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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Un premier cinéma moderne vient d’ouvrir ses portes sur la Grande-Ile. Son patron ambitionne d’avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».
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Reportage

Au Plaza d’Antananarivo, les Malgaches retrouvent le goût du cinéma après plus de quinze ans sans salles

Un premier cinéma moderne vient d’ouvrir ses portes sur la Grande-Ile. Son patron ambitionne d’avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».

Par                Laure Verneau (contributrice Le Monde Afrique, Antananarivo)



LE MONDE
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        Le 28.01.2018 à 20h24

     •
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        Mis à jour le 29.01.2018 à 10h00






    
Le cinéma Plaza d’Antananarivo a ouvert en décembre 2017. C’est le premier de l’île à être aux normes internationales modernes.
Crédits : LAURE VERNEAU


« Tsara be ! » C’est l’exclamation qui revient le plus souvent dans la bouche des spectateurs qui sortent de la première séance du Plaza d’Antananarivo ce dimanche matin. En malgache, ces mots signifient à la fois « beau », « génial », et « très bien ». Selon l’avis de tous, le nouveau cinéma de la capitale malgache, ouvert en décembre 2017, est tout cela à la fois. Le public est juvénile, le film Big foot junior vient d’être projeté en 3D. Pour beaucoup, c’est leur toute première expérience du grand écran.

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Nancy, 6 ans, dévore son pop-corn avec sa mère sur le perron, des traînées de larmes séchées sur ses joues. « Elle a eu peur, confie Mina, sa mère, on a dû sortir un peu avant la fin. Mais on reviendra ! » Sa petite sœur, elle, sautille partout. Il y a aussi des ados hilares qui se prennent en selfie dans le hall d’entrée en attendant la projection de Blade Runner 2049 l’après-midi. Un peu plus loin, Hery est assis sur les marches avec ses deux fillettes. « Je me souviens des vieux cinémas quand j’étais jeune, mais là, ça n’a rien à voir ! » Ses enfants le « tannent depuis une semaine, juste pour venir voir ».
Matériel de projection à la pointe
Dans ce large bâtiment bleu azur, tout est fait pour attirer le regard. Son esthétique d’abord, largement empruntée à l’univers de Hollywood. Qu’il s’agisse des luminaires rutilants à outrance, des écrans animés, des portes battantes de style saloon ou des sièges en velours rouge, le Plaza veut offrir un « standing » à l’américaine ses spectateurs. C’est son fondateur, Andry Raboelina, qui l’a voulu ainsi : « J’avais vu ces chariots de pop-corn à Disneyland, j’ai voulu reproduire la même chose ! »
La capacité de son unique salle ensuite, qui n’a rien à envier aux cinémas occidentaux et peut accueillir 800 personnes. Enfin, un matériel numérique à la pointe avec un écran géant et une sonorisation qui permettent une qualité de projection immersive en 3D.

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Un « standing » qui a un coût et exige de 10 000 ariarys la place (2,50 euros) à 30 000 ariarys selon les séances. Un loisir que seule une petite frange de la population peut s’offrir.
Andry Raboelina est un patron de télé, mais aussi un cinéphile. « Je me souviens des films que j’allais voir avec l’école. Tous les mercredis après-midi dans un petit cinéma. » Il a commencé à diffuser des films dans les années 1990, dans des amphithéâtres. « Le premier, c’était en 1998 : Titanic. Ce fut un engouement terrible ! L’entrée à l’époque était à 5 000 francs. J’ai mis cinq heures à compter l’argent de toutes les entrées », s’amuse-t-il. Lui-même a vu le film de James Cameron plus d’une dizaine de fois depuis.
Propagande russe
Juste après l’indépendance en 1960, le cinéma était très prisé à Madagascar. La Grande Ile comptait une centaine de salles de projection, dont une dizaine dans la capitale. Elles étaient gérées par l’Etat. « Mais sous la présidence de Didier Ratsiraka [1997-2002], l’Etat a cessé de s’occuper de la programmation, explique Laz, réalisateur et directeur des Rencontres internationales du film court de Madagascar. Ils ont préféré acheter des films de propagande russe qui étaient diffusés à la télé. Les gens n’allaient plus voir de films… parce qu’il n’y avait plus de films à voir ! »
Résultat, au début des années 2000, toutes les salles de l’île avaient fermé. Le Plaza est ainsi le premier cinéma aux normes internationales à s’implanter à Madagascar. Pour l’instant, il ouvre le week-end, et a fermé deux semaines pour quelques ajustements techniques. « On apprend encore à gérer le fonctionnement de la machine », admet Andry Raboelina. Le programme, en revanche, est fixé. Les samedis et les mercredis seront dédiés aux scolaires, et des négociations sont en cours pour avoir « les mêmes blockbusters qu’en Europe ».

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On ne connaîtra pas la somme investie pour créer le Plaza, seulement que « les crédits courent sur vingt ans et qu’il va falloir commencer à rembourser ». Le prochain gros coup selon son patron : la diffusion de Cinquante Nuances plus claires, le troisième volet de la saga Cinquante Nuances de Grey, pour la Saint-Valentin. « Ça devrait attirer les foules », conclut-il, goguenard.


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Sandrine Bonnaire : « Ma cité HLM, c’était comme un village »

Sandrine Bonnaire raconte son enfance, à Grigny, dans une famille modeste de onze enfants. Et sa rencontre avec Maurice Pialat, « son mentor ».



Le Monde
 |    28.01.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 11h07
    |

            Pascale Krémer








                        



                                


                            

La comédienne, distinguée à 18 ans par un César de la meilleure actrice pour Sans toit ni loi d’Agnès Varda, tient le rôle principal d’Une saison en France, un film de Mahamat-Saleh Haroun, qui sortira sur les écrans ­mercredi 31 janvier.
Je ne serais pas arrivée là si…
S’il n’y avait pas eu mon père et Maurice Pialat. Je ne serais pas arrivée là sans ces deux pères. L’un m’a fait naître, avec ma mère bien sûr, l’autre m’a fait exister.
Commençons par le premier, votre père biologique. Quelle a été son influence ?
Je lui dois d’être très pragmatique, ancrée, d’avoir le sens des réalités et des responsabilités. D’être rêveuse mais pas dupe. Il était ajusteur fraiseur, il travaillait depuis l’âge de 14 ans à l’usine, se levait à 5 h 30, faisait trente bornes à Mobylette, rentrait vers 19 h 30. J’ai très peu de photos de lui mais, quand je les regarde, je vois combien il faisait plus vieux que son âge. Il s’était marié très jeune, avait onze enfants, était usé par le travail, par une forme de vide de vie. Il n’avait de temps pour rien d’autre. Il est mort à 56 ans, en 1986.
Maman, elle, était olé olé. Assez libre. Elle a su rester joueuse, rêveuse. J’ai énormément d’admiration pour elle. Elle faisait les tâches ménagères quand elle le souhaitait. Elle se trouvait des souffles, des voyages, des raisons de sourire. Elle nous a éduqués en nous assurant que « l’impossible est possible ». Parfois, elle partait – heureusement, on était tellement nombreux qu’on s’entraidait. Je ne lui en veux pas, même si cela m’énervait à l’époque parce que, enfant, on aspire à la normalité. Mon enfance a été particulière.
Votre mère faisait-elle partie des Témoins de Jéhovah ?
Elle l’est toujours, c’est sa religion. On ne fêtait pas les anniversaires. Noël, c’était en décalé, le 26 décembre. Il y avait des réunions à la maison. Je m’y ennuyais à mourir.





                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Enfant-star de Disney, meneur d’un boys band avant de triompher en solo, Justin Timberlake s’impose désormais au cinéma où il joue dans le dernier Woody Allen, « Wonder Wheel ».
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Justin Timberlake, né pour le succès


                      Enfant-star de Disney, meneur d’un boys band avant de triompher en solo, Justin Timberlake s’impose désormais au cinéma où il joue dans le dernier Woody Allen, « Wonder Wheel ».



Le Monde
 |    28.01.2018 à 06h41
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 21h23
    |

            Samuel Blumenfeld








                              

                        

C’est ce que Justin Timberlake appelle, sans forfanterie, « le paradoxe du comédien ». Rester continuellement dans l’œil du cyclone, être omniprésent, apparaître à la télévision comme au cinéma… et garder la capacité de disparaître. Cela peut sembler étrange, mais celui qui a commencé sa carrière enfant et ne manifeste aucun signe de fléchissement à 37 ans aime se rendre invisible. Quand on lui a remis le scénario de Wonder Wheel (en salle le 31 janvier), le nouveau film de Woody Allen, il s’est enfermé dans une des chambres de sa propriété de Leiper’s Fork, un petit village rural du Tennessee, l’Etat où il est né, et qu’il n’a jamais quitté.
Un bonnet sur la tête, un crayon à la main, il a placé ses poings sur les tempes, et ne les a pas bougés pendant toute la lecture. Ce retrait du monde, cette solitude, est le rituel lui permettant de donner une réponse aux propositions qu’il reçoit. « Je n’ai réussi ma carrière cinématographique et musicale qu’en me volatilisant. Des mois durant s’il le faut. C’est là que je travaille, et progresse. En attestent les sept années séparant mon deuxième album, Future Sex/Love Sounds, de mon troisième, The 20/20 Experience en 2013. »
Il a donc pris le temps de lire le scénario de Woody Allen. L’a relu. Et a savouré ce rôle, que le réalisateur lui a écrit sur mesure, d’un maître-nageur aspirant à devenir dramaturge, dans les années 1950, à Coney Island. Après sa lecture, Justin Timberlake est devenu songeur. C’est toujours la même chose quand il finit de lire un scénario. Il a besoin d’imaginer le parcours du personnage avant son apparition dans le film.
Curiosité pour les personnages
Il fait pour cela souvent appel au metteur en scène. Pour The Social Network (2010), David Fincher l’avait aidé d’autant plus facilement à retracer la vie de Sean Parker, le fondateur de Napster, que le personnage était réel. Les frères Coen avaient eux aussi regardé d’un...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ Sous ses airs de Joconde, la comédienne sait tout jouer, y compris la partition durassienne de « La Douleur », adaptée au cinéma par Emmanuel Finkiel.
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Un apéro avec Mélanie Thierry : « Je serai toujours une banlieusarde »


                      Sous ses airs de Joconde, la comédienne sait tout jouer, y compris la partition durassienne de « La Douleur », adaptée au cinéma par Emmanuel Finkiel.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
29.01.2018 à 09h12
    |

            Laurent Carpentier








                              

                        

Ça a mal commencé. Je tenais ouverte la porte de la salle de cinéma où démarrait l’avant-première du film La Douleur, adapté du roman autobiographique de Marguerite Duras, que le réalisateur, Emmanuel Finkiel, et toute son équipe (Benjamin ­Biolay, Benoît Magimel, Grégoire Leprince-Ringuet…) venaient de présenter. Ils sortaient un à un, elle n’arrivait pas… Enfin, elle vint. Les yeux furieux, colère contenue, m’arrachant la porte pour la fermer impérieusement : « Y a du bruit, ce n’est pas possible. » Emotion intense de la première projection, Marguerite Duras veut regarder le début du film. Parce que là, ce soir, comme sur l’écran, Mélanie Thierry est cela et rien d’autre : Marguerite Duras.

On a pris le boulevard, direction le Harry’s Bar, rue Daunou, où elle a ses habitudes quand elle est dans le quartier de l’Opéra. « Je suis une nerveuse, dit-elle en commandant une bière. Je suis une banlieusarde, je n’arriverai jamais à le gommer. Tout à l’heure, cela m’a exaspérée, cette porte ouverte. Si on me cherche un peu, je redeviens celle-là. »
Un parfum de star
Il y a du monde, des Américains, des yuppies sortie de bureau, deux garçons de café de bonne tenue, en blanc. On nous regarde. Son look sans doute. Elle était en promo toute la journée. Talons aigus comme des aiguilles et décolleté vaporeux. Habits de travail qui ne la mettent pas à l’aise. Et puis, elle a beau s’en défendre, elle porte sur elle ce mystère qui est le parfum des stars.
L’idée lui paraît saugrenue : « J’ai l’air mystérieuse parce que je suis muette. Tout de moi reste à imaginer. » Elle parle comme à elle-même : « J’ai beaucoup de mal à m’exprimer. C’est pourquoi je me donne à mes rôles, à travers eux j’ai l’impression qu’on peut mieux me comprendre. Dans un personnage, on donne toujours une part de soi. Duras me permet d’assumer une dureté, d’assumer un égoïsme, une autorité, quelque chose de “pas aimable”. Quand...




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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.
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Le Canada truste les effets spéciaux du cinéma

Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 16h41
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            
Les effets spéciaux, nés avec le cinéma en 1895 pour éviter de décapiter l’actrice qui jouait la reine d’Ecosse dans un court-métrage d’Alfred Clark, restent porteurs mais fragiles en France. Ce microsecteur propose toujours des emplois ultraqualifiés. Frais émoulus d’écoles reconnues, bon nombre de jeunes professionnels et d’intermittents prendront le train jeudi 25 et vendredi 26 janvier pour aller vanter leurs talents au Paris Images Digital Summit à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise). Les principaux recruteurs de la place parisienne – Mikros Image, Mathematic, Trimaran, Cube Creative… – ainsi que des sociétés belges et britanniques cherchent à pourvoir 200 postes.
Une demande importante dans un domaine qui ne compte, selon une étude du Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC) et d’Audiens à paraître vendredi 26 janvier, que 3 300 emplois dans l’Hexagone… Ce regain d’intérêt s’explique par une volonté politique. Le CNC a renforcé les aides sélectives et automatiques pour les créateurs et les utilisateurs d’effets spéciaux, tout en améliorant les incitations fiscales (de 20 à 30 %) proposées aux producteurs. Un plan ad hoc pour relancer la demande dans ce petit secteur du cinéma exposé à une compétition sans merci avec le Canada.
« La concurrence mondiale dans les effets spéciaux vient de la dématérialisation des images que l’on peut envoyer par fichiers à l’autre bout du monde », explique Gilles Gaillard, directeur général de Mikros Image. La Belgique a attiré les producteurs internationaux avec des incitations fiscales et des aides régionales très alléchantes dès 2006. Le Canada s’y est lancé en 2010 avec une politique très agressive pour fidéliser les productions américaines. Au Québec, le chiffre d’affaires des effets spéciaux s’envole chaque année de 27 %. Il a atteint 187,7 millions d’euros en 2016, grâce à 187 films et séries dont Star Wars, Rogue One ou le dernier opus de Pirates des Caraïbes.
Soixante-dix-sept...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.
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De « Donkey Kong » à « Dragon Ball FighterZ », quand les jeux vidéo imitent les dessins animés

Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h46
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 13h33
    |

            William Audureau








                        



   


Le mur entre jeu vidéo et animation ne penche plus, il tombe. Avec la sortie de Dragon Ball FighterZ sur consoles et PC vendredi 26 janvier, spectaculaire adaptation de l’animé culte de la Toei, le monde de la manette se rapproche encore un peu plus d’un des univers qui l’a le plus influencé, bien plus encore que le cinéma : le dessin animé.
« Donkey Kong »
(Nintendo, 1981, arcade)

Un an après Pac-Man, Nintendo lance le premier personnage de jeu vidéo humain reconnaissable et entièrement animé, Mario. Le jeu devait initialement mettre en scène Popeye : dès le départ, les dessins animés étaient sa référence. Son papa, Shigeru Miyamoto, est lui-même un passionné de manga et dessinateur de flipbooks, une expertise qui lui a bien servi pour imaginer son héros charpentier. Popeye sera finalement adapté en 1982. Deux ans plus tard, Nintendo débauchera Hiroshi Ikeda et Yoichi Kotabe, deux vétérans de la Toei, pour l’épauler.
« Dragon’s Lair »
(Cinematronics, 1983, arcade)

Cette fois, le jeu vidéo se fait littéralement dessin animé (interactif), avec Dragon’s Lair, supervisé par un ancien artiste de Disney, Don Bluth. Ce dernier est rien moins que le réalisateur de Peter et Elliott le dragon (1977) et le dessinateur des personnages de Robin des bois (1973). Il accouche d’une aventure envoutante visuellement mais élitiste manette en main : chaque séquence animée comporte un piège préenregistré, et se finit par une mort abrute si le joueur ne réagit pas au bon moment.
« Street Fighter II »
(Capcom, 1991, arcade)

Le célèbre jeu de combat de Capcom ne se contente pas de codifier un genre : avec ses personnages gigantesques pour l’époque, leurs innombrables coups découpés plan par plan, et des réglages subtils concernant les moments où un combattant est vulnérable, il fait de l’animation l’élément-clé de l’action et le nerf de la guerre. Par la suite, les jeux de combat en 2D se démarqueront par leur impressionnante sophistication en la matière, voire leurs animations fastueuses, de Vampire Savior en 1996 à Skullgirls en 2012 en passant par Guilty Gear en 1998.
« Aladdin »
(Virgin Interactive, 1993, Mega Drive)

En plein âge d’or de la plateforme, l’animation des jeux en temps réel fait un bond de géant. L’adaptation d’Aladdin sur Mega Drive marque la première collaboration étroite entre Disney, alors en pleine renaissance, et un développeur occidental, Virgin Interactive. En dépit de la concurrence foisonnante, il s’impose immédiatement comme une nouvelle référence grâce au naturel, à la fluidité et à la précision de la gestuelle du héros. Son programmeur, l’irlandais Dave Perry, enchaînera avec le délirant Earthworm Jim.
« Rayman »
(Ubisoft, 1995, PlayStation/Jaguar/PC)

Alors que le format CD libère les artistes des contraintes des consoles à cartouches, le jeu de plateforme français Rayman marque la rencontre féconde entre des bidouilleurs touche-à-tout, comme Michel Ancel, et de nombreux animateurs talentueux. Parmi eux, David Gilson, futur animateur sur le Tarzan de Disney (1999) ; Christian Volckman, récompensé en 1999 pour le court-métrage Maaz et réalisateur en 2006 de Renaissance ; et Kamal Aitmihoub, animateur sur l’adaptation du Chat du rabbin (2011).
« Toonstruck  »
(Virgin Interactive, 1996, PC)

Dans le mélange des genres, Toonstruck va très loin. Ce jeu d’aventure en point & click à la mode des LucasArts s’inspire du film Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, en mêlant acteur en prise réelle – ici Christopher Lloyd de Retour vers le futur – et dessin animé. Le tout... dans un jeu vidéo. Pour cela, il recourt à une technique baptisée FMV (pour full-motion video), des séquences vidéo préénregistrées, mêlées à des décors et personnages dessinés à la main. Unique, encore aujourd’hui.
« The Legend of Zelda : Wind Waker »
(Nintendo, 2003, GameCube)

Avec ses formes polygonales et ses reliefs, la 3D semble avoir sonné le glas des jeux vidéo « façon dessin animé », au profit d’inspirations cinématographiques. C’était sans compter le cell-shading, une technique de programmation permettant de donner à ses personnages des contours et des ombrages plats, façon bédé. Intronisée en 2000 avec Jet Set Radio, elle est réappropriée par Nintendo pour The Legend of Zelda : Wind Waker, jeu d’aventure à l’esthétique directement inspirée du prestigieux studio Ghibli (Porco Rosso, Le voyage de Chihiro). Une oeuvre à rapprocher de Ni no kuni, jeu de rôle de 2010 coréalisé par... le studio Ghibli lui-même.
« Soldats inconnus »
(Ubisoft, 2014, PS3/Xbox 360/PC)

Plus proche de C’était la guerre des tranchées de Tardi que du jeu hollywoodien Call of Duty, le jeu de guerre développé par Ubisoft Montpellier marque les esprits pour sa grâce et son originalité. Grâce à l’UbiArt Framework, un outil permettant d’intégrer directement des dessins réalisés sur tablette dans un jeu, il met en valeur le coup de crayon de Paul Tumelaire et de son équipe de dessinateurs, comme l’auteur italien de bédé Luca Erbetta.
« Cuphead »
(Studio MHDR, 2017, PC/Xbox One)

Grand animateur de l’actualité de l’année 2017, Cuphead est une déclaration d’amour évidente et assumée à l’âge d’or américain de l’animation, entre 1928 et 1937, de Steamboat Willie à Felix the Cat. Il est à ce jour le plus impressionnant hommage rendu par un jeu vidéo à cette période, et, possiblement, le plus beau jeu vidéo jamais réalisé en termes d’animation.
« Dragon Ball FighterZ »
(Bandai Namco, 2018, PlayStation 4/PC/Xbox One)

Dragon Ball FighterZ, ou la réunion du meilleur de tous les mondes. Réalisé en cell shading pour l’effet 2D, découpé plan par plan avec la minutie et le dynamisme qui caractérise les jeux de combat en vue de coupe, il est l’adaptation directe d’un dessin animé japonais culte, auquel il emprunte la mise en scène, les voix originales et nombre de séquences entières.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Trois documentaristes signent un portrait attendri du critique, professeur et historien du cinéma.
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« Jean Douchet, l’enfant agité » : le grand oral

Trois documentaristes signent un portrait attendri du critique, professeur et historien du cinéma.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h38
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 16h36
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
C’est une splendide sentence connue des cinéphiles : « Quiconque n’a jamais vu un film de Mizoguchi, que l’on ne va passer qu’une seule fois, et ne sacrifie pas cette projection à un bon repas, n’aimera jamais ­Mizoguchi. » Cette formule, on la doit à Jean Douchet, sans que l’on puisse affirmer l’avoir vraiment entendue de sa bouche. C’est désormais chose faite grâce au ­documentaire de Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Hasseer, les réalisateurs de Jean Douchet, l’enfant agité. Le portrait d’un homme aujourd’hui âgé de 89 ans que leurs auteurs nous présentent ainsi : « Critique qui a peu écrit, cinéaste sans film, professeur qui ne fait pas cours, père sans ­enfants. »
La passion pour le cinéma n’est rien d’autre qu’une passion pour la vie
Critique, historien, professeur, réalisateur, acteur : on connaît d’abord ce touche-à-tout pour avoir élevé au rang d’art la critique orale à travers les innombrables ciné-clubs qu’il a animés. C’est d’ailleurs dans l’un d’eux que les trois camarades de lycée d’Enghien-les-Bains (Val-d’Oise) découvrent, il y a une dizaine d’années, cet homme captivé et captivant, à qui aujourd’hui ils consacrent un film. Loin de la ­caricature d’une cinéphilie morbide qui se réfugie dans les salles de cinéma pour mieux oublier la vie, on doit à Jean Douchet d’avoir mis en actes l’idée que la passion pour le cinéma n’est rien d’autre qu’une passion pour la vie.
C’est ce que rappelle le critique et historien Joël Magny (mort en 2017) dans l’introduction à son livre d’entretiens avec Jean ­Douchet (L’Homme cinéma, éditions Ecritures, 2013) : « La question que s’est longtemps posée François Truffaut : “Le cinéma est-il plus important que la vie ?”, semble n’avoir jamais effleuré Jean Douchet. » Cette opposition entre l’art et la vie, le passeur la prend pour ce qu’elle est, un cliché inopérant qui ne le taraude pas outre mesure. D’ailleurs, peu de choses semblent pouvoir troubler cette tranquillité mâtinée de bonhomie qui le caractérise. Il sillonne encore la France et le monde pour parler de cinéma avec un appétit intact et sans une once de lassitude.
« Le Socrate du cinéma »
Après avoir côtoyé les jeunes-turcs de la Nouvelle Vague au sein de la rédaction des Cahiers du ­cinéma, Jean Douchet rencontre sa vocation dans les années 1960, avec la grande époque des ciné-clubs qui « renaissent à la Libération [et] dont relèvent également le TNP de Jean Vilar, les Jeunesses musicales de France ou le Livre de poche », comme l’écrit Joël Magny. Dans de très belles images d’archives, on peut ainsi voir celui qu’on surnomme « le Socrate du cinéma » animer un débat après une projection de Citizen Kane (1941), d’Orson Welles : l’homme, très doux dans sa façon d’expliquer un mouvement de caméra ou une révolution cinématographique, semble laisser son savoir à disposition des auditeurs qui se trouvent libres de repartir avec.
Cinquante ans après, l’énergie est la même dans la grande salle ­Henri-Langlois de La Cinémathèque française, souvent pleine à craquer lors des séances de ciné-club qui portent son nom. La discussion est informelle, le savoir jamais docte, et tout le monde peut haïr ou adorer à voix haute sans se sentir jugé. L’utopie démocratique du ciné-club est ­encore vivace, c’est celle d’une éducation populaire s’appuyant sur une émotion partagée et sur la convivialité inhérente à la salle de cinéma : le besoin de se réunir, d’échanger. Le cinéma devient une matière commune qui ­permet de se quereller joyeusement avec un inconnu à qui on pensait n’avoir rien à dire.
Sagesse subversive
On pourrait reprocher aux auteurs du documentaire de ne pas suffisamment s’attarder sur ce qu’est la « pensée Douchet », si ce n’est par le souvenir qu’en ­gardent ses anciens étudiants. Par moments, l’intimité que le trio a nouée avec le personnage oblitère le travail documentaire. Mais ce défaut de pédagogie peut s’expliquer par la dimension quasi immatérielle de l’œuvre de Jean Douchet. Si bien que filmer l’œuvre, c’est filmer l’homme : se promener, dîner et boire avec lui, se réchauffer auprès de sa seule présence. Dès lors, le cinéma devient presque secondaire, pris dans un souffle vital qui l’englobe et le dépasse.
Si les questions qu’on lui pose peuvent parfois sembler impudiques, les réponses sont d’une sagesse subversive. Ce sont celles d’un homme qui rejette l’amour et la conjugalité car, en grand renoirien, Douchet a repoussé toute sa vie le concept de propriété pour lui en préférer un autre. « Plus ça va, plus je suis persuadé que l’univers est mouvement. Tout est perpétuel mouvement, perpétuelle création, perpétuels renouvellement et destruction. Et ça, c’est la vie. Il faut accepter la vie et refuser l’attachement. » Une conception qui lui sert aussi à définir l’art comme « ce qui développe la capacité à entrer dans le mouvement ». Pour Jean Douchet, ce mouvement vital est tout à la fois un absolu esthétique et une morale de grand vivant.

Documentaire français de Fabien Hagege, Guillaume Namur, Vincent Haasser (1 h 25). Sur le Web : carlottavod.com/jean-douchet-l-enfant-agite



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ La biographie chantée et dansée de P. T.  Barnum recourt à tous les clichés du vieil Hollywood.
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« The Greatest Showman » : qu’est-ce que c’est que ce cirque ?

La biographie chantée et dansée de P. T.  Barnum recourt à tous les clichés du vieil Hollywood.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h37
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
C’est une tradition vieille comme Hollywood, le blanchiment de bio­graphie. Elle a fait de Cole Porter un homme à femmes et de George Armstrong Custer un défenseur des Premières Nations. Par la grâce de la Fox, c’est au tour de Phineas Taylor Barnum. Le fondateur du cirque qui porta son nom jusqu’à sa fermeture en 2017 devient, par la grâce de la comédie musicale The Greatest Showman, un défenseur du droit à la différence qui n’avait d’autre but, en exhibant des nains, des femmes à barbe ou des frères siamois à la veille de la guerre de Sécession, que d’instiller le respect des autres dans les âmes et les cœurs du public américain.
Ce n’est pas tout à fait inexact – Barnum fut l’un des premiers adhérents au Parti républicain de Lincoln – mais, en 2018, le tour de passe-passe, aussi artistement exécuté qu’il soit par son interprète principal, Hugh Jackman, ne convaincra que les plus naïfs. Même si ce n’est pas Barnum qui a prononcé la phrase « toutes les minutes, un pigeon naît », son premier souci était de remplir ses caisses, fût-ce au prix de mensonges éhontés, louant, par exemple, une esclave amenée par un Sudiste à New York pour la faire passer pour la dernière survivante de la plantation de George Washington.
Plutôt que d’exploiter les formi­dables contradictions de Barnum, le scénario de The Greatest Showman – signé par le réalisateur Bill Condon (Dreamgirls) et Jenny Bicks – agence les clichés les plus désuets du cinéma américain comme si le code Hays était toujours en vigueur. Au sortir d’une enfance misérable mais laborieuse, P. T. Barnum épouse la petite fille entrevue quinze ans plus tôt. Charity (Michelle Williams) lui donne deux belles petites filles. Pour les amuser autant que pour échapper à une carrière de gratte-papier, Barnum ouvre à New York un théâtre dans lequel il fait ­parader les êtres extraordinaires qu’il a réunis. Tom Pouce est ici un garçon résolu qui ne s’en laisse pas ­conter. Dans la réalité, « l’homme le plus petit du monde » était un enfant de 4 ans à qui Barnum apprit à fumer et à boire.
Un divertissement familial
Mais si l’on réduit ici cette histoire extraordinaire à une énième version de l’accomplissement du rêve américain, c’est aussi pour faire de la place à la vraie raison d’être de The Greatest Showman : offrir un divertissement familial et musical pour l’hiver. L’embauche de Hugh Jackman (qui, ­parallèlement à sa carrière de ­Wolverine, brûle régulièrement les planches de Broadway) tient presque toutes ses promesses. Si le spectacle de ce film réalisé par un débutant, Michael Gracey, reste à peu près supportable, c’est grâce à Jackman, qui déploie un charme dont son personnage peut lui être reconnaissant, puisque rien, dans le scénario ou la mise en scène, ne l’autorise.
Moins heureux est le recours au duo de La La Land, Justin Paul et Benj Pasek, qui signe les chansons de The Greatest Showman. Le son contemporain des arrangements participe de l’étrange normalité qui enveloppe cette histoire de gens pas comme les autres, quant aux lyrics, pleins de platitudes, ils valent ceux de ­Frozen. Et quand The Greatest Showman touche à la démesure qui aurait dû être la sienne ­ (Barnum chevauchant un ­éléphant dans la nuit new-yorkaise pour obtenir le pardon de son épouse), c’est juste assez longtemps pour qu’on regrette le film que ça aurait pu être.

Film américain de Michael Gracey. Avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron (1 h 45). Sur le Web : www.foxmovies.com/movies/the-greatest-showman, fr-fr.facebook.com/GreatestShowman et www.foxfrance.com/thegreatestshowman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Le film « Fellini Roma » ressort en édition collector, accompagné d’un documentaire sur le maestro.
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DVD : Rome, ville monstre dans le regard de Fellini

Le film « Fellini Roma » ressort en édition collector, accompagné d’un documentaire sur le maestro.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h36
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


« Sans transition ». Ce pourrait être le maître mot de Fellini Roma, le film le plus libre du grand Federico Fellini, qui ressort dans une édition collector enfin digne de sa luxuriance effrontée. Car ce qui frappe encore aujourd’hui dans ce portrait affectif de la Ville éternelle, où fusionnent, en une truculente orgie de contraires, l’ancien et le moderne, le ­sublime et l’ordure, le réel et le fantasme, le studio et le reportage, le corruptible et l’impérissable, c’est justement sa facture composite, qui fait tenir ensemble une multitude de fragments, de vignettes, de sketches et de vues dépareillées.
Dans ce film construit comme une série d’apparitions successives, sans autre prota­goniste que la conscience ­accueillante de l’auteur, rien n’est cédé à l’ordonnan­cement de la dramaturgie ordinaire, tout aux logiques capricieuses de la ­mémoire, des ­affects, des visions qui semblent surgir dans le désordre.
Rome est saisie entre deux époques, entre hier et aujourd’hui
C’est en effet le souvenir qui nous ouvre les portes et nous plonge parmi les cercles concentriques de la Rome intime de Fellini. Tout d’abord, les réminiscences d’une enfance provinciale : un maître d’école qui rejoue avec solennité le franchissement du Rubicon, une diapositive érotique projetée par mégarde en classe, provoquant l’euphorie des élèves et la panique des prêtres… Puis le temps du fascisme et des portraits de Mussolini placardés sur les murs, avec l’arrivée du jeune double de Fellini (Peter Gonzales) à Rome, Stazione Termini, son installation dans une grouillante pension de famille, sa découverte des grands dîners collectifs sur les places de la ville, des théâtres de variétés, des bordels plus ou moins chics.
Survient entre-temps la Rome moderne (celle du début des années 1970), bardée de hippies et d’étudiants politisés, lors d’une époustouflante virée sur le périphérique dont les embouteil­lages s’invitent jusqu’aux pieds du Colisée. Ou encore à l’occasion du percement problématique du métro, sans cesse interrompu par l’exhumation de nouveaux vestiges (une villa patricienne dont les fresques murales s’effacent au contact de l’air). Rome saisie entre deux époques, entre hier et aujourd’hui, mais dont les strates empilées à l’air ­libre renvoient le visiteur toujours plus loin dans le passé.
Une parade d’humanités polymorphes
Dans ce torrent d’images, Fellini montre une attention insatiable pour le capharnaüm – bastringues, boxons et beuglants sont ses univers privilégiés –, les carrefours fourmillants que sa caméra balaye comme pour en extirper les faciès truculents, les corps ­extraordinaires, les scènes insolites. Une ville, ça n’est peut-être rien d’autre que cela, une bousculade, un défilé ininterrompu, une parade d’humanités polymorphes, dont on finit par ne per­cevoir que les contrastes, les caractères débordants ou, pour le dire autrement, la monstruosité.
Rome, ville monstre, vortex temporel débouchant en tout point sur l’Antiquité, accueille aussi une incessant déploiement de monstres (femmes mythologiques, prostituées vulpines, meute de ­motards, ecclésiastiques pommadés, obèses proliférants, vieillards rachitiques). La mise en scène de Fellini est de nature cumulative : elle ne fait jamais rien avancer, mais s’installe dans une situation pour lui ajouter sans cesse de nouveaux éléments (dévoiler une nouvelle créature, un nouveau­ ­caractère, un nouveau geste), ­jusqu’à saturation du système.
Il y a là un art du coq-à-l’âne qui préfigure le zapping, une succession de gueules et de « numéros » qui lorgne le télécrochet
Ce qui se joue là-dedans, c’est la création d’un regard omnipotent, capable de saisir à chaque instant ce qui fait l’essence du monde extérieur, à savoir son absolue hétérogénéité. Non seulement la pulsion scopique est le moteur du film, mais Fellini Roma n’a d’autre centre que ce regard, ce pouvoir de vision de l’auteur, qui organise tout ce capharnaüm autour de lui, comme si la caméra était le point focal où se répercutent tout le désordre et la trivialité du réel. C’est d’ailleurs pour cela que Fellini intègre au film son propre tournage et montre la caméra comme un personnage, une créature à part entière.
On a beaucoup ramené l’œuvre carnavalesque de Fellini au cirque, qui fut l’une de ses grandes passions. Mais il faut aussi comprendre cet attrait pour le cirque dans sa transposition alors la plus contemporaine, qui n’était autre que la télévision (une grande foire), dont les procédés, eux-mêmes « sans transition », sont repris et sublimés par Fellini. Il y a, dans Fellini Roma, un art du coq-à-l’âne qui préfigure le zapping, un sens de l’instantané qui s’apparente au reportage, une succession de gueules et de « numéros » qui lorgne le télécrochet. Le monde et sa représentation s’y confondent dans un grand chaos de formes.
Et si l’Italie est un grand laboratoire d’images, archaïques et actuelles, Fellini demeure le plus génial des savants fous ayant orchestré leur carambolage. Pour s’en convaincre, le documentaire Zoom sur Fellini, présenté en ­bonus, revient pendant plus de trois heures sur l’apport essentiel du maestro.

« Fellini Roma » (1972), coffret collector 3 DVD + 1 Blu-ray, Rimini Editions, 29,99 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Le critique de cinéma Jérôme Momcilovic consacre un essai à la cinéaste belge, morte en 2015.
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Sélection livre : Chantal Akerman, en quête d’un nouveau monde

Le critique de cinéma Jérôme Momcilovic consacre un essai à la cinéaste belge, morte en 2015.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h35
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h15
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


Deux ans, déjà, que Chantal Akerman est morte, et voici, alors que la Cinémathèque Française lui consacre une grande rétrospective, qu’un bel essai vient lui redonner vie. Signé Jérôme Momcilovic, critique de cinéma attaché à la revue Chronic’art qui avait fait sensation en 2016 avec Prodiges d’Arnold Schwarzenegger (éditions Capricci, également), le texte rend splendidement hommage à cette figure de proue de la modernité dont l’œuvre protéiforme et mutante a tant compté pour tant de cinéphiles, et dont le destin tragique – elle s’est suicidée à 65 ans, à peine quelques mois après la mort de sa mère – a tant bouleversé.

        Lire la nécrologie :
         

          Chantal Akerman, cinéaste abrasive



Comment passe-t-on d’un bodybuilder autrichien superstar à Hollywood et gouverneur de Californie à une cinéaste belge hantée par la mémoire des camps et les cauchemars d’une mère qui en est revenue mais n’en a jamais parlé, et dont les héros s’appelaient Jean-Luc Godard, Charlie Chaplin et Michael Snow ? Y aurait-il quelque chose qui les réunisse ?
Spectateur amoureux
Aussi concis et resserré que Prodiges… était profus et ouvert sur à peu près tout (du cinéma à la philosophie, de la cybernétique à la politique), Dieu se reposa, mais pas nous n’en procède pas moins d’un même élan de spectateur amoureux, qui trouve son moteur dans ce que l’on pourrait appeler la magie du cinéma. A la « puissance d’apparition » de Schwarzenegger répond la « morale du temps » de Chantal Akerman, « qui guide le montage et le cadre » et aboutit à donner au spectateur « le sentiment fort et reconnaissant d’exister face à l’image ».

        Voir le portfolio :
         

          Chantal Akerman en douze films



C’est le « miracle » Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1976), chef-d’œuvre qui nous immerge plus de trois heures durant dans le spectacle de Delphine Seyrig enchaînant les tâches ménagères, où le temps est comme une offrande faite au spectateur. Une pure intensité dont le poids ne se fait jamais sentir et qui, en reconfigurant la hiérarchie du visible, arrache au quotidien le plus banal une vérité bouleversante, explosive, révolutionnaire.
« Un nouveau pays à habiter »
« Le septième jour, Dieu se reposa mais pas nous. » Dans le monde en ruine que nous a laissé la seconde guerre mondiale, la cinéaste a cherché avec ses films, écrit Momcilovic, à recommencer le monde – à inventer, avec l’image, « un nouveau pays à habiter ». Travail de titan s’il en est, qu’elle trouvait la force d’accomplir en puisant dans ses racines. Cette allégorie avec laquelle, en ourlant son œuvre et sa vie dans un beau mouvement fluide et éclairant, l’auteur réaffirme le lien viscéral du cinéma de Chantal Akerman à sa mère, et plus généralement à la tradition juive, est le fil rouge de ce livre.
Dans son sillage, il entraîne de passionnants développements sur l’interdit de l’image dans l’Ancien Testament – et la manière dont la cinéaste, en choisissant de le braver, n’en a pas moins trouvé une manière de composer avec lui –, sur la dimension burlesque de son cinéma, sur l’horizon spectral vers lequel il tendait, et elle a fini par s’abîmer. Jusqu’à littéralement s’y dissoudre.
« Chantal Akerman. Dieu se reposa, mais pas nous », de Jérôme Momcilovic, Ed. Capricci. 98 p., 8,95 €.
Rétrospective à la Cinémathèque française à Paris, du 31 janvier au 2 mars. www.cinematheque.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ Jasmine Trinca déploie une énergie impressionnante dans son personnage de coiffeuse prise à la gorge par la vie, sans faire oublier les conventions du scénario.
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« Fortunata » : un mélodrame maquillé comme un camion

Jasmine Trinca déploie une énergie impressionnante dans son personnage de coiffeuse prise à la gorge par la vie, sans faire oublier les conventions du scénario.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Depuis Michel Ange, la figure de la mater dolorosa fait fortune en Italie. En mettant en scène Fortunata, Sergio Castellitto a sans doute voulu la moderniser, il n’a fait que la remaquiller. Le destin de Fortunata, coiffeuse à domicile affligée d’un ex-mari violent et d’un amant maniaco-dépressif, a pour accessoires tous les signes de l’époque – les tatouages et les téléphones mobiles, la précarité économique et le poids de l’Etat-providence. Il n’empêche que l’accumulation de malheurs qui frappe la pauvre femme est aussi désuète qu’un de ces mélos italiens du temps du muet que les Parisiens peuvent découvrir en ce moment à la Fondation Jérôme Seydoux.
Dans un grand ensemble de la périphérie romaine, Fortunata (Jasmine Trinca) court toute la journée. Parce que sa fille de 7 ans crache à l’école, elle doit la montrer à un psychologue (Stefano Accorsi), malgré les objections de son ex-mari (enfin… pas tout à fait, ils sont en procédure de divorce, et ça se passe bien sûr très mal). Policier violent (Edoardo Pesce), celui-ci est jaloux à la fois du gentil psy et du voisin de sa future ex-épouse, un garçon au regard doux et fou (Alessandro Borghi) qui s’occupe de sa mère démente (Hanna Schygulla), jadis tragédienne de grand renom.
Energie désespérée
Ces tragédies sont illuminées par le soleil romain, exacerbées par une palette de couleurs vives qui contrastent trop violemment avec l’obscurité des passions ici en jeu pour être plus qu’un camouflage. Acteur, Sergio Castellitto semble n’avoir qu’une préoccupation, mettre en valeur le talent de Jasmine Trinca. Découverte dans La Chambre du fils, revue dans Le Caïman, de Nanni Moretti, l’actrice a probablement été souvent victime de sa beauté.
Maquillée comme une pauvresse (il y a un peu de condescendance dans la peinture du quartier où vit Fortunata), mue par une énergie désespérée, l’actrice occupe l’écran, souvent au détriment des partenaires. Si l’on s’intéresse à l’attribution des David di Donatello, l’équivalent italien des Césars, on peut parier une somme raisonnable sur la nomination de Jasmine Trinca au trophée de la meilleure actrice.

Film italien de Sergio Castellitto. Avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Edoardo Pesce, Hanna Schygulla (1 h 43). Sur le Web : www.facebook.com/FortunataIlFilm et www.paname-distribution.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Le réalisateur Paco Plaza met en scène une adolescente victime d’une entité maléfique, de façon habile mais parfois un peu superficielle.
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« Veronica » : l’horreur à la sauce madrilène

Le réalisateur Paco Plaza met en scène une adolescente victime d’une entité maléfique, de façon habile mais parfois un peu superficielle.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h33
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
On peut dire que Veronica, nouvelle bouture d’un cinéma d’horreur espagnol contemporain et prolifique, a les qualités de ses défauts. Après avoir participé à une séance de spiritisme pendant une éclipse solaire, une adolescente madrilène est l’objet de cauchemars récurrents et d’une sensation de menace de plus en plus intense. Elle sera confrontée à la présence d’une entité maléfique, vouée à la destruction de la petite famille qu’elle forme avec son frère et ses deux sœurs dont elle a principalement la charge en l’absence d’une mère très occupée.
Efficaces trouvailles visuelles
Alors que l’horreur cinématographique est souvent une manière de figurer, un peu lourdement, traumas et pulsions refoulées, on peut reconnaître au film de Paco Plaza la qualité de ne pas s’appesantir sur ce qui pourrait relever de la sursignification psychologique, même si cette dimension est présente. Découverte de la sexualité, angoisse face au père mort et incestueux, etc., tous ces éléments sont présents, déductibles par un spectateur attentif, mais jamais assenés.
Telle est sans doute la qualité d’un film qui, dès lors, invente habilement des situations terrifiantes. Mais ce rejet de la causalité trop apparente et de la métaphore attendue court le risque d’assécher un peu un film réduit à une série de dispositifs effrayants mais assez superficiels, rehaussés toutefois par d’efficaces trouvailles visuelles.

Film espagnol de Paco Plaza. Avec Sandra Escacena, Bruna Gonzales, Claudia Placer (1 h 45). Sur le Web : veronica-lefilm.com et www.facebook.com/veronica.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Andrea Pallaoro dresse un portrait éprouvant d’une femme en plein désespoir, interprétée par l’actrice britannique.
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« Hannah » : le long malaise de Charlotte Rampling

Andrea Pallaoro dresse un portrait éprouvant d’une femme en plein désespoir, interprétée par l’actrice britannique.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h32
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Spectateur masochiste, ce film est pour toi. Une heure trente d’une Charlotte Rampling mutique, grise, confite de mal-être et de haine d’elle-même que le cinéaste se plaît à filmer sous toutes les coutures, révélant sans ménagement les marques du temps sur son corps avec une délectation qui rappelle celle dont peut faire preuve un Michael Haneke au sommet de sa cruauté. Faute de nous avoir séduits, cette performance héroïque lui aura valu le Lion d’or à la Mostra de Venise. Hannah, le personnage qu’elle joue, est une femme dont le mari est emprisonné, sans que l’on sache jamais exactement pourquoi. Les quelques indices que le réalisateur a la bonté de nous jeter en pâture permettent tout juste d’imaginer le pire.
Plans longs et pénibles
Hannah prend le RER, lave son petit chien, se couche, met des lys dans un vase, fait un gâteau pour la fête d’anniversaire de son petit-fils où on ne la laissera pas rentrer, jette les lys à la poubelle, rend visite à son mari en prison, va nager à la piscine, répète sur un ton monocorde une pièce de théâtre dans le cadre d’une troupe amateure (à moins qu’il s’agisse d’un groupe de parole ?), fait le ménage pour la famille riche qui l’emploie, suffoque de diverses manières possibles dans la honte et la douleur… Les plans sont longs et pénibles, comme le maelström d’aigreur qui habite cette pauvre femme dont on ne saura, au bout du compte, rien.



Film français, belge et italien d’Andrea Pallaoro. Avec Charlotte Rampling, André Wilms (1 h 35). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/hannah



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ Le réalisateur Damon Gameau paie de sa personne pour démontrer les conséquences d’une alimentation trop riche en glucides.
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« Sugarland » : overdose de sucre et d’images chocs

Le réalisateur Damon Gameau paie de sa personne pour démontrer les conséquences d’une alimentation trop riche en glucides.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h30
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Dans Supersize Me (2004), le réalisateur américain Morgan Spurlock devenait le cobaye de son propre film en s’imposant pendant un mois un régime exclusivement constitué de produits McDonald’s et en mesurait les effets sur son organisme. Treize ans plus tard, l’australien Damon Gameau reprend le même protocole pour tenter d’évaluer, à partir de sa propre expérience, et de l’enquête qu’il mène autour d’elle auprès de professionnels de la santé et de la nutrition, les conséquences de l’alimentation saturée en sucres dont l’industrie agroalimentaire inonde les grandes surfaces du monde entier.
Mise en spectacle inutile
Prise de poids, baisse d’énergie, addiction, problèmes de peau, augmentation du cholestérol, fatigue des organes… : le résultat n’est pas beau à voir, on s’en doutait. Agrémenté d’un habillage visuel ludique et d’une mise en spectacle parfaitement inutile de la vie privée du réalisateur-acteur-personnage dont la femme attend leur premier enfant, le film compense son manque de rigueur scientifique par des images chocs parfois contestables sur le plan éthique (la plus révoltante étant sans doute cette plongée à l’intérieur de la bouche d’un adolescent américain du Midwest, sévèrement accro aux sodas de la firme Pepsi, alors qu’un dentiste s’évertue à l’anesthésier pour lui retirer ce qu’il lui reste de dents).

Documentaire australien de Damon Gameau (1 h 30). Avec Kyan Khojandi. Sur le Web : www.tanzi-distribution.com et www.facebook.com/sugarlandlefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-15"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/01/2018
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Mélanie Thierry, Spielberg et Paulo Rocha : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 07h42
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Au menu cette semaine : l’adaptation poignante de deux récits de Marguerite Duras signée Emmanuelle Finkiel, l’affaire des « Pentagon Papers » vue par Steven Spielberg et une rétrospective dédiée à Paulo Rocha, figure du cinéma novo portugais.
« La Douleur » : un film majeur sur l’Occupation

Quand est paru le livre La Douleur, au printemps 1985, le feuilletoniste littéraire de ce journal, Bertrand Poirot-Delpech, fut frappé par la « violence glaçante » de ces textes, une violence qui tenait à l’écriture de Marguerite Duras, mais aussi à l’assurance de véracité dont celle-ci avait accompagné la publication de l’ouvrage.
Le scénario de Finkiel combine les deux premiers textes du livre de Duras : le premier, intitulé La Douleur, est le récit de l’attente du retour de Robert Antelme, le mari de l’écrivaine, arrêté et déporté juste avant la Libération ; le second, Monsieur X. dit ici Pierre Rabier raconte le commerce forcé qu’entretint Duras avec un agent français de la Gestapo, dans l’espoir d’obtenir des informations sur le sort de son mari.
Ce matériau compact, qui semblait impossible à travailler, s’est déployé pour devenir un film d’une beauté un peu sévère, d’une délicatesse qui rend justement accessible la « violence glacée ». Cette voix si reconnaissable qu’on entendait à chaque page du livre est devenue celle d’une autre – la Marguerite qu’incarne, avec une puissance jusqu’ici insoupçonnée, Mélanie Thierry. Thomas Sotinel
« La douleur », film français d’Emmanuel Finkiel, avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay, Grégoire Leprince-Ringuet (2 h 06).
« Pentagon Papers » : l’honneur journalistique par Spielberg

Depuis presque une décennie, Steven Spielberg semble avoir amorcé un voyage dans l’histoire du cinéma américain, ici le film journalistique que le cinéaste aborde sur son versant classique et populiste.
Encore jamais adapté au cinéma et précédant l’affaire du Watergate, les « Pentagon Papers » est le nom donné à un dossier classé secret-défense publié au tournant des années 1970 dans le Washington Post, qui n’était alors qu’un petit journal rêvant de devenir grand. Contenant trente ans de mensonges étatiques et des informations cruciales sur l’implication des Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam, leur divulgation au peuple américain achèvera de détériorer le soutien de l’opinion publique à l’interventionnisme américain.
Cette histoire, que le film recentre sur une décision à prendre – faut-il ou non publier le scoop –, rencontre très naturellement le revirement classique du cinéaste. Cet épisode crucial de l’histoire de la presse américaine nous est conté d’abord à travers l’itinéraire de la directrice du Post, Katharine Graham, propulsée à la tête du journal après la mort de son père et le suicide de son mari. Toute la force émotionnelle de Pentagon Papers consiste à faire du film journalistique un écrin au splendide portrait de femme qui surgit silencieusement de l’arrière-plan et à sa lente conversion à ce mouvement euphorique du journalisme qui n’est autre que celui de la démocratie. Murielle Joudet
« Pentagon Papers », film américain de Steven Spielberg. Avec Meryl Streep, Tom Hanks (1 h 55).
« Douchet » : rencontre avec le Socrate de la critique cinéma

C’est une splendide sentence connue des cinéphiles : « Quiconque n’a jamais vu un film de Mizoguchi, que l’on ne va passer qu’une seule fois, et ne sacrifie pas cette projection à un bon repas, n’aimera jamais Mizoguchi. » Cette formule, on la doit à Jean Douchet, sans que l’on puisse affirmer l’avoir vraiment entendue de sa bouche.
C’est désormais chose faite grâce à ce documentaire. Le portrait d’un homme aujourd’hui âgé de 89 ans que leurs auteurs nous présentent ainsi : « Critique qui a peu écrit, cinéaste sans film, professeur qui ne fait pas cours, père sans enfants. » Si les questions qu’on lui pose peuvent parfois sembler impudiques, les réponses sont d’une sagesse subversive. Ce sont celles d’un homme qui rejette l’amour et la conjugalité car, en grand renoirien, Douchet a repoussé toute sa vie le concept de propriété pour lui en préférer un autre.
« Plus ça va, plus je suis persuadé que l’Univers est mouvement. Tout est perpétuel mouvement, perpétuelle création, perpétuels renouvellement et destruction. Et ça, c’est la vie. Il faut accepter la vie et refuser l’attachement. » Une conception qui lui sert aussi à définir l’art comme « ce qui développe la capacité à entrer dans le mouvement ». Pour Douchet, ce mouvement vital est un absolu esthétique et une morale de grand vivant. M. J.
« Jean Douchet, l’enfant agité », documentaire français de Fabien Hagège, Guillaume Namur, Vincent Hasseer (1 h 26).
« Paulo Rocha » : l’âpre poésie du Cinéma novo portugais

On la rattrape un peu par les cheveux, du moins reste-t-il une bonne dizaine de jours pour découvrir, à travers la rétrospective du Portugais Paulo Rocha à la Cinémathèque française, une œuvre majeure du cinéma mondial.
Assistant de Jean Renoir et de Manoel de Oliveira, Rocha est un des maîtres du Cinema novo portugais. Sa carrière compte peu de titres, mais elle est riche d’une sensualité tellurique, d’une poésie qui semble sourdre des lieux et de la relation que tissent les hommes avec eux. Féru de culture japonaise, admirateur du cinéaste Shohei Imamura et de l’écrivain Wenceslau de Moraes, auxquels il a consacré de remarquables documentaires, il signe, du côté d’une fiction qu’il ne séparait pas vraiment du réel, des titres âpres et enchanteurs, tantôt minéraux, tantôt aquatiques. Les Vertes années (1963), Changer de vie (1965), ses deux premiers longs-métrages, mais encore Le Fleuve d’or (1998) et La Racine du cœur (1999), sont des titres à découvrir en priorité. Jacques Mandelbaum
A la Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris-12e. Jusqu’au 1er février.

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 janvier)
Pentagon Papers, film américain de Steven Spielberg (chef-d’œuvre)La Douleur, film français d’Emmanuel Finkiel (à ne pas manquer)Jean Douchet, l’enfant agité, documentaire français de Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Hasseer (à voir)Fortunata, film italien de Sergio Castellitto (pourquoi pas)The Greatest Showman, film américain de Michael Gracey (pourquoi pas)Veronica, film espagnol de Paco Plaza (pourquoi pas)Hannah, film français, belge et italien d’Andrea Pallaoro (on peut éviter)Marie Curie, film français, allemand et polonais de Marie Noëlle (on peut éviter)Sugarland, documentaire australien de Damon Gameau (on peut éviter)
Nous n’avons pas pu voir :
Cache-cache, film français de Guillaume ChemouiliFemme et mari, film italien de Simone GodanoHandia, le géant d’Altzo, film espagnol de Jon Garaño et José Mari GoenagaThe Passenger, film américain, britannique et français de Jaume Collet-Serra





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Second rôle à la « gueule » cabossée souvent remarqué, le comédien a joué pour certains des plus grands réalisateurs français. Il est décédé dimanche 21 janvier à l’âge de 73 ans.
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La mort de l’acteur Yves Afonso

Second rôle à la « gueule » cabossée souvent remarqué, le comédien a joué pour certains des plus grands réalisateurs français. Il est décédé dimanche 21 janvier à l’âge de 73 ans.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 17h18
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h19
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

Il fallait vraiment faire preuve de légèreté pour ne voir en lui qu’une doublure de Jean-Paul Belmondo, auquel il fut trop souvent et injustement rapporté tout au long de sa carrière. Yves Afonso, mort le 21 janvier à l’âge de 73 ans, était pourtant l’une des présences les plus poétiques et fantasques du cinéma français, réputé pour sa capacité à habiter pleinement cette place ingrate du cinéma, celle des « seconds rôles », en sachant leur donner et de l’âme et du corps.
Avec son physique sportif, sa « gueule » cabossée de boxeur, sa voix rocailleuse, il semblait voué aux rôles populaires, mais avait en vérité développé une mobilité éruptive et sentimentale, qui n’est pas sans évoquer celle des grands acteurs du cinéma muet.
Né le 13 février 1944 à Saulieu, en Côte-d’Or, Yves Afonso est le fils d’un maçon d’origine portugaise. Au début des années 1960, il exerce, à Paris, divers petits métiers d’artisanat ou de manutention. Il se lie alors d’amitié avec Laszlo Szabo, comédien et metteur en scène hongrois, qui donne alors des cours au Théâtre de Poche Montparnasse et le présente à Antoine Bourseiller, le directeur de l’établissement. Ce dernier lui offre un rôle dans sa mise en scène du Métro fantôme, de LeRoi Jones, et l’intègre à sa troupe. C’est sur les planches du même théâtre que Jean-Luc Godard le repère un soir et décide de l’engager dans la foulée pour jouer dans l’un de ses films.
Inoubliable chez Godard
Ses quatre apparitions devant la caméra du jeune prodige de la Nouvelle Vague seront brèves mais inoubliables : il se poignarde devant Jean-Pierre Léaud dans Masculin Féminin (1966), agonise la même année sous les yeux d’Anna Karina dans Made in USA (« Paula, tu m’as dérobé ma jeunesse »), joue le poète Gros Poucet dans Week-end (1967), revient en étudiant révolutionnaire dans Vladimir et Rosa (1970), le tout formant une série de performances fulgurantes.
Avec les années...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Annoncées le 23 janvier à Los Angeles, les nominations résonnent des échos du mouvement #metoo.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/01/2018
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Nominations aux Oscars 2018 : les femmes en majesté

Annoncées le 23 janvier à Los Angeles, les nominations résonnent des échos du mouvement #metoo.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 16h06
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 15h18
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


Avec treize nominations, entre autres dans les principales catégories, La Forme de l’eau, de Guillermo del Toro prend la tête dans la course aux Oscars. Ecartée de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère dès l’annonce de la présélection, la France sera quand même présente lors de la cérémonie du 4 mars puisque Agnès Varda a été nommée pour son documentaire Visages Villages, tout comme Alexandre Desplat, compositeur de la musique de La Forme de l’eau, Bruno Delbonnel, chef opérateur des Heures sombres, de Joe Wright et Emilie Georges, coproductrice, à travers la société Memento de Call Me By Your Name, de Luca Guadagnino, qui a récolté quatre nominations.

   


L’annonce des nominations par les acteurs Andy Serkis et Tiffany Haddish, au petit matin californien du mardi 23 janvier, a souvent résonné de l’écho du mouvement #metoo. Les membres de l’Academy of Motion Picture Arts and Science (AMPAS) qui, chacun dans sa catégorie, choisissent leur nommé(e), ont mis en avant des films qui donnent le premier rôle à une femme : La Forme de l’eau (Sally Hawkins), Lady Bird, de Greta Gerwig (Saoirse Ronan), Pentagon Papers, de Steven Spielberg (Meryl Streep, qui reçoit ainsi sa 21e nomination), 3 Billboards, de Martin McDonagh (Frances McDormand) comptent ainsi parmi les prétendants à l’Oscar du meilleur film, et leurs interprètes sont toutes nommées dans la catégorie meilleure actrice.

        Lire le compte-rendu :
         

          Les Golden Globes célèbrent la « puissance des femmes »




   


James Franco et Kevin Spacey parmi les perdants
Au rang des perdants, on trouve James Franco, qui a fait l’objet d’accusations de harcèlement sexuel immédiatement après avoir remporté un Golden Globe du meilleur acteur pour The Disaster Artist (qu’il a également réalisé). Il est absent de la liste des nommés aux Oscars et son film n’est distingué que dans la catégorie « scénario adapté ». Quant à Kevin Spacey, banni de Hollywood après de multiples accusations de harcèlement, il devra en plus voir son remplaçant dans le rôle de J. Paul Getty (Tout l’argent du monde), Christopher Plummer, nommé à l’Oscar du second rôle masculin.

        Lire le récit :
         

          Kevin Spacey, un fantôme à Hollywood




        Lire aussi le portrait dans « M » :
         

          Christopher Plummer, l’homme qui a remplacé Kevin Spacey



La polémique #oscarssowhite, qui, depuis 2016, pointait la sous-représentation des minorités dans la répartition des trophées, et s’est provisoirement conclue, en 2017, par le triomphe de Moonlight, ne devrait pas enfler cette année : Get Out, le premier film de Jordan Peele, est nommé dans les catégories meilleur film, meilleur réalisateur (catégorie dans laquelle Peele a pour rivale une autre débutante derrière la caméra, l’actrice Greta Gerwig avec Lady Bird) et meilleur acteur (pour la performance du Britannique Daniel Kaaluya). Dans cette catégorie, Denzel Washington a reçu sa neuvième nomination pour Roman J. Israel Esq., de Dan Gilroy. Mary J. Blige (pour Mudbound, de Dee Rees, film produit et diffusé par Netflix) et Octavia Spencer (La Forme de l’eau) sont en concurrence pour l’Oscar du second rôle féminin.

   


Greta Gerwig, cinquième femme nommée comme réalisatrice
Reste que la nomination de Greta Gerwig à l’Oscar du meilleur réalisateur n’est que la cinquième reçue par une femme (après Lina Wertmüller, Jane Campion, Sofia Coppola et Kathryn Bigelow, cette dernière restant la seule réalisatrice à avoir remporté le trophée). Quant à Rachel Morrison, elle est la première femme à pouvoir prétendre à l’Oscar de directrice de la photographie, pour Mudbound.
Malgré les critiques élogieuses qui ont accueilli Wonder Woman à sa sortie, sa réalisatrice, Patty Jenkins, a été ignorée par les membres de l’AMPAS (qui, malgré un effort de diversification de la part de l’organisation, restent dans leur majorité, mâles, blancs et plus que quinquagénaires). Elle se consolera en constatant que Steven Spielberg a été aussi écarté de la catégorie (tout comme Tom Hanks, encensé pour son interprétation de Ben Bradlee dans Pentagon Papers, a été ignoré par ses collègues acteurs).

   


Si l’on classe les films par nombre de nominations reçues, on trouve, derrière La Forme de l’eau, 3 Billboards (neuf nominations) et Dunkerque, de Christopher Nolan (sept nominations). Comme d’accoutumée, les films à grand spectacle – Les Derniers Jedis, Blade Runner 2049, La Belle et la Bête, Les Gardiens de la galaxie 2 ou La Planète des singes, suprématie – concourent dans des catégories techniques, à l’exception du Logan, de James Mangold, qui décroche une nomination à l’Oscar de la meilleure adaptation.
Grosses entreprises américaines pour l’animation
Les longs-métrages d’animation sélectionnés mêlent grosses entreprises américaines (Coco, Baby Boss, Ferdinand) et coproductions britanniques, avec la Pologne pour La Passion Van Gogh, de Dorota Kobiela et Hugh Welchman, avec le Canada pour Parvana, une enfance en Afghanistan, de Nora Twomey.
Dans la catégorie films en langue étrangère, les votants devront départager Une femme fantastique, de Sebastian Lelio (Chili) ; L’Insulte, de Ziad Doueiri (Liban) ; Faute d’amour, d’Andreï Zviaguintsev (Russie) ; Corps et âme, d’Ildiko Enyedi (Hongrie) et la Palme d’or du dernier Festival de Cannes, The Square, de Ruben Östlund (Suède).
Sur le Web : Oscars.org/oscars/ceremonies/2018



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ Avec le scoop du « Washington Post », le réalisateur filme un idéal de transparence. C’est aussi un splendide portrait de femme qui évolue dans un monde d’hommes.
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« Pentagon Papers » : Spielberg ancre la démocratie sur les rotatives

Avec le scoop du « Washington Post », le réalisateur filme un idéal de transparence. C’est aussi un splendide portrait de femme qui évolue dans un monde d’hommes.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 09h50
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 10h19
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – chef-d’œuvre
Depuis une décennie, Steven Spielberg a amorcé un voyage dans l’histoire du cinéma américain. Celui-ci débuta avec les très fordiens Cheval de guerre (2011) et Lincoln (2012), se poursuivit avec Le Pont des espions (2015), film d’espionnage construit autour de Tom Hanks. Avec Pentagon Papers, le voyage se poursuit dans le genre hollywoodien du film journalistique, abordé sur son versant classique et populiste (au sens positif du terme) : de Violences à Park Row (1952), de Samuel Fuller, jusqu’au cinéma de Frank Capra, filmer la presse consiste souvent à donner corps à l’idée de démocratie via les rouages d’un de ses piliers.

        Lire l’entretien avec Steven Spielberg :
         

          « La liberté de la presse n’a jamais été aussi menacée »



Jamais adapté au cinéma et précédant l’affaire du Watergate, les « Pentagon Papers » est le nom donné à un dossier classé secret-défense publié au tournant des années 1970 par le New York Times puis dans le Washington Post, alors petit journal rêvant de devenir grand. Contenant trente ans de mensonges étatiques et des informations sur l’implication des Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam, leur divulgation achèvera de détériorer le soutien de l’opinion publique à ­l’interven­tionnisme américain. Cette histoire, que le film recentre sur une décision à prendre – faut-il ou non publier le scoop –, rencontre le revirement classique du cinéaste.

        Lire le récit :
         

          Le « New York Times » rappelle « la vraie histoire » de son scoop



Un rythme fiévreux
Rotatives en furie, salle de presse en ébullition : Spielberg respecte à la lettre les codes du film politico-journalistique et sa mise en scène se délecte de la captation de cet affairement permanent. Les nombreux rebondissements qui ponctuent le récit sont secondaires par rapport à un mouvement plus ample, qui est à la fois celui du rythme fiévreux de la presse et celui d’une mise en scène qui entretient un rapport mimétique avec son sujet.
Chaque mouvement de caméra nous suggère que l’idéal journalistique est une affaire de vitesse que rien, pas même un secret d’Etat, ne doit entraver. Dans le soin que Spielberg prend à filmer toutes les étapes de la conception d’un journal, on devine ce que captaient déjà les grands cinéastes classiques : ce mouvement euphorique, c’est celui de la démocratie.

   


Cet épisode crucial de l’histoire de la presse américaine nous est conté d’abord à travers l’itinéraire de la directrice du Post, Katharine Graham, propulsée à la tête du journal après la mort de son père et le suicide de son mari. Seule femme dans un monde d’hommes, Graham a intériorisé le soupçon d’incompétence qu’on lui renvoie et ne se déplace jamais sans sa horde de conseillers qui décident à sa place. Tandis que le Post s’apprête à entrer en Bourse, l’opportunité de divulguer le ­contenu des « Pentagon Papers » la confronte à un dilemme qui pourrait coûter la vie à son journal.

        Lire le portrait dans « M » :
         

          Kay Graham, la femme qui révéla le Watergate et les Pentagon Papers



La vertueuse vitesse de la démocratie et l’idéal de transparence se retrouvent subitement freinés, suspendus à la décision de sa directrice devant choisir entre faire valoir le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis et ses accointances avec le monde politique. A partir de ce moment, deux vitesses se confondront à la faveur d’un montage parallèle : celle, lente, du mode de vie de la directrice, dont les journées s’égrènent au rythme des dîners mondains et des réunions avec les investisseurs. La précision du jeu de Meryl Streep (qui trouve là un de ses plus beaux rôles depuis longtemps) parvient à rendre compte du moindre mouvement intérieur de son personnage. A côté, le rythme fiévreux de la rédaction chapeautée par Ben Bradlee (Tom Hanks), qui, en attendant la décision de Graham, a peu de temps pour mettre au propre le contenu des dossiers secrets.
Ce film journalistique est un écrin pour le splendide portrait de « Kay » Graham, la directrice du « Post »
Toute la force émotionnelle de Pentagon Papers consiste à faire du film journalistique un écrin pour le splendide portrait de femme qui surgit de l’arrière-plan. Rivée à elle, la mise en scène de Spielberg donne le sentiment de l’épauler, de l’encourager. Si le dénouement se cristallise autour d’une décision, Pentagon Papers est aussi l’histoire d’un montage parallèle qui doit se dénouer pour que le mouvement de « Kay » se fonde dans celui du Post.
Pour elle, attraper le virus de la presse, c’est être prise dans un mouvement, comme le démontrait si bien la frénésie de La Dame du vendredi, d’Howard Hawks. Mais, à l’inverse de ce film, nulle trace de romance dans Pentagon Papers. Dans le magazine en ligne Vulture, Liz Hannah, jeune scénariste de 32 ans qui signe avec Josh Singer le scénario du film, reconnaît d’ailleurs avoir été surprise de voir son scénario – « une histoire de quinquagénaires, où personne ne s’embrasse » –, porté à l’écran. L’habituelle amourette hollywoodienne a été remplacée par un autre type d’union merveilleusement exprimée dans un des derniers plans du film : dans le dos d’une Kay triomphante, la danse des rotatives reprend de plus belle et semble figurer le mouvement d’une conscience individuelle en même temps que celui d’un destin collectif.

Film américain de Steven Spielberg. Avec Meryl Streep, Tom Hanks (1 h 55). Sur le Web : www.foxmovies.com/movies/the-post, www.facebook.com/ThePostOfficial et www.facebook.com/UniversalFR

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 24 janvier)
Pentagon Papers, film américain de Steven Spielberg (chef-d’œuvre)La Douleur, film français d’Emmanuel Finkiel (à ne pas manquer)Jean Douchet, l’enfant agité, documentaire français de Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Hasseer (à voir)Fortunata, film italien de Sergio Castellitto (pourquoi pas)The Greatest Showman, film américain de Michael Gracey (pourquoi pas)Veronica, film espagnol de Paco Plaza (pourquoi pas)Hannah, film français, belge et italien d’Andrea Pallaoro (on peut éviter)Marie Curie, film français, allemand et polonais de Marie Noëlle (on peut éviter)Sugarland, documentaire australien de Damon Gameau (on peut éviter)
Nous n’avons pas pu voir :
Cache-cache, film français de Guillaume ChemouiliFemme et mari, film italien de Simone GodanoHandia, le géant d’Altzo, film espagnol de Jon Garaño et José Mari GoenagaThe Passenger, film américain, britannique et français de Jaume Collet-Serra





                            


                        

                        


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« Pentagon Papers » : le « New York Times » rappelle « la vraie histoire » de son scoop

Spielberg centre son film sur le « Washington Post » qui n’a pourtant pas sorti l’affaire.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 09h49
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 08h14
    |

            Arnaud Leparmentier (New York, correspondant)








                        



                                


                            

Dans sa chronique, le journaliste du New York ­Times Jim Rutenberg a écrit ce que chacun pensait dans la maison sur Pentagon Papers, le film de Steven Spielberg qui porte le titre The Post aux Etats-Unis : « “The Post”, dont certains par ici estiment qu’il devrait plutôt s’appeler “The Times” »… Le réalisateur consacre en effet son film sur les fameux « Pentagon Papers » au ­Washington Post alors que c’est le New York Times qui sortit en premier le scoop et obtint logiquement le prix Pulitzer en 1972.

Le New York Times prend donc soin de rappeler « la vraie histoire » qui commença lorsqu’un ancien marine, Daniel Ellsberg, procura au journal le rapport du Pentagone révélant les mensonges des présidents américains sur la guerre au Vietnam. Une petite équipe de journalistes s’enferma à l’hôtel Hilton pour éplucher pendant des semaines les 7 000 pages de documents. Et le ­New York Times publia l’histoire, contre l’avis de ses avocats. « Nous nous sommes trouvés dans la position humiliante de devoir recopier la concurrence, écrivit plus tard Ben ­Bradlee, le directeur de la rédaction du Post – incarné à l’écran par Tom Hanks. Chaque paragraphe devait inclure une variation de l’expression “selon le New York ­Times”, chacun des mots étant douloureux, même si cela n’était visible que de nous. » Mais, trois jours plus tard, saisi par l’administration Nixon, un juge fédéral interdit au Times de poursuivre sa publication, laissant au Post la voie libre pour rattraper son retard.
Jim Rutenberg, journaliste : « Ceux qui ont vécu l’affaire sont un peu furieux, et ils ont le droit de l’être »
En apprenant, courant 2017, l’existence du projet de Spielberg, les vétérans du Times ont éclaté de colère : « Je trouve cela inconcevable. Ce film est une escroquerie », déclara, à 92 ans, James Greenfield, ancien...




                        

                        


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Emmanuel Finkiel : « J’ai détesté Duras. Puis j’ai été reconquis »

Le réalisateur de « La Douleur » revient sur son adaptation d’un récit de la romancière.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 07h43
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

S’il fallait chercher une ligne de force chez Emmanuel Finkiel, ce serait, dans sa vie comme dans ses films, la présence des absents. Soit un premier long-métrage autour de la Shoah qui fait sensation (Voyages, 1999), une plongée dans les eaux troubles de la maladie (Je suis, en 2012) ou une reconquête compliquée (Nulle part, terre promise, 2009 ; Je ne suis pas un salaud, 2016). Enfin, ce film éclatant, l’un des plus justes et inspirés qu’on connaisse sur cette période, qu’est La Douleur, quatrième long-métrage de fiction qui sort aujourd’hui en salle, adapté du récit dans lequel Marguerite Duras décrit les affres de l’attente de son mari Robert Antelme, déporté en 1944 pour faits de résistance.

Après « Voyages », votre premier film, « La Douleur » met de nouveau en scène l’histoire d’un retour de l’univers concentrationnaire. Comment percevez-vous ce retour de votre œuvre sur elle-même ?
J’avais lu La Douleur bien avant Voyages. Le récit m’avait bouleversé parce qu’il parlait de choses que je connaissais. Mon père était aussi une figure de l’homme qui attend. Ses parents et son frère avaient été déportés sans retour, et, pourtant, toute sa vie, il les a attendus. On n’attend donc pas les vraies personnes quand on attend des morts, on les réinvente, on les fantasme. Ce sentiment, je peux en témoigner, se transmet aux générations suivantes.
Vous-même, qui avez été victime d’un AVC en 2006, êtes revenu au monde…
Lorsque j’ai tourné Je suis, documentaire sur le sujet, j’ai rencontré une femme qui m’a raconté cette incroyable histoire avec son mari, victime d’un AVC. Elle faisait 50 km par jour pendant un mois pour être à son chevet et lui manifester son amour. Jusqu’au jour où on l’appelle pour lui dire qu’il s’est réveillé, et là, durant cet ultime trajet, elle réalise qu’elle ne l’aime plus. La vraie douleur, c’est sans...




                        

                        

