<FILE-date="2018/10/02/19">

<article-nb="2018/10/02/19-1">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤ Le plein-emploi et la pénurie de main-d’œuvre commencent à entraîner une hausse des rémunérations aux Etats-Unis.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤                     
                                                

Amazon fixe son salaire minimal à 15 dollars aux Etats-Unis

Le plein-emploi et la pénurie de main-d’œuvre commencent à entraîner une hausse des rémunérations aux Etats-Unis.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 18h29
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 18h33
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



   


Mieux vaut devancer l’appel plutôt que de se le faire imposer, par les politiques ou la loi du marché. Amazon a annoncé mardi 2 octobre qu’elle fixait le revenu minimal de ses employés à 15 dollars de l’heure (soit 13 euros). La mesure, qui entre en vigueur le 1er novembre, concerne les 250 000 salariés à temps plein et les 100 000 travailleurs saisonniers embauchés pour livrer les colis pour les fêtes de fin d’année.

        Lire aussi :
         

                Amazon se fait une place dans la publicité en ligne



L’entreprise a annoncé dans la foulée qu’elle allait se battre au Congrès pour que soit relevé le salaire fédéral minimal, qui n’est que de 7,25 dollars, niveau inchangé depuis juillet 2009. Toutefois, au 1er janvier 2018, 29 Etats auront imposé un salaire minimal supérieur.
Sous la pression de Bernie Sanders, sénateur indépendant du Vermont qui se dit socialiste, le Parti démocrate s’est fixé dans sa plate-forme un objectif de 15 dollars, tout comme les Etats progressistes de Californie et de New York. Ils font partie des 18 Etats qui augmenteront leur salaire minimal au 1er janvier (10,40 dollars dans l’Etat de New York et entre 12 et 13 dollars dans la ville de New York, selon la taille de l’entreprise tandis qu’en Californie, la rémunération variera entre 10,50 et 11 dollars). Le salaire minimal le plus élevé est dans le district de Columbia, siège de la capitale fédérale, Washington (13,25)
Dans le collimateur des politiques
Amazon avait déjà assuré que le salaire tout compris de ses employés à plein-temps était supérieur à 15 dollars. La nouveauté concernerait d’abord les intérimaires. Leur paye, si elle est basse, est déjà supérieure au salaire minimal. Les salariés que nous avions rencontrés l’an dernier dans un entrepôt du Kentucky en train d’empaqueter les cadeaux de Thanksgiving et de Noël déclaraient toucher environ 12 dollars. Selon le Wall Street Journal, le salaire des employés à temps partiel travaillant à leur domicile commence à 10 dollars.

        Lire aussi :
         

                Electricité : Google, Apple, Facebook et Amazon se mettent-ils vraiment au vert ?



Amazon souffre de sa mauvaise réputation car à la différence des start-up de la Silicon Valley, elle n’embauche pas des ingénieurs bien rémunérés mais des manutentionnaires peu qualifiés. Les entreprises comme Wal-Mart sont moins généreuses : le géant de la distribution, qui emploie 1,5 million de salariés, a annoncé qu’il augmentait son salaire minimal à… 11 dollars.
Mais Amazon est dans le collimateur des politiques. Parce son patron fondateur Jeff Bezos est l’homme le plus riche du monde, avec une fortune estimée à 164 milliards de dollars. Parce que son entreprise a été, après Apple, la seconde à franchir – temporairement – la barre des 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Parce qu’elle chamboule le commerce de détail et les services postaux américains, ce qui lui vaut d’être attaqué tant par Donald Trump que par Bernie Sanders. La distribution traditionnelle est frappée, comme en témoigne la faillite de Toys’R’Us ou les graves difficultés financières de Sears.
1 employé sur 3 à l’aide alimentaire
Cet été, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders avait accusé Amazon de bénéficier de facto de subventions fédérales car une grande part de ses salariés vivaient de l’aide sociale et touchaient des bons alimentaires. « Des milliers [de salariés d’Amazon] sont forcés de dépendre de l’aide alimentaire, de l’aide médicale et du logement public car leurs salaires sont trop bas, y compris un salarié sur trois en Arizona », a protesté M. Sanders, qui se fondait sur une étude de l’ONG The New Food Economy. En Arizona, un employé sur trois d’Amazon ou son conjoint percevait l’aide alimentaire. Mais Amazon n’est pas le pire : les premiers employeurs de salariés dépendants de l’aide alimentaire sont Wal-Mart, McDonald’s, ainsi que les groupes de distribution Circle K et d’électronique Fry’s.

        Lire aussi :
         

                Habillement : Amazon en tête des ventes en ligne en France



M. Sanders a alors déposé un projet de loi proposant de taxer les entreprises de plus de 500 personnes à hauteur des aides sociales que reçoivent leurs salariés, pour les forcer à les payer plus. La proposition a été facétieusement baptisée BEZOS comme « Stop Bad Employers by Zeroing Out Subsidies Act » (« arrêtez les mauvais employeurs en réduisant à zéro leurs subventions »).
Le plein-emploi et la pénurie de main-d’œuvre aux Etats-Unis commencent aussi à entraîner une hausse des salaires, qui ont connu en août une hausse annuelle de 2,9 % et forcent Amazon à réagir. Sur les marchés, l’annonce salariale d’Amazon a été bien accueillie : le titre était en légère hausse en début de séance.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-2">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ L’ex-ministre des affaires étrangères caresse l’idée d’un échec des négociations avec l’Union européenne, dans l’impasse à ce stade, tandis que la première ministre espère encore les relancer.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤                     
                                                

Au congrès du Parti conservateur, Boris Johnson pilonne le plan Brexit de Theresa May

L’ex-ministre des affaires étrangères caresse l’idée d’un échec des négociations avec l’Union européenne, dans l’impasse à ce stade, tandis que la première ministre espère encore les relancer.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 17h59
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 18h39
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


Boris Johnson se verrait bien premier ministre à la place de Theresa May, mais il sait que les conservateurs réunis en congrès à Birmingham sont bien trop loyalistes pour aimer les coups d’Etat, surtout en plein sprint final des négociations sur le Brexit. Il lui reste sans doute assez de réalisme pour savoir que les députés conservateurs ne le soutiendraient pas. Dans un discours solennel prononcé mardi 2 octobre, l’ancien ministre des affaires étrangères a certes pilonné le « plan Chequers » sur le Brexit de Mme May, le qualifiant de « dangereux et instable » et affirmant qu’il ne correspond pas à « ce pour quoi nous avons voté ». Mais, à sa manière, allusive et humoristique, il ne s’est pas explicitement posé en recours. Se moquant de l’europhile ministre des finances Philip Hammond, qui a prédit que « Boris » ne deviendrait pas premier ministre, ce dernier a lancé : « C’est sa seule prédiction depuis longtemps qui s’approche de la vérité ».
M. Johnson n’est plus ministre et a perdu le droit de s’exprimer à la tribune du congrès. Mais son intervention, dans une salle de 1 500 places du centre de conférences de Birmingham, avait été préparée pour faire de l’ombre au congrès officiel et voler la vedette à la première ministre, qui doit le clôturer mercredi. Le trublion Boris a réussi à mobiliser son public, les militants faisant la queue pendant des heures pour ne pas manquer son discours, mais, plus sérieux qu’à son habitude, il n’a recueilli que des applaudissements polis.
« Il est temps de reprendre le contrôle »
Quelques heures avant le « discours événement » de M. Johnson, Theresa May avait d’ailleurs allumé des contre-feux en annonçant une réforme de la politique d’immigration pour l’après-Brexit. En menaçant de reléguer les Européens au même statut que les autres étrangers dans les procédures d’immigration et en annonçant la fin de l’entrée de travailleurs étrangers non qualifiés (souvent est-européens), la première ministre abattait franchement la carte « immigration » dans les négociations avec Bruxelles. Mais, en plein congrès de Birmingham, elle caressait aussi dans le sens du poil les plus radicaux des militants conservateurs, précisément le public de Boris Johnson : pour la première fois depuis « des décennies », a-t-elle proclamé, le Royaume-Uni va être un pays « qui contrôle et choisit ceux que nous voulons faire venir ici ».

        Lire aussi :
         

                Après le Brexit, le Royaume-Uni traitera un Européen comme n’importe quel autre immigré



« Soutenons Theresa May du mieux que nous pouvons ! », a lancé M. Johnson au terme d’une intervention qui condamnait en réalité, sans appel, les concessions faites par la première ministre à l’UE, et appelait les militants à « balancer à la poubelle » son « plan Chequers » (« Chuck Chequers »). Ce projet, adopté en juillet par le gouvernement, prévoit de conserver un accès au marché unique pour les marchandises, et non pour les services, tout en restreignant la libre circulation de la main-d’œuvre. Ce que refusent les capitales européennes.

        Lire aussi :
         

                Boris Johnson, le va-t-en-guerre du « hard Brexit » qui veut faire tomber Theresa May



Pour Boris Johnson, « il est vraiment temps de reprendre le contrôle et d’opérer la sortie élégante, honorable et reconnaissante pour laquelle le pays a voté » et de négocier un « super-accord de libre-échange » du même type que celui signé entre l’UE et le Canada. Alors que Mme May répète qu’il n’existe pas d’alternative à son « plan Chequers », même s’il a été refusé par l’UE, M. Johnson brandit la perspective d’un « no deal » – un échec des négociations qui verrait le retour des barrières douanières –, comme une perspective possible.
« Trahison » du Brexit
« Si nous trompons notre électorat, et le plan Chequers est bien une tromperie, cela ne fera qu’aggraver le sentiment de défiance » des électeurs, a-t-il ajouté, affirmant que le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP, extrême droite) et le Labour de Jeremy Corbyn en tireraient bénéfice. Pour l’ancien ministre, le plan Chequers revient à trahir le Brexit et, dans ce cas, « croyez-moi, le peuple de ce pays ne vous le pardonnera pas », a-t-il averti. Quant à l’hypothèse d’un second référendum, il la considère comme « désastreuse » pour la confiance de l’opinion à l’égard de la politique.
En appelant aux valeurs traditionnelles des tories – initiative individuelle, libre entreprise, faible intervention de l’Etat –, il a assuré que ces principes permettraient de régler les grands problèmes du pays comme le logement et les bas salaires. Sans la viser nommément, il a accusé Theresa May, non seulement de remettre en cause les « opportunités » du Brexit, mais de « singer » Jeremy Corbyn en prônant un certain degré d’intervention de l’Etat, elle qui défend – sans la mettre en œuvre – la présence des salariés dans les conseils d’administration des entreprises, et a annoncé un plafonnement des tarifs du gaz et de l’électricité.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-3">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Les heurts ont opposé des groupes de jeunes dans l’ouest du pays, dans une zone au cœur d’un conflit territorial.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤         

Compte rendu

De nouvelles violences entre communautés font au moins 44 morts en Ethiopie

Les heurts ont opposé des groupes de jeunes dans l’ouest du pays, dans une zone au cœur d’un conflit territorial.


LE MONDE
              datetime="2018-10-02T17:33:47+02:00"

        Le 02.10.2018 à 17h33






    
En violet, la région éthiopienne Benishangul-Gumuz, frontalière de la région Oromia.
Crédits : Fond de carte : Peter Fitzgerald


Au moins 44 personnes ont été tuées dans l’ouest de l’Ethiopie au cours du week-end dans des violences entre communautés, a rapporté, mardi 2 octobre, un média proche du pouvoir. Ces affrontements ont eu lieu à la frontière entre les régions Oromia et Benishangul-Gumuz, a indiqué Walta Media and Communication Corporate (WMCC).
Selon le responsable de la communication du Benishangul-Gumuz, cité par WMCC, les violences ont éclaté à la suite de la mort de quatre dirigeants de la région, tués par des hommes armés non identifiés en Oromia où ils venaient discuter de la situation sécuritaire.

        Lire aussi :
         

                En Ethiopie, plus de 1 million de déplacés après des violences communautaires



Elles ont opposé des groupes de jeunes armés de pierres ou de couteaux, et appartenant principalement aux communautés gumuz et oromo, selon un témoin joint par l’AFP. Les forces de sécurité fédérales ont dû intervenir, a précisé le responsable cité par WMCC.
Fuite de 70 000 personnes
Selon le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), 70 000 personnes ont fui leur domicile en raison de ces violences, qui ont commencé le 26 septembre par la mort des quatre responsables.
La zone concernée est depuis plusieurs années contestée par les deux régions. Le Benishangul-Gumuz est situé dans l’ouest de l’Ethiopie et borde le Soudan. L’Oromia va de l’ouest au sud en passant par le centre du pays.

        Lire aussi :
         

                Abiy Ahmed, le visage du changement en Ethiopie



Des violences intercommunautaires aux enjeux le plus souvent territoriaux ont émaillé les premiers mois du mandat du premier ministre réformateur, Abiy Ahmed, qui a pris ses fonctions en avril. Ces violences ont provoqué le déplacement d’un million de personnes.


<article-nb="2018/10/02/19-4">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Une étude a réévalué le nombre de victimes de la guerre civile à 383 000 personnes. Au cœur de l’étude, un modèle statistique à même d’estimer le nombre de décès qui n’auraient pas eu lieu sans l’existence d’un conflit armé.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤         

Décryptage

Le Soudan du Sud recompte ses morts

Une étude a réévalué le nombre de victimes de la guerre civile à 383 000 personnes. Au cœur de l’étude, un modèle statistique à même d’estimer le nombre de décès qui n’auraient pas eu lieu sans l’existence d’un conflit armé.

Par                Florence Miettaux (contributrice Le Monde Afrique, Juba)



LE MONDE
              datetime="2018-10-02T17:17:21+02:00"

        Le 02.10.2018 à 17h17

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-10-02T17:39:13+02:00"

        Mis à jour le 02.10.2018 à 17h39






    
Des femmes et des enfants attendent d’être enregistrés par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) à Thonyor, au Soudan du Sud, en février 2017.
Crédits : Siegfried Modola / REUTERS


Voilà un chiffre qui démontre une fois de plus l’ampleur de la souffrance au Soudan du Sud. Une étude conduite par la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), publiée le 26 septembre, estime à 383 000 le nombre de morts causées par le conflit au Soudan du Sud, entre son déclenchement en décembre 2013 et le mois d’avril 2018.
Le chiffre habituellement avancé par les Nations unies évalue à 50 000 le nombre de victimes et à près d’un tiers des 12 millions d’habitants du pays le nombre de celles déplacées par les combats – des estimations qui apparaissent désormais bien en dessous de la réalité. Aucune étude scientifique des pertes humaines dues à la guerre n’avait, en fait, été conduite jusque-là.

        Lire aussi :
         

                La guerre civile au Soudan du Sud aurait fait 380 000 morts selon une étude



« Nous n’aurions pas dû attendre presque cinq ans pour réaliser ce travail », explique, depuis Londres, le professeur Francesco Checchi, qui a dirigé l’équipe scientifique à qui l’United States Institute of Peace (USIP), un organisme dédié à la résolution des conflits dans le monde, a commandé l’étude, en partenariat avec le département d’Etat américain. Un regret pour les vies qui auraient pu être sauvées, souligne Francesco Checchi, car « le taux de mortalité est un indicateur clé pour mesurer la gravité d’une crise et attirer plus de ressources pour l’action humanitaire ».
« L’excès de morts »
Au cœur de l’étude, un modèle statistique à même d’estimer « l’excès de morts » lié à la guerre, c’est-à-dire le nombre de décès qui n’auraient pas eu lieu sans l’existence d’un conflit armé. La méthode est complexe et un brin déroutante puisqu’elle consiste à recomposer des statistiques de mortalité là où aucune enquête de terrain n’est disponible. Préexistantes à l’étude, comme toutes les données utilisées, ces enquêtes contiennent des informations sur la mortalité mais ne couvrent que 15 % du pays et de la période. « Il fallait parvenir à estimer un phénomène sans pouvoir le mesurer directement », explique le professeur.
L’équipe de la LSHTM a ainsi compilé des centaines de bases de données disponibles auprès principalement des agences onusiennes opérant au Soudan du Sud, pour chaque comté du pays et chaque mois, pendant toute la période. Ces informations ont permis de former des « variables de prédiction », et donc d’évaluer le taux de mortalité en fonction des déplacements de population, des combats ou encore des situations de famine. « Le modèle repose sur l’enchaînement des causes qui mènent à la mort », décrypte M. Checchi.

        Lire aussi :
         

                Le chef rebelle Riek Machar approuve l’accord de paix au Soudan du Sud



Une recomposition de la population était aussi nécessaire. A la fois la population réelle, et la population qui aurait été celle du Soudan du Sud sans le conflit. « Ce qui nous intéresse, c’est la différence entre les deux, “l’excès de morts” qu’on peut imputer à la crise », explique le professeur. L’étude avance donc le chiffre de 190 000 victimes de mort violente (meurtres, blessures intentionnelles), qui ont été plus nombreuses dans les régions d’Upper Nile, au nord-est, et d’Equatoria, au sud, en 2016 et 2017, lorsque la guerre a contaminé des zones jusque-là épargnées. « J’ai été surpris de découvrir l’ampleur des premiers chiffres, avoue le professeur. Je m’attendais à ce que la famine soit le principal facteur de mortalité. Or beaucoup de vies ont été perdues par manque ou défaut de protection des populations civiles. » 
« Situation catastrophique »
Le rapport invite donc à une révision de leur protection, mais aussi de la réponse humanitaire. Sans dire que l’intervention humanitaire est inadéquate, les auteurs insistent sur le fait que « le taux de mortalité élevé montre que la santé publique, la sécurité alimentaire et autres services humanitaires ont été insuffisants ».
A Juba, la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss) n’a pas encore réagi officiellement au rapport. Andrea Noyes, adjointe au chef du bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, salue cependant cette publication « bénéfique car elle fait parler de la situation catastrophique du pays ». Depuis 2013, selon l’ONU, 110 travailleurs humanitaires sont morts au Soudan du Sud, et 13 pour la seule année 2018. Le Soudan du Sud a été classé, pour la troisième année consécutive, le pays le plus meurtrier au monde pour les humanitaires, devant la Syrie et l’Afghanistan.

        Lire aussi :
         

                Au Soudan du Sud, les frères ennemis prêts à gouverner ensemble



World Vision, une ONG internationale, a connu récemment un épisode emblématique de la difficulté des opérations humanitaires au Soudan du Sud, où se combattent de multiples groupes armés. En mai, huit de ses employés ont été kidnappés pendant une semaine, dans la région de Western Equatoria. « Tout s’est bien terminé pour eux, explique Mesfin Loha, directeur de World Vision pour le Soudan du Sud. Mais nous rencontrons de grandes difficultés d’accès : barrières bureaucratiques, intimidation, manque d’infrastructures pour accéder aux populations. » M. Loha est familier des interruptions d’activités dues aux offensives militaires et aux relocalisations d’opérations dans la précipitation pour accompagner des déplacés : « Nous apportons une aide importante, et ce rapport le montre. Je ne suis pas surpris par le chiffre, malheureusement. »
Une cour pour juger les crimes
Plusieurs autres organisations humanitaires internationales ont refusé de commenter le rapport, tout comme la présidence sud-soudanaise, qui n’a pas répondu aux sollicitations du Monde Afrique. Au ministère des affaires humanitaires et de la gestion des catastrophes, le sous-secrétaire Gatwech Peter Kulang avoue ne pas pouvoir faire de commentaire sur l’étude, qu’il n’a pas encore lue. « Ce que je sais, c’est qu’il y a ici actuellement 6 millions de personnes dans le besoin. » Il vante les mérites de l’accord de paix signé le 12 septembre à Addis-Abeba, en Ethiopie, entre le gouvernement dirigé par Salva Kiir et la majorité des groupes d’opposition, parmi lesquels la faction de l’ancien vice-président Riek Machar. « Toutes les jeunes nations sont passées par là, justifie-t-il. Ça devrait s’améliorer. »

    
Le président sud-soudanais Salva Kiir (coiffé d’un chapeau) et son ancien vice-président Riek Machar, à Addis-Abeba, en Ethiopie, le 12 septembre 2018.
Crédits : YONAS TADESSE / AFP


« Le chiffre de 300 000 ne me choque pas », lâche Edmond Yakani, qui dirige l’ONG sud-soudanaise de défense des droits humains CEPO et est l’un des membres fondateurs de l’initiative Remembering the Ones We Lost, dédiée à la mémoire des victimes du conflit. « Lorsque nous avons démarré le projet, nous avions comme objectif de créer un mémorial pour les victimes et les générations futures. Nous souhaitions aussi générer de l’information sur tous les niveaux d’atrocités, pour s’en servir un jour dans un tribunal. »

        Lire aussi :
         

                Soudan du Sud : l’opposition accuse le gouvernement de violer le cessez-le-feu



Mais, pour l’instant, M. Yakani admet qu’on n’en est pas là, même si l’accord de paix stipule la mise en place d’une cour hybride pour juger les crimes commis. En attendant, ses membres travaillent bénévolement à redonner une identité à chaque personne disparue signalée par des proches. Quelque 7 000 victimes du conflit ont ainsi retrouvé un nom et une histoire.
« Ce rapport tombe à un moment où presque tout le monde pense à autre chose ! On fête déjà la paix !, s’exclame avec ironie Henry Taban, le directeur de Rural Action Against Hunger, une ONG sud-soudanaise. Dans le fond, peu importe le chiffre avancé. Ce qui compte, c’est ce qu’il va provoquer : va-t-il permettre de conduire des investigations sur le terrain et de savoir ce qui s’est réellement passé, et d’enfin ouvrir la voie à la justice ? »


<article-nb="2018/10/02/19-5">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ L’association chiite a été perquisitionnée mardi à Grande-Synthe, au moment où Paris accuse l’Iran d’être impliqué dans un projet d’attentat à Villepinte. Son fondateur, Yahia Gouasmi, a longtemps frayé avec les autorités iraniennes et une partie des milieux antisémites français.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤                     
                                                

Le Centre Zahra : entre influence iranienne et mouvance conspirationniste française

L’association chiite a été perquisitionnée mardi à Grande-Synthe, au moment où Paris accuse l’Iran d’être impliqué dans un projet d’attentat à Villepinte. Son fondateur, Yahia Gouasmi, a longtemps frayé avec les autorités iraniennes et une partie des milieux antisémites français.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 17h11
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 18h15
    |

                            Allan Kaval








                        



   


La police a perquisitionné, mardi 2 octobre, le siège d’une association chiite, le Centre Zahra France, lors d’une opération antiterroriste à Grande-Synthe dans le Nord. Le même jour, Paris a gelé les avoirs de deux ressortissants iraniens, accusant l’un d’entre eux, un responsable du renseignement iranien, d’être impliqué dans un projet d’attentat à Villepinte en juin.

        Lire aussi :
         

                Paris accuse le renseignement iranien d’avoir commandité le projet d’attentat de Villepinte



En visant le Centre Zahra France fondé par Yahia Gouasmi, l’opération de mardi s’attaque à un relais d’influence de la République islamique d’Iran en France. Association à vocation religieuse mais aux engagements très politiques, le Centre Zahra se trouve depuis près de dix ans au carrefour de la défense des intérêts iraniens dans l’Hexagone et de divers réseaux d’extrême droite et identitaires, rassemblés sous la bannière d’un « antisionisme » virulent.
La connexion iranienne 
Le fondateur du Centre Zahra qui compte parmi les personnes dont les domiciles ont été perquisitionnés mardi, Yahia Gouasmi, ancien boucher halal du Nord. Français d’origine algérienne converti à l’Islam chiite, il est proche des autorités iraniennes.
En 2005, il fonde le Centre Zahra à Grande-Synthe dans la banlieue de Dunkerque. Les locaux installés dans un corps de ferme rénové sont le siège de la Fédération chiite de France. La vocation religieuse de l’association laisse une large place à des activités de propagande « antisioniste » outrancière.
Le Centre Zahra est aligné sur les prises de position de la République islamique d’Iran et du Hezbollah, organisation chiite libanaise alliée à Téhéran.
Les liens avec l’extrême droite radicale
M. Gouasmi a accédé à une relative notoriété à la fin des années 2000 après la fondation du Parti antisioniste, une organisation hébergée dans les locaux perquisitionnés mardi. Aux élections européennes de 2009, il associe son parti à une liste électorale emmenée par le polémiste transfuge du Parti communiste et du Front national Alain Soral et l’humoriste Dieudonné qui occupe déjà les marges de la scène publique du fait de ses prises de position antisémites.
Une nébuleuse prend alors forme autour de ces personnalités dont le seul point commun est de faire profession d’« antisionisme ». Outre les réseaux liés aux personnalités de MM. Soral et Dieudonné, s’y est greffé Kémi Séba, fondateur du mouvement identitaire la Tribu Ka, dissous en 2006 pour incitation à la haine raciale et antisémitisme. Son discours mêle à un romantisme de la pureté de la race noire, des références mystiques à l’Egypte ancienne et des louanges au Hezbollah. Des personnalités négationnistes comme Robert Faurisson rejoignent le mouvement.
« L’antisionisme » proclamé à tout-va par ces personnalités cimente un discours antisémite et conspirationniste jusqu’à l’absurde. Ainsi, en 2009, Yahya Gouasmi partageant avec Dieudonné et Alain Soral la scène du Théâtre de la Main d’or à Paris s’illustrera en déclarant au milieu d’une tirade prononcée dans un français approximatif : « derrière chaque divorce, il y a un sioniste. »
Gouasmi, Ahmadinejad et Dieudonné
Yahya Gouasmi ne tardera pas à faire profiter ses nouveaux alliés de ses contacts avec les autorités iraniennes. Il est présent aux côtés de Dieudonné lorsque, lors d’un voyage en Iran, l’humoriste français rencontre une première fois le président iranien d’alors, Mahmoud Ahmadinejad en 2009 en présence de M. Gouasmi.
Lorsque la nébuleuse « antisioniste » se fissure en 2014, les rivalités entre ses différents membres font émerger des accusations de détournement de fonds impliquant l’hypothèse d’un financement iranien de la liste antisioniste de 2009.
Le Centre Zahra n’occupe plus le terrain de l’activisme politique depuis que les relations se sont distendues entre Yahya Gouasmi et ses anciens alliés. Il alimente toujours sur les réseaux sociaux une propagande religieuse chiite version République islamique d’Iran. Sa chaîne Youtube compte 8 700 abonnés.
Elle diffuse régulièrement les prêches d’un certain cheikh Jamel Tahiri qui se présente comme un religieux chiite éduqué dans la Beeka, un bastion libanais du Hezbollah. Les autres contenus relèvent de discours conspirationnistes hostiles à Israël, aux Etats-Unis et à l’Arabie saoudite ou de questions religieuses. L’alignement de l’organisation sur les positions iraniennes est intact.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-6">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ Le premier ministre israélien a accusé le mouvement chiite d’entreposer des armes dans trois sites près de la capitale. Les autorités libanaises l’ont contredit en organisant une visite de diplomates.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Près de l’aéroport de Beyrouth, le mystère des missiles du Hezbollah reste entier

Le premier ministre israélien a accusé le mouvement chiite d’entreposer des armes dans trois sites près de la capitale. Les autorités libanaises l’ont contredit en organisant une visite de diplomates.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 16h30
    |

            Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)








                        



                                


                            

Opération de com’ contre opération de com’. Jeudi 27 septembre, dans un réquisitoire plein de véhémence, prononcé depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou avait accusé le mouvement chiite libanais Hezbollah d’entreposer des missiles à proximité de l’aéroport de Beyrouth, brandissant à l’appui de ses dires des photos satellite des sites de stockage présumés.
Lundi 1er octobre, le ministre des affaires étrangères libanais, Gebran Bassil, a organisé, à l’attention des diplomates étrangers en poste dans le pays du Cèdre, une tournée des sites en question, visant à réfuter, devant les équipes de télévision venues en masse, les allégations de son voisin. « Israël a l’habitude de monter des histoires de toutes pièces pour justifier ses agressions », a déclaré le chef de la diplomatie libanaise.
Plus de soixante-dix pays ont pris part à cette opération très médiatique. L’Iran, la Russie et de nombreux pays africains et asiatiques ont dépêché leur ambassadeur. Les Etats européens ont envoyé des diplomates de rang inférieur, à l’image de la France, représentée par l’adjoint de l’attaché militaire de l’ambassade. Aucun représentant de l’ambassade des Etats-Unis n’a participé au déplacement.

Devant les caméras, Gebran Bassil avait promis une étape sur chacun des trois sites pointés du doigt par Benyamin Nétanyahou, de façon à mettre en évidence ce qu’il appelle ses « mensonges ». La troupe de diplomates et de journalistes accompagnant le ministre s’est effectivement rendue en trois endroits différents – un club de football, un hangar désaffecté et les abords d’un terrain de golf.
« Ça ne prouve rien »
Mais les lacunes dans l’organisation de la visite, marquée par une relative pagaille, et le manque aussi de précision des documents exhibés par Benyamin Nétanyahou, n’ont permis aux participants de s’assurer qu’ils se trouvaient bel et bien...




                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-7">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ A 65 ans, l’ex-première ajointe de Khalifa Sall prend les rênes de la capitale sénégalaise. Elle s’inscrit dans les pas de son prédécesseur, incarcéré depuis mars 2017.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤         

Compte rendu

Qui est Soham El Wardini, première femme maire de Dakar ?

A 65 ans, l’ex-première ajointe de Khalifa Sall prend les rênes de la capitale sénégalaise. Elle s’inscrit dans les pas de son prédécesseur, incarcéré depuis mars 2017.

Par                                            Matteo Maillard (Dakar, correspondance)




LE MONDE
              datetime="2018-10-02T16:23:07+02:00"

        Le 02.10.2018 à 16h23

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-10-02T17:03:15+02:00"

        Mis à jour le 02.10.2018 à 17h03






    
Soham El Wardini à la mairie de Dakar, en février 2018.
Crédits : Sylvain Cherkaoui pour JA


Pour la première fois, une femme dirige Dakar. Soham El Wardini, 65 ans, n’est pas une inconnue dans la capitale sénégalaise. Depuis l’incarcération en mars 2017 du maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall, celle qui était sa première adjointe depuis 2014 a d’abord assuré l’intérim, avant d’être confirmée dans ses fonctions, samedi 29 septembre. Elle a été élue par 64 voix contre 13 pour Moussa Sy et 11 pour Banda Diop, ses deux adversaires, membres eux aussi de la coalition Taxawu Dakar, fondée par Khalifa Sall et dissidente du Parti socialiste.
« Je suis fière d’être la première femme maire de la capitale du Sénégal », a-t-elle lancé à l’annonce des résultats, juste avant de réitérer son soutien à Khalifa Sall et d’affirmer qu’elle le considérait toujours comme le maire. « Les équipes vont rester inchangées. Nous allons terminer les projets commencés. L’essentiel, c’est de nous remettre au travail et de rester unis. Je vous assure que le combat continue », a-t-elle ajouté devant les « khalifistes » présents en nombre et ne cachant pas leur joie.
Visites à la prison de Rebeuss
Il ne reste que quatorze mois à Soham El Wardini avant les élections municipales de décembre 2019 pour valoriser le bilan du « maire martyr », comme l’appellent volontiers ses proches. Après avoir vu sa condamnation à cinq ans de prison ferme pour « escroquerie portant sur des fonds publics » confirmée en appel dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, Khalifa Sall avait été déchu de son mandat de maire par décret présidentiel le 31 août. Cette confirmation « le prive de la capacité juridique et de l’autorité morale nécessaires à l’exercice de ses fonctions », avait alors affirmé le ministre de la gouvernance territoriale, signataire du décret.

        Lire aussi :
         

                La justice sénégalaise confirme la peine de prison du maire de Dakar



Depuis dix-neuf mois, Soham El Wardini gère donc les affaires de la mairie avec ses collaborateurs en se rendant chaque semaine à la prison de Rebeuss pour recevoir les consignes de Khalifa Sall. Elle n’aura désormais plus à le faire même si, comme elle le dit, cette fin de mandat s’inscrit dans une « continuité ». Et si elle conserve les mêmes équipes, cela ne l’empêchera pas de marquer de son empreinte cette dernière année.
L’élue souhaite consacrer ses quelques mois de mandat à un défi majeur : faire de la capitale une métropole propre et écologique. « Je ne veux plus que Dakar soit citée parmi les villes les plus sales au monde. Elle mérite tous les sacrifices », annonce-t-elle sans préciser encore de mesures concrètes.

        Lire aussi :
         

                Jeudi noir pour l’opposition sénégalaise à quelques mois de l’élection présidentielle



« Elle gère les affaires avec beaucoup de loyauté, assure Mamadou Diouf, conseiller municipal de sa coalition. Elle est d’un commerce facile et a su entretenir de bonnes relations avec l’ensemble du conseil municipal, toutes obédiences confondues. C’est un personnage rassembleur, à l’écoute, qui n’hésite pas à consulter même les plus jeunes du conseil. »
Bouillie de mil
Née en 1953 à Latmingué, commune rurale de la région de Kaolack, d’un père d’origine libanaise et d’une mère sénégalaise, Soham El Wardini a grandi entre dix frères et sœurs. Après le décès de son père, commerçant dans l’arachide, la famille a déménagé dans la ville de Kaolack où la jeune fille est allée au lycée et a poursuivi des études supérieures d’anglais pour devenir enseignante.
C’est en 1999 qu’elle franchit le pas et entre en politique, rejoignant l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse, ancien premier ministre socialiste, aujourd’hui président de l’Assemblée nationale. Après avoir appartenu à son bureau politique, elle se détachera petit à petit du mouvement. Son éloignement fait suite à la scission, en 2012, du Parti socialiste entre les partisans d’une participation à la coalition de l’actuel président libéral Macky Sall et les dissidents, dont l’un des leaders n’est autre que Khalifa Sall. Elle rejoindra ce dernier dans sa mairie en tant qu’adjointe à la culture.

        Lire aussi :
         

                Menaces sur le pluralisme politique au Sénégal



« C’est d’abord pour sa communauté qu’elle a choisi de faire de la politique », avance Antoine El Wardini, son frère, ex-colonel de l’armée sénégalaise. Une décision dans la droite ligne de son implication dans la société, explique-t-il : « Elle a toujours montré un engagement citoyen fort. On la sollicite partout, dans toutes les organisations, même religieuses. Depuis qu’elle est toute petite, c’est elle qui représente la famille. Et encore aujourd’hui nous la voyons comme une maman, patiente et éduquée. »
Miss Sénégal 1970, Soham El Wardini est la seule de sa famille à avoir nourri des ambitions politiques, tout en éduquant ses quatre enfants et en poursuivant des engagements sociaux. « Tous les vendredis matins chez elle, dans le quartier dakarois de Sicap Karack, elle sert encore la bouillie de mil au lait caillé à tout le quartier. Si elle est dans la politique aujourd’hui, c’est grâce au social », appuie encore son frère.

        Lire aussi :
         

                Khalifa Sall officialise sa candidature à la présidentielle sénégalaise de 2019 depuis sa cellule



Cette fibre se teinte évidemment d’une pointe de féminisme, même si elle ne pousse pas ce combat aussi loin que sa jeune sœur Rose El Wardini. Gynécologue et présidente de l’ONG Medisol International, cette dernière a résumé l’élection de son aînée d’un définitif : « Aujourd’hui, les femmes doivent être sur le devant de la scène puisque les hommes ont échoué. » L’avenir dira si cet échec est provisoire ou de plus long terme. La candidature de Khalifa Sall à l’élection présidentielle de février 2019 se jouera en tout cas sur son recours en cassation. S’il est acquitté, sa campagne s’appuiera nécessairement sur son bilan de maire depuis 2009. Bilan aujourd’hui entre les mains de Soham El Wardini.


<article-nb="2018/10/02/19-8">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ Notre chroniqueur analyse le conflit qui oppose Pékin et Washington et dont les conséquences pour le continent sont à double tranchant.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤         

Chronique

« L’Afrique pourrait tirer son épingle du jeu de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine »

Notre chroniqueur analyse le conflit qui oppose Pékin et Washington et dont les conséquences pour le continent sont à double tranchant.

Par                Sébastien Le Belzic (chroniqueur Le Monde Afrique)



LE MONDE
              datetime="2018-10-02T15:21:51+02:00"

        Le 02.10.2018 à 15h21

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-10-02T15:48:38+02:00"

        Mis à jour le 02.10.2018 à 15h48






    
Dans l’usine de chaussures de l’entreprise chinoise Huajian à Dukem, en Ethiopie, en avril 2012.
Crédits : JENNY VAUGHAN / AFP


Chronique. Les deux plus importantes puissances mondiales se livrent une guerre commerciale sans merci. L’Afrique est pour l’instant une victime collatérale, mais pourrait tirer son épingle du jeu.
Depuis le début du conflit, en janvier, Pékin a imposé des droits de douane sur près des deux tiers des produits en provenance des Etats-Unis, tandis que ces derniers ont décidé de taxer plus de la moitié des biens importés de Chine. Cette guerre des géants économiques a déjà des conséquences en Afrique, notamment pour les rares entreprises qui exportent vers les Etats-Unis. Car les mesures protectionnistes de Washington ne se limitent pas aux produits chinois.

        Lire aussi :
         

                Commerce, défense : la Chine cesse de dialoguer avec les Etats-Unis



En Afrique du Sud, huit mille emplois sont dans la balance. L’augmentation des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium met en difficulté une industrie qui, en 2017, expédiait outre-Atlantique l’équivalent de 375 millions de dollars (environ 313 millions d’euros) d’aluminium et 950 millions de dollars d’acier.
En mars, le gouvernement américain a suspendu unilatéralement l’accord qui permettait au Rwanda d’exporter sans taxe ses produits textiles vers les Etats-Unis. La Tanzanie et l’Ouganda sont également menacés.
Le spectre d’un ralentissement
L’effet domino de cette guerre commerciale sino-américaine fait aussi trembler l’ensemble d’une Afrique de plus en plus dépendante de la Chine. Car l’économie mondiale est bien calibrée, avec le continent en début de chaîne : il fournit les matières premières, l’Asie – surtout la Chine – fabrique et l’Occident achète et distribue le produit fini. Quand les biens chinois sont davantage taxés aux Etats-Unis, ils se vendent moins, et les matières premières africaines servant à les fabriquer en subissent le contrecoup.

        Lire aussi :
         

                La relation Chine-Afrique entre croissance et dépendance



Certains économistes prévoient déjà un ralentissement de l’économie chinoise à 5,5 % voire à 5 % de croissance cette année, contre 6,9 % en 2017. Le spectre d’une crise rappelant celle de 2015 plane donc sur l’Afrique. A l’époque, la baisse de la croissance économique en Chine avait entraîné l’effondrement des cours des matières premières africaines.
Et « cela pourrait avoir des conséquences jusque dans les projets chinois sur le continent, estime Emmanuel Dubois de Prisque, chercheur associé spécialiste de la Chine à l’institut franco-belge Thomas-More. Pékin devra peut-être revoir à la baisse certains programmes d’aide si beaucoup d’argent doit être dépensé pour relancer l’économie chinoise en interne. »

        Lire aussi :
         

                « L’opinion publique chinoise n’a que faire des visées géostratégiques de Pékin en Afrique »



Pour l’instant, c’est plutôt l’effet inverse qui se produit. Entre janvier et juillet, les importations chinoises en provenance d’Afrique ont augmenté de 30 %, frôlant les 57 milliards de dollars. La Chine achète plus de pétrole africain, notamment angolais, pour compenser la baisse de son approvisionnement en gaz naturel américain. Elle se détache également du pétrole iranien, alors que pointent les sanctions américaines contre Téhéran. En 2017, 40 % du pétrole importé en Chine provenait du Moyen-Orient et 20 % d’Afrique. La part de cette dernière pourrait dès cette année atteindre 30 %.
« Made in Ethiopia »
Le continent pourrait aussi tirer son épingle de ce jeu dangereux en servant de base arrière pour contourner les barrières douanières visant les produits chinois. La Chine a déjà délocalisé certaines entreprises en Asie du Sud-Est. Elle pourrait le faire en Afrique, ce qui permettrait à cette dernière de développer enfin des industries qui lui manquent tant et de donner du travail à des millions de personnes.
Plus de quatre cents sociétés chinoises sont par exemple installées en Ethiopie. La Corne de l’Afrique est devenue un laboratoire de cette industrialisation où des entreprises chinoises emploient des ouvriers africains pour fabriquer des produits qui seront exportés aux Etats-Unis. C’est déjà le cas pour les sandales et les sacs Naturalizer, les chaussures Nine West et les vêtements Guess.

        Lire aussi :
         

                L’Ethiopie, symbole de la « Chinafrique »



Le « made in Ethiopia », même sous pavillon chinois, est une expérience que suivent de près le Sénégal et le Rwanda. Près de Dakar, une zone économique spéciale financée par la Chine est en travaux, selon un modèle développé par Pékin il y a quarante ans et qui pourrait s’appliquer au continent africain, où l’on compte déjà plus de 15 000 entreprises chinoises. Autre exemple, en Algérie, le constructeur de camions Shaanxi Automobile Group a ouvert en mai une ligne d’assemblage en joint-venture. En juillet, c’était au tour de Beijing Automotive Industry Corp., en Afrique du Sud.
Un mouvement gagnant-gagnant, selon la terminologie officielle souvent employée par Pékin, car il permet à la fois de donner du travail aux Africains et d’ouvrir des marchés aux Chinois. Bâtir des zones économiques sur tout le continent pour y délocaliser des industries gourmandes en main-d’œuvre et exporter ensuite vers l’Europe et même les Etats-Unis est ainsi une perspective que soutiennent aussi bien les Chinois que les experts du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque mondiale.

        Lire aussi :
         

                Ces marques chinoises qui débarquent en Afrique



Mais, dans le même temps, l’Afrique importe de plus en plus de produits chinois. Vendant moins aux Etats-Unis, Pékin se tourne davantage vers elle pour écouler ses stocks de panneaux solaires ou de pièces automobiles, ce qui n’est évidemment pas une bonne chose pour l’industrialisation du continent. Si bien que certains vont à rebours de cette analyse, comme l’entrepreneur nigérian Aliko Dangote, qui préconise d’instaurer des barrières douanières sur le modèle américain. Une façon de protéger les industries locales naissantes, a affirmé en juillet l’homme le plus riche d’Afrique dans un plaidoyer provocateur devant deux cents jeunes leaders africains réunis par la Fondation Obama à Johannesburg. Autant dire que la guerre commerciale sino-américaine sera un test pour la solidité de la Chinafrique.
Sébastien Le Belzic est installé en Chine depuis 2007. Il dirige le site Chinafrica. info, un magazine sur la « Chinafrique » et les économies émergentes.


<article-nb="2018/10/02/19-9">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ A moins de six mois de l’entrée en vigueur du Brexit, l’ancien ministre des affaires étrangères s’en est pris violemment à la première ministre britannique mardi au congrès des tories.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤                     
                                                

Boris Johnson, le va-t-en-guerre du « hard Brexit » qui veut faire tomber Theresa May

A moins de six mois de l’entrée en vigueur du Brexit, l’ancien ministre des affaires étrangères s’en est pris violemment à la première ministre britannique mardi au congrès des tories.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 15h17
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 16h36
   





                        



   


La dernière facétie de « BoJo » a des allures de publicité pour une marque de croquettes canines. A Theresa May qui avouait lors d’un entretien télévisé que « courir dans un champ de blé » était « la chose la plus polissonne qu’elle ait jamais faite », Boris Johnson répond en se faisant immortaliser en plein footing à travers champs, dans la lumière dorée de la campagne britannique. Lui, n’a pas peur de ne pas être sage. C’en est devenu pléonastique.
Tant pis s’il faut renfiler le costume de pitre, Boris Johnson est prêt à tout pour tourner en ridicule la première ministre, symbole d’un « soft Brexit » dont il veut se faire le premier des détracteurs. Un rôle qu’il a tenté d’incarner, mardi 2 octobre, au congrès des tories (Parti conservateur), où il était l’attraction du jour.

        Notre analyse (édition abonnés) :
         

          Critiquée par l’UE et son parti, Theresa May semble plus isolée que jamais



Une tribune privilégiée
A moins de six mois de la date fatidique de mise en œuvre du Brexit, le fantasque tribun a pu y exposer l’étendue de ses désaccords avec le gouvernement, grillant la politesse à Theresa May qui n’interviendra que mercredi. Une position privilégiée, d’autant que l’intéressé boit du petit lait depuis le rejet par l’Union européenne, la semaine passée, du « plan de Chequers », un partenariat douanier avec l’Union européenne défendu par la première ministre, et qui avait poussé Boris Johnson à démissionner du gouvernement début juillet.
« Ce n’est pas la démocratie. Ce n’est pas ce pour quoi nous avons voté », a-t-il lancé mardi, qualifiant le plan mis au point par Theresa May de « tromperie ». « Ne les croyez pas quand ils disent qu’il n’y a pas d’autre plan, ni d’autre alternative », a-t-il renchéri devant des délégués conservateurs debout pour l’acclamer.  

        Compte rendu (édition abonnés) :
         

          après le sommet européen, retour à Londres douloureux pour Theresa May



Officiellement, il est depuis occupé à mettre la dernière main à une biographie de Shakespeare, commandée par la maison d’édition Hodder en 2015 pour près de 700 000 euros. Mais, en coulisses, jamais il n’a quitté des yeux le 10 Downing Street, ce poste de premier ministre qu’il convoite depuis sa plus tendre jeunesse, passée sur les bancs du très bourgeois pensionnat d’Eton.
Tout l’été, Boris Johnson, 54 ans, a pris conseil sur la meilleure manière de doubler par la droite la première ministre conservatrice. Auprès de Steve Bannon, notamment, l’ancien conseiller en stratégie de Donald Trump, dont la presse ne cesse de tirer des parallèles populistes avec Boris Johnson. Mais aussi avec l’association Change Britain, à l’origine de l’intense campagne « Vote Leave » lors du référendum sur le Brexit, couronnée du succès que l’on sait.
Offensive en cours
Depuis début septembre, Boris Johnson est sur tous les fronts, tentant au passage de faire oublier son fracassant divorce estival pour infidélités répétées – peu goûtées par les toujours très puritains électeurs conservateurs. Cet ancien journaliste – renvoyé du Times pour avoir trafiqué une citation – a repris sa chronique dominicale dans The Telegraph. Il y tire à boulets rouges sur le gouvernement et fait du pied aux ex-électeurs du UKIP (United Kingdom Independence Party), le parti europhobe et de plus en plus anti-islam fondé par Nigel Farage. Début septembre, il y comparait ainsi les musulmanes en niqab à des « boîtes aux lettres » et des « braqueurs de banque ».
Signe de l’offensive en cours pour renverser le soldat May, le quotidien conservateur lui a même ouvert une double page le 27 septembre pour que le politicien expose son plan pour un « meilleur Brexit ». Il y compare le « plan de Chequers » à une « ceinture explosive » attachée au Royaume-Uni. Des propos qui ont choqué, y compris au sein du Parti conservateur. Le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Alan Duncan, estimait ainsi qu’ils constituaient « un des moments les plus navrants de la politique moderne britannique ».

        Brexit, J –200 :
         

          les attaques de Boris Johnson contre Theresa May redoublent



Plasticité idéologique
Mais c’est un style que Boris Johnson assume, et revendique même. En 2001, en pleine campagne pour les législatives, le trublion interpelle un électeur : « Si vous votez tory, votre femme aura de plus gros seins et vous augmenterez vos chances d’avoir une BMW. » Une des – innombrables – tirades qui lui valent une sympathie populaire grandissante, et lui permettront d’être élu, à la surprise générale, maire de Londres en 2008 et en 2013.
C’est que Boris Johnson ne laisse pas grand-chose au hasard, y compris sa coupe de cheveux blonde peroxydée savamment décoiffée, devenue emblématique. Le politicien, fils d’un eurodéputé conservateur et d’une artiste peintre, n’est pas dépourvu de flair. Il sent le vent tourner, et n’hésite pas à aligner ses positions avec ses intuitions. Une plasticité idéologique qui lui vaut les railleries de ses collègues conservateurs, mais qui lui permet toujours de rebondir et de s’extirper des situations délicates.
En témoigne l’évolution de sa position sur le Brexit, sur laquelle il a lui-même avoué avoir hésité jusqu’au dernier moment. Depuis, cet eurosceptique est devenu le chantre d’un « hard Brexit », et défend notamment un « super-accord de libre-échange » avec l’UE, copié sur celui signé entre l’UE et le Canada (CETA). Une option qui n’apporte pas de solution à la question de la frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande, principale pierre d’achoppement dans les négociations avec l’UE, a souligné Downing Street.

        Tchat avec notre correspondant :
         

          « Theresa May s’attendait à des paroles encourageantes. Elle est tombée des nues »



Qu’importe, le discours de Boris Johnson reste populaire auprès d’une partie de l’électorat conservateur. Il apparaît au fil des mois comme une solution de dernier recours en cas d’échec des négociations. Celui qui pourrait rester intransigeant face à Bruxelles, et éviter au pays de s’abaisser à signer des accords contraires à sa décision de quitter l’UE. Au point que la presse britannique ne cesse de l’annoncer tous les six mois comme futur premier ministre. Avant de se rétracter. Car la faiblesse de l’ancien ministre est d’être si peu populaire parmi ses pairs.
Dans un « monde imaginaire »
Les alliés de Boris Johnson aux Communes se comptent sur les doigts d’une main. Une douzaine de conservateurs menacent même de quitter le parti s’il en devenait le leader. Quand le ministre des finances, Philip Hammond, estime que Boris Johnson évolue dans un « monde imaginaire », le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Alan Duncan, promet sur Twitter de veiller personnellement à mettre fin à la carrière de Johnson. Pas besoin d’un « Trump britannique », juge-t-il.

        Notre analyse (édition abonnés) :
         

          Le Royaume-Uni post-Brexit, avant-poste du trumpisme en Europe ?



Même l’ancien ministre chargé du Brexit David Davis, pourtant lui aussi favorable à la mise en place d’un accord de libre-échange, a pris ses distances. « Ses idées font de bons titres dans les journaux, mais pas forcément de bonnes politiques. » Et Theresa May, malgré des désaveux réguliers de la part des Britanniques ou des Européens, réussit le tour de force de rester le plus petit dénominateur commun parmi les tories. Boris Johnson sera contraint de jouer sa meilleure partition pour espérer la déloger.




                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-10">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Selon le parquet, une femme a payé 70 000 euros pour faire assassiner le reporter en février dernier.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Une commanditaire du meurtre du journaliste slovaque Jan Kuciak identifiée

Selon le parquet, une femme a payé 70 000 euros pour faire assassiner le reporter en février dernier.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 14h30
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 15h11
    |

            Blaise Gauquelin (Vienne, correspondant)








                        



   


Le commanditaire était une femme. Selon le parquet slovaque, une traductrice âgée de 44 ans et nommée Alena Zs. aurait payé 70 000 euros pour faire assassiner le journaliste Jan Kuciak en février dernier. Lors d’une conférence de presse organisée à Bratislava, lundi 1er octobre, un procureur a ajouté que le meurtre avait été exécuté par un ancien policier, Tomas Sz. Deux autres personnes, Miroslav M. et Zoltan A., auraient respectivement servi de chauffeur et d’intermédiaire. Interpellés la semaine dernière, les suspects ont été inculpés et placés en détention.

        Lire aussi :
         

                En Slovaquie, des suspects du meurtre du journaliste Jan Kuciak arrêtés



Les preuves à leur encontre seraient « solides ». Les enquêteurs de ce pays d’Europe centrale de 5,4 millions d’habitants, ayant rejoint l’Union européenne en 2004, ont notamment saisi un téléphone portable et trois véhicules utilisés pour la préparation du crime. Ils estiment que Jan Kuciak a été la cible d’une action préméditée. Il a été assassiné par balles avec sa compagne Martina Kusnirova le 25 février, à 27 ans seulement, dans la maison du couple en rénovation à Velka Maca, 65 kilomètres à l’est de la capitale.
L’avocat de la famille du reporter, Daniel Lipsic, pense toutefois qu’Alena Zs. n’aura servi que d’intermédiaire entre le véritable donneur d’ordre et l’assassin. Selon la presse slovaque, elle traduisait l’italien pour un sulfureux homme d’affaires, Marian Kocner, dont les activités avaient fait l’objet d’articles rédigés par Jan Kuciak pour Aktuality.sk, le deuxième site d’information le plus lu du pays. M. Kocner serait par ailleurs le parrain de sa fille.
Intimidations
Les autorités slovaques se refusent toutefois à faire un lien entre lui et le double homicide. Il est mis en examen pour une autre affaire et a été placé en détention en juin. En septembre 2017, Jan Kuciak, qui travaillait depuis trois ans pour le groupe Ringier Axel Springer et reste à ce jour le seul reporter assassiné depuis l’indépendance de la Slovaquie, acquise en 1993, disait avoir été menacé par M. Kocner et n’avoir eu aucune nouvelle de la police quarante-quatre jours après le dépôt de sa plainte.
Un autre reporter, travaillant pour le quotidien Sme, a affirmé avoir subi les mêmes intimidations de la part de M. Kocner, et ce après la mort de son confrère. Le journal relate qu’en conférence de presse, le businessman a même affirmé vouloir mettre en ligne un site Internet publiant des informations sur la vie privée des journalistes.
Cet entrepreneur avait acquis un appartement, revendu depuis, dans un complexe immobilier où réside Robert Fico, l’ancien premier ministre slovaque, qui avait dû démissionner sous la pression de la rue et de l’émotion suscitée par le décès des deux jeunes gens. Le logeur de M. Fico, Ladislav Basternak, a fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale, alors que le ministre de l’Intérieur, Robert Kalinak, lui aussi démissionnaire, était actionnaire de sa compagnie.
« Chaîne de commandement »
Dans un communiqué, l’association Reporters sans frontières (RSF) s’est félicitée des progrès accomplis dans l’enquête plus de sept mois après les faits, alors que le nombre des affaires de corruption couvertes par Jan Kuciak offrait un champ très vaste d’investigation. Il avait également effectué des recherches sur la ’Ndrangheta, la mafia calabraise.
« Le procureur a reconnu que ces arrestations avaient connu une accélération sous la pression constante de la société civile, rappelle Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous demandons que l’enquête soit menée à son terme afin de déterminer le mobile de cet assassinat et d’identifier, le cas échéant, les autres personnes impliquées dans la chaîne de commandement. »
Ces dix dernières années, RSF a fait état de quatre meurtres de journalistes au sein de l’Union européenne, en dehors du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo en 2015. Outre la Slovaquie, ces assassinats sont à déplorer à Malte, en Croatie et en Grèce.

        Lire aussi :
         

                « Projet Daphne » : qui a ordonné l’assassinat de Daphne Caruana Galizia ?






                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-11">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ « Cet acte d’une extrême gravité ne pouvait rester sans réponse », ont dénoncé les autorités, mettant directement en cause le ministère du renseignement iranien.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤                     
                                                

Attentat déjoué de Villepinte : des avoirs iraniens gelés

« Cet acte d’une extrême gravité ne pouvait rester sans réponse », ont dénoncé les autorités, mettant directement en cause le ministère du renseignement iranien.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 12h30
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 13h39
   





                        



   


La France a gelé mardi 2 octobre les avoirs de deux ressortissants iraniens et de la direction de la sécurité intérieure du ministère du renseignement iranien, attribuant à Téhéran la responsabilité d’un attentat déjoué à Villepinte (Seine-Saint-Denis) le 30 juin. « Cet acte d’une extrême gravité envisagé sur notre territoire ne pouvait rester sans réponse », écrivent les ministres de l’intérieur, des affaires étrangères et de l’économie, respectivement Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian et Bruno Le Maire, dans un communiqué commun.
« La France a pris des mesures préventives ciblées et proportionnées sous la forme de l’adoption des mesures nationales de gels des avoirs de M. Assadollah Asadi et de M. Saeid Hashemi Moghadam, ressortissants iraniens, ainsi que de la direction de la sécurité intérieure du ministère du renseignement iranien », ajoutent-ils. Cette mesure, valable pour une durée de six mois, s’est traduite par un arrêté publié mardi au Journal officiel.

        Lire aussi :
         

                L’Allemagne remet un agent iranien à la Belgique



« Une approche exigeante avec l’Iran »
Pour Jean-Yves Le Drian, cité dans le communiqué du gouvernement, « l’attentat déjoué à Villepinte confirme la nécessité d’une approche exigeante dans nos relations avec l’Iran ».
En juin, un « attentat terroriste » contre un rassemblement de l’opposition iranienne à Villepinte, près de Paris, a été déjoué grâce à l’arrestation à Bruxelles d’un couple d’origine iranienne en contact avec Assadollah Assadi, diplomate iranien interpellé en Allemagne. Il devrait être remis à la justice belge conformément à la décision rendue par un tribunal allemand lundi. Téhéran a démenti toute implication et accusé le parti d’opposition présumé visé, les Moudjahidin du peuple, d’avoir monté toute l’affaire.
A la suite de ce projet d’attentat, les relations se sont tendues ces derniers mois entre Paris et Téhéran. Au début de septembre, la République islamique a, entre autres, accusé les autorités françaises d’avoir tardé à réagir après une manifestation de militants kurdes devant l’ambassade d’Iran à Paris dont des vitres ont été brisées par des jets de projectiles.
Selon une note révélée à la fin d’août par Reuters, la France a par ailleurs recommandé à ses diplomates et représentants de reporter tout voyage en Iran en raison de risques sécuritaires et d’un « durcissement » des autorités iraniennes après le projet d’attentat déjoué de Villepinte. Dans l’attente d’éclaircissements de la part de la République islamique, la nomination d’un ambassadeur de France à Téhéran – pour remplacer François Sénémaud nommé en juin représentant personnel d’Emmanuel Macron pour la Syrie – a quant à elle été mise en suspens.

        Lire aussi :
         

                La nomination de l’ambassadeur français à Téhéran toujours en suspens



« Je ne dirais pas qu’il y a un lien direct entre les deux, mais Téhéran nous a promis des éléments objectifs qui permettront de poursuivre nos relations diplomatiques telles qu’elles existent aujourd’hui dans les prochaines semaines », déclarait à la mi-septembre un conseiller d’Emmanuel Macron.
« Des soupçons très lourds »
Sans faire l’objet d’un « approfondissement véritable », la question de l’ambassadeur a été  « mentionnée » lors de l’entretien entre Emmanuel Macron et le président Hassan Rohani la semaine dernière en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. « Les éléments » factuels « promis par les autorités iraniennes n’ont pas » été transmis au président français lors de cet entretien, avait fait savoir l’Elysée. Le communiqué commun de mardi ne fait aucune mention de ces éléments.
Le projet d’attentat de Villepinte a également été abordé par le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, et son homologue iranien, Mohammed Javad Zarif, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, l’occasion, selon un diplomate, d’« évoquer les soupçons très lourds qui pèsent sur les Iraniens et la gravité de ces soupçons. » « Ce sont des soupçons très graves, mais on n’a jamais pensé que c’était un régime d’enfants de chœur », ajoute ce diplomate.
Onze personnes ont par ailleurs été interpellées mardi matin lors d’une opération antiterroriste visant une association musulmane chiite pro-iranienne siégeant à Grande-Synthe (Nord), dans la banlieue de Dunkerque. Mais, selon une source proche de l’enquête, il n’y a pas de lien avec le gel des avoirs.

        Lire aussi :
         

                Paris accuse le renseignement iranien d’avoir commandité le projet d’attentat de Villepinte






                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-12">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ L’Américain Arthur Ashkin, le Français Gérard Mourou et la Canadienne Donna Strickland ont œuvré à des « inventions révolutionnaires » dans ce domaine.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤                     
                                                

Nobel de physique : trois scientifiques, dont un Français, récompensés pour leurs travaux sur les lasers

L’Américain Arthur Ashkin, le Français Gérard Mourou et la Canadienne Donna Strickland ont œuvré à des « inventions révolutionnaires » dans ce domaine.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 12h15
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 13h55
   





                        


Le prix Nobel 2018 de physique a été attribué mardi 2 octobre pour une moitié à l’Américain Arthur Ashkin et pour l’autre moitié au Français Gérard Mourou et à la Canadienne Donna Strickland pour leurs travaux sur les lasers et l’optique, a annoncé l’Académie royale des sciences.

BREAKING NEWS
— NobelPrize (@The Nobel Prize)


require(["twitter/widgets"]);

Arthur Ashkin est récompensé « pour ses pinces optiques et leur application aux systèmes biologiques » – les pinces optiques servant à piéger des objets de petite dimension comme des molécules à l’aide d’un faisceau laser. Gérard Mourou et Donna Strickland reçoivent conjointement l’autre moitié du Nobel de physique « pour leur méthode de génération d’impulsions optiques ».
La technique d’amplification des lasers Chirped Pulse Amplification (CPA) mise au point il y a un peu plus de 30 ans par Gérard Mourou et Donna Strickland, qui était son étudiante, a permis de créer des impulsions ultracourtes de quelques dizaines de femto-secondes et de très haute puissance, précise l’Ecole polytechnique, où le lauréat français enseigne. Gérard Mourou a proposé depuis d’autres concepts de lasers de puissance, dont l’un s’appuie sur un « fagot » de fibres optiques.

   


Adaptée au médical, la technique CPA a permis des avancées nouvelles dans le domaine de la chirurgie réfractive de l’œil et de la cataracte. « Les inventions qui sont honorées cette année ont révolutionné la physique des lasers », ajoute l’Académie royale des sciences. Gérard Mourou a également proposé d’utiliser des lasers de puissance pour réduire la pollution engendrée autour de la Terre par les débris spatiaux.
Donna Strickland n’est que la troisième femme à recevoir le Nobel de physique, après Marie Curie en 1903 et la Germano-Américaine Maria Goeppert-Mayer en 1963.
A l’opposé du spectre d’énergie, Arthur Ashkin, a tout fait pour éviter cette débauche de puissance afin de préserver les objets fragiles qu’il étudie grâce à des lasers bien moins énergétiques. A la même époque que ses confrères, il invente un système de pinces optiques pour piéger et manipuler des particules, des bactéries, des virus ou des cellules. Il utilise pour cela le fait que la lumière exerce une pression sur les objets. En focalisant convenablement les faisceaux lasers il parvient à créer de véritables pièges, permettant ensuite de mieux étudier les objets ainsi « pincés ».

        Lire aussi :
         

                Lasers : les feux de l'extrême






                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-13">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ En cédant Editis à Vivendi, le géant espagnol de l’édition renonce à son expansion hors du marché hispanophone. L’opération intervient au cœur d’une année troublée pour ce groupe présent également dans les médias.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Météo orageuse pour l’éditeur Planeta

En cédant Editis à Vivendi, le géant espagnol de l’édition renonce à son expansion hors du marché hispanophone. L’opération intervient au cœur d’une année troublée pour ce groupe présent également dans les médias.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 12h00
    |

            Isabelle Piquer (Madrid, correspondance)








                        



                                


                            

Pour Planeta, 2018 a tout de l’annus horribilis. Le géant espagnol de l’édition, propriété de la famille Lara, vient de traverser neuf mois pour le moins mouvementés. Sans doute les plus agités depuis la mort, fin janvier 2015, du patriarche du groupe, José Manuel Lara Bosch. En effet, le 30 juillet, Planeta a annoncé la cession d’Editis, deuxième ensemble éditorial français, à Vivendi pour 900 millions d’euros, quelques semaines après avoir vendu son siège emblématique à Barcelone.

Acheté à Wendel en 2008 pour 1,026 milliard d’euros, Editis, qui détient entre autres dans son giron Robert Laffont, Plon, Les Presses de la Cité, Pocket, 10/18, Nathan et Bordas, était le fleuron de Planeta. Il devait renforcer la « vocation internationale » du groupe, au-delà du marché hispanophone – Espagne et Amérique latine –, qu’il domine depuis plusieurs années.
La cession, qui doit être conclue d’ici à la fin de l’année, offrira une bouffée d’oxygène au groupe espagnol, dont la dette est évaluée à un peu plus de 1,2 milliard d’euros, mais surtout à Hemisferio, la société d’investissement des Lara, qui aurait accumulé, quant à elle, plus de 400 millions d’euros de dettes à la suite de la dépréciation de ses participations dans le groupe bancaire Banco Sabadell, durement touché par la crise financière de 2008, et dont elle fut le principal actionnaire. Hemisferio était propriétaire du siège de Planeta, vendu pour 210 millions d’euros au fonds d’investissement américain Black­stone, et de 40 % d’Editis.
Le ton de cette année 2018 a été donné en février par le départ forcé de José Manuel Lara Garcia, fils du patriarche défunt, qui se considérait comme l’héritier naturel de l’empire familial à la place de son père. Les ambitions de M. Lara Garcia, 43 ans, qui occupait depuis 2015 le poste de directeur général, n’auraient pas plu au PDG de Planeta, José Creuheras, un pilier de la maison, qui a décidé, avec le soutien du reste de la famille,...




                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-14">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Les 28 pays membres de l’UE sont parvenus, mardi, à un accord pour pouvoir réduire la TVA des publications numériques, comme c’est le cas pour leurs équivalents imprimés.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤                     
                                                

Accord européen pour réduire la TVA sur les publications numériques

Les 28 pays membres de l’UE sont parvenus, mardi, à un accord pour pouvoir réduire la TVA des publications numériques, comme c’est le cas pour leurs équivalents imprimés.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 11h53
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 13h49
   





                        



   


Après deux ans de négociations, les 28 pays de l’Union européenne sont parvenus, mardi 2 octobre, à un accord pour autoriser les Etats membres à appliquer des taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) réduits, très réduits ou même nuls aux publications numériques.
L’idée principale de cette initiative, très largement soutenue par l’Allemagne et la France, est d’aligner les règles en matière de TVA pour les publications numériques (livres électroniques et journaux en ligne) sur leurs équivalents imprimés, à une époque où le papier est de plus en plus remplacé par les écrans.

        Lire aussi :
         

                Directive sur le droit d’auteur : « Les GAFA doivent accepter un partage de la valeur », selon le patron de l’AFP



En matière fiscale, il faut obtenir l’unanimité des 28 pays membres pour qu’une proposition européenne puisse être adoptée, ce qui rend les réformes plus difficiles dans ce domaine. Le Parlement européen a quant à lui la possibilité de rendre un avis mais qui n’est pas contraignant, les Etats membres gardant la main sur toutes les questions fiscales.
Modèle économique fragile
Le Commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici, s’est félicité de cet accord auquel sont parvenus les Vingt-Huit, lors d’une réunion des ministres des finances à Luxembourg : « C’est une véritable avancée (…) nous devons vivre avec notre temps et savoir qu’un livre est un livre quel que soit le support sur lequel il est écrit. » « La disposition que vous adoptez aujourd’hui sera un véritable soutien à la création, à la liberté de la presse, à la liberté des médias, et donc c’est un moment très important », a-t-il ajouté.
En 2014, la France avait déjà décidé de ramener le taux de TVA sur la presse en ligne à 2,1 %, au lieu de 20 %, comme pour la presse imprimée, afin de soutenir un modèle économique encore fragile. Cette mesure, qui avait à l’époque irrité la Commission européenne, était réclamée de longue date par des sites d’informations en ligne comme Mediapart.

        Lire aussi :
         

                Comment les médias ont été affectés par le nouvel algorithme de Facebook






                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-15">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Le gouvernement a obtenu que les fabricants d’automobiles aident financièrement les Allemands à troquer leur vieux diesel contre un véhicule moderne.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤                     
                                                

Les constructeurs allemands paieront pour le retrait des vieux diesel

Le gouvernement a obtenu que les fabricants d’automobiles aident financièrement les Allemands à troquer leur vieux diesel contre un véhicule moderne.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 12h38
    |

                            Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)








                        



   


C’est une catégorie d’électeurs qui n’est pas comptabilisée dans les sondages, mais dont le poids peut jouer un rôle majeur lors des prochaines élections en Allemagne : les conducteurs de voitures diesel mécontents.
Pour Angela Merkel et son gouvernement, la menace est devenue réelle depuis que le juge administratif de Francfort a ordonné, début septembre, l’interdiction de circuler aux vieux véhicules diesel pour lutter contre la pollution excessive de la ville. Des dizaines de milliers de particuliers pourraient être empêchés de se rendre à leur travail à partir du 1er janvier 2019, à Francfort… à moins de se racheter un nouveau véhicule plus moderne.
Or, dans le Land de Hesse, où se situe Francfort, les élections régionales doivent se tenir le 28 octobre. Le 14, la Bavière doit elle aussi renouveler son Parlement régional. Sa capitale, Munich, est également concernée par les interdictions de circuler, tout comme Hambourg, Stuttgart, Düsseldorf et Aix-la-Chapelle. Et d’autres villes devraient suivre. Les véhicules ciblés sont tous ceux qui ne répondent pas à la norme européenne antipollution Euro 6, soit un total de 11,2 millions.

        Lire aussi :
         

                Pollution : Bruxelles ouvre une enquête contre BMW, Daimler et Volkswagen pour collusion



L’ultimatum de la chancelière
Face à la pression politique, la chancelière avait posé un ultimatum à ses ministres : d’ici à la fin de septembre, l’épineuse question de la mise aux normes des vieux diesels devait être tranchée. Lundi 1er octobre dans la nuit, la coalition au pouvoir a donc trouvé un accord, après plusieurs semaines de discussions et six heures de négociations à la chancellerie. Le résultat est une solution dont les détails doivent encore être précisés. Lors de la conférence de presse donnée dans la nuit, les représentants des trois partis de la coalition ont annoncé une « solution complexe », qui doit permettre d’éviter les interdictions de circuler, sans faire peser sur les constructeurs un effort financier trop important, ni faire payer les automobilistes ou le contribuable.
On ne connaît pas encore les modalités de l’échange dans le détail, mais la prime pourrait aller jusqu’à 10 000 euros par véhicule.
Selon les informations de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, le compromis devrait tourner autour d’une offre d’échange de véhicule particulièrement généreuse, à laquelle participeraient les marques allemandes et étrangères. La prime d’échange pourrait aller jusqu’à 10 000 euros par véhicule. Ces offres concerneraient les diesels de norme Euro 4 et antérieure, mais pourraient s’étendre rapidement à la norme Euro 5. Pour l’achat d’un véhicule électrique, les automobilistes peuvent aussi compter sur une prime de l’Etat.
Mardi matin, Renault était le premier constructeur non allemand à réagir : le Français a annoncé le lancement immédiat d’une prime à l’échange qui, selon les modèles, pourra aller jusqu’à 10 000 euros.

        Lire aussi :
         

                La chute du diesel pourrait être très rapide, un casse-tête pour l’industrie automobile



Ces dernières semaines, les discussions avaient tourné autour de la participation des constructeurs à la lutte contre la pollution des grandes villes allemandes. Certains membres du gouvernement souhaitaient obliger les groupes automobiles allemands et étrangers à réparer, à leurs frais, l’ensemble des vieux diesels, par des interventions lourdes sur la structure des véhicules. Une hypothèse rejetée par les constructeurs, qui évaluent son coût à 3 000 euros par véhicule et jugent absurde de dépenser une telle somme pour de vieilles voitures, plutôt que de renouveler le parc automobile. Outre leur coût, de telles réparations sont délicates juridiquement, pour des questions de responsabilité sur les véhicules transformés.
Exportés en Europe de l’Est
Lundi 1er octobre, les constructeurs ont abattu leur dernière carte : dans une interview commune au Bild, les représentants des salariés de Volkswagen, BMW et Daimler se sont prononcés contre les réparations des vieux véhicules diesel, en alertant sur le « risque pour les emplois » en raison des coûts pour les entreprises. Le message était adressé notamment aux sociaux-démocrates, proches des syndicats, qui espéraient que des réparations soient possibles sans obliger les automobilistes qui ne peuvent se le permettre à racheter un nouveau véhicule. Finalement, les réparations de véhicules devraient avoir lieu à la marge, uniquement dans les régions concernées par les interdictions de circuler.
La question de la pollution des villes est devenue un sujet explosif politiquement depuis que le juge administratif de Stuttgart a décidé, mi-2017, d’interdire aux vieux véhicules diesel de circuler dans cette ville, qui a longtemps détenu le record de l’air le plus pollué du pays. Le plaignant, l’association environnementale Deutsche Umwelthilfe, a depuis obtenu gain de cause dans toutes les villes où il a mis en cause la responsabilité de la mairie pour non-respect des normes antipollution.

        Lire aussi :
         

                Dieselgate : des milliers d’actionnaires allemands réclament 9 milliards d’euros à Volkswagen



La disparition des vieux diesels suffira-t-elle à améliorer l’air des villes allemandes ? En douze mois, un million d’entre eux ont été retirés de la circulation. Si les plus vieux partent à la casse, les autres sont généralement… revendus à l’étranger. La presse allemande rapporte que les vieux véhicules diesel en bon état sont actuellement massivement exportés vers les pays d’Europe de l’Est.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-16">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, le président Joao Lourenço a lancé une vaste purge pour rassurer milieux financiers et investisseurs. Et asseoir son autorité.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤         

Analyse

En Angola, une opération « mains propres » sélective mais bien réelle

Depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, le président Joao Lourenço a lancé une vaste purge pour rassurer milieux financiers et investisseurs. Et asseoir son autorité.

Joan Tilouine
    



LE MONDE
              datetime="2018-10-02T11:29:25+02:00"

        Le 02.10.2018 à 11h29

     •
              itemprop="dateModified"
          datetime="2018-10-02T11:55:10+02:00"

        Mis à jour le 02.10.2018 à 11h55






    
Le président angolais, Joao Lourenço, lors du 10e sommet des BRICS à Johannesburg, le 28 juillet 2018.
Crédits : GIANLUIGI GUERCIA/AFP


En Angola, la lutte anti-corruption a pris les allures d’une purge spectaculaire et ciblée dont se délectent la population et l’élite africaine. Il était tellement inconcevable il y a encore un an d’imaginer sur la sellette les richissimes enfants du précédent chef d’Etat, José Eduardo dos Santos, des ministres et des militaires nantis.
Une vague d’angoisse a déferlé sur les quartiers huppés de Luanda, la capitale, où des millions de pétrodollars détournés ont été retrouvés dans des jardins et des coffres de villas de luxe. Et ce ne sont là que des miettes des 30 milliards de dollars (26 milliards d’euros) déposés par des Angolais dans des banques étrangères, selon les autorités, et dans des paradis fiscaux.
L’élite corrompue de Luanda
Au cours de cette année, en effet, la peur a changé de camp. L’élite corrompue de Luanda n’a plus qu’à masquer ses attributs de richesse autrefois étalés, à défaut de parvenir à quitter le pays, comme cet ancien gouverneur réfugié à Cuba. Sur le tarmac de l’aéroport de Luanda, des jets privés de personnalités déjà ou bientôt visées par des enquêtes sont cloués au sol.

        Lire aussi :
         

                En Angola, Joao Lourenço désormais seul maître à bord



Le destin de deux mirliflores jusque-là intouchables illustre cette tendance. Jean-Claude Bastos de Morais, financier suisso-angolais de 51 ans, a eu l’imprudence de rentrer à Luanda il y a quelques mois. Cet élégant homme d’affaires s’est toujours montré très discret sur l’activité de son groupe d’investissement, Quantum Global. C’est pourtant à travers cette structure établie à Zoug que la quasi-intégralité du Fonds souverain angolais, alors dirigé par son ami de jeunesse et fils de l’ex-président, José Filomeno dos Santos, 40 ans, était gérée dans la plus grande opacité via des sociétés offshore à Maurice, comme l’ont révélé les « Paradise Papers ».
Les autorités de l’île de l’océan Indien ont gelé une partie des comptes et le nouveau pouvoir angolais a limogé, en janvier, le fils dos Santos avant de le mettre en examen deux mois plus tard pour « fraude, détournement de fonds, trafic d’influence, blanchiment d’argent et association criminelle » suite à la découverte d’un transfert douteux de 500 millions de dollars de la Banque centrale vers un compte à Londres.
Un moment charnière
Depuis le 24 septembre, ces deux dandys de la finance angolaise, soupçonnés d’être les cerveaux d’un détournement de fonds pouvant s’élever à 1,5 milliard de dollars, se trouvent en détention provisoire, dans la prison de Viana, réputée pour ses conditions désastreuses. Dans un communiqué diffusé le 1er octobre, Quantum Global dénonce la « détention illégale » de son fondateur et le recours à « l’intimidation, à la coercition et à la violation de droits humains » pour contraindre M. Bastos de Morais « à renoncer à ses droits et à céder tous les actifs et les fonds sous la gestion du groupe ». Pas de quoi susciter de l’indignation ou de l’émotion pour l’instant.

        Lire aussi :
         

                En Angola, le fils de l’ex-président Dos Santos incarcéré pour « détournement de fonds »



L’Angola vit un moment charnière depuis l’arrivée au pouvoir de Joao Lourenço, en septembre 2017. Ce général à la retraite de 64 ans, apparatchik du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), dépèce méthodiquement le système affairiste de son prédécesseur, dont l’incarnation la plus éclatante est peut-être sa fille aînée, Isabel dos Santos. Considérée comme la femme la plus riche d’Afrique, elle a été remerciée de la présidence de Sonangol, la société pétrolière d’Etat, et se retrouve visée par des enquêtes, notamment pour détournements de fonds présumés.
« C’est impressionnant et symboliquement très fort. Mais, pour l’instant, cette purge vise uniquement les responsables du régime précédent. Or on pourra parler de véritable changement lorsque des hauts responsables du régime actuel seront visés par des enquêtes pour leur gestion de fonds publics, nuance le politologue Didier Peclard, du Global Studies Institute. Pour cet universitaire genevois, « à travers le président Lourenço, le MPLA récupère aussi des portions de pouvoir accaparé par le clan dos Santos, notamment ses enfants, qui avaient tenté une sorte d’OPA sur le parti ».
Une libéralisation de la parole
Bien que sélective pour le moment, cette croisade anti-corruption est très populaire, au point d’être saluée et encouragée par le principal parti de l’opposition. Ce qui a permis à Joao Lourenço d’asseoir son autorité. En se faisant élire en septembre à la tête du MPLA, présidé depuis trente-neuf ans par José Eduardo dos Santos, le nouveau chef de l’Etat a pu remanier à sa guise le bureau politique, en écartant les derniers fidèles de l’ancien régime.
José Eduardo dos Santos ne dispose plus de véritables leviers d’influence dans l’appareil d’Etat. Avant la présidentielle, il avait certes fait adopter une loi empêchant de changer les chefs de l’armée, l’une des plus puissantes d’Afrique, et des services de renseignement. Mais ces généraux ont été visés par des enquêtes pour corruption et remplacés. Joao Lourenço dispose désormais des pleins pouvoirs en partie hérités de son prédécesseur qui s’était taillé une Constitution sur mesure en 2010. Il est désormais le seul responsable du destin de cette puissance régionale, deuxième producteur africain de ce pétrole qui a facilité la reconstruction du pays après la guerre (1975-2002), tout en favorisant la corruption à grande échelle.

        Lire aussi :
         

                Le président angolais limoge les patrons de l’armée et des services de renseignement



L’assainissement de la vie politique et du climat des affaires est une nécessité pour Joao Lourenço qui a promis un « miracle économique » durant sa campagne et doit regagner la confiance des investisseurs, mais aussi des institutions de Bretton Woods dans un contexte de crise économique. Cette lutte contre la corruption s’accompagne d’une ouverture du pays et d’une libéralisation de la parole, dans la presse et les réseaux sociaux. Ce qui marque une rupture avec le népotisme d’autrefois. C’est un pas important, une petite révolution pensée en interne au sein du parti de Joao Lourenço. Le MPLA fait sa mue pour mieux conserver le contrôle du pays, au cœur d’une région d’Afrique encore très largement marquée par la mauvaise gouvernance.


<article-nb="2018/10/02/19-17">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ Editorial. Si Donald Trump est parvenu à imposer un nouveau texte à ses deux plus proches partenaires économiques, le Canada et le Mexique, celui-ci ne devrait toutefois pas bouleverser la nature des échanges entre les trois pays.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤                     
                                                

L’Alena est mort, vive l’Alena !

Editorial. Si Donald Trump est parvenu à imposer un nouveau texte à ses deux plus proches partenaires économiques, le Canada et le Mexique, celui-ci ne devrait toutefois pas bouleverser la nature des échanges entre les trois pays.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 11h29
   





                        



   


Editorial du « Monde ». Sitôt élu, Donald Trump avait promis de « déchirer » l’accord de libre-échange nord-américain (Alena), le « pire jamais signé ». Après des mois de menaces, de récriminations, de négociations au forceps, le président des Etats-Unis est parvenu en un temps record à imposer un nouveau texte à ses deux plus proches partenaires économiques. Le Canada est en effet rentré dans le rang en rejoignant, dimanche 30 septembre, le Mexique pour signer un accord, qui ne devrait toutefois pas bouleverser la nature des échanges entre les trois pays.
L’Alena est donc mort, vive son proche cousin, l’USMCA pour « Accord Etats-Unis-Mexique-Canada ». M. Trump prouve une fois de plus qu’il est un homme de marketing. Le changement de nom était une exigence forte de Washington, tout comme la disparition du terme « libre-échange ». Le fait que les Etats-Unis se retrouvent en tête de l’acronyme ne doit, non plus, rien au hasard. En politique, les dénominations sont souvent aussi importantes que les décisions elles-mêmes.

        Lire aussi :
         

                Commerce : Trump arrache au Canada un nouvel accord de libre-échange



Concernant le fond, l’ancien accord, qualifié par M. Trump de « désastre », n’est finalement amendé qu’à la marge, au grand soulagement des entreprises américaines et des marchés financiers, qui pensent avoir évité le pire. Les nouveautés vont sans doute écorner la compétitivité des entreprises américaines et réduire la visibilité des investisseurs, mais l’intégration des trois économies reste intacte.
Ainsi, pour être exemptée de droits de douane, une voiture devra désormais contenir 75 % de composants fabriqués en Amérique du Nord, au lieu de 62,5 % auparavant. Or, trois véhicules sur quatre répondent déjà à cette exigence. Pour le solde, une modeste taxe de 2,5 % entrera en vigueur, soit, ni plus ni moins, ce qui est appliqué dans le cadre de la clause de la nation la plus favorisée imposée par l’Organisation mondiale du commerce.
Par ailleurs, l’exemption de droits de douane ne sera accordée que si au moins 40 % à 45 % du véhicule est fabriqué par des salariés gagnant un minimum de 16 dollars de l’heure. Le fait que Ford et General Motors s’y résignent montre que l’exigence n’a rien de révolutionnaire.
Un accord politique
Certes, le Canada a été obligé de concéder une libéralisation de ses importations de lait, mais celle-ci était déjà prévue dans le cadre du traité transpacifique (TPP), que M. Trump vouait aux gémonies.
On parle également dans le nouvel accord de mécanismes destinés à empêcher les manipulations de devises pour stimuler les exportations. A quoi bon ? Aucun des trois partenaires n’a utilisé cette arme depuis la signature de l’Alena, en 1994. Enfin, le toilettage opéré sur le numérique et la propriété intellectuelle tient surtout à la nécessité de pallier l’obsolescence de l’ancien traité.
Plus qu’un changement de paradigme sur le plan du libre-échange, il faut regarder l’USMCA comme un accord politique, qui permet à M. Trump de montrer à ses électeurs qu’il tient ses promesses, fût-ce au prix d’avancées modestes sur le fond. De la même façon que le rapprochement signé avec la Corée du Nord ne garantit en rien la dénucléarisation du pays, il est bien difficile à ce stade d’affirmer que cet accord commercial va permettre la réindustrialisation des Etats-Unis.
Néanmoins, c’est une incontestable victoire politique qui intervient à un mois des élections de mi-mandat. Mais, si une majorité démocrate venait à l’emporter, elle serait en situation de donner ou non son feu vert à l’USMCA. Ne doutons pas qu’elle saura, elle aussi, faire de la politique.



                            


                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-18">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Nick Romaniuk, coordonnateur de recherche à bord de l’« Aquarius », déplore la montée de l’indifférence à l’égard des migrants perdus en mer. Il s’étonne d’être devenu un criminel, alors qu’il ne fait profession que de sauver des vies.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Pour les migrants en mer, le plus grand danger c’est la politique, les politiciens et la politique extérieure de l’UE »

Dans une tribune au « Monde », Nick Romaniuk, coordonnateur de recherche à bord de l’« Aquarius », déplore la montée de l’indifférence à l’égard des migrants perdus en mer. Il s’étonne d’être devenu un criminel, alors qu’il ne fait profession que de sauver des vies.



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 11h22
    |

Nick Romaniuk (Coordonnateur recherche et sauvetage pour SOS MEDITERRANEE à bord de l’"Aquarius")







                        



                                


                            
Tribune. Chaque été pendant les vacances, quand j’étais môme, je participais fièrement à la compétition de nage organisée pour collecter des fonds au profit du secours en mer local. Les équipages du Royal National Lifeboat Institute (l’Institut royal national des bateaux de sauvetage, une ONG créée par la société civile pour sauver des vies en mer) étaient considérés avec respect dans toute la ville et nous autres gamins les idéalisions, ces hommes et femmes au visage tanné qui n’hésitaient pas à tout laisser tomber pour partir en mer quand des vies étaient en danger. Des hommes comme Kieran Cotter qui tenait une boutique en ville et dirigeait les secours. J’admirais cet homme. Je rêvais d’être un jour admis dans son équipe.
Les gardes-côtes sont devenus les ennemis des gens qui ont besoin d’être secourus, les repoussant vers l’« enfer »
J’imaginais l’officier de veille des gardes-côtes du coin penché sur sa radio par une nuit d’orage pendant qu’un bateau en détresse lance des SOS. Le bipeur de M. Cotter se met alors à sonner. Il quitte aussitôt son appartement au-dessus de sa boutique et retourne la pancarte « Sorti pour un sauvetage » avant de fermer la porte, sans savoir s’il sera rentré à temps pour pouvoir ouvrir le lendemain matin. Le vent mugit quand il arrive au poste de sauvetage et l’écume blanchit la baie d’une rive. Ça ne fait rien, des gens sont en danger. Il doit y aller. Quand tout l’équipe est monté à bord, il démarre les moteurs, ferme les écoutilles et lance son canot vers le large. « Tenez bon, j’arrive ! » Mais tout ça n’était qu’un rêve…
Plus de vingt ans plus tard je suis SARCo (Search and Rescue Coordinator – coordonnateur recherche et sauvetage) à bord de l’Aquarius, bâteau opérant en Méditerranée centrale pour tenter de porter secours à des gens qui n’ont aucun moyen de lancer des SOS. Peu importe d’ailleurs : de toute façon personne n’écoute. Les gardes-côtes sont devenus les ennemis des gens...




                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-19">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤ Nommé il y a un an, John Flannery est débarqué et son remplaçant choisi à l’extérieur du groupe. Une première, qui montre que « le royaume GE a vécu, et qu’est venu le temps de la modestie », explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« Avec le départ de son PDG, c’est tout le système General Electric qui semble rongé par la rouille »

Nommé il y a un an, John Flannery est débarqué et son remplaçant choisi à l’extérieur du groupe. Une première, qui montre que « le royaume GE a vécu, et qu’est venu le temps de la modestie », explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde ».



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 11h19
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 16h20
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de General Electric. Tel Marcellus dans Hamlet, l’observateur un peu avisé pourrait arriver à ce constat désabusé après le débarquage surprise du tout récent patron de la plus célèbre société industrielle de la planète. Et cette pourriture ronge tous les étages de la vénérable maison de Boston.

En septembre, des défauts de qualité ont été découverts sur les ailettes d’une turbine à gaz toute neuve en fonctionnement chez Exelon, un producteur d’électricité de la région de Chicago. Les pièces se sont mises à rouiller soudainement sur cet engin supposé signer le renouveau de GE dans le domaine énergétique. Mauvais présage.
Avec le départ de John Flannery, le PDG de l’entreprise, c’est tout le système GE qui semble rongé par la rouille. Durant des décennies, la firme a incarné l’excellence managériale au service de la puissance industrielle américaine. Au premier rang de laquelle la promotion de ses PDG. Depuis 129 ans, la société a mis un point d’honneur à choisir ses leaders dans ses rangs, et à leur donner le temps nécessaire pour développer leur vision stratégique.
Jack Welch est resté 20 ans à la tête de la société, devenant à son époque le patron le plus connu et le plus respecté au monde. Puis, en 2001, il a transmis le témoin à Jeffrey Immelt, soigneusement choisi par ses soins. Ce dernier, à son tour, a lancé le choix de son successeur dès 2011. Et au terme de six ans de sélection, il a arrêté son choix sur John Flannery, un vétéran, entré en 1987 dans l’entreprise.
Investissements à contre-cycle
Et voilà que tout dérape. Un an après sa nomination, John Flannery est éjecté par le conseil d’administration et remplacé par Larry Culp, dont le principal mérite est d’avoir spectaculairement redressé un petit concurrent de GE, le groupe Danaher. Un camouflet d’autant plus cinglant que Flannery n’a ménagé ni sa peine ni son audace en un an.

Il a carrément...




                        

                        


<article-nb="2018/10/02/19-20">
<filnamedate="20181002"><AAMM="201810"><AAMMJJ="20181002"><AAMMJJHH="2018100219">
<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ A l’image d’Orban en Hongrie ou de Matteo Salvini en Italie, Marine Le Pen entend faire du scrutin européen un référendum pour ou contre l’immigration, estime, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


« La question de l’immigration est en passe de s’imposer comme l’enjeu central des européennes »

A l’image d’Orban en Hongrie ou de Matteo Salvini en Italie, Marine Le Pen entend faire du scrutin européen un référendum pour ou contre l’immigration, estime, dans sa chronique, Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde ».



LE MONDE
 |    02.10.2018 à 11h17
 • Mis à jour le
02.10.2018 à 11h30
    |

            Gérard Courtois








                        



                                


                            

Chronique. Le paysage des élections européennes de mai 2019 se dessine à vive allure depuis la rentrée. Certes, la configuration des forces en présence est encore floue. Le choix des têtes de listes et la composition de ces listes ne sont encore, au mieux, qu’à l’état d’ébauche. Les initiatives se multiplient, à gauche, à droite et ailleurs, pour se compter dans un scrutin proportionnel national propice à l’expression des singularités. De même à l’échelle européenne, les grandes manœuvres sont engagées pour tenter d’organiser le rapport des forces dans le futur Parlement européen, et il serait très prématuré d’en préjuger.
Mais le terrain sur lequel va se mener la bataille ne fait guère de doute : plus que l’avenir de l’Union européenne elle-même et de sa capacité à exister collectivement dans un monde chamboulé notamment par le protectionnisme américain ou l’émergence de la puissance chinoise, c’est la question de l’immigration qui est en passe de s’imposer comme l’enjeu central.

Partout ou presque en Europe, de la Hongrie à l’Italie, en Allemagne ou en Pologne, en Autriche, en République tchèque ou dans les pays scandinaves, des partis de droite ultraconservatrice ou d’extrême droite affichée soit ont accédé au pouvoir, soit ont le vent en poupe. Et tous ont fait du rejet de l’immigration leur cheval de bataille. Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, l’a résumé brutalement, le 28 août à Milan, lors d’une rencontre avec le ministre de l’intérieur et leader de l’extrême droite italienne, Matteo Salvini : « Il y a actuellement deux camps en Europe. Macron est à la tête des forces politiques soutenant l’immigration. De l’autre côté, il y a nous qui voulons arrêter l’immigration illégale. »
Etrange embarras
C’est pour le moins rustique. Mais cet angle d’attaque est repris à leur compte par l’extrême droite et une partie de la droite françaises. Ce n’est pas une surprise de la part du Rassemblement national,...




                        

                        

