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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Deux ouvrages invitent à déconstruire le mythe d’une culture et d’une société françaises que « des siècles d’esclavage et de colonisation n’auraient pas contaminées ».
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Analyse

Décoloniser les arts : « Les Blancs doivent apprendre à renoncer à leurs privilèges »

Deux ouvrages invitent à déconstruire le mythe d’une culture et d’une société françaises que « des siècles d’esclavage et de colonisation n’auraient pas contaminées ».

Par                                            Séverine Kodjo-Grandvaux




LE MONDE
              datetime="2018-10-07T18:00:36+02:00"

        Le 07.10.2018 à 18h00






    
Manifestation à Paris à l’occasion de la cérémonie des Molières, récompenses du monde français du théâtre, le 23 mai 2016. Sur 86 artistes nommés, une seule, Sophia Aram, était issue de la diversité.
Crédits : ALAIN JOCARD/AFP


Décoloniser les savoirs, décoloniser les mentalités, la philosophie… et maintenant décoloniser les arts. Deux ouvrages sont parus en France à quelques jours d’intervalle, les 19 et 23 septembre, qui questionnent les milieux culturels occidentaux, notamment français, et africains. Dans Décolonisons les arts !, recueil de témoignages, une quinzaine d’artistes travaillant en France dénoncent le racisme auquel ils sont sans cesse confrontés dans leur profession. Théorique et analytique, Les Miroirs vagabonds ou la décolonisation des savoirs (arts, littérature, philosophie), de la philosophe franco-algérienne Seloua Luste Boulbina, est davantage tourné vers la situation africaine. Ces deux livres rejoignent en librairie le récent En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale, de Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle.
Concept qui a accompagné les luttes pour l’indépendance, la décolonisation est revenue en force dans l’aire francophone ces dernières années. A tel point que le mot d’ordre décolonial semble dorénavant remplacer le post-colonialisme et s’imposer à qui veut penser les réalités africaines ou diasporiques.

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De fait, on assiste à un renouvellement des approches critiques dans les travaux d’historiens, de philosophes, d’économistes, d’anthropologues, de critiques littéraires, comme Françoise Vergès, Souleymane Bachir Diagne, Nadia Yala Kisukidi, Abdourahmane Seck, Ndongo Samba Sylla, ou encore Achille Mbembe et Felwine Sarr qui réunissent ces chercheurs et artistes lors des Ateliers de la pensée organisés à Dakar depuis 2016. En janvier 2019, ces derniers lanceront même une école doctorale destinée à former sur le continent de jeunes chercheurs.
Persistance d’un mythe
Pourtant, cette lame de fond n’est pas enfermée dans les milieux académiques. Elle touche également le monde artistique des deux côtés de la Méditerranée et rejoint les préoccupations de certains membres de la société civile française qui dénoncent un racisme structurel et militent pour le respect de l’image, du corps et des paroles afrodescendantes.
L’ouvrage Décolonisons les arts ! fait facilement le lien entre ces deux sphères. Les témoignages d’artistes plasticiens, d’acteurs, de metteurs en scène, d’un rappeur, de commissaires d’exposition, de cinéastes… sont accompagnés de textes d’analyse qui, tels ceux de Françoise Vergès et de Gerty Dambury, apportent une perspective historique et socio-culturelle nécessaire à la compréhension d’un mal français et de la persistance d’un mythe : le racisme n’existerait pas dans le milieu artistique.

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« Il est vrai qu’en France la culture a été un lieu de contestation et d’ouverture, explique Françoise Vergès au Monde. Mais le monde culturel a construit son propre récit en oubliant sa complicité avec la misogynie, le racisme et le sexisme. Persiste cette fiction très occidentale de l’artiste comme génie, à part de la société, sage, dans une France dont le peuple porterait en soi, par nature, la liberté et l’égalité. Ce mythe vivace fait comme si des siècles d’esclavage et de colonisation n’avaient pas contaminé l’ensemble de la société française. »
Dans un effort pédagogique sont définis des concepts apparus dans les milieux militants il y a peu et que les défenseurs d’un universalisme abstrait taxent volontiers d’essentialisme ou de communautarisme. Les auteurs sont prudents et écrivent en introduction : « La “race” n’existe pas mais des groupes et des individus font l’objet d’une “racisation”, d’une construction sociale apparentée à une définition historique et évolutive de la “race”. Les processus de racisation sont les différents dispositifs – juridiques, culturels, sociaux, politiques – par lesquels des personnes et des groupes acquièrent des qualités (les Blancs) ou des stigmas (les “autres”). »

        Lire l’entretien croisé entre Achille Mbembe et Felwine Sarr :
         

          « L’avenir du monde se joue en Afrique »



En 2015 s’est créé le collectif Décoloniser les arts (DLA) pour dénoncer un racisme structurel qui empêche toute personne non blanche d’accéder à des postes de responsabilité et de direction dans les institutions publiques, ou qui limite les possibilités de rôle pour les acteurs. « Les personnes de couleur ne sont pas à la tête des scènes nationales et elles sont cantonnées à la fonction de vigile ou de femme de ménage, constate Françoise Vergès. Certes, il est question de l’accès aux postes, mais aussi plus largement d’éducation », afin de faire comprendre pourquoi, comme l’écrit Gerty Dambury, « le corps de l’homme noir ou de la femme noire, après avoir été un corps “ridicule et laid”, est aujourd’hui un corps victime, un corps souffrant, un corps subalterne, un corps réfugié, un corps-femme-voilée ou un corps de toute beauté, à nouveau fortement sexualisé ».
Faire valoir le différent
Il importe donc que soient diffusées des représentations différentes de celles et ceux qui ont été érigés en « autres », ainsi que des formes de narration diverses ; ce qui implique, comme l’explique Seloua Luste Boulbina, que l’Occident ne soit plus considéré comme modèle. « Les mondes extra-européens, écrit-elle, ont été regardés comme des univers de la réception, de l’imitation et de l’appropriation dans lesquels des codes divers – politiques, philosophiques, esthétiques – ont été empruntés. » Ce qui fait écho à ce constat de Hassane Kouyaté pour qui persiste l’idée que la culture, importée de France, « a permis aux colonisés de s’émanciper », et qui ajoute : « Notre mission civilisatrice à nous est décoloniale. »

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A l’instar des membres de DLA, qui appellent à « dénationaliser, désoccidentaliser la version française de l’universel » pour faire valoir le différent, sur le fond comme sur la forme, dans les pratiques et représentations artistiques en France, Seloua Luste Boulbina constate que demeure un « achoppement sur l’articulation de l’universel et du particulier, comme si l’arbre était l’opposé du hêtre, du bouleau et surtout du baobab et l’universel l’antidote du particulier ». Achoppement qui atteste « d’une colonialité qui tarde à disparaître des institutions et des publications françaises » et qui traverse les réflexions sur l’art d’un Jean-Loup Amselle. Pour ce dernier, écrit-elle « “africain”, loin d’apparaître comme un terme renvoyant à un continent, est utilisé comme vecteur d’alternatives insurmontables » ; ce que, de fait, laisse entendre l’anthropologue français dans sa discussion avec le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne dans En quête d’Afrique(s).

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Opérant un va-et-vient entre Afrique et Occident en étudiant la littérature et les arts de Kateb Yacine, Zineb Sedira, Bouchra Khalili, Sammy Baloji, Barthélémy Toguo, William Adjété Wilson ou encore le travail de commissariat d’Okwui Enwezor, de Simon Njami ou de Michket Krifa, la philosophe franco-algérienne questionne leur insertion dans un contexte post-colonial globalisé, dans un flux migratoire et une approche mouvante, ouverte au possible, aux expériences, à la créolité telle que la conçoit Edouard Glissant. A rebours, ce questionnement révèle un immobilisme du milieu culturel occidental, notamment français, englué dans un schéma et des représentations coloniales qui ont conduit par exemple des curateurs occidentaux à privilégier des artistes autodidactes comme Bruly Bouabré, supposant que tout cursus académique engendrerait une dénaturation d’une « essence », d’un art africain.
Tentatives de récupération
La chercheuse, rattachée au Laboratoire du changement social et politique de l’université Paris-Diderot, manifeste une certaine méfiance envers la pensée décoloniale latino-américaine car « sur le continent américain, à l’exception notable de Haïti, les indépendances ont bénéficié à des Européens, alors qu’en Afrique, hormis l’Afrique du Sud, elles ont bénéficié aux indigènes, explique-t-elle au Monde. Même si la pensée décoloniale est intéressante en ce qu’elle a montré que le passé est toujours présent, c’est-à-dire que la colonialité n’a pas disparu, elle doit être réévaluée pour l’Afrique. » Seloua Luste Boulbina établit par ailleurs une distinction importante entre « le post-impérial qui concerne l’ancienne métropole et le post-colonial qui est l’affaire des anciennes colonies ». Dans le premier cas, les afrodescendants sont « dans une situation de minorité, de “subalternisés”. Contrairement aux Africains, les descendants d’immigrés n’ont pas bénéficié des indépendances », ajoute-t-elle.

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A ses yeux, il faut aujourd’hui « une décolonisation en actes, car le discours sur la décolonisation n’est pas en soi, dans la pratique, décolonial ». Une précision sans doute nécessaire dans une situation où, constate Françoise Vergès, « on doit faire face également à des tentatives de récupération fortes. La “décolonisation” est devenue à la mode. On nous prend tous nos mots. On les avale, on les broie avant qu’on ne les dévoie ». Ce principe est au fondement de l’appropriation culturelle, que D’de Kabal définit comme le fait de « déposséder l’Autre de ce qu’on a toujours rejeté et [de] le faire sien pour signifier qu’on a compris et grandi ». En un mot, de le vider de sa substance.

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                Achille Mbembe, passant soucieux



Olivier Marboeuf parle quant à lui d’« hospitalité toxique » qui « épuise la force transformatrice du geste décolonial minoritaire en faisant de sa saisie critique non plus une opération à même d’affecter l’ordre politique et social, mais une simple catégorie dans l’économie des savoirs ». Pour Seloua Luste Boulbina, la décolonisation est moins un processus, qui suppose une évolution d’étape en étape, qu’un « travail sur soi ». Travail qui nous concerne tous, car, ainsi que l’explique au Monde Françoise Vergès, « les Blancs doivent apprendre à renoncer à leurs privilèges. Cela est certes extrêmement difficile à accepter d’un point de vue individuel, mais il faut comprendre que c’est toute la société française qui bénéficiera de ce combat ».
Décolonisons les arts !, sous la direction de Leïla Cukierman, Gerty Dambury et Françoise Vergès, L’Arche, 144 pages, 15 €.
Les Miroirs vagabonds ou la Décolonisation des savoirs (arts, littérature, philosophie), de Seloua Luste Boulbina, Les Presses du réel, 160 pages, 15 €.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ A partir d’une simple vidéo amateur, la BBC est parvenue à identifier le lieu, la date et les auteurs d’un massacre survenu au Cameroun, en juillet. Une enquête scientifique qui s’appuie sur le big data, et permet aux journalistes une nouvelle exploitation des images.
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Grâce aux datas, la BBC enquête sur un crime

A partir d’une simple vidéo amateur, la BBC est parvenue à identifier le lieu, la date et les auteurs d’un massacre survenu au Cameroun, en juillet. Une enquête scientifique qui s’appuie sur le big data, et permet aux journalistes une nouvelle exploitation des images.



LE MONDE
 |    07.10.2018 à 12h00
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            

En juillet, une vidéo filmée sur un téléphone portable commençait à circuler sur les réseaux sociaux : on pouvait y voir deux femmes et deux enfants en bas âge emmenés par des soldats ­camerounais, qui, après avoir bandé les yeux des captifs, les exécutaient. L’horreur de la séquence, qu’on aurait pu considérer jusqu’à maintenant comme gratuite, a eu pourtant une conséquence étonnante : près de trois mois après la parution de la vidéo originelle, la jeune section d’investigation « Africa Eye » de la BBC publiait les résultats d’une enquête intitulée « Anatomy of a Killing » (« anatomie d’un massacre »), identifiant le lieu, la date et les auteurs de la scène. Ce reportage, ­applaudi par le grand public et les journalistes et publié à son tour sous la forme d’une vidéo ­infographique, met en avant la démarche des ­enquêteurs ; mais son succès semble avant tout révélateur de deux utilisations renforcées de l’image par le journalisme.

En premier lieu, c’est la prouesse d’avoir tiré un si grand nombre d’informations d’une simple ­vidéo amateur qui a été saluée : un exploit digne des représentations véhiculées par les séries ­Mission impossible ou Les Experts, qui faisaient il y a peu encore passer une telle maîtrise technologique pour de la science-fiction. Elle s’inscrit dans le mouvement du « datajournalisme », un terme qui émergea à la fin des années 2000 et qui correspond, selon la définition du journaliste ­Nicolas Kayser-Bril, à « l’utilisation de techniques statistiques, de visualisations et d’interactivité pour analyser et communiquer des données ».
Dans ce cadre, l’image deviendrait-elle une base de données comme une autre ? C’est ce que soutient Karen Bastien, cofondatrice de WeDoData, une agence spécialiste de la visualisation de données : « Une image numérique est un ensemble de pixels, dans lesquels désormais on peut déceler une modification, un “re-travail”, que ce soit du côté de la colorimétrie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Ce pionnier de la transformation de friches industrielles en lieux culturels inaugure, le 15 octobre, La preuve par 7, un projet expérimental qui entend démontrer que l’on peut, à l’échelle d’une commune ou d’un département, défendre une construction de « haute qualité humaine ».
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Patrick Bouchain, architecte citoyen

Ce pionnier de la transformation de friches industrielles en lieux culturels inaugure, le 15 octobre, La preuve par 7, un projet expérimental qui entend démontrer que l’on peut, à l’échelle d’une commune ou d’un département, défendre une construction de « haute qualité humaine ».



LE MONDE
 |    07.10.2018 à 09h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Patrick Bouchain est un homme ­déterminé. Le 12 septembre, son nom figurait parmi les sept retenus pour le Grand Prix national de l’architecture 2018. Deux jours plus tard, il avait disparu de la liste : le héraut de la construction participative avait refusé de concourir. « Nominé pour la septième fois, c’était la fois de trop !,  explique-t-il. Soit je n’aurais pas gagné et j’aurais eu l’air minable, soit je l’aurais eu, et on aurait dit que c’était grâce à mon amitié avec Françoise Nyssen… »
A 73 ans, cet électron libre ne veut plus s’entendre dire : « C’est formidable, mais ce n’est pas de l’architecture… » Il préfère répondre par un projet expérimental à grande échelle, La preuve par 7, dont le lancement officiel est prévu à Saumur (Maine-et-Loire), le 15 octobre, en présence des représentants des ministères de la culture et de la cohésion des territoires.
Enfant de la Libération
Est-ce parce qu’il indique le jour de l’achèvement du monde ? Patrick Bouchain a un rapport personnel avec le chiffre 7. Dans Le Pouvoir de faire (Actes Sud, 2016), cosigné avec Jack Lang, il témoignait, à travers sept réalisations, qu’il y a moyen de contourner les servitudes de la commande publique grâce à quelques ­ingrédients simples – délégation, retournement des contraintes, assouplissement des normes. Avec La preuve par 7 – soit sept lieux d’intervention de taille différente –, il entend prouver que cette philosophie en actes est transposable à toutes les échelles. Qu’il est possible, de la commune au département, « de généraliser des pratiques alternatives vertueuses en matière d’écologie, d’habitat, d’enseignement et d’action sociale ».
Unedémarche qu’endosse à la perfection cet artiste-architecte-citoyen, qui défend de longue date une construction de « haute qualité humaine ». Comme lui ressemble le lieu en ­devenir sur lequel nous le rencontrons en ce début d’automne, à Versailles-Chantiers :...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ L’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés : le « capitalocène », explique Frédéric Joignot.
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Climat : comment expliquer une aussi criminelle apathie face au drame annoncé ?

L’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une nouvelle ère géologique, où tous les ­écosystèmes sont affectés : le « capitalocène », explique Frédéric Joignot.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
07.10.2018 à 13h27
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            

Nous avons « parfois l’impression d’observer une tragédie grecque », dans le sens où « vous savez ce qu’il va se produire, et vous voyez les choses se produire ! », confessait, le 26 septembre, sur France Info, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, inquiète des dernières mesures sur la dégradation du climat. Il faut dire qu’un rapport publié la veille, conjointement par l’Organi­sation de coopération et de développement ­économiques (OCDE), l’ONU Environnement et le Groupe de la Banque mondiale, n’était pas fait pour rassurer : on apprenait que, sur les 180 signataires de l’accord de Paris de 2015 (COP21), neuf pays seulement ont soumis aux ­Nations unies des programmes concrets pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES).
En attendant que les 171 autres respectent leur engagement devant l’opinion mondiale, l’OCDE constate sombrement que « les gouvernements continuent de consacrer près de 500 milliards de dollars par an [430 milliards d’euros] pour subventionner le pétrole, le charbon et le gaz, et que la plupart d’entre eux n’ont pas su mettre fin à leur dépendance à l’égard des recettes provenant des énergies fossiles ». Ils n’ont pas non plus pris les mesures suffisantes pour placer leurs économies sur « une trajectoire “bas carbone” ». Le secrétaire général de l’organisation, Angel Gurria, prévient : « Cette inertie risque de nous faire perdre la guerre contre le réchauffement climatique », c’est-à-dire l’objectif d’un réchauffement maximal de 2 degrés.
Criminelle apathie
Comment expliquer une aussi criminelle apathie face au drame annoncé ? Depuis quelques années, des chercheurs, historiens, économistes, et non des moindres, avancent une explication radicale. Nous ne sommes pas entrés dans l’anthropocène avec la révolution industrielle et la mondialisation des économies, tant et si bien que l’empreinte colossale des activités humaines a précipité la terre dans une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Editorial. En récompensant Nadia Murad et Denis Mukwege, le comité norvégien s’attaque à un fléau trop longtemps considéré comme un dégât collatéral de la guerre.
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Un prix Nobel contre l’arme du viol

Editorial. En récompensant Nadia Murad et Denis Mukwege, le comité norvégien s’attaque à un fléau trop longtemps considéré comme un dégât collatéral de la guerre.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 11h12
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 11h24
   





                        



   


Editorial du « Monde ». On ne pouvait imaginer meilleur choix pour le prix Nobel de la paix 2018 que Nadia Murad et le docteur Denis Mukwege. En récompensant conjointement, vendredi 5 octobre, la jeune Yézidie qui a fait de son calvaire aux mains de l’organisation Etat islamique un combat contre les violences sexuelles et le gynécologue congolais qui a consacré sa vie à réparer les femmes détruites par les viols, le comité norvégien s’attaque enfin à un fléau trop longtemps considéré comme un regrettable et honteux dégât collatéral de la guerre.
Nadia Murad avait 21 ans lorsque, le 3 août 2014, les djihadistes de l’EI se sont emparés de son village du Sinjar, région montagneuse aux confins de l’Irak et de la Syrie où vivaient les Yézidis, minorité kurdophone non musulmane. Les hommes furent massacrés, les femmes enlevées. Vendue, revendue, réduite en esclavage, violée, torturée, Nadia Murad subit alors le sort de milliers d’autres femmes yézidies avant de parvenir, un jour, à s’échapper. « Ils se sont servis de moi autant qu’ils pouvaient s’en servir », résumera-t-elle sobrement au siège des Nations unies. Car, à peine libre, la jeune femme, surmontant le deuil de sa mère et de ses six frères tués par l’EI et le tabou qui entoure le viol, décide de témoigner devant le monde entier. « J’ai eu de la chance, dit-elle : j’ai survécu. » En 2016, elle devient ambassadrice de l’ONU pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains.

        Lire aussi :
         

                Nadia Murad, des chaînes de l’Etat islamique au prix Nobel de la paix



Denis Mukwege, 63 ans, est né dans le Sud-Kivu et, grâce à une bourse, a fait ses études de gynécologie en France. De retour en République démocratique du Congo, il fonde un hôpital à Bukavu, dans l’est du pays, où il prend en charge gratuitement les femmes victimes de viol dans la guerre civile qui ravage la région. La sauvagerie des mutilations génitales infligées aux victimes le stupéfait. Il voit arriver des femmes, des adolescentes et même des fillettes physiquement et psychologiquement détruites. Il met au point de nouvelles techniques de chirurgie réparatrice. Face à l’ampleur de cette « guerre sur le corps des femmes » – il estime avoir opéré environ 50 000 femmes –, il prend, sans grand écho, position contre le régime Kabila, et surtout décide de mobiliser l’opinion internationale.

   


Chacun à sa manière, Nadia Murad et Denis Mukwege mènent le même combat, avec un égal courage : celui de faire reconnaître le viol non plus comme accessoire inévitable des conflits armés mais comme une véritable arme de guerre. Et c’est bien sur cette qualification « d’arme de guerre » qu’a insisté le comité Nobel dans l’attribution du prix. Le recours massif aux violences sexuelles est aussi vieux que les conflits eux-mêmes : cette arme d’intimidation et de déshumanisation a été utilisée pendant la deuxième guerre mondiale, en Yougoslavie, au Rwanda, ou tout récemment encore en Syrie et en Birmanie. Mais le silence qui l’entourait a trop longtemps assuré l’impunité à ses auteurs ; il a aussi empêché un travail de prévention de se développer au sein des forces armées. Ce Nobel contribuera à briser ce silence.
L’annonce du prix Nobel de la paix a coïncidé avec le premier anniversaire du mouvement #metoo contre les violences sexuelles dans le monde occidental. Comparé aux atrocités subies par les femmes dans les pays en guerre, ce mouvement peut paraître trivial. Il n’y a pas, pourtant, de petits combats en la matière. Notre civilisation ne peut s’accommoder des violences sexuelles, individuelles ou de masse.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », revient sur l’opération des moines bénédictins de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes (Sarthe), qui, dans un contexte de crise des vocations, ont décidé de lever leur clôture le temps d’un week-end pour faire découvrir leur vie à des jeunes.
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« La “journée découverte” des moines de Solesmes : un job dating au monastère ? »

Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », revient sur l’opération des moines bénédictins de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes (Sarthe), qui, dans un contexte de crise des vocations, ont décidé de lever leur clôture le temps d’un week-end pour faire découvrir leur vie à des jeunes.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 10h00
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Ce n’est pas vraiment le genre de job que l’on trouve en traversant la rue. Est-ce d’ailleurs un job comme un autre, voire un job tout court ? Non. Mais on recrute. Les moines bénédictins de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes (Sarthe) organisaient, ce samedi 6 octobre, une « journée découverte » à destination des jeunes de 16 à 30 ans. L’objectif : partager la vie des occupants du lieu, l’instant de quelques heures. Faut-il y voir une opération « portes ouvertes », dans un endroit aussi notoirement fermé qu’un prieuré monastique ? Un job dating au milieu d’une communauté contemplative ? Ce serait grossir le trait. Pas tant que cela néanmoins.
L’initiative s’inscrit dans une démarche nationale entreprise par la Conférence monastique de France et le Service des moniales, à l’occasion d’un synode sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations » qui vient de s’ouvrir à Rome, dans un contexte tendu du fait des révélations concernant les abus sexuels.
Les moines de Solesmes ont adopté les moyens de communication d’aujourd’hui pour attirer les candidats
Une centaine d’abbayes et de monastères ont prévu ainsi de lever leur clôture ce week-end. « Si vous êtes curieux, si vous voulez en savoir plus sur la vie monastique, venez ! clame le père Emmanuel Vaillant, le maître d’œuvre de la journée à Solesmes. Ce n’est pas “engagez-vous” et signez à la fin, car ce n’est pas ainsi que l’on devient moine. Mais si quelque chose se passe pendant la visite, si les cœurs s’ouvrent… », sait-on jamais.
Associés aux moniales bénédictines de l’abbaye Sainte-Cécile, située sur la même commune, les moines de Solesmes ont adopté les moyens de communication d’aujourd’hui pour attirer les candidats, « lycéens, étudiants, jeunes professionnels », comme cela est précisé sur un flyer à la mise en page étudiée. « Qui sont-ils, que font-ils », peut-on y lire sous un point d’interrogation agrandi,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Christophe Charle et Daniel Roche dirigent « L’Europe. Encyclopédie historique », et Carlo Ossola signe « Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe », réaffirmations de la valeur inestimable de ce que partagent les Européens.
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Les Rendez-vous de l’histoire. « L’Europe est toujours entre deux crises »

Christophe Charle et Daniel Roche dirigent « L’Europe. Encyclopédie historique », et Carlo Ossola signe « Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe », réaffirmations de la valeur inestimable de ce que partagent les Européens.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 09h00
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire
L’Europe. Encyclopédie historique, sous la direction de Christophe Charle et Daniel Roche, Actes Sud, 2 398 p., 59 €.
Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe (Europa Ritrovata), de Carlo Ossola, traduit de l’italien par Pierre Musitelli, PUF, 256 p., 21 €.

Trouver dans l’histoire longue de l’Europe des ressources pour comprendre l’origine de son rêve d’unité, et les obstacles qui s’y opposent : tel est l’objectif, dans des ordres très différents, du nouvel essai de l’historien de la littérature Carlo Ossola, professeur au Collège de France, Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe, comme de L’Europe. Encyclopédie historique, la somme dirigée par les historiens Christophe Charle, professeur d’histoire comparée des sociétés européennes à la Sorbonne, et Daniel Roche, professeur honoraire au Collège de France.
Comment le projet de ­l’« Encyclopédie historique » est-il né ?
Daniel Roche C’était une idée que nous avait soumise Claude Durand [1938-2015], alors patron des éditions Fayard, à l’automne 2005. Le non au référendum sur la Constitution européenne l’avait emporté quelques mois plus tôt. Et, d’autre part, l’anniversaire des traités de Rome [1957] approchait, pour lequel le ministère de la culture voulait encourager les intellectuels à s’impliquer davantage − il était donc prêt à soutenir un projet de cette nature. Le livre est né dans ce double contexte, de refus d’une avancée européenne et en même temps de célébration de ce qui avait quand même réussi en Europe.
Treize ans plus tard, l’Europe est encore en crise…
Christophe Charle Elle est toujours ­entre deux crises. Durant la conception du livre, il y a eu la crise financière de 2008, la Grèce, la Pologne,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Elevés aux westerns par les missionnaires, les jeunes Kinois du Congo belge des années 1950-1960 ont sacralisé les héros du Far West, Buffalo Bill en tête. Sans jamais s’identifier aux Indiens, pourtant victimes, comme eux, d’oppression.
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Les cow-boys de Kinshasa

Elevés aux westerns par les missionnaires, les jeunes Kinois du Congo belge des années 1950-1960 ont sacralisé les héros du Far West, Buffalo Bill en tête. Sans jamais s’identifier aux Indiens, pourtant victimes, comme eux, d’oppression.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
07.10.2018 à 13h27
    |

                            Didier Gondola (Professeur d’histoire à l’université de l'Indiana)








                        



                                


                            

Pourquoi, dans les années 1950-1960, ­exposés aux westerns, les jeunes Kinois – de l’actuelle République démocratique du Congo – préfèrent-ils s’identifier aux cow-boys plutôt qu’aux Indiens ? Au-delà du nom qu’on croirait gémellaire (Indoubill) dont ils affublent leur mouvement, c’est pourtant les cow-boys que ces jeunes imitent. Ils puisent donc dans le répertoire du Far West des noms légendaires, en tête desquels trône Buffalo Bill, le héros éponyme de ces jeunes « Bills », qu’ils découvrent à travers Le Triomphe de Buffalo Bill (Jerry Hopper, 1953). Les voici donc, ces cow-boys des tropiques : Billy, Hopalong, John Wayne, Jeune Cowboy, Mivais John, Pecos Bill, Burlan, Sheriff, Gary Cooper, Tex Bill, etc. D’autres empruntent leurs sobriquets aux péplums et compagnie. Ainsi, Ali Baba, Tarzan, Zorro, Zapata, Néron, Viking, Hercule et Moloch se ­livrent à des combats de rue sans merci au sein de leurs gangs de Bills des quartiers de Kinshasa. D’autres encore sèment l’effroi en se surnommant Poison, Assassin, Meurtre, Diabolo, Godzilla, Verre Cassé ou Satan. Seuls deux Bills portent des noms d’Indiens : Apache et Indien.
L’ironie veut que les Bills s’inspirent d’un héros dont pourtant la ressemblance avec le roi Léopold II, le fossoyeur du Congo, ne s’arrête pas qu’à la barbe blanche fournie (à l’impériale pour Buffalo Bill tandis que Léopold II l’arbore plutôt taillée à l’éventail). Tous deux, représentés souvent chevauchant augustement leur monture, incarnent l’Occident en pleine conquête des terres sauvages, mû par la destinée manifeste. Simultanément, les deux hommes font reculer la barbarie, l’un dans les plaines de l’Ouest américain, l’autre dans les ténèbres de l’Afrique centrale. Ils le font à coups de mains coupées, de chicottes et de fusils, Buffalo Bill allant jusqu’à exalter la balle comme le « pionnier de la civilisation » sans ­laquelle « l’Amérique ne serait pas une nation grande, libre, unie et puissante ». Il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Depuis l’élection de Donald Trump, le leader israélien Benyamin Nétanyahou ne cache plus son opposition à la création d’un Etat palestinien, analyse Piotr Smolar, correspondant du « Monde » à Jérusalem.
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L’Etat palestinien, un mirage entretenu

Depuis l’élection de Donald Trump, le leader israélien Benyamin Nétanyahou ne cache plus son opposition à la création d’un Etat palestinien, analyse Piotr Smolar, correspondant du « Monde » à Jérusalem.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 08h44
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



                                


                            

Analyse. Il a dit « deux Etats », rendez-vous compte ! Une fébrilité surprenante s’est emparée de nombreux commentateurs, le 26 septembre, lorsque Donald Trump a exprimé sa préférence – du jour, de l’heure, de l’instant ? – en faveur d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. C’était, il est vrai, une première. Le président américain avait jusqu’alors feint le dégagement. Il prétendait que toute formule retenue par les Israéliens et les Palestiniens – un Etat ou deux – lui conviendrait.
Las. Dans les heures qui ont suivi cette fragile conversion, M. Trump est revenu à sa position initiale, qui marque une rupture avec des décennies de politique américaine dans la région. Il a annoncé également que le plan de paix préparé par ses envoyés spéciaux serait présenté dans « deux à quatre mois ». Ce mystérieux document, déjà reporté plusieurs fois, ne verra peut-être jamais le jour. Peu importe : ses bases partisanes le rendent par avance inacceptable pour les Palestiniens, et sans doute pour les pays arabes. Ceux-ci aimeraient tourner la page du conflit, mais ils ne pourront jamais transiger au sujet de Jérusalem.
La méthode employée démontre l’alignement des positions américaine et israélienne. Depuis le premier jour de l’ère Trump, Israël est récompensé et soutenu
La méthode employée démontre l’alignement des positions américaine et israélienne. Depuis le premier jour de l’ère Trump, Israël est récompensé et soutenu, mais jamais critiqué pour la colonisation ou l’usage disproportionné de la force. En revanche, la Maison Blanche incrimine les Palestiniens pour tout. Elle les dépeint en irréductibles prêcheurs et pratiquants de la violence. L’armée israélienne cause près de 140 morts et 4 500 blessés par balles à Gaza, lors des manifestations de la « marche du retour » ? Ce sont les lanceurs de cerfs-volants incendiaires et le Hamas, maître du territoire sous blocus, qui sont tenus pour uniques responsables.

Les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Plusieurs livres en cette rentrée prolongent la réflexion née après l’affaire Weinstein et interrogent, chacun à leur manière, les conséquences du mouvement.
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Après #metoo, trois livres pour penser l’émancipation des femmes

Plusieurs livres en cette rentrée prolongent la réflexion née après l’affaire Weinstein et interrogent, chacun à leur manière, les conséquences du mouvement.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 07h00
    |

            Christine Rousseau








                        



                                


                            

Laure Murat, didactique. C’est un petit livre court, vif et stimulant que propose Laure Murat. Un essai écrit « au galop » d’une pensée qui à la diatribe préfère la dialectique. « C’est pour contribuer à l’élan parti de l’automne 2017 que je propose ici quelques pistes de réflexions éparses, dont le cadre et objet excèdent de beaucoup le scandale lui-même. » Elle parle bien sûr de l’affaire Weinstein, du nom de ce producteur américain accusé de viol et de harcèlement sexuel, dont la chute a entraîné une prise de parole inédite des femmes.
Profitant de sa position de « double agent » – Laure Murat partage sa vie entre la France et les Etats-Unis où elle enseigne la littérature –, elle appréhende dans sa dimension historique ce mouvement spontané et populaire, mais analyse aussi les réactions et les excès suscités de part et d’autre de l’Atlantique, mettant en évidence les décalages idéologiques anciens : la « galanterie française » et le « puritanisme », deux maux qui, selon elle, maintiennent le système de domination.

Du consentement à la liberté d’expression en passant par la représentation des femmes dans les œuvres, notamment cinématographiques, sur laquelle elle s’attarde pour démonter les accusations de « révisionnisme culturel » et inciter à un renouvellement du regard, Laure Murat expose les éléments d’un nécessaire débat pour redéfinir un nouveau contrat social, une nouvelle grammaire amoureuse.
Eugénie Bastié, caricaturale. Il n’est pas certain qu’Eugénie Bastié, avec Le Porc émissaire : terreur ou contre-révolution (Cerf, 175 p., 18 €), vienne nourrir le débat, tant est caricaturale la vision que donne la journaliste du Figaro du mouvement #metoo, avec son « matraquage victimaire », sa « culture de la délation », sa « criminalisation du masculin » et du féminisme radical dépeint comme un « nouveau communisme »....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste présente une étude qui s’intéresse au fonctionnement des médias dans ce qui est à la fois la plus grande autocratie du monde et le plus grand marché de la presse.
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Paul Seabright : le subtil jeu de la pub et de la propagande dans la presse chinoise

Dans sa chronique, l’économiste présente une étude qui s’intéresse au fonctionnement des médias dans ce qui est à la fois la plus grande autocratie du monde et le plus grand marché de la presse.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 07h00
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                            Paul Seabright (Institut d'études avancées de Toulouse)








                        



                                


                            
Chronique « Recherches ». L’impact de la concurrence entre médias sur leurs contenus est un sujet important, d’un point de vue économique, mais aussi, bien sûr, politique. Dans les sociétés démocratiques, la question peut se poser de la façon suivante : dans quelle mesure le point de vue politique de leurs propriétaires peut-il modifier la logique commerciale de journaux vendus à des lecteurs qui ne le partage pas forcément ?
Dans des sociétés autoritaires, en revanche, on peut poser la question différemment : dans quelle mesure les besoins commerciaux des journaux peuvent-ils modifier la logique politique qui les oblige à répercuter la propagande officielle ?
Jusqu’ici, il y avait peu de moyens scientifiques de répondre à cette question. Mais une étude récente tire des conclusions fascinantes sur le pays qui est à la fois la plus grande autocratie et le plus grand marché mondial de la presse, à savoir la Chine (« Media Bias in China », par Bei Qin, David Strömberg et Yanhui Wu dans l’American Economic Review n° 108/9, septembre 2018).

117 journaux chinois analysés
Les auteurs ont analysé le contenu de 117 journaux chinois entre 1999 et 2010, période de relative ouverture jusqu’à la reprise en mains de 2013, en recensant dans les articles les contenus présentant l’une ou l’autre de ces trois caractéristiques : recyclage du contenu fourni par le Parti communiste chinois ; mentions d’incidents qui pourraient remettre en question la compétence des autorités (corruption, accidents, catastrophes naturelles) ; contenu commercial, sportif ou de divertissement général.
Tous les journaux en Chine sont dirigés par des instances du parti, les comités du Parti communiste chinois centraux, régionaux ou préfectoraux. Mais chacun tire des revenus importants de la publicité, dont le marché est vigoureux et très compétitif. Chaque journal devait donc équilibrer pressions politiques et budgétaires.
Les auteurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Si la ténacité est une qualité nécessaire à la réussite, il faut aussi etre capable de repérer les moments où il faut renoncer à un projet ou changer de voie, explique la journaliste Annie Kahn dans sa chronique.
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De l’art de persévérer... sans s’obstiner

Si la ténacité est une qualité nécessaire à la réussite, il faut aussi etre capable de repérer les moments où il faut renoncer à un projet ou changer de voie, explique la journaliste Annie Kahn dans sa chronique.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 07h00
    |

            Annie Kahn








                        



                                


                            
Ma vie en boîte. Entre ces deux qualités que sont l’intelligence et la persévérance, laquelle est la plus importante pour réussir dans la vie ? Certes, les esprits taquins diront que cumuler les deux est la meilleure des solutions. Mais en dehors de cette situation rêvée, lorsqu’il faut choisir entre deux candidats par exemple, est-il préférable de sélectionner le super-doué, doté d’un coefficient intellectuel très élevé mais que l’échec démotive, ou au contraire le bon, qui, sans être une flèche, est tenace, capable de s’accrocher sur la durée ?
Depuis quelques années, et en particulier la publication, en 2007, de l’article « Persévérance et passion pour des buts à long terme » par la chercheuse en psychologie américaine Angela Duckworth, la persévérance est une qualité unanimement louée. Les travaux de cette psychologue menés sur un échantillon de 1 545 adultes de niveaux d’études variés, plus un panel de 138 étudiants de prestigieuses universités américaines, deux groupes de 1 200 élèves officiers, entre autres, ont prouvé que la persévérance était le principal facteur de succès, plus déterminant que le coefficient intellectuel. Les incitations à travailler pour réussir dans la vie, prodiguées par tout parent soucieux de la réussite de ses enfants, s’en trouvent largement confortées. A en croire Mme Duckworth et ses collègues, il suffit donc (presque) de vouloir pour pouvoir. De quoi tracer une voie claire et donner de l’espoir à chacun.
Périodes fastes
Mais patatras. Il est des revers à cette médaille. André Spicer, professeur en comportement des organisations à la Cass Business School de Londres, sonne l’alerte dans un article de la Harvard Business Review, du 28 septembre, « La persévérance peut être fortement contre-productive ». Certes, c’est un truisme de dire que persévérer dans l’erreur conduit à la catastrophe. Mais il n’est souvent pas évident de réaliser que s’obstiner ne sera pas payant. « Rester...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans sa chronique l’économiste pointe les contradictions entre défense de l’intérêt général et respect des intérêts particuliers.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Paul Jorion : « La relative impunité des chefs d’entreprise est-elle légitime ? »

Dans sa chronique l’économiste pointe les contradictions entre défense de l’intérêt général et respect des intérêts particuliers.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 10h36
    |

                            Paul Jorion (Economiste et anthropologue, Université catholique de Lille)








                        


                                                        
Chronique « Marché ». Le rapprochement de deux événements éloignés de la vie américaine éclaire les éternelles contradictions entre défense de l’intérêt général et respect des intérêts particuliers.
Premier événement : l’accord intervenu entre Elon Musk, PDG du constructeur automobile Tesla, et la Securities and Exchange Commission (SEC), le « gendarme de la Bourse » américain, l’équivalent de l’Autorité des marchés financiers en France.
Second événement : les auditions devant une commission sénatoriale du juge Brett M. Kavanaugh dans la perspective de sa nomination à la Cour suprême.
Les considérations émises à leurs propos respectivement par Jay Clayton, le président de la SEC, et par James Comey, ancien directeur du FBI révoqué en mai 2017 par Donald Trump, rapprochent ces deux événements.
Dans le cas Musk, l’homme d’affaires a été condamné par la SEC au versement d’une amende de 20 millions de dollars (17, 4 millions d’euros) et a été démis de sa fonction de président de Tesla (dont il restera DG) pour avoir annoncé à tort qu’il disposait des fonds lui permettant de retirer à la firme son statut de société cotée en Bourse – une peine jugée légère et qui ne sera probablement pas suivie de poursuites pénales. Jay Clayton a justifié cette clémence en arguant que les peines à l’encontre des entreprises et de leurs dirigeants affectent finalement leurs investisseurs. « On observe souvent, a-t-il déclaré, que les intérêts des actionnaires – qui n’ont été pour rien dans les comportements répréhensibles – sont intimement liés aux intérêts des dirigeants et de la société pris en faute » ; il a ajouté : « les talents et le soutien apportés par certains acteurs-clés peuvent être essentiels au futur succès de la compagnie ». Pris à la lettre, les propos de M. Clayton garantissent de fait une impunité de principe aux dirigeants de sociétés, tout reproche qui pourrait leur être adressé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Jacqueline Sauvage a vécu une relation d’emprise et ne peut être décrite comme une personne déterminée, affirment ses avocates Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, qui répondent à la tribune de Frédéric Chevallier, avocat général lors du procès de cette femme, publiée dans « Le Monde ».
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Les avocates de Jacqueline Sauvage répondent à l’avocat général Frédéric Chevallier

Jacqueline Sauvage a vécu une relation d’emprise et ne peut être décrite comme une personne déterminée, affirment ses avocates Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, qui répondent à la tribune de Frédéric Chevallier, avocat général lors du procès de cette femme, publiée dans « Le Monde ».



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 18h50
    |

Janine Bonaggiunta (Avocate au barreau de Paris) et Nathalie Tomasini (Avocate au barreau de Paris)







                        



                                


                            

Tribune. Monsieur l’Accusateur public, Comment osez-vous écrire une lettre (Le Monde du 1er octobre) à Jacqueline Sauvage par voie de presse, deux ans après sa libération ? Vos propos sont d’une indécence sans nom. Le mardi 1er décembre 2015, nos chemins allaient se croiser pour la première fois. Après plus d’un an de détention déjà, menottée et sous escorte, Jacqueline Sauvage vous a aperçu dans votre robe de justice, et ce jour-là elle avait encore un peu d’espoir…
Non, vous n’auriez jamais pu être son fils, Monsieur Frédéric Chevalier. Comment pouvez-vous même le penser et l’écrire ? Laissez donc Pascal Marot en paix, lui, qui a été victime de la violence de son père, tout comme sa mère et ses sœurs et qui en est mort. Non, Monsieur l’Accusateur public, vous n’avez rien compris, ni hier, ni aujourd’hui, à la vie d’enfer de Jacqueline Sauvage, battue, humiliée, trompée par Norbert Marot.
A croire que vous n’avez pas écouté les témoignages de Carole, Sylvie, Fabienne, ses filles, que vous avez gravement injuriées. A croire que vous n’avez pas écouté les vingt-sept autres témoins, presque tout un village entier, dont son maire, qui sont venus à la barre dire la terreur que leur inspirait Norbert Marot.
A croire que vous ne les avez pas écoutés dire que cette femme, Jacqueline Sauvage, était en danger de mort, mais qu’ils n’ont rien fait, rien tenté, comme encore aujourd’hui des milliers de voisins qui n’osent pas, même lorsqu’ils entendent des cris, appeler les secours, car ils craignent les représailles…
Une relation déséquilibrée de dominant à dominée
Vous affirmez, Monsieur l’Accusateur public, dans votre lettre, adressée à Mme Sauvage, qui a vécu, après l’enfer conjugal, l’acharnement judiciaire, que vous n’inventez rien, or vous réécrivez à votre façon son histoire ! Vous la décrivez comme une femme déterminée et moderne !
Mariée, enceinte, à 17 ans à un mauvais...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Un collectif de plus de 100 scientifiques prend position dans une tribune au « Monde » contre un projet minier en Guyane qui menace l’environnement. Et qui risque aussi d’ouvrir, telle une boîte de Pandore, la voie à d’autres convoitises.
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« Montagne d’or » en Guyane : « Un projet minier destructeur qui ne rapportera quasiment rien »

Un collectif de plus de 100 scientifiques prend position dans une tribune au « Monde » contre un projet minier en Guyane qui menace l’environnement. Et qui risque aussi d’ouvrir, telle une boîte de Pandore, la voie à d’autres convoitises.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 16h12
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 16h45
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. En plein cœur de la forêt guyanaise, loti entre deux réserves biologiques intégrales (RBI Lucifer et Dékou-Dékou), se prépare actuellement le plus grand projet minier que la France ait jamais connu, un projet porté par la Compagnie minière Montagne d’or (CMO, consortium russo-canadien : 55,01 % Nordgold et à 44,99 % Columbus Gold Corporation).
L’opérateur annonce la création d’une fosse de 2,5 kilomètres de long, 400 mètres de large et 200 à 400 mètres de profondeur. L’extraction de l’or nécessite par jour 10 tonnes de cyanure et 20 tonnes d’explosifs afin d’extraire environ 20 kilos d’or, tout en en rejetant 80 000 tonnes de déchets miniers par jour. En effet la concentration en or est faible : 1,6 à 1,8 g par tonne de roche.
Ce projet fait actuellement l’objet d’un débat public, à la demande de ses opposants, dont les dates, du 7 mars au 7 juillet 2018, ont été fixées par la commission nationale du débat public (CNDP). Les réunions publiques qui se sont tenues en Guyane depuis le 3 avril font déjà ressortir une forte opposition au sein de la population guyanaise à un projet destructeur de l’environnement et qui ne rapportera quasiment rien à la Guyane, sinon en termes de pollution et d’impact environnemental.
420 millions d’aides publiques
En effet, si la CMO espère gagner plus de 3,5 milliards d’euros sur douze ans, seulement 2 % iront à la Guyane sous forme de taxes. D’après le rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF), qui parle de « mirage économique », les taxes et impôts du projet s’élèveraient à 308 millions d’euros sur douze ans (241 millions d’euros à l’Etat français et 67 millions d’euros de taxes locales) mais il engloutirait au moins 420 millions d’aides publiques. Ceci pour 750 emplois directs promis, « soit un coût aberrant de 560 000 euros publics pour chaque emploi ».

L’impact environnemental est un véritable désastre : nuisances immédiates sur le site lui-même...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste, prix Nobel 2014, estime que le modèle théorique qui a dominé la science économique au XXe siècle est dépassé. Il défend une plus grande transversalité avec les sciences sociales.
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Article sélectionné dans La Matinale du 06/10/2018
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Jean Tirole : « L’homo economicus a vécu »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste, prix Nobel 2014, estime que le modèle théorique qui a dominé la science économique au XXe siècle est dépassé. Il défend une plus grande transversalité avec les sciences sociales.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 14h45
 • Mis à jour le
07.10.2018 à 07h02
   





                        



                                


                            

Tribune. Les penseurs du siècle des Lumières, ainsi que leurs prédécesseurs, réfléchissaient aux comportements des individus et des groupes sociaux sans faire de distinction entre les sciences sociales.
Adam Smith (1723-1790) avait par exemple publié, dix-sept ans avant son célèbre traité La Richesse des nations, un livre remarquable intitulé La Théorie des sentiments moraux. Ce n’est que progressivement – et essentiellement au XXe siècle – que les différentes cloisons scientifiques sont apparues, séparant artificiellement les activités humaines en différents objets d’étude, pour lesquels des méthodes d’analyse et de compréhension ont évolué chacune de leur côté. Pourtant, toutes les sciences sociales partagent bel et bien un même sujet d’étude, les mêmes individus et les mêmes groupes sociaux.
« Défaillances »
L’économie, par exemple, a construit son identité propre au XXe siècle, à travers, d’une part, une emphase particulière sur des méthodes statistiques et quantitatives, et, d’autre part, le concept d’homo economicus. Cet homo economicus est supposé défendre rationnellement ses intérêts, compte tenu de l’information dont il dispose. Un apport essentiel de cette approche et des recommandations associées est la mise en exergue des différences qui peuvent exister entre rationalité individuelle et collective : ce qui est bon pour un acteur économique n’est pas forcément bon pour l’ensemble de la société.

Par exemple, un individu, une entreprise ou une administration peuvent choisir de polluer l’environnement plutôt que de réduire leurs activités ou de les rendre plus vertes ; une entreprise ou une banque peut abuser de son pouvoir de marché ou prendre des risques inconsidérés, au détriment des consommateurs ou du contribuable ; un politicien pourra faire passer sa carrière politique avant l’intérêt général en choisissant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Les deux sociologues estiment, dans une tribune au « Monde », que l’interpénétration actuelle des deux disciplines devrait contribuer à atténuer la virulence de leur antagonisme traditionnel.
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Luc Boltanski et Arnaud Esquerre : « L’économie et la sociologie peuvent s’enrichir mutuellement »

Les deux sociologues estiment, dans une tribune au « Monde », que l’interpénétration actuelle des deux disciplines devrait contribuer à atténuer la virulence de leur antagonisme traditionnel.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 14h45
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 08h58
   





                        



                                


                            

Tribune. Un esprit (pour ne pas dire un spectre) hante le vaste domaine des sciences humaines et sociales (SHS) : celui de l’interdisciplinarité. Fréquemment évoqué à titre d’idéal, il s’incarne rarement dans des agencements assez robustes et durables pour apaiser les relations souvent difficiles entre disciplines académiques dont chacune entend à la fois être maîtresse chez elle et faire reconnaître sa prééminence.
Une situation de ce genre est, depuis quelques décennies, particulièrement marquée dans le cas de deux disciplines, l’économie et la sociologie, qui devraient avoir tout pour s’entendre, ne serait-ce que parce qu’elles ont grosso modo le même objet : des êtres humains considérés en tant qu’ils interagissent et échangent et qui, ce faisant, composent ce que l’on appelle, par convention, des « sociétés ».

Or, dans le cas de ces deux disciplines, les relations de concurrence l’emportent souvent sur la coopération, parfois jusqu’à prendre un tour agonistique allant jusqu’à l’échange d’accusations croisées. Ces accusations prennent généralement appui sur deux registres argumentatifs très différents : celui de la politique et celui de la scientificité. C’est le cas, par exemple, lorsque des sociologues accusent en bloc l’économie d’être « de droite », comme si les disciplines académiques héritaient d’une sorte de gène politique inscrit dans leur patrimoine, ce qui est absurde, et comme si elles n’étaient pas elles-mêmes traversées par des conflits. Ou encore quand des économistes prétendent s’arroger une prééminence dans l’ordre de la scientificité, comme si la façon dont leur discipline rend compte du monde constituait le maître-étalon de tout discours de vérité.
L’acteur et le chercheur
Les tensions tiennent surtout au fait que, en sociologie et en économie, la relation entre connaissance scientifique et réalité sociale s’est établie selon des modalités différentes, avec pour conséquence de faire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Gaspard Estrada, spécialiste de l’Amérique latine à Sciences Po, explique que la tentation est forte au sein de la haute société de soutenir le candidat d’extrême droite en vue des élections générales du 7 octobre.
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« Au Brésil, le discours moraliste de plus en plus droitier des élites »

Dans une tribune au « Monde », Gaspard Estrada, spécialiste de l’Amérique latine à Sciences Po, explique que la tentation est forte au sein de la haute société de soutenir le candidat d’extrême droite en vue des élections générales du 7 octobre.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 14h30
    |

Gaspard Estrada (Directeur exécutif de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) de Sciences Po.)







                        



                                


                            
Tribune. Les « extrêmes » seraient-ils en passe de gouverner le Brésil ? A lire l’avis de certains éditorialistes de la presse brésilienne, les deux candidats en tête des sondages, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad, seraient « blanc bonnet » et « bonnet blanc ». En raison de leur manque d’engagement supposé vis-à-vis des institutions et des valeurs démocratiques, ils constitueraient l’incarnation de deux expressions d’un extrémisme politique similaire.
A la suite de la montée de M. Bolsonaro dans les sondages, la bourse de Sao Paulo a repris des couleurs
Dans ce contexte, faire le choix dès à présent du candidat de l’extrême droite, M. Bolsonaro, afin de faire barrage au Parti des Travailleurs (PT, gauche) de l’ancien président Lula, serait une solution acceptable, notamment aux yeux des milieux financiers, d’une partie de la classe politique, et plus généralement, des élites du pays. A la suite de la montée de M. Bolsonaro dans les sondages, du fait d’une tentative ratée d’assassinat début septembre et de la mobilisation récente des pasteurs des églises évangéliques en sa faveur, la bourse de Sao Paulo a repris des couleurs, alors que le Real a vu son cours augmenter face au dollar.

Depuis, des parlementaires et des candidats aux postes de gouverneurs de la droite, voire du centre, ont déclaré leur soutien à M. Bolsonaro, abandonnant le candidat du Parti de la Social-Démocratie Brésilienne (PSDB, droite), Geraldo Alckmin, qui patine dans les études d’opinion. Ce faisant, ces derniers ont enterré la possibilité de la formation éventuelle d’un front républicain contre l’extrême droite au deuxième tour.
L’image ternie des faux justiciers anti-corruption
Cette équiparation de M. Bolsonaro et de M. Haddad au rang de candidats des « extrêmes » non respectueux des valeurs démocratiques est mensongère : contrairement au candidat de l’extrême droite, le dauphin de Lula n’a jamais remis en question la sincérité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Cela commençait bien avec #balancetonporc en 2017. Mais, depuis, une multitude de hashtags délateurs ont proliféré sur les réseaux. Agrégeant toutes sortes de causes, du racisme au malaise hospitalier en passant par le voisin malpoli ou le retard du RER B.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤             
#BalanceTaBalance ou l’invasion des hashtags qui dénoncent 
                  
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LE MONDE
 |
                  05.10.2018 à 14h14


Cela commençait bien avec #balancetonporc en 2017. Mais, depuis, une multitude de hashtags délateurs ont proliféré sur les réseaux. Agrégeant toutes sortes de causes, du racisme au malaise hospitalier en passant par le voisin malpoli ou le retard du RER B.

Par                             Nicolas Santolaria





                     
Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, il n’a jamais été aussi simple de balancer… son pavé dans la mare, son voisin, son humeur volcanique du moment. Le 6 septembre, Cécile Djunga, présentatrice météo sur la RTBF, évoquait, dans une vidéo aux allures de soir d’orage postée sur YouTube, les insultes racistes devenues son lot quotidien depuis qu’elle est arrivée sur l’antenne de la chaîne publique belge, voilà environ un an. « Hier, au boulot, à la météo, y’a une dame qui a appelé pour dire que j’étais trop noire, qu’on ne voyait rien à l’écran », confiait la jeune femme face à la caméra, dans un demi-sanglot. Animée par l’idée que la honte devait changer de camp, elle décide de ne pas en rester là : « On a eu #balancetonporc, maintenant on va avoir #balancetoncon, d’accord. On va balancer les cons, on va balancer les gens qui sont trop fermés d’esprit et qui en blessent d’autres », proposait la présentatrice, dans cette vidéo-manifeste visionnée plus de 2,5 millions de fois.

Quelques jours plus tard, peut-être effrayée par l’ampleur de la tâche, la nouvelle figure emblématique de la chasse aux cons ne souhaitait déjà plus répondre aux interviews, préférant se concentrer sur ses « projets artistiques ». Entre le feu de paille émotionnel et le raz de marée numérique, on ne sait trop quel sera l’avenir de ce mot-dièse un peu fourre-tout, qui a déjà permis d’épingler le polémiste Eric Zemmour et le roi des forains Marcel Campion. On peut néanmoins voir là le signe d’une extension galopante du domaine de la dénonciation. « Avant, le fait de dénoncer supposait du papier, une enveloppe, un adressage, un timbre. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, le coût de l’acte a littéralement fondu, explique le sociologue Fabien Jobard, co-auteur de Citoyens et délateurs : la délation peut-elle être civique ? (Editions Autrement, 2005). Dans l’espace public numérique, on voit que la dénonciation de situations (sexisme,...





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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Kiara Neri, chercheuse en droit international, revient sur la naissance, dès le XVIIe siècle, de l’obligation de porter secours aux naufragés.
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Aux origines du sauvetage en mer

Kiara Neri, chercheuse en droit international, revient sur la naissance, dès le XVIIe siècle, de l’obligation de porter secours aux naufragés.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 13h00
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                            Kiara Neri (Maîtresse de conférences en droit international, à l'université Jean-Moulin-Lyon-III)








                        



                                


                            

Les océans fascinent depuis toujours, aussi bien pour leur beauté et leur attractivité que pour leur dangerosité. On se souvient des vers de Victor Hugo qui, dans Oceano Nox, chantait les « naufragés, victimes d’une mer sans fond (…) sous l’aveugle océan à jamais enfouis ! » C’est cette inquiétude inhérente aux risques liés aux activités maritimes qui a donné naissance à l’obligation de porter secours. L’actualité tragique commande de s’interroger sur l’origine de cette obligation, son contenu et la manière dont elle est appliquée par nos démocraties européennes.
La naissance de l’obligation. Dès le XVIIe siècle, le droit français organise l’obligation de porter secours aux personnes en danger en mer. L’ordonnance de la marine de 1681 imposait déjà à quiconque voyant des personnes en danger de naufrage de faire tout pour les secourir. Dans le même sens, un devoir d’assistance est imposé aux navires publics français dès 1790. La pratique française étant loin d’être isolée, l’obligation va petit à petit s’étendre à tous les capitaines de navires. Elle sera accompagnée du développement par les Etats côtiers de services de sauvetage au large de leurs côtes. Ainsi, à la suite de terribles accidents maritimes, le Parlement britannique créa, en 1823, une ­société pour la sauvegarde des naufragés et de leurs biens qui deviendra la Royal National Lifeboat Institution. A peine quelques années plus tard, une société semblable était créée à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). L’obligation d’assistance moderne était donc créée dès le début du XIXe siècle. Elle a depuis acquis une valeur coutumière et s’impose donc à tous les Etats. Elle a également été codifiée dans un nombre important de conventions internationales depuis 1910 avant d’être consacrée dans sa forme ­actuelle en 1982, dans la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (article 98).
Le contenu de l’obligation....




                        

                        

