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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Le philosophe et historien de l’art interroge les usages qui sont faits des images, au centre des 21es Rendez-vous de l’histoire de Blois (10-14 octobre), dont « Le Monde des livres » est partenaire.
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Images-pouvoirs ou images-désirs ?, par Georges Didi-Huberman

Le philosophe et historien de l’art interroge les usages qui sont faits des images, au centre des 21es Rendez-vous de l’histoire de Blois (10-14 octobre), dont « Le Monde des livres » est partenaire.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 16h21
    |

                            Georges Didi-Huberman (Philosophe)








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire

Il y a bien des raisons pour s’inquiéter du pouvoir des images. Les images ont du pouvoir. Pire : elles sont du pouvoir. Lorsqu’on disait, autrefois, que « le portrait de César, c’est César », on voulait entendre par là que l’effigie du souverain sur les monnaies avait une force de loi effective jusqu’aux confins de l’Empire, c’est-à-dire en l’absence de l’empereur : l’image sur la monnaie assumait donc l’autorité même du souverain. Aujourd’hui, les hommes de pouvoir promulguent leurs décrets avec un œil rivé sur ce qu’ils nomment eux-mêmes leur « image » : une nouvelle « loi sur la pauvreté », par exemple, sera-t-elle susceptible de modifier l’image qui colle à la peau d’un « président des riches » ?
Impuissance des images
Entendues ainsi, les images seraient comme les monnaies, les bannières, les boucliers, les masques, les appâts – voire les armes à part entière, s’il est vrai que les images ont une efficacité qui leur est propre –, bref, autant de dispositifs inhérents à toute stratégie politique et à tout processus historique en général. En ce sens, les anthropologues, les sémiologues ou les historiens ont bien eu raison de parler du « pouvoir des images » ou de leur « force politique ».

On ne se prive pourtant pas de parler, symétriquement, de l’impuissance des images. Dans quels limbes de la conscience politique la photographie du petit Aylan Kurdi, retrouvé mort sur la plage de Bodrum, en Turquie, le 2 septembre 2015, s’est-elle perdue, à part son appropriation indigne par tel artiste contemporain ? Il y en a tellement, des images, qu’on finit par se retrouver dans une situation paradoxale. Bannières, boucliers ou appâts, les images sont faites pour capter notre attention. Mais elles sont si nombreuses, omniprésentes et mises en équivalence, qu’on ne les regarde plus vraiment : c’est trop, on n’y arrive plus, l’œil se noie....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ A Blois du 10 au 14 octobre. Débats du « Monde », prix 2018, parution…
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Au programme des Rendez-vous de l’histoire 2018

A Blois du 10 au 14 octobre. Débats du « Monde », prix 2018, parution…



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 12h47
   





                        


Les 21es Rendez-vous de l’histoire, dont « Le Monde des livres » est partenaire, se tiennent à Blois du mercredi 10 au dimanche 14 octobre sur le thème « La puissance des images ». Lieu de rencontre privilégié entre les historiens et le grand public, ces rendez-vous se déclinent en débats, conférences, cafés littéraires, expositions, spectacles, cycle cinéma, ainsi qu’en un Salon du livre.
Programme complet et renseignements : rdv-histoire.com

   


Les débats du « Monde »
La photo d’actualité : fabrique d’icônes ?
Jeudi 11 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Jean-François Leroy, Laurent Van der Stockt, Marie Sumalla, rédactrice photo au Monde, et Emmanuel Davidenkoff, responsable du développement éditorial du Monde.
Les macronomics
Jeudi 11 octobre, de 19 heures à 20 heures, Maison de la magie
Grand entretien : Elie Cohen et Philippe Escande, journaliste au Monde.
Le monde échappe-t-il aux Occidentaux ?
Vendredi 12 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, hémicycle de la Halles aux grains
Avec Bertrand Badie, Michel Foucher et Gaïdz Minassian, journaliste au Monde.
A qui appartient l’entreprise ?
Vendredi 12 octobre, de 18 heures à 19 h 30, salle Kleber-Loustau, conseil départemental
Avec Patrick Artus, Pierre-André de Chalendar, Isabelle Ferreras, Jean-Paul Pollin et Antoine Reverchon, journaliste au Monde.
Notre histoire en images
Samedi 13 octobre de 11 h 30 à 12 h 30, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Régis Debray et Nicolas Truong, responsable du service Débats du Monde.
L’Afrique ancienne. De l’Acacus au Zimbabwe
Samedi 13 octobre, de 14 h 30 à 15 h 30, salle des conférences, château royal de Blois
Avec François-Xavier Fauvelle et Julie Clarini, responsable du supplément « Idées » du Monde.
L’histoire de l’Europe peut-elle nous aider à affronter les défis d’aujourd’hui ?
Samedi 13 octobre, de 16 heures à 17 h 30, amphi 1, université
Avec Christophe Charle, Daniel Roche, Bruno Dumézil et Jean Birnbaum, directeur du « Monde des livres ».
Les images et les couleurs de la Révolution
Dimanche 14 octobre, de 11 h 30 à 13 heures, salle Gaston d’Orléans, château royal de Blois
Avec Antoine de Baecque, Laurent Gervereau, Michel Pastoureau et Michel Lefebvre, responsable des hors-séries du Monde.
Il faut dire que les temps ont changé
Dimanche 14 octobre, de 11 h 45 à 12 h 45, hémicycle de la Halle aux grains
Grand entretien : Daniel Cohen et Antoine Reverchon, journaliste au Monde.
Michel Foucault, lecteur des Pères de l’Eglise
Dimanche 14 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Frédéric Gros, Jérôme Lagouanère, Jean Reynard et Florent Georgesco, journaliste au Monde.
Les prix 2018
Le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire récompensera Masha Cerovic pour son ouvrage Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques (1941-1944) (Seuil).
L’enquête de Masha Cerovic emmène, pour la première fois, les lecteurs français en un lieu singulier : derrière les lignes allemandes du front de l’Est, auprès des partisans soviétiques. Tandis que les populations civiles des zones conquises au cours de l’opération « Barbarossa » (déclenchée le 22 juin 1941) subissent la brutalité inouïe des nazis, des milliers d’hommes décident d’y reprendre le combat, à partir de 1942, avec des armes de fortune, abrités par les immenses marais et forêts de Biélorussie, où l’occupant peine à s’aventurer. L’auteure restitue les spécificités de ces espaces, de ces groupes d’hommes traqués, affamés, qui déploient à leur tour une violence impitoyable envers les Allemands et leurs collaborateurs ou présumés tels. Elle montre la singularité, aussi, de leur place dans la « grande guerre patriotique » que mène l’URSS de Staline : les partisans sont des héros célébrés, mais des éléments incontrôlables. Doté d’une réelle puissance d’écriture, le livre est, chose rare, documenté par un recours symétrique aux sources russes et allemandes. André Loez
Le prix Augustin-Thierry sera attribué à François Jarrige et Thomas Le Roux pour leur essai La Contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel (Seuil).
Le prix du roman historique sera décerné à Michel Bernard pour son roman Le Bon Cœur (La Table ronde).
Le prix Château de Cheverny de la bande dessinée historique couronnera l’album de Pascal Rabaté La Déconfiture. Seconde partie (Futuropolis).
Hors-série
50 images qui ont marqué l’histoire, 100 p., 8,50 €.
Les images historiques ou d’actualité ne sont jamais neutres : elles ne montrent pas la réalité, elles sont toujours une construction de celui qui les a produites et de celui qui les diffuse. Le nouveau hors-série du Monde, en partenariat avec les Rendez-vous de l’histoire de Blois, est conçu autour de cinquante documents, un choix arbitraire et difficile, qui cherchent à montrer des images ayant fait l’histoire, telle celle du charnier de Timisoara, en Roumanie, fin 1989, et des images qui racontent l’histoire, telles celles ayant trait à la bande à Bonnot, au début du XXe siècle. Enfin, une troisième partie tente de faire comprendre la fabrication des images et ses enjeux. Entretiens avec Charles Enderlin, Alain Sayag, Laurent Van der Stockt, Jean-François Leroy, portfolio et nombreuses analyses.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Comment dialoguer avec sa fille, partie faire le djihad en Irak ? L’écrivain marocain Rachid Benzine a répondu à cette douloureuse question sous la forme d’un roman épistolaire, « Lettres à Nour », dont il lit désormais des extraits sur scène. Il participera au Monde Festival, le dimanche 7 octobre, pour une représentation au Théâtre des Bouffes du Nord.
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                Face à des jeunes radicalisés, « c’est le dialogue qui fait qu’on reste humain »


Comment dialoguer avec sa fille, partie faire le djihad en Irak ? L’écrivain marocain Rachid Benzine a répondu à cette douloureuse question sous la forme d’un roman épistolaire, « Lettres à Nour », dont il lit désormais des extraits sur scène. Il participera au Monde Festival, le dimanche 7 octobre, pour une représentation au Théâtre des Bouffes du Nord.

LE MONDE
                 |                 03.10.2018 à 10h00
                 |

            Michel Guerrin

















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Un écrivain, par ailleurs islamologue et enseignant, qui joue au théâtre, c’est rare. ­Dimanche 7 octobre, le ­Marocain Rachid Benzine sera sur la scène du Théâtre des Bouffes du Nord dans le cadre du Monde Festival. Avec la comédienne Lina El Arabi, il lira sa « Lettre à Nour », tirée de son roman Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? (Seuil, 2016). Il s’agit d’un échange épistolaire entre un père philosophe, musulman épris des ­Lumières, et sa fille Nour, 20 ans, partie faire le djihad en Irak, où elle a épousé un lieutenant de Daech. Cette lecture sera suivie d’un débat sur la radicalisation de la jeunesse. Avec Rachid Benzine.
Pourquoi monter sur scène pour lire ce qu’il a écrit ? « Il y a beaucoup de moi dans le personnage du père : amoureux des ­libertés, qui fait un travail solitaire et se raccroche à l’espoir qu’un jour le monde arabe sera un monde libre et apaisé. » Il ajoute : « En lisant sur scène, je prends conscience du poids des mots que j’ai écrits. Je me les réapproprie, je les lis, je les incarne. » 
Ce roman épistolaire, devenu ensuite spectacle théâtral, est nourri du travail de recherche universitaire de Benzine, mais aussi de ses échanges, en prison, avec des djihadistes rentrés de Syrie. Il l’a écrit après les attentats de novembre 2015. « C’est comme si une part de moi s’en était prise à une autre part de moi. » Il aurait pu, comme d’autres, rédiger un ­essai politique ou sociologique, il a opté pour la forme romanesque, afin de mieux exprimer ce qu’il ressentait.
Quand l’amour ne meurt pas
Certains jeunes radicalisés ont coupé tout lien avec leur famille, mais d’autres ont gardé le contact. C’est ce qu’a décidé d’explorer Benzine, qui met en avant deux raisons que tout oppose, mais aussi une écoute que l’on croit impossible.
« C’est le dialogue qui fait qu’on reste humain. Il demeure, car l’amour entre ce père et sa fille ne meurt pas. » L’échange épistolaire permet aussi à chaque protagoniste de développer ses positions, ses blessures aussi, sans être interrompu, sans tomber dans un ping-pong qui peut tourner à l’invective. « Une lettre est à la fois réponse à l’autre et monologue intérieur, qui permet de visiter sa propre ­pensée. » Et puis, dit Benzine, « on décrit souvent le jeune radicalisé sans le laisser parler ».
« C’est dangereux de penser que seuls des jeunes “paumés” font le choix du djihad. »
Le dialogue est possible parce que Nour a un discours construit. Benzine justifie son profil : « J’ai choisi une fille parce que le phénomène des femmes djihadistes n’a fait que s’étendre. Elle est cultivée car, contrairement à ce que l’on pense souvent, la Syrie n’attirait pas que des jeunes déclassés. En prison, j’ai rencontré des gens qui ont fait de longues études, en histoire, en socio­logie. C’est dangereux de penser que seuls des jeunes “paumés” font le choix du djihad. »
La question de la complaisance
L’écoute ne peut-elle pas passer pour complaisante envers un discours radicalisé ? « On me pose souvent la question, mais il vaut mieux affronter les arguments plutôt que de les balayer. Je ne justifie pas l’injustifiable, même s’il n’est pas facile d’entendre ce que Nour nous dit ! Ces jeunes radicalisés ­dénoncent un Occident qui n’est pas à la hauteur de ses idéaux – invasion de l’Irak après des années de blocus, situation en Palestine, etc. Ça fait mal, mais il faut écouter. » 
Et pour que ce soit clair, Benzine ajoute : « Je ne me sens pas ­déchiré, je suis résolument du côté de la vie, et toutes les idéologies mortifères sont pour moi à combattre. »
D’autres livres abordent la radicalisation de la jeunesse, et leurs auteurs ont souvent reçu des menaces de mort. « Moi, non. Est-ce parce que j’ai parlé du sujet sous forme de fiction ? Je ne sais pas. » Il a déjà « joué » son texte en France et en Belgique. « Ce partage artistique libère la parole. J’en ressors chaque fois ému par les réactions du public. » 
Notamment les jeunes, en milieu scolaire. La pièce a aussi été donnée dans des prisons. « Le meilleur compliment est venu de détenus djihadistes, qui m’ont félicité tout en avouant que le spectacle leur enlevait une partie de leur colère. Ce combat n’est pas vain. Il y va de notre humanité. »
Dans le cadre du MONDE FESTIVAL, Rachid Benzine lit ses « Lettres à Nour », dimanche 7 octobre à partir de 19 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord. Après le spectacle, débat animé par Luc Bronner, directeur des rédactions du « Monde ».

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Michel Guerrin
    













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Rencontre avec l’auteur de bande dessinée et réalisateur qui a sorti jeudi le quatrième tome de sa série best-seller « L’Arabe du futur ».
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 02/10/2018
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Riad Sattouf : « Le dessin m’a permis de gagner l’amour des lecteurs »

Rencontre avec l’auteur de bande dessinée et réalisateur qui a sorti jeudi le quatrième tome de sa série best-seller « L’Arabe du futur ».



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 15h31
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h31
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            

Çà et là, on commence à distinguer quelques fils blancs dans le brun des cheveux et de la courte barbe. Cette année, Riad Sattouf a eu 40 ans. Chemise noire, veste, chaussures en cuir, il n’affiche aucun symptôme vestimentaire d’une incapacité à accepter de grandir. Et cependant, l’adolescence tient une telle place dans son travail que l’on associe l’affable star française de la BD à cet âge d’une manière presque pavlovienne.
De La Vie secrète des jeunes, série qu’il a fait paraître dans Charlie Hebdo entre 2005 et 2014, au film Les Beaux Gosses, qu’il a réalisé (2009), du Manuel du puceau (Bréal, 2003) aux Cahiers d’Esther (Allary, commencés en 2015) en passant par Retour au collège (Hachette, 2005), les ados sont partout chez lui, avec leurs problèmes de peau, leurs angoisses, leurs codes, leur violence, leur langage…
« La chose la plus difficile » que Riad Sattouf ait eue à écrire
En voyant que le quatrième tome de L’Arabe du futur, sa grande œuvre autobiographique racontant la jeunesse, entre la France, la Libye et la Syrie, de ce fils d’un Syrien et d’une Bretonne, couvre la période 1987-1992, de ses 9 ans à ses 14 ans, le lecteur pourrait se frotter les mains. Espérer y trouver la matrice de cette obsession.
Si l’on y voit bien la pudique description de son mal-être d’alors (hormones en ébullition, solitude et rêves geeks compris), ce n’est pas cela que l’on retiendra d’abord de ce nouvel épisode. Mais bien plutôt la révélation, dans les dernières pages, d’un « secret de famille » dont il serait criminel de dévoiler la teneur.
Ce « coup d’Etat » réalisé par son père est le « centre » de L’Arabe du futur, dit l’auteur, qui raconte être remonté à sa petite enfance (le tome I s’ouvrait quand il avait 2 ans) « comme pour prendre [son] élan ». Annoncée initialement pour tenir sur trois tomes, la série en fera peut-être...




                        

                        


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<filnamedate="20181003"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181003"><AAMMJJHH="2018100319">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Retransmise en direct de l’Opéra Bastille sur le site du « Monde », la rencontre avec l’écrivaine nigériane, auteure d’« Americanah », se tiendra dimanche 7 octobre de 17 h 30 à 18 h 30.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤     


                La rencontre avec l’écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie au « Monde Festival » retransmise en direct


Retransmise en direct de l’Opéra Bastille sur le site du « Monde », la rencontre avec l’écrivaine nigériane, auteure d’« Americanah », se tiendra dimanche 7 octobre de 17 h 30 à 18 h 30.

LE MONDE
                 |                 02.10.2018 à 14h28
                














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La conversation avec Chimamanda Ngozi Adichie est désormais complète ! La bonne nouvelle, c’est que la conférence sera filmée en direct et retransmise sur lemonde.fr/festival.
Aujourd’hui véritable star internationale, Chimamanda Ngozi Adichie a été récompensée par de nombreux prix aux Etats-Unis. L’écrivaine nigériane s’est imposée comme l’un des grands noms de la littérature anglophone avec ses romans L’Hibiscus pourpre (Anne Carrière, 2004), L’Autre Moitié du soleil (Gallimard, 2008), puis Americanah (Gallimard, 2015).

        Lire aussi :
         

                Conversation avec Chimamanda Ngozi Adichie



Figure majeure du féminisme et auteure engagée, Chimamanda Ngozi Adichie est devenue un porte-voix de l’Afrique. Impériale et raffinée, elle vit aujourd’hui entre les Etats-Unis et son Nigeria natal.
Dans le cadre du Monde Festival, ne ratez pas la retransmission de cette rencontre sur Le Monde. fr, dimanche 7 octobre 2018 de 17 h 30 à 18 h 30. En direct de l’Opéra Bastille, la discussion sera animée par Maryline Baumard, rédactrice en chef du Monde Afrique.

        Lire aussi :
         

                Chimamanda Ngozi Adichie, des racines et des lettres




Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Emprisonné depuis 2016, le dissident kurde et leader du HDP, Selahattin Demirtas a publié un recueil de nouvelles « L’Aurore » en 2017.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                
                                    

Un « J’accuse » venu de derrière les barreaux turcs sélectionné pour le prix Médicis


                      Emprisonné depuis 2016, le dissident kurde et leader du HDP, Selahattin Demirtas a publié un recueil de nouvelles « L’Aurore » en 2017.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 10h46
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 11h37
    |

                            Juliette Branciard








   


Les prisons turques produisent quantité d’écrivains », ironisait, en janvier, la romancière Asli Erdogan, lauréate du prix Simone de Beauvoir 2018. « Selahattin Demirtas a commencé à écrire en prison », ajoutait-elle comme un rappel. Arrêté en novembre 2016, lors des purges qui ont suivi le putsch manqué contre le président Erdogan, ce dissident kurde, leader du Parti démocratique des peuples (HDP), poursuit son combat politique derrière les barreaux grâce à la fiction. De son silence forcé est né L’Aurore, publié en 2017 en dépit de la censure et rapidement devenu un best-seller en Turquie – plus de 200 000 exemplaires vendus. Ce recueil de nouvelles vient de sortir en France.
« Il y a quelque chose de Vaclav Havel et de Mandela, chez ce bonhomme-là. » Emmanuelle Collas, éditrice
On y découvre l’histoire de Seher, Nazo, Semra, Mina ou encore Rukiye. Des portraits de mères, d’adolescentes et d’amoureuses dans la Turquie et la Syrie contemporaines, que l’auteur dédie « à toutes les femmes assassinées, à toutes celles victimes de violences… ». Ce texte n’aurait pas dépassé le détroit du Bosphore sans l’engagement tenace de l’éditrice française Emmanuelle Collas. « Il y a quelque chose de Vaclav Havel et de Mandela, chez ce bonhomme-là », soutient l’ancienne archéologue, historienne de la Grèce antique et de la Mésopotamie, tombée amoureuse de la Turquie et de ses écrivains lors de ses nombreux voyages professionnels. Lorsqu’elle contacte, en janvier, le détenu par lettre pour tenter de le faire connaître en France, l’éditrice pèse bien ses mots. « Cher Selahattin Demirtas, je vous écris pour vous parler de littérature, mais pas seulement. (…) J’ai eu la chance de pouvoir lire votre recueil de nouvelles en turc, Seher, dont les mots mais aussi les silences sont lourds de sens… » Pari réussi.

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La commission de lecture du courrier de la prison d’Edirne n’y prête pas attention. Ce n’est qu’un mois et demi plus tard qu’elle reçoit l’accord enthousiaste de l’écrivain. S’ensuit une collaboration laborieuse, freinée par quantité d’intermédiaires, agents, éditeurs, avocats, de personnels de prison et résistants de l’ombre. Pendant près d’un an, Emmanuelle Collas s’accroche à son intuition. Un coup de cœur pour l’homme et sa plume, qu’elle exprime dans la préface : « Selahattin Dermitas aurait pu nous livrer un récit pesant sur le viol, les crimes d’honneur, le travail des enfants, l’exil ou la guerre ; bien au contraire, il lui donne un ton drôle et terrible à la fois. Subversif et obsédant aussi. » 
Une littérature de résistance
« A l’heure où les fascismes montent en Europe », la diffusion de ce manifeste contre la violence d’Etat lui paraît capitale. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’éditrice a choisi d’ajouter un « l’» au titre original, Seher, qui signifie « aurore » en turc. La référence au journal dans lequel Zola publie « J’accuse » ancre un peu plus l’écrivain dans cette littérature de résistance. Mais ça, la Française s’est interdit pour l’instant de le lui souffler. « Si un jour nous nous rencontrons, nous nous sommes promis de nous raconter tout ça », confie-t-elle avec émotion. D’ici là, c’est elle qui est chargée de le représenter au pays des droits de l’Homme.

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Incarcéré depuis bientôt deux ans, Selahattin Demirtas est toujours dans l’attente de son jugement. L’homme qui rêvait d’une « Turquie plurielle » à la présidentielle de 2015 est accusé de « diriger une organisation terroriste », d’« incitation à la haine et à la révolte », d’« incitation à la transgression des lois », d’« incitation au crime » et d’« apologie du crime et des criminels ». Agé de 45 ans, il risque jusqu’à 142 ans de prison. Malgré ses conditions de détention sous haute sécurité, l’homme s’est porté candidat aux dernières élections anticipées de juin. Sa campagne, menée en quelques Tweet depuis sa cellule, n’a pas fait le poids face à Recep Tayyip Erdogan, réélu dès le premier tour avec 52 % des suffrages. « Résistance n’est qu’espérance », écrivait René Char. Dans une tribune publiée, en juin, dans Le Monde, à la suite de son échec, le prisonnier politique déclarait vouloir continuer à « s’opposer sans reculer d’un pas », lui qui jouit en définitive d’une plus grande liberté depuis sa prison face à « ceux qui (…) dehors vivent dans une prison à ciel ouvert ». Sélectionné pour le prix Médicis, son premier acte littéraire est promis à un bel avenir. Quant à son éditrice, Emmanuelle Collas, elle a promis à sa fille de ne pas voyager en Turquie avant quelque temps.



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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ L’ex-blogueuse du site MadmoiZelle.com illustre dans ses albums une sexualité joyeuse et inclusive, loin des stéréotypes propagés par les chaînes pornographiques.
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                Dessinatrice sans tabou, Cy donne des couleurs au sexe


L’ex-blogueuse du site MadmoiZelle.com illustre dans ses albums une sexualité joyeuse et inclusive, loin des stéréotypes propagés par les chaînes pornographiques.

LE MONDE
                 |                 02.10.2018 à 10h16
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            Claire Legros

















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Des corps nus qui s’emmêlent, des sexes qui se dévorent au rythme de soupirs torrides… Qu’on ne s’y trompe pas, les ouvrages de Cy n’ont pas grand-chose à voir avec les bandes dessinées érotiques qui remplissent les bacs des librairies. Ici les personnages n’arborent pas une silhouette parfaite ni des abdos taillés à la serpe, la fesse revendique une molle nonchalance, les poils ne se cachent pas.
Cy, diminutif de Cyrielle – son vrai prénom – mais aussi de Cy (prine), son premier pseudo, allusion au liquide sécrété par le vagin pendant l’excitation, appartient à cette génération de blogueuses féministes décomplexées qui, avec Diglee ou Clemity Jane, font la chasse aux tabous sur la sexualité en général et sur celle des femmes en particulier. « Je veux montrer la réalité avec des sexes tels qu’ils sont, des sexualités telles qu’elles se pratiquent », explique la dessinatrice de 28 ans, auteure en 2016 et 2017 des deux tomes du Vrai Sexe de la vraie vie (Editions Lapin).
« Le sexisme ordinaire est partout : paternalisme au travail, harcèlement dans la rue, absence de consentement au lit… »
Cheveux courts peroxydés, celle qui se définit comme « féministe militante » a fait ses classes sur le site MadmoiZelle.com, d’abord comme directrice artistique, puis comme blogueuse. Pendant près de trois ans, ses chroniques destinées aux 16-25 ans (« Jouir… à tout prix ? » ; « Avec les doigts, c’est mieux ! » ; « Une histoire de taille »…) y ont fait l’audience du dimanche soir, mêlant plaisir, humour et prévention, à mi-chemin entre le manuel d’initiation sexuelle et les conseils de la grande sœur « badass » (entendez « sympa »).

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                L’interview exclusive du clitoris par la dessinatrice Cy



Le sexe, les personnages de la dessinatrice en parlent autant qu’ils le pratiquent. Ils commentent leurs ébats, plaisantent de leurs déboires, et surtout expriment leurs désirs et leurs différences. Pour la jeune femme biberonnée par sa mère au féminisme des années 70, affirmer ses choix et ses droits en matière de sexe reste un combat politique à l’heure des chaînes YouTube formatées au culte de la performance.
« Le sexisme ordinaire est partout, il peut prendre de multiples formes : paternalisme au travail, harcèlement dans la rue, absence de consentement au lit… » Même si le mouvement #metoo représente un « soulagement », elle ne se fait guère d’illusions. « Ce n’est qu’une soupape. Celles qui ont le malheur de parler deviennent vite des parias. Il suffit d’aller sur Twitter et de lire les commentaires. »
Féminisme intersectionnel
Ses personnages ont pris des couleurs depuis qu’elle a découvert le féminisme intersectionnel. Un concept né aux Etats-Unis à la fin du XXe siècle et qui désigne la situation de personnes subissant plusieurs formes de domination conjuguées, par exemple sexisme et racisme, sexisme et homophobie…
« J’ai sorti un jour à une collègue afro-féministe un poncif du genre “Moi je ne vois pas les couleurs de peau quand je parle à quelqu’un”. Elle m’a ­répondu que ne pas voir les couleurs de peau, c’est la meilleure façon de ne pas voir les oppressions. Et quand on ne les voit pas, on fait comme si ça n’existe pas. »
Depuis, la dessinatrice a l’impression qu’on lui a « enlevé des œillères », qu’elle est « passée de la 2D à la 3D ». Dans ses albums, les corps ne sont plus seulement jeunes, blancs, hétérosexuels ou valides. Sa tablette graphique est devenue inclusive. « Pourquoi le blanc, comme le masculin, serait-il censé être le neutre ? Je ne veux pas que mon travail soit ressenti comme oppressif. »
Prochain album
Après avoir mis en scène dans ses strips son appartement parisien de 10 m2, la jeune femme vient d’emménager avec son compagnon dans une petite maison dans l’Essonne, mais elle n’envisage pas « pour le moment » l’avenir avec des enfants. « Cela peut paraître égoïste, mais je n’ai pas envie de voir mon corps changer », constate-t-elle. Avant d’ajouter : « Et puis, les 2 degrés de réchauffement climatique, on va les voir arriver plus vite qu’on ne pense. »
Le prochain album, prévu chez Glénat, ne parlera pas de sexe – « pour éviter l’étiquette de la fille qui ne dessine que du cul » – mais sera bien sûr 100 % féministe.
La dessinatrice Cy participe au débat sur le plaisir féminin, Clitoris, le grand tabou, organisé au Monde Festival avec la youtubeuse Clemity Jane, le chirurgien Pierre Foldes, la sociologue Delphine Gardey le samedi 6 octobre, de 16 heures à 17 h 30, à l’Opéra Bastille (studio).

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Claire Legros
    













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ Qu’elles abordent les traditions de famille ou les regrets d’adolescence, ces trois séries choisies par la rédaction du blog manga du « Monde » renvoient leurs héros à leurs origines.
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Enfance, amours de jeunesse… trois mangas qui célèbrent le retour aux sources

Qu’elles abordent les traditions de famille ou les regrets d’adolescence, ces trois séries choisies par la rédaction du blog manga du « Monde » renvoient leurs héros à leurs origines.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 09h49
    |

            Pauline Croquet








                        


Quartier lointain est sans doute l’une des œuvres les plus connues du maître du manga Jirô Taniguchi. Ce diptyque, paru à compter de 1998, transportait un quadragénaire dans son adolescence. Un voyage dans le temps qui permettait au héros d’appréhender tous les événements dont il ne s’était pas rendu compte dans son enfance. Le thème du retour aux sources n’est pas rare dans le manga et offre aux auteurs qui s’y essaient la possibilité d’aborder à la fois le sentiment du regret comme celui de la douleur familiale. Souvent aussi, il extirpe les héros de la vie citadine pour les voir renouer avec la campagne de leur enfance. Trois BD asiatiques publiées récemment en France ont fait de cette thématique le pivot de leur scénario.

   


Amour perdu et réussite sociale dans « Our Summer Love »
Jeune romancier à succès, Naoto est amené à retourner sur une île qu’il a habité avec ses parents plus jeune pour effectuer des repérages pour son nouvel opus. Une appréhension le gagne, lui qui n’y a pas remis les pieds pendant sept ans et y a perdu une amie chère, Mizuki, son premier amour. Et si c’était elle, le fantôme du phare, dont les jeunes parlent pour se faire peur ? La rumeur redonne une forme d’espoir à Naoto, qui renoue avec son adolescence par l’intermédiaire de la petite sœur de Mizuki, la solaire Akari. Une histoire estivale et poétique contruite comme une méthode douce pour guérir la douleur et la culpabilité, et enfin grandir.
Our Summer Love, de Takeru Furumoto, traduction de Patrick Honnoré, édition Tonkam (Delcourt), tome unique, 224 pages, 7,99 euros.

   


Coutumes et relation père-fils pour « Retour aux sources »
Xia, un étudiant des beaux-arts de l’université de Taipei, rentre à Daxi, un village réputé pour ses traditions folkloriques et culturelles. Il embarque avec lui une camarade de cours afin d’y étudier, le temps d’un été, les coutumes locales pour un mémoire. Le jeune homme n’a pas choisi Daxi par hasard, elle est le berceau de sa famille et de son enfance ; il a quitté le village lorsque ses parents ont divorcé. En participant aux cortèges et aux festivités, Xia retrouvera peut-être un peu de complicité avec son père, loup solitaire très attaché aux traditions.
Pour réaliser ce récit en deux volumes, l’auteure taïwanaise Zuo Hsuan s’est inspirée de sa propre expérience d’enfant de Daxi partie à la ville, comme on peut le voir dans ce petit documentaire réalisé par le pavillon taïwanais du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.

Retour aux sources, de Zuo Hsuan, traduction d’An Ning, collection Made In (Kana), série en deux tomes, 12,70 euros.

   


« La Fille du temple aux chats » : entre nouveau départ et transmission des traditions
Lycéen de 15 ans, Gen décide de quitter ses parents avec qui il est en conflit pour rejoindre sa grand-mère, gardienne de temple à la campagne. Il y retrouve une cousine éloignée, compagne de jeux d’enfance, qui aujourd’hui le trouble. Ils devront toutefois cohabiter puisque Chion vit au temple et est pressentie pour devenir la nouvelle gardienne. Le premier volume de la série pose les bases de cette nouvelle relation, des appréhensions adolescentes de Gen, mais aussi des oppositions qui peuvent exister entre jeunes des villes et jeunes des champs. Un récit « tranche de vie » qui prend le temps de s’épanouir.
La Fille du temple aux chats, de Makoto Ojiro, traduction de Florent Gorges, éditions Soleil (Delcourt), tome I, 192 pages, 7,99 euros.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dissident courageux pour les uns, traître à sa communauté pour les autres, l’écrivain algérien persiste à dénoncer « la folie qui lie l’islamiste au corps de la femme », et participe le 7 octobre au Monde Festival.
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                L’écrivain algérien Kamel Daoud contre-attaque


Dissident courageux pour les uns, traître à sa communauté pour les autres, l’écrivain algérien persiste à dénoncer « la folie qui lie l’islamiste au corps de la femme », et participe le 7 octobre au Monde Festival.

LE MONDE
                 |                 01.10.2018 à 09h16
                 |

Virginie Larousse
















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« L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. (…) Le sexe est la plus grande misère du “monde d’Allah” », écrivait Kamel Daoud dans Le Monde du 5 février 2016, au lendemain des agressions sexuelles qui s’étaient déroulées à Cologne, le soir de la Saint-Sylvestre, impliquant de jeunes migrants.
En pleine crise des réfugiés, les propos de l’écrivain, Prix Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), avaient déchaîné les réactions indignées d’un collectif d’universitaires français – entre autres – qui l’avaient taxé d’islamophobie.
L’affaire avait débordé bien au-delà des milieux intellectuels, entraînant des passes d’armes d’une rare violence entre les pro et les anti-Daoud, et qui ont fini par pousser l’écrivain algérien à annoncer, quelques semaines plus tard, qu’il renonçait au journalisme pour se consacrer à la fiction.

        Rendez-vous au Monde Festival :
         

          L’islam doit-il faire sa révolution sexuelle ?



Le texte et le sexe
Mais Daoud – qui, de son propre aveu, se nourrit « de l’adversité » – ne s’est pas tu bien longtemps. Lui qui a pour « [sa] terre l’affection du désenchanté. Un amour secret et fort. Une passion » n’a pu se résoudre au retrait. Le journaliste a repris la plume, dénonçant tous azimuts les dictatures arabes, la montée de l’islamisme, « les scandalisés de la vertu », « la folie qui lie l’islamiste au corps de la femme », au mépris de la fatwa de condamnation à mort émise contre lui par un imam salafiste en 2014. Son nouveau livre, Le Peintre dévorant la femme (Stock, 140 p., 17 euros), est d’ailleurs consacré au corps féminin.
Dans cet essai écrit après avoir passé une nuit au Musée Picasso, à Paris, l’auteur confronte deux visions antinomiques. La vision du peintre espagnol, pour qui « la femme est une dévoration, un corps entier que l’on ne peut saisir que dans l’étreinte, l’immédiateté érotique, le désir, la dévoration cannibale ». Et celle du djihadiste, pour qui la femme érotisée est « une anticipation scandaleuse de la femme rêvée dans le paradis, pour après la mort ».
« Tant que les religieux auront le monopole du discours sur le sexe, nous ne guérirons pas. »
Aux yeux du peintre, « il s’agit de mourir de désir » ; dans l’optique du combattant de l’organisation Etat islamique, « il s’agit de faire mourir le désir ou de mourir pour pouvoir le combler » en compagnie des houris, ces vierges censées attendre les martyrs de la foi au paradis. Et Daoud de s’insurger contre ce rapport « monstrueux et pathologique » au corps féminin, et contre l’hypocrisie des terroristes qui tuent les mécréants au motif qu’ils boivent du vin et forniquent, tout en espérant gagner le paradis d’Allah, où ces djihadistes feront de même…

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                Kamel Daoud : « L’orgasme n’est pas un complot occidental »



De fait, la sexualité occupe une place éminente dans sa réflexion. A ceux qui y voient un sujet racoleur ou anecdotique, Daoud souligne au contraire le caractère « essentiel » de cette question. « Quand on réfléchit à ce qui se passe dans le monde “arabe” ou musulman, analyse-t-il, on en revient toujours à la question du texte et du sexe, à la représentation de la femme. Si nous avons un lien pathologique avec l’être aimé, cela signifie que nous avons un lien pathologique avec l’altérité, avec les différences, avec le reste du monde. (…) Tant que les religieux auront le monopole du discours sur le sexe, nous ne guérirons pas. »
Certains diront que l’auteur de Zabor ou les psaumes (Actes Sud, 2017) « essentialise » l’islam et le monde arabe. Une accusation qui l’irrite d’autant qu’il ne réserve pas ses critiques au seul monde arabe. Il ne nie pas que l’Occident a lui aussi un rapport biaisé à la sexualité et aux femmes, et se montre solidaire du mouvement #metoo. En pointant un paradoxe : alors que, de l’autre côté de la Méditerranée, le corps de la femme est voilé, la femme occidentale est, elle, « voilée par son corps », « chosifiée ».

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Un lien entre misère sexuelle et radicalisme religieux
Mais l’enjeu est d’autant plus important dans le monde arabe que le chroniqueur au Quotidien d’Oran et au Point voit un lien direct entre la misère sexuelle et la montée du radicalisme religieux, qui fonctionnent comme des vases communicants. « Lorsqu’il faut mourir pour rencontrer la femme au paradis, que l’on est contraint de mettre en sursis son propre désir, l’équation est très simple. Je ne pense pas qu’un homme qui a été aimé à 14 ans se fasse kamikaze à 16 ans. »
«L’orgasme n’est pas une traîtrise, il n’est pas un concept de l’Occident, c’est un droit universel.»
A 48 ans, l’écrivain sait d’autant mieux de quoi il parle qu’il a lui-même été attiré, dans sa jeunesse, par l’islamisme, avant de s’en détourner pour « vivre librement ». Quitte à sacrifier au confort, si l’on peut dire, d’une vie entièrement régie par les règles religieuses. « Je veux croire qu’il y a plus de dignité à vivre cette angoisse existentielle qu’à vivre le confort de la soumission. »
Et de fait, son existence n’est pas des plus confortables. Il vit à Oran en semi-clandestinité. Incarnant tantôt la figure du dissident courageux, tantôt celle du traître à sa communauté, l’écrivain continue de tenir tête aux cheikhs qui se permettent de légiférer sur le corps des autres – et en premier lieu sur celui des femmes. Il réclame le droit pour chacun et chacune de disposer de son corps, et ce qu’il nomme le « droit à l’orgasme. (…) L’orgasme n’est pas une traîtrise, il n’est pas un concept de l’Occident, c’est un droit universel ».
Kamel Daoud participe dimanche 7 octobre au Monde Festival au débat sur « L’islam doit-il faire sa révolution sexuelle ? » animé par Virginie Larousse, de 15 h 30 à 17 heures, à l’Opéra Bastille (amphithéâtre).

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                                                Par                        Virginie Larousse













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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Pilier du « Canard enchaîné », le créateur du plus incompétent des détectives, Jack Palmer, est mort à l’âge de 72 ans.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/09/2018
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Disparition de René Pétillon, l’un des derniers grands noms du dessin de presse

Pilier du « Canard enchaîné », le créateur du plus incompétent des détectives, Jack Palmer, est mort à l’âge de 72 ans.



LE MONDE
 |    30.09.2018 à 14h48
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 08h57
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Depuis l’attentat à Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, et la mort brutale de Cabu et de Wolinski, il était l’un des derniers monstres sacrés du dessin de presse. René Pétillon n’évoquait que très rarement en public cette tragédie qui avait décimé les rangs de sa profession, emportant également Charb, Honoré et Tignous. Il avait lui-même participé à la reparution de l’hebdomadaire satirique, quelques semaines plus tard.
Le dessinateur s’est éteint, dimanche 30 septembre, à Paris, à l’âge de 72 ans, des suites d’une longue maladie. Il laisse derrière lui une œuvre marquée par l’humour corrosif, le non-sens mais aussi la dualité : comme Cabu et Wolinski, il excella, en effet, autant dans le dessin politique que dans la bande dessinée, ces deux disciplines cousines n’ayant pas forcément à voir l’une avec l’autre, notamment en matière de narration.
Né le 12 décembre 1945 à Lesneven (Finistère) au sein d’une famille de boulangers-pâtissiers, René Pétillon fut, comme beaucoup de dessinateurs de sa génération, un pur autodidacte n’ayant jamais fréquenté d’école d’art.
Appétit pour l’absurde et le grotesque
Il a 22 ans quand, après un service militaire en Allemagne et diverses expériences professionnelles à Paris (magasinier, livreur, coursier…), paraissent ses premiers crobards, dans la revue Planète, l’organe du mouvement du réalisme fantastique, cher à Louis Pauwels et Jacques Bergier. Il va alors collaborer à d’autres publications, témoignant d’un éclectisme qui ne le quittera jamais – Plexus, L’Enragé, Week-End, 20 ans, Penthouse… –, avant de mettre sa carrière de dessinateur de presse entre parenthèses pour s’essayer à la bande dessinée, au moment où elle s’apprête à vivre une révolution fracassante avec le lancement de plusieurs magazines de BD pour adultes (L’Echo des savanes, Métal hurlant, Fluide glacial).
Jack Palmer, le plus empoté et le plus incompétent des détectives privés que la Terre ait jamais...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Il avait notamment créé le personnage de Jack Palmer, un détective calamiteux, dont les péripéties ont été narrées à travers plusieurs albums, publiés entre 1976 et 2013.
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Mort du dessinateur René Pétillon

Il avait notamment créé le personnage de Jack Palmer, un détective calamiteux, dont les péripéties ont été narrées à travers plusieurs albums, publiés entre 1976 et 2013.



LE MONDE
 |    30.09.2018 à 12h20
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 09h01
   





                        



   


L’auteur de bandes dessinées René Pétillon est mort, dimanche 30 septembre, à l’âge de 72 ans, « emporté par une longue maladie », a annoncé la maison d’édition Dargaud, confirmant ainsi une information publiée par le dessinateur Yan Lindingre sur son compte Facebook.
« La tristesse et la douleur de voir disparaître un ami cher ne nous font pas oublier le talent hors du commun de ce dessinateur à l’humour irrésistible et à l’élégance rare », peut-on lire dans le communiqué publié par Dargaud.
René Pétillon avait notamment créé le personnage de Jack Palmer, un calamiteux détective dont les péripéties ont été narrées à travers plusieurs albums, publiés entre 1976 et 2014. L’Enquête corse, prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2001 avait été adaptée au cinéma dans un film réalisé par Alain Berberian trois ans plus tard, avec les acteurs Christian Clavier et Jean Reno. « Le succès de cet album m’a abasourdi », racontait Pétillon en 2013, encore surpris d’avoir été fait citoyen d’honneur de la ville de Bastia grâce à cet ouvrage.

        Lire la nécrologie :
         

          Disparition de René Pétillon, l’un des derniers grands noms du dessin de presse



« Humour acéré, impitoyable, légèrement décalé »
Originaire du Finistère, il publie ses premiers dessins en 1968 dans Planète, Plexus et l’Enragé. Sa première bande dessinée sort en 1972 dans Pilote. C’est deux ans plus tard qu’il donne naissance à Jack Palmer, un Groucho Marx se prenant pour Humphrey Bogart, détective un peu bêta au gros nez et à l’imperméable trop grand. La dernière aventure de Palmer, Palmer en Bretagne, est parue en 2013.
Parallèlement à la BD, Pétillon, lauréat du grand prix de la ville d’Angoulême en 1989, était l’un des dessinateurs français les plus connus dans le domaine de la satire politique grâce à son travail pour Le Canard enchaîné. Il y était entré en 1993 avant de mettre fin à sa collaboration avec l’hebdomadaire l’an passé, selon Dargaud.
« Son humour acéré, impitoyable, légèrement décalé et, néanmoins, pas dénué de tendresse faisait mouche à tous les coups », a souligné Dargaud dans son communiqué, saluant « un des grands portraitistes de la société française ». « L’Enquête corse découle directement de mon travail au Canard », avait assuré le dessinateur en 2013.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La spécialiste de l’antiquité gréco-romaine à Cambridge est célèbre outre-Manche pour éclairer l’actualité de son érudition, tous médias confondus. « Les Femmes et le Pouvoir » en témoigne brillamment.
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Historienne et féministe, Mary Beard n’a pas le latin dans sa poche

La spécialiste de l’antiquité gréco-romaine à Cambridge est célèbre outre-Manche pour éclairer l’actualité de son érudition, tous médias confondus. « Les Femmes et le Pouvoir » en témoigne brillamment.



LE MONDE
 |    30.09.2018 à 09h00
    |

                            André Loez (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Il faut voir la scène. Nonchalamment assise sur un bloc de pierre, Mary Beard s’interroge à voix haute devant la caméra. Comment les Romains faisaient-ils dans ces latrines publiques d’Ostie ? Etaient-elles mixtes ? Où plaçaient-ils l’éponge pour s’essuyer ? Et, joignant le geste à la parole, elle explique : « Voilà comment nous devons imaginer une ville antique. Toges et tuniques relevées, pantalons baissés, on se soulage en bavardant avec ses voisins. »

La séquence a été diffusée dans l’un des documentaires sur Rome présentés par l’historienne du Newnham College, à Cambridge, qui rencontrent un immense succès outre-Manche. Elle résume tous les décalages ayant fait de Mary Beard une figure intellectuelle singulière et même une célébrité, qui réunit plus de 200 000 abonnés sur Twitter, transmet infatigablement au lectorat le plus large ses éclairages sur l’histoire antique, intervient avec vigueur dans les débats politiques sur le Brexit ou l’immigration, sans pour autant perdre l’estime de ses pairs dans le monde universitaire.
« Ma parole m’appartient »
On y voit sa capacité à s’adresser au grand public en usant d’un humour décontracté, mais aussi une préoccupation d’historienne pour les aspects du passé pouvant sembler les plus triviaux, mais essentiels au quotidien. Dans le bureau lumineux d’une discrète maison de Cambridge où elle reçoit « Le Monde des livres », avec des livres d’art éparpillés sur le sol qui signalent son nouveau chantier de recherche (une étude sur la représentation des empereurs romains dans la peinture de la Renaissance), elle explique comment elle a trouvé la juste intonation : « Je suis arrivée à un point où, à la télévision, j’ai cessé de jouer un rôle. Ma parole m’appartient. Longtemps, au début de ma carrière, j’ai pensé que j’étais une actrice, que je jouais un rôle, imitant parfois mes collègues masculins, et cela ne sonnait pas juste. »
Comme elle le suggère en effet dans son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Pour « Roissy », sur une amnésique errant dans l’aéroport parisien, la romancière a rencontré tous ceux qu’il abrite, de la tour de contrôle aux combles.
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Tiffany Tavernier pose son sac à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle

Pour « Roissy », sur une amnésique errant dans l’aéroport parisien, la romancière a rencontré tous ceux qu’il abrite, de la tour de contrôle aux combles.



LE MONDE
 |    29.09.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
30.09.2018 à 17h50
    |

                            Zoé Courtois (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Roissy, de Tiffany Tavernier, Sabine Wespieser, 280 p., 21 €.

Des points de départ, ­Tiffany Tavernier en a connu plusieurs – c’est le lot de tous les baroudeurs. Mais la romancière, scénariste et assistante réalisatrice, n’a pas avec tous un lien aussi intime qu’avec l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, dit aussi aéroport de Roissy, ou Roissy. C’est de là qu’elle est partie, à 18 ans, pour Calcutta. Pendant des mois, elle a partagé le quotidien d’un médecin de rue, trouvant dans la crasse des faubourgs indiens et la splendeur du Taj Mahal la matière de son premier roman, Dans la nuit aussi le ciel (Paroles d’aube, 1999). Après cela, retour à Roissy, mais seulement pour y reprendre la voie des airs, direction l’Arctique, où elle séjournera deux étés avec des Inuits : une expérience extraordinaire qui l’a menée à l’écriture de son deuxième roman, L’Homme blanc (Flammarion, 2000). Ensuite, nouveau départ de Roissy pour quatre mois au Cambodge ; et, plus tard, avant une traversée de la Colombie avec une troupe de théâtre…
Enregistrements sonores dans chaque terminal
Qu’à cela ne tienne, si le nouveau point de départ de Tiffany Tavernier (celui d’un roman, cette fois, son huitième) est un article de presse traitant de l’aéroport londonien d’Heathrow, l’intrigue se déroulera à Roissy. L’article, qui l’a hantée pendant près de deux ans, était accompagné d’une photographie, raconte-t-elle au « Monde des livres » : « Celle d’une jeune femme de trois quarts de profil, aux longs cheveux bruns, tirant une valise, et que l’on devinait très jolie, sans pour autant voir son visage. » Une SDF qui vit dans l’aéroport. Le journaliste lui demande combien de temps elle compte y rester. Celle-ci lui fait cette réponse « radicale et vertigineuse » : « Toute ma vie. » La romancière est subjuguée : « C’est une réponse à laquelle je ne m’attendais pas, qui m’interroge...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Manifeste du Parlement des écrivaines francophones : « Liberté, égalité, féminité »

A l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie s’est réuni, pour la première fois, à Orléans, du 26 au 28 septembre, le Parlement des écrivaines francophones, dont nous publions le manifeste.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
29.09.2018 à 11h15
    |

Le Parlement des écrivaines francophones







                        



   


Tribune. Nous, écrivaines francophones, réunies ce 28 septembre à Orléans pour notre première session parlementaire, avons décidé de parler ensemble, d’une seule voix et dans la même langue. Parce que nous sommes souvent questionnées et que nous n’arrivons pas à répondre, parce que d’autres parlent à notre place, parce que nous avons envie d’être écoutées, sur nous-mêmes, sur notre propre sort, sur le monde où nous vivons et qui n’est pas si tendre avec nous. Nous voulons sortir du silence, et puisque nous disposons du pouvoir des mots, nous nous arrogeons cette parole collective et ce droit de regard sur une histoire qui continue de se faire sans nous.
Ecrire est notre passion, notre métier, mais cela ne peut être le lieu de nos solitudes, de notre enfermement. Ecrire est une demeure dont nous ouvrons les fenêtres sur la planète entière. Nous voulons sortir de la nuit de Shéhérazade pour nous affirmer à la lumière du jour.

        Lire aussi :
         

                « Monsieur Mabanckou, vous détournez l’objet de la francophonie pour un combat personnel »



Notre littérature n’est pas, comme on l’insinue souvent, une littérature qui se complaît dans le subjectivisme et les larmes, même si elle répugne à être une politique ou une idéologie. Notre littérature est notre voix du monde. Notre choix du monde. Combative et sereine. Décidée et généreuse. Qui se joue des imaginaires. Une littérature de toutes les enfances et de toutes les filiations, une littérature qui se réclame rarement de la norme spécifique. L’Humain et sa mesure.
Oui, il y a bien une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l’Histoire et engagée dans les batailles, toutes les batailles. Celle qui consiste d’abord à affirmer la solidarité des écrivaines entre elles et ne craint pas de parler de « sororité ».
Nous voulons nous opposer aux guerres
Nous voulons créer un réseau d’écrivaines, encourager et marrainer les plus jeunes d’entre nous. Tout tenter pour pousser à lire et à écrire.
Nous voulons aussi faire en sorte que toute femme ou homme de plume puisse ne pas subir la répression, les intimidations, les fatwas en tout genre. L’impossibilité de traverser les frontières.
Nous voulons nous opposer aux guerres. Toutes les guerres. A commencer par celles visibles ou insidieuses, voilées ou à découvert, dirigées contre les femmes : le patriarcat sous toutes ses formes, le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les féminicides, les violences conjugales (sept femmes en meurent chaque jour au Mexique, deux en Argentine et une tous les trois jours en France). Preuve que le corps des femmes reste, au Nord comme au Sud, un enjeu de pouvoir et un théâtre de conflit. Preuve que le contrôle de la sexualité féminine reste le mot d’ordre de toutes les religions. Quand il ne s’agit pas de l’assigner à la marchandisation et aux usages publicitaires dégradants.

        Lire aussi :
         

                Fawzia Zouari et ses « rêves de France »



Guerre contre la guerre. Celle dont les civils sont les premières cibles. Motivée par des luttes de pouvoir et des idéologies assassines. Nous combattrons le terrorisme, le djihadisme, les populismes, les discours de haine, les extrémismes religieux et le rejet de l’autre. Et tout ce qui s’en suit : ces populations errantes, perdues, accrochées aux fils de barbelé, entassées sur des bateaux de fortune parce que leurs pays leur ont refusé la perspective d’un avenir, parce que l’Europe ne leur a laissé pour perspective que d’échouer sur ses côtes comme des poissons morts.
N’oublions pas cette phrase d’Aristophane : « Quand la guerre sera l’affaire des femmes, elle s’appellera la paix ! » Pourquoi ? Parce que chaque femme consciente et libre est un danger pour les dictatures. Parce que chaque femme qui traverse une frontière réhabilite la parole sur l’altérité.
Nous débarrasser des litiges du passé
Ces temps de violences et de replis ont lieu sur fond d’une planète qui s’affole et d’une nature à l’épreuve de la globalisation, de l’industrialisation à outrance, du consumérisme et de la pollution. Nous disons, nous les femmes, que le combat de l’environnement est notre combat. Que la Terre est notre seul véritable pays. Celui que nous voulons transmettre à nos enfants.
Nous disons tout cela, ensemble, dans une seule langue : le français. Nous n’en avons pas honte. Nous n’avons pas de complexe à nous exprimer dans ce qui n’est plus seulement la langue de Molière. Au contraire : nous voulons renouveler voire refonder le discours sur le français. Rompre avec la terminologie de guerre — « butins » et « langue du colonisateur » — et nous débarrasser des litiges du passé. Nous faisons de cette langue notre enfant légitime.
Nous lui apprendrons à dire nos origines, nos parcours, les causes qui nous tiennent à cœur. Nous lui apprendrons à moduler le chant de ses phrases sur les berceuses de nos mères, et cette langue dont nous userons en ce qu’elle a de plus noble et de plus juste et de plus universel nous dira. Elle en profitera pour rester en mouvement, pour élargir son territoire d’hospitalité, pour rajeunir à la source de nos métissages.
Mais nous ne serons pas là que pour pointer les déséquilibres et détecter les tragédies. Nous voulons redonner au monde sa belle voix, ancrée dans l’espoir et soucieuse des générations futures. Retisser ses liens sociaux et réhabiliter ses traditions de convivialité. Impulser une modernité qui aurait cet attribut féminin de savoir réguler les différences et les différends.
Nous rêvons ? Eh bien tant mieux ! Parce que le jour où les femmes ne rêveront plus, ce sera le plus grand cauchemar pour les Hommes. Rêvons ! Et faisons en sorte que nos rêves s’achèvent dans une raison du monde. Par notre voix s’édifie la seule civilisation qui vaille à nos yeux : la civilisation universelle.
Les signataires : Marie-Rose Abomo-Maurin, Maram Al-Massri, Marie-José Alie-Monthieux, Ysiaka Anam, Dalila Azzi Messabih, Safiatou Ba, Linda Maria Baros, Emna Bel Haj Yahia, Nassira Belloula, Maïssa Bey, Lila Benzaza, Lamia Berrada-Berca, Sophie Bessis, Tanella Boni, Hemley Boum, Dora Carpenter-Latiri, Nadia Chafik, Chahla Chafiq, Sonia Chamkhi, Miniya Chatterji, Aya Cissoko, Catherine Cusset, Geneviève Damas, Zakiya Daoud, Bettina de Cosnac, Nafissatou Dia Diouf, Eva Doumbia, Suzanne Dracius, Alicia Dujovne Ortiz, Sedef Ecer, Charline Effah, Lise Gauvin, Laurence Gavron, Khadi Hane, Flore Hazoumé, Monique Ilboudo, Françoise James Ousénié, Fabienne Kanor, Fatoumata Keïta, Liliana Lazar, Sylvie Le Clech, Catherine Le Pelletier, Tchisseka Lobelt, Kettly Mars, Marie-Sœurette Mathieu, Madeleine Monette, Hala Moughanie, Cécile Oumhani, Emeline Pierre, Gisèle Pineau, Emmelie Prophète, Michèle Rakotoson, Edith Serotte, Leïla Slimani, Aminata Sow Fall, Elizabeth Tchoungui, Audrée Wilhelmy, Hyam Yared, Olfa Youssef, Fawzia Zouari.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Fragilisés par le mouvement qui a libéré la parole des femmes, les rapports entre les sexes méritent d’être repensés. Invités par Le Monde Festival, historiens et philosophes s’emparent du sujet pour en débattre les 6 et 7 octobre.
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                Après #metoo, repenser la rencontre des sexes


Fragilisés par le mouvement qui a libéré la parole des femmes, les rapports entre les sexes méritent d’être repensés. Invités par Le Monde Festival, historiens et philosophes s’emparent du sujet pour en débattre les 6 et 7 octobre.

LE MONDE
                 |                 28.09.2018 à 09h59
                 |

                            Florent Georgesco

















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« Il n’est que temps pour l’historien de la France contemporaine d’entrer dans la chambre du couple sans être ac­compagné d’un officier d’état civil », écrivait l’historien Alain Corbin, en 1978, dans Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle (Aubier ; réédition Flammarion, 2015). La vie privée, les sentiments, les émotions, le corps, le sexe, le genre… L’intime, longtemps dis­simulé derrière le social et le politique, réduit à ses effets sur la vie publique, est devenu à partir des années 1970 un objet central pour la recherche historique.
Comment nos prédécesseurs faisaient-ils l’amour ? Sur quelles représentations et codifications reposaient leurs pratiques ? Dans quelle mesure être homme ou femme changeait le rapport à la sexualité ? Mais aussi : qu’en était-il de la domination et de la violence ?

        Au Monde Festival :
         

          Aux origines de #MeToo



A l’heure où #metoo et les débats sur l’identité de genre et sur la diversité infinie des sexualités nous contraignent à remettre en cause tout ce qui, dans notre rapport au sexe, paraît encore aller de soi et demeure impensé, les résultats de ces décennies d’histoire des sensibilités peuvent nous aider à discerner les continuités, les césures, les redéfinitions qui contribuent à structurer nos comportements.

« Se marier par amour »
« Les jeunes filles du monde bourgeois, au XIXe siècle, osent à peine rêver de sexe, tant on leur en parle peu. Mais elles rêvent d’amour, elles se fabriquent un imaginaire, qui aura des conséquences. Il faut se marier, leur dit-on. D’accord, mais autant se marier par amour. Les hommes s’accommodent du mariage alliance ; ils peuvent aller voir ailleurs. Ce sont les femmes qui vont imposer le mariage d’amour. Et peu à peu, ce désir va gagner tout le monde, même les hommes, et devenir la norme. » Michelle Perrot


Transformation des savoirs
A cet égard, l’histoire des femmes, née elle aussi, et de manière connexe, au début des années 1970, a donné le ton. Dans l’introduction d’Histoire des femmes en Occident (Plon, 1990-1991), Georges Duby et Michelle Perrot, qui ont dirigé ce monument de l’historiographie française, invitaient à « comprendre les racines de [la] domination et les rapports de sexes à ­travers l’espace et le temps ». Autrement dit, il n’est pas possible de travailler sur les « rapports de sexes » sans traiter la question de l’abaissement des femmes ni de mener des enquêtes savantes sans réfléchir à leurs répercussions sur cet état de fait. Le savoir est une liberté. Il est aussi un levier de libération.

« Il est rare que la noblesse l’emporte »
« Le mot “amour” connaît toutes les formes possibles, toutes les intensités. Ses sens s’étendent avec l’histoire de notre langue, comme ils s’étendent avec l’histoire de la conscience occidentale, sa profondeur, sa complexité. Il peut s’accompagner d’une totale transparence comme d’une totale obscurité. Il est un sens en revanche, rare, celui où la noblesse l’emporte, celui où la personne qui le porte est prête à absolument tout donner. » Georges Vigarello


En témoignent par exemple l’œuvre pionnière de Michelle Perrot (Femmes publiques, Textuel, 1997 ; Les Femmes ou les silences de l’histoire, Flammarion, 1998…), mais aussi celle d’Arlette Farge, codirectrice du volume « Temps modernes » de l’Histoire des femmes en Occident, dont l’intérêt constant pour les vies modestes, oubliées, a souvent croisé la question de l’infériorisation des femmes, que ce soit au siècle des Lumières – Effusion et tourment (Odile Jacob, 2007), Un ruban et des larmes (Edition des Busclats, 2011)… – ou au-delà – De la violence et des femmes, collectif ­dirigé avec Cécile Dauphin (Albin Michel, 1997).

« L’amour dévore et transmet… »
« Etrange ravissement que celui d’aimer, à tel point que ne l’être pas ou ne l’être plus devient proximité avec la mort. L’amour donne et prend, dévore et transmet. Aimer fait traverser des espaces sans limites, où parfois se logent ensemble l’exaltation, le désarroi et la douleur. On ne peut oublier que la rencontre amoureuse empoigne et captive ; pour qu’elle dure, il faut faire vivre l’effet de sidération qui a nourri son commencement, mettre le “don” au cœur de sa parole, de sa voix, de son corps. » Arlette Farge


Michelle Perrot et Arlette Farge sont deux historiennes qui ont d’ailleurs en commun d’avoir collaboré avec Michel Foucault, dont l’Histoire de la sexualité (quatre tomes, Gallimard, 1976-2018), au point de convergence de l’histoire et de la philosophie, est sans doute l’un des facteurs les plus décisifs de transformation des savoirs et des problématiques sur le désir, la chair, la domination.

        Au Monde Festival :
         

          La rencontre des corps. Une histoire du sexe



Celle-ci, au demeurant, est au cœur du travail des historiens de l’intime, même quand ils ne se consacrent pas à une histoire des femmes proprement dite. Ainsi des nombreux livres de Georges Vigarello, codirecteur, avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine, des indispensables Histoire du corps (Seuil, 2005), Histoire de la virilité (Seuil, 2011) et Histoire des émotions (Seuil, 2016-2017), qui s’est intéressé aussi bien à l’évolution de la perception et de la répression des violences sexuelles (Histoire du viol, Seuil, 1998) qu’à celle du rapport au vêtement (La Robe. Une histoire culturelle, Seuil, 2017).

« Alors, la fellation, bien sûr… »
« Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans les milieux privilégiés, on se met à érotiser le mariage. Jusqu’alors, l’expérience sexuelle était inégalement partagée, les hommes ayant, notamment, recours à la prostitution. A ce moment-là, ils commencent à apprendre à leur femme des caresses qu’on n’osait pas pratiquer entre époux, comme la fellation – il fallait faire l’amour pour avoir des enfants, alors, la fellation, bien sûr… On découvre, dans le couple, une liberté nouvelle. » Alain Corbin


Sur la même ligne, et au-delà de ses travaux fondateurs sur la prostitution, Alain Corbin, qui a grandement contribué à ouvrir sa discipline à l’ensemble de ces questions, met au jour dans L’Harmonie des plaisirs (Perrin, 2008), son enquête sur les « manières de jouir » entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe, une dissymétrie radicale du rapport au désir, en bonne partie fondée sur la peur d’une sexualité féminine toujours, selon les médecins et les confesseurs de la période, au bord du « dérèglement ». Comme l’écrit Michelle Perrot dans Mon histoire des femmes (Seuil, 2006) : « Le sexe des femmes est un puits sans fond, où l’homme s’épuise, perd ses forces et sa vie jusqu’à l’impuissance. »
De cet effroi originaire procèdent peut-être les lois et les règles non écrites qui ont longtemps légitimé la domination masculine ; du moins en sont-elles empreintes. Ainsi l’histoire des sensibilités débouche-t-elle sur les arrière-fonds pulsionnels des sociétés, sur une source fantasmatique que la raison ne parvient pas à tarir. D’où sans doute, malgré les ruptures historiques et le mouvement général vers l’égalité, dans la relation hétérosexuelle comme entre les sexualités, la persistance de formes de domination dont #metoo a dressé un tableau planétaire. D’où enfin la nécessité, pour trouver des issues, du recours à la philosophie, d’un effort conceptuel de ­refondation de notre relation à l’amour.

« Je préfère l’intime… »
« Etre intime avec l’Autre c’est, à l’inverse de la stratégie amoureuse, ne plus projeter de plans sur lui, l’extraire et l’excepter du rapport de force dans lequel nous sommes toujours plus ou moins avec les autres. La connivence s’y livre aussi bien à travers les “riens” du quotidien que le silence. Car l’intime ne s’enferme pas dans le confort de la relation, mais maintient l’Autre en tant qu’autre, c’est-à-dire dans ce dehors dont il émerge et qui fait qu’on peut encore le rencontrer. » François Jullien


Réinventer l’intime
C’est l’entreprise que François Jullien, philosophe d’abord connu pour ses travaux sur la pensée chinoise, a lancée dans certains livres récents, comme Une seconde vie (Grasset, 198 p., 18 euros) et Si près, tout autre. De l’écart et de la rencontre (Grasset, 234 p., 18 euros), où il défriche la voie d’un renouvellement du rapport à l’altérité, en particulier à partir de la notion d’intime. « Dire “je t’aime”, expliquait-il dans un entretien au Monde en août 2017, c’est faire de l’autre un objet. Mais dire “je suis intime avec toi”, c’est poser un sujet par rapport à moi (…). On sort de la dialectique possession/déception. (…) Comme tel, l’intime est inépuisable, c’est un commun de l’entre qui s’ouvre entre nous. »

        Au Monde Festival :
         

          Conversation avec François Jullien



En définitive, « la rencontre des corps » (titre d’un chapitre de l’Histoire du corps) ouvre des univers sans nombre, nous connecte à des zones encore inexplorées de nous-mêmes et de nos sociétés. François Jullien a raison – les historiens nous montrent à quel point l’intime reste à réinventer. C’est la raison pour laquelle ces auteurs, qui font avancer la recherche sur la notion fragile de l’amour et des relations entre les sexes, Alain Corbin, Michelle Perrot, François Jullien, Arlette Farge et Georges ­Vigarello, seront présents au Monde Festival pour approfondir ces questions.
Dans le cadre du Monde Festival : rencontre avec Arlette Farge et Georges Vigarello sur les origines de #metoo, animée par Zyneb Drief au Palais Garnier à Paris, dimanche 7 octobre, de 12 heures à 13 h 30. 
Conversation avec François Jullien, animée par Nicolas Truong, samedi 6 octobre, de 10 heures à 11 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord.
La rencontre des corps. Une histoire du sexe, débat animé par Florent Georgesco, dimanche 7 octobre, de 10 heures à 11 h 30, au Palais Garnier (grand foyer).

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




                                                Par                                                    Florent Georgesco














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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ En septembre 1988, Salman Rushdie publie son livre polémique. Manifestations, autodafés… La réplique s’organise jusqu’à la condamnation à mort de l’écrivain.
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/09/2018
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Trente ans après la sortie des « Versets sataniques », il était une fatwa


                      En septembre 1988, Salman Rushdie publie son livre polémique. Manifestations, autodafés… La réplique s’organise jusqu’à la condamnation à mort de l’écrivain.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 09h22
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

David Davidar se souvient encore de l’enthousiasme qui l’avait gagné, en ce début du mois de septembre 1988, en remarquant l’enveloppe déposée sur son bureau. Les timbres britanniques ne laissaient aucun doute sur l’origine de l’envoi et, surtout, sa nature. Il s’agissait bien du manuscrit du nouveau roman de Salman Rushdie, Les Versets sataniques. Son éditeur Viking Penguin s’était chargé de l’envoi alors qu’il s’apprêtait à le lancer le 26 septembre en Grande-Bretagne. La date de publication en Inde, pays d’origine de l’écrivain, n’était pas encore fixée.
Dans les modestes locaux de Penguin India à New Dehli, le directeur s’attela sans tarder à la lecture. Son éblouissement devant les premiers paragraphes reste toujours vivace : l’explosion d’un jumbo-jet au-dessus de la Manche, puis la disparition et la réapparition de deux de ses passagers, les principaux protagonistes du livre. Gibreel Farishta est un légendaire acteur indien, star de Bollywood, qui devient dans ses rêves l’archange Gabriel – Djibril dans le Coran –, et Saladin Chamcha, « l’Homme des Mille Voix », est un émigrant en rupture de ban avec son identité indienne qui vit désormais en Grande-Bretagne où il travaille sur des doublages.

Aux yeux de David Davidar, Les Versets sataniques possédait la même force que les précédents romans de Rushdie, Les Enfants de minuit (1981) et La Honte (1983). Il en était sûr, ce nouvel opus deviendrait un classique, un roman dont on parlerait encore trente ans après sa publication.
Ce dont l’éditeur ne se doutait évidemment pas est qu’après la fatwa lancée par l’ayatollah Khomeiny, guide suprême de la révolution iranienne, le 14 février 1989, condamnant à mort Salman Rushdie, Les Versets sataniques ne quitterait jamais le devant de la scène. Et sa publication deviendrait le point de départ d’un certain rapport du monde musulman à l’Occident. L’an I d’un XXIe siècle marqué par...




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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.
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Jean-François Braunstein contre les Docteurs Folamour de la philosophie

Dans « La Philosophie devenue folle », le philosophe et historien des sciences souligne les dérives de quelques penseurs anglo-saxons influents.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h24
    |

                            Elisabeth Roudinesco (Historienne et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
La Philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, de Jean-François Braunstein, Grasset, 400 p., 20,90 €.

Disciple de Georges Canguilhem (1904-1995), philosophe et historien des sciences, professeur à la Sorbonne, Jean-François Braunstein s’en prend, dans La Philosophie devenue folle, ouvrage salutaire, fort bien documenté, aux dérives des penseurs du monde universitaire anglophone qui, au nom du progrès, de l’égalité ou de l’altruisme, prétendent abolir les frontières entre les sexes, entre les animaux et les hommes, entre la vie et la mort.

Il attaque les plus célèbres d’entre eux : Judith Butler, Peter Singer, John Money, Anne Fausto-Sterling, Donna Haraway… Très éloigné des réactionnaires, il ne condamne pas l’intérêt légitime que la société occidentale porte à l’identité, à la souffrance animale ou aux manières de mourir sans douleur. Mais c’est avec fureur et humour qu’il fustige ces professeurs de haut niveau, inventeurs de discours insensés. D’où une galerie de portraits sortis tout droit d’un roman de Kafka.
John Money, le genre sans le sexe
Braunstein retrace d’abord l’itinéraire de John Money (1921-2006), psychologue d’origine néo-zélandaise convaincu que le sexe anatomique n’aurait aucune incidence sur l’identité subjective. Seul comptait à ses yeux le rôle social : le genre sans le sexe. Il suffirait donc, selon lui, d’élever un garçon comme une fille et réciproquement pour que l’un et l’autre acquièrent une identité différente de leur anatomie.
En 1966, il croit trouver un cobaye pour valider sa thèse en la personne de David Reimer, âgé de 18 mois, dont le pénis a été brûlé lors d’une opération ratée, à la suite d’un phimosis. Sur les conseils de Money, ses parents autorisent une ablation des testicules. Ils lui donnent un prénom de fille et l’élèvent comme tel.
A l’adolescence, pourtant, David se sent homme. Il se fera opérer pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ « L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
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Allan Bloom, l’étincelant antimoderne

« L’Ame désarmée », charge du philosophe (mort en 2002) contre le déclin culturel et best-seller surprise il y a trente ans, est réédité dans sa version intégrale.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h45
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’Ame désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale (The Closing of the American Mind), d’Allan Bloom, préface de Saul Bellow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Paul Alexandre et Pascale Haas, Les Belles Lettres, 500 p., 19 €
Lorsque paraît aux Etats-Unis, en 1987, l’essai du philosophe et critique ­Allan Bloom (1930-1992) The Closing of the American Mind (« L’esprit américain cloisonné »), cet ouvrage en forme d’électrochoc va instantanément devenir un de ces livres butoirs qui marquent une époque et servent de source d’inspiration aux amateurs de crépuscule.
Allan Bloom y décrit le déclin inexorable des humanités, des sciences humaines et de la ­ « culture générale » dans les universités américaines. Il dénonce le cynisme désenchanté de ses étudiants soumis à un égalitarisme et un féminisme dévoyés, il exècre le remplacement de Socrate par Mick Jagger, de l’amour par le sexe, de la raison par la musique, de l’art par la culture et, surtout, du bien commun par le relativisme des valeurs. Le nietzschéisme d’une certaine gauche intellectuelle française incarnée par Foucault ou Derrida, à la veille d’investir les campus américains, le révolte. Elle aurait troqué un marxisme défait pour la fascination de la violence ou de l’engagement pour l’engagement.
Humour parfois amer
La charge est donnée dans un style excessif et étincelant, drôle quand le fer atteint les ridicules de l’élite académique. Cet humour parfois amer a évité de virer à la ritournelle antimoderne, à l’antienne (néo) conservatrice voire réactionnaire.
Phénoménal succès de librairie (plus de 1 million d’exemplaires vendus outre-Atlantique), il se voit traduit en français l’année même de sa publication, sous le titre quelque peu énigmatique de L’Ame désarmée (Julliard, 1987) et amputé du début de la troisième partie, qui était consacré à une longue lecture de Tocqueville et à une évocation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ « Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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Contribuables qui pleurent, contribuables qui rient

« Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat », une enquête fouillée du sociologue Alexis Spire sur les Français et l’impôt, met en évidence un nouveau fossé entre classes populaires et moyennes/supérieures.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 10h20
    |

                            Gilles Bastin (Sociologue et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat. Enquête sur les contribuables français, d’Alexis Spire, Seuil, 294 p., 22 €.

Aucun sujet n’illustre aussi bien notre ambivalence face à l’Etat que celui de l’impôt. Il n’est pas inhabituel d’aimer les forces de l’ordre un jour et de les détester le lendemain, ou de chérir l’école républicaine en paroles et de la fuir quand l’occasion se présente… De nombreuses politiques publiques sont aujourd’hui au cœur de ce type de conflits intimes.
En revanche, l’impôt qui sert à les financer toutes suscite, comme le montre l’enquête très fouillée qu’a menée le sociologue Alexis Spire pour écrire Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat, et déjà auteur, avec Nicolas Delalande, d’Histoire sociale de l’impôt (La Découverte, 2010), un rejet constant, dont il souligne le caractère paradoxal.
En effet, l’emprise publique sur le revenu des Français n’a cessé de s’étendre, sans heurt, après la seconde guerre mondiale, pour financer la protection sociale et les investissements publics. Pourtant, c’est depuis que cette emprise a commencé à régresser, à partir des années 1980, que nous assistons à un véritable carnaval fiscal.
L’impôt, désormais, est omniprésent dans les médias, qui focalisent l’attention du public sur sa partie la plus douloureuse pour beaucoup, mais pas la plus importante, l’impôt sur le revenu, ou mettent en lumière les pratiques frauduleuses et autres « phobies » fiscales des membres des élites économiques et politiques. Il descend parfois dans la rue comme lors du mouvement des « bonnets rouges » bretons de 2013, opposés à l’augmentation des taxes écologiques sur les véhicules de transport. Tant que l’Etat social se construisait en augmentant les impôts, il recueillait le consentement de ses citoyens ; depuis qu’il se retire au profit du marché, le ressentiment se généralise.
Aux guichets de l’administration
Pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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A l’oreille. Intelligence avec l’ennemi

La chronique d’Alexandre Jollien, à propos des « Mains du miracle », de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 07h30
    |

                            Alexandre Jollien (Philosophe)








                        



                                


                            
Les Mains du miracle, de Joseph Kessel, lu par Michel Vuillermoz, Gallimard, « Ecoutez lire », 21,90 €.

Lire, prêter l’oreille, se laisser bercer par un texte, osons le néologisme licouter une œuvre, exige une sacrée ascèse quand l’esprit bat si facilement la campagne… Le défi, aride parfois, consiste à revenir comme en une méditation à la voix, à s’abandonner aux rythmes, à la musicalité des périodes sans perdre le fil. Et, alors, le charme opère, le miracle advient, ou non. Quand l’interprète devient passeur, alors il nous guide comme par la main dans un univers où nous débarquons avec une infinie reconnaissance, au cœur même du génie d’un écrivain. C’est assurément la prouesse qu’accomplit Michel Vuillermoz, sublime lecteur des Mains du miracle, de Joseph Kessel (Gallimard, 1960).
Quand on découvre ce récit stupéfiant, inouï, complètement invraisemblable, on ne peut s’empêcher d’aller vérifier si cette histoire trop belle pour être crue n’est pas comme l’Iliade, Don Quichotte ou Le Comte de Monte-Cristo, une fiction. Incroyable mais vrai ! Oui, le docteur Felix Kersten a existé pour de bon. Oui, de ses mains expertes il a palpé, pour le soulager de terribles crampes au ventre, le corps de Heinrich Himmler (1900-1945), l’impitoyable chef de la Gestapo, l’organisateur forcené de la solution finale, le suppôt d’Adolf ­Hitler. Véridique, aussi ! Ce médecin débonnaire aurait bien, grâce à une ingéniosité sans pareil, obtenu du diable en personne qu’il libère des milliers de détenus promis aux chambres à gaz, qu’il s’abstienne, dans un acte d’ultime folie, de dynamiter les camps de concentration… Cinq années durant, il se serait activé au chevet de Himmler, lui prodiguant massages, apportant une trêve, une détente physique et psychique à cet être à la cruauté systématique.
Quand le monstre cède
Ce héros, fin, malin, ce saint laïque, rusé, génial, confident...




                        

                        

