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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Le philosophe et historien de l’art interroge les usages qui sont faits des images, au centre des 21es Rendez-vous de l’histoire de Blois (10-14 octobre), dont « Le Monde des livres » est partenaire.
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Images-pouvoirs ou images-désirs ?, par Georges Didi-Huberman

Le philosophe et historien de l’art interroge les usages qui sont faits des images, au centre des 21es Rendez-vous de l’histoire de Blois (10-14 octobre), dont « Le Monde des livres » est partenaire.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 16h21
    |

                            Georges Didi-Huberman (Philosophe)








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire

Il y a bien des raisons pour s’inquiéter du pouvoir des images. Les images ont du pouvoir. Pire : elles sont du pouvoir. Lorsqu’on disait, autrefois, que « le portrait de César, c’est César », on voulait entendre par là que l’effigie du souverain sur les monnaies avait une force de loi effective jusqu’aux confins de l’Empire, c’est-à-dire en l’absence de l’empereur : l’image sur la monnaie assumait donc l’autorité même du souverain. Aujourd’hui, les hommes de pouvoir promulguent leurs décrets avec un œil rivé sur ce qu’ils nomment eux-mêmes leur « image » : une nouvelle « loi sur la pauvreté », par exemple, sera-t-elle susceptible de modifier l’image qui colle à la peau d’un « président des riches » ?
Impuissance des images
Entendues ainsi, les images seraient comme les monnaies, les bannières, les boucliers, les masques, les appâts – voire les armes à part entière, s’il est vrai que les images ont une efficacité qui leur est propre –, bref, autant de dispositifs inhérents à toute stratégie politique et à tout processus historique en général. En ce sens, les anthropologues, les sémiologues ou les historiens ont bien eu raison de parler du « pouvoir des images » ou de leur « force politique ».

On ne se prive pourtant pas de parler, symétriquement, de l’impuissance des images. Dans quels limbes de la conscience politique la photographie du petit Aylan Kurdi, retrouvé mort sur la plage de Bodrum, en Turquie, le 2 septembre 2015, s’est-elle perdue, à part son appropriation indigne par tel artiste contemporain ? Il y en a tellement, des images, qu’on finit par se retrouver dans une situation paradoxale. Bannières, boucliers ou appâts, les images sont faites pour capter notre attention. Mais elles sont si nombreuses, omniprésentes et mises en équivalence, qu’on ne les regarde plus vraiment : c’est trop, on n’y arrive plus, l’œil se noie....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Un documentaire captivant retrace sur Arte la vie mouvementée de l’artiste allemand, très engagé politiquement.
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Joseph Beuys, maître de la provocation

Un documentaire captivant retrace sur Arte la vie mouvementée de l’artiste allemand, très engagé politiquement.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 15h45
    |

            Mustapha Kessous








                        



   


Arte, mercredi 3 octobre à 22 h 30, documentaire
Cet homme n’a jamais fui les débats, même les plus virulents. Au contraire, il aimait la confrontation. Lors de conférences consacrées à ses créations ou face à des journalistes, ­Joseph Beuys (1921-1986) répondait aux critiques avec une repartie déroutante, sans jamais oublier de sourire. « Quel rôle jouent mes œuvres, c’est sans importance. ­Jetez donc mes œuvres par la fenêtre ! Je veux élargir la conscience des gens », défiait-il. Il résistait aux insultes et au mépris comme personne et semblait se nourrir des attaques sur son travail et sa manière de concevoir l’art. « Quand on me demande si je suis un artiste, je dis : “Arrête tes conneries”, expliquait-il. Je ne suis pas là pour décorer ce système pourri, délabré, puant. Je ne suis pas un artiste. Sauf si nous nous considérons tous comme des artistes. Dans ce cas, je suis d’accord. Autrement, non. »
De longs plans sur ses œuvres
Chapeau feutre éternellement vissé sur sa tête, gilet de pêche sur les épaules, Beuys s’était fait ­connaître à partir des années 1960. Cet Allemand allait, à travers ses œuvres (dessins, sculptures, vidéos), ses performances hors norme en public et ses immenses installations (comme au Musée Guggenheim de New York), devenir un agitateur du monde culturel sujet à toutes les controverses, au point d’être présenté comme « un démon de l’ordre public ». Artiste prolifique, il prenait le temps d’expliquer son approche de l’art : pourquoi il le voulait plus accessible et moins élitiste.
Il n’avait donc pas peur d’aller au contact des gens : il voulait les sensibiliser à la situation politique, les avertir du danger du capitalisme et, dès les années 1970, les convertir aux enjeux écologiques (il a ainsi participé à la création des Verts dans son pays). A partir d’images d’archives inédites, Beuys retrace la vie intime et artistique d’un homme tourmenté et complexe, sans tomber dans un angélisme hagiographique. La prouesse de ce film sans voix off est de donner le temps au téléspectateur d’apprécier ou de découvrir ses œuvres : de longs plans silencieux s’attardent sur certaines de ses créations pour nous permettre de mieux ­comprendre Joseph Beuys
Beuys, d’Andres Veiel (All., 2017, 105 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ L’envol est une structure qui lutte contre l’exclusion par l’art. Elle fait partie des quatre candidats aux prix « Coup de cœur du public » des Grands Prix de la finance solidaire.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Christian Petzold met en scène l’aveuglement des Allemands et la normalisation après la guerre.
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« Phoenix » : revenu des camps, un fantôme dérange les vivants

Christian Petzold met en scène l’aveuglement des Allemands et la normalisation après la guerre.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 13h00
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Arte, mercredi 3 octobre à 20 h 55, film
En 1945, les Allemands semblent employer toute leur énergie à survivre. Mais il leur faut fournir un autre effort, surhumain, pour fermer les yeux. Christian Petzold, né en Allemagne quinze ans après la destruction de Berlin, a entrepris un film impossible qui veut mettre en scène l’aveuglement qui vient après le crime, et la lutte des victimes survivantes pour ne pas être réduites à l’état de spectres invisibles. Comment le montrer ? Petzold sait bien qu’on ne peut mettre en scène ce qui s’est passé à l’intérieur du système concentrationnaire nazi. D’ailleurs, ce n’est pas le crime lui-même qui l’intéresse, mais ce moment où il a été nié, enfoui. Avec son coscénariste, Harun Farocki, ils ont choisi la voie du mélodrame, d’une histoire folle, paroxystique, pourtant contenue par la rigueur de la réflexion.
Nelly (Nina Hoss) a été laissée pour morte après qu’on lui a tiré une balle dans la tête juste avant l’arrivée des Alliés dans le camp d’extermination où elle attendait la mort. Elle a survécu sous un tas de cadavres. Quand son amie Lene (Nina Kunzendorf), berlinoise et juive comme elle, la prend en charge, elle est défigurée et riche de l’héritage de toute une famille assassinée. Lene veut l’emmener en Palestine, à Haïfa, mais Nelly veut retrouver son mari, Johnny (Ronald Zehrfeld). Elle le découvre en homme à tout faire dans un club fréquenté par les troupes d’occupation et les trafiquants.
Johnny ne reconnaît pas Nelly, dont le visage est encore meurtri. Il lui trouve une ressemblance extraordinaire avec son épouse et demande à celle qu’il prend pour l’une des créatures jetées à la dérive par la guerre de tenir le rôle de la disparue, afin de toucher son héritage. Johnny se fait metteur en scène et dirige Nelly dans un rôle qu’elle ne connaît que trop bien. La revenante, elle aussi aveuglée par le souvenir de l’amour qui fut, ne veut pas admettre l’évidence : la cupidité, la lâcheté, et peut-être la trahison, malgré les avertissements de Lene.
L’effacement de l’horreur
Il faut, pour toucher à la beauté de Phoenix, renoncer à se poser certaines questions qui relèvent de la logique du « ça ne se peut pas ». Nina Hoss est d’un grand secours. Le visage couvert de bandages puis à moitié défigurée, les cheveux filasse, avant de recouvrer sa beauté passée, elle laisse affleurer une vie entière de souffrances vécue en une année (elle a été arrêtée en 1944, nous dit le scénario) et l’espoir d’une autre vie qui ressemblerait au bonheur enfui. Ronald Zehrfeld, dans le rôle le plus ingrat que l’on puisse imaginer, explore toutes les stratégies qu’un lâche peut imaginer pour arriver à se regarder dans le miroir.
On sent bien que le spectacle que veut donner Petzold n’est pas celui de l’horreur qui vient d’arriver, mais celui de la normalité qui revient. Sa mise en scène, claire et précise, utilise les outils de la reconstitution historique sans y attacher une importance excessive. On voit brièvement les ruines, il n’y a pas de flash-back sur la déportation (juste un rêve, à la limite de l’abstraction), le reste du monde (les militaires alliés, les civils allemands) est tout juste suggéré.
Nelly résiste à cet effacement de l’horreur, dont elle devient le témoin unique. Elle voudrait garder l’amour de son homme et qu’au moins on l’écoute. Mais comme le dit Johnny quand elle s’inquiète de la réception que feront ses anciens amis à la vraie-fausse-vraie disparue : « Personne ne te demandera rien. »
Phoenix, de Christian Petzold avec Nina Hoss, Ronald Zehrfeld et Nina Kunzendorf (Allemagne, 2014, 98 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ A Blois du 10 au 14 octobre. Débats du « Monde », prix 2018, parution…
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Au programme des Rendez-vous de l’histoire 2018

A Blois du 10 au 14 octobre. Débats du « Monde », prix 2018, parution…



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 12h47
   





                        


Les 21es Rendez-vous de l’histoire, dont « Le Monde des livres » est partenaire, se tiennent à Blois du mercredi 10 au dimanche 14 octobre sur le thème « La puissance des images ». Lieu de rencontre privilégié entre les historiens et le grand public, ces rendez-vous se déclinent en débats, conférences, cafés littéraires, expositions, spectacles, cycle cinéma, ainsi qu’en un Salon du livre.
Programme complet et renseignements : rdv-histoire.com

   


Les débats du « Monde »
La photo d’actualité : fabrique d’icônes ?
Jeudi 11 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Jean-François Leroy, Laurent Van der Stockt, Marie Sumalla, rédactrice photo au Monde, et Emmanuel Davidenkoff, responsable du développement éditorial du Monde.
Les macronomics
Jeudi 11 octobre, de 19 heures à 20 heures, Maison de la magie
Grand entretien : Elie Cohen et Philippe Escande, journaliste au Monde.
Le monde échappe-t-il aux Occidentaux ?
Vendredi 12 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, hémicycle de la Halles aux grains
Avec Bertrand Badie, Michel Foucher et Gaïdz Minassian, journaliste au Monde.
A qui appartient l’entreprise ?
Vendredi 12 octobre, de 18 heures à 19 h 30, salle Kleber-Loustau, conseil départemental
Avec Patrick Artus, Pierre-André de Chalendar, Isabelle Ferreras, Jean-Paul Pollin et Antoine Reverchon, journaliste au Monde.
Notre histoire en images
Samedi 13 octobre de 11 h 30 à 12 h 30, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Régis Debray et Nicolas Truong, responsable du service Débats du Monde.
L’Afrique ancienne. De l’Acacus au Zimbabwe
Samedi 13 octobre, de 14 h 30 à 15 h 30, salle des conférences, château royal de Blois
Avec François-Xavier Fauvelle et Julie Clarini, responsable du supplément « Idées » du Monde.
L’histoire de l’Europe peut-elle nous aider à affronter les défis d’aujourd’hui ?
Samedi 13 octobre, de 16 heures à 17 h 30, amphi 1, université
Avec Christophe Charle, Daniel Roche, Bruno Dumézil et Jean Birnbaum, directeur du « Monde des livres ».
Les images et les couleurs de la Révolution
Dimanche 14 octobre, de 11 h 30 à 13 heures, salle Gaston d’Orléans, château royal de Blois
Avec Antoine de Baecque, Laurent Gervereau, Michel Pastoureau et Michel Lefebvre, responsable des hors-séries du Monde.
Il faut dire que les temps ont changé
Dimanche 14 octobre, de 11 h 45 à 12 h 45, hémicycle de la Halle aux grains
Grand entretien : Daniel Cohen et Antoine Reverchon, journaliste au Monde.
Michel Foucault, lecteur des Pères de l’Eglise
Dimanche 14 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Frédéric Gros, Jérôme Lagouanère, Jean Reynard et Florent Georgesco, journaliste au Monde.
Les prix 2018
Le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire récompensera Masha Cerovic pour son ouvrage Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques (1941-1944) (Seuil).
L’enquête de Masha Cerovic emmène, pour la première fois, les lecteurs français en un lieu singulier : derrière les lignes allemandes du front de l’Est, auprès des partisans soviétiques. Tandis que les populations civiles des zones conquises au cours de l’opération « Barbarossa » (déclenchée le 22 juin 1941) subissent la brutalité inouïe des nazis, des milliers d’hommes décident d’y reprendre le combat, à partir de 1942, avec des armes de fortune, abrités par les immenses marais et forêts de Biélorussie, où l’occupant peine à s’aventurer. L’auteure restitue les spécificités de ces espaces, de ces groupes d’hommes traqués, affamés, qui déploient à leur tour une violence impitoyable envers les Allemands et leurs collaborateurs ou présumés tels. Elle montre la singularité, aussi, de leur place dans la « grande guerre patriotique » que mène l’URSS de Staline : les partisans sont des héros célébrés, mais des éléments incontrôlables. Doté d’une réelle puissance d’écriture, le livre est, chose rare, documenté par un recours symétrique aux sources russes et allemandes. André Loez
Le prix Augustin-Thierry sera attribué à François Jarrige et Thomas Le Roux pour leur essai La Contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel (Seuil).
Le prix du roman historique sera décerné à Michel Bernard pour son roman Le Bon Cœur (La Table ronde).
Le prix Château de Cheverny de la bande dessinée historique couronnera l’album de Pascal Rabaté La Déconfiture. Seconde partie (Futuropolis).
Hors-série
50 images qui ont marqué l’histoire, 100 p., 8,50 €.
Les images historiques ou d’actualité ne sont jamais neutres : elles ne montrent pas la réalité, elles sont toujours une construction de celui qui les a produites et de celui qui les diffuse. Le nouveau hors-série du Monde, en partenariat avec les Rendez-vous de l’histoire de Blois, est conçu autour de cinquante documents, un choix arbitraire et difficile, qui cherchent à montrer des images ayant fait l’histoire, telle celle du charnier de Timisoara, en Roumanie, fin 1989, et des images qui racontent l’histoire, telles celles ayant trait à la bande à Bonnot, au début du XXe siècle. Enfin, une troisième partie tente de faire comprendre la fabrication des images et ses enjeux. Entretiens avec Charles Enderlin, Alain Sayag, Laurent Van der Stockt, Jean-François Leroy, portfolio et nombreuses analyses.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ La direction du MAC revient à la conservatrice Isabelle Bertolotti, jusqu’ici responsable des expositions.
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Nomination au Musée d’art contemporain de Lyon

La direction du MAC revient à la conservatrice Isabelle Bertolotti, jusqu’ici responsable des expositions.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 12h19
   





                        



   


Vacante depuis le départ à la retraite de Thierry Raspail, qui l’occupait depuis la fondation du musée par lui-même en 1984, la direction du Musée d’art contemporain (MAC) de Lyon revient à la conservatrice Isabelle Bertolotti. Elle était jusqu’ici responsable des expositions du musée. Elle assurera simultanément la direction artistique de la Biennale de Lyon et sera accompagnée par Matthieu Lelièvre, conseiller artistique chargé de la jeune création.

        Lire l’entretien avec Thierry Raspail :
         

          « L’art contemporain a de nouveaux fans »



La décision s’inscrit dans le cadre d’un remodelage des institutions muséales lyonnaises : le MAC et le Musée des beaux-arts (MBA) sont désormais associés dans un « pôle des musées d’art de Lyon », sous l’autorité de la directrice du MBA, Sylvie Ramond. Chaque établissement garde son autonomie, mais « une stratégie commune va permettre de mettre les collections du MBA et du MAC en résonance » selon les termes du communiqué de la mairie de Lyon.
Sur le Web : www.mac-lyon.com et www.mba-lyon.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Le compositeur italien a signé les musiques de plus de 250 films dans tous les genres du cinéma populaire.
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Le musicien Stelvio Cipriani est mort

Le compositeur italien a signé les musiques de plus de 250 films dans tous les genres du cinéma populaire.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 12h06
    |

                            Jean-François Rauger








                        



                                


                            

Les courtes et entêtantes lignes mélodiques de trois notes au clavecin brutalement surmontées par des cuivres en folie sur les poursuites en voitures, les chœurs enfantins et morbides sur des plans de nymphettes sortant du collège, les accords lounge illustrant les paysages urbains de l’Italie des années 1960 et 1970, les percussions exotiques sur les eaux troubles d’une baie maudite. Voici quelques-unes des marques de fabrique d’un des plus talentueux musiciens de films qui soit. Sans Stelvio Cipriani, le cinéma italien populaire n’aurait pas été complètement ce qu’il a aussi été : un opéra trivial et distancié, lyrique et jouissivement vulgaire à la fois. Stelvio Cipriani est mort à Rome le 1er octobre.
Il y était né le 20 août 1937. Parallèlement à des études d’ingénieur, il étudie la musique à l’Académie Sainte Cécile à Rome. Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il fait partie d’un petit orchestre se produisant sur un bateau proposant des croisières entre New York et les Caraïbes. C’est à New York, au célèbre Birdland, qu’il rencontre le pianiste de jazz Dave Brubeck (célèbre notamment pour son tube Take Five). Il lui interprète une fugue de Bach au piano et sera amené, dira-t-il, à perfectionner son style avec et grâce à lui. De retour à Rome, il se produit dans quelques night clubs, accompagnant le chanteur Peppino di Capri. Il repère, lors d’un festival de musique, la toute jeune Rita Pavone qui deviendra, dans les années 1960, une immense vedette de la chanson de variétés et dont il aidera musicalement les premiers pas.
Prolifique carrière
Il écrit sa première musique de film en 1966, pour un western, Les Tueurs de l’Ouest, d’Eugenio Martin. L’acteur principal du film, Tomas Milian, déclara : « La musique du film remporta un gros succès. On la devait à un jeune musicien que j’avais repéré en me rendant dans une maison de disque. Je l’avais entendu jouer, au piano, une musique dont je pensais qu’elle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Dans un message, diffusé en ligne mais impossible à authentifier, la star, silencieuse depuis juin, reconnaît ses errances fiscales et encense le Parti communiste.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤                     
                                                

Les excuses très publiques de Fan Bingbing, actrice chinoise en difficulté avec le fisc

Dans un message, diffusé en ligne mais impossible à authentifier, la star, silencieuse depuis juin, reconnaît ses errances fiscales et encense le Parti communiste.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 11h56
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 13h56
    |

            Brice Pedroletti








                        



   


Après plusieurs mois de silence, la star du cinéma chinois Fan Bingbing est sortie de son silence mercredi 3 octobre en publiant une longue lettre d’excuses sur Weibo, le Twitter chinois, dans lequel elle exprime sa reconnaissance envers le Parti communiste chinois :
« Je vous présente mes sincères excuses à tous. En tant que personnalité publique, j’aurais dû me conformer à la loi et être un exemple pour la société et l’industrie. La perspective de bénéfices économiques n’aurait pas dû me faire perdre ma retenue et éviter des procédures administratives, ce qui m’a menée à transgresser la loi. Sans le Parti communiste et les politiques justes de l’Etat, sans l’amour du peuple, il n’y aurait pas de Fan Bingbing. »
L’actrice de 37 ans, qui est aussi mannequine et productrice, fait en effet l’objet d’une enquête des autorités fiscales, qui l’accusent de ne pas avoir réglé des dizaines de millions de dollars d’impôt. Selon l’agence de presse officielle Chine nouvelle, elle doit payer 883 millions de yuans (129 millions de dollars) en impôt, amende et pénalité.
Sa disparition des écrans et des publicités, son mutisme depuis la fin de mai, avaient laissé penser qu’elle avait été « mise au secret », c’est-à-dire placée en détention dans une résidence désignée à cet effet par la police chinoise pour enquête, comme celle-ci le fait avec les officiels corrompus ou bien les dissidents.
Selon nos sources, Mlle Fan aurait été arrêtée au début d’août, environ deux semaines après son retour d’un voyage privé aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. Sa « disparition » et le scandale de ses cachets astronomiques avaient ensuite nourri une vague de critiques sur les réseaux sociaux chinois contre elle-même et les autres « profiteurs » de l’industrie du spectacle, en particulier du cinéma, en pleine bulle financière. Le message Weibo de l’actrice indique qu’un dénouement est proche, même s’il n’est accompagné d’aucune preuve qu’elle en est bien l’auteure ni d’aucune information sur sa situation actuelle.

        Le récit des derniers mois :
         

          Inquiétude sur le sort de l’actrice chinoise Fan Bingbing, bannie des écrans



Système de doubles contrats

   


Les ennuis de la star avaient débuté en mai, lorsqu’un ex-présentateur de la télévision publique avait publié sur Internet ce qu’il présentait comme des contrats de l’actrice. Selon ces documents, l’actrice aurait été officiellement payée 10 millions de yuans (1,3 million d’euros) pour quatre jours de travail, mais aurait en réalité touché 50  millions de yuans supplémentaires. Le film concerné, qui n’était pas mentionné sur les documents mis en ligne, serait Dà Hōngzhà (Unbreakable Spirit), une superproduction chinoise sur la seconde guerre mondiale avec Bruce Willis. L’actrice mentionne d’ailleurs le film comme l’un de ceux pour lesquels elle avait eu recours au procédé du « double contrat », ou contrat « yin et yang ».
Celui-ci fonctionne selon le principe suivant : l’un des contrats, au cachet le plus faible, est destiné à être présenté au fisc ; l’autre, avec un cachet bien plus élevé, est gardé secret pour éviter une imposition trop lourde. Les autorités fiscales de la province du Jiangsu (Est) avaient alors ouvert une enquête à la suite du tollé que ces révélations avaient suscité dans l’opinion publique chinoise. Fan Bingbing n’avait pas été citée nommément par les autorités, mais des entreprises qu’elle possède ont leur siège dans cette province et les réseaux sociaux n’ont cessé d’en faire la cible de l’enquête en cours.
Une personne au moins a été arrêtée dans le cadre de cette enquête pour avoir dissimulé et « délibérément détruit » des documents comptables, selon Chine nouvelle, qui ne dévoile pas son identité. Il s’agirait de l’agent et producteur taïwanais de l’actrice. Dans la foulée de l’enquête sur Mlle Fan, les autorités ont élargi leurs investigations à l’ensemble de l’industrie du spectacle.
Les cachets exorbitants des stars du cinéma et de la télévision suscitent régulièrement des polémiques en Chine. Selon le magazine américain Forbes, Fan Bingbing, qui est notamment apparu dans la série X-Men, a été en 2007 la célébrité chinoise la mieux payée, avec des revenus de 300 millions de yuans (38 millions d’euros). Si les premières excuses officielles de la plus grande star de Chine montrent qu’elle devrait échapper à la prison, sa carrière pourrait pâtir du scandale. Les autorités chinoises ont par le passé privé d’écran des personnalités du cinéma qui avaient eu maille à partir avec la justice, en imposant un boycott informel à l’industrie.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Succès critique qui se joue à guichet fermé au London Palladium depuis le 21 juin, cette nouvelle version de la comédie musicale dépoussière celle de 1951, aux accents colonialistes. Une version filmée sera diffusée en salle le 29 novembre.
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« The King and I » entre dans la modernité


                      Succès critique qui se joue à guichet fermé au London Palladium depuis le 21 juin, cette nouvelle version de la comédie musicale dépoussière celle de 1951, aux accents colonialistes. Une version filmée sera diffusée en salle le 29 novembre.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 11h15
    |

            Eric Albert (Londres, correspondance)








   


Un siècle et demi après ses quelques années passées à la cour du roi du Siam, Anna Leonowens continue étrangement à fasciner, au moins à travers le monde anglophone. Cette gouvernante anglaise, appelée par le roi Rama IV, en 1862, pour donner à ses 39 femmes et 82 enfants une « éducation occidentale », est le personnage central de la comédie musicale The King and I, qui se joue à guichet fermé au London Palladium depuis le 21 juin. Signe de son succès, le spectacle est prolongé de trois semaines et sera diffusé le 29 novembre au cinéma.
Tirée des Mémoires de l’ancienne maîtresse d’école – dont la précision historique est controversée –, l’histoire a été romancée une première fois par l’auteure américaine Margaret Landon, dans un livre publié en 1944, et mise en scène sept ans plus tard à Broadway dans une comédie musicale du duo américain Rodgers et Hammerstein. Puis elle a été adaptée au cinéma à trois reprises (dont Le Roi et Moi, de Walter Lang, avec Deborah Kerr, en 1956, puis Anna et le Roi, d’Andy Tennant, avec Jodie Foster, en 1999) ainsi que dans un dessin animé…

        Lire aussi :
         

                Anna et le Roi, un amour haut en couleur



Loin de donner une impression de déjà-vu, la nouvelle version, jouée sur Oxford Street, est unanimement saluée par la critique : « Quel régal » (The Times), « Pas une seule scène n’est pas agréable à regarder » (Financial Times), « Merveilleusement luxuriant » (The Evening Standard). Il faut dire que le show, créé il y a trois ans par l’Américain Bartlett Sher – déjà récompensé par un Tony Award en 2008 pour sa mise en scène de South Pacific, du même duo Rodgers et Hammerstein –, au Lincoln Center, à New York, est une superproduction comme le West End les aime.
Ken Watanabe et Kelli O’Hara très convaincants
Les costumes sont grandioses, entre les habits de soie de la cour thaïlandaise et les immenses robes de la gouvernante – l’une est estimée à 15 000 livres, l’équivalent de près de 17 000 euros.
La première version de 1951 était un hymne à la colonisation, cette nouvelle adaptation a intelligemment su contourner ce problème.
Les acteurs principaux sont très convaincants : le Japonais Ken Watanabe, connu pour ses rôles dans les blockbusters hollywoodiens Godzilla et Inception, incarne un roi tyrannique mais charmant, hésitant entre l’ouverture au monde et la défense des coutumes du Siam ; l’Américaine Kelli O’Hara, grande figure des comédies musicales de Broadway, joue une Britannique d’une époque coloniale, sûre de la domination de sa culture tout en étant éprise des grands principes, dont la fin de l’esclavage et l’égalité des femmes. Le tout avec entrain, humour et une maîtrise technique parfaite.
Alors que la première version de 1951 était un hymne à la colonisation – Anna est une gentille Anglaise qui vient éduquer une société sous-développée pour y apporter la « civilisation » et convainc progressivement le souverain des bienfaits de son point de vue –, cette nouvelle adaptation a intelligemment su contourner ce problème.
Un écho à la société post-Brexit
Il faut comprendre cette pièce comme une fable. Elle explore le choc des cultures, et pourrait être transposée dans le Royaume-Uni du Brexit, les Etats-Unis de Trump ou l’Europe des populistes. Ce rééquilibrage en faveur de Rama IV, qui, au fur et à mesure de l’histoire, aspire à plus d’égalité, rend au passage la censure thaïlandaise actuelle – la loi contre le crime de lèse-majesté y est sévère – d’autant plus anachronique.

Anna et ses costumes victoriens particulièrement peu pratiques du fait de la chaleur locale sont dûment moqués – « Je ne peux même pas passer les portes lorsque je porte mes robes, ironisait l’actrice en juillet dernier dans le Daily Express. C’est pourquoi mon dressing a été installé tout près de la scène. » Le roi, qui en 1951 n’était même pas joué par un Asiatique, mais par le Russe Yul Brynner (à 4 625 reprises), est montré sous un jour subtil. Il rage de passer pour un « barbare » aux yeux des émissaires anglais qui viennent le voir, parle anglais et latin, et croit en la science, acceptant que la Terre soit ronde. Manière de faire entrer de plain-pied The King and I dans la modernité.
« The King and I », mise en scène par Bartlett Sher, au London Palladium, jusqu’au 29 septembre. Une version filmée sera diffusée en salle le 29 novembre. kingandimusical.co.uk/



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Pour l’ancien ministre de la culture, dans une tribune au « Monde », à l’initiative de la loi adoptée en 2003, considérer les dispositions de ce texte comme des niches fiscales est insupportable.
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Jean-Jacques Aillagon : « Ne touchons qu’avec prudence à la loi sur le mécénat »

Pour l’ancien ministre de la culture, dans une tribune au « Monde », à l’initiative de la loi adoptée en 2003, considérer les dispositions de ce texte comme des niches fiscales est insupportable.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 10h12
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h59
    |

Jean-Jacques Aillagon (Ancien ministre de la culture)







                        



                                


                            

Tribune. La loi sur le mécénat et les fondations, loi du 1er août 2003 que j’ai eu l’honneur de porter devant le Parlement, fait aujourd’hui l’objet de débats [dans son projet de loi de finances 2019 présenté lundi 24 septembre, le gouvernement envisage notamment de diminuer les réductions d’impôt dont bénéficient les entreprises qui font du mécénat]. Ces débats sont bienvenus. Je n’aurai pas la prétention de penser que la loi à laquelle certains accolent mon nom est un terminus et qu’elle ne serait pas susceptible d’être en certains points améliorée.
Que l’on se garde aussi de céder à l’« overdose législative », l’un des grands maux politiques de notre pays
Cependant, que l’on n’oublie pas que cette loi porte sur le mécénat en faveur de toutes les causes d’intérêt général et non sur le mécénat au bénéfice des seuls projets culturels, même si c’est un ministre de la culture qui en a eu l’initiative. C’est l’orientation exclusive du débat actuel sur les seules modalités du mécénat culturel qui m’amène à faire ce rappel, craignant d’ailleurs que cette obsession ne soit que l’une des expressions supplémentaires de la détestation de certains pour la dépense culturelle de la collectivité nationale.
Que l’on se garde aussi de céder à l’« overdose législative », l’un des grands maux politiques de notre pays, le Parlement s’y épuisant dans un activisme qui, comme celui de Pénélope, défait la nuit ce qui a été fait le jour. Les bonnes lois ne sont-elles pas des lois stables et sûres, celles dont la société s’approprie l’usage, ce qui est le cas de la loi sur le mécénat ?
Inconséquence
Ce qui est, par ailleurs, insupportable, c’est l’inconséquence avec laquelle certains, désignant comme des « niches » les dispositions fiscales de la loi, manifestent leur incompréhension totale de la philosophie politique qui en a soutenu l’élaboration. Cette loi affirme que la prise en charge de l’intérêt général ne relève pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Le bâtiment du XVIIe siècle accueille, du 5 au 7 octobre, une manifestation savoureuse et pluridisciplinaire.
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La rencontre de l’art et de la gastronomie au château du Feÿ

Le bâtiment du XVIIe siècle accueille, du 5 au 7 octobre, une manifestation savoureuse et pluridisciplinaire.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 10h02
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 11h51
    |

            Harry Bellet








                        



                                


                            

Le château du Feÿ, à Villecien, près de Joigny (Yonne), a reçu autrefois deux hôtes illustres : saint Vincent de Paul et Ninon de Lenclos. Pas en même temps, hélas, car, comme le chantait Brassens, la chose serait délectable, et c’est bien regrettable, ça nous aurait fait rire un peu. Toutefois, une jeune architecte, Jessica Angel, a décidé d’y convier ensemble, et pour trois jours, du 5 au 7 octobre, une pléiade de très jeunes talents.
Si jeunes que, vu notre grand âge, on n’en connaît pas les trois quarts : ce n’est pas bien grave, il faut faire confiance aux petits nouveaux. Ils ne sont pas moins d’une vingtaine de commissaires d’exposition, tout aussi frais, à avoir lancé leurs filets loin, souvent très loin, et parfois très profond. De mémoire de critique, on n’avait jamais vu un tel réseau.
Des films inédits
D’autant que le festival Rencontres d’arts se veut pluridisciplinaire : il y sera question de cinéma, de performances, d’édition, d’art contemporain, de musique et de gastronomie, ce dernier point, en Bourgogne, n’étant pas le moins important. Un chef au nom prestigieux (Romain Escoffier) vient de Beaune, on ne l’insultera pas en disant que c’est le régional de l’étape, mais on attend aussi Pablo Sotor du Noma de Copenhague, ainsi qu’une demi-douzaine d’autres.
Repus, les visiteurs auront droit à une sélection de films inédits projetés le jour et la nuit, à des spectacles de danse, de théâtre (on annonce même quelques happenings) avec des œuvres créées pour l’occasion par Alex Cecchetti, Chavki, la compagnie La Mer Noire, Emile Degorce Dumas & Hélène Garcia, MJ Harper, Elsa Philippe & Wanda Rivière ou Rémi Voche. Le tout dans le château (un bâtiment pour l’essentiel érigé au XVIIe siècle), mais aussi dans ses dépendances, qui valent le coup d’œil, voire, c’est prévu, dans des souterrains, sinon des oubliettes, et dans un petit bout des quarante-deux hectares de forêts qui l’environnent.
Artistes (très) contemporains
Il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Comment dialoguer avec sa fille, partie faire le djihad en Irak ? L’écrivain marocain Rachid Benzine a répondu à cette douloureuse question sous la forme d’un roman épistolaire, « Lettres à Nour », dont il lit désormais des extraits sur scène. Il participera au Monde Festival, le dimanche 7 octobre, pour une représentation au Théâtre des Bouffes du Nord.
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                Face à des jeunes radicalisés, « c’est le dialogue qui fait qu’on reste humain »


Comment dialoguer avec sa fille, partie faire le djihad en Irak ? L’écrivain marocain Rachid Benzine a répondu à cette douloureuse question sous la forme d’un roman épistolaire, « Lettres à Nour », dont il lit désormais des extraits sur scène. Il participera au Monde Festival, le dimanche 7 octobre, pour une représentation au Théâtre des Bouffes du Nord.

LE MONDE
                 |                 03.10.2018 à 10h00
                 |

            Michel Guerrin

















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Un écrivain, par ailleurs islamologue et enseignant, qui joue au théâtre, c’est rare. ­Dimanche 7 octobre, le ­Marocain Rachid Benzine sera sur la scène du Théâtre des Bouffes du Nord dans le cadre du Monde Festival. Avec la comédienne Lina El Arabi, il lira sa « Lettre à Nour », tirée de son roman Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? (Seuil, 2016). Il s’agit d’un échange épistolaire entre un père philosophe, musulman épris des ­Lumières, et sa fille Nour, 20 ans, partie faire le djihad en Irak, où elle a épousé un lieutenant de Daech. Cette lecture sera suivie d’un débat sur la radicalisation de la jeunesse. Avec Rachid Benzine.
Pourquoi monter sur scène pour lire ce qu’il a écrit ? « Il y a beaucoup de moi dans le personnage du père : amoureux des ­libertés, qui fait un travail solitaire et se raccroche à l’espoir qu’un jour le monde arabe sera un monde libre et apaisé. » Il ajoute : « En lisant sur scène, je prends conscience du poids des mots que j’ai écrits. Je me les réapproprie, je les lis, je les incarne. » 
Ce roman épistolaire, devenu ensuite spectacle théâtral, est nourri du travail de recherche universitaire de Benzine, mais aussi de ses échanges, en prison, avec des djihadistes rentrés de Syrie. Il l’a écrit après les attentats de novembre 2015. « C’est comme si une part de moi s’en était prise à une autre part de moi. » Il aurait pu, comme d’autres, rédiger un ­essai politique ou sociologique, il a opté pour la forme romanesque, afin de mieux exprimer ce qu’il ressentait.
Quand l’amour ne meurt pas
Certains jeunes radicalisés ont coupé tout lien avec leur famille, mais d’autres ont gardé le contact. C’est ce qu’a décidé d’explorer Benzine, qui met en avant deux raisons que tout oppose, mais aussi une écoute que l’on croit impossible.
« C’est le dialogue qui fait qu’on reste humain. Il demeure, car l’amour entre ce père et sa fille ne meurt pas. » L’échange épistolaire permet aussi à chaque protagoniste de développer ses positions, ses blessures aussi, sans être interrompu, sans tomber dans un ping-pong qui peut tourner à l’invective. « Une lettre est à la fois réponse à l’autre et monologue intérieur, qui permet de visiter sa propre ­pensée. » Et puis, dit Benzine, « on décrit souvent le jeune radicalisé sans le laisser parler ».
« C’est dangereux de penser que seuls des jeunes “paumés” font le choix du djihad. »
Le dialogue est possible parce que Nour a un discours construit. Benzine justifie son profil : « J’ai choisi une fille parce que le phénomène des femmes djihadistes n’a fait que s’étendre. Elle est cultivée car, contrairement à ce que l’on pense souvent, la Syrie n’attirait pas que des jeunes déclassés. En prison, j’ai rencontré des gens qui ont fait de longues études, en histoire, en socio­logie. C’est dangereux de penser que seuls des jeunes “paumés” font le choix du djihad. »
La question de la complaisance
L’écoute ne peut-elle pas passer pour complaisante envers un discours radicalisé ? « On me pose souvent la question, mais il vaut mieux affronter les arguments plutôt que de les balayer. Je ne justifie pas l’injustifiable, même s’il n’est pas facile d’entendre ce que Nour nous dit ! Ces jeunes radicalisés ­dénoncent un Occident qui n’est pas à la hauteur de ses idéaux – invasion de l’Irak après des années de blocus, situation en Palestine, etc. Ça fait mal, mais il faut écouter. » 
Et pour que ce soit clair, Benzine ajoute : « Je ne me sens pas ­déchiré, je suis résolument du côté de la vie, et toutes les idéologies mortifères sont pour moi à combattre. »
D’autres livres abordent la radicalisation de la jeunesse, et leurs auteurs ont souvent reçu des menaces de mort. « Moi, non. Est-ce parce que j’ai parlé du sujet sous forme de fiction ? Je ne sais pas. » Il a déjà « joué » son texte en France et en Belgique. « Ce partage artistique libère la parole. J’en ressors chaque fois ému par les réactions du public. » 
Notamment les jeunes, en milieu scolaire. La pièce a aussi été donnée dans des prisons. « Le meilleur compliment est venu de détenus djihadistes, qui m’ont félicité tout en avouant que le spectacle leur enlevait une partie de leur colère. Ce combat n’est pas vain. Il y va de notre humanité. »
Dans le cadre du MONDE FESTIVAL, Rachid Benzine lit ses « Lettres à Nour », dimanche 7 octobre à partir de 19 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord. Après le spectacle, débat animé par Luc Bronner, directeur des rédactions du « Monde ».

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Michel Guerrin
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Ils ont réalisé des scènes d’amour d’anthologie. Nous avons demandé à Abdellatif Kechiche, Claire Denis et Serge Bozon de choisir à leur tour, dans l’histoire du cinéma, une de leurs scènes d’amour préférées.
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                Trois scènes d’amour qui ont inspiré Abdellatif Kechiche, Claire Denis et Serge Bozon


Ils ont réalisé des scènes d’amour d’anthologie. Nous avons demandé à Abdellatif Kechiche, Claire Denis et Serge Bozon de choisir à leur tour, dans l’histoire du cinéma, une de leurs scènes d’amour préférées.

LE MONDE
                 |                 03.10.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 09h57
                 |

            Jacques Mandelbaum

















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Dimanche 7 octobre, au théâtre des Bouffes du Nord, nous invitons trois des plus grands cinéastes français, dans le cadre du Monde Festival, à commenter une scène d’amour extraite d’un de leurs films, choisie par nos soins pour son caractère anthologique, et projetée en préambule aux débats.
Claire Denis nous parlera ainsi de la scène d’ouverture, drôle et amère, d’Un beau soleil intérieur (2017). Abdellatif Kechiche d’une séquence torride de Mektoub my love, canto uno (2018). Serge Bozon d’un passage sado-maso délirant de Tip Top (2012).

        Rencontre au Monde Festival :
         

          Le cinéma à l’épreuve de la chair



Nous avons demandé à chacun d’entre eux de choisir à leur tour une de leurs scènes d’amour préférées dans l’histoire du cinéma. Le pari était que leur choix dirait quelque chose d’eux-mêmes comme artistes, dessinerait une possible filiation.
Nous n’avons pas été déçus. Désir meurtrier de Shohei Imamura, cinéaste phare de la Nouvelle vague nippone, dit quelque chose du cinéma charnel, subversif, parfois malaisant de Claire Denis. Je tu il elle de Chantal Akerman, figure radicale du cinéma moderne, pulvérise comme le fait Kechiche les règles narratives du cinéma par la durée hallucinée de ses plans et son appétit charnel. Place aux jeunes de Léo McCarey, signé d’un des plus grands et singuliers réalisateurs classiques hollywoodiens, trouve comme son jeune émule français des voies volontairement détournées pour atteindre à la profondeur du sentiment.
Nous avons demandé aux trois cinéastes de nous expliquer leur choix.
Claire Denis : « Shohei Imamura est un metteur en scène qui a tout défié , la censure, les tabous »
La séquence choisie : le viol dans Désir meurtrier de Shohei Imamura
« C’est l’été à Paris, au début des années 80. C’est aussi la saison des reprises dans les salles de cinéma. Serge Daney a écrit un article pour Libération dans lequel il se réjouissait que parmi les reprises soit annoncé Désir Meurtrier de Shohei Imamura. Désir meurtrier est le titre français, d’autres traduisent le titre japonais par Désirs impurs ou Appel à l’homicide. Lequel est le plus juste ? Désir meurtrier, c’est ce titre qui m’a attirée et le nom d’Imamura un metteur en scène qui a tout défié, la censure, les tabous, et dont je n’avais vu alors que La Femme Insecte à la cinémathèque.
Serge Daney a des mots tendres , sexués, charnels . Il décrit l’héroïne, il l’appelle « la grosse cochonne  » et c’est terriblement beau et doux. Je suis happée tout de suite, prise d’avance dans cette nasse. J’ai vu le film deux fois, et jamais plus depuis comme si rien du film ne peut s’effacer. Physiquement. Charnellement . Plastiquement aussi forcément, des images en Cinémascope noir et blanc, placides, calmes mais du coup tellement inquiétantes, des images qui utilisent tout l’espace du rectangle pour y faire entrer le trouble, le désir, le désir d’en mourir, elles sont indélébiles.
Dans mon désordre , dans le désordre de mes cellules, le film repasse comme ces trains qui grondent derrière la fenêtre de la maison où vit la cochonne, sur la voie ferrée qui traverse tout le film, les trains qui disparaissent dans un tunnel , celui qui fonce sur nous et qui va nous broyer. A cet instant je sens que je veux être broyer. En finir comme cette jeune femme, la cochonne , qui va plonger sous la locomotive, un bond et puis non, elle est transie de remords oui mais à cet instant elle renonce, elle croit qu’elle doit vivre pour son fils alors qu’elle vit pour assouvir ce désir qui change tout dans ses journées d’automne puis d’hiver, ses journées sinistres de femme méprisée, asservie, utilisée pour l’hygiène sexuelle de l’homme, le père du fils, petit garçon idolâtré et je crois franchement monstrueux. Elle, elle n’est rien, elle sert c’est tout, ou plutôt elle est moins que rien : fille de prostituée. Un trou pour jouir en vitesse.
La grosse cochonne est belle, sa chair paraît si douce, moelleuse , on ne voit qu’elle cette chair voluptueuse, sa pâle lueur dans la maison. Sur la cuisse nue un vers à soie rampe vers la culotte blanche. Une culotte de nonne. Cette culotte qui a l’air de flamber sous l’ampoule qui se balance quand le voleur-violeur la regarde inerte, cuisses ouvertes, le corps étalé au milieu de la pièce. Après le viol , il y a une caresse et enfin un baiser, un baiser qui la ranime, qui lui donne la vie. Ce plan proche des deux profils, au sol qu’on voit naître et durer. La cochonne a tout le temps faim, elle mange, elle grignote, quand elle cuisine elle goûte à même la casserole, elle est affamée. Le violeur-voleur revient. Il a faim d’elle. Le désir inassouvi est le combustible des films. »

Serge Bozon : « Léo McCarey atteint, comme par bonheur, la révélation du sentiment le plus profond »
La séquence choisie : la conversation téléphonique de la vieille femme avec son époux, pendant la partie de bridge chez son fils et sa belle-fille, dans Make Way for tomorrow (Place aux jeunes, 1937) de Léo McCarey. 
« Dans la même scène, il y a l’amour conjugal et l’ingratitude filiale. Personne ne veut récupérer ensemble les deux parents si vieux, réduits à se parler au téléphone, chacun chez un de leurs enfants. C’est comme la scène du téléphone (encore) de Cette sacré vérité, où Gary Grant devient soudainement grave face à Irene Dunne, ou la dernière scène de Elle et lui, où il comprend soudain pourquoi Deborah Kerr n’était pas au rendez-vous promis, ou la dernière scène des Cloches de Sainte-Marie, où Ingrid Bergman accepte la révélation soudaine de sa maladie (mortelle) comme un miracle... 
L’amour se révèle dans l’adversité. L’adversité n’est pas légère, la révélation si - la scène semble ne reposer sur rien. Si Léo McCarey est pour moi le cinéaste de l’amour, pas de la séduction (comme Lubitsch), du désir (comme Walsh), de la passion (comme Sirk), c’est en effet lié à cette question de labeur. Il est, avec Hawks, le seul cinéaste où on ne sent jamais le sérieux du travail et de l’engagement personnel. Sauf que Hawks pouvait s’épanouir dans n’importe quel genre (western, film noir, comédie, science-fiction, aventure...) et McCarey dans aucun - sinon ceux qu’il inventait tout seul (après ses années de formation burlesque), tous plus improbables les uns que les autres : comédies musicales chrétiennes (La Route semée d’étoiles, Les Cloches de Sainte-Marie), mélodrames comiques (les deux Elle et Lui), comédies de remariage suivant pas à pas l’invasion nazie en Europe (Honeymoon), mélo familiaux maccarthystes (My Son John), contes cruels sur la sainteté (Good Sam), etc. 
A chaque fois, on est ébahi par ce qu’il atteint, comme par bonheur, à savoir la révélation du sentiment le plus profond, l’amour. L’amour dans ce qu’il a aussi de quotidien, toutes ces années passées ensemble, sans que rien ne leste le couple toujours suspendu à la révélation de son besoin l’un de l’autre. Merci à Lucie de m’avoir remis ce film en mémoire. »

Abdellatif Kechiche : « Chantal Akerman revendique la jouissance féminine et son droit d’y parvenir »
La séquence choisie : la scène d’amour entre deux filles dans Je tu il elle de Chantal Akerman. 
« La séquence d’amour qui m’a le plus troublé est sans doute celle qui survient à la fin du film Je tu il elle de Chantal Akerman. Filmée en plans larges et fixes, la scène rappelle les tableaux de nymphes de la Renaissance. Les corps des jeunes filles sont deux statues qui se mêlent l’une à l’autre comme provenant d’un seul et même bloc de pierre, c’est émouvant.
Puis les statues s’animent dans un combat presque animal, montrant une hyper-réalité crue rare au cinéma. Chantal se met en scène, sans pudeur, sans gêne, sans censure. Elle revendique la jouissance féminine et son droit d’y parvenir »
(Nous vous invitons à retrouver cet extrait sur Internet ou dans une cinémathèque).
Les réalisateurs Serge Bozon, Claire Denis et Abdellatif Kechiche sont les invités du Monde Festival pour une rencontre sur le thème « Le cinéma à l’épreuve de la chair », organisée le dimanche 7 octobre, de 12 h 30 à 14 heures, au Théâtre des Bouffes du Nord. Un débat animé par Jacques Mandelbaum, journaliste au « Monde ».

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.




Jacques Mandelbaum
    













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Le festival Actoral, à Marseille, défend les « écrivains de la scène », qui souffrent d’un manque de reconnaissance.
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Les auteurs de théâtre donnent de la voix

Le festival Actoral, à Marseille, défend les « écrivains de la scène », qui souffrent d’un manque de reconnaissance.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 09h21
    |

                            Fabienne Darge (Marseille, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Il en a un peu assez, Hubert Colas. Assez des clichés qui voudraient que l’écriture théâtrale en France soit moribonde, et les auteurs dramatiques aussi. Il est bien placé pour observer le contraire : auteur, il a créé en 2001, à Marseille, un lieu pionnier, Montévidéo, consacré aux écritures contemporaines, au sens le plus large du terme. Et un festival, Actoral, qui se tient jusqu’au 13 octobre et fête lui aussi ses 18 ans. Au fil des années, Actoral s’est développé au point de faire figure de cousin marseillais du Festival d’automne.
Hubert Colas n’est pas le seul à observer le « hiatus effarant entre la vitalité de l’écriture dramatique – ou scénique – aujourd’hui et son absence de visibilité dans les instances de validation “officielles” : médias, théâtres, grandes maisons d’édition, librairies… » Derrière le bataillon de tête formé par Michel Vinaver, Yasmina Reza, Valère Novarina, Joël Pommerat, Wajdi Mouawad ou Olivier Py – sans compter des romancières comme Marie NDiaye ou Christine Angot, qui écrivent aussi pour la scène –, il existe une garde nombreuse de – bons – auteurs. La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) ne donne pas de chiffres, mais on peut estimer qu’une bonne cinquantaine d’« écrivains de la scène » travaillent régulièrement, ce qui constitue une floraison inédite.
Emilie Rousset, auteure : « La notion d’auteur est devenue plus mouvante, plus complexe, et donc moins repérée »
Mais ces auteurs se sentent mal-aimés, mal considérés, et ont commencé à donner de la voix, en ce début d’Actoral, avant de pouvoir s’exprimer de manière plus large lors d’assises de l’écriture contemporaine réclamées au ministère de la culture qui devraient se tenir en 2019. Qu’il s’agisse de Lætitia Dosch ou de Rodrigo Garcia, qui montraient leurs dernières créations, d’Hubert Colas lui-même, présent avec sa nouvelle pièce, Désordre, ou de Yoann Thommerel, Vincent Thomasset, Sonia Chiambretto, Lancelot Hamelin,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Dans le cadre du Monde Festival, le chorégraphe José Montalvo invitera le public à danser, le 7 octobre. Il proposera quelques gestes, des motifs simples et clairs. Pas question ici de se régler sur tout le monde mais d’être soi-même, dans un esprit de fête collective.
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                Une performance participative au Monde Festival : eh bien, dansez maintenant !


Dans le cadre du Monde Festival, le chorégraphe José Montalvo invitera le public à danser, le 7 octobre. Il proposera quelques gestes, des motifs simples et clairs. Pas question ici de se régler sur tout le monde mais d’être soi-même, dans un esprit de fête collective.

LE MONDE
                 |                 03.10.2018 à 09h00
                 |

                            Rosita Boisseau

















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Il aime partager, rassembler. Chorégraphe, figure du spectacle et de la danse depuis le milieu des années 1980, José Montalvo revendique un art qui sait prendre la main de l’autre, courir après un partenaire, former une chaîne ininterrompue de gestes dont l’énergie se propage en ondes positives dans l’espace.
Dans la bonne humeur,José Montalvo accueille tout un chacun dans un tourniquet de mouvements et de plaisirs.
Son énergie repose sur ceci : danser avec le public, faire corps dans l’élan, et front commun en rythme, pour retrouver les fondamentaux du bonheur de la relation. Ce ­meneur de jeu, nourri aux fiestas espagnoles de son enfance, aime transformer un événement à sa mesure : en faire un « bal », une fête. Dans la bonne humeur, il ­accueille tout un chacun dans un tourniquet de mouvements et de plaisirs dont il est le Monsieur Loyal bienveillant.
Le bal de José Montalvo peut se jouer en salle mais aussi en plein air – dans les jardins, les rues, sur une place publique… Pour le Monde Festival, il trouve un nouveau lieu d’accueil, ô combien prestigieux car doré comme jamais, celui du Palais Garnier, à Paris.
Sous le plafond de Chagall, devant quatre cents personnes, José Montalvo va inviter ceux qui ont envie de danser à grimper sur le plateau. Sous sa houlette et celle de la chorégraphe et merveilleuse ambianceuse Chantal Loïal, épaulée par ses percussionnistes, il va proposer quelques gestes, des motifs simples et clairs pour que chacun trouve sa route. Et sa place. Les participants auront le loisir de se débrouiller avec les pas proposés sans entrer dans le moule de l’identique et de la perfection. Pas question ici de se régler sur tout le monde mais de trouver le bon code d’accès perso pour être soi-même.
Sens festif du collectif
Lors du Grand Bal, organisé par Montalvo le 13 juillet 2017, au Grand Palais, à Paris, le public, qui dansait, avait aussi le loisir de regarder les autres évoluer. Et il faut reconnaître que la joie de contempler la foule en train de s’éclater tranquillement faisait aussi partie des bienfaits de cette étonnante liesse populaire. Sans l’idée de faire spectacle avec les performances parfois maladroites des participants, encore moins de voyeurisme, danser et regarder danser fusionnaient dans le même bain atmosphérique. Une façon de retrouver le sens festif du collectif. Cinq mille personnes y ont guinché. Au Monde Festival, une partie du public regardera aussi…
Sous l’influence des dadaïstes mais aussi des écrivains Rabelais, La Fontaine, James Joyce et bien d’autres, José Montalvo, en équipe avec Dominique Hervieu jusqu’en 2012, aujourd’hui directeur de la Maison des arts de Créteil, a ciselé une esthétique du collage, écriture métisse débordante de personnages colorés sur fond de vidéos qui galopent plus vite que la musique. Entre contemporain, hip-hop, classique, danse africaine et flamenco, il a distingué des interprètes inclassables dont Chantal Loïal qui a illuminé ses spectacles de 1997 à 2007. Parallèlement, ­depuis le milieu des années 1990, il tient les rênes d’opérations comme « Danses à voir et à danser » qui se déroulent dans différentes villes de France. Au cœur de son désir : que la danse devienne un art de ­vivre pour le plus grand nombre.
Engouement
Depuis le fameux Bal moderne, créé en 1993, par Michel Reilhac au Théâtre ­national de Chaillot, pour lequel les chorégraphes avaient inventé des enchaînements de pas accessibles à tous, les rendez-vous participatifs se multiplient à une ­vitesse supersonique.
Ils ont pris, selon les moments, des visages particuliers, glissant du spectacle incluant des amateurs au milieu de performeurs à des événements massifs conçus pour les non-professionnels. Les exemples pullulent sur le fil de propositions variées : 40 Espontaneos (2004), mis en scène par Maria Ribot, jetait 28 personnes dans un fou rire nerveux ; dans DFS (2016), de François Chaignaud et Cecilia Bengolea, le public profitait d’une leçon de dancehall jamaïcain.
Constatant l’engouement des spectateurs, des chorégraphes, soutenus par les institutions, ont repris le principe, ­multipliant des rendez-vous spécifiques.
En 2001, Thierry Malandain lance, sur la plage de Biarritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, la « gigabarre » qui accueille ceux qui le désirent pour un training. En 2011, au Grand Palais, Blanca Li organise la Fête de la danse durant laquelle tout un chacun a pu apprendre différents styles. Dans Kadamati, Akram Khan rassemble sept cents amateurs pour une performance de six minutes. En 2016, Anne Teresa de Keersmaeker imagine Slow Walk, marche urbaine au ralenti.
Casser le fichu quatrième mur entre la scène et la salle
Les enjeux de ces événements festifs et collectifs, qui électrisent l’imagination, sont nombreux. Du côté des artistes : ­renouer avec les spectateurs que la danse contemporaine peut laisser perplexe et la faire reconnaître par le grand public, casser le fichu quatrième mur entre la scène et la salle, ou encore apporter un vent de fraîcheur.
Pour les participants, très demandeurs de performances participatives : danser, être intégrés dans un spectacle, découvrir les coulisses de l’exploit, la griserie du plateau…
La formule « faire danser la communauté » revient régulièrement pour pointer le retour au rituel très présent sur le front du spectacle vivant. Au carrefour de l’artistique, du sociétal et du politique, le participatif devient la courroie de transmission d’un désir vibrant des danseurs et des spectateurs de se retrouver en direct et en toute simplicité.
LE MONDE FESTIVAL : Faire danser le public, le dimanche 7 octobre, de 10 heures à 13 heures, au Palais Garnier (grande salle). Spectacle présenté par Rosita Boisseau.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
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Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
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                                                Par                                                    Rosita Boisseau














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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Au Met et au Bode-Museum, des expositions marient des arts dissemblables pour susciter la curiosité des visiteurs.
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A New York comme à Berlin, l’art du choc esthétique

Au Met et au Bode-Museum, des expositions marient des arts dissemblables pour susciter la curiosité des visiteurs.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 08h58
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 16h48
    |

                            Philippe Dagen (New York et Berlin)








                        



                                


                            

Ce qui se passe depuis le 10 mai au Metropolitan Museum de New York est inattendu et instructif. On ne saurait trop conseiller aux directeurs et conservateurs de musées français d’aller visiter l’exposition « Heavenly Bodies », qui s’y tient jusqu’au 8 octobre. Et d’y aller quand les salles sont pleines de monde et les œuvres à peine accessibles. « Heavenly Bodies » a pour sous-titre : La mode et l’imaginaire catholique.
Elle occupe trois lieux : les salles d’art byzantin et médiéval du Met, l’Anna Wintour Costume Center au sous-sol du même bâtiment et le musée The Cloisters, où ont été remontés les cloîtres et autres édifices religieux démontés en Espagne, en Italie ou en France à la fin du XIXe siècle et transportés en ce lieu, au nord de Harlem. Elle rassemble les riches collections médiévales du musée, un ensemble de vêtements pontificaux prêtés par le Vatican et une anthologie de ce que la religion ­catholique a inspiré, aux XXe et XXIe siècles, à la haute couture. Il y a là les signatures d’Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, John ­Galliano ou Azzedine Alaïa.
La liste des maisons est brillante : Lanvin, Schiaparelli, Versace, Dolce et Gabbana, Chanel, Dior, Valentino, Balenciaga, Lacroix, Gaultier – 55 en tout, pour 150 modèles, la plupart sur des mannequins.
La cohérence est évidente, car les vêtements sacerdotaux et les arts religieux ont inspiré les couturiers bien plus qu’on ne le supposerait
La cohérence est évidente, car les vêtements sacerdotaux et les arts religieux ont inspiré les couturiers bien plus qu’on ne le supposerait. Ce qu’ils font des soutanes, robes des ordres féminins et masculins, chasubles et surplis est soit d’une sobriété impeccable, soit d’une folie délicieuse – costumes d’ange à grandes ailes blanches et couronnes de madones hérissées de rayons dorés. Les perles, les joyaux, vrais ou faux, les lamés d’argent et d’or, les broderies les plus compliquées abondent....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Renouant avec la tradition des clubs, l’établissement parisien offre sa scène à un orchestre en résidence.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤                     
                                                   
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Le Duc des Lombards célèbre chaque mois un géant du jazz

Renouant avec la tradition des clubs, l’établissement parisien offre sa scène à un orchestre en résidence.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 08h33
    |

                            Francis Marmande








                        



                                


                            

Au tout début de chaque mois (les 2 et 3 octobre ce mois-ci), le Duc des Lombards offre sa scène à son All Stars maison. Ancienne tradition des clubs avec laquelle renoue le lieu parisien : Géraud Portal (contrebasse et leader, né à Bourges en 1987), Luigi Grasso et Pierrick Pedron (saxophonistes de luxe), Hermon Mehari (jeune trompettiste supérieur né à Detroit, dans le Michigan), Eric Legnini ou Laurent Courthaliac (pianistes de catégorie), Lawrence Leathers ou Antoine Paganotti (batterie). All Stars classieux, tonique, enjoué, doublement salutaire : les jeunes musiciens y reconnaîtront de jeunes maîtres. Le profane, inutilement intimidé par son fantasme – le jazz, ce trop lumineux objet du désir –, y prendra un énorme plaisir simple.
Le Duc’s All Stars interprète Cannonball Adderley. Julian Edwin Adderley (1928-1975), celui dont on voulut faire le successeur de Charlie « Bird » Parker, devint assez vite « Cannonball » Adderley. De Miles Davis à Joe Zawinul, personne ne s’est trompé sur son compte.
Diction, scansion, clarté, swing du syntagme, tout dit le jazz dans la musique d’Aznavour
Un codicille, à l’heure où tout s’est dit sur Charles Aznavour : il est (et le prouve) un interprète de jazz. Diction, scansion, clarté, swing du syntagme, tout dit le jazz dans la musique d’Aznavour.
Interprète de Cannonball Adderley, la bande de Géraud Portal fait sienne la phrase de Luigi Grasso : « Je n’ai pas peur de dire que je suis musicien de jazz ». Ça nous change.
C’est Louis Haynes, batteur et ami, qui surnomme Julian Adderley « Cannonball ». Epoque où celui-ci dirige la Dillard High School de Fort Lauderdale, en Floride. Il a 20 ans, et son spectaculaire appétit lui vaut d’abord le sobriquet de « Cannibal », que sa limpidité d’exécution à l’alto fit muter en « Cannonball ».
« Jams » et autres bœufs
L’All Stars en résidence au Duc n’usurpe pas son titre. Chacun a sa carrière, sa reconnaissance, ses albums, et le club...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ La réalisatrice reprend un projet inachevé du cinéaste, tiré d’un roman de Castelo Branco.
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« Le Cahier noir » : Valeria Sarmiento dans les pas de Raoul Ruiz

La réalisatrice reprend un projet inachevé du cinéaste, tiré d’un roman de Castelo Branco.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 16h50
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                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
En 2010, Mystères de Lisbonne, magnifique fresque labyrinthique qui transportait le spectateur dans les intrigues de l’Europe napoléonienne du XIXe siècle, couronnait d’un succès public et artistique la carrière prolifique de Raoul Ruiz (1941-2011). Depuis son décès, Valeria Sarmiento, sa monteuse et compagne, également cinéaste, a repris les rênes de ses projets inachevés, ayant partie liée à l’univers foisonnant de l’écrivain portugais Camilo Castelo Branco (1825-1890), auteur du roman-feuilleton dont fut tiré Mystères de Lisbonne.

        Lire le focus sur la rétrospective à la Cinémathèque française :
         

          L’univers baroque, féminin et surréaliste de Valeria Sarmiento



Après Les Lignes de Wellington, en 2012, repris à la volée par Sarmiento, Le Cahier noir s’inscrit lui aussi dans la « galaxie » des Mystères… Il est adapté d’un autre récit de Castelo Branco, Le Livre noir de Père Dinis (1855), sorte de préquel (épisode antérieur) indépendant à la saga originelle, et conçu avec la même équipe de collaborateurs (Carlos Saboga au scénario, Paulo Branco à la production et Jorge Arriagada à la musique).

        Lire la critique des « Lignes de Wellington » :
         

          Valeria Sarmiento gagne l'ultime guerre de Raul Ruiz



A Rome, vers la fin du XVIIIe siècle, peu avant les orages de la Révolution française, Laura (Lou de Laâge), une jeune nourrice, se prend d’affection pour l’enfant sur lequel elle veille, transbahuté entre les mains de plusieurs gentilshommes mêlés à d’obscures affaires. La bonne et le petit partagent une même incertitude : leur naissance est maintenue sous le sceau nébuleux du secret, consigné en ce qui concerne le garçon dans un petit cahier noir dont ses tuteurs successifs s’échangent la possession. Ils rejoignent bientôt Paris en compagnie du marquis de ­Lusault (Niels Schneider), qui prend l’enfant sous sa protection et la nourrice à son service. La jeune domestique ne tarde pas à s’éprendre de ce fringant aristocrate, noceur invétéré, qui lui rend des visites nocturnes impromptues et la possède à l’occasion ­entre les murs de sa chambre.
Mais le mariage soudain de ­celui-ci avec Suzanne de Monfort (Jenna Thiam), une demoiselle de sa condition, jette Laura dans le désespoir et la maladie. Suivie par l’inquiétant et ténébreux affidé, surgissant ici ou là comme une ombre, d’un cardinal de Rome aux nombreuses défroques (Stanislas Merhar), la jeune femme souffrante est enlevée vers le Vatican et séparée de sa pupille jusqu’à nouvel ordre…
L’esthétique du feuilleton
Sans viser la grande forme et les arabesques somptueuses de Mystères de Lisbonne, Le Cahier noir se présente comme une déclinaison de celui-ci sur le mode mineur d’une série B. Tout ici est mis en scène avec une économie judicieuse qui, à force de litotes visuelles et narratives, parvient à suggérer une scène historique agitée d’obscurs mouvements, passant allègrement de Rome à Londres, de Parme à Paris, glissant de salons en chambres et de couloirs en catacombes.
Ce qui intéresse ici Sarmiento, c’est d’investir pleinement l’esthétique du feuilleton, registre sériel qui la fascine, pour générer autant de péripéties que de répétitions, de révélations que de cachotteries, de personnages que de masques, de plein que de vide, dans un élan arborescent qui pourrait n’avoir jamais de fin. Le Cahier noir, feuilleton au premier degré, abrite en même temps une réflexion sur le genre, cette fiction obsédée par les séparations et les retrouvailles des mêmes personnages, aux quatre coins du monde et sous différentes identités.
« Le Cahier noir » oscille ainsi sans cesse entre le drame historique et le « soap opera », entre l’attrait du mystère et la vacuité qu’il recouvre
Avec son image en dégradés de couleurs rouge et noir et sa palette de comédiens aux interprétations flottantes, résolument non naturalistes, Le Cahier noir oscille ainsi sans cesse entre le drame historique et le soap opera, entre l’attrait du mystère et la vacuité qu’il recouvre. Son véritable objet est bien sûr la valse vertigineuse des identités : la nourrice se révélant de noble condition, le cardinal ­revêtant nombre de déguisements profanes, l’enfant devenant grand et son origine demeurant jusqu’au bout le point aveugle du récit.
Et si les identités s’avèrent si fluctuantes, c’est parce qu’elles sont minées par une profonde angoisse des origines sociales. Angoisse qui concerne, en dernier recours, la condition des femmes, dont la vertu est maintenue sous cloche : domestiques troussées, mariages arrangés et passions adultères forment ici un faisceau de causes expliquant incidemment pourquoi, dans ce vaste monde, les enfants savent si peu d’où ils viennent.

Film français et portugais de Valeria Sarmiento. Avec Lou de Laâge, Stanislas Merhar, Niels Schneider, Jenna Thiam (1 h 53). Sur le Web : alfamafilms.com/film/le-cahier-noir

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 3 octobre)
A Star Is Born, film américain de Bradley Cooper (à voir)Amin, film français de Philippe Faucon (à voir)Le Cahier noir, film français et portugais de Valeria Sarmiento (à voir)Chris the Swiss, documentaire et film d’animation suisse d’Anja Kofmel (à voir)Nos batailles, film belge et français de Guillaume Senez (à voir)Blindspotting, film américain de Carlos Lopez Estrada (pourquoi pas)Frères ennemis, film belge et français de David Oelhoffen (pourquoi pas)La Saveur des ramen, film japonais et singapourien d’Eric Khoo (pourquoi pas)Shut Up and Play the Piano, documentaire allemand de Philipp Jedicke (pourquoi pas)Upgrade, film australien de Leigh Whannell (pourquoi pas)
A l’affiche également :
16 levers de soleil, documentaire français de Pierre-Emmanuel Le GoffAlad’2, film français de Lionel SteketeeLa Chasse à l’ours, programme biélorusse et britannique de trois courts-métrages d’animation de Joanna Harrison, Tatiana Kublitskaya, Robin Shaw et Ruslan SinkevichEn mille morceaux, film français de Véronique MériadecNico & Patou, fim d’animation finlandais et japonais de Mariko Härkönen et Ismo VirtanenUne fois comme jamais, film français de Céline Pouillon





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La Cinémathèque française présente, jusqu’au 7 octobre, l’œuvre de la réalisatrice chilienne.
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Rétrospective : l’univers baroque, féminin et surréaliste de Valeria Sarmiento

La Cinémathèque française présente, jusqu’au 7 octobre, l’œuvre de la réalisatrice chilienne.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h21
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 07h23
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            Clarisse Fabre








                        



                                


                            

Ne ratez pas la comète ­Valeria Sarmiento à la Cinémathèque, à Paris : jusqu’au 7 octobre, son univers baroque, féminin, entêtant (soit une quinzaine de films au total) est à découvrir dans le temple habituellement très masculin de l’histoire du cinéma, alors que sort en salle, mercredi 3 octobre, son dernier long-métrage, Le Cahier noir. Sa­medi 6 octobre, à 15 heures, la réalisatrice chilienne, âgée de 69 ans, présentera son art du mélodrame indiscipliné. Son imagination ­débordante suinte de bizarreries.

Si la filmographie de Sarmiento est souvent mise en regard avec celle de Raul Ruiz (1941-2011) – auquel la Cinémathèque a consacré une rétrospective en 2016 –, ce n’est pas pour cantonner la réalisatrice à son statut d’ex-épouse du cinéaste chilien, auteur des Mystères de Lisbonne (2010), mais parce que ce couple d’artistes a entretenu un long et fructueux compagnonnage esthétique, se renvoyant sans cesse la balle sous les yeux du producteur portugais Paulo Branco (Alfama films). Leurs deux univers se sont nourris l’un l’autre, Sarmiento ayant monté des films majeurs de Ruiz, tandis que ce dernier a signé ou cosigné des scénarios pour Sarmiento.

Très engagés politiquement, Ruiz et Sarmiento ont fui le Chili après le coup d’Etat de 1973 et se sont installés en France. Les premières œuvres documentaires de Sarmiento portent la trace de la mélancolie, comme Le Mal du pays (1979). « Valeria Sarmiento est la part femme de Raul un peu cachée. Tous deux sont arrivés à Paris en 1973 à une époque où le ­cinéma était marqué par le naturalisme de Rivette et Eustache. Sarmiento et Ruiz étaient aux antipodes et refusaient absolument le réalisme », résume le patron de la Cinémathèque, Frédéric Bonnaud, qui a découvert l’œuvre de la réalisatrice en tant que spectateur dans les années 1980, avant même d’être critique de cinéma.
Les premières œuvres documentaires de Valeria Sarmiento portent la trace...



                        

                        


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« Amin » : Philippe Faucon saisit la pulsation des cœurs

Le réalisateur s’attache à un homme sénégalais et une femme française, en déshérence affective, qui vont s’aimer.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h20
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            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Mine de rien, cela fait bientôt trente ans que ça dure, Philippe Faucon. Si ce n’était le récent succès de Fatima (César du meilleur film 2016), l’œuvre demeurerait gravement sous-estimée eu égard à sa réelle valeur. Elle peut pourtant, à juste titre, faire la fierté du système de soutien français, la liste étant ­ancienne et longue (René Allio, Paul Vecchiali, Luc Moullet, René Féret…) de ces artisans créateurs qui, sans nécessairement toucher à la gloire, contribuent à la ­richesse esthétique et spirituelle de notre cinéma. Faucon se distingue, quant à lui, par une ­conception de son art touchant à l’épure, un intérêt jamais démenti pour les êtres minorés.

        Lire la critique (Festival de Cannes 2018) :
         

          « Amin », un regard à hauteur d’humanité



Des jeunes filles en rupture de ban familiale et sentimentale de ses débuts (L’Amour, 1990) aux personnages des communautés venues de l’immigration qui prennent rapidement « la vedette » dans ses films (Samia, 2000), toujours cette même ­justesse, toujours cette même volonté de soustraire les personnages aux idées préconçues et à l’idéologie, toujours cette même sensation, pour le spectateur, que la vie se révèle à la fois plus simple et plus complexe qu’on ne croit.
Faucon, en un mot, naturalise par le cinéma des personnes, des groupes et des situations que de sombres esprits et de mauvaises politiques distordent et caricaturent. Il cueille ses histoires dans la trivialité même de la vie sociale, en resserre l’énigme dans l’espace et le temps, prend à ses acteurs, souvent non professionnels, leur intime pulsation, et fait de chacun de ses films le moment miraculeux d’une possible compréhension des choses et des êtres qui nous semblent a priori étrangers.
Transparence et sobriété
Voyez Amin. Une sorte de moment épidermique. Une rencontre improbable. Une histoire simplissime, encore que complexe en ses ressorts intimes. Amin (Moustapha Mbengue) est un père de famille sénégalais qui est ouvrier dans le bâtiment en France pour rapporter non pas du superflu mais juste le nécessaire au village. On connaît, de l’extérieur, sa vie française, conditionnée par les pratiques des petits ­artisans du métier : jongler en permanence avec les chantiers et avec les équipes, travailler à flux tendu, déborder sur la nuit. Exténuant.

        Lire le portrait (Festival de Cannes 2018) :
         

          Moustapha Mbengue, acteur écartelé



On connaît moins, en revanche, la relation des travailleurs immigrés avec cet arrière-pays qui est le leur. Cela, le film le montre à l’occasion d’un retour occasionnel d’Amin. Une femme combative, qui défend au pays les intérêts de la famille mais lui tient rigueur de la tenir éloignée. Des enfants qu’il ne voit pas grandir. Un frère qui compte sur lui pour monter un business. Toute une communauté suspendue aux dons de ses enfants partis dans cette diaspora laborieuse.
Deux solitudes s’épanchent, se désirent, se réchauffent, se confient, se racontent. Rien de plus, rien de moins non plus
Ainsi est rendu sensible le poids qui pèse sur cet homme, sa solitude parmi des compagnons de travail souvent aussi solitaires que lui et dont le film esquisse, pour certains d’entre eux, le destin. De cet état des choses, mis en scène avec transparence et ­sobriété, ­insensiblement une ­intrigue prend corps. Retenu pour finir seul un chantier dans une maisonnette de banlieue, Amin, pourtant taiseux et rétif, est d’abord touché par la gentillesse de la propriétaire – Gabrielle (Emmanuelle Devos), une infirmière séparée d’un compagnon qui la harcèle – avant de consentir au rappro­chement qu’elle met, peut-être inconsciemment, en œuvre.
Deux solitudes se sont simplement croisées. Elles s’épanchent, se désirent, se réchauffent, se confient, se racontent. Rien de plus, rien de moins non plus. Deux expériences de vie si dissemblables, deux mondes que l’on voudrait nous faire croire étanches, vont ainsi l’un vers l’autre, exerçant une curiosité bienveillante pour autrui, cédant à l’urgence de défaire une défiance qui oppresse. L’impossibilité même de leur couple – trop tôt pour elle, trop tard pour lui – leur fait une liberté tendrement conquérante, les donne en exemple édifiant qu’il suffit à l’humanité de consentir à elle-même. Ainsi, ce film très ténu, délibérément inabouti, dépositaire d’un simple moment de réconfort amoureux sans visée ni calcul, passe dans le dur paysage environnant comme un très beau souci.

Film français de Philippe Faucon. Avec Emmanuelle Devos, Moustapha Mbengue (1 h 31). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/amin.html



                            


                        

                        

