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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Rodolphe Durand, professeur à HEC, et Geneviève Ferone Creuzet, de l’agence de notation Prophil, préconisent dans une tribune au « Monde » des incitations fiscales pour orienter l’investissement vers les « modèles d’affaires vertueux »
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« La prise en compte du bien commun ne doit pas rester le fait d’un nombre restreint d’entreprises »

Rodolphe Durand, professeur à HEC, et Geneviève Ferone Creuzet, de l’agence de notation Prophil, préconisent dans une tribune au « Monde » des incitations fiscales pour orienter l’investissement vers les « modèles d’affaires vertueux »



Le Monde
 |    27.01.2018 à 17h00
    |

Rodolphe Durand (Professeur et directeur du Centre société et organisations à HEC Paris) et Geneviève Ferone Creuzet (Associée et cofondatrice de P...







                        



                                


                            

Tribune. La future loi sur le plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte) ouvrira des possibilités nouvelles aux entrepreneurs qui veulent construire des modèles d’affaires vertueux au service du bien commun. La question est de savoir si ce nouveau texte pourra aller au-delà pour viser un véritable changement d’échelle et permettre à la France de construire une économie compétitive, à impact positif et en phase avec les aspirations de nos concitoyens.

La réforme des articles 1832 et 1833 du code civil, pour y inclure les intérêts des parties prenantes autres que ceux des actionnaires, enverrait un signal clair à la société et au marché. Pourtant, on le voit, ce sujet bouscule des postures et ravive des passions. La plus grande crainte est de voir se multiplier des risques de conflits juridiques autour de la gestion des entreprises.
Le code civil apparaît pour certains comme une vache sacrée à laquelle il ne faut pas toucher. Pour les tenants du statu quo, la priorité est d’éviter tout changement qui risquerait d’épouvanter les porteurs de capitaux. Pour autant, aussi symbolique qu’elle soit, l’inscription dans le code civil ne fera pas tout.
Favoriser un changement d’échelle
La création du statut juridique de « l’entreprise à mission », articulant lucrativité et contribution au bien commun, est incontestablement une voie à privilégier. Ces modèles hybrides existent dans plusieurs pays. Aux Etats-Unis, plus de deux mille « benefit corporations » et plus d’un millier de « public benefit corporations » (PBC) ont été enregistrées depuis 2010. De son côté, l’Italie a créé en 2016 les « società benefit ». A ce jour, ce statut inspiré des PBC américaines a convaincu 45 entreprises. Huit pays étudient actuellement une proposition de loi (Australie, Argentine, Chili, Colombie, Canada, Brésil, Pérou, Royaume-Uni). A noter que cette nouvelle voie est d’ailleurs...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Professeur de droit animalier à Harvard, il travaille sans relâche, depuis près de quarante ans, à défendre la cause des primates. Son combat a permis au chimpanzé Cecilia d’obtenir le statut de personne juridique non humaine.
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Steven Wise, l’avocat des grands singes

Professeur de droit animalier à Harvard, il travaille sans relâche, depuis près de quarante ans, à défendre la cause des primates. Son combat a permis au chimpanzé Cecilia d’obtenir le statut de personne juridique non humaine.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 12h00
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Que pense Steven Wise de la victoire obtenue par l’avocat de Cecilia, en novembre 2016, au tribunal argentin de Mendoza ? « Nous en avons été ravis », répond-il. N’est-il pas déçu, tout de même, de n’être pas parvenu au même résultat pour ses propres clients, Hercule et Leo ? « Nous savons très bien que les cas où triomphent la liberté, l’égalité et la justice restent exceptionnels. » L’homme de loi est pugnace, et convaincu que le temps jouera en sa faveur.
Cecilia ne s’est pas rendue au tribunal, pas plus qu’Hercule et Leo. Tous trois sont des chimpanzés, et Steven Wise est leur meilleur avocat. Professeur de droit animalier à Harvard et dans d’autres universités américaines, il se bat sans relâche, depuis près de quarante ans, pour défendre leur cause. Si Cecilia est devenue en 2016 le premier animal du monde à se voir accorder le statut de personne juridique non humaine, si elle a quitté en avril 2017 le zoo où elle vivait enfermée pour rejoindre la réserve naturelle brésilienne de Sorocaba, elle le doit, bien sûr, à la juge de Mendoza qui a eu l’audace de franchir ce pas. Mais celui qui a ouvert le chemin, c’est Steven Wise. Cette décision consacre en effet la thèse défendue méthodiquement par son association, Nonhuman Rights Project (NRP), fondée sur les droits inhérents à l’habeas corpus. Soit le droit de ne pas être emprisonné sans jugement, jusqu’à présent réservé aux humains.
Droit à l’intégrité physique
Lorsqu’un ami lui suggère, à la fin des années 1970, de lire Animal Liberation, publié quelques années plus tôt par le philosophe australienPeter Singer,Wise exerce en pratique générale depuis trois ans. Pour le jeune avocat, qui opte sur-le-champ pour le végétarisme, c’est une révélation. « J’étais devenu avocat parce que je m’intéressais à la justice sociale. J’ai lu ce livre, j’ai compris qu’un nombre stupéfiant d’animaux non humains étaient traités de manière terrible et injuste, et qu’aucun...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Depuis les associations militantes et les cercles académiques qui pensent notre relation aux animaux, le sujet diffuse lentement vers le grand public, souligne, dans sa chronique, Stéphane Foucart, rédacteur au « Monde ».
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« La question animale s’installe discrètement dans la culture populaire »

Depuis les associations militantes et les cercles académiques qui pensent notre relation aux animaux, le sujet diffuse lentement vers le grand public, souligne, dans sa chronique, Stéphane Foucart, rédacteur au « Monde ».



Le Monde
 |    27.01.2018 à 11h24
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            

Chronique. Cesserons-nous un jour de manger la chair des animaux ? Chaque jour le végétarisme semble prendre un peu plus de place sur la scène médiatique. Pas une semaine ne passe sans que l’opinion française soit confrontée à ces mots qui étaient encore absents ou presque du débat public voilà seulement une décennie : cause animale, antispécisme, véganisme (mode de vie excluant toute forme d’exploitation des animaux)…
Tout cela nous semble très récent, mais peut-être n’y a-t-il là que la remobilisation d’une vieille rengaine, dont on peut d’ailleurs faire remonter l’origine très loin, jusqu’à Plutarque (Ier siècle) ou Pythagore (VIe siècle avant J.-C.), qui, en leur temps, interrogeaient déjà le principe même de la consommation de viande.

En bref, il pourrait n’y avoir là que de veilles lubies, de celles qui surgissent de temps à autre, qui émergent brièvement dans la conversation publique avant de disparaître sans avoir rien changé au réel. Dans quelques années, toutes ces histoires seront peut-être oubliées, et l’on mangera avec le même appétit une belle côte de bœuf saignante, une joue de cochon a la plancha ou un foie de veau à la bordelaise.
Un thème récurrent
Peut-être, mais peut-être pas. Il suffit pour en douter de voir comment, depuis quelque temps, la question animale s’installe discrètement dans la culture populaire. Depuis les associations militantes et les cercles académiques qui pensent notre relation aux animaux non humains, le sujet diffuse lentement vers le grand public. Et il y a sans doute là une nouveauté. Les exemples récents ne manquent pas. Ferdinand, le film d’animation des studios Blue Sky, réalisé par Carlos Saldanha et sorti en France fin décembre, en est une illustration. L’histoire, assez convenue, est celle d’un taureau paisible et bienveillant, destiné à combattre dans l’arène. Rien de neuf ? L’aversion pour la corrida est indéniablement un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. Les scandales, mêlant mallettes d’argent sale et tractations en sous-sol, se sont succédé à la tête du pouvoir au point d’étourdir les Brésiliens.
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Au Brésil, une démocratie en déliquescence

Editorial. Les scandales, mêlant mallettes d’argent sale et tractations en sous-sol, se sont succédé à la tête du pouvoir au point d’étourdir les Brésiliens.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 10h45
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h51
   





                        


« Editorial du Monde. » Après les bravades, les larmes et les outrances, Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula », président du Brésil de 2003 à 2011, a obtempéré. Vendredi 26 janvier, ses avocats sont venus remettre le passeport de l’ancien chef d’Etat aux autorités policières de Sao Paulo. Cette mesure était réclamée par un juge de Brasilia, au lendemain de sa condamnation à douze ans et un mois de prison pour corruption passive et blanchiment d’argent.

        Lire aussi :
         

                L’ex-président Lula empêché de quitter le territoire brésilien



Une humiliation de plus pour l’ex-syndicaliste, figure de la lutte ouvrière sous la dictature militaire (1964-1985), qui fut l’un des plus grands dirigeants politiques du pays et la star des sommets internationaux au temps de sa splendeur. Le sort de Lula, « père des pauvres » dont la politique sociale a sorti des millions de Brésiliens de l’indigence, déchaîne les passions.
Ses alliés protestent de son innocence et le défendent tel un dieu tandis que ses ennemis le considèrent comme un bandit. En dépit des étrangetés avérées de la procédure judiciaire, il n’est pas absurde d’imaginer que l’ancien métallo et son Parti des travailleurs aient, à l’instar de leurs prédécesseurs, succombé à la tradition clientéliste du système politique brésilien. Déjà, en 2005, le scandale du « mensalao » (l’achat de voix de parlementaires) avait failli lui coûter sa réélection. Et, au-delà de cette première condamnation, Lula fait également l’objet de huit autres procédures judiciaires.
Immunité dévoyée
Mais le malaise grandit depuis l’« impeachement » controversé, en 2016, de la présidente Dilma Rousseff, héritière et successeure de Lula. Loin de servir la cause de l’éthique promise depuis le déclenchement de l’opération anti-corruption « Lava Jato » (« lavage express »), la disgrâce de Lula offre le spectacle affligeant d’un vieux monde politique en déliquescence.
Au moment où les juges prononçaient la sentence contre l’ex-métallo, l’actuel président, Michel Temer, participait au sommet de Davos, tentant de faire oublier les lourdes accusations qui pèsent contre lui : corruption passive, participation à une organisation criminelle et obstruction à la justice.
Jusqu’à présent, le chef de l’Etat est parvenu à suspendre les procédures qui le visent au prix d’un marchandage éhonté avec des parlementaires, eux-mêmes en délicatesse avec la justice. Au Congrès brésilien, pas moins de 45 sénateurs sur 81 doivent répondre d’accusations criminelles, pointe le site Congresso em Foco, qui scrute l’activité parlementaire. Rien de neuf. « Lava Jato » n’a fait que mettre en lumière des pratiques bien antérieures à l’arrivée au pouvoir de Lula.
Après les manifestations monstres de 2015 et 2016 réclamant au nom de la « morale » le départ de Dilma Rousseff, les scandales, dignes d’un film de série B, mêlant mallettes d’argent sale et tractations en sous-sol, se sont succédé au point d’étourdir les Brésiliens. Mais le statut de foro privilegidao (« citoyen privilégié ») protège les politiciens en fonctions ; l’immunité dont ils bénéficient, légitime dans son principe, est dévoyée et instrumentalisée avec le plus grand cynisme.
L’élite de Brasilia baigne dans un climat d’impunité de nature à écœurer le peuple. A quelques mois de l’élection présidentielle, le Brésil, pays parmi les plus inégalitaires au monde, renvoie l’image d’une société de castes où les dirigeants n’obéissent pas aux mêmes lois que les miséreux. C’est indigne et dangereux pour la plus grande démocratie d’Amérique latine.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Quasi inaudibles en  2011, lors de l’affaire du Sofitel, les femmes victimes de harcèlement sexuel ont imposé des remises en cause et des débats d’une ampleur insoupçonnée. Récit d’un basculement.
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De DSK à #balancetonporc, une révolution française

Quasi inaudibles en  2011, lors de l’affaire du Sofitel, les femmes victimes de harcèlement sexuel ont imposé des remises en cause et des débats d’une ampleur insoupçonnée. Récit d’un basculement.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 09h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 11h47
    |

            Jean-Baptiste de Montvalon








                        



                                


                            

Mai 2011. Un homme est à la « une », en majesté – si l’on peut dire –, sa victime présumée ­reléguée dans les pages intérieures, où son existence est à peine mentionnée. Inculpé par la justice américaine pour « agression sexuelle, tentative de viol et séquestration », Dominique Strauss-Kahn accapare les médias du monde entier qui relatent, sidérés, la vertigineuse ­déchéance du tout-puissant président du Fonds monétaire international (FMI), officieusement en course pour l’Elysée.
Celle qui dit avoir subi ses assauts est inaudible. Invisible. Son visage à l’abri pour se cacher des caméras, Nafissatou Diallo n’est qu’une silhouette ­enveloppée d’une couverture blanche ; un fantôme, uniquement désigné par le nom d’emprunt (« Ophelia ») que cette jeune femme de 32 ans, originaire de Guinée, s’était choisi pour travailler au Sofitel de New York.
Octobre 2017. Un autre homme, un autre puissant parmi les puissants, le producteur américain Harvey Weinstein, est accusé de harcèlement sexuel puis de viol. Mis au ban de l’industrie sur laquelle il a régné, l’agresseur présumé s’est retiré dans une clinique de traitement des addictions. C’est lui, cette fois, que l’on oublie, que l’on ignore. Ce sont les noms et les visages de ses victimes qui s’affichent, pleine page, plein écran. La liste de ses accusatrices, des stars d’Hollywood, s’allonge chaque jour : plus de 80 au bout de quatre ­semaines. Les femmes ont la parole. Elles ont osé la prendre, non sans courage, s’en sont emparées, et ne la lâcheront plus. La vague ­devient tsunami, traverse l’Atlantique et le ­Pacifique, portée par le hashtag planétaire #metoo (« moi aussi ») et ses différentes traductions, dont la radicale version française #balancetonporc.
Moins d’un septennat nous sépare de ce qui ressemble rétrospectivement à un (nouvel) Ancien ­Régime
Ce déferlement, toujours en cours, donne la mesure du phénomène. Universel, il est également ancien. On le savait sans le croire, faute de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ L’expression orale est un art démocratique, accessible à tous, pour peu que l’école prenne le soin d’en transmettre les techniques, explique, dans une tribune au « Monde », le directeur des formations à l’art oratoire et professeur d’art oratoire à Sciences Po.
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Article sélectionné dans La Matinale du 26/01/2018
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Cyril Delhay : « Pour que le grand oral fonctionne, il faudra en enseigner les techniques »

L’expression orale est un art démocratique, accessible à tous, pour peu que l’école prenne le soin d’en transmettre les techniques, explique, dans une tribune au « Monde », le directeur des formations à l’art oratoire et professeur d’art oratoire à Sciences Po.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h57
    |

Cyril Delhay (Directeur des formations à l’art oratoire et professeur d’art oratoire à Sciences Po)







                        



                                


                            

Tribune. Un grand oral au bac, c’est une chance extraordinaire pour tout notre système éducatif en envoyant un message clair : il a autant d’importance que l’écrit et sera au moins autant utile dans la vie sociale et professionnelle de d’élève. Il a ses règles propres et ses méthodes d’enseignement : une quinzaine d’heures suffit avec une jauge de quinze élèves pour donner les clés pour parler debout devant les autres de façon argumentée.
Bien loin d’être un discriminant social, l’oral peut être un formidable vecteur d’égalité des chances, à condition qu’il s’agisse bien d’une épreuve orale et non d’un écrit disciplinaire transposé à l’oral. ­Contrairement aux idées reçues, l’oral ne demande quasiment pas de prérequis ni un quelconque talent de naissance venu d’une fée – y compris sociale – qui se serait penchée sur le berceau.

C’est un art démocratique à ­condition que ses techniques soient précisément enseignées. La difficulté de notre système éducatif en matière d’oral tient à son non-enseignement. L’oral est une technique du corps. Il est fondé sur des méthodes éprouvées depuis l’Antiquité, celles de l’acteur en ce qu’elles sont physiques : il n’est que de relire Quintilien et son Institution oratoire, écrite il y a deux mille ans. L’auteur latin, fondateur de la première école d’art oratoire à Rome, précepteur des neveux de l’empereur, consacre un livre entier au corps dans la prise de parole.
Pratiques corporelles
Aujourd’hui, les méthodes sérieuses d’apprentissage de l’oral commencent par la conscience corporelle et l’usage d’une respi­ration libre. D’un point de vue didactique, il y a plus intérêt à interroger l’apprenant sur ses pratiques sportives et artistiques, même si elles remontent à l’enfance, et à partir d’elles que de la construction grammaticale.
Qu’il soit permis de prendre un exemple personnel. Dans le cadre de ses partenariats, Sciences Po forme chaque année une vingtaine de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ La directrice du FMI estime, dans un entretien au « Monde », que la lutte pour les femmes « est un combat collectif auquel tout le monde doit participer ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 26/01/2018
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Christine Lagarde : sur le sexisme, « ne surtout pas s’imaginer que ça y est, c’est gagné »

La directrice du FMI estime, dans un entretien au « Monde », que la lutte pour les femmes « est un combat collectif auquel tout le monde doit participer ».



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h38
    |

            Sylvie Kauffmann (Davos, Suisse, envoyée spéciale) et 
Isabelle Chaperon (Davos, Suisse, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde était cette année coprésidente du Forum économique mondial. Elle a répondu aux questions du Monde, vendredi 26 janvier, dernier jour du Forum de Davos.
Pour la première fois, ce Forum de Davos était coprésidé par sept femmes, une décision prise avant l’affaire Weinstein, et le sujet du harcèlement sexuel y a été débattu. Assistons-nous à un mouvement important en faveur des femmes ?
Oui, c’est un mouvement de fond qui a été activé depuis octobre 2017. Mais ce mouvement ne peut rester actif que si on le fait vivre en mesurant le problème, en établissant des objectifs, des actions, des vérifications, des classements… Il faut continuer à le faire. Il ne faut surtout pas baisser la garde.
Vous en parlez beaucoup ?
Je vois que ce mouvement #metoo est un moment de grand embarras pour les hommes. Chaque fois que j’ai évoqué ces sujets devant un public mixte, j’ai vu que les hommes étaient très embarrassés pour s’exprimer. Ce n’est pas facile. J’espère que l’on va pouvoir transformer cette colère légitime et cet embarras collectif en actions positives afin d’empêcher, je n’ose pas dire éradiquer, le harcèlement, les discriminations, les injustices, les écarts de salaires, etc. C’est un combat collectif auquel tout le monde doit participer, y compris les hommes. Et ce combat a aussi un impact économique. Mais il ne faut surtout pas s’imaginer que ça y est, cette fois, c’est gagné.
Qu’avez-vous pensé de la tribune publiée dans Le Monde, signée de 100 femmes, dont Catherine Deneuve ?
Terriblement maladroite. Revendiquer la « liberté d’importuner », c’est offensant pour toutes celles – et ceux – qui ont été importunées contre leur volonté.
Et vous, avez-vous été confrontée au harcèlement sexuel ?
Probablement moins que d’autres, parce que je mesure 1,80...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’universitaire Blanche Lochmann pense que le rapport de la « mission baccalauréat » révèle l’incapacité des acteurs à concilier budget équilibré et excellence pour tous.
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Réforme du bac : « Si les progrès des élèves sont véritablement recherchés, le projet doit être retravaillé »

Dans une tribune au « Monde », l’universitaire Blanche Lochmann pense que le rapport de la « mission baccalauréat » révèle l’incapacité des acteurs à concilier budget équilibré et excellence pour tous.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h59
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Blanche Lochmann (présidente de la Société des agrégés de l'Université)







                        



                                


                            
Tribune. On se demande quel est le statut de ce nouveau rapport. Quel temps pour la discussion des propositions si la réforme doit être présentée en conseil des ministres dès le 14 février ? Comment concevoir un nouveau baccalauréat quand certaines missions, comme celle qui a été confiée à Cédric Villani et Charles Torossian sur l’efficacité de l’enseignement des mathématiques, n’ont pas encore rendu leurs conclusions ? Quand le Conseil supérieur des programmes n’a pas encore pu proposer de solutions aux graves difficultés dont témoignent les mauvaises places des élèves français dans les classements internationaux ? Réformer les épreuves du baccalauréat avant de s’interroger sur le contenu des cours et sur l’entraînement nécessaire à l’amélioration des performances des élèves est incertain.
Par ailleurs, si la réforme du baccalauréat est urgente, n’est-ce pas à cause de l’écart entre le niveau de l’examen actuel et l’enseignement supérieur ? A cause de l’échec à l’université ? Il est donc très étrange que le rapport propose de détruire des filières structurantes pour les remplacer par un système calqué sur un modèle universitaire précisément impuissant devant les difficultés actuelles des étudiants des premières années (organisation modulaire, semestrialisation des enseignements).
Les mesures adoptées ces dernières années n’ont cessé de réduire la qualité de l’enseignement et n’ont montré aucun effet positif sur les capacités et les performances des élèves
Certaines maladresses du rapport sont-elles voulues ? Les considérations apparemment hors sujet que le texte contient sur les ressources humaines de l’Education nationale laissent deviner, sous la réforme, les impératifs budgétaires. Il faut dire que, depuis de nombreuses années, qu’il s’agisse des réformes Darcos, Chatel, Peillon, Hamon, Vallaud-Belkacem…, quels que soient les objectifs (réforme du lycée, du collège, de la formation des professeurs ou les propositions de cette mission...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’universitaire soutient les propositions de réformes du baccalauréat qui revalorisent les équipes pédagogiques des lycées et donnent une vraie autonomie aux universités
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Jean-Robert Pitte : « La réforme du bac est juste et bonne »

Dans une tribune au « Monde », l’universitaire soutient les propositions de réformes du baccalauréat qui revalorisent les équipes pédagogiques des lycées et donnent une vraie autonomie aux universités



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h45
    |

Jean-Robert Pitte (Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences morales et politiques et ancien président de l'université Paris-Sorbonne (2003-2...







                        



                                


                            
Tribune. Le baccalauréat est un rite de passage devenu monument historique ou, comme dirait Pierre Nora, un lieu de mémoire de l’identité française. Loin de moi l’idée de nier la nécessité de l’un et de l’autre. Le problème est qu’au fil des ans, le bac est en partie devenu une passoire et son statut de premier grade de l’enseignement supérieur est une mascarade. Jean-Pierre Chevènement avait cent fois raison de dire que 80 % d’une classe d’âge devait accéder au niveau du baccalauréat. Je dirais même 100 %, à la condition de ne pas oublier l’élément de sa phrase « au niveau du ».
Il est démagogique et injuste de laisser croire à un grand nombre de jeunes lycéens que, munis de l’illusoire sésame, ils ont un accès libre à n’importe quelle filière de l’enseignement supérieur et que s’ils échouent, c’est parce que les universités manquent de moyens pour les encadrer et rattraper leurs lacunes dans les disciplines qui sont indispensables à leur réussite.

Quant aux sureffectifs dans des filières d’apparence séduisante mais sans débouchés professionnels suffisants, c’est une question que les universités ont très largement refusé de traiter de front, préférant réclamer – en vain – des moyens supplémentaires pour accueillir tout le monde et se résignant en dernier ressort à l’affligeant tirage au sort.
Revalorisation des équipes pédagogiques
Comment un nombre non négligeable de professeurs de lycées et d’universités a pu adhérer à l’idéologie de la réussite pour tous sans effort ? Leur argument est connu : moins les jeunes ont pu bénéficier d’un entourage familial les accompagnant dans le travail scolaire et l’éveil à la vie intellectuelle et à la culture savante, moins il faut être exigeant avec eux. Funeste erreur qui témoigne d’une ignorance abyssale des principes qui animaient les hussards noirs de la IIIe République pour qui l’exigence était grande et la même pour tous, y compris vis-à-vis des enfants de parents...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », la sociologue Nathalie Mons observe que le bac français a fait école dans les pays de l’OCDE mais il doit aussi devenir un instrument au service de la socialisation des jeunes.
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Nathalie Mons : « Le bac est devenu complexe et son organisation est chronophage »

Dans une tribune au « Monde », la sociologue Nathalie Mons observe que le bac français a fait école dans les pays de l’OCDE mais il doit aussi devenir un instrument au service de la socialisation des jeunes.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h53
    |

Nathalie Mons (professeure de sociologie, université de Cergy-Pontoise)







                        



                                


                            

Tribune. Après des années de « bac bashing » – l’examen étant jugé par ses détracteurs trop cher, trop complexe à organiser pour les établissements scolaires, trop stressant pour les élèves –, la réforme de notre monument national est sur les rails. Point positif de la réflexion actuelle : la feuille de route gouvernementale ne vise pas le démantèlement du bac, elle doit rapprocher l’épreuve bicentenaire des priorités d’une société en mutation rapide.
Au vu des comparaisons internationales, en effet, le baccalauréat n’est pas une spécificité française. Aujourd’hui, dans les pays de l’OCDE, une très grande majorité des systèmes éducatifs pratiquent un examen national externe à la fin du second cycle du secondaire pour certifier le niveau des élèves qui quittent le système scolaire.
Mieux, ce modèle du baccalauréat français – des sujets d’examen et des corrections indépendants de l’établissement – s’est développé dans l’OCDE depuis quinze ans. Au milieu des années 1990, la très grande majorité des pays laissaient à leurs lycées la possibilité de délivrer un certificat « maison » uniquement fondé sur le contrôle continu en cours d’année par les enseignants. Désormais, le modèle français du baccalauréat est devenu dominant dans l’OCDE.
Des test standardisés, souvent payants
De multiples facteurs convergent pour expliquer cette généralisation des examens externes en fin de secondaire. Leur intérêt principal est de permettre une évaluation des acquisitions réelles des élèves qui soit de plus harmonisée au niveau national. Dans un contexte de démocratisation de l’enseignement scolaire et du supérieur, de mobilités croissantes nationales et internationales des jeunes, et face à un développement économique qui requiert des ressources humaines de plus en plus qualifiées, les exigences sociales des universités, des entreprises et des parents de plus en plus éduqués se sont conjuguées pour à la fois mieux connaître et certifier...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le sociologue Pierre Merle juge que l’importance accordée aux notes et au contrôle continu pour le baccalauréat pose problème. Il estime notamment qu’il faudrait aussi tenir compte du rapport entre compétences et aptitudes des élèves à suivre avec succès un enseignement supérieur.
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Pierre Merle : « Les réformes du bac et de l’accès à l’université suscitent de multiples réserves »

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Pierre Merle juge que l’importance accordée aux notes et au contrôle continu pour le baccalauréat pose problème. Il estime notamment qu’il faudrait aussi tenir compte du rapport entre compétences et aptitudes des élèves à suivre avec succès un enseignement supérieur.



Le Monde
 |    27.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 10h47
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                            Pierre Merle (Sociologue, professeur à l'Université européenne de Bretagne)








                        



                                


                            
Tribune. Il faut reconnaître à l’actuel gouvernement un mérite : ne pas se satisfaire d’une croissance non contrôlée des effectifs universitaires associée à un taux d’échec considérable. Pour sortir de l’impasse, celui-ci envisage deux réformes enchâssées l’une dans l’autre : une nouvelle organisation du lycée et du bac, et une sélection à l’entrée à l’université.
Les grands principes de la réforme semblent déjà établis avec la suppression des séries du bac général S, ES, L (scientifique, économique et social, littéraire), remplacées par des enseignements de tronc commun et des enseignements spécialisés. Les épreuves du baccalauréat seraient limitées à six épreuves écrites (comptant pour seulement 60 % de la note finale), les autres disciplines feraient l’objet d’un contrôle continu. Un grand oral, doté d’un coefficient important, constituerait la grande nouveauté.
Dans la future réforme, l’accès à l’université est fondé sur une sélection en fonction d’un dossier dans lequel les notes obtenues par les lycéens dans les différentes disciplines, pondérées de façon spécifique selon leurs vœux universitaires, constitueraient sans aucun doute l’élément déterminant de la sélection, compte tenu de l’impossibilité matérielle pour les universités d’étudier chaque dossier.
Des pratiques de notation différentes
Séduisantes dans leur principe, ces deux réformes suscitent de multiples réserves. On se limitera à trois d’entre elles. La première tient à l’importance cardinale accordée aux notes. Au début du XXe siècle, de nombreux chercheurs ont contribué à la naissance d’une science des examens dont l’objet a été d’étudier la fiabilité statistique des évaluations scolaires. Certes, la notation permet de distinguer les bons élèves des plus faibles.
Mais, pour l’écrasante majorité des élèves « moyens », l’estimation de leurs compétences relève de la loterie en raison d’un ensemble de biais cognitifs d’évaluation, quelles que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Un collectif de personnalités européennes, parmi lesquelles Beate et Serge Klarsfeld et Tony Gatlif, demande dans une tribune au « Monde » la création d’une fondation pour la mémoire du génocide contre les Roms.
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Il faut créer « une Fondation européenne pour la mémoire du génocide des Roms »

Un collectif de personnalités européennes, parmi lesquelles Beate et Serge Klarsfeld et Tony Gatlif, demande dans une tribune au « Monde » la création d’une fondation pour la mémoire du génocide contre les Roms.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 19h00
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                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Bientôt, la porcherie installée sur le site du camp de concentration sera détruite. L’odeur fétide qui enveloppe immanquablement le visiteur aura disparu. La stèle installée sur les fosses communes sera déplacée. Un mémorial sera bâti.
Plus de soixante-dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, le site du camp pour Roms à Lety, en République tchèque, sera enfin traité avec la dignité qu’il mérite. Un terme sera mis au « locucide » – crime contre le lieu – de Lety.
Ce fut tout sauf simple à obtenir : ce n’est que grâce à une mobilisation exceptionnelle menée par la société civile européenne, Roms et non-Roms ensemble, que les autorités tchèques et les propriétaires ont fini par conclure un accord pour le rachat de la porcherie en vue de sa destruction.
Si cela constitue une victoire historique, les problématiques qui ont fait de Lety un symbole européen perdurent partout sur le continent : le manque de connaissance et de recherche concernant le génocide contre les Roms (ou Samudaripen, ou Porajmos), le racisme et les discriminations qui sont par bien des aspects la continuation des persécutions d’alors, la marginalisation sociale qui se poursuit depuis des décennies, l’ignorance de la diversité des cultures et des histoires des Roms.
Promouvoir la recherche historique
Comme nous l’enseigne le cas de Lety, ce n’est que par un engagement déterminé et conjoint de la société civile et des institutions que pourra être mis un terme à l’histoire des persécutions des Roms, dont le génocide fut le point culminant, et qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi nous appelons à la création d’une Fondation européenne pour la mémoire du génocide contre les Roms !
Elle devra promouvoir tout d’abord la recherche historique. Le financement et la publication de travaux de recherche, le recueil de témoignages, la constitution d’archives et l’organisation de colloques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Tunisie, où vas-tu ? (2/6). Formé à l’école du « père de la nation » Habib Bourguiba, l’actuel président, âgé de 91 ans, se pose en champion du « prestige » de l’Etat. Au risque d’affaiblir l’inspiration parlementaire de la Constitution post-révolution.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤         

Analyse

En Tunisie, Béji Caïd Essebsi et la tentation du présidentialisme

Tunisie, où vas-tu ? (2/6). Formé à l’école du « père de la nation » Habib Bourguiba, l’actuel président, âgé de 91 ans, se pose en champion du « prestige » de l’Etat. Au risque d’affaiblir l’inspiration parlementaire de la Constitution post-révolution.

Par                                            Mohamed Haddad et 
Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)
    



LE MONDE
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        Le 26.01.2018 à 18h55

     •
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        Mis à jour le 27.01.2018 à 10h10






    
Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, en tenue traditionnelle au palais de Carthage le 25 juillet 2017.
Crédits : FETHI BELAID / AFP


Elle trône, superbe, conquérante, en surplomb des terrasses de cafés de l’avenue qui porte son nom. La statue équestre de Habib Bourguiba a regagné en mai 2016 le cœur de Tunis et le « père de la nation », tout de bronze coulé, pointe à nouveau son bras vers la Médina toute proche. La symbolique de ce retour au bercail du héros de l’indépendance n’a pas fini de faire sentir ses effets sur la scène politique tunisienne.
Quand Béji Caïd Essebsi, l’actuel chef de l’Etat, a pris cette initiative, la plupart des observateurs n’y ont vu qu’une juste réparation. Il ne s’agissait rien tant que de laver l’affront qu’avait infligé au « commandant suprême » son héritier infidèle, Zine El-Abidine Ben Ali, qui avait exilé en 1988 – un an après son « coup d’Etat médical » contre un Bourguiba vieillissant – l’auguste icône au port de la Goulette, au nord de Tunis. Depuis la révolution de 2011, qui avait mis à bas le dictateur Ben Ali, il n’était que temps de réhabiliter le fondateur de la Tunisie moderne dans tout son panache.

        Présentation de notre série
         

          Tunisie, où vas-tu ?



L’affaire pourtant ne se résumait pas à de la simple muséographie urbaine. Au-delà de la statue elle-même, elle signalait le retour d’une certaine conception du pouvoir qui constitue le logiciel historique de Béji Caïd Essebsi, élu à la présidence de la République à la fin 2014 avec pour mandat de restaurer le « prestige » d’un Etat affaibli par les turbulences post-révolutionnaires.
Associé aux sphères du pouvoir d’avant 2011
Agé de 91 ans, M. Essebsi, avocat de formation, fut dans sa jeunesse un militant du Néo-Destour, l’avant-garde du mouvement national tunisien, avant de débuter une carrière dans l’appareil sécuritaire du nouvel Etat tunisien formé au lendemain de l’indépendance en 1956. Habib Bourguiba, auquel il consacra plus tard une biographie (Habib Bourguiba : le bon grain et l’ivraie, Sud Editions, 2009), est son héros, sa référence. Il mûrit à son école, gravissant tous les échelons d’une brillante carrière : directeur de la sûreté nationale, ministre de l’intérieur, ministre de la défense, ministre des affaires étrangères. Et cette école-là n’est pas celle de la démocratie. Elle est celle du culte du pouvoir personnel, elle est celle de la cour et de ses intrigues. Au lendemain de l’éviction en 1987 de Bourguiba par Ben Ali, qui incarne alors la jeunesse et l’ouverture avant de se dévoyer dans l’autocratie mafieuse, M. Essebsi prend du champ, dépité par les offenses répétées à l’héritage bourguibiste. Loin de rejoindre l’opposition démocratique, il reste toutefois associé aux sphères du pouvoir d’avant 2011.

    
A Tunis, le 1er juin 2016, le président tunisien Béji Caïd Essebsi devant la statue réinstallée du « père de la nation », Habib Bourguiba, que Ben Ali avait fait déboulonner en 1988 après sa prise de pouvoir par coup d’Etat.
Crédits : FETHI BELAID/AFP


Tel est l’homme qui aujourd’hui préside aux destinées de la Tunisie. Il fait partie de cette frange de l’élite traditionnelle qui, pas trop compromise avec le proche entourage de Ben Ali, a habilement surfé sur la révolution de 2011 pour en canaliser le cours, lui éviter les chambardements radicaux. Les démocrates tunisiens inquiets de la poussée islamiste l’ont soutenu quand il a fondé en 2012 le parti Nidaa Tounès, point de ralliement des laïcs et modernistes soucieux de défendre le progressisme sociétal – en particulier les droits des femmes – hérité de l’ère bourguibienne.
Mais voilà que ces mêmes démocrates s’alarment aujourd’hui, comme en témoigne cet « Appel du 17 décembre 2017 » diffusé à l’occasion du septième anniversaire du déclenchement de la révolution à Sidi-Bouzid et dans lequel un millier de signataires dénonçaient l’« offensive antidémocratique et réactionnaire » du pouvoir actuel. Certes, cet Appel visait avant tout le condominium dirigeant formé par l’alliance entre Nidaa Tounès (« moderniste ») et Ennahda (« islamiste »), réconciliés après s’être âprement combattus, mais Béji Caïd Essebsi était clairement ciblé dans le texte. Il lui est reproché sa tentation d’un « retour au présidentialisme ».
Il y a là comme une anomalie, une bizarrerie. Depuis l’adoption en janvier 2014 de la nouvelle Constitution de la Tunisie post-révolutionnaire – votée dans une vive émotion à la quasi-unanimité de l’Assemblée constituante d’alors –, il était largement admis que la Tunisie venait de clore ses querelles institutionnelles, centrées notamment sur la place de l’islam dans l’Etat, pour s’attaquer enfin aux immenses défis économiques et sociaux en souffrance : la fracture socio-territoriale entre le littoral et l’arrière-pays, le chômage des jeunes, etc.

        Premier épisode
         

          Le consensus politique tunisien, étouffoir des idéaux de la révolution de jasmin



Etait-ce un malentendu ? Au vu des actes et des propos du président Essebsi, il apparaît en effet que la question institutionnelle n’est pas soldée. Le chef de l’Etat continue de la poser. Il ne s’agit pas à ses yeux de remettre en cause le compromis historique sur les relations entre Etat et religion – affaire réglée autour de la préservation de l’« Etat civil » – mais d’interroger l’équilibre entre inspirations parlementaire et présidentielles du texte fondamental. Et c’est là que sa filiation avec le bourguibisme prend tout son sens.
Frustration à l’égard de la Constitution
De toute évidence, la Constitution de 2014 ne plaît pas au chef de l’Etat. Il trahit d’ailleurs à intervalles réguliers sa frustration. Dans un entretien accordé le 6 septembre 2017 au quotidien francophone La Presse, il s’en était pris avec virulence à un certain nombre de contre-pouvoirs – les « instances indépendantes » prévues par la Constitution pour s’occuper des élections, de la justice transitionnelle, de la lutte anticorruption etc. – qui abusent à ses yeux de leurs prérogatives au point de « menacer l’existence de l’Etat ». Sans la nommer expressément, le chef de l’Etat visait surtout l’Instance vérité et dignité, chargée de la justice transitionnelle dont il n’a jamais apprécié le travail de divulgation des abus et des crimes des régimes autoritaires passés.
Au-delà, il était allé jusqu’à exhorter à « revoir la nature du système politique » et à « rectifier les insuffisances du système constitutionnel » sources de « paralysie », ce que les commentateurs avaient interprété comme un appel à une révision constitutionnelle. Devant l’émotion soulevée par ses propos, le chef de l’Etat avait ensuite rectifié le tir. « On ne change pas de Constitution tous les quatre matins », avait-il déclaré au Monde le 18 décembre 2017. Mais il exprimait clairement sa préférence : « Je suis pour un système présidentiel bien contrôlé pour éviter la dérive présidentialiste que nous avons connue sous Bourguiba et Ben Ali. »

        Lire aussi :
         

                Mehdi Jomaa : « Les dirigeants actuels de la Tunisie manquent de vision »



Le problème est que la Constitution de 2014 n’a pas instauré un « système présidentiel », mais un régime mixte dont la dimension parlementaire est très marquée. Selon la lettre, le chef de gouvernement est doté de très larges pouvoirs, supérieurs même à ceux du chef de l’Etat. Or, dans la pratique quotidienne, la hiérarchie est inversée : le président de la République, qui tire sa légitimité de son élection au suffrage universel, exerce un ascendant indubitable sur le premier ministre.
Depuis l’entrée en vigueur de la Constitution, les titulaires de cette fonction n’ont jamais été des poids lourds politiques, handicap qui a facilité les empiétements présidentiels. Autant Habib Essid (janvier 2015-août 2016) que son successeur, Youssef Chahed, sont des technocrates, non élus, peu enclins à défendre l’intégralité de leurs prérogatives constitutionnelles.
Et s’ils ont essayé – et parfois réussi – de préserver leur autonomie face aux exigences de Nidaa Tounès, le parti arrivé en tête des législatives de 2014, ils ont dû s’incliner à chaque fois qu’un conflit les a opposés au palais de Carthage, le siège de la présidence de la République situé au nord de Tunis. Du reste, c’est le chef de l’Etat lui-même qui choisit les premiers ministres avant de les pousser à la sortie, comme cela avait été le cas avec Habib Essid, coupable de lui avoir trop résisté. Quant à Youssef Chahed, le palais de Carthage ne manque pas de lui rappeler, dès qu’une tension se manifeste, à qui il doit son poste. « C’est le président qui a créé M. Chahed », glisse un proche de M. Essebsi. Dès lors, comment un tel chef de gouvernement pourrait-il avoir l’outrecuidance de s’émanciper ?
« Tout chamboulé »
« Ce qui se passe est ahurissant, s’inquiète Hatem M’rad, professeur de sciences politiques. M. Essebsi a tout chamboulé pour tout ramener à lui. Il y a une Constitution formelle et il y a une autre Constitution politique sur le terrain. » L’un des exemples de ce déplacement du centre de gravité politique de la Kasbah (le siège du gouvernement au centre de Tunis) à Carthage est la formation en 2017 sous l’autorité du chef de l’Etat d’un Conseil national de sécurité s’occupant non seulement de questions régaliennes – prérogatives incontestables du président de la République – mais aussi plus étrangement de la santé, de l’éducation, de l’environnement… Faut-il y voir un « gouvernement bis » ?
A Carthage, on justifie cette présidentialisation de la géographie du pouvoir par l’urgence de régler des problèmes brûlants : lutte contre le terrorisme, relance de l’économie, etc. « Au tout début, en 2015, on a laissé faire le gouvernement, confie un proche du chef de l’Etat. Mais cela n’a pas marché. Face aux problèmes qui s’accumulaient, les gens disaient : “Mais où est donc le président ?” Nous avons dû intervenir par défaut. Il fallait remplir un vide. » Présidentialisation contrainte ? Ou plutôt culture du pouvoir héritée du passé de M. Essebsi ?

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                En Tunisie, « le risque d’une dérive autoritaire »



Cette théorie de la présidentialisation « par défaut », imposée par la prétendue incurie des autres institutions, serait toutefois plus convaincante si Carthage avait vraiment laissé s’épanouir les autres pôles de pouvoir. Quand l’entourage du président s’indigne de la « faillite » du « régime des partis », qui risquerait de précipiter « la chute de la démocratie », il oublie de préciser que l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) n’a jamais été en état de travailler correctement. « Il y a une volonté politique évidente d’empêcher que l’Assemblée exerce véritablement son rôle de contrôle de l’exécutif et d’initiateur de la loi », s’alarme un analyste.
L’ARP n’est ainsi toujours pas dotée de son autonomie administrative et financière, pourtant prévue par la Constitution. Ce déficit de volonté politique d’organiser la séparation des pouvoirs se confirme par ailleurs dans les blocages entravant la mise en place de la Cour constitutionnelle. « En l’absence d’un contrôle de constitutionnalité, on ne peut pas parler de réelle démocratie », s’inquiète Raoudha Karafi, présidente de l’Association des magistrats tunisiens.
Face à un bloc exécutif qui a du mal à se départir d’une conception traditionnelle du pouvoir, les députés commencent à se rebiffer. Ils cherchent ainsi à créer des commissions d’enquête autant qu’il est possible, comme l’illustre le récent projet d’un élu d’examiner les dégâts de l’industrie extractive. Et ils interpellent de plus en plus le gouvernement. En l’espace d’un an, ils lui ont adressé deux fois plus de questions orales et écrites. Jusqu’où ira cette résistance parlementaire ? Parviendra-t-elle à donner raison aux optimistes qui n’ont vu dans le retour de Bourguiba sur son cheval au cœur de Tunis qu’un simple symbole de fierté nationale, et rien de plus ?

Sommaire de notre série Tunisie, où vas-tu ?

        Premier épisode
         

          Le consensus politique tunisien, étouffoir des idéaux de la révolution de jasmin



        Présentation de notre série
         

          Tunisie, où vas-tu ?


Sept ans après la révolution de 2011 en Tunisie, Le Monde Afrique dresse un bilan de la transition démocratique.






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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Julie Battilana et Anne-Claire Pache, professeures à Harvard et à l’Essec pointent la nécessité d’un changement culturel majeur pour permettre aux entreprises d’intégrer une mission sociale et environnementale.
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« Les entreprises doivent s’engager dans une transformation profonde »

Dans une tribune au « Monde », Julie Battilana et Anne-Claire Pache, professeures à Harvard et à l’Essec pointent la nécessité d’un changement culturel majeur pour permettre aux entreprises d’intégrer une mission sociale et environnementale.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 17h50
 • Mis à jour le
26.01.2018 à 23h06
    |

Julie Battilana (Professeure de business administration à Harvard Business School et professeure d’innovation sociale à Harvard Kennedy School) et ...







                        



                                


                            

Tribune. En ce début d’année 2018, la question de la refonte du modèle de l’entreprise est au cœur du débat public des deux côtés de l’Atlantique. Le gouvernement français vient de lancer, au travers d’une mission interministérielle, le chantier d’une réforme juridique de l’objet des sociétés à but lucratif, afin d’y intégrer la responsabilité sociale et environnementale.
Ce faisant, la France emboîte le pas d’autres pays, comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou l’Italie, qui ont déjà créé de nouveaux statuts juridiques pour les entreprises soucieuses d’atteindre des objectifs non seulement financiers, mais aussi sociaux et environnementaux.
Au même moment, aux Etats-Unis, Larry Fink, cofondateur et président de BlackRock, l’un des plus puissants groupes d’investissement au monde, signait une lettre ouverte aux dirigeants d’entreprises, les appelant à intégrer la poursuite d’objectifs sociaux et environnementaux à celle des objectifs financiers de leurs entreprises. L’investisseur américain, dont la société gère plus de 6 000 milliards de dollars, ouvre ainsi la porte à une prise en compte systématique des données de performance financière, sociale et environnementale dans les décisions d’investissement.
Passer du discours à l’action
Si ces annonces sont suivies d’effet, l’année 2018 pourrait marquer une inflexion majeure dans l’évolution du capitalisme, qui s’éloignerait résolument du paradigme de maximisation de la seule valeur financière pour les actionnaires.
Mais, ne soyons pas naïfs. Parler de cette évolution et l’appeler de nos vœux ne suffira pas à la faire advenir. L’évolution dont il est question est un changement radical qui nécessite un changement de mentalité et de comportement de l’ensemble des acteurs de notre système économique. L’Etat a bien sûr un rôle clef à jouer dans la réforme du statut juridique des sociétés, en partenariat avec les partenaires sociaux. De même les investisseurs comme M. Fink...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Un collectif d’historiens britanniques dénonce, dans une tribune au « Monde », la nostalgie nationaliste qui sévit dans leur pays. Ils y voient l’origine d’un fantasme néfaste qui fait croire à un avenir radieux une fois que le pays sera sorti de l’Union européenne.
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Brexit : « L’amour de la patrie n’exclut pas la solidarité européenne »

Un collectif d’historiens britanniques dénonce, dans une tribune au « Monde », la nostalgie nationaliste qui sévit dans leur pays. Ils y voient l’origine d’un fantasme néfaste qui fait croire à un avenir radieux une fois que le pays sera sorti de l’Union européenne.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 16h30
    |

                            Collectif








                        



                                


                            

Tribune. Dans sa tribune parue dans Le Monde du 23 novembre 2017 (« Non, le Brexit n’est pas seulement l’expression du nationalisme anglais »), Robert Tombs explique que le vote en faveur du Brexit aurait été l’expression d’une « certaine confiance anglaise » et « fondamentalement un vote de confiance dans les institutions démocratiques nationales ».
Malheureusement, il y a confiance et il y a témérité. En 1961, le prédécesseur de Mme May, M. Harold Macmillan, croyait pouvoir adhérer à la Communauté économique européenne (CEE), « mais », selon l’expression du général de Gaulle, « suivant ses propres conditions. » On sait ce qu’il est devenu de cette tentative.
Aujourd’hui, les Britanniques font l’inverse, en tentant de sortir de l’Union européenne (UE), mais toujours suivant leurs propres conditions, en l’occurrence un accord de libre-échange sur mesure. Il est permis de croire que cette deuxième entreprise ne réussira pas mieux que la première, et pour la même raison : la « confiance » démesurée des chefs britanniques en leur capacité de faire plier leurs partenaires européens.
Pur fantasme
L’illustration, s’il en fallait encore une, est offerte par la visite du président Macron le 18 janvier [sommet franco-britannique à Sandhurst]. Certes, nos deux pays ont signé quelques accords bilatéraux sur la coopération militaire en Estonie et au Mali, et la (troublante) cogestion de la frontière à Calais. Mais sur la relation britannique avec l’Europe, M. Macron s’est montré tout aussi ferme que le général de Gaulle : pas question d’un accord commercial qui porterait atteinte au marché unique. On voit donc que l’ambition britannique d’un traitement de faveur relève, non pas de la robuste confiance, mais du pur fantasme.
D’où vient cet excès de confiance, si nuisible aux intérêts britanniques ?
D’une part, un nationalisme britannique impérial, océanique qui se vante d’avoir...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Pour l’historien spécialiste des Etats-Unis Pap Ndiaye, les femmes, les édiles des grandes villes, les mouvements noirs et étudiants sont, malgré leur difficulté à se faire entendre ou à s’organiser, les piliers de la contestation anti-Trump.
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Pap Ndiaye : « Trump partira un jour, mais c’est maintenant qu’il faut transformer le pays »

Pour l’historien spécialiste des Etats-Unis Pap Ndiaye, les femmes, les édiles des grandes villes, les mouvements noirs et étudiants sont, malgré leur difficulté à se faire entendre ou à s’organiser, les piliers de la contestation anti-Trump.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 15h28
    |

Nicolas Truong (propos recueillis)







                        



                                


                            
Historien, spécialiste des Etats-Unis, Pap Ndiaye est professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po). Auteur de l’ouvrage Les Noirs américains. En marche pour l’égalité (Gallimard, 2009) et, avec Andrew Diamond, d’Histoire de Chicago (Fayard, 2013), il analyse l’état des forces des quatre composantes de la société civile qui résistent à Trump.

Pourquoi les grandes villes, comme Chicago, par exemple, sont-elles aux avant-postes de la résistance à la politique de Donald Trump ?
Cela est d’abord un effet de leur sociologie politique : les grandes métropoles ont voté massivement pour Hillary Clinton en novembre 2016, parfois dans des proportions plus grandes encore que pour Obama en 2012. Trump n’a rassemblé que 12,5 % des voix à Chicago, 20 % à New York, 22 % à Los Angeles, et son impopularité s’est encore accentuée depuis.
Comme à Londres, il y est pratiquement non grata. Ces villes rassemblent une population plus éduquée, plus jeune et plus minoritaire que la moyenne nationale : elles concentrent les composantes centrales de l’électorat démocrate. Ce sont aussi des villes dont les populations, les activités et les intérêts sont très liés au reste du monde. Elles sont donc particulièrement hostiles à la politique de repli et de fermeture du pouvoir fédéral.
Les maires ont bien saisi le mécontentement, souvent l’exaspération, de leurs concitoyens, et ils le traduisent en actes politiques, en s’opposant frontalement à Trump sur deux sujets essentiels : l’environnement et la politique d’immigration. Sur l’environnement, la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat a activé la résistance des grandes villes et des Etats très urbanisés. Lorsque Trump a lancé qu’il avait été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh (Pennsylvanie)et non ceux de Paris, le maire de Pittsburgh lui a sèchement répondu en indiquant que sa ville suivrait l’accord de Paris, comme des centaines...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Alors que le pays se prépare à un scrutin présidentiel sans surprise fin mars, l’écrivain, très critique vis-à-vis du gouvernement, estime que la révolution de 2011 se poursuit de manière souterraine, malgré la répression policière et le musellement des médias.
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Alaa Al-Aswany : « En Egypte, le même régime militaire est au pouvoir depuis 1952 »

Alors que le pays se prépare à un scrutin présidentiel sans surprise fin mars, l’écrivain, très critique vis-à-vis du gouvernement, estime que la révolution de 2011 se poursuit de manière souterraine, malgré la répression policière et le musellement des médias.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 13h37
 • Mis à jour le
27.01.2018 à 11h35
    |

            Hélène Sallon








                        



                                


                            
Mondialement connu depuis le roman L’Immeuble Yacoubian (Actes Sud, 2006), l’écrivain égyptien Alaa Al-Aswany est un commentateur engagé de la vie politique de son pays. Fervent soutien de la révolution du 25 janvier 2011 qui a renversé le président Hosni Moubarak, ce dentiste francophone de 60 ans – il exerce toujours dans la banlieue du Caire – est aujourd’hui une voix critique du président Abdel Fattah Al-Sissi. Cette opposition lui vaut d’être censuré dans les médias égyptiens. Son dernier roman, Al-Goumhouria ka’enna (« La République comme si », Dar Al-Adab, Beyrouth, 2017, à paraître en français chez Actes Sud), a été interdit en Egypte.

L’élection présidentielle de mars devrait, sans surprise, conduire à la réélection du président Abdel Fattah Al-Sissi. Quel bilan faites-vous de son premier mandat ?
Alaa Al-Aswany Je ne suis pas certain que l’on puisse parler d’élection quand le candidat de l’Etat monopolise tout, des médias à la police et à l’armée. Les autres candidats n’ont aucune chance. On l’a bien vu avec le retrait de la candidature du général Ahmed Chafik, victime de pressions, et l’arrestation du général Sami Anan.
Je suis par principe contre la dictature. Il faut tirer les leçons de l’histoire. Chaque dictature a débuté en apportant des projets qui amélioraient la vie des gens, mais a connu une fin catastrophique. Tous les Egyptiens ne partagent pas cette vision. Nombreux peuvent pardonner le fait qu’un seul monopolise le pouvoir s’il apporte des changements positifs à la société. C’était le cas avec Nasser [président de 1956 à 1970], le fondateur de la dictature égyptienne, qui est très populaire en Egypte.
Dans son Discours de la servitude volontaire, Etienne de La Boétie décrit comment, dans un pays qui vit sous la dictature, privé de liberté, émerge toujours une nouvelle génération qui a des rêves, comme les jeunes Arabes qui ont fait la révolution...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Comment préserver sa totale liberté d’expression sur les réseaux sociaux, sans prendre de risque avec son employeur.
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Facebook : se garder de ses collègues ?

Comment préserver sa totale liberté d’expression sur les réseaux sociaux, sans prendre de risque avec son employeur.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 12h36
    |

                            Jean-Emmanuel Ray (Professeur à l'école de droit de Paris-I-Panthéon-Sorbonne)








                        



                                


                            

Question de droit social. Avec plus de 2 milliards de personnes connectées dans le monde, Facebook est un phénomène sociétal. Mais aussi un lieu virtuel où des salariés se mettent en scène, y compris dans des vidéos déchaînées peu compatibles avec le motif de leur arrêt-maladie (Cour d’appel d’Aix, 22 décembre 2017). Ils s’y expriment très librement, dans un joyeux mélange privé/professionnel.
En effet leurs « amis » sont parfois de vagues collègues, mais aussi des clients ou des fournisseurs. Et l’emballement est fréquent dans certains groupes privés comptant plusieurs milliers de collaborateurs de la même entreprise, faisant parfois de l’ombre aux syndicats en matière revendicative. Le problème est que, si les paroles (du café du commerce) s’envolent, les écrits restent !
800 euros de dommages-intérêts
Mais comment un employeur peut-il être au courant d’éventuels dérapages ?
L’arrêt rendu par la Cour de cassation le 20 décembre 2017 l’explique : un manager ayant eu vent de critiques acerbes sur le compte Facebook privé d’une collaboratrice demande à l’un de ses salariés de s’y connecter avec son téléphone portable professionnel, et y trouve des dérapages qu’il fait immédiatement constater par huissier.
La cour confirme, sans surprise, l’inopposabilité des propos ainsi que les 800 euros de dommages-intérêts touchés pour atteinte à la vie privée : « Le procès-verbal établi à la demande de l’employeur rapportant des informations extraites du compte Facebook du salarié obtenues à partir du téléphone portable d’un de ses collègues, informations réservées aux personnes autorisées, l’employeur ne peut y accéder sans porter une atteinte disproportionnée et déloyale à la vie privée de l’intéressé. »
Rien de vraiment nouveau en matière civile – pas pénale – depuis l’arrêt du 16 janvier 1991 : « La loyauté qui doit présider aux relations de travail interdit le recours par l’employeur à des artifices et...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Le Français Jean-Marc Chery va succéder à l’Italien Carlo Bozzoti à la tête de l’un des derniers fabricants de semiconducteurs européens.
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STMicroelectronics : alternance franco-italienne

Le Français Jean-Marc Chery va succéder à l’Italien Carlo Bozzoti à la tête de l’un des derniers fabricants de semiconducteurs européens.



Le Monde
 |    26.01.2018 à 12h29
 • Mis à jour le
26.01.2018 à 15h23
    |

            Philippe Escande








                        



                                


                            

Chronique. On utilise ces puces des centaines de fois par jour, mais leur fabricant reste dans l’ombre. Le grand public se soucie peu du sort de STMicroelectronics qui est pourtant la première société d’électronique française et la seule présente dans le CAC 40. Sa valeur boursière, de 17 milliards d’euros, dépasse celle de Bouy­gues, de PSA ou de Carrefour. Sa spécialité, les puces pour smartphones et automobiles, n’attire pas la lumière. La passation de pouvoir annoncée jeudi 25 janvier entre son président du directoire actuel, Carlo Bozotti, et son successeur, Jean-Marc Chery, s’est donc déroulée sans bruit.
Cette entreprise de 40 000 personnes et 8,3 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros) de chiffre d’affaires partage avec Airbus le privilège d’être contrôlée par deux Etats européens, la France et l’Italie. D’où sa structure juridique baroque, proche de celle de l’avionneur, avec un statut de droit néerlandais, un siège social en Suisse et des résultats présentés en dollars.

Comme Airbus, elle est le fruit d’un compromis subtil, née en 1987 du mariage de deux petits concurrents européens, le français Thomson Semiconducteurs et l’italien SGS. Les deux pays, qui contrôlent 27,5 % du capital à eux deux, ne tiennent pas à lâcher les rênes d’un des derniers fabricants européens de composants électronique face à l’hégémonie américaine et asiatique.
Bagarre feutrée
A l’instar de la compagnie aéronautique, sa gouvernance est largement compliquée par l’impératif d’équilibre entre les intérêts des deux nations. Affaire de géographie, d’emploi et de souveraineté. Ce qui n’augure rien de bon en termes de bonne gestion. Maintien, voir doublon des sites dont les implantations sont autant le résultat de préoccupation d’aménagement du territoire que d’efficacité industrielle.
Pas étonnant donc que la question de la nomination du patron se résume à une épreuve de force franco-italienne. En 2016, après six ans de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Une décision de la Commission européenne, passée inaperçue, pourrait chambouler le modèle économique du sport en France, en donnant une part plus importante encore au « sport business », estiment les avocats Gauthier Martin et Yves Wehrli dans une tribune au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Une décision de la Commission européenne « brèche mortelle dans l’unité du sport français »

Une décision de la Commission européenne, passée inaperçue, pourrait chambouler le modèle économique du sport en France, en donnant une part plus importante encore au « sport business », estiment les avocats Gauthier Martin et Yves Wehrli dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    26.01.2018 à 12h16
    |

Gauthier Martin (Avocat au cabinet Clifford Chance) et Yves Wehrli (Avocat et directeur (managing partner) du cabinet d’avocats Clifford Chance)







                        



                                


                            

Passée relativement inaperçue jusqu’à présent, une décision de la Commission européenne pourrait avoir des conséquences potentiellement majeures pour le modèle sportif français, au moment où la France se réjouit des succès de la qualification de son équipe nationale aux demi-finales de l’Euro de handball.
Dans une décision rendue le 8 décembre 2017 et prise à l’initiative de la commissaire chargée de la politique de la concurrence, la Commission s’est en effet prononcée sur un litige d’apparence anodine entre deux patineurs néerlandais et l’Union internationale de patinage (UIP). En substance, la Commission a reproché à l’UIP d’interdire aux athlètes affiliés à ses fédérations nationales membres de participer, sous peine de sanctions très sévères, à des compétitions organisées par des opérateurs indépendants de l’UIP.
La Commission a estimé que l’UIP ne pouvait pas, pour la défense de ses propres intérêts commerciaux, empêcher l’émergence de compétitions indépendantes au détriment des intérêts des sportifs désireux d’y prendre part et des organisateurs concernés. Les règles de l’UIP ayant cet effet relèvent, selon la Commission, des pratiques anticoncurrentielles et doivent être bannies.
Bien que la décision ne soit pas encore publiée et qu’à ce stade la prudence s’impose, sa portée, de l’aveu même de la Commission, dépasse le cas de la seule UIP et concerne toutes les fédérations nationales et internationales. Sans remettre en cause leur place centrale, la Commission entend ainsi rappeler qu’elles ne peuvent imposer des restrictions qui ont pour effet d’empêcher l’émergence de compétitions concurrentes si ces restrictions ne sont pas justifiées et proportionnées au regard des objectifs légitimes du sport, tels que la protection de la santé et la sécurité des athlètes notamment.
Service public
Le raisonnement vaut aussi a fortiori pour les ligues sportives, émanation des fédérations plus particulièrement en charge de l’organisation...




                        

                        

