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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ La 43e cérémonie des Césars, qui sera animée par l’acteur Manu Payet, se déroulera le vendredi 2 mars Salle Pleyel.
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Césars 2018 : « 120 battements par minute » et « Au revoir là-haut » en tête des nominations

La 43e cérémonie des Césars, qui sera animée par l’acteur Manu Payet, se déroulera le vendredi 2 mars Salle Pleyel.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 12h33
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 16h33
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


C’est à dix heures pétantes, mercredi 31 janvier, en direct du Fouquet’s que le producteur Alain Terzian, président de l’Académie des arts et techniques du cinéma, accompagné de l’acteur Manu Payet, maître de cérémonie, ont annoncé, au cours d’une lecture dont la sobriété fut le maître mot, la liste officielle des nominations de la 43e cérémonie des Césars, qui aura lieu le vendredi 2 mars depuis la Salle Pleyel, et sera retransmise en clair et en direct sur Canal+.
Litanie hâtive, clairement dominée, sans décompte précis et à l’oreille, par quelques titres-phares : le drame sociétal et romanesque sur les années sida, 120 battements par minute, de Robin Campillo ; la farce anarcho-historique sur fond de boucherie de la Grande Guerre, Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel ; enfin la comédie melting-pot, Le Sens de la fête, d’Olivier Nakache et Eric Toledano. De fait, treize nominations distinguent les deux premiers titres, dix le second.

   


Sept films se disputeront donc la compression suprême (celle du « Meilleur film »). Outre les trois déjà cités, il s’agit de Barbara, de Mathieu Amalric ; Le Brio, d’Yvan Attal ; Patients, de Grand Corps Malade (Fabien Marsaud) et Mehdi Idir ; Petit paysan, d’Hubert Charuel. Une combinaison à peu près semblable concernera le César de la meilleure réalisation, Julia Ducournau (pour son fort remarqué premier long-métrage d’horreur Grave) et Michel Hazanavicius (pour sa parodie godardienne Le Redoutable) se glissant dans la liste au détriment de Grand Corps Malade et d’Yvan Attal. On retrouve logiquement la jeune Julia Ducournau (34 ans) parmi les postulants au César du premier film, aux côtés notamment de Jeune femme, une comédie fantasque de sa collègue Léonor Serraille (32 ans), déjà récipiendaire de la prestigieuse Caméra d’or au Festival de Cannes en mai 2017.
La jeune génération à l’honneur
Parmi cette jeune génération, c’est toutefois Hubert Charuel (32 ans), fils d’agriculteurs diplômé de la Femis, qui a le plus impressionné les votants, son thriller rural Petit paysan, huit fois nommé, se classant notamment, fait rare pour un débutant, dans les catégories « Premier film », « Meilleure réalisation » et « Meilleur film ».

   


Du côté des actrices et des acteurs, citons parmi elles Jeanne Balibar, qui excelle de fait dans la troublante réincarnation de Barbara dans le film de Mathieu Amalric, et Juliette Binoche dans un de ses plus beaux rôles pour Un beau soleil intérieur, de Claire Denis, subtile comédie dépressive qu’on regrette de ne pas voir plus mise en valeur, ce qui n’aurait pas fait de mal aux deux catégories reines (« Meilleur film » et « Meilleure réalisation ») où treize nommés sur quatorze sont plus que grammaticalement masculins. En lice pour la sculpture du meilleur acteur, signalons un match à peu près égal entre ancienne et nouvelle générations, avec ici, Daniel Auteuil (Le Brio) et Jean-Pierre Bacri (Le Sens de la fête), là, Louis Garrel (Le Redoutable) et Swann Arlaud (Petit paysan).
Bonne tenue de la sélection documentaire
On mettra également l’accent sur la très bonne tenue de la sélection documentaire, qui verra notamment s’affronter, à couteaux tirés, 12 jours, de Raymond Depardon ; I Am Not Your Negro, de Raoul Peck ; A voix haute, de Stéphane de Freitas et Ladj Ly ; Carré 35, d’Eric Caravaca ; Visages Villages, d’Agnès Varda et JR. Quant aux films étrangers, outre la Palme d’or controversée, The Square, du Suédois Ruben Östlund, on y retrouve Dunkerque, de Christopher Nolan en dépit du mauvais sort dévolu à l’armée française, le charmant et musical La La Land, de Damien Chazelle, et le glaçant Faute d’amour, d’un des plus grands réalisateurs russe, en délicatesse dans son propre pays, Andreï Zviaguintsev. L’effet comique joué par l’acteur Manu Payet sur la difficulté de son nom (et partant de sa renommée) sonnait d’autant plus incongru dans un rituel qui célèbre censément l’amour du cinéma.

        Lire le compte-rendu  :
         

          Les films français à nouveau en progression en 2017



Enfin, l’annonce d’un nouveau prix, le César du public, qui récompensera le film français ayant réalisé le plus d’entrées au cours de l’année 2017, ne devrait pas nous empêcher de regretter l’absence totale de quelques-uns des plus beaux films de cette même année, qu’ils se nomment La Villa, de Robert Guédiguian, L’Amant d’un jour, de Philippe Garrel, ou Félicité, d’Alain Gomis.

   Liste des nominations aux Césars 2018 by Le Monde on Scribd

Sur le Web : www.academie-cinema.org



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Nolan Bushnell, accusé de management sexiste et toxique, devait recevoir le Pioneer Award à la prochaine conférence des développeurs de jeu. Les organisateurs ont réexaminé leur choix.
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#metoo : après des protestations, le fondateur d’Atari privé d’un prix

Nolan Bushnell, accusé de management sexiste et toxique, devait recevoir le Pioneer Award à la prochaine conférence des développeurs de jeu. Les organisateurs ont réexaminé leur choix.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 17h48
    |

            William Audureau








                        



   


Le « père du jeu vidéo », comme il se présentait lui-même dans les années 1970, ne recevra pas le Pioneer Award, prix renommé récompensant un apport décisif à l’histoire de cette industrie.
UBM, la société organisatrice de la Game Developers Conference (GDC), le plus prestigieux rassemblement annuel de l’industrie, a annoncé sur Twitter, mercredi 31 janvier, renoncer à remettre le prix du pionnier cette année. Le choix de Nolan Bushnell, fondateur d’Atari et producteur de Pong (1972), qui devait le recevoir en mars, a en effet provoqué de nombreuses réactions.
Depuis l’annonce la veille de sa nomination, de très nombreuses voix dans l’industrie, notamment aux Etats-Unis, se sont élevées pour protester contre ce choix, après que plusieurs anecdotes illustrant son management à caractère sexiste ont refait surface. « On peut dire que la culture toxique de la Silicon Valley a débuté chez Atari sous Bushnell », a notamment tweeté Brianna Wu, ingénieure logicielle féministe, aujourd’hui en lice pour l’investiture démocrate à la Chambre des représentants.

        Lire :
         

          Omerta, sexisme  et « porcs sans vergogne » dans le jeu vidéo



Celle-ci rappelle que, selon plusieurs livres d’histoire du jeu vidéo, citant des anecdotes souvent rapportées par Nolan Bushnell lui-même, le fondateur d’Atari tenait ses réunions dans des Jacuzzi, dans lesquels les dirigeants invitaient les employées avec lesquelles ils souhaitaient coucher, en leur demandant de se déshabiller devant les autres hommes présents. Les noms de code donnés aux jeux en interne étaient des prénoms d’employées jugées les plus désirables, à l’image de la console Home Pong, surnommée « Darlene ».
L’un des premiers jeux originaux de l’entreprise, Gotcha, une sorte de jeu du chat et de la souris, est présenté dans les affiches promotionnelles comme un homme poursuivant une femme (« gotcha ! » signifie « je t’ai attrapée ! »). Sur le meuble contenant l’écran et l’interface pour jouer, le joystick a été remplacé par de faux seins, que le joueur doit prendre dans sa main et incliner pour manier son personnage.

   


Un prix pour les pionnières oubliées proposé
Sous le mot-dièse #NotNolan, la game designeuse Jen Allaway s’interroge : « UBM, pouvez-vous m’expliquer pourquoi, l’année de #metoo, vous voudriez donner le prix du pionnier à Nolan Bushnell ? »
Gillian Smith, professeure assistante au Worcester Polytechnic Institute, s’appuie également sur plusieurs extraits de livres et d’entretiens publiés. Dans l’un d’eux, l’entrepreneur raconte l’âge d’or d’Atari entre 1976 et 1983.
« Nous traitions nos programmeurs comme de mini-dieux. Nous leur avons donné les meilleurs bureaux isolés. On a installé un Jacuzzi dans l’immeuble des ingénieurs. Nous avons embauché les plus belles secrétaires pour ce département. »

        Lire aussi :
         

                Comment les femmes ont déserté le secteur informatique



Dans un autre passage, celui qui invite la presse dans une maison avec matelas à eau et bibliothèque érotique s’interroge :
« Certaines femmes se sentent à l’aise avec moi, et d’autres non. Je trouve que l’aura du pouvoir et de l’argent est très intimidant pour un nombre effrayant de femmes. » 
Nolan Bushnell ne s’est pas exprimé depuis la polémique. Dans l’un de ses derniers tweets, daté de novembre dernier, l’entrepreneur vantait la méritocratie : « L’audace et la persévérance triomphent de l’intelligence, des classes sociales, du sexe et de la couleur de peau. C’est ce qui nous place tous à égalité. Le succès est pour ceux qui n’abandonnent jamais ni ne rejettent la faute sur personne. »
En réaction au choix initial des organisateurs de la GDC, plusieurs observatrices ont proposé un prix collectif pour les pionnières méconnues et longtemps occultées de l’industrie, comme Dona Bailey (Centipede), Roberta Williams (la série King’s Quest), ou encore Jane Jensen (Gabriel Knight).

Here @ubm I fixed the #GDC @Official_gdc Pioneer Award for you. Any of these pioneers deserve it but #notnolan. Apo… https://t.co/9bvM2zErOD— drgamermom (@Karen Schrier)


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        Lire aussi :
         

                Joyce Weisbecker, pionnière méconnue de la programmation de jeux vidéo



Nolan Bushnell a longtemps été considéré comme le père et l’inventeur des jeux vidéo, en raison du succès commercial de Pong. Il avait eu l’idée de ce jeu de tennis lors de la présentation aux professionnels, quelque mois plus tôt, d’un programme similaire pour la Magnavox Odyssey, la première console de l’histoire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Le cinéaste Aktan Arym Kubat utilise la dimension symbolique pour dépeindre une société dans laquelle la tradition est menacée.
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« Centaure » : un western au cœur du Kirghizistan

Le cinéaste Aktan Arym Kubat utilise la dimension symbolique pour dépeindre une société dans laquelle la tradition est menacée.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h26
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Il est surnommé « Centaure ». C’est un ancien projectionniste de cinéma. Il est marié à une femme sourde et muette et père d’un gamin de 5 ans. Son plus grand plaisir est de s’emparer, la nuit venue, de chevaux de course qu’entraînent les hommes riches du coin, pour galoper dans la steppe avant de les relâcher dans la nature. Il est découvert, capturé et livré, un soir, aux autorités.
Son sort est suspendu à la décision du conseil des anciens et l’indulgence des habitants du village. Après une tentative avortée de conversion à l’islam (un moment non dénué d’humour), « Centaure » ne pourra qu’affirmer son désir irréductible d’une liberté et d’une individualité que lui refuse un monde en train de se transformer.
Centaure est une sorte de western kirghiz où les événements prennent rapidement une dimension symbolique et abstraite. S’y produit une sorte de précipité chimique où le présent se lirait à la lumière d’un passé désormais enfoui. On sent que le cinéaste Aktan Arym Kubat, peintre de formation et déjà auteur des excellents Voleur de lumière (2010) et Le Singe (2001), en interprétant ici le rôle prin­cipal du film, exprime une volonté de tenir un discours qui s’identifierait à celui de son ­héros. Le propos semble dépeindre, à travers le récit d’un parcours individuel, une situation en porte-à-faux avec une tradition menacée.
Une nation conquérante
Le protagoniste principal, qui conte à son fils, dont on ne sait pas s’il l’entend, les récits héroïques de l’histoire du Kirghizistan, tente, de façon peut-être dérisoire, de perpétuer le souvenir d’une nation conquérante et fière désormais soumise, on le devine, à diverses menaces de dissolution. Il y a celle que représente la loi de l’argent, celle de ces potentats locaux propriétaires d’étalons de course qui ont la loi entre leurs mains. Il y a aussi les prosélytes d’un islam politique conquérant et en même temps insidieux, bouleversant les relations entre les individus. Le souffle épique d’une mise en scène caractérisée par un usage à la fois exaltant et distanciateur de l’écran large s’allie à une manière de manier une dialectique nourrie par la justesse parfois émouvante des portraits des différents protagonistes.
Sans doute pourrait-on reprocher au film d’Aktan Arym Kubat un usage de l’allégorie parfois un peu attendu, dans ces plans de chevaux au ralenti par exemple, parfois plus habile comme cet ancien cinéma transformé en mosquée. Car loin d’être insignifiant, l’ancien métier du héros est aussi le signe de la disparition de ce monde symbolique et imaginaire qu’incarnait le cinéma lui-même, symbole perceptible à travers ces affiches oubliées de films soviétiques témoignant d’une vision idéologique désormais lointaine.

Film kirghiz, français, allemand et néerlandais d’Aktan Arym Kubat. Avec Aktan Arym Kubat, Nuraly Tursunkojoev, Zarema Asanalieva (1 h 29). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/Centaure-Aktan-Arym-Kubat



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Dans la peau d’un boxeur, filmé par Samuel Jouy, l’acteur insuffle force et grandeur tragique.
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« Sparring » : Mathieu Kassovitz, jusqu’au dernier round

Dans la peau d’un boxeur, filmé par Samuel Jouy, l’acteur insuffle force et grandeur tragique.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h24
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Parmi les adjectifs qui peuvent venir à l’esprit en voyant Sparring : modeste, petit, familier. Ce qui suffit à garantir un film ­confortable. Il faut y ajouter : fort, ce qui élève le premier long-métrage de Samuel Jouy au-dessus du tout-venant de la production française. Cette force, Sparring la doit en grande partie à Mathieu Kassovitz. Le réalisateur de L’Ordre et la Morale et interprète de la série Le Bureau des légendes (Canal+) insuffle au personnage de Steve Landry, boxeur semi-professionnel, une part de grandeur tragique qui lui permet de prendre place aux côtés d’autres pugilistes malheureux à l’écran, le Bill Thompson de Robert Ryan dans Nous avons gagné ce soir, de Robert Wise, ou le Ernie de Jeff Bridges dans La Dernière Chance, de John Huston.
On ne pouvait imaginer plus ordinaire que la famille Landry, du Havre. Papa Steve (Mathieu Kassovitz) travaille dans la restauration collective, maman Marion (Olivia Merilahti) est coiffeuse, Aurore (Billie Blain), l’aînée, prend des cours de piano, Oscar, le cadet, n’a pas encore de soucis. Steve est aussi boxeur et – la quarantaine passée – approche de son cinquantième combat (trente-trois défaites, treize victoires, un nul). Les promoteurs ne veulent plus de lui sur le ring. Quand se présente l’occasion de devenir le sparring-partner de Tarek M’Bare (Souleymane M’Baye, acteur débutant, champion WBA super-légers), Steve Landry y voit l’occasion de gagner assez d’argent pour acheter un piano à sa fille et trouver une place dans le monde de la boxe, qui rendrait justice à son expérience.
Une ascèse inconsciente
On trouvera dans le déroulement du scénario de Samuel Jouy quelques-uns des clichés inhérents au genre, des facilités sentimentales. On les verra à peine, tant on est fasciné par le personnage prin­cipal. Mathieu Kassovitz façonne la dévotion de Steve à son sport comme une ascèse inconsciente. Le boxeur est incapable de formuler ce qui le pousse à remonter sur un ring (une séquence assez drôle le montre essayant en vain de suivre les élucubrations d’un de ses collègues en sparring qui lui expose une théorie pugilistique), malgré les échecs répétés. Arrivé au terme de sa carrière, le tourment de l’échec est insupportable, d’autant que sa fille est arrivée à l’âge où le regard des enfants sur les parents se dessille.
Les allers-retours de Steve entre le paysage urbain brut du Havre et les ors du casino de Deauville, dans le théâtre duquel Tarek M’Bare s’entraîne, rythment l’oscillation du personnage qui voudrait être père et rester athlète, la première option impliquant l’acceptation du passage du temps, la seconde, le risque de la blessure et de la maladie. A l’hollywoodienne, Samuel Jouy trouve un compromis entre les deux options. Mathieu Kassovitz a installé une telle familiarité entre les gens dans la salle et ce type blessé et courageux à l’écran que l’on accueille avec soulagement cette ruse de scénario.
Et s’il fallait encore une raison d’aller voir Sparring, on la trouvera dans l’apparition brève, mais indélébile, d’Yves Afonso dans le rôle d’un vieil entraîneur. Dans le regard clair et un peu brouillé de l’acteur mort le 21 janvier, on voit le reflet du destin d’éternel second rôle que Mathieu Kassovitz a endossé le temps d’un film et de quelques rounds.

Film français de Samuel Jouy. Avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain (1 h 34). Sur le Web : www.europacorp.com/fr/films/sparring et www.facebook.com/Sparring.LeFilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun peint avec pudeur les deuils et les espoirs d’un père migrant.
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« Une saison en France » : dix mois pour prendre racine

Le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun peint avec pudeur les deuils et les espoirs d’un père migrant.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h22
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h38
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Le nouveau film du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Un homme qui crie, 2010 ; Grigris, 2013), le premier tourné en France, où le cinéaste a élu domicile, est une œuvre fragile, sur le fil du rasoir, difficile à aborder autrement qu’à travers les fortes tensions qui la sous-tendent. D’abord peut-être parce qu’elle s’attaque à l’un des sujets cruciaux de notre époque, la situation des « migrants », avec le souci de contourner les clichés médiatiques et scénaristiques (misérabilisme, alarmisme, constat d’impuissance) qui ont fini par le recouvrir. Haroun ne se penche pas sur la traversée en elle-même, mais sur le moment d’après, le temps long de la demande d’asile, où l’enracinement sur le territoire est à la fois favorisé par la lenteur du processus administratif et empêché par l’incertitude de ses décisions.

        Lire l’entretien avec Sandrine Bonnaire :
         

          « Ma cité HLM, c’était comme un village »



Une saison en France se présente donc comme la chronique d’une famille prise dans ce moment particulier, entre rêves d’installation et délogements précipités. Ayant fui la guerre en Centrafrique, Abbas (Eriq Ebouaney) vit en France, aux portes de Paris, avec ses deux enfants. Si le souvenir de la traversée génère encore son lot de cauchemars (sa femme n’y a pas survécu), l’existence de cet ancien professeur de français semble reprendre son cours : ses enfants vont à l’école, lui travaille sur les marchés et noue une relation amoureuse avec Carole (Sandrine Bonnaire), une maraîchère aux origines polonaises. Mais en dépit de ses démarches auprès des services administratifs, sa régularisation se voit systématiquement retoquée. Abbas court les appartements de banlieue, atterrit entre les mains d’un marchand de sommeil et glisse peu à peu dans la clandestinité. L’exil se perpétue dans cette course interminable.
Le film regorge de ces instants magnifiques, dont la banalité n’est si bouleversante que parce qu’elle est disputée au malheur
Le film affiche ainsi un double objectif : montrer, d’une part, les attaches qui se créent presque « naturellement » entre les réfugiés et leur terreau d’accueil ; dénoncer, d’autre part, l’inanité d’un système administratif qui semble voué à fabriquer des drames humains (le désespoir d’Etienne, ami et compagnon de traversée d’Abbas, qui tente de se suicider). Deux projets dont la conjugaison définit l’équilibre précaire de l’ensemble. Haroun se doit, en effet, d’exposer les difficultés que rencontrent les réfugiés en terre étrangère et emprunte, pour cela, le schème nécessairement didactique (et donc un peu raide) de l’engrenage social.
Mais à cette pente appuyée, le cinéaste oppose une forme de résistance : la temporalité ouverte de la vie et de ses moments particuliers. A savoir la possibilité, pour les personnages, d’accéder à une forme de quotidienneté : border ses enfants, leur chanter une berceuse, déguster un bon repas, retrouver une femme aimée, passer la nuit dans ses bras… Le film regorge de ces instants magnifiques (la scène merveilleuse de l’anniversaire de Carole), dont la banalité n’est si bouleversante que parce qu’elle est conquise, disputée au malheur. Du temps libre, purement gratuit, que n’importe quelle démonstration sociale aurait cherché à gommer. Haroun les privilégie et prouve par là même sa qualité de grand cinéaste.
Un récit affectif
La mise en scène, pudique et patiente, contribue à ouvrir de telles brèches au cœur du récit, en laissant les plans respirer, en ouvrant le champ autour des comédiens – montrant aussi la périphérie rugueuse d’un Paris inaccessible. Rien n’est moins cadenassé, moins déterministe et plus ouvert que cette approche, soucieuse de ne pas contraindre les corps (souvent filmés « en pied »). Haroun n’en oublie pas pour autant les visages, auxquels il accorde des gros plans, rares et précieux, d’une douceur humaine infinie. Car derrière le drame des réfugiés se cache également un récit affectif : celui d’une famille qui parvient à se recomposer, même temporairement, par-delà les accidents du deuil et de la clandestinité.
Que cette histoire débouche, lors d’un final bouleversant, sur les dunes désolées de la « jungle » de Calais, alors démantelée, et le fil amoureux est soudain suspendu par la sidération devant l’étendue d’un désastre plus vaste, dont le vide vertigineux est peut-être le signe ultime de notre époque.

Film français et tchadien de Mahamat-Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darboe, Bibi Tanga (1 h 37). Sur le Web : www.advitamdistribution.com/films/une-saison-en-france



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le long-métrage de Ziad Doueiri traite du massacre de chrétiens à Damour.
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Au Liban, le film « L’Insulte » ouvre une brèche dans l’amnésie post-guerre civile

Le long-métrage de Ziad Doueiri traite du massacre de chrétiens à Damour.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h19
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 10h31
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            Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)








                        



                                


                            

Au Liban, l’enseignement de l’Histoire s’arrête en 1946, date du départ des derniers soldats français. Les empoignades politiques des décennies 1950, 1960 et 1970, entre le camp pro-arabe et le camp pro-occidental, et les tueries de la guerre civile, entre 1975 et 1990, sont bannies des manuels scolaires. La loi d’amnistie, proclamée à la sortie de ce conflit fratricide, a instauré une omerta de fait, frappant les institutions et la société d’amnésie. Sous la pression des anciens chefs de milice, entrés en politique aussi vite qu’ils avaient mis Beyrouth en coupe réglée, toute enquête sur les crimes commis par les uns et les autres est devenue taboue. Hors champ.
D’où le choc causé par L’Insulte. En traitant de front la question ultrasensible du vieil antagonisme entre chrétiens libanais et Palestiniens réfugiés au Liban, considéré comme le catalyseur de la guerre, le film de Ziad Doueiri a créé l’événement. Il a attiré 121 000 spectateurs depuis sa sortie début septembre – un très bon résultat, dans un pays de 6 millions d’habitants –, et sera présent aux Oscars début mars dans la catégorie du meilleur film étranger.

Au box-office de 2017, L’Insulte se hisse à la 3e place, la première étant occupée par un blockbuster américain, la huitième déclinaison de Fast and Furious (182 000 entrées). « C’est un film majeur pour l’évolution des mentalités au Liban, juge Ziyad Makhoul, rédacteur en chef du quotidien L’Orient-Le Jour. Il y a une volonté chez certains artistes ­libanais de déblayer, de nettoyer nos écuries d’Augias. »
L’audace de L’Insulte consiste dans le fait qu’il aborde un épisode occulté de la guerre civile : le massacre de Damour, une localité chrétienne, au sud de Beyrouth, dont une partie des habitants ont été exécutés en janvier 1976 par des miliciens de l’OLP, emmenés par la Saïka, branche prosyrienne de la centrale palestinienne.
Sabra et...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Le cinéaste Ziad Doueiri tente de décomposer les tenants et les aboutissants de l’histoire du Liban depuis un demi-siècle.
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« L’Insulte » : guerre civile au prétoire

Le cinéaste Ziad Doueiri tente de décomposer les tenants et les aboutissants de l’histoire du Liban depuis un demi-siècle.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h19
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h23
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Il y a d’un côté un professionnel sérieux, conducteur de travaux, soucieux du bien-être des autres. De l’autre un type mal embouché, que l’on voit dès la première séquence perdre patience face à son épouse enceinte, alors que celle-ci lui demande tout bêtement s’il ne serait pas temps de quitter Beyrouth pour s’installer au calme. Dans la brève exposition des deux personnages, dont l’affrontement constitue la matière de L’Insulte, il y a quelque chose de simple et de rassurant, malgré le caractère hautement explosif de leur environnement, le Liban, qui n’en finit pas de ressasser les souvenirs de la dernière guerre civile tout en redoutant et fantasmant la prochaine.

        Lire l’enquête :
         

          Au Liban, « L’Insulte » ouvre une brèche dans l’amnésie post-guerre civile



Ziad Doueiri, scénariste de son film avec Joëlle Touma, veut, à travers le choc entre Yasser (Kamel El-Basha), le contremaître palestinien, et Tony (Adel Karam), le garagiste chrétien, décomposer les tenants et les aboutissants de l’histoire du Liban depuis un demi-siècle en une série d’éléments ­simples (historiques, sociologiques, psychologiques) qui rendraient le conflit entre les deux hommes – métaphore, bien sûr, d’une guerre plus générale – à la fois compréhensible et résoluble. Ce souci de simplification fait échouer le film, commencé, comme une comédie sardonique rythmée, dans un prétoire. Et plus le procès qui oppose Tony et Yasser dure, plus L’Insulte perd de son allant et de sa distance pour n’être plus que la déclamation d’une thèse sur les responsabilités d’un camp et de l’autre dans la catastrophe qui a englouti le Liban à partir de 1975.
Saisi par la colère
L’insulte, c’est celle que Yasser lâche à l’endroit de Tony après que celui-ci l’a arrosé depuis son balcon. Le Palestinien a remis aux normes l’écoulement des eaux de l’appartement du Libanais sans son autorisation. L’outragé exige des excuses. Lorsque Yasser se rend au garage de Tony, de mauvaise grâce, pour les lui présenter, il est accueilli par l’enregistrement d’un discours de feu Bachir Gemayel, dénonçant son peuple comme une plaie qui s’est abattue sur le Liban et, saisi à son tour par la colère, frappe son interlocuteur au lieu de s’excuser.
S’ensuit une série de procédures dont l’écho devient national. Yasser est défendu par une jeune avocate chrétienne (Diamand Bou Abboud, vue dans Une famille syrienne, de Philippe Van Leeuw) pendant que Tony a recours aux services de Me Wehbe (Camille Salameh), vieux routier de la politique, figure du camp chrétien. Au fil des révélations qui sont le lot des films judiciaires, Ziad Doueiri vide ses personnages de leur individualité (et pourtant les interprètes ne déméritent pas, notamment Adel Karam, impressionnant en tête de mule) pour en faire les symboles de ­situations historiques. On suppose que le cinéaste invoquera pour justifier sa conclusion la fameuse réplique de La Règle du jeu (Jean Renoir, 1939) : « Tout le monde a ses raisons. » Mais si cette excellente généralité reste indispensable pour construire des personnages complexes, elle n’est plus que platitude si l’on s’en sert pour analyser l’Histoire.

Film libanais et français de Ziad Doueiri. Avec Kamel El-Basha, Adel Karam, Diamand Bou Abboud, Rita Hayek, Camille Salameh (1 h 52). Sur le Web : diaphana.fr/film/linsulte



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Atsuko Hiranayagi filme le périple du Japon en Californie d’une vieille fille à la recherche de sa nièce.
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« Oh Lucy ! » : entre comédie dépressive et drame cocasse

Atsuko Hiranayagi filme le périple du Japon en Californie d’une vieille fille à la recherche de sa nièce.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h17
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Setsuko, une employée de bureau tokyoïte, vieille fille, solitaire et introvertie, commence à suivre des cours d’anglais destinés à sa nièce. Le professeur, un jeune Américain excentrique, disparaît avec ladite nièce. Setsuko, accompagnée de sa sœur, mère de l’adolescente, part à la recherche du couple en Californie.
Le voyage sera tout à la fois l’occasion pour la protagoniste de solder quelques vieux comptes (sa sœur lui a piqué dans le passé son petit ami) en vivant une brève, comique et désespérée étreinte sexuelle.
Satire de la vie quotidienne
Oh Lucy ! est un film non dénué de ce charme qui surgit du caractère indécidable de la catégorie à laquelle appartiendrait un film. Si c’était une comédie, elle serait par moments particulièrement dépressive, si c’était un drame, il serait traversé de moments cocasses déplacés.
Satire de la vie quotidienne au Japon, portrait d’un personnage d’autant plus touchant qu’il est un peu opaque, Oh Lucy ! n’échappe pas à la vacuité de quelques dérisoires trouvailles poétiques, mais dégage une mélancolie qui en fait le prix relatif.



Film américain et japonais d’Atsuko Hiranayagi. Avec Shinobu Terajima, Josh Harnett, Kaho Minami (1 h 35). Sur le Web : www.nourfilms.com/oh-lucy



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale du Monde », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/01/2018
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La grande roue tourne pour Woody Allen, le zoo ouvre pour Félix Moati : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale du Monde », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 06h28
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Doit-on effacer de sa mémoire toute la filmographie de Woody Allen ou y ajouter un autre long-métrage ? La sortie de Wonder Wheel relance le débat, d’autant que le film mériterait sans aucun doute d’être vu – s’il était possible de faire abstraction des accusations portées par la fille adoptive du cinéaste. C’est impossible, et le doute est là. Hors cas de conscience, on peut s’amuser au zoo avec Antony Cordier ou regarder autrement la situation des réfugiés avec Mahamat-Saleh Haroun. Pour ensuite monter sur le ring avec Mathieu Kassovitz et replonger dans les sous-sols de San Francisco et les années 1980 avec John Carpenter.
« Wonder Wheel » : la mélancolique fête foraine de Woody Allen

Wonder Wheel figure parmi les plus désenchantés des films de Woody Allen. La fable se déroule dans le Coney Island (Brooklyn, New York) des années 1950, décor populaire haut en couleur, où les personnages évoluent à l’ombre de la grande roue.
Ginny (Kate Winslet), actrice ratée devenue serveuse, mère d’un garçonnet délaissé et pyromane, consume ses rêves aux côtés d’Humpty (Jim Belushi), son mari, qui l’ennuie. Carolina (Juno Temple), la fille d’Humpty, blondinette écervelée s’est réfugiée chez son père pour fuir un mari mafieux. Mickey (Justin Timberlake), jeune bellâtre, étudiant en art dramatique et accessoirement maître-nageur bien fait de sa personne, va mettre le feu aux poudres de cette fusée brinquebalante.
Ginny, emmerdeuse lunatique et virago migraineuse, se jette à corps perdu dans une relation adultère avec Mickey, retrouvant au contact de l’aspirant acteur l’horizon glorieux dont elle rêve. Mais la Bovary du Nouveau Monde tombe donc de haut quand Mickey jette son dévolu sur sa belle-fille.
La vue sur la grande roue depuis l’appartement chaviré et clignotant du couple, l’action confinée dans le parc d’attractions figurent une allégorie multicolore et enlevée de la vie sentimentale qui se détache sur l’un des fonds les plus sombres du cinéma de Woody Allen, chacun se trouvant à la fin de la boucle plus abîmé qu’il ne l’était au départ. Le film s’accorde ainsi avec le regain de scandale qui entoure le cinéaste, lequel ne craint pas de souffler sur ses braises. Jacques Mandelbaum
« Wonder Wheel », film américain de Woody Allen. Avec Kate Winslet, James Belushi, Justin Timberlake, Juno Temple (1 h 41).
« Gaspard va au mariage » : scènes de ménagerie en Limousin

Il n’est de vrai paradis que perdu. De cette constatation mélancolique, Antony Cordier a fait un film d’une constante drôlerie, peuplé de personnages fantasques et d’animaux de chair et de sang, une comédie française, pleine de grâce et de fantasmes. Gaspard va au mariage est une espèce rare, et le seul moyen de la préserver est d’aller voir ce film en se souvenant du regard que, enfant, on posait sur les figurines en plastique d’un zoo miniature ou sur les bêtes prisonnières des vrais parcs zoologiques.
Une fois passée la porte de ce zoo (le film a été tourné dans un vrai parc du Limousin), les lois de la réalité semblent abolies. Plus que les retours en arrière, c’est la résurgence de rapports brutaux et passionnés – enfantins – entre frères et sœur qui dessine ce que fut cette enfance.
Pour lui donner chair et couleurs, Antony Cordier se sert avec un plaisir évident de l’environnement du parc, de l’irruption dans le champ d’animaux qui ne devraient pas vivre sous ces latitudes et du comportement exorbitant des personnages. Mise à part Marina Foïs qui doit incarner le principe de réalité, tous les acteurs (Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix et Johan Heldenbergh) se laissent aller sans réticence au plaisir de l’invraisemblance, naviguant entre gags fantasques et nostalgie incurable. Thomas Sotinel
« Gaspard va au mariage », film français d’Antony Cordier, avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix, Marina Foïs, Johan Heldenbergh (1 h 45).
« Une saison en France » : dix mois pour prendre racine

Le nouveau film du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Un homme qui crie, 2010 ; Grigris, 2013), le premier tourné en France, où le cinéaste a élu domicile, est une œuvre fragile, sur le fil du rasoir. D’abord peut-être parce qu’elle s’attaque à l’un des sujets cruciaux de notre époque, la situation des migrants, avec le souci de contourner les clichés (misérabilisme, alarmisme, constat d’impuissance). Haroun ne se penche pas sur la traversée en elle-même, mais sur le moment d’après, le temps long de la demande d’asile.
Ayant fui la guerre en Centrafrique, Abbas (Eriq Ebouaney) vit depuis quelque temps en France, aux portes de Paris, avec ses deux enfants. Si le souvenir de la traversée génère encore son lot de cauchemars (sa femme n’y a pas survécu), l’existence de cet ancien professeur de français semble malgré tout reprendre son cours : ses enfants vont à l’école, lui travaille sur les marchés et noue une relation amoureuse avec Carole (Sandrine Bonnaire), une maraîchère aux origines polonaises. Mais en dépit de ses démarches, sa régularisation se voit systématiquement retoquée.
Le cinéaste se doit d’exposer les difficultés que rencontrent les réfugiés en terre étrangère et emprunte, pour cela, le schème nécessairement didactique (et donc un peu raide) de l’engrenage social. A cette pente appuyée, le cinéaste oppose une forme de résistance : la temporalité ouverte de la vie et de ses moments particuliers. A savoir la possibilité, pour les personnages, d’accéder à une forme de quotidienneté : border ses enfants, leur chanter une berceuse, déguster un bon repas, retrouver une femme aimée, passer la nuit dans ses bras… Le film regorge de ces instants magnifiques (la scène merveilleuse de l’anniversaire de Carole notamment), dont la banalité n’est si bouleversante que parce qu’elle est conquise, disputée au malheur. Mathieu Macheret
« Une saison en France », film français de Mahamat-Saleh Haroun. Avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Aalayna Lys, Ibrahim Burama Darboe, Bibi Tanga (1 h 37).
« Sparring » : Mathieu Kassovitz, jusqu’au dernier round

Parmi les adjectifs qui peuvent venir à l’esprit en voyant Sparring : modeste, petit, familier. Ce qui suffit à garantir un film confortable. Il faut y ajouter : fort, ce qui élève le premier long-métrage de Samuel Jouy au-dessus du tout-venant de la production française.
Cette force, Sparring la doit en grande partie à Mathieu Kassovitz. Le réalisateur de L’Ordre et la Morale et interprète de la série Le Bureau des légendes (Canal+) insuffle au personnage de Steve Landry, boxeur semi-professionnel, une part de grandeur tragique qui lui permet de prendre place aux côtés d’autres pugilistes malheureux à l’écran, le Bill Thompson de Robert Ryan dans Nous avons gagné ce soir, de Robert Wise, ou l’Ernie de Jeff Bridges dans Fat City, de John Huston.
Employé dans la restauration collective, père de famille, Steve Landry est aussi boxeur, qui, la quarantaine passée, approche de son cinquantième combat (33 défaites, 13 victoires, un nul). Quand se présente l’occasion de devenir le sparring-partner de Tarek M’Barek (Souleymane M’Baye), il y voit l’occasion de gagner assez d’argent pour acheter un piano à sa fille et trouver une place dans le monde de la boxe qui rendrait justice à son expérience.
On trouvera dans le déroulement du scénario de Samuel Jouy quelques-uns des clichés inhérents au genre, des facilités sentimentales. Mais on les verra à peine, tant on est fasciné par le personnage principal. Kassovitz façonne la dévotion de Steve à son sport comme une ascèse inconsciente. Il voudrait être père et rester athlète, la première option impliquant l’acceptation du passage du temps, la seconde, le risque de la blessure et de la maladie.
A l’hollywodienne, Samuel Jouy trouve un compromis entre les deux options. Kassovitz a installé une telle familiarité entre les gens qui sont dans la salle et ce type blessé et courageux qui est à l’écran que l’on accueille avec soulagement cette ruse de scénario. T. S.
« Sparring », film français de Samuel Jouy avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain (1 h 34).
« Jack Burton... » : quand Carpenter explorait le cinéma chinois

   


La mode reste l’un des obstacles les plus infranchissables lorsque l’on envisage le voyage dans le temps. Comment accepter de revenir au temps des épaulettes obligatoires, des édifices capillaires patiemment montés à l’aide de tonnes de gel ? Comment accepter de revenir aux années 1980 ?
On se pose la question le temps des premières séquences des Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, de John Carpenter, en découvrant la mise des actrices (Kim Cattrall, Kate Burton, Suzee Pai), sans parler de la chanson du film, très MTV (signée Carpenter). Et puis, elle s’évapore, parce que la magie millénaire (il est question d’un fantôme surgi de l’Antiquité chinoise) du film de Carpenter opère.
Avec son héros qui n’en est pas un, et l’entrain magnifique que met l’auteur de The Thing à s’immerger dans un genre – le film de sabre et de fantômes chinois –, alors méconnu aux Etats-Unis, Les Aventures de Jack Burton… déploie les saveurs a priori contradictoires mais ici tout à fait harmonieuses d’un cocktail de burlesque, de fantastique et d’action.
Une fois plongé dans le dédale souterrain qui serpente sous le Chinatown de San Francisco, les acteurs « caucasiens » (Russell et Cattrall) deviennent de simples comparses de leurs collègues sino-américains qui acclimatent en Californie les traditions du cinéma de Hongkong, combats chorégraphiés et apparitions surnaturelles. C’était un geste prémonitoire de la part de Carpenter, qui ouvrait ainsi la voie à Tarantino et aux Wachowski. Geste prématuré aussi, puisque le film fut un échec commercial avant de faire l’objet d’une vénération constante à travers les décennies et les vidéoclubs des cinq continents. T. S.
« Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin », film américain de John Carpenter (1986), avec Kurt Russell, Kim Cattrall, Dennis Dun, Victor Wong (1 h 40).

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 31 janvier)
Gaspard va au mariage, film français d’Antony Cordier (à ne pas manquer)Centaure, film kirghiz, français, allemand et néerlandais d’Aktan Arym Kubat (à voir)Sparring, film français de Samuel Jouy (à voir)Une saison en France, film français et tchadien de Mahamat Saleh Haroun (à voir)Wonder Wheel, film américain de Woody Allen (à voir)Etre plutôt qu’avoir ? A l’école autrement…, documentaire français d’Agnès Fouilleux (pourquoi pas)L’Insulte, film libanais et français de Ziad Doueiri (pourquoi pas)Oh Lucy !, film américain et japonais d’Atsuko Hirayanagi (pourquoi pas)Voyoucratie, film français de FGKO (on peut éviter)
Nous n’avons pas pu voir :
Horse Soldiers, film américain de Nicolai FuglsigIndivisibili, film italien d’Edoardo De AngelisLes Tuche 3. Liberté, égalité, fraternituche, film français d’Olivier BarouxMémoires du 304, film français de Pascal LuneauNon, film français d’Enaut Castagnet et Ximun FuchsZéro Phyto, 100 % bio, documentaire français de Guillaume Bodin





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Christa Théret, 26 ans, poursuit la trajectoire qu’elle s’est fixée, loin des rôles « faciles ». Dans « Gaspard va au mariage », elle incarne une jeune fille qui s’identifie à un ours.
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Christa Théret, actrice à l’aise en peau d’ours


                      Christa Théret, 26 ans, poursuit la trajectoire qu’elle s’est fixée, loin des rôles « faciles ». Dans « Gaspard va au mariage », elle incarne une jeune fille qui s’identifie à un ours.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 16h23
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 16h41
    |

                            Emilie Grangeray








   


« C’est une guerrière un peu céleste. » De sa voix légèrement rauque, voilà comment Christa Théret définit son rôle dans Gaspard va au mariage, nouveau film d’Antony Cordier. Dans cette comédie originale, elle joue, aux côtés de Félix Moati et Lætitia Dosch, un personnage de femme enfant qui se réfugie, littéralement, dans une peau d’ours jusqu’à se persuader qu’elle en est un. « Pour Coline, cette peau est une manière de se protéger », dit celle qui, bon petit soldat, a étudié les mouvements de l’animal pour mieux l’imiter.
Jouer, son « issue de secours »
Comme son personnage, l’actrice de 26 ans veut se protéger. Sans doute parce qu’elle a été jetée très tôt dans le « drôle de milieu » du cinéma. La première fois, elle a 11 ans. Repérée dans une cour d’école, « sauvagement castée » selon ses mots, on la voit ensuite dans Le Couperet (2005), de Costa-Gavras. Puis, quatre ans plus tard, elle est de nouveau choisie pour incarner Julie dans Et toi, t’es sur qui ?. Sélectionné dans la catégorie Un certain regard, le film de Lola Doillon la propulse au Festival de Cannes.

        Lire la critique de « Gaspard va au mariage » :
         

          Scènes de ménagerie en Limousin



Drôle de trajectoire pour celle qui s’imaginait institutrice ou libraire. Une trajectoire bousculée à la même époque par la mort de son père, artiste peintre. Elle n’a que 15 ans. « Jouer a été mon issue de secours », confie-t-elle avec pudeur. Grâce à LOL, de Lisa Azuelos, Christa Théret est nommée pour le César du meilleur espoir féminin et devient un visage reconnu. Mais ce bonheur s’accompagne de la « peur de cette notoriété qui vous échappe ». Alors, la comédienne joue profil bas, refuse des rôles trop faciles, et se tourne vers des films qu’elle qualifie d’engagés, dans lesquels elle campe « des héroïnes marginalisées, des jeunes filles qui se cherchent ». À l’image de ses apparitions dans La Brindille, Voie rapide, Renoir, ou La Fille du patron… Pour expliquer cette jeune carrière, elle affirme être animée par l’idée de « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas », être attirée par « la poésie de l’écriture, l’engagement du personnage ».
Bientôt à l’affiche du très attendu E-Book, film d’Olivier Assayas sur le milieu de l’édition, elle reste discrète sur ses prochains projets, explique vouloir choisir des premiers films, et rêve de défendre un rôle « féministe ». « Donner tout, et en même temps sortir quelque chose de soi », livre-t-elle avec un sourire de Joconde. Une autre manière de se protéger ?
« Gaspard va au mariage », d’Antony Cordier, avec Félix Moati, Lætitia Dosch, Christa Théret. En salle le 31 janvier.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le succès d’un film se joue dès la première journée. Les équipes scrutent fébrilement le nombre d’entrées. Un bon départ permet de rester à l’affiche et d’être ainsi rentable.
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Article sélectionné dans La Matinale du 30/01/2018
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Les mercredis de l’angoisse du cinéma d’auteur

Le succès d’un film se joue dès la première journée. Les équipes scrutent fébrilement le nombre d’entrées. Un bon départ permet de rester à l’affiche et d’être ainsi rentable.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h12
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Tenir le fortin. Ne pas perdre de position, tenter même de gagner du terrain. C’est, chaque semaine, le pari fordien des distributeurs de films. Tous les lundis matin, avec les chiffres de fréquentation du week-end, le couperet tombe. Les exploitants des salles décident des longs-métrages qu’ils vont garder et de ceux qu’ils vont éjecter pour faire de la place aux dix-huit nouveaux films attendus en moyenne chaque mercredi.
« Dans cette bataille de chiffres, La Douleur est jugé de la même façon que Les Tuche », constate Régine Vial, directrice de la distribution aux Films du Losange, qui défend le cinéma d’auteur. Elle a accepté de montrer au Monde les coulisses de la sortie de ce long-métrage d’Emmanuel Finkiel, adapté du roman de Marguerite Duras.

Lundi 29 janvier, à 13 heures, c’est le soulagement. Le film a totalisé 83 845 entrées entre mercredi 24 et dimanche 28 janvier, soit une moyenne de 621 entrées sur 135 écrans. Des bons résultats à Paris mais aussi à Tours, à Orléans ou à encore Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Si bien qu’il sera projeté sur 220 écrans pour sa deuxième semaine, cette fois-ci non seulement dans les cinémas d’art et essai et les multiplexes du centre des grandes villes, mais également dans des agglomérations plus petites. Une prouesse pour un film d’auteur exigeant et assez long (2 h 06).
Un ordonnancement réglé au millimètre
La sortie d’un film obéit à un ordonnancement méconnu et réglé au millimètre. Tous les mercredis matin à 9 heures, les distributeurs se réunissent autour d’un petit déjeuner à l’UGC Ciné-Cité Les Halles. Les nouveautés de la semaine y sont projetées tôt le matin, si bien que, depuis quinze ans, ces salles sont devenues « le » baromètre de la profession.
Dans son rôle de Monsieur Loyal, Antoine Cabot, directeur du multiplexe, annonce, à 9 h 30 tapantes, les entrées de chaque film. Mercredi 24 janvier, Pentagone Papers de Steven Spielberg...




                        

                        


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« Wonder Wheel » : Woody Allen, l’art de l’intimité transfigurée

Le cinéaste américain est de nouveau accusé d’abus sexuels par sa fille.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 14h02
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à voir
Le temps est donc venu où la critique d’un film de Woody Allen ne peut à son tour être envisagée sans « appareillage » approprié. En d’autres termes, l’affaire Weinstein rattrape l’auteur de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander (1972) à l’heure où son nouveau film, Wonder Wheel, sort sur les écrans. Sa fille adoptive, Dylan Farrow, vient de réitérer, dans un entretien accordé le 17 janvier à la chaîne américaine CBS, les accusations d’abus sexuel portées de longue date contre son père, qui n’a jamais cessé de les démentir.

Le recours à l’entretien télévisé associé au moment historique a suscité une vague de réactions. Critiques rompant avec le cinéaste, actrices promettant de boycotter le réalisateur, spectacle musical inspiré d’un de ses films annulé à Broadway, acteurs de son prochain opus, A Rainy Day in New York, versant leur salaire à l’association anti-harcèlement Time’s Up, quand Amazon, producteur dudit film, envisage d’en supprimer la sortie.

Divorce conflictuel
Après l’effacement de Kevin Spacey de Tout l’argent du monde, de Ridley Scott, ou l’élimination de l’acteur James Franco en « une » du dernier numéro de Vanity Fair consacré à Hollywood, cette radicalité des réactions, tant de la part des studios, de certains acteurs que d’une partie du public, pose question. Est-elle fondée sur le sens de la justice ou sur la nécessité d’un châtiment d’autant plus justifié qu’il s’applique à des personnalités réputées intouchables ?

Sans minorer la gravité de l’accusation (engageant le soupçon de pédophilie et d’inceste) et la douleur de la victime supposée, il y a pourtant loin du cas Weinstein, systémique et avéré, au cas Allen, qui s’enracine dans le divorce conflictuel du cinéaste d’avec Mia Farrow dans les années 1990, alors qu’il entamait une liaison avec Soon-Yi Previn, autre fille adoptive,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Passion, jalousie, haine, solitude… rien n’a changé depuis les Grecs anciens, estime le réalisateur de « Wonder Wheel ».
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Woody Allen : « La grande roue est une métaphore de la vie »

Passion, jalousie, haine, solitude… rien n’a changé depuis les Grecs anciens, estime le réalisateur de « Wonder Wheel ».



Le Monde
 |    30.01.2018 à 09h54
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 16h27
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

A 82 ans, alors que Wonder Wheel sort en France, le réalisateur a déjà fini le tournage de A Rainy Day in New York, qui lui vaut une bronca outre-Atlantique. Après l’affaire Weinstein, dont son fils, Ronan Farrow, est à l’origine, Woody Allen, que celui-ci accuse depuis des années d’attouchements sur sa sœur adoptive Dylan Farrow, est de nouveau la cible de critiques violentes. Timothée Chalamet et Rebbecca Hall, deux des acteurs de A Rainy Day in New York, ont annoncé qu’ils donneraient les revenus de ce film à des organisations anti-harcèlement. Woody Allen, que nous avons rencontré à Paris en décembre, a de nouveau réfuté, par ses avocats, ces accusations.

Le désir, la trahison, les limites, c’est la matière de vos films. A la suite de l’affaire Weinstein, on s’offense outre-Atlantique de vous voir tourner « A Rainy Day in New York », un film qui met en relation un homme âgé et une adolescente de 15 ans…
Mais il n’y a rien de la sorte dans mon prochain film. On n’y trouve aucune relation de quelque nature qu’elle soit entre un homme d’un certain âge et une jeune fille. C’est quelque chose que la presse a fabriqué de toutes pièces…
Pourtant, vous n’avez pas peur en général de vous attaquer aux tabous des relations humaines.
C’est le matériau de base de tout auteur dramatique. La grande roue du titre, Wonder Wheel, est une métaphore de la vie. Aujourd’hui, on va sur la Lune et sur Mars, on a des ordinateurs et des robots, mais nous avons les mêmes problèmes émotionnels que les Grecs il y a cinq mille ans : la passion, la jalousie, la haine, la solitude, l’amour d’un autre et la frustration, rien de tout cela n’a changé, cela tourne en rond encore et encore, et dans cinq mille ans on aura fait d’autres progrès scientifiques miraculeux, mais les gens continueront à aimer, à être jaloux et à se sentir trahis. C’est Wonder Wheel, la même grande roue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Dans un zoo, la comédie d’Antony Cordier séduit avec ses personnages fantasques.
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« Gaspard va au mariage » : scènes de ménagerie en Limousin

Dans un zoo, la comédie d’Antony Cordier séduit avec ses personnages fantasques.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 07h36
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il n’est de vrai paradis que perdu. De cette constatation mélancolique, Antony Cordier a fait un film d’une constante drôlerie, peuplé de personnages fantasques et d’animaux de chair et de sang, une comédie française, pleine de grâce et de fantasmes, qui ne ressemble en rien à ses congénères. Gaspard va au mariage est une espèce rare, et le seul moyen de la préserver est d’aller voir ce film en se souvenant du regard que, enfant, on posait sur les figurines en plastique d’un zoo miniature ou sur les bêtes prisonnières des vrais parcs zoologiques.
Pendant des années, Gaspard (Félix Moati) a fui le zoo provincial dans lequel il a grandi. A l’occasion du remariage de son père, il y revient, avec appréhension. Pour se préserver du pouvoir d’aspiration du clan familial, il embauche, au hasard d’une rencontre absurde, une fille un peu godiche, Laura (Lætitia Dosch), qu’il convainc de tenir le rôle de sa petite amie.
Pendant des années, Gaspard a fui le zoo dans lequel il a grandi. Il y revient, avec appréhension
Quand on découvre la communauté qui attend son retour, on comprend les réticences de Gaspard. A force d’infidélités, Max (Johan Heldenbergh, vu chez Felix Van Groeningen), le patriarche, est en train de saboter son mariage à venir avec Peggy (Marina Foïs), la vétérinaire du zoo. Avec le concours de cette dernière, Virgil (Guillaume Gouix), le fils vertueux, s’efforce de faire tourner l’entreprise pendant que Coline (Christa Théret), la benjamine de la fratrie, erre dans les allées du parc revêtue d’une peau d’ours, souvenir d’un pensionnaire jadis très aimé.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Christa Théret, actrice à l’aise en peau d’ours



Sur ce petit groupe plane le souvenir d’une mère (Elodie Bouchez, qui apparaît dans des flash-back filmés comme en super-8) disparue dans des circonstances plus ou moins horrifiques selon la personne qui les relate. C’est que la recherche du temps perdu n’offre aucune garantie d’exactitude. On comprend vite que si Gaspard s’est assuré du concours de Laura, ce n’est pas seulement pour se préserver des exigences et des rancœurs des siens. Elle est aussi là pour le guider dans le labyrinthe du passé, pour évaluer la force et la validité des souvenirs qui ressurgissent.

   


Plaisir de l’invraisemblance
Une fois passée la porte de ce zoo (le film a été tourné dans un vrai parc du Limousin), les lois de la réalité semblent abolies, et le héros est tenté de régresser jusqu’à un ordre (en fait un désordre constant, fruit des caprices des adultes) qui fut celui de son enfance. Plus que les retours en arrière, c’est la résurgence de rapports brutaux et passionnés – enfantins – entre frères et sœur qui dessine ce que fut cette enfance. Pour la lui donner chair et couleurs, Antony Cordier se sert avec un plaisir évident de l’environnement du zoo, de l’irruption dans le champ d’animaux qui ne devraient pas vivre sous ces latitudes et du comportement exorbitant des personnages.
Mise à part Marina Foïs qui doit incarner le principe de réalité, tous les acteurs se laissent aller sans réticence au plaisir de l’invraisemblance. Le père indigne mais révéré qu’interprète Johan Heldenbergh se plonge dans un aquarium plein de minuscules poissons pour se laver de ses défauts – un psoriasis et un donjuanisme compulsif ; Christa Théret joue farouchement l’enfant sauvage, version ursine de Peau d’âne, qui cache sa beauté sous la dépouille d’un animal terrifiant ; quant à Guillaume Gouix, il met une violence sourde dans son personnage de terrien échoué dans une famille d’aliens.
Personnages-particules
Au fil de révélations (la mauvaise santé financière du zoo) et de présages (la présence d’une meute de chiens sauvages qui s’en prend aux animaux les plus faibles de la ménagerie), la nature de la mission de Gaspard apparaît clairement. Avec l’aide de sa fiancée d’occasion, il lui faut pousser définitivement le décor de cette enfance hors du commun dans le passé. Le duo Félix Moati-Lætitia Dosch s’acquitte de cette tâche avec un entrain emprunté à la comédie américaine classique, jouant allègrement des malentendus, des disputes et des réconciliations.
La friction permanente entre ces personnages-particules, l’énergie que mettent Antony Cordier et son chef opérateur, Nicolas Gaurin, à les faire circuler entre la forêt qui entoure le zoo (le domaine des chiens sauvages), les enclos et les coulisses du parc, et la grande demeure qui abrite la famille, portent le clan à ébullition. Ces gros bouillons n’empêchent jamais d’entendre le contre-chant mélancolique qui accompagne en permanence la célébration de l’enfance perdue et désormais sans fin.

Film français d’Antony Cordier. Avec Félix Moati, Lætitia Dosch, Christa Théret, Guillaume Gouix, Marina Foïs, Johan Heldenbergh (1 h 45). Sur le Web : distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-catalogue/gaspard-va-au-mariage.html



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Un premier cinéma moderne vient d’ouvrir ses portes sur la Grande-Ile. Son patron ambitionne d’avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».
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Reportage

Au Plaza d’Antananarivo, les Malgaches retrouvent le goût du cinéma après plus de quinze ans sans salles

Un premier cinéma moderne vient d’ouvrir ses portes sur la Grande-Ile. Son patron ambitionne d’avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».

Par                Laure Verneau (contributrice Le Monde Afrique, Antananarivo)



LE MONDE
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        Le 28.01.2018 à 20h24

     •
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        Mis à jour le 29.01.2018 à 10h00






    
Le cinéma Plaza d’Antananarivo a ouvert en décembre 2017. C’est le premier de l’île à être aux normes internationales modernes.
Crédits : LAURE VERNEAU


« Tsara be ! » C’est l’exclamation qui revient le plus souvent dans la bouche des spectateurs qui sortent de la première séance du Plaza d’Antananarivo ce dimanche matin. En malgache, ces mots signifient à la fois « beau », « génial », et « très bien ». Selon l’avis de tous, le nouveau cinéma de la capitale malgache, ouvert en décembre 2017, est tout cela à la fois. Le public est juvénile, le film Big foot junior vient d’être projeté en 3D. Pour beaucoup, c’est leur toute première expérience du grand écran.

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Nancy, 6 ans, dévore son pop-corn avec sa mère sur le perron, des traînées de larmes séchées sur ses joues. « Elle a eu peur, confie Mina, sa mère, on a dû sortir un peu avant la fin. Mais on reviendra ! » Sa petite sœur, elle, sautille partout. Il y a aussi des ados hilares qui se prennent en selfie dans le hall d’entrée en attendant la projection de Blade Runner 2049 l’après-midi. Un peu plus loin, Hery est assis sur les marches avec ses deux fillettes. « Je me souviens des vieux cinémas quand j’étais jeune, mais là, ça n’a rien à voir ! » Ses enfants le « tannent depuis une semaine, juste pour venir voir ».
Matériel de projection à la pointe
Dans ce large bâtiment bleu azur, tout est fait pour attirer le regard. Son esthétique d’abord, largement empruntée à l’univers de Hollywood. Qu’il s’agisse des luminaires rutilants à outrance, des écrans animés, des portes battantes de style saloon ou des sièges en velours rouge, le Plaza veut offrir un « standing » à l’américaine ses spectateurs. C’est son fondateur, Andry Raboelina, qui l’a voulu ainsi : « J’avais vu ces chariots de pop-corn à Disneyland, j’ai voulu reproduire la même chose ! »
La capacité de son unique salle ensuite, qui n’a rien à envier aux cinémas occidentaux et peut accueillir 800 personnes. Enfin, un matériel numérique à la pointe avec un écran géant et une sonorisation qui permettent une qualité de projection immersive en 3D.

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Un « standing » qui a un coût et exige de 10 000 ariarys la place (2,50 euros) à 30 000 ariarys selon les séances. Un loisir que seule une petite frange de la population peut s’offrir.
Andry Raboelina est un patron de télé, mais aussi un cinéphile. « Je me souviens des films que j’allais voir avec l’école. Tous les mercredis après-midi dans un petit cinéma. » Il a commencé à diffuser des films dans les années 1990, dans des amphithéâtres. « Le premier, c’était en 1998 : Titanic. Ce fut un engouement terrible ! L’entrée à l’époque était à 5 000 francs. J’ai mis cinq heures à compter l’argent de toutes les entrées », s’amuse-t-il. Lui-même a vu le film de James Cameron plus d’une dizaine de fois depuis.
Propagande russe
Juste après l’indépendance en 1960, le cinéma était très prisé à Madagascar. La Grande Ile comptait une centaine de salles de projection, dont une dizaine dans la capitale. Elles étaient gérées par l’Etat. « Mais sous la présidence de Didier Ratsiraka [1997-2002], l’Etat a cessé de s’occuper de la programmation, explique Laz, réalisateur et directeur des Rencontres internationales du film court de Madagascar. Ils ont préféré acheter des films de propagande russe qui étaient diffusés à la télé. Les gens n’allaient plus voir de films… parce qu’il n’y avait plus de films à voir ! »
Résultat, au début des années 2000, toutes les salles de l’île avaient fermé. Le Plaza est ainsi le premier cinéma aux normes internationales à s’implanter à Madagascar. Pour l’instant, il ouvre le week-end, et a fermé deux semaines pour quelques ajustements techniques. « On apprend encore à gérer le fonctionnement de la machine », admet Andry Raboelina. Le programme, en revanche, est fixé. Les samedis et les mercredis seront dédiés aux scolaires, et des négociations sont en cours pour avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».

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On ne connaîtra pas la somme investie pour créer le Plaza, seulement que « les crédits courent sur vingt ans et qu’il va falloir commencer à rembourser ». Le prochain gros coup selon son patron : la diffusion de Cinquante Nuances plus claires, le troisième volet de la saga Cinquante Nuances de Grey, pour la Saint-Valentin. « Ça devrait attirer les foules », conclut-il, goguenard.


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Sandrine Bonnaire raconte son enfance, à Grigny, dans une famille modeste de onze enfants. Et sa rencontre avec Maurice Pialat, « son mentor ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/01/2018
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Sandrine Bonnaire : « Ma cité HLM, c’était comme un village »

Sandrine Bonnaire raconte son enfance, à Grigny, dans une famille modeste de onze enfants. Et sa rencontre avec Maurice Pialat, « son mentor ».



Le Monde
 |    28.01.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 11h07
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            

La comédienne, distinguée à 18 ans par un César de la meilleure actrice pour Sans toit ni loi d’Agnès Varda, tient le rôle principal d’Une saison en France, un film de Mahamat-Saleh Haroun, qui sortira sur les écrans ­mercredi 31 janvier.
Je ne serais pas arrivée là si…
S’il n’y avait pas eu mon père et Maurice Pialat. Je ne serais pas arrivée là sans ces deux pères. L’un m’a fait naître, avec ma mère bien sûr, l’autre m’a fait exister.
Commençons par le premier, votre père biologique. Quelle a été son influence ?
Je lui dois d’être très pragmatique, ancrée, d’avoir le sens des réalités et des responsabilités. D’être rêveuse mais pas dupe. Il était ajusteur fraiseur, il travaillait depuis l’âge de 14 ans à l’usine, se levait à 5 h 30, faisait trente bornes à Mobylette, rentrait vers 19 h 30. J’ai très peu de photos de lui mais, quand je les regarde, je vois combien il faisait plus vieux que son âge. Il s’était marié très jeune, avait onze enfants, était usé par le travail, par une forme de vide de vie. Il n’avait de temps pour rien d’autre. Il est mort à 56 ans, en 1986.
Maman, elle, était olé olé. Assez libre. Elle a su rester joueuse, rêveuse. J’ai énormément d’admiration pour elle. Elle faisait les tâches ménagères quand elle le souhaitait. Elle se trouvait des souffles, des voyages, des raisons de sourire. Elle nous a éduqués en nous assurant que « l’impossible est possible ». Parfois, elle partait – heureusement, on était tellement nombreux qu’on s’entraidait. Je ne lui en veux pas, même si cela m’énervait à l’époque parce que, enfant, on aspire à la normalité. Mon enfance a été particulière.
Votre mère faisait-elle partie des Témoins de Jéhovah ?
Elle l’est toujours, c’est sa religion. On ne fêtait pas les anniversaires. Noël, c’était en décalé, le 26 décembre. Il y avait des réunions à la maison. Je m’y ennuyais à mourir.





                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Enfant-star de Disney, meneur d’un boys band avant de triompher en solo, Justin Timberlake s’impose désormais au cinéma où il joue dans le dernier Woody Allen, « Wonder Wheel ».
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Justin Timberlake, né pour le succès


                      Enfant-star de Disney, meneur d’un boys band avant de triompher en solo, Justin Timberlake s’impose désormais au cinéma où il joue dans le dernier Woody Allen, « Wonder Wheel ».



Le Monde
 |    28.01.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 21h23
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

C’est ce que Justin Timberlake appelle, sans forfanterie, « le paradoxe du comédien ». Rester continuellement dans l’œil du cyclone, être omniprésent, apparaître à la télévision comme au cinéma… et garder la capacité de disparaître. Cela peut sembler étrange, mais celui qui a commencé sa carrière enfant et ne manifeste aucun signe de fléchissement à 37 ans aime se rendre invisible. Quand on lui a remis le scénario de Wonder Wheel (en salle le 31 janvier), le nouveau film de Woody Allen, il s’est enfermé dans une des chambres de sa propriété de Leiper’s Fork, un petit village rural du Tennessee, l’Etat où il est né, et qu’il n’a jamais quitté.
Un bonnet sur la tête, un crayon à la main, il a placé ses poings sur les tempes, et ne les a pas bougés pendant toute la lecture. Ce retrait du monde, cette solitude, est le rituel lui permettant de donner une réponse aux propositions qu’il reçoit. « Je n’ai réussi ma carrière cinématographique et musicale qu’en me volatilisant. Des mois durant s’il le faut. C’est là que je travaille, et progresse. En attestent les sept années séparant mon deuxième album, Future Sex/Love Sounds, de mon troisième, The 20/20 Experience en 2013. »
Il a donc pris le temps de lire le scénario de Woody Allen. L’a relu. Et a savouré ce rôle, que le réalisateur lui a écrit sur mesure, d’un maître-nageur aspirant à devenir dramaturge, dans les années 1950, à Coney Island. Après sa lecture, Justin Timberlake est devenu songeur. C’est toujours la même chose quand il finit de lire un scénario. Il a besoin d’imaginer le parcours du personnage avant son apparition dans le film.
Curiosité pour les personnages
Il fait pour cela souvent appel au metteur en scène. Pour The Social Network (2010), David Fincher l’avait aidé d’autant plus facilement à retracer la vie de Sean Parker, le fondateur de Napster, que le personnage était réel. Les frères Coen avaient eux aussi regardé d’un...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Sous ses airs de Joconde, la comédienne sait tout jouer, y compris la partition durassienne de « La Douleur », adaptée au cinéma par Emmanuel Finkiel.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/01/2018
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Un apéro avec Mélanie Thierry : « Je serai toujours une banlieusarde »


                      Sous ses airs de Joconde, la comédienne sait tout jouer, y compris la partition durassienne de « La Douleur », adaptée au cinéma par Emmanuel Finkiel.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 09h12
    |

            Laurent Carpentier








                              

                        

Ça a mal commencé. Je tenais ouverte la porte de la salle de cinéma où démarrait l’avant-première du film La Douleur, adapté du roman autobiographique de Marguerite Duras, que le réalisateur, Emmanuel Finkiel, et toute son équipe (Benjamin ­Biolay, Benoît Magimel, Grégoire Leprince-Ringuet…) venaient de présenter. Ils sortaient un à un, elle n’arrivait pas… Enfin, elle vint. Les yeux furieux, colère contenue, m’arrachant la porte pour la fermer impérieusement : « Y a du bruit, ce n’est pas possible. » Emotion intense de la première projection, Marguerite Duras veut regarder le début du film. Parce que là, ce soir, comme sur l’écran, Mélanie Thierry est cela et rien d’autre : Marguerite Duras.

On a pris le boulevard, direction le Harry’s Bar, rue Daunou, où elle a ses habitudes quand elle est dans le quartier de l’Opéra. « Je suis une nerveuse, dit-elle en commandant une bière. Je suis une banlieusarde, je n’arriverai jamais à le gommer. Tout à l’heure, cela m’a exaspérée, cette porte ouverte. Si on me cherche un peu, je redeviens celle-là. »
Un parfum de star
Il y a du monde, des Américains, des yuppies sortie de bureau, deux garçons de café de bonne tenue, en blanc. On nous regarde. Son look sans doute. Elle était en promo toute la journée. Talons aigus comme des aiguilles et décolleté vaporeux. Habits de travail qui ne la mettent pas à l’aise. Et puis, elle a beau s’en défendre, elle porte sur elle ce mystère qui est le parfum des stars.
L’idée lui paraît saugrenue : « J’ai l’air mystérieuse parce que je suis muette. Tout de moi reste à imaginer. » Elle parle comme à elle-même : « J’ai beaucoup de mal à m’exprimer. C’est pourquoi je me donne à mes rôles, à travers eux j’ai l’impression qu’on peut mieux me comprendre. Dans un personnage, on donne toujours une part de soi. Duras me permet d’assumer une dureté, d’assumer un égoïsme, une autorité, quelque chose de “pas aimable”. Quand...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.
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Le Canada truste les effets spéciaux du cinéma

Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 16h41
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            
Les effets spéciaux, nés avec le cinéma en 1895 pour éviter de décapiter l’actrice qui jouait la reine d’Ecosse dans un court-métrage d’Alfred Clark, restent porteurs mais fragiles en France. Ce microsecteur propose toujours des emplois ultraqualifiés. Frais émoulus d’écoles reconnues, bon nombre de jeunes professionnels et d’intermittents prendront le train jeudi 25 et vendredi 26 janvier pour aller vanter leurs talents au Paris Images Digital Summit à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise). Les principaux recruteurs de la place parisienne – Mikros Image, Mathematic, Trimaran, Cube Creative… – ainsi que des sociétés belges et britanniques cherchent à pourvoir 200 postes.
Une demande importante dans un domaine qui ne compte, selon une étude du Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC) et d’Audiens à paraître vendredi 26 janvier, que 3 300 emplois dans l’Hexagone… Ce regain d’intérêt s’explique par une volonté politique. Le CNC a renforcé les aides sélectives et automatiques pour les créateurs et les utilisateurs d’effets spéciaux, tout en améliorant les incitations fiscales (de 20 à 30 %) proposées aux producteurs. Un plan ad hoc pour relancer la demande dans ce petit secteur du cinéma exposé à une compétition sans merci avec le Canada.
« La concurrence mondiale dans les effets spéciaux vient de la dématérialisation des images que l’on peut envoyer par fichiers à l’autre bout du monde », explique Gilles Gaillard, directeur général de Mikros Image. La Belgique a attiré les producteurs internationaux avec des incitations fiscales et des aides régionales très alléchantes dès 2006. Le Canada s’y est lancé en 2010 avec une politique très agressive pour fidéliser les productions américaines. Au Québec, le chiffre d’affaires des effets spéciaux s’envole chaque année de 27 %. Il a atteint 187,7 millions d’euros en 2016, grâce à 187 films et séries dont Star Wars, Rogue One ou le dernier opus de Pirates des Caraïbes.
Soixante-dix-sept...



                        

                        


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De « Donkey Kong » à « Dragon Ball FighterZ », quand les jeux vidéo imitent les dessins animés

Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h46
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 13h33
    |

            William Audureau








                        



   


Le mur entre jeu vidéo et animation ne penche plus, il tombe. Avec la sortie de Dragon Ball FighterZ sur consoles et PC vendredi 26 janvier, spectaculaire adaptation de l’animé culte de la Toei, le monde de la manette se rapproche encore un peu plus d’un des univers qui l’a le plus influencé, bien plus encore que le cinéma : le dessin animé.
« Donkey Kong »
(Nintendo, 1981, arcade)

Un an après Pac-Man, Nintendo lance le premier personnage de jeu vidéo humain reconnaissable et entièrement animé, Mario. Le jeu devait initialement mettre en scène Popeye : dès le départ, les dessins animés étaient sa référence. Son papa, Shigeru Miyamoto, est lui-même un passionné de manga et dessinateur de flipbooks, une expertise qui lui a bien servi pour imaginer son héros charpentier. Popeye sera finalement adapté en 1982. Deux ans plus tard, Nintendo débauchera Hiroshi Ikeda et Yoichi Kotabe, deux vétérans de la Toei, pour l’épauler.
« Dragon’s Lair »
(Cinematronics, 1983, arcade)

Cette fois, le jeu vidéo se fait littéralement dessin animé (interactif), avec Dragon’s Lair, supervisé par un ancien artiste de Disney, Don Bluth. Ce dernier est rien moins que le réalisateur de Peter et Elliott le dragon (1977) et le dessinateur des personnages de Robin des bois (1973). Il accouche d’une aventure envoutante visuellement mais élitiste manette en main : chaque séquence animée comporte un piège préenregistré, et se finit par une mort abrute si le joueur ne réagit pas au bon moment.
« Street Fighter II »
(Capcom, 1991, arcade)

Le célèbre jeu de combat de Capcom ne se contente pas de codifier un genre : avec ses personnages gigantesques pour l’époque, leurs innombrables coups découpés plan par plan, et des réglages subtils concernant les moments où un combattant est vulnérable, il fait de l’animation l’élément-clé de l’action et le nerf de la guerre. Par la suite, les jeux de combat en 2D se démarqueront par leur impressionnante sophistication en la matière, voire leurs animations fastueuses, de Vampire Savior en 1996 à Skullgirls en 2012 en passant par Guilty Gear en 1998.
« Aladdin »
(Virgin Interactive, 1993, Mega Drive)

En plein âge d’or de la plateforme, l’animation des jeux en temps réel fait un bond de géant. L’adaptation d’Aladdin sur Mega Drive marque la première collaboration étroite entre Disney, alors en pleine renaissance, et un développeur occidental, Virgin Interactive. En dépit de la concurrence foisonnante, il s’impose immédiatement comme une nouvelle référence grâce au naturel, à la fluidité et à la précision de la gestuelle du héros. Son programmeur, l’irlandais Dave Perry, enchaînera avec le délirant Earthworm Jim.
« Rayman »
(Ubisoft, 1995, PlayStation/Jaguar/PC)

Alors que le format CD libère les artistes des contraintes des consoles à cartouches, le jeu de plateforme français Rayman marque la rencontre féconde entre des bidouilleurs touche-à-tout, comme Michel Ancel, et de nombreux animateurs talentueux. Parmi eux, David Gilson, futur animateur sur le Tarzan de Disney (1999) ; Christian Volckman, récompensé en 1999 pour le court-métrage Maaz et réalisateur en 2006 de Renaissance ; et Kamal Aitmihoub, animateur sur l’adaptation du Chat du rabbin (2011).
« Toonstruck  »
(Virgin Interactive, 1996, PC)

Dans le mélange des genres, Toonstruck va très loin. Ce jeu d’aventure en point & click à la mode des LucasArts s’inspire du film Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, en mêlant acteur en prise réelle – ici Christopher Lloyd de Retour vers le futur – et dessin animé. Le tout... dans un jeu vidéo. Pour cela, il recourt à une technique baptisée FMV (pour full-motion video), des séquences vidéo préénregistrées, mêlées à des décors et personnages dessinés à la main. Unique, encore aujourd’hui.
« The Legend of Zelda : Wind Waker »
(Nintendo, 2003, GameCube)

Avec ses formes polygonales et ses reliefs, la 3D semble avoir sonné le glas des jeux vidéo « façon dessin animé », au profit d’inspirations cinématographiques. C’était sans compter le cell-shading, une technique de programmation permettant de donner à ses personnages des contours et des ombrages plats, façon bédé. Intronisée en 2000 avec Jet Set Radio, elle est réappropriée par Nintendo pour The Legend of Zelda : Wind Waker, jeu d’aventure à l’esthétique directement inspirée du prestigieux studio Ghibli (Porco Rosso, Le voyage de Chihiro). Une oeuvre à rapprocher de Ni no kuni, jeu de rôle de 2010 coréalisé par... le studio Ghibli lui-même.
« Soldats inconnus »
(Ubisoft, 2014, PS3/Xbox 360/PC)

Plus proche de C’était la guerre des tranchées de Tardi que du jeu hollywoodien Call of Duty, le jeu de guerre développé par Ubisoft Montpellier marque les esprits pour sa grâce et son originalité. Grâce à l’UbiArt Framework, un outil permettant d’intégrer directement des dessins réalisés sur tablette dans un jeu, il met en valeur le coup de crayon de Paul Tumelaire et de son équipe de dessinateurs, comme l’auteur italien de bédé Luca Erbetta.
« Cuphead »
(Studio MHDR, 2017, PC/Xbox One)

Grand animateur de l’actualité de l’année 2017, Cuphead est une déclaration d’amour évidente et assumée à l’âge d’or américain de l’animation, entre 1928 et 1937, de Steamboat Willie à Felix the Cat. Il est à ce jour le plus impressionnant hommage rendu par un jeu vidéo à cette période, et, possiblement, le plus beau jeu vidéo jamais réalisé en termes d’animation.
« Dragon Ball FighterZ »
(Bandai Namco, 2018, PlayStation 4/PC/Xbox One)

Dragon Ball FighterZ, ou la réunion du meilleur de tous les mondes. Réalisé en cell shading pour l’effet 2D, découpé plan par plan avec la minutie et le dynamisme qui caractérise les jeux de combat en vue de coupe, il est l’adaptation directe d’un dessin animé japonais culte, auquel il emprunte la mise en scène, les voix originales et nombre de séquences entières.



                            


                        

                        

