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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Pour la première fois, un manga français va être adapté en série animée japonaise. A la plus pure tradition du manga d’aventures et d’humour, Tony Valente a su ajouter une réflexion sur la xénophobie.
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« Radiant », ou les incroyables aventures d’un dessinateur français au pays du manga

Pour la première fois, un manga français va être adapté en série animée japonaise. A la plus pure tradition du manga d’aventures et d’humour, Tony Valente a su ajouter une réflexion sur la xénophobie.





LE MONDE
 |    06.10.2018 à 10h00
    |

            Pauline Croquet





C’est « une aventure de foufou » qui commence à Toulouse, passe par Roubaix et se poursuit à Tokyo. Celle de Tony Valente, premier dessinateur de manga français à obtenir son dessin animé japonais, une marque de prestige. Celle de Radiant et de son héros, Seth, un jeune garçon issu de la caste des sorciers, communauté rejetée bien qu’elle sauve des vies humaines en combattant les Némésis, des créatures tombées du ciel qui tuent et contaminent.
A compter de samedi 6 octobre, 21 épisodes de Radiant seront diffusés au Japon sur la chaîne publique japonaise NHK à 17 h 35, un créneau de grande écoute prisé des enfants. En France – et en attendant l’achat par une chaîne de télévision –, les épisodes seront proposés en ligne dans la foulée sur les plates-formes de VOD Crunchyroll et ADN.

Biberonné à « Lanfeust de Troy » et « Dragon Ball »
L’auteur lui-même ne voulait pas y croire au début, l’opération étant inédite. Et aussi parce que c’est comme cela que fonctionne Tony Valente : « Quand j’ai commencé Radiant, je l’ai fait en me disant que ça ne marcherait pas puisque de nombreux mangas français s’étaient pété la gueule. »

        Notre article paru après l’annonce de l’animé
         

          Un manga français va être adapté en dessin animé japonais



Le Toulousain de 34 ans, aujourd’hui expatrié au Canada, portait en germe depuis longtemps l’histoire de Seth. Biberonné à Astérix, Lanfeust de Troy, Dragon Ball et Ranma ½, Tony Valente a toujours voulu être dessinateur de BD, encouragé par ses parents issus d’un milieu très modeste (manutentionnaire et cordonnier). « De toutes les façons, le bas du bas on y était, et ce n’était pas grave de retomber dedans si jamais je ne pouvais pas faire ce que je voulais », expliquait en mai l’auteur à Franceinfo.
Travaillant d’arrache-pied sur ses planches après le bac, il est recruté comme auteur de BD franco-belge chez l’éditeur Delcourt et publie son premier album, Les Quatre Princes de Ganahan, à 20 ans. Le succès n’est pas vraiment au rendez-vous, mais le dessinateur persévère et parvient même à travailler avec l’une de ses idoles, Didier Tarquin, le père de Lanfeust. Il ne se mettra que sur le tard au manga en découvrant Naruto et One Piece, des shônen nekketsu iconiques – mangas d’action et d’aventure prônant des valeurs de courage et de dépassement de soi –, qui lui « mettent une claque ».

   


Grosse « salade » de références
Peu avant que sa fille naisse, frustré par les projets sur lesquels il travaille, Tony Valente décide de coucher sur papier Radiant, et de le proposer à des éditeurs qu’il apprécie. En 2013, très peu de maisons d’édition produisent du manga français, plus coûteux et risqué que l’achat de licences japonaises. Plusieurs lui opposent un refus. C’est Ankama, éditeur et studio d’animation roubaisien, qui, fort du succès de sa série Dofus, le signe. A un rythme effréné, Tony Valente livre au moins trois tomes par an, s’attelant à la fois au scénario, au dessin et à la colorisation.

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          Les mangakas français à la conquête du neuvième art nippon



« On pensait partir pour trois, quatre tomes comme à notre habitude, nous en sommes au dixième ! », lance Elise Storm, l’éditrice française de Radiant.
« Au premier coup d’œil, on a su que cette série sortait du commun et qu’elle allait marcher. Elle rassemble à la fois les codes du manga shônen japonais, l’humour européen et du fond dans son propos. »
Pour expliquer sa recette, Tony Valente parle volontiers de « faire une salade avec tout ce qui me suit depuis l’enfance ». Il détaille : « D’aussi loin que je m’en souvienne, ça m’a toujours fait rêver, les bateaux volants, la fantasy aérienne avec des nuages, des vaisseaux en bois. » Une esthétique à laquelle il a ajouté des éléments de folklore et d’histoire européenne, comme la sorcellerie ou l’Inquisition. « Une histoire universelle avec un glaçage européen », en résumé.
Métaphore des migrants
Radiant est d’autant plus remarquable qu’il porte un discours politique plutôt fort, avec un regard sur la notion d’étranger, le racisme, l’immigration. Les sorciers de Radiant sont des humains qui ont survécu à une contamination des monstres Némésis. Ils en portent des stigmates visibles et sont craints par le reste de la population, traités de voleurs et de bons à rien, persécutés par l’Inquisition. Tout au long du manga, le héros affronte ce traitement injuste et décide, pour mettre un terme à cette discrimination, de rechercher le berceau des Némésis pour le détruire. L’auteur explique :
« Quand j’ai commencé “Radiant”, la politique en France virait à droite et à l’extrême droite, le discours raciste était quelque peu décomplexé. Ce que je développe sur l’Inquisition fait écho à ce qui se passe en ce moment. »
Il met ainsi dans la bouche de Konrad de Marbourg, un inquisiteur zélé, des propos tenus à l’époque par Manuel Valls. « Des propos incroyables… Je n’ai pas eu à inventer les trucs salauds que disent mes personnages, j’ai pris des citations exactes et je les ai transposées », explique-t-il. Pourtant, Tony Valente l’affirme : « Je ne regarde pas tant que ça l’actu ou la télé mais ces propos ont résonné. Mon manga est un exutoire pour mettre tout ce qui me façonne. »

   


Tony Valente est ainsi l’un des premiers mangakas français à connaître un large succès. Il suffisait simplement de constater l’interminable file d’attente de « radiantiseurs », les fans de Tony Valente, pour ses dédicaces, et la salle de conférence comble lors de son passage à la Japan Expo cet été, grand raout français du manga. Selon Ankama, le premier tome s’est écoulé à 45 000 exemplaires, un chiffre excellent. En tout, ce sont désormais plus de 220 000 tomes de Radiant qui se sont vendus en France. « Radiant est aujourd’hui distribué sur tous les continents et est traduit dans six langues », ajoute Elise Storm.
Le premier pays à avoir importé Radiant est le Japon, en août 2015, par l’entremise de Frédéric Toutlemonde, patron d’Euromanga, maison d’édition qui édite des titres de BD européenne au Japon. Trois ans plus tard, la réputation de Radiant dans l’Archipel est forgée : « Sa popularité est excellente si on la compare aux autres BD étrangères au Japon. Mais faible si on la compare à celle des ténors du genre “shônen manga” des grandes maisons d’édition japonaises », à l’instar de One Piece ou Naruto, explique M. Toutlemonde.

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C’est en librairie, en apercevant la couverture, que Yusuke Fujita découvre Radiant et décide de proposer à son employeur, NHK, de produire la série animée.
« J’étais convaincu que cela ferait un bon anime et que si je ne le proposais pas, quelqu’un d’autre finirait par le faire. Il n’a pas été si difficile que ça de convaincre mes supérieurs d’adapter une œuvre française, mais il est vrai que c’est un projet unique au Japon. »
Adaptation minutieuse
NHK démarche Ankama pour acheter les droits et confie ensuite la réalisation du projet au studio d’animation japonais Lerche, qui s’est chargé de la série à succès Assassination Classroom. Le studio offre des conditions de réalisation digne de n’importe quel grand manga. « Ils réfléchissent à tout et rendent plus concret tout ce que j’avais esquissé en free style », explique l’auteur en citant des exemples allant du nombre de rayures sur la jupe de la sorcière Mélie, à la forme exacte des cheveux de Seth, mais aussi les intérieurs des habitations qui n’étaient pas dessinés. Autre gage de foi : le choix des seiyus, les doubleurs des personnages, qui ont le statut de superstars au Japon.

   


Lerche a aussi offert des garanties hors du commun à Tony Valente en le consultant tout au long de la réalisation de la série ; ce qui ne se fait pas forcément avec les autres mangakas. « Je suis allé les rencontrer en décembre, et malgré la traduction, j’ai l’impression qu’on parlait la même langue. Plein de références communes en manga, animation, jeux vidéo… », assure le mangaka. « On a fait des meetings Skype avec l’équipe toutes les semaines. Ils me posent plein de questions pour approfondir, ils me font tout valider, je me sens impliqué. » Ce que confirme Elise Storm, son éditrice : « Au début, on craignait qu’ils gomment le côté politique. Mais finalement, les Japonais n’ont pas tergiversé et ont tenu à restituer fidèlement le travail de Tony. »
Le parcours était déjà exceptionnel. Mais si l’anime Radiant séduit au Japon, il y a fort à parier que le manga connaisse un énorme succès. Tony Valente, lui, savoure mais voit encore plus grand. « Si je pouvais faire quarante tomes, ce serait super ! »




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Christophe Charle et Daniel Roche dirigent « L’Europe. Encyclopédie historique », et Carlo Ossola signe « Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe », réaffirmations de la valeur inestimable de ce que partagent les Européens.
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Les Rendez-vous de l’histoire. « L’Europe est toujours entre deux crises »

Christophe Charle et Daniel Roche dirigent « L’Europe. Encyclopédie historique », et Carlo Ossola signe « Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe », réaffirmations de la valeur inestimable de ce que partagent les Européens.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 09h00
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire
L’Europe. Encyclopédie historique, sous la direction de Christophe Charle et Daniel Roche, Actes Sud, 2 398 p., 59 €.
Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe (Europa Ritrovata), de Carlo Ossola, traduit de l’italien par Pierre Musitelli, PUF, 256 p., 21 €.

Trouver dans l’histoire longue de l’Europe des ressources pour comprendre l’origine de son rêve d’unité, et les obstacles qui s’y opposent : tel est l’objectif, dans des ordres très différents, du nouvel essai de l’historien de la littérature Carlo Ossola, professeur au Collège de France, Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe, comme de L’Europe. Encyclopédie historique, la somme dirigée par les historiens Christophe Charle, professeur d’histoire comparée des sociétés européennes à la Sorbonne, et Daniel Roche, professeur honoraire au Collège de France.
Comment le projet de ­l’« Encyclopédie historique » est-il né ?
Daniel Roche C’était une idée que nous avait soumise Claude Durand [1938-2015], alors patron des éditions Fayard, à l’automne 2005. Le non au référendum sur la Constitution européenne l’avait emporté quelques mois plus tôt. Et, d’autre part, l’anniversaire des traités de Rome [1957] approchait, pour lequel le ministère de la culture voulait encourager les intellectuels à s’impliquer davantage − il était donc prêt à soutenir un projet de cette nature. Le livre est né dans ce double contexte, de refus d’une avancée européenne et en même temps de célébration de ce qui avait quand même réussi en Europe.
Treize ans plus tard, l’Europe est encore en crise…
Christophe Charle Elle est toujours ­entre deux crises. Durant la conception du livre, il y a eu la crise financière de 2008, la Grèce, la Pologne,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ L’écrivain italien signe un premier roman très inspiré de faits réels, « Piranhas », qui témoigne de l’apparition, à Naples, de gangs de très jeunes mafieux.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/10/2018
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Roberto Saviano : « Les “baby-gangsters” sont habités par une sorte de désir mystique »

L’écrivain italien signe un premier roman très inspiré de faits réels, « Piranhas », qui témoigne de l’apparition, à Naples, de gangs de très jeunes mafieux.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 19h10
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 10h55
    |

                            Macha Séry








                        



                                


                            

Piranhas (Gallimard, 354 p., 22 €), en librairie depuis le 4 octobre, est le premier roman de l’écrivain italien Roberto Saviano, sous protection policière depuis la parution, en 2006, de son livre-enquête, Gomorra (Gallimard, 2007).
C’est le premier volet d’un diptyque (le second est Bacio feroce, « Baiser féroce », à paraître), dont l’adaptation au cinéma, déjà tournée, par Claudio Giovannesi, est en post-production. Il y retrace l’ascension puis la chute d’une bande de jeunes mafieux napolitains.

Dans « Extra pure. Voyage dans l’économie de la cocaïne » (Gallimard, 2014), vous écriviez : « Et si j’avais fait autrement ? Si j’avais choisi une route plus droite, celle de l’art ? La vie d’un écrivain, par exemple, que certains définiraient pur, avec ses névroses, ses angoisses, sa normalité. Raconter des histoires inspirées. Se passionner pour l’écriture, la narration. Je n’en ai pas été capable. » Qu’est-ce qui a changé ?
Ma méthode est la même, sauf que, cette fois, je l’ai appliquée à une fiction inspirée de faits réels. J’entre dans la psychologie des personnes quand, dans la non-fiction, je dois me limiter aux faits, aux preuves, aux dossiers judiciaires, aux écoutes téléphoniques.
Là, je peux, en outre, imaginer ce dont rêvent les personnages, ce qu’ils désirent, leur donner de la profondeur. Il s’agit de garder une direction littéraire tout en montrant les mécanismes de la réalité, comme le faisait Zola à son époque, en souscrivant aux règles du naturalisme.
« Les mafieux boivent du champagne Moët & Chandon, que les Napolitaines appellent “Moeta”. Pourquoi du champagne ? Parce qu’une fois que le bouchon a sauté, il faut boire toute la bouteille »
Votre personnage principal, Nicolas Fiorillo, alias Maharaja, est romanesque par son charisme. On dirait qu’il est né pour être chef. Il connaît d’ailleurs très bien « Le Prince », de Machiavel. Qu’est-ce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Pour la philosophe Claire Marin, c’est l’amour qui crée la nuit car avant, « il n’y a que des plages de sommeil ». Elle est l’invitée de la Nuit de l’amour et des idées, le 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.
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                Claire Marin : « L’amour habite l’espace de la nuit »


Pour la philosophe Claire Marin, c’est l’amour qui crée la nuit car avant, « il n’y a que des plages de sommeil ». Elle est l’invitée de la Nuit de l’amour et des idées, le 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.

LE MONDE
                 |                 05.10.2018 à 10h09
                 |

Claire Marin (philosophe)
















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Par Claire Marin

   


La nuit n’existe pas avant l’amour. Il n’y a que des plages de sommeil et des éclipses de la conscience. Je découvre la nuit, sa densité, sa matière, sa temporalité incertaine dans l’état amoureux. Les nuits interminables où je doute, j’attends, j’espère. Les nuits trop courtes où tu me rejoins dans l’obscurité complice. Les nuits blanches où tu n’es plus là.

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L’amour habite l’espace de la nuit, les amours perdus s’y promènent en fantômes nostalgiques, les amours neufs s’y épuisent jusqu’à l’aube matinale. Peut-être est-ce la matière labile de la nuit, qui, comme dans les expériences chimiques, précipite la passion, la cristallise. L’amour dévore mes nuits.
Elles appartiennent à ceux que j’aime, ceux qui s’y réfugient ou les saccagent sans retenue. ll ne me reste que des fragments de nuit, disséminés un peu au hasard sur le cercle du cadran, des traces de sommeil ici et là, entre les enlacements des corps ou les caresses rassurantes. Une mère, dit Bergson, ne dort jamais vraiment pour son enfant, dont un soupir suffit à la réveiller.

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Je donne mes nuits à l’amant ou à l’enfant que je regarde s’endormir, je veille sur ceux qui s’offrent ainsi, qui s’abandonnent à la vulnérabilité. La nuit les dénude, livre aux regards leur corps détendu, leur visage apaisé, leur beauté calme. On ne peut vraiment dormir qu’auprès de ceux que l’on aime. Il faut cette douce confiance pour se laisser glisser sans inquiétude dans l’abîme de la nuit.
Claire Marin est professeure de philosophie, membre associé de l’ENS-Ulm et de la Chaire de philosophie à l’Hôtel Dieu. Ses recherches portent sur les épreuves de la vie. Elle a notamment consacré plusieurs essais et récits à l’analyse de la maladie (dont « Hors de moi », Allia, 128 p., 2008). Nourri de son expérience pédagogique, son dernier ouvrage, « La Relève » (Ed. du Cerf, 240 p., 18 €), retrace des parcours de réussite de la jeunesse de banlieue. Elle est aussi l’auteure de « Qu’allons-nous devenir ? La technique et l’homme de demain » (Gallimard, 62 p., 10 €).
Claire Marin participe à la Nuit de l’Amour et des Idées, organisée dans le cadre du Monde Festival du samedi 6 octobre à 22 heures au dimanche 7 octobre à 6 heures, au théâtre des Bouffes du Nord.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




                                                Par                        Claire Marin (philosophe)













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Le Prix Nobel de littérature 2010 est l’invité du Monde Festival le 6 octobre. Dans son « Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine » (Plon, 2005), il racontait son parcours avec notre journal.
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Le Prix Nobel de littérature 2010 est l’invité du Monde Festival le 6 octobre. Dans son « Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine » (Plon, 2005), il racontait son parcours avec notre journal.

LE MONDE
                 |                 05.10.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
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Pendant les six années que j’ai passées à Paris, j’ai, du lundi au samedi, religieusement lu Le Monde à trois heures de l’après-midi, dans un bistrot de mon quartier. J’avais une admiration sans borne pour ce journal, qui me semblait incarner tout ce qui avait fait de moi, depuis ma première jeunesse, un adepte convaincu de la culture française : sa vision planétaire de l’actualité, son esprit pluriel et ouvert à la controverse, le sérieux de ses analyses, son refus de la frivolité, l’importance qu’elle donnait aux idées et à la culture, et sa position favorable aux causes de gauche, sans pour autant cesser d’être critique face au communisme et à l’URSS.
C’était par ailleurs un des rares journaux, le seul peut-être dans l’Europe des années 1960, à informer sur l’Amérique latine. Les articles de Claude Julien consacrés aux problèmes latino-américains étaient, en général, rigoureux et lumineux.

        Au Monde Festival :
         

          Conversation avec Mario Vargas Llosa : l’Amérique latine, entre populisme et libéralisme



En déménageant de Paris à Londres, à la fin des années 1960, j’ai continué à lire Le Monde, mais j’étais moins enthousiaste qu’auparavant et plus critique. J’ai pris mes distances quand ce quotidien du soir a commencé à se montrer systématiquement favorable aux tendances révolutionnaires latino-américaines – guérilla ou non, même à l’encontre de gouvernements démocratiques, comme celui de Fernando Belaunde au Pérou.
Les actions insurrectionnelles des groupes castristes, en faisant chuter ce dernier, avaient ouvert les portes du pouvoir non au socialisme, mais aux dictatures militaires qui, dans les années 1970, s’étendirent à presque tout le continent. Le journal conservait un haut niveau intellectuel, mais sa ligne idéologique me semblait représenter typiquement cette position hémiplégique de tant de progressistes européens, qui défendaient pour leur pays et l’Europe un socialisme démocratique alors qu’ils préconisaient pour l’Amérique latine et le tiers-monde l’« exemple de Fidel Castro », autrement dit la révolution, selon Günter Grass.

        Lire aussi :
         

                Mario Vargas Llosa et la post-vérité, variante péruvienne



Dans les années 1970, je crois n’avoir lu Le Monde qu’exceptionnellement, lorsqu’il se passait quelque chose de grave en France. Cet éloignement me sembla particulièrement justifié au moment des présidentielles péruviennes de 1990 – où je fus candidat –, lorsque, dans les informations du prestigieux journal de mes amours juvéniles, je vis reproduites certaines des attaques et des pires calomnies forgées contre moi au Pérou par les apristes [du parti de l’APRA, fondé par Haya de la Torre au Pérou et les communistes].
Cependant, au milieu des années 1990, mon divorce secret et quelque peu traumatisant avec Le Monde devait s’achever par une réconciliation. Je découvris en effet que nos positions –sans vouloir paraître présomptueux – s’étaient considérablement rapprochées, au point d’être identiques sur certains sujets. Le quotidien attaquait la dictature castriste et d’autres tyrannies de gauche avec autant, voire plus de sévérité que les dictatures militaires de droite, et, en économie, il acceptait le marché, la libre entreprise, la globalisation, les privatisations. En d’autres termes, l’odieux libéralisme d’antan.

        Lire aussi :
         

                Pérou : le roman des années Fujimori de Mario Vargas Llosa



En politique, son engagement pour la démocratie ne concernait plus seulement le monde développé, mais aussi le tiers-monde, et son rejet des nationalismes – y compris le français – semblait assez ferme. A la bonne heure ! Je redevins lecteur du Monde et découvris parfois, non sans satisfaction, que ses pages reproduisaient même certaines de mes chroniques.
Le Monde, malgré tous ses défauts et les erreurs ou bourdes qu’il a pu commettre, est un journal magnifique, un des rares qui ait su résister à l’horrible marée du sensationnalisme et de la banalisation qui a détruit tant de ses semblables en Europe et en Amérique, au point de faire du journalisme un pur spectacle, sans idées ni principes, et parfois sans grammaire.
Ce genre de journalisme sérieux, d’analyse et de débat intellectuel, avec dans ses pages un effort quotidien pour faire passer l’actualité au crible de la raison et pour transcender ce qui est purement anecdotique, en essayant de distinguer le substantif de l’adjectif dans l’histoire qui se fait et se défait chaque jour, est devenu aujourd’hui un oiseau rare, et un des piliers les plus résistants est Le Monde. Sans lui, et pas seulement en France, l’information et la culture tout court se porteraient bien plus mal encore.
Mario Vargas Llosa
Dans le cadre du Monde festival, le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa conversera avec notre journaliste chargé du suivi de l’Amérique latine, Paulo Paranagua. La rencontre aura lieu samedi 6 octobre 2018 au Palais Garnier, de 15 h 30 à 16 h 30.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.
















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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Spécialiste de l’Antiquité, l’essayiste Donna Zuckerberg, sœur du fondateur de Facebook, publie un livre dans lequel elle s’insurge contre le détournement de son sujet par l’extrême droite américaine, au profit de thèses racistes et sexistes.
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L’extrême droite, la misogynie, et l’antiquité

Spécialiste de l’Antiquité, l’essayiste Donna Zuckerberg, sœur du fondateur de Facebook, publie un livre dans lequel elle s’insurge contre le détournement de son sujet par l’extrême droite américaine, au profit de thèses racistes et sexistes.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 10h25
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

L’alt-right, l’extrême droite américaine, se revendique, non seulement du tribun Donald Trump, mais de Rome et de la Grèce antique. C’est le sujet du livre que publie, le 8 octobre, Donna Zuckerberg, la sœur du fondateur de Facebook (Not All Dead White Men : Classics and Misogyny in the Digital Age, Harvard University Press). Titulaire d’un doctorat d’études de l’Antiquité obtenu à Princeton (New ­Jersey), l’essayiste s’insurge contre le détournement de son sujet de prédilection au profit de thèses racistes et misogynes.
Elle s’est plongée pendant des mois dans l’univers en ligne des partisans de l’identité européenne, dont ­Identity Evropa, un groupe apparu fin 2016 sur les campus américains avec ses affiches à l’effigie d’Apollon ou de Jules César ; et surtout de leur leur alter ego misogyne, une constellation réunie sous le nom cryptique de Red Pill. La « pilule rouge » est une référence au film Matrix (1999). Ceux qui choisissent de la prendre acquièrent un degré alternatif de compréhension du monde, loin du politiquement correct imposé par l’élite. Ils ne le voient plus comme dominé par l’homme blanc, mais par les femmes. L’idée de ­suprématie du mâle blanc est, pour eux, « une illusion entretenue pour s’assurer qu’ils restent sous le joug ».
« Vision réactionnaire »
Selon l’essayiste, les adeptes de cette confrérie misogyne interprètent les auteurs antiques d’une ­manière visant à « donner du poids à leur vision réactionnaire d’une masculinité blanche idéale ». Ils utilisent Grecs et Romains pour rehausser leur crédibilité de défenseurs de la civilisation occidentale. La ­« manosphère » (un réseau de sites Web et de forums en ligne masculins), est particulièrement fascinée par Ovide, qu’elle considère comme le premier auteur à avoir écrit un manuel de la séduction. Il s’agit de L’Art d’aimer, précise Donna Zuckerberg, une œuvre qui continue de susciter la perplexité des érudits par ses « apparentes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Un scandale sexuel impliquant l’époux d’une académicienne suédoise a abouti à l’annulation du prix pour la première fois en plus de 50 ans.
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Prix Nobel de littérature : pourquoi il n’y en aura pas en 2018

Un scandale sexuel impliquant l’époux d’une académicienne suédoise a abouti à l’annulation du prix pour la première fois en plus de 50 ans.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 13h01
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 14h46
   





                        



   


Après le Nobel de chimie, mercredi, et avant le Nobel de la paix, vendredi, c’est aujourd’hui, jeudi 4 octobre, qu’aurait dû, comme chaque année, être décerné le prix Nobel de littérature. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, il n’en sera rien. L’écrivain britannique Kazuo Ishiguro restera le dernier récipiendaire en date jusqu’à l’année prochaine. Le scandale impliquant le Français Jean-Claude Arnault, 72 ans, époux de la poétesse et académicienne suédoise Katarina Frostenson, installé en Suède depuis les années 1970, a conduit l’académie suédoise à reporter la récompense à l’année prochaine en raison d’une « crise de confiance ».
En plein mouvement #metoo, dix-huit femmes avaient accusé Jean-Claude Arnault de viol et d’agression sexuelle perpétrés entre 1996 et 2017, dans un article publié dans le grand quotidien suédois Dagens Nyheter le 21 novembre 2017. M. Arnault a été condamné lundi à deux ans de prison par un tribunal de Stockholm, à la suite de la plainte d’une de ses victimes.
Cette figure de la scène culturelle stockholmoise est également soupçonnée de conflits d’intérêts. Jean-Claude Arnault, un homme au passé nébuleux, réputé fantasque mais longtemps intouchable, aurait en effet accaparé l’appartement parisien de l’académie suédoise et recevait d’elle de généreuses subventions pour le centre culturel qu’il a créé à Stockholm.

        Le point sur les prix :
         

          Qui sont les lauréats des prix Nobel 2018 et qu’ont-ils accompli ?



Un prix alternatif plus inclusif
Les révélations du journal suédois ont conduit dix-huit membres de l’académie à abandonner leur fauteuil, après avoir nié dans un premier temps avoir connaissance des agissements du Français. Le quorum de douze membres n’étant pas atteint, et la crédibilité de l’institution étant largement entamée, le Nobel de littérature 2018 ne sera décerné qu’en 2019, en même temps que la désignation du lauréat de l’année prochaine.
Pour pallier l’absence de ce grand rendez-vous littéraire, la journaliste et écrivaine Alexandra Pascalidou a fondé une organisation baptisée « La Nouvelle Académie », chargée de décerner un prix alternatif, plus démocratique et inclusif. En consultant d’abord les libraires suédois, elle a établi une liste d’écrivains parmi lesquels le public était invité à désigner en ligne des finalistes. Quatre écrivains et écrivaines ont été retenus : la romancière guadeloupéenne Maryse Condé, le Britannique Neil Gaiman, la Vietnamienne Kim Thùy et le Japonais Haruki Murakami qui, soucieux de ne pas s’exposer, a préféré décliner la nomination. Le prix sera décerné à l’un d’entre eux le 12 octobre.
L’hebdomadaire L’Obs a, lui, demandé à trois anciens lauréats du prix, l’Autrichienne Elfriede Jelinek, l’Américaine Toni Morrison et le Français Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui aurait mérité le Nobel cette année. Parmi leurs lauréats, le Coréen Ko Un, la Libanaise Vénus Khoury-Ghata, l’Américain Ta-Nehisi Coates ou encore l’Américain Thomas Pynchon. Il faudra attendre encore un an pour savoir si l’un d’entre eux aura aussi été le coup de cœur de l’académie suédoise.

        Le récit :
         

          Prix Nobel : l’Académie suédoise en plein soap opera






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Les hommes n’ont pas le beau rôle dans « Des raisons de se plaindre », recueil de nouvelles de l’écrivain américain.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Jeffrey Eugenides et les pauvres types

Les hommes n’ont pas le beau rôle dans « Des raisons de se plaindre », recueil de nouvelles de l’écrivain américain.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h45
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Des raisons de se plaindre (Fresh Complaint), de Jeffrey Eugenides, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis, L’Olivier, 304 p., 22,50 €.

Disons-le sans ambages. Dans ces dix nouvelles de Jeffrey Eugenides, les personnages masculins – impossible d’utiliser le mot « héros » – ne sont que lâches carpettes, têtes à claques ou odieux personnages. De cette engeance, les femmes – celles du livre mais aussi les lectrices – trouveront, comme le titre l’indique, mille « raisons de se plaindre ». Chaque homme en incarne une, voire plusieurs… Il y a par exemple ce Sean, de « Jardins capricieux ». Jaloux et misogyne, il n’a pas supporté d’avoir été quitté par son épouse qu’il dénigre tant qu’il peut à la moindre occasion – elle ne faisait jamais les courses, les placards de la maison étaient toujours vides, elle ne savait décidément pas entretenir un potager… Minable, il drague Annie, la première auto-stoppeuse venue, en lui promettant de lui montrer une incroyable relique, le véritable doigt de saint Augustin. Menteur, il ira jusqu’à inventer que sa femme s’est suicidée pour avoir le dernier mot et faire l’intéressant devant son ex-meilleur ami, Malcolm.

Matthew, dans « Sujet de plainte », n’a pas grand-chose à lui envier. Souffrant d’un « mal inflammatoire chronique » nommé concupiscence, ce père de famille quinquagénaire s’enferme dans les toilettes de bars pour échanger des textos aguicheurs avec des filles ayant « moins de la moitié de son âge ». Et lorsque à la question : « Etes-vous marié ? », il répond exceptionnellement par l’affirmative, il se sent « fier de lui, comme après avoir tenté un coup spectaculaire dans une compétition sportive ».
Que dire enfin de Mitchell, le protagoniste de « Par avion » ? C’est lui sans doute qui remporte la palme du pathétique. Atteint d’une diarrhée le vidant littéralement de sa substance, Mitchell devient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans « La Seule Histoire », le romancier britannique dit, tout en subtilité, le premier amour et la perte de l’innocence.
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L’éducation sentimentale selon Julian Barnes

Dans « La Seule Histoire », le romancier britannique dit, tout en subtilité, le premier amour et la perte de l’innocence.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h45
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Seule Histoire (The Only Story), de Julian Barnes, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 272 p., 22,80 €.

Préféreriez-vous aimer davantage, et souffrir davantage ; ou aimer moins, et moins souffrir ? » Voilà un beau sujet de dissertation, qu’on imagine sans peine donner des sueurs froides aux candidats le jour du bac. Si l’aspirant philosophe maîtrise la dialectique, il pourra suivre l’exemple de Julian Barnes. Lequel, dès l’ouverture de La Seule Histoire, conteste le bien-fondé de l’énoncé : « Ce n’est pas une vraie question, fait-il remarquer au jury des lecteurs. Parce que nous n’avons pas le choix. Si nous avions le choix, la question pourrait se poser. Mais nous ne l’avons pas, donc elle ne se pose pas. » CQFD. Balayée, la dissertation. Refusée, l’abstraction. Place au réel contre lequel on se cogne. Et quoi de mieux que la littérature pour en rendre sensibles les contradictions ? Quitte à prétendre livrer au lecteur le récit véridique de sa première histoire d’amour, « la seule qui vaille finalement d’être racontée ». Place au roman.
Insuffisances de la mémoire
Ce qui n’empêchera pas Paul, le narrateur, de chercher à comprendre ce qui s’est joué lorsque, à 19 ans, il est tombé amoureux de Susan, une femme mariée, mère de deux enfants, approchant la cinquantaine. Ni de se demander si le bonheur intense qu’ils ont partagé à leurs débuts annule ou compense les difficultés insurmontables que les deux amants ont connues par la suite. Mais comment rendre au plus juste des émotions depuis longtemps laissées derrière soi ? Comme dans tous ses romans, l’écrivain britannique prend acte des insuffisances de la mémoire. « Vous comprenez, j’espère, écrit Julian Barnes, que je vous raconte tout cela comme je m’en souviens ? (…) Je n’écris donc pas forcément cela dans l’ordre où c’est arrivé. (…) La mémoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Art du sous-entendu », de Laurent Pernot.
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Figures libres. Savoir bien parler des non-dits

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Art du sous-entendu », de Laurent Pernot.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 10h33
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Art du sous-entendu. Histoire. Théorie. Mode d’emploi, de Laurent Pernot, Fayard, 336 p., 19 €.
Drôles de machines, les phrases. Même quand elles paraissent très simples, tout à fait transparentes, bien souvent elles recèlent d’autres significations que la plus visible. Derrière le sens explicite, un autre se trouve caché et montré à la fois.
Ces phrases à double fond et à double détente renvoient à un non-dit, qu’elles suggèrent sans pour autant le formuler explicitement. Et ces sous-entendus sont partout ! Dans le discours des comiques et celui des politiques. Dans les ellipses des poètes et les slogans de la publicité.
Sentences truffées de galeries souterraines
Innombrables, donc, ces phrases louvoyant entre silence et révélation et cultivant l’ambiguïté en virtuose. Pareilles sentences, truffées de galeries souterraines, peuplent les livres sacrés. Elles habitent les oracles et les prophètes, incitant à des interprétations sans fin. Mais elles prolifèrent également dans des domaines aussi dissemblables que la politesse, les allusions obscènes, les dissidences politiques… Contre langues de bois et discours totalitaires, les sous-entendus deviennent moyens de résistance, manières de parler en déjouant censure et répression.
Dans l’Antiquité, les savants nommaient discours « figuré », ou bien « fardé », ces manières d’insinuer et de biaiser, pour faire entendre un autre contenu que celui proféré. Laurent Pernot, professeur à l’université de Strasbourg, spécialiste de la rhétorique antique, à laquelle il a consacré une dizaine d’ouvrages, est un guide sûr pour ne pas se perdre dans ce dédale.
Dans L’Art du sous-entendu, il explique avec clarté, avec humour aussi, la grande diversité des procédés et des points de vue grecs et romains, dont la subtilité peut laisser admiratif. Mais l’historien, dans cet essai, élargit la focale, navigue d’Aelius Aristide à George Orwell,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Claro est touché par la grâce de saint ­François-Xavier ­Delmas.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤                     
                                                   
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Le feuilleton. Faire chanter les reliques

Claro est touché par la grâce de saint ­François-Xavier ­Delmas.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Ma vie de saint, de François-Xavier Delmas, Anne Carrière, 250 p., 18 €.

Avançons une hypothèse : et si l’intime résidait moins dans sa dimension cachée que dans le geste qui le démasque. Moins dans ses détails que dans la façon dont on en vient à l’exposer. Les petits secrets, on le sait, sont légion, les cadavres se bousculent dans les placards, et rien n’est plus banal qu’un drame jugé singulier. Enrevanche, le spectre des stratégies visant à vendre la mèche est assez large et va du grossier déballage à la confession homéopathique, en passant par le travestissement raisonné, le mensonge assumé, etc. La grande affaire consiste peut-être à compenser l’impudeur de la chose dévoilée par la pudeur du dévoilement. Entendons-nous bien : cette pudeur-là, celle qui travaille un livre, n’est pas juste synonyme de retenue. C’est avant tout un dispositif. L’extraction de l’intime exige un certain doigté. Avançons une seconde hypothèse : tout ça n’est guère éloigné d’une forme de sainteté.
Ça tombe bien : le livre dont je vais vous parler aujourd’hui s’intitule Ma vie de saint. Son auteur ? François-Xavier Delmas. Le prénom a son importance, car c’est celui d’un saint – Frantzisko ­Xabierkoa, origine basque oblige –, qui participa à la création de l’ordre des jésuites et sillonna les mers afin d’aller ensemencer les âmes (1506-1552). Un pote de Loyola, auteur d’innombrables miracles, aussi chrétien qu’increvable, et dont la dépouille dispersée est, pour le pèlerin curieux d’en honorer les reliques, une invitation au voyage.
Delmas non seulement nous narre son odyssée, mais se rend sur les lieux mêmes où ce canonisé a laissé os et traces. Qui lui a mis pareille idée en tête ? Son père. Ça doit servir à ça un père : vous donner de bonnes raisons de partir. Pourtant, Delmas en a plus d’une, de partir. Car ledit père est un parangon d’absence incarnée, un conseiller d’Etat étanche aux jouissances,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/06/19-12">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « La vérité sort de la bouche du cheval », de Meryem Alaoui.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Une vraie histoire

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « La vérité sort de la bouche du cheval », de Meryem Alaoui.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

                            Barbara Cassin (de l’Académie française)








                        



                                


                            
La vérité sort de la bouche du cheval, de Meryem Alaoui, Gallimard, 272 p., 21 €.

Toutes les cases sont cochées, voilà un premier roman qui met toutes les chances de son côté : l’autre bord de la Méditer­ranée, présence-absence de l’islam, condition féminine, avec du sexe sans fioriture puisque l’héroïne est une pute, entre monde traditionnel et extrême contemporain, et par-dessus le marché un happy end. Bref, tout pour plaire ! Trop ? Non, c’est bien quand même, c’est même très bien !
A la fois réaliste et ailleurs
D’abord, c’est très direct, en première et punchy personne, Jmiaa, prostituée de Casablanca, se parle, nous parle, n’arrête pas de parler. « En général, je ne rentre pas dans les détails. Je dis juste que je m’appelle Jmiaa, que j’ai 34 ans, une fille, et que pour vivre, je me sers de ce que j’ai. » L’auteure, Meryem Alaoui, elle aussi est née à Casa. Leur ville est là, avec le trottoir, la rue, le quartier, les gens – garagiste, flic qui en profite, et gros lard préféré, celui qui paye assez et s’endort vite –, sans compter la télé entre autres addictions. C’est tout à la fois réaliste et ailleurs, en plein dans le rêve, l’affabulation, quelque part entre banalité et exultation. Peut-être une histoire vraie, en tout cas une vraie histoire.

Les mots de Jmiaa pour la raconter sont bruts de décoffrage, en un français qui se réinvente via l’arabe, avec rythmes, proverbes, expressions du cru, crues. Celle qui parle est une femme libre dans sa soumission, belle et moche, une femme forte qui tient la barre comme elle peut en roulant des fesses sous sa djellaba ; une pute avec un trajet : une mère stricte au village, un beau mari aimant qui devient son premier souteneur et demeure une lointaine sangsue, une fille qu’elle préserve, des copines comme elle, dont une islamiste pute par vertu. Elle dit tout ce qui lui arrive, ses flemmes, ses désirs, ses potes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ David Dufresne, dans « On ne vit qu’une heure », et David Hennebelle, dans « Mourir n’est pas de mise », saluent les quarante ans de la mort du chanteur.
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T’as voulu voir Jacques Brel à Vesoul et Atuona

David Dufresne, dans « On ne vit qu’une heure », et David Hennebelle, dans « Mourir n’est pas de mise », saluent les quarante ans de la mort du chanteur.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

            Denis Cosnard








                        



                                


                            
On ne vit qu’une heure. Une virée avec Jacques Brel, de David Dufresne, Seuil, 256 p., 19 €.
Mourir n’est pas de mise, de David Hennebelle, Autrement, 168 p., 15 €.

Pour célébrer l’anniversaire d’un décès, quoi de mieux qu’une balade au cimetière ? Encore faut-il choisir lequel. Quarante ans après la mort de Jacques Brel, le 9 octobre 1978, deux livres entraînent sur les traces du chanteur disparu, en suivant des voies très différentes.
David Hennebelle a opté pour une route classique, à la voile. Avec élégance, il retrace dans son premier roman les quatre dernières années de Brel, celles où il largue les amarres, les paparazzis, les salles de concerts, et met le cap sur les îles Marquises, dans le Pacifique. Sa traversée s’achève logiquement au cimetière d’Atuona, à l’ombre des frangipaniers, là où repose le corps de Brel, non loin de celui de Paul Gauguin. « Parfois, une fleur se détache des ombrages et vient fleurir le rectangle de terre. »
David Dufresne a pris un chemin moins évident. Direction Vesoul. Vous savez, cette ville de l’Est qui doit sa gloire passée à son usine Peugeot et à la fameuse chanson : « T’as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul. » Dufresne aussi a voulu y « aller voir », prenant à la lettre le précepte mille fois répété par Brel : « L’important, c’est de faire les choses, d’aller voir, de se mettre au pied du mur », quitte à se tromper.
Après sept ans passés au Canada, l’auteur de Tarnac, magasin général (Calmann-Lévy, 2012) et de New Moon, café de nuit joyeux (Seuil, 2017) a donc pris le train pour Vesoul. Un peu pour découvrir pourquoi Brel, une de ses idoles, avait choisi de citer cette ville plutôt que Soissons ou Cahors : un pari, un souvenir, une promesse ? Mais surtout dans l’espoir de saisir la France d’aujourd’hui. Au fil de ses tournées,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Avec « L’Enfant d’Ingolstadt », l’écrivain fait jaillir du champ de ruines des croyances le désordre bouillonnant de la joie et de l’effroi.
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Pascal Quignard en ébullition

Avec « L’Enfant d’Ingolstadt », l’écrivain fait jaillir du champ de ruines des croyances le désordre bouillonnant de la joie et de l’effroi.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Enfant d’Ingolstadt, de Pascal Quignard, Grasset, 288 p., 20 €.

Entre le monde et sa représentation, qui sait vraiment où il habite ? Pascal Quignard, obstinément, est un écrivain du réel : il écrit en quête de ce réel qui nous agit, nous émeut par-dessous les mots, ce réel qui peut faire brutalement retour dans l’instant tragique ou l’instant sexuel, mais dont nous protège et nous éloigne la réalité constituée par les représentations communes. Le geste artistique, qu’il soit pictural ou littéraire, est ce qui cherche à bousculer ces représentations établies pour laisser revenir du réel dans nos existences.
Faire cracher le morceau à la langue
C’est là ce que Pascal Quignard cherche dans les œuvres anciennes ou contemporaines, qu’elles soient littéraires, musicales ou picturales (L’Enfant d’Ingolstadt, qui doit son titre à un conte des frères Grimm, peut se lire comme un vibrant hommage au peintre Jean Rustin, mort en 2013, qui fut l’ami de l’auteur). C’est surtout ce qu’il cherche à provoquer à son tour en convoquant toutes les potentialités de la langue, y compris au moyen de l’étymologie. Il s’agit en somme de lui faire cracher le morceau, à la langue, et aussi bien tout ce qu’une fois socialisée elle prétend ignorer de l’animal parlant qu’est l’homme : depuis Le Sexe et l’effroi et l’inoubliable Vie secrète (Gallimard, 1994 et 1998), Pascal Quignard interroge inlassablement la fascination. Il la cherche et souvent la trouve, toujours en lien, sous sa dimension sexuelle, avec l’origine et la mort, les deux inconnaissables de l’aventure humaine. Lire son œuvre, et particulièrement les dix volumes qui constituent Dernier royaume depuis Les Ombres errantes (Grasset, 2002), en devient l’expérience singulière d’un bouillonnement dont le lecteur est tout à la fois le lieu et le spectateur. C’est en lui que bouillonne la langue, mais c’est de la page...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Avec « L’Atelier », Sarah Manigne signe le sensible récit d’initiation d’une fille d’artiste.
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Naissance de la couleur, un premier roman

Avec « L’Atelier », Sarah Manigne signe le sensible récit d’initiation d’une fille d’artiste.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 09h06
    |

                            Monique Petillon (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Atelier, de Sarah Manigne, Mercure de France, 112 p., 10 €.

La lutte du peintre avec la matière, les relations entre l’artiste et son modèle, qu’explorait le cinéaste Jacques Rivette dans La Belle Noiseuse (1991) : tels sont certains des thèmes qu’aborde L’Atelier, remarquable premier roman de Sarah Manigne. Mais il est aussi, au fil du récit de la jeune narratrice, Odile, qui retrace des fragments de souvenirs, de l’enfance à l’adolescence, un douloureux récit d’initiation, glacial et brûlant.
Comment vivre, « exister peut-être enfin », entre un père artiste peintre et une mère excentrique et dure, Elena Dimitrova – devenue Edda, puis Educhka ? Mais il n’est pas facile non plus d’être la fille du grand peintre Louis Capelan. Le cadre du récit est une unique séance de pose : celle que son père propose enfin à Odile, après des années de silence. Il n’a jamais songé à la dessiner, même lorsqu’elle était enfant. Alors que la « chair de la toile » était emplie de la présence d’Educhka, la petite étant confiée à une gouvernante.
Dépendant du succès et des ventes de toiles, les parents ont vécu une imprévisible vie d’artistes. Educhka, muse tyrannique, affirmait avoir « inventé » Louis, l’avoir « libéré » des ambitions mesquines de son père, qui pourtant subvenait aux dépenses nécessaires pour la petite fille, sur laquelle il veillait fidèlement.
Mais Louis a fini par échapper à l’emprise de sa femme, commençant par la « maltraiter » dans ses tableaux, tandis qu’il abandonnait le domicile conjugal. Totalement seule à 15 ans, après la mort de son grand-père, la jeune narratrice fut reléguée dans des pensions de plus en plus éloignées.
Le lieu d’une révélation
La dernière, en Suisse, au décor austère et au silence quasiment monastique, fut le lieu d’une révélation. Peignant une nature sauvage sur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ Les Rendez-vous de l’histoire. Les deux chercheurs, trente ans d’écart, portent chacun un regard incisif et généreux sur leur discipline et ses évolutions.
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Jacques Revel et Etienne Anheim, historiens enthousiastes

Les Rendez-vous de l’histoire. Les deux chercheurs, trente ans d’écart, portent chacun un regard incisif et généreux sur leur discipline et ses évolutions.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 10h21
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire
Le Travail de l’histoire, d’Etienne Anheim, Editions de la Sorbonne, « Itinéraires », 234 p., 18 € ;
Un moment, des histoires, de Jacques Revel, postface de Christophe Prochasson, Editions de l’EHESS, « Audiographie », 166 p., 9,80 €.

Un jeune homme de province venu faire sa khâgne à Paris, peu familier au départ des codes du monde intellectuel, mais dont l’intelligence et la capacité de travail lui ouvrent les portes de l’Ecole normale supérieure. Un apprenti historien qui hésite sur son sujet de recherche, et passe par l’Ecole française de Rome pour mûrir sa thèse. Un universitaire féru d’historiographie, à l’œuvre patiemment élaborée par petites touches successives plutôt que par monographies imposantes. Un chercheur qui assume la direction de la plus prestigieuse des revues, les Annales, et y réfléchit aux liens entre histoire et sciences sociales.
Voilà comment on pourrait résumer le parcours de Jacques ­Revel (né en 1942). Mais c’est aussi, à trente ans d’écart, exactement celui d’Etienne Anheim (né en 1973). Etonnant parallélisme entre ces historiens aussi discrets qu’importants, qui se dessine dans deux livres aujourd’hui publiés, issus pour le premier d’entretiens radiophoniques avec Emmanuel Laurentin, et pour le second d’un mémoire en vue de son habilitation à diriger des recherches. Des textes éclairants, mûris, qui livrent en miroir des aperçus passionnants sur le paysage intellectuel des quarante dernières années et sur l’évolution du métier d’historien.
Mais ce sont bien certaines permanences qui frappent, en lisant leurs passages autobiographiques. On y voit la centralité des grandes institutions du savoir, Normale-Sup bien sûr, et les influents professeurs qu’ils y rencontrèrent, Louis Althusser dans les années 1960, Patrick Boucheron...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Mathias Enard ravive la Venise des peintres au XVIIIe siècle et Adrien Goetz le mystère des toiles de Miro, pour une collection de la RMN.
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Fictions artistes sur images puissantes

Mathias Enard ravive la Venise des peintres au XVIIIe siècle et Adrien Goetz le mystère des toiles de Miro, pour une collection de la RMN.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h00
    |

                            Maylis Besserie (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Désir pour désir, de Mathias Enard, RMN-Grand Palais, « Cartels », 112 p., 14,90 €.
Les Constellations de Varengeville, d’Adrien Goetz, RMN-Grand Palais, « Cartels », 112 p., 14,90 €.

Et si, à la fameuse question : « Avec quoi écrit-on ? », la réponse était : « Avec de la peinture » ? C’est l’idée de la collection « Cartels » des éditions de la ­Réunion des musées nationaux (RMN-Grand Palais) : dans le prolongement d’expositions, proposer à des auteurs férus d’art d’écrire une histoire. Le projet est plus étonnant qu’il n’y paraît, puisqu’il ne s’agit ni d’une analyse ni d’un essai. C’est une fiction qui doit émerger de cette rencontre artistique – littéraire et empreinte de peinture.
C’est dans la Venise du XVIIIe siècle (celle de l’exposition « Eblouissante Venise », au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 21 janvier) que nous emmène le narrateur de ­Désir pour désir, de Mathias Enard (auteur, notamment, de Zone, Rue des voleurs ou du prix Goncourt Boussole, Actes Sud 2008, 2012 et 2015). Au temps des apprentis graveurs au service de prestigieux maîtres. L’auteur s’approprie un à un les matériaux de l’atelier, nourrit sa plume de leurs noms et de leurs essences : « Le vernis, l’acide nitrique et l’essence du térébinthe (…). » L’odeur installe la fiction et nous lie à Sérénissime, elle-même une œuvre d’art. Avec ses églises « toutes plus ornées les uns que les autres », où trônent le Martyre de saint Sébastien et autres Véronèse.
Frasques nocturnes
Mathias Enard rend ici hommage aux peintres de la Renaissance – à qui l’on doit tant de beauté et tant d’images – et poursuit leur ouvrage sur le papier. Le voilà qui ressuscite la Venise littéraire, dans laquelle poètes et artistes jouaient à la même table et s’enivraient dans les casins. Une effervescence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Dans « La ­Citoyenneté à l’épreuve », la sociologue approfondit ses réflexions sur le projet démocratique à travers l’exemple des juifs, minoritaires et emblématiques.
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Dominique Schnapper interroge l’art juif d’être citoyen français

Dans « La ­Citoyenneté à l’épreuve », la sociologue approfondit ses réflexions sur le projet démocratique à travers l’exemple des juifs, minoritaires et emblématiques.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h00
   





                        



                                


                            
La Citoyenneté à l’épreuve. La démocratie et les juifs, de Dominique Schnapper, Gallimard, « NRF Essais », 398 p., 22,50 €.

Dominique Schnapper poursuit inlassablement ses travaux sur l’histoire des juifs dans la cité, en revenant, dans La ­Citoyenneté à l’épreuve, sur les pas de La Communauté des citoyens (Gallimard, 1994). Ses recherches visent moins à proposer une nouvelle interprétation des rapports des juifs au politique qu’à interroger ce que l’exemple des juifs, en tant que minoritaires, nous enseigne sur la construction de la nation moderne et sur le projet démocratique, ses vertus, ses réussites, mais aussi ses limites et ses dévoiements.
En cela, la sociologue, membre honoraire du Conseil constitutionnel, revient sur l’un des paradoxes mis au jour par Hannah Arendt (1906-1975) – ce qu’elle nommait « l’incompétence politique de la tradition juive » : « Les juifs n’avaient ni expérience ni tradition politiques, écrivait la philosophe (…). Ils avaient conclu que l’autorité, et particulièrement l’autorité supérieure, leur était favorable, tandis que les autorités subalternes, et particulièrement les gens du peuple, étaient dangereux. » Cela permet d’éclairer, a contrario, l’excellence de l’intégration des juifs dans la nation lors de la deuxième partie du XIXe siècle, mais aussi les crispations qu’elle a pu déclencher.
Etudiant nombre d’itinéraires biographiques individuels ou familiaux, de rituels, de fêtes et de croyances, Dominique Schnapper montre comment les juifs, en tant que groupe, parviennent à s’inscrire dans un espace public commun à tous, celui de la communauté des citoyens. Elle souligne que cette forme de citoyenneté consiste à « transcender par le civisme et la culture commune » les affiliations communautaires. L’idée de surmonter les particularismes par les pratiques et les rites de l’espace public...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Les Rendez-vous de l’histoire. Avec « L’Etat contre les juifs », Laurent Joly propose une synthèse nouvelle de l’histoire des crimes antisémites commis par l’Etat français sous l’Occupation.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Vichy, coupable

Les Rendez-vous de l’histoire. Avec « L’Etat contre les juifs », Laurent Joly propose une synthèse nouvelle de l’histoire des crimes antisémites commis par l’Etat français sous l’Occupation.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 10h31
    |

                            Tal Bruttmann (Historien)








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire
L’Etat contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite, de Laurent Joly, Grasset, 366 p., 20,90 €.

Dans L’Etat contre les juifs, Laurent Joly brosse, en sept chapitres resserrés, un tableau de la politique antisémite de l’Etat français sous l’Occupation et de sa collaboration à la politique nazie de destruction des juifs. Fin connaisseur du Commissariat général aux questions juives fondé par le régime de Vichy, comme de l’antisémitisme français d’avant-guerre, l’historien propose ici une synthèse de l’apport des travaux de chercheurs ayant œuvré au cours des dernières décennies. Si le livre, qui vise à mettre ces connaissances à la disposition du plus grand nombre, est à dessein d’un abord simple, il est accompagné d’un important appareil critique permettant à chacun de se référer aux documents, témoignages et études sur lesquels il s’appuie.
Il permet de faire le point sur un certain nombre de questions, de l’adoption du statut des juifs jusqu’à la poursuite après-guerre des responsables de l’antisémitisme d’Etat, en passant par le degré de connaissance de la « solution finale » qu’avaient les contemporains. Mais le cœur de l’ouvrage est consacré à la responsabilité de Vichy. Celle-ci, clairement établie par les travaux de Robert Paxton, Michael Marrus et Serge Klarsfeld, se trouve remise en cause depuis quelques années, non sur la base de travaux scientifiques sérieux, mais de manière purement idéologique.
Le polémiste Eric Zemmour s’est notamment fait le chantre de la réhabilitation d’un Vichy qui aurait sacrifié les juifs étrangers au profit des juifs français, une théorie qu’il professe depuis une bonne demi-douzaine d’années et qui connaît un regain ces dernières semaines, avec une exposition médiatique accrue.
1944 : une victime juive sur deux était française
A cet égard, L’Etat contre les...




                        

                        


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<filnamedate="20181006"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181006"><AAMMJJHH="2018100619">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 03/10/2018
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Histoire de famille, d’un premier amour ou de l’Europe : nos coups de cœur littéraires

Chaque jeudi, la rédaction du « Monde des livres » vous propose un choix de romans et d’essais à dévorer.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 07h29
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALEPetite ou grande, l’histoire est au cœur de notre sélection cette semaine : première histoire d’amour, celle d’un « secret de famille » dans le quatrième tome de L’Arabe du futur, de Riad Sattouf, histoire de l’Europe et de sa construction, histoire encore avec le tableau brossé par Laurent Joly de la politique antisémite du régime de Vichy.
BD. « L’Arabe du futur 4 », de Riad Sattouf
Une puissante mélancolie se dégage du tome 4 de L’Arabe du futur, malgré l’humour que Riad Sattouf ne cesse jamais d’instiller à cet ouvrage autobiographique. C’est peut-être un effet du bleu dans lequel baignent les passages (désormais majoritaires) qui se déroulent en France dans cette période 1987-1992 – ceux en Syrie sont rouges. Ou bien de la solitude dans laquelle grandit le jeune Riad, ballotté depuis sa petite enfance d’un pays à l’autre, toujours tenu pour étranger, qui se réfugie dans ses dessins. Et qui, comble de guigne, cesse progressivement d’être un elfe blond pour devenir, à l’adolescence, un garçon quelconque aux cheveux de plus en plus sombres et crépus ; sa tentative de copier la coupe de l’acteur Tom Cruise n’arrange rien.
Sa mère tombe malade ; son père, qui enseigne en Arabie saoudite, est absent et, quand il est là, se révèle de plus en plus nationaliste et religieux – mais sa femme, désormais, se rebelle contre lui. Voilà le contexte dans lequel cet homme va réaliser un « coup d’Etat », qui rend les dernières pages de ce très fort volume absolument estomaquantes. Raphaëlle Leyris
« L’Arabe du futur 4. Une jeunesse au Moyen-Orient (1987-1992) », de Riad Sattouf, Allary, 282 p., 25,90 €.

   


HISTOIRE. « L’Etat contre les juifs », de Laurent Joly
Dans L’Etat contre les juifs, Laurent Joly brosse un tableau de la politique antisémite de l’Etat français sous l’Occupation et de sa collaboration à la politique nazie de destruction des juifs, qui permet de faire le point sur un certain nombre de questions, de l’adoption du statut des juifs jusqu’au degré de connaissance de la « solution finale » qu’avaient les contemporains. Mais le cœur de l’ouvrage est consacré à la responsabilité de Vichy.
Celle-ci se trouve remise en cause depuis quelques années, de manière purement idéologique. Le polémiste Eric Zemmour s’est ainsi fait le chantre de la réhabilitation d’un Vichy qui aurait sacrifié les juifs étrangers au profit des juifs français. A cet égard, L’Etat contre les juifs constitue une réponse puissante et claire. L’une de ses lignes de force est de montrer à quel point les juifs français n’ont pas été épargnés par la « solution finale ». Le chapitre consacré à la rafle du Vél’d’Hiv (juillet 1942) suit, en particulier, le processus de décision depuis le sommet de l’Etat jusqu’au niveau des commissariats parisiens. Il montre que les attitudes des serviteurs de l’Etat forment un mélange d’idéologie et de questions de carrières qui mène bien souvent à des décisions funestes pour les juifs.
L’ensemble constitue une mise à jour importante de la connaissance de la persécution d’Etat contre les juifs, qui rassemble les acquis des trente dernières années et ne peut guère souffrir de contestation. Tal Bruttmann
« L’Etat contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite », de Laurent Joly, Grasset, 366 p., 20,90 €.

   


ROMAN. « La Seule Histoire », de Julian Barnes
Que s’est-il joué pour Paul, le narrateur, lorsque, à 19 ans, il est tombé amoureux de Susan, une femme mariée, mère de deux enfants, approchant la cinquantaine ? Des années plus tard, il revient sur cette première histoire d’amour, « la seule qui vaille finalement d’être racontée ».
Sa découverte des sentiments, sa plénitude amoureuse, le bonheur dont il veut retrouver l’intensité, il les relate à la première personne. Car « un premier amour arrive toujours, avant tout, à la première personne. Comment pourrait-il en être autrement ? Et aussi, avant tout, au temps présent ». Puis vient le temps où la réalité s’impose et où les obstacles apparaissent. Le narrateur glisse à la deuxième personne, comme pour observer et tenter de comprendre l’adulte malheureux qu’il est devenu, impuissant à sauver celle qu’il aime encore. Car Susan est alcoolique, et peut de moins en moins le cacher à Paul, dont elle partage la vie. Pour Paul, c’est l’époque des questions sans réponse, des tentatives d’analyse de la situation, et de la perte de l’innocence. La « prochaine étape pour vous est d’accepter une partie de ce que vous avez sous les yeux ». Paul quitte Susan et vit d’autres histoires dont il ne sait si elles sont d’amour. Mais dont, désenchanté, il se contente. Car, « à présent, la voix tapageuse de la première personne en lui était étouffée. C’était comme s’il regardait, et vivait, sa vie à la troisième personne ». Julian Barnes est ici éblouissant et subtil. Florence Bouchy
« La Seule Histoire » (The Only Story), de Julian Barnes, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 272 p., 22,80 €.

   


ESSAI. « Fables d’identité », de Carlo Ossola
Spécialiste de la Renaissance italienne, Carlo Ossola, par sa carrière à Genève, Padoue puis, depuis près de vingt ans, au Collège de France, traduit l’idéal d’une Europe consciente d’elle-même, revendiquant l’« avenir de [ses] origines ». Fables d’identité, parcours en dix-huit étapes que complète une réflexion sur quelques mythes, constitue un « grand tour » d’un nouveau genre. Là où les jeunes aristocrates complétaient leur éducation en se rendant de capitale en capitale, Carlo Ossola réarticule géographie, figures historiques et mémoire lettrée sous forme d’une cartographie de l’identité européenne.
A l’heure où l’Europe des Etats peine à s’imposer, il fait le pari de laisser émerger un « corps entièrement écrit » dont le point d’origine se trouve au béguinage d’Anderlecht, à Bruxelles, où Erasme séjourna cinq mois en 1521. L’extraordinaire diversité des lieux étonnera le lecteur : à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret) ou à la petite église de Glendalough (Irlande) se mêlent Mystras (Grèce), qui fut la deuxième ville la plus importante de l’empire byzantin, ou la mosquée Missiri de Fréjus (Var). La pérégrination s’achève à Rome, ville qui se confond avec ses ruines mais prouve que la présence du passé peut féconder le présent. Jean-Louis Jeannelle
« Fables d’identité. Pour retrouver l’Europe » (Europa Ritrovata), de Carlo Ossola, traduit de l’italien par Pierre Musitelli, PUF, 256 p., 21 €.

   


ENCYCLOPÉDIE. « L’Europe », sous la direction de Christophe Charle et Daniel Roche
L’Europe est une construction, une idée, mais qui serait creuse et ne pourrait s’incarner nulle part, si elle n’était aussi et d’abord une réalité, certes complexe, incertaine, fluctuante, chahutée, mais profondément ancrée dans l’histoire du continent. C’est ce que montre avec une ampleur inégalée L’Europe. Encyclopédie historique, le monument d’érudition dirigé par Christophe Charle et Daniel Roche, un livre sans lequel il sera désormais difficile d’aborder sérieusement la question européenne.
Cette enquête sur les traces du « processus de civilisation spécifique » que l’Europe représente, comme l’écrivent les maîtres d’œuvre, a été menée par une équipe de 430 auteurs, issus des disciplines et des nationalités les plus diverses. Elle fait d’ailleurs de cette diversité son axe et sa forme, à la fois chronologique – de l’Antiquité à nos jours – et thématique – à l’intérieur de ce cadre se déploient une infinité de questions générales ou particulières –, à travers des milliers d’entrées complétées par des cartes et un imposant index, grâce auquel on peut circuler en tous sens.
Un livre vertigineux, qui se multiplie pour épouser la réalité multiple dans laquelle il nous plonge : le voyage sans fin dont l’Europe est le nom. Florent Georgesco
« L’Europe. Encyclopédie historique », sous la direction de Christophe Charle et Daniel Roche, Actes Sud, 2 398 p., 59 €.

   


RÉCIT. « Le Peintre dévorant la femme », de Kamel Daoud
Kamel Daoud l’écrit ici, à plusieurs reprises, il est « un écrivain qui a peu l’habitude de regarder des toiles, des peintures, enfant de l’invisible comme unique portrait de l’homme ». Il n’est pas impossible que ce soit cette inaccoutumance même aux images qui ait poussé l’écrivain algérien à accepter l’invitation de passer une nuit au Musée Picasso, à Paris, pour en tirer ce texte inaugurant « Ma nuit au musée », nouvelle collection des éditions Stock. Et que ce manque de familiarité explique l’intensité avec laquelle il contemple les œuvres de l’exposition « 1932, année érotique », inspirées à un Picasso quinquagénaire par sa liaison avec la jeune Marie-Thérèse.
Réfléchissant à la dimension « cannibale » de l’érotisme qu’elles mettent au jour, et à la place de l’érotisme dans sa propre vie, Kamel Daoud déambule à travers l’hôtel Salé en tournant autour de ces questions. Au fil de la nuit, et de ce texte étonnant qui mêle récit, essai et ébauche de roman, elles le ramènent à d’autres interrogations, centrales dans son travail : il imagine ainsi un djihadiste « chargé de blesser l’Occident au cœur de son cœur : ses collections d’art », rêvant « de mettre fin à la profusion et de restaurer l’infini » ; il analyse les causes et les manifestations du « lien morbide à l’image et au reflet » du monde d’où il vient. Des sujets qu’il sera sans doute amené à évoquer le 7 octobre, au Monde Festival, lors de son intervention à l’Opéra Bastille sur le thème : « L’islam doit-il faire sa révolution sexuelle ? » R. L.
« Le Peintre dévorant la femme », de Kamel Daoud, Stock, « Ma nuit au musée », 210 p., 17 €.

   





                            


                        

                        

