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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Charles Aznavour apparut pour la première fois à la télévision dans l’émission culturelle « Télé-Paris ». C’était le 3 août 1955.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le chanteur s’est engagé sur le tard, mais intensément, en faveur de la reconnaissance du génocide arménien.
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Aznavour : mort d’un champion de la cause arménienne

Le chanteur s’est engagé sur le tard, mais intensément, en faveur de la reconnaissance du génocide arménien.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 16h48
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 17h28
   





                        



   


Né à Paris en 1924, Charles Aznavour, de son vrai nom Shahnourh Varenagh Aznavourian, est l’héritier d’un génocide, celui des Arméniens de l’Empire ottoman perpétré moins de dix ans avant sa naissance. Son père Micha, Arménien de Géorgie, et sa mère Knar, seule rescapée de sa famille avec son arrière-grand-mère, avaient fui les derniers des massacres en se réfugiant en France comme les milliers d’Arméniens venus de la Turquie actuelle et établis le long de la vallée du Rhône et dans la capitale.

        Lire notre portrait :
         

          Charles Aznavour, chanteur et comédien, est mort



Longtemps, cette mémoire, celle d’1,5 million de massacrés, d’une culture et de terres perdues à jamais, est restée muette dans l’œuvre du chanteur, qui finira par s’engager davantage après l’indépendance de l’Arménie soviétique en 1991. « J’ai vraiment découvert l’Arménie pour la première fois en 1963, au cours d’une tournée en URSS. Je connaissais l’histoire du génocide, mais je n’ai jamais été un militant. Je suis d’accord pour commémorer, mais défiler dans une rue, ce n’est pas mon genre », a-t-il un jour expliqué.
Hymne national révolutionnaire arménien
En 1975, pour les soixante ans du génocide arménien, il chantait Ils sont tombés, un hommage aux victimes de l’extermination : « Ils sont tombés, sans trop savoir pourquoi/Hommes, femmes et enfants qui ne voulaient que vivre. » La chanson, qui devient l’hymne de la diaspora, est écrite avec le compositeur américain Georges Garvarentz, fils du poète Kevork Garvarentz, auteur de l’hymne national révolutionnaire arménien.

« Après le choc, je me suis rendu compte que j’étais vraiment d’origine arménienne »
En décembre 1988, un terrible tremblement de terre ravage la République socialiste soviétique d’Arménie, provoquant la mort de 50 000 personnes. C’est à cette date que remonte le début réel l’engagement de Charles Aznavour pour la cause arménienne. « Jusqu’ici, je disais toujours : “Je suis français d’origine arménienne.” Après le choc, je me suis rendu compte que j’étais vraiment d’origine arménienne », confiait-il à Paris Match.
Avec le réalisateur Henri Verneuil, également d’origine arménienne, il fait appel aux artistes français pour le tournage d’un clip en soutien aux victimes. Quatre-vingt-dix chanteurs et comédiens enregistrent la chanson Pour toi Arménie, qui se vend à un million d’exemplaires.

« Héros national », citoyen arménien et ambassadeur
Avec l’indépendance de l’Arménie soviétique et la guerre qui s’ensuit contre l’Azerbaïdjan voisin, l’implication de Charles Aznavour s’affirme. Ses liens avec la petite république du Caucase où il est immensément célèbre ne cessent de s’approfondir. Il est fait citoyen arménien en 2008, quatre ans après avoir été déclaré « héros national », et devient en 2009 ambassadeur d’Arménie en Suisse, où il est établi. Nouvelle distinction, un an plus tard, Charles Aznavour devient le nouveau représentant de l’Arménie auprès de l’Organisation des nations unies.
Dans les années qui ont suivi, le célèbre chanteur restera la personnalité incontournable de tous les rendez-vous diplomatiques et culturels franco-arméniens. Tenant en 2002 le rôle principal du film Ararat, consacré à la mémoire de l’extermination des Arméniens en 1915, il devient un défenseur assidu de la reconnaissance du génocide. En 2015, il accompagne le président François Hollande à la capitale Erevan pour les commémorations du centenaire des massacres. « J’espère que ces cérémonies du centenaire vont aider le peuple turc à se réveiller et à accepter le fait historique », déclara-t-il alors à la presse.
Réagissant à la mort du chanteur, lundi 1er octobre, le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, à rendu hommage à « un fils exceptionnel du peuple arménien » :
« Il est difficile de croire qu’une personne qui a créé toute une époque, qui a créé toute une histoire, l’amour, qui a servi son peuple, une personne qui a pendant quatre-vingts ans émerveillé et réchauffé le cœur de dizaines, de centaines de millions de gens, n’est plus avec nous aujourd’hui. »
« C’est une perte énorme pour le peuple arménien, pour le peuple français. C’est une perte universelle, a poursuivi M. Pachinian. Il a créé des valeurs universelles et ces valeurs accompagneront l’humanité pendant encore des siècles », a-t-il ajouté. « C’est une nouvelle très triste pour notre pays et notre peuple. »

        Tribune de Charles Aznavour en 2015 :
         

          « Cent ans de solitude pour les Arméniens »






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Charles Aznavour, mort à l’âge de 94 ans, laisse de nombreux succès, comme « La Bohème », « La Mamma » ou « Emmenez-moi ».
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ En 1996, l’œuvre intégrale de Charles Aznavour était ressortie dans un coffret collector : 33 CD pour un poids total de huit kilogrammes.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤                     
                                                

Mort de Charles Aznavour : soixante-douze ans de carrière en six chansons et anecdotes

En 1996, l’œuvre intégrale de Charles Aznavour était ressortie dans un coffret collector : 33 CD pour un poids total de huit kilogrammes.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 16h20
   





                        



   


Parfois, l’usage de l’expression « monstre sacré de la chanson française » est galvaudé. Mais pas dans son cas. A 94 ans, Charles Aznavour s’est éteint dans la nuit du dimanche 30 septembre au lundi 1er octobre, dans son domicile du sud de la France.
En 1996, l’œuvre intégrale de Charles Aznavour était ressortie dans un coffret collector : 33 CD pour un poids total de huit kilogrammes. Difficile, donc, de résumer en quelques titres une carrière musicale longue de soixante-douze années, et riche d’autant de périodes, d’influences et de succès populaires. Mais voici six chansons que vous aurez du mal à éviter dans les prochains jours.
Je m’voyais déjà, 1960
« A dix-huit ans j’ai quitté ma province Bien décidé à empoigner la vie Le cœur léger et le bagage mince J’étais certain de conquérir Paris »
C’est dans un hôtel de Bruxelles que Charles Aznavour a écrit ces paroles, inspirées – dira-t-il – par un jeune chanteur qui tentait péniblement d’attirer l’attention du public dans un bar où l’Arménien avait échoué quelques heures plus tôt. Mais la légende prêtera aussi toujours à cette chanson une dimension autobiographique.
Repéré en 1946 par Edith Piaf en personne, le chanteur peine à s’imposer. Son physique chétif, sa voix si particulière, son style ne séduisent pas. En 1960, le jeune Arménien attend encore le succès qui fera décoller sa carrière. Charles Aznavour propose d’abord à Yves Montand de chanter ce texte, mais ce dernier refuse. Le 12 décembre 1960, il chante dans la salle parisienne de l’Alhambra, le grand music-hall sis près de la place de la République. Le public n’adhère pas et les six premiers titres sont reçus froidement. Aznavour entonne Je m’voyais déjà et bouleverse la soirée. Ce sera le premier tube de sa carrière.


        Lire aussi :
         

                Charles Aznavour, en 2009 : « Quand on est fils d’immigrants, il faut sortir de sa condition »



La Mamma, 1963
« Ils sont venus Ils sont tous là Dès qu’ils ont entendu ce cri Elle va mourir, la mamma »
C’est une plainte qui touche au cœur de tous ceux qui ont dû dire au revoir à leurs parents. Ecrite par Robert Gall – le père de France –, la chanson ne trouvait pourtant pas de compositeur pour être mise en musique. C’est finalement Charles Aznavour qui s’en empare et dira avoir écrit la musique « en très peu de temps ».


        Lire aussi :
         

                Charles Aznavour et le cinéma : « C’est le script qui me détermine »



Hier encore, 1965
« Hier encore j’avais vingt ans Mais j’ai perdu mon temps A faire des folies Qui ne me laissent au fond Rien de vraiment précis Que quelques rides au froCharles Aznavour n’a plus vingt ans. Même, il en a plus de quarante. Le temps de la nostalgie, des bilans et du deuil d’une innocence perdue. Une ritournelle émue qui se révèle vite universelle : Charles Aznavour enregistrera ce titre en italien – Ieri Si – en anglais – Yesterday When I Was Young – en japonais – 帰り来ぬ青春 – et en espagnol – Ayer Aún. 

La Bohème, 1965
« Et si l’humble garni Qui nous servait de nid Ne payait pas de mine C’est là qu’on s’est connu Moi qui criais famine Et toi Sur scène, il la chantait toujours avec un mouchoir blanc dans la main, symbole de la jeunesse éternelle et innocente. A la fin de son interprétation, il laissait tomber le mouchoir, en symbole de cette époque révolue.
C’est en 1965 que l’auteur à succès Jacques Plante vient voir Charles Aznavour, qui enchaîne les succès comme For me, formidable ou Que c’est triste Venise. Il n’a pour l’heure que la première phrase, « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », mais elle suffit à inspirer l’artiste qui se met au piano. Les deux hommes complètent le texte, s’inspirant de leurs anecdotes de vie parisienne. Georges Guétary l’entend et tombe sous le charme. Il sera le premier à la chanter sur scène, dans l’opérette Monsieur Carnaval, mise en scène par Maurice Lehmann.
Mais devant l’enthousiasme du public, Charles Aznavour décide de l’enregistrer en 1966, avec l’orchestre de Paul Mauriat. Le 33-tours sera vendu à plus d’un million d’exemplaires – un succès qu’aura bien du mal à lui pardonner Georges Guétary. Plus qu’une chanson, La Bohème devient l’hymne d’une génération et d’un Paris.

Emmenez-moi, 1967
« Moi qui n’ai connu toute ma vie Que le ciel du Nord J’aimerais débarbouiller ce gris En virant de bord »
C’est un cadeau de son beau-frère, Georges Garvarentz. Le mari de sa sœur aînée, Aïda, compose la musique et rédige ce texte qui parle d’exil et de misère. Charles Aznavour la déclinera aussi en anglais en 1978, sous le titre Take me Along, sur l’album We Were Happy Then. Elle est l’un des titres qui explique le si grand succès du chanteur aux Etats-Unis, ce qui lui vaudra notamment une étoile sur le célèbre Walk of Fame de Los Angeles.

Comme ils disent, 1972
« Ca gesticule et parle fort Ca joue les divas, les ténors De la bêtise Moi les lazzis, les quolibets Me laissent froid puisque cLe titre Comme ils disent constitue un sommet de la carrière d’Aznavour, par le thème difficile qu’il aborde. En 1972, le sujet de l’homosexualité est encore largement tabou. Charles Aznavour décidé d’écrire et de composer ce titre en s’inspirant d’un très proche, Androuchka. Ce « vieux garçon » vivant chez sa mère, comme le dit la chanson, est le chauffeur, secrétaire et décorateur du chanteur.
Dans l’entourage de Charles Aznavour, certains s’inquiètent des conséquences négatives que pourrait avoir une telle chanson. Mais le chanteur l’assume et interprète le titre à l’Olympia. Le 45-tours, sur la pochette duquel le chanteur pose en tenue noire, sera couronné de succès. En 2002, Renaud y fera allusion dans sa chanson Petit pédé : « C’est pas de ta faute, c’est la nature, Comme l’a si bien dit Aznavour ».


Charles Aznavour, en quelques dates
22 mai 1924 Naissance à Paris.
1933 Débute dans de petits rôles au théâtre et au cinéma.
1942 Rencontre Pierre Roche qui met en musique ses textes.
1946 Rencontre Edith Piaf.
1948 Enregistre ses premiers disques.
1955 « Sur ma vie ».
1963 « La Mamma ». Triomphe à New York.
1964 « Que c’est triste Venise ».
1972 « Comme ils disent ».
1989 « Pour toi Arménie ».
2015 « Encores », dernier album.
1er octobre 2018 Mort à son domicile dans les Alpilles (Bouches-du-Rhône).





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Charles Aznavour a joué dans plus de quatre-vingts longs-métrages, réalisés par quelques-uns des plus grands noms du cinéma français, dont François Truffaut, Claude Lelouch et Jean-Pierre Mocky.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ 
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’auteur-compositeur-interprète et acteur français d’origine arménienne est mort lundi à l’âge de 94 ans. En plus de soixante-dix ans de carrière, il s’est imposé comme l’un des plus grands chanteurs du XXe siècle.
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Charles Aznavour, chanteur et comédien, est mort

L’auteur-compositeur-interprète et acteur français d’origine arménienne est mort lundi à l’âge de 94 ans. En plus de soixante-dix ans de carrière, il s’est imposé comme l’un des plus grands chanteurs du XXe siècle.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 14h39
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 17h14
    |

            Edouard Pflimlin








                        



Charles Aznavour, de son vrai nom Shahnourh Varenagh Aznavourian, est mort lundi 1er octobre, à l’âge de 94 ans, dans son appartement situé dans les Alpilles (Bouches-du-Rhône), ont annoncé ses attachées de presse. En soixante-dix ans de carrière, Charles Aznavour a écrit plus de 1 400 chansons et en a enregistré plus de 1 200, chantées dans huit langues différentes. Il a également joué dans plus de quatre-vingts films et téléfilms.
Les enfants Aznavourian vivent entourés d’artistes
Charles Aznavour est né le 22 mai 1924, dans le 6e arrondissement de Paris, de deux réfugiés arméniens ayant fui la Turquie. Huit ans après le génocide perpétré par l’empire ottoman, en 1915, les massacres contre les Arméniens reprennent en 1923. Le couple fuit alors vers la Grèce, puis décide de s’installer en France pour rejoindre Missak, le grand-père paternel de Charles ; cet ancien cuisinier du tsar a ouvert à Paris Le Caucase, rue Champollion, à deux pas de La Sorbonne, un restaurant que fréquente la diaspora arménienne. Le père de Charles, Misha Aznavourian, y chante, quand sa mère, comédienne, joue ici ou là. Les enfants Aznavourian vivent ainsi entourés d’artistes.
Misha ouvre un café rue du Cardinal-Lemoine, en face de l’Ecole des enfants du spectacle. Charles y est inscrit. A l’âge de 9 ans, il prend pour nom de scène Aznavour et commence au Théâtre du Petit Monde une carrière de chanteur et de comédien.
Sa rencontre avec Pierre Roche
Bientôt la seconde guerre mondiale éclate. En 1941, il rencontre Pierre Roche, pianiste, compositeur et « directeur » de l’Ecole du music-hall, dont il devient l’ami et le complice. Ils forment le duo Roche et Aznavour. Charles commence à écrire des paroles de chansons que Roche met en musique. En 1946, la guerre achevée, il épouse Micheline Rugel et l’année suivante naît sa fille Séda. Il joue au cinéma dans Adieu chérie (1946), de Raymond Bernard.

   


Edith Piaf convainc Charles Aznavour de poursuivre une carrière solo
Cette même année, Charles Aznavour est remarqué par Edith Piaf, qui le convainc avec Roche de l’accompagner dans une tournée en France et aux Etats-Unis en 1947-1948. Entre 1948 et 1950, Roche et Aznavour enregistrent leurs premiers disques. Piaf convainc Aznavour de poursuivre une carrière solo. Il est séparé de sa femme et vit dans l’univers de la chanteuse comme homme à tout faire.
Pour la chanteuse, il adapte le titre américain Jezebel qui est un succès. Chez Piaf, il rencontre Gilbert Bécaud pour lequel il écrit plusieurs chansons entre 1950 et 1955. Il travaille aussi pour Juliette Gréco et lui écrit Je hais les dimanches. S’il s’impose par ses chansons dans l’univers musical du début des années 1950, il a plus de mal sur scène et pense à abandonner sa carrière. Mais en 1954, il sort ses premiers 45-tours, dont Sur ma vie, son premier grand succès. Sur le plan personnel, en 1956, il se remarie avec Evelyne Plessis.
Ses débuts au cinéma
Au tournant des années 1950-1960, il tourne dans plusieurs films remarquables, dont Tirez sur le pianiste, de François Truffaut, en 1960, ou Un taxi pour Tobrouk, de Denys de La Patellière (dialogues de Michel Audiard), sorti en 1961.

En 1960 a lieu une rencontre déterminante avec le compositeur américain d’origine arménienne Georges Garvarentz. Les deux commencent une collaboration fructueuse et il enchaîne les tubes dans les années 1960 : Tu t’laisses aller (1960), Il faut savoir (1961), Les Comédiens (1962), La Mamma (1963), Et pourtant (1963), Que c’est triste Venise (1964), La Bohème (1965) et Désormais (1969). En pleine vague yéyé, il écrit Retiens la nuit (1961) pour Johnny Hallyday et La plus belle pour aller danser (1963) pour Sylvie Vartan.
En mars 1963, l’Amérique s’ouvre à lui avec une représentation unique au Carnegie Hall de New York. Connu aux Etats-Unis grâce à son rôle dans Tirez sur le pianiste, il y reviendra fréquemment. Ses chansons sont autant applaudies en français que dans leur version américaine, interprétées par les plus grands comme Frank Sinatra. En 1967, il épouse à Las Vegas la Suédoise Ulla Thorsell. Ils auront trois enfants – Katia (1969), Misha (1971) et Nicolas (1977).

Un intérêt pour les faits de société
Au début des années 1970, il rédige ses mémoires, Aznavour par Aznavour (Fayard). Ses chansons marquent alors un intérêt plus marqué pour les faits de société‚ telle Le Temps des loups, en 1970, sur le thème de la violence, Mourir d’aimer, en 1971, inspiré d’un fait divers, ou encore Comme ils disent où il évoque l’homosexualité.
En 1972, Charles Aznavour s’est exilé fiscalement à Crans-Montana, en Suisse
Ce succès est terni par une affaire d’évasion fiscale. En 1972, Charles Aznavour s’est exilé fiscalement à Crans-Montana, en Suisse. Il est inculpé de fraude et la procédure s’étend sur plusieurs années devant la justice française. En 1980, l’affaire s’achève par un non-lieu. Presque quarante ans plus tard, fin mars 2018, des éléments révélés par Le Soir et Médiapart ont permis de montrer comment un montage lui a permis de défiscaliser une grande partie de sa fortune, estimée à plus de 100 millions d’euros, grâce à une société au Luxembourg.

En 1975, à l’occasion du 60e anniversaire du génocide arménien, il crée la chanson Ils sont tombés. Cette même année, il joue sous la direction de Claude Chabrol dans Folies bourgeoises et retrouvera le metteur en scène en 1983 pour Le Fantôme du chapelier. En 1979, il tourne dans le film Le Tambour, de Volker Schlöndorff qui obtient, ex aequo avec Apocalypse Now, de Francis Coppola, la Palme d’or au Festival de Cannes.
L’Arménie et les tournées internationales
En décembre 1988, un tremblement de terre ravage l’Arménie (il fait près de 50 000 morts et des centaines de milliers de sans-abri). L’artiste se mobilise et crée une fondation, Aznavour pour l’Arménie. Sa chanson Pour toi Arménie (1989), enregistrée avec la collaboration de plus de quatre-vingts artistes et avec le soutien du réalisateur Henri Verneuil, également d’origine arménienne (son vrai nom est Achod Malakian), se vend à un million d’exemplaires. A la suite de cette opération, Charles Aznavour est nommé ambassadeur permanent en Arménie par l’Unesco.
En avril 2002, il signe l’appel du Collectif Vive la France à venir « chanter La Marseillaise pour la République » et contre le leader d’extrême droite, le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui accède au second tour de l’élection présidentielle. Cette année-là, il tient le rôle principal de son film le plus personnel : Ararat, d’Atom Egoyan, qui traite du génocide arménien.

   


Si Charles Aznavour fait lentement ses adieux à la scène, il n’a pas encore décidé d’arrêter sa production discographique. Au mois d’octobre 2006, il s’envole pour Cuba enregistrer un nouvel album, Colore ma vie, sorti en France en février 2007. Charles Aznavour y aborde le thème de la mort, parle d’immigration et d’intégration et, dans La Terre meurt, de la responsabilité de chacun en matière d’écologie.
Le 26 décembre 2008, le président de la République d’Arménie, Serge Sarkissian, lui accorde la citoyenneté arménienne et Charles Aznavour devient en 2009 ambassadeur d’Arménie en Suisse. A l’automne 2009, il publie une autobiographie intimiste, intitulée A voix basse (Don Quichotte/Le Seuil).
Infatigable, il continue à donner des concerts à travers le monde, comme à Moscou en décembre 2011 ou à Los Angeles en avril 2012. En 2015 et 2016, on le retrouve au Palais des sports, et, en décembre 2017, à l’AccorHotels Arena de Paris-Bercy où il étonne par son aisance devant 20 000 spectateurs enthousiasmés.

Charles Aznavour, en quelques dates
22 mai 1924 Naissance à Paris.
1933 Débute dans de petits rôles au théâtre et au cinéma.
1942 Rencontre Pierre Roche qui met en musique ses textes.
1946 Rencontre Edith Piaf.
1948 Enregistre ses premiers disques.
1955 « Sur ma vie ».
1963 « La Mamma ». Triomphe à New York.
1964 « Que c’est triste Venise ».
1972 « Comme ils disent ».
1989 « Pour toi Arménie ».
2015 « Encores », dernier album.
1er octobre 2018 Mort à son domicile dans les Alpilles (Bouches-du-Rhône).





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Extraits de la rencontre, en 2009, de notre journaliste Annick ­Cojean avec l’artiste, mort dans la nuit de dimanche à lundi.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Charles Aznavour, en 2009 : « Quand on est fils d’immigrants, il faut sortir de sa condition »

Extraits de la rencontre, en 2009, de notre journaliste Annick ­Cojean avec l’artiste, mort dans la nuit de dimanche à lundi.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 14h33
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 17h53
    |

            Annick Cojean








                        


A l’occasion de la sortie, en 2009, du livre A voix basse de Charles Aznavour, mort dans la nuit de dimanche à lundi, notre journaliste Annick ­Cojean avait rencontré l’artiste pour Le Monde Magazine. Extraits.
Je ne serais pas arrivé là si… … si je n’avais pas eu mes femmes : ma mère, ma sœur, mon épouse. Ce sont indéniablement les femmes qui font les hommes. Et il me semble que je les comprends bien. J’ai un côté très féminin. J’écris spontanément des chansons dans une version féminine, et ne les adapte dans une version masculine, en changeant quelques mots, que si une femme n’en veut pas.
Parlez donc de « vos » femmes…
Ma mère, Knar, était comédienne ; fine, cultivée, si aimante. Elle avait perdu toute sa famille dans le génocide arménien et a pleuré les siens sa vie entière. Elle aimait rire pourtant, jouait du piano, a appris rapidement le français et le russe, parlé par mon père, qui était né, lui, en Géorgie. Elle a dû hélas renoncer à sa vocation et a fait bien des travaux pour nous sortir de la misère. Aïda, ma sœur, a toujours été la meilleure musicienne de la famille. Elle a quitté la chanson pour se mettre au service de son mari, le compositeur Georges Garvarentz, et au mien. Il y a des femmes capables de ça. Elle assiste à tous mes enregistrements, repère la moindre fausse note de l’orchestre ou maladresse de ma part, m’oblige à recommencer. C’est elle qui m’a forcé à chanter La Mamma, Que c’est triste Venise, Il faut savoir… Quant à Ulla, mon épouse, scandinave, protestante, discrète, échappée d’un film de Bergman, et donc si différente de moi, elle structure, discipline ma vie avec harmonie depuis quarante-six ans. Et ce n’est pas fini !
Avez-vous eu un modèle dans votre carrière ?
Piaf. Une femme, encore ! Parfaite autodidacte, comme moi. Malgré les tracasseries, les attaques, les chagrins, elle s’est accrochée, obstinée, cultivée, parvenant à devenir première de son vivant, encore plus grande après sa mort. Elle fréquentait des intellectuels qu’elle subjuguait, lisait des œuvres ardues… Comme elle avait raison ! Moi aussi, j’ai dû tout apprendre par moi-même, ce qui prend plus de temps que guidé par des maîtres. J’ai avalé livres, dictionnaires, encyclopédies avec une immense soif de connaissances. Et je ne passe pas un soir sans lire et apprendre quelque chose. Je le ferai jusqu’au bout. Il n’y a pas de malédiction à être ignare. La pauvreté peut même agir comme un moteur.
Quel était-il ?
Pendant longtemps, ce fut la volonté d’aller au-delà de ce qu’on disait sur mon compte. L’ignorer en façade, l’avaler à l’intérieur, et aller de l’avant. Car mes débuts sur scène furent douloureux. De bals de banlieue en cabarets médiocres ou cinémas de quartier, je me battais contre le public. J’ai reçu toutes sortes d’objets sur scène. Sans compter quolibets, injures, sifflets. Mon physique, ma voix, mon style, rien ne convenait. Les critiques me démolissaient, aucune maison de disques ne voulait de ma voix embrumée ! Il fallait avoir le cœur bien accroché, le besoin de bouffer et une détermination à toute épreuve. Mais j’aimais la bagarre, le défi, la conquête. Mon côté Bonaparte ! Quand on est pauvre, fils d’immigrants, d’apatrides, il faut sortir de sa condition. Et la tête haute.
Vos parents vous ont-ils vu en haut de l’affiche ?
Ma première grande affiche devait bien faire dix mètres de haut, à côté du Moulin-Rouge. Ils sont allés la voir et je crois, je sais, qu’ils étaient fiers. Mais quand ils étaient dans la salle, ils n’applaudissaient pas. Nos rapports familiaux étaient faits de pudeur.

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          Le chanteur Charles Aznavour est mort






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Comme Maurice Chevalier ou Yves Montand, Charles Aznavour, mort dans la nuit de dimanche à lundi, a su mener de front ses carrières de chanteur et d’acteur. Avec, parmi la soixantaine de films qu’il a tournés, deux à l’importance particulière : « Tirez sur le pianiste » et « Ararat ».
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Charles Aznavour et le cinéma : « C’est le script qui me détermine »

Comme Maurice Chevalier ou Yves Montand, Charles Aznavour, mort dans la nuit de dimanche à lundi, a su mener de front ses carrières de chanteur et d’acteur. Avec, parmi la soixantaine de films qu’il a tournés, deux à l’importance particulière : « Tirez sur le pianiste » et « Ararat ».



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 14h32
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 16h31
    |

            Véronique Mortaigne








                        



                                


                            

On oublie souvent l’acteur, mais Charles Aznavour a derrière lui une longue carrière cinématographique au cours de laquelle il a tourné avec les plus grands : Truffaut, bien sûr, mais aussi Claude Chabrol, Jean-Pierre Mocky, Pierre Granier-Deferre, Volker Schlöndorff ou encore Atom Egoyan. Intuitif, volubile, parfois ténébreux, Aznavour sait plaire aux jeunes cinéastes autant qu’aux metteurs en scène chevronnés. Dans les années 1960, les metteurs en scène ont souvent établi des rapports étroits avec la chanson – ils ont fait chanter des comédiennes (Anna Karina chez Godard) et employé des chanteurs comme comédiens, à commencer par Charles Aznavour.
Comme avant lui Maurice Chevalier puis Yves Montand, Charles Aznavour est parvenu à mener de front, tout en les dissociant, ses carrières de chanteur et d’acteur. De la soixantaine de films qu’il a tournés, deux revêtent une signification particulière : Tirez sur le pianiste, de François Truffaut (1960), et Ararat, d’Atom Egoyan (2002). Tous deux marquent des étapes essentielles dans sa vie.

Lorsqu’il rencontre François Truffaut, Charles Aznavour n’est pas un acteur novice et il a déjà un pied dans le succès populaire en tant que chanteur, après son triomphe en 1957 à l’Alhambra puis à l’Olympia, où il passe pour la première fois en tête d’affiche. Le cinéma l’a déjà sollicité. En 1958, il a tourné Les Dragueurs, de Jean-Pierre Mocky, et La Tête contre les murs (1959), de Georges Franju, pour lequel il a reçu le prix d’interprétation de l’Académie du cinéma français.
« Un film qui me colle à la peau »
« C’est le script qui me détermine. Comme disait Jean Gabin, dans un film il y a trois choses importantes, l’histoire, l’histoire et l’histoire. Avec certains réalisateurs, j’ai noué des liens d’amitié. Avec Truffaut, par exemple. La première fois qu’il est venu me voir, nous ne nous sommes presque rien dit. Il était timide, moi aussi. C’était un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ En soixante-dix ans de carrière, Charles Aznavour, mort lundi à l’âge de 94 ans, a composé plus de 1 400 chansons et tourné une soixantaine de films.
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Charles Aznavour, mort d’un précurseur du métissage musical

En soixante-dix ans de carrière, Charles Aznavour, mort lundi à l’âge de 94 ans, a composé plus de 1 400 chansons et tourné une soixantaine de films.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 14h04
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 17h33
    |

            Véronique Mortaigne








                        



                                


                            

Charles Aznavour, c’était la France. Pas celle d’Edith Piaf – le réalisme, les faubourgs, les mômes de rien –, ni celle de Maurice Chevalier ou de Charles Trenet. Aznavour, c’était la France internationaliste, terre d’accueil, qui sait enseigner aux enfants de la République les valeurs fondamentales, mais aussi le charme, le romantisme sexy, et une sorte de légèreté en équilibre constant entre le Nord introverti et le Sud extravagant. Charles Aznavour fut d’ailleurs l’idole d’une nouvelle génération issue de l’immigration. En matière de métissage musical, Charles Aznavour est un précurseur. « Je me suis intéressé à tous les styles de musique, je suis fier d’avoir été en quelque sorte le premier à en faire en France. C’est pour ça que j’ai eu du succès dans les pays du Maghreb, chez les juifs, les Russes. »
Plus de soixante-dix ans de carrière, plus de quarante ans de succès, plus de 1 400 chansons, dont une centaine d’anthologie, six langues chantées, des milliers de concerts donnés dans quatre-vingt-deux pays, des salles compliquées, des music-halls, des galas chics. Carnegie Hall à New York, l’Albert Hall à Londres. L’universalité d’Aznavour doit à ses mots, droits, utilisés avec une précision chirurgicale. Et par les mélodies, de celles qui tombent dans l’oreille. Et tout le monde de fredonner : « J’habite seul avec maman/Dans un très vieil appartement/Rue Sarasate/J’ai pour me tenir compagnie/Une tortue, deux canaris/Et une chatte. »

Charles Aznavour fut d’abord acteur, ne cessa jamais de l’être, chantant Danse avec moi dos à la salle, la main posée sur son épaule comme s’il s’agissait de celle d’une femme ; mimant le travesti de Comme ils disent. Charles Aznavour, l’amoureux pudique et fier qui écrit : « Il faut savoir quitter la table/Lorsque l’amour est desservi/Sans s’accrocher l’air pitoyable », fut aussi un éclat de vie. Un homme de la joie, de cette...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Faire danser son audience sur des notes de jazz, c’est l’exploit qu’a réussi le percussionniste cubain Yuvisney Aguilar au festival Toros y Salsa. Rencontre.
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« La musique de Yuvisney Aguilar est un mélange d’Europe et d’Afrique »

Faire danser son audience sur des notes de jazz, c’est l’exploit qu’a réussi le percussionniste cubain Yuvisney Aguilar au festival Toros y Salsa. Rencontre.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 13h14
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 13h31
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                            Yannick Le Maintec








                        



   


Samedi 10 septembre à Dax. Yuvisney Aguilar était la principale raison de ma présence. J’avais remarqué le percussionniste cubain l’année précédente aux côtés de la chanteuse Yadira Ferrer. Son premier album Piango Piango, qui avait décroché une nomination aux Latin GRAMMYs, m’avait fait forte impression. Premières notes, silence religieux. Yuvisney entonne un chant mélancolique en hommage aux esclaves venus d’Afrique. Je me retourne, le public est sous le charme. Les mélodies s’enchaînent, aussi entraînantes les unes que les autres. Le concert oscille entre jazz par le piano et afro-cubain par les percussions. Les solos de piano, le sax de Rafael Aguila, invité spécial, m’emportent. La personnalité lumineuse du Cubain ravit. On en parlera tout le week-end : « Du bonheur », « Il m’a fait chanter Salam Alaykoum ! », « C’est un soleil… ». Rencontre avec un percussionniste dont le registre va de Richard Bona à Raul Paz, de Paquito D’Rivera à Orishas.

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                A Dax, la salsa sauvée des eaux



Bonjour Yuvisney, pourriez-vous me raconter votre initiation aux percussions ?
Ma rencontre avec les percussions est le fruit du hasard. Pour moi tout a commencé avec l’examen d’entrée à l’âge de neuf ans à l’Escuela Vocacional de Arte (« EVA ») à Pinar del Río. À cette époque, je voulais être chanteur mais je ne pouvais y entrer que comme percussionniste. J’ai accepté et ai passé cinq ans à l’école de percussions, sans que ça me passionne plus que ça. Je ne sais vraiment pas comment j’ai réussi à décrocher l’examen ! [rires] Mon premier professeur était Nestor Luis, un grand professeur qui m’a donné une base technique solide qui m’a été très utile toutes ces années.
Pourriez-vous citer les différentes percussions que vous avez utilisées au concert que vous avez donné à Toros y Salsa ?
J’ai joué les trois tambours Batá : Iyà, Itótele et Okónkolo. C’est important de ne pas écrire Batá au pluriel parce que les trois tambours forment un tout et que ce nom signifie famille. J’ai joué aussi des congas (conga y tumbadora) et un instrument d’ambiance faites de graines africaines appelé Ojos de Buey, le shekeré et les timbales.
Les Batá sont connectés à la religion afro-cubaine. Est-ce que vous y avez été initié ?
Les tambours Batá ont été créés par l’ethnie Yoruba qui vient du Nigeria et sont utilisés aux cérémonies religieuses de La Règle d’Osha. Même si je connais la religion, je ne suis pas pratiquant.
J’ai appris à jouer ces tambours fabuleux en travaillant pendant quatre ans comme percussionniste de danse folklorique, ce qui est indispensable pour connaître ces rythmes particuliers. J’ai eu l’honneur d’avoir eu comme professeur le grand Maître Lázaro Pedroso du Conjunto Folclórico Nacional de Cuba.
Je suis définitivement amoureux de cette musique, des frappes et de l’histoire qui entoure ces tambours magiques.

        Voir cette publication sur Instagram           Yuvisney Aguilar y su Afro-Cuban Quartet @ Toros y Salsa Une publication partagée par  Le Jazz et la salsa (@salsajazzblog) le 10 Sept. 2018 à 11 :52 PDT 

Votre musique sonne différemment du latin jazz qu’on écoute depuis les années 50. Elle semble plus influencée par l’afro-cubain. On pense à Yosvanny Terry ou Pedrito Martinez…
Mon travail est basé sur la musique héritée de nos ancêtres africains.
J’ai toujours senti qu’au-delà du contexte religieux, il y avait un univers rythmique, mélodique et énergétique très puissant qui est perçu par tout le monde, les croyants comme les non-croyants. Tout ce que j’ai fait est de capturer l’énergie qui jaillit de ces rythmes pour les mélanger avec les nouvelles tendances du jazz contemporain.
Il n’y a rien de très nouveau dans tout ça. Dizzie Gillespie a fait la même chose il y a de nombreuses années, et puis Chucho Valdés avec Irakere, le Grupo Afrocuba. Le grand Wynton Marsalys l’a fait récemment, et beaucoup d’autres encore…
La différence réside peut-être dans le fait que j’y ai insufflé ma vision et mon interprétation personnelle.
Vous vous inspirez des traditions Yoruba, Arará, Iyesá y Bantú. Comment les avez-vous intégrées dans votre musique ?
Toutes ces branches proviennent de régions différentes et correspondent à des interprétations différentes, d’autres connexions spirituelles… Tout ce que j’ai fait est de ressentir chaque rythme dans mon corps et de me fondre dedans.
Dans le processus de création, je me laisse envahir par chaque style, pour que le morceau vienne naturellement conformément à l’histoire que je veux raconter. Enfin chaque titre a été habillé avec des harmonies modernes et les solos jazz.
Ce processus est primordial pour que la fusion soit harmonieuse.
Le jazz est très présent dans votre musique grâce au piano. J’ai l’impression que Pepe Rivero a joué un rôle important dans le quartet. Est-ce le cas ?
Après les percussions, mon instrument préféré est le piano assurément.
J’écoute beaucoup plus de piano, solo, classique, que tout autre instrument. Le monde de l’harmonie m’enchante et c’est pour ça que le piano est si important pour moi. Plus que tout, un bon pianiste doit être sensible et polyvalent.
Pepe Rivero est tout ça à la fois. En plus il est fasciné par le monde des percussions. Je lui apporte les rythmes. Il m’apporte l’harmonie.



« Le jazz et la salsa » a interrogé Pépé Rivero sur son travail avec Yuvisney. Le pianiste cubain est le directeur musical de Clazz, le festival de latin jazz de Madrid.
Comment avez-vous connu Yuvisney ?
J’ai connu Yuvisney à Madrid. Nous nous sommes croisés à l’occasion d’une tournée européenne du saxophoniste américain David Murray sur le projet 3D Family.
Quand Paquito D’Rivera avec qui je travaillais comme pianiste depuis huit ans m’a sollicité pour monter un quintet à Madrid qui nécessitait un percussionniste, j’ai tout de suite pensé à Yuvisney. Pour travailler avec Paquito, les qualités humaines sont aussi importantes que les qualités musicales. On est comme une famille.
Avec Yuvi, nous avons une connexion musicale incroyable. Nous avons un projet de duo qui fonctionne déjà très bien sur scène.
Votre musique et celle de Yuvisney sont différentes : percussions afro-cubaines d’une part, piano jazz et classique d’autre part. Qu’est-ce que vous appréciez chez lui ?
À Cuba l’Afrique est très présente dans la religion et dans la culture, disait un de nos grands poètes Nicolas Guillen (« A Cuba qui ne vient pas du Congo vient du Carabalí »). Fondamentalement nous sommes le mélange d’Afrique et d’Espagne.
Ces influences se retrouvent naturellement dans notre culture et en particulier chez les musiciens : la culture européenne et la connaissance des grands compositeurs pour la part espagnole et le rythme pour la part africaine.
La musique de Yuvisney dans Piango Piango possède ces deux éléments. J’ai adhéré dès le moment où il a commencé à rassembler ses idées et j’ai adoré y participer autant en tant pianiste qu’en tant qu’arrangeur.

Toros y Salsa : une édition sous le soleil cubain
Un vent de fraîcheur a soufflé sur la vingt-quatrième édition du festival Toros y Salsa qui s’est déroulée les 7, 8 et 9 septembre à Dax dans les Landes.

Dès vendredi soir, les Cubains déclenchaient les hostilités avec deux formations, la première originaire de Santiago, le Colectivo Iye Ife, la seconde de la Havane, Los Jovenes Clasicos del Son, pour un vaste panorama de la musique traditionnelle. Une mise en bouche sans emphase mais toute en saveur, appréciée à sa juste valeur par un public connaisseur.
Samedi 20 heures : premier spectacle, première claque. En un morceau, le percussionniste Yuvisney Aguilar et son Afro-Cuban Jazz Quartet, ont embarqué le public dans leur univers de percussions et de jazz. Du jazz pour la tête, du jazz pour les pieds. Le charisme du jeune Cubain et ses jolies mélodies ont remporté un franc succès auprès du public dacquois.
23 heures, le parrain du festival, Gerardo Rosales a rendu hommage à Grupo Mango. Moises « Ajoporro » Daubeterre, le chanteur de la formation vénézuélienne célèbre dans les années 70 a pimenté une formule qui a fini par s’émousser au fil des passages répétés. Le conguéro n’a toutefois pas son pareil pour orchestrer les descargas, les fameuses jam-sessions qui font la réputation du festival.
1 heure du mat. La machine de guerre Mercadonegro (Ils ont enflammé trois heures durant Tempo Latino avec José Alberto « El Canario ») avait invité Herman Olivera. De Conjunto Libre à Eddie Palmieri, de Jimmy Bosch au Spanish Harlem Orchestra, le répertoire du gentleman sonero est immense. Une leçon, -que dis-je, une démonstration !- d’histoire de la salsa…
Dimanche, fin de festival. La veille, Mercadonegro a rendu les armes à 3 heures du matin. On est rincé. Au programme : Compota de Manana, de Barcelone... inconnu au bataillon, le groupe qui n’existe pas ! Autant dire que c’était plié. 20 heures, des riffs de cuivres, guitare électrique entre funk et rock, un chanteur en survet à fleurs aux tambours Batà. De la timba à Dax, la bonne blague ! (Le festival est réputé pour sa salsa beaucoup plus traditionnelle) Les gars mettent le feu à une audience éberluée immédiatement emballée. La dernière surprise de François Charpentier (le directeur musical du festival) en aura laissé sans voix plus d’un.




        Lire aussi :
         

                Compota de Manana : « On joue de la timba hardcore »



CD : Yuvisney Aguilar - Piango Piango (2017, Rumor Records)



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Médias traditionnels et start-up rivalisent de créativité dans le domaine du son mais les revenus publicitaires ne dépassent pas pour l’instant les centaines de milliers d’euros.
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Le podcast cherche ses marques

Médias traditionnels et start-up rivalisent de créativité dans le domaine du son mais les revenus publicitaires ne dépassent pas pour l’instant les centaines de milliers d’euros.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 12h29
    |

            François Bougon








                        



                                


                            

En France, le podcast cherche encore son modèle économique, mais il a déjà son festival. Du 19 au 21 octobre, professionnels et amateurs se retrouveront à la Gaîté-Lyrique pour le « Paris podcast festival ». Il y sera question de contenus et de monétisation. Pas d’inquiétude côté créativité : les projets foisonnent, qu’ils viennent des radios traditionnelles – Radio France dominant largement – ou des nouveaux acteurs, comme Binge Audio, Louie Media ou Nouvelles Ecoutes. On est loin désormais du podcast cantonné à la rediffusion de programmes linéaires. Côté finances, les revenus publicitaires ne dépassent guère pour l’instant les centaines de milliers d’euros, mais producteurs, diffuseurs et publicitaires sont inspirés par le modèle des Etats-Unis, où en 2017 le marché s’est élevé à 314 millions de dollars (environ 271 millions d’euros).
Espérant rencontrer le même succès que le New York Times avec son podcast d’actualité lancé en janvier 2017, intitulé « The Daily », certains médias « historiques » se lancent dans l’aventure du son. Des discussions sont en cours entre le groupe Les Echos-Le Parisien, filiale de LVMH, et Binge Audio, la plate-forme de podcasts fondée en 2015 par Joël Ronez, ex-directeur des nouveaux médias à Radio France. Cette négociation pourrait aboutir à une prise de participation minoritaire du premier dans le second, avec l’objectif pour le groupe de presse de se doter d’une compétence qu’elle ne maîtrise pas dans un marché d’avenir, alors que le secteur de la presse écrite doit trouver des ressources supplémentaires.
Pour l’heure, aucune des deux parties ne souhaite communiquer sur le dossier. Binge Audio réalise déjà le journal quotidien du Parisien diffusé sur l’enceinte connectée d’Amazon, Alexa. « L’avenir appartient à ceux qui vont tout tenter », juge Pierre Louette, PDG du groupe Les Echos-Le Parisien.

Binge Audio, jeune plate-forme, qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Après restauration, les célèbres portraits en pied sont exposés pour trois mois à Paris.
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L’éclat retrouvé des époux Soolmans-Coppit de Rembrandt au Louvre

Après restauration, les célèbres portraits en pied sont exposés pour trois mois à Paris.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 10h54
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 10h59
    |

            Florence Evin








                        



   


Magistral jeu de matières, noir sur noir, au Louvre, signé Rembrandt. Après restauration, les deux spectaculaires portraits en pied (2,10 m de haut, par 1,35 m de large) des époux Oopjen Coppit et Marten Soolmans, peints par Rembrandt, en 1634 à Amsterdam, à l’âge de 28 ans, sont, pour trois mois, sur les cimaises du musée parisien ; avant de repartir pour le Rijskmuseum pour cinq ans, puis de revenir au Louvre pour cinq ans ; après quoi, chacun des deux musées pourra garder le chef-d’œuvre huit ans.

        Lire le récit :
         

          Les noces éternelles des époux Soolmans-Coppit



Cette rotation est imposée par l’accord signé le 1er février 2016, par les deux musées et les gouvernements français et néerlandais, pour l’achat conjoint desdits portraits à Eric de Rothschild – que la famille possédait depuis 1878. Coût de l’acquisition, 160 millions d’euros, dont la moitié pour « Madame », acquise par le Louvre, avec le mécénat de la Banque de France. Selon cet accord, le couple ne peut être séparé, il ne quittera pas l’Europe, et il est interdit de prêt.

   


Présence vibrante
Dans l’enfilade des salles rénovées de la peinture flamande, aux côtés des autoportraits du maître, et face à sa Bethsabée – récemment restaurée –, le double chef-d’œuvre de Rembrandt éblouit par la présence vibrante des époux. Marten en fanfaron, du rose aux joues, le sourire aux lèvres ; Oopjen, le teint pâle révélant la fatigue due à sa grossesse. Le subtil mariage noir des soies, mousseline mouchetée, satin, gaze, fourrure, se lit jusqu’à la légèreté, la raideur ou la souplesse de l’étoffe. Comme la fragilité des cols en dentelle blanche, col monté pour lui, mini-cape couvrant les épaules et poignées en coroles dentelées pour elle ; ou la délicatesse des rosaces XXL piquées sur les souliers que Marten exhibe en trophée. Rembrandt posait le blanc en épaisse couche, puis dessinait la dentelle par petites touches de noir.

        Lire le récit :
         

          La toilette de Bethsabée




   


Après trente mois d’études, la restauration, de plus d’une année, a été menée à Amsterdam sous le contrôle d’un comité consultatif franco-néerlandais co-dirigé par Taco Dibbits, directeur du Rijskmuseum et Sébastien Allard, directeur du département des peintures du Louvre, qui souligne l’exceptionnel « travail collégial des deux équipes » ; avec, pour la France, Anne Lepage, restauratrice conseil du Louvre et du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), et Blaise Ducos. Conservateur des peintures flamandes et hollandaises au Louvre, il livre le secret des noirs « très sophistiqués » de Rembrandt : « On a retrouvé des traces d’azurite, un matériau grisé qui, en le broyant, crée des effets de lumière, et quelques grains vermillon dans le noir du portrait d’Oopjen. Dans les dentelles, les gris et blancs se superposent ».

        Lire le focus :
         

          Les œuvres d’art sous le faisceau d’Aglaé



Toile unique
Les deux portraits ont été réalisés sur une toile unique, laquelle a reçu une préparation rouge-brun et gris. A quel moment ont-ils été dissociés avant d’être peints ? La question reste posée. L’examen au « macro rayon X à fluorescence » a révélé une première composition dans laquelle, derrière chacun des époux, apparaissent une porte cintrée et une tenture. Un décor que Rembrandt supprime pour montrer les deux époux en pied et en gros plan sur un fond neutre gris fumé.

   


« Les tableaux étaient en très bon état, avec très peu de lacunes, indique Anne Lepage. Ils ont été décrassés avant leur départ du Louvre, ils étaient restés accrochés chez les Rothschild dans le grand salon près d’une cheminée, de l’hôtel Marigny, jusqu’en 1972, date de la vente de l’hôtel particulier à l’Etat français. A Amsterdam, au terme d’une année et demi de restauration, les trois couches superficielles de vernis – jusqu’à dix couches dans la rosette –, posées dans les années 1950, ont été retirées, sans toucher à la couche colorée ».

        Lire le reportage au C2RMF :
         

          Pour la nuit des musées, visitez un laboratoire



Au Louvre, l’opulence, le raffinement et l’éclat retrouvé des costumes de soie du couple racontent ce Siècle d’or, florissant aux Pays-Bas espagnols, au sein d’une famille de riches marchands, membres de l’oligarchie politique. Oopjen était petite-fille d’armateur, tandis que le père de Marten qui importait des épices d’Orient était à la tête d’une raffinerie de sucre.

        Lire le compte-rendu :
         

          Au Louvre, les salles du Siècle d’or hollandais et flamand rouvrent avec éclat



Musée du Louvre, tous les jours sauf le mardi, de 9 heures à 18 heures, jusqu’à 22 heures les mercredi et vendredi. Tarif unique : 15 €. louvre.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ L’esprit du légendaire inventeur du butô plane sur le Festival d’automne, à Paris, avec un spectacle conçu en 2013.
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Danse : Takao Kawaguchi dans les pas de Kazuo Ohno

L’esprit du légendaire inventeur du butô plane sur le Festival d’automne, à Paris, avec un spectacle conçu en 2013.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 10h04
    |

                            Rosita Boisseau (Yokohama (Japon)








                        



                                


                            

Le petit studio est perché en haut d’une colline, à Yokohama. Une grimpette bien raide, un méli-mélo d’escaliers, plusieurs coups de sonnette chez des voisins, pour enfin tomber sur la pancarte : Kazuo Ohno Dance Studio. Le légendaire inventeur du butô – la « danse du corps obscur », née dans les années 1960 – a beau être mort en 2010, à l’âge de 103 ans, le monde reste apparemment immobile.
Dans ce lieu modeste, son fils, Yoshito Ohno, 80 ans, poursuit la transmission du geste férocement libre, entre élégance et crudité, de son père. On y pénètre lentement, paisiblement, comme dans un temple ou une église : Yoshito est catholique et bouddhiste, et joue toujours la danse du Père Noël, comme Kazuo le faisait pour l’école maternelle d’à côté. En cette fin d’août caniculaire, une dizaine de danseurs, calmes et ­concentrés, y travaillent. Sur la Sonate au clair de lune, de Beethoven, ils improvisent sur le thème de « la foi », tandis que Yoshito Ohno ­s’inquiète « qu’on ne puisse plus vraiment croire en grand-chose », avant deproposer un voyage « du soleil à l’obscurité »…

L’esprit de Kazuo Ohno plane. Ses robes sont accrochées sur un portant, des photos de lui avec Pina Bausch posées sur une chaise… Une affiche de la danseuse espagnole Antonia Mercé y Luque, dite « La Argentina », trône. En 1929, Ohno eut un choc en découvrant son spectacle. Quarante-huit ans après, en 1977, alors âgé de 71 ans, il créa le solo Admiring La Argentina, qui connut un succès mondial pendant vingt ans.
« Une sorte de provocation »
Dans cette pièce sidérante et inoubliable, Ohno surgissait en longue robe, châle à franges et bibi à fleurs couronnant un visage fardé de blanc,sur des rythmes de castagnettes et sur du Bach. Ce mythe ressuscite aujourd’hui dans le spectacle About Kazuo Ohno, Reliving the Butoh Diva’s Masterpieces, conçu en 2013 par le Japonais Takao Kawaguchi, à l’affiche...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La partition du Suisse Michael Jarrell, inspirée de Racine, a été créée au Palais Garnier, à Paris, samedi 29 septembre.
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Opéra : « Bérénice », héroïne déracinée

La partition du Suisse Michael Jarrell, inspirée de Racine, a été créée au Palais Garnier, à Paris, samedi 29 septembre.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 09h45
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Le Suisse Michael Jarrell aime les héroïnes de l’Antiquité. En 1994, il évoquait Cassandre dans une adaptation du livre de l’Allemande Christa Wolf. Samedi 29 septembre, sur la scène du Palais Garnier, il présentait en création une Bérénice inspirée de la pièce de Racine. Dans les deux œuvres, qualifiées d’opéras par le compositeur, un même scrupule vis-à-vis du texte : ne pas le dénaturer par un habillage lyrique. Du coup, celui de Cassandre fut confié à une comédienne (Marthe Keller), tandis que celui de Bérénice, bien que porté par des chanteurs, fuit la métrique des alexandrins.
Le livret conçu par Jarrell taille intelligemment dans les répliques originales pour en mettre certaines en exergue lors des rares pauses du chant. Plus discutable apparaît la décision de faire s’exprimer en hébreu Phénice (rôle parlé), la confidente de Bérénice, sous ­prétexte qu’elle est au service de la reine de Judée. Le recours à l’électronique pour suggérer le peuple de Rome à travers des bruits de foule est en revanche d’une grande pertinence, phonétique et dramatique. La tragédie de Racine repose en effet sur la parole qui n’est pas dite en face des personnes qu’elle concerne. Le roi Antiochus tarde à se déclarer à Bérénice, le jour où il pense qu’elle va épouser Titus. L’empereur Titus n’ose pas avouer à la belle étrangère qu’il doit sacrifier sa passion sur l’autel de la raison d’Etat. Quant à la femme que se disputent les deux hommes, elle passe sous silence ses intentions de suicide.
La mise en scène de Claus Guth, sobre et efficace, décline habilement le thème de l’emprisonnement
La situation est signifiée sur le plateau dès le prologue de l’opéra. Chaque personnage médite dans l’espace qui lui sera propre. Bérénice, dans l’appartement de gauche ; Titus, dans celui de droite, et Antiochus, dans le cabinet central, siège des futurs affrontements. Plus éloquente encore est la posture des protagonistes, tous assis par terre. Bérénice,...




                        

                        


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Yulduz Turdieva, étoile du chant d’Asie centrale

La chanteuse ouzbèke a donné au Théâtre des Abbesses, à Paris, le concert d’ouverture du Festival de l’imaginaire.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 09h29
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 09h37
    |

                            Patrick Labesse








                        



                                


                            

Une voix exceptionnelle, d’une amplitude remarquable. Les commentaires sont unanimes sur le parvis du Théâtre des Abbesses, à Paris, ce samedi 29 septembre. Yulduz Turdieva, la jeune chanteuse d’Ouzbékistan (le pays le plus peuplé d’Asie centrale, avec 33 millions d’habitants), née en 1985 près de Boukhara, vient de donner une éblouissante ­démonstration de son talent, ­accompagnée par un trio de ­musiciens, Uktam Rasulov (luth tanbur), Umid Vohidov (violon, vièle ghijak, chant), Temirov Ulugbek (tambour dayra). « Ma voix ? Un don de Dieu », lâche dans un sourire, avec une sympathique humilité, la nouvelle étoile (« yulduz », en ouzbek) du pays.
Chanteuse extrêmement populaire en Ouzbékistan, Yulduz Turdieva est devenue la « chouchoute » du nouveau président du pays, Chavkat Mirziyoyev
Elle a ouvert le « Week-end d’Asie centrale », un cycle de concerts et d’ateliers proposé par le Théâtre de la Ville, coréalisé avec le Festival de l’imaginaire, dont la 22e édition prend son envol avec ce ­concert. Chanteuse extrêmement populaire en Ouzbékistan, Yulduz Turdieva est, semble-t-il, devenue la « chouchoute » du nouveau président du pays, Chavkat Mirziyoyev, élu en décembre 2016 après la mort du despotique Islam Karimov. Il l’emmène avec lui partout dans ses voyages officiels (aux Etats-Unis, en Russie…). Cet accompagnement bienveillant relayé par la télévision ouzbèke a sans nul doute participé à sa ­notoriété ­au-delà de sa région. « A l’aéroport, tout le monde veut la prendre en photo », raconte, amusée, Soudabeh Kia, conseillère ­artistique au Théâtre de la Ville, à l’origine de ce programme « Asie centrale ».

Un air de fête
Son intérêt pour le chant, explique la chanteuse après son ­concert, ne lui est venu ni de ses parents (un père ingénieur, une mère couturière) ni d’un autre membre de la famille, mais simplement en écoutant la radio. Elle a un peu plus de 10 ans lorsqu’elle commence à se passionner...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La Foire Rachid Karamé est inscrite sur la liste des sites éligibles au titre de Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco.
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Architecture : la Foire de Tripoli, l’héritage libanais d’Oscar Niemeyer

La Foire Rachid Karamé est inscrite sur la liste des sites éligibles au titre de Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 09h21
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 16h34
    |

            Isabelle Regnier (Tripoli (Liban), envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Ensommeillée depuis près de vingt-cinq ans, quand les forces syriennes ont déserté les lieux à la fin de la guerre du Liban, la Foire internationale Rachid Karamé de Tripoli s’est réveillée le 22 septembre à la faveur d’une grande exposition d’art contemporain au titre programmatique « Cycles of Collapsing Progress » (cycles d’effondrement du progrès). A l’origine, ce ­gigantesque complexe avait vocation à devenir une foire internationale porteuse d’espoir, de progrès, de renaissance économique pour le nord du pays. C’était au début des années 1960, période communément associée à l’âge d’or du Liban. Le président Fouad Chéhab cherchait à forger une identité moderne au pays. La Foire, dont il a confié la conception à l’architecte brésilien Oscar Niemeyer, devait en être un symbole fort.

Sur un terrain de 100 hectares situé à proximité de la mer, l’architecte de Brasilia a mis en œuvre une véritable utopie ­urbaine. De part et d’autre d’une gigantesque « couverture » en forme de boomerang sous laquelle devaient s’installer les pavillons nationaux, le parc, aménagé par le paysagiste Roberto Burle Marx, a ainsi vu fleurir un archipel de bâtiments aux courbes ovoïdes, sinusoïdales, sensuellement futuristes, pensé pour héberger un théâtre en plein air, une salle de spectacles, un héliport, une maison d’hôtes, un bowling, la résidence du directeur, les logements des employés… Un rêve de béton ouvert sur la ville dont son auteur pensait qu’il allait se répandre, et la rejoindre à terme dans une continuité organique.
Mais il fut tué dans l’œuf. Le déclenchement de la guerre, en 1975, alors que les bâtiments étaient pratiquement terminés, lui porta un coup fatal. Et c’est dans cet état de quasi-achèvement que la Foire de Tripoli entama son destin de ruine romantique de la modernité. Transformée en base militaire pendant la guerre, elle n’a cessé, depuis que les armes se sont tues, de susciter de grandes idées, d’aiguiser les appétits des entrepreneurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’historienne franco-libanaise Chloé Kattar travaille à reconstituer l’histoire de la Foire Rachid Karamé.
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Foire de Tripoli : « La guerre n’est pas seule responsable de l’échec du projet »

L’historienne franco-libanaise Chloé Kattar travaille à reconstituer l’histoire de la Foire Rachid Karamé.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 09h19
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 10h23
    |

            Isabelle Regnier








                        



                                


                            

L’histoire de la Foire Rachid Karamé est mal connue. Dans le cadre de sa thèse à l’université de Cambridge, l’historienne franco-libanaise Chloé Kattar travaille à la reconstituer, notamment à partir d’archives qu’elle a exhumées sur le site.

Dans quel contexte est née la Foire ?
Les années 1960 étaient une époque où le tourisme, les loisirs, le secteur bancaire explosaient au Liban. Bagdad et Damas avaient ouvert des foires internationales et Beyrouth essayait de se mettre au niveau de cette modernité. Fouad Chéhab était ce président réformiste, aux idées socialisantes. Il attachait beaucoup d’importance au développement régional.
Oscar Niemeyer a été contacté en 1962. La guerre a commencé en 1975. Entre ces deux dates, que s’est-il passé ?
La construction a commencé autour de 1963-1964. Les archives montrent que l’inauguration était prévue pour 1966 ou 1967. La guerre n’est pas seule responsable de l’échec du projet. Le chantier a pris énormément de retard. Les coûts ont explosé, il fallait sans cesse trouver des fonds pour rallonger. Au Parlement, c’était toujours chaotique, les décisions prenaient du temps. Il y avait des problèmes de management, des conflits entre le conseil exécutif des grands projets et d’autres administrations, des ­conflits internes aux institutions, des histoires de corruption typiquement libanaises… A quoi il faut ajouter des problèmes techniques, d’étanchéité, notamment, dans la grande couverture…
Et avec la guerre, tout s’arrête…
En 1976, les forces arabes de dissuasion, une armée essentiellement composée de Syriens, entrent sur le site. Officiellement commanditée par la Ligue arabe pour calmer la situation, c’était en réalité un moyen pour la Syrie d’avoir la mainmise sur le Liban. Tripoli est la porte de la Syrie. Une structure comme la Foire est très stratégique. Comme la citadelle des Croisés, elle est devenue une base militaire,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Dissident courageux pour les uns, traître à sa communauté pour les autres, l’écrivain algérien persiste à dénoncer « la folie qui lie l’islamiste au corps de la femme », et participe le 7 octobre au Monde Festival.
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                L’écrivain algérien Kamel Daoud contre-attaque


Dissident courageux pour les uns, traître à sa communauté pour les autres, l’écrivain algérien persiste à dénoncer « la folie qui lie l’islamiste au corps de la femme », et participe le 7 octobre au Monde Festival.

LE MONDE
                 |                 01.10.2018 à 09h16
                 |

Virginie Larousse
















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« L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. (…) Le sexe est la plus grande misère du “monde d’Allah” », écrivait Kamel Daoud dans Le Monde du 5 février 2016, au lendemain des agressions sexuelles qui s’étaient déroulées à Cologne, le soir de la Saint-Sylvestre, impliquant de jeunes migrants.
En pleine crise des réfugiés, les propos de l’écrivain, Prix Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), avaient déchaîné les réactions indignées d’un collectif d’universitaires français – entre autres – qui l’avaient taxé d’islamophobie.
L’affaire avait débordé bien au-delà des milieux intellectuels, entraînant des passes d’armes d’une rare violence entre les pro et les anti-Daoud, et qui ont fini par pousser l’écrivain algérien à annoncer, quelques semaines plus tard, qu’il renonçait au journalisme pour se consacrer à la fiction.

        Rendez-vous au Monde Festival :
         

          L’islam doit-il faire sa révolution sexuelle ?



Le texte et le sexe
Mais Daoud – qui, de son propre aveu, se nourrit « de l’adversité » – ne s’est pas tu bien longtemps. Lui qui a pour « [sa] terre l’affection du désenchanté. Un amour secret et fort. Une passion » n’a pu se résoudre au retrait. Le journaliste a repris la plume, dénonçant tous azimuts les dictatures arabes, la montée de l’islamisme, « les scandalisés de la vertu », « la folie qui lie l’islamiste au corps de la femme », au mépris de la fatwa de condamnation à mort émise contre lui par un imam salafiste en 2014. Son nouveau livre, Le Peintre dévorant la femme (Stock, 140 p., 17 euros), est d’ailleurs consacré au corps féminin.
Dans cet essai écrit après avoir passé une nuit au Musée Picasso, à Paris, l’auteur confronte deux visions antinomiques. La vision du peintre espagnol, pour qui « la femme est une dévoration, un corps entier que l’on ne peut saisir que dans l’étreinte, l’immédiateté érotique, le désir, la dévoration cannibale ». Et celle du djihadiste, pour qui la femme érotisée est « une anticipation scandaleuse de la femme rêvée dans le paradis, pour après la mort ».
« Tant que les religieux auront le monopole du discours sur le sexe, nous ne guérirons pas. »
Aux yeux du peintre, « il s’agit de mourir de désir » ; dans l’optique du combattant de l’organisation Etat islamique, « il s’agit de faire mourir le désir ou de mourir pour pouvoir le combler » en compagnie des houris, ces vierges censées attendre les martyrs de la foi au paradis. Et Daoud de s’insurger contre ce rapport « monstrueux et pathologique » au corps féminin, et contre l’hypocrisie des terroristes qui tuent les mécréants au motif qu’ils boivent du vin et forniquent, tout en espérant gagner le paradis d’Allah, où ces djihadistes feront de même…

        Lire aussi :
         

                Kamel Daoud : « L’orgasme n’est pas un complot occidental »



De fait, la sexualité occupe une place éminente dans sa réflexion. A ceux qui y voient un sujet racoleur ou anecdotique, Daoud souligne au contraire le caractère « essentiel » de cette question. « Quand on réfléchit à ce qui se passe dans le monde “arabe” ou musulman, analyse-t-il, on en revient toujours à la question du texte et du sexe, à la représentation de la femme. Si nous avons un lien pathologique avec l’être aimé, cela signifie que nous avons un lien pathologique avec l’altérité, avec les différences, avec le reste du monde. (…) Tant que les religieux auront le monopole du discours sur le sexe, nous ne guérirons pas. »
Certains diront que l’auteur de Zabor ou les psaumes (Actes Sud, 2017) « essentialise » l’islam et le monde arabe. Une accusation qui l’irrite d’autant qu’il ne réserve pas ses critiques au seul monde arabe. Il ne nie pas que l’Occident a lui aussi un rapport biaisé à la sexualité et aux femmes, et se montre solidaire du mouvement #metoo. En pointant un paradoxe : alors que, de l’autre côté de la Méditerranée, le corps de la femme est voilé, la femme occidentale est, elle, « voilée par son corps », « chosifiée ».

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                Au Maghreb, l’amour en résistance



Un lien entre misère sexuelle et radicalisme religieux
Mais l’enjeu est d’autant plus important dans le monde arabe que le chroniqueur au Quotidien d’Oran et au Point voit un lien direct entre la misère sexuelle et la montée du radicalisme religieux, qui fonctionnent comme des vases communicants. « Lorsqu’il faut mourir pour rencontrer la femme au paradis, que l’on est contraint de mettre en sursis son propre désir, l’équation est très simple. Je ne pense pas qu’un homme qui a été aimé à 14 ans se fasse kamikaze à 16 ans. »
«L’orgasme n’est pas une traîtrise, il n’est pas un concept de l’Occident, c’est un droit universel.»
A 48 ans, l’écrivain sait d’autant mieux de quoi il parle qu’il a lui-même été attiré, dans sa jeunesse, par l’islamisme, avant de s’en détourner pour « vivre librement ». Quitte à sacrifier au confort, si l’on peut dire, d’une vie entièrement régie par les règles religieuses. « Je veux croire qu’il y a plus de dignité à vivre cette angoisse existentielle qu’à vivre le confort de la soumission. »
Et de fait, son existence n’est pas des plus confortables. Il vit à Oran en semi-clandestinité. Incarnant tantôt la figure du dissident courageux, tantôt celle du traître à sa communauté, l’écrivain continue de tenir tête aux cheikhs qui se permettent de légiférer sur le corps des autres – et en premier lieu sur celui des femmes. Il réclame le droit pour chacun et chacune de disposer de son corps, et ce qu’il nomme le « droit à l’orgasme. (…) L’orgasme n’est pas une traîtrise, il n’est pas un concept de l’Occident, c’est un droit universel ».
Kamel Daoud participe dimanche 7 octobre au Monde Festival au débat sur « L’islam doit-il faire sa révolution sexuelle ? » animé par Virginie Larousse, de 15 h 30 à 17 heures, à l’Opéra Bastille (amphithéâtre).

Rendez-vous du 5 au 7 octobre au Monde Festival 2018 !
Aimer ! C’est le thème de la 5e édition du Monde Festival qui s’ouvre le 5 octobre à Paris avec le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda et son dernier film, Une affaire de famille, Palme d’or 2018 à Cannes. Deux autres films seront projetés en avant-première : Un amour impossible, de Catherine Corsini et, pour clôturer le festival, En liberté !, le nouvel opus de Pierre Salvadori.
Les 6 et 7 octobre, place aux débats : sur les nouvelles relations amoureuses (Le big data va-t-il tuer le hasard des rencontres ? Aux origines de #metoo ), les technologies (Intelligence artificielle et émotions : un amour de robot ? ) l’école (Donner l’envie d’apprendre, un jeu d’enfant ?) l’environnement (Pour l’amour de ma Terre, S’aimer comme des bêtes ), l’économie, les médias (Comment informer sous la présidence d’Emmanuel Macron ?), la politique (Y a-t-il une vie après la politique ? )...
Des rencontres exceptionnelles avec Barbara Hannigan, Juliette Armanet, la tribu Guédiguian, Chimamanda Ngozi Adichie, Mario Vargas Llosa, Charline Vanhoenacker, Pierre de Villiers, Pierre Hermé, Roberto Saviano, Kamel Daoud et bien d’autres...
Et samedi soir, rendez-vous à La Nuit de l’amour  aux théâtre des Bouffes du Nord, avec André Comte-Sponville, Barbara Cassin, Carolin Emcke...
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                                                Par                        Virginie Larousse













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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Pour sa première création au TNB, à Rennes, Arthur Nauzyciel frappe fort.
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Théâtre : « La Dame aux camélias », une agonie par asphyxie

Pour sa première création au TNB, à Rennes, Arthur Nauzyciel frappe fort.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 08h48
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 10h17
   





                        



                                


                            
Par Joëlle Gayot (Rennes)

Pour sa première création au Théâtre national de Bretagne, dont il est le directeur depuis un an, ­Arthur Nauzyciel devait frapper fort. C’est chose faite. A sa manière : fiévreuse, sensuelle, méditative. Sa mise en scène de La Dame aux camélias, d’Alexandre Dumas fils, dans l’adaptation de Valérie Mréjen, est plus qu’un ­salut au public de Rennes. C’est un pacte avec la beauté.

Enserrée dans un plateau rouge sang découpé en format pano­ramique, cette fiction de 1848 bascule, sous son regard, du sentimental au tragique avec en figure de proue une héroïne, Marguerite Gautier, dont le sacrifice ne laissera personne en paix. Le cérémonial s’accomplit sans précipitation. De ses prémices (un agrégat confus et mouvant de corps nus) à sa conclusion (deux silhouettes séparées l’une de l’autre), il est contraint par un tempo au ralenti. Un voilage tendu entre spectateurs et acteurs se dérobe sur une scène quasiment vide. Pour décor, deux canapés et, tout au fond, un large mur où sont projetées les vidéos en noir et blanc réalisées par Pierre-Alain Giraud.
Les voix et les images, le récit et le dialogue, les gestes et leur fixité, tout s’amalgame dans un continuum qui prend son temps
La représentation conjugue les écritures. Les voix et les images, le récit et le dialogue, les gestes et leur fixité, tout s’amalgame dans un continuum qui prend son temps. Arthur Nauzyciel n’est pas homme à tourner les talons quand la mort se présente aux portes du théâtre. Car Marguerite Gautier (bouleversante Marie­-Sophie Ferdane) va mourir. Courtisane condamnée par ses poumons malades, elle vivra ce que vivent les fleurs. Elle éclôt, s’épanouit, se fane, puis expire. Parcours fatidique et accompli à l’identique par un spectacle dont les corolles déployées laissent ­apparaître le meilleur et le pire de l’humain. Le meilleur ? L’amour fou d’Armand pour la prostituée. Il la sauvera (brièvement) du mépris...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 30/09/2018
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Youssoupha, rappeur nostalgique mais combatif

Dans son cinquième album, le « lyriciste bantou » ne renonce pas à défendre un hip-hop conscient et musical.



LE MONDE
 |    01.10.2018 à 05h28
 • Mis à jour le
01.10.2018 à 07h46
    |

                            Stéphanie Binet








                        



                                


                            

Il s’est absenté trois ans du rap français et Youssoupha n’aura jamais autant manqué à cette musique. Celui que le milieu appelle le « lyriciste bantou », pour la richesse de ses rimes associée à sa culture musicale congolaise, revient dans un contexte où son registre, le rap conscient, « est devenu une insulte ». Il en fait le triste constat dans son morceau Le Jour où j’ai arrêté le rap, extrait de son nouvel album, Polaroïd Experience, publié vendredi 28 septembre.
« L’heure n’est plus au rap militant mais au rap puissant », résume-t-il dans les sous-sols de son label Bomayé Musik. Dans cette structure située dans le 12e arrondissement de Paris, il a pourtant lancé bon nombre de jeunes artistes (KeBlack, Naza, Hiro…) qui font aujourd’hui les beaux jours des plates-formes de streaming. Le producteur de musique a, pour un temps, éclipsé l’artiste, avec la satisfaction que le rap, même vidé de sa conscience sociale ou de ses élans politiques, avait tout de même remporté une victoire, celle de la reconnaissance par le public d’une culture autrefois décriée.

« Même si, aujourd’hui, les textes disent moins de choses, reconnaît-il, l’important est que nous avons gagné un combat culturel. Je suis heureux quand MHD joue à Coachella, en Californie, ou quand Soprano remplit le Stade-Vélodrome, à Marseille. Leurs exploits sont aussi militants qu’un album d’Assassin [groupe de rap très politique des années 1990]. »  
Déménagement à Abidjan
A 39 ans, père de deux enfants, Youssoupha Mabiki a même pensé à raccrocher, comme il le raconte dans le dernier titre de ce cinquième album studio : « Tout ce que je voulais faire en tant que passionné de cette musique, je l’ai réalisé : les disques d’or, l’Olympia, les albums qu’on considère comme des classiques… Comme je le dis dans Devenir vieux, tout ce qui est atteint est détruit. Je...




                        

                        

