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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Pour les historiens Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory, membres du haut comité des commémorations nationales, l’Etat doit rappeler les moments lumineux de notre histoire comme les périodes les plus sombres.
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Commémoration de l’écrivain antisémite Maurras : « Commémorer, ce n’est pas célébrer »

Pour les historiens Jean-Noël Jeanneney et Pascal Ory, membres du haut comité des commémorations nationales, l’Etat doit rappeler les moments lumineux de notre histoire comme les périodes les plus sombres.



Le Monde
 |    28.01.2018 à 18h04
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 18h46
    |

                            Pascal Ory (Historien) et 
                            Jean-Noël Jeanneney (Historien)








                        



                                


                            

Dimanche 28 janvier, le ministère de la culture a annoncé le retrait de la référence à l’écrivain antisémite Charles Maurras (1868-1952) du Livre des commémorations nationales 2018. La ministre Françoise Nyssen a demandé le rappel et la réimpression de ce livre afin de « lever l’ambiguïté » sur « des malentendus qui sont de nature à diviser la société française ».
La proposition faite dans ce recueil, élaboré par le haut comité des commémorations nationales, de commémorer, parmi des dizaines d’autres événements, le théoricien du nationalisme intégral, a suscité une vive polémique. Certains, tel Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, y ont vu un hommage scandaleux rendu à un auteur condamné après la seconde guerre mondiale pour son soutien au régime de Vichy.

Tribune. L’émotion qui entoure l’inscription de Charles Maurras dans le Livre des commémorations nationales pour 2018 exige une explication simple et claire. La mission confiée au haut comité aux commémorations nationales est de contribuer, au hasard des anniversaires, à une meilleure prise de conscience des épisodes majeurs du passé. Il en propose une liste à la ministre, à qui il revient de les agréer si elle le souhaite. Françoise Nyssen l’a fait d’abord, en l’occurrence, avant de changer d’avis. Sont concernés les personnalités et les événements dont notre pays peut s’honorer, mais pas eux seulement. Commémorer, ce n’est pas célébrer. C’est se souvenir ensemble d’un moment ou d’un destin. Distinction essentielle : on commémore la Saint-Barthélemy, on ne la célèbre pas. On commémore l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac, on ne le célèbre pas. On commémore la Grande Guerre, on ne la célèbre pas.
Le précédent Céline
La question s’était posée, en 2011, lors du cinquantenaire de la mort de Céline, dont l’apparition dans la liste poussa le ministre Frédéric...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ En Italie, des groupes de jeunes enfants multiplient les agressions en imitant la mafia. Certains accusent Roberto Saviano, l’auteur de l’ouvrage, d’être à l’origine de ces dérives.
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Quand des bandes d’enfants s’inspirent de la série « Gomorra » pour semer la terreur

En Italie, des groupes de jeunes enfants multiplient les agressions en imitant la mafia. Certains accusent Roberto Saviano, l’auteur de l’ouvrage, d’être à l’origine de ces dérives.



Le Monde
 |    28.01.2018 à 13h00
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 16h48
    |

            Jérôme Gautheret (Rome, correspondant)








                        



                                


                            

C’est une image si troublante qu’on se demande aussitôt si elle est tirée d’une fiction réaliste ou d’un réel devenu scène de film. Huit enfants posent ­ensemble devant le seuil défraîchi d’un vieil immeuble, armes à la main. Quel âge ont-ils ? 10 ans, 11 ans ? A peine plus sans doute, tant leurs silhouettes semblent encore marquées par les rondeurs de l’enfance. Ils ont été saisis dans une attitude hésitant entre le côté emprunté d’une photo de classe et l’air de défi d’une bande de voyous. Chacun brandit à la main une arme, qui un pistolet – sans doute factice –, qui un couteau, une masse, une batte de base-ball.
Ils se font appeler le « gang de la Parochiella », sévissent dans le quartier espagnol, en plein centre historique de Naples, et leur photographie de groupe, diffusée sur la page Facebook d’un de leurs amis plus âgés, mi-janvier, a fait le tour de l’Italie en quelques jours, se retrouvant même à la « une » de plusieurs quotidiens nationaux. Leurs visages sont floutés, respect de la protection des mineurs oblige, ce qui accroît le réalisme de la scène tout en lui donnant un aspect plutôt incongru, mais personne en Italie n’a pris pour autant l’image à la légère.

En quelques jours, le « baby gang » de la Parocchiella est devenu le symbole parfait d’un phénomène face auquel les pouvoirs publics sont pour l’heure démunis : la multiplication d’agressions commises par des groupes de mineurs parfois très jeunes, en plein jour, dans les gares et autres lieux publics de l’agglomération napolitaine. Depuis décembre 2017, sept cas d’actes de violences de ce type ont été recensés. Surtout, leur apparition a suscité une de ces controverses qui se déroulent plus souvent dans les amphithéâtres des universités que dans le débat public : la fiction peut-elle inspirer le réel ?
Elèves déscolarisés
Car, interrogée par le quotidien turinois La Stampa sur ce phénomène qui semble se répandre partout dans le pays, Melita Cavallo,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans son nouvel essai « Ethique de la considération », la philosophe veut hâter la transformation de soi et de la société.
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« Promouvoir un monde habitable », une nécessité pour la philosophe Corine Pelluchon

Dans son nouvel essai « Ethique de la considération », la philosophe veut hâter la transformation de soi et de la société.



Le Monde
 |    28.01.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 16h39
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            

Quatre étages sans ascenseur. Escalier propre et net. Sous les toits d’un petit immeuble, dans une rue calme de Paris, non loin de la porte d’Italie, vit et travaille Corine Pelluchon. « Eh oui, ça se mérite… », dit-elle en souriant au visiteur un peu essoufflé par ce trajet vers les hauteurs, qui bientôt respire mieux, dans un appartement sans un bruit, tapissé de livres.
En fait, cette scène évoque, à sa manière, le parcours de la philosophe. Parce que la pensée aussi, « ça se mérite ». ­Corine Pelluchon en sait quelque chose. Etre une femme philosophe, ce n’est pas si facile. Nombreuses, évidemment, sont les enseignantes. Bien plus rares sont celles qui, malgré obstacles et barrières, parviennent à construire une pensée rigoureuse, utile, à la hauteur des défis de l’époque, jusqu’à y vouer leur existence.
Etre allée de l’enseignement secondaire à l’université, de la philosophie politique à la construction d’une nouvelle éthique, de Leo Strauss (1899-1973) à la cause animale, devenue l’axe majeur de son existence, dessine une trajectoire singulière. Les livres successifs qui l’ont marquée en constituent, en un sens, les étages. Ils mènent à ce point de vue plus élevé, d’où, aujourd’hui, elle considère les liens entre le psychisme des individus et l’avenir possible de notre monde. Pour aider à le changer.
Son objectif est politique
Car Corine Pelluchon ne fait pas de la philosophie pour le seul plaisir des concepts et des jeux théoriques. Son objectif est politique : éveiller nos consciences individuelles pour transformer peu à peu la société, le modèle de développement et de production, l’organisation du travail, les styles de vie… On jugera peut-être que c’est démesuré. Mais on a l’impression, en rencontrant l’auteure, qu’elle n’a pas le choix. Comme si une force interne la poussait impérieusement à écrire, mais pas simplement, il faut le répéter, pour explorer des idées et en faire des livres. Son désir est d’agir,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Selon Grégory Jarry, auteur et éditeur de bande dessinée, ce moyen d’expression reste un territoire ­à ­conquérir.
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« Le roman-photo va frapper là où on ne l’attend pas »

Selon Grégory Jarry, auteur et éditeur de bande dessinée, ce moyen d’expression reste un territoire ­à ­conquérir.



Le Monde
 |    28.01.2018 à 09h00
   





                        


Par Grégory Jarry

   


C’est un fait, il y a un grand retour du ­roman-photo. Il s’est publié une dizaine d’albums de romans-photos ces douze derniers mois – entre autres : L’Illusion nationale, de Valérie Igounet et Vincent Jarousseau (Les Arènes, 2017) ; Mon voisin Brad Pitt,de Lisa Lugrin et Clément Xavier (NA Editions, 2017) ; Le Syndicat des algues brunes, d’Amélie Laval (FLBLB, 240 p., 25 euros). Ça peut paraître peu, mais c’est presque autant que toute la production des quarante années passées. Attention, il faut savoir de quoi on parle quand on dit roman-photo. On parle d’un moyen d’expression et non d’un genre. On parle de quelque chose d’équivalent, pour le cinéma, à la bande dessinée. Oserais-je dire qu’on parle d’un art ? Un art qui aurait, jusqu’à présent et pour des raisons bassement mercantiles, été corseté par un genre : l’eau de rose.
L’eau de rose en roman-photo, c’est à vous dégoûter de l’amour. La plupart du temps, c’est industriel, la chair n’a pas de saveur, les os se délitent, de la vraie flotte. Alors oui, on met le roman-photo au musée, on rigole de ces filles jeunes et fardées dans les bras de ces messieurs plus âgés et en imperméable. On aimerait bien que ce soit plus que ça, mais hélas, ce n’est pas plus que ça, et c’est même moins que ça, car ça occulte ce qu’il y a de plus intéressant dans le roman-photo : le roman-photo lui-même, un moyen d’expression formidablement sous-exploité, qui n’a pas encore rencontré son Chaplin, son Hergé. Un moyen d’expression qui utilise la puissance du langage de la bande dessinée. Un moyen d’expression qui a besoin du réel, d’un tournage, d’acteurs, à l’instar du cinéma. Mais un moyen d’expression en soi, qui peut dire les choses à sa façon, qui n’a pas besoin de ses cousins pour exister.
Grande liberté d’action
Il n’y a aucune raison pour qu’on n’arrive pas à produire de grandes œuvres en roman-photo, je dirais même que les prochains auteurs de romans-photos ont toutes les chances de créer des chefs-d’œuvre, comme ce fut le cas pour le cinéma ou la bande dessinée quasiment dès leurs débuts. Car le roman-photo demeure un territoire ­immense à ­conquérir, et il est quasiment inexploré. Pas grand monde pour s’y risquer, à part les dix pingouins qui ont publié leur livre l’an dernier. Si on compare aux 5 000 BD qui sortent chaque année, ce n’est pas grand-chose.
Il y a moyen d’exister, peut-être même de se faire un nom. Même sans ça : un roman-photo est passionnant à réaliser, et pas si compliqué. Pas de gros moyens techniques en œuvre, ni de budget pharaonique. Un seul ­individu peut faire un roman-photo, ou une petite équipe. C’est là sa grande force : sa simplicité, sa légèreté, et aussi le fait que l’industrie ne s’intéresse pas à lui, qu’il n’est pas en pleine lumière. Tout cela procure une grande liberté d’action.
Ses troupes vont grossir
Le roman-photo est un art jeune, radieux, qui a claqué la porte de chez ses parents, ces vieux croûtons englués dans leurs histoires d’amour à deux balles. Il est allé se planquer dans les sous-bois pour y mener une guérilla, il va surprendre, il va frapper là où on ne l’attend pas, et ses troupes vont grossir. Car le roman-photo appelle à lui tout ce que l’époque compte de photographes payés une misère par la presse ou les gazettes municipales, de cinéastes qui en ont ras-le-bol de perdre des années à financer leurs films, d’auteurs de BD qui dessinent laborieusement d’après photo, de graphistes qui bossent lamentablement dans la pub ou tout simplement d’authentiques auteurs de romans-photos qui s’ignorent, ou qui en font sans trop y croire. Il appelle à lui tous les producteurs d’images qui ont envie de raconter des histoires et qui butent pour le faire, parce que tout est bouché, que les « fils de » occupent les meilleures places, que la surproduction tous azimuts fait que rien ne marche sans marketing agressif ou alors il faut un gros coup de bol.
Vous savez pourquoi l’époque est propice au roman-photo ? Parce que c’est la meilleure chose à faire et qu’on en a marre du reste.
Grégory Jarry est auteur et éditeur de bande dessinée aux éditions FLBLB.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ De simples à-plats d’encre traversent la bande dessinée depuis ses origines. Fumisterie ? Loin de là : par leur polysémie, ils montrent toute la richesse de cet art narratif. Exploration, à l’occasion du Festival d’Angoulême.
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BD : la polysémie de la case noire

De simples à-plats d’encre traversent la bande dessinée depuis ses origines. Fumisterie ? Loin de là : par leur polysémie, ils montrent toute la richesse de cet art narratif. Exploration, à l’occasion du Festival d’Angoulême.



Le Monde
 |    28.01.2018 à 08h00
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 13h47
    |

                            Anne Favalier








                        



                                


                            

Un à-plat d’encre de Chine, parfois incrusté de texte, de bulles, de signes : en bande dessinée, la case noire serait-elle une fumisterie ? Elle est là dès l’origine. Cham l’ose en 1839 dans Histoire de M. Lajaunisse : deux cases noires montrent la chambre dans laquelle le personnage se couche après avoir soufflé sa chandelle. Gag innocent ? Pas seulement : « Cette intrusion de l’abstrait au beau milieu d’une narration par l’image est un moyen de questionner le médium, de pointer du doigt son fonctionnement et de mettre le lecteur en déroute », analyse Camille Filliot dans sa thèse intitulée La Bande dessinée au siècle de Rodolphe Töpffer (université Toulouse-Le Mirail, 2011).
Dès lors, les auteurs s’emparent du ­concept. Gustave Doré en fait les « ténèbres de l’antiquité » dans L’Histoire de la sainte Russie (1854).

Quand, en 1882, la toile Combat de nègres dans un tunnel, de Paul Bilhaud, est exposée au parodique salon des Arts incohérents, elle suscite une floraison de cases noires dans la « littérature en ­estampes », avec comme point d’orgue les déclinaisons colorées de l’Album primo-avrilesque (1897), d’Alphonse Allais : « Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige », « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer Rouge »…

Littéral, figuratif, abstrait
Hergé reprend l’idée dès Tintin au pays des Soviets (1930) : cet amateur d’art moderne place une case noire après une bagarre dans l’obscurité, peut-être une citation du Carré noir sur fond blanc (1915), de Malevitch. Elle revient dans presque tous les albums du ­reporter à la houppette, souvent pour un ­effet de suspense. « En ne montrant rien d’une scène, le dessinateur déclenche des images dans l’imagination du lecteur », écrit Scott McCloud dans L’Art invisible (Vertige Graphic, 1999), essai en BD sur la BD.

La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Rodolphe Durand, professeur à HEC, et Geneviève Ferone Creuzet, de l’agence de notation Prophil, préconisent dans une tribune au « Monde » des incitations fiscales pour orienter l’investissement vers les « modèles d’affaires vertueux »
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« La prise en compte du bien commun ne doit pas rester le fait d’un nombre restreint d’entreprises »

Rodolphe Durand, professeur à HEC, et Geneviève Ferone Creuzet, de l’agence de notation Prophil, préconisent dans une tribune au « Monde » des incitations fiscales pour orienter l’investissement vers les « modèles d’affaires vertueux »



Le Monde
 |    27.01.2018 à 17h00
    |

Rodolphe Durand (Professeur et directeur du Centre société et organisations à HEC Paris) et Geneviève Ferone Creuzet (Associée et cofondatrice de P...







                        



                                


                            

Tribune. La future loi sur le plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte) ouvrira des possibilités nouvelles aux entrepreneurs qui veulent construire des modèles d’affaires vertueux au service du bien commun. La question est de savoir si ce nouveau texte pourra aller au-delà pour viser un véritable changement d’échelle et permettre à la France de construire une économie compétitive, à impact positif et en phase avec les aspirations de nos concitoyens.

La réforme des articles 1832 et 1833 du code civil, pour y inclure les intérêts des parties prenantes autres que ceux des actionnaires, enverrait un signal clair à la société et au marché. Pourtant, on le voit, ce sujet bouscule des postures et ravive des passions. La plus grande crainte est de voir se multiplier des risques de conflits juridiques autour de la gestion des entreprises.
Le code civil apparaît pour certains comme une vache sacrée à laquelle il ne faut pas toucher. Pour les tenants du statu quo, la priorité est d’éviter tout changement qui risquerait d’épouvanter les porteurs de capitaux. Pour autant, aussi symbolique qu’elle soit, l’inscription dans le code civil ne fera pas tout.
Favoriser un changement d’échelle
La création du statut juridique de « l’entreprise à mission », articulant lucrativité et contribution au bien commun, est incontestablement une voie à privilégier. Ces modèles hybrides existent dans plusieurs pays. Aux Etats-Unis, plus de deux mille « benefit corporations » et plus d’un millier de « public benefit corporations » (PBC) ont été enregistrées depuis 2010. De son côté, l’Italie a créé en 2016 les « società benefit ». A ce jour, ce statut inspiré des PBC américaines a convaincu 45 entreprises. Huit pays étudient actuellement une proposition de loi (Australie, Argentine, Chili, Colombie, Canada, Brésil, Pérou, Royaume-Uni). A noter que cette nouvelle voie est d’ailleurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Professeur de droit animalier à Harvard, il travaille sans relâche, depuis près de quarante ans, à défendre la cause des primates. Son combat a permis au chimpanzé Cecilia d’obtenir le statut de personne juridique non humaine.
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Steven Wise, l’avocat des grands singes

Professeur de droit animalier à Harvard, il travaille sans relâche, depuis près de quarante ans, à défendre la cause des primates. Son combat a permis au chimpanzé Cecilia d’obtenir le statut de personne juridique non humaine.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 12h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Que pense Steven Wise de la victoire obtenue par l’avocat de Cecilia, en novembre 2016, au tribunal argentin de Mendoza ? « Nous en avons été ravis », répond-il. N’est-il pas déçu, tout de même, de n’être pas parvenu au même résultat pour ses propres clients, Hercule et Leo ? « Nous savons très bien que les cas où triomphent la liberté, l’égalité et la justice restent exceptionnels. » L’homme de loi est pugnace, et convaincu que le temps jouera en sa faveur.
Cecilia ne s’est pas rendue au tribunal, pas plus qu’Hercule et Leo. Tous trois sont des chimpanzés, et Steven Wise est leur meilleur avocat. Professeur de droit animalier à Harvard et dans d’autres universités américaines, il se bat sans relâche, depuis près de quarante ans, pour défendre leur cause. Si Cecilia est devenue en 2016 le premier animal du monde à se voir accorder le statut de personne juridique non humaine, si elle a quitté en avril 2017 le zoo où elle vivait enfermée pour rejoindre la réserve naturelle brésilienne de Sorocaba, elle le doit, bien sûr, à la juge de Mendoza qui a eu l’audace de franchir ce pas. Mais celui qui a ouvert le chemin, c’est Steven Wise. Cette décision consacre en effet la thèse défendue méthodiquement par son association, Nonhuman Rights Project (NRP), fondée sur les droits inhérents à l’habeas corpus. Soit le droit de ne pas être emprisonné sans jugement, jusqu’à présent réservé aux humains.
Droit à l’intégrité physique
Lorsqu’un ami lui suggère, à la fin des années 1970, de lire Animal Liberation, publié quelques années plus tôt par le philosophe australienPeter Singer,Wise exerce en pratique générale depuis trois ans. Pour le jeune avocat, qui opte sur-le-champ pour le végétarisme, c’est une révélation. « J’étais devenu avocat parce que je m’intéressais à la justice sociale. J’ai lu ce livre, j’ai compris qu’un nombre stupéfiant d’animaux non humains étaient traités de manière terrible et injuste, et qu’aucun...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Depuis les associations militantes et les cercles académiques qui pensent notre relation aux animaux, le sujet diffuse lentement vers le grand public, souligne, dans sa chronique, Stéphane Foucart, rédacteur au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 27/01/2018
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Comment le végétarisme s’installe dans la culture populaire

Depuis les associations militantes et les cercles académiques qui pensent notre relation aux animaux, le sujet diffuse lentement vers le grand public, souligne, dans sa chronique, Stéphane Foucart, rédacteur au « Monde ».



Le Monde
 |    27.01.2018 à 11h24
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 16h17
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            

Chronique. Cesserons-nous un jour de manger la chair des animaux ? Chaque jour le végétarisme semble prendre un peu plus de place sur la scène médiatique. Pas une semaine ne passe sans que l’opinion française soit confrontée à ces mots, qui étaient encore absents ou presque du débat public voilà seulement une décennie : cause animale, antispécisme, véganisme (mode de vie excluant toute forme d’exploitation des animaux)…
Tout cela nous semble très récent, mais peut-être n’y a-t-il là que la remobilisation d’une vieille rengaine, dont on peut d’ailleurs faire remonter l’origine très loin, jusqu’à Plutarque (Ier siècle) ou Pythagore (VIe siècle avant J.-C.), qui, en leur temps, interrogeaient déjà le principe même de la consommation de viande.

En bref, il pourrait n’y avoir là que de veilles lubies, de celles qui surgissent de temps à autre, qui émergent brièvement dans la conversation publique avant de disparaître sans avoir rien changé au réel. Dans quelques années, toutes ces histoires seront peut-être oubliées, et l’on mangera avec le même appétit une belle côte de bœuf saignante, une joue de cochon a la plancha ou un foie de veau à la bordelaise.
Un thème récurrent
Peut-être, mais peut-être pas. Il suffit pour en douter de voir comment, depuis quelque temps, la question animale s’installe discrètement dans la culture populaire. Depuis les associations militantes et les cercles académiques qui pensent notre relation aux animaux non humains, le sujet diffuse lentement vers le grand public. Et il y a sans doute là une nouveauté. Les exemples récents ne manquent pas. Ferdinand, le film d’animation des studios Blue Sky, réalisé par Carlos Saldanha et sorti en France fin décembre, en est une illustration. L’histoire, assez convenue, est celle d’un taureau paisible et bienveillant, destiné à combattre dans l’arène. Rien de neuf ? L’aversion pour la corrida est indéniablement un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Editorial. Les scandales, mêlant mallettes d’argent sale et tractations en sous-sol, se sont succédé à la tête du pouvoir au point d’étourdir les Brésiliens.
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Au Brésil, une démocratie en déliquescence

Editorial. Les scandales, mêlant mallettes d’argent sale et tractations en sous-sol, se sont succédé à la tête du pouvoir au point d’étourdir les Brésiliens.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h51
   





                        


« Editorial du Monde. » Après les bravades, les larmes et les outrances, Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula », président du Brésil de 2003 à 2011, a obtempéré. Vendredi 26 janvier, ses avocats sont venus remettre le passeport de l’ancien chef d’Etat aux autorités policières de Sao Paulo. Cette mesure était réclamée par un juge de Brasilia, au lendemain de sa condamnation à douze ans et un mois de prison pour corruption passive et blanchiment d’argent.

        Lire aussi :
         

                L’ex-président Lula empêché de quitter le territoire brésilien



Une humiliation de plus pour l’ex-syndicaliste, figure de la lutte ouvrière sous la dictature militaire (1964-1985), qui fut l’un des plus grands dirigeants politiques du pays et la star des sommets internationaux au temps de sa splendeur. Le sort de Lula, « père des pauvres » dont la politique sociale a sorti des millions de Brésiliens de l’indigence, déchaîne les passions.
Ses alliés protestent de son innocence et le défendent tel un dieu tandis que ses ennemis le considèrent comme un bandit. En dépit des étrangetés avérées de la procédure judiciaire, il n’est pas absurde d’imaginer que l’ancien métallo et son Parti des travailleurs aient, à l’instar de leurs prédécesseurs, succombé à la tradition clientéliste du système politique brésilien. Déjà, en 2005, le scandale du « mensalao » (l’achat de voix de parlementaires) avait failli lui coûter sa réélection. Et, au-delà de cette première condamnation, Lula fait également l’objet de huit autres procédures judiciaires.
Immunité dévoyée
Mais le malaise grandit depuis l’« impeachement » controversé, en 2016, de la présidente Dilma Rousseff, héritière et successeure de Lula. Loin de servir la cause de l’éthique promise depuis le déclenchement de l’opération anti-corruption « Lava Jato » (« lavage express »), la disgrâce de Lula offre le spectacle affligeant d’un vieux monde politique en déliquescence.
Au moment où les juges prononçaient la sentence contre l’ex-métallo, l’actuel président, Michel Temer, participait au sommet de Davos, tentant de faire oublier les lourdes accusations qui pèsent contre lui : corruption passive, participation à une organisation criminelle et obstruction à la justice.
Jusqu’à présent, le chef de l’Etat est parvenu à suspendre les procédures qui le visent au prix d’un marchandage éhonté avec des parlementaires, eux-mêmes en délicatesse avec la justice. Au Congrès brésilien, pas moins de 45 sénateurs sur 81 doivent répondre d’accusations criminelles, pointe le site Congresso em Foco, qui scrute l’activité parlementaire. Rien de neuf. « Lava Jato » n’a fait que mettre en lumière des pratiques bien antérieures à l’arrivée au pouvoir de Lula.
Après les manifestations monstres de 2015 et 2016 réclamant au nom de la « morale » le départ de Dilma Rousseff, les scandales, dignes d’un film de série B, mêlant mallettes d’argent sale et tractations en sous-sol, se sont succédé au point d’étourdir les Brésiliens. Mais le statut de foro privilegidao (« citoyen privilégié ») protège les politiciens en fonctions ; l’immunité dont ils bénéficient, légitime dans son principe, est dévoyée et instrumentalisée avec le plus grand cynisme.
L’élite de Brasilia baigne dans un climat d’impunité de nature à écœurer le peuple. A quelques mois de l’élection présidentielle, le Brésil, pays parmi les plus inégalitaires au monde, renvoie l’image d’une société de castes où les dirigeants n’obéissent pas aux mêmes lois que les miséreux. C’est indigne et dangereux pour la plus grande démocratie d’Amérique latine.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Quasi inaudibles en  2011, lors de l’affaire du Sofitel, les femmes victimes de harcèlement sexuel ont imposé des remises en cause et des débats d’une ampleur insoupçonnée. Récit d’un basculement.
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De DSK à #balancetonporc, une révolution française

Quasi inaudibles en  2011, lors de l’affaire du Sofitel, les femmes victimes de harcèlement sexuel ont imposé des remises en cause et des débats d’une ampleur insoupçonnée. Récit d’un basculement.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 11h47
    |

            Jean-Baptiste de Montvalon








                        



                                


                            

Mai 2011. Un homme est à la « une », en majesté – si l’on peut dire –, sa victime présumée ­reléguée dans les pages intérieures, où son existence est à peine mentionnée. Inculpé par la justice américaine pour « agression sexuelle, tentative de viol et séquestration », Dominique Strauss-Kahn accapare les médias du monde entier qui relatent, sidérés, la vertigineuse ­déchéance du tout-puissant président du Fonds monétaire international (FMI), officieusement en course pour l’Elysée.
Celle qui dit avoir subi ses assauts est inaudible. Invisible. Son visage à l’abri pour se cacher des caméras, Nafissatou Diallo n’est qu’une silhouette ­enveloppée d’une couverture blanche ; un fantôme, uniquement désigné par le nom d’emprunt (« Ophelia ») que cette jeune femme de 32 ans, originaire de Guinée, s’était choisi pour travailler au Sofitel de New York.
Octobre 2017. Un autre homme, un autre puissant parmi les puissants, le producteur américain Harvey Weinstein, est accusé de harcèlement sexuel puis de viol. Mis au ban de l’industrie sur laquelle il a régné, l’agresseur présumé s’est retiré dans une clinique de traitement des addictions. C’est lui, cette fois, que l’on oublie, que l’on ignore. Ce sont les noms et les visages de ses victimes qui s’affichent, pleine page, plein écran. La liste de ses accusatrices, des stars d’Hollywood, s’allonge chaque jour : plus de 80 au bout de quatre ­semaines. Les femmes ont la parole. Elles ont osé la prendre, non sans courage, s’en sont emparées, et ne la lâcheront plus. La vague ­devient tsunami, traverse l’Atlantique et le ­Pacifique, portée par le hashtag planétaire #metoo (« moi aussi ») et ses différentes traductions, dont la radicale version française #balancetonporc.
Moins d’un septennat nous sépare de ce qui ressemble rétrospectivement à un (nouvel) Ancien ­Régime
Ce déferlement, toujours en cours, donne la mesure du phénomène. Universel, il est également ancien. On le savait sans le croire, faute de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ L’expression orale est un art démocratique, accessible à tous, pour peu que l’école prenne le soin d’en transmettre les techniques, explique, dans une tribune au « Monde », le directeur des formations à l’art oratoire et professeur d’art oratoire à Sciences Po.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/01/2018
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Cyril Delhay : « Pour que le grand oral fonctionne, il faudra en enseigner les techniques »

L’expression orale est un art démocratique, accessible à tous, pour peu que l’école prenne le soin d’en transmettre les techniques, explique, dans une tribune au « Monde », le directeur des formations à l’art oratoire et professeur d’art oratoire à Sciences Po.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h57
    |

Cyril Delhay (Directeur des formations à l’art oratoire et professeur d’art oratoire à Sciences Po)







                        



                                


                            

Tribune. Un grand oral au bac, c’est une chance extraordinaire pour tout notre système éducatif en envoyant un message clair : il a autant d’importance que l’écrit et sera au moins autant utile dans la vie sociale et professionnelle de d’élève. Il a ses règles propres et ses méthodes d’enseignement : une quinzaine d’heures suffit avec une jauge de quinze élèves pour donner les clés pour parler debout devant les autres de façon argumentée.
Bien loin d’être un discriminant social, l’oral peut être un formidable vecteur d’égalité des chances, à condition qu’il s’agisse bien d’une épreuve orale et non d’un écrit disciplinaire transposé à l’oral. ­Contrairement aux idées reçues, l’oral ne demande quasiment pas de prérequis ni un quelconque talent de naissance venu d’une fée – y compris sociale – qui se serait penchée sur le berceau.

C’est un art démocratique à ­condition que ses techniques soient précisément enseignées. La difficulté de notre système éducatif en matière d’oral tient à son non-enseignement. L’oral est une technique du corps. Il est fondé sur des méthodes éprouvées depuis l’Antiquité, celles de l’acteur en ce qu’elles sont physiques : il n’est que de relire Quintilien et son Institution oratoire, écrite il y a deux mille ans. L’auteur latin, fondateur de la première école d’art oratoire à Rome, précepteur des neveux de l’empereur, consacre un livre entier au corps dans la prise de parole.
Pratiques corporelles
Aujourd’hui, les méthodes sérieuses d’apprentissage de l’oral commencent par la conscience corporelle et l’usage d’une respi­ration libre. D’un point de vue didactique, il y a plus intérêt à interroger l’apprenant sur ses pratiques sportives et artistiques, même si elles remontent à l’enfance, et à partir d’elles que de la construction grammaticale.
Qu’il soit permis de prendre un exemple personnel. Dans le cadre de ses partenariats, Sciences Po forme chaque année une vingtaine de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ La directrice du FMI estime, dans un entretien au « Monde », que la lutte pour les femmes « est un combat collectif auquel tout le monde doit participer ».
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Christine Lagarde : sur le sexisme, « ne surtout pas s’imaginer que ça y est, c’est gagné »

La directrice du FMI estime, dans un entretien au « Monde », que la lutte pour les femmes « est un combat collectif auquel tout le monde doit participer ».



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h38
    |

            Sylvie Kauffmann (Davos, Suisse, envoyée spéciale) et 
Isabelle Chaperon (Davos, Suisse, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde était cette année coprésidente du Forum économique mondial. Elle a répondu aux questions du Monde, vendredi 26 janvier, dernier jour du Forum de Davos.
Pour la première fois, ce Forum de Davos était coprésidé par sept femmes, une décision prise avant l’affaire Weinstein, et le sujet du harcèlement sexuel y a été débattu. Assistons-nous à un mouvement important en faveur des femmes ?
Oui, c’est un mouvement de fond qui a été activé depuis octobre 2017. Mais ce mouvement ne peut rester actif que si on le fait vivre en mesurant le problème, en établissant des objectifs, des actions, des vérifications, des classements… Il faut continuer à le faire. Il ne faut surtout pas baisser la garde.
Vous en parlez beaucoup ?
Je vois que ce mouvement #metoo est un moment de grand embarras pour les hommes. Chaque fois que j’ai évoqué ces sujets devant un public mixte, j’ai vu que les hommes étaient très embarrassés pour s’exprimer. Ce n’est pas facile. J’espère que l’on va pouvoir transformer cette colère légitime et cet embarras collectif en actions positives afin d’empêcher, je n’ose pas dire éradiquer, le harcèlement, les discriminations, les injustices, les écarts de salaires, etc. C’est un combat collectif auquel tout le monde doit participer, y compris les hommes. Et ce combat a aussi un impact économique. Mais il ne faut surtout pas s’imaginer que ça y est, cette fois, c’est gagné.
Qu’avez-vous pensé de la tribune publiée dans Le Monde, signée de 100 femmes, dont Catherine Deneuve ?
Terriblement maladroite. Revendiquer la « liberté d’importuner », c’est offensant pour toutes celles – et ceux – qui ont été importunées contre leur volonté.
Et vous, avez-vous été confrontée au harcèlement sexuel ?
Probablement moins que d’autres, parce que je mesure 1,80...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’universitaire Blanche Lochmann pense que le rapport de la « mission baccalauréat » révèle l’incapacité des acteurs à concilier budget équilibré et excellence pour tous.
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Réforme du bac : « Si les progrès des élèves sont véritablement recherchés, le projet doit être retravaillé »

Dans une tribune au « Monde », l’universitaire Blanche Lochmann pense que le rapport de la « mission baccalauréat » révèle l’incapacité des acteurs à concilier budget équilibré et excellence pour tous.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
28.01.2018 à 09h37
    |

Blanche Lochmann (présidente de la Société des agrégés de l'Université)







                        



                                


                            
Tribune. On se demande quel est le statut de ce nouveau rapport. Quel temps pour la discussion des propositions si la réforme doit être présentée en conseil des ministres dès le 14 février ? Comment concevoir un nouveau baccalauréat quand certaines missions, comme celle qui a été confiée à Cédric Villani et Charles Torossian sur l’efficacité de l’enseignement des mathématiques, n’ont pas encore rendu leurs conclusions ? Quand le Conseil supérieur des programmes n’a pas encore pu proposer de solutions aux graves difficultés dont témoignent les mauvaises places des élèves français dans les classements internationaux ? Réformer les épreuves du baccalauréat avant de s’interroger sur le contenu des cours et sur l’entraînement nécessaire à l’amélioration des performances des élèves est incertain.
Par ailleurs, si la réforme du baccalauréat est urgente, n’est-ce pas à cause de l’écart entre le niveau de l’examen actuel et l’enseignement supérieur ? A cause de l’échec à l’université ? Il est donc très étrange que le rapport propose de détruire des filières structurantes pour les remplacer par un système calqué sur un modèle universitaire précisément impuissant devant les difficultés actuelles des étudiants des premières années (organisation modulaire, semestrialisation des enseignements).
Les mesures adoptées ces dernières années n’ont cessé de réduire la qualité de l’enseignement et n’ont montré aucun effet positif sur les capacités et les performances des élèves
Certaines maladresses du rapport sont-elles voulues ? Les considérations apparemment hors sujet que le texte contient sur les ressources humaines de l’Education nationale laissent deviner, sous la réforme, les impératifs budgétaires. Il faut dire que, depuis de nombreuses années, qu’il s’agisse des réformes Darcos, Chatel, Peillon, Hamon, Vallaud-Belkacem…, quels que soient les objectifs (réforme du lycée, du collège, de la formation des professeurs ou les propositions de cette mission...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’universitaire soutient les propositions de réformes du baccalauréat qui revalorisent les équipes pédagogiques des lycées et donnent une vraie autonomie aux universités
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Jean-Robert Pitte : « La réforme du bac est juste et bonne »

Dans une tribune au « Monde », l’universitaire soutient les propositions de réformes du baccalauréat qui revalorisent les équipes pédagogiques des lycées et donnent une vraie autonomie aux universités



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h45
    |

Jean-Robert Pitte (Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques et ancien président de l'université Paris-Sorbonne (2003-2...







                        



                                


                            
Tribune. Le baccalauréat est un rite de passage devenu monument historique ou, comme dirait Pierre Nora, un lieu de mémoire de l’identité française. Loin de moi l’idée de nier la nécessité de l’un et de l’autre. Le problème est qu’au fil des ans, le bac est en partie devenu une passoire et son statut de premier grade de l’enseignement supérieur est une mascarade. Jean-Pierre Chevènement avait cent fois raison de dire que 80 % d’une classe d’âge devait accéder au niveau du baccalauréat. Je dirais même 100 %, à la condition de ne pas oublier l’élément de sa phrase « au niveau du ».
Il est démagogique et injuste de laisser croire à un grand nombre de jeunes lycéens que, munis de l’illusoire sésame, ils ont un accès libre à n’importe quelle filière de l’enseignement supérieur et que s’ils échouent, c’est parce que les universités manquent de moyens pour les encadrer et rattraper leurs lacunes dans les disciplines qui sont indispensables à leur réussite.

Quant aux sureffectifs dans des filières d’apparence séduisante mais sans débouchés professionnels suffisants, c’est une question que les universités ont très largement refusé de traiter de front, préférant réclamer – en vain – des moyens supplémentaires pour accueillir tout le monde et se résignant en dernier ressort à l’affligeant tirage au sort.
Revalorisation des équipes pédagogiques
Comment un nombre non négligeable de professeurs de lycées et d’universités a pu adhérer à l’idéologie de la réussite pour tous sans effort ? Leur argument est connu : moins les jeunes ont pu bénéficier d’un entourage familial les accompagnant dans le travail scolaire et l’éveil à la vie intellectuelle et à la culture savante, moins il faut être exigeant avec eux. Funeste erreur qui témoigne d’une ignorance abyssale des principes qui animaient les hussards noirs de la IIIe République pour qui l’exigence était grande et la même pour tous, y compris vis-à-vis des enfants de parents...




                        

                        


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<filnamedate="20180128"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180128"><AAMMJJHH="2018012819">
<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la sociologue Nathalie Mons observe que le bac français a fait école dans les pays de l’OCDE mais il doit aussi devenir un instrument au service de la socialisation des jeunes.
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Nathalie Mons : « Le bac est devenu complexe et son organisation est chronophage »

Dans une tribune au « Monde », la sociologue Nathalie Mons observe que le bac français a fait école dans les pays de l’OCDE mais il doit aussi devenir un instrument au service de la socialisation des jeunes.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h53
    |

Nathalie Mons (professeure de sociologie, université de Cergy-Pontoise)







                        



                                


                            

Tribune. Après des années de « bac bashing » – l’examen étant jugé par ses détracteurs trop cher, trop complexe à organiser pour les établissements scolaires, trop stressant pour les élèves –, la réforme de notre monument national est sur les rails. Point positif de la réflexion actuelle : la feuille de route gouvernementale ne vise pas le démantèlement du bac, elle doit rapprocher l’épreuve bicentenaire des priorités d’une société en mutation rapide.
Au vu des comparaisons internationales, en effet, le baccalauréat n’est pas une spécificité française. Aujourd’hui, dans les pays de l’OCDE, une très grande majorité des systèmes éducatifs pratiquent un examen national externe à la fin du second cycle du secondaire pour certifier le niveau des élèves qui quittent le système scolaire.
Mieux, ce modèle du baccalauréat français – des sujets d’examen et des corrections indépendants de l’établissement – s’est développé dans l’OCDE depuis quinze ans. Au milieu des années 1990, la très grande majorité des pays laissaient à leurs lycées la possibilité de délivrer un certificat « maison » uniquement fondé sur le contrôle continu en cours d’année par les enseignants. Désormais, le modèle français du baccalauréat est devenu dominant dans l’OCDE.
Des test standardisés, souvent payants
De multiples facteurs convergent pour expliquer cette généralisation des examens externes en fin de secondaire. Leur intérêt principal est de permettre une évaluation des acquisitions réelles des élèves qui soit de plus harmonisée au niveau national. Dans un contexte de démocratisation de l’enseignement scolaire et du supérieur, de mobilités croissantes nationales et internationales des jeunes, et face à un développement économique qui requiert des ressources humaines de plus en plus qualifiées, les exigences sociales des universités, des entreprises et des parents de plus en plus éduqués se sont conjuguées pour à la fois mieux connaître et certifier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le sociologue Pierre Merle juge que l’importance accordée aux notes et au contrôle continu pour le baccalauréat pose problème. Il estime notamment qu’il faudrait aussi tenir compte du rapport entre compétences et aptitudes des élèves à suivre avec succès un enseignement supérieur.
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Pierre Merle : « Les réformes du bac et de l’accès à l’université suscitent de multiples réserves »

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Pierre Merle juge que l’importance accordée aux notes et au contrôle continu pour le baccalauréat pose problème. Il estime notamment qu’il faudrait aussi tenir compte du rapport entre compétences et aptitudes des élèves à suivre avec succès un enseignement supérieur.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h47
    |

                            Pierre Merle (Sociologue, professeur à l'Université européenne de Bretagne)








                        



                                


                            
Tribune. Il faut reconnaître à l’actuel gouvernement un mérite : ne pas se satisfaire d’une croissance non contrôlée des effectifs universitaires associée à un taux d’échec considérable. Pour sortir de l’impasse, celui-ci envisage deux réformes enchâssées l’une dans l’autre : une nouvelle organisation du lycée et du bac, et une sélection à l’entrée à l’université.
Les grands principes de la réforme semblent déjà établis avec la suppression des séries du bac général S, ES, L (scientifique, économique et social, littéraire), remplacées par des enseignements de tronc commun et des enseignements spécialisés. Les épreuves du baccalauréat seraient limitées à six épreuves écrites (comptant pour seulement 60 % de la note finale), les autres disciplines feraient l’objet d’un contrôle continu. Un grand oral, doté d’un coefficient important, constituerait la grande nouveauté.
Dans la future réforme, l’accès à l’université est fondé sur une sélection en fonction d’un dossier dans lequel les notes obtenues par les lycéens dans les différentes disciplines, pondérées de façon spécifique selon leurs vœux universitaires, constitueraient sans aucun doute l’élément déterminant de la sélection, compte tenu de l’impossibilité matérielle pour les universités d’étudier chaque dossier.
Des pratiques de notation différentes
Séduisantes dans leur principe, ces deux réformes suscitent de multiples réserves. On se limitera à trois d’entre elles. La première tient à l’importance cardinale accordée aux notes. Au début du XXe siècle, de nombreux chercheurs ont contribué à la naissance d’une science des examens dont l’objet a été d’étudier la fiabilité statistique des évaluations scolaires. Certes, la notation permet de distinguer les bons élèves des plus faibles.
Mais, pour l’écrasante majorité des élèves « moyens », l’estimation de leurs compétences relève de la loterie en raison d’un ensemble de biais cognitifs d’évaluation, quelles que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Un collectif de personnalités européennes, parmi lesquelles Beate et Serge Klarsfeld et Tony Gatlif, demande dans une tribune au « Monde » la création d’une fondation pour la mémoire du génocide contre les Roms.
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Il faut créer « une Fondation européenne pour la mémoire du génocide des Roms »

Un collectif de personnalités européennes, parmi lesquelles Beate et Serge Klarsfeld et Tony Gatlif, demande dans une tribune au « Monde » la création d’une fondation pour la mémoire du génocide contre les Roms.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 19h00
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Bientôt, la porcherie installée sur le site du camp de concentration sera détruite. L’odeur fétide qui enveloppe immanquablement le visiteur aura disparu. La stèle installée sur les fosses communes sera déplacée. Un mémorial sera bâti.
Plus de soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, le site du camp pour Roms à Lety, en République tchèque, sera enfin traité avec la dignité qu’il mérite. Un terme sera mis au « locucide » – crime contre le lieu – de Lety.
Ce fut tout sauf simple à obtenir : ce n’est que grâce à une mobilisation exceptionnelle menée par la société civile européenne, Roms et non-Roms ensemble, que les autorités tchèques et les propriétaires ont fini par conclure un accord pour le rachat de la porcherie en vue de sa destruction.
Si cela constitue une victoire historique, les problématiques qui ont fait de Lety un symbole européen perdurent partout sur le continent : le manque de connaissance et de recherche concernant le génocide contre les Roms (ou Samudaripen, ou Porajmos), le racisme et les discriminations qui sont par bien des aspects la continuation des persécutions d’alors, la marginalisation sociale qui se poursuit depuis des décennies, l’ignorance de la diversité des cultures et des histoires des Roms.
Promouvoir la recherche historique
Comme nous l’enseigne le cas de Lety, ce n’est que par un engagement déterminé et conjoint de la société civile et des institutions que pourra être mis un terme à l’histoire des persécutions des Roms, dont le génocide fut le point culminant, et qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi nous appelons à la création d’une Fondation européenne pour la mémoire du génocide contre les Roms !
Elle devra promouvoir tout d’abord la recherche historique. Le financement et la publication de travaux de recherche, le recueil de témoignages, la constitution d’archives et l’organisation de colloques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Tunisie, où vas-tu ? (2/6). Formé à l’école du « père de la nation » Habib Bourguiba, l’actuel président, âgé de 91 ans, se pose en champion du « prestige » de l’Etat. Au risque d’affaiblir l’inspiration parlementaire de la Constitution post-révolution.
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Analyse

En Tunisie, Béji Caïd Essebsi et la tentation du présidentialisme

Tunisie, où vas-tu ? (2/6). Formé à l’école du « père de la nation » Habib Bourguiba, l’actuel président, âgé de 91 ans, se pose en champion du « prestige » de l’Etat. Au risque d’affaiblir l’inspiration parlementaire de la Constitution post-révolution.

Par                                            Mohamed Haddad et 
Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)
    



LE MONDE
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        Le 26.01.2018 à 18h55

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        Mis à jour le 27.01.2018 à 10h10






    
Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, en tenue traditionnelle au palais de Carthage le 25 juillet 2017.
Crédits : FETHI BELAID / AFP


Elle trône, superbe, conquérante, en surplomb des terrasses de cafés de l’avenue qui porte son nom. La statue équestre de Habib Bourguiba a regagné en mai 2016 le cœur de Tunis et le « père de la nation », tout de bronze coulé, pointe à nouveau son bras vers la Médina toute proche. La symbolique de ce retour au bercail du héros de l’indépendance n’a pas fini de faire sentir ses effets sur la scène politique tunisienne.
Quand Béji Caïd Essebsi, l’actuel chef de l’Etat, a pris cette initiative, la plupart des observateurs n’y ont vu qu’une juste réparation. Il ne s’agissait rien tant que de laver l’affront qu’avait infligé au « commandant suprême » son héritier infidèle, Zine El-Abidine Ben Ali, qui avait exilé en 1988 – un an après son « coup d’Etat médical » contre un Bourguiba vieillissant – l’auguste icône au port de la Goulette, au nord de Tunis. Depuis la révolution de 2011, qui avait mis à bas le dictateur Ben Ali, il n’était que temps de réhabiliter le fondateur de la Tunisie moderne dans tout son panache.

        Présentation de notre série
         

          Tunisie, où vas-tu ?



L’affaire pourtant ne se résumait pas à de la simple muséographie urbaine. Au-delà de la statue elle-même, elle signalait le retour d’une certaine conception du pouvoir qui constitue le logiciel historique de Béji Caïd Essebsi, élu à la présidence de la République à la fin 2014 avec pour mandat de restaurer le « prestige » d’un Etat affaibli par les turbulences post-révolutionnaires.
Associé aux sphères du pouvoir d’avant 2011
Agé de 91 ans, M. Essebsi, avocat de formation, fut dans sa jeunesse un militant du Néo-Destour, l’avant-garde du mouvement national tunisien, avant de débuter une carrière dans l’appareil sécuritaire du nouvel Etat tunisien formé au lendemain de l’indépendance en 1956. Habib Bourguiba, auquel il consacra plus tard une biographie (Habib Bourguiba : le bon grain et l’ivraie, Sud Editions, 2009), est son héros, sa référence. Il mûrit à son école, gravissant tous les échelons d’une brillante carrière : directeur de la sûreté nationale, ministre de l’intérieur, ministre de la défense, ministre des affaires étrangères. Et cette école-là n’est pas celle de la démocratie. Elle est celle du culte du pouvoir personnel, elle est celle de la cour et de ses intrigues. Au lendemain de l’éviction en 1987 de Bourguiba par Ben Ali, qui incarne alors la jeunesse et l’ouverture avant de se dévoyer dans l’autocratie mafieuse, M. Essebsi prend du champ, dépité par les offenses répétées à l’héritage bourguibiste. Loin de rejoindre l’opposition démocratique, il reste toutefois associé aux sphères du pouvoir d’avant 2011.

    
A Tunis, le 1er juin 2016, le président tunisien Béji Caïd Essebsi devant la statue réinstallée du « père de la nation », Habib Bourguiba, que Ben Ali avait fait déboulonner en 1988 après sa prise de pouvoir par coup d’Etat.
Crédits : FETHI BELAID/AFP


Tel est l’homme qui aujourd’hui préside aux destinées de la Tunisie. Il fait partie de cette frange de l’élite traditionnelle qui, pas trop compromise avec le proche entourage de Ben Ali, a habilement surfé sur la révolution de 2011 pour en canaliser le cours, lui éviter les chambardements radicaux. Les démocrates tunisiens inquiets de la poussée islamiste l’ont soutenu quand il a fondé en 2012 le parti Nidaa Tounès, point de ralliement des laïcs et modernistes soucieux de défendre le progressisme sociétal – en particulier les droits des femmes – hérité de l’ère bourguibienne.
Mais voilà que ces mêmes démocrates s’alarment aujourd’hui, comme en témoigne cet « Appel du 17 décembre 2017 » diffusé à l’occasion du septième anniversaire du déclenchement de la révolution à Sidi-Bouzid et dans lequel un millier de signataires dénonçaient l’« offensive antidémocratique et réactionnaire » du pouvoir actuel. Certes, cet Appel visait avant tout le condominium dirigeant formé par l’alliance entre Nidaa Tounès (« moderniste ») et Ennahda (« islamiste »), réconciliés après s’être âprement combattus, mais Béji Caïd Essebsi était clairement ciblé dans le texte. Il lui est reproché sa tentation d’un « retour au présidentialisme ».
Il y a là comme une anomalie, une bizarrerie. Depuis l’adoption en janvier 2014 de la nouvelle Constitution de la Tunisie post-révolutionnaire – votée dans une vive émotion à la quasi-unanimité de l’Assemblée constituante d’alors –, il était largement admis que la Tunisie venait de clore ses querelles institutionnelles, centrées notamment sur la place de l’islam dans l’Etat, pour s’attaquer enfin aux immenses défis économiques et sociaux en souffrance : la fracture socio-territoriale entre le littoral et l’arrière-pays, le chômage des jeunes, etc.

        Premier épisode
         

          Le consensus politique tunisien, étouffoir des idéaux de la révolution de jasmin



Etait-ce un malentendu ? Au vu des actes et des propos du président Essebsi, il apparaît en effet que la question institutionnelle n’est pas soldée. Le chef de l’Etat continue de la poser. Il ne s’agit pas à ses yeux de remettre en cause le compromis historique sur les relations entre Etat et religion – affaire réglée autour de la préservation de l’« Etat civil » – mais d’interroger l’équilibre entre inspirations parlementaire et présidentielles du texte fondamental. Et c’est là que sa filiation avec le bourguibisme prend tout son sens.
Frustration à l’égard de la Constitution
De toute évidence, la Constitution de 2014 ne plaît pas au chef de l’Etat. Il trahit d’ailleurs à intervalles réguliers sa frustration. Dans un entretien accordé le 6 septembre 2017 au quotidien francophone La Presse, il s’en était pris avec virulence à un certain nombre de contre-pouvoirs – les « instances indépendantes » prévues par la Constitution pour s’occuper des élections, de la justice transitionnelle, de la lutte anticorruption etc. – qui abusent à ses yeux de leurs prérogatives au point de « menacer l’existence de l’Etat ». Sans la nommer expressément, le chef de l’Etat visait surtout l’Instance vérité et dignité, chargée de la justice transitionnelle dont il n’a jamais apprécié le travail de divulgation des abus et des crimes des régimes autoritaires passés.
Au-delà, il était allé jusqu’à exhorter à « revoir la nature du système politique » et à « rectifier les insuffisances du système constitutionnel » sources de « paralysie », ce que les commentateurs avaient interprété comme un appel à une révision constitutionnelle. Devant l’émotion soulevée par ses propos, le chef de l’Etat avait ensuite rectifié le tir. « On ne change pas de Constitution tous les quatre matins », avait-il déclaré au Monde le 18 décembre 2017. Mais il exprimait clairement sa préférence : « Je suis pour un système présidentiel bien contrôlé pour éviter la dérive présidentialiste que nous avons connue sous Bourguiba et Ben Ali. »

        Lire aussi :
         

                Mehdi Jomaa : « Les dirigeants actuels de la Tunisie manquent de vision »



Le problème est que la Constitution de 2014 n’a pas instauré un « système présidentiel », mais un régime mixte dont la dimension parlementaire est très marquée. Selon la lettre, le chef de gouvernement est doté de très larges pouvoirs, supérieurs même à ceux du chef de l’Etat. Or, dans la pratique quotidienne, la hiérarchie est inversée : le président de la République, qui tire sa légitimité de son élection au suffrage universel, exerce un ascendant indubitable sur le premier ministre.
Depuis l’entrée en vigueur de la Constitution, les titulaires de cette fonction n’ont jamais été des poids lourds politiques, handicap qui a facilité les empiétements présidentiels. Autant Habib Essid (janvier 2015-août 2016) que son successeur, Youssef Chahed, sont des technocrates, non élus, peu enclins à défendre l’intégralité de leurs prérogatives constitutionnelles.
Et s’ils ont essayé – et parfois réussi – de préserver leur autonomie face aux exigences de Nidaa Tounès, le parti arrivé en tête des législatives de 2014, ils ont dû s’incliner à chaque fois qu’un conflit les a opposés au palais de Carthage, le siège de la présidence de la République situé au nord de Tunis. Du reste, c’est le chef de l’Etat lui-même qui choisit les premiers ministres avant de les pousser à la sortie, comme cela avait été le cas avec Habib Essid, coupable de lui avoir trop résisté. Quant à Youssef Chahed, le palais de Carthage ne manque pas de lui rappeler, dès qu’une tension se manifeste, à qui il doit son poste. « C’est le président qui a créé M. Chahed », glisse un proche de M. Essebsi. Dès lors, comment un tel chef de gouvernement pourrait-il avoir l’outrecuidance de s’émanciper ?
« Tout chamboulé »
« Ce qui se passe est ahurissant, s’inquiète Hatem M’rad, professeur de sciences politiques. M. Essebsi a tout chamboulé pour tout ramener à lui. Il y a une Constitution formelle et il y a une autre Constitution politique sur le terrain. » L’un des exemples de ce déplacement du centre de gravité politique de la Kasbah (le siège du gouvernement au centre de Tunis) à Carthage est la formation en 2017 sous l’autorité du chef de l’Etat d’un Conseil national de sécurité s’occupant non seulement de questions régaliennes – prérogatives incontestables du président de la République – mais aussi plus étrangement de la santé, de l’éducation, de l’environnement… Faut-il y voir un « gouvernement bis » ?
A Carthage, on justifie cette présidentialisation de la géographie du pouvoir par l’urgence de régler des problèmes brûlants : lutte contre le terrorisme, relance de l’économie, etc. « Au tout début, en 2015, on a laissé faire le gouvernement, confie un proche du chef de l’Etat. Mais cela n’a pas marché. Face aux problèmes qui s’accumulaient, les gens disaient : “Mais où est donc le président ?” Nous avons dû intervenir par défaut. Il fallait remplir un vide. » Présidentialisation contrainte ? Ou plutôt culture du pouvoir héritée du passé de M. Essebsi ?

        Lire aussi :
         

                En Tunisie, « le risque d’une dérive autoritaire »



Cette théorie de la présidentialisation « par défaut », imposée par la prétendue incurie des autres institutions, serait toutefois plus convaincante si Carthage avait vraiment laissé s’épanouir les autres pôles de pouvoir. Quand l’entourage du président s’indigne de la « faillite » du « régime des partis », qui risquerait de précipiter « la chute de la démocratie », il oublie de préciser que l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) n’a jamais été en état de travailler correctement. « Il y a une volonté politique évidente d’empêcher que l’Assemblée exerce véritablement son rôle de contrôle de l’exécutif et d’initiateur de la loi », s’alarme un analyste.
L’ARP n’est ainsi toujours pas dotée de son autonomie administrative et financière, pourtant prévue par la Constitution. Ce déficit de volonté politique d’organiser la séparation des pouvoirs se confirme par ailleurs dans les blocages entravant la mise en place de la Cour constitutionnelle. « En l’absence d’un contrôle de constitutionnalité, on ne peut pas parler de réelle démocratie », s’inquiète Raoudha Karafi, présidente de l’Association des magistrats tunisiens.
Face à un bloc exécutif qui a du mal à se départir d’une conception traditionnelle du pouvoir, les députés commencent à se rebiffer. Ils cherchent ainsi à créer des commissions d’enquête autant qu’il est possible, comme l’illustre le récent projet d’un élu d’examiner les dégâts de l’industrie extractive. Et ils interpellent de plus en plus le gouvernement. En l’espace d’un an, ils lui ont adressé deux fois plus de questions orales et écrites. Jusqu’où ira cette résistance parlementaire ? Parviendra-t-elle à donner raison aux optimistes qui n’ont vu dans le retour de Bourguiba sur son cheval au cœur de Tunis qu’un simple symbole de fierté nationale, et rien de plus ?

Sommaire de notre série Tunisie, où vas-tu ?

        Premier épisode
         

          Le consensus politique tunisien, étouffoir des idéaux de la révolution de jasmin



        Présentation de notre série
         

          Tunisie, où vas-tu ?


Sept ans après la révolution de 2011 en Tunisie, Le Monde Afrique dresse un bilan de la transition démocratique.






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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Julie Battilana et Anne-Claire Pache, professeures à Harvard et à l’Essec pointent la nécessité d’un changement culturel majeur pour permettre aux entreprises d’intégrer une mission sociale et environnementale.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤                     
                                                   
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« Les entreprises doivent s’engager dans une transformation profonde »

Dans une tribune au « Monde », Julie Battilana et Anne-Claire Pache, professeures à Harvard et à l’Essec pointent la nécessité d’un changement culturel majeur pour permettre aux entreprises d’intégrer une mission sociale et environnementale.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 17h50
 • Mis à jour le
26.01.2018 à 23h06
    |

Julie Battilana (Professeure de business administration à Harvard Business School et professeure d’innovation sociale à Harvard Kennedy School) et ...







                        



                                


                            

Tribune. En ce début d’année 2018, la question de la refonte du modèle de l’entreprise est au cœur du débat public des deux côtés de l’Atlantique. Le gouvernement français vient de lancer, au travers d’une mission interministérielle, le chantier d’une réforme juridique de l’objet des sociétés à but lucratif, afin d’y intégrer la responsabilité sociale et environnementale.
Ce faisant, la France emboîte le pas d’autres pays, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Italie, qui ont déjà créé de nouveaux statuts juridiques pour les entreprises soucieuses d’atteindre des objectifs non seulement financiers, mais aussi sociaux et environnementaux.
Au même moment, aux Etats-Unis, Larry Fink, cofondateur et président de BlackRock, l’un des plus puissants groupes d’investissement au monde, signait une lettre ouverte aux dirigeants d’entreprises, les appelant à intégrer la poursuite d’objectifs sociaux et environnementaux à celle des objectifs financiers de leurs entreprises. L’investisseur américain, dont la société gère plus de 6 000 milliards de dollars, ouvre ainsi la porte à une prise en compte systématique des données de performance financière, sociale et environnementale dans les décisions d’investissement.
Passer du discours à l’action
Si ces annonces sont suivies d’effet, l’année 2018 pourrait marquer une inflexion majeure dans l’évolution du capitalisme, qui s’éloignerait résolument du paradigme de maximisation de la seule valeur financière pour les actionnaires.
Mais, ne soyons pas naïfs. Parler de cette évolution et l’appeler de nos vœux ne suffira pas à la faire advenir. L’évolution dont il est question est un changement radical qui nécessite un changement de mentalité et de comportement de l’ensemble des acteurs de notre système économique. L’Etat a bien sûr un rôle clef à jouer dans la réforme du statut juridique des sociétés, en partenariat avec les partenaires sociaux. De même les investisseurs comme M. Fink...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Un collectif d’historiens britanniques dénonce, dans une tribune au « Monde », la nostalgie nationaliste qui sévit dans leur pays. Ils y voient l’origine d’un fantasme néfaste qui fait croire à un avenir radieux une fois que le pays sera sorti de l’Union européenne.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Brexit : « L’amour de la patrie n’exclut pas la solidarité européenne »

Un collectif d’historiens britanniques dénonce, dans une tribune au « Monde », la nostalgie nationaliste qui sévit dans leur pays. Ils y voient l’origine d’un fantasme néfaste qui fait croire à un avenir radieux une fois que le pays sera sorti de l’Union européenne.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 16h30
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Dans sa tribune parue dans Le Monde du 23 novembre 2017 (« Non, le Brexit n’est pas seulement l’expression du nationalisme anglais »), Robert Tombs explique que le vote en faveur du Brexit aurait été l’expression d’une « certaine confiance anglaise » et « fondamentalement un vote de confiance dans les institutions démocratiques nationales ».
Malheureusement, il y a confiance et il y a témérité. En 1961, le prédécesseur de Mme May, M. Harold Macmillan, croyait pouvoir adhérer à la Communauté économique européenne (CEE), « mais », selon l’expression du général de Gaulle, « suivant ses propres conditions. » On sait ce qu’il est devenu de cette tentative.
Aujourd’hui, les Britanniques font l’inverse, en tentant de sortir de l’Union européenne (UE), mais toujours suivant leurs propres conditions, en l’occurrence un accord de libre-échange sur mesure. Il est permis de croire que cette deuxième entreprise ne réussira pas mieux que la première, et pour la même raison : la « confiance » démesurée des chefs britanniques en leur capacité de faire plier leurs partenaires européens.
Pur fantasme
L’illustration, s’il en fallait encore une, est offerte par la visite du président Macron le 18 janvier [sommet franco-britannique à Sandhurst]. Certes, nos deux pays ont signé quelques accords bilatéraux sur la coopération militaire en Estonie et au Mali, et la (troublante) cogestion de la frontière à Calais. Mais sur la relation britannique avec l’Europe, M. Macron s’est montré tout aussi ferme que le général de Gaulle : pas question d’un accord commercial qui porterait atteinte au marché unique. On voit donc que l’ambition britannique d’un traitement de faveur relève, non pas de la robuste confiance, mais du pur fantasme.
D’où vient cet excès de confiance, si nuisible aux intérêts britanniques ?
D’une part, un nationalisme britannique impérial, océanique qui se vante d’avoir...




                        

                        

