniques et de procédés dont la fréquence et la localisation prouvent qu’ils ont acquis une certaine expertise et une liberté d’action », analyse le premier ministre, Paul Kaba Thieba. La situation inquiète jusqu’à l’Elysée. « Il y a de nouvelles alertes terroristes dans l’Est et nous nous inquiétons de la faiblesse de la réponse des autorités », confie une source diplomatique française au Monde Afrique.

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Au sein de la population, la multiplication des attaques sème la panique. « C’est la psychose générale dans les villages de l’Est », constate une source sécuritaire locale. « C’est de pire en pire, les gens ont peur. On a l’impression que les forces de sécurité sont désemparées face à la situation. On ne sait plus à quel saint se vouer, on reste confinés chez nous », témoigne un enseignant de Gayéri qui n’a toujours pas pu faire sa rentrée après l’attaque, en septembre, de trois écoles à quelques kilomètres de là.
Samedi 29 septembre, des milliers de partisans de l’opposition ont défilé dans les rues de la capitale pour protester contre la gouvernance du président Roch Marc Christian Kaboré, dénonçant notamment sa gestion de la situation sécuritaire. « Tous les jours, nos fils meurent au front, ça ne va plus. Il faut que le gouvernement prenne des mesures fortes pour assurer notre sécurité. Ça fait mal de voir notre pays comme ça », clamait une militante de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) présente dans le cortège.
« C’est du suicide »
« Nous manquons de moyens humains et logistiques. Ça décourage quand on apprend le décès d’un collègue au front, on se dit qu’on sera peut-être le prochain. Il faudrait plus de véhicules blindés et de moyens aériens. Nous envoyer comme ça sur des axes minés, c’est du suicide », confie une source militaire sous couvert de l’anonymat. « Les FDS ne sont pas équipées pour ce genre de combat. A cause de leur manque d’effectifs et de moyens logistiques, elles n’arrivent pas à maîtriser le terrain et sautent sur des mines », analyse une autre source sécuritaire.
« Il faut s’attendre à une intensification des attaques dans les mois à venir, estime le chercheur Mahamoudou Savadogo, spécialiste de la question sécuritaire au Sahel. L’accalmie pendant la saison des pluies, de juin à août, était stratégique, c’est une période d’incubation pour ces groupes. Ils ont eu le temps de se préparer, de se ravitailler en carburant et en vivres. Ils sont prêts. »

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Du côté des autorités, on assure prendre la menace au sérieux. « Nous assistons à une vaste opération de déstabilisation du Burkina Faso. […] Des dispositions urgentes seront prises les prochains jours pour parer à cette situation et rétablir la sécurité dans cette zone », avait tenté de rassurer le président à l’issue d’une session extraordinaire du conseil supérieur de la défense nationale, le 8 septembre. L’armée burkinabée assure avoir mené plusieurs opérations de ratissage et des frappes aériennes dans les zones de Pama et de Gayéri.
Selon le dernier bilan officiel, les attaques terroristes ont fait 118 morts depuis 2015 au Burkina Faso.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Le candidat d’extrême droite a remporté 46 % des voix dimanche. Claire Gatinois, notre correspondante à Sao Paulo, a répondu aux questions d’internautes.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

Présidentielle au Brésil : « Avec Bolsonaro, les électeurs ont exprimé un vote de protestation »

Le candidat d’extrême droite a remporté 46 % des voix dimanche. Claire Gatinois, notre correspondante à Sao Paulo, a répondu aux questions d’internautes.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 17h33
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 18h36
   





                        



   


Misogyne, raciste, homophobe et nostalgique de la dictature, Jair Bolsonaro a récolté, dimanche 7 octobre, 46 % des voix au premier tour de la présidentielle, profitant de la crise morale et politique qui secoue le Brésil. Ce vent de « dégagisme » d’une puissance inouïe a provoqué une onde de choc dans le pays. Claire Gatinois, correspondante du Monde, a répondu à des internautes.
Samy : Est-il juste de dire que Bolsonaro est d’extrême droite ? Fasciste ?
Claire Gatinois : Oui, il est correct de dire que Jair Bolsonaro est d’extrême droite. Il n’est pas seulement conservateur. Il est connu pour ses allusions racistes, homophobes et misogynes. Surtout, c’est un véritable nostalgique de la dictature [1964-1985]. Lors d’un entretien à TV Globo, il a parlé du coup d’Etat de 1964 comme d’une « révolution démocratique ».

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Alexis : Concrètement quelles sont les grandes lignes de son programme ? Et peut-il les mettre en place ?
Le programme de Jair Bolsonaro est assez vague. Il évoque la restauration des « valeurs » de Dieu, de la famille etc., mais il n’est pas très concret quant aux mesures qu’il compte mettre en place. Son discours est essentiellement axé sur la sécurité. Il compte revenir sur la loi de « l’estatuto do desarmamento » qui, en 2003, a mis fin au libre port d’arme. Il compte aussi amnistier les crimes des policiers et mettre fin aux aménagements de peine. Cette dernière mesure, au-delà d’être polémique, est compliquée à mettre en place, car le pays souffre déjà d’un problème de surpopulation carcérale estimée à 197 %.
En économie, Jair Bolsonaro promet le « libéralisme » des emplois, la prospérité et attaque les gouvernements socialistes, jugés responsables de la situation dramatique du pays. Son programme n’est pas davantage détaillé mais son conseiller Paulo Guedes, un « Chicago boy » très apprécié des marchés financiers, parle de privatisations massives afin d’éponger rapidement la dette publique.
La mise en œuvre d’un tel programme est problématique dans un pays comme le Brésil, avec un système dit de « présidentialisme de coalition ». Le président gouverne avec un Congrès composé de partis très divers et versatiles. C’est un sujet critique pour Bolsonaro. Mais l’élection a montré que le Congrès serait en partie composé d’alliés.
JFCO : Quels sont les grands axes du programme de Haddad ?
Fernando Haddad s’est affiché contre la privatisation d’entreprises « stratégiques », et a remis à plus tard la réforme des retraites (sujet explosif socialement qu’aucun candidat n’ose aborder frontalement). Il compte mener une politique sociale de soutien aux plus pauvres, à l’image de ce qui a été fait sous le gouvernement Lula. Il pense que l’insécurité sera combattue par une politique de lutte contre les inégalités et que le déficit sera épongé avec le retour de la croissance.

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Nat : A-t-on des statistiques précises sur la sociologie des votants ?
On sait que le sud et le sud-est du pays ont voté massivement pour Bolsonaro, quand le Nordeste reste acquis à la gauche (au PT et au PDT). Les précédents sondages laissent penser que l’électeur de Bolsonaro possède un niveau d’éducation correct, de bons revenus et est en majorité masculin.
JPG : Y a-t-il des appels à voter pour l’un des deux qualifiés de la part des candidats éliminés ?
Ciro Gomes, du PDT (centre gauche), s’est immédiatement rallié à Fernando Haddad (PT), même si Katia Abrieu, qui faisait campagne aux côtés de Ciro Gomes pour la vice-présidence, a déclaré hier « n’avoir pas le courage » de choisir entre les deux candidats. Marina Silva, l’écologiste ex-ministre de Lula, s’est quant à elle déclarée dans l’opposition. Enfin, Geraldo Alckmin, le représentant de la droite, prendra sa décision mardi à l’issue d’une réunion avec les cadres de son parti, le PSDB.
Canal75019 : Le PT n’est-il pas le principal responsable de ce résultat ?
Oui, le PT est en partie responsable. Il a gouverné pendant douze ans, le pays avait soif d’alternance. Et le PT est jugé en grande partie responsable de la crise économique. A cela s’ajoutent les scandales de corruption et l’acharnement de Lula à contester les décisions judiciaires — certes questionnables. Tout cela n’a fait qu’accentuer le sentiment anti-PT, qui a servi de carburant à Jair Bolsonaro.
Mais le PT n’est pas le seul responsable de la montée de l’extrême droite. Les scandales de corruption touchent tous les partis, et le désastre du gouvernement de Michel Temer a provoqué un ras-le-bol généralisé. Les électeurs ont, avec Bolsonaro, exprimé un vote de protestation, « saco cheio », dit-on ici.
Peloao : On a l’impression que pour une bonne partie de la population, la période de la dictature a été oubliée (ou qu’il en existe une nostalgie). Comment est-ce possible ?
La dictature est vue, par une partie des Brésiliens, comme une période de prospérité économique. Le régime militaire a mené une politique de grands travaux (désastreuse d’ailleurs pour l’environnement) qui s’est accompagnée d’un boom économique. Pour ceux qui n’étaient pas dans la résistance, la dictature militaire est aussi idéalisée comme une époque où régnait l’ordre. Certains Brésiliens pensent que seuls les militaires et la fermeté pourraient venir à bout de l’insécurité inouïe que connaît le pays. Enfin, il y a cette idée, totalement fausse, que la corruption n’existait pas du temps du régime militaire.

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Locrie : Un débat est-il prévu entre les deux candidats ?
Oui, des débats sont prévus. Et cela devrait desservir Jair Bolsonaro. Le militaire de réserve a échappé aux confrontations lors du premier tour du fait de son agression au couteau, le 6 septembre. Il a, en plus, été épargné par des adversaires qui pouvaient difficilement attaquer un homme qui est resté entre la vie et la mort pendant plusieurs jours. Mais la trêve est finie.
Et Jair Bolsonaro est réputé pour son agressivité et son incapacité à supporter la contradiction. Il n’a aucun bagage en économie et se défausse régulièrement sur son conseiller Paulo Guedes, qu’il n’hésite pas ensuite à contredire. Fernando Haddad, mesuré et technicien, pourrait alors gagner quelques points.
Renée : En cas de victoire de Bolsonaro, quelles seraient ses marges de manœuvre pour diriger le pays ? Un contre-pouvoir pourra-t-il exister ?
Un contre-pouvoir peut exister. Le système de « présidentialisme de coalition » oblige le président à composer avec le Congrès. Mais au regard des premiers résultats, le Congrès devrait être ultraconservateur. Et donc acquis à Bolsonaro.
Jovan : Bonjour. Lula aurait-il plus de chances de gagner contre Bolsonaro?
Même après son emprisonnement, Lula prétendait se présenter. Il était à l’époque crédité de 39 % des voix, largement devant Bolsonaro. Après l’invalidation de sa candidature, une partie de son électorat a migré vers Bolsonaro. Au-delà de ses idées, c’est le personnage de Lula et ce qu’il représente (la période de prospérité économique) qui séduisent les électeurs. Mais il faudrait refaire un sondage aujourd’hui pour voir quels seraient les électeurs encore fidèles à l’ex-chef d’Etat. Haddad, lui, était inconnu du grand public avant d’être adoubé par Lula. Il a mené une campagne dans l’ombre de l’ex-chef de l’Etat pour récupérer son capital politique. Lula continue de le conseiller. Mais Haddad a ses propres idées et est d’ailleurs en opposition frontale avec l’aile plus radicale du PT. L’avenir dira s’il arrive à s’émanciper

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Lulaland : Est-ce un potentiel pas vers une nouvelle dictature ? Quelles sont les potentielles répercussions sur les échanges franco-brésiliens ?
Une dictature me semble improbable. La démocratie brésilienne est jeune mais les institutions sont présentes et des contre-pouvoirs existent. Et il est trop tôt pour imaginer les répercussions sur les échanges internationaux. A priori, le conseiller économique de Bolsonaro n’est pas protectionniste, mais restera-t-il à bord ? Mystère. Une chose est sûre, la préoccupation écologique n’existe absolument pas dans le programme de Jair Bolsonaro.
Elsie : La criminalité est-elle si forte au Brésil que cela puisse donner envie à une partie de la population de rétablir un régime autoritaire ?
La criminalité est inouïe. Dans des villes comme Rio, les faits divers s’accumulent, parlant de balles perdues tuant des enfants. Les milices et les gangs gangrènent les zones populaires. Les policiers sont souvent corrompus, les trafiquants font la loi et l’Etat est absent. Certains ont donc envie de taper du poing sur la table, pensant que l’autorité serait la solution.
Antonio : Jair Bolsonaro est-il sûr de gagner l’élection ?
Il faudrait vraiment un miracle pour que Fernando Haddad renverse la situation. Depuis le retour à la démocratie du pays en 1989, jamais un candidat en tête au premier tour n’a perdu. Et l’avance de Jair Bolsonaro est importante.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Pour affronter le président sortant, Muhammadu Buhari, en février 2019, le principal parti d’opposition a désigné l’une des plus grosses fortunes du pays, Atiku Abubakar.
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Décryptage

Au Nigeria, vers un duel entre un général et un homme d’affaires

Pour affronter le président sortant, Muhammadu Buhari, en février 2019, le principal parti d’opposition a désigné l’une des plus grosses fortunes du pays, Atiku Abubakar.

Par                                            Benjamin Augé (chroniqueur Le Monde Afrique)




LE MONDE
              datetime="2018-10-08T17:30:35+02:00"

        Le 08.10.2018 à 17h30






    
Muhammadu Buhari (à gauche) et Atiku Abubakar lors d’une primaire de l’All Progressives Congress, à Lagos, en décembre 2014.
Crédits : PIUS UTOMI EKPEI / AFP


C’est à Port Harcourt, capitale de l’Etat pétrolier de Rivers, que s’est joué, le week-end des 6 et 7 octobre, le casting de l’élection présidentielle nigériane de février 2019. Quelque 3 600 délégués venus des 36 Etats du Nigeria ont choisi le duelliste qui fera face au président Muhammadu Buhari, candidat à sa propre succession. Avec 1 532 voix, l’ancien vice-président Atiku Abubakar (1999-2007) a remporté la mise, sans grande surprise.
En fait, les douze candidats savaient la partie jouée d’avance étant donné la formidable capacité d’influence d’Atiku Abubakar. Actionnaire de la société de logistique pétrolière Intels, l’homme, qui compte parmi les plus grosses fortunes du pays, s’est lancé en politique après une longue et florissante carrière aux douanes nigérianes. Ce natif de l’Etat d’Adamawa, frontalier du Cameroun et violemment touché par les actions de Boko Haram depuis huit ans, se présente pour la quatrième fois au scrutin présidentiel – mais pour la première fois sous les couleurs du People’s Democratic Party (PDP).

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Le candidat d’opposition n’est ni un idéologue, ni un homme de parti. En 2017, il n’avait pas hésité à quitter le parti du Buhari, l’All Progressives Congress (APC), après s’être convaincu qu’il n’avait pas la moindre chance d’en défendre les couleurs lors des élections de 2019. En fait, Abubakar représente assez fidèlement la politique nigériane, où les formations politiques sont moins des lieux de débats que des tremplins pour briguer des postes potentiellement juteux.
Maigre bilan économique
Côté stratégie, il veut miser sur son image d’homme d’affaires à succès pour attaquer le maigre bilan économique de Buhari. Le Nigeria a en effet connu pour la première fois depuis les années 1980 une croissance négative en 2016 (- 1,6 %), et même si la courbe s’est inversée en 2017 (0,8 %), il ne faudra pas tabler sur plus de 2 % cette année.

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De leur côté, Buhari et son équipe devraient sans nul doute taper sur l’affairisme d’Abubakar et critiquer les méthodes du candidat pour s’enrichir. Chantre de la lutte anti-corruption via l’Economic and Financial Crimes Commission (EFCC), Buhari n’a pas obtenu dans ce domaine les résultats escomptés. Cette fois, le général devrait jouer la proximité avec le Nigérian moyen, plaidant qu’il ne s’est jamais enrichi aux dépens de l’Etat, contrairement aux businessmen qui usent de la politique pour leurs propres affaires… comme Abubakar.
Si pour le Nigérian de la rue, le choix du candidat du principal parti d’opposition dans le cadre d’une primaire reste anecdotique, c’est tout de même la marque d’un changement au sein d’un parti qui a longtemps privilégié le consensus pour choisir ses têtes d’affiche. La primaire ne change d’ailleurs pas tout, puisque la formule avantage encore largement les plus fortunés, qui, à l’instar d’Abubakar, ont les moyens d’influencer les votes.

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Quant à l’APC, il a choisi de faire voter tous ses adhérents. Officiellement, 14,8 millions de votants auraient donné leur voix pour désigner Buhari. Un chiffre à peine inférieur aux 15,5 millions de voix obtenues par le président lors de son élection en 2015. Un décompte invérifiable, alors que le pays est connu pour ses taux de participation très faibles : seuls 16,9 % des plus de 18 ans s’étaient rendus aux urnes en 2015.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ Meng Hongwei a été acculé à la démission dimanche après avoir mystérieusement disparu pendant plus de dix jours. Le flou demeure autour de cette affaire.
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Ce que l’on sait de la démission du patron chinois d’Interpol

Meng Hongwei a été acculé à la démission dimanche après avoir mystérieusement disparu pendant plus de dix jours. Le flou demeure autour de cette affaire.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 17h09
   





                        



   


Pur produit du très redouté appareil policier de Pékin, le patron chinois d’Interpol, Meng Hongwei, a été acculé à la démission, dimanche 7 octobre, après avoir mystérieusement disparu pendant plus de dix jours.
Premier citoyen de Chine continentale à prendre la tête d’une grande organisation internationale, Meng Hongwei est, semble-t-il, victime de la campagne de lutte contre la corruption du président Xi Jinping. Pékin l’a accusé, lundi 8 octobre, d’avoir « accepté des pots-de-vin » et « violé la loi ». Mais le flou demeure autour de cette affaire, qui constitue une première au sein des grandes institutions internationales.

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Où se trouve Meng Hongwei ?
On l’ignore. Nommé président d’Interpol en novembre 2016, Meng Hongwei, également vice-ministre de la sécurité publique (police), n’avait plus donné signe de vie depuis son départ pour la Chine il y a plus de dix jours, à la fin de septembre. Une enquête pour disparition inquiétante a été ouverte vendredi en France, et Paris a fait part de son « interrogation » sur sa situation.
Meng Hongwei a indirectement donné de ses nouvelles dimanche lorsque la Chine a annoncé qu’il faisait l’objet d’une enquête dans son pays. Interpol a annoncé dans la foulée avoir reçu une lettre de démission de son président, « avec effet immédiat ».

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Quelques heures plus tôt, son épouse, Grace Meng, avait fait part de sa vive inquiétude devant la presse à Lyon, où se trouve le siège d’Interpol, disant que son mari était « en danger ». Elle avait révélé que le dernier message téléphonique qu’elle avait reçu de Meng Hongwei, le 25 septembre, alors qu’il était en Chine, ne comportait qu’une émoticône représentant un couteau. « Attends mon appel », lui avait-il dit dans un précédent message. Son épouse a depuis reçu des menaces et a été placée sous protection policière.

   


Que lui reproche la Chine ?
Meng Hongwei « a accepté des pots-de-vin et est soupçonné d’avoir violé la loi », a annoncé lundi le ministère de la sécurité publique dans un communiqué, sans plus de précisions. Le texte ne dit pas si les accusations relèvent de ses fonctions ministérielles ou de celles qu’il exerçait à Interpol. Il n’est pas non plus précisé s’il a ou non été placé en détention.
L’enquête « illustre clairement la détermination du camarade Xi Jinping », le président chinois, à combattre la corruption, dit le ministère. « Nul, sans exception, n’est au-dessus des lois. Quiconque viole les lois fera l’objet d’une enquête approfondie et sera sévèrement puni », avertit le communiqué, ajoutant que d’autres suspects sont poursuivis dans le cadre de l’enquête.
A-t-il été neutralisé pour un motif fallacieux ?
L’hypothèse n’est pas exclue. Meng Hongwei, 64 ans, est loin d’être le premier haut responsable chinois à succomber à la campagne contre la corruption lancée par Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir, à la fin de 2012. Populaire dans l’opinion publique, cette campagne, qui a sanctionné plus de 1,5 million de cadres, est également soupçonnée de servir à éliminer des opposants à la ligne de Xi Jinping.
Mais le cas de Meng Hongwei est une première au sein de grandes institutions internationales. Dans un communiqué, le ministère écrit que Meng Hongwei est poursuivi dans le cadre d’une campagne destinée à « éliminer complètement l’influence pernicieuse » de Zhou Yongkang, ancien chef des services de sécurité et rival du président Xi Jinping. Or, c’est ce même Zhou Yongkang, condamné en 2015 à la prison à vie pour corruption, qui avait nommé Meng Hongwei à son poste de vice-ministre dix ans plus tôt.
Un signe avant-coureur des difficultés de Meng Hongwei était apparu dès avril : il avait en effet été démis de ses fonctions au sein du comité du Parti chargé de superviser le ministère de la sécurité publique, après la nomination, à l’automne 2017, d’un nouveau ministre, Zhao Kezhi, ultraloyal à Xi Jinping.
Meng Hongwei est-il aujourd’hui rattrapé, trois ans plus tard, par la nomination à des postes clés de partisans ultraloyaux à l’actuel président ? En Chine, un tel processus d’arrestations et de nominations peut s’étaler sur tout un mandat.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ Le jeune homme participait à un sit-in pour réclamer des embauches dans la fonction publique pour les personnes aveugles, particulièrement touchées par le chômage.
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Compte rendu

Au Maroc, chute mortelle d’un manifestant non voyant depuis le toit d’un ministère

Le jeune homme participait à un sit-in pour réclamer des embauches dans la fonction publique pour les personnes aveugles, particulièrement touchées par le chômage.


LE MONDE
              datetime="2018-10-08T17:06:41+02:00"

        Le 08.10.2018 à 17h06






    
Un non-voyant dans une rue de Rabat, en août 2007.
Crédits : Rafael Marchante / REUTERS


Un jeune chômeur marocain non voyant, qui participait à une manifestation pour l’emploi sur le toit d’un ministère à Rabat, a fait une chute mortelle, dimanche soir, a-t-on appris lundi 8 octobre de source officielle. Le jeune homme prenait part à un sit-in organisé depuis fin septembre par des dizaines de non-voyants au chômage sur le toit du ministère de la famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social. Leur but : réclamer des embauches dans la fonction publique.

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« Immédiatement après sa chute, [il] a été transféré dans une ambulance mobilisée près du ministère tout au long de ce sit-in » et « a rendu l’âme en route vers l’hôpital », a fait savoir le ministère dans un communiqué. « Une enquête a été ouverte par les autorités compétentes, a-t-il affirmé, en exprimant sa tristesse et son regret profonds pour cet incident tragique. »
Colère et indignation
Depuis fin septembre, des membres de la « coordination nationale des diplômés malvoyants » menaçaient de se jeter du haut du bâtiment ministériel si leurs revendications n’étaient pas entendues. Les diplômés au chômage manifestent fréquemment dans les rues de Rabat pour demander leur intégration dans la fonction publique, gage de sécurité de l’emploi.
En 2012, un jeune Marocain au chômage avait perdu la vie après avoir tenté de s’immoler par le feu, suscitant colère et indignation chez les groupes de diplômés sans emploi. En mars 2017, une dizaine de malvoyants au chômage avaient tenté de s’immoler par le feu à Marrakech.

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Le chômage touche au Maroc plus de quatre jeunes urbains sur dix, une problématique au centre des préoccupations sociales qui nourrit frustration et mécontentement populaire. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap s’élève à 47,65 % – soit quatre fois plus que la moyenne –, dans un pays qui compte 2,3 millions de handicapés, selon une étude officielle publiée en 2016.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ Les Pays-Bas ont accusé la Russie d’avoir tenté de pirater l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.
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Cyberattaques : Moscou conteste avoir envoyé des espions à La Haye

Les Pays-Bas ont accusé la Russie d’avoir tenté de pirater l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 15h47
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 16h17
   





                        



   


Le Kremlin a assuré, lundi 8 octobre, que La Haye n’avait apporté aucune preuve aux accusations selon lesquelles des espions russes ont tenté de pirater en avril le siège de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).
Les Pays-Bas ont en effet affirmé jeudi 4 octobre avoir déjoué une tentative de piratage visant l’OIAC et expulsé quatre espions russes présumés qui avaient positionné un véhicule truffé d’équipements électroniques sur le parking d’un hôtel proche du siège de l’institution internationale.

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Cette tentative de piratage présumée s’est déroulée en avril, au moment où l’OIAC enquêtait sur l’empoisonnement de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal en Angleterre, mené selon Londres par des agents du renseignement militaire russe. L’organisation enquêtait également sur une attaque chimique présumée à Douma en Syrie, imputée par les Occidentaux aux forces gouvernementales syriennes soutenues par Moscou.
« Un voyage de routine »
« Il n’y avait rien de secret dans le voyage de nos spécialistes aux Pays-Bas. C’était un voyage de routine », a déclaré lundi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse commune à Moscou avec son homologue italien, Enzo Moavero Milanesi. « Ils ne se sont pas cachés lorsqu’ils se sont installés à l’hôtel, ni lorsqu’ils étaient à l’aéroport, ni lorsqu’ils se sont rendus à l’ambassade. Ils se sont fait arrêter sans explications. Cela avait l’air d’être un malentendu », a-t-il estimé.
Selon M. Lavrov, qui n’a précisé ni la spécialité des personnes arrêtées ni ce qu’il entendait par « voyage de routine », cette affaire montre un « mépris envers les mécanismes (…) existants pour traiter de telles questions ».
Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a quant à lui estimé que les passeports diplomatiques utilisés par les quatre individus expulsés ne prouvent pas qu’ils étaient des espions. « Il y a des canaux habituels de travail (…). Qu’ils transmettent les documents, les preuves et les informations par ces canaux et nous sommes prêts à les regarder. Nous n’avons pas l’intention de parler de tels sujets par l’intermédiaire des médias », a-t-il ajouté.
Le Kremlin, qui ironisait la semaine dernière sur l’« espionnite aiguë » qui touche les Occidentaux, a fait savoir que l’ambassadeur néerlandais à Moscou était convoqué lundi au ministère des affaires étrangères pour évoquer cette affaire.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ Les autorités kurdes de la Syrie du Nord font cependant une exception : ils ne demandent plus le rapatriement des djihadistes français vers l’Hexagone.
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Les Kurdes demandent le départ des djihadistes étrangers détenus en Syrie

Les autorités kurdes de la Syrie du Nord font cependant une exception : ils ne demandent plus le rapatriement des djihadistes français vers l’Hexagone.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 15h28
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 16h23
    |

                            Allan Kaval








                        



   


Le discours n’est pas nouveau mais le ton a changé. Dans une série de tweets publiée en fin de semaine dernière, Abdulkarim Omar, le principal responsable officiel des relations extérieures de la Syrie du Nord, a appelé fermement les gouvernements des pays dont les ressortissants djihadistes sont détenus sur le territoire à organiser leur rapatriement. La France, toutefois, ne serait pas concernée par ces déclarations.
Le chiffre annoncé est vertigineux : « Le nombre de combattants de l’EI, de femmes et d’enfants placés en détention dans le nord et l’est de la Syrie est important : 900 combattants, 400 à 500 femmes et plus 1 000 enfants originaires de 44 pays », a déclaré Abdulkarim Omar sur son compte Twitter, samedi 6 octobre. C’est la première fois que des représentants officiels de la Syrie du Nord publient des chiffres détaillés sur cette question singulièrement sensible et qui se pose avec acuité depuis fin 2017.
La Fédération de Syrie du Nord est l’entité politique qui contrôle les zones à majorité kurde du nord-est du pays et les territoires repris à l’organisation Etat islamique (EI) par les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde. De victoire en victoire, les FDS, qui sont soutenues militairement par la Coalition internationale, ont capturé de nombreux djihadistes dont le sort demeure en suspens un an après la chute de Rakka, leur ancienne capitale. S’ajoutent à ces prisonniers de guerre des femmes étrangères qui ont épousé des membres de l’EI ainsi que leurs enfants.

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Exception française
« Nous confirmons que nous ne poursuivrons pas les combattants de l’Etat islamique dans notre région (…), chaque pays devrait rapatrier ses citoyens et les poursuivre sur son sol », a declaré Abdulkarim Omar dimanche sur son compte Twitter. Reprenant le discours véhiculé par l’administration de la Syrie du Nord depuis que le problème se pose, M. Omar a répété que la sécurité des Etats concernés était en jeu.
« Notre région est instable, toute situation de chaos pourrait permettre aux combattants de l’EI de fuir. Certains d’entre eux sont dangereux et pourraient poser des menaces graves contre l’Europe et la communauté internationale », a-t-il indiqué samedi. Joint par Le Monde lundi, le responsable kurde syrien n’a pas souhaité étayer sa position sur ce point.

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Khaled Issa, représentant de la Syrie du Nord à Paris, a pour sa part confirmé au Monde la volonté de son administration de voir les djihadistes étrangers rapatriés de manière officielle. Il a toutefois précisé que cette position connaît une exception de taille : la France, dont une centaine de ressortissants est détenue par les FDS.
« Nous avons une relation privilégiée avec Paris et la question des djihadistes de nationalité française présents dans nos prisons est gérée dans un cadre propre avec nos partenaires français. Nous n’appelons pas la France à les rapatrier comme nous le faisons pour les autres pays », a indiqué M. Issa au Monde. Il y a un an, ce traitement spécial n’était pas à l’ordre du jour. La nature exacte du cadre dans lequel cette question est traitée n’a toutefois pas été précisée.
Emmanuel Macron est le seul chef d’Etat occidental à avoir reçu officiellement une délégation des FDS de leur encadrement politique le 30 mars 2018. La France avait par la suite renforcé sa présence militaire dans la ville de Manbij, alors menacée par les forces turques qui venaient de remporter une victoire contre l’enclave kurde d’Afrin, dans le nord-ouest syrien.
Les autorités françaises rappellent régulièrement qu’elles n’entendent pas se préparer à un retour de ses ressortissants détenus en Syrie. En février, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves le Drian répétait cette position. « Ils ne seront pas rapatriés en France dans la mesure où ce sont des combattants – donc ce sont des ennemis, c’est vrai pour l’Irak, c’est vrai pour la Syrie – qui ont combattu des citoyens de Syrie, qui ont combattu des Turcs, qui ont violé, qui ont fait des actes de barbarie », avait-il affirmé à BFM-TV.
Recherche de reconnaissance politique
Bien que les autorités de la Syrie du Nord bénéficient d’un soutien financier de la coalition pour renforcer leur système pénitentiaire, elles estiment que la présence des djihadistes sur leur sol pèse sur leurs ressources en s’installant dans la durée. Les combattants sont détenus en prison tandis que les femmes et les enfants séjournent dans des camps de déplacés fermés.
En automne 2017, des membres de l’encadrement politique des FDS avaient indiqué sur place au Monde qu’ils excluaient que des djihadistes non-syriens soient jugés localement. La solution privilégiée par les autorités de la Syrie du Nord consiste à organiser officiellement le retour de ressortissants étrangers dans leurs pays d’origine aux moyens de protocole officiels signés publiquement avec les gouvernements concernés. De tels procédés sont perçus comme à même de leur donner un succédané de reconnaissance diplomatique officielle.

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Bien qu’elles entretiennent de fait des relations avec une multitude d’Etats, ne serait-ce que dans le domaine militaire, les autorités de la Syrie du Nord ne sont pas considérées comme un acteur doté d’une légitimité politique officielle par leurs interlocuteurs et partenaires étrangers. En cause, leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste par Washington et l’Union européenne du fait de la lutte qu’il mène contre l’Etat turc.
Des rapatriements ont cependant déjà été organisés en 2017 avec l’Indonésie d’abord, puis avec la Russie. Dans ce dernier cas, des femmes et des enfants, principalement originaires du Caucase du nord, étaient concernés. Les autorités de la Syrie du Nord peinent depuis à reproduire l’expérience et utilisent la question des djihadistes étrangers pour obtenir une reconnaissance politique. En septembre, une femme soudanaise a été rapatriée vers son pays d’origine.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ Le candidat de l’extrême droite est arrivé largement en tête au premier tour de l’élection présidentielle avec plus de 46 % des voix.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Dans un entretien au « Monde », l’universitaire Stefan Aykut, estime que les conclusions du GIEC pourraient servir de levier politique aux pays les plus vulnérables.
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édition abonné


Climat : « Le seuil de 1,5 °C peut être un point d’ancrage pour les négociations »

Dans un entretien au « Monde », l’universitaire Stefan Aykut, estime que les conclusions du GIEC pourraient servir de levier politique aux pays les plus vulnérables.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 15h08
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 17h46
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            

Le sociologue Stefan Aykut, professeur assistant à l’université de Hambourg, est l’auteur, avec Amy Dahan, d’un ouvrage de référence sur les négociations climatiques (Gouverner le climat ?, Presses de Sciences Po, 2015).
Pourquoi un rapport sur le seuil de 1,5 °C a-t-il été commandé au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ?
Stefan Aykut : Pour comprendre, il faut se situer dans le sillage des négociations de 2009, à Copenhague, qui n’avaient pas abouti. Les pays y ont quand même adopté un objectif important : rester en deçà de 2 °C d’élévation de la température moyenne, par rapport à l’ère préindustrielle. Cette limite était le fruit d’un compromis politique, mais elle avait aussi un fond scientifique. Au-delà de ce seuil, les risques d’un réchauffement dangereux et incontrôlable augmentent significativement. Or depuis 2009, les recherches sur les impacts ont beaucoup progressé, et on sait que, même à 2 °C, on pourrait voir des dommages irréparables – notamment en raison de l’élévation du niveau des mers. Les petits pays insulaires et les pays du Sud les plus vulnérables ont donc durci leur position depuis, et se sont retrouvés autour d’un seuil plus ambitieux, de 1,5 °C.

Ces discussions ont pris de l’ampleur avant le sommet de Paris en 2015. Beaucoup de pays du Nord pensaient que cette alliance de pays du Sud autour d’un seuil de 1,5 °C n’était qu’un outil de négociation, une monnaie d’échange pour obtenir plus de contreparties. Mais il s’est avéré que ce chiffre avait une valeur symbolique très importante pour ces pays. C’est devenu une ligne rouge et, de fait, ce chiffre est présent dans l’Accord de Paris : les 2 °C sont une limite légalement contraignante, et les 1,5 °C, la limite à laquelle on aspire. La commande du rapport sur les 1,5 °C résulte de ces discussions.
Certains délégués disaient « rester sous 1,5 °C, c’est impossible ». D’autres...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ Les parlementaires ont voté (143 voix contre 120) pour le projet qui prévoit l’adhésion de Téhéran à la Convention de l’organisation des Nations unies pour la répression du financement du terrorisme.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ Misogyne, raciste et homophobe, Jair Bolsonaro a remporté 46 % des voix au premier tour de la présidentielle. Notre correspondante, Claire Gatinois, a répondu à vos questions.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Pour le préfet de la congrégation chargée de préparer la nomination des évêques, le prélat canadien Marc Ouellet, François ne peut pas être accusé d’avoir couvert les agressions sexuelles commises par l’ancien nonce à Washington.
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Un cardinal romain prend la défense du pape dans l’affaire McCarrick

Pour le préfet de la congrégation chargée de préparer la nomination des évêques, le prélat canadien Marc Ouellet, François ne peut pas être accusé d’avoir couvert les agressions sexuelles commises par l’ancien nonce à Washington.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 14h20
    |

            Cécile Chambraud








                        



                                


                            

Le Saint-Siège a commencé à riposter à la philippique de l’archevêque émérite Carlo Maria Vigano. Le 26 août, cet ancien nonce (ambassadeur) à Washington, de 2011 à 2016, avait déclenché une grave crise au sommet de l’Eglise catholique en accusant le pape François d’avoir levé des sanctions décidées par son prédécesseur, Benoît XVI, contre l’ex-cardinal américain Theodore McCarrick, alors même qu’il connaissait les accusations de harcèlement sexuel de séminaristes formulées à son encontre, accusations dont le Vatican aurait été informé au moins depuis 2000. Publié en pleine tempête sur les affaires de violences sexuelles dans l’Eglise et pendant la visite du pape en Irlande, ce texte de onze pages avait gravement fragilisé le pontife, qui n’a cependant pas encore répondu aux questions qu’il pose.

C’est ce qu’a commencé à faire l’un des plus hauts responsables de la curie romaine. Il s’agit du cardinal canadien Marc Ouellet, préfet de la congrégation (ministère) chargée de préparer la nomination des évêques. Dans une lettre ouverte, il accuse son « cher confrère Carlo Maria Vigano » d’avoir porté à François « un coup inouï et immérité » qui relève d’un « montage politique privé de fondement réel », et d’être même par certains aspects « blasphématoire ». « Accuser le pape François d’avoir couvert en toute connaissance de cause ce présumé prédateur sexuel » est, assure-t-il, une « monstrueuse accusation qui ne tient pas la route ».
Ce texte a été rendu public par le service de presse du Vatican et bénéficie de la « permission pontificale requise », est-il précisé. Autant dire que chaque terme en a reçu l’aval du chef de l’Eglise catholique.
Pas de « preuves suffisantes »
Fin septembre, Carlo Maria Vigano avait sommé Marc Ouellet de « porter témoignage de la vérité ». Il affirmait que le cardinal canadien lui avait parlé en 2011 des sanctions prises par Benoît...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Le tribunal madrilène a reconnu coupable Eduardo Vela, considéré comme l’un des principaux acteurs du trafic d’enfants alors qu’il était obstétricien, mais les faits sont prescrits.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Espagne : le premier procès des « bébés volés » s’achève sans condamnation

Le tribunal madrilène a reconnu coupable Eduardo Vela, considéré comme l’un des principaux acteurs du trafic d’enfants alors qu’il était obstétricien, mais les faits sont prescrits.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 13h19
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 15h32
   





                        



   


Un obstétricien espagnol de 85 ans jugé à Madrid pour l’enlèvement d’un nouveau-né en 1969, dans le cadre du premier procès des « bébés volés » du franquisme, a été reconnu coupable, lundi 8 octobre, de tous les chefs d’inculpation retenus contre lui, mais a bénéficié de la prescription des faits. Dans sa décision, le tribunal madrilène dit « absoudre » Eduardo Vela, tout en le considérant « auteur de tous les délits », dont il était accusé.
Le parquet avait requis onze ans de prison à son encontre.
Eduardo Vela, considéré comme l’un des principaux acteurs du trafic d’enfants alors qu’il était obstétricien à la clinique San Ramon de Madrid, était accusé par Ines Madrigal, employée des chemins de fer de 49 ans, de l’avoir séparée de sa mère biologique et d’avoir falsifié son acte de naissance en juin 1969, pour la donner à Ines Perez, une femme stérile, avec la complicité d’un prêtre jésuite.
Selon le tribunal, il est « prouvé » que le docteur Vela a « certifié de sa main » qu’Ines Perez avait accouché d’une petite fille ce jour-là, « ce qui n’a jamais eu lieu ». Mais selon les juges, le délit le plus grave de « détention illégale », dont le délai de prescription est de dix ans, était déjà prescrit quand Ines Madrigal a déposé sa plainte en 2012.
30 000 enfants concernés selon le juge Garzon
Le procès avait débuté le 26 juin mais avait dû être reporté pour une deuxième journée d’audience début septembre, Eduardo Vela, qui se déplace en fauteuil roulant, ayant été admis aux urgences le 27 juin.

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Durant l’instruction, le médecin avait reconnu avoir signé « sans regarder » le dossier médical précisant qu’il avait assisté à la naissance d’Ines Madrigal, mais il s’était rétracté durant le procès, affirmant ne pas reconnaître sa signature.
Il s’agissait du premier procès du scandale des « bébés volés », dans l’Espagne du général Franco (1939-1975), une pratique qui aurait perduré jusqu’en 1987. Les enfants étaient, souvent avec la complicité de l’Eglise catholique, retirés à leurs parents après l’accouchement, déclarés morts sans qu’on leur en fournisse la preuve et adoptés par des couples stériles, de préférence proches du régime « national catholique ».
Né pendant la répression qui a suivi la guerre civile (1936-1939) pour soustraire les enfants à des opposantes accusées de leur transmettre le « gène » du marxisme, le trafic a touché à partir des années 1950 des enfants nés hors mariage ou dans des familles pauvres ou très nombreuses. Il a ensuite perduré sous la démocratie, au moins jusqu’en 1987, cette fois uniquement pour des raisons financières.
Malgré l’ampleur du scandale, aucune des plus de 2 000 plaintes déposées selon les associations n’a abouti, souvent en raison de la prescription des faits.
Selon l’ancien magistrat Baltasar Garzon, 30 000 enfants auraient ainsi été confiés à leur naissance à des familles d’adoption sous le régime de Franco.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Editorial. La nomination du juge Brett Kavanaugh choisi par Donald Trump vient renforcer le bloc conservateur au détriment des progressistes de la Cour.
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Etats-Unis : tentation réactionnaire à la Cour suprême

Editorial. La nomination du juge Brett Kavanaugh choisi par Donald Trump vient renforcer le bloc conservateur au détriment des progressistes de la Cour.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 12h08
   





                        



   


Editorial du « Monde ». La confirmation par le Sénat de la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême des Etats-Unis, samedi 6 octobre, constitue une incontestable victoire pour Donald Trump, mais elle a été obtenue dans des circonstances qui laisseront des traces. Au terme d’une âpre bataille marquée par des accusations d’agression sexuelle niées avec énergie par le juge, puis tournées en ridicule par le président, l’arithmétique politique l’a emporté sur les valeurs et l’impartialité qu’un membre de la plus haute instance juridique des Etats-Unis est censé porter et respecter.
Brett Kavanaugh ne s’en est guère soucié pour se défaire des accusations lancées contre lui par une universitaire de 51 ans, Christine Blasey Ford, qui renvoyaient à leur adolescence. Devant les sénateurs, il est allé jusqu’à dénoncer un complot ourdi par les démocrates.
Cette victoire à tout prix, alors que de nombreux présidents avaient eu la sagesse par le passé de remplacer des candidats controversés, ne laisse personne indemne, pas plus chez les républicains que chez les démocrates, qui ont rivalisé d’outrances. Pour ne pas parler de la mobilisation tapageuse des opposants du juge, qui, finalement, s’est révélée totalement contre-productive.

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La furieuse mêlée à laquelle la confirmation de Brett Kavanaugh a donné cours laissera aussi des séquelles sur les institutions. Tout d’abord au Sénat, qui se prive avec entrain des attributs constitutifs de sa singularité, à commencer par ces majorités qualifiées qui forçaient au compromis et qui rendaient les élus moins sensibles aux pressions politiques. Ensuite à la Cour suprême, où va siéger le juge le plus mal « élu » par les sénateurs et qu’une majorité nette d’Américains ne souhaitait pas voir à ce poste aussi prestigieux que décisif. Sa légitimité est en question et risque de le rester.
Un travail de sape conservateur
La génération qui sépare ce juge de celui qu’il remplace, également choisi par un conservateur, illustre une bascule du Parti républicain vers des positions plus intransigeantes. La tentation réactionnaire qu’incarne au sein du droit la Federalist Society, fondée il y a près de quarante ans pour porter le fer contre le consensus progressiste alors en cours chez les juristes, est intimement liée au bloc conservateur de la Cour que Brett Kavanaugh va renforcer.

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C’est ce bloc qui est à l’origine d’un cercle qui n’a rien de vertueux : la suppression des plafonds de financement des campagnes électorales, désormais noyées sous un « argent noir » qui n’a d’autre but que de servir des intérêts particuliers, au Congrès comme à la Cour suprême, comme en a attesté en juin l’arrêt rendu contre le financement des syndicats de la fonction publique. Cet aspect du travail de sape conservateur est tout autant à surveiller que les atteintes éventuelles à l’affirmative action pour les minorités, les limitations du droit de vote ou encore les restrictions au droit à l’avortement.
Deux facteurs peuvent toutefois contenir ce mouvement. Tout d’abord, l’attachement du président de la Cour suprême, John Roberts, aux équilibres de l’institution, qui pourrait le pousser ponctuellement à soutenir la minorité des juges nommés par des présidents démocrates. Enfin, le réveil civique du Parti démocrate. « Don’t boo, vote ! » (« Ne huez pas, votez ! »), avait enjoint Barack Obama en 2016 à ceux qui pestaient contre Donald Trump. Il n’avait pas été, alors, assez entendu. Le sera-t-il plus lors des élections de mi-mandat, le 6 novembre ?

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ La nomination controversée du juge conservateur, accusé d’agression sexuelle, à la Cour suprême pèse désormais sur le scrutin du 6 novembre.
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Midterms J – 29 : la confirmation de Brett Kavanaugh rebat les cartes des élections

La nomination controversée du juge conservateur, accusé d’agression sexuelle, à la Cour suprême pèse désormais sur le scrutin du 6 novembre.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 11h23
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 11h58
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



                                


                            

La Maison Blanche et les républicains veulent faire des élections de mi-mandat du 6 novembre un plébiscite pour Donald Trump, tandis que les démocrates espèrent obtenir la majorité à la Chambre des représentants. Le correspondant du Monde à Washington, Gilles Paris, recense quotidiennement les principaux éléments de la campagne.
Le fait du jour
La lutte pour le contrôle du Congrès était largement perçue, jusqu’à présent, comme un référendum sur les deux premières années du président Donald Trump. Mais la tourmente qui a entouré la confirmation mouvementée du juge conservateur, Brett Kavanaugh, à la Cour suprême, samedi 6 octobre, pèse désormais sur les élections de mi-mandat prévues le 6 novembre.
Les deux partis soutiennent que les nouveaux contours de la course donneront de l’énergie à leurs partisans lors de la dernière étape des élections. Les républicains pourraient en tirer le plus grand profit à court terme. Jusqu’à présent, le Parti républicain a eu du mal à stimuler ses électeurs, en dépit de la santé éclatante de l’économie. Le taux d’approbation médiocre du président et le rejet que suscite son style auprès des électeurs indépendants pèsent sur les candidats du Grand Old Party, en particulier dans les circonscriptions périurbaines qui détermineront le contrôle de la Chambre des représentants.
« Leur stratégie pour capitaliser sur le mouvement #metoo à des fins politiques s’est retournée contre eux », a déclaré à l’agence Associated Press la stratège républicaine Alice Stewart, à propos des démocrates. Les deux dernières semaines semblent avoir effectivement relancé les candidats républicains au Sénat dans le Dakota du Nord, le Tennessee et le Texas.
Les démocrates espèrent cependant que cet effet – qu’ils reconnaissent – sera de courte durée, alors que les élections ne se tiendront pas avant quatre semaines. Ils estiment également que la controverse liée aux accusations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ Misogyne, raciste et homophobe, Jair Bolsonaro a remporté 46 % des voix au premier tour de la présidentielle, profitant de la crise morale et politique du pays. Il affrontera Fernando Haddad, le candidat de la gauche, le 28 octobre.
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Au Brésil, le raz de marée de l’extrême droite

Misogyne, raciste et homophobe, Jair Bolsonaro a remporté 46 % des voix au premier tour de la présidentielle, profitant de la crise morale et politique du pays. Il affrontera Fernando Haddad, le candidat de la gauche, le 28 octobre.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 11h20
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 17h40
    |

            Nicolas Bourcier (Rio de Janeiro, envoyé spécial) et 
Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








                        



                                


                            

Jair Bolsonaro, le « Trump tropical », s’est abattu sur la démocratie brésilienne. Un vent de dégagisme d’une puissance inouïe a provoqué, dimanche 7 octobre au soir, une onde de choc dès ce premier tour d’une présidentielle qu’on annonçait pourtant plus mesuré. Avec 46 % des voix, le candidat d’extrême droite et sa petite formation ont balayé en un tournemain tous leurs adversaires, à l’exception notable du candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche), Fernando Haddad. L’ancien maire de Sao Paulo, désigné il y a trois semaines à peine par l’ex-président Lula aujourd’hui incarcéré, est arrivé en deuxième position avec 29 % des suffrages. La vague a également déferlé sur le Parlement, engloutissant les caciques du vieux monde politique brésilien. Qu’on en juge : Geraldo Alckmin, l’homme fort de Sao Paulo, Dilma Rousseff, l’ancienne présidente, Marina Silva, l’ex-ministre écologiste, et tant d’autres ont été balayés.
Le candidat vainqueur n’a même pas eu besoin d’apparaître en public ou devant la presse, comme cela avait été annoncé. Sur son compte Facebook, il a annoncé, dans la soirée, face caméra, qu’il allait « unir le peuple », qu’« unis, les Brésiliens deviendront une grande nation » et que « personne n’avait le potentiel qu’ils avaient ». Avec sa femme, Michelle, à ses côtés, qui traduisait ses mots en langue des signes, il a émis des doutes, comme à son habitude, sur « le système de vote [électronique] qui a eu des problèmes » : « Vous pouvez être sûrs que si ces problèmes ne s’étaient pas produits, nous aurions décidé du nom du futur président de la République dès aujourd’hui. » Et puis ceci : « Je suis certain que nous sortirons victorieux. Il existe désormais deux voies : notre voie de prospérité, de liberté, de la famille et de Dieu, ou la voie du Venezuela… »
De quoi faire exulter ses partisans, rassemblés une bonne partie de la nuit à Rio de Janeiro, devant l’entrée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤ Des puces pirates chinoises auraient été découvertes sur des cartes électroniques livrées notamment à Amazon et à Apple. Une affaire qui sape encore davantage la confiance entre les deux partenaires de l’industrie mondiale du high-tech, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
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Espionnage : « Un grain de riz dans le commerce mondial »

Des puces pirates chinoises auraient été découvertes sur des cartes électroniques livrées notamment à Amazon et à Apple. Une affaire qui sape encore davantage la confiance entre les deux partenaires de l’industrie mondiale du high-tech, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 11h09
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 16h24
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

C’est un carré de la taille d’un tout petit grain de riz, qui pourrait bien faire dérailler tout le commerce mondial. Jeudi 4 octobre, le magazine Bloomberg Businessweek publiait une enquête très fouillée sur une affaire d’espionnage vieille de plus de quatre ans, mais dont personne n’avait entendu parler. Selon le journal, qui s’appuie sur 17 sources différentes, des minuscules puces pirates auraient été découvertes sur des cartes électroniques livrées notamment à Amazon et à Apple. L’enquête est remontée à des sous-traitants chinois et impliquerait une unité de l’armée populaire spécialisée dans le piratage de matériel.

L’affaire n’est évidemment pas unique, et les services de sécurité du monde entier traquent ce nouveau mode d’espionnage, qui ravale la pose de micros chez l’ennemi au rayon des farces et attrapes pour collégiens. Ici, ce sont des millions d’ordinateurs qui pourraient potentiellement être touchés par ce type de dispositifs dormants. Leur rôle est très probablement de permettre, le jour J, d’ouvrir les portes électroniques des ordinateurs infectés pour une attaque ou une surveillance massive. Comme un « Bureau des légendes », ce service du contre-espionnage français à l’origine d’une série télé à succès, à l’heure du cybermonde.
La nouveauté, ici, ne provient donc pas de l’affaire elle-même, mais de son dévoilement. La plupart du temps, les services secrets lavent leur linge sale en famille. N’émergent parfois que des décisions politico-économiques spectaculaires, comme le bannissement des Etats-Unis des téléphones chinois Huawei et ZTE.

Un pacte faustien
Cette dernière affaire est inquiétante, car elle touche le cœur même de la machinerie industrielle de tout un secteur. L’essor formidable, ces trente dernières années, de l’informatique et de l’électronique américaines repose entièrement sur l’alliance de l’ingénierie américaine avec la puissance de frappe industrielle chinoise. D’abord avec Taïwan, puis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ Une cinquantaine de contre-vérités ont circulé durant les semaines précédant le scrutin de dimanche. L’extrême droite a fait preuve d’un zèle particulier.
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Présidentielle au Brésil : une campagne marquée par les « fake news »

Une cinquantaine de contre-vérités ont circulé durant les semaines précédant le scrutin de dimanche. L’extrême droite a fait preuve d’un zèle particulier.



LE MONDE
 |    08.10.2018 à 11h09
 • Mis à jour le
08.10.2018 à 16h22
    |

            Claire Gatinois (Sao Paulo, correspondante)








                        



   


Jusqu’à la veille du premier tour de l’élection présidentielle au Brésil, dimanche 7 octobre, Elisabeth Rodigues, 47 ans, pensait voter pour Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs (PT, gauche). Mais l’employée domestique, résidente du quartier de Campo Limpo à Sao Paulo, a changé d’avis à la dernière minute. Une vidéo reçue par WhatsApp samedi lui expliquait « que si l’on votait pour le PT, on allait perdre son emploi et son titre d’électeur. C’était dit de façon menaçante, ça m’a fait peur », explique-t-elle.

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La mère de famille a reçu le même jour une série de messages expliquant que Jair Bolsonaro, candidat d’extrême droite, en tête des sondages, connu pour son discours misogyne, raciste et homophobe, n’avait « rien contre les femmes ni les Noirs ». La quadragénaire a finalement décidé de voter pour Geraldo Alckmin, le candidat de la droite traditionnelle. Elisabeth Rodrigues fait partie des innombrables victimes de « fake news » diffusées au cours de la campagne électorale brésilienne à travers les réseaux sociaux.
Biberon en forme de pénis
Selon le quotidien Globo, doté d’une équipe qui se consacre à la vérification des données, quelque cinquante rumeurs mensongères ont circulé depuis le début de la campagne, plus du double des vingt-trois plaintes déposées au Tribunal supérieur électoral (TSE) jusqu’à vendredi. Ces « fake news » concernent tous les partis. Mais le camp des soutiens à Jair Bolsonaro semble avoir fait preuve d’un zèle particulier dans l’exercice de la propagation de contrevérités. La victime privilégiée : Fernando Haddad, héritier de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, ennemi juré du militaire de réserve.
Parmi les mensonges véhiculés figure l’idée récurrente au sein de l’extrême droite que l’ex-maire de Sao Paulo souhaiterait enseigner l’homosexualité aux enfants dès le primaire, grâce à un « kit gay ». Une rumeur liée au projet qu’avait eu Fernando Haddad, alors ministre de l’éducation, de distribuer dans les écoles des manuels visant à lutter contre l’homophobie. Une autre assure que le gouvernement PT considérerait qu’à 5 ans, les petits Brésiliens deviendraient propriété de l’Etat qui déciderait de leur genre. Ou encore que des biberons avec une tétine en forme de pénis seraient distribués dans les crèches.

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Un Tweet, depuis supprimé, émanant du compte de Carlos Bolsonaro, fils de l’ex-capitaine d’infanterie, prétendait également que le TSE comptait transmettre les codes de sécurité des urnes électronique au Venezuela. Une invention en écho à la terreur des pro-Bolsonaro que le Brésil se transforme, sous le gouvernement d’une gauche taxée de « communisme », en un régime similaire à celui de Nicolas Maduro.
Exaspéré, Fernando Haddad a tapé du point sur la table, le 3 octobre, diffusant une vidéo afin de démentir la plupart de ces rumeurs et entamant des procédures judiciaires. Selon les équipes du candidat, ces « calomnies » expliqueraient la hausse soudaine du taux de rejet de l’héritier de Lula.




                            


                        

                        

