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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Charles Aznavour apparut pour la première fois à la télévision dans l’émission culturelle « Télé-Paris ». C’était le 3 août 1955.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le chanteur s’est engagé sur le tard, mais intensément, en faveur de la reconnaissance du génocide arménien.
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Aznavour : mort d’un champion de la cause arménienne

Le chanteur s’est engagé sur le tard, mais intensément, en faveur de la reconnaissance du génocide arménien.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 16h48
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 17h28
   





                        



   


Né à Paris en 1924, Charles Aznavour, de son vrai nom Shahnourh Varenagh Aznavourian, est l’héritier d’un génocide, celui des Arméniens de l’Empire ottoman perpétré moins de dix ans avant sa naissance. Son père Micha, Arménien de Géorgie, et sa mère Knar, seule rescapée de sa famille avec son arrière-grand-mère, avaient fui les derniers des massacres en se réfugiant en France comme les milliers d’Arméniens venus de la Turquie actuelle et établis le long de la vallée du Rhône et dans la capitale.

        Lire notre portrait :
         

          Charles Aznavour, chanteur et comédien, est mort



Longtemps, cette mémoire, celle d’1,5 million de massacrés, d’une culture et de terres perdues à jamais, est restée muette dans l’œuvre du chanteur, qui finira par s’engager davantage après l’indépendance de l’Arménie soviétique en 1991. « J’ai vraiment découvert l’Arménie pour la première fois en 1963, au cours d’une tournée en URSS. Je connaissais l’histoire du génocide, mais je n’ai jamais été un militant. Je suis d’accord pour commémorer, mais défiler dans une rue, ce n’est pas mon genre », a-t-il un jour expliqué.
Hymne national révolutionnaire arménien
En 1975, pour les soixante ans du génocide arménien, il chantait Ils sont tombés, un hommage aux victimes de l’extermination : « Ils sont tombés, sans trop savoir pourquoi/Hommes, femmes et enfants qui ne voulaient que vivre. » La chanson, qui devient l’hymne de la diaspora, est écrite avec le compositeur américain Georges Garvarentz, fils du poète Kevork Garvarentz, auteur de l’hymne national révolutionnaire arménien.

« Après le choc, je me suis rendu compte que j’étais vraiment d’origine arménienne »
En décembre 1988, un terrible tremblement de terre ravage la République socialiste soviétique d’Arménie, provoquant la mort de 50 000 personnes. C’est à cette date que remonte le début réel l’engagement de Charles Aznavour pour la cause arménienne. « Jusqu’ici, je disais toujours : “Je suis français d’origine arménienne.” Après le choc, je me suis rendu compte que j’étais vraiment d’origine arménienne », confiait-il à Paris Match.
Avec le réalisateur Henri Verneuil, également d’origine arménienne, il fait appel aux artistes français pour le tournage d’un clip en soutien aux victimes. Quatre-vingt-dix chanteurs et comédiens enregistrent la chanson Pour toi Arménie, qui se vend à un million d’exemplaires.

« Héros national », citoyen arménien et ambassadeur
Avec l’indépendance de l’Arménie soviétique et la guerre qui s’ensuit contre l’Azerbaïdjan voisin, l’implication de Charles Aznavour s’affirme. Ses liens avec la petite république du Caucase où il est immensément célèbre ne cessent de s’approfondir. Il est fait citoyen arménien en 2008, quatre ans après avoir été déclaré « héros national », et devient en 2009 ambassadeur d’Arménie en Suisse, où il est établi. Nouvelle distinction, un an plus tard, Charles Aznavour devient le nouveau représentant de l’Arménie auprès de l’Organisation des nations unies.
Dans les années qui ont suivi, le célèbre chanteur restera la personnalité incontournable de tous les rendez-vous diplomatiques et culturels franco-arméniens. Tenant en 2002 le rôle principal du film Ararat, consacré à la mémoire de l’extermination des Arméniens en 1915, il devient un défenseur assidu de la reconnaissance du génocide. En 2015, il accompagne le président François Hollande à la capitale Erevan pour les commémorations du centenaire des massacres. « J’espère que ces cérémonies du centenaire vont aider le peuple turc à se réveiller et à accepter le fait historique », déclara-t-il alors à la presse.
Réagissant à la mort du chanteur, lundi 1er octobre, le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, à rendu hommage à « un fils exceptionnel du peuple arménien » :
« Il est difficile de croire qu’une personne qui a créé toute une époque, qui a créé toute une histoire, l’amour, qui a servi son peuple, une personne qui a pendant quatre-vingts ans émerveillé et réchauffé le cœur de dizaines, de centaines de millions de gens, n’est plus avec nous aujourd’hui. »
« C’est une perte énorme pour le peuple arménien, pour le peuple français. C’est une perte universelle, a poursuivi M. Pachinian. Il a créé des valeurs universelles et ces valeurs accompagneront l’humanité pendant encore des siècles », a-t-il ajouté. « C’est une nouvelle très triste pour notre pays et notre peuple. »

        Tribune de Charles Aznavour en 2015 :
         

          « Cent ans de solitude pour les Arméniens »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Charles Aznavour a joué dans plus de quatre-vingts longs-métrages, réalisés par quelques-uns des plus grands noms du cinéma français, dont François Truffaut, Claude Lelouch et Jean-Pierre Mocky.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Comme Maurice Chevalier ou Yves Montand, Charles Aznavour, mort dans la nuit de dimanche à lundi, a su mener de front ses carrières de chanteur et d’acteur. Avec, parmi la soixantaine de films qu’il a tournés, deux à l’importance particulière : « Tirez sur le pianiste » et « Ararat ».
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Charles Aznavour et le cinéma : « C’est le script qui me détermine »

Comme Maurice Chevalier ou Yves Montand, Charles Aznavour, mort dans la nuit de dimanche à lundi, a su mener de front ses carrières de chanteur et d’acteur. Avec, parmi la soixantaine de films qu’il a tournés, deux à l’importance particulière : « Tirez sur le pianiste » et « Ararat ».



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 14h32
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 16h31
    |

            Véronique Mortaigne








                        



                                


                            

On oublie souvent l’acteur, mais Charles Aznavour a derrière lui une longue carrière cinématographique au cours de laquelle il a tourné avec les plus grands : Truffaut, bien sûr, mais aussi Claude Chabrol, Jean-Pierre Mocky, Pierre Granier-Deferre, Volker Schlöndorff ou encore Atom Egoyan. Intuitif, volubile, parfois ténébreux, Aznavour sait plaire aux jeunes cinéastes autant qu’aux metteurs en scène chevronnés. Dans les années 1960, les metteurs en scène ont souvent établi des rapports étroits avec la chanson – ils ont fait chanter des comédiennes (Anna Karina chez Godard) et employé des chanteurs comme comédiens, à commencer par Charles Aznavour.
Comme avant lui Maurice Chevalier puis Yves Montand, Charles Aznavour est parvenu à mener de front, tout en les dissociant, ses carrières de chanteur et d’acteur. De la soixantaine de films qu’il a tournés, deux revêtent une signification particulière : Tirez sur le pianiste, de François Truffaut (1960), et Ararat, d’Atom Egoyan (2002). Tous deux marquent des étapes essentielles dans sa vie.

Lorsqu’il rencontre François Truffaut, Charles Aznavour n’est pas un acteur novice et il a déjà un pied dans le succès populaire en tant que chanteur, après son triomphe en 1957 à l’Alhambra puis à l’Olympia, où il passe pour la première fois en tête d’affiche. Le cinéma l’a déjà sollicité. En 1958, il a tourné Les Dragueurs, de Jean-Pierre Mocky, et La Tête contre les murs (1959), de Georges Franju, pour lequel il a reçu le prix d’interprétation de l’Académie du cinéma français.
« Un film qui me colle à la peau »
« C’est le script qui me détermine. Comme disait Jean Gabin, dans un film il y a trois choses importantes, l’histoire, l’histoire et l’histoire. Avec certains réalisateurs, j’ai noué des liens d’amitié. Avec Truffaut, par exemple. La première fois qu’il est venu me voir, nous ne nous sommes presque rien dit. Il était timide, moi aussi. C’était un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Comme le « cri de Wilhem », le « Diddy Laugh » est devenu l’un des effets sonores les plus utilisés par l’industrie audiovisuelle.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le comédien revient avec « Nos batailles », en salle le 3 octobre, film intimiste et engagé pour lequel il a improvisé ses dialogues. A 44 ans, il tiendra aussi cet hiver le rôle de Vernon Subutex dans la série adaptée de la trilogie de Virginie Despentes.
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Romain Duris, incarnation de son époque


                      Le comédien revient avec « Nos batailles », en salle le 3 octobre, film intimiste et engagé pour lequel il a improvisé ses dialogues. A 44 ans, il tiendra aussi cet hiver le rôle de Vernon Subutex dans la série adaptée de la trilogie de Virginie Despentes.



LE MONDE
 |    28.09.2018 à 14h09
 • Mis à jour le
30.09.2018 à 06h39
    |

                            Maroussia Dubreuil








                              

                        

« Fuck la caméra ! Pour la première fois, j’avais envie de jouer en profil perdu. Ce n’est pas une vérité meilleure que les autres, mais c’est une façon de faire qui va bien au cinéma. »
Voilà comment Romain Duris a tourné Nos batailles, chronique ouvrière et intimiste du réalisateur franco-belge Guillaume Senez. Présenté à la Semaine de la critique, lors de la dernière édition du Festival de Cannes, le film dresse de fait le portrait fuyant d’Olivier, contremaître dans un entrepôt de marchandises, obsédé par le bonheur de ses troupes, et père de famille fragilisé par le départ soudain de sa femme.
« Lors des filages, Chéreau était capable de relever un ou deux mots que je n’avais pas assez incarnés. Il m’a aussi appris à habiter les silences. »
Dans le rôle du type ordinaire, ni sombre, ni séducteur, ni mirliflore, ni aventurier, l’acteur semble se détourner de la bohème insouciante qu’il a longtemps incarnée au cinéma depuis ses débuts, en 1994, dans Le Péril jeune, de Cédric Klapisch, et de ses compositions récentes plus léchées, chez Serge Bozon (en proviseur à mèche, dans Madame Hyde) ou chez Erick Zonca (en professeur de français à épi, dans Fleuve noir). « Deux films qui nécessitaient une manière très précise de dire son texte », se souvient-il.
Longues séquences improvisées
Sur le plateau de Nos batailles, au contraire, Romain Duris navigue à vue. Le réalisateur a choisi de donner aux acteurs un scénario sans dialogues. « Je ne dirige pas les comédiens, je les accompagne, indique le cinéaste. Quand j’ai parlé de ma méthode à Romain, il était très excité de travailler sans filet. »
Une prise de risque pour le comédien façonné par Klapisch – qui « écrit même les onomatopées dans les scénarios » – et marqué par sa collaboration avec Patrice Chéreau, au cinéma, dans Persécution en 2009, comme au théâtre, un an plus tard.
« Il...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le leader de la vidéo à la demande par abonnement donne quelques gages, en annonçant aussi sept nouvelles séries et films en France.
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Netflix ouvre un bureau à Paris, un geste symbolique

Le leader de la vidéo à la demande par abonnement donne quelques gages, en annonçant aussi sept nouvelles séries et films en France.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 21h00
 • Mis à jour le
28.09.2018 à 06h39
    |

            Alexandre Piquard








                        



   


Netflix aura un bureau en France d’une vingtaine de personnes à partir de 2019, a annoncé Reed Hastings, son PDG, jeudi 27 septembre. Avec cette présence, l’entreprise américaine cherche à donner des gages à un marché à l’importance croissante : on ne pourra plus dire que le leader de la vidéo en ligne par abonnement dans le monde – et en France – n’a pas un seul employé dans l’Hexagone. « En tant qu’entreprise, nous essayons de grandir et de devenir de meilleurs citoyens européens et français », a assuré le fondateur de la plate-forme née en Californie. Avec ce signe de bonne volonté, Netflix montre ses ambitions en France, où le service fête son troisième anniversaire, bien que, sur le fond, ses concessions soient limitées.
L’installation du bureau français est symbolique : tout le secteur se rappelle que Netflix, lors de son arrivée fin 2015, avait déjà ouvert une toute petite antenne, constituée de deux ou trois employés chargés du marketing et des relations presse. Mais ce bureau avait rapidement été fermé et tous les salariés français rassemblés au siège européen à Amsterdam : ce retrait, symbolique du refus d’intégrer le système de réglementation audiovisuelle français, n’avait fait que renforcer l’hostilité du milieu audiovisuel et politique hexagonal.
Sept nouvelles œuvres, films et séries
Le nouveau bureau parisien sera le quatrième site de Netflix en Europe : après le siège d’Amsterdam (200 personnes environ), le bureau de Londres (60 personnes environ) et le site de production, avec studios, récemment installé en Espagne après le succès de la série Casa de Papel. Comme à Londres, l’équipe parisienne accueillera des profils marketing et presse, mais aussi des responsables de production. Certains seront rapatriés d’Amsterdam, d’autres recrutés.
Les employés seront notamment chargés de superviser les sept nouvelles œuvres, séries et films. Parmi elles, Banlieusards, un film écrit par le rappeur Kery James, ou une série adaptée du livre Vampires, de Thierry Jonquet. Celles-ci s’ajoutent aux trois films et quatre séries déjà en cours de production, dont Arsène Lupin, avec Omar Sy, The Eddy, de Damien Chazelle, le réalisateur de La La Land ou Osmosis, une série sur une start-up qui propose de trouver l’âme sœur grâce à un implant cérébral.
« Je sais que vous voulez me mener la vie dure avec Marseille, a plaisanté Reed Hastings, en référence à l’échec relatif de la première série produite par Netflix en France et où jouait notamment Gérard Depardieu. Mais Netflix investit et veut être, en France, un endroit où les créateurs savent qu’ils peuvent produire des œuvres originales. »
Objectif de plus de 50 % de foyers abonnés
La réalité de la contribution économique volontaire de Netflix à la création française est pour l’heure limitée, par rapport à celle des plus grandes chaînes. Le service produit environ sept œuvres par an, soit « plusieurs dizaines de millions d’euros », selon Reed Hastings. Mais il vise à terme un rythme de dix à douze films et séries annuels. Et produit plus d’audiovisuel local qu’Amazon ou Disney, qui ambitionne de lancer sa plate-forme concurrente de Netflix.
Les messages avenants de M. Hastings reflètent aussi le succès du service en France, un marché qui « croît très bien » pour Netflix, fort de 70 millions d’abonnés hors des Etats-Unis, soit désormais plus de 50 % du total. S’il ne divulgue jamais de chiffres par pays, le dirigeant américain assure que l’estimation de 3,5 millions d’abonnés français est « plutôt juste ». Leader incontesté de la vidéo à la demande par abonnement, Netflix espère atteindre en France plus de 50 % de foyers abonnés, comme aux Etats-Unis, « et même au-delà ».
Netflix lâche aussi du lest en réponse à diverses pressions politiques. « Nous cherchons à éviter les problèmes rencontrés par certaines autres entreprises à forte croissance », a reconnu M. Hastings, dans une allusion à peine voilée aux initiatives de l’Union et des Etats européens pour réguler Google, Facebook, Amazon et les grandes plates-formes Internet. « Nous, nous investissons en contenu, pas en technologie », a-t-il précisé.
Signe des temps : en plus de la taxe sur la valeur ajoutée, Netflix a commencé à payer « la semaine dernière » une taxe de 2 % de son chiffre d’affaires négociée avec le Centre national du cinéma (CNC). Et le service fera les « efforts » nécessaires pour atteindre bientôt 30 % d’œuvres européennes dans son catalogue, comme va l’y obliger la directive sur les services audiovisuels, en cours de révision.
Mais sur certains points plus structurants, Netflix ne semble pas pressé de prendre les devants pour évoluer : malgré des contacts avec le Festival de Cannes, il ne souhaite toujours pas faire sortir ses films en salles en France, « car cela ferait attendre nos abonnés trente-six mois pour les voir, en vertu de la réglementation actuelle ». Quant aux fortes obligations de financement de la création locale que les pays membres de l’Union européenne pourraient imposer aux plates-formes grâce à la nouvelle directive, le service américain semble disposé à attendre de voir le résultat de la transposition en droit français, qui devrait prendre un certain temps. D’ici là, il aura encore gagné des abonnés en France.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Le dernier film d’animation de Disney met en scène des princesses déjà apparues dans ses précédents longs-métrages… et éclaircit au passage la peau de deux d’entre elles, Pocahontas et Tiana.
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Accusé d’avoir « blanchi » des héroïnes, Disney refait la bande-annonce de « Ralph 2.0 »

Le dernier film d’animation de Disney met en scène des princesses déjà apparues dans ses précédents longs-métrages… et éclaircit au passage la peau de deux d’entre elles, Pocahontas et Tiana.



LE MONDE
 |    27.09.2018 à 20h38
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 20h55
   





                        


Tout est bien qui finit bien. Un mois après le tollé suscité par la publication des premières images de son dernier film d’animation Ralph 2.0, Disney a corrigé le tir : la firme américaine a, en effet, dévoilé, jeudi 27 septembre, une nouvelle bande-annonce pour cette suite des Mondes de Ralph, qui sortira dans les salles françaises en janvier. Et, cette fois, Pocahontas et Tiana sont présentées avec leurs traits d’origine, amérindien pour l’une et afro descendante pour l’autre.



« Colorisme »
A l’origine de la colère des internautes, une image de promotion relayée, au cœur de l’été, par Entertainment Weekly sur les réseaux sociaux. On y voit les célèbres princesses des films Disney, toutes rassemblées autour de la dernière venue, Vanellope von Schweetz, héroïne des Mondes de Ralph.

        Voir cette publication sur Instagram            Une publication partagée par Entertainment Weekly (@entertainmentweekly) le 10 Août 2018 à 6 :25 PDT


Mais ce qui a attiré l’attention des internautes, ce sont deux princesses Disney plus anciennes, Pocahontas, dont le film homonyme est sorti en 1995, et Tiana, héroïne de La Princesse et la Grenouille, sorti en 2009.
Toutes deux comptent parmi les rares protagonistes non blanches chez Disney. Mais, sur cette image, leur peau a été éclaircie et leur nez rétréci, les rapprochant d’une apparence physique caucasienne.

NON JSUIS PAS D’ACCORD AVEC POCAHONTAS Pq elle est aussi claire de peau ?? Elle a les traits caucasiens on dirait e… https://t.co/gelY6XNTkb— Queen_Bxxch (@Crazy Broke Grunge Nigga)


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Je vois la moitié de ma TL s'extasier sur les images, ok les tenues sonnt sympas, mais y'a quand même un sacré synd… https://t.co/YSzfxy5MaL— Phartonium (@Phartonium: Definitive Edition™)


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Ce que dénoncent les internautes, c’est cette pratique, appelée « colorisme ». Elle consiste à préférer les peaux claires aux peaux foncées, attribuant aux premières des valeurs positives (beauté, statut social élevé, etc.) et aux secondes leur pendant négatif. Poussé à l’extrême, le « colorisme » devient white washing : les personnages non blancs sont alors vraiment remplacés par des personnages blancs.
Un symbole pour toutes les femmes noires
Une pétition a d’ailleurs été lancée fin août par Color of Change, une association américaine qui promeut les droits civils des afro descendants, afin de critiquer le « white washing permanent de Disney, qui envoie aux enfants et aux adultes le message selon lequel les traits caucasiens sont considérés comme plus acceptables ». Pour l’association, l’éclaircissement de la peau de Tiana est d’autant plus problématique qu’elle est un symbole pour toutes les femmes afro descendantes, expliquait-elle dans un tweet :
« La création de la princesse Tiana, la première princesse Disney noire, a marqué un moment décisif dans la manière dont les femmes noires et des filles noires sont représentées dans les médias, en particulier dans les films d’animation. »

The creation of Princess Tiana, @Disney's first Black princess marked a defining moment for how Black women and girls are presented in media, specifically in animated movies. We're glad @DisneyAnimation has committed to restoring Tiana to her original form to ensure authenticity. pic.twitter.com/O4LpuiQZSs— ColorOfChange.org (@ColorOfChange) 20 septembre 2018


Message reçu pour la firme de Mickey, qui a discuté avec Color of Change et opéré des changements – visibles dans le tweet ci-dessus – pour rendre leur apparence initiale à ces deux princesses. « C’est une victoire pour les filles noires qui admirent la princesse Tiana », s’est émue l’association sur Twitter.
Des précédents
Ce n’est pas la première fois que Disney est accusé de ne pas être attentif à la représentativité des personnes non blanches.
En janvier, la firme américaine lançait un casting pour trouver les rôles principaux de son « live action » – une captation en prises de vue réelles – d’Aladdin. Elle avait alors expliqué souhaiter trouver des acteurs originaires du Moyen-Orient ou d’Inde. Sauf qu’on avait alors appris, dans The Times, que des dizaines de figurants blancs avaient été maquillés afin de « brunir » leur peau. Disney s’était justifié en disant qu’ils n’avaient pas trouvé assez de cascadeurs, de danseurs et de chameliers au sein de la communauté moyen-orientale et indienne. La pratique a été assimilée à une « black face », héritée de la culture esclavagiste, qui consistait pour les personnes blanches à se grimer en personnes noires afin de les moquer.






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ L’interdiction du film de Wanuri Kahiu, qui dépeint une histoire d’amour entre deux adolescentes, a été levée pour lui permettre de concourir aux Oscars.
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Reportage

La jeunesse de Nairobi se presse dans les cinémas pour profiter de ses sept jours de « Rafiki »

L’interdiction du film de Wanuri Kahiu, qui dépeint une histoire d’amour entre deux adolescentes, a été levée pour lui permettre de concourir aux Oscars.

Par                                            Marion Douet (Nairobi, correspondance)




LE MONDE
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        Le 27.09.2018 à 17h39

     •
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        Mis à jour le 27.09.2018 à 20h00






    
Dans le hall du Prestige Plaza, l’un des cinq cinémas au Kenya à diffuser le film « Rafiki » de Wanuri Kahiu, dont la censure a été levée entre le 23 et le 29 septembre 2018.
Crédits : SIMON MAINA / AFP


Les bandes-annonces de superproductions américaines se succèdent. Puis, au bout d’une vingtaine de minutes, un avertissement du Comité kényan de classification des films (KFCB) rappelle que le long-métrage qui va être projeté est réservé aux plus de 18 ans en raison de « scènes potentiellement choquantes ». Les huées qui s’ensuivent en disent long sur l’état d’esprit du public. Enfin commence le générique de Rafiki, salué par un tonnerre d’applaudissements. Tous les jeunes gens présents ont dû prouver leur âge avant de s’installer dans les confortables sièges du Prestige Plaza, l’un des cinq cinémas au Kenya à diffuser le film de Wanuri Kahiu.
« Nous sommes là pour soutenir le film. Il fallait absolument venir le voir parce que c’est un long-métrage kényan et qu’il n’y en a pas souvent dans les cinémas ici », expliquait quelques minutes auparavant Lenana Kariba, un acteur de 30 ans au look soigné. « C’était tellement frustrant qu’il soit visible à l’extérieur du pays et pas ici », renchérit son amie Joyce Maina, 27 ans, tee-shirt blanc, jean slim et lunettes à reflets.
Chronique d’une génération
Les deux jeunes gens sont à l’image de ceux qui se pressent cette semaine au Prestige Plaza, un cinéma coincé entre des quartiers aisés de la capitale et le bidonville de Kibera. La plupart des dix-sept séances prévues affichent complet. Un paquet de pop-corn ou un café frappé à la main, les spectateurs qui entrent dans la salle rappellent les personnages de Rafiki (« ami » en swahili). Au-delà d’une histoire d’amour entre deux jeunes filles, le film fait la chronique de cette génération de la classe moyenne qui a grandi, un smartphone à la main, dans une métropole où se côtoient en permanence modernité et pauvreté.
« Autour de moi, il y a énormément de spéculation sur ce film. On en parle beaucoup sur Instagram, trépigne Jane June, 23 ans, diplômée en marketing. Ce n’est pas que j’encourage le lesbianisme mais je garde l’esprit ouvert. Nous sommes des adultes, nous pouvons faire la part des choses. Mais le Kenya a encore un long chemin à faire à ce sujet. »

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                « Rafiki » : sens interdits à Nairobi



En avril, quelques semaines après l’annonce de sa sélection au Festival de Cannes, Rafiki s’était vu refuser l’autorisation d’être projeté dans les cinémas de son pays. Le KFCB, organisme gouvernemental, lui reprochait « son but évident de promouvoir le lesbianisme au Kenya, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple ». 
Le pays est très conservateur au sujet de l’homosexualité, qui reste un crime en vertu de lois héritées de l’époque coloniale. Mais c’est en s’appuyant sur la Constitution, qui garantit les libertés fondamentales, que la réalisatrice Wanuri Kahiu a saisi la justice. Le tribunal a décidé d’autoriser temporairement la diffusion du film entre le 23 et le 29 septembre. Les dates comme la durée de cette levée d’interdiction n’ont rien d’anodin : être projeté durant sept jours dans son pays d’origine avant le 30 septembre 2018 permet à Rafiki de présenter sa candidature aux Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère.



Le tribunal, a dit la juge Wilfrida Okwany, « ne doit pas déterminer si l’homosexualité est bonne ou mauvaise, si elle est morale ou immorale, mais bien si un artiste ou un réalisateur a le droit, en exerçant son droit à la liberté d’expression et à la créativité artistique, de réaliser un film au thème homosexuel ». Le KFCB n’a eu d’autre choix que d’en prendre acte.
« Vivre cachés »
Dans le film, Kena et Ziki vivent une histoire d’amour défendue, cachée, le plus souvent sous-entendue par une caméra très pudique. Lorsque leur relation est découverte, les deux jeunes filles sont lynchées par de vieilles connaissances de leur quartier.
Après la séance, Lenana et Joyce sont conquis par le scénario, mais aussi par ce que le long-métrage montre de leur société. « Nous savons qu’il y a de l’homophobie dans ce pays, mais avec ce film tout le monde peut le voir. » Susan Timon, rencontrée avant la projection, adhère pleinement. Et pour cause. « C’était littéralement ma vie projetée à l’écran, confie-t-elle, plusieurs heures après, par téléphone, évoquant pour la première fois son homosexualité. J’ai été ostracisée, frappée. Un jour, devant des toilettes publiques, j’ai été presque entièrement déshabillée. J’étais entrée chez les femmes et, comme je suis androgyne, ils ont voulu vérifier que j’en étais bien une. » 

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                Wanuri Kahiu : « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »



Comme tous les jeunes venus voir le film, elle déplore que les homosexuels doivent « vivre cachés » au Kenya. La communauté LGBT n’a d’ailleurs pas organisé d’événement public à l’occasion de la diffusion du film. En revanche, l’association NGLHRC (Commission pour les droits humains des gays et lesbiennes) a organisé à destination des membres de la communauté des séances gratuites – pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de payer un billet de cinéma (550 shillings, soit 4,65 euros) – et, surtout, privées. Le lieu de projection est tenu secret.





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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée se retrouvent dans le troisième épisode de l’histoire d’amour débutée en 1966 par le cinéaste français.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤                     
                                                

Claude Lelouch tourne la suite d’« Un homme et une femme » à Deauville

Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée se retrouvent dans le troisième épisode de l’histoire d’amour débutée en 1966 par le cinéaste français.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 20h38
 • Mis à jour le
27.09.2018 à 07h20
   





                        



   


Le cinéaste Claude Lelouch tourne une nouvelle suite de son légendaire Un homme et une femme, avec les mêmes acteurs que le film de 1966, a annoncé, mercredi 26 septembre, sa société de production, Films 13.
« Claude Lelouch tourne effectivement la suite d’Un homme et une femme à Deauville, là où le premier film a été réalisé en 1966. Les mêmes acteurs reprennent leurs rôles. Le scénario est secret. Ce sera une surprise. La date de sortie n’est pas encore fixée », dit la société de production du réalisateur, confirmant des informations révélées par Ouest-France.
« Claude Lelouch m’en avait parlé en amont. Je me disais : “Il faut que ce soit dans la ligne du mythe. C’est un film qui a beaucoup compté et compte encore dans l’image de Deauville.” Il m’a dit que le scénario était bien dans la ligne », a déclaré Philippe Augier, maire de Deauville, « ravi » d’accueillir le tournage, qui « a commencé cette semaine et dure la semaine prochaine encore. Les gens pourront voir les scènes tournées en extérieur ».
« Un hommage à la vie »
En 1986, Claude Lelouch avait déjà réalisé une première suite, « Un homme et une femme : vingt ans déjà », réunissant à nouveau ses acteurs fétiches.
Le film de 1966 à la célèbre ritournelle « chabadabada, chabadabada… », récit d’un amour passionné, avec Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée, obtint une Palme d’or à Cannes et deux Oscars, celui du meilleur film étranger et celui du meilleur scénario.
Jean-Louis Trintignant avait pourtant annoncé en juillet, dans un entretien à Nice-Matin, qu’il arrêtait le cinéma. L’acteur de 87 ans souffre d’un cancer de la prostate. « J’ai peur de ne pas y arriver physiquement », avait-il déclaré, interrogé sur son refus de tourner dans un film de Bruno Dumont.
« Dans ce film, je voulais raconter que la vie est plus forte que la mort, disait Claude Lelouch en janvier 2017 à propos d’ Un homme et une femme. C’est un hommage à la vie. C’est un film d’amour qui explique qu’on a toujours une seconde chance. »
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        1966, écran total"
            data-slide-description="Qui l’eût cru ? Claude Lelouch est arrivé à Cannes sur la pointe des pieds, plombé par le bide de ses derniers films et sélectionné in extremis pour « Un homme et une femme », auquel personne ne croit. Pourtant, le voilà bel et bien Palme d’or. Autant dire que c’est l’Amérique. Et Claude Lelouch le sait. Au Palais des festivals, il porte une cross over tie, accessoire de cou que seuls les Américains (et uniquement ceux du Grand Ouest…) ont osé, il y a bien des décennies, s’approprier. Pourtant, elle possède un avantage certain sur la concurrence : elle ne se noue pas, elle se boutonne."
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        1995, costume d’époque"
            data-slide-description="Le temps a passé, et vite. À 58 ans, Claude s’est fait une place de choix dans le paysage culturel français. Jusqu’à être reçu à Matignon par Édouard Balladur. De quoi parleront les deux hommes ? Officiellement, de cinéma. Officieusement, mais comment imaginer que le premier ministre, grand élégant de la politique française, n’évoquera pas avec Claude Lelouch la qualité de son manteau polo, inspiré par les croisés que les joueurs de polo portaient, entre les parties, le long des terrains, dans les années 1920 ? En réalité, c’est inimaginable."
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        2001, scénario catastrophe"
            data-slide-description="Trente-cinq ans après « Un homme et une femme », ce n’est plus la plage de Deauville que Lelouch arpente, c’est le désert. Concrètement, son dernier film « Une pour toutes » a fait un flop. Et le prochain « And now… Ladies and Gentlemen » fera de même. Ringard, Claude Lelouch ? Le pantalon en velours côtelé marron taille haute, retenu par une ceinture tressée de la marque Aiglon, n’aide pas vraiment à dissiper le doute."
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        2008, caméra au poing"
            data-slide-description="Miracle de la nature. Sept ans plus tard, Claude Lelouch a l’air dix ans plus jeune. Il est même de retour à Cannes, pour présenter « Treize jours en France« , un documentaire sur les JO de Grenoble, réalisé en 1968. Pour l’occasion, il a sorti son look de jeune. Plus précisément, son look de jeune serveur d’un établissement branché. Rappelons, en effet, que nul homme en chemise noire n’est à l’abri de se voir commander, à tout moment, un mojito. « Et bien chargé, s’il vous plaît ! »"
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        2017, film choral"
            data-slide-description="Neuf ans après, Claude Lelouch ne sert plus de mojito. Il s’apprête à sortir son 46e long-métrage, « Chacun sa vie », un film choral qui lui a permis de caster tout le monde : Ramzy, Bigard, Béatrice Dalle, Gérard Darmon, Stéphane De Groodt, Kendji Girac, Johnny Hallyday, Francis Huster, Jean Dujardin…Le succès est annoncé. Mais si c’est un bide, alors, Claude Lelouch pourra s’enfuir très vite, très loin. Avec son pull d’inspiration camionneur, et son car coat, spécifiquement pensé pour faciliter la conduite, il est équipé."
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1966, écran total            
Qui l’eût cru ? Claude Lelouch est arrivé à Cannes sur la pointe des pieds, plombé par le bide de ses derniers films et sélectionné in extremis pour « Un homme et une femme », auquel personne ne croit. Pourtant, le voilà bel et bien Palme d’or. Autant dire que c’est l’Amérique. Et Claude Lelouch le sait. Au Palais des festivals, il porte une cross over tie, accessoire de cou que seuls les Américains (et uniquement ceux du Grand Ouest…) ont osé, il y a bien des décennies, s’approprier. Pourtant, elle possède un avantage certain sur la concurrence : elle ne se noue pas, elle se boutonne.

JP Bonnotte/Gamma -Rapho/Getty Images
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le cinéaste Pierre Schoeller redonne vie aux événements advenus entre 1789 et 1793.
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« Un peuple et son roi » : la Révolution comme un torrent de paroles et de sang

Le cinéaste Pierre Schoeller redonne vie aux événements advenus entre 1789 et 1793.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h53
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 17h49
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                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
On peut s’amuser, sur un moteur de recherche, à associer n’importe quel produit ou événement – surgelés, migraine, revêtement de sol, mariage princier – au terme « révolution ». On constatera que cette idée s’est dissoute en une infinité de changements cosmétiques et d’évolutions dérisoires. Dans le même temps, la possibilité de changer délibérément le monde est devenue presque inconcevable.

        Lire le dialogue entre Pierre Schoeller et l’historien Patrick Garcia :
         

          « Dans “Un peuple et son roi”, on échappe à l’image d’Epinal »



L’ambition de Pierre Schoeller – sans doute la plus haute et la plus folle qu’ait ­connue le cinéma français ces dernières ­années – est de redonner vie et sens à la ­révolution, de ­mettre en scène la mort d’un monde et la naissance d’un autre, ce qui est advenu en France entre le 9 avril 1789, jeudi saint, un mois avant la réunion des Etats généraux, et le 21 janvier 1793, date de l’exécution de Louis XVI – du jour où le roi lava pour la dernière fois les pieds des ­enfants pauvres de Paris (c’est la première séquence du film) à celui de sa décapitation.

        Lire le reportage sur le tournage du film :
         

          L’été révolutionnaire de Pierre Schoeller



En deux heures (c’est bien peu), le réalisateur de L’Exercice de l’Etat (2011) concentre les images, les discours, les figures et les­ ­conflits avec une acuité intellectuelle et une énergie qui emportent tout, même la ­gaucherie de certains tours du récit. Allant et venant des galetas du faubourg Saint-Antoine à ­Versailles, des Tuileries ensanglantées à la salle du Manège de l’Assemblée ­nationale, Un peuple et son roi précipite les éléments de la France de 1789 dans le creuset de la révolution et analyse l’alliage nouveau qui en sort. Autant qu’un spectacle guidé par un souci de fidélité aux sources, le film de Schoeller est un essai voué à réveiller la ­réflexion sur l’idée de révolution, sur son ­actualité. Il en restera aussi bien l’image de ce cheval errant dans la cour des Tuileries au lendemain de l’assaut donné par le peuple contre les Suisses que le désir de poursuivre, par la lecture ou le débat, la conversation ­impulsée à l’écran.
Le feu et la lumière
Après que le grand et gauche souverain ­(Laurent Lafitte) a donc lavé les pieds des enfants pauvres, ce rite qui rappelle plus la nature divine du monarque que la charité de la maison de Bourbon, le récit se déplace dans l’atelier de l’Oncle (Olivier Gourmet), maître verrier, à l’ombre des tours de la ­Bastille. La forteresse vient d’être prise, l’artisan est sceptique quant à la portée de cet ­accomplissement. Autour de lui, il y a sa compagne Solange (Noémie Lvovsky) et les autres femmes de l’immeuble (Adèle Haenel, Céline Sallette, Izïa Higelin). Passent aussi des figures historiques méconnues : les figures révolutionnaires Lazowski (Andrzej Chyra) et Pauline Léon (Julia Artamonov), quipoussent le feu des discussions ­devant le four du verrier.
Au long de cette première partie, Schoeller joue avec le feu et la lumière. La plasticité du verre en fusion devient celle d’une éruption solaire, la pénombre qui règne dans le faubourg est frappée par la lumière lorsque la démolition de la Bastille laisse enfin passer le soleil. Le contrepoint sonore de ces lumières passées de l’état d’idées à celui de réalité, ce sont les effusions chantées, les comptines satiriques ou les refrains vengeurs.
Dans le personnel parlementaire, Pierre Schoeller précipite des figures oubliées à la tribune : on entendra plus Barnave que Danton
Une ellipse amène à 1791, année baptisée « le temps des trahisons » : celle du roi, qui fuit jusqu’à Varennes, celle du gouvernement constitutionnel qui fait tirer sur les ­manifestants du Champ-de-Mars. Un peuple et son roi trouve alors son rythme, une ­perpétuelle accélération, faite de ­contretemps et d’avancées imprévues qui portent les acteurs de l’histoire bien plus loin que la plupart d’entre eux ne l’avaient ­calculé. Les gens du faubourg Saint-Antoine qui discouraient dans l’atelier du verrier ­interviennent à l’Assemblée nationale, puis à la Convention. Ils débattent dans les clubs, prennent les armes.
Dans le personnel parlementaire, Pierre Schoeller précipite des figures oubliées à la tribune : on entendra plus Barnave que ­Danton. Egalement scénariste, le réalisateur a choisi ses intervenants en fonction de leurs discours, conservés dans les archives parlementaires. L’exactitude des propos ­répond à celle des costumes, des décors. Il ne s’agit pas de reconstituer exactement ­l’époque pour le plaisir d’un voyage dans le temps, plutôt de stimuler la pensée en ­supprimant les obstacles que constitueraient les approximations, les erreurs.
Sortie de l’enfance d’une nation
Il ne faut pas non plus égarer le spectateur dans la foule des figures étonnantes qui ont surgi dans les assemblées successives et dans les clubs. Schoeller place Robespierre dans l’œil de la tourmente. On ne s’attendait pas à ce Louis Garrel, dont la renommée repose sur le charme, s’enveloppant de ­l’impassibilité glaciale de l’incorruptible. Il le fait avec juste ce qu’il faut d’inquiétude, ­pendant que Denis Lavant, en Marat roué et idéaliste, ne semble jamais douter.
Dans cette marche forcée vers la république, le thème de la lumière fait place à celui de l’incertitude des sens. L’Oncle est frappé de cécité, Basile (Gaspard Ulliel), un vagabond proscrit qui a rejoint le groupe du ­faubourg, est assourdi par un coup de fusil pendant la prise des Tuileries.
Il faudrait plus de cinq sens pour appréhender l’entièreté de ce qui se passe : le désir de liberté, d’autonomie, l’inéluctabilité de la violence, bientôt celle de l’élimination du souverain. Quand on arrive sur la place de la Concorde, ce matin d’hiver, on prend la mesure de ce qu’on vient de voir, on ­comprend ce titre un peu déconcertant : Un peuple et son roi. Ce n’est qu’un premier ­chapitre, celui de l’apprentissage de l’idée de république, de la sortie de l’enfance d’une nation. Le second chapitre, que l’on espère, serait celui des premiers pas de ce nouveau régime, violents, tragiques, féconds.

Film français de Pierre Schoeller. Avec Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Noémie Lvovsky, Gaspard Ulliel, Céline Sallette, Louis Garrel, Laurent Lafitte (2 h 01). Sur le Web : www.facebook.com/STUDIOCANAL.FRANCE et salles.studiocanal.fr

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 26 septembre)
I Feel Good, film français de Benoît Delépine et Gustave Kervern (à ne pas manquer)Un peuple et son roi, film français de Pierre Schoeller (à ne pas manquer)Libre, documentaire français de Michel Toesca (à voir)Rafiki, film français et kényan de Wanuri Kahiu (à voir)Le vent tourne, film belge, français et suisse de Bettina Oberli (à voir)Bergman, une année dans une vie, documentaire suédois de Jane Magnusson (pourquoi pas)L’Ombre d’Emily, film américain de Paul Feig (pourquoi pas)La Prophétie de l’horloge, film américain d’Eli Roth (pourquoi pas)The Little Stranger, film britannique de Lenny Abrahamson (pourquoi pas)Donbass, film ukrainien de Sergei Loznitsa (on peut éviter)Hostile, film français de Mathieu Turi (on peut éviter)
A l’affiche également :
Journal d’un disparu, film français d’Emmanuel Ostrovski et Jospeh Rottner





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Dialogue entre le réalisateur Pierre Schoeller et l’historien Patrick Garcia, auteur d’une thèse sur le bicentenaire de la Révolution.
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« Dans “Un peuple et son roi”, on échappe à l’image d’Epinal »

Dialogue entre le réalisateur Pierre Schoeller et l’historien Patrick Garcia, auteur d’une thèse sur le bicentenaire de la Révolution.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h53
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            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Pierre Schoeller, cinéaste, et Patrick Garcia, historien, dialoguent autour d’Un peuple et son roi. Le premier, avant de s’attaquer à la Révolution française, avait déjà signé deux remarquables longs-métrages, Versailles en 2008 et L’Exercice de l’Etat en 2011. Le second, enseignant à l’université de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) et chercheur à l’Institut d’histoire du temps présent, est spécialisé dans l’épistémologie de l’histoire et l’auteur d’une thèse consacrée au bicentenaire de la Révolution.

Quel désir, quelle idée vous ont conduit à vous attaquer à ce mythe de l’histoire nationale qu’est la Révolution française ?
Pierre Schoeller : La Révolution me semble être l’événement fondateur d’une question qui travaille déjà mes autres films : notre rapport à la citoyenneté et à la politique aujourd’hui. Je me dis que la photographie est née quarante ans après la Révolution. Qu’il s’en est fallu de peu, donc, pour que le cinéma ne filme l’événement. Cela me le rend soudain plus accessible. Mais j’étais ignare. Je ne connaissais à peu près rien, il y a sept ans, de ce qui se trouve dans le film aujourd’hui. Mon idée première, dans les limbes, c’est : « Allons à la Terreur », parce que nous sommes issus de ça.
En même temps je me méfie de moi-même. Comme Flaubert, j’essaie de me déprendre. Et je lis, je lis Michelet, Hazan, Furet, toutes les chapelles, et je plonge dans les sources de données de la BNF [Bibliothèque nationale de France]. Et puis je travaille avec des historiens dont la sensibilité me semble aller vers le film, comme Arlette Farge par exemple, qui n’est pas une historienne de la Révolution, mais du temps d’avant. C’est une spécialiste de la micro-histoire, des émotions, des sensations. Son apport a donc été très précieux pour moi. Mon souci n’a pas été de trancher dans le débat entre historiens. C’était de faire un film sur les émotions politiques,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Le film de Wanuri Kahiu, autour de l’idylle de deux jeunes femmes, a été censuré au Kenya, où l’homosexualité est interdite.
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« Rafiki » : sens interdits à Nairobi

Le film de Wanuri Kahiu, autour de l’idylle de deux jeunes femmes, a été censuré au Kenya, où l’homosexualité est interdite.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h51
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26.09.2018 à 10h47
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                            Thomas Sotinel








                        



L’avis du « Monde » – à voir
L’interdiction totale de Rafiki par la commission de censure kényane est un prix, dans les deux sens du terme. Le tarif insupportable imposé par les institutions (qui ont finalement autorisé une diffusion locale du 23 au 30 septembre afin de permettre au film de concourir pour les Oscars) à la cinéaste Wanuri Kahiu pour avoir osé mettre en scène une idylle adolescente entre deux jeunes femmes ; une distinction aussi, qui montre que Rafiki n’est pas seulement – comme certains l’écrivaient au moment de la présentation du film à Cannes dans la section Un certain regard – un produit destiné au circuit des festivals, mais aussi une œuvre insupportable pour les tenants de l’ordre établi, qui, si elle était vue par celles et ceux à qui elle est destinée, pourrait infléchir le débat.

        Lire le compte-rendu :
         

          La justice lève pour sept jours l’interdiction au Kenya du film « Rafiki »



La violence pesante de la réaction était prévisible. Elle est aussi incongrue. Rafiki (qui n’est qu’incidemment le nom du mandrill dans Le Roi Lion, mais veut avant tout dire « ami/e » en swahili), n’a rien de pesant. Sa vivacité, sa légèreté opèrent comme un antidote à l’intolérance dont sont victimes ses personnages. Son imagerie vivement coloriée propose une autre image du Kenya que l’immensité miséreuse de Kibera, le grand bidonville de Nairobi vu dans The Constant Gardener, de Fernando Meirelles (2005).

        Lire la critique de « Rafiki » (parue lors du Festival de Cannes) :
         

          La douce naissance d’un tendre amour



Kena (Samantha Mugatsia) et Ziki (Sheila Munyiva) vivent dans un autre monde que Kibera, dans de grands ensembles au pied desquels se nichent de petites boutiques, des restaurants, des terrains de sport improvisés. La première est issue de la toute petite bourgeoisie. Son père – qui vient de quitter sa mère – est boutiquier et candidat à des élections locales. Lycéenne, Kena s’apprête à passer les examens d’entrée à l’université. L’appartement dans lequel habite Ziki est plus cossu. Elle aussi est fille de candidat, et, au premier abord, on pourrait imaginer que le film sera l’histoire de l’amitié entre deux adolescentes appartenant à des clans opposés, une histoire pour teenagers qui verrait les bons sentiments de la jeunesse triompher sur les rivalités mesquines des adultes.

        Lire l’entretien avec Wanuri Kahiu :
         

          « Avec “Rafiki”, j’ai voulu raconter une belle histoire d’amour africaine »



Il faut dire que Wanuri Kahiu et son chef opérateur, Christopher Wessels, ont choisi une palette de pastels rehaussés de couleurs criardes, que le découpage fait de temps en temps place à des montages célébrant l’insouciance et le plaisir, que la bande originale fait appel à une afro pop pleine d’entrain. Ce portrait inédit d’une ville d’ordinaire présentée comme une métropole monstrueuse est à lui seul une bonne raison de voir Rafiki.
Beauté austère
Au début, seule la beauté un peu austère de Samantha Mugatsia, l’interprète de Kena, vient troubler cette euphorie. La jeune fille, qui joue au foot avec les garçons et ne leur trouve généralement pas d’autre intérêt que leur capacité à contrôler la balle, semble mue par une force sans objet. Jusqu’à l’irruption de Ziki, extravertie, qui ne masque pas ses appétits.
Leur histoire est brève, condamnée dès le départ. Leurs familles fréquentent la même église, où le pasteur consacre souvent ses sermons à la menace que fait peser l’homosexualité sur la famille et la société. Aux marges d’un groupe de jeunes, un jeune homme gay est en butte aux vexations.

Dans la marche vers l’inévitable catastrophe, l’allure du film se fait moins assurée. La réalisatrice ne parvient pas tout à fait à infléchir la tonalité de son film, les actrices – toutes deux débutantes – à donner corps à la souffrance de leurs personnages. C’est dans un épilogue empreint de tristesse et d’un espoir très mesuré que l’on trouvera la substance qui a fait un moment défaut. Rafiki prend alors une profondeur qui émeut. Qui choque aussi, probablement, puisqu’il a été interdit.



Film français et kényan de Wanuri Kahiu. Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva (1 h 27). Sur le Web : www.meteore-films.fr/distribution-films/rafiki

La censure contre « Rafiki » levée une semaine au Kenya
Alors que la commission de censure kényane avait interdit en avril toute diffusion du film Rafiki dans les salles du pays, la justice kényane a levé la censure pour sept jours, autorisant sa projection aux adultes du 23 au 30 septembre. Le film a donc été diffusé pour la première fois dans le pays dimanche 23 septembre dans un centre commercial proche du centre de Nairobi. Cette décision de la Haute Cour de Nairobi, saisie par la réalisatrice Wanuri Kahiu, a été prise afin de permettre au film de concourir pour les Oscars : ceux-ci imposent que les films présentés dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère aient été projetés pendant au moins sept jours consécutifs dans une salle de cinéma commerciale.





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le documentariste Michel Toesca a suivi l’agriculteur de la vallée de la Roya engagé auprès des migrants.
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« Libre » : le combat altruiste de Cédric Herrou

Le documentariste Michel Toesca a suivi l’agriculteur de la vallée de la Roya engagé auprès des migrants.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h50
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Applaudi au Festival de Cannes, le 17 mai, alors qu’il montait les marches en compagnie de migrants, enfariné par des militants d’extrême droite, le 17 septembre, au cinéma Le Navire, à Valence, au cours d’une avant-première du film. Ainsi va le destin contrasté de l’agriculteur Cédric Herrou, dont l’action est au cœur de Libre, documentaire signé Michel Toesca. Du moins l’intéressé n’a-t-il rien perdu de sa pugnacité ni de son humour, déclarant à nos confrères de France Bleu à la suite de l’incident : « Ce n’est pas avec de la farine que l’on va régler le problème. D’ailleurs, j’ai vu que les paquets venaient d’Argentine. Ils pourraient faire travailler les paysans français. Comme dirait ma mère, c’est pas bien de jouer avec de la nourriture ! »

        Lire le récit :
         

          Cédric Herrou, de retour à Cannes en « officiel »



On sourit, mais la situation est grave. Grave parce qu’il se trouve, aujourd’hui en France, et plus largement en Europe, des gens suffisamment haineux pour s’en prendre physiquement à un homme qui vient en aide à ses prochains. Grave parce que la situation de l’accueil des migrants sur ce continent nous adresse à tous des questions complexes, d’ordre moral et politique. Cédric Herrou, lui, a choisi de longue date. Agriculteur de la vallée de la Roya, région frontalière de l’Italie, il a décidé, avec le soutien d’habitants de la vallée, d’accueillir des réfugiés, qui, venus des camps de Vintimille, passent la frontière pour déposer une demande d’asile en France.
Lutte quotidienne
Le réalisateur Michel Toesca, qui habite lui aussi la vallée, a filmé deux années durant en amateur cette lutte quotidienne, altruiste et triviale, paradoxale aussi, pour cette raison que ses acteurs enfreignent parfois la loi pour mieux rappeler que l’Etat français l’enfreint le premier, en refoulant les candidats à l’asile qui se présentent sur son territoire et, pire encore, en faisant de la solidarité à leur endroit un délit. La simplicité du film fait donc sa force. On en connaît l’alphabet. Disponibilité et connivence avec le milieu filmé. Absence d’équipe. Débrouille. Tournage à l’épaule avec une caméra périmée. En cela aussi, le film est en cohérence avec l’objet filmé.

        Lire le compte-rendu :
         

          Vendredi, ou la vie politique sauvage de la Croisette



Les gens qu’il nous montre ne sont pas animés par un projet politique d’envergure. Ils tiennent, comme saint Augustin, qu’une loi injuste n’est pas une loi. Et ils réagissent, très simplement, à une situation inédite qui se déroule sur leur territoire, qui voit soudain des gens démunis et épuisés passer devant chez eux à la recherche d’un abri provisoire, d’une raison de vivre. A la différence des enfarineurs et des milices affiliées qui traquent fièrement les clandestins, eux ont écouté leur cœur, leur ont ouvert la porte et tentent de leur porter secours.
Cédric Herrou, barbu décontracté, est à ce titre le parfait héros du film. Surmédiatisé d’un côté, mis en taule de l’autre. Joyeux, généreux, courageux, opiniâtre. En un mot, exemplaire. Ne doutons pas que la postérité, pour sa contribution à l’intelligence et à la survie de l’humanité, se souvienne de lui plutôt que de ses adversaires.

Documentaire français de Michel Toesca (1 h 40). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/libre



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le film de la Suisse Bettina Oberli est le récit d’émancipation d’une jeune paysanne, incarnée par Mélanie Thierry.
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« Le vent tourne » : le bonheur n’est pas dans l’éolienne

Le film de la Suisse Bettina Oberli est le récit d’émancipation d’une jeune paysanne, incarnée par Mélanie Thierry.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h48
 • Mis à jour le
26.09.2018 à 13h15
    |

            Clarisse Fabre








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Petite paysanne : telle est Pauline (Mélanie Thierry), jeune éleveuse qui n’a jamais connu que la ferme, et tente de vivre de ce rude métier alors qu’un méchant virus s’abat sur ses vaches, comme un écho à Petit paysan (2017), d’Hubert Charuel. Dans les deux films, le personnage principal a une sœur médecin (ou vétérinaire) qui essaie de faire entendre la « raison médicale », avant qu’il ne soit trop tard pour le troupeau. Mais tandis que Petit paysan est un thriller, Le vent tourne, de la réalisatrice suisse Bettina Oberli, est un drame sentimental, sur fond de critique du capitalisme et d’alternative écologique. Méconnue en France, Bettina Oberli est très identifiée en Suisse où l’un de ses précédents films, Les mamies ne font pas dans la dentelle (2006), a été un grand succès.
Pauline et Alex (Pierre Deladonchamps) vivent dans le Jura et poursuivent un même idéal : vivre loin du consumérisme, le plus naturellement possible, en dehors du système. Pas de médicaments pour les bêtes, pas de comptes à rendre. Il ne manque plus que l’éolienne à leur bonheur, laquelle leur permettra de produire de l’électricité en toute autonomie. « C’est un projet, l’autonomie » : phrase prémonitoire et à double sens.
La fatigue et le doute habitent le visage de Mélanie Thierry, dont la beauté de madone est magnifiée
L’arrivée de la machine et de son installateur, Samuel l’ingénieur, incarné par le Portugais Nuno Lopes, va ébranler les certitudes de Pauline, ainsi que son couple. Autre perturbation : la présence pendant les vacances d’été d’une jeune fille à la santé fragile, Galina (Anastasia Shevtsova), venue de Tchernobyl pour reprendre des forces. On comprend vite que c’est elle qui va aider Pauline à y voir plus clair dans sa vie, et non l’inverse.
Dommage que l’on sente ainsi venir l’idylle entre Samuel et Pauline. De regards en frôlements, le montage nous conduit à n’attendre plus que « ça » : la blonde et le brun, la terrienne attachée à ses bêtes et le chef de chantier globe-trotter. Pourtant, et fort heureusement, le rôle de Mélanie Thierry est bien plus ample : la fatigue et le doute habitent le visage de l’actrice, dont la beauté de madone est magnifiée, pour ne pas dire surlignée – un simple chignon sur la nuque vaut tous les brushings de festival.
La roche se fissure
L’histoire d’amour n’est pas l’essentiel, elle est juste prétexte à réveiller Pauline. Elle ne crée pas véritablement de drame et donne lieu à une scène plutôt réussie : Alex est sans doute fou de jalousie, mais il pose une seule question à sa compagne. Et tout est dit. Pierre Deladonchamps fait évoluer son personnage avec beaucoup de sensibilité et de précision, qu’il joue l’amoureux, le malheureux, ou l’écolo radical lorsque tout part à vau-l’eau, l’éolienne, le troupeau…
Son amour repose avant tout sur l’harmonie trouvée avec cette femme qui partage, outre le dur labeur, ses valeurs. Que ces dernières viennent à vaciller et le couple ne fonctionne plus. C’est lors d’une discussion tout à fait sérieuse et politique que la roche se fissure : Alex et Samuel confrontent leurs modes de vie. Alors qu’ Alex défend ses choix alternatifs, Samuel lui rétorque : « Ton plaisir, il est où ton plaisir ? » Et la boussole de Pauline s’agite : son bonheur est-il dans le pré ?

Film belge, français et suisse de Bettina Oberli. Avec Mélanie Thierry, Pierre Deladonchamps, Nuno Lopes (1 h 27). Sur le Web : www.arpselection.com/category/tous-nos-films/drame/le-vent-tourne-464.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Le réalisateur de « Mes meilleures amies » adapte à l’écran le best-seller de Darcey Bell, « Disparue ».
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« L’Ombre d’Emily » : Paul Feig passe de la comédie au thriller

Le réalisateur de « Mes meilleures amies » adapte à l’écran le best-seller de Darcey Bell, « Disparue ».



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h46
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Habitué à la comédie (Mes meilleures amies, Les Flingueuses), le cinéaste américain Paul Feig s’essaye pour la première fois au thriller avec L’Ombre d’Emily, une adaptation du best-seller de Darcey Bell, Disparue. Stephanie Smothers, une mère de famille blogueuse (elle tient un blog vidéo de recettes de cuisine) apprend la disparition mystérieuse de sa meilleure amie Emily. Bouleversée par cet événement, Stéphanie se met à enquêter par ses propres moyens pour retrouver la trace d’une femme qui a toujours cultivé le plus grand mystère sur sa propre vie.
Version édulcorée de « Gone Girl »
Femme au foyer exemplaire et impliquée, Stephanie Smothers pourrait venir tout droit d’une série comme Desperate Housewives à laquelle on pense beaucoup. Comme la série qui a fait naître un genre de thriller domestique, L’Ombre d’Emily enchaîne les découvertes macabres et les coups de théâtre en plein cœur d’une banlieue sans histoire. Paul Feig semble pourtant traiter de manière trop nonchalante un récit qui demande, par l’accumulation invraisemblable de retournements, un surcroît de maîtrise – on a parfois l’impression que les éléments comiques du film l’intéressent bien plus que le thriller qu’il est censé réaliser.
On ne pourra s’empêcher de penser à un autre film, Gone Girl (2014), mais cette comparaison manque d’être fatale à L’Ombre d’Emily, qui évoque un pâle remake du film de David Fincher, sa version édulcorée. On retiendra pourtant un élément qui confère au long-métrage de Paul Feig un certain charme : l’espièglerie légèrement burlesque de sa merveilleuse actrice principale, Anna Kendrick.

Film américain de Paul Feig. Avec Anna Kendrick, Blake Lively, Henry Golding (1 h 58). Sur le Web : www.metrofilms.com/films/simple-favor-a



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le spécialiste du « torture porn », avec ses deux « Hostel », signe un spectacle vite oublié.
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« La Prophétie de l’horloge » : Eli Roth s’essaie au film pour enfants, sans succès

Le spécialiste du « torture porn », avec ses deux « Hostel », signe un spectacle vite oublié.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h45
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Eli Roth, le turbulent garnement du cinéma américain contemporain, celui qui a donné ses lettres de noblesse au torture porn (film d’horreur basé sur des séquences de tortures) avec ses deux Hostel (2005 et 2007), celui qui a saccagé, avec une rare jubilation, l’imaginaire américain dans son très méchant Knock Knock (2015) vient, étonnement, de réaliser un film pour enfants.
Spectacle sans surprise
Un jeune garçon orphelin est recueilli après la mort de ses parents par un oncle excentrique qui se révèle être un sorcier sympathique. Avec l’aide de sa voisine, elle-même dotée de pouvoirs magiques, ils vont devoir affronter un sorcier malfaisant revenu d’entre les morts à grands coups de trucs et de formules magiques.
Si La Prophétie de l’horloge fait mine d’effleurer quelques thèmes sérieux comme le deuil, l’absence ou la solitude, il en revient toujours à un certain nombre de conventions mises au point par la série des Harry Potter qui semble avoir engendré un genre. Il est assez facile de constater que le film a été réalisé sans beaucoup de conviction, proposant un spectacle sans surprise et vite oublié.

Film américain d’Eli Roth. Avec Owen Vaccaro, Jack Black, Cate Blanchett (1 h 46). Sur le Web : www.universalpictures.fr/micro/the-house-with-a-clock-in-its-walls et www.housewithaclock.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Le réalisateur Lenny Abrahamson livre une copie bien sage du roman de Sarah Waters.
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« The Little Stranger » : une adaptation vieillotte sans supplément d’âme

Le réalisateur Lenny Abrahamson livre une copie bien sage du roman de Sarah Waters.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h44
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Adaptation du roman éponyme de l’écrivaine britannique à succès Sarah Waters, The Little Stranger nous plonge en 1947 dans le quotidien désargenté des Ayres, grande famille anglaise qui a connu les fastes de l’avant-guerre et vivote désormais dans sa propriété délabrée où plane le souvenir d’un fantôme. Leur morne routine est bientôt bouleversée par la visite d’un médecin de campagne, le docteur Faraday, qui devient un proche des Ayres et le témoin de phénomènes étranges.
Rien ne dépasse
Dans The Little Stranger, tout est à sa place et rien ne dépasse : la mise en scène est au cordeau, les acteurs sont impeccables et le travail des chefs décorateur et costumier restitue parfaitement l’atmosphère so british et crépusculaire qui règne chez les Ayres.
Il manque pourtant l’essentiel, un supplément d’âme qui donnerait un peu de relief à cette copie bien sage de bon élève. En lieu et place d’un élégant film d’épouvante qu’on était en droit d’attendre, Lenny Abrahamson réalise finalement une adaptation vieillotte d’un roman à tiroirs.

Film britannique de Lenny Abrahamson. Avec Domhnall Gleeson, Ruth Wilson, Charlotte Rampling (1 h 52). Sur le Web : www.pathefilms.com/film/thelittlestranger



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le cinéaste signe un film manichéen sur le conflit qui oppose l’armée ukrainienne aux forces séparatistes.
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« Donbass » : la colère, mauvaise conseillère pour Sergei Loznitsa

Le cinéaste signe un film manichéen sur le conflit qui oppose l’armée ukrainienne aux forces séparatistes.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h43
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Documentariste passionnant, puis auteur tour à tour sarcastique (My Joy, 2010) et subtil (Dans la brume, 2012), sur les irréparables dégâts causés en Russie par la bêtise et la guerre, le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa a pris fait et cause pour sa patrie depuis la crise de 2014 qui oppose son pays à la Russie. Maïdan, en 2014, Une femme douce, en 2017, Donbass, aujourd’hui, voici trois films où Loznitsa – et comment lui en tenir rigueur ? – laisse parler sa colère, qui se révèle, hélas, mauvaise conseillère. Son cinéma, qui pouvait être cruel et virulent sans sombrer dans la caricature, en ressort manichéen, simplifié, appauvri.

        Lire la critique parue lors du Festival de Cannes :
         

          « Donbass », l’enfer post-soviétique selon Sergei Loznitsa



Vicieux chaos
Donbass nous plonge ainsi dans la région qui lui donne son titre, où la guerre que s’y livrent les milices ukrainiennes et les forces séparatistes para-militaires soutenues par l’armée russe s’est criminalisée et ensauvagée à un point de non retour, causant l’effondrement de la société civile. C’est ce vicieux chaos que nous offre à voir Loznitsa en une succession de tableaux excentriques et absurdes, inspirés de faits réels, qui clouent au pilori les factions séparatistes et la logique mafieuse qui les commande.
Le résultat est pénible. Humanité difforme et grimaçante, coups tordus, extorsions et bastonnades, sadisme décomplexé, pétage de plomb à chaque plan, pompiérisme de l’abjection. Par ailleurs, rien ne permet de comprendre pourquoi ni comment on en est arrivé là. Loznitsa voudrait nous édifier, il nous accable.

Film ukrainien de Sergei Loznitsa. Avec Boris Kamorzin, Valeriu Andriuta, Tamara Yatsenko (2 h 01). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/donbass.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ En 1964, l’Italien Mario Bava ouvrait la voie à un nouveau type de thriller avec ce film aujourd’hui réédité.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     
                                                

DVD : « Six femmes pour l’assassin », des meurtres couleur rouge sang

En 1964, l’Italien Mario Bava ouvrait la voie à un nouveau type de thriller avec ce film aujourd’hui réédité.



LE MONDE
 |    26.09.2018 à 07h42
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


Six femmes pour l’assassin fut longtemps une sorte d’Arlésienne de l’édition DVD française. Déjà sorti dans plusieurs autres pays, il était particulièrement attendu par ceux qui en ont fait un film-culte, à défaut d’une expression plus appropriée et moins passe-partout. Cette lacune, Studio Canal vient de la combler en proposant un DVD Blu-ray dans le cadre d’une nouvelle collection, « Make My Day ! », dirigée par le critique de cinéma Jean-Baptiste Thoret.
On peut dire que le film de Mario Bava présente la paradoxale qualité de s’inscrire dans un mouvement historique du cinéma, ouvrant la voie d’un devenir de la production transalpine, tout en irradiant de la qualité singulière d’un chef-d’œuvre qui ne saurait être réduit à aucune catégorie sinon celle de la vision farouche d’un artiste solitaire ne parvenant à s’exprimer qu’au cœur d’un système artisanal. Celui de ce cinéma populaire et post-hollywoodien composé des thrillers et bandes d’épouvante produits en Italie au début des années 1960.
Ancien directeur de la photographie, génial bricoleur d’effets spéciaux, Bava réalise le film en 1964, après avoir rendu pos­sible l’existence d’un cinéma ­gothique italien grâce au succès du Masque du démon, en 1960, et, surtout, du Corps et le fouet, rêverie nécrophile et sadomasochiste réalisée en 1963. Production franco-germano-italienne, Six femmes pour l’assassin s’inspire, à première vue, pour ce goût des meurtres violents et des atmosphères macabres, tout autant du Psychose, d’Alfred Hitchcock que des pataudes bandes poli­cières d’outre-Rhin de l’époque, les fameux Krimis, qui rencontraient un certain succès dans les salles de quartier.
Rituel morbide
Le cinéaste va pourtant s’émanciper de cette généalogie par plusieurs moyens. D’abord un usage de la couleur particulier, volontiers irréaliste et envoûtant, qui donne à celle-ci un rôle central, structurant. Bava inverse avec génie la proposition de Godard qui, parlant de la violence dans Week-end, avait dit : « Ce n’est pas du sang, c’est du rouge. » Dans le film de Bava, le rouge est véritablement du sang, celui de l’œuvre elle-même et de l’univers qu’elle engendre sous nos yeux. Le rouge y est le sang d’une image devenue matière vivante, entité organique soumise à la corruption et au pourrissement. Une des nombreuses victimes de l’assassin sans visage est, exemplairement, égorgée au rasoir dans une baignoire, le sang envahit le plan, brouillant l’eau et effaçant un visage aux yeux écarquillés de stupeur.
Six jeunes femmes, toutes liées à une maison de couture romaine, sont cruellement assassinées par un mystérieux tueur. L’enquête policière met à nu la turpitude de tout un petit monde qui gravitait autour de l’endroit, sans parvenir à démasquer le meurtrier. Un journal intime semble être au cœur du mystère. En insistant davantage sur la mise en scène des meurtres, le film de Bava allait ouvrir la voie à un type particulier de thriller (le fameux giallo) qui allait véritablement éclore quelques années plus tard.
Le film fut le précoce précurseur d’un genre tout entier concentré sur une mise en scène de la peur
D’une certaine façon, le film fut le précoce précurseur d’un genre tout entier concentré sur une mise en scène de la peur. Le récit débute par un générique mêlant les protagonistes du film aux mannequins d’osier et de plastiques meublant leur univers. La silhouette humaine y est vouée à un devenir inanimé, et les poupées menacent de prendre vie comme dans un conte d’Hoffmann. Les six femmes assassinées sont soumises à la brutalité d’une pure et abstraite puissance de mort, renvoyant méthodiquement chacune d’entre elles au néant.
Six femmes pour l’assassin ne se distingue pas seulement par une brutalité inhabituelle en son temps, par l’attention toute particulière portée aux meurtres violents (strangulation, égorgement, défiguration par brûlure) et à leur rituel morbide (tueur masqué vêtu de noir, assassinat à l’aide d’une arme médiévale ou à l’arme blanche), au détriment de l’enquête policière et d’une causalité réductible à la seule avidité ­humaine. Il déploie le motif ­hitchcockien du corpse disposal (disposer d’un cadavre) qu’il transforme en forme centrale, en dispositif pur. Les corps sans vie sont traînés, tirés, cachés, déplacés par le meurtrier qui s’active dans une sinistre manutention macabre. L’humain est renvoyé à sa stricte condition d’objet, à son destin.

Film italien de Mario Bava (1964). Avec Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner (1 h 28). 1 DVD/Blu-ray Studio Canal, ­ coll. « Make My Day ! ». Sur le Web : www.lacinetek.com/fr/tous-les-films/3577-6-femmes-pour-l-assassin-vod.html



                            


                        

                        

