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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Christa Théret, 26 ans, poursuit la trajectoire qu’elle s’est fixée, loin des rôles « faciles ». Dans « Gaspard va au mariage », elle incarne une jeune fille qui s’identifie à un ours.
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Christa Théret, actrice à l’aise en peau d’ours


                      Christa Théret, 26 ans, poursuit la trajectoire qu’elle s’est fixée, loin des rôles « faciles ». Dans « Gaspard va au mariage », elle incarne une jeune fille qui s’identifie à un ours.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 16h23
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 16h41
    |

                            Emilie Grangeray








   


« C’est une guerrière un peu céleste. » De sa voix légèrement rauque, voilà comment Christa Théret définit son rôle dans Gaspard va au mariage, nouveau film d’Antony Cordier. Dans cette comédie originale, elle joue, aux côtés de Félix Moati et Lætitia Dosch, un personnage de femme enfant qui se réfugie, littéralement, dans une peau d’ours jusqu’à se persuader qu’elle en est un. « Pour Coline, cette peau est une manière de se protéger », dit celle qui, bon petit soldat, a étudié les mouvements de l’animal pour mieux l’imiter.
Jouer, son « issue de secours »
Comme son personnage, l’actrice de 26 ans veut se protéger. Sans doute parce qu’elle a été jetée très tôt dans le « drôle de milieu » du cinéma. La première fois, elle a 11 ans. Repérée dans une cour d’école, « sauvagement castée » selon ses mots, on la voit ensuite dans Le Couperet (2005), de Costa-Gavras. Puis, quatre ans plus tard, elle est de nouveau choisie pour incarner Julie dans Et toi, t’es sur qui ?. Sélectionné dans la catégorie Un certain regard, le film de Lola Doillon la propulse au Festival de Cannes.

        Lire la critique de « Gaspard va au mariage » :
         

          Scènes de ménagerie en Limousin



Drôle de trajectoire pour celle qui s’imaginait institutrice ou libraire. Une trajectoire bousculée à la même époque par la mort de son père, artiste peintre. Elle n’a que 15 ans. « Jouer a été mon issue de secours », confie-t-elle avec pudeur. Grâce à LOL, de Lisa Azuelos, Christa Théret est nommée pour le César du meilleur espoir féminin et devient un visage reconnu. Mais ce bonheur s’accompagne de la « peur de cette notoriété qui vous échappe ». Alors, la comédienne joue profil bas, refuse des rôles trop faciles, et se tourne vers des films qu’elle qualifie d’engagés, dans lesquels elle campe « des héroïnes marginalisées, des jeunes filles qui se cherchent ». À l’image de ses apparitions dans La Brindille, Voie rapide, Renoir, ou La Fille du patron… Pour expliquer cette jeune carrière, elle affirme être animée par l’idée de « donner la parole à ceux qui ne l’ont pas », être attirée par « la poésie de l’écriture, l’engagement du personnage ».
Bientôt à l’affiche du très attendu E-Book, film d’Olivier Assayas sur le milieu de l’édition, elle reste discrète sur ses prochains projets, explique vouloir choisir des premiers films, et rêve de défendre un rôle « féministe ». « Donner tout, et en même temps sortir quelque chose de soi », livre-t-elle avec un sourire de Joconde. Une autre manière de se protéger ?
« Gaspard va au mariage », d’Antony Cordier, avec Félix Moati, Lætitia Dosch, Christa Théret. En salle le 31 janvier.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Le succès d’un film se joue dès la première journée. Vingt-quatre heures durant lesquelles les équipes attendent fébrilement le nombre d’entrées. Un bon départ permettra au film d’assurer sa présence en deuxième semaine et donc sa rentabilité.
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Les mercredis de l’angoisse du cinéma d’auteur

Le succès d’un film se joue dès la première journée. Vingt-quatre heures durant lesquelles les équipes attendent fébrilement le nombre d’entrées. Un bon départ permettra au film d’assurer sa présence en deuxième semaine et donc sa rentabilité.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 15h36
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            

Tenir le fortin. Ne pas perdre de position, tenter même de gagner du terrain. C’est, chaque semaine, le pari fordien des distributeurs de films. Tous les lundis matin, avec les chiffres de fréquentation du week-end, le couperet tombe. Les exploitants des salles décident des longs-métrages qu’ils vont garder et de ceux qu’ils vont éjecter pour faire de la place aux dix-huit nouveaux films attendus en moyenne chaque mercredi.
« Dans cette bataille de chiffres, La Douleur est jugé de la même façon que Les Tuche », constate Régine Vial, directrice de la distribution aux Films du Losange, qui défend le cinéma d’auteur. Elle a accepté de montrer au Monde les coulisses de la sortie de ce long-métrage d’Emmanuel Finkiel, adapté du roman de Marguerite Duras.
Lundi 29 janvier, à 13 heures, c’est le soulagement. Le film a totalisé 83 845 entrées entre mercredi 24 et dimanche 28 janvier, soit une moyenne de 621 entrées sur 135 écrans. Des bons résultats à Paris mais aussi à Tours, Orléans ou Saint-Malo. Si bien qu’il sera projeté sur 220 écrans pour sa deuxième semaine, cette fois-ci non seulement dans les cinémas d’art et essai et les multiplexes du centre des grandes villes, mais dans des plus petites agglomérations. Une prouesse pour un film d’auteur exigeant et assez long (2 heures 06).
Un ordonnancement réglé au millimètre
La sortie d’un film obéit à un ordonnancement méconnu et réglé au millimètre. Tous les mercredis matin à 9 heures, les distributeurs se réunissent autour d’un petit déjeuner à l’UGC Ciné-Cité Les Halles. Les nouveautés de la semaine y sont projetées tôt le matin, si bien que, depuis quinze ans, ces salles sont devenues « le » baromètre de la profession. Dans son rôle de Monsieur Loyal, Antoine Cabot, directeur du multiplexe, annonce, à 9 heures 30 tapantes, les entrées de chaque film. Mercredi 24 janvier, Pentagone Papers de Steven Spielberg arrivait en tête avec 93 entrées, suivi...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Au moment où son film sort en France, le cinéaste est de nouveau accusé d’abus sexuels par sa fille.
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« Wonder Wheel » : Woody Allen, l’art de l’intimité transfigurée

Au moment où son film sort en France, le cinéaste est de nouveau accusé d’abus sexuels par sa fille.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 09h55
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 10h00
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à voir
Le temps est donc venu où la critique d’un film de Woody Allen ne peut à son tour être envisagée sans « appareillage » approprié. En d’autres termes, l’affaire Weinstein rattrape l’auteur de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander (1972) à l’heure où son nouveau film, Wonder Wheel, sort sur les écrans. Sa fille adoptive, Dylan Farrow, vient de réitérer, dans un entretien accordé le 17 janvier à la chaîne américaine CBS, les accusations d’abus sexuel portées de longue date contre son père, qui n’a jamais cessé de les démentir.

Le recours à l’entretien télévisé associé au moment historique a suscité une vague de réactions. Critiques rompant avec le cinéaste, actrices promettant de boycotter le réalisateur, spectacle musical inspiré d’un de ses films annulé à Broadway, acteurs de son prochain opus, A Rainy Day in New York, versant leur salaire à l’association anti-harcèlement Time’s Up, quand Amazon, producteur dudit film, envisage d’en supprimer la sortie.

Divorce conflictuel
Après l’effacement de Kevin Spacey de Tout l’argent du monde, de Ridley Scott, ou l’élimination de l’acteur James Franco en « une » du dernier numéro de Vanity Fair consacré à Hollywood, cette radicalité des réactions, tant de la part des studios, de certains acteurs que d’une partie du public, pose question. Est-elle fondée sur le sens de la justice ou sur la nécessité d’un châtiment d’autant plus justifié qu’il s’applique à des personnalités réputées intouchables ?

Sans minorer la gravité de l’accusation (engageant le soupçon de pédophilie et d’inceste) et la douleur de la victime supposée, il y a pourtant loin du cas Weinstein, systémique et avéré, au cas Allen, qui s’enracine dans le divorce conflictuel du cinéaste d’avec Mia Farrow dans les années 1990, alors qu’il entamait une liaison avec Soon-Yi Previn, autre fille adoptive,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Passion, jalousie, haine, solitude… rien n’a changé depuis les Grecs anciens, estime le réalisateur de « Wonder Wheel ».
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Woody Allen : « La grande roue est une métaphore de la vie »

Passion, jalousie, haine, solitude… rien n’a changé depuis les Grecs anciens, estime le réalisateur de « Wonder Wheel ».



Le Monde
 |    30.01.2018 à 09h54
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 16h27
    |

            Laurent Carpentier








                        



                                


                            

A 82 ans, alors que Wonder Wheel sort en France, le réalisateur a déjà fini le tournage de A Rainy Day in New York, qui lui vaut une bronca outre-Atlantique. Après l’affaire Weinstein, dont son fils, Ronan Farrow, est à l’origine, Woody Allen, que celui-ci accuse depuis des années d’attouchements sur sa sœur adoptive Dylan Farrow, est de nouveau la cible de critiques violentes. Timothée Chalamet et Rebbecca Hall, deux des acteurs de A Rainy Day in New York, ont annoncé qu’ils donneraient les revenus de ce film à des organisations anti-harcèlement. Woody Allen, que nous avons rencontré à Paris en décembre, a de nouveau réfuté, par ses avocats, ces accusations.

Le désir, la trahison, les limites, c’est la matière de vos films. A la suite de l’affaire Weinstein, on s’offense outre-Atlantique de vous voir tourner « A Rainy Day in New York », un film qui met en relation un homme âgé et une adolescente de 15 ans…
Mais il n’y a rien de la sorte dans mon prochain film. On n’y trouve aucune relation de quelque nature qu’elle soit entre un homme d’un certain âge et une jeune fille. C’est quelque chose que la presse a fabriqué de toutes pièces…
Pourtant, vous n’avez pas peur en général de vous attaquer aux tabous des relations humaines.
C’est le matériau de base de tout auteur dramatique. La grande roue du titre, Wonder Wheel, est une métaphore de la vie. Aujourd’hui, on va sur la Lune et sur Mars, on a des ordinateurs et des robots, mais nous avons les mêmes problèmes émotionnels que les Grecs il y a cinq mille ans : la passion, la jalousie, la haine, la solitude, l’amour d’un autre et la frustration, rien de tout cela n’a changé, cela tourne en rond encore et encore, et dans cinq mille ans on aura fait d’autres progrès scientifiques miraculeux, mais les gens continueront à aimer, à être jaloux et à se sentir trahis. C’est Wonder Wheel, la même grande roue...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Dans un zoo, la comédie d’Antony Cordier séduit avec ses personnages fantasques.
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Article sélectionné dans La Matinale du 29/01/2018
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« Gaspard va au mariage » : scènes de ménagerie en Limousin

Dans un zoo, la comédie d’Antony Cordier séduit avec ses personnages fantasques.



Le Monde
 |    30.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
30.01.2018 à 16h42
    |

                            Thomas Sotinel








                        



                                


                            

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer
Il n’est de vrai paradis que perdu. De cette constatation mélancolique, Antony Cordier a fait un film d’une constante drôlerie, peuplé de personnages fantasques et d’animaux de chair et de sang, une comédie française, pleine de grâce et de fantasmes, qui ne ressemble en rien à ses congénères. Gaspard va au mariage est une espèce rare, et le seul moyen de la préserver est d’aller voir ce film en se souvenant du regard que, enfant, on posait sur les figurines en plastique d’un zoo miniature ou sur les bêtes prisonnières des vrais parcs zoologiques.
Pendant des années, Gaspard (Félix Moati) a fui le zoo provincial dans lequel il a grandi. A l’occasion du remariage de son père, il y revient, avec appréhension. Pour se préserver du pouvoir d’aspiration du clan familial, il embauche, au hasard d’une rencontre absurde, une fille un peu godiche, Laura (Lætitia Dosch), qu’il convainc de tenir le rôle de sa petite amie.
Pendant des années, Gaspard a fui le zoo dans lequel il a grandi. Il y revient, avec appréhension
Quand on découvre la communauté qui attend son retour, on comprend les réticences de Gaspard. A force d’infidélités, Max (Johan Heldenbergh, vu chez Felix Van Groeningen), le patriarche, est en train de saboter son mariage à venir avec Peggy (Marina Foïs), la vétérinaire du zoo. Avec le concours de cette dernière, Virgil (Guillaume Gouix), le fils vertueux, s’efforce de faire tourner l’entreprise pendant que Coline (Christa Théret), la benjamine de la fratrie, erre dans les allées du parc revêtue d’une peau d’ours, souvenir d’un pensionnaire jadis très aimé.

Sur ce petit groupe plane le souvenir d’une mère (Elodie Bouchez, qui apparaît dans des flash-back filmés comme en super-8) disparue dans des circonstances plus ou moins horrifiques selon la personne qui les relate. C’est que la recherche du temps perdu n’offre aucune garantie d’exactitude. On comprend vite que si Gaspard s’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Un premier cinéma moderne vient d’ouvrir ses portes sur la Grande-Ile. Son patron ambitionne d’avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».
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Reportage

Au Plaza d’Antananarivo, les Malgaches retrouvent le goût du cinéma après plus de quinze ans sans salles

Un premier cinéma moderne vient d’ouvrir ses portes sur la Grande-Ile. Son patron ambitionne d’avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».

Par                Laure Verneau (contributrice Le Monde Afrique, Antananarivo)



LE MONDE
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        Le 28.01.2018 à 20h24

     •
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        Mis à jour le 29.01.2018 à 10h00






    
Le cinéma Plaza d’Antananarivo a ouvert en décembre 2017. C’est le premier de l’île à être aux normes internationales modernes.
Crédits : LAURE VERNEAU


« Tsara be ! » C’est l’exclamation qui revient le plus souvent dans la bouche des spectateurs qui sortent de la première séance du Plaza d’Antananarivo ce dimanche matin. En malgache, ces mots signifient à la fois « beau », « génial », et « très bien ». Selon l’avis de tous, le nouveau cinéma de la capitale malgache, ouvert en décembre 2017, est tout cela à la fois. Le public est juvénile, le film Big foot junior vient d’être projeté en 3D. Pour beaucoup, c’est leur toute première expérience du grand écran.

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Nancy, 6 ans, dévore son pop-corn avec sa mère sur le perron, des traînées de larmes séchées sur ses joues. « Elle a eu peur, confie Mina, sa mère, on a dû sortir un peu avant la fin. Mais on reviendra ! » Sa petite sœur, elle, sautille partout. Il y a aussi des ados hilares qui se prennent en selfie dans le hall d’entrée en attendant la projection de Blade Runner 2049 l’après-midi. Un peu plus loin, Hery est assis sur les marches avec ses deux fillettes. « Je me souviens des vieux cinémas quand j’étais jeune, mais là, ça n’a rien à voir ! » Ses enfants le « tannent depuis une semaine, juste pour venir voir ».
Matériel de projection à la pointe
Dans ce large bâtiment bleu azur, tout est fait pour attirer le regard. Son esthétique d’abord, largement empruntée à l’univers de Hollywood. Qu’il s’agisse des luminaires rutilants à outrance, des écrans animés, des portes battantes de style saloon ou des sièges en velours rouge, le Plaza veut offrir un « standing » à l’américaine ses spectateurs. C’est son fondateur, Andry Raboelina, qui l’a voulu ainsi : « J’avais vu ces chariots de pop-corn à Disneyland, j’ai voulu reproduire la même chose ! »
La capacité de son unique salle ensuite, qui n’a rien à envier aux cinémas occidentaux et peut accueillir 800 personnes. Enfin, un matériel numérique à la pointe avec un écran géant et une sonorisation qui permettent une qualité de projection immersive en 3D.

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Un « standing » qui a un coût et exige de 10 000 ariarys la place (2,50 euros) à 30 000 ariarys selon les séances. Un loisir que seule une petite frange de la population peut s’offrir.
Andry Raboelina est un patron de télé, mais aussi un cinéphile. « Je me souviens des films que j’allais voir avec l’école. Tous les mercredis après-midi dans un petit cinéma. » Il a commencé à diffuser des films dans les années 1990, dans des amphithéâtres. « Le premier, c’était en 1998 : Titanic. Ce fut un engouement terrible ! L’entrée à l’époque était à 5 000 francs. J’ai mis cinq heures à compter l’argent de toutes les entrées », s’amuse-t-il. Lui-même a vu le film de James Cameron plus d’une dizaine de fois depuis.
Propagande russe
Juste après l’indépendance en 1960, le cinéma était très prisé à Madagascar. La Grande Ile comptait une centaine de salles de projection, dont une dizaine dans la capitale. Elles étaient gérées par l’Etat. « Mais sous la présidence de Didier Ratsiraka [1997-2002], l’Etat a cessé de s’occuper de la programmation, explique Laz, réalisateur et directeur des Rencontres internationales du film court de Madagascar. Ils ont préféré acheter des films de propagande russe qui étaient diffusés à la télé. Les gens n’allaient plus voir de films… parce qu’il n’y avait plus de films à voir ! »
Résultat, au début des années 2000, toutes les salles de l’île avaient fermé. Le Plaza est ainsi le premier cinéma aux normes internationales à s’implanter à Madagascar. Pour l’instant, il ouvre le week-end, et a fermé deux semaines pour quelques ajustements techniques. « On apprend encore à gérer le fonctionnement de la machine », admet Andry Raboelina. Le programme, en revanche, est fixé. Les samedis et les mercredis seront dédiés aux scolaires, et des négociations sont en cours pour avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».

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On ne connaîtra pas la somme investie pour créer le Plaza, seulement que « les crédits courent sur vingt ans et qu’il va falloir commencer à rembourser ». Le prochain gros coup selon son patron : la diffusion de Cinquante Nuances plus claires, le troisième volet de la saga Cinquante Nuances de Grey, pour la Saint-Valentin. « Ça devrait attirer les foules », conclut-il, goguenard.


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Sandrine Bonnaire raconte son enfance, à Grigny, dans une famille modeste de onze enfants. Et sa rencontre avec Maurice Pialat, « son mentor ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/01/2018
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Sandrine Bonnaire : « Ma cité HLM, c’était comme un village »

Sandrine Bonnaire raconte son enfance, à Grigny, dans une famille modeste de onze enfants. Et sa rencontre avec Maurice Pialat, « son mentor ».



Le Monde
 |    28.01.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 11h07
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            

La comédienne, distinguée à 18 ans par un César de la meilleure actrice pour Sans toit ni loi d’Agnès Varda, tient le rôle principal d’Une saison en France, un film de Mahamat-Saleh Haroun, qui sortira sur les écrans ­mercredi 31 janvier.
Je ne serais pas arrivée là si…
S’il n’y avait pas eu mon père et Maurice Pialat. Je ne serais pas arrivée là sans ces deux pères. L’un m’a fait naître, avec ma mère bien sûr, l’autre m’a fait exister.
Commençons par le premier, votre père biologique. Quelle a été son influence ?
Je lui dois d’être très pragmatique, ancrée, d’avoir le sens des réalités et des responsabilités. D’être rêveuse mais pas dupe. Il était ajusteur fraiseur, il travaillait depuis l’âge de 14 ans à l’usine, se levait à 5 h 30, faisait trente bornes à Mobylette, rentrait vers 19 h 30. J’ai très peu de photos de lui mais, quand je les regarde, je vois combien il faisait plus vieux que son âge. Il s’était marié très jeune, avait onze enfants, était usé par le travail, par une forme de vide de vie. Il n’avait de temps pour rien d’autre. Il est mort à 56 ans, en 1986.
Maman, elle, était olé olé. Assez libre. Elle a su rester joueuse, rêveuse. J’ai énormément d’admiration pour elle. Elle faisait les tâches ménagères quand elle le souhaitait. Elle se trouvait des souffles, des voyages, des raisons de sourire. Elle nous a éduqués en nous assurant que « l’impossible est possible ». Parfois, elle partait – heureusement, on était tellement nombreux qu’on s’entraidait. Je ne lui en veux pas, même si cela m’énervait à l’époque parce que, enfant, on aspire à la normalité. Mon enfance a été particulière.
Votre mère faisait-elle partie des Témoins de Jéhovah ?
Elle l’est toujours, c’est sa religion. On ne fêtait pas les anniversaires. Noël, c’était en décalé, le 26 décembre. Il y avait des réunions à la maison. Je m’y ennuyais à mourir.





                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Enfant-star de Disney, meneur d’un boys band avant de triompher en solo, Justin Timberlake s’impose désormais au cinéma où il joue dans le dernier Woody Allen, « Wonder Wheel ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 27/01/2018
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Justin Timberlake, né pour le succès


                      Enfant-star de Disney, meneur d’un boys band avant de triompher en solo, Justin Timberlake s’impose désormais au cinéma où il joue dans le dernier Woody Allen, « Wonder Wheel ».



Le Monde
 |    28.01.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 21h23
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

C’est ce que Justin Timberlake appelle, sans forfanterie, « le paradoxe du comédien ». Rester continuellement dans l’œil du cyclone, être omniprésent, apparaître à la télévision comme au cinéma… et garder la capacité de disparaître. Cela peut sembler étrange, mais celui qui a commencé sa carrière enfant et ne manifeste aucun signe de fléchissement à 37 ans aime se rendre invisible. Quand on lui a remis le scénario de Wonder Wheel (en salle le 31 janvier), le nouveau film de Woody Allen, il s’est enfermé dans une des chambres de sa propriété de Leiper’s Fork, un petit village rural du Tennessee, l’Etat où il est né, et qu’il n’a jamais quitté.
Un bonnet sur la tête, un crayon à la main, il a placé ses poings sur les tempes, et ne les a pas bougés pendant toute la lecture. Ce retrait du monde, cette solitude, est le rituel lui permettant de donner une réponse aux propositions qu’il reçoit. « Je n’ai réussi ma carrière cinématographique et musicale qu’en me volatilisant. Des mois durant s’il le faut. C’est là que je travaille, et progresse. En attestent les sept années séparant mon deuxième album, Future Sex/Love Sounds, de mon troisième, The 20/20 Experience en 2013. »
Il a donc pris le temps de lire le scénario de Woody Allen. L’a relu. Et a savouré ce rôle, que le réalisateur lui a écrit sur mesure, d’un maître-nageur aspirant à devenir dramaturge, dans les années 1950, à Coney Island. Après sa lecture, Justin Timberlake est devenu songeur. C’est toujours la même chose quand il finit de lire un scénario. Il a besoin d’imaginer le parcours du personnage avant son apparition dans le film.
Curiosité pour les personnages
Il fait pour cela souvent appel au metteur en scène. Pour The Social Network (2010), David Fincher l’avait aidé d’autant plus facilement à retracer la vie de Sean Parker, le fondateur de Napster, que le personnage était réel. Les frères Coen avaient eux aussi regardé d’un...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Sous ses airs de Joconde, la comédienne sait tout jouer, y compris la partition durassienne de « La Douleur », adaptée au cinéma par Emmanuel Finkiel.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/01/2018
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Un apéro avec Mélanie Thierry : « Je serai toujours une banlieusarde »


                      Sous ses airs de Joconde, la comédienne sait tout jouer, y compris la partition durassienne de « La Douleur », adaptée au cinéma par Emmanuel Finkiel.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 09h12
    |

            Laurent Carpentier








                              

                        

Ça a mal commencé. Je tenais ouverte la porte de la salle de cinéma où démarrait l’avant-première du film La Douleur, adapté du roman autobiographique de Marguerite Duras, que le réalisateur, Emmanuel Finkiel, et toute son équipe (Benjamin ­Biolay, Benoît Magimel, Grégoire Leprince-Ringuet…) venaient de présenter. Ils sortaient un à un, elle n’arrivait pas… Enfin, elle vint. Les yeux furieux, colère contenue, m’arrachant la porte pour la fermer impérieusement : « Y a du bruit, ce n’est pas possible. » Emotion intense de la première projection, Marguerite Duras veut regarder le début du film. Parce que là, ce soir, comme sur l’écran, Mélanie Thierry est cela et rien d’autre : Marguerite Duras.

On a pris le boulevard, direction le Harry’s Bar, rue Daunou, où elle a ses habitudes quand elle est dans le quartier de l’Opéra. « Je suis une nerveuse, dit-elle en commandant une bière. Je suis une banlieusarde, je n’arriverai jamais à le gommer. Tout à l’heure, cela m’a exaspérée, cette porte ouverte. Si on me cherche un peu, je redeviens celle-là. »
Un parfum de star
Il y a du monde, des Américains, des yuppies sortie de bureau, deux garçons de café de bonne tenue, en blanc. On nous regarde. Son look sans doute. Elle était en promo toute la journée. Talons aigus comme des aiguilles et décolleté vaporeux. Habits de travail qui ne la mettent pas à l’aise. Et puis, elle a beau s’en défendre, elle porte sur elle ce mystère qui est le parfum des stars.
L’idée lui paraît saugrenue : « J’ai l’air mystérieuse parce que je suis muette. Tout de moi reste à imaginer. » Elle parle comme à elle-même : « J’ai beaucoup de mal à m’exprimer. C’est pourquoi je me donne à mes rôles, à travers eux j’ai l’impression qu’on peut mieux me comprendre. Dans un personnage, on donne toujours une part de soi. Duras me permet d’assumer une dureté, d’assumer un égoïsme, une autorité, quelque chose de “pas aimable”. Quand...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.
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Le Canada truste les effets spéciaux du cinéma

Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 16h41
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            
Les effets spéciaux, nés avec le cinéma en 1895 pour éviter de décapiter l’actrice qui jouait la reine d’Ecosse dans un court-métrage d’Alfred Clark, restent porteurs mais fragiles en France. Ce microsecteur propose toujours des emplois ultraqualifiés. Frais émoulus d’écoles reconnues, bon nombre de jeunes professionnels et d’intermittents prendront le train jeudi 25 et vendredi 26 janvier pour aller vanter leurs talents au Paris Images Digital Summit à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise). Les principaux recruteurs de la place parisienne – Mikros Image, Mathematic, Trimaran, Cube Creative… – ainsi que des sociétés belges et britanniques cherchent à pourvoir 200 postes.
Une demande importante dans un domaine qui ne compte, selon une étude du Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC) et d’Audiens à paraître vendredi 26 janvier, que 3 300 emplois dans l’Hexagone… Ce regain d’intérêt s’explique par une volonté politique. Le CNC a renforcé les aides sélectives et automatiques pour les créateurs et les utilisateurs d’effets spéciaux, tout en améliorant les incitations fiscales (de 20 à 30 %) proposées aux producteurs. Un plan ad hoc pour relancer la demande dans ce petit secteur du cinéma exposé à une compétition sans merci avec le Canada.
« La concurrence mondiale dans les effets spéciaux vient de la dématérialisation des images que l’on peut envoyer par fichiers à l’autre bout du monde », explique Gilles Gaillard, directeur général de Mikros Image. La Belgique a attiré les producteurs internationaux avec des incitations fiscales et des aides régionales très alléchantes dès 2006. Le Canada s’y est lancé en 2010 avec une politique très agressive pour fidéliser les productions américaines. Au Québec, le chiffre d’affaires des effets spéciaux s’envole chaque année de 27 %. Il a atteint 187,7 millions d’euros en 2016, grâce à 187 films et séries dont Star Wars, Rogue One ou le dernier opus de Pirates des Caraïbes.
Soixante-dix-sept...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.
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De « Donkey Kong » à « Dragon Ball FighterZ », quand les jeux vidéo imitent les dessins animés

Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h46
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 13h33
    |

            William Audureau








                        



   


Le mur entre jeu vidéo et animation ne penche plus, il tombe. Avec la sortie de Dragon Ball FighterZ sur consoles et PC vendredi 26 janvier, spectaculaire adaptation de l’animé culte de la Toei, le monde de la manette se rapproche encore un peu plus d’un des univers qui l’a le plus influencé, bien plus encore que le cinéma : le dessin animé.
« Donkey Kong »
(Nintendo, 1981, arcade)

Un an après Pac-Man, Nintendo lance le premier personnage de jeu vidéo humain reconnaissable et entièrement animé, Mario. Le jeu devait initialement mettre en scène Popeye : dès le départ, les dessins animés étaient sa référence. Son papa, Shigeru Miyamoto, est lui-même un passionné de manga et dessinateur de flipbooks, une expertise qui lui a bien servi pour imaginer son héros charpentier. Popeye sera finalement adapté en 1982. Deux ans plus tard, Nintendo débauchera Hiroshi Ikeda et Yoichi Kotabe, deux vétérans de la Toei, pour l’épauler.
« Dragon’s Lair »
(Cinematronics, 1983, arcade)

Cette fois, le jeu vidéo se fait littéralement dessin animé (interactif), avec Dragon’s Lair, supervisé par un ancien artiste de Disney, Don Bluth. Ce dernier est rien moins que le réalisateur de Peter et Elliott le dragon (1977) et le dessinateur des personnages de Robin des bois (1973). Il accouche d’une aventure envoutante visuellement mais élitiste manette en main : chaque séquence animée comporte un piège préenregistré, et se finit par une mort abrute si le joueur ne réagit pas au bon moment.
« Street Fighter II »
(Capcom, 1991, arcade)

Le célèbre jeu de combat de Capcom ne se contente pas de codifier un genre : avec ses personnages gigantesques pour l’époque, leurs innombrables coups découpés plan par plan, et des réglages subtils concernant les moments où un combattant est vulnérable, il fait de l’animation l’élément-clé de l’action et le nerf de la guerre. Par la suite, les jeux de combat en 2D se démarqueront par leur impressionnante sophistication en la matière, voire leurs animations fastueuses, de Vampire Savior en 1996 à Skullgirls en 2012 en passant par Guilty Gear en 1998.
« Aladdin »
(Virgin Interactive, 1993, Mega Drive)

En plein âge d’or de la plateforme, l’animation des jeux en temps réel fait un bond de géant. L’adaptation d’Aladdin sur Mega Drive marque la première collaboration étroite entre Disney, alors en pleine renaissance, et un développeur occidental, Virgin Interactive. En dépit de la concurrence foisonnante, il s’impose immédiatement comme une nouvelle référence grâce au naturel, à la fluidité et à la précision de la gestuelle du héros. Son programmeur, l’irlandais Dave Perry, enchaînera avec le délirant Earthworm Jim.
« Rayman »
(Ubisoft, 1995, PlayStation/Jaguar/PC)

Alors que le format CD libère les artistes des contraintes des consoles à cartouches, le jeu de plateforme français Rayman marque la rencontre féconde entre des bidouilleurs touche-à-tout, comme Michel Ancel, et de nombreux animateurs talentueux. Parmi eux, David Gilson, futur animateur sur le Tarzan de Disney (1999) ; Christian Volckman, récompensé en 1999 pour le court-métrage Maaz et réalisateur en 2006 de Renaissance ; et Kamal Aitmihoub, animateur sur l’adaptation du Chat du rabbin (2011).
« Toonstruck  »
(Virgin Interactive, 1996, PC)

Dans le mélange des genres, Toonstruck va très loin. Ce jeu d’aventure en point & click à la mode des LucasArts s’inspire du film Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, en mêlant acteur en prise réelle – ici Christopher Lloyd de Retour vers le futur – et dessin animé. Le tout... dans un jeu vidéo. Pour cela, il recourt à une technique baptisée FMV (pour full-motion video), des séquences vidéo préénregistrées, mêlées à des décors et personnages dessinés à la main. Unique, encore aujourd’hui.
« The Legend of Zelda : Wind Waker »
(Nintendo, 2003, GameCube)

Avec ses formes polygonales et ses reliefs, la 3D semble avoir sonné le glas des jeux vidéo « façon dessin animé », au profit d’inspirations cinématographiques. C’était sans compter le cell-shading, une technique de programmation permettant de donner à ses personnages des contours et des ombrages plats, façon bédé. Intronisée en 2000 avec Jet Set Radio, elle est réappropriée par Nintendo pour The Legend of Zelda : Wind Waker, jeu d’aventure à l’esthétique directement inspirée du prestigieux studio Ghibli (Porco Rosso, Le voyage de Chihiro). Une oeuvre à rapprocher de Ni no kuni, jeu de rôle de 2010 coréalisé par... le studio Ghibli lui-même.
« Soldats inconnus »
(Ubisoft, 2014, PS3/Xbox 360/PC)

Plus proche de C’était la guerre des tranchées de Tardi que du jeu hollywoodien Call of Duty, le jeu de guerre développé par Ubisoft Montpellier marque les esprits pour sa grâce et son originalité. Grâce à l’UbiArt Framework, un outil permettant d’intégrer directement des dessins réalisés sur tablette dans un jeu, il met en valeur le coup de crayon de Paul Tumelaire et de son équipe de dessinateurs, comme l’auteur italien de bédé Luca Erbetta.
« Cuphead »
(Studio MHDR, 2017, PC/Xbox One)

Grand animateur de l’actualité de l’année 2017, Cuphead est une déclaration d’amour évidente et assumée à l’âge d’or américain de l’animation, entre 1928 et 1937, de Steamboat Willie à Felix the Cat. Il est à ce jour le plus impressionnant hommage rendu par un jeu vidéo à cette période, et, possiblement, le plus beau jeu vidéo jamais réalisé en termes d’animation.
« Dragon Ball FighterZ »
(Bandai Namco, 2018, PlayStation 4/PC/Xbox One)

Dragon Ball FighterZ, ou la réunion du meilleur de tous les mondes. Réalisé en cell shading pour l’effet 2D, découpé plan par plan avec la minutie et le dynamisme qui caractérise les jeux de combat en vue de coupe, il est l’adaptation directe d’un dessin animé japonais culte, auquel il emprunte la mise en scène, les voix originales et nombre de séquences entières.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Trois documentaristes signent un portrait attendri du critique, professeur et historien du cinéma.
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« Jean Douchet, l’enfant agité » : le grand oral

Trois documentaristes signent un portrait attendri du critique, professeur et historien du cinéma.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 16h36
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
C’est une splendide sentence connue des cinéphiles : « Quiconque n’a jamais vu un film de Mizoguchi, que l’on ne va passer qu’une seule fois, et ne sacrifie pas cette projection à un bon repas, n’aimera jamais ­Mizoguchi. » Cette formule, on la doit à Jean Douchet, sans que l’on puisse affirmer l’avoir vraiment entendue de sa bouche. C’est désormais chose faite grâce au ­documentaire de Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Hasseer, les réalisateurs de Jean Douchet, l’enfant agité. Le portrait d’un homme aujourd’hui âgé de 89 ans que leurs auteurs nous présentent ainsi : « Critique qui a peu écrit, cinéaste sans film, professeur qui ne fait pas cours, père sans ­enfants. »
La passion pour le cinéma n’est rien d’autre qu’une passion pour la vie
Critique, historien, professeur, réalisateur, acteur : on connaît d’abord ce touche-à-tout pour avoir élevé au rang d’art la critique orale à travers les innombrables ciné-clubs qu’il a animés. C’est d’ailleurs dans l’un d’eux que les trois camarades de lycée d’Enghien-les-Bains (Val-d’Oise) découvrent, il y a une dizaine d’années, cet homme captivé et captivant, à qui aujourd’hui ils consacrent un film. Loin de la ­caricature d’une cinéphilie morbide qui se réfugie dans les salles de cinéma pour mieux oublier la vie, on doit à Jean Douchet d’avoir mis en actes l’idée que la passion pour le cinéma n’est rien d’autre qu’une passion pour la vie.
C’est ce que rappelle le critique et historien Joël Magny (mort en 2017) dans l’introduction à son livre d’entretiens avec Jean ­Douchet (L’Homme cinéma, éditions Ecritures, 2013) : « La question que s’est longtemps posée François Truffaut : “Le cinéma est-il plus important que la vie ?”, semble n’avoir jamais effleuré Jean Douchet. » Cette opposition entre l’art et la vie, le passeur la prend pour ce qu’elle est, un cliché inopérant qui ne le taraude pas outre mesure. D’ailleurs, peu de choses semblent pouvoir troubler cette tranquillité mâtinée de bonhomie qui le caractérise. Il sillonne encore la France et le monde pour parler de cinéma avec un appétit intact et sans une once de lassitude.
« Le Socrate du cinéma »
Après avoir côtoyé les jeunes-turcs de la Nouvelle Vague au sein de la rédaction des Cahiers du ­cinéma, Jean Douchet rencontre sa vocation dans les années 1960, avec la grande époque des ciné-clubs qui « renaissent à la Libération [et] dont relèvent également le TNP de Jean Vilar, les Jeunesses musicales de France ou le Livre de poche », comme l’écrit Joël Magny. Dans de très belles images d’archives, on peut ainsi voir celui qu’on surnomme « le Socrate du cinéma » animer un débat après une projection de Citizen Kane (1941), d’Orson Welles : l’homme, très doux dans sa façon d’expliquer un mouvement de caméra ou une révolution cinématographique, semble laisser son savoir à disposition des auditeurs qui se trouvent libres de repartir avec.
Cinquante ans après, l’énergie est la même dans la grande salle ­Henri-Langlois de La Cinémathèque française, souvent pleine à craquer lors des séances de ciné-club qui portent son nom. La discussion est informelle, le savoir jamais docte, et tout le monde peut haïr ou adorer à voix haute sans se sentir jugé. L’utopie démocratique du ciné-club est ­encore vivace, c’est celle d’une éducation populaire s’appuyant sur une émotion partagée et sur la convivialité inhérente à la salle de cinéma : le besoin de se réunir, d’échanger. Le cinéma devient une matière commune qui ­permet de se quereller joyeusement avec un inconnu à qui on pensait n’avoir rien à dire.
Sagesse subversive
On pourrait reprocher aux auteurs du documentaire de ne pas suffisamment s’attarder sur ce qu’est la « pensée Douchet », si ce n’est par le souvenir qu’en ­gardent ses anciens étudiants. Par moments, l’intimité que le trio a nouée avec le personnage oblitère le travail documentaire. Mais ce défaut de pédagogie peut s’expliquer par la dimension quasi immatérielle de l’œuvre de Jean Douchet. Si bien que filmer l’œuvre, c’est filmer l’homme : se promener, dîner et boire avec lui, se réchauffer auprès de sa seule présence. Dès lors, le cinéma devient presque secondaire, pris dans un souffle vital qui l’englobe et le dépasse.
Si les questions qu’on lui pose peuvent parfois sembler impudiques, les réponses sont d’une sagesse subversive. Ce sont celles d’un homme qui rejette l’amour et la conjugalité car, en grand renoirien, Douchet a repoussé toute sa vie le concept de propriété pour lui en préférer un autre. « Plus ça va, plus je suis persuadé que l’univers est mouvement. Tout est perpétuel mouvement, perpétuelle création, perpétuels renouvellement et destruction. Et ça, c’est la vie. Il faut accepter la vie et refuser l’attachement. » Une conception qui lui sert aussi à définir l’art comme « ce qui développe la capacité à entrer dans le mouvement ». Pour Jean Douchet, ce mouvement vital est tout à la fois un absolu esthétique et une morale de grand vivant.

Documentaire français de Fabien Hagege, Guillaume Namur, Vincent Haasser (1 h 25). Sur le Web : carlottavod.com/jean-douchet-l-enfant-agite



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ La biographie chantée et dansée de P. T.  Barnum recourt à tous les clichés du vieil Hollywood.
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« The Greatest Showman » : qu’est-ce que c’est que ce cirque ?

La biographie chantée et dansée de P. T.  Barnum recourt à tous les clichés du vieil Hollywood.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h37
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
C’est une tradition vieille comme Hollywood, le blanchiment de bio­graphie. Elle a fait de Cole Porter un homme à femmes et de George Armstrong Custer un défenseur des Premières Nations. Par la grâce de la Fox, c’est au tour de Phineas Taylor Barnum. Le fondateur du cirque qui porta son nom jusqu’à sa fermeture en 2017 devient, par la grâce de la comédie musicale The Greatest Showman, un défenseur du droit à la différence qui n’avait d’autre but, en exhibant des nains, des femmes à barbe ou des frères siamois à la veille de la guerre de Sécession, que d’instiller le respect des autres dans les âmes et les cœurs du public américain.
Ce n’est pas tout à fait inexact – Barnum fut l’un des premiers adhérents au Parti républicain de Lincoln – mais, en 2018, le tour de passe-passe, aussi artistement exécuté qu’il soit par son interprète principal, Hugh Jackman, ne convaincra que les plus naïfs. Même si ce n’est pas Barnum qui a prononcé la phrase « toutes les minutes, un pigeon naît », son premier souci était de remplir ses caisses, fût-ce au prix de mensonges éhontés, louant, par exemple, une esclave amenée par un Sudiste à New York pour la faire passer pour la dernière survivante de la plantation de George Washington.
Plutôt que d’exploiter les formi­dables contradictions de Barnum, le scénario de The Greatest Showman – signé par le réalisateur Bill Condon (Dreamgirls) et Jenny Bicks – agence les clichés les plus désuets du cinéma américain comme si le code Hays était toujours en vigueur. Au sortir d’une enfance misérable mais laborieuse, P. T. Barnum épouse la petite fille entrevue quinze ans plus tôt. Charity (Michelle Williams) lui donne deux belles petites filles. Pour les amuser autant que pour échapper à une carrière de gratte-papier, Barnum ouvre à New York un théâtre dans lequel il fait ­parader les êtres extraordinaires qu’il a réunis. Tom Pouce est ici un garçon résolu qui ne s’en laisse pas ­conter. Dans la réalité, « l’homme le plus petit du monde » était un enfant de 4 ans à qui Barnum apprit à fumer et à boire.
Un divertissement familial
Mais si l’on réduit ici cette histoire extraordinaire à une énième version de l’accomplissement du rêve américain, c’est aussi pour faire de la place à la vraie raison d’être de The Greatest Showman : offrir un divertissement familial et musical pour l’hiver. L’embauche de Hugh Jackman (qui, ­parallèlement à sa carrière de ­Wolverine, brûle régulièrement les planches de Broadway) tient presque toutes ses promesses. Si le spectacle de ce film réalisé par un débutant, Michael Gracey, reste à peu près supportable, c’est grâce à Jackman, qui déploie un charme dont son personnage peut lui être reconnaissant, puisque rien, dans le scénario ou la mise en scène, ne l’autorise.
Moins heureux est le recours au duo de La La Land, Justin Paul et Benj Pasek, qui signe les chansons de The Greatest Showman. Le son contemporain des arrangements participe de l’étrange normalité qui enveloppe cette histoire de gens pas comme les autres, quant aux lyrics, pleins de platitudes, ils valent ceux de ­Frozen. Et quand The Greatest Showman touche à la démesure qui aurait dû être la sienne ­ (Barnum chevauchant un ­éléphant dans la nuit new-yorkaise pour obtenir le pardon de son épouse), c’est juste assez longtemps pour qu’on regrette le film que ça aurait pu être.

Film américain de Michael Gracey. Avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron (1 h 45). Sur le Web : www.foxmovies.com/movies/the-greatest-showman, fr-fr.facebook.com/GreatestShowman et www.foxfrance.com/thegreatestshowman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le film « Fellini Roma » ressort en édition collector, accompagné d’un documentaire sur le maestro.
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DVD : Rome, ville monstre dans le regard de Fellini

Le film « Fellini Roma » ressort en édition collector, accompagné d’un documentaire sur le maestro.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h36
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


« Sans transition ». Ce pourrait être le maître mot de Fellini Roma, le film le plus libre du grand Federico Fellini, qui ressort dans une édition collector enfin digne de sa luxuriance effrontée. Car ce qui frappe encore aujourd’hui dans ce portrait affectif de la Ville éternelle, où fusionnent, en une truculente orgie de contraires, l’ancien et le moderne, le ­sublime et l’ordure, le réel et le fantasme, le studio et le reportage, le corruptible et l’impérissable, c’est justement sa facture composite, qui fait tenir ensemble une multitude de fragments, de vignettes, de sketches et de vues dépareillées.
Dans ce film construit comme une série d’apparitions successives, sans autre prota­goniste que la conscience ­accueillante de l’auteur, rien n’est cédé à l’ordonnan­cement de la dramaturgie ordinaire, tout aux logiques capricieuses de la ­mémoire, des ­affects, des visions qui semblent surgir dans le désordre.
Rome est saisie entre deux époques, entre hier et aujourd’hui
C’est en effet le souvenir qui nous ouvre les portes et nous plonge parmi les cercles concentriques de la Rome intime de Fellini. Tout d’abord, les réminiscences d’une enfance provinciale : un maître d’école qui rejoue avec solennité le franchissement du Rubicon, une diapositive érotique projetée par mégarde en classe, provoquant l’euphorie des élèves et la panique des prêtres… Puis le temps du fascisme et des portraits de Mussolini placardés sur les murs, avec l’arrivée du jeune double de Fellini (Peter Gonzales) à Rome, Stazione Termini, son installation dans une grouillante pension de famille, sa découverte des grands dîners collectifs sur les places de la ville, des théâtres de variétés, des bordels plus ou moins chics.
Survient entre-temps la Rome moderne (celle du début des années 1970), bardée de hippies et d’étudiants politisés, lors d’une époustouflante virée sur le périphérique dont les embouteil­lages s’invitent jusqu’aux pieds du Colisée. Ou encore à l’occasion du percement problématique du métro, sans cesse interrompu par l’exhumation de nouveaux vestiges (une villa patricienne dont les fresques murales s’effacent au contact de l’air). Rome saisie entre deux époques, entre hier et aujourd’hui, mais dont les strates empilées à l’air ­libre renvoient le visiteur toujours plus loin dans le passé.
Une parade d’humanités polymorphes
Dans ce torrent d’images, Fellini montre une attention insatiable pour le capharnaüm – bastringues, boxons et beuglants sont ses univers privilégiés –, les carrefours fourmillants que sa caméra balaye comme pour en extirper les faciès truculents, les corps ­extraordinaires, les scènes insolites. Une ville, ça n’est peut-être rien d’autre que cela, une bousculade, un défilé ininterrompu, une parade d’humanités polymorphes, dont on finit par ne per­cevoir que les contrastes, les caractères débordants ou, pour le dire autrement, la monstruosité.
Rome, ville monstre, vortex temporel débouchant en tout point sur l’Antiquité, accueille aussi une incessant déploiement de monstres (femmes mythologiques, prostituées vulpines, meute de ­motards, ecclésiastiques pommadés, obèses proliférants, vieillards rachitiques). La mise en scène de Fellini est de nature cumulative : elle ne fait jamais rien avancer, mais s’installe dans une situation pour lui ajouter sans cesse de nouveaux éléments (dévoiler une nouvelle créature, un nouveau­ ­caractère, un nouveau geste), ­jusqu’à saturation du système.
Il y a là un art du coq-à-l’âne qui préfigure le zapping, une succession de gueules et de « numéros » qui lorgne le télécrochet
Ce qui se joue là-dedans, c’est la création d’un regard omnipotent, capable de saisir à chaque instant ce qui fait l’essence du monde extérieur, à savoir son absolue hétérogénéité. Non seulement la pulsion scopique est le moteur du film, mais Fellini Roma n’a d’autre centre que ce regard, ce pouvoir de vision de l’auteur, qui organise tout ce capharnaüm autour de lui, comme si la caméra était le point focal où se répercutent tout le désordre et la trivialité du réel. C’est d’ailleurs pour cela que Fellini intègre au film son propre tournage et montre la caméra comme un personnage, une créature à part entière.
On a beaucoup ramené l’œuvre carnavalesque de Fellini au cirque, qui fut l’une de ses grandes passions. Mais il faut aussi comprendre cet attrait pour le cirque dans sa transposition alors la plus contemporaine, qui n’était autre que la télévision (une grande foire), dont les procédés, eux-mêmes « sans transition », sont repris et sublimés par Fellini. Il y a, dans Fellini Roma, un art du coq-à-l’âne qui préfigure le zapping, un sens de l’instantané qui s’apparente au reportage, une succession de gueules et de « numéros » qui lorgne le télécrochet. Le monde et sa représentation s’y confondent dans un grand chaos de formes.
Et si l’Italie est un grand laboratoire d’images, archaïques et actuelles, Fellini demeure le plus génial des savants fous ayant orchestré leur carambolage. Pour s’en convaincre, le documentaire Zoom sur Fellini, présenté en ­bonus, revient pendant plus de trois heures sur l’apport essentiel du maestro.

« Fellini Roma » (1972), coffret collector 3 DVD + 1 Blu-ray, Rimini Editions, 29,99 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Le critique de cinéma Jérôme Momcilovic consacre un essai à la cinéaste belge, morte en 2015.
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Sélection livre : Chantal Akerman, en quête d’un nouveau monde

Le critique de cinéma Jérôme Momcilovic consacre un essai à la cinéaste belge, morte en 2015.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h15
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


Deux ans, déjà, que Chantal Akerman est morte, et voici, alors que la Cinémathèque Française lui consacre une grande rétrospective, qu’un bel essai vient lui redonner vie. Signé Jérôme Momcilovic, critique de cinéma attaché à la revue Chronic’art qui avait fait sensation en 2016 avec Prodiges d’Arnold Schwarzenegger (éditions Capricci, également), le texte rend splendidement hommage à cette figure de proue de la modernité dont l’œuvre protéiforme et mutante a tant compté pour tant de cinéphiles, et dont le destin tragique – elle s’est suicidée à 65 ans, à peine quelques mois après la mort de sa mère – a tant bouleversé.

        Lire la nécrologie :
         

          Chantal Akerman, cinéaste abrasive



Comment passe-t-on d’un bodybuilder autrichien superstar à Hollywood et gouverneur de Californie à une cinéaste belge hantée par la mémoire des camps et les cauchemars d’une mère qui en est revenue mais n’en a jamais parlé, et dont les héros s’appelaient Jean-Luc Godard, Charlie Chaplin et Michael Snow ? Y aurait-il quelque chose qui les réunisse ?
Spectateur amoureux
Aussi concis et resserré que Prodiges… était profus et ouvert sur à peu près tout (du cinéma à la philosophie, de la cybernétique à la politique), Dieu se reposa, mais pas nous n’en procède pas moins d’un même élan de spectateur amoureux, qui trouve son moteur dans ce que l’on pourrait appeler la magie du cinéma. A la « puissance d’apparition » de Schwarzenegger répond la « morale du temps » de Chantal Akerman, « qui guide le montage et le cadre » et aboutit à donner au spectateur « le sentiment fort et reconnaissant d’exister face à l’image ».

        Voir le portfolio :
         

          Chantal Akerman en douze films



C’est le « miracle » Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1976), chef-d’œuvre qui nous immerge plus de trois heures durant dans le spectacle de Delphine Seyrig enchaînant les tâches ménagères, où le temps est comme une offrande faite au spectateur. Une pure intensité dont le poids ne se fait jamais sentir et qui, en reconfigurant la hiérarchie du visible, arrache au quotidien le plus banal une vérité bouleversante, explosive, révolutionnaire.
« Un nouveau pays à habiter »
« Le septième jour, Dieu se reposa mais pas nous. » Dans le monde en ruine que nous a laissé la seconde guerre mondiale, la cinéaste a cherché avec ses films, écrit Momcilovic, à recommencer le monde – à inventer, avec l’image, « un nouveau pays à habiter ». Travail de titan s’il en est, qu’elle trouvait la force d’accomplir en puisant dans ses racines. Cette allégorie avec laquelle, en ourlant son œuvre et sa vie dans un beau mouvement fluide et éclairant, l’auteur réaffirme le lien viscéral du cinéma de Chantal Akerman à sa mère, et plus généralement à la tradition juive, est le fil rouge de ce livre.
Dans son sillage, il entraîne de passionnants développements sur l’interdit de l’image dans l’Ancien Testament – et la manière dont la cinéaste, en choisissant de le braver, n’en a pas moins trouvé une manière de composer avec lui –, sur la dimension burlesque de son cinéma, sur l’horizon spectral vers lequel il tendait, et elle a fini par s’abîmer. Jusqu’à littéralement s’y dissoudre.
« Chantal Akerman. Dieu se reposa, mais pas nous », de Jérôme Momcilovic, Ed. Capricci. 98 p., 8,95 €.
Rétrospective à la Cinémathèque française à Paris, du 31 janvier au 2 mars. www.cinematheque.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Jasmine Trinca déploie une énergie impressionnante dans son personnage de coiffeuse prise à la gorge par la vie, sans faire oublier les conventions du scénario.
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« Fortunata » : un mélodrame maquillé comme un camion

Jasmine Trinca déploie une énergie impressionnante dans son personnage de coiffeuse prise à la gorge par la vie, sans faire oublier les conventions du scénario.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Depuis Michel Ange, la figure de la mater dolorosa fait fortune en Italie. En mettant en scène Fortunata, Sergio Castellitto a sans doute voulu la moderniser, il n’a fait que la remaquiller. Le destin de Fortunata, coiffeuse à domicile affligée d’un ex-mari violent et d’un amant maniaco-dépressif, a pour accessoires tous les signes de l’époque – les tatouages et les téléphones mobiles, la précarité économique et le poids de l’Etat-providence. Il n’empêche que l’accumulation de malheurs qui frappe la pauvre femme est aussi désuète qu’un de ces mélos italiens du temps du muet que les Parisiens peuvent découvrir en ce moment à la Fondation Jérôme Seydoux.
Dans un grand ensemble de la périphérie romaine, Fortunata (Jasmine Trinca) court toute la journée. Parce que sa fille de 7 ans crache à l’école, elle doit la montrer à un psychologue (Stefano Accorsi), malgré les objections de son ex-mari (enfin… pas tout à fait, ils sont en procédure de divorce, et ça se passe bien sûr très mal). Policier violent (Edoardo Pesce), celui-ci est jaloux à la fois du gentil psy et du voisin de sa future ex-épouse, un garçon au regard doux et fou (Alessandro Borghi) qui s’occupe de sa mère démente (Hanna Schygulla), jadis tragédienne de grand renom.
Energie désespérée
Ces tragédies sont illuminées par le soleil romain, exacerbées par une palette de couleurs vives qui contrastent trop violemment avec l’obscurité des passions ici en jeu pour être plus qu’un camouflage. Acteur, Sergio Castellitto semble n’avoir qu’une préoccupation, mettre en valeur le talent de Jasmine Trinca. Découverte dans La Chambre du fils, revue dans Le Caïman, de Nanni Moretti, l’actrice a probablement été souvent victime de sa beauté.
Maquillée comme une pauvresse (il y a un peu de condescendance dans la peinture du quartier où vit Fortunata), mue par une énergie désespérée, l’actrice occupe l’écran, souvent au détriment des partenaires. Si l’on s’intéresse à l’attribution des David di Donatello, l’équivalent italien des Césars, on peut parier une somme raisonnable sur la nomination de Jasmine Trinca au trophée de la meilleure actrice.

Film italien de Sergio Castellitto. Avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Edoardo Pesce, Hanna Schygulla (1 h 43). Sur le Web : www.facebook.com/FortunataIlFilm et www.paname-distribution.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Le réalisateur Paco Plaza met en scène une adolescente victime d’une entité maléfique, de façon habile mais parfois un peu superficielle.
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« Veronica » : l’horreur à la sauce madrilène

Le réalisateur Paco Plaza met en scène une adolescente victime d’une entité maléfique, de façon habile mais parfois un peu superficielle.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h33
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
On peut dire que Veronica, nouvelle bouture d’un cinéma d’horreur espagnol contemporain et prolifique, a les qualités de ses défauts. Après avoir participé à une séance de spiritisme pendant une éclipse solaire, une adolescente madrilène est l’objet de cauchemars récurrents et d’une sensation de menace de plus en plus intense. Elle sera confrontée à la présence d’une entité maléfique, vouée à la destruction de la petite famille qu’elle forme avec son frère et ses deux sœurs dont elle a principalement la charge en l’absence d’une mère très occupée.
Efficaces trouvailles visuelles
Alors que l’horreur cinématographique est souvent une manière de figurer, un peu lourdement, traumas et pulsions refoulées, on peut reconnaître au film de Paco Plaza la qualité de ne pas s’appesantir sur ce qui pourrait relever de la sursignification psychologique, même si cette dimension est présente. Découverte de la sexualité, angoisse face au père mort et incestueux, etc., tous ces éléments sont présents, déductibles par un spectateur attentif, mais jamais assenés.
Telle est sans doute la qualité d’un film qui, dès lors, invente habilement des situations terrifiantes. Mais ce rejet de la causalité trop apparente et de la métaphore attendue court le risque d’assécher un peu un film réduit à une série de dispositifs effrayants mais assez superficiels, rehaussés toutefois par d’efficaces trouvailles visuelles.

Film espagnol de Paco Plaza. Avec Sandra Escacena, Bruna Gonzales, Claudia Placer (1 h 45). Sur le Web : veronica-lefilm.com et www.facebook.com/veronica.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Andrea Pallaoro dresse un portrait éprouvant d’une femme en plein désespoir, interprétée par l’actrice britannique.
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« Hannah » : le long malaise de Charlotte Rampling

Andrea Pallaoro dresse un portrait éprouvant d’une femme en plein désespoir, interprétée par l’actrice britannique.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h32
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Spectateur masochiste, ce film est pour toi. Une heure trente d’une Charlotte Rampling mutique, grise, confite de mal-être et de haine d’elle-même que le cinéaste se plaît à filmer sous toutes les coutures, révélant sans ménagement les marques du temps sur son corps avec une délectation qui rappelle celle dont peut faire preuve un Michael Haneke au sommet de sa cruauté. Faute de nous avoir séduits, cette performance héroïque lui aura valu le Lion d’or à la Mostra de Venise. Hannah, le personnage qu’elle joue, est une femme dont le mari est emprisonné, sans que l’on sache jamais exactement pourquoi. Les quelques indices que le réalisateur a la bonté de nous jeter en pâture permettent tout juste d’imaginer le pire.
Plans longs et pénibles
Hannah prend le RER, lave son petit chien, se couche, met des lys dans un vase, fait un gâteau pour la fête d’anniversaire de son petit-fils où on ne la laissera pas rentrer, jette les lys à la poubelle, rend visite à son mari en prison, va nager à la piscine, répète sur un ton monocorde une pièce de théâtre dans le cadre d’une troupe amateure (à moins qu’il s’agisse d’un groupe de parole ?), fait le ménage pour la famille riche qui l’emploie, suffoque de diverses manières possibles dans la honte et la douleur… Les plans sont longs et pénibles, comme le maelström d’aigreur qui habite cette pauvre femme dont on ne saura, au bout du compte, rien.



Film français, belge et italien d’Andrea Pallaoro. Avec Charlotte Rampling, André Wilms (1 h 35). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/hannah



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur Damon Gameau paie de sa personne pour démontrer les conséquences d’une alimentation trop riche en glucides.
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« Sugarland » : overdose de sucre et d’images chocs

Le réalisateur Damon Gameau paie de sa personne pour démontrer les conséquences d’une alimentation trop riche en glucides.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h30
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Dans Supersize Me (2004), le réalisateur américain Morgan Spurlock devenait le cobaye de son propre film en s’imposant pendant un mois un régime exclusivement constitué de produits McDonald’s et en mesurait les effets sur son organisme. Treize ans plus tard, l’australien Damon Gameau reprend le même protocole pour tenter d’évaluer, à partir de sa propre expérience, et de l’enquête qu’il mène autour d’elle auprès de professionnels de la santé et de la nutrition, les conséquences de l’alimentation saturée en sucres dont l’industrie agroalimentaire inonde les grandes surfaces du monde entier.
Mise en spectacle inutile
Prise de poids, baisse d’énergie, addiction, problèmes de peau, augmentation du cholestérol, fatigue des organes… : le résultat n’est pas beau à voir, on s’en doutait. Agrémenté d’un habillage visuel ludique et d’une mise en spectacle parfaitement inutile de la vie privée du réalisateur-acteur-personnage dont la femme attend leur premier enfant, le film compense son manque de rigueur scientifique par des images chocs parfois contestables sur le plan éthique (la plus révoltante étant sans doute cette plongée à l’intérieur de la bouche d’un adolescent américain du Midwest, sévèrement accro aux sodas de la firme Pepsi, alors qu’un dentiste s’évertue à l’anesthésier pour lui retirer ce qu’il lui reste de dents).

Documentaire australien de Damon Gameau (1 h 30). Avec Kyan Khojandi. Sur le Web : www.tanzi-distribution.com et www.facebook.com/sugarlandlefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 23/01/2018
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Mélanie Thierry, Spielberg et Paulo Rocha : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 07h42
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Au menu cette semaine : l’adaptation poignante de deux récits de Marguerite Duras signée Emmanuelle Finkiel, l’affaire des « Pentagon Papers » vue par Steven Spielberg et une rétrospective dédiée à Paulo Rocha, figure du cinéma novo portugais.
« La Douleur » : un film majeur sur l’Occupation

Quand est paru le livre La Douleur, au printemps 1985, le feuilletoniste littéraire de ce journal, Bertrand Poirot-Delpech, fut frappé par la « violence glaçante » de ces textes, une violence qui tenait à l’écriture de Marguerite Duras, mais aussi à l’assurance de véracité dont celle-ci avait accompagné la publication de l’ouvrage.
Le scénario de Finkiel combine les deux premiers textes du livre de Duras : le premier, intitulé La Douleur, est le récit de l’attente du retour de Robert Antelme, le mari de l’écrivaine, arrêté et déporté juste avant la Libération ; le second, Monsieur X. dit ici Pierre Rabier raconte le commerce forcé qu’entretint Duras avec un agent français de la Gestapo, dans l’espoir d’obtenir des informations sur le sort de son mari.
Ce matériau compact, qui semblait impossible à travailler, s’est déployé pour devenir un film d’une beauté un peu sévère, d’une délicatesse qui rend justement accessible la « violence glacée ». Cette voix si reconnaissable qu’on entendait à chaque page du livre est devenue celle d’une autre – la Marguerite qu’incarne, avec une puissance jusqu’ici insoupçonnée, Mélanie Thierry. Thomas Sotinel
« La douleur », film français d’Emmanuel Finkiel, avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay, Grégoire Leprince-Ringuet (2 h 06).
« Pentagon Papers » : l’honneur journalistique par Spielberg

Depuis presque une décennie, Steven Spielberg semble avoir amorcé un voyage dans l’histoire du cinéma américain, ici le film journalistique que le cinéaste aborde sur son versant classique et populiste.
Encore jamais adapté au cinéma et précédant l’affaire du Watergate, les « Pentagon Papers » est le nom donné à un dossier classé secret-défense publié au tournant des années 1970 dans le Washington Post, qui n’était alors qu’un petit journal rêvant de devenir grand. Contenant trente ans de mensonges étatiques et des informations cruciales sur l’implication des Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam, leur divulgation au peuple américain achèvera de détériorer le soutien de l’opinion publique à l’interventionnisme américain.
Cette histoire, que le film recentre sur une décision à prendre – faut-il ou non publier le scoop –, rencontre très naturellement le revirement classique du cinéaste. Cet épisode crucial de l’histoire de la presse américaine nous est conté d’abord à travers l’itinéraire de la directrice du Post, Katharine Graham, propulsée à la tête du journal après la mort de son père et le suicide de son mari. Toute la force émotionnelle de Pentagon Papers consiste à faire du film journalistique un écrin au splendide portrait de femme qui surgit silencieusement de l’arrière-plan et à sa lente conversion à ce mouvement euphorique du journalisme qui n’est autre que celui de la démocratie. Murielle Joudet
« Pentagon Papers », film américain de Steven Spielberg. Avec Meryl Streep, Tom Hanks (1 h 55).
« Douchet » : rencontre avec le Socrate de la critique cinéma

C’est une splendide sentence connue des cinéphiles : « Quiconque n’a jamais vu un film de Mizoguchi, que l’on ne va passer qu’une seule fois, et ne sacrifie pas cette projection à un bon repas, n’aimera jamais Mizoguchi. » Cette formule, on la doit à Jean Douchet, sans que l’on puisse affirmer l’avoir vraiment entendue de sa bouche.
C’est désormais chose faite grâce à ce documentaire. Le portrait d’un homme aujourd’hui âgé de 89 ans que leurs auteurs nous présentent ainsi : « Critique qui a peu écrit, cinéaste sans film, professeur qui ne fait pas cours, père sans enfants. » Si les questions qu’on lui pose peuvent parfois sembler impudiques, les réponses sont d’une sagesse subversive. Ce sont celles d’un homme qui rejette l’amour et la conjugalité car, en grand renoirien, Douchet a repoussé toute sa vie le concept de propriété pour lui en préférer un autre.
« Plus ça va, plus je suis persuadé que l’Univers est mouvement. Tout est perpétuel mouvement, perpétuelle création, perpétuels renouvellement et destruction. Et ça, c’est la vie. Il faut accepter la vie et refuser l’attachement. » Une conception qui lui sert aussi à définir l’art comme « ce qui développe la capacité à entrer dans le mouvement ». Pour Douchet, ce mouvement vital est un absolu esthétique et une morale de grand vivant. M. J.
« Jean Douchet, l’enfant agité », documentaire français de Fabien Hagège, Guillaume Namur, Vincent Hasseer (1 h 26).
« Paulo Rocha » : l’âpre poésie du Cinéma novo portugais

On la rattrape un peu par les cheveux, du moins reste-t-il une bonne dizaine de jours pour découvrir, à travers la rétrospective du Portugais Paulo Rocha à la Cinémathèque française, une œuvre majeure du cinéma mondial.
Assistant de Jean Renoir et de Manoel de Oliveira, Rocha est un des maîtres du Cinema novo portugais. Sa carrière compte peu de titres, mais elle est riche d’une sensualité tellurique, d’une poésie qui semble sourdre des lieux et de la relation que tissent les hommes avec eux. Féru de culture japonaise, admirateur du cinéaste Shohei Imamura et de l’écrivain Wenceslau de Moraes, auxquels il a consacré de remarquables documentaires, il signe, du côté d’une fiction qu’il ne séparait pas vraiment du réel, des titres âpres et enchanteurs, tantôt minéraux, tantôt aquatiques. Les Vertes années (1963), Changer de vie (1965), ses deux premiers longs-métrages, mais encore Le Fleuve d’or (1998) et La Racine du cœur (1999), sont des titres à découvrir en priorité. Jacques Mandelbaum
A la Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris-12e. Jusqu’au 1er février.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 janvier)
Pentagon Papers, film américain de Steven Spielberg (chef-d’œuvre)La Douleur, film français d’Emmanuel Finkiel (à ne pas manquer)Jean Douchet, l’enfant agité, documentaire français de Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Hasseer (à voir)Fortunata, film italien de Sergio Castellitto (pourquoi pas)The Greatest Showman, film américain de Michael Gracey (pourquoi pas)Veronica, film espagnol de Paco Plaza (pourquoi pas)Hannah, film français, belge et italien d’Andrea Pallaoro (on peut éviter)Marie Curie, film français, allemand et polonais de Marie Noëlle (on peut éviter)Sugarland, documentaire australien de Damon Gameau (on peut éviter)
Nous n’avons pas pu voir :
Cache-cache, film français de Guillaume ChemouiliFemme et mari, film italien de Simone GodanoHandia, le géant d’Altzo, film espagnol de Jon Garaño et José Mari GoenagaThe Passenger, film américain, britannique et français de Jaume Collet-Serra





                            


                        

                        

