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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤ L’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, critique envers Riyad, n’a pas été vu depuis mardi, date de son entrée au consulat de son pays, à Istanbul, en Turquie.
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Journaliste saoudien disparu : ouverture d’une enquête judiciaire à Istanbul

L’éditorialiste saoudien Jamal Khashoggi, critique envers Riyad, n’a pas été vu depuis mardi, date de son entrée au consulat de son pays, à Istanbul, en Turquie.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 17h36
   





                        



   


Quatre jours après la disparition d’un journaliste saoudien critique envers Riyad, une enquête judiciaire a été ouverte, a rapporté samedi 5 octobre l’agence Anatolie. L’éditorialiste Jamal Khashoggi n’a pas été vu depuis mardi, date de son entrée au consulat de son pays, à Istanbul, en Turquie.
Ryad assure que Jamal Khashoggi, rédacteur d’articles d’opinion pour le Washington Post notamment, a quitté le consulat après y avoir effectué des démarches mardi. Dans un entretien à l’agence Bloomberg publié vendredi, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a également assuré que le journaliste n’était pas dans le consulat et s’est dit prêt à autoriser les autorités turques à « fouiller » les lieux.

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De son côté, Ankara a affirmé qu’il se trouvait toujours au consulat. D’après un communiqué publié sur son site par le quotidien progouvernemental Sabah et également cité par Anatolie, le procureur général d’Istanbul a annoncé samedi qu’une enquête avait été ouverte dès mardi et qu’elle se poursuivait de façon approfondie.
« Disparition forcée »
Selon sa fiancée, une femme turque dénommée Hatice A., M. Khashoggi s’était rendu au consulat pour effectuer des démarches administratives en vue de leur mariage, mais n’en est jamais ressorti.
Les organisations de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International ont toutes les deux mis en garde Ryad, affirmant que l’éventuelle détention du journaliste constituerait un cas de « disparition forcée ». Le hashtag #enlèvementdejamalkhoshoggi est l’un des plus partagés en arabe sur Twitter depuis mardi soir.
Modernisation et répression
M. Khashoggi s’est exilé aux Etats-Unis l’année dernière par crainte d’une possible arrestation pour avoir critiqué certaines décisions du prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman — surnommé « MBS » —, et l’intervention militaire de Riyad au Yémen, dont il avait été un temps partisan.

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Jamal Khashoggi n’a jamais mâché ses mots, que ce soit lorsqu’il dirigeait des rédactions dans son pays ou quand il a pris la plume en Occident pour critiquer le royaume saoudien de l’ère « MBS ». M. Khashoggi est l’un des rares journalistes saoudiens en vue à élever la voix contre la répression dans son pays. Dans l’un de ses derniers tweets, il avait ainsi critiqué le procès intenté à un économiste saoudien de renom, Essam Al-Zamel, après son arrestation par les autorités.
Riyad promeut une campagne de modernisation depuis que le prince Mohammed Ben Salman a été désigné héritier du trône, en 2017. Mais, par la suite, la répression des dissidents, avec des arrestations de religieux, de personnalités libérales et de militantes de la cause des femmes, s’est accentuée.
Une carrière de journaliste mouvementée
Jamal Khashoggi a commencé sa carrière de journaliste dans les années 1980, collaborant notamment à Saudi Gazette, Okaz et Asharq Al-Awsat. Il a couvert des conflits et a interviewé à plusieurs reprises en Afghanistan et au Soudan l’ancien chef d’Al-Qaida, feu Oussama Ben Laden.
Jugé trop progressiste, Jamal Khashoggi avait été contraint à la démission du poste de rédacteur en chef du quotidien saoudien Al-Watan en 2003. Il y était revenu en 2007, mais était reparti en 2010 à la suite d’un éditorial jugé offensant pour les salafistes — courant rigoriste de l’islam qui prône une obéissance totale au gouvernant.
Le Royaume d’Arabie saoudite figure à la 169e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) en 2018.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ Le pape François avait accepté au mois de juillet la démission du cardinal américain, accusé d’abus sexuels.
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Abus sexuels : le pape ordonne une enquête approfondie dans ses archives sur le cardinal McCarrick

Le pape François avait accepté au mois de juillet la démission du cardinal américain, accusé d’abus sexuels.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 17h29
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 17h35
   





                        



   


Le pape François a ordonné, samedi 6 octobre, une enquête plus approfondie dans les archives du Vatican sur le cardinal américain Theodore McCarrick, après avoir accepté au mois de juillet sa démission après des accusations d’abus sexuels.
Se prévalant de preuves écrites, un prélat italien, Carlo Maria Vigano, avait accusé en août le pape et un grand nombre de membres de la Curie romaine d’avoir couvert durant des années les agissements répréhensibles du cardinal sur des séminaristes et des prêtres.
Le pape avait d’abord refusé de commenter ce rapport. Le soir même de sa parution, lors d’une conférence de presse, François avait déclaré qu’il n’en dirait « pas un mot » et il avait suggéré à la presse de faire son travail sur un document qui, selon lui, « parle de lui-même », sous-entendant qu’il n’était pas crédible.
La décision prise aujourd’hui constitue la première réponse, très attendue, du pape aux allégations de Mgr Vigano. Le Vatican précise dans un communiqué que l’archevêché de New York lui avait signalé en septembre 2017 qu’un homme accusait le cardinal McCarrick d’avoir abusé sexuellement de lui dans les années 70.
Le pape avait alors ordonné à l’archevêché de New York de procéder à une enquête préalable, ensuite envoyée à la Congrégation pour la doctrine de la foi, en charge d’examiner les cas d’abus sexuels au sein du clergé, selon le Vatican.
« Etant donné que de graves indices étaient ensuite ressortis de l’enquête, le Saint-Père avait accepté la démission de l’archevêque McCarrick du collège des cardinaux, l’empêchant d’exercer un ministère public, et l’obligeant à mener une vie de prière et de pénitence », détaille le communiqué.

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« Nous suivrons le chemin de la vérité »
Dans le communiqué officiel envoyé samedi, le pape ordonne que l’enquête du Saint-Siège, qui a conduit à la démission du cardinal McCarrick, soit complétée à travers l’étude de documents se trouvant « dans les archives des dicastères [l’équivalent de ministères au Vatican] et dans les bureaux du Saint-Siège » concernant le prélat déchu.
« Le Saint-Siège est conscient que pourraient émerger de l’examen des faits et des circonstances, des choix qui ne seraient pas cohérents avec l’approche contemporaine de telles questions », indique le communiqué.
« Néanmoins, comme l’a dit le pape François, “Nous suivrons le chemin de la vérité, où qu’il nous porte”. Aussi bien les abus que leur couverture ne peuvent plus être tolérés et un traitement différent pour les évêques qui les ont commis ou couverts représente en fait une forme de cléricalisme qui n’est plus acceptable », ajoute le texte.
Le Vatican précise que « le Saint-Père renouvelle son invitation pressante à unir les forces pour combattre la plaie grave des abus à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise, et pour empêcher que de tels crimes soient commis à l’avenir faisant des dommages chez les plus innocents et les plus vulnérables de la société ».
Le pape a fait cette annonce alors que sont réunis au Vatican 267 « pères synodaux » (cardinaux, évêques, patriarches chrétiens, membres de la Curie, religieux), 23 experts et 34 jeunes âgés de 18 à 29 ans, écoutés par 49 auditeurs dont une poignée de femmes. Le synode consacré aux jeunes se tient du 3 au 28 octobre.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Meng Hongwei, président de l’organisation internationale de la coopération policière, dont le siège est sis à Lyon, n’a plus donné signe de vie depuis un séjour dans son pays, à la fin de septembre.
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Interpol demande à la Chine une clarification sur le sort de son président porté disparu

Meng Hongwei, président de l’organisation internationale de la coopération policière, dont le siège est sis à Lyon, n’a plus donné signe de vie depuis un séjour dans son pays, à la fin de septembre.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 16h55
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 17h57
   





                        



   


Interpol a demandé samedi 6 octobre à la Chine une clarification sur la situation de son président chinois Meng Hongwei, porté disparu depuis son départ pour son pays à la fin de septembre. Dans un communiqué, Jürgen Stock, secrétaire général de l’organisation de coopération policière internationale, dont le siège est sis à Lyon, « attend une réponse officielle des autorités chinoises quant aux inquiétudes sur le sort du président » d’Interpol, alors que Pékin a jusqu’ici gardé le silence sur la disparition de M. Meng, qui est également vice-ministre chinois de la Sécurité publique.
Meng Hongwei, 64 ans, n’a plus donné de ses nouvelles depuis le 25 septembre, lorsqu’il a rejoint la Chine en avion depuis Stockholm. C’est son épouse qui a signalé sa disparition aux autorités françaises, le 4 octobre au soir. Le lendemain, une enquête pour disparition a été ouverte par le parquet de Lyon et confiée à la division criminelle de la direction interrégionale de la police judiciaire de Lyon.
Selon nos informations, il ne s’agirait pas d’une disparition classique, pour motif criminel : la piste aujourd’hui privilégiée par les enquêteurs est celle d’une mise au secret temporaire de M. Meng par les services de Pékin, dans le cadre de règlements de comptes internes au pouvoir chinois.

        Lire ce que l’on sait :
         

          Enquête ouverte sur la disparition du patron chinois d’Interpol



« La France s’interroge »
Le South China Morning Post, quotidien en anglais d’Hongkong, allait aussi dans ce sens, vendredi, en affirmant, sur la base d’une source anonyme, que Meng Hongwei était désormais « sous enquête en Chine », après avoir été emmené pour interrogatoire dès son atterrissage sur le sol chinois.
« La France s’interroge » sur cette situation, a fait savoir de son côté le ministère de l’intérieur, vendredi après-midi, se disant « préoccupé » par les « menaces dont son épouse a fait l’objet » sur les réseaux sociaux et par téléphone, en amont de son appel à la police pour signaler la disparition de son mari. Elle a depuis été placée sous protection. Interrogées par le bureau de liaison d’Interpol à Pékin, les autorités chinoises n’ont quant à elles, pour l’heure, « pas apporté de précisions, les échanges se poursuivent », a précisé la Place Beauvau.
Ce n’est pas la première fois que des personnalités de haut rang de la diaspora chinoise, en France ou dans d’autres pays, disparaissent ainsi. Le procédé est souvent le même. Les personnes sont arrêtées pendant un séjour en Chine dans le cadre de leurs affaires professionnelles ou personnelles. Elles sont ensuite privées de liberté et interrogées pendant des périodes qui peuvent s’étendre sur des mois. Avant d’être finalement relâchées de manière imprévisible, mais avec des dégâts sur leur carrière, difficiles à réparer, ou être accusées de corruption, dans un communiqué d’une seule ligne.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Après quatre-vingt-trois ans d’histoire, le fournisseur de la capitale japonaise en fruits de mer quitte ses gigantesques hangars délabrés pour un site flambant neuf dans la baie de Tokyo.
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Japon : Tsukiji, le plus grand marché aux poissons du monde, déménage

Après quatre-vingt-trois ans d’histoire, le fournisseur de la capitale japonaise en fruits de mer quitte ses gigantesques hangars délabrés pour un site flambant neuf dans la baie de Tokyo.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 15h02
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 15h16
   





                        



   


Les cloches, les cris des adjudicateurs dans un jargon éternel, les gestes des poissonniers : l’ambiance de Tsukiji est restée fidèle à son histoire, peu après l’aube, samedi 6 octobre à Tokyo, pour la dernière vente aux enchères avant le déménagement du plus grand marché aux poissons du monde. Après quatre-vingt-trois ans d’histoire, le fournisseur de la mégapole tokyoïte en fruits de mer et haut lieu touristique, va quitter ses gigantesques hangars délabrés aux toits de tôle ouverts à tous les vents, pour rouvrir jeudi sur un site flambant neuf dans la baie de Tokyo.
Le déménagement pour le site de Toyosu était étudié depuis des années. Des grossistes manifestent depuis le début des années 2000 leur inquiétude sur la résistance aux séismes des vieilles structures, la salubrité de ces lieux infestés de rats, et l’usage d’amiante dans certains des bâtiments en état de délabrement.

        Lire aussi, après le séisme de 2011 :
         

          Tsukiji, miroir du désarroi japonais



Les touristes qui attendaient des heures dans l’espoir d’obtenir une des 120 places accordées pour assister au spectacle de la vente du thon irritaient aussi les grossistes, qui y voyaient une entrave au travail quotidien du marché. Sur le nouveau site aux systèmes de réfrigération ultramodernes, les visiteurs seront confinés dans des galeries spéciales séparées par des vitres.
Le déménagement a plusieurs fois été repoussé et annoncé : en 2016, la gouverneuse de Tokyo, Yuriko Koike, avait remis en cause le dossier en raison de problèmes de pollution du sol à Toyosu, où se trouvait avant une usine à gaz, pour évaluer l’hypothèse de reconstruire Tsukiji sur son ancien emplacement.
Le gouvernement local a dépensé des centaines de millions d’euros pour nettoyer le nouveau site et la gouverneuse a finalement tranché à la fin de 2017 pour le site de Toyosu, en prenant aussi en compte les conséquences d’un nouveau retard sur d’autres travaux, en l’occurrence ceux des voies passant via Tsukiji pour l’accès aux installations des Jeux olympiques de 2020.
« J’en pleure presque »
Quitter les lieux demeure un crève-cœur pour les vétérans, comme Hisao Ishii, qui dit comprendre que tout chaleureux qu’il était, le vieux Tsukiji aux allures insalubre ne pouvait plus durer. « J’en pleure presque », confie à l’Agence France-Presse cet homme de 68 ans, ancien commissaire-priseur revenu sur les lieux pour vivre le grand départ. « Aujourd’hui est un jour triste, un jour d’adieux. Tsukiji a essayé de tenir mais il vieillit », explique-t-il. « Je suis venu le remercier et lui dire au revoir. »
Avant l’aube, les acheteurs en bottes de caoutchouc arpentaient dans le calme le grand hangar réfrigéré où étaient alignées des centaines de thons frais ou surgelés.
Comme à leur habitude, ils tâtaient des morceaux de chair, inspectaient à la lampe de poche les entrailles des mastodontes de la mer et échangeaient avec leurs concurrents des avis de connaisseurs. Ces enchères du thon sont devenues célèbres non seulement pour leurs rituels spectaculaires mais parce que la prestigieuse vente du Nouvel An fait monter les prix à des niveaux extravagants.
Un record de 155,4 millions de yens, ou 1,2 million d’euros (au cours actuel) avait été déboursé lors de la première criée de 2013 par le restaurateur Kiyoshi Kimura pour un thon rouge de 222 kilogrammes.

        Lire le reportage :
         

          Tsukiji déménage, la fin d’une époque



Après le départ, les hangars abritant les marchands et quelques boutiques et restaurants seront démantelés pour laisser la place, dans un premier temps, à un dépôt de transports pour les Jeux olympiques de 2020.
Le marché extérieur, fait d’un fouillis compact de minuscules restaurants de sushi et de boutiques qui vendent de tout, du café aux algues en passant par la coutellerie, restera, lui, le seul souvenir de Tsukiji.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ Editorial. En récompensant Nadia Murad et Denis Mukwege, le comité norvégien s’attaque à un fléau trop longtemps considéré comme un dégât collatéral de la guerre.
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Un prix Nobel contre l’arme du viol

Editorial. En récompensant Nadia Murad et Denis Mukwege, le comité norvégien s’attaque à un fléau trop longtemps considéré comme un dégât collatéral de la guerre.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 11h12
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 11h24
   





                        



   


Editorial du « Monde ». On ne pouvait imaginer meilleur choix pour le prix Nobel de la paix 2018 que Nadia Murad et le docteur Denis Mukwege. En récompensant conjointement, vendredi 5 octobre, la jeune Yézidie qui a fait de son calvaire aux mains de l’organisation Etat islamique un combat contre les violences sexuelles et le gynécologue congolais qui a consacré sa vie à réparer les femmes détruites par les viols, le comité norvégien s’attaque enfin à un fléau trop longtemps considéré comme un regrettable et honteux dégât collatéral de la guerre.
Nadia Murad avait 21 ans lorsque, le 3 août 2014, les djihadistes de l’EI se sont emparés de son village du Sinjar, région montagneuse aux confins de l’Irak et de la Syrie où vivaient les Yézidis, minorité kurdophone non musulmane. Les hommes furent massacrés, les femmes enlevées. Vendue, revendue, réduite en esclavage, violée, torturée, Nadia Murad subit alors le sort de milliers d’autres femmes yézidies avant de parvenir, un jour, à s’échapper. « Ils se sont servis de moi autant qu’ils pouvaient s’en servir », résumera-t-elle sobrement au siège des Nations unies. Car, à peine libre, la jeune femme, surmontant le deuil de sa mère et de ses six frères tués par l’EI et le tabou qui entoure le viol, décide de témoigner devant le monde entier. « J’ai eu de la chance, dit-elle : j’ai survécu. » En 2016, elle devient ambassadrice de l’ONU pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains.

        Lire aussi :
         

                Nadia Murad, des chaînes de l’Etat islamique au prix Nobel de la paix



Denis Mukwege, 63 ans, est né dans le Sud-Kivu et, grâce à une bourse, a fait ses études de gynécologie en France. De retour en République démocratique du Congo, il fonde un hôpital à Bukavu, dans l’est du pays, où il prend en charge gratuitement les femmes victimes de viol dans la guerre civile qui ravage la région. La sauvagerie des mutilations génitales infligées aux victimes le stupéfait. Il voit arriver des femmes, des adolescentes et même des fillettes physiquement et psychologiquement détruites. Il met au point de nouvelles techniques de chirurgie réparatrice. Face à l’ampleur de cette « guerre sur le corps des femmes » – il estime avoir opéré environ 50 000 femmes –, il prend, sans grand écho, position contre le régime Kabila, et surtout décide de mobiliser l’opinion internationale.

   


Chacun à sa manière, Nadia Murad et Denis Mukwege mènent le même combat, avec un égal courage : celui de faire reconnaître le viol non plus comme accessoire inévitable des conflits armés mais comme une véritable arme de guerre. Et c’est bien sur cette qualification « d’arme de guerre » qu’a insisté le comité Nobel dans l’attribution du prix. Le recours massif aux violences sexuelles est aussi vieux que les conflits eux-mêmes : cette arme d’intimidation et de déshumanisation a été utilisée pendant la deuxième guerre mondiale, en Yougoslavie, au Rwanda, ou tout récemment encore en Syrie et en Birmanie. Mais le silence qui l’entourait a trop longtemps assuré l’impunité à ses auteurs ; il a aussi empêché un travail de prévention de se développer au sein des forces armées. Ce Nobel contribuera à briser ce silence.
L’annonce du prix Nobel de la paix a coïncidé avec le premier anniversaire du mouvement #metoo contre les violences sexuelles dans le monde occidental. Comparé aux atrocités subies par les femmes dans les pays en guerre, ce mouvement peut paraître trivial. Il n’y a pas, pourtant, de petits combats en la matière. Notre civilisation ne peut s’accommoder des violences sexuelles, individuelles ou de masse.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ Après trente-cinq ans à la tête du pays, Paul Biya est assuré d’être réélu le 7 octobre pour un septième mandat.
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Compte rendu

Au Cameroun, Paul Biya, 35 ans de pouvoir et d’absence

Après trente-cinq ans à la tête du pays, Paul Biya est assuré d’être réélu le 7 octobre pour un septième mandat.

Cyril Bensimon (Yaoundé, envoyé spécial)
    



LE MONDE
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        Le 06.10.2018 à 10h54

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        Mis à jour le 06.10.2018 à 16h24






                        

Crédits : ALEXIS HUGUET / AFP


                    

Le palais de l’Unité est, depuis 1982, une citadelle imprenable. Et rien, en apparence, ne laisse présager que l’élection présidentielle du 7 octobre viendra changer cela. Dans cet immense palais présidentiel planté sur une colline de Yaoundé, la capitale du Cameroun, se croisent des élégants prêts à patienter des heures durant sur des canapés en cuir longs comme des limousines, des agents de sécurité en costume sombre et des soldats de la garde présidentielle équipés, du casque lourd aux godillots, par l’armée israélienne.
En dehors de quelques visiteurs en pagne à l’effigie du président-candidat, Paul Biya, et de son parti, de hauts fonctionnaires à la cravate frappée de son visage ou d’autocollants vantant « La force de l’expérience », son slogan de campagne, accrochés sur les portes de ce labyrinthe ultra-sécurisé, nulle fièvre électorale. Ici, personne n’ose imaginer sérieusement que le 6 novembre, le chef de l’Etat ne célébrera pas ses trente-six années de présidence et un septième mandat à la tête du Cameroun.
Une énigme dans son pays
A 85 ans, dont plus de cinquante passés dans les arcanes du pouvoir – il fut nommé en 1975 premier ministre par son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo –, Paul Biya demeure une énigme pour ses concitoyens et tous ceux qui l’observent. Sa manière de gouverner par l’absence fascine et suscite bien davantage de questions qu’elle ne produit de réponses.
Le siège du pouvoir camerounais se trouve tout autant au palais à Yaoundé qu’à l’Hôtel Intercontinental de Genève où le chef de l’Etat, accompagné d’une cour pléthorique, passe une bonne part de son temps en « voyages privés ». Le dernier conseil des ministres s’est tenu le 15 mars. Le précédent remontait à décembre 2014. Alors que ses rivaux les plus sérieux à l’élection ont enchaîné ces derniers jours les meetings et réveillé un débat politique atone, sa campagne s’est limitée à une apparition publique à Maroua, dans l’extrême nord du pays, le 29 septembre,...



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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ Le nombre de départs est estimé à 170 000 ces cinq dernières années. Les trois communautés (bosniaque, serbe et croate) sont concernées par cette hémorragie, dans un pays appelé aux urnes, dimanche.
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Les Bosniens émigrent en masse vers l’Europe centrale

Le nombre de départs est estimé à 170 000 ces cinq dernières années. Les trois communautés (bosniaque, serbe et croate) sont concernées par cette hémorragie, dans un pays appelé aux urnes, dimanche.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 10h53
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 14h57
    |

            Jean-Baptiste Chastand








                        



                                


                            

Tous les matins d’ouverture, la même scène impressionnante se répète devant le consulat de Slovénie à Banja Luka, la grande ville du nord de la Bosnie-Herzégovine, où les électeurs sont appelés aux urnes, dimanche 7 octobre, pour des élections générales. Par dizaines, des Bosniens font la queue pour obtenir l’autorisation de partir. Nenad Covic, qui attend patiemment son tour, ce 26 septembre, pour retirer son permis de travail d’un an, lève les yeux au ciel quand on lui demande combien de personnes de son entourage ont déjà fait la queue ici avant lui : « Rien que pour mon village, déjà une cinquantaine ! Ma femme est partie en Slovénie il y a vingt jours, moi, je vais faire chauffeur-livreur, explique ce moniteur d’auto-école. Je serai payé 850 euros, logé et nourri, mais ce n’est pas le principal argument. Je le fais surtout pour mes enfants. Je ne sais pas s’ils seront capables de survivre dans un Etat pareil. Ici, rien ne marche. »
« Tout mon quartier est parti pour la Slovénie », renchérit un peu plus loin Jasmin, 29 ans, qui a une promesse d’embauche d’une entreprise d’emballage. « C’est ma sœur qui travaille déjà là-bas qui m’a pistonné, je vais gagner le double de ce que je gagne actuellement dans mon entreprise de parquet », explique ce Bosnien qui a fait deux heures de route pour déposer sa demande de permis de travail. Lui aussi espère que sa femme le rejoindra bientôt.
Face à un climat économique et politique désespérément sombre, les Bosniens prennent de nouveau la route en masse. Rien à voir, certes, avec l’exil de centaines de milliers de réfugiés pendant la guerre qui a déchiré leur pays entre 1992 et 1995, mais l’attrait de l’Union européenne (UE) va grandissant depuis que les usines des pays d’Europe centrale, en plein boom, ouvrent grand la porte à cette main-d’œuvre pas chère et culturellement proche.
« Aucune limite »
« Les Bosniens sont une force de travail fiable...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ La religion catholique perd de son influence au profit d’une Eglise qui attire les plus exclus et s’immisce dans le jeu politique du pays, où se déroule des élections dimanche.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ A Palu et dans les environs, le tremblement de terre et le tsunami du 28 septembre ont fait plus de 1 500 morts et deux mille blessés graves. Des millers de personnes ont disparu.
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En Indonésie, une semaine après le séisme et le tsunami, les familles à la recherche des corps de leurs proches

A Palu et dans les environs, le tremblement de terre et le tsunami du 28 septembre ont fait plus de 1 500 morts et deux mille blessés graves. Des millers de personnes ont disparu.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 10h31
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 16h11
    |

            Bruno Philip (Palu et Donggala ( Indonésie), envoyé spécial)








                        



                                


                            

« Mon Dieu, écoute nos cris qui s’élèvent vers toi ! » Une main anonyme a tracé cette supplication sur un morceau de carton, hâtivement fixé sur la coque d’un vieux rafiot de pêche que la grande vague a renversé cul par-dessus tête. A l’approche de Palu, capitale de la province centrale de Sulawesi, cet immense territoire indonésien que l’on appelait autrefois l’île Célèbes, les abords du centre-ville portent déjà les stigmates du séisme, puis du tsunami qui ont ravagé, au soir du vendredi 28 septembre, les rivages de cette longue baie qui s’ouvre d’ordinaire paisiblement sur le détroit de Makassar.
Il y aurait, selon l’Agence indonésienne de sauvetage, « un millier de maisons écroulées avec, donc, plus d’un millier de gens sous les décombres »
Le front de mer ressemble à une ligne de front et Palu à une ville qui émerge d’une guerre courte mais sanglante : la plage est jonchée de détritus de toutes sortes, le pont métallique qui enjambait la rivière s’est écroulé, une petite mosquée se penche sur la mer comme une tour de Pise orientale. Derrière la façade de guingois de l’hôtel Mercure, construit devant la plage, on devine les lits aux draps blancs de chambres sans murs où la brise fait tristement voler les rideaux. Le bâtiment s’est affaissé de l’intérieur : le hall d’entrée dévasté, où s’agitent des sauveteurs en combinaison orange, est en fait le second étage tombé sur le premier. Ce dernier s’est enfoncé dans les profondeurs. Une dame entièrement voilée de noir, visage couvert d’un masque antipollution, explique : « J’attends que l’on déterre le cadavre de ma sœur, qui était réceptionniste. » 

Les images associées ici aux aventures du marin polonais Joseph Conrad, qui trouva sous ces latitudes matière à écriture pour quelques-uns de ces plus foisonnants romans, ne sont plus de mise en ces terribles jours : une semaine après la catastrophe, la pire tragédie qui ait frappé l’archipel depuis le tremblement de terre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Les Roumains ont commencé à voter samedi, lors d’un référendum soutenu par la gauche au pouvoir.
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Roumanie : le gouvernement veut inscrire l’interdiction du mariage homosexuel dans la Constitution

Les Roumains ont commencé à voter samedi, lors d’un référendum soutenu par la gauche au pouvoir.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 10h22
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 14h03
    |

            Mirel Bran (Bucarest, correspondant)








                        



   


Florin Buhuceanu est en état de choc. Le gouvernement social-démocrate roumain a décidé d’organiser un référendum contre le mariage homosexuel, qui a lieu le samedi 6 et le dimanche 7 octobre. « Ce référendum cible la minorité LGBT [lesbiennes, gays, bi, trans] comme le mal de la société roumaine, affirme le président de l’association Accept, qui représente les minorités homosexuelles de Roumanie. On nous présente comme des voleurs d’enfants, des ennemis des valeurs traditionnelles, une sorte d’agents secrets de l’Occident décadent et immoral qui veut faire du mal à la Roumanie. Nous avons peur dans ce pays où les hommes politiques et le clergé orthodoxe nous accusent de tous les maux. »
Le gouvernement souhaite inscrire dans la Constitution que le mariage ne peut avoir lieu « qu’entre un homme et une femme ». Mais l’effet juridique de cette mesure devrait être nul, le code civil roumain déclarant déjà que le mariage est « une institution entre un homme et une femme ». « Le véritable objectif de ce référendum n’est pas la famille traditionnelle, mais le renforcement du sentiment anti-occidental en Roumanie, déclare l’analyste Sorin Ionita, de l’association Expert Forum. Il va provoquer une fracture sociale qui sera exploitée par les hommes politiques. »
« Le but de ce référendum est de rompre avec l’UE et ses valeurs qu’une partie des hommes politiques détestent. Mon pays me fait peur », affirme Florin Buhuceanu, le président de l’association Accept
Le gouvernement social-démocrate est, en effet, en perte de vitesse après avoir tenté de prendre le contrôle de la justice pour sauver la face de son chef, Liviu Dragnea. Condamné deux fois à la prison pour fraude électorale et trafic d’influence, celui-ci est prêt à tout pour recharger son capital électoral. « Le but de ce référendum est de rompre avec l’UE et ses valeurs qu’une partie des hommes politiques détestent, assure Florin Buhuceanu. C’est une attaque contre la démocratie, et c’est immoral de faire de nous les boucs émissaires de partis politiques qui essaient de regagner une popularité par tous les moyens. Mon pays me fait peur. »
Le référendum est contrarié par la décision, le 27 septembre, de la Cour constitutionnelle de Roumanie qui a décidé que les couples homosexuels avaient droit à une vie de famille au même titre que les couples hétérosexuels et devaient « bénéficier à terme d’une reconnaissance légale et juridique de leurs droits et obligations ». Quel sens pourra donc avoir un référendum contre le mariage homosexuel après un arrêt de la Cour constitutionnelle qui l’autorise ? Une question à laquelle le gouvernement et l’Eglise orthodoxe ont du mal à apporter une réponse.

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                Liviu Dragnea, le chef des socialistes roumains, condamné



La communauté homosexuelle de Roumanie revient de loin. Elle a connu une traversée du désert pendant un demi-siècle de dictature communiste qui pénalisait l’homosexualité. Et la chute du régime en 1989 n’a rien changé. Ce n’est qu’en 2002, sous la pression de l’Union européenne (UE), avec laquelle la Roumanie avait démarré des négociations d’adhésion, que l’homosexualité a été dépénalisée.
« On risquait la prison »
« La bataille ne faisait que commencer, car la société roumaine n’était pas prête à accepter notre différence, se rappelle Florin Buhuceanu. Nous sommes un peuple latin, où le tempérament macho domine la société. Beaucoup de Roumains croient prouver leur masculinité en combattant le phénomène homosexuel. Quant à l’Eglise orthodoxe, elle ne peut pas parler de morale sans fustiger les homosexuels en profitant du peu de connaissances théologiques de ses fidèles. »
Florin Buhuceanu connaît bien l’orthodoxie, à laquelle adhèrent 87 % de ses compatriotes. Il a été lui-même étudiant à la Faculté de théologie orthodoxe de Bucarest, d’où il a été mis à la porte en raison de son homosexualité. Il s’est tourné vers le journalisme et a pris contact avec l’association Accept, la seule à défendre les droits des homosexuels en Roumanie. « On risquait la prison si on s’affichait publiquement. Nous étions un groupe de révoltés et nous voulions imposer un débat public sur l’homosexualité pour la dépénaliser », témoigne-t-il.

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                En Roumanie, la tentation eurosceptique de la majorité sociale-démocrate



La longue bataille d’Accept s’est achevée le 5 juin, lorsque la Cour de justice de l’UE a obligé la Roumanie à accorder un droit de séjour au mari américain d’un de ses ressortissants, Adrian Coman, avec lequel il s’était marié en Belgique, bien que Bucarest n’autorise pas le mariage entre personnes du même sexe. En 2012, le couple roumano-américain avait intenté un procès contre l’Etat roumain, gagné six ans plus tard. Mais le couple reste inquiet sur l’issue de la consultation. « La Roumanie ne peut qu’y perdre, soutient Adrian Coman. Ce référendum vise à détourner l’attention sur les dérapages contre l’Etat de droit en Roumanie. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ Dans un courrier dont « Le Monde » a eu connaissance, Avigdor Lieberman défend la position de son gouvernement au sujet du village bédouin de Khan al-Ahmar.
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En Israël, le ministre de la défense accuse  les Européens d’« interférence flagrante »

Dans un courrier dont « Le Monde » a eu connaissance, Avigdor Lieberman défend la position de son gouvernement au sujet du village bédouin de Khan al-Ahmar.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 09h58
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



                                


                            

Calculée ou spontanée, peu importe : la colère irrigue la lettre envoyée le 2 octobre par le ministre de la défense israélien, Avigdor Lieberman, aux ambassadeurs de huit pays européens. Cette missive, dont Le Monde a eu connaissance, accuse les destinataires de « déformation délibérée » de la réalité et d’« interférence flagrante » dans les affaires intérieures d’Israël. Le 20 septembre, la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, la Suède, la Pologne et le Royaume-Uni avaient signé un texte commun pour alerter à nouveau les autorités israéliennes au sujet du village bédouin de Khan Al-Ahmar, en Cisjordanie, et des conséquences « très graves » qu’aurait sa démolition programmée.
« Israël s’attend à ce que ses affaires intérieures et ses institutions judiciaires soient traitées avec la même mesure de dignité et de respect qu’escompte fort justement chacun de vos gouvernements », écrit le ministre de la défense aux diplomates. M. Lieberman estime qu’une attitude différente à l’égard de son pays constituerait « une forme d’injustice et de discrimination, indigne de nos relations bilatérales amicales » et des normes diplomatiques entre « nations souveraines ». Aucune mention n’est faite des conventions de Genève, qui prohibent tout transfert forcé de population sur un territoire occupé.

Khan Al-Ahmar est au cœur d’une longue saga judiciaire et politique. C’est un petit village au bord de la route 1, peuplé par environ 200 membres de la tribu des Jahalin, un clan expulsé du Néguev il y a plus de soixante ans. Ce lieu misérable est fait de tôles froissées et de tentes. Selon les autorités israéliennes, les logements ont été érigés sur des terres dites d’Etat, sans autorisation, et sont donc soumis à des ordres de destruction. M. Lieberman argue aussi du fait que la proximité immédiate d’un grand axe de circulation met les habitants en danger.
Ultime appel rejeté
Israël...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ L’ONG française survole les eaux internationales à bord du « Colibri », au large de la Libye, pour repérer des embarcations en détresse.
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Migrants : avec les Pilotes volontaires, au-dessus de la Méditerranée

L’ONG française survole les eaux internationales à bord du « Colibri », au large de la Libye, pour repérer des embarcations en détresse.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 09h46
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 14h20
    |

            Julia Pascual








                        


                                                                                                                         data-ui="carousel"
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            data-slide-description="Le photographe Samuel Gratacap a pris son envol avec des bénévoles de l’ONG Pilotes volontaires à la recherche d’embarcations en détresse au large des côtes libyennes."
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            data-slide-description="Benoît Micolon, cofondateur de l’ONG Pilotes volontaires, montre sur son téléphone une photo qu’il a prise en juin 2018 lors d’une mission de recherche de personnes en détresse en mer Méditerranée. En arrière-plan sa tablette qui lui permet de naviguer et suivre son plan de vol."
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            data-slide-description="Benoît Micolon est le cofondateur de l’ONG Pilotes volontaires. Le voici quelques minutes avant le décollage de l’île italienne de Lampedusa, vendredi 5 octobre au matin, lors d’une vérification du « Colibri 2 »."
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            data-slide-description="Benoît Micolon et Carola Rackete, montant à bord de « Colibri 2 » pour une mission de recherche de personnes en détresse en Mediterranée centrale, le 5 octobre 2018."
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            data-slide-description="Les membres de Pilotes volontaires ont réalisé trente-cinq missions de survol depuis mai 2018."
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            data-slide-description="Le casque de communication et la tablette sur une des ailes du « Colibri 2 », indispensables pour lancer les missions de recherches de personnes en détresse."
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            data-slide-description="Le petit aéronef – moins de 7 mètres de long – met le cap plein sud. Il s’éloigne de Lampedusa, caillou italien posé au milieu de la Méditerranée, porte de l’Europe malgré lui."
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            data-slide-description="Vue sur les bateaux humanitaires « Astral » (Open Arms) et le « Mare-Iono » depuis l’intérieur du « Coilibri 2 », le 5 octobre."
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            data-slide-description="Il faudra une petite heure au « Colibri » pour rejoindre les abords de la Libye, à 160 milles marins de là. Aux commandes, vendredi 5 octobre au matin, Benoît Micolon."
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            data-slide-description="À l’intérieur du « Coilibri 2 », le 5 octobre."
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Le photographe Samuel Gratacap a pris son envol avec des bénévoles de l’ONG Pilotes volontaires à la recherche d’embarcations en détresse au large des côtes libyennes.

SAMUEL GRATACAP / « LE MONDE »
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« Roger. Ready for take off. » Le ciel, la veille encore chargé de cumulonimbus, est dégagé. Le sol a presque séché des pluies de la nuit. Le soleil pointe à l’horizon. Et le Colibri décolle. Le petit aéronef – moins de 7 mètres de long – met le cap plein sud. Il s’éloigne de Lampedusa, caillou italien posé au milieu de la Méditerranée, porte de l’Europe malgré lui. Il faudra une petite heure au Colibri pour rejoindre les abords de la Libye, à 160 milles marins de là. Aux commandes, ce vendredi 5 octobre au matin, Benoît Micolon.
Ce Français de 35 ans est l’un des cofondateurs de Pilotes volontaires, une ONG créée en janvier 2018 pour faire des recherches au-dessus des eaux internationales, au large de la Libye, où près de 15 000 personnes sont mortes depuis 2014 en tentant de rejoindre le Vieux Continent.
Les membres de Pilotes volontaires ont réalisé trente-cinq missions de survol depuis mai 2018. « Nous avons repéré quarante-deux bateaux, ce qui représente près de 4 000 personnes qui ont pu être secourues », assure José Benavente, cofondateur de l’ONG. Vendredi, l’avion a encore croisé une embarcation de caoutchouc en détresse. A 80 milles marins au large de la ville de Khoms, à l’est de Tripoli, un rubber boat – une « embarcarion pneumatique » –, avec à son bord 28 personnes, a été retrouvé. Sa présence avait été signalée au Colibri par l’association Alarm Phone, qui propose une assistance téléphonique aux bateaux en détresse. « On a cherché des bateaux dans la zone et on a fini par prévenir un tanker [navire-citerne], explique Benoît Micolon. Il est allé leur porter secours, deux heures avant que la nuit tombe. »
Pilote de fret
Benoît Micolon était l’an dernier encore un pilote de fret aérien sans intérêt particulier pour les mouvements migratoires. Il partageait ses semaines entre les Boeing 737 et son école de parapente dans les Alpes. Jusqu’à ce que José Benavente, ami pilote rodé au monde de l’humanitaire, lui parle d’un projet « un peu fou ». Peu de temps après, les deux hommes achètent un avion avec leurs deniers personnels et se lancent. Aujourd’hui, Benoît Micolon passe le plus clair de son temps libre à scruter les vagues, à distinguer leur bleu de leur gris et, parfois, au milieu, à révéler des hommes et des femmes en détresse.

   


A ses côtés, dans la carlingue qui fonce à plus de 250 kilomètres/heures, à 700 mètres au-dessus de la mer, Carola Rackete, 30 ans. Elle balaye la mer avec ses jumelles tout en écoutant la fréquence radio commune des navires de la zone. La jeune femme est bénévole en Méditerranée depuis 2016. Avant de rejoindre Pilotes volontaires, elle s’est notamment engagée auprès de l’ONG allemande Sea-Watch comme capitaine d’un navire humanitaire de sauvetage mais aussi à bord du Moonbird, le premier avion d’ONG de reconnaissance. Mais les deux équipements ont été bloqués cet été à Malte, à l’instar d’autres navires, entravés dans leur mission sur la route migratoire la plus meurtrière, alors que l’Italie décidait en juin de fermer ses ports aux organisations non gouvernementales.
L’Aquarius, navire humanitaire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), vient ainsi, pour la deuxième fois en l’espace de quelques semaines, de perdre son pavillon. Symptomatique de la tension qui entoure ses missions, alors que SOS Méditerranée a appelé a des rassemblements samedi 6 octobre, en « soutien au sauvetage en mer », ses locaux à Marseille ont subi vendredi l’intrusion d’une vingtaine de militants du groupe d’extrême droite Génération identitaire.

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                « Pour les migrants en mer, le plus grand danger ce sont la politique, les politiciens et la politique extérieure de l’UE »



Le Colibri a lui aussi essuyé quelques déconvenues. Avant de prendre ses quartiers à Lampedusa, il a été refoulé par Malte, qui lui a interdit de faire des missions de recherche à partir de son aéroport. « On reçoit des menaces de mort, ajoute Benoît Micolon, de gens qui nous souhaitent de couler avec les migrants en mer. » Lui ne doute pas du sens de ses missions. Il repense notamment à celle du 10 juin, qui a duré plus de huit heures au-dessus des eaux. « On avait repéré quatre embarcations en détresse, se souvient-il. On cherchait des bateaux pour pouvoir leur porter secours et, chemin faisant, on a encore trouvé deux autres embarcations dans une zone dans laquelle on ne patrouillait pas normalement. Ce jour-là, j’ai eu une prise de conscience. »
« Risques considérables »
Depuis la création de l’ONG, de nouveaux bénévoles ont rejoint l’équipe. « On prend des risques considérables, remarque toutefois l’un d’eux. On vole à basse altitude avec un avion qui n’a qu’un seul moteur dans une zone parfois très éloignée des côtes. »
Le manque de moyens de secours en mer a provoqué en 2018 une hausse de la mortalité en Méditerranée centrale. Celle-ci a été accentuée par le retrait des associations et, bien que plus difficile à mesurer, la réticence des navires de marine marchande à s’engager dans des opérations de secours. « La politique des compagnies, c’est d’éviter la zone », assure Carola Rackete.

   


Vendredi, alors que plus aucun navire d’ONG n’était présent en Méditerranée centrale depuis le départ de l’Aquarius, deux bateaux humanitaires faisaient route pour la zone : le voilier Astral, de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms, et le Mare-Ionio, navire battant pavillon italien. Ce dernier, nouveau venu dans le paysage du sauvetage en mer, est un pied de nez à la politique anti-migrants de l’Italie, portée par son ministre de l’intérieur d’extrême droite, Matteo Salvini.
Les humanitaires devront composer avec la montée en puissance des autorités maritimes libyennes et de leurs gardes-côtes, qui coordonnent depuis cet été les secours dans la zone, rôle jusqu’alors assumé par l’Italie. « Il y a trois jours, des migrants ont été secourus par le navire d’une plate-forme pétrolière, ils les ont amenés aux gardes-côtes libyens », rapporte Carola Rackete. Les ONG, tout comme l’Organisation des Nations unies, considèrent pourtant que la Libye n’est pas un lieu sûr de débarquement des rescapés.
« Sauver des vies est vécu comme un crime »
Vendredi soir, Pilotes volontaires ignorait d’ailleurs quel serait le port de débarquement des migrants repérés au large de Khoms. « Tant qu’on peut être utile et sauver des vies, on continuera », assure Benoît Micolon. Si les traversées en Méditerranée centrale ont chuté de 80 % en 2018, « c’est uniquement parce que les départs sont bloqués, mais il y a encore beaucoup de gens coincés en Libye et qui voudront partir », prévient Flavio Di Giacomo, porte-parole du bureau italien de l’Organisation internationale pour les migrations. Flavio Di Giacomo était présent cette semaine à Lampedusa pour participer aux commémorations du naufrage du 3 octobre 2013, dans lequel 368 personnes sont mortes noyées, au large de l’île.
C’est ce drame qui avait donné lieu à « Mare Nostrum », l’opération humanitaire et militaire de la marine italienne en Méditerranée centrale. Et c’est la fin de Mare Nostrum, en 2014, qui avait poussé des associations à s’engager dans le secours en mer. Aux commémorations officielles, pour la première fois en cinq ans, aucun représentant du gouvernement italien n’a fait le déplacement. « En 2013, l’opinion publique était attachée au principe de sauver des vies. Aujourd’hui, c’est vécu comme un crime », regrette Flavio Di Giacomo. Outre le gouvernement italien, d’autres personnes ont boudé cet anniversaire. Giacomo Sferlazzo est membre du collectif Askavusa et, après avoir recueilli la parole de rescapés et de témoins du drame, il est convaincu que tout n’a pas été fait par les autorités italiennes, ce jour-là, pour venir en aide aux naufragés. « Cette tragédie aurait pu être évitée », assure-t-il. Cinq ans ont passé. Et elles se poursuivent.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Le photojournaliste Alkis Konstantinidisa a croisé la route de Christ Wamba lors d’un sauvetage au large de l’île grecque de Lesbos. Il le retrouve aujourd’hui lors de son entraînement à l’Aris Salonique.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Depuis l’élection de Donald Trump, le leader israélien Benyamin Nétanyahou ne cache plus son opposition à la création d’un Etat palestinien, analyse Piotr Smolar, correspondant du « Monde » à Jérusalem.
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L’Etat palestinien, un mirage entretenu

Depuis l’élection de Donald Trump, le leader israélien Benyamin Nétanyahou ne cache plus son opposition à la création d’un Etat palestinien, analyse Piotr Smolar, correspondant du « Monde » à Jérusalem.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 08h44
    |

            Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)








                        



                                


                            

Analyse. Il a dit « deux Etats », rendez-vous compte ! Une fébrilité surprenante s’est emparée de nombreux commentateurs, le 26 septembre, lorsque Donald Trump a exprimé sa préférence – du jour, de l’heure, de l’instant ? – en faveur d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. C’était, il est vrai, une première. Le président américain avait jusqu’alors feint le dégagement. Il prétendait que toute formule retenue par les Israéliens et les Palestiniens – un Etat ou deux – lui conviendrait.
Las. Dans les heures qui ont suivi cette fragile conversion, M. Trump est revenu à sa position initiale, qui marque une rupture avec des décennies de politique américaine dans la région. Il a annoncé également que le plan de paix préparé par ses envoyés spéciaux serait présenté dans « deux à quatre mois ». Ce mystérieux document, déjà reporté plusieurs fois, ne verra peut-être jamais le jour. Peu importe : ses bases partisanes le rendent par avance inacceptable pour les Palestiniens, et sans doute pour les pays arabes. Ceux-ci aimeraient tourner la page du conflit, mais ils ne pourront jamais transiger au sujet de Jérusalem.
La méthode employée démontre l’alignement des positions américaine et israélienne. Depuis le premier jour de l’ère Trump, Israël est récompensé et soutenu
La méthode employée démontre l’alignement des positions américaine et israélienne. Depuis le premier jour de l’ère Trump, Israël est récompensé et soutenu, mais jamais critiqué pour la colonisation ou l’usage disproportionné de la force. En revanche, la Maison Blanche incrimine les Palestiniens pour tout. Elle les dépeint en irréductibles prêcheurs et pratiquants de la violence. L’armée israélienne cause près de 140 morts et 4 500 blessés par balles à Gaza, lors des manifestations de la « marche du retour » ? Ce sont les lanceurs de cerfs-volants incendiaires et le Hamas, maître du territoire sous blocus, qui sont tenus pour uniques responsables.

Les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste présente une étude qui s’intéresse au fonctionnement des médias dans ce qui est à la fois la plus grande autocratie du monde et le plus grand marché de la presse.
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Paul Seabright : le subtil jeu de la pub et de la propagande dans la presse chinoise

Dans sa chronique, l’économiste présente une étude qui s’intéresse au fonctionnement des médias dans ce qui est à la fois la plus grande autocratie du monde et le plus grand marché de la presse.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 07h00
    |

                            Paul Seabright (Institut d'études avancées de Toulouse)








                        



                                


                            
Chronique « Recherches ». L’impact de la concurrence entre médias sur leurs contenus est un sujet important, d’un point de vue économique, mais aussi, bien sûr, politique. Dans les sociétés démocratiques, la question peut se poser de la façon suivante : dans quelle mesure le point de vue politique de leurs propriétaires peut-il modifier la logique commerciale de journaux vendus à des lecteurs qui ne le partage pas forcément ?
Dans des sociétés autoritaires, en revanche, on peut poser la question différemment : dans quelle mesure les besoins commerciaux des journaux peuvent-ils modifier la logique politique qui les oblige à répercuter la propagande officielle ?
Jusqu’ici, il y avait peu de moyens scientifiques de répondre à cette question. Mais une étude récente tire des conclusions fascinantes sur le pays qui est à la fois la plus grande autocratie et le plus grand marché mondial de la presse, à savoir la Chine (« Media Bias in China », par Bei Qin, David Strömberg et Yanhui Wu dans l’American Economic Review n° 108/9, septembre 2018).

117 journaux chinois analysés
Les auteurs ont analysé le contenu de 117 journaux chinois entre 1999 et 2010, période de relative ouverture jusqu’à la reprise en mains de 2013, en recensant dans les articles les contenus présentant l’une ou l’autre de ces trois caractéristiques : recyclage du contenu fourni par le Parti communiste chinois ; mentions d’incidents qui pourraient remettre en question la compétence des autorités (corruption, accidents, catastrophes naturelles) ; contenu commercial, sportif ou de divertissement général.
Tous les journaux en Chine sont dirigés par des instances du parti, les comités du Parti communiste chinois centraux, régionaux ou préfectoraux. Mais chacun tire des revenus importants de la publicité, dont le marché est vigoureux et très compétitif. Chaque journal devait donc équilibrer pressions politiques et budgétaires.
Les auteurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Au Donggala, sur l’île indonésienne des Célèbes, les survivants du tremblement de terre et du tsunami ont le plus souvent tout perdu.
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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ Après le ralliement de deux sénateurs indécis, vendredi, le juge est aux portes de la plus haute juridiction américaine. Mais sa confirmation probable va laisser une Amérique toujours plus divisée.
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Article sélectionné dans La Matinale du 05/10/2018
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Cour suprême : Brett Kavanaugh, le passage en force coûteux de Donald Trump

Après le ralliement de deux sénateurs indécis, vendredi, le juge est aux portes de la plus haute juridiction américaine. Mais sa confirmation probable va laisser une Amérique toujours plus divisée.



LE MONDE
 |    06.10.2018 à 01h19
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 10h01
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



                                


                            

Donald Trump a pu triompher, vendredi 5 octobre. Le taux de chômage aux Etats-Unis a chuté à 3,7 % de la population active, du jamais vu depuis un demi-siècle. Surtout, son candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, a obtenu les soutiens nécessaires au Sénat où il devrait être confirmé samedi après le ralliement d’un sénateur démocrate et d’une sénatrice républicaine considérés longtemps comme indécis. La mobilisation tapageuse de ses opposants a été vaine, voire contre-productive.
Brett Kavanaugh doit donc remplacer au sein de la plus haute instance juridique américaine Anthony Kennedy, un juge nommé par un président républicain mais qui rejoignait ses collègues progressistes sur les questions de société.

Sous l’impulsion de ce nouveau juge très politique passé par l’administration de George W. Bush, classé plus à droite au vu de ses prises de position au sein de la cour d’appel où il exerçait jusqu’à présent, la Cour suprême pourrait donc progressivement, et en fonction des cas qui lui seront soumis, évoluer vers des positions plus conservatrices. Nommé à vie, Brett Kavanaugh, âgé de 53 ans, devrait siéger plusieurs décennies.
Quasi-guerre civile
Cet enjeu a expliqué la mobilisation exceptionnelle que cette nomination a provoquée dès son annonce, en juillet. Elle a été entretenue par le refus de la Maison Blanche de rendre publics des documents relatifs aux postes stratégiques occupés par Brett Kavanaugh de 2001 à 2006. Mais la procédure de confirmation a tourné à la quasi-guerre civile lorsqu’une controverse supplémentaire s’y est greffée avec les accusations d’agression sexuelle portées contre le juge par Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans.
Ces accusations, que le magistrat a niées catégoriquement, remontaient à une trentaine d’années. Elles ont pris une dimension particulière un an après le lancement du mouvement #metoo dénonçant les violences sexuelles faites aux femmes et l’impunité de leurs auteurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ Jason Van Dyke était accusé d’avoir abattu à distance et sans raison Laquan McDonald, 17 ans, en 2014. Sa sentence sera connue ultérieurement.
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Un policier blanc de Chicago reconnu coupable du meurtre d’un jeune Noir

Jason Van Dyke était accusé d’avoir abattu à distance et sans raison Laquan McDonald, 17 ans, en 2014. Sa sentence sera connue ultérieurement.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 22h48
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 06h08
   





                        


Un policier blanc de Chicago a été reconnu coupable vendredi 5 octobre du meurtre d’un adolescent noir. Jason Van Dyke, qui comparaissait pour assassinat, était accusé d’avoir abattu à distance et sans raison Laquan McDonald, 17 ans, alors que ce dernier tenait un couteau. Il avait tiré « seize fois » sur lui, de façon « totalement inutile », en octobre 2014, ont estimé les jurés. Il avait plaidé non coupable.
Les douze jurés ont rendu leur verdict dès le lendemain du début de leurs délibérations, le reconnaissant coupable de meurtre au lieu d’assassinat. Ils ont également décidé de sa culpabilité de seize autres chefs d’accusation pour usage aggravé d’une arme à feu, mais l’ont acquitté de celui de faute professionnelle. Sa sentence sera connue ultérieurement.

        Lire aussi :
         

                Quinze ans de prison pour un policier américain coupable du meurtre d’un jeune Noir désarmé



La diffusion très tardive, en 2015, d’une vidéo montrant la mort de l’adolescent avait exacerbé la colère de la population, déclenchant des mois de manifestations dans la troisième ville des Etats-Unis. Les images de la vidéo, filmée par une caméra fixée sur le tableau de bord d’une voiture des forces de l’ordre, montrent Jason Van Dyke tirant sur l’adolescent, qui se trouve à plusieurs mètres de distance, et continuant à vider son chargeur même une fois le jeune homme à terre. Aucun des neuf autres officiers présents n’avait fait usage de son arme.
Scène filmée
Lors de son procès, qui a duré dix jours, l’ancien policier a assuré avoir tiré parce que l’adolescent lui paraissait menaçant. Ses avocats ont tenté de contrer l’effet désastreux de la séquence filmée en appelant à considérer le « contexte ».
La vidéo de la scène a entraîné le renvoi du chef de la police de Chicago de l’époque. Le ministère de la justice a par ailleurs ouvert en décembre 2015 une enquête fédérale visant la police municipale de Chicago. Celle-ci a conclu que les abus de la part de policiers étaient récurrents dans la métropole, gangrenée par la criminalité.
Le maire de la ville, Rahm Emanuel, un proche de l’ancien président Barack Obama, s’est lui-même retrouvé en difficulté. Il a annoncé au début de septembre qu’il renonçait à briguer un troisième mandat, sa popularité butant sur cette violence endémique, liée à des guerres de gangs et au trafic de drogue.
L’homicide de Laquan McDonald fait partie d’une série de bavures policières aux Etats-Unis ces dernières années dont ont été victimes des Noirs, donnant naissance au mouvement Black Lives Matter.

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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤ La républicaine Susan Collins et le démocrate Joe Manchin ont annoncé qu’ils voteraient pour le juge, lui donnant une majorité très probable pour le vote final de samedi.
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Etats-Unis : deux sénateurs-clés annoncent qu’ils soutiennent Brett Kavanaugh à la Cour suprême

La républicaine Susan Collins et le démocrate Joe Manchin ont annoncé qu’ils voteraient pour le juge, lui donnant une majorité très probable pour le vote final de samedi.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 22h28
 • Mis à jour le
06.10.2018 à 13h25
   





                        


Le suspense est levé. Le juge Brett Kavanaugh a obtenu vendredi 5 octobre deux soutiens-clés au Sénat. Il est désormais quasi assuré de siéger à la Cour suprême, malgré les accusations d’agression sexuelle et de comportements déplacés dans sa jeunesse. La sénatrice républicaine Susan Collins, restée longtemps indécise, a en effet annoncé qu’elle voterait pour lui. Le sénateur démocrate Joe Manchin lui a aussitôt emboîté le pas.
« Je vais voter pour confirmer le juge Kavanaugh », a déclaré l’élue du Maine après avoir expliqué ses motivations lors d’un discours de trois quarts d’heure devant ses collègues du Sénat. Le vote final a lieu samedi. On s’achemine donc vers une majorité de 51 sénateurs contre 49 pour confirmer le juge Kavanaugh.
« Honte à vous ! », ont immédiatement scandé des militants opposés à la nomination du juge Kavanaugh.

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Rapport confidentiel
Sa désignation tient en haleine les Etats-Unis depuis que ce juge conservateur, choisi par Donald Trump pour prendre le poste laissé vacant par le modéré Anthony Kennedy, parti à la retraite en juillet, a été accusé le mois dernier d’agression sexuelle par plusieurs femmes.
Lors d’une audition suivie par 20 millions d’Etats-Uniens, sa première accusatrice, Christine Blasey Ford, s’est déclarée sûre « à cent pour cent » d’avoir été agressée sexuellement il y a trente-six ans par Brett Kavanaugh, lorsqu’ils étaient lycéens. Ce dernier a démenti ces allégations avec véhémence.

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                Arrestations et vote accéléré : le point sur la nomination du juge Kavanaugh à la Cour suprême



Confrontés à deux vérités irréconciliables, le Sénat avait, sous la pression d’élus indécis, demandé un complément d’enquête au FBI, qui a rendu son rapport confidentiel mercredi soir à la Maison Blanche.
Les sénateurs ont pu en consulter une copie jeudi dans une salle fermée. Les républicains en sont sortis ragaillardis ; les démocrates, frustrés. Il n’y a « rien » de nouveau dans ce rapport, « cette enquête n’a trouvé aucune trace de comportement inapproprié », a affirmé le chef républicain de la commission judiciaire du Sénat, Chuck Grassley. « Espérons que dans quarante-huit heures, nous aurons un nouvel arrivant à la Cour suprême », a-t-il ajouté.
Les démocrates et les militants des droits des femmes inquiets
« Ce qui est notable avec ce rapport, ce n’est pas ce qui est dedans, mais ce qui n’y est pas », a rétorqué la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, qui dénone une enquête « incomplète », probablement « contrainte » par la Maison Blanche.
Le profil du magistrat inquiète les démocrates et les militants des droits des femmes. Ils redoutent que la Cour suprême ne s’ancre pour longtemps du côté des conservateurs et ne revienne sur certaines dispositions, comme le droit à l’avortement.
Plusieurs milliers de personnes ont manifesté jeudi contre la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour suprême et plus de trois cents d’entre elles ont été interpellées pour avoir illégalement manifesté devant le Sénat.

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                Comprendre l’enjeu des auditions du juge Kavanaugh et de son accusatrice Christine Blasey Ford au Sénat américain






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ L’ex-chef de l’Etat péroniste avait été condamné à sept ans de prison en 2013 pour contrebande d’armes, mais il n’avait pas encore épuisé tous les recours judiciaires.
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Argentine : à cause de la lenteur de la justice, l’ex-président Carlos Menem échappe à la prison

L’ex-chef de l’Etat péroniste avait été condamné à sept ans de prison en 2013 pour contrebande d’armes, mais il n’avait pas encore épuisé tous les recours judiciaires.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 20h32
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 20h42
    |

            Christine Legrand (Buenos Aires, correspondante)








                        



   


Après un quart de siècle de poursuites judiciaires, l’ancien président argentin Carlos Menem (1989-1999), aujourd’hui âgé de 88 ans et toujours sénateur, n’ira pas en prison, bénéficiant des lenteurs de la justice.
Acquitté à l’issue d’un premier procès, en 2011, pour contrebande d’armes à destination de la Croatie et de l’Equateur, en violation d’un embargo de l’ONU, rejugé et condamné en 2013 à sept ans de prison, le vieux caudillo péroniste a été exonéré de toute peine, jeudi 4 octobre, à Buenos Aires, par la Cour de cassation. Le scandale des ventes d’armes illégales remonte à 1991 (Croatie) et à 1995 (Equateur).
Sans toutefois le déclarer innocent, les juges ont considéré que la justice avait trop tardé à faire appliquer la peine, et qu’il y avait donc prescription. A l’époque, la culpabilité de M. Menem avait été ratifiée par la Cour suprême, mais pas le montant de la peine. En l’absence de condamnation définitive, M. Menem a bénéficié de nombreux recours présentés par ses avocats, mais aussi de son immunité parlementaire lui garantissant de rester en liberté. Elu sénateur de La Rioja, sa province natale, dans le nord-ouest du pays, en 2005, il avait été réélu en 2017.
« Impunité qui blesse gravement la République »
Cette décision judiciaire a entraîné une vive polémique en Argentine, en particulier au sein du parti au pouvoir du président de centre droit, Mauricio Macri. Alliée de M. Macri, la députée de centre gauche Elisa Carrio a menacé de porter plainte contre les juges de la Cour de cassation, dénonçant « une sentence qui démontre la viscérale impunité qui blesse gravement la République ». « C’est une condamnation contre la justice elle-même », a renchéri le député radical Mario Negri.
Ce verdict renforce, en revanche, la position du Parti justicialiste (péroniste), qui refuse de lever l’immunité parlementaire d’un membre du Congrès tant qu’il n’y a pas de condamnation ferme contre lui. Cette doctrine bénéficie actuellement à la sénatrice et ancienne présidente péroniste Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015), mise en cause dans plusieurs procédures judiciaires pour corruption, mais jamais condamnée.
Le 22 août, le Sénat avait accepté de lever partiellement son immunité parlementaire, permettant à la justice de procéder à des perquisitions aux différents domiciles de l’ex-présidente, à Buenos Aires et dans son fief de Patagonie.
Carlos Menem avait été brièvement assigné à résidence en 2001, pendant six mois, accusé d’avoir signé, pendant sa présidence, trois décrets permettant, officiellement, l’envoi de 6 500 tonnes d’armements au Panama et au Venezuela, mais qui avaient été détournées, entre 1991 et 1995, vers la Croatie, en pleine guerre des Balkans, et vers l’Equateur, alors en conflit avec le Pérou.



                            


                        

                        

