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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Cette Londonienne de 32 ans s’est « entraînée » avec le rap et la poésie avant d’écrire son premier roman, ode à « ceux qui ne sont rien ». Un vibrant plaidoyer pour l’utopie
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Les grandes espérances de Kate Tempest

Cette Londonienne de 32 ans s’est « entraînée » avec le rap et la poésie avant d’écrire son premier roman, ode à « ceux qui ne sont rien ». Un vibrant plaidoyer pour l’utopie



Le Monde
 |    31.01.2018 à 18h14
    |

                            Florence Noiville








                        



                                


                            

Tempest ? « Rien à voir avec Shakespeare, sourit la rappeuse londonienne. C’est un pseudo qui m’est venu comme ça. J’ai toujours été obsédée par l’orage, l’exact reflet de ce qui se passe en moi lorsque je suis sur scène. »
Il faut la voir en public, Kate Tempest. En live ou sur la Toile, déclamant une de ses œuvres – par exemple Les Nouveaux ­Anciens (L’Arche, 2017), ce magnifique poème « épique et urbain » où elle peint les grandes espérances et les (non moins grandes) désillusions de six jeunes paumés « coincés entre le pitoyable et l’héroïque ». Grondant, tonnant, s’enflammant. Déversant sur son auditoire une pluie de mots. Plus de mille vers sortis du tréfonds douloureux d’elle-même et qu’elle martèle au micro, frappant du poing ou fermant les yeux.
« Aspiration »
Tempétueuse ? Elle semble pourtant si douce lorsqu’on la rencontre. Angélique, même, sous ses boucles blondes à la Botticelli. Elle est à Paris pour promouvoir son premier roman, Ecoute la ville tomber. « C’était l’aspiration de ma jeunesse. J’ai toujours voulu être romancière. » Survêtement, baskets, chaussettes rouges. Elle a 32 ans et en paraît 18. Dans la vraie vie, elle s’appelle Kate ­Esther ­Calvert et a grandi dans une famille nombreuse de Brockley, « un quartier pourri » du Sud-Est de Londres. Nourrie de Beckett et de hip-hop américain, de William Blake et de mythologie, elle fait ses débuts à l’âge de 16 ans. Fascinée par la force du mot dit (« the spoken word », par opposition à la parole écrite, silencieuse), elle devient rappeuse et slameuse. Puis dramaturge et poète. Séduits par ses textes « écrits pour être lus à voix haute », les membres de la pourtant très fermée Poetry ­Society en font l’une des leurs. En 2013, elle remporte le prix Ted Hughes pour ses ­Nouveaux Anciens.
Elle n’abandonne pas le rap pour autant. Travailleuse acharnée, elle enchaîne les albums. Engagés....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Pour l’historien Sébastien Ledoux, qui s’exprime dans une tribune au « Monde », si commémorer n’est pas célébrer, faut-il pour autant évoquer Charles Maurras dans le cadre de commémorations publiques ?
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Il est difficile d’évoquer Maurras « dans le cadre de commémorations publiques »

Pour l’historien Sébastien Ledoux, qui s’exprime dans une tribune au « Monde », si commémorer n’est pas célébrer, faut-il pour autant évoquer Charles Maurras dans le cadre de commémorations publiques ?



Le Monde
 |    31.01.2018 à 17h49
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 17h51
    |

Sébastien Ledoux (historien, université Paris-I/CHS du XXe siècle)







                        



                                


                            

Tribune. La commémoration est d’abord et avant tout une pratique sociale collective de remémoration qui prend pour objet le passé. Elle peut survenir « par le bas », c’est-à-dire s’effectuer spontanément par des individus comme on a pu l’observer après les attentats de janvier et de novembre 2015 à Paris ou après celui de Nice en juillet 2016. Les pratiques commémoratives peuvent aussi être instaurées dans un rituel de deuil et d’hommage par des organisations en dehors de toute intervention de l’Etat.
Des associations juives de rescapés des camps d’extermination, comme l’Amicale des anciens déportés juifs de France, ont ainsi organisé chaque année à partir des années 1950 la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv’ avant qu’elle ne devienne journée nationale par décret présidentiel en 1993.
Ce qui est commémoré, au-delà des individus ou des événements, est une expérience humaine inscrite comme ressource de sens dans un horizon d’attente
Certaines commémorations non officielles sont parfois instituées en réaction au discours officiel comme celles qui ont vu le jour en Martinique dans les années 1960-1970 pour rendre hommage le 22 mai aux esclaves qui s’étaient soulevés pour l’application du décret d’abolition en avril 1848. Les commémorations officielles quant à elles fixent et encadrent des hommages qui disent quelque chose de la mise en perspective de l’histoire nationale qui évolue avec le temps.

La commémoration de la première guerre mondiale a été fixée au 11 novembre par une loi du 24 octobre 1922 pour rendre hommage à la victoire et à la paix, mais une loi récente du 28 février 2012 a institué le 11 novembre comme une journée d’hommage national aux morts pour la France.
Au nom de l’hommage rendu aux victimes
Si les objets du passé commémorés sont ainsi extrêmement divers (événements, individus) et prennent des modalités diverses mouvantes, ils ont pour signification anthropologique et philosophique...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Notre choix du soir. Anne Gintzburger chronique l’épopée intime et collective des « Foulards noirs », un groupe d’agricultrices ou femmes d’agriculteurs du Calvados (sur France 5 à 20 h 55).
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤                     
                                                

TV – « Les Champs de la colère »

Notre choix du soir. Anne Gintzburger chronique l’épopée intime et collective des « Foulards noirs », un groupe d’agricultrices ou femmes d’agriculteurs du Calvados (sur France 5 à 20 h 55).



Le Monde
 |    31.01.2018 à 17h45
    |

            Christine Rousseau








                        


Documentaire sur France 5 à 20 h 55



Pour les « Foulards noirs », tout a débuté peu après les grandes manifestations d’agriculteurs de 2015. Un petit groupe de femmes, conscientes que le blocage des routes, les pneus brûlés et autres opérations « coup de poing » rendaient impopulaire le combat de leurs époux et compagnons, s’est constitué près de Bayeux (Calvados) pour faire entendre une autre voix.
Comme nom et signe distinctif, elles ont choisi un foulard noir, en référence aux paysannes de jadis qui se coiffaient ainsi pour les travaux des champs et la traite. Mais aussi et surtout parce qu’elles se sentent en deuil d’une agriculture qui se meurt. En 2016, près de 400 suicides étaient dénombrés. Sans parler des faillites. « On est en train de crever dans nos fermes », lâche avec une pointe de rage ­Stéphanie, en préambule au documentaire sensible et intimiste d’Anne Gintzburger. Un film sur lequel Catherine Deneuve – qui, en 2016, dédiait son prix ­Lumière aux agriculteurs – est ­venue prêter sa voix.

   


Après la sidérurgie et le très ­remarqué La Promesse deFlorange (2014), la réalisatrice a choisi de porter son regard sur la crise qui touche aujourd’hui le monde agricole. Son parti pris est moins de décrire ses fondements et ses mécanismes que la manière dont celle-ci « abîme les familles ». Faisant sien le discours des « Foulards noirs », leur volonté de briser le silence et les tabous, comme le résume Astrid : « Les hommes, ça parle pas d’intimité, mais de chiffres, alors qu’il y a un impact social. Les femmes vont exprimer cela et ainsi le grand public va mieux comprendre. »
L’angoisse du suicide
Pendant l’année 2016, la réalisatrice a suivi quatre femmes et militantes qui luttent, disent-elles, sinon pour sauver leur monde, du moins leur exploitation, et aussi pour « être enfin reconnues à leur juste valeur ». Au sein de ce noyau cimenté par une solidarité de tous les instants, il y a celles, comme Stéphanie, qui, avec son époux Yannick – tous deux éleveurs laitiers –, s’arc-boutent sur leur exploitation, y travaillant sans répit… à perte. « Je continue de me ­lever pour perdre de l’argent », dit cette mère de deux enfants, avant de détailler ses revenus : 234 euros par mois. Avec ses mots à elle, Astrid, la stratège du groupe, gérant seule un troupeau de 50 charolaises et 250 hectares, ne dit pas autre chose : « C’est quand même le seul métier où c’est pas nous qui décidons combien on vend notre marchandise… Tu ne peux pas t’investir autant et ne pas pouvoir te tirer un salaire ! » Aussi certaines, comme Ludivine, dont l’époux a dû vendre ses bêtes, ou Charlène, mariée à Vincent, éleveur criblé de dettes, et en attente depuis deux ans des 40 000 euros d’aide à la reconversion bio, ont été contraintes de chercher un emploi hors de la ferme.

   


Quand elles ne partent pas battre le pavé pour tracter dans les villes du Calvados ou de Bretagne pour sensibiliser les commerçants et les consommateurs à leur cause, elles évoquent à mots comptés l’amertume de s’échiner en vain, la perte de l’estime de soi de leur mari qui nourrit l’angoisse du suicide, les moments de doute dans le couple, le « gros coup à l’orgueil » lorsqu’il faut demander l’aide des services sociaux, ou encore la peur de ne transmettre à leurs enfants que des larmes et des dettes.
Ainsi, passant du clair-obscur des fermes à la luminosité joyeuse de leur combat, Anne Gintzburger chronique avec sensibilité l’épopée intime et collective de ce chœur en révolte.
Les Champs de la colère, d’Anne Gintzburger (Fr. 2017, 65 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ A voir aussi ce soir. Dans ce polar plutôt réussi, un jeune avocat doit défendre un homme qui s’accuse du meurtre de son fils (sur France 2 à 20 h 55).
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TV – « La Mort dans l’âme »

A voir aussi ce soir. Dans ce polar plutôt réussi, un jeune avocat doit défendre un homme qui s’accuse du meurtre de son fils (sur France 2 à 20 h 55).



Le Monde
 |    31.01.2018 à 17h30
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Téléfilm sur France 2 à 20 h 55

Après lui avoir dit bonsoir et promis un tour du monde en bateau, « ensemble », « juste tous les deux », Marc Lagnier (Didier Bourdon) tue son fils adolescent d’une balle de revolver. Du moins s’accuse-t-il du meurtre, sans rechigner ni donner d’explication. Du pain bénit pour les policiers. Un casse-tête pour le jeune avocat Tristan Delmas (Hugo Becker) qui doit assurer la défense de ce client désireux de taire les raisons de son acte.
S’il veut présenter devant le juge « une histoire qui se tienne »,il n’est guère d’autre solution, pour lui, que de reprendre l’enquête, d’interroger les proches de la victime, de comprendre l’histoire de cette famille dont les membres n’avaient pas pour habitude de beaucoup communiquer.

   


Tristan Delmas, qui a choisi cette affaire pour sa difficulté et son potentiel médiatique, n’a pas fini d’être servi. L’une des premières certitudes dont il parvient à se prévaloir est que père et fils entretenaient une relation complice, quasi fusionnelle. Quant à Valérie Lagnier (Isabelle Renauld),la mère peu causante du garçon, elle semble ne pas vraiment se rendre compte de ce qui est arrivé.
Tension silencieuse
Chacun a ses secrets. Et personne, dans cette petite ville de province où tout le monde se connaît, n’est disposé à les divulguer. Chacun, aussi, a ses raisons. Mais personne ne désire les exposer à ce petit avocat ambitieux qui fourre son nez partout, alors que le coupable s’est lui-même désigné. C’est à partir de cette opacité que s’ébauche la trame de La Mort dans l’âme, polar psychologique dont le suspense tient plus – à bon escient – au caractère des personnages qu’à des rebondissements narratifs.
Un des atouts du téléfilm de ­Xavier Durringer est de demeurer concentré sur cette tension silencieuse que savent entretenir, quand il le faut, certains effets de mise en scène (plans rapprochés sur les visages, éclairages monochromes, montage serré). Un de ses défauts, en revanche, est de ne pas avoir su y opposer des dialogues suffisamment affûtés, susceptibles à eux seuls de pouvoir apporter une véritable complexité aux protagonistes et d’éviter les invraisemblances que leur manque de rigueur, précisément, génère.
La Mort dans l’âme, de Xavier Durringer. Avec Didier Bourdon, Hugo Becker, Flore Bonaventura, Isabelle Renauld (Fr., 2016, 100 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le CSA a décidé, mercredi, de révoquer le président de Radio France, après sa condamnation le 15 janvier à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende.
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L’« affaire Gallet », des premières révélations sur l’INA à l’éviction de Radio France

Le CSA a décidé, mercredi, de révoquer le président de Radio France, après sa condamnation le 15 janvier à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 16h07
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 16h28
   





                        


Presque deux ans après les premières révélations sur les dépenses de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) sous la direction de Mathieu Gallet, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a décidé, mercredi 31 janvier, de « retirer son mandat au président de Radio France », à compter du 1er mars 2018. Retour sur les événements.
Avril 2015 : le « Canard enchaîné » épingle les dépenses de l’INA
Le 1er avril, le Canard enchaîné publie des révélations sur les dépenses de Mathieu Gallet, ancien directeur général de l’INA et patron de Radio France (depuis 2014).
L’hebdomadaire avance que le dirigeant a engagé entre 2010 et 2014 (durée de son passage à l’INA) six cabinets de consultants pour près de 800 000 euros de contrats passés sans mise en concurrence. Le Canard enchaîné dit s’appuyer sur les premières conclusions d’une mission de l’Inspection générale des finances, saisie par le ministère de la culture.

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          A l'INA, Mathieu Gallet se serait également montré dépensier



L’intéressé répond immédiatement aux révélations de l’hebdomadaire, assurant que les contrats cités ont « fait l’objet de procédures de mise en concurrence, conformément à la législation applicable et aux règles internes de l’Institut ». Il demande à « l’INA, qui dispose de tous les éléments à ce sujet, de bien vouloir apporter le démenti le plus ferme à ces allégations ».
Mai 2015 : Anticor porte plainte
L’association d’élus et de citoyens luttant contre la corruption Anticor porte plainte contre X au parquet de Créteil (Val-de-Marne) pour « favoritisme », à la suite de ces révélations. La plainte concerne également l’ancienne PDG de l’institut, Agnès Saal, épinglée pour ses dépenses de taxi. Selon l’avocat d’Anticor, Jérôme Karsenti :
« Pour un établissement financé en majeure partie par le contribuable, il y a une totale désinvolture, voire plus, sur la gestion de l’argent public à un moment où l’Etat se doit d’être exemplaire. »

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          Deux ex-PDG de l’INA visés par une plainte d’Anticor



Juin 2015 : ouverture d’une enquête pour « favoritisme »
Après un début de présidence mouvementé à Radio France, et deux mois après les révélations du Canard enchaîné sur les contrats passés à l’INA, la justice s’empare du dossier. Le 2 juin 2015, le parquet de Créteil ouvre une enquête préliminaire pour « favoritisme » sur « des contrats passés entre 2010 et 2014 » par M. Gallet lorsqu’il était en charge de l’INA.
Selon les informations du Monde, le ministère de la culture a enquêté et transmis au parquet une « série d’éléments (…) susceptibles d’être irréguliers ». Ces éléments recoupent ceux déjà publiés par Le Canard enchaîné et d’autres révélés par une note du Contrôle général économique et financier (CGEFI), un service de Bercy, datée du 10 avril, et pointant des « dysfonctionnements et irrégularités ».
Novembre 2017 : le procès
Le procès de Mathieu Gallet s’ouvre le 16 novembre 2017. Deux contrats sont visés par la justice : l’un avec le cabinet Roland Berger (2013), l’autre avec la société Balises (septembre 2012-juin 2014).
Pour le premier, un appel d’offres a été passé, mais le marché a été suivi d’un avenant puis d’un « marché complémentaire », pour une somme totale de 290 000 euros, qui aurait pu justifier une procédure « d’appel d’offres européen ». 
Selon l’accusation, l’INA a « saucissonné » le marché (en le découpant par lots ne dépassant pas le seuil requérant un appel d’offres européen) pour éviter cette procédure plus contraignante, et le confier à Roland Berger, qui avait déjà travaillé pour l’INA en 2010.
Le second contrat, passé pour un total de 130 000 euros – en moins de deux ans – avec Balises, la société du consultant Denis Pingaud, n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres.
A l’issue de l’audience, le parquet requiert dix-huit mois de prison avec sursis et 40 000 euros d’amende. M. Gallet plaide la méconnaissance des « questions de marché public ». La défense tente également d’obtenir la nullité de la procédure, accusant la procureure de s’être montrée « partiale », et mettant en avant des erreurs. Les avocats portent par ailleurs plainte contre le parquet de Créteil pour violation du secret de l’enquête.

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          Dix-huit mois de prison avec sursis requis contre Mathieu Gallet



Janvier 2018 : Mathieu Gallet, condamné, exclut de démissionner
Le tribunal condamne Mathieu Gallet, lundi 15 janvier, à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende. La défense de M. Gallet, Me Christophe Ingrain, annonce immédiatement sa volonté de faire appel du jugement, et souligne la « présomption d’innocence (…) jusqu’à la décision de la cour d’appel ».
« Nous faisons immédiatement appel pour que la cour examine ce dossier avec sérénité et dans le respect des droits de la défense. Compte tenu des conditions dans lesquelles l’enquête et l’audience se sont déroulées, la décision du tribunal n’est pas une surprise. »

        Lire :
         

          Sous pression de l’exécutif, Mathieu Gallet « exclut de démissionner »



La question de la démission du président de Radio France se pose alors. La ministre de la culture, Françoise Nyssen, mentionne le « devoir d’exemplarité » des dirigeants d’entreprises publiques et en appelle au CSA. L’avocat de Mathieu Gallet assure que ce dernier « exclut de démissionner ».
Selon la loi de novembre 2013 sur l’indépendance de l’audiovisuel public, « le mandat des présidents […] peut leur être retiré, par décision motivée » du CSA, « à la majorité ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Une procédure inédite avait été ouverte à l’encontre de M. Gallet le 17 janvier après sa condamnation à un an d’emprisonnement avec sursis et à 20 000 d’amende pour favoritisme lorsqu’il était à la tête de l’Institut national de l’audiovisuel.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

Le CSA démet Mathieu Gallet de la présidence de Radio France

Une procédure inédite avait été ouverte à l’encontre de M. Gallet le 17 janvier après sa condamnation à un an d’emprisonnement avec sursis et à 20 000 d’amende pour favoritisme lorsqu’il était à la tête de l’Institut national de l’audiovisuel.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 15h22
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 18h05
    |

            Alexandre Piquard et 
François Bougon








                        



   


Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a décidé, mercredi 31 janvier, de retirer à Mathieu Gallet son mandat de président de Radio France. A la question « Mathieu Gallet est-il en capacité de continuer à diriger pleinement Radio France ? », les sept conseillers viennent de répondre par la négative.
Comment le CSA motive-t-il sa décision ?
Le CSA n’a pas encore motivé sa décision. Il a prévu de le faire dans la journée de mercredi.
Il y a quelques jours, l’autorité de l’audiovisuel avait expliqué qu’elle trancherait selon une « appréciation d’ensemble ».
La semaine dernière, le président du CSA, Olivier Schrameck, avait dit que « [sa] responsabilité, c’[était] l’indépendance du CSA ».
Les conseillers ont apparemment estimé que la condamnation de Mathieu Gallet l’empêchait de poursuivre son mandat sereinement. Ils n’ont donc pas été sensibles aux arguments du président en place, longuement auditionné lundi 29 janvier.
Celui-ci soulignait qu’il restait innocent car il avait fait appel de la décision en première instance. Ses partisans mettaient aussi en avant son bilan à Radio France et les bonnes audiences de France Inter, France Culture…
« Le révoquer crée plus de trouble pour l’entreprise que son maintien car il faut mener des discussions cruciales avec le gouvernement, qui veut réformer profondément l’audiovisuel public », avancent ses partisans.
Mathieu Gallet n’a pas encore fait savoir s’il contestait la décision du CSA devant le Conseil d’Etat.
Pourquoi le CSA a-t-il dû se saisir du « cas Mathieu Gallet » ?
Une procédure inédite avait été ouverte à l’encontre de M. Gallet le 17 janvier après sa condamnation le 15 janvier à un an d’emprisonnement avec sursis et à 20 000 d’amende pour favoritisme lorsqu’il était à la tête de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), entre 2010 et 2014. L’intéressé, qui avait « exclu de démissionner », a fait appel du jugement.

        Lire aussi :
         

                L’« affaire Gallet », des premières révélations sur l’INA à l’éviction de Radio France



C’est la première fois de son histoire que le Conseil, créé en janvier 1989, utilise son pouvoir de démettre l’un des présidents de l’audiovisuel public, pouvoir qui lui est conféré par l’article 47-5 de la loi du 30 septembre 1986. Celui-ci exige que la décision de révocation d’un mandat soit fondée « sur des critères de compétence et d’expérience ».
C’est aussi probablement la dernière fois que le CSA utilise son pouvoir de révocation, puisque le gouvernement souhaite donner aux conseils d’administration des groupes concernés le droit de nommer et de démettre leurs présidents. La mesure devrait figurer dans un projet de loi qui sera présenté d’ici à la fin de l’année.
Etait-ce au CSA de prendre une telle décision ?
En révoquant Mathieu Gallet, le CSA évite de se voir reprocher d’être trop indulgent avec un dirigeant qu’il a lui-même nommé, en 2014, à l’unanimité. Mais il risque d’être accusé de se plier à la volonté du gouvernement.
En effet, l’intervention de la ministre de la culture, qui a jugé la situation de M. Gallet « inacceptable », a politisé le dossier. L’exécutif n’a pas ensuite réitéré sa demande adressée au PDG de Radio France et au CSA de « tirer les conséquences » de la condamnation.
Mais le dimanche précédant l’audition du dirigeant devant le Conseil, la ministre de la justice l’a de nouveau appelé à se poser la question d’une démission. « Mathieu Gallet a la réponse à cette question et c’est à lui de mesurer à quel point, ou à quel moment, les questions éthiques doivent l’emporter, ou pas, sur les questions juridiques », a déclaré Nicole Belloubet sur RTL.
Pour éviter que le successeur de M. Gallet ne soit désigné selon « l’ancien » système, certains dans l’exécutif plaidaient ces dernières semaines pour le vote rapide d’une « petite loi » qui règle ces questions de gouvernance, dès le printemps idéalement.
Mais, plus récemment, cette option a été battue en brèche. Lors de ses vœux, mardi 23 janvier, la ministre de la culture, Françoise Nyssen ne l’a pas évoquée, parlant uniquement de la « refonte » à venir de la loi de 1986 qui régit tout l’audiovisuel.

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Comment l’éviction de M. Gallet est-elle accueillie ?
La ministre de la culture, Françoise Nyssen, qui avait demandé au CSA de « tirer toutes les conséquences » de la condamnation de M. Gallet, « prend acte » de la décision du CSA et « remercie Mathieu Gallet de son engagement à la tête de Radio France », tout en rappelant la nécessité de « l’exemplarité des dirigeants des entreprises », « condition absolue de bonne gouvernance ».
Pour les syndicats et le personnel de Radio France, le coup est rude et il y a un sentiment d’injustice. « Dans tous les cas, la décision du CSA était très mauvaise pour nous. Dans le cas de la révocation, vous imaginez une boîte sans PDG ? Nous n’aurons plus personne pour nous protéger, explique un salarié syndiqué. Or, il y a des discussions très importantes à mener avec le gouvernement, qui veut une réforme très profonde de l’audiovisuel public. Le problème, c’est le timing de son départ. Il y a un an, cela aurait été différent. Ce n’est pas le moment ».
« On dit que Radio France, ce sont ses directeurs, mais un nouveau PDG en remplacerait forcément certains, commente un autre salarié syndiqué. Que le nouveau PDG soit bon ou mauvais, on repart de zéro alors que les choses allaient plutôt bien à Radio France. Le changement, l’instabilité, c’est le problème de l’audiovisuel public. »
« Quand la nouvelle est tombée, un coup de grisou fou a traversé le couloir, on est complètement sonnés, confie un journaliste de France Inter. Pourtant, tout le monde ici s’attendait à cette possibilité… Ça reste un choc. Une incertitude horrible sur l’avenir. »
Le Front national, par la voie de son porte-parole Sébastien Chenu, a concentré sa réaction sur Françoise Nyssen, l’accusant d’un « autoritarisme qu’on avait jamais connu ». Eric Coquerel, député de La France insoumise, a lui aussi visé les propos que la ministre avait eus, estimant qu’il aurait « mieux valu que la ministre ne s’exprime pas avant parce que ça peut aussi ressembler à une reprise en main du secteur public de l’audiovisuel ».
Le SNJ (Syndicat national des journalistes) de Radio France a lui fait part de la « forte inquiétude » des personnels et demande « l’interruption des discussions sur l’avenir de l’audiovisuel public jusqu’à ce que Radio France ait retrouvé un dirigeant légitime ».
Qui succédera à M. Gallet à la tête de Radio France ?
Le CSA doit désormais nommer un successeur, un processus qui prendra au moins six mois. En 2014, pour M. Gallet, il avait fallu environ deux mois et demi au Conseil pour susciter et pour examiner les candidatures, plus « trois à quatre mois » de « tuilage » prévus par la loi avant l’entrée en fonctions.
En attendant, c’est le doyen des administrateurs de Radio France nommés par le CSA qui devrait assurer l’intérim à la tête du groupe public.
Jean-Luc Vergne, 69 ans, ancien DRH de PSA Peugeot Citroën, pourrait donc être désigné. L’administrateur, nommé en décembre 2016, devra d’abord dire s’il accepte cette mission.

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                Qui est Jean-Luc Vergne, pressenti pour devenir président par intérim de Radio France ?



Après le départ de M. Gallet, quel scénario pour Radio France ? Le président intérimaire pourra-t-il diriger l’entreprise de façon satisfaisante, dans un moment de dialogue important avec l’exécutif ?
Certains au sein de celui-ci espèrent que l’équipe de direction en place, stable et soudée jusqu’ici, reste en poste pour épauler M. Vergne. Ils imaginent même que cet intérim puisse éventuellement se prolonger jusqu’à la fin théorique du mandat de Mathieu Gallet, en mai 2019. Mais on ne sait pas si les directeurs actuels souhaiteront rester après le départ de leur président.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La 43e cérémonie des Césars, qui sera animée par l’acteur Manu Payet, se déroulera le vendredi 2 mars Salle Pleyel.
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Césars 2018 : « 120 battements par minute » et « Au revoir là-haut » en tête des nominations

La 43e cérémonie des Césars, qui sera animée par l’acteur Manu Payet, se déroulera le vendredi 2 mars Salle Pleyel.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 12h33
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 16h33
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


C’est à dix heures pétantes, mercredi 31 janvier, en direct du Fouquet’s que le producteur Alain Terzian, président de l’Académie des arts et techniques du cinéma, accompagné de l’acteur Manu Payet, maître de cérémonie, ont annoncé, au cours d’une lecture dont la sobriété fut le maître mot, la liste officielle des nominations de la 43e cérémonie des Césars, qui aura lieu le vendredi 2 mars depuis la Salle Pleyel, et sera retransmise en clair et en direct sur Canal+.
Litanie hâtive, clairement dominée, sans décompte précis et à l’oreille, par quelques titres-phares : le drame sociétal et romanesque sur les années sida, 120 battements par minute, de Robin Campillo ; la farce anarcho-historique sur fond de boucherie de la Grande Guerre, Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel ; enfin la comédie melting-pot, Le Sens de la fête, d’Olivier Nakache et Eric Toledano. De fait, treize nominations distinguent les deux premiers titres, dix le second.

   


Sept films se disputeront donc la compression suprême (celle du « Meilleur film »). Outre les trois déjà cités, il s’agit de Barbara, de Mathieu Amalric ; Le Brio, d’Yvan Attal ; Patients, de Grand Corps Malade (Fabien Marsaud) et Mehdi Idir ; Petit paysan, d’Hubert Charuel. Une combinaison à peu près semblable concernera le César de la meilleure réalisation, Julia Ducournau (pour son fort remarqué premier long-métrage d’horreur Grave) et Michel Hazanavicius (pour sa parodie godardienne Le Redoutable) se glissant dans la liste au détriment de Grand Corps Malade et d’Yvan Attal. On retrouve logiquement la jeune Julia Ducournau (34 ans) parmi les postulants au César du premier film, aux côtés notamment de Jeune femme, une comédie fantasque de sa collègue Léonor Serraille (32 ans), déjà récipiendaire de la prestigieuse Caméra d’or au Festival de Cannes en mai 2017.
La jeune génération à l’honneur
Parmi cette jeune génération, c’est toutefois Hubert Charuel (32 ans), fils d’agriculteurs diplômé de la Femis, qui a le plus impressionné les votants, son thriller rural Petit paysan, huit fois nommé, se classant notamment, fait rare pour un débutant, dans les catégories « Premier film », « Meilleure réalisation » et « Meilleur film ».

   


Du côté des actrices et des acteurs, citons parmi elles Jeanne Balibar, qui excelle de fait dans la troublante réincarnation de Barbara dans le film de Mathieu Amalric, et Juliette Binoche dans un de ses plus beaux rôles pour Un beau soleil intérieur, de Claire Denis, subtile comédie dépressive qu’on regrette de ne pas voir plus mise en valeur, ce qui n’aurait pas fait de mal aux deux catégories reines (« Meilleur film » et « Meilleure réalisation ») où treize nommés sur quatorze sont plus que grammaticalement masculins. En lice pour la sculpture du meilleur acteur, signalons un match à peu près égal entre ancienne et nouvelle générations, avec ici, Daniel Auteuil (Le Brio) et Jean-Pierre Bacri (Le Sens de la fête), là, Louis Garrel (Le Redoutable) et Swann Arlaud (Petit paysan).
Bonne tenue de la sélection documentaire
On mettra également l’accent sur la très bonne tenue de la sélection documentaire, qui verra notamment s’affronter, à couteaux tirés, 12 jours, de Raymond Depardon ; I Am Not Your Negro, de Raoul Peck ; A voix haute, de Stéphane de Freitas et Ladj Ly ; Carré 35, d’Eric Caravaca ; Visages Villages, d’Agnès Varda et JR. Quant aux films étrangers, outre la Palme d’or controversée, The Square, du Suédois Ruben Östlund, on y retrouve Dunkerque, de Christopher Nolan en dépit du mauvais sort dévolu à l’armée française, le charmant et musical La La Land, de Damien Chazelle, et le glaçant Faute d’amour, d’un des plus grands réalisateurs russe, en délicatesse dans son propre pays, Andreï Zviaguintsev. L’effet comique joué par l’acteur Manu Payet sur la difficulté de son nom (et partant de sa renommée) sonnait d’autant plus incongru dans un rituel qui célèbre censément l’amour du cinéma.

        Lire le compte-rendu  :
         

          Les films français à nouveau en progression en 2017



Enfin, l’annonce d’un nouveau prix, le César du public, qui récompensera le film français ayant réalisé le plus d’entrées au cours de l’année 2017, ne devrait pas nous empêcher de regretter l’absence totale de quelques-uns des plus beaux films de cette même année, qu’ils se nomment La Villa, de Robert Guédiguian, L’Amant d’un jour, de Philippe Garrel, ou Félicité, d’Alain Gomis.

   Liste des nominations aux Césars 2018 by Le Monde on Scribd

Sur le Web : www.academie-cinema.org



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Nolan Bushnell, accusé de management sexiste et toxique, devait recevoir le Pioneer Award à la prochaine conférence des développeurs de jeu. Les organisateurs ont réexaminé leur choix.
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#metoo : après des protestations, le fondateur d’Atari privé d’un prix

Nolan Bushnell, accusé de management sexiste et toxique, devait recevoir le Pioneer Award à la prochaine conférence des développeurs de jeu. Les organisateurs ont réexaminé leur choix.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 11h51
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 17h48
    |

            William Audureau








                        



   


Le « père du jeu vidéo », comme il se présentait lui-même dans les années 1970, ne recevra pas le Pioneer Award, prix renommé récompensant un apport décisif à l’histoire de cette industrie.
UBM, la société organisatrice de la Game Developers Conference (GDC), le plus prestigieux rassemblement annuel de l’industrie, a annoncé sur Twitter, mercredi 31 janvier, renoncer à remettre le prix du pionnier cette année. Le choix de Nolan Bushnell, fondateur d’Atari et producteur de Pong (1972), qui devait le recevoir en mars, a en effet provoqué de nombreuses réactions.
Depuis l’annonce la veille de sa nomination, de très nombreuses voix dans l’industrie, notamment aux Etats-Unis, se sont élevées pour protester contre ce choix, après que plusieurs anecdotes illustrant son management à caractère sexiste ont refait surface. « On peut dire que la culture toxique de la Silicon Valley a débuté chez Atari sous Bushnell », a notamment tweeté Brianna Wu, ingénieure logicielle féministe, aujourd’hui en lice pour l’investiture démocrate à la Chambre des représentants.

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          Omerta, sexisme  et « porcs sans vergogne » dans le jeu vidéo



Celle-ci rappelle que, selon plusieurs livres d’histoire du jeu vidéo, citant des anecdotes souvent rapportées par Nolan Bushnell lui-même, le fondateur d’Atari tenait ses réunions dans des Jacuzzi, dans lesquels les dirigeants invitaient les employées avec lesquelles ils souhaitaient coucher, en leur demandant de se déshabiller devant les autres hommes présents. Les noms de code donnés aux jeux en interne étaient des prénoms d’employées jugées les plus désirables, à l’image de la console Home Pong, surnommée « Darlene ».
L’un des premiers jeux originaux de l’entreprise, Gotcha, une sorte de jeu du chat et de la souris, est présenté dans les affiches promotionnelles comme un homme poursuivant une femme (« gotcha ! » signifie « je t’ai attrapée ! »). Sur le meuble contenant l’écran et l’interface pour jouer, le joystick a été remplacé par de faux seins, que le joueur doit prendre dans sa main et incliner pour manier son personnage.

   


Un prix pour les pionnières oubliées proposé
Sous le mot-dièse #NotNolan, la game designeuse Jen Allaway s’interroge : « UBM, pouvez-vous m’expliquer pourquoi, l’année de #metoo, vous voudriez donner le prix du pionnier à Nolan Bushnell ? »
Gillian Smith, professeure assistante au Worcester Polytechnic Institute, s’appuie également sur plusieurs extraits de livres et d’entretiens publiés. Dans l’un d’eux, l’entrepreneur raconte l’âge d’or d’Atari entre 1976 et 1983.
« Nous traitions nos programmeurs comme de mini-dieux. Nous leur avons donné les meilleurs bureaux isolés. On a installé un Jacuzzi dans l’immeuble des ingénieurs. Nous avons embauché les plus belles secrétaires pour ce département. »

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                Comment les femmes ont déserté le secteur informatique



Dans un autre passage, celui qui invite la presse dans une maison avec matelas à eau et bibliothèque érotique s’interroge :
« Certaines femmes se sentent à l’aise avec moi, et d’autres non. Je trouve que l’aura du pouvoir et de l’argent est très intimidant pour un nombre effrayant de femmes. » 
Nolan Bushnell ne s’est pas exprimé depuis la polémique. Dans l’un de ses derniers tweets, daté de novembre dernier, l’entrepreneur vantait la méritocratie : « L’audace et la persévérance triomphent de l’intelligence, des classes sociales, du sexe et de la couleur de peau. C’est ce qui nous place tous à égalité. Le succès est pour ceux qui n’abandonnent jamais ni ne rejettent la faute sur personne. »
En réaction au choix initial des organisateurs de la GDC, plusieurs observatrices ont proposé un prix collectif pour les pionnières méconnues et longtemps occultées de l’industrie, comme Dona Bailey (Centipede), Roberta Williams (la série King’s Quest), ou encore Jane Jensen (Gabriel Knight).

Here @ubm I fixed the #GDC @Official_gdc Pioneer Award for you. Any of these pioneers deserve it but #notnolan. Apo… https://t.co/9bvM2zErOD— drgamermom (@Karen Schrier)


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Nolan Bushnell a longtemps été considéré comme le père et l’inventeur des jeux vidéo, en raison du succès commercial de Pong. Il avait eu l’idée de ce jeu de tennis lors de la présentation aux professionnels, quelque mois plus tôt, d’un programme similaire pour la Magnavox Odyssey, la première console de l’histoire.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Emmanuel Macron a promis de prêter l’œuvre du XIe siècle au Royaume-Uni en 2022. Mais son extrême fragilité rend l’opération périlleuse.
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La tapisserie de Bayeux n’a pas la fibre voyageuse


                      Emmanuel Macron a promis de prêter l’œuvre du XIe siècle au Royaume-Uni en 2022. Mais son extrême fragilité rend l’opération périlleuse.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 10h48
    |

                            Roxana Azimi








   


En ces temps de Brexit, l’annonce se voulait symbolique : la tapisserie de Bayeux, ce joyau qui draine chaque année quelque 400 000 visiteurs dans le Calvados, devrait être prêtée à la Grande-Bretagne en 2022. L’annonce élyséenne est tombée au moment du 35e sommet franco-britannique de Sandhurst. Un retour aux sources en quelque sorte. Selon certains spécialistes, cette broderie relatant les exploits du Normand Guillaume le Conquérant et son invasion réussie de l’Angleterre aurait été réalisée au XIe siècle à l’abbaye de Canterbury, dans le Kent.
Pour le quotidien britannique The Times, cette frise de près de 70 mètres inscrite au registre Mémoire du monde de l’Unesco est « l’objet le plus important de l’histoire anglaise ». Mais elle est aussi l’une des plus importantes pièces de l’histoire française. En 1953, l’Angleterre en avait déjà fait la demande pour le couronnement d’Elizabeth II. Sans succès. Puis à nouveau en 1966 pour l’anniversaire de la bataille de Hastings, que narre cette tapisserie. En vain. C’est que la broderie est des plus fragiles.
Déplacée deux fois seulement
Deux fois seulement, elle a été déplacée à Paris, dans des circonstances excessivement particulières : sous l’injonction de Napoléon, puis des nazis. Depuis, elle n’a pas quitté Bayeux. Contactée par le site La Tribune de l’art, la restauratrice Béatrice Girault, qui l’a eue entre les mains en 1983, redoute chaque manipulation. « Le moindre frottement, le moindre pli fait partir des petites fibres », affirme-t-elle. Antoine Verney, directeur des Musées de Bayeux, explique : « La tapisserie est une veille dame, qui a des usures naturelles, des déchirures parfois invisibles à l’œil nu. Toute manipulation nécessite d’énormes précautions. Avant même d’imaginer un déplacement de l’œuvre, il faut une stabilisation de la dégradation. » 

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                Le prêt diplomatique de la tapisserie de Bayeux



Un collège d’experts internationaux, mobilisé depuis quatre ans, doit d’ailleurs établir un constat afin de connaître précisément l’état de l’œuvre. Aussi le communiqué élyséen sur le sommet franco-britannique se veut-il prudent, indiquant que le prêt ne se fera que « sous réserve que les exigences juridiques et les conditions scientifiques de restauration et de préservation soient respectées ». Députée EELV du Calvados et ex-directrice du Musée de la tapisserie de Bayeux de 2005 à 2010, Isabelle Attard a un avis tranché : « La question de l’exposition se pose déjà à Bayeux, à cause de la lumière. Alors un prêt, vous n’imaginez pas ! » Et de s’inquiéter : « Normalement la Ville de Bayeux a la décision finale, mais que vaut l’avis de la Ville s’il y a un ordre présidentiel ? J’ai peur que le fait du prince l’emporte. »
Envoyer un fac-similé
La diplomatie, toutefois, n’a pas toujours le dernier mot. En 2013, pour célébrer le 50e anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises, le Quai d’Orsay avait milité pour le prêt de La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix à Pékin, arguant que ce petit plaisir avait déjà été accordé au Japon, en 1999, pour sceller des liens économiques. Mais les conservateurs sont montés au front, jugeant que la toile, fragilisée lors de précédents déplacements, ne pouvait plus voyager. La ministre de la culture de l’époque, Aurélie Filippetti, s’était opposée au prêt et avait obtenu que la Marianne des barricades restât sous la protection du Louvre.
Lire aussi : Prêts d’œuvres d’art à l’étranger : débats et blocages
Pour la tapisserie de Bayeux, une solution permettrait de rassurer les conservateurs tout en évitant aux diplomates de perdre la face : envoyer un fac-similé. Isabelle Attard souligne d’ailleurs que c’est ce que pratique le Japon, qui ne prête jamais ses trésors nationaux. Et il n’est pas le seul. De passage à Bayeux en 1987 pour fêter le 900e anniversaire de la mort de Guillaume le Conquérant, le prince Charles et Lady Di n’ont-ils pas offert un fac-similé du Domesday Book, un recensement national rédigé en 1086 par les Anglais à l’intention de l’envahisseur ? « On pourrait réaliser une copie de la tapisserie aux frais de l’Elysée », lance, non sans malice, Isabelle Attard. « Ce n’est certes pas la même chose que d’envoyer un original, mais c’est plus responsable. »



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Annoncée comme « un geste d’amitié entre le peuple américain et le peuple français » après les attentats de 2015 et 2016, l’œuvre suscite un grand débat depuis un an et demi.
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La polémique du « Bouquet of Tulips » de Jeff Koons ne dégonfle pas

Annoncée comme « un geste d’amitié entre le peuple américain et le peuple français » après les attentats de 2015 et 2016, l’œuvre suscite un grand débat depuis un an et demi.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 10h18
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 12h58
    |

            Pierre Bouvier








                        



   


Après le Tree de Paul McCarthy, gigantesque sculpture en forme de « plug » (jouet sexuel) anal installé en 2014 sur la place Vendôme, puis le Vagin de la reine, d’Anish Kapoor en 2015 à Versailles – deux œuvres temporaires –, voilà le Bouquet of Tulips (« Bouquet de tulipes ») de Jeff Koons, et la polémique qui l’accompagne.
Si l’œuvre n’a a priori aucune connotation sexuelle, elle échauffe les esprits. Elle a suscité une pétition et, surtout, une salve de tribunes dénonçant le projet d’installation sur l’esplanade du Palais de Tokyo de cette œuvre monumentale, à proximité du Trocadéro, dans le 16e arrondissement de Paris.

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                Le bouquet de fleurs de Jeff Koons donne de l’urticaire au monde de l’art



Face à l’imbroglio, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, a décidé d’intervenir. Mardi 30 janvier, elle recevait l’artiste. Que se sont-ils dit ? « Jeff Koons est venu voir la ministre, pas pour s’exprimer sur la polémique ni imposer l’œuvre », explique Emmanuelle de Noirmont, qui a représenté l’artiste en tant que galeriste jusqu’en avril 2013.
Quelques jours plus tôt, la ministre s’était rendue place de Tokyo, à l’emplacement où l’œuvre devrait être installée, pour faire le point. Elle demande toujours que les dossiers technique, économique et juridique soient sérieusement aboutis et surtout que les études annoncées soient effectivement réalisées par la Mairie.
Un projet à l’initiative de l’ambassadrice des Etats-Unis
Le 21 novembre 2016, l’Américain Jeff Koons annonçait qu’il offrait à la Ville de Paris Bouquet of Tulips, comme « un geste d’amitié entre le peuple américain et le peuple français » après les attentats de 2015 et 2016.
L’œuvre haute de 10 mètres, large de 8, pesant 27 tonnes sans socle, en bronze, acier inoxydable et aluminium, représente une main tenant des tulipes multicolores qui « symbolise l’acte d’offrir ». « L’œuvre a été créée comme un symbole de souvenir, d’optimisme et de rétablissement, afin de surmonter les terribles événements qui ont eu lieu à Paris il y a un an », expliquait alors Jeff Koons, entouré de la maire de Paris, Anne Hidalgo, et de l’ambassadrice des Etats-Unis en France, Jane D. Hartley.

   


C’est cette dernière qui a eu l’idée d’offrir l’œuvre de l’artiste à la France, comme elle l’expliquait au Figaro, le 23 novembre 2016. « J’ai eu cette idée après le 13-Novembre et ses terribles attaques contre les gens en terrasse. » Elle dit avoir proposé à Jeff Koons de créer une œuvre d’art pour l’offrir à la Ville de Paris en hommage aux victimes des attentats.
Une polémique quasi immédiate
Dès le lendemain de l’annonce, les esprits s’échauffent. Harry Bellet, journaliste au service Culture, écrit dans Le Monde que « Jeff Koons nous offre des fleurs mais il faudra payer le vase ». De son côté, Télérama signale que :
« Ni les riverains ni les deux directeurs des deux institutions concernées, Fabrice Hergott [Musée d’art moderne] et Jean de Loisy [Palais de Tokyo], n’ont été consultés. Pas plus, semble-t-il, que le corps des architectes des bâtiments de France – dont la mission est de gérer les espaces protégés comme le Palais de Tokyo, édifice bâti pour l’exposition internationale de 1937. »
A la fin de l’année 2017, une pétition intitulée « Non au bouquet de tulipes de Jeff Koons à Paris » est lancée par Espace 35, collectif d’artistes de Belleville. Elle a recueilli plus de 6 150 signatures. Ses auteurs dénoncent la « démesure » du projet : « Sa présence (…) nous privera d’un point de vue unique. »
Jeff Koons, « emblème d’un art spéculatif »
Dans une tribune publiée dans Libération, le 21 janvier, une vingtaine de personnalités rassemblées autour du réalisateur Olivier Assayas, de l’ancien ministre Frédéric Mitterrand, lancent un « Non au “cadeau” de Jeff Koons ».
Selon eux, Koons est « devenu l’emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif » et « son atelier et ses marchands sont aujourd’hui des multinationales de l’hyperluxe ».
« Le choix de l’œuvre, et surtout de son emplacement, sans aucun rapport avec les tragiques événements invoqués et leur localisation, apparaissent pour le moins surprenants, sinon opportunistes, voire cyniques. »
« Par son impact visuel, son gigantisme et sa situation, cette sculpture bouleverserait l’harmonie actuelle entre les colonnades du Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo, et la perspective sur la tour Eiffel », arguent-ils enfin.
Des personnalités « pas convaincues » par le projet
Le 24 janvier, dans Le Monde, Harry Bellet essayait de tordre le cou aux reproches adressés au projet, relevant « une méconnaissance du dossier » et rappelant qu’il s’agit d’une « initiative individuelle, privée, pas d’une commande publique » et que « l’installation (…) [est un] hommage aux victimes des attentats en France ».
De son côté, le Comité professionnel des galeries d’art a fait connaître son opposition au projet, rappelle Le Figaro :
« Il n’est pas question ici de juger des qualités esthétiques ou de la pertinence de la sculpture en tant qu’hommage aux victimes des attentats en France, mais de l’emplacement qui a été choisi. »
Dans une série de tribunes publiées dans Le Monde, le 30 janvier, l’ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon reconnaît qu’il n’est « pas convaincu par le projet d’implantation de Bouquet of Tulips, avenue du Président-Wilson, à l’emplacement qu’on lui destine ». Le romancier et essayiste Jean-Philippe Domecq écrit pour sa part que « le simplisme de l’œuvre jure avec la violence de l’acte qu’il souhaite commémorer ». Quant au philosophe Yves Michaud, il ironise : « Le destinataire d’un cadeau est censé pouvoir en faire ce qu’il veut. (…) Reconnaissons quand même l’élégance de Jeff Koons : il ne demande pas à entrer directement au Louvre, mais juste à se faire valoir devant deux sites muséaux majeurs. »
Un financement privé, mais avec déductions fiscales
Jérôme et Emmanuelle de Noirmont tentent, dans un texte publié sur leur site, de remettre le projet en perspective. Initialement, la sculpture devrait être installée dans le courant de 2017 devant le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo. Sa production, estimée à 3 millions d’euros, est financée par le mécénat privé américain et français, particuliers et entreprises, en contrepartie de déductions fiscales.
Les fonds ont été levés entre la fin de l’année 2016 et l’été 2017, expliquent-ils. « Le mécénat couvre aujourd’hui l’intégralité des coûts : la production et l’installation par des apports financiers, les travaux de renforcement de la place par apport en industrie. »
Pour ce qui est de l’identité des donateurs, il faudra attendre l’annonce du calendrier final, la signature de toutes les autorisations. « Souhaitant inscrire ce geste dans un esprit de générosité totale, Jeff Koons a proposé dès le début d’offrir tous les revenus de ses droits d’auteur sur cette œuvre aux associations des familles de victimes des attentats », ajoutent Jérôme et Emmanuelle de Noirmont.
Pour tenter de mettre un terme à la polémique, Christophe Girard, adjoint de la maire de Paris, a annoncé au micro d’Europe 1 le 30 janvier qu’il fallait « cesser la polémique ; nous allons accueillir l’œuvre de Jeff Koons au bon endroit ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ L’auteure, actrice et metteuse en scène présente sa pièce, « France-fantôme », au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis.
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Avec Tiphaine Raffier, la science-fiction entre en scène

L’auteure, actrice et metteuse en scène présente sa pièce, « France-fantôme », au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 16h35
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            

Bienvenue dans l’ère de la neuvième révolution scopique. Nous sommes au XXVe siècle, et tout va très bien en France. On y meurt toujours, mais on peut renaître en faisant télécharger ses souvenirs dans le corps d’un autre. Véronique, une professeure de littérature, inconsolable d’avoir perdu son mari, Sam, dans un attentat, met en place la procédure pour qu’il revienne. Elle se rend à l’île de la Réunion, où les souvenirs de tous les défunts sont conservés au fond de la mer. Sam réintègre la communauté des vivants, il devient un « rappelé », mais son retour se passe mal : il fait partie des 3 % qui n’arrivent pas trouver leurs marques dans leur nouvelle peau…
Où sommes-nous ? Dans un film ou un roman ? Non, au théâtre, avec France-fantôme, une pièce qui aborde avec brio la science-fiction, un genre rarement présent sur les plateaux : elle traite du transhumanisme, de l’homme augmenté, de la dictature sécuritaire, du statut de l’image. Et on la suit, captivé de bout en bout, en se demandant comment elle a pu naître.

La réponse tient en un regard. Deux grands yeux bleus. Une jeune femme, Tiphaine Raffier, 31 ans. On l’a vue jouer dans les spectacles de Julien Gosselin, en particulier Les Particules élémentaires et 2666. Avec France-fantôme, elle s’impose comme auteure et metteuse en scène. On la rencontre un après-midi de janvier dans un café de Barbès. Inquiète et déterminée. Elle parle sans hésitation, avec la précision de ceux qui se disent autodidactes, mais savent d’où ils viennent.
« La culture Euro Disney »
Tiphaine Raffier a grandi à Claye-Souilly, « entre Charles-de Gaulle et Marne-la-Vallée ; entre la ville et la campagne », précise­t-elle. Voilà qui dessine une géographie de l’imaginaire. Ses parents se sont installés en Ile-de-France, faute de trouver du travail en Bretagne. Le père a fait son chemin dans l’entreprise, la mère a longtemps été sage-femme avant de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’établissement présente des œuvres de l’artiste, dévoilées lors d’une vente aux enchères inédite en novembre 2017.
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Au Musée d’Orsay, la belle revanche de Camille Claudel

L’établissement présente des œuvres de l’artiste, dévoilées lors d’une vente aux enchères inédite en novembre 2017.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 09h56
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 10h37
    |

                            Emmanuelle Lequeux








                        



                                


                            

A vente exceptionnelle ré­ponse exceptionnelle : le 27 novembre 2017, la maison de ventes Artcurial proposait aux enchères un magnifique ensemble de sculptures de Camille Claudel. Leur rareté, leur beauté, leur pedigree (toutes provenaient directement de la famille de l’artiste) avaient pu faire prédire à Eve Turbat, l’experte qui avait travaillé à cette dispersion, un succès. « Cette artiste n’a pas été au goût du jour pendant longtemps, et les gens qui possédaient ses œuvres ne les montraient pas, mais cela a complètement changé depuis le travail de redécouverte amorcé dans les années 1980 », résumait-elle avant la vente.

Elle avait vu juste : certains lots ont décuplé leur estimation, et trois records du monde ont été établis. Belle revanche pour celle que l’on a trop longtemps considérée comme une élève, certes douée, mais élève tout de même, de son amant Auguste Rodin. Mais tout aussi remarquable est le droit de préemption qu’a exercé l’Etat lors de ces enchères, en faveur de six musées. Sur 20 pièces, 12 sont ainsi revenues à des institutions françaises.
Une carrière fulgurante
Pour parvenir à un tel résultat, un véritable travail de coordi­nation était nécessaire. Aucune des institutions ne devait res­sortir penaude ou frustrée de cette vente dont le produit s’est monté à 3,6 millions d’euros, soit trois fois le total escompté par la maison de ventes des Champs-Elysées. C’est cette histoire que le Musée d’Orsay raconte jusqu’au 6 février : le plus prestigieux des enchérisseurs a en effet proposé à ses cinq comparses de dévoiler au public les 12 œuvres ­acquises (à l’exception d’un pastel, trop fragile).
Le Musée Rodin à Paris, le Musée Camille-Claudel de Nogent-sur-Seine (Aube), La Piscine-Musée d’art et d’industrie de Roubaix (Nord), le Musée Sainte-Croix de Poitiers et la Maison Camille et Paul Claudel de Villeneuve-sur-Fère (Aisne), tous possédaient déjà d’importants ensembles de Claudel, qu’ils souhaitaient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Sous l’impulsion d’un étudiant, la salle de concerts des Bouches-du-Rhône, fermée en 1998, pourrait renaître.
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Architecture : le Stadium de Vitrolles sort de l’oubli

Sous l’impulsion d’un étudiant, la salle de concerts des Bouches-du-Rhône, fermée en 1998, pourrait renaître.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 09h55
    |

            Jean-Jacques Larrochelle








                        



                                


                            

Sous le feu des projecteurs depuis la récente inauguration de la Bordeaux Métropole Arena et un projet pour Chanel à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), l’architecte Rudy Ricciotti reste en revanche discret au sujet des péripéties du Stadium de Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Depuis bientôt trente ans, la salle de concerts et de sport de 5 000 places, malmenée par les aléas de la politique, est à l’abandon. Un étudiant en architecture, Enzo Rosada, 22 ans, s’est donné pour mission de la faire renaître.
Ce parallélépipède de béton, coulé en œuvre, constellé de points de lumière, est échoué parmi les boues rouges d’un crassier. Inauguré en 1994 par le maire socialiste Jean-Jacques Anglade, l’équipement se retrouve en 1997 sous la responsabilité de la frontiste Catherine Mégret. C’est peu de dire que l’œuvre ne plaît pas. Une tentative de concert rock identitaire est court-circuitée par un incendie volontaire. En octobre 1998, le Stadium baisse le store. Le périmètre de la construction, victime de vandalisme, sert de piste d’essai aux camions-écoles, avant que des gens du voyage s’y installent.
Pour le critique d’architecture Patrice Goulet, l’édifice a été « un pavé dans la mare politique »
Le Stadium a eu « beaucoup de mauvaises fées », reconnaît le conseiller pour l’architecture et les espaces protégés de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de la région Sud, François Gondran. Le club de handball OM-Vitrolles qui y jouait, disparaît en 1996. Pour le critique d’architecture Patrice Goulet, l’édifice a été « un pavé dans la mare politique ». Rudy Ricciotti dit avoir voulu en faire « le procès de l’esthétisation ». Au printemps 2014, lors de l’exposition qu’a consacrée à l’architecte la Friche Belle-de-Mai, à Marseille, Enzo Rosada est « interpellé » par l’histoire de l’édifice. « C’est un projet auquel je faisais souvent référence à l’école en raison de sa dimension architecturale et artistique »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ La ministre de la culture accueille au Palais-Royal une exposition d’œuvres sur l’exil d’artistes réfugiés en France.
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Françoise Nyssen offre une vitrine aux artistes migrants

La ministre de la culture accueille au Palais-Royal une exposition d’œuvres sur l’exil d’artistes réfugiés en France.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 09h50
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 18h17
    |

            Emmanuelle Jardonnet








                        



   


« Certains y verront les traits d’un geste militant. Mais ce devrait être un geste ordinaire. Cela doit rester un geste ordinaire », assure Françoise Nyssen. La ministre de la culture inaugurait lundi 29 janvier « Les Vitrines de L’Atelier des artistes en exil », une exposition qui fait suite à son appel au monde culturel à agir en faveur des migrants, formulé à Nantes le 17 janvier. Le ministère a invité quinze artistes récemment réfugiés en France à occuper ses vitrines donnant sur les jardins du Palais-Royal. De tous horizons et disciplines, tous sont soutenus par une même structure d’accompagnement : L’Atelier des artistes en exil (AA-E), ouvert à l’été 2017 dans le 18e arrondissement.

        Lire le récit :
         

          A Paris, L’Atelier des artistes en exil ouvre grand ses portes



Pour la ministre, il s’agit de « faire vivre la liberté de création et la liberté d’expression dans notre pays, coûte que coûte ». Elle met en avant « les engagements extraordinaires des militants de la culture », en l’occurrence celui de Judith Depaule et d’Ariel Cypel, les fondateurs de cette jeune structure associative. « La culture en France ne connaît pas de frontières », affirme-telle. Un message qui détonne dans le contexte du projet de loi immigration et de la réforme du droit d’asile annoncée par le gouvernement : « Je suis là pour dire aux artistes, pour dire aux associations, aux institutions, aux citoyens qui s’engagent pour faire vivre les arts et la culture – et ils sont nombreux : continuez ! Continuez d’offrir une voix à ceux qui n’en ont pas ; continuez de ménager un espace pour l’inaudible, pour l’inconnu, pour l’indicible ; continuez d’élargir nos regards, d’ouvrir notre culture ; continuez de nous bousculer. »
Armure et Chevalière
La sélection des artistes exposés rue de Valois a été faite « en fonction de leur engagement politique dans leur œuvre et ce qu’ils ont à dire sur l’exil. Dans un endroit si symbolique, il y a un message à faire entendre sur les raisons de l’exil ou sur l’exil lui-même », explique Judith Depaule.
En 2015, l’Afghane Kubra Khademi avait défilé dans les rues de Kaboul en portant une massive armure en métal aux attributs féminins pour dénoncer le statut bafoué des femmes. Une performance féministe qui lui avait valu d’être condamnée à mort. L’armure est exposée ici, et la jeune femme, aujourd’hui âgée de 28 ans et étudiante à Paris-I, a été faite Chevalière des arts et lettres.
Abdul Saboor, 25 ans, arrivé en France il y a trois mois, aborde, lui, l’exil dans une veine documentaire. Le jeune photographe, afghan lui aussi, a immortalisé son propre périple : la route des Balkans. Soit deux années et de nombreux obstacles pour traverser l’Europe. « Je me suis donné pour mission d’aider les migrants en faisant connaître leur sort, et je suis heureux de cette initiative du ministère de la culture français, cela peut aider à changer l’image des migrants, à lutter contre l’indifférence, et ça nous donne du courage », confie-t-il.
La question du regard sur les migrants est aussi au cœur de Sans-papiers, texte coup de poing de l’auteur soudanais Mohamed Nour Wana, 35 ans, placardé sur la palissade en bois qui fait face aux vitrines. « J’écris pour dire et décrire l’histoire de la migration forcée », explique-t-il, tandis que son poème convoque des destins et dilemmes terrifiants. « Continuez à écrire : pour vous, et pour nous », lui glisse Françoise Nyssen.
« Frères d’expérience »
Quête de visibilité et de dignité aussi chez le photographe Mohamed Abakar, 27 ans, qui a fui le Darfour, avec une série de portraits de ses « frères d’expérience » : les réfugiés posent à découvert à côté de sculptures cachées, emballées pour l’hiver dans les jardins du Château de Versailles. « Obtenir un statut est un si long parcours. Les voilà ainsi drapés d’un aberrant dilemme : vivre là-bas leur est désormais impossible, vivre ici ne leur est pas reconnu. Pourtant, dans leur épreuve et leur anonymat, ce sont des êtres humains », résume-il.
« Derrière un réfugié, il y a toute une histoire. Jamais je n’avais pensé qu’un jour je serais aussi un réfugié », dit le sculpteur Carlos Lutangu, qui a fui la République démocratique du Congo par la Libye et la Méditerranée, et fête ce jour-là ses 28 ans. Il présente notamment un Penseur, un autoportrait reprenant la forme d’un masque Kongo, sa tribu d’origine, qui a été sa première œuvre réalisée à l’AA-E : « L’arrivée dans un nouveau pays, dans une nouvelle culture, pose beaucoup de questions. Qu’allais-je devenir ? Cette tête entre mes mains, ce sont mes angoisses, mes inquiétudes pour ma famille restée au pays. »
Les formes se font plus abstraites et symboliques dans les Tableaux-histoires du Soudanais Mohamed Abdulatief, 27 ans, ou les délicates sculptures en métal de l’Iranien Mehdi Yarmohammadi, 38 ans. Plus crues chez la peintre iranienne Hura Mirshekari, 32 ans, qui dénonce la situation des femmes dans la province du Sistan-et-Balouchistan, à la frontière de l’Afghanistan. Dans sa vitrine, les pieds de deux femmes sont en suspens : « C’est un cri de protestation contre les exécutions et le viol. » Exécutions devenues « banales sous couvert de la loi islamique », dénonce-t-elle.
« Deux lieux uniques au monde »
« L’Atelier des artistes en exil est une idée brillante. Avec la Maison des journalistes, ce sont deux lieux uniques au monde et totalement français », se réjouit Moneim Rahama, 57 ans. Arrêté pour ses positions politiques en 2011, torturé et condamné à mort, ce journaliste et écrivain soudanais avait été relâché grâce à une campagne de soutien internationale, et a reçu en France en 2015 le Prix Pen international pour la liberté d’expression. Son poème collé à la palissade, intitulé Colère, évoque les difficultés administratives de l’exil : « Qui sont ces gens qui continuent d’humilier l’Homme ? », peut-on y lire.
Avec sa série Debout !, le sculpteur syrien Khaled Dawwa, 32 ans, condamne l’immobilisme des observateurs : on y voit des personnages bouffis à la fois léthargiques et en décomposition d’être restés trop longtemps assis dans un fauteuil. Ils semblent ici regarder d’autres corps, ceux de l’œuvre intitulée Ils se dispersent dans le silence, qui forment un magma humain disparaissant dans le sol.
Le ministère va signer une convention de subvention avec l’AA-E, qui devrait couvrir environ un quart de ses besoins, tandis que la structure, hébergée par un promoteur immobilier mécène, doit lancer cette semaine une campagne de crowdfunding pour répondre aux besoins en matériel de ses quelque 200 artistes membres. « Nous sommes dans notre rôle : on se doit d’être dans la curiosité, je l’assume pleinement, on fait ce que l’on doit faire », assure la ministre. Elle recommande aux jeunes, en particulier, de venir découvrir l’exposition. Quid des membres du gouvernement ? « Bien sûr que l’on va les inviter », glisse-t-elle dans un sourire.
« Les Vitrines de L’Atelier des artistes en exil », jusqu’au 30 mars au 5, rue Valois, Paris 1er. Entrée libre. L’Atelier des artistes en exil prévoit des journées portes ouvertes en mars.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’acteur, dont le corps a été retrouvé mardi à Los Angeles, devait être jugé au début de mars pour possession de documents pédopornographiques.
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Mark Salling, célèbre pour son rôle dans la série « Glee », meurt un mois avant son procès

L’acteur, dont le corps a été retrouvé mardi à Los Angeles, devait être jugé au début de mars pour possession de documents pédopornographiques.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 09h49
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 10h16
   





                        



   


L’acteur Mark Salling a été retrouvé sans vie mardi 30 janvier à Los Angeles à l’âge de 35 ans, a annoncé son avocat, Michael J. Proctor. Il était connu pour avoir interprété Noah Puckerman, l’un des personnages principaux de la série Glee, durant les six saisons qu’a été produit le programme, de 2009 à 2015.
Un officier, qui n’était pas autorisé à parler à la presse, a affirmé que l’acteur avait été retrouvé dans le lit d’une rivière située dans le quartier de Tujunga, à Los Angeles. La piste retenue est celle du suicide, selon ce même officier.
En décembre 2015, le comédien avait été arrêté à son domicile pour détention d’environ 54 000 images et vidéos à caractère pédopornographique ; une arrestation permise par un « informateur confidentiel », selon une porte-parole de la police de Los Angeles. Il avait été libéré sous caution après son arrestation.
Inculpé en mai 2016, Salling avait plaidé coupable en octobre 2017. Il espérait ainsi réduire sa peine d’emprisonnement, entre quatre et sept ans au lieu de vingt ans encourus en premier lieu. Il risquait également une inscription au registre des délinquants sexuels, l’interdiction d’entrer en contact avec des mineurs sans présence de leurs parents et d’approcher à moins de 30 mètres de cours d’écoles, de terrains de jeu ou d’autres installations pour enfants.
Le verdict était attendu le 7 mars.
En mars 2017, Salling avait par ailleurs conclu un accord financier de 2,7 millions de dollars (2,17 millions d’euros) avec une femme qui le poursuivait pour abus sexuel, affirmant que le comédien l’avait forcée à avoir un rapport sexuel non protégé.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Stéphane Braunschweig signe une adaptation fade et sans relief de la pièce de Shakespeare.
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Un « Macbeth » sans couleurs au Théâtre de l’Odéon

Stéphane Braunschweig signe une adaptation fade et sans relief de la pièce de Shakespeare.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 09h48
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            

En Angleterre, Macbeth a la réputation de porter malheur aux metteurs en scène qui s’en saisissent – comme si le mal qui suinte de la pièce s’attaquait même à qui voudrait le ­représenter, et donc tenter de le cerner. Et, de fait, il faut fouiller dans sa mémoire pour retrouver dans les annales récentes un ­Macbeth vraiment réussi – en l’occurrence celui du metteur en scène britannique Declan Donnellan, présenté au Théâtre Les Gémeaux, à Sceaux, en 2010.
La pièce, en tout cas, ne porte pas chance à Stéphane Braunschweig : le directeur du Théâtre de l’Odéon signe un spectacle fade et sans relief. Il était bien difficile, le soir de la première, le 26 janvier, de comprendre pourquoi Braunschweig, qui est pourtant toujours un lecteur profond et subtil des textes dramatiques, a voulu s’attaquer à Macbeth, et quel est son regard sur la pièce et ses personnages-monstres.
Sans grande imagination
Comme à l’accoutumée – et comme cela s’est beaucoup, beaucoup fait depuis une trentaine d’années –, Braunschweig inscrit la pièce dans un cadre totalement contemporain. C’est tentant, évidemment : la prise de pouvoir sanglante de Macbeth et de sa femme peut facilement évoquer tous les dictateurs d’hier et d’aujourd’hui. Mais la pièce est bien plus profonde et mystérieuse, dans sa manière, encore médiévale, de s’approcher des forces obscures, irrationnelles, et d’aborder l’énigme du meurtre de l’homme par l’homme, et de la culpabilité qui s’ensuit. Sans compter la réflexion sur la vie ­humaine, laquelle n’est « qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui s’agite et se pavane un temps sur la scène, et puis qu’on n’entend plus. Une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ».
Sans grande imagination, donc, le metteur en scène installe l’histoire de l’ascension et de la chute de Macbeth et de sa Lady dans un double décor emblématique de notre modernité : l’un, clinique, tout en carreaux...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Mathurin Bolze met en scène le spectacle de fin d’études du Centre national des arts du cirque.
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A La Villette, la tempête sous le chapiteau

Mathurin Bolze met en scène le spectacle de fin d’études du Centre national des arts du cirque.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 09h14
 • Mis à jour le
31.01.2018 à 09h19
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Le navire a explosé, réduit à des radeaux de fortune. Les morceaux se balancent au gré d’un furieux coup de vent. Ce grand air de la piraterie, revu pour le cirque par l’acrobate et metteur en scène Mathurin Bolze, souffle la tempête sur le plateau d’Atelier 29, spectacle de fin d’études de la 29e promotion du Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne (Marne).
A terre comme dans les airs, swinguant et tournoyant, méchamment secoués dans tous les sens, ces plateaux de bois sont les plus formidables agrès de cette troupe éphémère de treize jeunes artistes emportés dans un manège effréné.
L’impact de cette scénographie sans cesse mobile oblige les interprètes à jouer à fond. Pas seulement pour montrer des exploits circassiens à filer la chair de poule, mais pour s’amuser tout simplement. Grimper sur les balançoires, se réfugier à plusieurs sur ces îlots, s’imaginer vivre quelques secondes dans un cabanon… font partie des images collatérales de cette valse permanente qu’est Atelier 29.
La tribu s’agite
Avec sa gamme de mouvements agiles pour retrouver le plancher des vaches sans perdre pied ni attraper le mal de mer. Alors plonger et s’aplatir comme une crêpe, sauter en faisant une galipette, bondir d’un plateau à une corde, façon Tarzan dans la jungle, tous les cas de figures acrobatiques sont possibles dans cette lutte avec la gravité et l’équilibre qu’est Atelier 29. Au point de carrément mettre la tête à l’envers des interprètesdans un ­tableau collectif magique. Le ­cirque ne désire-t-il pas voir le monde sens dessus dessous ?
Cet élan débordant de mouvements contraires et d’échos gestuels est l’un des attraits du spectacle. Au-delà de distinguer treize artistes aux pratiques variées, dont celle du vélo acrobatique qui trouve ici un espace parfait pour un gymkhana, Mathurin Bolze les saisit dans un faisceau d’actions et de péripéties qui les rassemblent.
Pendant que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Deux expositions célèbrent la culture visuelle soviétique.
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A Londres et à Paris, la Révolution russe et l’art bolchevique se donnent à voir

Deux expositions célèbrent la culture visuelle soviétique.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 08h44
    |

            Michel Lefebvre








                        



                                


                            
En ce début d’année, les ­derniers feux de la révolution russe de 1917 brillent encore pour quelques semaines à Londres et à Paris. Dans la capitale britannique, le drapeau rouge flotte sur la Tate Modern, qui présente dans son annexe aux allures de bunker la collection du photographe et graphiste David King (1943-2016) sous le titre « Red Star Over Russia, a Revolution in ­Visual Culture 1905-1955 » (L’étoile rouge sur la Russie, une révolution dans la culture visuelle 1905-1955).

Ce collectionneur ­anglais a patiemment constitué, en quarante ans, la plus belle collection hors Russie d’affiches, de livres, de documents et surtout de photographies, sur l’Union soviétique. Avant de mourir, en juillet 2016, il avait commencé à travailler à cette exposition avec Natalia Sidli­na, conservatrice à la Tate : « Nous lui rendons hommage en montrant l’histoire visuelle de l’Union soviétique vue à travers les lunettes de David King. Malheureusement, nous avons sa collection, mais pas sa connaissance. »
Entre la Tate Modern et David King, l’histoire a commencé en 2005, quand le conservateur Matthew Gale propose au collectionneur d’exposer des affiches dans une salle de la collection permanente. L’expérience se renouvellera régulièrement. Elle a été maintenant acquise par la Tate. Elle ne sera pas démembrée, mais, au contraire, cataloguée soigneusement, l’inventaire est presque terminé, et ouverte aux chercheurs, comme l’avait souhaité le collectionneur. Il s’agit de 250 000 « objets », les trois quarts sont des photos, dont une grande part de reproductions, mais aussi des tirages d’époque, des milliers d’affiches, journaux, livres, peintures. L’exposition comporte 250 œuvres issues de la collection David King et une vingtaine d’autres, de provenances diverses, dont une collection tchèque.
Une âme et un propos
La différence fondamentale entre cette exposition et celles qui se sont tenues à Londres, d’abord au printemps 2017, intitulée « Revolution »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le cinéaste Aktan Arym Kubat utilise la dimension symbolique pour dépeindre une société dans laquelle la tradition est menacée.
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« Centaure » : un western au cœur du Kirghizistan

Le cinéaste Aktan Arym Kubat utilise la dimension symbolique pour dépeindre une société dans laquelle la tradition est menacée.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h26
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Il est surnommé « Centaure ». C’est un ancien projectionniste de cinéma. Il est marié à une femme sourde et muette et père d’un gamin de 5 ans. Son plus grand plaisir est de s’emparer, la nuit venue, de chevaux de course qu’entraînent les hommes riches du coin, pour galoper dans la steppe avant de les relâcher dans la nature. Il est découvert, capturé et livré, un soir, aux autorités.
Son sort est suspendu à la décision du conseil des anciens et l’indulgence des habitants du village. Après une tentative avortée de conversion à l’islam (un moment non dénué d’humour), « Centaure » ne pourra qu’affirmer son désir irréductible d’une liberté et d’une individualité que lui refuse un monde en train de se transformer.
Centaure est une sorte de western kirghiz où les événements prennent rapidement une dimension symbolique et abstraite. S’y produit une sorte de précipité chimique où le présent se lirait à la lumière d’un passé désormais enfoui. On sent que le cinéaste Aktan Arym Kubat, peintre de formation et déjà auteur des excellents Voleur de lumière (2010) et Le Singe (2001), en interprétant ici le rôle prin­cipal du film, exprime une volonté de tenir un discours qui s’identifierait à celui de son ­héros. Le propos semble dépeindre, à travers le récit d’un parcours individuel, une situation en porte-à-faux avec une tradition menacée.
Une nation conquérante
Le protagoniste principal, qui conte à son fils, dont on ne sait pas s’il l’entend, les récits héroïques de l’histoire du Kirghizistan, tente, de façon peut-être dérisoire, de perpétuer le souvenir d’une nation conquérante et fière désormais soumise, on le devine, à diverses menaces de dissolution. Il y a celle que représente la loi de l’argent, celle de ces potentats locaux propriétaires d’étalons de course qui ont la loi entre leurs mains. Il y a aussi les prosélytes d’un islam politique conquérant et en même temps insidieux, bouleversant les relations entre les individus. Le souffle épique d’une mise en scène caractérisée par un usage à la fois exaltant et distanciateur de l’écran large s’allie à une manière de manier une dialectique nourrie par la justesse parfois émouvante des portraits des différents protagonistes.
Sans doute pourrait-on reprocher au film d’Aktan Arym Kubat un usage de l’allégorie parfois un peu attendu, dans ces plans de chevaux au ralenti par exemple, parfois plus habile comme cet ancien cinéma transformé en mosquée. Car loin d’être insignifiant, l’ancien métier du héros est aussi le signe de la disparition de ce monde symbolique et imaginaire qu’incarnait le cinéma lui-même, symbole perceptible à travers ces affiches oubliées de films soviétiques témoignant d’une vision idéologique désormais lointaine.

Film kirghiz, français, allemand et néerlandais d’Aktan Arym Kubat. Avec Aktan Arym Kubat, Nuraly Tursunkojoev, Zarema Asanalieva (1 h 29). Sur le Web : www.epicentrefilms.com/Centaure-Aktan-Arym-Kubat



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Dans la peau d’un boxeur, filmé par Samuel Jouy, l’acteur insuffle force et grandeur tragique.
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« Sparring » : Mathieu Kassovitz, jusqu’au dernier round

Dans la peau d’un boxeur, filmé par Samuel Jouy, l’acteur insuffle force et grandeur tragique.



Le Monde
 |    31.01.2018 à 07h24
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
Parmi les adjectifs qui peuvent venir à l’esprit en voyant Sparring : modeste, petit, familier. Ce qui suffit à garantir un film ­confortable. Il faut y ajouter : fort, ce qui élève le premier long-métrage de Samuel Jouy au-dessus du tout-venant de la production française. Cette force, Sparring la doit en grande partie à Mathieu Kassovitz. Le réalisateur de L’Ordre et la Morale et interprète de la série Le Bureau des légendes (Canal+) insuffle au personnage de Steve Landry, boxeur semi-professionnel, une part de grandeur tragique qui lui permet de prendre place aux côtés d’autres pugilistes malheureux à l’écran, le Bill Thompson de Robert Ryan dans Nous avons gagné ce soir, de Robert Wise, ou le Ernie de Jeff Bridges dans La Dernière Chance, de John Huston.
On ne pouvait imaginer plus ordinaire que la famille Landry, du Havre. Papa Steve (Mathieu Kassovitz) travaille dans la restauration collective, maman Marion (Olivia Merilahti) est coiffeuse, Aurore (Billie Blain), l’aînée, prend des cours de piano, Oscar, le cadet, n’a pas encore de soucis. Steve est aussi boxeur et – la quarantaine passée – approche de son cinquantième combat (trente-trois défaites, treize victoires, un nul). Les promoteurs ne veulent plus de lui sur le ring. Quand se présente l’occasion de devenir le sparring-partner de Tarek M’Bare (Souleymane M’Baye, acteur débutant, champion WBA super-légers), Steve Landry y voit l’occasion de gagner assez d’argent pour acheter un piano à sa fille et trouver une place dans le monde de la boxe, qui rendrait justice à son expérience.
Une ascèse inconsciente
On trouvera dans le déroulement du scénario de Samuel Jouy quelques-uns des clichés inhérents au genre, des facilités sentimentales. On les verra à peine, tant on est fasciné par le personnage prin­cipal. Mathieu Kassovitz façonne la dévotion de Steve à son sport comme une ascèse inconsciente. Le boxeur est incapable de formuler ce qui le pousse à remonter sur un ring (une séquence assez drôle le montre essayant en vain de suivre les élucubrations d’un de ses collègues en sparring qui lui expose une théorie pugilistique), malgré les échecs répétés. Arrivé au terme de sa carrière, le tourment de l’échec est insupportable, d’autant que sa fille est arrivée à l’âge où le regard des enfants sur les parents se dessille.
Les allers-retours de Steve entre le paysage urbain brut du Havre et les ors du casino de Deauville, dans le théâtre duquel Tarek M’Bare s’entraîne, rythment l’oscillation du personnage qui voudrait être père et rester athlète, la première option impliquant l’acceptation du passage du temps, la seconde, le risque de la blessure et de la maladie. A l’hollywoodienne, Samuel Jouy trouve un compromis entre les deux options. Mathieu Kassovitz a installé une telle familiarité entre les gens dans la salle et ce type blessé et courageux à l’écran que l’on accueille avec soulagement cette ruse de scénario.
Et s’il fallait encore une raison d’aller voir Sparring, on la trouvera dans l’apparition brève, mais indélébile, d’Yves Afonso dans le rôle d’un vieil entraîneur. Dans le regard clair et un peu brouillé de l’acteur mort le 21 janvier, on voit le reflet du destin d’éternel second rôle que Mathieu Kassovitz a endossé le temps d’un film et de quelques rounds.

Film français de Samuel Jouy. Avec Mathieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye, Billie Blain (1 h 34). Sur le Web : www.europacorp.com/fr/films/sparring et www.facebook.com/Sparring.LeFilm



                            


                        

                        

