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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Jacqueline Sauvage a vécu une relation d’emprise et ne peut être décrite comme une personne déterminée, affirment ses avocates Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, qui répondent à la tribune de Frédéric Chevallier, avocat général lors du procès de cette femme, publiée dans « Le Monde ».
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Les avocates de Jacqueline Sauvage répondent à l’avocat général Frédéric Chevallier

Jacqueline Sauvage a vécu une relation d’emprise et ne peut être décrite comme une personne déterminée, affirment ses avocates Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, qui répondent à la tribune de Frédéric Chevallier, l’avocat général lors du procès de cette femme, publiée dans « Le Monde ».



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 17h32
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 18h19
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Janine Bonaggiunta (Avocate au barreau de Paris) et Nathalie Tomasini (Avocate au barreau de Paris)







                        



                                


                            

Tribune. Monsieur l’Accusateur public, Comment osez-vous écrire une lettre (Le Monde du 1er octobre) à Jacqueline Sauvage par voie de presse, deux ans après sa libération ? Vos propos sont d’une indécence sans nom. Le mardi 1er décembre 2015, nos chemins allaient se croiser pour la première fois. Après plus d’un an de détention déjà, menottée et sous escorte, Jacqueline Sauvage vous a aperçu dans votre robe de justice, et ce jour-là elle avait encore un peu d’espoir…
Non, vous n’auriez jamais pu être son fils, Monsieur Frédéric Chevalier. Comment pouvez-vous même le penser et l’écrire ? Laissez donc Pascal Marot en paix, lui, qui a été victime de la violence de son père, tout comme sa mère et ses sœurs et qui en est mort. Non, Monsieur l’Accusateur public, vous n’avez rien compris, ni hier, ni aujourd’hui, à la vie d’enfer de Jacqueline Sauvage, battue, humiliée, trompée par Norbert Marot.
A croire que vous n’avez pas écouté les témoignages de Carole, Sylvie, Fabienne, ses filles, que vous avez gravement injuriées. A croire que vous n’avez pas écouté les vingt-sept autres témoins, presque tout un village entier, dont son maire, qui sont venus à la barre dire la terreur que leur inspirait Norbert Marot.
A croire que vous ne les avez pas écoutés dire que cette femme, Jacqueline Sauvage, était en danger de mort, mais qu’ils n’ont rien fait, rien tenté, comme encore aujourd’hui des milliers de voisins qui n’osent pas, même lorsqu’ils entendent des cris, appeler les secours, car ils craignent les représailles…
Une relation déséquilibrée de dominant à dominée
Vous affirmez, Monsieur l’Accusateur public, dans votre lettre, adressée à Madame Sauvage, qui a vécu, après l’enfer conjugal, l’acharnement judiciaire, que vous n’inventez rien, or vous réécrivez à votre façon son histoire ! Vous la décrivez comme une femme déterminée et moderne !
Mariée, enceinte, à 17 ans à un mauvais garçon, qui avait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Le cinéaste ukrainien emprisonné a remis un message à la presse où il explique être « forcé de mettre un terme à [sa] grève de la faim » le 6 octobre.
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Russie : Oleg Sentsov dit arrêter sa grève de la faim pour éviter d’être nourri de force

Le cinéaste ukrainien emprisonné a remis un message à la presse où il explique être « forcé de mettre un terme à [sa] grève de la faim » le 6 octobre.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 17h13
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 18h15
   





                        


Ce n’est pas parce qu’il a obtenu satisfaction qu’il a pris cette décision. Dans un message remis vendredi 5 octobre à la presse, le cinéaste ukrainien emprisonné en Russie Oleg Sentsov a déclaré devoir arrêter sa grève de la faim pour éviter d’être nourri de force.
« Je suis forcé de mettre un terme à ma grève de la faim demain, c’est-à-dire le 6 octobre 2018 », a-t-il fait savoir dans une lettre manuscrite. Il précise : « En raison de mon état de santé critique et de l’apparition de changements pathologiques dans mes organes, il était prévu prochainement de me nourrir de force. » « Mon opinion n’est plus prise en compte. »

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« L’objectif n’est pas atteint »
Oleg Sentsov, 42 ans, originaire de Crimée, la péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014, refusait de s’alimenter depuis le 14 mai pour demander la libération de prisonniers politiques ukrainiens. Après « cent quarante-cinq jours de lutte, 20 kilos en moins et un corps brisé », « l’objectif n’est pas atteint », déplore le cinéaste. « Je suis reconnaissant à tous ceux qui m’ont soutenu et demande pardon à ceux que je laisse tomber », conclut Oleg Sentsov, terminant son message par « Gloire à l’Ukraine ! »
« Le prisonnier Oleg Sentsov a accepté de consommer de la nourriture », a annoncé de son côté le service pénitentiaire russe, disant que « les meilleurs nutritionnistes de Moscou ont élaboré un programme pour l’aider à ingérer progressivement des aliments solides ». L’avocat d’Oleg Sentsov, Dmitri Dinze, n’était pas joignable pour un commentaire.

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                Moscou diffuse une nouvelle photo du cinéaste en grève de la faim, Oleg Sentsov



Auparavant, le vice-directeur du service pénitentiaire russe, Vitali Maximenko, avait annoncé à l’agence Interfax la fin de la grève de la faim d’Oleg Sentsov et avait remercié les médecins et avocats l’ayant convaincu qu’il « faut vivre, que la vie continue ». Interviewé par la télévision indépendante Dojd, Vitali Maximenko a ajouté qu’Oleg Sentsov était « jeune, il deviendra peut-être un réalisateur célèbre. Qu’il vive ! »
Condamné à vingt ans de prison
Oleg Sentsov est connu pour son film Gamer, qui raconte l’histoire d’un adolescent participant à des compétitions de jeux vidéo tout en faisant face à une vie quotidienne difficile dans un village d’Ukraine. Le film avait été montré dans plusieurs festivals et récompensé à Rotterdam en 2012.
En mai 2014, opposé à l’annexion de la Crimée par la Russie, Oleg Sentsov a été arrêté à son domicile. Accusé d’avoir coordonné les activités d’un groupe de militants affiliés au mouvement ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor (« secteur droit »), il a été condamné en août 2015 à vingt ans de prison pour « terrorisme » et « trafic d’armes », à l’issue d’un procès qualifié de « stalinien » par l’ONG Amnesty International.

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                « Oleg Sentsov peut mourir à chaque minute qui passe »



La dernière photographie d’Oleg Sentsov, diffusée la semaine dernière par les services pénitentiaires russes, montrait un médecin en blouse blanche l’auscultant, torse nu, dans un cabinet médical. Le cinéaste, qui mesure 1,90 mètre, y apparaissait affaibli et amaigri.
Les pays du G7 et de nombreuses personnalités du monde culturel ont appelé à sa libération. Malgré les déclarations alarmistes de proches concernant la dégradation de l’état de santé d’Oleg Sentsov, le Kremlin a répété à plusieurs reprises qu’une grâce présidentielle ne pouvait être accordée qu’à la demande du prisonnier, ce qu’Oleg Sentsov refuse de faire.
La Russie et l’Ukraine sont à couteaux tirés depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, de pro-Occidentaux à Kiev, suivie de l’annexion de la Crimée par Moscou et d’un conflit armé dans l’Est séparatiste prorusse du pays, qui a fait plus de dix mille morts.

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                « Il faut agir vite pour ne pas laisser Oleg Sentsov mourir »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Un collectif de plus de 100 scientifiques prend position dans une tribune au « Monde » contre un projet minier en Guyane qui menace l’environnement. Et qui risque aussi d’ouvrir, telle une boîte de Pandore, la voie à d’autres convoitises.
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« Montagne d’or » en Guyane : « Un projet minier destructeur qui ne rapportera quasiment rien »

Un collectif de plus de 100 scientifiques prend position dans une tribune au « Monde » contre un projet minier en Guyane qui menace l’environnement. Et qui risque aussi d’ouvrir, telle une boîte de Pandore, la voie à d’autres convoitises.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 16h12
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                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. En plein cœur de la forêt guyanaise, loti entre deux réserves biologiques intégrales (RBI Lucifer et Dékou-Dékou), se prépare actuellement le plus grand projet minier que la France ait jamais connu, un projet porté par la Compagnie minière Montagne d’or (CMO, consortium russo-canadien : 55,01 % Nordgold et à 44,99 % Columbus Gold Corporation).
L’opérateur annonce la création d’une fosse de 2,5 kilomètres de long, 400 mètres de large et 200 à 400 mètres de profondeur. L’extraction de l’or nécessite par jour 10 tonnes de cyanure et 20 tonnes d’explosifs afin d’extraire environ 20 kilos d’or, tout en en rejetant 80 000 tonnes de déchets miniers par jour. En effet la concentration en or est faible : 1,6 à 1,8 g par tonne de roche.
Ce projet fait actuellement l’objet d’un débat public, à la demande de ses opposants, dont les dates, du 7 mars au 7 juillet 2018, ont été fixées par la commission nationale du débat public (CNDP). Les réunions publiques qui se sont tenues en Guyane depuis le 3 avril font déjà ressortir une forte opposition au sein de la population guyanaise à un projet destructeur de l’environnement et qui ne rapportera quasiment rien à la Guyane, sinon en termes de pollution et d’impact environnemental.
420 millions d’aides publiques
En effet, si la CMO espère gagner plus de 3,5 milliards d’euros sur douze ans, seulement 2 % iront à la Guyane sous forme de taxes. D’après le rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF), qui parle de « mirage économique », les taxes et impôts du projet s’élèveraient à 308 millions d’euros sur douze ans (241 millions d’euros à l’Etat français et 67 millions d’euros de taxes locales) mais il engloutirait au moins 420 millions d’aides publiques. Ceci pour 750 emplois directs promis, « soit un coût aberrant de 560 000 euros publics pour chaque emploi ».

L’impact environnemental est un véritable désastre : nuisances immédiates sur le site lui-même...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste, Prix Nobel 2014, estime que le modèle théorique qui a dominé la science économique au XXe siècle est dépassé. Il défend une plus grande transversalité avec les sciences sociales.
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Jean Tirole : « L’homo economicus a vécu »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste, Prix Nobel 2014, estime que le modèle théorique qui a dominé la science économique au XXe siècle est dépassé. Il défend une plus grande transversalité avec les sciences sociales.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 14h45
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Tribune. Les penseurs du siècle des Lumières, ainsi que leurs prédécesseurs, réfléchissaient aux comportements des individus et des groupes sociaux sans faire de distinction entre les sciences sociales. Adam Smith avait par exemple publié, dix-sept ans avant son célèbre traité La Richesse des nations, un livre remarquable intitulé La Théorie des sentiments moraux. Ce n’est que progressivement – et essentiellement au XXe siècle – que les différentes cloisons scientifiques sont apparues, séparant artificiellement les activités humaines en différents objets d’étude, pour lesquels des méthodes d’analyse et de compréhension ont évolué chacune de leur côté. Pourtant, toutes les sciences sociales partagent bel et bien un même sujet d’étude, les mêmes individus et les mêmes groupes sociaux.
L’économie, par exemple, a construit son identité propre au XXe siècle, à travers, d’une part, une emphase particulière sur des méthodes statistiques et quantitatives, et, d’autre part, le concept d’homo economicus. Cet homo economicus est supposé défendre rationnellement ses intérêts, compte tenu de l’information dont il dispose. Un apport essentiel de cette approche et des recommandations associées est la mise en exergue des différences qui peuvent exister entre rationalité individuelle et collective : ce qui est bon pour un acteur économique n’est pas forcément bon pour l’ensemble de la société.

Par exemple, un individu, une entreprise ou une administration peuvent choisir de polluer l’environnement plutôt que de réduire leurs activités ou de les rendre plus vertes ; une entreprise ou une banque peut abuser de son pouvoir de marché ou prendre des risques inconsidérés, au détriment des consommateurs ou du contribuable ; un politicien pourra faire passer sa carrière politique avant l’intérêt général en choisissant des politiques populaires mais contraires...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Les deux sociologues estiment, dans une tribune au « Monde », que l’interpénétration actuelle des deux disciplines devrait contribuer à atténuer la virulence de leur antagonisme traditionnel.
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Luc Boltanski et Arnaud Esquerre : « L’économie et la sociologie peuvent s’enrichir mutuellement »

Les deux sociologues estiment, dans une tribune au « Monde », que l’interpénétration actuelle des deux disciplines devrait contribuer à atténuer la virulence de leur antagonisme traditionnel.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 14h45
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05.10.2018 à 15h51
   





                        



                                


                            

Tribune. Un esprit (pour ne pas dire un spectre) hante le vaste domaine des sciences humaines et sociales (SHS) : celui de l’interdisciplinarité. Fréquemment évoqué à titre d’idéal, il s’incarne rarement dans des agencements assez robustes et durables pour apaiser les relations souvent difficiles entre disciplines académiques dont chacune entend à la fois être maîtresse chez elle et faire reconnaître sa prééminence.
Une situation de ce genre est, depuis quelques décennies, particulièrement marquée dans le cas de deux disciplines, l’économie et la sociologie, qui devraient avoir tout pour s’entendre, ne serait-ce que parce qu’elles ont grosso modo le même objet : des êtres humains considérés en tant qu’ils interagissent et échangent et qui, ce faisant, composent ce que l’on appelle, par convention, des « sociétés ».

Or, dans le cas de ces deux disciplines, les relations de concurrence l’emportent souvent sur la coopération, parfois jusqu’à prendre un tour agonistique allant jusqu’à l’échange d’accusations croisées. Ces accusations prennent généralement appui sur deux registres argumentatifs très différents : celui de la politique et celui de la scientificité. C’est le cas, par exemple, lorsque des sociologues accusent en bloc l’économie d’être « de droite », comme si les disciplines académiques héritaient d’une sorte de gène politique inscrit dans leur patrimoine, ce qui est absurde, et comme si elles n’étaient pas elles-mêmes traversées par des conflits. Ou encore quand des économistes prétendent s’arroger une prééminence dans l’ordre de la scientificité, comme si la façon dont leur discipline rend compte du monde constituait le maître-étalon de tout discours de vérité.
L’acteur et le chercheur
Les tensions tiennent surtout au fait que, en sociologie et en économie, la relation entre connaissance scientifique et réalité sociale s’est établie selon des modalités différentes, avec pour conséquence de faire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Gaspard Estrada, spécialiste de l’Amérique latine à Sciences Po, explique que la tentation est forte au sein de la haute société de soutenir le candidat d’extrême droite en vue des élections générales du 7 octobre.
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« Au Brésil, le discours moraliste de plus en plus droitier des élites »

Dans une tribune au « Monde », Gaspard Estrada, spécialiste de l’Amérique latine à Sciences Po, explique que la tentation est forte au sein de la haute société de soutenir le candidat d’extrême droite en vue des élections générales du 7 octobre.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 14h30
    |

Gaspard Estrada (Directeur exécutif de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) de Sciences Po.)







                        



                                


                            
Tribune. Les « extrêmes » seraient-ils en passe de gouverner le Brésil ? A lire l’avis de certains éditorialistes de la presse brésilienne, les deux candidats en tête des sondages, Jair Bolsonaro et Fernando Haddad, seraient « blanc bonnet » et « bonnet blanc ». En raison de leur manque d’engagement supposé vis-à-vis des institutions et des valeurs démocratiques, ils constitueraient l’incarnation de deux expressions d’un extrémisme politique similaire.
A la suite de la montée de M. Bolsonaro dans les sondages, la bourse de Sao Paulo a repris des couleurs
Dans ce contexte, faire le choix dès à présent du candidat de l’extrême droite, M. Bolsonaro, afin de faire barrage au Parti des Travailleurs (PT, gauche) de l’ancien président Lula, serait une solution acceptable, notamment aux yeux des milieux financiers, d’une partie de la classe politique, et plus généralement, des élites du pays. A la suite de la montée de M. Bolsonaro dans les sondages, du fait d’une tentative ratée d’assassinat début septembre et de la mobilisation récente des pasteurs des églises évangéliques en sa faveur, la bourse de Sao Paulo a repris des couleurs, alors que le Real a vu son cours augmenter face au dollar.

Depuis, des parlementaires et des candidats aux postes de gouverneurs de la droite, voire du centre, ont déclaré leur soutien à M. Bolsonaro, abandonnant le candidat du Parti de la Social-Démocratie Brésilienne (PSDB, droite), Geraldo Alckmin, qui patine dans les études d’opinion. Ce faisant, ces derniers ont enterré la possibilité de la formation éventuelle d’un front républicain contre l’extrême droite au deuxième tour.
L’image ternie des faux justiciers anti-corruption
Cette équiparation de M. Bolsonaro et de M. Haddad au rang de candidats des « extrêmes » non respectueux des valeurs démocratiques est mensongère : contrairement au candidat de l’extrême droite, le dauphin de Lula n’a jamais remis en question la sincérité...




                        

                        


<article-nb="2018/10/05/19-7">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Cela commençait bien avec #balancetonporc en 2017. Mais, depuis, une multitude de hashtags délateurs ont proliféré sur les réseaux. Agrégeant toutes sortes de causes, du racisme au malaise hospitalier en passant par le voisin malpoli ou le retard du RER B.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤             
#BalanceTaBalance ou l’invasion des hashtags qui dénoncent 
                  
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LE MONDE
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                  05.10.2018 à 14h14


Cela commençait bien avec #balancetonporc en 2017. Mais, depuis, une multitude de hashtags délateurs ont proliféré sur les réseaux. Agrégeant toutes sortes de causes, du racisme au malaise hospitalier en passant par le voisin malpoli ou le retard du RER B.

Par                             Nicolas Santolaria





                     
Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, il n’a jamais été aussi simple de balancer… son pavé dans la mare, son voisin, son humeur volcanique du moment. Le 6 septembre, Cécile Djunga, présentatrice météo sur la RTBF, évoquait, dans une vidéo aux allures de soir d’orage postée sur YouTube, les insultes racistes devenues son lot quotidien depuis qu’elle est arrivée sur l’antenne de la chaîne publique belge, voilà environ un an. « Hier, au boulot, à la météo, y’a une dame qui a appelé pour dire que j’étais trop noire, qu’on ne voyait rien à l’écran », confiait la jeune femme face à la caméra, dans un demi-sanglot. Animée par l’idée que la honte devait changer de camp, elle décide de ne pas en rester là : « On a eu #balancetonporc, maintenant on va avoir #balancetoncon, d’accord. On va balancer les cons, on va balancer les gens qui sont trop fermés d’esprit et qui en blessent d’autres », proposait la présentatrice, dans cette vidéo-manifeste visionnée plus de 2,5 millions de fois.

Quelques jours plus tard, peut-être effrayée par l’ampleur de la tâche, la nouvelle figure emblématique de la chasse aux cons ne souhaitait déjà plus répondre aux interviews, préférant se concentrer sur ses « projets artistiques ». Entre le feu de paille émotionnel et le raz de marée numérique, on ne sait trop quel sera l’avenir de ce mot-dièse un peu fourre-tout, qui a déjà permis d’épingler le polémiste Eric Zemmour et le roi des forains Marcel Campion. On peut néanmoins voir là le signe d’une extension galopante du domaine de la dénonciation. « Avant, le fait de dénoncer supposait du papier, une enveloppe, un adressage, un timbre. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, le coût de l’acte a littéralement fondu, explique le sociologue Fabien Jobard, co-auteur de Citoyens et délateurs : la délation peut-elle être civique ? (Editions Autrement, 2005). Dans l’espace public numérique, on voit que la dénonciation de situations (sexisme,...





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Aux origines du sauvetage en mer

Kiara Neri, chercheuse en droit international, revient sur la naissance, dès le XVIIe siècle, de l’obligation de porter secours aux naufragés.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 13h00
    |

                            Kiara Neri (Maîtresse de conférences en droit international, à l'université Jean-Moulin-Lyon-III)








                        



                                


                            

Les océans fascinent depuis toujours, aussi bien pour leur beauté et leur attractivité que pour leur dangerosité. On se souvient des vers de Victor Hugo qui, dans Oceano Nox, chantait les « naufragés, victimes d’une mer sans fond (…) sous l’aveugle océan à jamais enfouis ! » C’est cette inquiétude inhérente aux risques liés aux activités maritimes qui a donné naissance à l’obligation de porter secours. L’actualité tragique commande de s’interroger sur l’origine de cette obligation, son contenu et la manière dont elle est appliquée par nos démocraties européennes.
La naissance de l’obligation. Dès le XVIIe siècle, le droit français organise l’obligation de porter secours aux personnes en danger en mer. L’ordonnance de la marine de 1681 imposait déjà à quiconque voyant des personnes en danger de naufrage de faire tout pour les secourir. Dans le même sens, un devoir d’assistance est imposé aux navires publics français dès 1790. La pratique française étant loin d’être isolée, l’obligation va petit à petit s’étendre à tous les capitaines de navires. Elle sera accompagnée du développement par les Etats côtiers de services de sauvetage au large de leurs côtes. Ainsi, à la suite de terribles accidents maritimes, le Parlement britannique créa, en 1823, une ­société pour la sauvegarde des naufragés et de leurs biens qui deviendra la Royal National Lifeboat Institution. A peine quelques années plus tard, une société semblable était créée à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). L’obligation d’assistance moderne était donc créée dès le début du XIXe siècle. Elle a depuis acquis une valeur coutumière et s’impose donc à tous les Etats. Elle a également été codifiée dans un nombre important de conventions internationales depuis 1910 avant d’être consacrée dans sa forme ­actuelle en 1982, dans la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (article 98).
Le contenu de l’obligation....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Trois questions à Arnaud Esquerre, sociologue, dont le livre « Le Vertige des faits alternatifs » (160 p., 17 €) vient de paraître aux éditions Textuel.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Les réseaux sociaux sont-ils une menace pour la démocratie ?

Trois questions à Arnaud Esquerre, sociologue, dont le livre « Le Vertige des faits alternatifs » (160 p., 17 €) vient de paraître aux éditions Textuel.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 13h00
    |

            François Bougon








                        



                                


                            
Comment expliquer que le développement des réseaux ­sociaux, vu jusque très récemment comme une avancée démocratique, soit aujourd’hui considéré par certains comme une menace ?
La question qui se pose aujourd’hui n’est pas nouvelle : c’est celle de la possibilité pour une entité politique étrangère ­d’influer sur la vie d’un Etat, et en particulier sur le déroulement des élections. Cette préoccupation, nous l’avons depuis la Révolution française, lorsqu’on s’inquiétait que les royalistes puissent s’organiser depuis leur exil et menacer la République. A partir de 1917, l’Etat français s’est inquiété de l’influence de l’Union soviétique. Aujourd’hui, c’est la Russie. Cette histoire ancienne semble nouvelle en raison de l’apparition des ­réseaux sociaux, mais il faut se souvenir qu’auparavant le ­cinéma, qui était vu comme l’art ayant le plus d’influence sur la population, était considéré par l’Etat comme potentiellement dangereux, ce qui a justifié une censure politique jusqu’aux ­années 1980. Donc nous pourrions inscrire cet impact prêté aux réseaux ­sociaux dans une filiation complètement différente de celle qui est généralement proposée mais qui, selon moi, serait plus juste. On fait comme si nous avions toujours vécu dans un Etat idéal de liberté d’expression. Poser le problème en oubliant l’Histoire revient à mettre en cause le réseau social lui-même, alors que la question est celle de la manière dont un Etat cherche à se défendre, en limitant la liberté d’expression, contre le succès de discours prêtés à un autre Etat.
La manière dont le gouvernement cherche à légiférer ­contre les tentatives de manipulation de l’information vous paraît-elle pertinente ?
Cette réponse apparaît totalement inadaptée. Premièrement, elle ne dit pas son nom, qui est justement de se réinscrire dans l’histoire de la censure politique. Deuxièmement, le dispositif prévoyant qu’un juge des référés ait quarante-huit heures pour décider...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Document. Pour la Nuit du droit, jeudi soir, l’ancien garde des sceaux a consacré son discours à l’affaire Dreyfus et à la responsabilité des juges.
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Robert Badinter sur l’affaire Dreyfus : « Le gouvernement français doit assumer seul la lourde responsabilité de cet assassinat judiciaire »

Document. Pour la Nuit du droit, jeudi soir, l’ancien garde des sceaux a consacré son discours à l’affaire Dreyfus et à la responsabilité des juges.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 12h51
   





                        



                                


                            
Pour la deuxième édition de la Nuit du droit, jeudi 4 octobre, le tribunal de Paris a consacré la soirée à l’affaire Dreyfus. L’ancien garde des sceaux Robert Badinter a saisi l’occasion pour revenir sur la responsabilité des juges dans un discours tenu à huis clos, en présence notamment de la ministre de la justice, Nicole Belloubet, du procureur de la République de Paris, François Molins, et du président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius. Retrouvez ce discours ci-dessous.
« Mon ambition ne saurait être d’apporter quelque lumière nouvelle sur l’affaire, cet épisode essentiel de la IIIe République. Le sujet a été abondamment traité par des historiens de qualité, parmi lesquels Jean-Denis Bredin. Mon propos sera seulement consacré à ce que signifie, dans l’histoire de notre justice, l’affaire Dreyfus. Car elle a constitué successivement un crime majeur contre la justice et une victoire éclatante de la justice.
Je dis crime contre la justice. Car c’est un innocent que l’on a envoyé à l’île du Diable, en Guyane, dans des conditions de détention abominables instaurées spécialement pour lui, dans l’attente de sa mort qu’on espérait prochaine.
Or cette peine perpétuelle, la plus lourde dans le code pénal de l’époque pour le crime d’espionnage en temps de paix, qui l’avait prononcée, sinon des juges ? Juges occasionnels sans doute. Etrangers par leur formation et leur condition à la chose judiciaire. Mais ces juges militaires n’en étaient pas moins, au sein du conseil de guerre de Paris, tenus de respecter les principes fondamentaux de la justice qu’ils avaient prêté serment de servir. Or, qu’ont fait ces officiers si prompts à invoquer leur honneur ?
Ils ont commis plus qu’une erreur, toujours possible dans la vie judiciaire. Ils ont condamné un accusé qui protestait de son innocence en acceptant de recevoir dans leur délibéré, après clôture des débats, un dossier “secret” envoyé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Editorial. Emmanuel Macron, qui a besoin de l’appui du Sénat pour voter la révision constitutionnelle, n’évoque désormais plus la baisse du nombre de parlementaires.
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Réforme de la Constitution : la « tyrannie »  de la politique

Editorial. Emmanuel Macron, qui a besoin de l’appui du Sénat pour voter la révision constitutionnelle, n’évoque désormais plus la baisse du nombre de parlementaires.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 11h39
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 18h38
   





                        


Editorial du « Monde ». Emmanuel Macron a eu raison d’aller à Colombey-les-Deux-Eglises saluer la mémoire du général de Gaulle, ce 4 octobre – jour anniversaire de la promulgation de la Loi constitutionnelle créant, il y a soixante ans, la Ve République. En effet, le fondateur des institutions édifiées en 1958 a légué à ses successeurs un régime à toute épreuve… pour le chef de l’Etat et le pouvoir exécutif.
Depuis un demi-siècle, tous les présidents en ont tiré le plus grand profit, y compris ceux qui, comme François Mitterrand, avaient auparavant formulé les critiques les plus cinglantes à l’encontre de la Constitution de 1958 et de son parachèvement en 1962, avec l’élection du président de la République au suffrage universel. Ce système institutionnel aura permis à tous les présidents de traverser les crises politiques, économiques ou sociales les plus rudes, de cohabiter avec des majorités parlementaires hostiles (Mitterrand à deux reprises et Chirac pendant cinq ans) et de surmonter les impopularités les plus abyssales, François Hollande étant le champion en la matière.
Confronté depuis deux mois à de sérieuses adversités, Emmanuel Macron a donc, à son tour, rendu hommage au « socle de stabilité », de « légitimité » et d’« efficacité » dans l’action que lui assure la Constitution. Face aux « tempêtes » et aux « avanies », face à la « tyrannie de l’immédiat », au « règne de l’image » et au « goût pour l’écume des jours », face à ces turbulences qui éclipsent trop souvent le sens des politiques publiques, les institutions permettent de « conserver le cap », a-t-il souligné à juste titre.

        Lire aussi :
         

                Emmanuel Macron relance  la révision constitutionnelle



Mais, si elles le mettent largement à l’abri de la « tyrannie de l’immédiat », elles ne le protègent pas de la « tyrannie » de la politique. Le chef de l’Etat en fait aujourd’hui l’expérience. Dès juillet 2017, devant le Congrès, il avait lancé un projet de révision de la Constitution, avec l’ambition affichée de la moderniser et de renforcer l’« efficacité » de son fonctionnement. Le souhait présidentiel était que cette réforme aboutisse dès l’été 2018.
Un silence pour le moins étonnant
Depuis un an, sa démarche se heurte aux réticences, aux objections ou aux critiques des oppositions en général et de celle du Sénat en particulier. Et chacun sait que, sans l’appui du Palais du Luxembourg, la réforme n’a aucune chance d’être adoptée. Soit ses dispositions relèvent stricto sensu de la procédure de révision qui suppose l’approbation par les trois cinquièmes des parlementaires, donc d’une part importante des sénateurs. Soit – et c’est le cas de la diminution spectaculaire d’un tiers du nombre des parlementaires – elles relèvent d’une Loi organique qui, dès lors que le Sénat est concerné, suppose son aval.
Or le Sénat, au nom d’une juste représentation des territoires, est vent debout en particulier contre cette dernière mesure. Il est donc pour le moins étonnant que le président de la République l’ait passée sous silence lors du plaidoyer en faveur de la réforme qu’il a réitéré, le 4 octobre, au Conseil constitutionnel.
Un « oubli » de sa part n’est guère concevable, puisqu’il a évoqué scrupuleusement tous les autres points de la réforme, y compris les moins décisifs. La seule explication plausible, mais à ce stade inavouée, est que le chef de l’Etat peut envisager de renoncer à cette mesure emblématique si cette concession permet l’adoption du reste de la réforme. Bref, bon gré, mal gré, à se plier à la tyrannie de la politique.

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                A Colombey-les-Deux-Eglises, Emmanuel Macron cherche à se placer dans les pas du général de Gaulle






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Une nouvelle étude estime que, sur vingt ans, le Royaume-Uni a perdu l’équivalent de deux ans de produit intérieur brut à cause du poids excessif de la City.
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« La malédiction de la finance » étouffe l’économie

Une nouvelle étude estime que, sur vingt ans, le Royaume-Uni a perdu l’équivalent de deux ans de produit intérieur brut à cause du poids excessif de la City.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 11h04
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








                        



                                


                            

« Les politiciens qui se lèchent les babines à l’idée d’attirer de nombreux banquiers à Paris grâce au Brexit feraient bien de faire attention à ce qu’ils souhaitent. Economiquement, cela pourrait se retourner contre eux », prévient Nicholas Shaxson.
L’auteur de The Finance Curse. How Global Finance is Making Us All Poorer (« la malédiction de la finance », éditions Bodley Head, non traduit), sortie presse vendredi 5 octobre, n’est pas un dangereux anticapitaliste primaire. La finance est absolument nécessaire au développement économique, selon le journaliste. Mais son ouvrage vient vulgariser un concept ancien, redéveloppé depuis une dizaine d’années par un groupe d’économistes : trop de finance peut finir par étouffer la croissance.
Une nouvelle étude, d’Andrew Baker, de l’université britannique de Sheffield, Gerald Epstein, de l’université du Massachusetts à Amherst, et Juan Montecino, de l’université de Columbia, à New York, publiée, vendredi, pour coïncider avec la parution du livre, chiffre pour la première fois les dégâts de cet excès de finance pour le Royaume-Uni, pays où la City possède un poids prépondérant. Résultat : de 1995 à 2015, le pays aurait perdu 4 500 milliards de livres, l’équivalent de deux ans du produit intérieur brut (PIB) actuel. Soit 170 000 livres par foyer en moyenne.

Au Royaume-Uni, le secteur financier pèse 6,5 % de l’économie
« Le chiffre est une estimation qui demande d’autres recherches, précise immédiatement M. Baker. Mais il est gigantesque, et c’est un ordre de grandeur qui donne une bonne idée de la façon dont la finance écrase tout le reste de l’économie. » Ce résultat est particulièrement intéressant comparé à celui des Etats-Unis : sur la même période, la première puissance économique mondiale aurait perdu environ un an de PIB seulement. « Le coût pour le Royaume-Uni serait donc deux à trois fois plus grand parce que la finance...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Pour la philosophe Claire Marin, c’est l’amour qui crée la nuit car avant, « il n’y a que des plages de sommeil ». Elle est l’invitée de la Nuit de l’amour et des idées, le 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.
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                Claire Marin : « L’amour habite l’espace de la nuit »


Pour la philosophe Claire Marin, c’est l’amour qui crée la nuit car avant, « il n’y a que des plages de sommeil ». Elle est l’invitée de la Nuit de l’amour et des idées, le 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord.

LE MONDE
                 |                 05.10.2018 à 10h09
                 |

Claire Marin (philosophe)
















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Par Claire Marin

   


La nuit n’existe pas avant l’amour. Il n’y a que des plages de sommeil et des éclipses de la conscience. Je découvre la nuit, sa densité, sa matière, sa temporalité incertaine dans l’état amoureux. Les nuits interminables où je doute, j’attends, j’espère. Les nuits trop courtes où tu me rejoins dans l’obscurité complice. Les nuits blanches où tu n’es plus là.

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L’amour habite l’espace de la nuit, les amours perdus s’y promènent en fantômes nostalgiques, les amours neufs s’y épuisent jusqu’à l’aube matinale. Peut-être est-ce la matière labile de la nuit, qui, comme dans les expériences chimiques, précipite la passion, la cristallise. L’amour dévore mes nuits.
Elles appartiennent à ceux que j’aime, ceux qui s’y réfugient ou les saccagent sans retenue. ll ne me reste que des fragments de nuit, disséminés un peu au hasard sur le cercle du cadran, des traces de sommeil ici et là, entre les enlacements des corps ou les caresses rassurantes. Une mère, dit Bergson, ne dort jamais vraiment pour son enfant, dont un soupir suffit à la réveiller.

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Je donne mes nuits à l’amant ou à l’enfant que je regarde s’endormir, je veille sur ceux qui s’offrent ainsi, qui s’abandonnent à la vulnérabilité. La nuit les dénude, livre aux regards leur corps détendu, leur visage apaisé, leur beauté calme. On ne peut vraiment dormir qu’auprès de ceux que l’on aime. Il faut cette douce confiance pour se laisser glisser sans inquiétude dans l’abîme de la nuit.
Claire Marin est professeure de philosophie, membre associé de l’ENS-Ulm et de la Chaire de philosophie à l’Hôtel Dieu. Ses recherches portent sur les épreuves de la vie. Elle a notamment consacré plusieurs essais et récits à l’analyse de la maladie (dont « Hors de moi », Allia, 128 p., 2008). Nourri de son expérience pédagogique, son dernier ouvrage, « La Relève » (Ed. du Cerf, 240 p., 18 €), retrace des parcours de réussite de la jeunesse de banlieue. Elle est aussi l’auteure de « Qu’allons-nous devenir ? La technique et l’homme de demain » (Gallimard, 62 p., 10 €).
Claire Marin participe à la Nuit de l’Amour et des Idées, organisée dans le cadre du Monde Festival du samedi 6 octobre à 22 heures au dimanche 7 octobre à 6 heures, au théâtre des Bouffes du Nord.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
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                                                Par                        Claire Marin (philosophe)













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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans sa chronique au « Monde », le professeur d’économie s’inquiète notamment de l’augmentation du taux d’endettement des sociétés françaises.
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Gilbert Cette : « La situation financière des entreprises s’est dégradée par rapport à l’avant-crise »

Dans sa chronique au « Monde », le professeur d’économie s’inquiète notamment de l’augmentation du taux d’endettement des sociétés françaises.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 10h32
    |

                            Gilbert Cette (Professeur d’économie associé à l’université d’Aix-Marseille)








                        



                                


                            
Entreprises. Le diagnostic sur la situation financière moyenne des entreprises françaises est l’objet de nombreuses idées reçues. Un billet du blog « Bloc-notes Eco » de la Banque de France (« Capacité de financement des entreprises en légère hausse depuis 10 ans », de Hadrien Camatte et Jean-François Ouvrard, 18 septembre) montre, avec d’autres récentes publications, la complexité du diagnostic.
Ce dernier est usuellement établi à partir des données de la comptabilité nationale concernant les seules sociétés non financières (SNF). Ce champ ne souffre pas de certaines des difficultés statistiques rencontrées par exemple sur celui de l’ensemble des entreprises, mais cette robustesse a comme contrepartie qu’il correspond à la moitié seulement du PIB français. On comparera ici l’année 2017 à l’année 2006, cette dernière paraissant assez représentative des deux décennies d’avant le pic de 2007, suivi du choc de la crise financière.
« De 2006 à 2017, le coût d’un salarié a en moyenne progressé dans les SNF plus fortement que la productivité »
Un premier constat est que le taux de marge, autrement dit la part des profits bruts (mesurés par l’excédent brut d’exploitation) dans la valeur ajoutée est, en 2017, inférieure d’environ 1 point de pourcentage à son niveau de 2006. Autrement dit, la part des salaires dans la valeur ajoutée a augmenté. Et cela malgré les larges transferts, comme le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) ou le « pacte de responsabilité », qui ont été déployés dans l’intervalle en faveur des entreprises.
Ce constat relativise les débats actuels sur le pouvoir d’achat salarial : de 2006 à 2017, le coût d’un salarié a en moyenne progressé dans les SNF plus fortement que la productivité… Le socle de la situation financière des SNF est ainsi dégradé par rapport à l’avant-crise, ce qui constitue une première fragilité.

Sur la même période, pourtant, le taux d’épargne des SNF, qui rapporte...




                        

                        


<article-nb="2018/10/05/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Le Prix Nobel de littérature 2010 est l’invité du Monde Festival le 6 octobre. Dans son « Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine » (Plon, 2005), il racontait son parcours avec notre journal.
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                « Le Monde », un « oiseau rare » pour l’écrivain Mario Vargas Llosa


Le Prix Nobel de littérature 2010 est l’invité du Monde Festival le 6 octobre. Dans son « Dictionnaire amoureux de l’Amérique latine » (Plon, 2005), il racontait son parcours avec notre journal.

LE MONDE
                 |                 05.10.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 09h38
                














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Pendant les six années que j’ai passées à Paris, j’ai, du lundi au samedi, religieusement lu Le Monde à trois heures de l’après-midi, dans un bistrot de mon quartier. J’avais une admiration sans borne pour ce journal, qui me semblait incarner tout ce qui avait fait de moi, depuis ma première jeunesse, un adepte convaincu de la culture française : sa vision planétaire de l’actualité, son esprit pluriel et ouvert à la controverse, le sérieux de ses analyses, son refus de la frivolité, l’importance qu’elle donnait aux idées et à la culture, et sa position favorable aux causes de gauche, sans pour autant cesser d’être critique face au communisme et à l’URSS.
C’était par ailleurs un des rares journaux, le seul peut-être dans l’Europe des années 1960, à informer sur l’Amérique latine. Les articles de Claude Julien consacrés aux problèmes latino-américains étaient, en général, rigoureux et lumineux.

        Au Monde Festival :
         

          Conversation avec Mario Vargas Llosa : l’Amérique latine, entre populisme et libéralisme



En déménageant de Paris à Londres, à la fin des années 1960, j’ai continué à lire Le Monde, mais j’étais moins enthousiaste qu’auparavant et plus critique. J’ai pris mes distances quand ce quotidien du soir a commencé à se montrer systématiquement favorable aux tendances révolutionnaires latino-américaines – guérilla ou non, même à l’encontre de gouvernements démocratiques, comme celui de Fernando Belaunde au Pérou.
Les actions insurrectionnelles des groupes castristes, en faisant chuter ce dernier, avaient ouvert les portes du pouvoir non au socialisme, mais aux dictatures militaires qui, dans les années 1970, s’étendirent à presque tout le continent. Le journal conservait un haut niveau intellectuel, mais sa ligne idéologique me semblait représenter typiquement cette position hémiplégique de tant de progressistes européens, qui défendaient pour leur pays et l’Europe un socialisme démocratique alors qu’ils préconisaient pour l’Amérique latine et le tiers-monde l’« exemple de Fidel Castro », autrement dit la révolution, selon Günter Grass.

        Lire aussi :
         

                Mario Vargas Llosa et la post-vérité, variante péruvienne



Dans les années 1970, je crois n’avoir lu Le Monde qu’exceptionnellement, lorsqu’il se passait quelque chose de grave en France. Cet éloignement me sembla particulièrement justifié au moment des présidentielles péruviennes de 1990 – où je fus candidat –, lorsque, dans les informations du prestigieux journal de mes amours juvéniles, je vis reproduites certaines des attaques et des pires calomnies forgées contre moi au Pérou par les apristes [du parti de l’APRA, fondé par Haya de la Torre au Pérou et les communistes].
Cependant, au milieu des années 1990, mon divorce secret et quelque peu traumatisant avec Le Monde devait s’achever par une réconciliation. Je découvris en effet que nos positions –sans vouloir paraître présomptueux – s’étaient considérablement rapprochées, au point d’être identiques sur certains sujets. Le quotidien attaquait la dictature castriste et d’autres tyrannies de gauche avec autant, voire plus de sévérité que les dictatures militaires de droite, et, en économie, il acceptait le marché, la libre entreprise, la globalisation, les privatisations. En d’autres termes, l’odieux libéralisme d’antan.

        Lire aussi :
         

                Pérou : le roman des années Fujimori de Mario Vargas Llosa



En politique, son engagement pour la démocratie ne concernait plus seulement le monde développé, mais aussi le tiers-monde, et son rejet des nationalismes – y compris le français – semblait assez ferme. A la bonne heure ! Je redevins lecteur du Monde et découvris parfois, non sans satisfaction, que ses pages reproduisaient même certaines de mes chroniques.
Le Monde, malgré tous ses défauts et les erreurs ou bourdes qu’il a pu commettre, est un journal magnifique, un des rares qui ait su résister à l’horrible marée du sensationnalisme et de la banalisation qui a détruit tant de ses semblables en Europe et en Amérique, au point de faire du journalisme un pur spectacle, sans idées ni principes, et parfois sans grammaire.
Ce genre de journalisme sérieux, d’analyse et de débat intellectuel, avec dans ses pages un effort quotidien pour faire passer l’actualité au crible de la raison et pour transcender ce qui est purement anecdotique, en essayant de distinguer le substantif de l’adjectif dans l’histoire qui se fait et se défait chaque jour, est devenu aujourd’hui un oiseau rare, et un des piliers les plus résistants est Le Monde. Sans lui, et pas seulement en France, l’information et la culture tout court se porteraient bien plus mal encore.
Mario Vargas Llosa
Dans le cadre du Monde festival, le Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa conversera avec notre journaliste chargé du suivi de l’Amérique latine, Paulo Paranagua. La rencontre aura lieu samedi 6 octobre 2018 au Palais Garnier, de 15 h 30 à 16 h 30.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Spécialiste de l’Antiquité, l’essayiste Donna Zuckerberg, sœur du fondateur de Facebook, publie un livre dans lequel elle s’insurge contre le détournement de son sujet par l’extrême droite américaine, au profit de thèses racistes et sexistes.
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L’extrême droite, la misogynie, et l’antiquité

Spécialiste de l’Antiquité, l’essayiste Donna Zuckerberg, sœur du fondateur de Facebook, publie un livre dans lequel elle s’insurge contre le détournement de son sujet par l’extrême droite américaine, au profit de thèses racistes et sexistes.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 10h25
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            

L’alt-right, l’extrême droite américaine, se revendique, non seulement du tribun Donald Trump, mais de Rome et de la Grèce antique. C’est le sujet du livre que publie, le 8 octobre, Donna Zuckerberg, la sœur du fondateur de Facebook (Not All Dead White Men : Classics and Misogyny in the Digital Age, Harvard University Press). Titulaire d’un doctorat d’études de l’Antiquité obtenu à Princeton (New ­Jersey), l’essayiste s’insurge contre le détournement de son sujet de prédilection au profit de thèses racistes et misogynes.
Elle s’est plongée pendant des mois dans l’univers en ligne des partisans de l’identité européenne, dont ­Identity Evropa, un groupe apparu fin 2016 sur les campus américains avec ses affiches à l’effigie d’Apollon ou de Jules César ; et surtout de leur leur alter ego misogyne, une constellation réunie sous le nom cryptique de Red Pill. La « pilule rouge » est une référence au film Matrix (1999). Ceux qui choisissent de la prendre acquièrent un degré alternatif de compréhension du monde, loin du politiquement correct imposé par l’élite. Ils ne le voient plus comme dominé par l’homme blanc, mais par les femmes. L’idée de ­suprématie du mâle blanc est, pour eux, « une illusion entretenue pour s’assurer qu’ils restent sous le joug ».
« Vision réactionnaire »
Selon l’essayiste, les adeptes de cette confrérie misogyne interprètent les auteurs antiques d’une ­manière visant à « donner du poids à leur vision réactionnaire d’une masculinité blanche idéale ». Ils utilisent Grecs et Romains pour rehausser leur crédibilité de défenseurs de la civilisation occidentale. La ­« manosphère » (un réseau de sites Web et de forums en ligne masculins), est particulièrement fascinée par Ovide, qu’elle considère comme le premier auteur à avoir écrit un manuel de la séduction. Il s’agit de L’Art d’aimer, précise Donna Zuckerberg, une œuvre qui continue de susciter la perplexité des érudits par ses « apparentes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Comme pour « Un peuple et son roi », de Pierre Schoeller, des historiens n’hésitent plus à participer à part entière au processus créatif. Ils livrent leur expérience.
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« L’historien a parfois l’impression de participer à la réalisation du film, aux côtés des auteurs »

Comme pour « Un peuple et son roi », de Pierre Schoeller, des historiens n’hésitent plus à participer à part entière au processus créatif. Ils livrent leur expérience.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 15h03
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            
L’écran prend soudain une teinte rouge ­incandescente comme le verre en fusion tout juste sorti du four de l’artisan. Un peuple et son roi montre un modeste atelier de verrerie parisien. C’est que ce film sur la Révolution française raconte la grande Histoire à hauteur d’une ruelle située dans l’ombre de la forteresse de la Bastille, et de ses habitants qui goûtent la chaleur du soleil sur leur peau quand tombent les premières pierres de la prison. Il montre leurs rêves et leurs peines, les plaisirs et les plaies inscrits dans ces corps qui s’éveillent à la citoyenneté.
Départager le vrai du faux
Avec une justesse qui ne s’invente pas : plusieurs historiens ont aidé le réalisateur Pierre Schoeller à accoucher de ce long-métrage. Au cinéma comme au théâtre, ces « conseillers historiques » existent ­depuis longtemps, qui œuvrent en coulisses à restituer la vraisemblance des situations. Ils interviennent sur des détails, ­départagent le vrai du faux, donnent leur avis sur les décors et les costumes. Mais leur rôle tend à s’élargir…
Présentée au réalisateur par des amis communs, Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS, a lu la toute première mouture du scénario : « Dans un café, Pierre m’a dit qu’il voulait faire un film sur le peuple, j’étais ravie ! On s’est revus, je ­répondais à ses questions et lui donnais des conseils de lecture. Quand j’ai lu la première version de son scénario, je l’ai trouvée bien faite sauf que ce n’était pas un film sur le peuple mais sur… le roi ! », se souvient-elle. Deux longues matinées durant, ils échangent à bâtons rompus. « J’avais peur de le chahuter, de casser un lien agréable, mais mes inquiétudes n’étaient pas fondées. Pierre Schoeller a repris son texte en prenant plus de distance par rapport à l’historiographie conventionnelle et en cherchant à voir comment incarner le peuple. » Sur ses conseils, il a ainsi réduit le nombre de plans-séquences sur les assemblées de la Constituante...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Coauteure du texte défendant la « liberté d’importuner » publiée dans « Le Monde » en janvier 2018, l’essayiste déplore, dans une tribune au « Monde », que le discours dominant aujourd’hui considère les violences sexuelles comme un sujet trop sensible pour être discuté.
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Peggy Sastre : #metoo, « une libération de la parole accaparée par un féminisme aux allures de religion »

Coauteure du texte défendant la « liberté d’importuner » publiée dans « Le Monde » en janvier 2018, l’essayiste déplore, dans une tribune au « Monde », que le discours dominant aujourd’hui considère les violences sexuelles comme un sujet trop sensible pour être discuté.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 07h58
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 10h02
    |

Peggy Sastre (Journaliste)







                        



                                


                            

Tribune. En général, ces gens-là s’avancent vers moi la tête rentrée dans les épaules. Ils baissent les yeux et la voix, regardent alentour comme pour vérifier que personne ne les surveille et m’avouent tous à peu près la même chose : « Je suis d’accord avec vous, mais je ne peux pas le dire ». Biais d’échantillonnage oblige, ces individus font surtout partie de l’intelligentsia.
A priori, ils seraient donc non seulement capables de déployer une parole publique, mais aussi de le faire en prenant un maximum de liberté et un minimum de risques. Sauf que non, ils pètent de trouille et réfléchissent à deux fois avant d’exprimer ce qu’ils pensent. Quitte à se taire ou à travestir leurs opinions pour ne pas s’attirer les foudres de tel agent de la police des idées patrouillant dans leur quotidien.

Je ne peux pas leur en vouloir. Ma parole étant elle aussi publique depuis une petite quinzaine d’années, j’ai eu tout le temps de m’habituer au caractère souvent clivant de mes propos. Mais je sais aussi que la véhémence de mes « contradicteurs » a considérablement augmenté.
De fait, je viens de passer ces derniers mois à essuyer des menaces de mort, de viol ou à constater que certains de mes « adversaires » estimaient fair-play de tenter de me faire perdre l’un ou l’autre de mes moyens de subsistance. Un sort que je partage avec bien des rédactrices et signataires de la tribune « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » publiée dans Le Monde le 9 janvier. Soit une double logique de la punition et de l’intimidation à même de salement vous refroidir si jamais vous envisagiez de révéler au grand jour combien les immondes fragments de mon jus de crâne barbotant dans ce texte ont réussi à vous contaminer.
Délit d’opinion
Visez un peu le crime ! En pleine « libération de la parole », nous voulions ouvrir un débat et ne pas laisser le monopole de la lutte contre les...




                        

                        


<article-nb="2018/10/05/19-19">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Pour l’essayiste, qui enseigne la littérature aux Etats-Unis, le mouvement né dans les suites de l’affaire Weinstein permet d’inventer un nouveau féminisme.
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Laure Murat : « #metoo est la première remise en cause sérieuse du patriarcat »

Pour l’essayiste, qui enseigne la littérature aux Etats-Unis, le mouvement né dans les suites de l’affaire Weinstein permet d’inventer un nouveau féminisme.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 07h58
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 09h51
    |

            Christine Rousseau








                        



                                


                            

Essayiste, auteure d’une demi-douzaine d’ouvrages, dont La Maison du docteur Blanche (JC Lattès, 2001) ou encore L’Homme qui se prenait pour Napoléon (Gallimard, prix Femina 2011), Laure Murat partage sa vie entre la France et les Etats-Unis, où elle enseigne la littérature à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). Une position privilégiée qui lui a permis d’observer de part et d’autre de l’Atlantique le mouvement #metoo, auquel elle a consacré un ouvrage, Une révolution sexuelle ? Réflexions sur l’après-Weinstein (Stock, 176 p., 17,50 €).
Diriez-vous que votre livre est avant tout une invitation à débattre enfin de #metoo ?
Oui, en ce sens où mon projet entend faire une mise au point dans une perspective historique et lancer quelques pistes de réflexions et de discussion. Je m’étonne d’ailleurs de la faiblesse du débat en France, où les médias se focalisent en priorité sur les supposées « dérives » du mouvement #metoo, ses « ambiguïtés », sur le « puritanisme américain » qui menacerait le pays de la « galanterie ».

Ces clichés, ressassés par des polémistes issus de l’extrême droite catholique sédimentés pas la Manif pour tous, évitent de parler du cœur du problème : l’abus de pouvoir, dans toutes les couches de la société. Outre que les médias entendent « faire le buzz » en caricaturant le problème et en le réduisant à une « guerre des sexes », il faut prendre en compte que nous absorbons à peine le choc provoqué par ce mouvement.
Un choc qui continue de produire ses effets, comme on a pu le constater dernièrement avec le mouvement de grève inédit des employées de McDonald’s aux Etats-Unis contre le harcèlement sexuel ou l’affaire du juge Kavanaugh, dont la nomination à la Cour suprême a été suspendue après les accusations de violences sexuelles portées à son encontre par deux femmes. #metoo a rebattu les cartes. Désormais,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/05/19-20">
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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Pour l’essayiste Alain Lefebvre, le président de la République est en train de manquer une occasion historique de s’inspirer des social-démocraties nordiques.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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« Il est temps pour Emmanuel Macron de revenir à son programme de campagne »

Pour l’essayiste Alain Lefebvre, le président de la République est en train de manquer une occasion historique de s’inspirer des social-démocraties nordiques.



LE MONDE
 |    05.10.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
05.10.2018 à 09h46
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Alain Lefebvre (Essayiste)







                        



                                


                            
Tribune. Démission en septembre de la ministre des sports Laura Flessel, puis du ministre de l’environnement Nicolas Hulot, et plus récemment du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, fragilité de la ministre du travail Muriel Pénicaud, minée par l’affaire Business France, et de la ministre de la culture Françoise Nyssen, critiquée pour des travaux illégaux dans des bâtiments de son entreprise…
Nous sommes bien loin des débuts de la présidence Macron et de sa volonté de mettre un terme aux pratiques de l’ancien monde. Pourtant, en juin 2017, les départs de Richard Ferrand, de Sylvie Goulard, de François Bayrou et de Marielle de Sarnez du gouvernement sur de simples soupçons de scandales politico-financiers, avant toute mise en examen, avaient laissé penser que tout allait changer. Mais avec l’affaire Benalla, en juillet, le président et son entourage ont aussi montré que la transparence n’était pas leur fort…

Les Français sont seulement spectateurs de ce naufrage. Ils avaient attentivement écouté Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle : au premier tour, 24 % des électeurs avaient apprécié des propositions équilibrées et un discours nouveau inspirés, il l’a souvent dit, par les social-démocraties nordiques.
Les autres ont suivi au second tour, pour éviter le Front national, mais aussi pour donner une chance à une autre politique. Cela explique que le vote des ordonnances modifiant le code du travail ou la réforme de la SNCF n’aient pas réellement soulevé de tollé. Nous attendions de voir la France politique changer. Malheureusement, Emmanuel Macron est en train de manquer une occasion historique et on ne peut qu’espérer qu’il va se reprendre.
Picorage
En effet, les Français ont évolué plus vite que la classe politique : lorsque le gouvernement voulait moraliser la politique, il aurait pu suivre la presse et l’opinion publique et imposer aux institutions et élus de tous niveaux une transparence à la suédoise,...




                        

                        

