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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Le philosophe et historien de l’art interroge les usages qui sont faits des images, au centre des 21es Rendez-vous de l’histoire de Blois (10-14 octobre), dont « Le Monde des livres » est partenaire.
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Images-pouvoirs ou images-désirs ?, par Georges Didi-Huberman

Le philosophe et historien de l’art interroge les usages qui sont faits des images, au centre des 21es Rendez-vous de l’histoire de Blois (10-14 octobre), dont « Le Monde des livres » est partenaire.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 16h21
    |

                            Georges Didi-Huberman (Philosophe)








                        



                                


                            
Les Rendez-vous de l’histoire

Il y a bien des raisons pour s’inquiéter du pouvoir des images. Les images ont du pouvoir. Pire : elles sont du pouvoir. Lorsqu’on disait, autrefois, que « le portrait de César, c’est César », on voulait entendre par là que l’effigie du souverain sur les monnaies avait une force de loi effective jusqu’aux confins de l’Empire, c’est-à-dire en l’absence de l’empereur : l’image sur la monnaie assumait donc l’autorité même du souverain. Aujourd’hui, les hommes de pouvoir promulguent leurs décrets avec un œil rivé sur ce qu’ils nomment eux-mêmes leur « image » : une nouvelle « loi sur la pauvreté », par exemple, sera-t-elle susceptible de modifier l’image qui colle à la peau d’un « président des riches » ?
Impuissance des images
Entendues ainsi, les images seraient comme les monnaies, les bannières, les boucliers, les masques, les appâts – voire les armes à part entière, s’il est vrai que les images ont une efficacité qui leur est propre –, bref, autant de dispositifs inhérents à toute stratégie politique et à tout processus historique en général. En ce sens, les anthropologues, les sémiologues ou les historiens ont bien eu raison de parler du « pouvoir des images » ou de leur « force politique ».

On ne se prive pourtant pas de parler, symétriquement, de l’impuissance des images. Dans quels limbes de la conscience politique la photographie du petit Aylan Kurdi, retrouvé mort sur la plage de Bodrum, en Turquie, le 2 septembre 2015, s’est-elle perdue, à part son appropriation indigne par tel artiste contemporain ? Il y en a tellement, des images, qu’on finit par se retrouver dans une situation paradoxale. Bannières, boucliers ou appâts, les images sont faites pour capter notre attention. Mais elles sont si nombreuses, omniprésentes et mises en équivalence, qu’on ne les regarde plus vraiment : c’est trop, on n’y arrive plus, l’œil se noie....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Fondateur de la théorie des organisations, l’universitaire, mort le 27 septembre, a révolutionné de nombreux domaines de l’économie, de la psychologie, de la sociologie, des sciences de l’éducation et de la philosophie politique
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Mort de l’économiste américain James Gardner March

Fondateur de la théorie des organisations, l’universitaire, mort le 27 septembre, a révolutionné de nombreux domaines de l’économie, de la psychologie, de la sociologie, des sciences de l’éducation et de la philosophie politique



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 16h29
    |

Thierry Weil (Chaire Futurs du travail et de l'industrie à Mines Paristech)







                        


                                                        
La prestigieuse Harvard Business Review publia, en décembre 2003, le résultat d’une enquête menée auprès de 200 « gourous » du management, leur demandant quels étaient les penseurs vivants qui les avaient le plus influencés. Le nom qui revenait régulièrement était celui du célèbre Pr Peter Drucker ; mais le deuxième, James March, était inconnu du grand public. Pourtant, cet universitaire discret, mort le 27 septembre, en Californie, a révolutionné de nombreux domaines de l’économie, de la psychologie, de la sociologie, des sciences de l’éducation et de la philosophie politique.
James March, né le 15 janvier 1928, est un des fondateurs de la théorie des organisations (comment les comportements individuels s’articulent pour produire le comportement d’une organisation), de l’apprentissage organisationnel (comment les organisations font évoluer leur vision du monde et leurs règles de fonctionnement) et du néo-institutionnalisme (quelles institutions structurent favorablement le comportement des individus, des organisations et de la société).
« Don Quichotte » pour comprendre les organisations
Il a aussi marqué des générations d’étudiants enthousiastes, qu’il fit travailler à partir d’œuvres littéraires comme Don Quichotte et Guerre et Paix, plutôt que sur les classiques « études de cas » de décisions managériales comme dans les business schools.
Selon les économistes traditionnels, un décideur étudie les conséquences des différents choix possibles et sélectionne celui qui produit le meilleur résultat. Mais, comme l’a montré James March, un décideur submergé ne peut inventorier et évaluer toutes les actions envisageables. Au lieu d’optimiser chaque choix, il s’arrête à la première solution conduisant à un résultat jugé satisfaisant selon ses critères du moment.
Les choses se compliquent au sein des organisations, où la décision résulte de coalitions politiques entre des protagonistes aux convictions et intérêts parfois...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Pour le sociologue Alain Policar, dans une tribune au « Monde », la réponse qu’il convient d’apporter à la gauche identitaire ne réside pas dans un républicanisme bien souvent mal à l’aise face à la diversité. Il faut plutôt œuvrer à augmenter la possibilité de chacun à participer au débat démocratique.
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La gauche et les minorités : « Les illusions de l’identité »

Pour le sociologue Alain Policar, dans une tribune au « Monde », la réponse qu’il convient d’apporter à la gauche identitaire ne réside pas dans un républicanisme bien souvent mal à l’aise face à la diversité. Il faut plutôt œuvrer à augmenter la possibilité de chacun à participer au débat démocratique.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 14h18
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 14h38
    |

                            Alain Policar (Sociologue au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)








                        



                                


                            

Tribune. Le récent affrontement entre Mark Lilla et Eric Fassin (Le Monde daté 1er octobre), malgré d’incontestables mérites, ne semble pas percevoir que l’affrontement entre « gauche identitaire » (dénoncée par M. Lilla) et républicanisme assimilationniste (dénoncé par E. Fassin) n’échappe pas aux illusions de l’identité. On doit pouvoir penser autrement les exigences de la justice sociale.
Les penseurs « décoloniaux » ont cru pouvoir construire une opposition, parfaitement factice, entre deux formes d’antiracisme, le « politique » et le « moral »
D’un côté, il est reproché à une certaine « gauche », celle qu’incarne « idéal-typiquement » Eric Fassin, de sacrifier l’humanisme universaliste au profit d’une description du monde en termes de groupes culturels, voire de « races », profondément distincts.
Et, en effet, les penseurs « décoloniaux » ont cru pouvoir construire une opposition, parfaitement factice, entre deux formes d’antiracisme, le « politique » – dont ils se réclament – et le « moral » – qui serait à leurs yeux une simple posture majoritairement adoptée par la bourgeoisie blanche. La « tolérance » à l’égard des thèses racialistes du Parti des indigènes de la République (PIR) et de sa porte-parole et initiatrice Houria Bouteldja est, à de nombreux égards, à l’origine de cette étrange dichotomie.

On aurait ainsi, d’une part, un antiracisme moral, lequel serait coupable de se méprendre sur la nature du racisme, en se contentant de « répéter le principe universel de l’égalité des êtres humains, d’affirmer la disqualification scientifique du concept de race biologique, de rappeler à l’envie [sic] qu’“il n’y a qu’une seule race : la race humaine” » (voir le blog de Hourya Bentouhami) et, de l’autre, un antiracisme politique qui affirmerait deux choses fondamentales : « le racisme a des conditions historiques et politiques ayant présidé à son émergence et déterminant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ La chercheuse, qui avait contribué au renouvellement des études littéraires, est morte le 29 septembre à Paris.
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La mort de la chercheuse et critique littéraire Pascale Casanova

La chercheuse, qui avait contribué au renouvellement des études littéraires, est morte le 29 septembre à Paris.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 12h49
    |

Gisèle Sapiro (Directrice d'études à l'EHESS et Directrice de recherche au CNRS)







                        



                                


                            

Pascale Casanova, morte le 29 septembre à Paris, laisse une œuvre marquante, traversée par la question de l’autonomie de la littérature, mais aussi des inégalités entre langues et cultures. Elle était née le 14 février 1959 à Tours.
C’est d’abord comme critique littéraire exigeante que Pascale Casanova s’est faite connaître à la fin des années 1980. Loin des concessions à l’air du temps, elle a introduit un grand nombre d’écrivains novateurs, français et étrangers, sur France Culture, dans l’émission « Panorama » puis dans ses « Jeudis littéraires » devenus « Mardis », et son « Atelier littéraire ». Comme dans La Quinzaine littéraire et la revue Liber.
Après un premier ouvrage sur Beckett (Beckett, l’abstracteur, Seuil, 1997) qui compare son refus de la figuration à l’abstraction en art, elle publie son livre majeur, La République mondiale des lettres (Seuil, 1999 ; rééd. « Points essais », 2008), tiré de la thèse de doctorat qu’elle a soutenue sous la direction de Pierre Bourdieu en 1997. Traduit en anglais chez Harvard University Press (2005), ce livre a rencontré un vaste écho international.
A contre-courant des pronostics déclinistes sur la place de la culture française dans le monde comme des tendances statistiques révélant la faible part d’essais d’auteurs féminins parmi les flux de traductions, cette réception internationale est un phénomène singulier. Devenu rapidement un classique, son livre a contribué au renouvellement des études littéraires en général et de la littérature comparée en particulier, parallèlement aux travaux de Franco Moretti et de David Damrosch. Son retentissement est allé bien au-delà, en sociologie, en histoire, et dans les milieux intellectuels. « Casanova’s World Republic of Letters is a unique book ! », écrit le Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk à l’annonce de son décès.
Une analyse démystificatrice
Dans ce livre, Pascale Casanova décrit l’émergence...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ A Blois du 10 au 14 octobre. Débats du « Monde », prix 2018, parution…
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Au programme des Rendez-vous de l’histoire 2018

A Blois du 10 au 14 octobre. Débats du « Monde », prix 2018, parution…



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 12h47
   





                        


Les 21es Rendez-vous de l’histoire, dont « Le Monde des livres » est partenaire, se tiennent à Blois du mercredi 10 au dimanche 14 octobre sur le thème « La puissance des images ». Lieu de rencontre privilégié entre les historiens et le grand public, ces rendez-vous se déclinent en débats, conférences, cafés littéraires, expositions, spectacles, cycle cinéma, ainsi qu’en un Salon du livre.
Programme complet et renseignements : rdv-histoire.com

   


Les débats du « Monde »
La photo d’actualité : fabrique d’icônes ?
Jeudi 11 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Jean-François Leroy, Laurent Van der Stockt, Marie Sumalla, rédactrice photo au Monde, et Emmanuel Davidenkoff, responsable du développement éditorial du Monde.
Les macronomics
Jeudi 11 octobre, de 19 heures à 20 heures, Maison de la magie
Grand entretien : Elie Cohen et Philippe Escande, journaliste au Monde.
Le monde échappe-t-il aux Occidentaux ?
Vendredi 12 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, hémicycle de la Halles aux grains
Avec Bertrand Badie, Michel Foucher et Gaïdz Minassian, journaliste au Monde.
A qui appartient l’entreprise ?
Vendredi 12 octobre, de 18 heures à 19 h 30, salle Kleber-Loustau, conseil départemental
Avec Patrick Artus, Pierre-André de Chalendar, Isabelle Ferreras, Jean-Paul Pollin et Antoine Reverchon, journaliste au Monde.
Notre histoire en images
Samedi 13 octobre de 11 h 30 à 12 h 30, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Régis Debray et Nicolas Truong, responsable du service Débats du Monde.
L’Afrique ancienne. De l’Acacus au Zimbabwe
Samedi 13 octobre, de 14 h 30 à 15 h 30, salle des conférences, château royal de Blois
Avec François-Xavier Fauvelle et Julie Clarini, responsable du supplément « Idées » du Monde.
L’histoire de l’Europe peut-elle nous aider à affronter les défis d’aujourd’hui ?
Samedi 13 octobre, de 16 heures à 17 h 30, amphi 1, université
Avec Christophe Charle, Daniel Roche, Bruno Dumézil et Jean Birnbaum, directeur du « Monde des livres ».
Les images et les couleurs de la Révolution
Dimanche 14 octobre, de 11 h 30 à 13 heures, salle Gaston d’Orléans, château royal de Blois
Avec Antoine de Baecque, Laurent Gervereau, Michel Pastoureau et Michel Lefebvre, responsable des hors-séries du Monde.
Il faut dire que les temps ont changé
Dimanche 14 octobre, de 11 h 45 à 12 h 45, hémicycle de la Halle aux grains
Grand entretien : Daniel Cohen et Antoine Reverchon, journaliste au Monde.
Michel Foucault, lecteur des Pères de l’Eglise
Dimanche 14 octobre, de 14 h 30 à 16 heures, salle des conférences, château royal de Blois
Avec Frédéric Gros, Jérôme Lagouanère, Jean Reynard et Florent Georgesco, journaliste au Monde.
Les prix 2018
Le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire récompensera Masha Cerovic pour son ouvrage Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques (1941-1944) (Seuil).
L’enquête de Masha Cerovic emmène, pour la première fois, les lecteurs français en un lieu singulier : derrière les lignes allemandes du front de l’Est, auprès des partisans soviétiques. Tandis que les populations civiles des zones conquises au cours de l’opération « Barbarossa » (déclenchée le 22 juin 1941) subissent la brutalité inouïe des nazis, des milliers d’hommes décident d’y reprendre le combat, à partir de 1942, avec des armes de fortune, abrités par les immenses marais et forêts de Biélorussie, où l’occupant peine à s’aventurer. L’auteure restitue les spécificités de ces espaces, de ces groupes d’hommes traqués, affamés, qui déploient à leur tour une violence impitoyable envers les Allemands et leurs collaborateurs ou présumés tels. Elle montre la singularité, aussi, de leur place dans la « grande guerre patriotique » que mène l’URSS de Staline : les partisans sont des héros célébrés, mais des éléments incontrôlables. Doté d’une réelle puissance d’écriture, le livre est, chose rare, documenté par un recours symétrique aux sources russes et allemandes. André Loez
Le prix Augustin-Thierry sera attribué à François Jarrige et Thomas Le Roux pour leur essai La Contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel (Seuil).
Le prix du roman historique sera décerné à Michel Bernard pour son roman Le Bon Cœur (La Table ronde).
Le prix Château de Cheverny de la bande dessinée historique couronnera l’album de Pascal Rabaté La Déconfiture. Seconde partie (Futuropolis).
Hors-série
50 images qui ont marqué l’histoire, 100 p., 8,50 €.
Les images historiques ou d’actualité ne sont jamais neutres : elles ne montrent pas la réalité, elles sont toujours une construction de celui qui les a produites et de celui qui les diffuse. Le nouveau hors-série du Monde, en partenariat avec les Rendez-vous de l’histoire de Blois, est conçu autour de cinquante documents, un choix arbitraire et difficile, qui cherchent à montrer des images ayant fait l’histoire, telle celle du charnier de Timisoara, en Roumanie, fin 1989, et des images qui racontent l’histoire, telles celles ayant trait à la bande à Bonnot, au début du XXe siècle. Enfin, une troisième partie tente de faire comprendre la fabrication des images et ses enjeux. Entretiens avec Charles Enderlin, Alain Sayag, Laurent Van der Stockt, Jean-François Leroy, portfolio et nombreuses analyses.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Les ouvrages nommés au Prix du livre RH, qui sera décerné jeudi 4 octobre, interrogent sur la place des salariés dans l’organisation de l’entreprise.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Prix du livre RH: L’individu ballotté par les mutations du travail

Les ouvrages nommés au Prix du livre RH, qui sera décerné jeudi 4 octobre, interrogent sur la place des salariés dans l’organisation de l’entreprise.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 15h41
    |

            Anne Rodier








                        



                                


                            

« Le fait de faire la tâche qui est la nôtre et de ne point être un touche-à-tout est justice » : cette réflexion que nous offre Platon dans La République est furieusement actuelle pour un DRH confronté aux mutations du travail nécessaires pour intégrer l’intelligence artificielle et autres nouvelles technologies dans leur entreprise.
Dans la perspective d’une profonde refonte de l’organisation, quelle place doit avoir chaque salarié ? Chacun doit-il avoir sa propre tâche et s’y tenir ? Faut-il favoriser la polyvalence… les « multitâches », au risque de brouiller les frontières entre les métiers ? Le salarié doit-il étendre son activité au-delà de l’entreprise ? Que dit la littérature managériale du devenir de l’individu ?

L’édition 2018 du Prix du livre RH, qui récompense chaque année le meilleur ouvrage en ressources humaines, apporte des éléments de réponse, en abordant des sujets aussi divers que le déplacement des frontières entre le travail et l’activité personnelle à l’heure où n’importe quelle microtâche se monnaye sur une plate-forme numérique ; la banalisation de l’addiction en entreprise pour résister au stress, pour « faire le job », mais aussi comme facteur d’intégration dans une communauté professionnelle ; les ressorts de l’engagement au travail ; et enfin la complexité de la fabrique des différences femmes-hommes dans l’entreprise.
Casser les silos
Dans son essai Les Nouvelles Frontières du travail à l’ère numérique (Seuil, 2017), le sociologue Patrice Flichy revient sur la banalisation de la polyactivité, interroge les liens entre hobby, passion et travail. Avec le numérique, chaque individu peut augmenter son domaine d’activités en mobilisant de nouvelles compétences acquises par autodidaxie. « Ainsi des zones de débordement apparaissent entre le travail dans l’entreprise et l’autre travail », décrit-il. Pour le sociologue, c’est la notion de travail qui change pour...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. Le départ du gouvernement du ministre de l’intérieur plonge un peu plus le pouvoir exécutif dans la crise à rebondissements qui le secoue depuis deux mois.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Démission de Gérard Collomb : un camouflet, un casse-tête

Editorial. Le départ du gouvernement du ministre de l’intérieur plonge un peu plus le pouvoir exécutif dans la crise à rebondissements qui le secoue depuis deux mois.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 11h34
   





                        



   


Editorial du « Monde ». C’est un curieux hommage à Guignol, l’emblème de Lyon, « sa » ville chérie, que vient de rendre Gérard Collomb. Lassé du castelet du pouvoir parisien, où il jouait les gendarmes depuis seize mois et apparaissait trop souvent désaccordé, pressé de retrouver au plus vite les faveurs du public lyonnais, l’ancien ministre de l’intérieur a donc quitté la scène. Au terme d’un final rocambolesque avec le président de la République.
S’il ne s’agissait des affaires de l’Etat, l’on pourrait sourire du comique de situation. Mais cette démission du ministre de l’intérieur plonge un peu plus le pouvoir exécutif dans la crise à rebondissements qui le secoue depuis deux mois. Au camouflet sans précédent infligé au chef de l’Etat et au premier ministre s’ajoute le casse-tête de trouver, en catastrophe, un ministre de l’intérieur.
Il y a quinze jours déjà, en proposant sa démission, assortie d’un préavis de dix mois jusqu’aux élections européennes, Gérard Collomb avait transgressé de façon stupéfiante la règle élémentaire qui confie au président de la République le pouvoir de nommer les ministres et de mettre fin à leurs fonctions. En réitérant sa décision de manière irrévocable, mardi 2 octobre, qui plus est à son initiative et par voie de presse, il n’a pas hésité à démontrer le peu de cas qu’il fait désormais de l’autorité présidentielle. C’est encore plus cinglant pour le premier ministre, pris au dépourvu en pleine séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale.

        Lire aussi :
         

                Démission de Collomb : pourquoi le calendrier s’est accéléré



S’il avait voulu démontrer, ce dont il se défend sans convaincre, que le chef de l’Etat a perdu la main sur les événements et qu’il manque de l’expérience et des réflexes indispensables à sa fonction, l’ex-ministre n’aurait pu faire mieux. Comme nous l’écrivions ici même au moment de la première menace de démission de M. Collomb, Emmanuel Macron n’avait guère d’autre choix que de trancher, et de démettre rapidement son ministre. En y renonçant, pour rester maître du calendrier, il se voit aujourd’hui imposer ce départ de façon humiliante.
Un message sans ambiguïté
Deux précédents ajoutent au trouble. De la même façon, le chef de l’Etat n’a pas su gérer efficacement la crise déclenchée, en juillet, par l’affaire Benalla. La décision, finalement prise sous la pression, après des semaines de finasseries maladroites, de licencier l’ancien conseiller aurait dû être prise immédiatement, dès le mois de mai, lorsque fut connu l’épisode mettant en cause M. Benalla. En écartant cette sanction immédiate, par fidélité à un homme qui avait accompagné sa conquête du pouvoir, le président s’est retrouvé empêtré dans un pataquès sans fin. De même avec Nicolas Hulot, dont Emmanuel Macron, trop sûr de son pouvoir de persuasion ou de séduction, n’a pas su calmer les impatiences ni répondre aux inquiétudes. Là encore, il a été mis devant le fait accompli.

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Mais la démission du ministre de l’intérieur jette une lumière encore plus cruelle sur la situation du président. Soutien de la première heure à celui qui n’était encore qu’un candidat putatif à l’élection présidentielle, lui apportant expérience, appuis et réseaux, apparaissant alors comme le mentor du jeune impétrant, chantre du « nouveau monde » macronien, Gérard Collomb était l’un des – rares – piliers du gouvernement. En claquant la porte, il adresse un message sans ambiguïté : après seize mois d’expérience, l’avenir de Lyon lui paraît plus décisif que celui de la France. Bref, il n’y croit plus.

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Quant à son remplacement, la décision de confier l’intérim du ministère de l’intérieur au premier ministre démontre qu’il relève du casse-tête. C’est, en effet, l’une des faiblesses du chef de l’Etat : ayant délibérément balayé la plupart des caciques expérimentés pour constituer une équipe de néophytes et de techniciens, il se trouve fort dépourvu de candidats de poids pour occuper l’un des postes-clés de la République.
La rentrée du président était cahoteuse. Elle est en passe de devenir chaotique.

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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Problème de rythme, calendriers politiques décalés, priorités différentes : le tandem franco-allemand n’avance pas. Le modèle est-il dépassé ?, s’interroge dans sa chronique Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde ».
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« Le malheur franco-allemand, c’est que Paris et Berlin ne sont plus au même tempo depuis longtemps »

Problème de rythme, calendriers politiques décalés, priorités différentes : le tandem franco-allemand n’avance pas. Le modèle est-il dépassé ?, s’interroge dans sa chronique Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde ».



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 11h08
    |

            Sylvie Kauffmann








                        



                                


                            

Chronique. Ce devait être l’occasion ou jamais, les planètes enfin alignées, un nouveau départ… En mai 2017, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, deux très bons spécialistes des relations internationales, l’Allemand Thorsten Benner et le Français Thomas Gomart, signaient dans la revue Foreign Affairs un article enthousiaste sur l’avenir radieux que promettait cet événement au duo Berlin-Paris. La présidence Macron, écrivaient-ils, « offre une chance rare de ressusciter la relation franco-allemande au moment où l’Europe en a le plus besoin ».
Tous les espoirs étaient permis. La campagne résolument pro-européenne du jeune candidat avait fait souffler un vent d’audace et de confiance sur une Union européenne essorée par la crise des dettes souveraines, déstabilisée par celle des réfugiés, minée par le vote du Brexit et la montée des populismes. Une nouvelle dynamique, positive celle-ci, s’installait pendant l’été. Enfin, une relance de l’Europe était possible ! Inévitablement, elle passait par Berlin, qu’Emmanuel Macron et son équipe germanophone avaient soigneusement mitonné avant et après l’élection.
La clé du rendez-vous manqué se situe il y a un an, en septembre
Un an et demi plus tard, le bel article de Foreign Affairs se lit comme un émouvant conte de fées. A Berlin, on affiche des mines contrites en hochant la tête à l’évocation de ce qui apparaît à l’évidence comme une occasion ratée. A Paris, on tente de faire bonne figure – rien, dans ce domaine, veut-on se rassurer, ne se fait du jour au lendemain. Mais la réalité s’entête : la belle dynamique s’est brisée et le tandem franco-allemand est encalminé.
Que s’est-il passé ? La clé du rendez-vous manqué se situe il y a un an, en septembre. Le week-end précédant son grand discours-programme à la Sorbonne sur l’Europe, le 26 septembre, dont la date a été calée sur celle des élections allemandes, le 24, le président Macron appelle longuement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Pour l’ancien ministre de la culture, dans une tribune au « Monde », à l’initiative de la loi adoptée en 2003, considérer les dispositions de ce texte comme des niches fiscales est insupportable.
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Jean-Jacques Aillagon : « Ne touchons qu’avec prudence à la loi sur le mécénat »

Pour l’ancien ministre de la culture, dans une tribune au « Monde », à l’initiative de la loi adoptée en 2003, considérer les dispositions de ce texte comme des niches fiscales est insupportable.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 10h12
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h59
    |

Jean-Jacques Aillagon (Ancien ministre de la culture)







                        



                                


                            

Tribune. La loi sur le mécénat et les fondations, loi du 1er août 2003 que j’ai eu l’honneur de porter devant le Parlement, fait aujourd’hui l’objet de débats [dans son projet de loi de finances 2019 présenté lundi 24 septembre, le gouvernement envisage notamment de diminuer les réductions d’impôt dont bénéficient les entreprises qui font du mécénat]. Ces débats sont bienvenus. Je n’aurai pas la prétention de penser que la loi à laquelle certains accolent mon nom est un terminus et qu’elle ne serait pas susceptible d’être en certains points améliorée.
Que l’on se garde aussi de céder à l’« overdose législative », l’un des grands maux politiques de notre pays
Cependant, que l’on n’oublie pas que cette loi porte sur le mécénat en faveur de toutes les causes d’intérêt général et non sur le mécénat au bénéfice des seuls projets culturels, même si c’est un ministre de la culture qui en a eu l’initiative. C’est l’orientation exclusive du débat actuel sur les seules modalités du mécénat culturel qui m’amène à faire ce rappel, craignant d’ailleurs que cette obsession ne soit que l’une des expressions supplémentaires de la détestation de certains pour la dépense culturelle de la collectivité nationale.
Que l’on se garde aussi de céder à l’« overdose législative », l’un des grands maux politiques de notre pays, le Parlement s’y épuisant dans un activisme qui, comme celui de Pénélope, défait la nuit ce qui a été fait le jour. Les bonnes lois ne sont-elles pas des lois stables et sûres, celles dont la société s’approprie l’usage, ce qui est le cas de la loi sur le mécénat ?
Inconséquence
Ce qui est, par ailleurs, insupportable, c’est l’inconséquence avec laquelle certains, désignant comme des « niches » les dispositions fiscales de la loi, manifestent leur incompréhension totale de la philosophie politique qui en a soutenu l’élaboration. Cette loi affirme que la prise en charge de l’intérêt général ne relève pas...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le sociologue et l’anthropologue Alain Caillé et Jean-Edouard Grésy formulent une hypothèse, à la croisée de l’anthropologie, de la philosophie et de la psychologie : « les troubles psychiques résultent d’un mauvais ajustement entre les moments du donner, du recevoir et du rendre ».
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Au cœur de la dimension informelle du travail

Le sociologue et l’anthropologue Alain Caillé et Jean-Edouard Grésy formulent une hypothèse, à la croisée de l’anthropologie, de la philosophie et de la psychologie : « les troubles psychiques résultent d’un mauvais ajustement entre les moments du donner, du recevoir et du rendre ».



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 09h04
    |

                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Livre. Pourquoi est-ce que ça va mal ? Comment ? Que faire pour que ça aille mieux ? C’est à ces questions que répondent, chacune à leur manière, les multiples écoles de psychologie clinique, de psychanalyse, de développement personnel, de coaching, etc. Il existe pourtant une autre approche à ces questions, à peu près jamais utilisée : la question du lien entre don et reconnaissance.
Cette approche trouve son origine chez un anthropologue : Marcel Mauss, auteur, en 1925, du célèbre Essai sur le don, dans lequel il montre que les sociétés archaïques ne reposaient pas sur le marché, mais sur le don, sur ce qu’il appelait la triple obligation de donner, recevoir et rendre les présents. « Obligation est faite aux acteurs sociaux, pour qu’ils deviennent pleinement sociaux et soient reconnus comme tels, de se montrer généreux », résument Alain Caillé et Jean-Edouard Grésy.
Dans Œil pour œil, don pour don, le sociologue et l’anthropologue formulent une hypothèse, à la croisée de l’anthropologie, de la philosophie et de la psychologie : « les troubles psychiques résultent d’un mauvais ajustement entre les moments du donner, du recevoir et du rendre ».
Attente d’une juste reconnaissance
En permanence, et dans toutes les relations sociales, on attend la juste reconnaissance, explicite parfois, implicite le plus souvent. Toute existence s’inscrit au cœur du cycle demander, donner, recevoir et rendre, et les troubles psychiques sont autant de blocages dans ce cycle fondamental. « Toujours prompts à donner, nous ne savons pas recevoir, ni même rendre. Ou encore, enfermés dans un sentiment de dette ou de faute, nous nous sentons en permanence obligés de rendre. »

Après avoir présenté, non sans humour, les ratés du donner, du recevoir et du rendre, Alain Caillé et Jean-Edouard Grésy se demandent ce qui engendre ces échecs et comment il est possible d’espérer en sortir. Une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Devenue premier partenaire commercial du continent et un puissant créancier, la Chine inquiète aussi bien en Afrique qu’aux Etats-Unis.
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Dette africaine et casse-tête chinois

Devenue premier partenaire commercial du continent et un puissant créancier, la Chine inquiète aussi bien en Afrique qu’aux Etats-Unis.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 08h14
    |

            Marie de Vergès








                        



                                


                            

En Afrique aussi, on peut aussi atteindre le point Godwin. « Chine égale Hitler » : ce panneau brandi, début septembre, dans les rues de Lusaka, la capitale zambienne, a valu à son auteur, James Lukuku, d’être envoyé illico pour quelques heures derrières les barreaux. « Les Chinois ont pris le contrôle de notre économie par le biais de dettes criminelles », s’est justifié plus tard ce chef d’une petite formation politique, interrogé par l’AFP.
James Lukuku était seul à battre le pavé. Ses doléances rejoignent pourtant les inquiétudes de ceux, toujours plus nombreux, qui accusent le géant asiatique de piéger une partie de l’Afrique en la poussant à contracter des crédits impossibles à rembourser. Ce que l’administration américaine, en pleine rivalité économique avec Pékin, a baptisé la « diplomatie de la dette ». La Zambie est un cas d’école. Dans ce pays d’Afrique australe, deuxième producteur de cuivre du continent, la Chine a construit à tout-va ces dernières années. Des routes ou terminaux d’aéroports financés à grand renfort de prêts chinois. Au risque, selon la rumeur, de voir l’Etat incapable d’honorer ses traites et contraint de céder à ce puissant créancier le contrôle de certains actifs sensibles, telle la compagnie nationale d’électricité.

Quinze pays africains en situation de surendettement
Des pays se retrouvant « enchaînés par la dette » à cause d’une Chine en pleine « guerre économique » : sans prendre plus de gants que James Lukuku, voici aussi ce que dénonçait fin septembre Ray Washburne, patron de l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC), l’agence de développement américaine, dans une interview au Financial Times. Ce républicain y confirmait le plan de Washington de lancer une institution capable d’investir 60 milliards de dollars (52 milliards d’euros) dans les pays en développement. Une initiative dont le montant fait étrangement écho à l’enveloppe promise...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Préparons dès aujourd’hui la reconversion des travailleurs du diesel et du nucléaire dans les activités générées par les mobilités propres et les énergies renouvelables, préconise Sébastien Delpont, expert du secteur, dans une tribune au « Monde ».
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Transition énergétique : « Il faut accompagner les filières vers de nouveaux chemins professionnels »

Préparons dès aujourd’hui la reconversion des travailleurs du diesel et du nucléaire dans les activités générées par les mobilités propres et les énergies renouvelables, préconise Sébastien Delpont, expert du secteur, dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 09h49
    |

Sébastien Delpont (Directeur associé de GreenFlex)







                        



                                


                            
Tribune. La transition de nos modèles énergétiques est inévitable et déjà en marche. Les filières de l’efficacité énergétique, des transports décarbonés et des énergies renouvelables vont gagner la partie. Un des freins qu’il nous reste à lever pour changer d’échelle sera notre capacité collective à accompagner les filières qui vont s’éteindre – et surtout ceux qui y travaillent – vers de nouveaux chemins professionnels. Alors que des arbitrages politiques sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) doivent être rendus avant la fin de l’année, ce sera un élément essentiel à prendre en compte.
L’acharnement thérapeutique à vouloir sauver le diesel (12 000 emplois directs) ou le nucléaire (100 000 à 120 000 emplois directs) n’a plus de sens. Osons cesser de soutenir artificiellement des filières qui s’enfoncent dans l’impasse. Elles étaient la jeunesse et l’avenir du monde industriel en 1970, elles ne le sont plus un demi-siècle plus tard. Leurs heures de gloire sont derrière elles, leur futur est dans les livres d’histoire. Aujourd’hui, elles voient déjà beaucoup de talents les quitter et peinent à en attirer de nouveaux, faute de regarder cette situation avec lucidité.

Plutôt que de cultiver le déni, essayons de ne pas répéter ce que nous n’avons pas su bien faire par le passé : les bassins charbonniers du nord et de l’est de la France ne s’en sont pas encore vraiment remis. Organisons une transition qui minimisera les détresses humaines au lieu de les subir douloureusement par refus de s’y préparer. Les filières énergétiques du passé ont le droit de mourir dans la dignité et sans souffrances inutiles.
Au Danemark, des chantiers navals à l’éolien
Les mesures anti-énergies renouvelables et pro-charbon récemment prises aux Etats-Unis ont eu pour conséquence des destructions d’emploi et des baisses massives d’activité chez les artisans, ces « Plumber Joe » qui installent des panneaux solaires et avaient pourtant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Pour l’ingénieur Henri Prévot et le député centrafricain Jean-Pierre Mara qui s’expriment dans une tribune au « Monde », les efforts de la France en faveur du solaire trouveraient un terrain plus efficace en Afrique que sur le territoire national.
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« La France et les pays d’Afrique subsaharienne gagneraient à approfondir leur coopération dans la production d’électricité »

Pour l’ingénieur Henri Prévot et le député centrafricain Jean-Pierre Mara qui s’expriment dans une tribune au « Monde », les efforts de la France en faveur du solaire trouveraient un terrain plus efficace en Afrique que sur le territoire national.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 13h08
    |

Jean-Pierre Mara (Député de la République centrafricaine) et Henri Prévot (Ingénieur ­général des Mines)







                        



                                


                            
Tribune. Contrairement à ce que l’on pense généralement, l’Afrique subsaharienne s’électrifie rapidement. Selon les statistiques de l’Agence internationale de l’énergie, dans onze pays représentant 70 % de la population, la consommation d’électricité est passée, en dix ans, de 2005 à 2015, de 122 à 171 kWh par habitant et par an (par comparaison, elle est aujourd’hui en France de 7 000 kWh par habitant et par an).
Mais une valeur moyenne ne rend pas compte de la situation réelle. Dans ces pays, si les grandes villes sont reliées à un réseau électrique, d’ailleurs souvent défaillant, plus de 600 millions de personnes vivant dans les zones moins urbanisées ne sont pas reliées, et ce nombre augmente.
A titre d’exemple, en République centrafricaine (RCA), pays de près de 5 millions d’habitants, l’approvisionnement en électricité dépend presque uniquement de l’usine hydroélectrique de Boali. Sa puissance est de 20 MW, mais près du quart, du fait de la vétusté du réseau de transport, est perdue avant de parvenir à la ville de Bangui, dont les 800 000 habitants sont à tour de rôle, quartier par quartier, privés d’électricité une journée entière. Et Bangui est la seule ville du pays desservie par un réseau électrique.
Source d’énergie sans limite
Or, sans électricité, toute activité est entravée : les hôpitaux et la médecine moderne, les écoles, les transports, les manutentions, les télécommunications. Sans électricité, pas de développement économique et social.

Hors des villes, il y a certes une production d’électricité qui échappe aux statistiques, celle des groupes électrogènes. Mais c’est un moyen polluant et coûteux car son rendement est médiocre : 30 % pour un groupe de forte puissance ; 20 % seulement pour un groupe de 5 kW. En RCA, par exemple, le gazole arrivé sur le lieu de consommation coûte 820 francs CFA (1,25 euro) par litre. Ce prix est subventionné ; le coût réel est de l’ordre de 2 euros par litre, ce qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Le nucléaire de troisième génération tout comme les énergies renouvelables sont coupables de dérives coûteuses, alertent les deux experts Jacques Percebois et Stanislas Pommeret dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Nucléaire, renouvelables : « Le débat doit prendre en compte tous les coûts »

Le nucléaire de troisième génération tout comme les énergies renouvelables sont coupables de dérives coûteuses, alertent les deux experts Jacques Percebois et Stanislas Pommeret dans une tribune au « Monde ».



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h31
    |

Jacques Percebois (Professeur émérite à l’université de Montpellier) et Stanislas Pommeret (Président de la division énergie de la SCF)







                        



                                


                            
Tribune. Le débat parlementaire sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) va relancer les discussions sur la place relative du nucléaire et des renouvelables. Le mix électrique français est très largement « décarboné », ce qui est un atout dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique, mais se trouve être largement le produit de l’histoire et des diverses transitions impulsées par les pouvoirs publics depuis des décennies, et non pour des raisons environnementales.
Lors des chocs pétroliers (1974 et 1979), la France s’est tournée vers le nucléaire au nom de l’indépendance énergétique. En 1974, le nucléaire ne représentait que 8 % de la production d’électricité ; il en couvre aujourd’hui 72 à 75 %. Comme l’hydraulique permet de satisfaire 12 % environ des besoins et que les autres renouvelables (éolien et photovoltaïque) en fournissent 6 %, l’électricité produite en France est à 93 % « décarbonée ».
Le thermique classique (gaz, charbon et fioul) n’en représente que 7 %. Toute réduction de la part du nucléaire qui ne serait pas compensée par un développement des renouvelables conduirait à un accroissement de la production thermique classique (généralement au gaz) donc à plus d’émissions de CO2, comme ce fut d’ailleurs le cas fin 2016 avec l’arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires suite à une demande de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
Pour l’EPR de Flamanville, le montant annoncé de 10,9 milliards d’euros porte le coût du MWh à près de 100 euros, soit 10 centimes d’euro par kWh
Le nucléaire de 2e génération (les 58 réacteurs en fonctionnement), largement amorti, est aujourd’hui compétitif puisque, malgré le bas prix de l’électricité sur le marché de gros (40 à 50 euros le MWh, soit 4 à 5 centimes d’euro par kWh), son coût est de l’ordre de 33 euros le MWh (soit 3,3 centimes d’euro par kWh).
Mais il n’en va pas de même pour le nucléaire de 3e génération (EPR), dont le coût...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Analyse. Cinq mois après son élection, le 27 avril, à l’issue d’une bataille contre son prédécesseur, Jean-Claude Mailly, Pascal Pavageau a impulsé une rupture radicale avec le passé de sa centrale, détaille Michel Noblecourt, éditorialiste au « Monde ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 02/10/2018
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FO se métamorphose en « CGT bis »

Analyse. Cinq mois après son élection, le 27 avril, à l’issue d’une bataille contre son prédécesseur, Jean-Claude Mailly, Pascal Pavageau a impulsé une rupture radicale avec le passé de sa centrale, détaille Michel Noblecourt, éditorialiste au « Monde ».



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h21
    |

            Michel Noblecourt (Editorialiste au « Monde »)








                        



                                


                            

Analyse. Pascal Pavageau n’a pas laissé planer longtemps la menace de recourir à la pratique de la chaise vide en boycottant la future négociation sur l’assurance-chômage.
Le secrétaire général de Force ouvrière (FO) a même eu recours à une procédure inhabituelle en sollicitant le feu vert de son comité confédéral national (CCN) – son « parlement », qui réunit les fédérations et les unions départementales (UD). Il a reçu mandat, le 27 septembre, de négocier « en toute indépendance vis-à-vis de ce que veut imposer le gouvernement ». Le CCN remet en cause la feuille de route, devenue monnaie courante avant toute négociation interprofessionnelle, en jugeant que « le principe même d’une lettre de cadrage est inacceptable ». Le 25 septembre, Pascal Pavageau a joint sa signature à celles de ses quatre homologues confédéraux – CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC – pour proposer au patronat un agenda de négociations.
En apparence, l’ADN de FO, son attachement au dialogue social – qui conduit ses syndicats à signer autour de 90 % des accords dans les entreprises – est donc préservé. En réalité, cinq mois après son élection, le 27 avril, à l’issue du congrès de Lille où il a mené une violente bataille contre son prédécesseur, Jean-Claude Mailly, M. Pavageau a impulsé un virage à 180 degrés, une rupture radicale avec le passé de sa centrale.

Pour le nouveau patron de FO, le paysage politique, économique et social, c’est Apocalypse Now. Dans une déclaration en date du 6 septembre, sa commission exécutive sonne l’hallali contre la politique d’Emmanuel Macron : « Les contre-réformes se multiplient ces derniers mois avec pour objectif la destruction, brique par brique, des fondations de notre modèle social républicain. »
Un verdict sans appel
« Volonté d’anéantissement de la Sécurité sociale », « baisse organisée du pouvoir d’achat des “derniers de corvée” », « casse accélérée...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Avec son départ, c’est bien une crise d’autorité au sommet de l’Etat que l’ancien allié d’Emmanuel Macron a déclenchée, souligne dans sa chronique notre éditorialiste Françoise Fressoz.
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Article sélectionné dans La Matinale du 02/10/2018
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La démission de Gérard Collomb, « un bras de fer inédit qui fait trois victimes »

Avec son départ, c’est bien une crise d’autorité au sommet de l’Etat que l’ancien allié d’Emmanuel Macron a déclenchée, souligne dans sa chronique notre éditorialiste Françoise Fressoz.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 09h26
    |

            Françoise Fressoz (éditorialiste au « Monde »)








                        



                                


                            

Chronique. C’est une démission justifiée par le bon sens, un départ que Gérard Collomb place, dans Le Figaro, sous le signe « de la clarté due aux Français et aux Lyonnais ». Et de fait, était-il raisonnable de rester de longs mois encore ministre de l’intérieur alors que le « premier flic de France » avait publiquement fait acte de candidature à la mairie de Lyon en 2020 ?
La réponse est non. La France reste exposée au terrorisme, la chef de file de l’extrême droite, Marine Le Pen, désignée par la Macronie comme l’adversaire principale, a démarré la campagne des élections européennes en dénonçant « l’ensauvagement du pays ». Au premier incident, le ministre l’intérieur, deuxième dans l’ordre protocolaire, aurait été transformé en charpie et aurait fragilisé le gouvernement tout entier.
D’ailleurs, l’opposition était la première à le dire, à l’exiger : Collomb, démission ! C’est chose faite mais, ce qui aurait dû apparaître comme une décision raisonnable est devenue un crime de lèse-majesté parce qu’Emmanuel Macron ne voulait pas de ce départ, en tout cas pas tout de suite, qu’il l’avait fait savoir et que son ministre est passé outre, revenant par deux fois publiquement à la charge et obtenant, finalement, gain de cause.
La portée de son acte
A l’an II du quinquennat, feu le ministre de l’intérieur a défié le président de la République et l’a fait plier. Une première sous la Ve République dont on célèbre, jeudi 4 octobre, le 60e anniversaire.

Un bras de fer inédit qui fait trois victimes. Le chef de l’Etat, qui n’a de cesse de tomber de l’Olympe. Le chef du gouvernement, Edouard Philippe, qui passe pour un nigaud devant les députés, parce qu’il semble complètement pris de court alors que l’article 8 de la Constitution est on ne peut plus clair : c’est « sur proposition du premier ministre » que le président de la République nomme et met fin aux fonctions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans un entretien au « Monde », le directeur général du think tank Terra Nova estime que les macronistes de gauche doivent se faire entendre afin de ranimer la social-démocratie.
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Thierry Pech : « Le macronisme ne s’est pas donné de véritable consistance doctrinale »

Dans un entretien au « Monde », le directeur général du think tank Terra Nova estime que les macronistes de gauche doivent se faire entendre afin de ranimer la social-démocratie.



LE MONDE
 |    03.10.2018 à 06h30
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h53
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            
Essayiste, auteur d’Insoumissions. Portrait de la France qui vient (Seuil, 2017), Thierry Pech est directeur général du groupe de réflexion Terra Nova depuis 2013. Alors que ce think tank progressiste fête ses dix ans, il revient, en macroniste de gauche, sur les chantiers à venir de la social-démocratie.
Né après la défaite de la gauche à l’élection présidentielle de 2007, Terra Nova a aujourd’hui 10 ans. L’état des forces progressistes ne s’est-il pas aggravé ?
Terra Nova est né d’une double crise. D’abord, une crise de la gauche politique, qui venait de perdre la présidentielle de 2007. Cette défaite résultait, à nos yeux, d’un long appauvrissement intellectuel. C’est à cette crise-là que nous voulions répondre en « transformant le logiciel social-démocrate », comme disait Olivier Ferrand. Ensuite, une crise financière internationale, qui allait bientôt atteindre l’Europe et nous obliger à repenser à la fois le projet européen et la régulation du capitalisme financier.
Dans cette entreprise, Terra Nova s’est d’emblée revendiqué « progressiste ». Dix ans plus tard, le mot est sur toutes les lèvres, mais son succès traduit une grande incertitude doctrinale. Du côté politique, la situation est ambiguë : les progressistes de gauche sont à la fois clairement en recul et partiellement méconnaissables, puisqu’une partie d’entre eux s’est fondue dans La République en marche, un mouvement sur lequel nous publierons dans quelques jours une enquête qui aidera à en comprendre les contours. Du côté des idées, en revanche, beaucoup de celles que nous avons défendues ces dix dernières années ont fait leur chemin…
Lesquelles ?
Aucun think tank ne peut s’attribuer des décisions qui sont prises par des responsables politiques et qui résultent souvent de longs débats. Mais je crois pouvoir dire que nous avons versé notre contribution à plusieurs mouvements de fond des politiques publiques depuis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ « Le Monde » consacre un hors-série à 50 images qui ont marqué l’Histoire, tout en s’intéressant à la façon dont se fabriquent les images.
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Hors-série du « Monde » : « 50 images qui ont marqué l’histoire »

« Le Monde » consacre un hors-série à 50 images qui ont marqué l’Histoire, tout en s’intéressant à la façon dont se fabriquent les images.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 16h17
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 10h07
    |

            Michel Lefebvre








                        



   


Quand on parle d’image et de la puissance de l’image, il faut sans cesse penser à cette phrase du critique catholique Stanislas Fumet : « L’art fait toujours une coupable concurrence à Dieu. » Pour raconter une histoire, n’importe laquelle, il faut l’accompagner d’une illustration, d’une vidéo, d’un dessin, d’une photographie.
Tous les sites Internet font ainsi, tous les journaux aussi, comme tous les livres scolaires. Et l’offre de photographies et d’images sur le Web devient exponentielle. Si on parle d’images historiques ou d’actualité, on constate qu’elles ne sont jamais neutres, qu’elles ne montrent pas la réalité, elles sont toujours une construction de celui qui les a produites et de celui qui les diffuse. Elles peuvent être contestées, tronquées, manipulées.
Quand on demande à un enfant de regarder un dessin de Jeanne d’Arc et qu’on lui demande de quoi il s’agit, il va répondre : « Jeanne d’Arc », s’il a bien écouté la leçon. Or ce n’est pas Jeanne d’Arc, c’est la représentation de Jeanne d’Arc. Il faut ensuite se rendre compte, et nous en donnons de multiples exemples dans ce nouveau hors-série du Monde, qu’une image, comme un texte, peut être amicale, dérangeante, informative ou dangereuse ; elle peut provoquer des révolutions, briser une carrière politique, ridiculiser une star. D’autant qu’elle circule aujourd’hui à la vitesse de la lumière.
Un choix arbitraire et difficile
Comment appréhender cette immense agora où tout est visible et reproductible à l’infini ? Qui décide de ce que l’on peut voir sur Internet ? Des sentinelles, appelées modérateurs de contenu, installées en Asie ou en Europe, surveillent et suppriment les images qui enfreignent les règles des plates-formes comme Google, Facebook, Twitter, YouTube, pour le compte de ces sociétés. Nous devons faire confiance à ces censeurs anonymes, car nous savons bien que la liberté totale est elle aussi problématique.
L’offre visuelle mise à la disposition du public pose également le problème de la production des images historiques et d’actualité. Qui les produit ? Qui les détient ? Qui les commente ? Et qui les diffuse ? La mémoire visuelle du monde est aujourd’hui détenue par deux conglomérats, l’un chinois l’autre américain ; cette concentration est problématique.
En sélectionnant cinquante images qui ont marqué l’histoire, un choix arbitraire et difficile, nous avons cherché à distinguer celles qui ont fait l’histoire et celles qui racontent l’histoire, ce qui n’est pas la même chose. Nous avons également essayé de faire comprendre comment fonctionnait la fabrication des images. Ce hors-série, réalisé à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire de Blois (du 10 au 14 octobre), n’a qu’un objectif : expliquer que face à ce déluge, pour reprendre les mots de l’historien des images Laurent Gervereau, « aujourd’hui apprendre à voir est aussi important qu’apprendre à lire ».
« 50 images qui ont marqué l’histoire », un hors-série du Monde, 100 pages, 8,50 euros. En vente en kiosque et sur Boutique.lemonde.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune adressée au « Monde », le Dr Patrick Lemaire pointe le décalage entre l’annonce du projet de loi de finances 2019 ainsi que le peu de moyens alloués aux organismes de recherche et les promesses du président Macron.
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Budget de la recherche : « une véritable ambition plutôt qu’un beau discours »

Dans une tribune adressée au « Monde », le Dr Patrick Lemaire pointe le décalage entre l’annonce du projet de loi de finances 2019 ainsi que le peu de moyens alloués aux organismes de recherche et les promesses du président Macron.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 13h39
    |

Patrick Lemaire (Directeur de recherches au CNRS)







                        



                                


                            
Tribune. Le volet recherche et enseignement supérieur du projet de loi de finances 2019, dévoilé lundi 24 septembre, démoralisera un peu plus les scientifiques. Il constitue ­surtout un contresens historique pour le pays.
Souvenons-nous de 2017. Avec la prise de fonctions de Donald Trump, les scientifiques étatsuniens se retrouvent sur le banc des accusés, déclenchant une mobilisation populaire internationale pour les sciences. Surfant sur la vague de la Marche pour les sciences, Emmanuel Macron, dans un spectaculaire coup de communication planétaire, lance « Make Our Planet Great Again »pour positionner la France comme un refuge pour les scientifiques, états-uniens notamment, dont les recherches de pointe sur le climat seraient ­menacées par l’obscurantisme du nouveau locataire de la Maison Blanche.

Un an plus tard, le Congrès américain, dans un sursaut salutaire, rejette en bloc les coupes franches dans les budgets scientifiques proposées par l’administration Trump et vote un budget pour les sciences en progression de 12,8 %, le meilleur depuis dix ans. En France, « Make Our Planet Great Again » fait un flop et la proposition de budget scientifique et universitaire annoncée est en tel décalage avec les annonces médiatiques successives et avec les ­besoins qu’elle ne peut que désespérer.
+10% pour le budget de la défense
L’addition des budgets de la mission ­interministérielle pour la recherche et l’enseignement supérieur (Mires) et du volet scientifique des programmes d’investissement d’avenir suit à peine l’inflation. Le budget des organismes de recherche baisse en euros constants. Les universités, malgré le flux croissant d’étudiants, restent les parents pauvres. Des annonces présidentielles, planétaires et tonitruantes, ont accouché un souriceau famélique.
On pourrait arguer qu’un budget qui progresse très légèrement en euros courants n’est pas si mauvais, compte tenu des impératifs de réduction...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ L’instant présent, la nostalgie, la puissance du sentiment face aux idées… Charles Aznavour, chanteur réaliste, a bâti plusieurs de ses succès sur ces thèmes universels, qui invitent à la réflexion.
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Philosopher avec Charles Aznavour

L’instant présent, la nostalgie, la puissance du sentiment face aux idées… Charles Aznavour, chanteur réaliste, a bâti plusieurs de ses succès sur ces thèmes universels, qui invitent à la réflexion.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 13h26
 • Mis à jour le
03.10.2018 à 13h44
   





                        



   


Chronique Phil’d’actu. Il est des artistes dont la seule existence crée un pont entre les générations. Charles Aznavour, qui nous a quittés à l’âge de 94 ans, était de ceux-là. Plus « populaire », plus « international » que les autres chanteurs éminents de sa génération (Brassens, Brel, Moustaki et tant d’autres), il partageait avec eux un même souci du texte, une même exigence dans l’exploration des possibles de la langue française.
On s’est beaucoup moqué de l’homme, d’abord de son physique, puis de sa voix un peu chevrotante, de ses prises de position en politique, de son exil fiscal, de son « dernier » tour de chant qui durait depuis plus de vingt ans… Mais nul ne lui a jamais contesté son art de l’écriture. Il est parti en nous laissant plus de 1 400 chansons, dont des dizaines qui comptent parmi les plus grands succès du XXe siècle. Avec quelques thèmes récurrents, qui peuvent fournir une bonne matière à réflexion.

        Notre nécrologie (édition abonnés) :
         

          Charles Aznavour, mort d’un précurseur du métissage musical



Le sentiment contre les principes : « Il faut savoir » (1961)
Comme Brassens, Aznavour chante le quotidien, le banal, les petites choses. Si la majorité de ses textes est consacrée à la question de l’amour, ce n’est presque jamais pour faire de grandes déclarations, mais bien plutôt pour examiner ce qu’il a de concret. Utilisant le plus souvent le « je » et le « tu », il « incarne » le sentiment dans des personnages qu’on peut presque visualiser : un homme qui boit pour oublier la rupture (Je bois), le quotidien d’un travesti (Comme ils disent), le comportement d’un couple au lit (Après l’amour). Aznavour est un chanteur « réaliste », au sens littéraire du terme.
Cette prééminence de ce que peut ressentir une personne dans son existence concrète peut relever d’une philosophie selon laquelle les principes abstraits, valables théoriquement, n’ont de valeur que s’ils peuvent s’appliquer dans la vie « réelle » (plus exactement « matérielle »). C’est ce qu’illustre la chanson Il faut savoir, dans laquelle le personnage, après avoir décrit tout ce qu’il est impératif de faire au moment de rompre, conclut en disant qu’il en est tout simplement incapable :
Il faut savoir rester de glace […] Il faut savoir garder la face Mais moi je t’aime trop Mais moi je ne peux pas Il faut savoir mais moi Je ne sais pas
A cet instant, tout s’effondre, les bons conseils, les « recettes », les prescriptions. Tout s’efface devant le constat nu et définitif : peut-être que les autres le peuvent, mais pas moi, donc cela perd toute valeur à mes yeux. In fine, cette chanson pourrait illustrer la pensée de Nietzsche : les idées, les principes, les valeurs ne sont que des manières « d’habiller » les passions, de légitimer son propre comportement à ses yeux ou aux yeux des autres, de faire taire en soi ce qu’il y a de vivant, c’est-à-dire d’insaisissable, de « puissant ».
Le temps qui passe : « Sa jeunesse » (1956)
La tragédie de la condition humaine, c’est probablement la fuite inexorable du temps, selon le paradoxe bien connu d’Augustin : le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore, et le présent se perd dans le passé. Peut-être que seule la poésie est capable de « dire » quelque chose de cette fuite, et Aznavour s’est rangé à ce sujet au côté des plus grands, tels Aragon (Il n’y a pas d’amour heureux) ou Léo Ferré (Avec le temps).
La plupart de ses succès sont d’ailleurs des chansons emplies de nostalgie : La Bohème (paroles de Jacques Plante), Hier encore, et même Mes emmerdes. Ces succès disent bien le soin qu’accordait l’artiste à ses textes ou au choix de ses paroliers à ce propos, mais aussi l’universalité du thème. Mais, à mes yeux, c’est Sa jeunesse qui décrit le mieux ce sentiment mêlé de joie et de regrets à l’évocation du passé. Et elle prend un relief tout particulier dans les enregistrements les plus récents.
Lorsque l’on voit loin devant soi rire la vie Brodée d’espoir, riche de joies et de folies Il faut boire jusqu’à l’ivresse Sa jeunesse Car tous les instants de nos vingt ans nous sont comptés Et jamais plus le temps perdu ne nous fait face Il passe Souvent en vain on tend les mains et l’on regrette Il est trop tard, sur son chemin rien ne l’arrête On ne peut garder sans cesse Sa jeunesse
En quelques phrases, tout le problème du passage du temps est résumé : quand on est jeune, on se projette, on regarde l’avenir et on peut en oublier de vivre l’instant présent. Or on ne peut revenir en arrière et on risque de regretter quand il sera trop tard.
Ce que je trouve aussi formidable dans ce texte, c’est que ce n’est pas un énième « conseil » d’un grand-père à ses petits-enfants. Comme on l’a vu plus haut, ce genre de prescription n’a pas de valeur tant qu’on n’en a pas fait l’expérience. Autrement dit, cette chanson est un avertissement : invariablement, nous finirons tous par ressentir de la nostalgie. Nous ne pouvons jamais vivre pleinement, il nous manquera toujours quelque chose, il est « toujours déjà trop tard », et c’est cela qui est tragique et beau à la fois.
La disparition de Charles Aznavour signifie-t-elle la fin d’une époque ? N’était-il pas le dernier représentant de la grande chanson réaliste d’après-guerre ? Concluons, plutôt, sur cette magnifique chanson qu’il avait composée sur des paroles de Robert Gall en 1963, La Mamma :
Y a tant d’amour, de souvenirs Autour de toi […] Y a tant de larmes et de sourires A travers toi […] Que jamais, jamais, jamais Tu ne nous quitteras !
Thomas Schauder
Un peu de lecture pour aller plus loin Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, GF, 2000 Saint Augustin, Les Aveux, POL, 2013

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                Philosopher avec Georges Brassens




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                Le jour où Johnny est devenu La France




A propos de l’auteur
Thomas Schauder est professeur de philosophie en classe de terminale à Troyes (Aube). Vous pouvez retrouver l’intégralité de ses chroniques Phil’ d’actu, publiées un mercredi sur deux sur Le Monde.fr/campus, ainsi que ses autres travaux, sur son site Internet.
En voici quelques-unes :








                            


                        

                        

