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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Lancé en 2013 par la Marocaine Touria El-Glaoui, le salon dédié aux artistes du continent rassemble cette année quarante-trois galeries.
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Critique

L’Afrique à la Foire 1:54 de Londres : « Ailleurs on voit des produits, ici on voit des œuvres »

Lancé en 2013 par la Marocaine Touria El-Glaoui, le salon dédié aux artistes du continent rassemble cette année quarante-trois galeries.

Par                                            Roxana Azimi (contributrice Le Monde Afrique)




LE MONDE
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        Le 04.10.2018 à 17h14

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        Mis à jour le 04.10.2018 à 17h16






    
Oeuvres du Britannique d’origine ghanéenne Larry Achiampong, où les visages du Christ sont recouverts de faces noires schématisées.
Crédits : DR


Dédiée aux artistes du continent africain, la Foire 1:54, qui a ouvert ses portes mercredi 3 octobre à Londres, n’aurait pu espérer un meilleur alignement des planètes. Les artistes africains-américains, ainsi que leurs confrères sud-africains, ont le vent en poupe. On les retrouve en ville dans des galeries puissantes comme David Zwirner et Marian Goodman, mais aussi sur la foire Frieze.

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Profitant d’une vogue à laquelle elle a incidemment contribué, 1:54 s’est donc renforcée. S’il alignait à peine dix-sept galeries en 2013, l’événement lancé par la Marocaine Touria El-Glaoui en rallie quarante-trois cette année. Signe de son aura grandissante, il a attiré des enseignes plus habituées aux salons de première division comme la Parisienne Nathalie Obadia, à l’affiche avec un solo show de l’Egyptien Youssef Nabil et un projet du Guinéen Nu Barreto.
La présence de grands conservateurs
Malgré le risque financier que représente le déplacement londonien, les galeries africaines se font un devoir d’être là. « Lorsque nous avions signé pour la Foire, le rand n’avait pas autant dégringolé, soupire Ashleigh McLean, directrice de la galerie sud-africaine Whatiftheworld. Mais on est revenu car 1:54 nous a été très profitable en 2017. » La galeriste tunisienne Aicha Gorgi abonde : « Je vis dans un petit pays étouffant, où il y a peu de ventes et peu de gens pour voir nos artistes. On doit absolument sortir ! »

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                « Le boom de l’art africain n’a que peu d’intérêt si les Africains eux-mêmes ne l’achètent pas »



Le bouche-à-oreille positif est désormais tel que, dès le prévernissage mardi, de grands conservateurs, tel Ralph Rugoff, commissaire de la prochaine édition de la Biennale de Venise, déambulaient consciencieusement dans les allées. Quant aux collectionneurs d’art contemporain, échaudés par les œuvres parfois creuses et souvent chères présentées au même moment sur Frieze, ils répètent en boucle : « Ailleurs on voit des produits, ici on voit des œuvres. »
Et plus encore des raretés, comme les peintures chamaniques de l’artiste haïtien Robert Saint-Brice, datées des années 1950-1960, présentées par The Gallery of Everything, ou les sculptures de Bodys Isek Kingelez chez Magnin. Surtout, on découvre ici de très jeunes artistes d’une maturité saisissante.
Goût de la satire
Par qui commencer ? A n’en pas douter par la Sud-Africaine Lebohang Kganye, représentée par la galerie Afronova. A 27 ans, elle enchaîne les récompenses depuis les Rencontres de Bamako en 2015. Vu l’attention prononcée de Ralph Rugoff pour son travail, il ne serait pas étonnant de la retrouver à la Biennale de Venise en 2019. Dans sa série la plus connue, la jeune femme introduit sa propre silhouette dans les photos de jeunesse de sa mère, reprenant à des années d’écart les mêmes poses et vêtements. Le résultat troublant traduit une filiation qui se cherche, une histoire qui bégaye.
Non moins prometteur, l’artiste ougandais Ian Mwesiga, 29, ans, offre une version contemporaine noire du mythe d’Adam et Eve. Et, détail savoureux, la fameuse pomme de la discorde est cette fois croquée par l’homme. Le Britannique d’origine ghanéenne Larry Achiampong, 34 ans, montré par la galerie Copperfield, s’attaque aussi à l’évangélisation forcée de l’Afrique. « Pourquoi Jésus devrait-il être forcément blanc ? », semble-t-il demander dans cette œuvre où les différents visages du Christ sont recouverts de faces noires schématisées. Il appose aussi ces têtes rondes traitées façon black face sur les portraits de sa famille, rappel grinçant d’un racisme encore tenace. Même goût de la satire dans les planches de BD d’Anton Kannemeyer qui, par le biais d’une imagerie inspirée de Tintin au Congo, dénonce les relents ségrégationnistes de la société sud-africaine.

    
« Adam of Genesis », de l’artiste ougandais Ian Mwesiga.
Crédits : DR



    
« Eve of Genesis », de l’artiste ougandais Ian Mwesiga.
Crédits : DR


Mais justement, une foire centrée sur le continent africain ne ghettoïse-elle pas des artistes qui n’attendent qu’une chose, être mêlés aux créateurs du monde entier ? Pour les galeries participantes, cette spécificité semble encore nécessaire. « On n’a encore gratté que la surface de ce qu’est la création en Afrique », assure Rakeb Sile, directrice de la galerie éthiopienne Addis Fine Art. « Le focus est important, car il nous amène des visiteurs concentrés, qui savent pourquoi ils sont là », renchérit Tobey Clark, de la Vigo gallery, qui présente l’œuvre la plus chère du salon, un triptyque du Soudanais Ibrahim El-Salahi pour un million de dollars.
Un niveau de prix rare quand la majorité des œuvres exposées valent moins de 10 000 dollars (8 681 euros). « C’est un moment intéressant pour les collectionneurs qui ont l’œil, poursuit Rakeb Sile. Les artistes africains sont encore sous-cotés mais ça ne va pas durer ! » Il suffit de voir les record engrangés par les artistes africains-américains pour s’en convaincre.
Foire 1:54, jusqu’au 7 octobre, Somerset House, Londres www.1-54.com


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le documentaire retrace l’histoire de l’établissement bancaire, devenu une institution puissante et internationale depuis sa privatisation en 1993.
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« BNP Paribas, dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne » : un système décortiqué

Le documentaire retrace l’histoire de l’établissement bancaire, devenu une institution puissante et internationale depuis sa privatisation en 1993.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 17h00
    |

                            Véronique Chocron








                        



   


France 3, jeudi 4 octobre à 23 h 35, documentaire
C’est une fresque implacable. Elle raconte un demi-siècle de l’histoire de la BNP, une banque française spécialisée, dans les années 1960, dans le financement des PME et la bancarisation des ménages. Un établissement sans histoires devenu au fil d’acquisitions successives une institution financière d’envergure internationale très puissante en s’affranchissant parfois des règles et en jouant de son influence auprès des plus hautes sphères du pouvoir.
Dans ce portrait sans concession, le journaliste économique Xavier Harel (ancien de La Tribune, spécialiste de la finance internationale) et le réalisateur Thomas Lafarge s’appuient sur les témoignages d’anciens de la banque, d’économistes ou de personnalités politiques pour décrire la stratégie de BNP Paribas pour asseoir son pouvoir.
Tout commence par la privatisation de la BNP en 1993 et l’arrivée à sa tête de Michel Pébereau, le « parrain du capitalisme français », dont l’ambition est de transformer l’établissement français en géant européen. La première étape de cette ascension passera par l’acquisition de Paribas. C’est la rencontre de deux univers, celle d’une banque de dépôts populaire et de « la Rolls-Royce de la banque d’affaires », qui carbure aux bonus.
Changement de culture
Le groupe nouvellement créé change de culture. Il entend profiter des prometteuses années 2000, de la croissance, des marchés et de l’explosion d’Internet dans un environnement peu régulé, jusqu’à l’effondrement de Lehman Brothers. Alors que BNP Paribas sort de la crise financière de 2008 plus puissante que jamais, le film fait le choix de s’intéresser non pas à la success story, mais aux zones d’ombres de cette insolente réussite.
Lors du règlement de la crise financière, Michel Pébereau a eu l’oreille du président Nicolas Sarkozy. Et lorsque François Hollande veut remettre les banques au pas en séparant leurs activités spéculatives, la montagne accouche d’une souris. Les journalistes décryptent la porosité entre l’élite bancaire et son ministère de tutelle, alors que les institutions financières, et particulièrement BNP Paribas, aiment à recruter leurs cadres dirigeants dans la haute fonction publique, les énarques inspecteurs des finances en tête.
Quelle que soit la majorité en place, la banque possède des relais dans les rouages du pouvoir. « Quand les intérêts bancaires sont menacés, le réseau [des inspecteurs des finances] se met en marche et il bloque tout », témoigne l’ancien ministre de l’économie Arnaud Montebourg.
Un « fief à l’intérieur du groupe »
Le film revient également sur les ennuis judiciaires outre-Atlantique de l’antenne genevoise de BNP Paribas, ce « fief à l’intérieur du groupe », sur fond d’évasion fiscale. Il s’attarde surtout sur la violation par la banque des embargos américains sur Cuba, l’Iran et le Soudan, en proie à la guerre. La banque ne prend d’abord pas l’affaire au sérieux. « Au cours de l’enquête, BNP Paribas ne s’est pas révélée très coopérative, beaucoup moins que d’autres banques », se souvient le procureur en chef de la division des enquêtes financières, Adam Kaufmann. L’épisode se traduira une amende de près de 9 milliards de dollars (7,8 milliards d’euros) infligée au fleuron bancaire français par les autorités américaines.
Pour les Français qui ne connaissaient de BNP Paribas que l’agence bancaire du coin de la rue, ce film offre une plongée inédite dans les rouages d’une banque qui a toujours cultivé, avec le plus grand soin, le secret de ses affaires.
BNP Paribas, dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne, de Thomas Lafarge et Xavier Harel (France, 2018, 90 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Ernest et Bart, stars de « 1, rue Sésame », ont fait, par la voix de leur scénariste, leur récent coming out. Ils ne sont pas les seuls personnages de fiction auxquels fans ou contempteurs ont prêté une orientation homosexuelle…
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Des héros de fiction estampillés LGBT 
               


LE MONDE
 |
                  04.10.2018 à 15h02


Ernest et Bart, stars de « 1, rue Sésame », ont fait, par la voix de leur scénariste, leur récent coming out. Ils ne sont pas les seuls personnages de fiction auxquels fans ou contempteurs ont prêté une orientation homosexuelle…

Par                             Valérie Lépine





Le 16 septembre, l’un des scénaristes de « 1, rue Sésame » a affirmé que Bart et Ernest formaient un « couple aimant ». Il a ajouté que lorsqu’il écrivait les dialogues, il concevait les deux personnages comme un couple gay ressemblant en l’occurrence à lui-même et à son compagnon, décédé en 2003.
 2018 : Ernest et Bart sortis du placard

   


Le 16 septembre, Mark Saltzman, scénariste de la série 1, rue Sésame, a déclaré au site LGBT Queerty que Bart et Ernest, deux célibataires faisant chambre commune, étaient inspirés du couple qu’il formait avec son ex-compagnon. Enfin !, a applaudi la communauté gay. Même si la direction du programme a aussitôt corrigé : les deux marionnettes ont été créées pour être des « meilleurs amis ». Des amis dont le cas faisait déjà débat. En 2011, à Dublin, Gareth Lee, un militant LGBT, avait commandé un gâteau orné de l’effigie des deux personnages accompagné du slogan « Soutenez le mariage gay ». Devant le refus de la pâtisserie d’honorer la commande qui « heurtait leur sentiment religieux », il a porté plainte pour discrimination. Le boulanger a été condamné. La même année, une pétition réclamait le mariage de Bart et Ernest…

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                Du rififi sur « Sesame Street » : Ernest et Bert sont-ils des icônes gays ?



2009 : Tintin amoureux du capitaine Haddock

   


L’allure androgyne du reporter, sa vie amoureuse inexistante, son fox-terrier, ses rares contacts avec des femmes et le silence sur ses origines alimentent depuis longtemps la rumeur de son homosexualité. Une certitude pour le journaliste anglais Matthew Parris, qui écrivait en 2009 dans le Times : « Bien sûr que Tintin est gay, demandez à Milou », prêtant au blondinet une relation inassouvie avec… le capitaine Haddock.
2002 : Bob l’éponge jugé trop gay

   


L’émotive éponge aurait « quelque chose » qui séduit les homosexuels, avançait le Wall Street Journal en 2002, ajoutant que 22 % des téléspectateurs de ce dessin animé étaient des adultes. De là à ce qu’on l’accuse de « promouvoir l’homosexualité », il n’y a qu’un pas, franchi par des évangélistes américains en 2005, puis par l’Ukraine, qui, en 2012, voyait dans le cartoon préféré d’Obama une « menace » pour les enfants.
 1999 : Tinky Winky, homosexuel à 3 ans

   


L’identité sexuelle du Télétubbie violet Tinky Winky fait débat depuis la création du programme pour tout-petits en 1997. En 1999, dans le New York Times, le télévangéliste américain Jerry Falwell affirmait que sa couleur, son antenne triangle et son sac à main rouge sont des preuves de son homosexualité. Il « est censé avoir 3 ans », a alors répondu à cette « question très idiote » Simon S. Barnes, l’acteur qui l’incarnait.
 1954 : Batman et Robin en super éros

   


Il y a « un homo-érotisme récurrent » dans la relation du justicier né en 1939 et de son équipier Robin, assure en 1954 le psychiatre américain Fredric Wertham, en croisade contre l’immoralité dans les comics. Une image surtout l’en convainc : les deux héros se réveillant, en pyjama, dans le même lit. Les scénaristes ont eu beau multiplier les Robin, créer des personnages féminins, la rumeur court toujours.
1954 : Wonder Woman, trop forte

   


En 1941, un psychologue en quête d’un modèle de femme indépendante et forte pour les petites filles crée Diana, « la force d’un Superman et l’allure d’une femme magnifique ». Short, bottes, lasso, elle vit sur une île peuplée d’amazones, ce qui lui vaut d’être accusée de lesbianisme par le même psychiatre qui pointait l’homosexualité de Batman dans son livre Seduction of the Innocent. Si la série télévisée avec Lynda Carter diffusée en 1975 et 1979 contribue à l’ériger en icône gay, pour les fans de comics, pas de doute, elle est bisexuelle.




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La saison 2 de la série danoise est celle de la confusion des rôles et des responsabilités.
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« Les Héritiers » : une fresque familiale post-soixante-huitarde

La saison 2 de la série danoise est celle de la confusion des rôles et des responsabilités.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 15h00
    |

                            Martine Delahaye








                        



   


Arte, jeudi 4 octobre à 20 h 55, série
Pour créer Les Héritiers, la Danoise Maya Ilsoe est partie d’un postulat : « On ne connaît sa famille que le jour où l’on doit se partager un héritage ». Ce qui l’avait amenée à ouvrir la saison 1 sur une mort et une révélation.
Peu de temps avant qu’elle ne décède d’un cancer, l’artiste plasticienne internationalement connue Veronika Gronnegaard avait appris à Signe, une jeune femme de la ville toute proche, qu’elle en était la véritable mère, et qu’elle lui léguait, à elle l’inconnue de la famille, le grand domaine où elle avait vécu avec ses maris et ses trois autres enfants. Signe découvrait donc qu’elle avait été adoptée toute petite, et qu’en plus d’un domaine, elle héritait de deux demi-frères et d’une demi-sœur.
Héritage affectif
La deuxième saison, qui poursuit sa radiographie de la petite communauté que forme la famille Gronnegaard, voit certains de ses membres aux prises avec des penchants étonnamment autodestructeurs. Un an s’est écoulé depuis la mort de l’artiste Veronika Gronnegaard, et sa fille Signe s’efforce de faire du domaine qui lui a été légué un lieu de vie ouvert à tous : ses demi-sœurs et frères, l’ex-mari de sa mère, le libertaire Thomas qui a installé un mobile-home dans le parc, le bébé de Thomas et les compagnes de ce dernier, etc.
Couples recomposés, unions libres, individualisme contre vie en collectivité : que font ces enfants de soixante-huitards de l’aspiration à la liberté transmise par leurs parents ? Que recouvre le mot « famille », sans la force d’airain des modèles traditionnels ? De quoi est faite cette ténue mais tenace résistance qui entraîne chacun, au final, à maintenir les liens familiaux ? Cette saison 2 se veut à la fois celle de la confusion des rôles et des responsabilités chez les Gronnegaard, mais aussi celle de la prise de conscience que leur héritage, loin de la seule matérialité qui les occupe, est avant tout affectif, à l’origine de leur vitalité et de l’attention qu’ils se portent entre eux.
Une troisième saison a d’ores et déjà été diffusée au Danemark, Maya Ilsoe ayant d’emblée conçu Les Héritiers comme une trilogie sur la génération danoise post-68.
Les Héritiers (Arvingerne), saison 2, série créée par Maya Ilsoe. Avec Trine Dyrholm, Marie Bach Hansen, Jesper Christensen (Danemark, 2015, 7 × 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Un scandale sexuel impliquant l’époux d’une académicienne suédoise a abouti à l’annulation du prix pour la première fois en plus de 50 ans.
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Prix Nobel de littérature : pourquoi il n’y en aura pas en 2018

Un scandale sexuel impliquant l’époux d’une académicienne suédoise a abouti à l’annulation du prix pour la première fois en plus de 50 ans.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 13h01
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 14h46
   





                        



   


Après le Nobel de chimie, mercredi, et avant le Nobel de la paix, vendredi, c’est aujourd’hui, jeudi 4 octobre, qu’aurait dû, comme chaque année, être décerné le prix Nobel de littérature. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, il n’en sera rien. L’écrivain britannique Kazuo Ishiguro restera le dernier récipiendaire en date jusqu’à l’année prochaine. Le scandale impliquant le Français Jean-Claude Arnault, 72 ans, époux de la poétesse et académicienne suédoise Katarina Frostenson, installé en Suède depuis les années 1970, a conduit l’académie suédoise à reporter la récompense à l’année prochaine en raison d’une « crise de confiance ».
En plein mouvement #metoo, dix-huit femmes avaient accusé Jean-Claude Arnault de viol et d’agression sexuelle perpétrés entre 1996 et 2017, dans un article publié dans le grand quotidien suédois Dagens Nyheter le 21 novembre 2017. M. Arnault a été condamné lundi à deux ans de prison par un tribunal de Stockholm, à la suite de la plainte d’une de ses victimes.
Cette figure de la scène culturelle stockholmoise est également soupçonnée de conflits d’intérêts. Jean-Claude Arnault, un homme au passé nébuleux, réputé fantasque mais longtemps intouchable, aurait en effet accaparé l’appartement parisien de l’académie suédoise et recevait d’elle de généreuses subventions pour le centre culturel qu’il a créé à Stockholm.

        Le point sur les prix :
         

          Qui sont les lauréats des prix Nobel 2018 et qu’ont-ils accompli ?



Un prix alternatif plus inclusif
Les révélations du journal suédois ont conduit dix-huit membres de l’académie à abandonner leur fauteuil, après avoir nié dans un premier temps avoir connaissance des agissements du Français. Le quorum de douze membres n’étant pas atteint, et la crédibilité de l’institution étant largement entamée, le Nobel de littérature 2018 ne sera décerné qu’en 2019, en même temps que la désignation du lauréat de l’année prochaine.
Pour pallier l’absence de ce grand rendez-vous littéraire, la journaliste et écrivaine Alexandra Pascalidou a fondé une organisation baptisée « La Nouvelle Académie », chargée de décerner un prix alternatif, plus démocratique et inclusif. En consultant d’abord les libraires suédois, elle a établi une liste d’écrivains parmi lesquels le public était invité à désigner en ligne des finalistes. Quatre écrivains et écrivaines ont été retenus : la romancière guadeloupéenne Maryse Condé, le Britannique Neil Gaiman, la Vietnamienne Kim Thùy et le Japonais Haruki Murakami qui, soucieux de ne pas s’exposer, a préféré décliner la nomination. Le prix sera décerné à l’un d’entre eux le 12 octobre.
L’hebdomadaire L’Obs a, lui, demandé à trois anciens lauréats du prix, l’Autrichienne Elfriede Jelinek, l’Américaine Toni Morrison et le Français Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui aurait mérité le Nobel cette année. Parmi leurs lauréats, le Coréen Ko Un, la Libanaise Vénus Khoury-Ghata, l’Américain Ta-Nehisi Coates ou encore l’Américain Thomas Pynchon. Il faudra attendre encore un an pour savoir si l’un d’entre eux aura aussi été le coup de cœur de l’académie suédoise.

        Le récit :
         

          Prix Nobel : l’Académie suédoise en plein soap opera






                            


                        

                        


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LE MONDE
 |    04.10.2018 à 12h12
   





                        



                                


                            

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Octobre 1964, un concert inoubliable avec une interprétation époustouflante ! Dès le premier soir, Jacques Brel envoûte littéralement les 2 000 spectateurs réunis dans la salle du boulevard des Capucines. Devant ce public médusé, l’artiste enchaîne sans le moindre temps mort quinze titres tous plus forts et intenses les uns que les autres, dont le classique Amsterdam. Pénétrons dans les coulisses de ce concert et l’histoire de ce succès auquel Brel lui-même ne croyait pas.
> En kiosque jeudi 18 octobre, 6,99€

Livre-CD n° 3. « Daniel Balavoine, Olympia 1981 »
Daniel Balavoine est sans conteste l’un des symboles de la variété française des années 1980. Véritable porte-parole de toute une jeunesse, il a laissé de nombreux tubes : Le Chanteur, Je ne suis pas un héros, Lady Marlène, Quand on arrive en ville… Mars 1981, à l’Olympia, devant un public chauffé à blanc, Daniel Balavoine entre en scène en ombre chinoise puis entonne avec sa...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ « Kler », de Wojcieh Smarzowski, aborde notamment la question de la pédophilie des prêtres.
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Un film dénonçant les péchés de l’Eglise crée un électrochoc en Pologne

« Kler », de Wojcieh Smarzowski, aborde notamment la question de la pédophilie des prêtres.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 10h58
    |

                            Jakub Iwaniuk (Varsovie, correspondance)








                        



   


Avec un million de spectateurs dès le week-end de lancement, le film Kler (« clergé »), du réalisateur Wojciech Smarzowski, sorti le vendredi 28 septembre en Pologne, s’annonce déjà comme le plus grand succès commercial de tous les temps dans le pays. Dans le dernier bastion catholique d’Europe, le film, qui se veut le miroir de l’hypocrisie de l’Eglise polonaise face, notamment, aux scandales de pédophilie, est en passe de devenir un véritable phénomène de société. Les études d’opinion indiquent que deux tiers des Polonais ont l’intention d’aller voir le film.
Pour la chrétienté polonaise, c’est un électrochoc. L’Eglise catholique est omniprésente dans l’espace public, bénéficie de nombreux privilèges et joue un rôle politique prépondérant. Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti ultraconservateur au pouvoir (Droit et justice, PiS), est allé jusqu’à dire que « chaque coup porté contre l’Eglise est un coup porté contre la Pologne ». Le jeu d’instrumentalisation entre les pouvoirs sacré et profane est réciproque et permanent.

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La religion est enseignée à l’école, sans que l’Etat n’ait de droit de regard sur les programmes. La législation encadrant l’avortement est parmi les plus restrictives d’Europe, et le blasphème – l’« offense au sentiment religieux » – puni par la loi. En outre, les scandales de pédophilie sont récurrents, même si leur nombre paraît sans cesse minimisé. La cour d’appel de Poznan vient de condamner, mardi 2 octobre, une congrégation religieuse, jugée responsable des actes de pédophilie d’un de ses membres.
Style trash
Le succès de Kler s’explique avant tout par le fait que c’est une œuvre sur les coulisses d’une institution, dont bien des Polonais, même croyants, ont du mal à accepter la toute-puissance. Si le réalisateur prétend vouloir montrer ce qui se passe « de l’autre côté de l’autel », le film met paradoxalement à l’écran ce qu’une large partie de la population pense tout bas : l’avidité, les abus de pouvoir du clergé, la corruption, une pédophilie endémique.
« Lors d’une avant-première réservée à des prêtres, ces derniers mettaient des noms sur chacun des personnages de fiction présentés en les montrant du doigt », Wojciech Smarzowski, réalisateur
L’œuvre raconte l’histoire de trois amis prêtres représentatifs des 33 000 curés que compte le pays : l’un est un curé influent dans une ville de taille moyenne, le second évolue dans la haute hiérarchie et ambitionne une carrière à Rome, le troisième officie dans un petit village pauvre de province. L’un d’entre eux est accusé à tort de pédophilie alors que le second use de son pouvoir et de son influence pour masquer ses crimes. L’un comme l’autre ont été victimes ou témoin de tels actes dans leur enfance. La scène phare montre l’archevêque et ses proches conseillers se réjouir avec force applaudissements quand, à la lecture des journaux, à l’aube, ils constatent que le scandale touchant leur confrère est bien étouffé.
Dans un style trash, Wojciech Smarzowski décide de présenter au spectateur tous les péchés de l’Eglise polonaise. On peut ainsi voir un condensé du pire : un archevêque ultracorrompu au vocabulaire peu catholique, des prélats roulant en Bentley ou en Mercedes dernier cri, un prêtre vivant en couple, demandant à sa compagne d’avorter de son deuxième enfant, des enveloppes et sacs en plastique remplis de liasses de billets, des appels d’offres truqués, des hommes politiques et d’affaires au chevet de la hiérarchie ecclésiastique.
Minutieuse consultation

   


Le scénario a fait l’objet d’une minutieuse consultation avec d’anciens et actuels membres de l’Eglise, attestant de la véracité de l’atmosphère et des anecdotes relatées. « Lors d’une avant-première réservée à des prêtres, ces derniers mettaient des noms sur chacun des personnages de fiction présentés en les montrant du doigt : “Ça, c’est untel, et lui, c’est untel”, relate le réalisateur, ça m’a surpris. » Mais il se garde bien de tout manichéisme, dévoilant au long du film des histoires humaines complexes.

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La force du film est avant tout de désacraliser l’institution et les hommes qui la composent. Le réalisateur met ainsi la lumière sur un certain nombre de phénomènes peu connus, comme celui de l’alcoolisme chez les prêtres, ou celui d’une homosexualité fortement répandue. Le film, qui se garde bien de critiquer la foi ou la spiritualité, questionne le rapport des Polonais à l’institution : en se rendant à la messe dominicale, qui réunit chaque semaine 42 % de la population, ne cautionnent-ils pas ce que le réalisateur qualifie d’« hypocrisie généralisée » ? Compte tenu du succès du film, tout indique que le débat sur les « maladies de l’Eglise » ne fait que commencer.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ L’ancien directeur de l’Olympia et neveu de Bruno Coquatrix évoque l’histoire de la mythique salle de music-hall parisienne qui a vu défiler les plus grands artistes.
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L’Olympia, « une histoire de famille » : les souvenirs de son ancien directeur Jean-Michel Boris

L’ancien directeur de l’Olympia et neveu de Bruno Coquatrix évoque l’histoire de la mythique salle de music-hall parisienne qui a vu défiler les plus grands artistes.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 10h37
    |

            Véronique Mortaigne








                        



                                


                            

Epicentre du music-hall, un art inventé en France, la salle du boulevard des Capucines est devenue mythique à travers le monde, parce qu’elle a consacré des carrières, tandis qu’elle en forgeait d’autres. En cent dix ans d’une existence turbulente, l’Olympia a imprimé dans ses murs les désirs et les colères de vedettes absolues, les bizarreries de magiciens louches et de fakirs mystérieux, la camaraderie gouailleuse de ses hommes de main, costumiers, machinistes, régisseurs… Jean-Michel Boris y a passé ­quarante-six ans, aux côtés de la famille ­Coquatrix, qui est aussi la sienne.
L’Olympia, est-ce une histoire de famille ?
J’ai la sensation que oui. Jusqu’à sa mort en 1979, j’ai été aux côtés de Bruno Coquatrix, qui était marié à ma tante, Paulette. Puis j’ai pris la direction de la salle jusqu’en 2002, date à laquelle ­Vivendi Universal en est devenu propriétaire. Cette histoire débute en 1954. J’ai 21 ans, je suis en vacances à Paris. Je n’avais rencontré Bruno Coquatrix qu’une seule fois auparavant, à Bordeaux, alors qu’il travaillait avec Ray ­Ventura et ses Collégiens. Mais, cet été-là, Bruno, qui a repris l’Olympia en février, me persuade de travailler avec lui. Il me donne un bleu de travail et me confie au régisseur, Roger Pradines, futur réalisateur. Depuis, j’ai vécu des moments ­exceptionnels dans ce lieu. Et je suis à ­jamais un fidèle de Bruno.
« N’oublions pas que Bruno Coquatrix était aussi un artiste, un auteur-compositeur. Avant de reprendre l’Olympia, il avait composé une dizaine d’opérettes, et près de trois cents chansons »
N’oublions pas que Bruno Coquatrix était aussi un artiste, un auteur-compositeur. Avant de reprendre l’Olympia, il avait composé une dizaine d’opérettes, et près de trois cents chansons, dont des classiques comme Clopin-clopant, qui fut interprété par Yves Montand, Henri Salvador, Juliette Gréco et Pierre Dudan, qui en avait écrit les paroles. Il fut aussi imprésario. En 1954,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Revivez l’émotion des concerts mythiques de l’Olympia dans une collection de livres-CD à retrouver en kiosques tous les 15 jours.
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La voix de nos maîtres

Revivez l’émotion des concerts mythiques de l’Olympia dans une collection de livres-CD à retrouver en kiosques tous les 15 jours.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 12h14
    |

            Guillaume Fraissard








                        



                                


                            


Patrick Fiori, Moha La Squale, Jorja Smith, Renaud Capuçon… Dans les semaines à venir, ces noms s’afficheront en lettres de néon rouge sur la façade du 28, boulevard des Capucines, à Paris. Comme tant d’autres avant eux, ces ­artistes, dont certains pour la toute ­première fois, fouleront les planches de la célèbre salle de music-hall du 9e arrondissement, ce lieu unique qui depuis 110 ans – avec intermèdes – accueille ­vedettes établies, stars en quête de ­retour et jeunes talents.
« Il n’y avait à l’Olympia ni rive droite ni rive gauche. Il y a eu des artistes très populaires, d’autres très pointus. A chaque fois, c’était un coup de poker », raconte Jean-Michel Boris
« Faire l’Olympia », comme on le dit ­familièrement, c’est venir chercher ­consécration ou reconnaissance et ­s’imprégner d’une longue histoire peuplée de géants de la variété, du rock ou des musiques du monde, mais aussi de magiciens, artistes du cirque et autres « attractions » de milieu de programme qui, tous à leur manière, façonnèrent la légende de la salle. « Il n’y avait à l’Olympia ni rive droite ni rive gauche. Il y a eu des artistes très populaires, d’autres très pointus. A chaque fois, c’était un coup de poker », raconte Jean-Michel Boris, ­ancien directeur de ce lieu auquel il a consacré quarante-six ans de sa vie – il y est entré quelques mois après Bruno ­Coquatrix en 1954 –, dans l’entretien qu’il nous a ­accordé pour ce supplément.

Brel, Dalida, Piaf, Lavilliers…
La collection des livres-CD « Les ­concerts mythiques de l’Olympia » que Le Monde vous propose de retrouver tous les quinze jours, le jeudi, permet de se replonger dans cette riche histoire musicale à l’occasion du 65e anniversaire d’une salle reconstruite (quasiment) à l’identique en 1997, après avoir failli être « défigurée » par de lourds travaux de rénovation. Jacques Brel (1964), Serge Lama (1974), Bernard Lavilliers (1984), Dalida (1974), Edith...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Après des concerts démesurés, Hallyday retrouvait, au tournant du millénaire, l’intimité de la salle où il fut l’« idole des jeunes ».
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Johnny, un héros au sommet de l’Olympia

Après des concerts démesurés, Hallyday retrouvait, au tournant du millénaire, l’intimité de la salle où il fut l’« idole des jeunes ».



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 10h00
    |

            Véronique Mortaigne








                        



                                


                            

La première fois qu’il posa la hanche à l’Olympia, Johnny Hallyday était un môme : à 18 ans, l’enfant de la balle créait sa légende de bad boy « né dans la rue » en twistant. En ce mois de juin 2000, l’homme à qui désormais « on parle avec respect » et qui « dîne chez des rois » a vaincu ses démons et s’est bâti une réputation : boss du rock français. Son nom s’étale en néon rouge sur le boulevard des Capucines. Les fans font la queue. Ils veulent jouir de l’intimité retrouvée avec leur idole. Ils sont de ceux qui lisent Hallyday à l’américaine, avec un « H » aspiré, comme le recommandaient Line Renaud et Aimée Mortimer sur l’ORTF, en 1960.
Avant 2000, Johnny Hallyday a fait sept fois l’Olympia. La dernière date de 1973...
Avant 2000, Johnny Hallyday a fait sept fois l’Olympia. La dernière date de 1973, alors qu’il avait déjà opté pour la démesure (à l’époque) du Palais des Sports. Il vient alors donner un coup de main à son ami Bruno Coquatrix, ­patron de l’Olympia, en proie à des difficultés financières. Pendant vingt-sept ans il n’y ­reviendra plus, jusqu’à ce soir du 17 juin 2000, où il entame une série de 42 concerts, volet « petite salle » d’une salve d’événements destinés à célébrer ses 40 ans de carrière.
Premier passage en 1961
L’Olympia appartient à la mémoire des teenagers et à celle de Johnny. Un disque témoigne du déferlement Hallyday, venu avec ses Goldens Strings, son groupe du moment, en septembre 1961. On y entend Pierre Bouteiller, alors reporter à Europe n° 1, la radio de « Salut les copains », soumettre le jeune chanteur à la question, dès l’exercice de gammes terminé : « Ça va la voix ? », « Le trac ? », « Vous savez qui il y a dans la salle ? »… En l’occurrence, le Tout-Paris en tenue de gala, mêlé à des « commandos de “fans” descendus des hauteurs de Belleville ou montés de la porte Brancion » et des « intellectuels en bretelles », écrit Philippe Bouvard...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Un rapport émet quarante recommandations avant la nouvelle loi, prévue en 2019, pour que les groupes français puissent essayer d’être au niveau des multinationales.
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Réforme de l’audiovisuel : les députés proposent de soutenir la création et mettre fin aux « archaïsmes »

Un rapport émet quarante recommandations avant la nouvelle loi, prévue en 2019, pour que les groupes français puissent essayer d’être au niveau des multinationales.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 09h26
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 13h33
    |

            François Bougon








                        


Dans un monde où Netflix, Google et Facebook dictent leur loi, celle de 1986, qui régit l’audiovisuel français, se révèle de plus en plus dépassée. Modifiée plus de 80 fois depuis son adoption, elle est désormais obsolète et le gouvernement a assuré vouloir se doter d’un nouveau cadre législatif en 2019. Pour nourrir les débats à venir, un rapport parlementaire a dévoilé, jeudi 4 octobre, 40 recommandations.
Elles sont issues des travaux de la mission d’information sur une nouvelle régulation de la communication audiovisuelle à l’ère du numérique, inaugurée en février par le président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, Bruno Studer. Sous l’égide de la rapporteuse, la députée LRM Aurore Bergé, près de 250 personnes représentant une centaine d’entités ont été auditionnées.
Si la nouvelle loi concernera également l’audiovisuel public (missions, financement, gouvernance), dont la réforme a été lancée par le gouvernement, et la transposition de la directive européenne SMA (services de médias audiovisuels) – qui va imposer aux plates-formes américaines un quota de 30 % d’œuvres européennes –, les parlementaires se sont concentrés sur la régulation d’un secteur où les entreprises françaises se retrouvent face à des plates-formes internationales qui ne disposent pas des mêmes armes, que ce soit dans le domaine de la fiscalité ou des règlements et autres obligations en matière de financement de la création. Ce sont ces carcans qu’il faut desserrer, juge la mission, tout en sauvegardant l’esprit de la loi : soutenir la création cinématographique et audiovisuelle française.
Le rapport recense ainsi un certain nombre d’archaïsmes à supprimer, par exemple l’impossibilité pour les chaînes de télévision de diffuser des films certains jours de la semaine. Les députés suggèrent aussi de permettre aux diffuseurs de tester la publicité ciblée pendant dix-huit mois, que seuls les acteurs du Web, au premier rang desquels Google et Facebook, peuvent aujourd’hui utiliser.
En revanche, les opérations commerciales de la distribution – un secteur interdit à la télévision et un sujet délicat pour la presse quotidienne régionale (PQR), qui en tire des revenus substantiels – resteraient réservées aux radios et aux médias locaux. « Le fil directeur de notre réflexion, ce n’est pas comment on réalloue la publicité entre les acteurs historiques, mais comment on augmente le marché publicitaire français qui, depuis dix ans, stagne », explique Mme Bergé. Sur la possibilité, pour la télévision, de diffuser de la publicité pour le cinéma, elle plaide en faveur d’une étude d’impact.

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Lutte contre le piratage

   


Le rapport se prononce en faveur de l’extension de la redevance à tous les foyers, et donc de ne plus la faire dépendre de la seule détention d’un téléviseur, tout en maintenant « les exonérations sous conditions de ressources existantes ». Mi-septembre, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, avait plaidé en ce sens, avant d’être recadrée par Matignon, qui avait jugé que le sujet n’était pas à l’étude.
« Je ne suis pas ministre, je suis parlementaire. Je propose des choses dans un rapport, avec l’espoir que j’arrive à convaincre à la fois mes collègues parlementaires et le gouvernement », souligne la députée. « Le montant unitaire de la redevance est plus faible que dans le reste de l’Europe. Si on prend un point de comparaison, c’est la même chose que le coût de Netflix, que tout le monde considère comme modique. Pour le même coût, vous avez accès à France Télévisions, à Radio France, à France 24, à TV5 Monde, RFI, Monte Carlo Doualiya et à l’INA », poursuit-elle. Pour les parlementaires, les recettes induites permettraient de supprimer la publicité sur Radio France (42 millions d’euros). Une proposition qui ne manquera pas de créer la polémique.
La lutte contre le piratage est aussi mise en avant par le rapport. « Il y a urgence à agir, car c’est 1,3 milliard d’euros de pertes », soit l’équivalent du chiffre d’affaires des exploitants de cinéma, affirme Mme Bergé. Soixante-cinq millions de vidéos illégales sont consultées chaque mois en France, en particulier par les 15-24 ans, mais, en 2017, rappelle le rapport, seules 88 amendes ont été infligées, dont une d’au moins 2 000 euros, alors que 17 millions de plaintes d’ayants droit ont été adressées à l’autorité indépendante.

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L’enjeu est d’importance pour des opérateurs comme SFR, qui débourse 350 millions d’euros par an pour la diffusion de la Ligue des champions de football, et des chaînes comme Canal+, qui estime que la baisse du piratage lui permettrait de conquérir 500 000 abonnés en plus. Les parlementaires recommandent par conséquent de renforcer les pouvoirs de la Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) et de la doter d’un pouvoir de transaction pénale, c’est-à-dire la possibilité d’infliger une sanction pécuniaire sans passer par le juge pour ceux qui utilisent les sites de streaming et de téléchargement. Ils plaident aussi pour que l’autorité indépendante puisse bloquer temporairement les liens de live streaming (« diffusion en direct »).
La mission propose aussi de fusionner la Hadopi avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) « pour créer une autorité unique de régulation des contenus audiovisuels ». « Il est cohérent de fusionner le CSA, qui doit veiller au respect des conventions des chaînes et des stations, protéger le pluralisme, les jeunes publics et, demain, participer à la lutte contre la manipulation de l’information, et la Hadopi, qui a développé une expertise technique et juridique extrêmement forte pour disposer d’une autorité de régulation vraiment puissante », estime Mme Bergé. L’idée avait déjà été avancée, puis abandonnée, lors du quinquennat précédent.

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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur aux comédies espiègles sort un dixième long-métrage, « En liberté ! », en salle le 31 octobre. Il sera présent lors de la projection du film en avant-première en Monde Festival le 7 octobre.
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                Avec « En liberté ! », Pierre Salvadori, cinéaste de la gratuité


Le réalisateur aux comédies espiègles sort un dixième long-métrage, « En liberté ! », en salle le 31 octobre. Il sera présent lors de la projection du film en avant-première en Monde Festival le 7 octobre.

LE MONDE
                 |                 04.10.2018 à 09h12
                 |

            Laurent Carpentier

















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Ce soir-là, au Champo, petite salle d’art et d’essai du Quartier latin, on projetait Heaven Can Wait (Le Ciel peut attendre, 1943), d’Ernst Lubitsch, avec Gene Tierney. C’était en 1990. Pour Pierre Salvadori, une révélation. Aujourd’hui, le réalisateur de Cible émouvante, Les Apprentis, Comme elle respire, Hors de prix… ou, maintenant, En liberté !, présenté en avant-première au Monde Festival, s’en amuse : « J’ai compris le titre longtemps plus tard. Le film qui m’a sauvé disait : ça vaut le coup de vivre. »
C’est que quelques années plus tôt, le jeune comédien, trapu, drôle, costaud, fêtard, dont les premiers sketchs de stand-up – au Café d’Edgar, au Point-Virgule… – commencent à payer, a pris un ecstasy et fait ce qu’on appelle un bad trip, les amphétamines laissant le jeune homme de 23 ans au point de rupture, dans le noir obscur, en proie à la panique. Pendant deux ans, il tirera le rideau.
« Et puis un mot m’est venu : la gratuité. Comme une illumination. Ce mot a donné un sens à mon existence. »
Jusqu’au jour où, dans l’atelier d’une amie artiste où il ressasse encore et encore son angoisse et la perte de tout désir, celle-ci s’agace : « L’insouciance c’est comme un pucelage, ça ne se retrouve pas. Maintenant : ou bien tu construis ou bien tu meurs. » « Cette phrase, raconte-t-il, cela a été comme une claque. Je suis resté comme un vieux moine à me dire : “OK Pierrot, maintenant qu’est-ce que tu fais ?” Et puis un mot m’est venu : la gratuité. Comme une illumination. Ce mot a donné un sens à mon existence. Le concept m’a recatapulté vers la joie de vivre. Je ne suis pas mystique, mais je peux comprendre qu’on sorte de la dépression par là. »

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                Débats, spectacles... Rendez-vous à la cinquième édition du Monde Festival



« La grâce sans bénéfice »
Surpris lui-même de raconter tout ça, Pierre Salvadori, le réalisateur aux comédies délicates et espiègles, qui livre avec En liberté ! son dixième long-métrage, décapsule une nouvelle bière. Il nous accueille dans sa cuisine, dans le haut Belleville, à Paris. La maison est déserte, les enfants et sa femme sont encore à la campagne, le chat cherche du réconfort et la nuit est tombée depuis longtemps. Il se marre : « Après ça, j’étais comme un type dans les sectes à vouloir guérir tout le monde : “Allez, on peut aller mieux”. » Avant d’ajouter plus sérieusement : « Mais grâce à ça, j’ai eu un pauvre truc à dire. Un motif. Mes films parlent tous de ça. A chaque fois mes personnages s’effondrent, et à chaque fois ils parviennent par le raisonnement à renouer avec une forme de vitalité. »
« On ne choisit pas la comédie pour rien. On choisit la vitalité. On choisit la vie. »
La gratuité ce sera donc le cinéma, et une phrase du critique et théoricien Serge Daney pour ligne de conduite : « Les films devraient refléter la possibilité d’être un humain sur terre. » Inquiet mais ouvert, spontané mais soucieux d’être clair, il explique : « Choisir la grâce sans bénéfice, c’est ce qui nous rapproche du miracle d’être là, qui donne à notre existence quelque chose de sacré, j’allais dire qui fait de nous des dieux, mais ça fait un peu trop exalté, peut-être ? » Il étouffe un de ces rires joyeux qui le secouent entre deux plongées introspectives et remarque : « On ne choisit pas la comédie pour rien. On choisit la vitalité. On choisit la vie. Tendre pour rien vers la beauté, vers la bonté… Ça s’appelle le panache. »
« Fais-moi rire »
Une famille corse. Un père, habité comme lui d’une énergie rageuse, qui travailla pour l’administration coloniale un peu partout en Afrique, puis pour une filiale d’Elf en Tunisie, à Sfax, où Pierre naît en 1964, dernier d’une fratrie de quatre enfants, et où il grandira jusqu’à l’âge de 6 ans. La famille s’installe alors à Paris. Mais dix ans plus tard, le père craque, décide de retourner en Corse, cultiver les clémentines et la vigne. Dans l’appartement parisien restent les deux grandes sœurs, chargées d’ados de 18 et 16 ans candidats aux quatre cents coups.
Comme chez les frères Podalydès (Liberté-Oléron…), c’est dans l’enfance que se noue chez Pierre Salvadori le goût de la comédie. Sa mère, elle-même fille unique d’une « dépressive haute en couleur », lui répète : « Fais-moi rire », telle une mission avec laquelle grandir. La joie en sœur de voyage de la mélancolie (la recette des grandes comédies ?). De sa mère, dont il parle avec amour et protection, il cite encore cette phrase, « Les mères font les pères », qui lui donnera le gimmick d’En liberté !, où la lieutenante Yvonne Santi (Adèle Haenel) raconte à son fils, avec moult arrangements, les aventures rocambolesques d’un père décédé…
« Je n’ai jamais eu d’amis totalement carrés, aptes à se déplacer dans ce monde, qui ont le mode d’emploi. »
Comme pour les cinéastes Nakache et ­Toledano (Nos jours heureux…), c’est en colonie de vacances que germe chez le futur réalisateur le goût du spectacle. « Sauvé par le jeu, ironise-t-il. Tous les étés j’écrivais des sketchs. » Et aussi en colo que naissent les grandes amitiés. Sa vie comme ses films est un empilement de compagnonnages fidèles. « Les amis perdus, les amis douloureux… j’ai toujours eu besoin d’amis sensibles… Peut-être pour me sentir plus fort ? », dit-il avec cette pudeur qui est aussi la marque de son cinéma.
« Je n’ai jamais eu d’amis totalement carrés, aptes à se déplacer dans ce monde, qui ont le mode d’emploi », murmure-t-il. Et dans la nuit qui nous entoure défile une procession de disparus – Philippe, son ami d’enfance, Marie (Trintignant), Guillaume (Depardieu) – et de naufragés, comme son vieux copain de colo, héroïnomane, qu’il a retrouvé récemment, emprisonné à Taipei, et avec lequel il échange, pour cela, une correspondance assidue, droit sortie d’un autre siècle qui n’aurait pas connu les SMS. Il a d’ailleurs donné un travail à cet homme sevré par la force des choses et condamné à une longue peine : scénariser depuis sa cellule la saga de Joseph Kessel Le Tour du malheur, avec le projet d’en faire une série.
L’intranquillité, c’est la matière première des films de Pierre Salvadori, c’est celle de ses héros aux pieds d’argile, comme celle de ses amis. « Comment est-ce que c’est d’être au bord, sentir qu’on ne fait plus partie du monde ? », interroge-t-il. « Je me fous du vraisemblable, c’est la vérité qui compte. » Cela s’appelle la transcendance. Et pour demain, toujours se promettre l’insouciance.
Dans le cadre du Monde Festival : projection en avant-première de « En liberté ! », de Pierre Salvadori, le dimanche 7 octobre, à 20 heures, au cinéma Gaumont Opéra. Suivie d’un débat en présence de l’équipe du film.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Laurent Carpentier
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Un conflit entre la CGT et la direction du théâtre illustre la difficulté des centres dramatiques nationaux à se réinventer.
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Grève polémique au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

Un conflit entre la CGT et la direction du théâtre illustre la difficulté des centres dramatiques nationaux à se réinventer.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 08h57
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 17h01
    |

            Laurent Carpentier (Aubervilliers (Seine-Saint-Denis)








                        



                                


                            

Léa, 29 ans, chargée de ­production au Théâtre de la Commune à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), a la lèvre qui tremble d’émotion : « C’est insupportable : on se retrouve face à des camarades de lutte, des amis zadistes, on nous traite de jaunes. J’ai même des ­copains qui ne veulent pas venir voir la pièce parce que ce serait, pensent-ils, casser la grève. C’est de la désinformation… »
Depuis le 20 septembre, le théâtre est en grève. Mais pas bloqué : les représentations continuent. Sur les 20 salariés permanents (hors direction) et 35 équivalents temps plein en intermittence, douze ont signé la lettre de ­défiance contre sa directrice ­depuis 2014, Marie-José Malis, ­envoyée aux tutelles en juillet. Huit autres seraient en grève, plusieurs sont en arrêt de maladie.
Sur le grand mur aveugle du premier centre dramatique national (CDN) de la banlieue parisienne, fondé par Gabriel Garran en 1960 avec le concours de Jack Ralite (1928-2017), alors adjoint au maire d’Aubervilliers, la banderole n’aura pas tenu longtemps. « Cette grève n’a pas été votée, nous sommes fatigués des mensonges et du travail de sape. Les salariés restés au ­travail dans ce lieu innovant, fiers et heureux de la beauté de son projet », y était-il écrit. Elle a été enlevée à la demande de la mairie, de peur que le conflit ne s’envenime.
La polémique a débordé largement le cadre de départ, à savoir la réorganisation menée par l’équipe dirigeante du théâtre
C’est que la polémique a débordé largement le cadre de départ, à savoir la réorganisation menée par l’équipe dirigeante du théâtre au sein du service des relations publiques, avec, au cœur du scandale dénoncé par les grévistes, l’éviction ou le déplacement de sa chef qui souffrirait d’un handicap reconnu, la narcolepsie (trouble du sommeil pathologique).
Gauche contre gauche : sur les ­réseaux sociaux, les « communards », comme se sont baptisés les grévistes, lèvent le drapeau de la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le musée consacré au couturier met en lumière l’influence des arts du Japon, de l’Inde et de la Chine sur ses créations.
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Exposition : les fantasmes asiatiques d’Yves Saint Laurent

Le musée consacré au couturier met en lumière l’influence des arts du Japon, de l’Inde et de la Chine sur ses créations.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 08h20
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 16h30
    |

            Sylvie Kerviel








                        



                                


                            

Le 27 juillet 1977, lorsqu’il présente, devant huit cents invités, à l’hôtel InterContinental de Paris, sa collection de haute couture automne-hiver dite « Chinoise », Yves Saint Laurent n’a jamais posé le pied en Chine. Pourtant, les 138 modèles présentés dans une débauche de velours et soie jaspée noir et or, de mousselines et satins rouge et bleu, semblent tout droit venus de l’empire du Milieu. Mais à y regarder de plus près, chaque pièce est une interprétation toute personnelle du vestiaire chinois. Coupe, fermeture, col, carrure : rien n’est réellement conforme aux costumes traditionnels mais indéniablement en émane un esprit chinois.
Pour créer ses robes, ses vestes et ses manteaux, Yves Saint Laurent (1936-2008) avait puisé dans les livres qui garnissaient la bibliothèque de son atelier, dans sa maison de couture de l’avenue Marceau, dans le 16e arrondissement de Paris, devenue Musée Yves Saint-Laurent en 2017. Il s’était inspiré des films qu’il aimait – Shanghaï Express (1932), La Dame de Shanghaï (1947) – des visites qu’il faisait au musée Guimet situé non loin de sa maison de couture, des œuvres orientales dont regorgeaient les appartements-musées qu’il partageait avec son compagnon et associé Pierre Bergé (mort en 2017). « Yves Saint Laurent avait de l’Asie une vision fantasmée, ce qui s’est révélé extrêmement créatif », souligne Aurélie Samuel, commissaire de « L’Asie rêvée d’Yves Saint Laurent », première exposition thématique présentée par le musée depuis son ouverture.
Un « voyageur immobile »
Conservatrice du patrimoine de cet établissement ouvert dans l’hôtel particulier où le couturier travailla de 1974 à 2002, Aurélie Samuel, qui veille sur les quelque 7 000 prototypes soigneusement rangés dans les réserves, a voulu montrer l’influence du vestiaire traditionnel et de la culture asiatiques sur l’œuvre du styliste. Elle a imaginé de mettre en regard les tenues emblématiques des collections...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Alexandra Badea présente « Points de non-retour », sur un épisode occulté et peu glorieux de l’histoire française.
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Théâtre : à La Colline, un passé colonial qui ne passe pas

Alexandra Badea présente « Points de non-retour », sur un épisode occulté et peu glorieux de l’histoire française.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 08h00
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

C’est un spectacle que l’on aurait aimé aimer. D’abord parce que Points de non-retour, présenté au Théâtre national de La Colline, à Paris, jusqu’au 14 octobre, est signé par une auteure qui commence à avoir une certaine visibilité en France, Alexandra Badea. Née en 1980, d’origine roumaine, publiée à L’Arche, une maison d’édition garante de qualité, elle a été lauréate en 2013 du Grand Prix de littérature dramatique pour sa pièce Pulvérisés.

Ensuite parce que ce spectacle, dont Alexandra Badea signe le texte et la mise en scène, et dans lequel elle est présente en personne, en figure d’auteure écrivant son texte en direct au bord du plateau, met en son centre un épisode occulté et peu glorieux de l’histoire coloniale française : le massacre de Thiaroye, au Sénégal, en 1944. En novembre de cette année-là, un contingent de tirailleurs sénégalais est renvoyé à la caserne de Thiaroye, près de Dakar, pour être démobilisé. Une fois les soldats arrivés, l’administration coloniale française refuse de leur verser le reliquat de leur solde. Y a-t-il eu ou non rébellion à Thiaroye ? S’est-il agi d’une répression sanglante ou d’un crime de masse ? Les historiens travaillent à le savoir. Toujours est-il que le 1er décembre 1944, les soldats ont été rassemblés sur l’esplanade du camp, où l’armée a ouvert le feu sur eux.

Une dramaturgie éclatée
Alexandra Badea part de cette histoire et, sans doute, de celle de sa famille roumaine, pour construire un puzzle narratif et temporel où s’entremêlent plusieurs récits, autour des figures du couple principal. Amar et Nina s’aiment, mais le jeune homme, d’origine sénégalaise, est hanté par des cauchemars et des visions de soldat fusillé. Nina, elle, a décidé résolument de vivre dans le présent de son pays d’adoption, la France, malgré un passé lui aussi marqué par l’histoire avec sa grande hache, comme aurait dit Georges Perec.
Dans les années 1950, on aurait sans doute...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Les hommes n’ont pas le beau rôle dans « Des raisons de se plaindre », recueil de nouvelles de l’écrivain américain.
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Jeffrey Eugenides et les pauvres types

Les hommes n’ont pas le beau rôle dans « Des raisons de se plaindre », recueil de nouvelles de l’écrivain américain.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h45
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            
Des raisons de se plaindre (Fresh Complaint), de Jeffrey Eugenides, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis, L’Olivier, 304 p., 22,50 €.

Disons-le sans ambages. Dans ces dix nouvelles de Jeffrey Eugenides, les personnages masculins – impossible d’utiliser le mot « héros » – ne sont que lâches carpettes, têtes à claques ou odieux personnages. De cette engeance, les femmes – celles du livre mais aussi les lectrices – trouveront, comme le titre l’indique, mille « raisons de se plaindre ». Chaque homme en incarne une, voire plusieurs… Il y a par exemple ce Sean, de « Jardins capricieux ». Jaloux et misogyne, il n’a pas supporté d’avoir été quitté par son épouse qu’il dénigre tant qu’il peut à la moindre occasion – elle ne faisait jamais les courses, les placards de la maison étaient toujours vides, elle ne savait décidément pas entretenir un potager… Minable, il drague Annie, la première auto-stoppeuse venue, en lui promettant de lui montrer une incroyable relique, le véritable doigt de saint Augustin. Menteur, il ira jusqu’à inventer que sa femme s’est suicidée pour avoir le dernier mot et faire l’intéressant devant son ex-meilleur ami, Malcolm.

Matthew, dans « Sujet de plainte », n’a pas grand-chose à lui envier. Souffrant d’un « mal inflammatoire chronique » nommé concupiscence, ce père de famille quinquagénaire s’enferme dans les toilettes de bars pour échanger des textos aguicheurs avec des filles ayant « moins de la moitié de son âge ». Et lorsque à la question : « Etes-vous marié ? », il répond exceptionnellement par l’affirmative, il se sent « fier de lui, comme après avoir tenté un coup spectaculaire dans une compétition sportive ».
Que dire enfin de Mitchell, le protagoniste de « Par avion » ? C’est lui sans doute qui remporte la palme du pathétique. Atteint d’une diarrhée le vidant littéralement de sa substance, Mitchell devient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Dans « La Seule Histoire », le romancier britannique dit, tout en subtilité, le premier amour et la perte de l’innocence.
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L’éducation sentimentale selon Julian Barnes

Dans « La Seule Histoire », le romancier britannique dit, tout en subtilité, le premier amour et la perte de l’innocence.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h45
    |

                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Seule Histoire (The Only Story), de Julian Barnes, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 272 p., 22,80 €.

Préféreriez-vous aimer davantage, et souffrir davantage ; ou aimer moins, et moins souffrir ? » Voilà un beau sujet de dissertation, qu’on imagine sans peine donner des sueurs froides aux candidats le jour du bac. Si l’aspirant philosophe maîtrise la dialectique, il pourra suivre l’exemple de Julian Barnes. Lequel, dès l’ouverture de La Seule Histoire, conteste le bien-fondé de l’énoncé : « Ce n’est pas une vraie question, fait-il remarquer au jury des lecteurs. Parce que nous n’avons pas le choix. Si nous avions le choix, la question pourrait se poser. Mais nous ne l’avons pas, donc elle ne se pose pas. » CQFD. Balayée, la dissertation. Refusée, l’abstraction. Place au réel contre lequel on se cogne. Et quoi de mieux que la littérature pour en rendre sensibles les contradictions ? Quitte à prétendre livrer au lecteur le récit véridique de sa première histoire d’amour, « la seule qui vaille finalement d’être racontée ». Place au roman.
Insuffisances de la mémoire
Ce qui n’empêchera pas Paul, le narrateur, de chercher à comprendre ce qui s’est joué lorsque, à 19 ans, il est tombé amoureux de Susan, une femme mariée, mère de deux enfants, approchant la cinquantaine. Ni de se demander si le bonheur intense qu’ils ont partagé à leurs débuts annule ou compense les difficultés insurmontables que les deux amants ont connues par la suite. Mais comment rendre au plus juste des émotions depuis longtemps laissées derrière soi ? Comme dans tous ses romans, l’écrivain britannique prend acte des insuffisances de la mémoire. « Vous comprenez, j’espère, écrit Julian Barnes, que je vous raconte tout cela comme je m’en souviens ? (…) Je n’écris donc pas forcément cela dans l’ordre où c’est arrivé. (…) La mémoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Art du sous-entendu », de Laurent Pernot.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Savoir bien parler des non-dits

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « L’Art du sous-entendu », de Laurent Pernot.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
04.10.2018 à 10h33
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
L’Art du sous-entendu. Histoire. Théorie. Mode d’emploi, de Laurent Pernot, Fayard, 336 p., 19 €.
Drôles de machines, les phrases. Même quand elles paraissent très simples, tout à fait transparentes, bien souvent elles recèlent d’autres significations que la plus visible. Derrière le sens explicite, un autre se trouve caché et montré à la fois.
Ces phrases à double fond et à double détente renvoient à un non-dit, qu’elles suggèrent sans pour autant le formuler explicitement. Et ces sous-entendus sont partout ! Dans le discours des comiques et celui des politiques. Dans les ellipses des poètes et les slogans de la publicité.
Sentences truffées de galeries souterraines
Innombrables, donc, ces phrases louvoyant entre silence et révélation et cultivant l’ambiguïté en virtuose. Pareilles sentences, truffées de galeries souterraines, peuplent les livres sacrés. Elles habitent les oracles et les prophètes, incitant à des interprétations sans fin. Mais elles prolifèrent également dans des domaines aussi dissemblables que la politesse, les allusions obscènes, les dissidences politiques… Contre langues de bois et discours totalitaires, les sous-entendus deviennent moyens de résistance, manières de parler en déjouant censure et répression.
Dans l’Antiquité, les savants nommaient discours « figuré », ou bien « fardé », ces manières d’insinuer et de biaiser, pour faire entendre un autre contenu que celui proféré. Laurent Pernot, professeur à l’université de Strasbourg, spécialiste de la rhétorique antique, à laquelle il a consacré une dizaine d’ouvrages, est un guide sûr pour ne pas se perdre dans ce dédale.
Dans L’Art du sous-entendu, il explique avec clarté, avec humour aussi, la grande diversité des procédés et des points de vue grecs et romains, dont la subtilité peut laisser admiratif. Mais l’historien, dans cet essai, élargit la focale, navigue d’Aelius Aristide à George Orwell,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Claro est touché par la grâce de saint ­François-Xavier ­Delmas.
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Le feuilleton. Faire chanter les reliques

Claro est touché par la grâce de saint ­François-Xavier ­Delmas.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Ma vie de saint, de François-Xavier Delmas, Anne Carrière, 250 p., 18 €.

Avançons une hypothèse : et si l’intime résidait moins dans sa dimension cachée que dans le geste qui le démasque. Moins dans ses détails que dans la façon dont on en vient à l’exposer. Les petits secrets, on le sait, sont légion, les cadavres se bousculent dans les placards, et rien n’est plus banal qu’un drame jugé singulier. Enrevanche, le spectre des stratégies visant à vendre la mèche est assez large et va du grossier déballage à la confession homéopathique, en passant par le travestissement raisonné, le mensonge assumé, etc. La grande affaire consiste peut-être à compenser l’impudeur de la chose dévoilée par la pudeur du dévoilement. Entendons-nous bien : cette pudeur-là, celle qui travaille un livre, n’est pas juste synonyme de retenue. C’est avant tout un dispositif. L’extraction de l’intime exige un certain doigté. Avançons une seconde hypothèse : tout ça n’est guère éloigné d’une forme de sainteté.
Ça tombe bien : le livre dont je vais vous parler aujourd’hui s’intitule Ma vie de saint. Son auteur ? François-Xavier Delmas. Le prénom a son importance, car c’est celui d’un saint – Frantzisko ­Xabierkoa, origine basque oblige –, qui participa à la création de l’ordre des jésuites et sillonna les mers afin d’aller ensemencer les âmes (1506-1552). Un pote de Loyola, auteur d’innombrables miracles, aussi chrétien qu’increvable, et dont la dépouille dispersée est, pour le pèlerin curieux d’en honorer les reliques, une invitation au voyage.
Delmas non seulement nous narre son odyssée, mais se rend sur les lieux mêmes où ce canonisé a laissé os et traces. Qui lui a mis pareille idée en tête ? Son père. Ça doit servir à ça un père : vous donner de bonnes raisons de partir. Pourtant, Delmas en a plus d’une, de partir. Car ledit père est un parangon d’absence incarnée, un conseiller d’Etat étanche aux jouissances,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Barbara Cassin, à propos de « La vérité sort de la bouche du cheval », de Meryem Alaoui.
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Premier roman. Une vraie histoire

La chronique de Barbara Cassin, à propos de « La vérité sort de la bouche du cheval », de Meryem Alaoui.



LE MONDE
 |    04.10.2018 à 07h15
    |

                            Barbara Cassin (de l’Académie française)








                        



                                


                            
La vérité sort de la bouche du cheval, de Meryem Alaoui, Gallimard, 272 p., 21 €.

Toutes les cases sont cochées, voilà un premier roman qui met toutes les chances de son côté : l’autre bord de la Méditer­ranée, présence-absence de l’islam, condition féminine, avec du sexe sans fioriture puisque l’héroïne est une pute, entre monde traditionnel et extrême contemporain, et par-dessus le marché un happy end. Bref, tout pour plaire ! Trop ? Non, c’est bien quand même, c’est même très bien !
A la fois réaliste et ailleurs
D’abord, c’est très direct, en première et punchy personne, Jmiaa, prostituée de Casablanca, se parle, nous parle, n’arrête pas de parler. « En général, je ne rentre pas dans les détails. Je dis juste que je m’appelle Jmiaa, que j’ai 34 ans, une fille, et que pour vivre, je me sers de ce que j’ai. » L’auteure, Meryem Alaoui, elle aussi est née à Casa. Leur ville est là, avec le trottoir, la rue, le quartier, les gens – garagiste, flic qui en profite, et gros lard préféré, celui qui paye assez et s’endort vite –, sans compter la télé entre autres addictions. C’est tout à la fois réaliste et ailleurs, en plein dans le rêve, l’affabulation, quelque part entre banalité et exultation. Peut-être une histoire vraie, en tout cas une vraie histoire.

Les mots de Jmiaa pour la raconter sont bruts de décoffrage, en un français qui se réinvente via l’arabe, avec rythmes, proverbes, expressions du cru, crues. Celle qui parle est une femme libre dans sa soumission, belle et moche, une femme forte qui tient la barre comme elle peut en roulant des fesses sous sa djellaba ; une pute avec un trajet : une mère stricte au village, un beau mari aimant qui devient son premier souteneur et demeure une lointaine sangsue, une fille qu’elle préserve, des copines comme elle, dont une islamiste pute par vertu. Elle dit tout ce qui lui arrive, ses flemmes, ses désirs, ses potes...




                        

                        

