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<filname="SURF-env_sciences-1"> ¤ Pour de nombreux médecins, l’addiction aux jeux vidéos et aux réseaux sociaux est une réalité clinique, qu’il est urgent d’étudier plus finement.
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Le numérique, une « drogue » qui fait débat

Pour de nombreux médecins, l’addiction aux jeux vidéos et aux réseaux sociaux est une réalité clinique, qu’il est urgent d’étudier plus finement.



Le Monde
 |    29.01.2018 à 16h48
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 16h50
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            
Vade retro jeux vidéo, ­réseaux sociaux… ? Ces temps-ci, les dangers des technologies numériques sont sur le devant de la scène, pointés par les professionnels de santé, mais aussi par ceux du secteur. On ne compte plus les charges virulentes d’anciens ­cadres de la Silicon Valley. « Je crois que nous avons créé des outils qui ­déchirent le tissu social », a ainsi lâché Chamath Palihapitiya (ex-vice-président de Facebook chargé de la ­croissance de l’audience) en novembre 2017 lors d’une conférence.
Mettant en cause, comme d’autres, la surstimulation des circuits neuronaux à dopamine (neurotransmetteur impliqué dans les addictions) par les « like » et autres notifications des réseaux sociaux, Chamath Palihapitiya a interdit à ses enfants d’utiliser « cette merde ». En janvier, c’est Tim Cook, l’actuel directeur général d’Apple qui, dans une intervention publique, s’est dit opposé à ce que son neveu (il n’a pas d’enfant) fréquente un réseau social.
Parallèlement, le « trouble du jeu vidéo » devrait faire son entrée dans la 11e révision de la classification internationale des maladies (CIM-11) de l’Organisation mondiale de la santé, dont la publication est prévue mi-2018.
Cloîtrés dans leur chambre
Si certains restent dubitatifs sur ce diagnostic, pour d’autres il correspond bien à une réalité clinique. « Sur les 400 jeunes de 11 à 20 ans que nous voyons chaque année en consultation, la moitié ont un problème de jeu vidéo, estime le docteur Olivier Phan, qui consulte à la clinique Dupré, à Sceaux (Hauts-de-Seine), et dans un centre de la Croix-Rouge française. Je rencontre des situations plus graves qu’avec le cannabis. Des parents voient leur ado se désinsérer sous leurs yeux. Nous prenons en charge des cas extrêmes de jeunes qui vivent cloîtrés dans leur chambre, un comportement décrit initalement au Japon, le hikikomori. » Pour ce ­pédopsychiatre, coauteur du récent ouvrage Jeux...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-2"> ¤ Même si certains préfèrent parler de troubles du comportement, les preuves confirmant que le sucre agit comme une drogue s’accumulent. Et en un siècle et demi, sa consommation a explosé.
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Le sucre, entre addiction et trouble du comportement

Même si certains préfèrent parler de troubles du comportement, les preuves confirmant que le sucre agit comme une drogue s’accumulent. Et en un siècle et demi, sa consommation a explosé.



Le Monde
 |    29.01.2018 à 16h46
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 16h50
    |

            Pascale Santi








                        



                                


                            
Damon Gameau, réalisateur du film Sugarland – en salles depuis mercredi 24 janvier –, a décidé de s’alimenter pendant deux mois comme « un Australien moyen », à savoir de consommer 160 grammes de sucre par jour.Sans augmenter son apport calorique ­total, il fait évoluer son alimentation vers des produits plus industriels : céréales, pain de mie, plats préparés… mais pas de produits aux sucres ajoutés (confiseries, gâteaux…). Conséquence : il a ­développé une stéatose hépatique, un diabète de type 2 précoce, pris 8 kg et 11 cm de tour de taille. Sans compter des troubles de l’humeur, de la fatigue. Non sans humour, son documentaire ­dénonce l’omniprésence du sucre et ses effets sur la santé, arguments scientifiques à la clé – tout comme l’Américain Morgan Spurlock l’avait fait pour le fast-food dans Super Size Me (2004).

La question est de savoir si le ­sucre peut agir comme une drogue. Son action se fait à deux niveaux. Tout d’abord, le goût sucré est agréable. Lors de l’ingestion, les récepteurs situés dans la bouche se connectent à des neurones dopaminergiques. Ce circuit de la récompense est activé en une fraction de seconde. « On parle là d’un stimulus sensoriel, mais pas encore d’une drogue », explique le chercheur Serge Ahmed (CNRS, université de Bordeaux).
Deuxième niveau, « le sucre ­ingéré passe dans le sang, et active à nouveau le circuit des neurones dopaminergiques de la récompense, en particulier via l’hypothalamus latéral. Ce circuit cérébral est aussi la cible de toutes les drogues addictives connues », précise le chercheur. C’est en 2007 que Serge Ahmed et son équipe se sont aperçus que des rats à qui l’on proposait soit une dose intraveineuse de cocaïne, soit de l’eau ­sucrée, préféraient à 90 % l’eau ­sucrée. L’étude a été publiée dans PloS One. Cette observation a ­depuis été répliquée dans d’autres laboratoires avec d’autres drogues. « Les preuves étayant l’hypothèse “sucre = drogue”...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-3"> ¤ Numérique et aliments sucrés sont-ils des drogues comme les autres ? Le débat fait rage, certains « repentis » de la Silicon Valley dénonçant une économie fondée sur la dopamine, hormone de la récompense. Pour le médecin américain Robert Lustig, cette quête du plaisir est l’ennemie du bonheur, qui dépend, lui, de la sérotonine
<filname="PROF-env_sciences-3"> ¤                     
                                                   
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Réseaux sociaux, sucre… L’Occident sous dopamine

Numérique et aliments sucrés sont-ils des drogues comme les autres ? Le débat fait rage, certains « repentis » de la Silicon Valley dénonçant une économie fondée sur la dopamine, hormone de la récompense. Pour le médecin américain Robert Lustig, cette quête du plaisir est l’ennemie du bonheur, qui dépend, lui, de la sérotonine



Le Monde
 |    29.01.2018 à 16h45
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 16h49
    |

            Stéphane Foucart (San Francisco (Etats-Unis), envoyé spécial)








                        



                                


                            

Cette fugace piqûre de bien-être, cette satisfaction éphémère, ce goût de ­reviens-y… De l’utilisation des réseaux sociaux à la consommation de sucre et d’aliments transformés, le plaisir bon marché n’a jamais été aussi pervasif, suscité en permanence par une multitude de nouveaux produits et de services, marketés comme autant de conditions sine qua non au bonheur. Plaisir, bonheur : ces deux mots sont au centre de The Hacking of the American Mind (Penguin, 2017, non traduit), le dernier livre du pédiatre et neuroendocrinologue américain Robert Lustig, tout juste paru aux Etats-Unis. Célèbre pour ses travaux académiques sur le sucre – détaillés dans un ouvrage qui vient d’être traduit (Sucre, l’amère vérité, Thierry Souccar éditions, 400 p., 19,90 €) –, le professeur de l’université de Californie à San Francisco (Etats-Unis) y expose une réflexion scientifique saisissante, aux implications majeures pour la société occidentale.

Non seulement le bonheur n’est pas la conséquence naturelle de l’accumulation du plaisir, explique-t-il, mais la recherche effrénée de celui-ci pourrait au contraire inhiber le sentiment de plénitude et de contentement. Robert Lustig exploite la littérature scientifique récente sans faire mystère de la difficulté à, parfois, établir avec certitude certains liens de causalité entre des comportements et certaines réactions biochimiques. Mais il n’en développe pas moins un ­argumentaire révélant l’un des plus graves malentendus de notre temps, en montrant que le plaisir peut être l’ennemi du bonheur.
Pour de nombreuses personnes, la recherche du plaisir est un préalable au bonheur, ou l’une de ses conditions. Pourquoi penser que ­bonheur et plaisir sont à ce point différents ?
Le bonheur et le plaisir ne sont en effet pas identiques. Ce sont des phénomènes distincts, très dissemblables, et si nous ne le percevons pas, c’est ­essentiellement parce que l’industrie vend ses produits...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-4"> ¤ Cet os, trouvé à côté du crâne de notre supposé plus ancien ancêtre, n’a curieusement toujours pas été décrit, dix-sept ans après sa découverte au Tchad. Pourtant, il pourrait détenir des indices sur la façon dont marchait ce primate, vieux de 7 millions d’années.
<filname="PROF-env_sciences-4"> ¤                     
                                                   
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L’histoire trouble du fémur de Toumaï

Cet os, trouvé à côté du crâne de notre supposé plus ancien ancêtre, n’a curieusement toujours pas été décrit, dix-sept ans après sa découverte au Tchad. Pourtant, il pourrait détenir des indices sur la façon dont marchait ce primate, vieux de 7 millions d’années.



Le Monde
 |    29.01.2018 à 16h12
    |

                            Nicolas Constans








                        



                                


                            
C’est un secret de Polichinelle. Les chercheurs qui travaillent sur les origines de l’homme savent qu’une des plus grandes découvertes de ces dernières décennies a sa part d’ombre. La découverte, c’est celle du crâne de Toumaï, mis au jour au Tchad en 2001 par une équipe dirigée par Michel Brunet (université de Poitiers). Agé de 7 millions d’années, il est considéré comme le plus ancien ancêtre de la lignée qui a donné naissance aux êtres humains, depuis sa séparation d’avec celle des chimpanzés.
La part d’ombre, c’est un os : on sait aujourd’hui que, près du crâne de Toumaï, se trouvait aussi un fémur. Or, un fémur, pour les paléoanthropologues, est une pièce de choix, où s’inscrivent les marques de son activité physique. Et en particulier s’il passait une partie de son temps sur deux jambes. Une bipédie qui serait l’indice d’un possible lien de parenté avec nous. Problème : ce fémur n’a jamais fait l’objet d’une publication. Et la Société d’anthropologie de Paris (SAP) vient de refuser une communication sur le sujet, attisant les soupçons d’omerta.

A l’époque de la découverte, l’équipe avait défendu l’idée que Toumaï était bipède parce que, dans son crâne, le trou où s’encastre sa colonne vertébrale est situé plutôt vers le bas comme chez les êtres humains et non vers l’arrière comme chez les grands singes quadrupèdes. Mais les mesures sur ce crâne, retrouvé très déformé, peuvent être sujettes à caution, et une partie des chercheurs estiment que la position de ce trou est influencée par d’autres paramètres, comme la forme du cerveau. Bref, il est donc capital, pour savoir si Toumaï était bipède, de pouvoir étudier les os de ses membres.
Mais, lors de la publication scientifique en 2002, l’équipe déclarait n’en avoir pas trouvé. Or, ce fémur existe bel et bien. Après une quinzaine d’années où circulaient photos et rumeurs, son existence a été récemment confirmée par Michel Brunet lui-même, sur France Culture : « Toumaï est bipède...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-5"> ¤ Des scientifiques ont modélisé les courses du félin et de sa cible favorite et compris les tactiques des deux mammifères.
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Comment l’impala échappe au guépard

Des scientifiques ont modélisé les courses du félin et de sa cible favorite et compris les tactiques des deux mammifères.



Le Monde
 |    29.01.2018 à 15h14
    |

            Nathaniel Herzberg








                        



                                


                            
Zoologie. C’est une lutte vieille comme le monde, du moins vieille comme la vie. Le combat de la proie contre le prédateur, face-à-face universel, presque ordinaire. Sauf qu’ici c’est d’un choc de titans qu’il s’agit. Le plus rapide des animaux terrestre, le somptueux guépard et ses 115 km/h au compteur, contre l’un des plus agiles, l’étonnant impala. Moins emblématique que son redoutable chasseur, cette antilope d’Afrique australe éblouit pourtant les spécialistes : aussi rapide (jusqu’à 90 km/h) qu’endurante et explosive, capable de virages serrés comme de bonds vertigineux (3 mètres de haut et 11 mètres de long).
Inséparable duo. L’un constitue le mets favori de l’autre. Et l’autre, la principale menace du premier. Des troupeaux de hyènes ou de lycaons parviennent bien parfois à isoler et épuiser un impala que sa jeunesse a rendu imprudent. Ou des léopards à profiter de la nuit et de la vue alors diminuée de l’antilope. Mais sinon, personne ne s’interpose dans ce duel au sommet.

Des chercheurs de l’Ecole vétérinaire royale de Londres ont voulu en comprendre les règles. Ils les livrent, dans un article publié dans la revue Nature, aussi saisissant par ses résultats que par les méthodes mises en œuvre. Une équipe de biologistes et d’électroniciens a commencé par développer un collier particulièrement sophistiqué pour enregistrer position, direction, vitesse, accélération, et plus largement tous les paramètres de mouvements des animaux. « Le fruit de quatorze ans de travail », précise Alan Wilson, vétérinaire et professeur de biomécanique, auteur principal de l’article. Ils en ont équipé cinq guépards et six impalas, dans le nord du Botswana, et ont enregistré plus de mille courses. Au passage, ils ont prélevé sur les animaux de minuscules échantillons de fibres musculaires pour en analyser les performances.
Ils ont ainsi constaté que les prédateurs dépassaient de 20 % leurs proies en puissance musculaire,...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-6"> ¤ En France, la consommation énergétique annuelle par habitant est environ 240 fois supérieure à celle qu’un humain peut produire pendant la même durée avec sa seule puissance musculaire.
<filname="PROF-env_sciences-6"> ¤                     
                                                   
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Peut-on ressentir ce qu’est 1 kWh ?

En France, la consommation énergétique annuelle par habitant est environ 240 fois supérieure à celle qu’un humain peut produire pendant la même durée avec sa seule puissance musculaire.



Le Monde
 |    29.01.2018 à 10h00
    |

                            Roland Lehoucq (astrophysicien, Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives)








                        



                                


                            
Carte blanche. Pour l’usager, le kilowatt-heure (kWh) est l’unité qu’utilisent les fournisseurs d’électricité afin de comptabiliser et de facturer sa consommation. Au-delà d’un nombre au bas d’une page et d’une somme à payer, est-il possible de montrer, de « ressentir » ce que représente 1 kWh ? Pour les unités habituelles, c’est assez facile : 1 mètre correspond à la longueur d’un grand pas ou à la hauteur de votre nombril, 1 kilogramme est la masse d’une bouteille d’eau de 1 litre ou d’un paquet de farine, 1 seconde est la période de notre cycle cardiaque ou la durée pour prononcer « une seconde ».
En butinant récemment sur le Web, je suis tombé sur une vidéo de 2016 et produite à l’initiative d’une enseignante en classe de primaire de la région de Gap. L’idée était précisément de faire sentir aux élèves ce que représente une quantité d’énergie égale à 1 kWh. Pour cela, une dynamo actionnée par la rotation de la roue arrière d’un vélo transforme l’énergie musculaire de l’enfant en électricité. L’énergie produite par les jeunes cyclistes est comptabilisée par un compteur électrique.
Les élèves pédalèrent à tour de rôle, espérant que leurs efforts finissent par produire 1 kWh. Peine perdue… 1 kWh est l’énergie produite par une machine produisant une puissance de 1 000 watts pendant une heure.Ces jeunes enfants n’ont sans doute pas pédalé collectivement plus d’une heure. Et n’ont ­jamais produit individuellement plus de 100 watts. Grâce à cette expérience, les ­enfants ont compris que 1 kWh était une grande quantité d’énergie, qu’il est bienvenu que des machines produisent à notre place.
Les vélos d’appartement en libre-service dans les gares ou les aéroports qui permettent de recharger son téléphone pourraient donner l’impression contraire. C’est que le contenu énergétique d’une batterie de téléphone portable n’est que de 0,01 kWh, énergie que l’on peut produire en vingt minutes en pédalant sans trop d’effort. Mais faire fonctionner...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-7"> ¤ Ayant côtoyé les singes dans sa jeunesse africaine, l’éthologue, Breton d’adoption, révèle la richesse et la flexibilité de leur langage, pas si éloigné que cela de celui des hommes.
<filname="PROF-env_sciences-7"> ¤                     
                                                   
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Alban Lemasson, décodeur du langage animal

Ayant côtoyé les singes dans sa jeunesse africaine, l’éthologue, Breton d’adoption, révèle la richesse et la flexibilité de leur langage, pas si éloigné que cela de celui des hommes.



Le Monde
 |    28.01.2018 à 15h00
    |

                            Marie-Laure Théodule








                        



                                


                            
Quand on passe sa jeunesse en Afrique, ça ne s’oublie pas. « Des éléphants traversent les routes ; les singes sont habitués aux hommes ; la nature est très présente », se rappelle Alban Lemasson. Il n’a que 3 ans, en 1978, lorsque sa famille part s’installer au Cameroun. Neuf ans plus tard, les Lemasson déménagent en Côte d’Ivoire. Retour en France de ce brillant élève en 1993 pour passer le baccalauréat. Après un passage par les classes ­préparatoires en biologie, il cherche sa voie. « Vétérinaire, ethnologue, documentariste… autant de pistes envisageables sans véritable coup de cœur. » Il n’a jamais entendu parler d’éthologie et ignore que l’on peut en faire un métier. Sauf qu’il a rêvé, enfant, devant le film Gorilles dans la brume, magnifique histoire qui raconte la vie de Diane Fossey et son combat pour préserver les grands singes. « En cherchant dans quelle filière universitaire atypique de biologie je pourrais m’inscrire, je suis tombé sur l’éthologie, science qui étudie le comportement des organismes en fonctionnement dans leur environnement. Cela m’intéressait bien plus que le fonctionnement interne de l’organisme. Ce fut une révélation ! »

Ensuite tout est allé très vite pour ce solide quarantenaire à la voix douce, qui cache sous une apparente décontraction une force de travail peu commune. Sa passion l’amènera à frôler des situations dangereuses. Alors qu’il s’apprête à partir au Congo étudier les gorilles pour sa thèse, une guerre civile l’oblige à changer de plan. Il se rabat sur les mones de Campbell (Cercopithecus campbelli) élevés à la station écologique de Paimpont (50 km de Rennes) où travaille sa directrice de thèse, Martine Hausberger. Ce qui le passionne, c’est le lien entre le comportement social des primates et leur communication vocale, sujet qu’il n’a jamais lâché depuis. Idée dominante à l’époque : le ­répertoire vocal des singes est figé puisque génétiquement programmé dès leur...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-8"> ¤ Professeur de droit animalier à Harvard, il travaille sans relâche, depuis près de quarante ans, à défendre la cause des primates. Son combat a permis au chimpanzé Cecilia d’obtenir le statut de personne juridique non humaine.
<filname="PROF-env_sciences-8"> ¤                     
                                                   
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Steven Wise, l’avocat des grands singes

Professeur de droit animalier à Harvard, il travaille sans relâche, depuis près de quarante ans, à défendre la cause des primates. Son combat a permis au chimpanzé Cecilia d’obtenir le statut de personne juridique non humaine.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 12h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Que pense Steven Wise de la victoire obtenue par l’avocat de Cecilia, en novembre 2016, au tribunal argentin de Mendoza ? « Nous en avons été ravis », répond-il. N’est-il pas déçu, tout de même, de n’être pas parvenu au même résultat pour ses propres clients, Hercule et Leo ? « Nous savons très bien que les cas où triomphent la liberté, l’égalité et la justice restent exceptionnels. » L’homme de loi est pugnace, et convaincu que le temps jouera en sa faveur.
Cecilia ne s’est pas rendue au tribunal, pas plus qu’Hercule et Leo. Tous trois sont des chimpanzés, et Steven Wise est leur meilleur avocat. Professeur de droit animalier à Harvard et dans d’autres universités américaines, il se bat sans relâche, depuis près de quarante ans, pour défendre leur cause. Si Cecilia est devenue en 2016 le premier animal du monde à se voir accorder le statut de personne juridique non humaine, si elle a quitté en avril 2017 le zoo où elle vivait enfermée pour rejoindre la réserve naturelle brésilienne de Sorocaba, elle le doit, bien sûr, à la juge de Mendoza qui a eu l’audace de franchir ce pas. Mais celui qui a ouvert le chemin, c’est Steven Wise. Cette décision consacre en effet la thèse défendue méthodiquement par son association, Nonhuman Rights Project (NRP), fondée sur les droits inhérents à l’habeas corpus. Soit le droit de ne pas être emprisonné sans jugement, jusqu’à présent réservé aux humains.
Droit à l’intégrité physique
Lorsqu’un ami lui suggère, à la fin des années 1970, de lire Animal Liberation, publié quelques années plus tôt par le philosophe australienPeter Singer,Wise exerce en pratique générale depuis trois ans. Pour le jeune avocat, qui opte sur-le-champ pour le végétarisme, c’est une révélation. « J’étais devenu avocat parce que je m’intéressais à la justice sociale. J’ai lu ce livre, j’ai compris qu’un nombre stupéfiant d’animaux non humains étaient traités de manière terrible et injuste, et qu’aucun...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-9"> ¤ Invisible depuis la France, cette éclipse sera observable en Asie, en Océanie et également en Amérique du Nord.
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<filname="SURF-env_sciences-10"> ¤ Il arrive, très rarement, que des tumeurs disparaissent toutes seules, sans le moindre traitement.
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<filname="SURF-env_sciences-11"> ¤ Le cinquième portrait de la série « le numérique a changé mon métier » : une meilleure collaboration, de nouvelles tâches et des pistes pour la télémédecine.
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Philippe Héno, médecin à l’heure du numérique

Le cinquième portrait de la série « le numérique a changé mon métier » : une meilleure collaboration, de nouvelles tâches et des pistes pour la télémédecine.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 16h03
    |

                            Gaëlle Picut








                        



                                


                            
« Le Monde » a voulu savoir comment des métiers très variés étaient impactés par la digitalisation et le développement des outils numériques. Nous sommes ainsi allés à la rencontre d’une dizaine de personnes pour savoir comment le numérique avait transformé leurs pratiques professionnelles. Elles témoigneront aussi de leur adaptation, plus ou moins facile, et comment elles voient leur avenir professionnel. Après les portraits du vigneron Jonathan Ducourt, de l’enseignante Sandrine Babinet, de la directrice d’hôtel Anita Steinmann, du charpentier Colin Vernet, le médecin Philippe Héno se raconte. 

Si le cœur de métier d’un médecin est toujours de soigner, les conditions d’exercice ont bien évolué avec le développement du numérique. Philippe Héno, 54 ans, ancien médecin militaire et cardiologue, témoigne de ces transformations. « Le numérique a modifié beaucoup de choses, à la fois dans les rapports entre professionnels mais également dans les relations avec les patients », analyse-t-il.

Grâce aux outils numériques, les médecins peuvent désormais s’échanger très facilement des données, par mail ou par SMS. « On m’envoie régulièrement des électrocardiogrammes pour avis ou interprétation. Ceci permet une meilleure collaboration entre professionnels de santé », indique Philippe Héno.
« Cela interfère avec mon métier »
Par ailleurs, le numérique facilite considérablement l’accès à la connaissance pour le médecin. « Je peux maintenant consulter les travaux de la Société française ou internationale de cardiologie, les revues numériques de médecine, des cas similaires de pathologies… Auparavant, je devais les commander à la bibliothèque universitaire la plus proche de chez moi. Cela prenait du temps, c’était compliqué et il fallait se déplacer. Cette immédiateté de la connaissance est indéniablement un plus pour le médecin, et ce, dans l’intérêt de ses patients », contate Philippe Héno.
En revanche,...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-12"> ¤ Contrôlé par magnétisme, un minirobot est capable de marcher, ramper et nager. Les chercheurs de l’Institut Max-Planck souhaitent l’utiliser dans un but médical.
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<filname="SURF-env_sciences-13"> ¤ Au menu : la lévitation par ultrasons, les caméléons sont fluorescents, des médicaments contre le rhume discrètement interdits de publicité, etc.
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<filname="SURF-env_sciences-14"> ¤ La révolution 4.0 et ses effets sur l’emploi ont été au cœur des débat du Forum économique mondial qui s’achève vendredi.
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L’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi divise Davos

La révolution 4.0 et ses effets sur l’emploi ont été au cœur des débat du Forum économique mondial qui s’achève vendredi.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
26.01.2018 à 15h29
    |

            Isabelle Chaperon (Davos, Suisse, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Si le bal des chefs d’Etat domine les agendas du 48e Forum économique mondial qui s’achève vendredi 26 janvier, l’invité vedette cette année à Davos (Suisse) n’est ni le président américain Donald Trump ni son homologue français Emmanuel Macron, mais bien l’intelligence artificielle.
De jeunes entrepreneurs brillants, venus du monde entier, se relaient pour faire des démonstrations, smartphone en main. Marc Benioff, le PDG de l’éditeur de logiciels Salesforce, explique que sa plate-forme d’intelligence artificielle maison, baptisée « Einstein », participe tous les lundis comme un « membre virtuel » à la réunion de son comité de direction.
Dans les boutiques de la ville transformées en « lab » par les entreprises partenaires du Forum, dans les tables rondes, dans les dîners, il n’est question que de « machine learning » ou de « deep tech ». Mais Davos n’est pas le Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas. Cet étalage s’accompagne d’un débat angoissant : cette nouvelle révolution industrielle va-t-elle conduire au chômage une grande partie de la population et aggraver encore les inégalités ? Sur ce point, les avis divergent.
« Les gens ont peur de perdre leur travail  »
Le constat initial, pourtant, semble bien partagé : les percées technologiques récentes accélèrent de façon brutale le phénomène d’automatisation engagé depuis des décennies. Si la grande distribution propose depuis longtemps des caisses automatiques, c’est bien l’intelligence artificielle qui a permis à Amazon d’ouvrir à Seattle, lundi 22 janvier, le premier point de vente sans aucune caisse.
Les voitures sans pilote, les algorithmes qui gèrent le service après-vente, les scanners qui posent un diagnostic médical, voilà autant d’innovations, déjà opérationnelles ou qui le seront dans un avenir proche, ayant vocation à se substituer à des employés humains.
« Depuis la première révolution industrielle, les gens ont peur de perdre leur...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-15"> ¤ La profession attire de moins en moins et certains patients doivent parfois attendre jusqu’à un an pour obtenir un premier rendez-vous.
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La pédopsychiatrie, un secteur sinistré

La profession attire de moins en moins et certains patients doivent parfois attendre jusqu’à un an pour obtenir un premier rendez-vous.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 11h25
 • Mis à jour le
26.01.2018 à 14h43
    |

            Sandrine Cabut








                        



                                


                            

Du côté des jeunes patients, des délais d’attente inadmissibles pour une première consultation et un manque de lits d’hospitalisation. Du côté des pédopsychiatres, une crise démographique et universitaire, qui rend la spécialité de moins en moins attrayante. La psychiatrie des enfants et des adolescents est « sinistrée », selon le sénateur (La République en marche) et médecin Michel Amiel, rapporteur en mai 2017 d’un volumineux rapport d’information parlementaire sur la psychiatrie des mineurs en France.

Le repérage et la prise en charge précoce des troubles psy des jeunes sont considérés comme une priorité. Mais au regard de la forte hausse des besoins due notamment au décrochage scolaire, au harcèlement ou aux traumatismes liés aux attentats, « le nombre de structures de prise en charge et leurs effectifs ont très peu augmenté », constate ce rapport.
Les CMP (centres médico-psychologiques) et CMPP (centres médico-psychopédagogiques), bien souvent structures d’entrée dans le parcours de soins psychiatriques, sont engorgés. Le délai pour une première consultation dépasse un an dans certains départements, désespérant familles et professionnels.
« On a des demandes de 2016 auxquelles on n’a pas répondu. On a honte. On voit tous les dégâts qu’on aurait pu éviter, les souffrances qu’on aurait pu atténuer », témoigne une pédopsychiatre exerçant dans un CMP de province.
Le nombre de lits d’hospitalisation en pédopsychiatrie est en augmentation depuis 2001, mais les capacités sont encore trop limitées, avec de fortes inégalités territoriales, souligne le rapport. Le délai d’obtention d’une place en hôpital de jour – l’essentiel des prises en charge hospitalières des mineurs – est lui aussi jugé important.
Désaffection indéniable
Quant au nombre de pédopsychiatres inscrits en tant que tels au conseil de l’ordre des médecins, il a été divisé par deux en dix ans. De 1 235 en 2007, il est passé à 593 en 2017,...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-16"> ¤ Alors que le premier lancement de l’année avait donné lieu à une « perte de contact » avec le satellite, l’opérateur luxembourgeois a annoncé vendredi que la connexion avait été établie et que l’un des deux appareils était « en bonne santé ».
<filname="PROF-env_sciences-16"> ¤                     
                                                

Ariane 5 : deux satellites mis en orbite… mais pas au bon endroit

Alors que le premier lancement de l’année avait donné lieu à une « perte de contact » avec le satellite, l’opérateur luxembourgeois a annoncé vendredi que la connexion avait été établie et que l’un des deux appareils était « en bonne santé ».



Le Monde
 |    26.01.2018 à 06h53
 • Mis à jour le
26.01.2018 à 11h37
   





                        


Les deux satellites de télécommunications, embarqués à bord du lanceur européen Ariane 5 qui a décollé jeudi 25 janvier de la Guyane, ont été mis en orbite… Mais, fait rare, pas au bon endroit. Arianespace, contacté par l’Agence France-Presse (AFP), espérait toutefois un futur « repositionnement grâce à leur système de propulsion ». « Les dernières nouvelles étaient rassurantes après de fortes inquiétudes », a ajouté la société.
Vendredi, l’opérateur luxembourgeois a annoncé que l’un des deux satellites lancés par Ariane 5, le SES-14, était « en bonne santé » et devrait pouvoir rejoindre l’orbite visée dans quelques mois.

SES announces it has successfully established connection with SES-14 and that the spacecraft is in good health and… https://t.co/9PRQPIvvcO— SES_Satellites (@SES)


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« SES-14 est en bonne santé et en route, en dépit de l’anomalie. »
La veille, l’opérateur et l’agence spatiale s’étaient fait une grosse frayeur. En effet, pour le premier lancement de l’année : peu après le début de l’opération, le PDG d’Arianespace annonçait, de la salle Jupiter du centre spatial de Kourou, une « anomalie » et faisait état d’une « perte de contact avec le lanceur ». Une perte de contact, « d’un peu plus de neuf minutes » après le décollage et « quelques secondes après l’allumage de l’étage supérieur ». Celle-ci a duré « de la 9e à la 37e minute de la mission ».

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                Le constructeur d’Ariane 6 plaide pour une « préférence européenne » en matière spatiale



A partir de ce moment-là, « la deuxième station » de contrôle de la mission « située à Natal, au Brésil, n’a pas acquis la télémétrie du lanceur », notait encore Arianespace. La situation a été la même à la station d’Ascencion, sur une île de l’Atlantique sud (censée recueillir des données 13 minutes et 36 secondes après le décollage), à celle de Libreville au Gabon (18 minutes et 19 secondes après son décollage) et à celle proche de la ville de Malindi au Kenya (22 minutes et 56 secondes après le décollage).

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Ariane 5 avait normalement décollé à 19 h 20 jeudi, heure de Guyane (23 h 20 à Paris), en embarquant deux satellites de télécommunications, SES-14 pour l’opérateur luxembourgeois SES et Al Yah 3 pour Yahsat, l’opérateur des Emirats arabes unis. Le satellite SES-14 héberge en outre une charge scientifique pour le programme d’exploration de la NASA intitulé GOLD (Global-scale Observation of the Limb and Disk), un programme qui doit notamment permettre, depuis une orbite géostationnaire, de reconstituer toutes les demi-heures une image complète du disque terrestre.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-17"> ¤ Un fossile vieux de 180 000 ans trouvé sur le mont Carmel est le plus vieux représentant de notre espèce connu hors du berceau africain de l’humanité.
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Article sélectionné dans La Matinale du 25/01/2018
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Découverte en Israël du plus ancien « Homo sapiens » hors d’Afrique

Un fossile vieux de 180 000 ans trouvé sur le mont Carmel est le plus vieux représentant de notre espèce connu hors du berceau africain de l’humanité.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 20h07
 • Mis à jour le
26.01.2018 à 06h37
    |

            Hervé Morin








                        



   


Quand l’homme moderne, alias Homo sapiens, est-il sorti d’Afrique ? La présence de fossiles appartenant à notre espèce dans les grottes israéliennes de Skhul et Qafzeh, datés respectivement de 90 000 et 120 000 ans, donnait une fourchette assez large. Mais la découverte d’une demi-mâchoire datant d’environ 180 000 ans, dans la grotte toute proche de Misliya, sur le mont Carmel, elle aussi attribuée à un sapiens, montre que les excursions vers le Levant ont été bien plus précoces qu’on ne l’avait envisagé.
« Cela double presque l’ancienneté de ces premières migrations hors d’Afrique, se réjouit l’anthropologue Israël Hershkovitz (université de Tel-Aviv), responsable des fouilles. Et cela signifie aussi que les périodes d’interaction avec les autres représentants du genre Homo qui étaient déjà hors d’Afrique ont été bien plus longues qu’on le croyait. » Avec l’annonce en 2017 de la découverte au Maroc, sur le site de Djebel Irhoud, d’un représentant de notre lignée vieux de 315 000 ans, l’heure est encore une fois à repousser dans le temps et dans l’espace l’emprise de notre espèce sur la planète.

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                La découverte qui bouleverse l’histoire d’« Homo sapiens »




   


Le fossile de Misliya ne paie pas de mine : un fragment de maxillaire supérieur gauche et les dents associées. Pas de crâne complet ou d’os de membres. L’étude de ces restes a cependant pris un temps considérable : la fouille de cette grotte a débuté en 2001. Le fossile a été trouvé dès la saison suivante. Mais l’équipe internationale constituée pour analyser ces restes, les dater et les replacer dans leur contexte archéologique, a pris toutes les précautions avant de publier ses résultats, vendredi 26 janvier dans la revue Science.
« On a dû retravailler l’article, faire plus d’analyses pour convaincre les personnes chargées de la relecture du manuscrit, indique Israël Hershkovitz. Une de nos réponses faisait 54 pages, pour justifier les conclusions de notre article qui n’en fait que trois… »
La datation a été confiée à trois laboratoires, en France, en Israël et en Australie, qui ont travaillé avec des méthodes différentes. Toutes convergent vers 180 000 ans, hormis la datation directe d’une dent, qui pointe 70 000 ans. « Cette datation à l’uranium-thorium dépend de la capture de l’uranium par les dents, qui sont un peu comme des éponges, mais le problème est qu’on ne peut savoir si elles ont absorbé cet uranium en une seule fois ou de façon progressive, explique Hélène Valadas, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (Gif-sur-Yvette), qui a participé à ces datations. En revanche, la même méthode est bien plus fiable pour la croûte minérale qui entourait le fossile et qui, elle, est datée de 185 000 ans. »
« Sens du confort »
L’ancienneté de Misliya-1 – le nom officiel du fossile – ne fait donc pas de doute. Son appartenance à une version archaïque de notre espèce non plus : la forme des dents ne permet en aucun cas de le confondre avec un néandertalien « ou d’autres homininés du Pléistocène moyen d’Europe, et elle le place du côté des humains modernes et proche de celui du Djebel Irhoud », écrivent les chercheurs.

   


Comment vivaient ces hommes, abrités dans ces grottes ? Ils avaient le sens du confort, note l’archéologue Mina Weinstein-Evron (Université d’Haïfa) à propos de traces de végétaux entremêlés qui font penser « à des matelas ». « Ils chassaient les gazelles, les aurochs, les sangliers et on a retrouvé des coquilles d’œufs d’autruche. On peut imaginer des récipients, ou des grosses omelettes, souligne-t-elle. Des outils pointus étaient utilisés pour extraire des tubercules. Il y a aussi des coquillages mais on ignore s’ils n’ont pas été amenés là par des oiseaux. Comme dessert, il y avait des baies. Bref, ils profitaient au maximum de leur environnement. »
Que signifie leur présence précoce dans ces marges africaines ? « Cette découverte apporte de l’eau au moulin d’un modèle qui émerge actuellement sur la sortie d’Afrique de notre espèce, qui s’appuie à la fois sur des données génétiques et climatiques », se réjouit Jean-Jacques Hublin (Institut Max Planck, Leipzig, et Collège de France), codécouvreur des fossiles du Djebel Irhoud. Côté génétique, certaines analyses d’ADN ancien suggèrent que des premiers croisements entre H. sapiens et son cousin Néandertal, présent antérieurement aussi dans la région du Levant, auraient pu intervenir entre 220 000 et 460 000 ans. Dans ce cas, « les fossiles d’Homo sapiens de Misliya, Skuhl et Qafzeh pourraient représenter des excursions relativement tardives de notre espèce hors d’Afrique », estime Chris Stringer et Julia Galway-Witham (Muséum d’histoire naturelle de Londres) dans un commentaire publié dans Science : d’autres sapiens, encore à découvrir, les auraient précédés.
Des périodes de « Sahara vert »
Côté climat, des périodes de « Sahara vert », où la région du Proche-Orient était moins aride, se sont succédé au cours des derniers 500 000 ans. « Peut-être y a-t-il eu une sortie d’Afrique lors d’un de ces épisodes verts il y a 300 000 ans, puis plus récemment, mais que ces sorties n’ont pas été entièrement couronnées de succès jusqu’à une période récente », avance Jean-Jacques Hublin. En effet, Homo sapiens n’est présent en Europe qu’à partir de 50 000 ans, peu avant la disparition de Néandertal.

   


Pour Israël Hershkovitz, épisodes verts ou pas, « Israël n’a jamais été vide, en tout cas sur la zone côtière, où il y a toujours eu suffisamment de ressources pour subsister ». Si Homo sapiens n’est arrivé que tardivement en Europe, c’est qu’il n’était pas adapté au climat plus froid qui y régnait : « Pourquoi y aller, alors que la route était ouverte vers l’est, où le climat était plus favorable ? » Cela pourrait expliquer la présence de 47 dents humaines vieilles de 120 000 ans dans la grotte de Daoxian, en Chine, annoncée en 2015.

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                Des Chinois « modernes » vieux de plus 80 000 ans



L’étude des pierres taillées retrouvées à Misliya est un autre élément intéressant. Il s’agit d’outils de type Levallois, produits par débitage d’éclats prédéterminés. On en a trouvé au Djebel Irhoud (315 000 ans), dans d’autres sites africains plus anciens, mais aussi en Europe (Arménie) à la même époque. Cette même technologie a-t-elle été inventée spontanément et simultanément dans plusieurs endroits, dans un phénomène de convergence évolutive, ou bien y a-t-il eu des échanges techniques, comportementaux, à la faveur du corridor israélien ? « On n’a pas encore trouvé d’outils Levallois de plus de 250 000 ans en Israël même », rappelle Israël Herchkovitz. Or, des fossiles datés de ces mêmes niveaux temporels ont été découverts à Misliya, révèle-t-il. Mais il est encore trop tôt pour dire à quelle espèce du genre Homo ils appartiennent. A suivre, donc…



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-18"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste Paul Seabright s’appuie sur une étude récente qui démontre que les algorithmes les plus efficaces sont ceux à qui l’on donne, en plus de la capacité à apprendre, celle de communiquer.
<filname="PROF-env_sciences-18"> ¤                     
                                                   
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Un algorithme coopératif et communicant

Dans sa chronique, l’économiste Paul Seabright s’appuie sur une étude récente qui démontre que les algorithmes les plus efficaces sont ceux à qui l’on donne, en plus de la capacité à apprendre, celle de communiquer.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 14h00
    |

                            Paul Seabright (Professeur de sciences économiques à lInstitut d'études avancées de Toulouse)








                        



                                


                            
Recherches. Les prouesses de l’intelligence artificielle sont louées quotidiennement dans les médias, et l’on pourrait croire que les algorithmes essaient de dépasser les êtres humains dans tous les domaines de nos activités. En fait, la majorité des recherches en intelligence artificielle essaient de reproduire et de perfectionner des compétences que l’on peut mettre directement au service de l’être humain (comme avec la robotique) ou qui servent dans les combats à somme nulle (comme les échecs, le poker ou le go).
Rares sont les projets qui travaillent sur les compétences utiles pour les tâches qui mêlent le conflit et la coopération, où il y a des bénéfices à la coopération, mais des conflits sur la répartition de ces bénéfices. Pourtant ces tâches sont au cœur de la société humaine, notamment dans le domaine de l’échange économique.
Une étude qui vient de paraître s’adresse directement à ce défi passionnant (« Cooperating with machines », par Jacob Crandall, Mayada Oudah, Jean Tennom, Fatimah Ishowo-Oloko, Sherief Abdallah, Jean-François Bonnefon, Manuel Cebrian, Azim Shariff, Michael A. Goodrich et Iyad Rahwan, Nature Communication 9/233, 2018, lien vers PDF en anglais).
Expériences économiques
Les auteurs ont cherché à construire des algorithmes capables d’agir de manière coopérative autant avec d’autres algorithmes qu’avec des êtres humains. Leur tâche a été compliquée par le fait que la coopération humaine est facilitée par d’autres qualités que l’intelligence purement cognitive – surtout l’empathie, l’intuition, la sensibilité aux normes et à la communication.
Lors des expériences, les sujets humains arrivent plus facilement à coopérer lorsqu’ils ont la possibilité de communiquer entre eux, même si cette communication ne les engage en rien. En serait-il autant pour les algorithmes ? La réponse a été positive.
Les chercheurs ont mis en place des expériences économiques sous forme de jeux répétés...




                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-19"> ¤ Bâtis par les meilleurs artistes, les palais et villas traduisent la richesse d’une cité qui fut l’un des carrefours du commerce Orient-Occident au tournant de notre ère.
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Archéologie : Pétra, « la  Dubaï  de l’époque »

Bâtis par les meilleurs artistes, les palais et villas traduisent la richesse d’une cité qui fut l’un des carrefours du commerce Orient-Occident au tournant de notre ère.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h29
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            Florence Evin








                        



   


APétra, en Jordanie, comme à Persépolis en Iran ou à Athènes en Grèce, les recherches ­archéologiques renouvellent la connaissance des centres urbains antiques. Le grand élan des premières fouilles au Proche-Orient, au XIXe siècle, visait la sauvegarde du monumental, palais et sanctuaires. ­Depuis les années 1980, les archéologues s’intéressent, aussi, au vernaculaire, à la vie quotidienne des habitants. Comme l’illustrent les fouilles à Pétra, capitale nabatéenne d’un royaume indépendant au IVe siècle avant notre ère, devenue ­romaine en 106. On connaît sa nécropole spectaculaire, aux tombes rupestres à fronton sculptées tels des palais dans la roche rouge du cirque montagneux qui enserre le centre-ville. Aujourd’hui, c’est son habitat, jusque-là peu étudié, qui mobilise les scientifiques.

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« Avec les équipes internationales sur le terrain, notamment française, allemande, italienne, américaine, finlandaise et jordanienne, c’est un site qui bouge », souligne Laurent Tholbecq, professeur chargé de la chaire d’archéologie des provinces romaines, à l’Université ­libre de Bruxelles, responsable de la mission française à Pétra. « C’est une ville comme les autres avec toutes ses fonctions, un ­habitat domestique, des ­bâtiments publics » et des édifices cultuels.
Au sud-est, en surplomb, accessible par un cheminement d’escaliers, a été mis au jour « un petit sanctuaire tribal ou familial, la chapelle d’Obodas Ier, avec une statue de ce roi divinisé, daté de l’an 20. Toutes les tribus ont un dieu, rappelleLaurent Tholbecq.Cent trente-troissignatures et des restes de banquets attestent de sa fréquentation jusqu’au IIe siècle. »
La manne, c’est l’encens
Plusieurs centaines d’inscriptions ont été relevées sur le site par Laïla Nehmé, directrice de recherche au CNRS. L’archéologue épigraphiste a cartographié, sous 3 300 numéros, les monuments de Pétra. En 2015, c’est le complexe thermal de Jabal Khubthah, en partie rupestre, ­situé en à-pic sur le théâtre de la ville, qui a été fouillé. Le modèle en 3D des vestiges, réalisé par la mission française et le laboratoire ArScAn, est un plan carré à sept pièces, avec bassins froid et chaud, alimentés par deux citernes ­reliées à deux aqueducs.

   


Forteresse naturelle, Pétra occupe une plaine intérieure de 1,5 kilomètre de large sur 1 kilomètre de long. La cité a survécu près de mille ans grâce à trois sources actives toute l’année et une gestion pointue de la distribution de l’eau. Les fouilles récentes révèlent « une ville riche, avec des villas décorées de peintures murales, de stucs, aux sols en marbre, équipées de citernes, de bains privés et de chauffage, qui rappellent celles de Pompéi », note l’architecte Thibaud Fournet (CNRS) de l’Institut français du Proche-Orient, à Amman. Lequel travaille sur le quartier romano-nabatéen « extrêmement luxueux ».

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« C’est la Dubaï de l’époque, avec ses ­palais de marbre italien bâtis par les meilleurs artistes venus d’Alexandrie et d’ailleurs, dans un mélange baroque ­mariant l’Occident et l’Orient, au confort exubérant très m’as-tu-vu, s’emporte ­Thibaud Fournet. Le vocabulaire architectural gréco-romain est enrichi à tous les étages de merlons et peint de toutes les couleurs avec des guirlandes d’or. » Chaque maison possède une pièce spectaculaire articulée autour d’une cour équipée de banquettes. Les Nabatéens prennent leurs repas couchés, comme les Romains qui ont adopté la pratique orientale.
Charlène Bouchaud, archéo-botaniste au CNRS, a identifié les graines qui sont à la base de l’alimentation – orge, blé, vigne, olivier, lentilles et pois. Figues, ­grenades et pistaches s’avèrent plus rares, comme les noix et les dattes. Le charbon de bois provient du ­genévrier, du pin et du chêne. Pétra contrôle le commerce Orient-Occident, entre Akaba sur la mer Rouge et le port de Gaza en Méditerranée. Elle assure le transport caravanier des aromates, des épices et du bitume de la mer Rouge. La manne, c’est l’encens, provenant du ­Yémen, qui se vend à prix d’or à Rome, comme en Egypte ou en Mésopotamie. Cette gomme issue de la résine du Boswellia sacra sert aux fumigations dans les temples et aux rituels religieux des divers cultes et civilisations du ­Proche-Orient et de l’Occident.

   


Depuis 2015, la mission française ­explore un complexe thermal situé à 7 kilomètres au sud, découvert par Léon de Laborde en 1828, au débouché d’une piste caravanière. Précisément au confluent du Wadi Sabra et du Wadi ­Arabah, donnant accès à la fois à la mer Rouge et à la Méditerranée. Les récents relevés de Thibaud Fournet ont identifié un temple avec son téménos (la cour ­sacrée), mais aussi des bains et un théâtre rupestre. Il s’agirait d’un complexe « situé au point d’arrivée des grandes ­caravanes à Pétra, servant aux fêtes religieuses et commerciales des Bédouins, suggère Laurent Tholbecq. Le sanctuaire est un lieu neutre, dans lequel les tribus en conflit peuvent se réunir. En Jordanie, le droit officiel et le droit coutumier perdurent. » En 2018, les prochaines fouilles diront si son utilisation date de l’arrivée d’une garnison au IIIe siècle.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-env_sciences-20"> ¤ Si l’agriculture a sédentarisé les hommes, la hiérarchisation de la société et l’activité économique ont contribué à créer les grandes cités. Dont certaines ne sont plus aujourd’hui que des ruines ensevelies.
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Et l’humanité inventa la ville

Si l’agriculture a sédentarisé les hommes, la hiérarchisation de la société et l’activité économique ont contribué à créer les grandes cités. Dont certaines ne sont plus aujourd’hui que des ruines ensevelies.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h28
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 20h28
    |

            Pierre Barthélémy








                        



                                


                            

Il y a dix ans, en 2007, l’humanité a franchi un cap dans une relative indifférence. Cette année-là, les démographes ont annoncé que, pour la première fois de l’histoire, plus de la moitié des Homo sapiens vivaient en ville. Ces chercheurs notaient qu’au cours des trois décennies précédentes le nombre d’agglomérations comptant entre 500 000 et 10 millions d’habitants avait doublé, passant de 420 à 849. Ils prévoyaient aussi que le mouvement allait se poursuivre : nous devrions être 5 milliards d’urbains en 2030.
Une étude prospective publiée en 2012 dans PNAS, les comptes rendus de l’Académie des sciences américaine, expliquait qu’entre le début du XXIe siècle et 2030 l’espace dévolu aux villes augmenterait de 1,2 million de kilomètres carrés dans le monde. Chaque jour qui passe, 110 kilomètres carrés de la Terre – soit un peu plus de la superficie de Paris – se transforment en morceaux de ville. L’étude annonçait ainsi une explosion urbaine en Afrique, principalement dans cinq grandes régions : autour du Nil en Egypte, dans le golfe de Guinée, sur les rives nord du lac Victoria, dans le nord du Nigeria – pays le plus peuplé du continent et en forte croissance démographique – et dans la région de la capitale éthiopienne Addis-Abeba. Se dessine aussi, en Chine, un cordon côtier urbanisé de 1 800 kilomètres de long, entre Hangzhou et Shenyang… La ville, aujourd’hui, semble la norme de plus en plus évidente, voire inévitable, de l’habitat humain.

Après tout, notre civilisation ne s’inspire-t-elle pas de grandes cités (Athènes, Rome) ? Nous avons tous en tête et pour références les splendeurs et la puissance des civilisations mésopotamienne, égyptienne, grecque, qui semblent être surgies comme par miracle du néant. Sans jamais nous poser vraiment la question de leur apparition, du processus par lequel l’humanité inventa la ville.
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Comme le reconnaît Jean Guilaine, professeur au Collège...




                        

                        

