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<filname="SURF-env_sciences-1"> ¤ Dans une tribune adressée au « Monde », le Dr Patrick Lemaire pointe le décalage entre l’annonce du projet de loi de finances 2019 ainsi que le peu de moyens alloués aux organismes de recherche et les promesses du président Macron.
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Budget de la recherche : « une véritable ambition plutôt qu’un beau discours »

Dans une tribune adressée au « Monde », le Dr Patrick Lemaire pointe le décalage entre l’annonce du projet de loi de finances 2019 ainsi que le peu de moyens alloués aux organismes de recherche et les promesses du président Macron.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 17h03
    |

Patrick Lemaire (Directeur de recherches au CNRS)







                        



                                


                            
Le volet recherche et enseignement supérieur du projet de loi de finances 2019, dévoilé lundi 24 septembre, démoralisera un peu plus les scientifiques. Il constitue ­surtout un contresens historique pour le pays.
Souvenons-nous de 2017. Avec la prise de fonctions de Donald Trump, les scientifiques étatsuniens se retrouvent sur le banc des accusés, déclenchant une mobilisation populaire internationale pour les sciences. Surfant sur la vague de la Marche pour les sciences, Emmanuel Macron, dans un spectaculaire coup de communication planétaire, lance « Make Our Planet Great Again »pour positionner la France comme un refuge pour les scientifiques, états-uniens notamment, dont les recherches de pointe sur le climat seraient ­menacées par l’obscurantisme du nouveau locataire de la Maison Blanche.

Un an plus tard, le Congrès américain, dans un sursaut salutaire, rejette en bloc les coupes franches dans les budgets scientifiques proposées par l’administration Trump et vote un budget pour les sciences en progression de 12,8 %, le meilleur depuis dix ans. En France, « Make Our Planet Great Again » fait un flop et la proposition de budget scientifique et universitaire annoncée est en tel décalage avec les annonces médiatiques successives et avec les ­besoins qu’elle ne peut que désespérer. L’addition des budgets de la mission ­interministérielle pour la recherche et l’enseignement supérieur (Mires) et du volet scientifique des programmes d’investissement d’avenir suit à peine l’inflation. Le budget des organismes de recherche baisse en euros constants. Les universités, malgré le flux croissant d’étudiants, restent les parents pauvres. Des annonces présidentielles, planétaires et tonitruantes, ont accouché un souriceau famélique.
On pourrait arguer qu’un budget qui progresse très légèrement en euros courants n’est pas si mauvais, compte tenu des impératifs de réduction des déficits publics. L’argument serait (presque) recevable...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-2"> ¤ L’Américain Arthur Ashkin, le Français Gérard Mourou et la Canadienne Donna Strickland ont œuvré à des « inventions révolutionnaires » dans ce domaine.
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Nobel de physique : trois scientifiques, dont un Français, récompensés pour leurs travaux sur les lasers

L’Américain Arthur Ashkin, le Français Gérard Mourou et la Canadienne Donna Strickland ont œuvré à des « inventions révolutionnaires » dans ce domaine.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 12h15
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 13h55
   





                        


Le prix Nobel 2018 de physique a été attribué mardi 2 octobre pour une moitié à l’Américain Arthur Ashkin et pour l’autre moitié au Français Gérard Mourou et à la Canadienne Donna Strickland pour leurs travaux sur les lasers et l’optique, a annoncé l’Académie royale des sciences.

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— NobelPrize (@The Nobel Prize)


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Arthur Ashkin est récompensé « pour ses pinces optiques et leur application aux systèmes biologiques » – les pinces optiques servant à piéger des objets de petite dimension comme des molécules à l’aide d’un faisceau laser. Gérard Mourou et Donna Strickland reçoivent conjointement l’autre moitié du Nobel de physique « pour leur méthode de génération d’impulsions optiques ».
La technique d’amplification des lasers Chirped Pulse Amplification (CPA) mise au point il y a un peu plus de 30 ans par Gérard Mourou et Donna Strickland, qui était son étudiante, a permis de créer des impulsions ultracourtes de quelques dizaines de femto-secondes et de très haute puissance, précise l’Ecole polytechnique, où le lauréat français enseigne. Gérard Mourou a proposé depuis d’autres concepts de lasers de puissance, dont l’un s’appuie sur un « fagot » de fibres optiques.

   


Adaptée au médical, la technique CPA a permis des avancées nouvelles dans le domaine de la chirurgie réfractive de l’œil et de la cataracte. « Les inventions qui sont honorées cette année ont révolutionné la physique des lasers », ajoute l’Académie royale des sciences. Gérard Mourou a également proposé d’utiliser des lasers de puissance pour réduire la pollution engendrée autour de la Terre par les débris spatiaux.
Donna Strickland n’est que la troisième femme à recevoir le Nobel de physique, après Marie Curie en 1903 et la Germano-Américaine Maria Goeppert-Mayer en 1963.
A l’opposé du spectre d’énergie, Arthur Ashkin, a tout fait pour éviter cette débauche de puissance afin de préserver les objets fragiles qu’il étudie grâce à des lasers bien moins énergétiques. A la même époque que ses confrères, il invente un système de pinces optiques pour piéger et manipuler des particules, des bactéries, des virus ou des cellules. Il utilise pour cela le fait que la lumière exerce une pression sur les objets. En focalisant convenablement les faisceaux lasers il parvient à créer de véritables pièges, permettant ensuite de mieux étudier les objets ainsi « pincés ».

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                Lasers : les feux de l'extrême






                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-3">
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<filname="SURF-env_sciences-3"> ¤ Ce cas rarissime vient d’être décrit par des médecins français dans la revue « Toxicologie analytique et clinique ».
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<filname="SURF-env_sciences-4"> ¤ 530 médicaments se sont retrouvés en rupture de stock en 2017, soit dix fois plus qu’en 2008. Un rapport sénatorial formule des propositions.
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Les sénateurs s’alarment des pénuries de médicaments

530 médicaments se sont retrouvés en rupture de stock en 2017, soit dix fois plus qu’en 2008. Un rapport sénatorial formule des propositions.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 10h43
    |

            Pascale Santi








                        


Le rapport sénatorial de la Mission d’information sur la pénurie de médicaments et de vaccins, créée à l’initiative du groupe Les Indépendants - République et territoires, a été remis mardi 2 octobre. Présidée par le ­sénateur socialiste Yves Daudigny, la mission a listé une trentaine de propositions. Le constat est sans appel. Le phénomène s’aggrave en France : 530 médicaments se sont retrouvés en rupture de stock en 2017, soit 30 % de plus qu’en 2016, dix fois plus qu’en 2008 (44 médicaments concernés).
Et ces chiffres ne concernent que les médicaments dits d’intérêt ­thérapeutique majeur, selon la classification de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), c’est-à-dire ceux dont « l’indisponibilité transitoire, totale ou partielle, est susceptible d’entraîner un problème de santé publique (mise en jeu du pronostic vital, perte de chance importante pour les ­patients) » et pour lesquels il n’y a pas d’alternative thérapeutique disponible sur le marché français. On parle de rupture d’approvisionnement lorsqu’une pharmacie d’officine ou d’hôpital est dans ­l’incapacité de dispenser un médicament à un patient dans un délai de soixante-douze heures.

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                Confrontés à la pénurie de vaccins , les pharmaciens réclament des informations



« Les pharmaciens font face, à l’hôpital comme en officine, à des phénomènes le plus souvent diffus, mais récurrents et fortement déstabilisateurs pour la continuité des soins », pointe le rapport. Ainsi, « à Gustave-Roussy, ce sont 69 lignes de médicaments qui sont quotidiennement en rupture ou en tension. L’Agence générale des équipements et produits de santé (Ageps) de l’assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) relève quant à elle chaque jour 80 à 90 médicaments en situation de pénurie », constate encore le rapport.
Deux exemples illustrent ce phénomène. Les personnes touchées par la maladie de Parkinson ne trouvent plus de Sinemet, l’un des traitements les plus courants, pris par plus de 50 % de ces patients. Et cela risque de durer jusqu’en mars 2019, a récemment précisé l’ANSM. Les médicaments génériques deviennent eux-mêmes en rupture de stock. Ce qui crée une forte angoisse chez les malades et leurs proches, ont dénoncé des ­associations de patients.
Traitements anticancéreux
Autre exemple, l’anticancéreux ­5-Fluorouracile (laboratoire Teva), utilisé dans le traitement de nombreux types de cancers, connaît actuellement de fortes difficultés de disponibilité. « Certes, d’autres anticancéreux peuvent être prescrits, mais ce ne sont pas les mêmes protocoles, et c’est une perte de chance pour les patients », explique le professeur Alain Astier, chef du département de pharmacie du groupe hospitalier Henri-Mondor (AP-HP, Créteil), et membre de l’Académie de pharmacie. Ces ­pénuries touchent aussi des médicaments courants, comme l’antibiotique amoxicilline.
Les causes de cette pénurie sont multiples. Interrogée par la mission, l’ANSM évoquait des problèmes dans la chaîne de production, des défauts de qualité des produits finis, ou encore des difficultés d’approvisionnement en matière première. Mais une réglementation contraignante et, surtout, la moindre rentabilité de ces molécules sont souvent mises en avant.
Afin de lutter contre ce phénomène, la mission d’information du Sénat formule plusieurs propositions. D’abord, en définissant au niveau européen la notion de ­médicament essentiel. Les sénateurs proposent aussi de « recréer les conditions d’une production pharmaceutique de proximité » grâce à des incitations financières. En effet, « c’est l’indépendance sanitaire de notre pays qui est désormais remise en cause », s’inquiète la mission. L’Académie de pharmacie, qui avait alerté sur ce phénomène dès 2008, rappelle que « 60 % à 80 % des matières actives à usage pharmaceutique ne sont pas fabriquées dans les pays de l’Union européenne, mais en Inde et en Asie, contre 20 % il y a trente ans ».

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                « L’industrie pharmaceutique est préoccupée avant tout par sa rentabilité financière »



Pour remédier au « désengagement des laboratoires sur les médicaments essentiels peu rémunérateurs », les sénateurs proposent d’« instituer un programme public de production et de distribution de quelques médicaments essentiels concernés par ces arrêts de commercialisation, ou de médicaments “de niche” régulièrement exposés à des tensions d’approvisionnement, confié à la Pharmacie centrale des armées et à l’Agence générale des équipements et produits de santé ». Il importe aussi de « mieux évaluer les comportements dits spéculatifs ».
Enfin, la mission préconise de mieux informer grâce à une plate-forme centralisée sur le modèle de DP-Ruptures, un outil instauré par l’ordre des pharmaciens, et de mettre en place une cellule de gestion de ces pénuries, placée sous l’autorité du premier ministre. Il est aussi proposé de renforcer les pouvoirs de l’ANSM et ceux du pharmacien et d’avoir une politique plus harmonisée au niveau européen, par exemple en favorisant les achats groupés. Pour certains, comme le professeur Astier, il est impératif de desserrer une réglementation jugée trop contraignante (normes de fabrication…). La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-5">
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<filname="SURF-env_sciences-5"> ¤ Désormais remboursées par l’Assurance-maladie, les téléconsultations offrent de nombreux avantages et représentent une vraie révolution : le diagnostic réalisé par un logiciel, explique dans sa chronique, l’informaticien Serge Abiteboul.
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Allô, robot bobo !

Désormais remboursées par l’Assurance-maladie, les téléconsultations offrent de nombreux avantages et représentent une vraie révolution : le diagnostic réalisé par un logiciel, explique dans sa chronique, l’informaticien Serge Abiteboul.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 07h00
    |

Serge Abiteboul (chercheur en informatique à l’Inria et à l’ENS, membre du collège de l’Autorité de régulation des communications électroniques et ...







                        



                                


                            
Transformations. Après plusieurs décennies d’expérimentations, les téléconsultations sont désormais remboursées par l’Assurance-maladie… Pourquoi a-t-il fallu tant de temps pour parvenir à une telle décision ?
En effet, l’usage de la vidéoconférence, déjà répandu dans nombre de professions, peut constituer un véritable progrès pour le malade, un gain de temps et une réelle simplification de sa vie. Pensez à la personne âgée qui se déplace avec difficultés, au paysan de la Creuse qui doit se rendre loin de son domicile pour consulter, à l’employé qui ne veut pas poser une demi-journée de congé, etc. Il n’est évidemment pas question de remplacer toutes les rencontres physiques avec un praticien, mais de s’y substituer parfois.

Cette technique offre de nombreux avantages : pouvoir réécouter les explications du médecin, lire le rapport écrit produit par le logiciel programmé pour cette tâche à la place du médecin, le compléter par des explications trouvées sur des sources fiables du Web… Le numérique contribue à développer l’autonomie du malade.
Mais au-delà de la communication électronique avec un personnel de santé, pointe une vraie révolution : le diagnostic réalisé par un logiciel. Il ne s’agit pas, bien sûr, de nous décharger sur des machines du soin des malades, ce qui nous conduirait à perdre une part essentielle de notre humanité, mais de faire mieux avec l’aide des machines.
Améliorer le triage médical
Cette technique permet d’abord d’améliorer le triage médical : devez-vous aller aux urgences, prendre un rendez-vous avec un médecin généraliste ou un spécialiste, et si oui, lequel ? Pouvez-vous vous contenter d’un médicament en vente libre, ou peut-être juste vous reposer ? Les services médicaux d’urgence sont engorgés par des personnes qui n’ont rien à y faire ; le diagnostic tardif de patients trop éloignés de centres médicaux débouche sur de graves complications ; les malades n’y comprennent rien et sont...




                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-6">
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<filname="SURF-env_sciences-6"> ¤ Herwig Czech, historien de la médecine à l’université de Vienne, a dévoilé en avril le double visage glaçant du pédiatre viennois, exhumé de documents d’archive.
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Asperger et les nazis : un cas plus qu’embarrassant

Herwig Czech, historien de la médecine à l’université de Vienne, a dévoilé en avril le double visage glaçant du pédiatre viennois, exhumé de documents d’archive.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 06h00
    |

                            Florence Rosier








                        



                                


                            
Une sommité du monde de l’autisme est tombée de son piédestal, au printemps dernier. En 1944, Hans Asperger (1906-1980), pédiatre autrichien visionnaire, publie la description d’un tableau particulier chez quatre de ses petits patients : « Un manque d’empathie, une faible capacité à se créer des amis, une conversation unidirectionnelle, une intense préoccupation pour un sujet particulier et des mouvements maladroits. » Dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, sa publication passe inaperçue. Ce n’est qu’en 1981, un an après sa mort, que ce tableau sera nommé « syndrome d’Asperger ».

Hans Asperger avait une vision positive de l’autisme : il a montré le premier que certains enfants autistes pouvaient receler des capacités hors norme. Et considérait qu’ils pouvaient développer des compétences extraordinaires, à condition qu’on les stimule.
Ce pédiatre était donc respecté comme « le père des méthodes actuelles utilisées de par le monde pour favoriser le développement des enfants autistes », résume le docteur David Gourion dans son livre Eloge des intelligences atypiques (Odile Jacob, 292 pages, 21,90 euros). Certes, on s’interrogeait sur ses relations avec le régime nazi. « Avait-il le choix ? », plaidaient ceux pour qui Asperger avait à dessein mis la lumière sur les autistes de haut niveau pour sauver les autres enfants autistes des « mesures d’hygiène raciale » nazies. Beaucoup pensaient qu’Asperger était dans une « zone grise », ni opposant ni collaborateur actif avec le régime d’Hitler.
Coup de théâtre
Mais le 18 avril, coup de théâtre. Herwig Czech, historien de la médecine à l’université de Vienne, dévoile le double visage glaçant du pédiatre viennois, exhumé de documents d’archive. « La description d’Asperger comme (...) défenseur courageux de ses patients contre “l’euthanasie” nazie (...) ne tient pas debout face à la preuve...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-7"> ¤ Pour le docteur David Gourion, auteur de « Eloge des intelligences ­atypiques », les intelligences autistiques sont une chance incroyable pour la société.
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« En France, on a une vision réductrice de l’autisme, perçu comme un handicap »

Pour le docteur David Gourion, auteur de « Eloge des intelligences ­atypiques », les intelligences autistiques sont une chance incroyable pour la société.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 11h57
    |

                            Florence Rosier








                        



                                


                            

Le docteur David Gourion, psychiatre libéral ainsi que sur le campus d’HEC Paris, publie Eloge des intelligences ­atypiques, coécrit avec la psychologue clinicienne Séverine Leduc (Odile ­Jacob, 292 p., 21,90 €). Ils y décryptent le fonctionnement très particulier du cerveau autistique, avec ses déficits, mais ­également ses compétences méconnues. Et montrent comment ces découvertes peuvent transformer nos façons d’éduquer et d’évaluer les enfants atteints. Et comment nos sociétés peuvent s’enrichir de l’apport de ces cerveaux hors norme.

D’où vient votre intérêt pour les « intelligences atypiques » ?
Dans mes consultations, je vois de plus en plus de jeunes arriver avec un « diagnostic » de « haut potentiel intellectuel » – soit, en principe, un quotient intellectuel (QI) supérieur à 130. On leur a ­expliqué qu’ils étaient trop intelligents pour pouvoir vivre comme tout le monde, que les autres ne les comprenaient pas ! Ils croient donc que leur mal-être, leurs ­difficultés émotionnelles, sociales, scolaires ou professionnelles viennent de ce haut QI.
Cette explication très à la mode me semblait réductrice. Et cette étiquette glamour de « surdoué » me mettait en colère : tout un ­business s’est construit autour de ça ! Or, le fait d’avoir de meilleures capacités cognitives n’est en rien un « diagnostic » de trouble psychiatrique – ce serait un comble. En plus, l’intelligence est multiple, évolutive, et ne se laisse pas enfermer dans un chiffre de QI. Enfin, la plupart de ceux qui ont un « haut QI » vont parfaitement bien : ils sont sociables, bien dans leur peau, avec le plus souvent de brillants parcours scolaires.
Comment, en ce cas, expliquer les difficultés de ces jeunes ?
Beaucoup décrivent une hypersensibilité émotionnelle et sensorielle, des difficultés à comprendre les éléments implicites du contexte, une anxiété sociale et des routines très ancrées. Ils ont souvent...




                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-8">
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<filname="SURF-env_sciences-8"> ¤ Si les handicaps des personnes autistes sont manifestes, la révélation de leurs talents est récente. Plusieurs découvertes devraient inspirer la prise en charge éducative.
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Article sélectionné dans La Matinale du 01/10/2018
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Autisme : les secrets des intelligences atypiques

Si les handicaps des personnes autistes sont manifestes, la révélation de leurs talents est récente. Plusieurs découvertes devraient inspirer la prise en charge éducative.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 05h38
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 10h49
    |

                            Florence Rosier








                        



                                


                            

Adam (le prénom a été changé) a 9 ans. Dès la maternelle, sa scolarisation a été très compliquée. Ne parlant pas, il présente de forts troubles du comportement. Mais dès la petite section, son instituteur décèle chez lui des talents « incroyables ». Au fil du temps, l’enfant développe la capacité de lire et d’écrire en trois langues : le français, l’arabe et l’anglais. Mais reste incapable de demander de l’eau s’il a soif, par exemple.
Aujourd’hui encore, « on voit qu’Adam est complètement envahi par son monde intérieur. Par exemple, il trace dans l’air des tas de choses avec son doigt », témoigne Isabelle Rolland, présidente d’Autistes sans frontières (ASF), qui suit l’enfant dans le Val-d’Oise.
Vers l’âge de 6 ans, après une longue ­errance médicale, Adam reçoit un diagnostic d’autisme de haut niveau (mais qui n’est pas un syndrome d’Asperger). L’école souhaite l’orienter vers une institution spécialisée. Ses parents se ­tournent vers ASF : un accompagnement est mis en place. Adam est scolarisé à mi-temps avec l’aide d’une auxiliaire de vie scolaire (AVS) formée à l’autisme. Il est aussi suivi par un orthophoniste et une psychomotricienne. Un éducateur spécialisé se rend à son domicile pour guider les parents. Cet ­accompagnement est financé pour moitié par les aides au handicap que reçoivent les parents, pour moitié par les fonds privés recueillis par ASF.
Le cerveau autistique intègre simultanément tous les détails sensoriels, il les mémorise d’une façon extrêmement précise et durable
Adam est aujourd’hui en CE1. « Ses compétences en maths sont celles d’un enfant de CM1 ou CM2. Mais sans l’AVS, il ne ferait sans doute rien. Le langage oral reste très compliqué », résume Isabelle Rolland. ASF milite pour une meilleure intégration scolaire de ces enfants. « Leurs scolarités se passent globalement bien. Tous ne pourront pas entrer au collège. Mais nous espérons qu’Adam le pourra. »
Les...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-9"> ¤ Lors d’un atelier, Alessandro Stumia avait affirmé que les femmes bénéficient d’un traitement de faveur dans le domaine de la physique, « inventée et construite par des hommes ».
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Le CERN cesse sa collaboration avec un scientifique après une présentation jugée sexiste

Lors d’un atelier, Alessandro Stumia avait affirmé que les femmes bénéficient d’un traitement de faveur dans le domaine de la physique, « inventée et construite par des hommes ».



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 20h20
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 09h25
   





                        



   


Le CERN « a suspendu », lundi 1er octobre, sa collaboration avec un scientifique italien qui avait assuré que la physique était une question d’hommes et accusé les femmes de prendre de plus en plus de postes grâce au débat sur la parité.
Vendredi, l’organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) a organisé un atelier à Genève intitulé « Théorie des hautes énergies et genre », auquel Alessandro Strumia, scientifique italien de l’université de Pise, était invité. Plusieurs femmes scientifiques ayant participé à cet atelier l’ont ensuite accusé sur les réseaux sociaux d’avoir tenu des propos sexistes.
Dans sa présentation, Alessandro Strumia laisse entendre, à coups d’équations et de multiples graphiques, que les hommes font face à une discrimination croissante dans le domaine de la physique. Il explique que le rôle croissant des femmes dans les emplois liés à la physique n’est pas dû à leur qualification mais à la multiplication des débats sur les questions de genre et de parité.
Dans cette présentation, il déclare : « La physique a été inventée et construite par les hommes, on n’y entre pas par invitation. » Il affirme aussi : « La physique n’est pas sexiste envers les femmes. Mais la vérité n’a pas d’importance, parce que ça fait partie d’une bataille politique venant de l’extérieur. On ne sait pas qui va gagner. »
Seulement 20 % de femmes
Dans un communiqué, le CERN, dirigé par l’Italienne Fabiola Gianotti, « juge particulièrement choquante la présentation donnée par (ce) scientifique invité ». L’organisation précise ne pas avoir eu connaissance du contenu de la présentation avant l’atelier et indique avoir décidé de la retirer de son système d’archivage en ligne, « conformément à son code de conduite, en vertu duquel les attaques et insultes personnelles ne sont pas tolérées ».
« La diversité fait partie du CERN et est aussi l’une des valeurs fondamentales sous-tendant notre code de conduite. L’organisation est pleinement engagée dans la promotion de la diversité et de l’égalité, à tous les niveaux », fait-elle valoir.
Dans un second communiqué, le CERN a annoncé avoir « suspendu avec effet immédiat le scientifique en question de toute activité au CERN, dans l’attente d’une enquête sur l’incident de la semaine passée ». L’organisation souligne que la présentation à l’origine de la polémique était l’une des 38 interventions prévues dans le cadre de cet événement, qui s’est tenu du 26 au 28 septembre à Genève, mais qu’elle « risque malheureusement d’occulter les importants messages et débats de cet atelier ».
Selon le CERN, le pourcentage de femmes travaillant au sein de l’organisation a très peu augmenté ces dix dernières années : elles continuent à ne représenter que 20 % environ de l’ensemble du personnel.

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<filname="SURF-env_sciences-10"> ¤ Le Japonais Tasuku Honjo et l’Américain James Allison ont été distingués par l’académie du Karolinska Institute pour leurs travaux sur la régulation de la réponse immunitaire, qui ont abouti à la mise au point de traitements antitumoraux à l’efficacité inédite.
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Le Nobel de médecine sacre la percée de l’immunothérapie du cancer

Le Japonais Tasuku Honjo et l’Américain James Allison ont été distingués par l’académie du Karolinska Institute pour leurs travaux sur la régulation de la réponse immunitaire, qui ont abouti à la mise au point de traitements antitumoraux à l’efficacité inédite.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 19h08
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 09h23
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            

Leurs travaux ont conduit au développement de médicaments qui sauvent la vie à des malades atteints de cancers précédemment incurables. Le prix Nobel de médecine a été attribué, lundi 1er octobre, à l’Américain James Allison, né en 1948, et au Japonais Tasuku Honjo, né en 1942, pour leur découverte de traitements d’immunothérapie des tumeurs malignes « par inhibition de la régulation immunitaire négative ».
Si cette prestigieuse récompense (assortie d’un chèque à partager de 9 millions de couronnes suédoises, soit près de 1 million d’euros) ne surprend guère les spécialistes du domaine, elle permettra de faire connaître au public les noms de ces deux chercheurs qui ont ouvert la voie à l’immunothérapie moderne des cancers, une approche reconnue aujourd’hui comme une révolution thérapeutique. En 2014, les deux immunologistes avaient déjà été récompensés conjointement par le prix Tang, version asiatique des Nobel.
Inhiber des freins
Le principe d’utiliser les propres défenses de l’organisme pour combattre une tumeur n’est pas nouveau. Voila plus de cent ans que des chercheurs et médecins ont eu l’idée de stimuler le système immunitaire (notamment avec des bactéries) pour tenter de faire régresser des cancers. Mais cette option séduisante sur le plan intellectuel est longtemps restée décevante en termes de résultats.
En travaillant chacun de leur côté, James Allison et Tasuku Honjo ont réussi là où leurs prédécesseurs avaient échoué. Leur stratégie a été au contraire de desserrer les freins empêchant le système immunitaire d’attaquer les cellules cancéreuses, grâce à des traitements dits « inhibiteurs de checkpoints (“points de contrôle”) immunitaires ». Pour prendre une métaphore issue de la conduite automobile, ils ont développé des médicaments efficaces non en appuyant sur l’accélérateur, mais en relâchant la pédale de frein.
Pendant les années 1990, dans son laboratoire de Berkeley, à l’université de Californie,...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-11"> ¤ Plantée dans la constellation du Capricorne, la planète Mars restera très brillante en ce début d’automne.
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<filname="SURF-env_sciences-12"> ¤ L’opération de sensibilisation, qui débute lundi, est l’occasion d’examiner les avantages et les inconvénients des examens systématiques de santé.
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« Octobre rose » : le dépistage systématique du cancer du sein est-il nécessaire ?

L’opération de sensibilisation, qui débute lundi, est l’occasion d’examiner les avantages et les inconvénients des examens systématiques de santé.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 16h53
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 09h36
    |

            Anne-Aël Durand








                        



C’est par une illumination de la tour Eiffel, entre autres événements, que la 25e édition de la campagne d’information « Octobre rose » est lancée lundi 1er octobre, pour sensibiliser au cancer du sein. Si l’intérêt de parler d’une maladie qui peut toucher une femme sur huit au cours de sa vie n’est pas remis en cause, la question du dépistage systématique de ce cancer a été soulevée en 2016 à la suite d’un rapport critiquant le système actuel.
Que représente le cancer du sein en France ?
12 000 morts par an
Le cancer du sein est le plus répandu en France. Selon l’Institut du cancer (INCa), 59 000 nouveaux cas sont détectés chaque année, soit 31 % des cancers touchant les femmes. Il s’agit aussi du cancer féminin le plus meurtrier, avec près de 12 000 morts par an.
Dans 80 % des cas, les cancers du sein sont détectés chez des patientes de plus de 50 ans, et on estime qu’une femme sur huit y sera confrontée au cours de sa vie. Heureusement, c’est aussi l’un des cancers qui se guérissent le mieux, avec 87 % de taux de survie à cinq ans, selon l’Institut de veille sanitaire (InVS).

        Lire aussi :
         

                Quelles sont les chances de survie aux principaux cancers ?



Comment était organisé le dépistage jusqu’à présent ?
En 2004, un dépistage systématique a été organisé pour toutes les femmes de 50 ans à 74 ans, qui ne présentent pas de risque particulier, sous forme d’une mammographie et d’un examen clinique pratiqués gratuitement tous les deux ans. Celles qui ont des antécédents ou un risque accru réalisent l’examen tous les ans.
Mais cette politique de santé publique a montré ses limites : en 2017, une femme sur deux (49,9 %) a répondu au courrier l’invitant à participer au dépistage organisé, ce qui est bien inférieur aux recommandations européennes, qui préconisent 70 % de participation. Cette proportion est en baisse depuis plusieurs années, avec d’importants écarts régionaux. Parallèlement, 10 % des femmes ont préféré un dépistage individualisé, qui aboutit davantage sur des échographies de contrôle.
Combien coûte ce dispositif ?
Difficile d’avoir une idée exacte. Le rapport du comité d’orientation cite deux estimations :
180 millions d’euros en 2008, selon la Haute Autorité de santé : 79 euros par femme participante ; 11 300 euros par cancer déclaré ;et des structures fixes coûtant 35 millions d’euros.300 millions d’euros selon les calculs de l’UFC-Que choisir (soit 130 euros par an et par patiente), en incluant les primes de 245 euros par an accordées aux médecins traitants dont les patientes participent bien au dépistage. L’association de consommateurs précise que si la mammographie est gratuite, les examens qui suivent en cas de doute (échographie, biopsie) restent en partie à la charge de la patiente.
Qu’est-ce qui va changer ?
Le ministère de la santé a annoncé une « modernisation du dépistage » au début de 2018. L’objectif est d’individualiser le suivi en fonction des risques prédictibles, sachant que 5 % seulement des cancers sont héréditaires.
Une consultation de prévention sera proposée pour les femmes de 25 ans, qui sera prise en charge à 100 % par l’Assurance-maladie, afin d’évoquer et d’évaluer les facteurs de risque (tabac, alcool, alimentation, etc.).
A partir de 50 ans, une seconde consultation de dépistage est organisée avec un suivi personnalisé en fonction des facteurs de risques. Les échographies prescrites en complément des mammographies seront désormais remboursées intégralement, comme le souhaitaient les associations de consommateurs.
Quels sont les résultats du dépistage ?
Le dépistage est-il efficace ? Toute la difficulté réside dans cette évaluation. Selon l’agence Santé publique France, le dépistage organisé a permis de détecter 37 000 cas entre 2013 et 2014, la plupart du temps à un stade précoce : dans 77 % des cas, les ganglions n’étaient pas atteints, et dans 37 % la tumeur mesurait moins de 1 centimètre.
Au total, il est extrêmement complexe de savoir combien de morts sont évitées grâce au dépistage. Depuis les années 1960, plusieurs essais cliniques conduits dans le monde ont conclu à une baisse de 15 % à 25 % de la mortalité. Mais des études plus récentes, par exemple celle publiée par le British Medical Journal sur 90 000 femmes au Canada, ne démontre pas de différence significative sans ou avec des mammographies régulières. Aucune étude d’une telle ampleur n’a pu être réalisée en France. 
L’INCa avance le chiffre de 150 à 300 décès évités pour 100 000 femmes dépistées sur sept à dix ans, soit une réduction de mortalité de 15 % à 21 %. Mais ces chiffres aussi sont controversés, et ne tiennent pas compte d’un autre facteur : le risque de surdiagnostic.
Que reproche-t-on au dépistage ?
A priori, on pourrait penser que le dépistage ne peut pas faire de mal — même si la mammographie est assez désagréable — et que plus un cancer est détecté tôt, plus il est facile de le guérir sans traitement lourd. Mais ces remarques de bon sens sont mises à mal par plusieurs risques :
Le surdiagnostic : il s’agit de lésions cancéreuses détectées alors qu’elles n’auraient pas forcément évolué en cancer menaçant la vie de la personne. Ce n’est pas parce qu’un cancer est petit qu’il est récent, ou parce qu’il est volumineux qu’il va évoluer rapidement. Plusieurs études aboutissent à des chiffres de l’ordre de 10 % à 20 % de surdiagnostic.Le surtraitement : chimiothérapie, rayons, voire ablation du sein sont donc parfois réalisés inutilement ; ce qui dégrade considérablement la vie des patientes (angoisse, problèmes professionnels et personnels, etc.).Les cancers d’intervalle : inversement, une femme peut se sentir protégée après un examen normal et pourtant développer une tumeur très rapidement dès les mois suivants. Le dépistage n’est en aucun cas une assurance de ne pas déclarer un cancer futur.Les cancers radio-induits : les mammographies exposent à des doses très faibles de rayons, qui peuvent dans certains cas augmenter la probabilité de futur cancer. Mais c’est surtout vrai pour les femmes jeunes ou présentant déjà des mutations ou des facteurs de risque. En théorie, ce n’est pas la population cible du dépistage organisé.Les conséquences psychologiques, en particulier l’anxiété des femmes dont la mammographie est « douteuse » et qui doivent attendre le résultat de nombreux examens complémentaires (échographie, biopsie, etc.) avant d’écarter un risque de cancer.Lire aussi : Cancer du sein : fait-on trop de mammographies ?
Pourquoi la campagne « Octobre rose » est-elle décriée ?
La controverse scientifique sur le « bénéfice-risque du dépistage », évoquée par l’Institut national du cancer, n’est pas abordée lors des nombreuses manifestations d’« Octobre rose », une opération de communication sur le cancer du sein organisée chaque année au mois d’octobre, avec le soutien de la Ligue contre le cancer.
Cette campagne, venue des Etats-Unis, a été lancée en France en 1994 par le groupe cosmétique Estée Lauder et le magazine Marie Claire pour promouvoir le dépistage. Elle bénéficie du soutien médiatique et financier de nombreuses marques commerciales, parfois taxées de « pinkwashing » — c’est-à-dire de s’associer à une cause pour améliorer leur image.
Un collectif de médecins indépendants s’est organisé en 2015, sous le nom de Cancer rose, pour dénoncer, à l’aide de brochures et de vidéos, « les messages officiels extrêmement incitatifs » et les campagnes commerciales qui vantent un dépistage « ne reposant pourtant sur aucune donnée fiable et pertinente », fondés sur des injonctions culpabilisatrices plutôt que sur l’information objective des femmes.

        Lire aussi :
         

          Octobre rose, une noble cause… un peu trop marketée



Faut-il arrêter dépistage et mammographie ?
Même les médecins les plus critiques ne jettent pas aux orties le dépistage en tant que tel, mais son aspect systématique et imposé à toutes les femmes qui ne présentent aucun risque particulier. Ils demandent que les avantages et les inconvénients soient expliqués aux patientes pour qu’elles puissent choisir en connaissance de cause de pratiquer ou non cet examen.

        La tribune :
         

          Dépistage du cancer du sein : « L’information des femmes doit être loyale, complète et compréhensible »



Le suivi uniquement individuel n’est pas toujours plus facile à mettre en place, et peut engendrer des inégalités sociales face à la prévention, comme le note dans Le Monde Suzette Delaloge, oncologue à l’institut Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne).

        La tribune :
         

          Dépistage du cancer du sein : « il faut prévenir les risques d’inégalité d’accès à la prévention et au dépistage »



Par ailleurs, le dépistage du cancer du sein ne passe pas obligatoirement par la mammographie. Une première étape consiste à effectuer des palpations régulières des seins. C’est d’ailleurs ce qui est recommandé pour les femmes de moins de 50 ans, afin d’éviter les effets néfastes des excès de radiations. Dans tous les cas, la mammographie est considérée comme nécessaire par les médecins en tant qu’outil de diagnostic, c’est-à-dire de vérification d’un risque décelé auparavant.
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Indonésie : polémique « vaine » sur le système d’alerte tsunami

Certains chercheurs ont regretté l’absence de bouées de détection, mais celles-ci sont conçues pour des alertes transocéaniques, alors que les villes sinistrées se trouvaient tout près du séisme.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 15h52
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 09h26
    |

            Hervé Morin








                        



   


Un début de polémique est né sur la façon dont l’alerte tsunami a été gérée, vendredi 28 septembre, dans les minutes qui ont suivi le séisme ayant fait près de mille morts dans la région de Palu, sur l’île de Sulawesi, en Indonésie. Les autorités indonésiennes ont-elles levé l’alerte trop tôt ? Un système de capteurs plus performant, et surtout opérationnel, aurait-il sauvé des vies ?
Le séisme est survenu à 18 h 2 (heure locale). L’Agence météorologique, climatologique et géophysique indonésienne (BMKG) a décrit le déroulement des faits dans un communiqué, au lendemain de la catastrophe. L’analyse des données sismiques par le BMKG a quasiment instantanément engendré une alerte tsunami, estimant que la vague mesurerait entre 0,5 et 3 mètres et arriverait à Palu à 18 h 22. Le marégraphe de Mamuju, situé au sud, bien plus loin de l’épicentre, a enregistré une montée des eaux de 6 centimètres seulement à 18 h 27, laissant supposer qu’une vague de faible ampleur était déjà passée à Palu. L’alerte a donc été levée à 18 h 36.
L’agence Associated Press a évoqué les regrets de chercheurs impliqués dans un projet de système de détection précoce, encore expérimental. S’appuyant sur des capteurs posés au fond de la mer et des communications par fibre optique, il n’a pas bénéficié de financements suffisants pour être opérationnel. Par ailleurs, un réseau plus ancien de bouées DART (Deep-ocean Assessment and Reporting of Tsunamis, détection de tsunamis en eau profonde) est, lui, totalement en déshérence en Indonésie, en raison de vols de ses composants coûteux et de dégradations par les pêcheurs.
Faible distance
Cependant, pour Rémy Bossu, directeur du European Mediterranean Seismological Center, qui a participé à la conception du système d’alerte tsunami en Méditerranée, la présence de ces bouées, conçues pour détecter les grands tsunamis transocéaniques, « n’aurait probablement rien changé dans ce cas », en raison de la faible distance entre le séisme et les zones côtières sinistrées. Même à l’échelle d’un bassin comme la Méditerranée, l’installation de telles bouées, très onéreuses et demandant une lourde maintenance, n’est pas envisagée : la distance du tremblement de terre doit être suffisamment grande pour que les capteurs distinguent l’arrivée de l’onde sismique de celle de la vague.
En France métropolitaine, le système d’alerte tsunami, géré par le Commissariat à l’énergie atomique et énergies alternatives (CEA) depuis 2012, a été conçu pour informer la protection civile dans un délai de quinze minutes, en se fondant sur des données de capteurs sismiques et des marégraphes. Le scénario envisagé est celui d’un mur d’eau engendré par un séisme sur les côtes algériennes — ce qui constitue l’aléa le plus probable. Le tsunami mettrait alors soixante-quinze à quatre-vingt-dix minutes à arriver sur les côtes françaises.
Palu n’étant située qu’à quatre-vingts kilomètres de l’épicentre, le délai d’arrivée du tsunami était bien plus court. Le 1er octobre, le BMKG a même précisé, sur la foi d’une vidéo virale montrant l’arrivée du tsunami à Palu, que celui-ci avait frappé la ville entre 18 h 10 et 18 h 13. Cela pourrait conforter l’hypothèse qui circule désormais parmi la communauté des sismologues : le tsunami n’aurait probablement pas été engendré par une brusque rupture verticale de la croûte terrestre au fond de l’océan — comme lors du séisme du Tohoku, au Japon, en 2011.
« Glissement de terrain sous-marin »
A Célèbes, où les plaques ont coulissé horizontalement, « c’est plutôt un glissement de terrain sous-marin engendré par le séisme, qui est suspecté », dit Rémy Bossu. Une vidéo aérienne pourrait aussi renforcer cette thèse : reprise sur un fil Twitter spécialisé dans l’analyse des séismes, elle est censée avoir été prise d’un avion quittant Palu au moment du tremblement de terre, et montre plusieurs vagues qui semblent émaner de la côte à la suite de mouvements de terrain.

Just obtained video taken from the flight that left #Palu #PLWairport during the #earthquake. Note the "weird wave… https://t.co/V3g0sDRgJ8— GerryS (@Gerry Soejatman)


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Des effondrements sous-marins, encore plus difficiles à déceler, et parfois décalés dans le temps, peuvent aussi engendrer localement un mur d’eau dévastateur. En outre, « la bathymétrie locale a toujours des effets majeurs », note Rémy Bossu. En l’espèce, Palu se situe au fond d’une baie en entonnoir, propre à favoriser l’élévation d’un tsunami.
Pour Jörn Lauterjung, du centre de géophysique de Postdam (Allemagne), qui a coconçu le système d’alerte indonésien, la chaîne a fonctionné correctement « jusqu’au dernier kilomètre », c’est-à-dire « la communication entre les autorités locales et la population », en l’occurrence celle présente sur la plage à l’occasion de célébrations dans la ville de Palu. Malheureusement, a-t-il dit à l’agence Reuters, « il semble par exemple que les sirènes d’alarme n’aient pas fonctionné et qu’aucune voiture de police équipée de haut-parleurs n’ait averti la population locale ». L’inclusion de ce « dernier kilomètre » local est au moins aussi importante qu’une technique de mesure sophistiquée, a-t-il aussi dit au journal Züddeutsche Zeitung.
Le ministère des télécommunications a quant à lui assuré que des alertes répétées avaient été envoyées par SMS, mais, d’après Sutopo Purwo Nugroho, porte parole des services de secours, cité par Reuters, les moyens de communication ont été détruits par le séisme et il n’y avait pas de sirènes d’alarme dans la zone touchée.
Sismologue à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), Robin Lacassin juge que la polémique sur la défaillance du système d’alerte est « vaine » : « En champ très proche, ce qui compte c’est la réaction immédiate et spontanée de la population lorsqu’elle ressent un gros séisme. Donc sa compréhension, qui passe évidemment par l’éducation et l’entraînement, note le chercheur. Les systèmes d’alerte sont par contre très utiles à des distances plus importantes, où le séisme ne va pas être ressenti, ou faiblement. »
En définitive, à proximité d’un séisme, c’est le tremblement de terre lui-même qui constitue l’alerte tsunami : « Le message de prévention, près des côtes, c’est que dès lors que vous ressentez une secousse durant plus de trente secondes, ou que vous avez du mal à tenir debout lors du séisme, il faut gagner les hauteurs », dit Rémy Bossu. Mais à Palu, une ville sans grande éminence, cela aurait signifié se précipiter dans les étages de bâtiments qui venaient quelques instants plus tôt d’être ébranlés par le séisme…




                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-14"> ¤ L’Américain James P. Allison et le Japonais Tasuku Honjo ont été récompensés conjointement pour leurs travaux sur l’immunothérapie.
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Le Nobel de médecine récompense des recherches sur le traitement du cancer

L’Américain James P. Allison et le Japonais Tasuku Honjo ont été récompensés conjointement pour leurs travaux sur l’immunothérapie.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 11h55
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 16h37
    |

            Paul Benkimoun








                        


Le prix Nobel de physiologie et médecine 2018 a été attribué à l’Américain James P. Allison et au Japonais Tasuku Honjo pour leurs découvertes ayant permis de faire avancer la connaissance dans le traitement du cancer, a annoncé lundi 1er octobre l’Académie royale des sciences de Suède.
« Allison et Honjo ont montré comment différentes stratégies d’inhibition des freins du système immunitaire pouvaient être utilisées dans le traitement du cancer. »

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Chacun de son côté, les deux scientifiques se sont évertués à « lâcher les freins » et « appuyer sur les bonnes pédales d’accélération » du système immunitaire de façon à lui permettre de « neutraliser des micro-organismes étrangers », a précisé le jury Nobel. James P. Allison, 70 ans, professeur d’immunologie au centre du cancer de l’université du Texas, a réagi après avoir été contacté par l’agence de presse suédoise TT :
« J’en rêvais, mais je ne pensais pas que cela se réaliserait. Ça me semblait trop gros. »
M. Allison et Tasuku Honjo, 76 ans, professeur à l’université de Kyoto, avaient déjà reçu conjointement en 2014 le prix Tang, présenté comme la version asiatique des Nobel.
Les cancers se développent en prenant en défaut notre système immunitaire, chargé de défendre l’organisme contre les aggressions. Celui-ci est capable de reconnaître une tumeur maligne, mais les lymphocytes T cytotoxiques, des globules blancs spécialisés, ne parviennent pas à l’éliminer. Cela est dû à l’environnement tumoral qui dérègle le mécanisme d’activation des lymphocytes T. Il les empêche de migrer vers la tumeur et de l’attaquer. Cette action inhibitrice vis-à-vis des cellules du système immunitaire est notamment due à une protéine dite CTLA-4. Les travaux de James Allison se sont focalisés sur la mise au point d’un anticorps monoclonal, l’Ipilimumab, spécifiquement dirigé contre la protéine CTLA-4.
Les premiers tests pratiqués à partir de 2004 chez des patients atteints d’un mélanome ont montré qu’avec cet anticorps anti-CTLA-4, les attaques des lymphocytes cytotoxiques T contre les cellules tumorales redevenaient efficaces. Cela se traduisait par un net bénéfice sur la survie et même certaines rémissions sur des formes déjà métastasées de mélanome. C’était la première fois que cette approche baptisée « thérapie des checkpoints immunologiques » était testée chez l’homme. Comme elle n’est pas spécifique d’un type de cancer mais agit en réactivant les cellules agissant contre le cancer, elle a pu être appliquée à d’autres types de tumeurs que le mélanome. La notion de « checkpoint » (ou point de contrôle) immunologique fait référence à un mécanisme visant à empêcher une suractivation des cellules immunitaires, qui serait préjudiciable.
En parallèle aux recherches de James Allison sur l’anticorps anti-CTLA-4 dans le mélanome, l’autre lauréat du Nobel de médecine, Takusu Honjo a lui aussi mis en évidence le rôle inhibiteur d’une protéine présente sur les cellules immunitaires, mais il s’agit d’un autre point de contrôle que celui sur lequel a travaillé James Allison. Takusu Honjo s’est intéressé à la protéine PD-L1, présente sur les cellules tumorales et qui se lie à un récepteur PD-1 porté par les lymphocytes T. Ce faisant, elle bloque le mécanisme de mort programmée, qui permet la destruction des cellules malades. Le terme anglo-saxon « PD » (« programmed death ») signifie « mort programmée ». L’utilisation de molécules anti-PD-1 ou anti-PD-L1 parvient à lever l’inactivation des lymphocytes T qui vont ainsi jouer leur rôle de défense. Ces nouvelles molécules commencent à démontrer un grande efficacité anticancéreuse.
Pas de prix de littérature cette année
Le Nobel de médecine était allé l’an dernier à trois généticiens américains, dont l’étude de l’horloge biologique éclaire l’adaptation du corps au cycle du jour et de la nuit, les troubles du sommeil et leurs effets sur la santé. Les derniers Français honorés dans cette discipline sont Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, en 2008, pour avoir identifié en 1983 le virus du sida.
Le Nobel de médecine est le premier des prix Nobel décernés chaque année. Les prix en science, littérature et paix ont été créés à l’initiative de l’inventeur de la dynamite, Alfred Nobel, et sont décernés depuis 1901. Les prochains prix seront :
La physique, le 2 octobreLa chimie, le 3 octobreLa paix, le 5 octobreL’économie, le 8 octobre
Le prix Nobel de littérature ne sera pas remis cette année en raison d’une affaire d’inconduite sexuelle liée au mouvement #metoo.


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<filname="SURF-env_sciences-15"> ¤ En pointe dans la modélisation des émotions par les machines, Lola Cañamero travaille sur un projet visant à aider les enfants diabétiques à mieux prendre leur traitement grâce à Robin, un petit robot attachant.
<filname="PROF-env_sciences-15"> ¤     


                En Grande-Bretagne, un petit robot pour aider les enfants diabétiques à se soigner


En pointe dans la modélisation des émotions par les machines, Lola Cañamero travaille sur un projet visant à aider les enfants diabétiques à mieux prendre leur traitement grâce à Robin, un petit robot attachant.

LE MONDE
                 |                 30.09.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 19h15
                 |

            Hervé Morin (propos recueillis par)

















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Lola Cañamero dirige le Laboratoire EECAiA (pour « émotions incorporées, cognition et [inter]action ») à l’université d’Hertfordshire (Grande-Bretagne). Elle travaille notamment sur un projet visant à aider les enfants diabétiques à mieux prendre leur traitement grâce à des inter­actions avec un petit robot attachant, Robin. Après des études de philosophie à Madrid, une thèse d’informatique à Paris et un postdoctorat au MIT, elle est en pointe dans la modélisation des émotions chez les robots, et participe, dimanche 7 octobre à la conférence « Un amour de robot ? » au Monde Festival. 
Votre parcours intrigue : pourquoi être passée de la philosophie à la robotique et quels liens voyez-vous entre ces deux disciplines ?
En fait, j’ai fait de la robotique pendant mes études de philosophie. Mon idée est d’essayer de répondre à des questions philosophiques avec des outils technologiques. Il y a vraiment un lien très profond : l’intelligence artificielle est pour moi une façon de tester aussi bien des hypothèses philosophiques que de neurosciences. On se pose un peu les mêmes questions, à des niveaux différents.
En pratique, je m’inspire des théories des neurosciences pour faire de la robotique dite bio-inspirée. J’essaie des modèles abstraits pour capturer la dynamique de systèmes qui ont un peu le même comportement et des propriétés communes avec ce qui se passe dans le cerveau.

        Rendez-vous au Monde Festival :
         

          Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ?



Quels aspects des émotions chez les robots étudiez-vous ?
Quand on parle des émotions chez les ­robots, on évoque plein de choses très intéressantes, comme l’expression de ces émotions par le visage, le corps, la parole, pour que les humains entament une histoire commune avec le robot. Il y a aussi la thématique de la ­reconnaissance des émotions exprimées par les humains, de façon automatique.
Ce à quoi je me suis plus intéressée, c’est la cognition affective, modéliser ce qui se passe dans le corps et le cerveau, en interaction avec l’environnement. Comment représenter des valeurs, intérieurement, qui donnent des ­motivations à agir, qui donnent lieu à des états émotionnels. Ces états internes s’expriment bien sûr ensuite par le comportement, les postures, les messages.
Avez-vous des moyens de savoir si on dépasse la simple analogie ?
Oui. Par exemple, je m’intéresse beaucoup au rôle des hormones dans les émotions, la perception, le mouvement, la cognition. L’impact des hormones dépend de la présence de récepteurs, de la temporalité… J’essaie de capturer l’influence d’hormones sur des agents biologiques dans des modèles informatiques.
Nous avons beaucoup travaillé sur l’influence des émotions sur la prise de décision et l’apprentissage. Mais aussi sur le développement des liens affectifs, ce qu’on appelle la robotique développementale. L’idée était de modéliser dans un robot le développement d’un enfant, à travers son attachement à d’autres individus, grâce au phénomène d’empreinte.
Comme les petites oies qui suivaient ­l’éthologue Konrad Lorentz ?
Elles le suivaient parce qu’il se trouvait là à leur éclosion : elles restaient à proximité de lui, de façon innée. On a commencé par travailler sur ces liens d’attachement très primaires. Ils permettent beaucoup de choses : être sécurisé pour explorer l’environnement ; apprendre ­directement de cette figure d’attachement des choses utiles pour la survie et les interactions sociales… Et, à un moment, cet attachement se relâche, ce qui permet aussi d’explorer l’environnement par soi-même – quitte à revenir en cas de danger. Ce sont ces différents aspects du développement des liens affectifs que nous avons modélisés chez les robots.
Selon la qualité de ces rapports et l’environnement dans lequel ils évoluent, on peut voir apparaître des profils de comportements, des types de personnalités très différents, plus ou moins extra ou introvertis.
C’est donc la combinaison de l’état interne, de l’environnement et du comportement de la personne d’attachement qui conditionne cette personnalité ?
Exactement. On peut faire varier très finement l’architecture interne du robot, son logiciel, pour voir comment cela affecte son développement. En l’occurrence, des hormones ­simulées peuvent modifier l’impact des expériences précoces sur les comportements ­d’exploration – la curiosité.
Vous avez pu modéliser les conditions d’un caractère asocial ?
Oui, certaines d’entre elles, et au contraire des qualités d’empathie.
Quelles sont-elles ?
Il y a différents niveaux, comme de simples synchronisations motrices, jusqu’à un niveau plus cognitif consistant à comprendre les buts des autres – on parle de théorie de l’esprit – ou à apprendre des valeurs sociales en observant les interactions des autres. Notre modèle pourrait être comparé au développement des deux premières années chez l’humain. Cela permet aussi d’étudier les troubles possibles de ce développement affectif, comme l’autisme – pour lequel nous n’avons pas ­encore fait de modèle explicite, mais sur ­lequel je souhaite travailler.

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Vous travaillez aussi sur un robot, Robin, en lien avec des enfants diabétiques. Dans quel but ?
C’est une application de ces types de modèles possédant des valeurs internes, des motivations, une physiologie simulée. On a modélisé un robot ayant un comportement de très jeune enfant qui est diabétique et a besoin d’aide pour se soigner, c’est-à-dire recevoir de l’insuline. Nous utilisons Robin avec des ­enfants eux-mêmes diabétiques, âgés de 6 à 12 ans et récemment diagnostiqués, pour ­contribuer à leur éducation, en leur donnant des responsabilités dans un environnement ludique. Le scénario est le suivant : ils sont dans la chambre de Robin, avec qui ils vont jouer. Ils doivent s’en occuper s’il a des problèmes : l’enfant a le rôle de l’adulte responsable, il doit reconnaître les symptômes, les remèdes. Il développe un lien affectif avec ce robot, tout en pensant à lui-même.
Ces enfants observaient-ils mieux leur traitement par la suite ?
On n’a pas encore fait d’étude à grande échelle pour le montrer statistiquement. On cherche des financements pour le faire. Mais, sur des petits groupes, on a vu des réponses très positives. Robin est très affectif. On essaie de renforcer ce que l’enfant fait bien, cela lui donne confiance en ses capacités.
Est-il important que le robot ait un corps, ou pourrait-on s’appuyer sur des simulations purement virtuelles ?
Le fait que le robot soit placé dans le monde réel crée des variations inattendues dans les capteurs, les ­moteurs ­– ce que les scientifiques appellent du bruit – qui peuvent parasiter l’analyse. Mais l’introduction de cette nouveauté peut aussi permettre de sortir de comportements en boucle, répétitifs.
Au-delà, lors d’interactions avec l’humain, avoir un corps crée des dynamiques très ­différentes. Par exemple, dans le cas de ­Robin, les enfants veulent immédiatement l’embrasser, l’entourer de leurs bras, le prendre par la main pour l’emmener en promenade. Cela crée une interaction physique ­impossible dans le virtuel.

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La simulation interne de la biologie influe aussi sur le comportement, c’est pourquoi nous ne visons pas seulement la ressemblance externe avec les comportements animaux ou humains. Nos robots sont ainsi beaucoup plus autonomes, plus crédibles, plus proches du ­vivant. La machine laisse ­percevoir des motivations internes, elle peut même ignorer l’humain si besoin : c’est aussi important pour la dynamique de la relation, qu’elle ne sollicite pas en permanence son ­interlocuteur humain.
Vous êtes donc adepte d’une approche ­« bottom up », du bas vers le haut ?
A mon sens, il est important de s’attaquer aux niveaux les plus primitifs des émotions pour bâtir des comportements par-dessus, plutôt que d’essayer de copier des modes ­d’expression de ces émotions. Sinon on a tendance à se projeter et à croire que le robot a plus de capacités qu’il n’en a réellement. C’est bien sûr intéressant de voir aussi comment l’humain répond à ce type de stimuli.
Mais si, comme nous essayons de le faire, on veut comprendre comment l’humain ­développe des liens affectifs, des émotions, il faut modéliser aussi les mécanismes internes et voir comment ils se développent en ­interaction avec l’environnement, y compris avec l’humain.
Lors du Monde Festival, Lola Cañamero participera, avec Raja Chatila et Véronique Aubergé, à la table ronde « Un amour de robot », dimanche 7 octobre, de 10 heures à 11 h 30, au studio de l’Opéra Bastille.

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
Retrouver la programmation du festival et acheter vos billets.
Revoir les moments forts et les vidéos des éditions précédentes.





Hervé Morin (propos recueillis par)
    













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<filname="SURF-env_sciences-16"> ¤ Parcourir les 18 trous d’un circuit correspond déjà à une marche de 6,5 à 13 kilomètres. Un moyen d’augmenter l’activité physique pour les 60 à 90 millions de pratiquants dans le monde.
<filname="PROF-env_sciences-16"> ¤                     
                                                   
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Un bon swing marque des points... de vie

Parcourir les 18 trous d’un circuit correspond déjà à une marche de 6,5 à 13 kilomètres. Un moyen d’augmenter l’activité physique pour les 60 à 90 millions de pratiquants dans le monde.



LE MONDE
 |    30.09.2018 à 16h00
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            
Dix mille pas et plus. Quel sport pourrait rallonger l’espérance de vie de cinq ans et dont les spectateurs sont presque aussi actifs physiquement que les participants ? Un dernier indice ? Considéré comme peu dangereux, il génère parfois de peu banals traumatismes tels une fulguration ou un accident de voiturette.
Alors que l’un des grands événements mondiaux du golf, la Ryder Cup, vient de s’achever au Golf national, à Saint-Quentin-en-Yvelines, penchons-nous sur les données de la science concernant ses bienfaits pour l’organisme. La discipline intéresse d’autant plus les spécialistes du sport santé qu’on peut s’y adonner à tout âge. C’est même un loisir populaire chez les adultes d’âge moyen et les seniors, typiquement moins enclins à bouger que les adultes jeunes.
Depuis quelques années, les fédérations et les industriels du secteur ont eux aussi bien compris l’intérêt de mettre en avant les atouts du golf pour la santé des individus, et la World Golf Foundation sponsorise largement des travaux dans ce domaine. Elle a ainsi soutenu financièrement la « déclaration de consensus international sur le golf et la santé pour guider l’action des décideurs politiques et de l’industrie du golf » (sic), publiée le 23 septembre dans le British Journal of Sports Medicine. Ce consensus s’est appuyé sur une revue exploratoire incluant 300 études, réalisée par les mêmes auteurs, l’équipe d’Andrew Murray (université d’Edimbourg).
Augmentation de la longévité
Selon ce travail scientifique (paru également dans le British Journal of Sports Medicine, en 2016) le golf est considéré le plus souvent comme une activité physique d’intensité modérée. L’énergie dépensée est très variable : de 500 à 2 500 calories pour une partie. Le seul fait de parcourir un circuit de 18 trous correspond à une marche de 6,5 à 13 kilomètres, soit entre 11 000 et 16 000 pas (les adeptes de la voiturette effectuent, eux, tout de même...




                        

                        


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« Nos voisins européens offrent aux malades du cancer un meilleur accès à l’innovation »

Seize spécialistes du cancer s’élèvent, dans une tribune au « Monde », contre la dérive bureaucratique et comptable du système de santé français qui pénalise les patients.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 15h35
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 15h37
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                            Collectif








                        



                                


                            
Tribune. Pour une pathologie grave et chronique comme le cancer, notre système de soins n’assure plus à ce jour aux malades un accès rapide et équitable aux médicaments les plus innovants – sans parler d’autres technologies indispensables telles que scanner et IRM. Certains traitements majeurs du cancer du sein, du col de l’utérus, de la prostate, du poumon, du rein et de la vessie, de l’estomac, des maladies du sang… ne sont tout simplement pas accessibles aux patients français, faute d’être agréés ou financés par notre système de santé.
On a vu en 2017 une malade atteinte d’un cancer du sein lancer une souscription en ligne pour financer son traitement, brutalement interrompu faute de remboursement, et l’association Imagyn réunir 8 000 signatures pour demander l’accès des personnes atteintes d’un cancer du col de l’utérus à un médicament – le bevacizumab – qui prolonge leur vie… Sans résultat.
Soignants désemparés
Trop longtemps, le ministère de la Santé s’est contenté de répondre qu’il avait « identifié le problème ». En réalité, il en est à l’origine. Les mécanismes de cette régression sont complexes. Ils commencent avec la réduction de l’accès aux nouveaux traitements du fait de l’allongement des procédures d’évaluation et de fixation des prix – plus de 400 jours en moyenne, 180 étant la norme européenne. On voit perverti par des restrictions comptables, le système inventé par la France pour financer les médicaments innovants en plus des forfaits de la tarification à l’activité, la « T2A » – aujourd’hui heureusement remise en cause par le gouvernement.
« En 2016 et 2017, de nombreux malades ont vu leur traitement purement et simplement interrompu faute de moyens. »
Résultat : en 2016 et 2017, de nombreux malades ont vu leur traitement purement et simplement interrompu faute de moyens. Les inégalités ainsi générées sont antirépublicaines. Elles instituent des possibilités de traitement variables d’un établissement à l’autre,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-19">
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<filname="SURF-env_sciences-19"> ¤ Au menu : la disparition rapide des zones humides sur terre ; chercher les vestiges des civilisations extraterrestres ; une mystérieuse main en bronze vieille de 3 500 ans ; etc.
<filname="PROF-env_sciences-19"> ¤ 
<article-nb="2018/10/02/19-20">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-env_sciences-20"> ¤ L’ANSM a empêché la transmission d’informations sur la provenance du principe actif du Levothyrox, dont la nouvelle formule est au cœur d’une polémique.
<filname="PROF-env_sciences-20"> ¤                     
                                                

Levothyrox : quand l’Agence du médicament se cache derrière le secret des affaires

L’ANSM a empêché la transmission d’informations sur la provenance du principe actif du Levothyrox, dont la nouvelle formule est au cœur d’une polémique.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 12h44
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 16h50
   





                        



   


C’est la première application connue de la loi sur le secret des affaires, définitivement validée par le Conseil constitutionnel en juillet. Jeudi 27 septembre, le site d’information Les Jours a révélé que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait censuré partiellement une copie de l’autorisation de mise sur le marché du Levothyrox, ce médicament controversé fabriqué par le groupe pharmaceutique allemand Merck.
La demande de transmission de ce document public avait été effectuée par Me Emmanuel Ludot, avocat de plusieurs malades de la tyroïde, victimes d’effets secondaires importants depuis la mise sur le marché de la nouvelle formule du Levothyrox.

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                La polémique sur le Levothyrox expliquée en six points



Secret des affaires
Si la transmission de ce document par l’ANSM est obligatoire, en vertu du code des relations entre le public et l’administration, celle-ci a utilisé la loi sur le secret des affaires, entrée en vigueur cet été, afin de caviarder certains passages de l’autorisation de mise sur le marché. Et non des moindres : impossible de lire les informations concernant le lieu de production et le nom de l’entreprise qui fabrique le principe actif de la nouvelle formule du Levothyrox.
Selon Les Jours, l’Agence nationale de sécurité du médicament aurait volontairement attendu l’entrée en vigueur cet été de la loi sur le secret des affaires, répondant à la demande de transmissions de documents effectuée le 23 avril… quatre mois plus tard, le 4 septembre. Dans sa réponse à Emmanuel Ludot, l’ANSM estime que le recours à cette loi est justifiée, car elle vise à protéger « le secret des procédés, des informations économiques et financières et des stratégies commerciales ou industrielles ». 

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                « La loi sur le “secret des affaires” suscite une inquiétude importante et légitime »



« Difficile de comprendre que la provenance du principe actif soit incluse dans ces catégories, et ce alors même qu’un rapport a été récemment remis à la ministre de la santé, Agnès Buzyn, pour améliorer… l’information autour du médicament », déclare Aurore Gorius, qui a révélé l’affaire dans Les Jours.
Intérêts privés
Le collectif Informer n’est pas un délit (INPD), qui avait combattu la loi sur le secret des affaires, a publié un communiqué vendredi, affirmant :
« Nous ne pouvons tolérer que la défense des intérêts d’une entreprise privée passe avant l’intérêt général, en l’espèce, la santé des citoyens. »
Et de poursuivre :
« Cette atteinte au droit d’être informé ne vient pas d’un groupe privé. Elle est le fait d’une agence publique. C’est inacceptable ! »
Le collectif INPD souhaite de l’ANSM « s’explique publiquement sur cette affaire » et demande au gouvernement de rendre publique l’intégralité des informations concernant le Levothyrox.

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