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Russie : Oleg Sentsov dit arrêter sa grève de la faim pour éviter d’être nourri de force

Le cinéaste ukrainien emprisonné a remis un message à la presse où il explique être « forcé de mettre un terme à [sa] grève de la faim » le 6 octobre.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 17h13
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 18h15
   





                        


Ce n’est pas parce qu’il a obtenu satisfaction qu’il a pris cette décision. Dans un message remis vendredi 5 octobre à la presse, le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie Oleg Sentsov a déclaré devoir arrêter sa grève de la faim pour éviter d’être nourri de force.
« Je suis forcé de mettre un terme à ma grève de la faim demain, c’est-à-dire le 6 octobre 2018 », a-t-il fait savoir dans une lettre manuscrite. Il précise : « En raison de mon état de santé critique et de l’apparition de changements pathologiques dans mes organes, il était prévu prochainement de me nourrir de force. » « Mon opinion n’est plus prise en compte. »

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« L’objectif n’est pas atteint »
Oleg Sentsov, 42 ans, originaire de Crimée, la péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014, refusait de s’alimenter depuis le 14 mai pour demander la libération de prisonniers politiques ukrainiens. Après « cent quarante-cinq jours de lutte, 20 kilos en moins et un corps brisé », « l’objectif n’est pas atteint », déplore le cinéaste. « Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont soutenu et demande pardon à ceux que je laisse tomber », conclut Oleg Sentsov, terminant son message par « Gloire à l’Ukraine ! »
« Le prisonnier Oleg Sentsov a accepté de consommer de la nourriture », a annoncé de son côté le service pénitentiaire russe, disant que « les meilleurs nutritionnistes de Moscou ont élaboré un programme pour l’aider à ingérer progressivement des aliments solides ». L’avocat d’Oleg Sentsov, Dmitri Dinze, n’était pas joignable pour un commentaire.

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Auparavant, le vice-directeur du service pénitentiaire russe, Vitali Maximenko, avait annoncé à l’agence Interfax la fin de la grève de la faim d’Oleg Sentsov et avait remercié les médecins et avocats l’ayant convaincu qu’il « faut vivre, que la vie continue ». Interviewé par la télévision indépendante Dojd, Vitali Maximenko a ajouté qu’Oleg Sentsov était « jeune, il deviendra peut-être un réalisateur célèbre. Qu’il vive ! »
Condamné à vingt ans de prison
Oleg Sentsov est connu pour son film Gamer, qui raconte l’histoire d’un adolescent participant à des compétitions de jeux vidéo tout en faisant face à une vie quotidienne difficile dans un village d’Ukraine. Le film avait été montré dans plusieurs festivals et récompensé à Rotterdam en 2012.
En mai 2014, opposé à l’annexion de la Crimée par la Russie, Oleg Sentsov a été arrêté à son domicile. Accusé d’avoir coordonné les activités d’un groupe de militants affiliés au mouvement ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor (« secteur droit »), il a été condamné en août 2015 à vingt ans de prison pour « terrorisme » et « trafic d’armes », à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par l’ONG Amnesty International.

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La dernière photographie d’Oleg Sentsov, diffusée la semaine dernière par les services pénitentiaires russes, montrait un médecin en blouse blanche l’auscultant, torse nu, dans un cabinet médical. Le cinéaste, qui mesure 1,90 mètre, y apparaissait affaibli et amaigri.
Les pays du G7 et de nombreuses personnalités du monde culturel ont appelé à sa libération. Malgré les déclarations alarmistes de proches concernant la dégradation de l’état de santé d’Oleg Sentsov, le Kremlin a répété à plusieurs reprises qu’une grâce présidentielle ne pouvait être accordée qu’à la demande du prisonnier, ce qu’Oleg Sentsov refuse de faire.
La Russie et l’Ukraine sont à couteaux tirés depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, de pro-Occidentaux à Kiev, suivie de l’annexion de la Crimée par Moscou et d’un conflit armé dans l’Est séparatiste prorusse du pays, qui a fait plus de dix mille morts.

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                « Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »






                            


                        

                        


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Matt Dillon, star à éclipses 
                  
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LE MONDE
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                  05.10.2018 à 14h15


L’acteur américain a été choisi par Lars von Trier pour incarner le tueur en série de « The House That Jack Built », en salle le 17 octobre. À 54 ans, l’ancien adolescent prodige à la carrière ternie par les absences n’en attendait pas tant.

Par             Samuel Blumenfeld





                     
En regardant son personnage fracasser le crâne d’Uma Thurman, Matt Dillon s’est pincé les lèvres. Il se souvenait parfaitement du tournage de la scène. Deux prises avaient suffi à Lars von Trier pour régler le sort de cette auto-stoppeuse beaucoup trop bavarde, que ce tueur en série atomisait par exaspération.
À l’époque, sur le plateau de The House That Jack Built (en salle le 17 octobre), l’acteur américain avait souri, le meurtre s’était déroulé dans la bonne humeur. Le réalisateur danois l’avait auparavant rassuré avec une promesse : « Il m’avait dit : “Je sais soulever les foules.” » Matt Dillon l’avait cru sur parole.

Au dernier Festival de Cannes, où le film était projeté pour la première fois, cela n’a pas été tout à fait ça. Il y a d’abord eu un mélange d’applaudissements et de huées, puis l’assistance s’est levée. « Je ne savais pas quoi penser, ni de ma performance ni du film. Une partie de moi-même avait honte. Une autre savourait son bonheur. J’apparaissais dans un bon film, cela ne m’était pas arrivé depuis si longtemps. Et cette satisfaction prédominait. L’œuvre était singulière et moi… singulier. »
Dès les premiers jours du tournage, d’ailleurs, Matt Dillon s’est senti bien. C’était en 2017. Avant de quitter les États-Unis pour la Suède, il avait rangé ses affaires dans une petite valise. C’est une habitude, un rituel chez lui : voyager léger, emmener le strict nécessaire. Cette absence de bagages lui permet de désacraliser son métier pour se transformer en voyageur de commerce.

Le mois de mars, en Suède, reste froid. Une température qui sied à merveille à l’Américain quand elle rebuterait n’importe qui d’autre. Il avait apporté l’équipement nécessaire, doudoune, combinaison, moufles, bonnet, bottes. La météo annoncée était la même que chez lui, à New York : un froid sec, de la neige parfois, une lumière grise.
« Ou plutôt une lumière rapidement déclinante...





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Harvey Weinstein face à la justice : le point sur les affaires

New York, Californie, Londres, pénal et civil… il vivra ses prochaines années un parcours judiciaire rythmé par les accusations de viols.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 15h50
    |

            Yves Eudes








                        



Un an après les révélations sur son comportement de prédateur sexuel, Harvey Weinstein ne sait pas encore quel sort lui réserve la justice, mais une chose est sûre : il va vivre un parcours judiciaire complexe et varié, qui durera des années.
Le premier magistrat à s’attaquer à l’affaire Weinstein a été le procureur du district de Manhattan (à New York), Cyrus Vance — celui-là même qui avait mené la procédure contre Dominique Strauss-Kahn, il y a sept ans. En mai 2018, après plusieurs mois d’enquête, il inculpe Harvey Weinstein, devant un tribunal de New York, de viol au premier degré (avec usage de la force) et au troisième degré (sur personne incapable de donner son consentement), ainsi que « d’actes sexuels forcés » sur deux femmes, dont l’identité n’a pas été révélée.
Les faits remontent à 2004 et à 2013. L’accusé risque en théorie jusqu’à vingt-cinq ans de prison. Arrêté et interrogé, il plaide non coupable. En attendant son procès, il est libéré contre une caution d’un million de dollars. Il n’a pas le droit de voyager hors des Etats de New York et du Connecticut, et doit porter un bracelet électronique.

        Témoignages :
         

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De quoi payer son armée d’avocats
Depuis, il vit confortablement, avec une partie de sa famille, dans sa splendide maison de Westport (Connecticut), une station balnéaire chic à cinquante kilomètres de New York. En fait, il a dû vendre la maison à l’un de ses riches voisins pour 16 millions de dollars, mais le nouveau propriétaire lui permet d’y habiter encore quelque temps. Cette vente a eu lieu dans le cadre d’un arrangement financier avec son épouse, la styliste britannique Georgina Chapman, qui a quitté le domicile conjugal peu après les révélations d’octobre 2017.
Il a aussi vendu deux autres propriétés, à New York et à Long Island, ce qui lui a rapporté des dizaines de millions de dollars — de quoi payer son armée d’avocats. Sa maison de Los Angeles (Californie), où il ne peut plus aller à cause de son assignation à résidence, a été mise en location.
En juillet, l’ex-producteur est à nouveau inculpé à New York, cette fois d’« acte sexuel criminel » et d’« agression » d’une femme à qui il aurait imposé une « pratique sexuelle orale » en 2006. Compte tenu des autres charges, il risque désormais la perpétuité. A nouveau, il plaide non coupable. Le procureur demande qu’il soit contraint de déménager pour venir s’installer à New York, dans sa juridiction, mais son avocat Benjamin Brafman convainc le juge de laisser son client vivre à Westport, puisqu’il ne possède plus d’appartement à New York…

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                Affaires Weinstein : la liste des victimes s’allonge, plusieurs enquêtes sont ouvertes



Des plaintes aux Etats-Unis et en Europe

   


En août, la série continue. Un juge fédéral de New York déclare recevable une nouvelle plainte pour « trafic sexuel », déposée par l’actrice britannique Kadian Noble, qui accuse Harvey Weinstein de l’avoir agressée sexuellement dans la salle de bain d’une chambre d’hôtel en 2014, lors du Festival de Cannes. L’avocate de l’accusé dans cette procédure fédérale, Phyllis Kupferstein, s’est étonnée que la loi sur la répression du trafic sexuel soit invoquée dans ce genre d’affaire, car elle a été conçue pour lutter contre les réseaux de prostitution. Dans ce cas, le recours à cette loi permettrait notamment de contourner les problèmes de territorialité, car l’agression a eu lieu en France.
Deux autres enquêtes sont en cours à New York. L’une fait suite aux déclarations à la presse de l’actrice Paz de la Huerta, qui accuse l’ex-producteur de l’avoir violée deux fois, chez elle, à la fin de 2010. L’autre vise les liens entre Harvey Weinstein et la société de sécurité israélienne Black Cube, qu’il aurait engagée pour espionner et harceler des victimes qui menaçaient de le dénoncer.
Harvey Weinstein risque aussi d’être inculpé dans d’autres villes. En Californie, le procureur de Los Angeles enquête sur six plaintes déposées contre lui pour agressions sexuelles, dont trois à Beverly Hills. Par ailleurs, en Grande-Bretagne, la police de Londres a enregistré à ce jour seize plaintes à son encontre émanant de onze femmes, pour des faits remontant parfois aux années 1990. Elle mène des enquêtes qui pourraient déboucher sur des mises en examen devant des tribunaux anglais.
Chargée de « préparer » les rencontres sexuelles
En plus des procès au pénal, Harvey Weinstein est attaqué au civil, les plaignantes réclamant cette fois des dommages et intérêts. A New York, l’une de ses anciennes assistantes, Sandeep Rehal, a porté plainte pour harcèlement et discrimination. Selon ses dires, elle était chargée de « préparer » les rencontres sexuelles de son patron avec ses diverses partenaires, y compris les réservations de chambre ou l’achat de lingerie fine et d’ampoules contre le dysfonctionnement érectile.
Quand les rencontres avaient lieu au siège de la société, Mme Rehal devait ensuite faire le ménage. Par ailleurs, elle était constamment soumise à des remarques dénigrantes ou vulgaires proférées par Harvey Weinstein ou par son frère et associé, Bob Weinstein. L’Etat de New York a décidé d’élargir ce dossier en ouvrant une enquête visant les ex-cadres de la défunte société The Weinstein Company, pour violation des droits civiques de leurs employés.
Toujours au civil, à Los Angeles, l’actrice Ashley Judd réclame une compensation financière à Harvey Weinstein, qu’elle accuse d’avoir nui à sa carrière par vengeance parce qu’elle avait refusé un rapport sexuel. En septembre, la plainte a été jugée recevable.
Et quelques faits prescrits

   


Pendant ce temps, la première procédure pénale new-yorkaise suit son cours, sans hâte. Une audience préliminaire, qui aurait dû se tenir à la fin de septembre, a été repoussée au 8 novembre. L’avocat Benjamin Brafman tente d’empêcher le procureur de faire entendre comme témoins des femmes affirmant avoir été agressées par son client, mais qui ne peuvent pas porter plainte car les faits sont prescrits.
Aiguillonnée par l’opinion et par les médias, la machine judiciaire new-yorkaise est peut-être en train de s’emballer. A la demande de l’association Time’s Up, créée par un groupe d’actrices dans la foulée de l’affaire Weinstein, la procureure générale de l’Etat, Barbara Underwood, a ouvert une « enquête indépendante » visant le procureur Cyrus Vance : on le soupçonne d’avoir enterré des plaintes contre Harvey Weinstein au cours des années précédentes, avant que le scandale n’éclate.
Le gouverneur de l’Etat a demandé une suspension de cette procédure, pour ne pas gêner le procureur à ce stade délicat de l’affaire, mais elle pourrait reprendre prochainement.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Sa veuve, ses enfants, 200 personnalités et des admirateurs anonymes étaient présents autour du cercueil lors de la cérémonie à Paris.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Comme pour « Un peuple et son roi », de Pierre Schoeller, des historiens n’hésitent plus à participer à part entière au processus créatif. Ils livrent leur expérience.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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« L’historien a parfois l’impression de participer à la réalisation du film, aux côtés des auteurs »

Comme pour « Un peuple et son roi », de Pierre Schoeller, des historiens n’hésitent plus à participer à part entière au processus créatif. Ils livrent leur expérience.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 15h03
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            
L’écran prend soudain une teinte rouge ­incandescente comme le verre en fusion tout juste sorti du four de l’artisan. Un peuple et son roi montre un modeste atelier de verrerie parisien. C’est que ce film sur la Révolution française raconte la grande Histoire à hauteur d’une ruelle située dans l’ombre de la forteresse de la Bastille, et de ses habitants qui goûtent la chaleur du soleil sur leur peau quand tombent les premières pierres de la prison. Il montre leurs rêves et leurs peines, les plaisirs et les plaies inscrits dans ces corps qui s’éveillent à la citoyenneté.
Départager le vrai du faux
Avec une justesse qui ne s’invente pas : plusieurs historiens ont aidé le réalisateur Pierre Schoeller à accoucher de ce long-métrage. Au cinéma comme au théâtre, ces « conseillers historiques » existent ­depuis longtemps, qui œuvrent en coulisses à restituer la vraisemblance des situations. Ils interviennent sur des détails, ­départagent le vrai du faux, donnent leur avis sur les décors et les costumes. Mais leur rôle tend à s’élargir…
Présentée au réalisateur par des amis communs, Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS, a lu la toute première mouture du scénario : « Dans un café, Pierre m’a dit qu’il voulait faire un film sur le peuple, j’étais ravie ! On s’est revus, je ­répondais à ses questions et lui donnais des conseils de lecture. Quand j’ai lu la première version de son scénario, je l’ai trouvée bien faite sauf que ce n’était pas un film sur le peuple mais sur… le roi ! », se souvient-elle. Deux longues matinées durant, ils échangent à bâtons rompus. « J’avais peur de le chahuter, de casser un lien agréable, mais mes inquiétudes n’étaient pas fondées. Pierre Schoeller a repris son texte en prenant plus de distance par rapport à l’historiographie conventionnelle et en cherchant à voir comment incarner le peuple. » Sur ses conseils, il a ainsi réduit le nombre de plans-séquences sur les assemblées de la Constituante...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Un an après le début de l’affaire Weinstein et du mouvement qui a suivi, lecteurs et lectrices du Monde reviennent sur cette libération de la parole.
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« Je me sens plus légitime à réagir à des regards appuyés » : des témoignages de l’an I de #metoo

Un an après le début de l’affaire Weinstein et du mouvement qui a suivi, lecteurs et lectrices du Monde reviennent sur cette libération de la parole.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 07h28
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 12h50
    |

            Cécile Bouanchaud








                        



   


Après des années en couple, Yasmine s’est enfin départie de son « sentiment de culpabilité » : elle ose désormais dire à son compagnon quand elle « n’a pas envie de coucher » avec lui. Hélène, 38 ans, n’hésite plus à « recadrer » ses collègues masculins au moindre « comportement misogyne ». Alors qu’elle faisait son marché, un matin de septembre, à Paris, Alice, 22 ans, raconte avoir été « secourue » par une mère de famille qui avait aperçu la main baladeuse d’un passant se poser sur ses fesses. « C’est puni par la loi maintenant, alors que je ne vous voie plus recommencer, sinon j’appelle la police ! », lui avait-elle lancé.
Autant de récits qui dessinent « l’après Weinstein ». Un an après le déclenchement de l’affaire, Le Monde a lancé un appel à témoignages, en posant une question aussi simple que large : qu’est-ce que le mouvement #MeToo a changé pour vous ? Un premier constat s’impose : ce sont les femmes qui ont pris la parole en octobre 2017 et, un an plus tard, ce sont encore elles qui ont répondu à notre appel et qui se sentent concernées par la question, à quelques exceptions masculines près.

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Un an après les premières révélations sur Harvey Weinstein, qui était alors le producteur le plus puissant d’Hollywood, l’heure semble être encore à la prise de conscience. Les femmes n’ont pas oublié ce « tournant » survenu à l’automne 2017, qui a permis de « débanaliser » et de « conscientiser » la « violence » de nos sociétés patriarcales.
Aujourd’hui encore, elles ressentent le besoin de témoigner : parler de ces gestes déplacés qu’elles regrettent d’avoir trop souvent laissés impunis ; raconter ces agressions qu’elles avaient « enfouies » dans la mémoire et que l’affaire Weinstein à fait « remonter à la surface », et rappeler le flot de questions non résolues qui accompagne cette prise de conscience : « Pourquoi autant de résignation toutes ces années ? » ; « Pourquoi si peu de soutien autour de moi ? » ; « Dois-je porter plainte ? » ; « Dois-je en parler ? »

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« Je me sens plus légitime à réagir »
« Avec #MeToo, tout d’un coup, des expériences individuelles et vécues comme telles sont devenues une expérience collective », résume Rachel, une trentenaire élevée par une mère féministe. Pour de nombreuses femmes, « cet élan collectif » a d’ailleurs donné lieu à un « réajustement du quotidien ». « Aujourd’hui, je me sens plus légitime à réagir à des situations qui me dérangent, comme des dragues lourdes ou des regards appuyés, sans m’excuser ou me sentir impolie », fait savoir Léa, Parisienne de 27 ans, pour qui « la norme s’est déplacée ».
A l’unisson, les femmes et les hommes qui ont répondu à notre appel assurent intervenir davantage lorsqu’ils constatent des violences sexistes. Un soir de printemps, à Nice, alors qu’un homme, « visiblement aviné », « importunait deux jeunes femmes », Antoine raconte ainsi s’être interposé, faisant croire qu’il les connaissait, en s’excusant pour son retard. Hélène, 26 ans, « n’hésite plus » à intervenir dans la rue lorsqu’elle voit un « couple s’invectiver » — elle « demande seulement à la femme si tout va bien ».

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« Cela fait trente ans que je supporte ça, maintenant, c’est fini », a répondu Laetitia, 42 ans, à un homme qui estimait qu’elle « exagérait » d’être intervenue avec virulence contre « un homme qui agressait deux femmes au parc des Buttes-Chaumont », à Paris. De nombreuses femmes, comme Léa, font également part d’un sentiment de sororité plus ancré depuis le début du mouvement #MeToo :
« J’évite par exemple les réactions déplacées, comme minimiser les faits lorsqu’une femme dénonce une agression. J’évite aussi toutes les injonctions à porter plainte ou à réagir de telle ou telle façon, car la réalité est plus complexe. »
C’est le « réconfort d’avoir été accompagnée par la cohorte de [ses] semblables », que décrit Gabrielle, 58 ans. « Une solidarité douce-amère, bâtie sur la violence subie et la soumission imposée. » Christelle, 49 ans, tient à « remercier » celles qui ont « osé prendre la parole » et qu’elle appelle ses « compagnes d’infortune ». Pour Sarah, 37 ans, ces valeurs d’égalité doivent aussi se transmettre entre générations. « J’essaie au maximum de dispenser à mes enfants une éducation qui aille dans ce sens et de déconstruire auprès d’eux les stéréotypes qui conduisent au sexisme », confie la mère de famille.

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Agir pour plus d’égalité
Pour certaines, cette libération de la parole a eu des répercussions concrètes sur leur vie quotidienne, pas toujours heureuses. Marlène, 35 ans, vivant dans le New Jersey, aux Etats-Unis, a mis en place à son travail « un réseau de femmes » pour discuter entre elles des barrières insidieuses empêchant leur progression dans l’entreprise de construction.
Le mari d’Andrea, lui, « n’a pas supporté » son « émancipation tardive », faites de « revendications féministes ». Il est parti. Signe que le chemin vers plus d’égalité reste long et sinueux. La majorité des hommes ayant répondu à notre appel à témoignages défendent encore la « séduction à la française ». « J’ai bien l’intention de continuer à me comporter comme un homme doit se comporter avec les femmes, […] en ne me privant pas de faire des compliments si l’occasion se présente », commente Alexandre. Guillaume, 18 ans, juge, lui, que ce mouvement de libération de la parole a « débordé », si bien qu’il « n’ose plus faire de la drague de rue ».

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Dans l’espace public, de nombreuses femmes évoquent toujours un « sentiment d’insécurité », qui les incite par exemple à « porter des vêtements amples » et des « chaussures souples pour courir ». « Combien détournent encore le regard face à une agression ? », interroge Antoine, 29 ans. « Pour moi, #MeToo n’a rien changé, il a juste révélé un machisme quotidien », résume, désillusionnée, Julia, 26 ans.
Pour Nadine, 49 ans :
« Les femmes continuent à minimiser ce qu’elles ont vécu ou vivent encore. Le silence et la honte continuent de faire taire les victimes. »
Ou comme le résument une grande partie des personnes ayant répondu à notre appel à témoignages : « Le chemin est encore long. »

Notre sélection d’articles sur l’affaire Weinstein
Retrouvez les contenus de référence du Monde sur l’affaire Harvey Weinstein :
Aux origines de l’onde de choc mondiale : comment des révélations du New York Times puis du New Yorker ont entraîné la fin d’un des derniers moguls du cinéma. Lire notre récit sur la chute d’Harvey Weinstein.Au fil des semaines, la liste des victimes du producteur s’est allongée pour devenir vertigineuse.Le scandale a produit une déflagration inédite dans le septième art : l’industrie du cinéma s’est retrouvée confrontée à ses pratiques.L’affaire a aussi entraîné une vaste libération de la parole des femmes : « Nous sommes si nombreuses que c’en est impressionnant », écrit la sociologue Irène Théry dans une tribune.Cette vague a touché tous les secteurs aux Etats-Unis, eu des répercussions en France et en Europe, mais n’a pas été universelle, à l’image de l’Inde.Des voix dissonantes, s’inquiétant d’une dérive puritaine, se sont aussi fait entendre : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », écrivent 100 femmes, dont Catherine Deneuve, dans une tribune.Plusieurs mois après ses débuts, « le mouvement #MeToo est toujours là, tout à la fois libérateur, dérangeant, encombrant. Critiqué, aussi », analyse Le Monde.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Un an après la publication de l’article du « New York Times » sur Harvey Weinstein, qui a déclenché une révolution sur la question des violences sexuelles, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », tire le bilan du mouvement.
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Article sélectionné dans La Matinale du 04/10/2018
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« #metoo : le combat sera perdu s’il se limite à quelques hommes sortis du jeu et à de belles déclarations aux Oscars »

Un an après la publication de l’article du « New York Times » sur Harvey Weinstein, qui a déclenché une révolution sur la question des violences sexuelles, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », tire le bilan du mouvement.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 04h45
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 08h23
    |

            Michel Guerrin (rédacteur en chef au « Monde »)








                        



                                


                            

Chronique. C’était il y a un an, le 5 octobre. Le New York Times publiait des témoignages de femmes, souvent des actrices, sur les violences sexuelles que le producteur de cinéma Harvey Weinstein leur a fait subir. Le hashtag #MeToo est créé dans la foulée – partagé des millions de fois. Une révolution sociétale s’ouvre. L’histoire retiendra qu’elle est née dans le cinéma. Un an plus tard, c’est toujours du côté d’Hollywood, de l’industrie culturelle et des médias, qu’il faut regarder. Les témoignages y sont les plus nombreux, les débats aussi, comme les mesures prises. Logique. Les femmes qui ont ouvert la boîte de silence ont l’habitude de la parole. Portée par leur notoriété, et celle des hommes qu’elles accusent.
C’est dans ce secteur que des têtes sont tombées en cascade. L’acteur Bill Cosby, qui fut le mieux payé d’Amérique, est le premier à dormir en prison. Harvey Weinstein sera devant ses juges en novembre. D’autres figures ont disparu du paysage. Citons, parmi d’autres, l’acteur Kevin Spacey, le chef des studios d’Amazon, Roy Price, John Lasseter, de Pixar, Charlie Rose et Leslie Moonves, de la chaîne CBS, Roger Ailes, de Fox News.
La presse américaine se demande en ce moment ce que metoo a changé. Elle dit les avancées et le travail vertigineux qu’il reste à faire. Elle rappelle, chiffres à l’appui, que le harcèlement à Hollywood est une goutte d’eau par rapport au sexisme ordinaire au bureau. Parce que le harcèlement n’est pas une question culturelle, mais un attribut du pouvoir.
« Codes de bonne conduite »
Reste que c’est Hollywood qui est en pointe pour que ça change. Comme l’industrie du rêve n’a toujours pas créé le comité visant à recueillir les signalements de harcèlement, l’association Time’s Up s’en est emparée. Son nom signifie « c’est fini » – sous-entendu : pour nous les femmes de nous taire. Créée en janvier par 300 actrices, dont Cate Blanchett et Meryl Streep, Time’s Up a amassé 21 millions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Ernest et Bart, stars de « 1, rue Sésame », ont fait, par la voix de leur scénariste, leur récent coming out. Ils ne sont pas les seuls personnages de fiction auxquels fans ou contempteurs ont prêté une orientation homosexuelle…
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Des héros de fiction estampillés LGBT 
               


LE MONDE
 |
                  04.10.2018 à 15h02


Ernest et Bart, stars de « 1, rue Sésame », ont fait, par la voix de leur scénariste, leur récent coming out. Ils ne sont pas les seuls personnages de fiction auxquels fans ou contempteurs ont prêté une orientation homosexuelle…

Par                             Valérie Lépine





Le 16 septembre, l’un des scénaristes de « 1, rue Sésame » a affirmé que Bart et Ernest formaient un « couple aimant ». Il a ajouté que lorsqu’il écrivait les dialogues, il concevait les deux personnages comme un couple gay ressemblant en l’occurrence à lui-même et à son compagnon, décédé en 2003.
 2018 : Ernest et Bart sortis du placard

   


Le 16 septembre, Mark Saltzman, scénariste de la série 1, rue Sésame, a déclaré au site LGBT Queerty que Bart et Ernest, deux célibataires faisant chambre commune, étaient inspirés du couple qu’il formait avec son ex-compagnon. Enfin !, a applaudi la communauté gay. Même si la direction du programme a aussitôt corrigé : les deux marionnettes ont été créées pour être des « meilleurs amis ». Des amis dont le cas faisait déjà débat. En 2011, à Dublin, Gareth Lee, un militant LGBT, avait commandé un gâteau orné de l’effigie des deux personnages accompagné du slogan « Soutenez le mariage gay ». Devant le refus de la pâtisserie d’honorer la commande qui « heurtait leur sentiment religieux », il a porté plainte pour discrimination. Le boulanger a été condamné. La même année, une pétition réclamait le mariage de Bart et Ernest…

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                Du rififi sur « Sesame Street » : Ernest et Bert sont-ils des icônes gays ?



2009 : Tintin amoureux du capitaine Haddock

   


L’allure androgyne du reporter, sa vie amoureuse inexistante, son fox-terrier, ses rares contacts avec des femmes et le silence sur ses origines alimentent depuis longtemps la rumeur de son homosexualité. Une certitude pour le journaliste anglais Matthew Parris, qui écrivait en 2009 dans le Times : « Bien sûr que Tintin est gay, demandez à Milou », prêtant au blondinet une relation inassouvie avec… le capitaine Haddock.
2002 : Bob l’éponge jugé trop gay

   


L’émotive éponge aurait « quelque chose » qui séduit les homosexuels, avançait le Wall Street Journal en 2002, ajoutant que 22 % des téléspectateurs de ce dessin animé étaient des adultes. De là à ce qu’on l’accuse de « promouvoir l’homosexualité », il n’y a qu’un pas, franchi par des évangélistes américains en 2005, puis par l’Ukraine, qui, en 2012, voyait dans le cartoon préféré d’Obama une « menace » pour les enfants.
 1999 : Tinky Winky, homosexuel à 3 ans

   


L’identité sexuelle du Télétubbie violet Tinky Winky fait débat depuis la création du programme pour tout-petits en 1997. En 1999, dans le New York Times, le télévangéliste américain Jerry Falwell affirmait que sa couleur, son antenne triangle et son sac à main rouge sont des preuves de son homosexualité. Il « est censé avoir 3 ans », a alors répondu à cette « question très idiote » Simon S. Barnes, l’acteur qui l’incarnait.
 1954 : Batman et Robin en super éros

   


Il y a « un homo-érotisme récurrent » dans la relation du justicier né en 1939 et de son équipier Robin, assure en 1954 le psychiatre américain Fredric Wertham, en croisade contre l’immoralité dans les comics. Une image surtout l’en convainc : les deux héros se réveillant, en pyjama, dans le même lit. Les scénaristes ont eu beau multiplier les Robin, créer des personnages féminins, la rumeur court toujours.
1954 : Wonder Woman, trop forte

   


En 1941, un psychologue en quête d’un modèle de femme indépendante et forte pour les petites filles crée Diana, « la force d’un Superman et l’allure d’une femme magnifique ». Short, bottes, lasso, elle vit sur une île peuplée d’amazones, ce qui lui vaut d’être accusée de lesbianisme par le même psychiatre qui pointait l’homosexualité de Batman dans son livre Seduction of the Innocent. Si la série télévisée avec Lynda Carter diffusée en 1975 et 1979 contribue à l’ériger en icône gay, pour les fans de comics, pas de doute, elle est bisexuelle.




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le réalisateur aux comédies espiègles sort un dixième long-métrage, « En liberté ! », en salle le 31 octobre. Il sera présent lors de la projection du film en avant-première en Monde Festival le 7 octobre.
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                Avec « En liberté ! », Pierre Salvadori, cinéaste de la gratuité


Le réalisateur aux comédies espiègles sort un dixième long-métrage, « En liberté ! », en salle le 31 octobre. Il sera présent lors de la projection du film en avant-première en Monde Festival le 7 octobre.

LE MONDE
                 |                 04.10.2018 à 09h12
                 |

            Laurent Carpentier

















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Ce soir-là, au Champo, petite salle d’art et d’essai du Quartier latin, on projetait Heaven Can Wait (Le Ciel peut attendre, 1943), d’Ernst Lubitsch, avec Gene Tierney. C’était en 1990. Pour Pierre Salvadori, une révélation. Aujourd’hui, le réalisateur de Cible émouvante, Les Apprentis, Comme elle respire, Hors de prix… ou, maintenant, En liberté !, présenté en avant-première au Monde Festival, s’en amuse : « J’ai compris le titre longtemps plus tard. Le film qui m’a sauvé disait : ça vaut le coup de vivre. »
C’est que quelques années plus tôt, le jeune comédien, trapu, drôle, costaud, fêtard, dont les premiers sketchs de stand-up – au Café d’Edgar, au Point-Virgule… – commencent à payer, a pris un ecstasy et fait ce qu’on appelle un bad trip, les amphétamines laissant le jeune homme de 23 ans au point de rupture, dans le noir obscur, en proie à la panique. Pendant deux ans, il tirera le rideau.
« Et puis un mot m’est venu : la gratuité. Comme une illumination. Ce mot a donné un sens à mon existence. »
Jusqu’au jour où, dans l’atelier d’une amie artiste où il ressasse encore et encore son angoisse et la perte de tout désir, celle-ci s’agace : « L’insouciance c’est comme un pucelage, ça ne se retrouve pas. Maintenant : ou bien tu construis ou bien tu meurs. » « Cette phrase, raconte-t-il, cela a été comme une claque. Je suis resté comme un vieux moine à me dire : “OK Pierrot, maintenant qu’est-ce que tu fais ?” Et puis un mot m’est venu : la gratuité. Comme une illumination. Ce mot a donné un sens à mon existence. Le concept m’a recatapulté vers la joie de vivre. Je ne suis pas mystique, mais je peux comprendre qu’on sorte de la dépression par là. »

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                Débats, spectacles... Rendez-vous à la cinquième édition du Monde Festival



« La grâce sans bénéfice »
Surpris lui-même de raconter tout ça, Pierre Salvadori, le réalisateur aux comédies délicates et espiègles, qui livre avec En liberté ! son dixième long-métrage, décapsule une nouvelle bière. Il nous accueille dans sa cuisine, dans le haut Belleville, à Paris. La maison est déserte, les enfants et sa femme sont encore à la campagne, le chat cherche du réconfort et la nuit est tombée depuis longtemps. Il se marre : « Après ça, j’étais comme un type dans les sectes à vouloir guérir tout le monde : “Allez, on peut aller mieux”. » Avant d’ajouter plus sérieusement : « Mais grâce à ça, j’ai eu un pauvre truc à dire. Un motif. Mes films parlent tous de ça. A chaque fois mes personnages s’effondrent, et à chaque fois ils parviennent par le raisonnement à renouer avec une forme de vitalité. »
« On ne choisit pas la comédie pour rien. On choisit la vitalité. On choisit la vie. »
La gratuité ce sera donc le cinéma, et une phrase du critique et théoricien Serge Daney pour ligne de conduite : « Les films devraient refléter la possibilité d’être un humain sur terre. » Inquiet mais ouvert, spontané mais soucieux d’être clair, il explique : « Choisir la grâce sans bénéfice, c’est ce qui nous rapproche du miracle d’être là, qui donne à notre existence quelque chose de sacré, j’allais dire qui fait de nous des dieux, mais ça fait un peu trop exalté, peut-être ? » Il étouffe un de ces rires joyeux qui le secouent entre deux plongées introspectives et remarque : « On ne choisit pas la comédie pour rien. On choisit la vitalité. On choisit la vie. Tendre pour rien vers la beauté, vers la bonté… Ça s’appelle le panache. »
« Fais-moi rire »
Une famille corse. Un père, habité comme lui d’une énergie rageuse, qui travailla pour l’administration coloniale un peu partout en Afrique, puis pour une filiale d’Elf en Tunisie, à Sfax, où Pierre naît en 1964, dernier d’une fratrie de quatre enfants, et où il grandira jusqu’à l’âge de 6 ans. La famille s’installe alors à Paris. Mais dix ans plus tard, le père craque, décide de retourner en Corse, cultiver les clémentines et la vigne. Dans l’appartement parisien restent les deux grandes sœurs, chargées d’ados de 18 et 16 ans candidats aux quatre cents coups.
Comme chez les frères Podalydès (Liberté-Oléron…), c’est dans l’enfance que se noue chez Pierre Salvadori le goût de la comédie. Sa mère, elle-même fille unique d’une « dépressive haute en couleur », lui répète : « Fais-moi rire », telle une mission avec laquelle grandir. La joie en sœur de voyage de la mélancolie (la recette des grandes comédies ?). De sa mère, dont il parle avec amour et protection, il cite encore cette phrase, « Les mères font les pères », qui lui donnera le gimmick d’En liberté !, où la lieutenante Yvonne Santi (Adèle Haenel) raconte à son fils, avec moult arrangements, les aventures rocambolesques d’un père décédé…
« Je n’ai jamais eu d’amis totalement carrés, aptes à se déplacer dans ce monde, qui ont le mode d’emploi. »
Comme pour les cinéastes Nakache et ­Toledano (Nos jours heureux…), c’est en colonie de vacances que germe chez le futur réalisateur le goût du spectacle. « Sauvé par le jeu, ironise-t-il. Tous les étés j’écrivais des sketchs. » Et aussi en colo que naissent les grandes amitiés. Sa vie comme ses films est un empilement de compagnonnages fidèles. « Les amis perdus, les amis douloureux… j’ai toujours eu besoin d’amis sensibles… Peut-être pour me sentir plus fort ? », dit-il avec cette pudeur qui est aussi la marque de son cinéma.
« Je n’ai jamais eu d’amis totalement carrés, aptes à se déplacer dans ce monde, qui ont le mode d’emploi », murmure-t-il. Et dans la nuit qui nous entoure défile une procession de disparus – Philippe, son ami d’enfance, Marie (Trintignant), Guillaume (Depardieu) – et de naufragés, comme son vieux copain de colo, héroïnomane, qu’il a retrouvé récemment, emprisonné à Taipei, et avec lequel il échange, pour cela, une correspondance assidue, droit sortie d’un autre siècle qui n’aurait pas connu les SMS. Il a d’ailleurs donné un travail à cet homme sevré par la force des choses et condamné à une longue peine : scénariser depuis sa cellule la saga de Joseph Kessel Le Tour du malheur, avec le projet d’en faire une série.
L’intranquillité, c’est la matière première des films de Pierre Salvadori, c’est celle de ses héros aux pieds d’argile, comme celle de ses amis. « Comment est-ce que c’est d’être au bord, sentir qu’on ne fait plus partie du monde ? », interroge-t-il. « Je me fous du vraisemblable, c’est la vérité qui compte. » Cela s’appelle la transcendance. Et pour demain, toujours se promettre l’insouciance.
Dans le cadre du Monde Festival : projection en avant-première de « En liberté ! », de Pierre Salvadori, le dimanche 7 octobre, à 20 heures, au cinéma Gaumont Opéra. Suivie d’un débat en présence de l’équipe du film.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Laurent Carpentier
    













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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le compositeur italien a signé les musiques de plus de 250 films dans tous les genres du cinéma populaire.
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Le musicien Stelvio Cipriani est mort

Le compositeur italien a signé les musiques de plus de 250 films dans tous les genres du cinéma populaire.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 12h06
    |

                            Jean-François Rauger








                        



                                


                            

Les courtes et entêtantes lignes mélodiques de trois notes au clavecin brutalement surmontées par des cuivres en folie sur les poursuites en voitures, les chœurs enfantins et morbides sur des plans de nymphettes sortant du collège, les accords lounge illustrant les paysages urbains de l’Italie des années 1960 et 1970, les percussions exotiques sur les eaux troubles d’une baie maudite. Voici quelques-unes des marques de fabrique d’un des plus talentueux musiciens de films qui soit. Sans Stelvio Cipriani, le cinéma italien populaire n’aurait pas été complètement ce qu’il a aussi été : un opéra trivial et distancié, lyrique et jouissivement vulgaire à la fois. Stelvio Cipriani est mort à Rome le 1er octobre.
Il y était né le 20 août 1937. Parallèlement à des études d’ingénieur, il étudie la musique à l’Académie Sainte Cécile à Rome. Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il fait partie d’un petit orchestre se produisant sur un bateau proposant des croisières entre New York et les Caraïbes. C’est à New York, au célèbre Birdland, qu’il rencontre le pianiste de jazz Dave Brubeck (célèbre notamment pour son tube Take Five). Il lui interprète une fugue de Bach au piano et sera amené, dira-t-il, à perfectionner son style avec et grâce à lui. De retour à Rome, il se produit dans quelques night clubs, accompagnant le chanteur Peppino di Capri. Il repère, lors d’un festival de musique, la toute jeune Rita Pavone qui deviendra, dans les années 1960, une immense vedette de la chanson de variétés et dont il aidera musicalement les premiers pas.
Prolifique carrière
Il écrit sa première musique de film en 1966, pour un western, Les Tueurs de l’Ouest, d’Eugenio Martin. L’acteur principal du film, Tomas Milian, déclara : « La musique du film remporta un gros succès. On la devait à un jeune musicien que j’avais repéré en me rendant dans une maison de disque. Je l’avais entendu jouer, au piano, une musique dont je pensais qu’elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Dans un message, diffusé en ligne mais impossible à authentifier, la star, silencieuse depuis juin, reconnaît ses errances fiscales et encense le Parti communiste.
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Article sélectionné dans La Matinale du 03/10/2018
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Les excuses très publiques de Fan Bingbing, actrice chinoise en difficulté avec le fisc

Dans un message, diffusé en ligne mais impossible à authentifier, la star, silencieuse depuis juin, reconnaît ses errances fiscales et encense le Parti communiste.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 11h56
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 11h14
    |

            Brice Pedroletti








                        



   


Après plusieurs mois de silence, la star du cinéma chinois, Fan Bingbing, est sortie de son silence, mercredi 3 octobre, en publiant une longue lettre d’excuses sur Weibo, le Twitter chinois, dans lequel elle exprime sa reconnaissance envers le Parti communiste :
« Je vous présente mes sincères excuses à tous. En tant que personnalité publique, j’aurais dû me conformer à la loi et être un exemple pour la société et l’industrie. La perspective de bénéfices économiques n’aurait pas dû me faire perdre ma retenue et éviter des procédures administratives, ce qui m’a menée à transgresser la loi. Sans le Parti communiste et les politiques justes de l’Etat, sans l’amour du peuple, il n’y aurait pas de Fan Bingbing. »
L’actrice de 37 ans, qui est aussi mannequin et productrice, fait l’objet d’une enquête des autorités fiscales, qui l’accusent de ne pas avoir réglé des dizaines de millions de dollars d’impôt. Selon l’agence de presse officielle Chine nouvelle, elle doit payer 883 millions de yuans (129 millions de dollars) en impôt, amende et pénalité.
Sa disparition des écrans et des publicités, son mutisme depuis la fin mai, avaient laissé penser qu’elle avait été « mise au secret », c’est-à-dire placée en détention dans une résidence désignée à cet effet par la police chinoise pour enquête, comme celle-ci le fait avec les officiels corrompus ou les dissidents.

        Le récit des derniers mois :
         

          Inquiétude sur le sort de l’actrice chinoise Fan Bingbing, bannie des écrans



Selon nos sources, Mlle Fan aurait été arrêtée début août, environ deux semaines après son retour d’un voyage privé aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. Sa « disparition » et le scandale de ses cachets astronomiques avaient ensuite nourri une vague de critiques sur les réseaux sociaux chinois contre elle-même et les autres « profiteurs » de l’industrie du spectacle, en particulier du cinéma, en pleine bulle financière.
Le message Weibo de la star indique qu’un dénouement est proche, même s’il n’est accompagné d’aucune preuve qu’elle en est bien l’auteure ni d’aucune information sur sa situation actuelle. La Chine communiste a une longue tradition de la repentance publique, souvent télévisée et selon un scénario entièrement dicté par les autorités, pour les officiels, les hommes d’affaires ou encore les dissidents piégés dans les rets du système judiciaire chinois.
Faire jouer un tel rôle à la plus célèbre actrice de Chine n’aurait pas été sans risque pour les autorités chinoises. Dans sa lettre, Fan Bingbing insiste sur l’importance pour les comédiens de « jouer un rôle modèle » dans la société et de lui apporter « une énergie positive » – une notion chère au président Xi Jinping.
Système de doubles contrats

   


Les ennuis de la jeune femme avaient débuté en mai, lorsqu’un ex-présentateur de la télévision publique avait publié sur Internet ce qu’il présentait comme des contrats de l’actrice. Selon ces documents, elle aurait été officiellement payée 10 millions de yuans (1,3 million d’euros) pour quatre jours de travail, mais aurait en réalité touché 50  millions de yuans supplémentaires. Le film concerné, qui n’était pas mentionné sur les documents mis en ligne, serait Dà Hōngzhà (Unbreakable Spirit), une superproduction chinoise sur la seconde guerre mondiale avec Bruce Willis. Fan Bingbing mentionne d’ailleurs le film comme l’un de ceux pour lesquels elle avait eu recours au procédé du « double contrat », ou contrat « yin et yang ».
Le principe en est le suivant : le premier contrat, au cachet le plus faible, est destiné à être présenté au fisc ; l’autre, avec un cachet bien plus élevé, est gardé secret pour éviter une imposition trop lourde. Les autorités fiscales de la province du Jiangsu (Est) avaient ouvert une enquête à la suite du tollé que ces révélations avaient suscité dans l’opinion publique. Fan Bingbing n’avait pas été citée nommément par les autorités, mais des entreprises qu’elle possède ont leur siège dans cette province, et les réseaux sociaux n’ont cessé d’en faire la cible des investigations en cours.

        Lire aussi :
         

                Chine : Li Wenzu, femme d’un avocat disparu, marche pour attirer l’attention sur le sort de son mari



Une personne au moins a été arrêtée pour avoir dissimulé et « délibérément détruit » des documents comptables, selon Chine nouvelle, qui ne dévoile pas son identité. Il s’agirait de l’agent taïwanais de l’actrice. Dans la foulée de l’enquête sur Mlle Fan, les autorités ont élargi leurs recherches à l’ensemble de l’industrie du spectacle, où chacun tremble de se retrouver sous le coup d’une enquête. La production d’un autre film, Cell Phone 2, suite du méga succès qui avait lancé Fan Bingbing et dernière réalisation d’un célébrissime réalisateur, Feng Xiaogang, a semblé suscité l’intérêt des enquêteurs.
La frugalité est désormais à l’ordre du jour pour les salaires des stars. Fan Bingbing, qui est notamment apparue dans la série X-Men et fut membre du jury du festival de Cannes 2017, était cette année-là la célébrité chinoise la mieux payée du pays, avec des revenus de 300 millions de yuans selon le magazine américain Forbes.
Si les premières excuses officielles de la plus grande star de Chine montrent qu’elle devrait échapper à la prison, sa carrière pourrait pâtir du scandale. Nombre de marques ont d’ores et déjà rompu avec l’actrice pour leurs campagnes de publicité par souci pour leur image. Car les internautes chinois ne sont pas tendres avec elle – ni avec le gouvernement, qu’ils accusent d’indulgence suspecte. Sur cette blogosphère chinoise où fusent toutes les rumeurs, il se dit que Mlle Fan bénéficie de protections en haut lieu.
Beaucoup évoquent d’autres cas de fraudes fiscales sévèrement punis, constatant qu’il est rare en Chine d’échapper à la prison – comme en fit l’amère expérience la grande star chinoise des années 1980, Liu Xiaoqing, qui avait certes abandonné le cinéma pour les affaires. Elle fut condamnée au début des années 2000 à un an de détention pour évasion fiscale.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Ils ont réalisé des scènes d’amour d’anthologie. Nous avons demandé à Abdellatif Kechiche, Claire Denis et Serge Bozon de choisir à leur tour, dans l’histoire du cinéma, une de leurs scènes d’amour préférées.
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                Trois scènes d’amour qui ont inspiré Abdellatif Kechiche, Claire Denis et Serge Bozon


Ils ont réalisé des scènes d’amour d’anthologie. Nous avons demandé à Abdellatif Kechiche, Claire Denis et Serge Bozon de choisir à leur tour, dans l’histoire du cinéma, une de leurs scènes d’amour préférées.

LE MONDE
                 |                 03.10.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 09h57
                 |

            Jacques Mandelbaum

















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Dimanche 7 octobre, au théâtre des Bouffes du Nord, nous invitons trois des plus grands cinéastes français, dans le cadre du Monde Festival, à commenter une scène d’amour extraite d’un de leurs films, choisie par nos soins pour son caractère anthologique, et projetée en préambule aux débats.
Claire Denis nous parlera ainsi de la scène d’ouverture, drôle et amère, d’Un beau soleil intérieur (2017). Abdellatif Kechiche d’une séquence torride de Mektoub my love, canto uno (2018). Serge Bozon d’un passage sado-maso délirant de Tip Top (2012).

        Rencontre au Monde Festival :
         

          Le cinéma à l’épreuve de la chair



Nous avons demandé à chacun d’entre eux de choisir à leur tour une de leurs scènes d’amour préférées dans l’histoire du cinéma. Le pari était que leur choix dirait quelque chose d’eux-mêmes comme artistes, dessinerait une possible filiation.
Nous n’avons pas été déçus. Désir meurtrier de Shohei Imamura, cinéaste phare de la Nouvelle vague nippone, dit quelque chose du cinéma charnel, subversif, parfois malaisant de Claire Denis. Je tu il elle de Chantal Akerman, figure radicale du cinéma moderne, pulvérise comme le fait Kechiche les règles narratives du cinéma par la durée hallucinée de ses plans et son appétit charnel. Place aux jeunes de Léo McCarey, signé d’un des plus grands et singuliers réalisateurs classiques hollywoodiens, trouve comme son jeune émule français des voies volontairement détournées pour atteindre à la profondeur du sentiment.
Nous avons demandé aux trois cinéastes de nous expliquer leur choix.
Claire Denis : « Shohei Imamura est un metteur en scène qui a tout défié , la censure, les tabous »
La séquence choisie : le viol dans Désir meurtrier de Shohei Imamura
« C’est l’été à Paris, au début des années 80. C’est aussi la saison des reprises dans les salles de cinéma. Serge Daney a écrit un article pour Libération dans lequel il se réjouissait que parmi les reprises soit annoncé Désir Meurtrier de Shohei Imamura. Désir meurtrier est le titre français, d’autres traduisent le titre japonais par Désirs impurs ou Appel à l’homicide. Lequel est le plus juste ? Désir meurtrier, c’est ce titre qui m’a attirée et le nom d’Imamura un metteur en scène qui a tout défié, la censure, les tabous, et dont je n’avais vu alors que La Femme Insecte à la cinémathèque.
Serge Daney a des mots tendres , sexués, charnels . Il décrit l’héroïne, il l’appelle « la grosse cochonne  » et c’est terriblement beau et doux. Je suis happée tout de suite, prise d’avance dans cette nasse. J’ai vu le film deux fois, et jamais plus depuis comme si rien du film ne peut s’effacer. Physiquement. Charnellement . Plastiquement aussi forcément, des images en Cinémascope noir et blanc, placides, calmes mais du coup tellement inquiétantes, des images qui utilisent tout l’espace du rectangle pour y faire entrer le trouble, le désir, le désir d’en mourir, elles sont indélébiles.
Dans mon désordre , dans le désordre de mes cellules, le film repasse comme ces trains qui grondent derrière la fenêtre de la maison où vit la cochonne, sur la voie ferrée qui traverse tout le film, les trains qui disparaissent dans un tunnel , celui qui fonce sur nous et qui va nous broyer. A cet instant je sens que je veux être broyer. En finir comme cette jeune femme, la cochonne , qui va plonger sous la locomotive, un bond et puis non, elle est transie de remords oui mais à cet instant elle renonce, elle croit qu’elle doit vivre pour son fils alors qu’elle vit pour assouvir ce désir qui change tout dans ses journées d’automne puis d’hiver, ses journées sinistres de femme méprisée, asservie, utilisée pour l’hygiène sexuelle de l’homme, le père du fils, petit garçon idolâtré et je crois franchement monstrueux. Elle, elle n’est rien, elle sert c’est tout, ou plutôt elle est moins que rien : fille de prostituée. Un trou pour jouir en vitesse.
La grosse cochonne est belle, sa chair paraît si douce, moelleuse , on ne voit qu’elle cette chair voluptueuse, sa pâle lueur dans la maison. Sur la cuisse nue un vers à soie rampe vers la culotte blanche. Une culotte de nonne. Cette culotte qui a l’air de flamber sous l’ampoule qui se balance quand le voleur-violeur la regarde inerte, cuisses ouvertes, le corps étalé au milieu de la pièce. Après le viol , il y a une caresse et enfin un baiser, un baiser qui la ranime, qui lui donne la vie. Ce plan proche des deux profils, au sol qu’on voit naître et durer. La cochonne a tout le temps faim, elle mange, elle grignote, quand elle cuisine elle goûte à même la casserole, elle est affamée. Le violeur-voleur revient. Il a faim d’elle. Le désir inassouvi est le combustible des films. »

Serge Bozon : « Léo McCarey atteint, comme par bonheur, la révélation du sentiment le plus profond »
La séquence choisie : la conversation téléphonique de la vieille femme avec son époux, pendant la partie de bridge chez son fils et sa belle-fille, dans Make Way for tomorrow (Place aux jeunes, 1937) de Léo McCarey. 
« Dans la même scène, il y a l’amour conjugal et l’ingratitude filiale. Personne ne veut récupérer ensemble les deux parents si vieux, réduits à se parler au téléphone, chacun chez un de leurs enfants. C’est comme la scène du téléphone (encore) de Cette sacré vérité, où Gary Grant devient soudainement grave face à Irene Dunne, ou la dernière scène de Elle et lui, où il comprend soudain pourquoi Deborah Kerr n’était pas au rendez-vous promis, ou la dernière scène des Cloches de Sainte-Marie, où Ingrid Bergman accepte la révélation soudaine de sa maladie (mortelle) comme un miracle... 
L’amour se révèle dans l’adversité. L’adversité n’est pas légère, la révélation si - la scène semble ne reposer sur rien. Si Léo McCarey est pour moi le cinéaste de l’amour, pas de la séduction (comme Lubitsch), du désir (comme Walsh), de la passion (comme Sirk), c’est en effet lié à cette question de labeur. Il est, avec Hawks, le seul cinéaste où on ne sent jamais le sérieux du travail et de l’engagement personnel. Sauf que Hawks pouvait s’épanouir dans n’importe quel genre (western, film noir, comédie, science-fiction, aventure...) et McCarey dans aucun - sinon ceux qu’il inventait tout seul (après ses années de formation burlesque), tous plus improbables les uns que les autres : comédies musicales chrétiennes (La Route semée d’étoiles, Les Cloches de Sainte-Marie), mélodrames comiques (les deux Elle et Lui), comédies de remariage suivant pas à pas l’invasion nazie en Europe (Honeymoon), mélo familiaux maccarthystes (My Son John), contes cruels sur la sainteté (Good Sam), etc. 
A chaque fois, on est ébahi par ce qu’il atteint, comme par bonheur, à savoir la révélation du sentiment le plus profond, l’amour. L’amour dans ce qu’il a aussi de quotidien, toutes ces années passées ensemble, sans que rien ne leste le couple toujours suspendu à la révélation de son besoin l’un de l’autre. Merci à Lucie de m’avoir remis ce film en mémoire. »

Abdellatif Kechiche : « Chantal Akerman revendique la jouissance féminine et son droit d’y parvenir »
La séquence choisie : la scène d’amour entre deux filles dans Je tu il elle de Chantal Akerman. 
« La séquence d’amour qui m’a le plus troublé est sans doute celle qui survient à la fin du film Je tu il elle de Chantal Akerman. Filmée en plans larges et fixes, la scène rappelle les tableaux de nymphes de la Renaissance. Les corps des jeunes filles sont deux statues qui se mêlent l’une à l’autre comme provenant d’un seul et même bloc de pierre, c’est émouvant.
Puis les statues s’animent dans un combat presque animal, montrant une hyper-réalité crue rare au cinéma. Chantal se met en scène, sans pudeur, sans gêne, sans censure. Elle revendique la jouissance féminine et son droit d’y parvenir »
(Nous vous invitons à retrouver cet extrait sur Internet ou dans une cinémathèque).
Les réalisateurs Serge Bozon, Claire Denis et Abdellatif Kechiche sont les invités du Monde Festival pour une rencontre sur le thème « Le cinéma à l’épreuve de la chair », organisée le dimanche 7 octobre, de 12 h 30 à 14 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord. Un débat animé par Jacques Mandelbaum, journaliste au « Monde ».

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Jacques Mandelbaum
    













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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La réalisatrice reprend un projet inachevé du cinéaste, tiré d’un roman de Castelo Branco.
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« Le Cahier noir » : Valeria Sarmiento dans les pas de Raoul Ruiz

La réalisatrice reprend un projet inachevé du cinéaste, tiré d’un roman de Castelo Branco.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 16h50
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En 2010, Mystères de Lisbonne, magnifique fresque labyrinthique qui transportait le spectateur dans les intrigues de l’Europe napoléonienne du XIXe siècle, couronnait d’un succès public et artistique la carrière prolifique de Raoul Ruiz (1941-2011). Depuis son décès, Valeria Sarmiento, sa monteuse et compagne, également cinéaste, a repris les rênes de ses projets inachevés, ayant partie liée à l’univers foisonnant de l’écrivain portugais Camilo Castelo Branco (1825-1890), auteur du roman-feuilleton dont fut tiré Mystères de Lisbonne.

        Lire le focus sur la rétrospective à la Cinémathèque française :
         

          L’univers baroque, féminin et surréaliste de Valeria Sarmiento



Après Les Lignes de Wellington, en 2012, repris à la volée par Sarmiento, Le Cahier noir s’inscrit lui aussi dans la « galaxie » des Mystères… Il est adapté d’un autre récit de Castelo Branco, Le Livre noir de Père Dinis (1855), sorte de préquel (épisode antérieur) indépendant à la saga originelle, et conçu avec la même équipe de collaborateurs (Carlos Saboga au scénario, Paulo Branco à la production et Jorge Arriagada à la musique).

        Lire la critique des « Lignes de Wellington » :
         

          Valeria Sarmiento gagne l'ultime guerre de Raul Ruiz



A Rome, vers la fin du XVIIIe siècle, peu avant les orages de la Révolution française, Laura (Lou de Laâge), une jeune nourrice, se prend d’affection pour l’enfant sur lequel elle veille, transbahuté entre les mains de plusieurs gentilshommes mêlés à d’obscures affaires. La bonne et le petit partagent une même incertitude : leur naissance est maintenue sous le sceau nébuleux du secret, consigné en ce qui concerne le garçon dans un petit cahier noir dont ses tuteurs successifs s’échangent la possession. Ils rejoignent bientôt Paris en compagnie du marquis de ­Lusault (Niels Schneider), qui prend l’enfant sous sa protection et la nourrice à son service. La jeune domestique ne tarde pas à s’éprendre de ce fringant aristocrate, noceur invétéré, qui lui rend des visites nocturnes impromptues et la possède à l’occasion ­entre les murs de sa chambre.
Mais le mariage soudain de ­celui-ci avec Suzanne de Monfort (Jenna Thiam), une demoiselle de sa condition, jette Laura dans le désespoir et la maladie. Suivie par l’inquiétant et ténébreux affidé, surgissant ici ou là comme une ombre, d’un cardinal de Rome aux nombreuses défroques (Stanislas Merhar), la jeune femme souffrante est enlevée vers le Vatican et séparée de sa pupille jusqu’à nouvel ordre…
L’esthétique du feuilleton
Sans viser la grande forme et les arabesques somptueuses de Mystères de Lisbonne, Le Cahier noir se présente comme une déclinaison de celui-ci sur le mode mineur d’une série B. Tout ici est mis en scène avec une économie judicieuse qui, à force de litotes visuelles et narratives, parvient à suggérer une scène historique agitée d’obscurs mouvements, passant allègrement de Rome à Londres, de Parme à Paris, glissant de salons en chambres et de couloirs en catacombes.
Ce qui intéresse ici Sarmiento, c’est d’investir pleinement l’esthétique du feuilleton, registre sériel qui la fascine, pour générer autant de péripéties que de répétitions, de révélations que de cachotteries, de personnages que de masques, de plein que de vide, dans un élan arborescent qui pourrait n’avoir jamais de fin. Le Cahier noir, feuilleton au premier degré, abrite en même temps une réflexion sur le genre, cette fiction obsédée par les séparations et les retrouvailles des mêmes personnages, aux quatre coins du monde et sous différentes identités.
« Le Cahier noir » oscille ainsi sans cesse entre le drame historique et le « soap opera », entre l’attrait du mystère et la vacuité qu’il recouvre
Avec son image en dégradés de couleurs rouge et noir et sa palette de comédiens aux interprétations flottantes, résolument non naturalistes, Le Cahier noir oscille ainsi sans cesse entre le drame historique et le soap opera, entre l’attrait du mystère et la vacuité qu’il recouvre. Son véritable objet est bien sûr la valse vertigineuse des identités : la nourrice se révélant de noble condition, le cardinal ­revêtant nombre de déguisements profanes, l’enfant devenant grand et son origine demeurant jusqu’au bout le point aveugle du récit.
Et si les identités s’avèrent si fluctuantes, c’est parce qu’elles sont minées par une profonde angoisse des origines sociales. Angoisse qui concerne, en dernier recours, la condition des femmes, dont la vertu est maintenue sous cloche : domestiques troussées, mariages arrangés et passions adultères forment ici un faisceau de causes expliquant incidemment pourquoi, dans ce vaste monde, les enfants savent si peu d’où ils viennent.

Film français et portugais de Valeria Sarmiento. Avec Lou de Laâge, Stanislas Merhar, Niels Schneider, Jenna Thiam (1 h 53). Sur le Web : alfamafilms.com/film/le-cahier-noir

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 octobre)
A Star Is Born, film américain de Bradley Cooper (à voir)Amin, film français de Philippe Faucon (à voir)Le Cahier noir, film français et portugais de Valeria Sarmiento (à voir)Chris the Swiss, documentaire et film d’animation suisse d’Anja Kofmel (à voir)Nos batailles, film belge et français de Guillaume Senez (à voir)Blindspotting, film américain de Carlos Lopez Estrada (pourquoi pas)Frères ennemis, film belge et français de David Oelhoffen (pourquoi pas)La Saveur des ramen, film japonais et singapourien d’Eric Khoo (pourquoi pas)Shut Up and Play the Piano, documentaire allemand de Philipp Jedicke (pourquoi pas)Upgrade, film australien de Leigh Whannell (pourquoi pas)
A l’affiche également :
16 levers de soleil, documentaire français de Pierre-Emmanuel Le GoffAlad’2, film français de Lionel SteketeeLa Chasse à l’ours, programme biélorusse et britannique de trois courts-métrages d’animation de Joanna Harrison, Tatiana Kublitskaya, Robin Shaw et Ruslan SinkevichEn mille morceaux, film français de Véronique MériadecNico & Patou, fim d’animation finlandais et japonais de Mariko Härkönen et Ismo VirtanenUne fois comme jamais, film français de Céline Pouillon





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La Cinémathèque française présente, jusqu’au 7 octobre, l’œuvre de la réalisatrice chilienne.
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Rétrospective : l’univers baroque, féminin et surréaliste de Valeria Sarmiento

La Cinémathèque française présente, jusqu’au 7 octobre, l’œuvre de la réalisatrice chilienne.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h21
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 07h23
    |

            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Ne ratez pas la comète ­Valeria Sarmiento à la Cinémathèque, à Paris : jusqu’au 7 octobre, son univers baroque, féminin, entêtant (soit une quinzaine de films au total) est à découvrir dans le temple habituellement très masculin de l’histoire du cinéma, alors que sort en salle, mercredi 3 octobre, son dernier long-métrage, Le Cahier noir. Sa­medi 6 octobre, à 15 heures, la réalisatrice chilienne, âgée de 69 ans, présentera son art du mélodrame indiscipliné. Son imagination ­débordante suinte de bizarreries.

Si la filmographie de Sarmiento est souvent mise en regard avec celle de Raul Ruiz (1941-2011) – auquel la Cinémathèque a consacré une rétrospective en 2016 –, ce n’est pas pour cantonner la réalisatrice à son statut d’ex-épouse du cinéaste chilien, auteur des Mystères de Lisbonne (2010), mais parce que ce couple d’artistes a entretenu un long et fructueux compagnonnage esthétique, se renvoyant sans cesse la balle sous les yeux du producteur portugais Paulo Branco (Alfama films). Leurs deux univers se sont nourris l’un l’autre, Sarmiento ayant monté des films majeurs de Ruiz, tandis que ce dernier a signé ou cosigné des scénarios pour Sarmiento.

Très engagés politiquement, Ruiz et Sarmiento ont fui le Chili après le coup d’Etat de 1973 et se sont installés en France. Les premières œuvres documentaires de Sarmiento portent la trace de la mélancolie, comme Le Mal du pays (1979). « Valeria Sarmiento est la part femme de Raul un peu cachée. Tous deux sont arrivés à Paris en 1973 à une époque où le ­cinéma était marqué par le naturalisme de Rivette et Eustache. Sarmiento et Ruiz étaient aux antipodes et refusaient absolument le réalisme », résume le patron de la Cinémathèque, Frédéric Bonnaud, qui a découvert l’œuvre de la réalisatrice en tant que spectateur dans les années 1980, avant même d’être critique de cinéma.
Les premières œuvres documentaires de Valeria Sarmiento portent la trace...



                        

                        


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« Amin » : Philippe Faucon saisit la pulsation des cœurs

Le réalisateur s’attache à un homme sénégalais et une femme française, en déshérence affective, qui vont s’aimer.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h20
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Mine de rien, cela fait bientôt trente ans que ça dure, Philippe Faucon. Si ce n’était le récent succès de Fatima (César du meilleur film 2016), l’œuvre demeurerait gravement sous-estimée eu égard à sa réelle valeur. Elle peut pourtant, à juste titre, faire la fierté du système de soutien français, la liste étant ­ancienne et longue (René Allio, Paul Vecchiali, Luc Moullet, René Féret…) de ces artisans créateurs qui, sans nécessairement toucher à la gloire, contribuent à la ­richesse esthétique et spirituelle de notre cinéma. Faucon se distingue, quant à lui, par une ­conception de son art touchant à l’épure, un intérêt jamais démenti pour les êtres minorés.

        Lire la critique (Festival de Cannes 2018) :
         

          « Amin », un regard à hauteur d’humanité



Des jeunes filles en rupture de ban familiale et sentimentale de ses débuts (L’Amour, 1990) aux personnages des communautés venues de l’immigration qui prennent rapidement « la vedette » dans ses films (Samia, 2000), toujours cette même ­justesse, toujours cette même volonté de soustraire les personnages aux idées préconçues et à l’idéologie, toujours cette même sensation, pour le spectateur, que la vie se révèle à la fois plus simple et plus complexe qu’on ne croit.
Faucon, en un mot, naturalise par le cinéma des personnes, des groupes et des situations que de sombres esprits et de mauvaises politiques distordent et caricaturent. Il cueille ses histoires dans la trivialité même de la vie sociale, en resserre l’énigme dans l’espace et le temps, prend à ses acteurs, souvent non professionnels, leur intime pulsation, et fait de chacun de ses films le moment miraculeux d’une possible compréhension des choses et des êtres qui nous semblent a priori étrangers.
Transparence et sobriété
Voyez Amin. Une sorte de moment épidermique. Une rencontre improbable. Une histoire simplissime, encore que complexe en ses ressorts intimes. Amin (Moustapha Mbengue) est un père de famille sénégalais qui est ouvrier dans le bâtiment en France pour rapporter non pas du superflu mais juste le nécessaire au village. On connaît, de l’extérieur, sa vie française, conditionnée par les pratiques des petits ­artisans du métier : jongler en permanence avec les chantiers et avec les équipes, travailler à flux tendu, déborder sur la nuit. Exténuant.

        Lire le portrait (Festival de Cannes 2018) :
         

          Moustapha Mbengue, acteur écartelé



On connaît moins, en revanche, la relation des travailleurs immigrés avec cet arrière-pays qui est le leur. Cela, le film le montre à l’occasion d’un retour occasionnel d’Amin. Une femme combative, qui défend au pays les intérêts de la famille mais lui tient rigueur de la tenir éloignée. Des enfants qu’il ne voit pas grandir. Un frère qui compte sur lui pour monter un business. Toute une communauté suspendue aux dons de ses enfants partis dans cette diaspora laborieuse.
Deux solitudes s’épanchent, se désirent, se réchauffent, se confient, se racontent. Rien de plus, rien de moins non plus
Ainsi est rendu sensible le poids qui pèse sur cet homme, sa solitude parmi des compagnons de travail souvent aussi solitaires que lui et dont le film esquisse, pour certains d’entre eux, le destin. De cet état des choses, mis en scène avec transparence et ­sobriété, ­insensiblement une ­intrigue prend corps. Retenu pour finir seul un chantier dans une maisonnette de banlieue, Amin, pourtant taiseux et rétif, est d’abord touché par la gentillesse de la propriétaire – Gabrielle (Emmanuelle Devos), une infirmière séparée d’un compagnon qui la harcèle – avant de consentir au rappro­chement qu’elle met, peut-être inconsciemment, en œuvre.
Deux solitudes se sont simplement croisées. Elles s’épanchent, se désirent, se réchauffent, se confient, se racontent. Rien de plus, rien de moins non plus. Deux expériences de vie si dissemblables, deux mondes que l’on voudrait nous faire croire étanches, vont ainsi l’un vers l’autre, exerçant une curiosité bienveillante pour autrui, cédant à l’urgence de défaire une défiance qui oppresse. L’impossibilité même de leur couple – trop tôt pour elle, trop tard pour lui – leur fait une liberté tendrement conquérante, les donne en exemple édifiant qu’il suffit à l’humanité de consentir à elle-même. Ainsi, ce film très ténu, délibérément inabouti, dépositaire d’un simple moment de réconfort amoureux sans visée ni calcul, passe dans le dur paysage environnant comme un très beau souci.

Film français de Philippe Faucon. Avec Emmanuelle Devos, Moustapha Mbengue (1 h 31). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/amin.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Anja Kofmel évoque avec poésie son cousin, mort de façon trouble en Croatie, en 1991.
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« Chris the Swiss » : un film d’animation dans les ombres de l’ex-Yougoslavie

Anja Kofmel évoque avec poésie son cousin, mort de façon trouble en Croatie, en 1991.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h18
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 07h58
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
C’est un cauchemar récurrent, dans lequel l’ombre gagne à grands blocs d’obscurité sur la lumière, peuplé de chiens noirs et d’oiseaux de mauvais augure, traversé par la silhouette d’un jeune homme à l’air bravache. De ce rêve, la réalisatrice suisse Anja Kofmel a fait un film d’animation, qui raconte la mort de cet homme, son cousin, Christian Würtemberg, dont le corps revêtu de l’uniforme d’une milice croate a été retrouvé le 7 janvier 1991 près de Vukovar. La cinéaste a voulu aller à la source de ces terreurs nocturnes : elle en a fait un documentaire. Chris the Swiss résulte de l’union de ces deux films, qui engendre un film de guerre comme on n’en a jamais vu.
Cette enquête ouvre des abîmes, d’autant plus insondables qu’Anja Kofmel joue avec les règles du journalisme
Anja Kofmel avait 10 ans quand ses parents lui ont appris la mort de son cousin. Son film va et vient entre les peurs et les fantasmes funèbres que cette annonce a dessinés dans sa psyché enfantine et son effort d’adulte pour effacer ces zones d’ombre, pour faire la lumière sur le destin de ce garçon qu’elle a admiré. Les souvenirs et les peurs prennent la forme d’un film d’animation, aux mouvements fluides et effrayants, d’une noirceur aussi insondable qu’une bouteille d’encre de Chine. L’enquête mêle les images d’une guerre récente et proche – qui semble aujourd’hui aussi étrangère que les guerres des Balkans du début du XXe siècle – et les récits de témoins – journalistes, mercenaires, – qui ont croisé le chemin de Christian Würtemberg pendant les quelques mois qu’il a passés en Croatie.
Cette enquête ouvre des abîmes, d’autant plus insondables qu’Anja Kofmel joue avec les règles du journalisme. Elle fait intervenir Illich « Carlos » Ramirez Sanchez, qui lui explique, au téléphone depuis sa prison, que son cousin était un agent des services suisses, hypothèse qui ne sera plus jamais évoquée. Elle jette comme en passant cette information stupéfiante : au début des années 1980, alors qu’il n’était pas encore majeur, son cousin s’est engagé dans l’armée sud-africaine qui combattait à l’époque contre les indépendantistes namibiens.
La cause ultracatholique croate
On comprend, à travers les souvenirs de son frère, de ses parents, que Christian Würtemberg est devenu journaliste, avant qu’il ne prenne le train pour Zagreb pour le compte d’une radio suisse, en octobre 1991. Dans la communauté des envoyés spéciaux venus couvrir une guerre qui gagne chaque jour en horreur, il devient Chris the Swiss (si les journalistes avaient de l’imagination, ils seraient romanciers). Là, il se lie d’amitié avec Eduardo Rosza ­Flores, dit Chico, dont la double ascendance, hongroise et bolivienne, lui a permis d’être successivement agent du KGB et de l’Opus Dei. Ce personnage qui finira en 2009 sous les balles de la police bolivienne – elle le soupçonnait de vouloir assassiner le président Evo Morales –, est arrivé en Croatie avec un brassard de presse. Il le troque bientôt contre l’uniforme du PIV-Prvi, reflet déformé et fascisant d’une brigade internationale, formation composée de soldats de fortune aux sympathies d’extrême droite, dans laquelle s’engage Christian Würtemberg.
Jusqu’au bout, cette histoire reste lacunaire, sans doute délibérément. Anja Kofmel refuse d’établir le degré de sympathie qui liait son cousin à la cause ultracatholique croate, pas plus qu’elle embrasse sans ambages l’hypothèse selon laquelle son engagement aurait été la couverture d’une mission (journalistique ou pas) clandestine. Elle préfère cultiver, dans les failles que laissent ces ambiguïtés, ses méditations graphiques sur la guerre, la fascination des hommes pour la violence, le poids de la religion et la force des cauchemars. Cette symbiose entre l’information et la rumination des craintes et des fantasmes qu’elle fait naître trouve ici une expression cinématographique à la fois exacte et onirique.

Documentaire et film d’animation suisse d’Anja Kofmel (1 h 30). Sur le Web : www.urbandistribution.fr/films/chris-the-swiss



                            


                        

                        


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« Nos batailles » : les affres de Romain Duris en père à tout faire

Le réalisateur Guillaume Senez dépeint le quotidien d’un homme qui se retrouve seul avec ses deux enfants.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h17
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h09
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Du Péril jeune (1994), de Cédric Klapisch, au péril des jeunes pères, le comédien Romain Duris a grandi, et le voici incarnant une certaine fragilité masculine dans Nos batailles, de Guillaume Senez. Acteur générationnel, le rebelle est devenu un « quadra » ; il joue le rôle d’Olivier, qui a choisi l’attelage à quatre : il a deux enfants et vit en couple. Ou plutôt vivait.

        Lire le portrait (dans « M ») :
         

          Romain Duris, incarnation de son époque



Mais l’heure n’est plus à la chronique de la séparation, ni à la dispute sur la garde des bambins. Si le deuxième long-métrage de Guillaume Senez, présenté en séance spéciale à la Semaine de la critique du Festival de Cannes, en mai, a une dimension postmoderniste, il le doit d’abord à son scénario, coécrit par le réalisateur et Raphaëlle Valbrune-Desplechin.
La mère est partie, c’est un fait et on n’en parle plus, du moins dans la tranche de vie que l’on partage avec Olivier
La mère est partie, c’est un fait et on n’en parle plus, du moins dans la tranche de vie que l’on partage avec Olivier, contremaître dans un entrepôt de vente en ligne, et ses quelques proches qui viennent lui prêter main-forte : sa mère, présence discrète et décisive (Dominique Valadié), sa sœur, légère comme une bulle d’air (Lætitia Dosch), et sa collègue de travail, généreuse et syndiquée comme lui (Laure Calamy). Ainsi allégé du prévisible « suspense » lié au devenir du couple, le film s’emballe de manière plus aventureuse au nouveau rythme d’Olivier : passé le choc, il est tenu par des fils invisibles qui à la fois le brident et le structurent, telle une marionnette qui découvrirait, stupéfaite, qu’elle est apte à débuter un mouvement qui lui est propre. Olivier doit continuer à travailler, à assurer le quotidien de deux jeunes enfants, à effectuer des choix dans son travail et même à faire face à un dilemme, lequel fera encore ricocher le scénario.
Paradoxe au sein du couple
L’histoire a déjà été racontée mille fois du côté de la femme. L’image de la compagne et mère délaissée est usée jusqu’à la corde, et il ne suffit pas de changer le sexe du personnage principal pour faire du neuf. Nos batailles, titre viril au second degré, n’échappe pas au cliché du père emprunté qui, au début, ne sait pas quoi faire à manger aux enfants et se mélange les pinceaux dans leur garde-robe – c’est quoi déjà ce fichu pull panda ?
C’est un peu caricatural, mais peut-être le réalisateur a-t-il voulu souligner ce paradoxe au sein du couple hétérosexuel contemporain : nombre d’hommes sont tout à fait capables de tenir des discours égalitaires, mais, dans les faits, bien souvent les vieux schémas prennent le dessus. Soit parce que l’homme ne s’autorise pas à rentrer plus tôt du travail, soit parce que certaines femmes pensent pouvoir cumuler le rôle de la mère « parfaite » et de la professionnelle accomplie… Mais c’est usant, ça ne marche pas toujours, Wonder Woman de toute façon n’existe que dans les bandes dessinées, et, un beau jour, elle s’échappe et disparaît au coin de la page. Fin de l’histoire ?
Ce n’est pas la première fois que Romain Duris change de peau et surprend
Dans Nos batailles, le récit continue. C’est la sœur, fantasque à souhait (Lætitia Dosch fait merveille) qui découvre la vie de famille et lance à moitié hilare à son frère : « Putain, je comprends qu’elle soit partie ! » C’est la mère qui finit par raconter qu’elle aussi a rêvé de quitter la bulle… La planche à dessins se remplit de cases dont Olivier ne soupçonnait pas l’existence. La sphère professionnelle, où règnent la précarité, quelques coups bas et rebondissements cyniques, lui réserve aussi des surprises.
Le tissage de l’intime et du social se resserre lorsque Olivier et sa sœur confrontent leurs choix, l’un étant salarié permanent, l’autre intermittente du spectacle, cumulant des heures de travail avec des employeurs différents… C’est l’une des scènes les plus abouties, où les acteurs trouvent ce parler naturel que cherchait le réalisateur, avec une mise en scène tout à la fois calibrée et improvisée. Ce n’est pas la première fois que Romain Duris change de peau et surprend. Dans Nos batailles, Guillaume Senez a (presque) réussi à lui faire tomber son masque de charmeur au sourire automatique, tout en lui donnant le beau rôle.

Film belge et français de Guillaume Senez. Avec Romain Duris, Lætitia Dosch, Laure Calamy (1 h 38). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/329/nos-batailles



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le documentaire autour du pianiste rappeur se refuse à explorer ses zones d’ombre.
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« Shut Up and Play the Piano » : un portrait en retrait de Chilly Gonzales

Le documentaire autour du pianiste rappeur se refuse à explorer ses zones d’ombre.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h16
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Etre une figure singulière, c’est tout un métier. Le pianiste, rappeur, compositeur et performer Chilly Gonzales exerce le sien avec un étrange mélange de minutie et de désinvolture, qui sont pour beaucoup dans le charme intermittent du documentaire que le journaliste allemand Philipp Jedicke, et ici jeune réalisateur, lui a consacré.

        Lire le portrait :
         

          Chilly Gonzales, pianiste baroque pop



Puisant dans les archives familiales du musicien, dans sa vidéographie, le suivant dans ses aventures les plus récentes (dont une collaboration avec l’Orchestre symphonique de la radio de Vienne), Jedicke réussit à jeter les bases d’une biographie, à cerner la personne publique. Que ce soit en raison de la réticence de Gonzales ou d’une envie de ne pas compliquer le récit, le film ne s’avance jamais jusque dans les zones d’ombre qu’il laisse deviner.
Chilly Gonzales est né Jason Beck, en 1972, dans une famille anglophone de Montréal
Chilly Gonzales est né Jason Beck, en 1972, dans une famille anglophone de Montréal. Son père est l’un des magnats du BTP canadien, son frère, Christophe, a composé la musique de Buffy ­contre les vampires et exerce ses talents à Hollywood. Que ce soit pour attirer l’attention qu’on lui refusait ou parce qu’il ne pouvait s’en empêcher, le jeune Jason a toujours teinté ses dispositions musicales de provocation burlesque. On le retrouve en rappeur dans les années 1990, en compagnon de route de la scène rock de Toronto, dont est issue, entre autres artistes, la chanteuse et auteure-compositrice Feist, avec laquelle il a souvent collaboré.
Pantoufles ou gants blancs
Il s’est réinventé en Chilly Gonzales, pianiste en pantoufles, qui joue souvent en gants blancs et épate le public de l’électro en jouant à une vitesse affolante. Il vit à Cologne après avoir longtemps séjourné à Paris. Tout cela donne l’impression d’une fuite en direction d’un exil idéal, qui reste à trouver. De temps en temps, entre des documents qui témoignent de l’éclectisme des expériences musicales de l’artiste ou de son humour adolescent, surgissent des moments révélateurs. Comme ce jugement du chef d’orchestre Cornelius Meister, qui fait peu de cas des capacités pianistiques de Gonzales, tout en s’amusant de l’avoir accompagné à la tête de son orchestre, comme s’il avait été Martha Argerich ou Claudio Arrau.

        Lire la critique de l’album « Room 29 » :
         

          Jarvis Cocker et Chilly Gonzales font chambre commune



Ou cette tirade du musicien qui raconte avoir retrouvé une liste d’accomplissement établie à l’adolescence. Il se flatte de pouvoir ­cocher chaque item – avoir réuni un public de quelques milliers d’adeptes, être en mesure de jouer la musique qu’il veut sans avoir à rendre de comptes… On voudrait alors que le réalisateur prenne le relais pour définir un peu mieux la place de cet artiste – musicien de talent qui n’a rien révolutionné, célébrité mineure insérée dans un réseau planétaire – dans le système d’art, de gloire et d’argent qui régit aujourd’hui la culture. Ce ne sera pas pour ce film-là, qui se ­contente de satisfaire la curiosité des amateurs, éventuellement de le présenter aux néophytes.

        Lire le récit :
         

          Chilly Gonzales se rassied au piano






Documentaire allemand de Philipp Jedicke (1 h 20). Sur le Web : www.rouge-distribution.com/2018/07/13/shut-play-piano.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le film de Leigh Whannell peut être vu comme un agréable film de série B, qui élude toute réflexion philosophique.
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« Upgrade » : la vengeance en version « augmentée »

Le film de Leigh Whannell peut être vu comme un agréable film de série B, qui élude toute réflexion philosophique.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h15
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Dans un futur proche. Victime d’une agression qui a coûté la vie à sa femme, un homme se retrouve tétraplégique. Un milliardaire féru de nouvelles technologies de pointe propose de lui greffer une puce électronique qui prendrait possession de son corps et lui permettrait de retrouver l’usage de ses membres. Cette « opération » transforme le paralysé en une sorte de surhomme qui va utiliser sa force et sa dextérité physique pour accomplir sa vengeance.
Conclusion noire
Upgrade reprend le thème, bien connu des amateurs de science-fiction, de l’humanité « augmentée ». Le récit se complique dès lors qu’une lutte s’engage entre l’esprit humain et l’intelligence artificielle qui tente d’en prendre le contrôle.
Le film de Leigh Whannell peut ainsi être vu comme un agréable film de série, une bande de science-fiction qui eut fait les beaux jours de la série B, qui élude certes la réflexion philosophique dont il fait mine de poser les bases (où s’arrête l’humanité ?) mais se permet le luxe d’une conclusion noire qu’il serait criminel de dévoiler ici.

Film australien de Leigh Whannell. Avec Logan Marshall-Green, Betty Gabriel, Harrison Gilbertson (1 h 40). Sur le Web : www.upgrade.movie et www.facebook.com/ApolloDistrib



                            


                        

                        


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DVD : l’insubmersible Cecil B. DeMille en six films

Le cinéaste incarne à lui seul l’âge d’or d’Hollywood et du système des studios, dans sa folie dispendieuse comme dans ses plus profondes contradictions.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h13
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                            Mathieu Macheret








                        



   


On se souvient de son apparition dans Boulevard du crépuscule (1950), de Billy Wilder, où il jouait son propre rôle, celui d’un réalisateur de studio, parangon du genre, qui offrait à Gloria Swanson, star déchue du cinéma muet, un dernier tour de piste devant sa caméra. Cecil B. DeMille incarnait à lui seul l’âge d’or d’Hollywood et du système des studios, dans sa magnificence, sa folie dispendieuse, comme dans ses plus profondes contradictions. Rares sont les réalisateurs comme lui dont le nom ait acquis une notoriété de figure publique, identifiée bien au-delà des cercles cinéphiles. Sa carrière a traversé et jalonné quarante ans de classicisme hollywoodien, des pionnières et muettes années 1910 jusqu’aux superproductions des années 1950, pour constituer une œuvre de près de soixante-dix titres. La sortie en DVD et Blu-ray de six d’entre eux, chez Elephant Films, relance le cas épineux de ce réalisateur controversé, à la fois très et trop mal connu.

Descendant d’une famille épiscopalienne, l’œuvre de DeMille est marquée par un christianisme droitier, s’accompagnant de vues résolument puritaines et conservatrices, ce qui aurait logiquement pu la frapper, avec le temps, d’une complète désuétude. Ses films les plus célèbres sont, en effet, ses derniers péplums bibliques, croulant de lourdeur prosélyte et d’emphase stylistique, comme sa seconde version des Dix Commandements (1956) avec Charlton Heston dans le rôle de Moïse ou encore Samson et Dalila (1949), qui ont non seulement rempli les salles mais alimenté durablement les multidiffusions télévisées.

En proie aux délires
Or, ces baobabs massifs continuent de cacher la forêt d’une filmographie plus retorse qu’il n’y paraît, surtout si l’on s’aventure dans ses productions muettes (sa première version, complètement excentrique, des Dix Commandements en 1923) ou très hétéroclites des années 1930 (Madame Satan qui combine comédie sophistiquée et film catastrophe). Car ce qui caractérise le cinéma de De Mille, c’est non seulement l’orthodoxie de sa vision du monde, qui s’incarne dans un classicisme imperturbable, mais aussi la possibilité d’un complet dérèglement de celle-ci, qui libère nombre d’énergies baroques et donne tout à coup la fièvre à ses récits. DeMille convertit en vigueur esthétique cette capacité notoire de certains croyants : celle d’être en proie aux délires.

Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher, dans cette livraison, sur les deux péplums sulfureux que DeMille a tournés avec Claudette Colbert, Le Signe de la croix (1932) et Cléopâtre (1934), avant l’application du code Hays d’autocensure par les studios. Cléopâtre dépeint l’ascension de la fameuse reine d’Egypte, usant des armes de la séduction pour asseoir son pouvoir au nez et à la barbe des hommes. Le film brûle d’un érotisme fou dès qu’il approche de sa comédienne, toute en poses lascives et œillades affolantes, déambulant dans des toilettes exubérantes qui jouent dangereusement avec les contours de sa poitrine. Il culmine dans une scène d’accouplement entre l’héroïne et Marc Antoine, pudiquement escamoté derrière des rideaux, mais métaphorisée par une parade grandiose et suggestive dans le décor « art déco » du palais.

Mises en scène physiques du « péché »
Le Signe de la croix est encore plus fou. Relatant la rafle et l’exécution d’une communauté clandestine de chrétiens dans la Rome de Néron, le film se détourne de son intrigue principale (une histoire d’amour) pour décrire, non sans délectation, la déliquescence morale de l’empire chancelant (bains de lait et lesbianisme de Poppée, caprices puérils de Néron). Il s’emballe dans une dernière séquence, qui décrit par le menu les supplices des chrétiens jetés dans l’arène du cirque, aux prises avec une ménagerie d’animaux sauvages (lions bien sûr, mais aussi éléphants, crocodiles, gorilles). Face à cela, des contrechamps sur les regards exorbités et l’expression transie des spectateurs achève de transformer la scène en grand rituel sadomasochiste.

Ainsi le christianisme de Cecil B. DeMille sort-il des ornières de l’idéologie et s’avère-t-il réversible, par ses mises en scène physiques du « péché » qui permettent, non sans une certaine hypocrisie, d’en sonder les abîmes comme d’en jouir. Aux côtés de ces films troublés et passionnants, on trouvera également trois bandes d’aventure, dont les très beaux Naufrageurs des mers du sud (1942), avec John Wayne, ainsi qu’une fable sociale assez inattendue, La Loi de Lynch (1933), qui risque encore de brouiller un peu plus l’image de l’insubmersible Cecil B. DeMille.

6 films de Cecil B. DeMille en combos Blu-ray et DVD : Le Signe de la croix (1932), La Loi de Lynch (1933), Cléopâtre (1934), Les Tuniques écarlates (1940), Les Naufrageurs des mers du sud (1942), Les Conquérants d’un nouveau monde (1947). 19,99 € l’unité. Elephant Films. Sur le Web : fr-fr.facebook.com/ElephantFilms



                            


                        

                        

