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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.
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De « Donkey Kong » à « Dragon Ball FighterZ », quand les jeux vidéo imitent les dessins animés

Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h46
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 13h33
    |

            William Audureau








                        



   


Le mur entre jeu vidéo et animation ne penche plus, il tombe. Avec la sortie de Dragon Ball FighterZ sur consoles et PC vendredi 26 janvier, spectaculaire adaptation de l’animé culte de la Toei, le monde de la manette se rapproche encore un peu plus d’un des univers qui l’a le plus influencé, bien plus encore que le cinéma : le dessin animé.
« Donkey Kong »
(Nintendo, 1981, arcade)

Un an après Pac-Man, Nintendo lance le premier personnage de jeu vidéo humain reconnaissable et entièrement animé, Mario. Le jeu devait initialement mettre en scène Popeye : dès le départ, les dessins animés étaient sa référence. Son papa, Shigeru Miyamoto, est lui-même un passionné de manga et dessinateur de flipbooks, une expertise qui lui a bien servi pour imaginer son héros charpentier. Popeye sera finalement adapté en 1982. Deux ans plus tard, Nintendo débauchera Hiroshi Ikeda et Yoichi Kotabe, deux vétérans de la Toei, pour l’épauler.
« Dragon’s Lair »
(Cinematronics, 1983, arcade)

Cette fois, le jeu vidéo se fait littéralement dessin animé (interactif), avec Dragon’s Lair, supervisé par un ancien artiste de Disney, Don Bluth. Ce dernier est rien moins que le réalisateur de Peter et Elliott le dragon (1977) et le dessinateur des personnages de Robin des bois (1973). Il accouche d’une aventure envoutante visuellement mais élitiste manette en main : chaque séquence animée comporte un piège préenregistré, et se finit par une mort abrute si le joueur ne réagit pas au bon moment.
« Street Fighter II »
(Capcom, 1991, arcade)

Le célèbre jeu de combat de Capcom ne se contente pas de codifier un genre : avec ses personnages gigantesques pour l’époque, leurs innombrables coups découpés plan par plan, et des réglages subtils concernant les moments où un combattant est vulnérable, il fait de l’animation l’élément-clé de l’action et le nerf de la guerre. Par la suite, les jeux de combat en 2D se démarqueront par leur impressionnante sophistication en la matière, voire leurs animations fastueuses, de Vampire Savior en 1996 à Skullgirls en 2012 en passant par Guilty Gear en 1998.
« Aladdin »
(Virgin Interactive, 1993, Mega Drive)

En plein âge d’or de la plateforme, l’animation des jeux en temps réel fait un bond de géant. L’adaptation d’Aladdin sur Mega Drive marque la première collaboration étroite entre Disney, alors en pleine renaissance, et un développeur occidental, Virgin Interactive. En dépit de la concurrence foisonnante, il s’impose immédiatement comme une nouvelle référence grâce au naturel, à la fluidité et à la précision de la gestuelle du héros. Son programmeur, l’irlandais Dave Perry, enchaînera avec le délirant Earthworm Jim.
« Rayman »
(Ubisoft, 1995, PlayStation/Jaguar/PC)

Alors que le format CD libère les artistes des contraintes des consoles à cartouches, le jeu de plateforme français Rayman marque la rencontre féconde entre des bidouilleurs touche-à-tout, comme Michel Ancel, et de nombreux animateurs talentueux. Parmi eux, David Gilson, futur animateur sur le Tarzan de Disney (1999) ; Christian Volckman, récompensé en 1999 pour le court-métrage Maaz et réalisateur en 2006 de Renaissance ; et Kamal Aitmihoub, animateur sur l’adaptation du Chat du rabbin (2011).
« Toonstruck  »
(Virgin Interactive, 1996, PC)

Dans le mélange des genres, Toonstruck va très loin. Ce jeu d’aventure en point & click à la mode des LucasArts s’inspire du film Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, en mêlant acteur en prise réelle – ici Christopher Lloyd de Retour vers le futur – et dessin animé. Le tout... dans un jeu vidéo. Pour cela, il recourt à une technique baptisée FMV (pour full-motion video), des séquences vidéo préénregistrées, mêlées à des décors et personnages dessinés à la main. Unique, encore aujourd’hui.
« The Legend of Zelda : Wind Waker »
(Nintendo, 2003, GameCube)

Avec ses formes polygonales et ses reliefs, la 3D semble avoir sonné le glas des jeux vidéo « façon dessin animé », au profit d’inspirations cinématographiques. C’était sans compter le cell-shading, une technique de programmation permettant de donner à ses personnages des contours et des ombrages plats, façon bédé. Intronisée en 2000 avec Jet Set Radio, elle est réappropriée par Nintendo pour The Legend of Zelda : Wind Waker, jeu d’aventure à l’esthétique directement inspirée du prestigieux studio Ghibli (Porco Rosso, Le voyage de Chihiro). Une oeuvre à rapprocher de Ni no kuni, jeu de rôle de 2010 coréalisé par... le studio Ghibli lui-même.
« Soldats inconnus »
(Ubisoft, 2014, PS3/Xbox 360/PC)

Plus proche de C’était la guerre des tranchées de Tardi que du jeu hollywoodien Call of Duty, le jeu de guerre développé par Ubisoft Montpellier marque les esprits pour sa grâce et son originalité. Grâce à l’UbiArt Framework, un outil permettant d’intégrer directement des dessins réalisés sur tablette dans un jeu, il met en valeur le coup de crayon de Paul Tumelaire et de son équipe de dessinateurs, comme l’auteur italien de bédé Luca Erbetta.
« Cuphead »
(Studio MHDR, 2017, PC/Xbox One)

Grand animateur de l’actualité de l’année 2017, Cuphead est une déclaration d’amour évidente et assumée à l’âge d’or américain de l’animation, entre 1928 et 1937, de Steamboat Willie à Felix the Cat. Il est à ce jour le plus impressionnant hommage rendu par un jeu vidéo à cette période, et, possiblement, le plus beau jeu vidéo jamais réalisé en termes d’animation.
« Dragon Ball FighterZ »
(Bandai Namco, 2018, PlayStation 4/PC/Xbox One)

Dragon Ball FighterZ, ou la réunion du meilleur de tous les mondes. Réalisé en cell shading pour l’effet 2D, découpé plan par plan avec la minutie et le dynamisme qui caractérise les jeux de combat en vue de coupe, il est l’adaptation directe d’un dessin animé japonais culte, auquel il emprunte la mise en scène, les voix originales et nombre de séquences entières.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ L’Américaine, écrivaine prolifique et primée à de nombreuses reprises, est décédée le 22 janvier à l’âge de 88 ans.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤                     
                                                   
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L’auteure de science-fiction Ursula K. Le Guin est morte

L’Américaine, écrivaine prolifique et primée à de nombreuses reprises, est décédée le 22 janvier à l’âge de 88 ans.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h21
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 11h31
    |

Xavier Mauméjean (écrivain)







                        



                                


                            

L’auteure de science-fiction, Ursula Kroeber Le Guin, qui s’est éteinte le 22 janvier à Portland (Oregon), à l’âge de 88 ans, a été élevée dans un riche environnement intellectuel, entourée de ses parents Alfred et Theodora Kroeber, anthropologues spécialisés dans les cultures amérindiennes et militants actifs pour la reconnaissance de leurs droits.
Née le 21 octobre 1929 à Berkeley, en Californie, elle effectue ses études à la Berkeley High School, puis au Radcliffe College, où elle approfondit sa passion des écrivains français et italiens de la Renaissance, avant d’obtenir, en 1952, un doctorat en littérature à l’université de Columbia, pour une thèse consacrée à l’idée de la mort chez Ronsard. L’année suivante, lors d’un séjour universitaire à Paris, elle épouse Charles Alfred Le Guin, étudiant américain en histoire. Tandis que son mari poursuit ses études, Ursula Le Guin travaille comme secrétaire ou enseigne le français. Le couple a deux filles, Elizabeth née en 1957 et Caroline deux ans après. La famille multiplie les déménagements, Ursula Le Guin écrit poèmes et romans qui demeurent pour la plupart inédits.
Des prix prestigieux
Au début des années 1960, l’auteure soumet des nouvelles à la revue Fantastic Stories of Imagination que dirige Cele Goldsmith, authentique découvreuse de talents. L’éditrice la publie. Les deux femmes – figures isolées dans la science-fiction de l’époque, largement masculine – deviendront amies. En 1964, année de naissance de son troisième enfant, Theodore, Ursula Le Guin se lance dans l’écriture de ses premiers romans de science-fiction. Paraissent en 1966 et 1967 Le Monde de Rocannon (Livre de Poche, 2003) et Planète d’exil (Livre de Poche, 2003), volumes fondateurs du « Cycle de l’Ekumen », qui privilégie une approche éthique et ethnologique du Planet Opera.
Suit en 1968 Le Sorcier de Terremer (Livre de poche 2008), volume initial de la trilogie « Terremer »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Trente ans après sa mort, son influence sur le secteur du manga reste considérable. Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême lui rend hommage à travers une rétrospective inédite.
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ Le travail extrêmement précis du mangaka est exposé au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.
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BD : Naoki Urasawa, le cinéaste de papier

Le travail extrêmement précis du mangaka est exposé au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 08h12
    |

            Frédéric Potet (Angoulême (Charente)








                        



                                


                            
A l’âge de 8 ans, Naoki Urasawa a vu deux films à la télévision ­japonaise qui ont irrémédiablement impressionné sa rétine : Le Salaire de la peur (1953), d’Henri-Georges Clouzot, et Le Trou (1960), de Jacques ­Becker. Le mangaka n’avait pas revu ce dernier lorsque, avant de faire ses valises pour Angoulême, il a eu envie de revisionner ce récit de l’évasion d’un groupe de détenus de la prison de la Santé. François Truffaut avait qualifié de chef-d’œuvre ce huis clos carcéral alliant intensité dramatique et puissance documentaire. « Je crois que la dramaturgie et la narration que j’utilise dans mes livres viennent de là. Ma mémoire a gardé un souvenir très vif de ce film, que je m’étonne d’ailleurs d’avoir vu et compris alors que j’étais si jeune », confie le dessinateur de 58 ans, à la veille du 45e Festival international de la bande dessinée (FIBD) ­d’Angoulême (25- 28 janvier), où une rétrospective lui est consacrée.

On s’attendait plutôt à ce que le créateur de 20th Century Boys, Monster et Pluto (trois de ses principales séries à succès) cite Alfred Hitchcock ou Akira Kurosawa, tant les références et les clins d’œil à ces deux géants du 7e art abondent dans ses histoires. Urasawa n’en fait que vaguement mention, préférant évoquer Jacques Tati et confirmer son inclination pour les rôles secondaires auxquels il confère des psychologies étudiées et des fonctions assez peu subalternes.
Riche en originaux (450 au total), l’exposition charentaise montre notamment des esquisses et des story-boards du ­mangaka : les visages des personnages y sont dotés d’expressions très précises, malgré la dimension préparatoire de ces phases de travail. Là est, sans doute, la plus grande force d’Urasawa, de figurer par le dessin une panoplie très vaste de sentiments qu’il est plus facile de représenter à l’écran que par le trait, comme le doute ou l’introspection qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Avec « Ceux d’ici », l’écrivain signe le premier roman significatif sur les Etats-Unis de Trump. Il l’a pourtant terminé quelques mois avant l’élection…
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La grande rancœur américaine de Jonathan Dee

Avec « Ceux d’ici », l’écrivain signe le premier roman significatif sur les Etats-Unis de Trump. Il l’a pourtant terminé quelques mois avant l’élection…



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Ceux d’ici (The Locals), de Jonathan Dee, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peellaert, Plon, « Feux croisés », 416 p., 21,90 €.

N’était son aboutissement formel, on pourrait jurer que Ceux d’ici a été écrit à toute allure, après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine – le roman de ­Jonathan Dee est paru aux Etats-Unis en août 2017. On l’imagine, en tout cas, en lisant cette histoire d’une petite ville du Massachusetts où un milliardaire new-yorkais s’installe après le 11-Septembre ; il en devient bientôt le maire, supprimant les impôts, payant de sa poche les feux de circulation à réparer et les caméras de surveillance qu’il fait installer partout, passant par-dessus les processus démocratiques locaux, trop lents, pas assez efficaces…
Difficile de ne pas voir d’échos avec le 45e président des Etats-Unis. Mais Jonathan Dee refuse de « [se] faire passer pour plus malin » qu’il n’est. L’auteur, de passage à Paris, le reconnaît : « Comme tout le monde ou à peu près, j’ai pensé jusqu’à la nuit de l’élection que l’entrée de Trump à la Maison Blanche était impossible. » Si l’écrivain a eu un modèle en tête, il est plutôt à chercher du côté de ­Michael Bloomberg, maire de New York entre 2002 et 2013 : « Il incarne cette tendance des Américains à révérer les hommes immensément riches qui s’engagent en politique, sous le prétexte absurde qu’ils ne seraient pas corruptibles et ne s’intéresseraient pas à l’argent… A New York, on prêtait une expertise sociale à Bloomberg parce qu’il était si riche, ce qui est fou. Mais l’élection de Trump a poussé cette croyance à un degré horrifiant. » En tout état de cause, Jonathan Dee avait écrit l’essentiel de son roman quand eut lieu la convention républicaine officialisant la candidature de Trump : il a fini d’écrire Ceux d’ici un mois plus tard, en août 2016. Il avait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Dans les nouvelles de « Votre message a été envoyé », l’écrivain américain fait le procès drôle et déconcertant du Net, de la malbouffe, des ateliers d’écriture et de la pornographie.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Les quatre maux de la modernité selon Joshua Cohen

Dans les nouvelles de « Votre message a été envoyé », l’écrivain américain fait le procès drôle et déconcertant du Net, de la malbouffe, des ateliers d’écriture et de la pornographie.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Votre message a été envoyé (Four New Messages), de Joshua Cohen, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Annie-France Mistral, Le Nouvel Attila, 218 p., 18 €.

On peut avoir moins de 40 ans, être tenu pour une étoile montante de la culture radicale américaine, et cependant trouver à la fois désespérant et comique le spectacle offert par notre modernité tardive. Tel est le cas de Joshua Cohen, qui s’était fait remarquer avec son Paradis des autres (Le Nouvel Attila, 2014). Dans cette fable philosophico-délirante, un enfant israélien, tué dans un attentat-suicide, se retrouvait, à la suite de l’étreinte mortelle avec son bourreau, fourvoyé dans l’Eden islamique. Ce second livre traduit en français, Votre message a été envoyé, délaisse les problématiques religieuses ou géopolitiques, mais pas la provocation. Il entreprend ainsi de fouailler notre époque et les quatre maux qui, selon lui, la rongent : l’horreur numérique, la junk food (en l’occurrence McDonald’s), la pornographie et… les ateliers d’écriture, dont l’empire s’exerce désormais jusque dans les universités les plus paumées du Middle West !
Mille trouvailles verbales
Cette fresque grinçante, composée de quatre longues nouvelles, souvent très drôles, est soutenue par une inventivité jamais prise en défaut. Elle confine à l’écriture expérimentale, mais sans jamais lâcher la main du lecteur. Cohen adore se payer de mots, au point qu’on a l’impression que ce sont le langage et les mille trouvailles verbales qui dictent les intrigues. On ne peut que saluer l’art de la traductrice, Annie-France Mistral, qui a su reproduire ce flux continu de calembours, d’allitérations (« dégueulis grumeleux de cogitations »), d’expressions cocasses et de termes savants (« leucosélophobie », ou syndrome de la page blanche), supposant parfois de lire le texte, un Littré à portée de la main. Si le premier récit – une histoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Avec « Fugitive parce que reine », bouleversant premier roman autobiographique, l’écrivaine rend un juste hommage à une femme excessive en tout.
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Violaine Huisman rend son humanité à sa mère

Avec « Fugitive parce que reine », bouleversant premier roman autobiographique, l’écrivaine rend un juste hommage à une femme excessive en tout.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Fugitive parce que reine, de Violaine Huisman, Gallimard, 256 p., 19 €.

A la chute du mur de ­Berlin, à laquelle elle assiste devant un poste de télévision, le 9 novembre 1989, la petite fille âgée de 10 ans ne comprend pas grand-chose, « malgré les efforts de pédagogie du speaker ». Au même moment, une autre chute la laisse interdite : celle de sa mère, qu’elle avait jusque-là admirée « avec un ravissement ébloui », et qui a sombré au point de devoir être internée de force. L’enfant peut d’autant moins saisir ce qui lui arrive que la seule explication livrée par les adultes est une locution mystérieuse, qui lui restera en tête « tout attachée » : « Ta-mère-est-maniaco-dépressive. » Fugitive parce que reine, le premier roman de Violaine Huisman, détache les mots, déplie les phrases et les souvenirs, les faits et les mythes familiaux, pour comprendre le mal qui rongea sa mère et faire de cette femme excessive en tout, splendide et pathétique, morte il y a quelques années ­ – vingt après la chute du mur de Berlin – un portrait bouleversant, terriblement vivant.
Une langue à la fougue sombre et sans pathos
Un portrait, surtout, à la constante recherche de la justesse, dans l’écriture et dans le regard. La première partie, qui s’ouvre sur un incipit long de vingt-huit lignes, centré sur cette chute du mur de Berlin survenue en plein désastre personnel, est consacrée aux souvenirs de Violaine Huisman. Employant une langue à la fougue sombre et sans pathos, non dénuée d’humour, attachée à ne surtout pas se plaindre, elle y évoque son enfance et son adolescence auprès de cette mère qui lui inspirait émerveillement, pitié, tendresse, dégoût ou crainte, mais un amour infini.
Elle raconte les moments de gaieté et puis l’hébétement où la plongent, après son internement, les médicaments ; elle décrit la cigarette en permanence au bout des doigts (vitres fermées...




                        

                        


<article-nb="2018/01/25/19-8">
<filnamedate="20180125"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180125"><AAMMJJHH="2018012519">
<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ « Le Récit interrompu », courte fiction crépusculaire de l’écrivain italien Mario Pomilio (1921-1990), séduit par sa justesse et son intensité.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Le vieil homme et la littérature

« Le Récit interrompu », courte fiction crépusculaire de l’écrivain italien Mario Pomilio (1921-1990), séduit par sa justesse et son intensité.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

                            Florence Courriol-Seita (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Récit interrompu (Una lapide in via del Babuino), de Mario Pomilio, traduit de l’italien par Christophe Carraud, Editions de la revue Conférence, 76 p., 12 €.

Presque trente ans après sa mort, c’est à une nouvelle méditation sur les affres de la création littéraire que nous convie l’auteur italien Mario Pomilio (1921-1990). Au fil de ce court Récit interrompu, moins d’une centaine de pages – mais combien sensibles et délicieuses –, l’auteur du Cinquième Evangile (Fayard, 1977) nous entraîne dans les méandres de l’esprit d’un écrivain âgé et malade qui retrouve l’ébauche d’un texte jamais achevé. Ce récit gravitait autour de la personnalité du prince Jérôme Napoléon (1822-1891), cousin germain de Napoléon III, venu finir ses années d’exil dans un vieil hôtel de la via del Babuino, à Rome.
Paradoxe de l’art du récit
Le narrateur avait vu en son personnage un double et comme la « métaphore d’un écrivain qui avait manqué au moins la moitié de son destin ». Cette redécouverte est l’occasion pour lui de sonder avec une acuité inédite le paradoxe de l’art du récit, « qui ne peut atteindre la vérité qu’à la condition de la falsifier » mais qui, dans son « illusion de réduire l’existant à des signes », fait subir aux « expressions, même les plus déchirantes, même celles qui sur le moment étaient le plus imprégnées de vérité (…), un raccourcissement d’inévidence, comme si elles étaient soustraites aux imminences du vécu et valaient désormais pour leur matière ».
Tout en interrogeant sa relation à son personnage, le narrateur de Mario Pomilio explore les raisons mystérieuses du jaillissement créatif. Mais aussi, à l’inverse, de son tarissement – la main qui se rétracte et, face à la « dure intransigeance des lois de l’expression », face aux interdits du langage devant la syntaxe du cœur et les affleurements de la vie mentale, renonce,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Léopold III de Belgique croise Hergé sur les rives d’un lac Léman trop beau pour être vrai ? Le scénario d’une œuvre de fiction, bien sûr.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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Patrick Roegiers tourne en Suisse

Léopold III de Belgique croise Hergé sur les rives d’un lac Léman trop beau pour être vrai ? Le scénario d’une œuvre de fiction, bien sûr.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur, de Patrick Roegiers, Grasset, 300 p., 20 €.
Est-ce bien Jean Paulhan qui, dans son Guide d’un petit voyage en Suisse, paru chez Gallimard en 1947, imaginait l’immense et beau pays que ferait la Suisse si on la dépliait ? Peut-être. Mais elle y perdrait en hauteur, remarqueraient de concert les deux personnages principaux du roman-ciné que publie Patrick Roegiers. Roman-ciné, puisqu’on comprend au bout de quelques scènes alpestres que le livre que l’on lit se veut le script du tournage en cours d’un film de studio. Cimes majestueuses, ciel sans nuages, bords de lac admirables, tout était donc entièrement fictif ?
Peu importe, puisque entre-temps les deux compères nous ont entraînés dans leurs promenades au bord du lac, dialoguant et se racontant avec pudeur, non sans que leurs propos rapportés y trouvent un petit goût de Bouvard et Pécuchet : « C’est un endroit magnifique./ – La Suisse n’est pas qu’un panorama./ – C’est un pays splendide./ – J’y resterais bien tout l’été. »
Ces deux badauds désœuvrés qui jouent face caméra leurs propres rôles ne sont pourtant pas n’importe qui ; il y a loin qu’on puisse les traiter de copistes quand bien même tous deux, en cet été 1948, ont matière à rectifier quelques données biographiques. Le premier à être entré sur le plateau (on croyait encore à la beauté naturelle du lac Léman par « une splendide journée d’été ») est un homme déprimé, qui hésite à quitter sa femme, Geneviève, et voudrait bien oublier les désagréments que lui a valu sa collaboration au supplément jeunesse du quotidien bruxellois Le Soir durant l’occupation allemande. Il s’agirait de rebondir dans de nouvelles aventures de Tintin, mais où trouver le ressort et la force de remettre les pendules à l’heure, sinon en Suisse ?
« Déçu en bien »
Voilà donc Hergé explorant les bords du lac où il tombe nez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ Romans, nouvelles, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 26 janvier 2018.
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Livres en bref

Romans, nouvelles, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 26 janvier 2018.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Virginia Bart (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Florence Noiville








                        



                                


                            Essai. L’aventure Rimbaud
Arthur Rimbaud ou l’éclatant désastre, de Pierre Brunel, Champ Vallon, « Les classiques », 248 p., 18 €.
« Je ne crois pas à l’“illisibilité” de Rimbaud. » Ce credo, Pierre Brunel (auteur d’éditions et de travaux de référence sur le poète) l’a brillamment mis en œuvre dans cet essai publié une première fois en 1983, où il saisit l’œuvre en son entier, depuis les travaux du collégien jusqu’aux recueils Une saison en enfer et Illuminations. Car bien que (ou précisément parce que) fragmentaire à l’extrême, la poésie rimbaldienne doit être envisagée comme une aventure : celle qui consiste à précipiter la débâcle du monde comme il va puis, face à l’impossibilité d’un départ absolu permettant d’accéder à la « vraie vie », à pratiquer ce que Pierre Brunel nomme une « poétique du pire ». De ce désastre de l’écriture, Rimbaud sut dégager une langue unique, dont le sens est moins hermétique que « retenu » – irréductible et néanmoins éclatant. J.-L. J.
Roman. 30 ans en 2018
Millénium Blues, de Faïza Guène, Fayard, 234 p., 19 €.
Millénium blues, le cinquième roman de Faïza Guène, se lit comme un double journal. D’abord celui de Zouzou, issue de la petite classe moyenne, qui se lance dans la vie entre pragmatisme et rêves de romance. Elle choisit donc un métier aux débouchés sûrs, l’aide à la personne, mais tombe amoureuse d’Eddy, un acteur volage. Son récit s’inscrit dans la chronique plus large du tournant du XXIe siècle et de ses premiers jalons historiques, du ­Mondial de 1998 aux attentats de 2015. Emerge ainsi, dans une langue vivante et drôle, un portrait personnel des « millennials », génération transitoire entre ceux qui ont connu l’insouciance des « trente glorieuses » et les très jeunes adolescents nés avec Internet et le terrorisme. L’occasion d’une forme d’inventaire,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Avocate, l’héroïne de « Clientèle » se bat pour des salariés abusivement licenciés. Heureusement, elle a la tendresse des siens.
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Le petit manuel de douce déraison pour survivre en milieu hostile de Cécile Reyboz

Avocate, l’héroïne de « Clientèle » se bat pour des salariés abusivement licenciés. Heureusement, elle a la tendresse des siens.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 17h21
    |

                            Xavier Houssin (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            

Pour celui-ci, on a invoqué un « désalignement culturel avec les valeurs de l’entreprise ». A celle-là, on a reproché « une insuffisance professionnelle, caractérisée par un manque de proactivité ». Il en est aussi que l’on taxe de mauvaises relations avec leur « performance partner », et d’autres dont on trouve l’attitude « dérangeante et inappropriée ».
Ces jargonnantes formules sont aujourd’hui autant de motifs de licenciement. Mise à pied, rupture de contrat. Ça vous tombe sur la tête, que vous vous y attendiez ou pas. « Hélas, on dit bien vrai. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage », se lamente Martine, la servante des Femmes savantes, de Molière, lorsque sa maîtresse Philaminte la chasse au prétexte que son langage de campagnarde ne fait qu’« offenser la grammaire ».
La romancière Cécile Reyboz est, à la ville, avocate spécialisée dans le droit du travail. Son nouveau livre, Clientèle, s’ancre profondément dans sa réalité professionnelle. Un quotidien fait de rencontres avec des gens déboussolés, envahis de tristesse ou secoués de colère. Il y a des doux, des résignés, des révoltés, des cyniques, des négligents, des acharnés paranoïdes et quelques fieffés menteurs aussi.
A tous ceux-là qui cherchent réparation, qui veulent être consolés ou vengés, il s’agit d’expliquer ce que la loi autorise, ce que veulent les juges. Et faire comprendre que, pour obtenir gain de cause, il faut réunir des preuves, recueillir des témoignages : « De quoi transformer l’histoire en dossier, de quoi formuler une plainte précise et plaider. » Convertir en propos rigoureux le sentiment d’injustice, les souffrances. Drôle de métier.
C’est la réalité qui est tordue
Depuis son premier roman, Chanson pour bestioles (Actes Sud, 2008), Cécile Reyboz tend à nous raconter que ce ne sont pas les miroirs qui sont déformants mais la réalité qui est tordue. Dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Fétiche », de Mikkel Orsted Sauzet.
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C’est graphique. Révolutionnaire

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Fétiche », de Mikkel Orsted Sauzet.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
Fétiche, de Mikkel Orsted Sauzet, Presque Lune, « Lune froide », 202 p., 25 €.

Mikkel Orsted ­Sauzet est né de parents français et danois, et s’est installé entre les deux pays, en Belgique, pour étudier la BD puis publier son premier album Fétiche, aux éditions Presque Lune.
A la fin du XVIIIe siècle, alors qu’ici, on coupe la tête des rois, un autre chapitre de l’histoire de France est sur le point de s’écrire. Portée par les mêmes idéaux de liberté et d’égalité, c’est une révolution que l’on aime moins évoquer, même si elle va elle aussi donner naissance à une république : celle des esclaves d’Haïti. C’est l’histoire de l’une d’entre elles, exploitée par les colons français dans les champs de canne à sucre et les bordels, que l’auteur conte, en la liant à trois instantanés de cette révolte. Trois actes sans paroles, comme ces esclaves qui n’ont pas de voix, mais rythmés par le tambour et les coups de fouet, la colère qui gronde plus fort à chaque page.
Toute l’histoire est dessinée au stylo Bic rouge uniquement, et cette couleur seule suffit à tout raconter : les traces de coups de fouet, les poupées vaudoues, le marquage au fer, la douleur, la haine. Cela commence par le sang de cette esclave qui se cache loin de la plantation pour accoucher seule d’un bébé à la peau claire, une petite fille avec laquelle elle essaiera immédiatement de se jeter du haut d’une falaise. Mais l’enfant est « sauvée » par le fouetteur d’esclaves indigène, et ramenée parmi les siens, pour connaître le même destin que sa mère. Elle est confiée à une nourrice de substitution, entourée de ses enfants, qui se détourne du bébé blanc au moment de la mettre à son sein. La petite grandit dans cette geôle d’esclaves enchaînés, que le propriétaire de la plantation utilise aussi comme maison close pour les autres colons. De courtes séquences de sa vie, brutales et denses, dévoilent ensuite son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Dans « L’Armée imaginaire », François Cadiou révise avec une joie iconoclaste nombre d’idées reçues sur l’histoire de Rome au Ier siècle av. J.-C.
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Histoire. La légion romaine ne s’est pas défaite en un siècle

Dans « L’Armée imaginaire », François Cadiou révise avec une joie iconoclaste nombre d’idées reçues sur l’histoire de Rome au Ier siècle av. J.-C.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h11
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Armée imaginaire. Les soldats prolétaires dans les légions romaines au dernier siècle de la République, de François Cadiou, Les Belles Lettres, « Mondes anciens », 486 p., 29,50 €.

Des figurines en plomb aux livres d’histoire érudits, les légionnaires romains occupent une place centrale dans l’imaginaire guerrier de l’Occident. C’est peu de dire que ces soldats sont précédés par leur réputation : ne furent-ils pas les fers de lance de la conquête du monde méditerranéen par Rome, entre le IIIe et le Ier siècle av. J.-C. ? Efficaces et disciplinés, ils auraient toutefois basculé du côté obscur au cours de ce siècle, le dernier de la République.
C’est alors que les Romains seraient passés d’une armée de conscription, recrutée parmi les citoyens disposant d’une certaine fortune, à une troupe d’engagés volontaires, appartenant aux couches les plus humbles de la société. Cette évolution sociologique aurait abouti à l’émergence d’une armée professionnalisée, dépourvue de tout idéal civique : loyaux à leurs chefs plus qu’à la République, ces soldats prolétaires auraient même joué un rôle moteur dans l’avènement de l’Empire.
Une véritable leçon de critique documentaire
Dans L’Armée imaginaire, livre magistral, François Cadiou, professeur d’histoire antique à l’université de Bordeaux, met en pièces cette représentation misérabiliste de légions romaines supposément composées de « déchets sociaux » – selon l’expression pleine de mépris de Jérôme Carcopino (1881-1970). Si cet ouvrage universitaire est truffé de termes latins et doté d’un lourd appareil de notes, il frappe par la clarté de son argumentation.
Traquant les présupposés de ses prédécesseurs et la circularité de leurs raisonnements, l’auteur offre aux lecteurs une véritable leçon de critique documentaire. Il attire notamment l’attention sur les problèmes soulevés par le caractère souvent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Claro vote la confiance pour politique sentimentale menée par Constance Debré.
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Le feuilleton. Ça sert aussi à ça, l’amour

Claro vote la confiance pour politique sentimentale menée par Constance Debré.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Play boy, de Constance Debré, Stock, 160 p., 18 €.

Elle n’y va pas avec le dos de la cuiller, Constance Debré, et tant pis si ladite cuiller est en argent et fournie à la naissance. N’y va pas non plus par quatre chemins, sachant qu’ils sont souvent empruntés, dans tous les sens du terme. A l’expression « de qui tenir », elle doit sans doute préférer « se déprendre », tant il est vrai que l’ascendance est le genre d’auréole pesante et pourrie dont on se passerait bien, la pire des couronnes, en fait, sauf pour ceux qui craignent d’avoir froid au crâne. Dans son cas, la lignée n’a rien d’un fil de la vierge, c’est plutôt du cordage bien grinçant, mais on ne va pas ici vous dessiner l’arbre généalogique des Debré, remonter jusqu’à l’aïeul rabbin, le papi premier ministre, le tonton, etc. Le livre se charge de leur tirer le portrait, de toute façon, même si on ne peut pas parler de règlement de comptes, non, tout ça est déjà soldé quelque part, depuis l’adolescence, et sans doute même l’enfance.
Quant aux parents, il y a ceux qui vous détruisent et ceux qui se détruisent, dans le cas de l’auteure c’est plutôt l’option numéro deux, mais là encore, c’est chose connue, le folklore de l’opium, l’addiction à l’héro, l’empilement des flasques de whiskey. Le père décline, la mère meurt. On hérite quoi au final ? Du fric ? des souvenirs ? des réflexes de survie ? C’est là où on se dit que le dos de la cuiller, les quatre chemins, non merci. L’éloquence du barreau, hors de question. Ni ménager ni convaincre. Play boy, c’est le titre : pas « plaidoirie ». C’est le sexe ici qui est en jeu, au sens large, léger, libérateur.
D’emblée, zéro faux-semblant. « Je suis bourge au cas où y aurait un doute. (…) C’est pour ça que je parle comme ça. Les aristos parlent comme ça. Ils adorent. Moi aussi j’adore. (…) Peut-être que c’est parce qu’on se fait chier plus que les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Philosophia naturalis », de Lucien X. Polastron.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Figures libres. Folâtrer dans le cosmos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Philosophia naturalis », de Lucien X. Polastron.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h12
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Philosophia naturalis ou De l’intelligence du monde, de Lucien X. Polastron, Klincksieck, « De natura rerum », 180 p., 17 €.
Beaucoup s’attaquent aux idées verticalement – façon falaise abrupte, escalade en force, doigts crispés. A mesure qu’ils argumentent, on entend le cliquetis des mousquetons et des harnais. Ils ont la varappe conceptuelle laborieuse, assurent la moindre prise. Et, bien sûr, à tout lecteur embarqué dans l’escalade, il est demandé de ne pas ménager, lui non plus, ses efforts.
D’autres, au contraire, batifolent, déambulent en souriant dans les bibliothèques et les œuvres, parcourent les routes de la philosophie comme autant de sous-bois ou de sentes herbeuses. Ceux-là ont volontiers la promenade négligente, du moins en apparence. Ils distraient, c’est évident, mais pour mieux donner à penser. Je crois bien que Lucien Xavier Polastron se rattache à cette tribu d’essayistes narrateurs, qui préfèrent les chemins de traverse aux ascensions douloureuses.
Voilà un voyageur inhabituel. En effet, il n’est pas seulement écrivain et journaliste, mais aussi calligraphe, sinisant, arabisant, historien et jardinier – sans oublier qu’il préside à vie le Club des objecteurs de conduite, destiné à rassembler les hommes et femmes « définitivement hostiles à tenir le volant d’une automobile ». La noble institution fut fondée en 1962, année où notre homme avait juste 18 ans.
On lui doit une quinzaine de livres, notamment Le Papier. 2 000 ans d’histoire et de savoir-faire (Imprimerie nationale Editions, 1999), une étude qui fait référence, plusieurs ouvrages sur les calligraphies chinoise et japonaise, et d’inclassables essais comme Livres en feu. Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Denoël, 2004), ou encore Une brève histoire de tous les livres (Actes Sud, 2014).
Ironie du style
Cette fois, avec Philosophia naturalis,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ La mort accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens, patron des éditions P.O.L, le 2 janvier, laisse un vide. Les auteurs qu’il publiait, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, Emmanuel Carrère, Nathalie Azoulai, Frédéric Boyer, Emmanuelle Pagano… disent tout ce qu’ils lui doivent.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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P.O.L sans Paul

La mort accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens, patron des éditions P.O.L, le 2 janvier, laisse un vide. Les auteurs qu’il publiait, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, Emmanuel Carrère, Nathalie Azoulai, Frédéric Boyer, Emmanuelle Pagano… disent tout ce qu’ils lui doivent.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h01
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                            Raphaëlle Rérolle








                        



                                


                            

En mourant accidentellement sur une route de Marie-­Galante, au large de la Guadeloupe, l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens n’a pas seulement laissé derrière lui le vide classique d’un bureau soudain désert. Au matin du 4  janvier, c’est une vague de douleur qui s’est abattue sur la maison qui porte ses initiales. Réveillés par un coup de téléphone ou cueillis au saut du lit par une alerte de presse, ses auteurs ont découvert que le fondateur et patron de P.O.L ne lirait plus jamais leurs manuscrits. Le choc a été terrible, à la mesure de la place qu’occupait cet homme de 73 ans dans la vie des écrivains. Du jour au lendemain, les locaux tortueux de la rue Saint-André-des-Arts, dans le 6e arrondissement de Paris, sont devenus l’épicentre d’un chagrin qui touche à la fois la petite équipe de ses collaborateurs, cinq en tout, mais aussi la grande parentèle des 200 auteurs dont il prenait un soin jaloux.
Dans les jours qui ont suivi, certains n’étaient même pas capables de parler. Marie Darrieussecq avait « le cœur trop triste ». « Je pleurais toute la journée. » ­Iégor Gran, lui, s’est effondré lorsqu’il s’est retrouvé, rue Saint-André-des-Arts, face à l’absurde évidence que Paul ne viendrait plus l’accueillir en souriant. Les uns après les autres, ils ont poussé la porte de la maison d’édition, regardant de loin le bureau sur lequel traînait encore une pile de papiers. Des proches ont essayé de les consoler, mais personne ne pouvait comprendre l’ampleur et la nature de leur peine.
La figure d’un père
Il est rare que les vivants dessinent un portrait aussi homogène d’un mort. Pour comprendre le lien qui unissait Paul Otchakovsky-Laurens à ses auteurs, il faut utiliser un terme qu’il n’aimait pas beaucoup, concernant sa maison : celui de « famille ». Lui parti, c’est pourtant la figure d’un père qui surgit. « Il ne supportait pas qu’on parle de famille, se souvient Jean Rolin, mais il m’est arrivé d’éprouver de la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Une enquête de Giulia Mensitieri montre les conditions de travail des précaires sur lesquels repose l’industrie de la mode, entre rêve et cauchemar.
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édition abonné


Anthropologie. Victimes consentantes de la mode

Une enquête de Giulia Mensitieri montre les conditions de travail des précaires sur lesquels repose l’industrie de la mode, entre rêve et cauchemar.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h01
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                            Anne Both (Anthropologue et collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode, de Giulia Mensitieri, La Découverte, 276 p., 22 €.

Vous le saviez, vous, que nombre de modèles qui défilent sur les podiums des maisons de haute couture parisiennes le font gracieusement, quand elles ne sont pas payées en bâtons de rouge à lèvres ? Que les robes présentées sont confectionnées durant des mois, nuit et jour, par de talentueuses petites mains payées au smic ? Des informations de ce type, le livre de Giulia Mensitieri en regorge. Son enquête, menée de 2010 à 2014 à Paris et Bruxelles dans le cadre de sa thèse en anthropologie, lève en effet le voile sur le monde prétendument merveilleux de la mode. Et le passionnant récit qui découle de ses rencontres avec des stylistes, des modèles, des photographes, des créateurs ou des maquilleurs laisse pantois.
Ces professionnels excentriques, arrogants, touchants, ont en commun une passion pour la mode qui confine à la dévotion et leur permet d’accepter l’inacceptable. Evoluant dans un milieu qui ringardise le salariat et fait l’apologie de la flexibilité, ils ont converti leur liberté en esclavage. Le travail précaire, gratuit, les nuits blanches et les humiliations constituent leur ordinaire, le prix à payer pour en être.
Ampleur de la violence qui règne dans cet univers
C’est le stagiaire non rémunéré qui finance sur ses deniers les salades non assaisonnées auxquelles personne ne touche. Ce sont ces filles, très souvent originaires des pays de l’Est, qui s’endettent durablement auprès de leur agence, qui a avancé les frais de visa, de transport ou d’hébergement, pour des castings ou des prises de vue réalisés à des milliers de kilomètres.
L’anthropologue souligne l’ampleur de la violence qui règne dans cet univers, où la cocaïne devient un bon coupe-faim, et les suicides chez les élèves d’une école de mode, des actes banalisés. Quant à la description...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn » signée Eric Salch.
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« Pop corn », par Salch (épisode 19)

Tous les jeudis, « La Matinale du Monde » publie en exclusivité un strip de la série « Pop corn » signée Eric Salch.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 07h03
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».
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Macabre, folle ou cruelle, notre sélection littéraire

Chaque jeudi, « Le Monde des livres » partage ses conseils de lecture avec les abonnés de « La Matinale ».



Le Monde
 |    25.01.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 07h19
   





                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, nous vous proposons six ouvrages, trois romans et trois essais.
Essai. « Le Livre contre la mort », d’Elias Canetti
Depuis 1942, le philosophe et écrivain Elias Canetti (1905-1994), prix Nobel de littérature (1981), auteur de Masse et puissance (Gallimard, 1986), a voulu mettre par écrit les raisons de sa « résistance à la mort ». Ce refus donquichottesque n’est, chez lui, motivé par aucune terreur de sa propre disparition, mais par l’horreur que lui inspire l’invasion de la mort dans le monde des vivants. Source de l’injustice et de la tyrannie, l’obsession de la mort des autres au profit d’un seul se trouve en effet, pour Canetti, à la racine de tout pouvoir.
L’ouvrage, médité mais jamais achevé, qui fait de son auteur un moderne Montaigne, paraît à titre posthume sous la forme d’une sélection, aux deux tiers inédite, puisée dans l’océan de notes rédigées au cours de sa longue vie. Canetti appréciait la concision et pratiquait volontiers l’aphorisme. Certaines de ces formes brèves constituent de sublimes microfictions.
On y trouve également une prolifération d’anecdotes drôles, rosses ou désabusées sur les relations tumultueuses qu’il a entretenues avec les grands hommes du passé (Goethe, Kleist, Büchner, etc.) ou ses contemporains (James Joyce, à côté de qui il est enterré à Zurich, Max Frisch, Thomas Bernhard…), ainsi que ses réactions à l’actualité. Mais ce recueil énergique a surtout la force des livres qui accompagnent leurs lecteurs jusqu’au bout. Nicolas Weill

   


« Le Livre contre la mort » (Das Buch gegen den Tod), d’Elias Canetti, traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, Albin Michel, « Les grandes traductions », 494 pages, 25 € (en librairie le 1er février).
Roman. « Fugitive parce que reine », de Violaine Huisman
A la petite fille qui a vu sa mère sombrer, on livre en guise d’explication une phrase obscure, qui lui restera en tête « tout attachée » : « Ta-mère-est-maniaco-dépressive. » Fugitive parce que reine, le premier roman de Violaine Huisman, détache les mots, déplie les phrases et les souvenirs, les faits et les mythes familiaux, pour comprendre le mal qui rongea sa mère et faire de cette femme splendide et pathétique, morte il y a quelques années, un portrait bouleversant. Un portrait, surtout, à la constante recherche de la justesse, dans l’écriture et dans le regard.
La première partie est consacrée aux souvenirs de Violaine Huisman. Employant une langue parfois superbe par sa fougue sombre, non dénuée d’humour, attachée à ne surtout pas se plaindre, elle y évoque son enfance et son adolescence auprès de cette mère qui lui inspirait émerveillement, pitié, tendresse, dégoût ou crainte, mais un amour infini.
Dans la deuxième, la fille, en elle, s’efface et déroule son histoire sans y intervenir, sans y mêler ses émotions. « Maman » cède la place à « Catherine », le lyrisme noir, à la distance sobre pour raconter, sans baisser les yeux, cette existence chaotique. Il y a autant de beauté que de bravoure dans le cran avec lequel Violaine Huisman trace son chemin de fille et d’écrivaine à travers ce livre. Un tombeau superbe pour garder auprès d’elle celle qui passa sa vie à fuir. Raphaëlle Leyris

   


« Fugitive parce que reine », de Violaine Huisman, Gallimard, 256 pages, 19 €.
Roman. « Votre message a été envoyé », de Joshua Cohen
Etoile montante de la littérature radicale américaine, Joshua Cohen s’attaque, en quatre récits mordants, aux maux qui, selon lui, rongent notre modernité et diminuent notre capacité à penser et à ressentir. Le règne global d’Internet est la cible privilégiée de cet auteur qui sait surprendre et jouer avec maîtrise de tous les registres littéraires (conte, poésie, roman, etc.). La métamorphose apparemment inexorable des jeunes filles de l’Est nées sur un terreau de traditions et de légendes romantiques en vedettes de l’industrie pornographique et l’invasion du hamburger s’ajoutent à cette sarabande diabolique.
Non sans paradoxe ni ironie, Joshua Cohen fait entrer dans cette danse macabre les ateliers d’écriture qui – à le lire – poussent la fiction vers un sens unique : le suicide de l’écrivain réduit à un plagiat permanent. Heureusement, l’humour jamais en défaut de l’auteur laisse penser que, même dans ce monde cruel, le pire n’est pas toujours le plus sûr. N. W.

   


« Votre message a été envoyé » (Four New Messages), de Joshua Cohen, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Annie-France Mistral, Le Nouvel Attila, 218 pages, 18 €.
Essai. « Ethique de la considération », de Corine Pelluchon
Nous avons l’habitude de séparer. Nous dissocions, notamment, vie intime et vie sociale, raison et émotions, humains et animaux… L’éthique de la considération veut, au contraire, les réunir, opérer le passage de la théorie à la pratique, de la pensée à l’action, et aider les individus à sortir du nihilisme pour préparer « l’âge du vivant ». Car « c’est dans la conscience individuelle que la société joue son destin ». Cette « considération » consiste, avant tout, à regarder avec attention ce que l’on est soi-même, ce que sont les autres vivants, et le monde commun qui nous unit.
Cet essai exigeant, dense et ambitieux, vaut d’être lu. Il convoque philosophes antiques et classiques, éthique des vertus, théorie politique, psychologie et écologie pour repenser – autour de ce « sujet élargi » attentif au « monde commun » – ces questions vitales : cause animale, environnement, démocratie. Même si on ne partage pas tous les engagements et partis pris exposés, cette tentative est trop rare pour être ignorée. Roger-Pol Droit

   


« Ethique de la considération », de Corine Pelluchon, Seuil, « L’ordre philosophique », 286 pages, 23 €.
Roman. « Ceux d’ici », de Jonathan Dee
La France a découvert Jonathan Dee avec Les Privilèges (Plon, 2011), remarquable roman au centre duquel se tenait un couple beau, riche et puissant ; à leur folle ascension, les lois de la morale et de la narration auraient voulu que succédât une chute spectaculaire, mais Jonathan Dee est un écrivain trop brillant pour céder à ce genre de facilité.
On retrouve son talent à déjouer les attentes du lecteur dans Ceux d’ici, qui s’ouvre sur une époustouflante scène située à New York, le lendemain d’un événement traumatisant jamais nommé (le 11-Septembre), et racontée à la première personne par un escroc qu’une arnaque a amené à rencontrer Mark Firth.
De ce narrateur cynique, il ne sera plus question après ce « chapitre zéro ». On suivra Mark à Howland, sa petite ville du Massachusetts, où s’installe bientôt un milliardaire, Philippe Hadi. Celui-ci va devenir maire, cristallisant les fantasmes des habitants, obsédés, à l’image de Mark, par la certitude qu’ils méritent plus qu’ils n’obtiennent, gagnés par une rancœur croissante à l’égard du monde et de leur prochain – qu’il s’agisse de leur voisin, de leur frère ou de leur épouse.
Ceux d’ici retrace sur une dizaine d’années cette montée du ressentiment intime et politique, et la dislocation, en parallèle, par Hadi, des institutions qui font la cohésion des bourgades comme Howland. C’est un roman aussi inconfortable que puissant. R. L.

   


« Ceux d’ici » (The Locals), de Jonathan Dee, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peellaert, Plon, « Feux croisés », 416 pages, 21,90 €.
Essai. « Le Plus Beau Métier du monde », de Giulia Mensitieri
L’enquête de Giulia Mensitieri, menée de 2010 à 2014 à Paris et Bruxelles dans le cadre de sa thèse en anthropologie, lève le voile sur le monde prétendument merveilleux de la mode. Et le passionnant récit qui découle de ses rencontres avec des stylistes, des modèles, des photographes, des créateurs ou des maquilleurs laisse pantois.
Evoluant dans un milieu qui ringardise le salariat et fait l’apologie de la flexibilité, ces professionnels excentriques, arrogants et touchants ont converti leur liberté en esclavage. Le travail précaire, gratuit, les nuits blanches et les humiliations constituent leur ordinaire, le prix à payer pour « en » être.
En refermant ce livre, on peut bien sûr lui reprocher de n’accorder que trop peu de lignes à une mise en perspective plus générale de ces nouvelles formes de servitude volontaire. Mais on peut aussi se réjouir de l’élégante acuité avec laquelle l’auteure livre ses réflexions et ses observations sur cet univers surexposé et obscur. Anne Both

   


« Le Plus Beau Métier du monde. Dans les coulisses de l’industrie de la mode », de Giulia Mensitieri, La Découverte, 276 pages, 22 €.



                            


                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 24/01/2018
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Le maître de l’horreur Richard Corben nouveau Grand Prix d’Angoulême

A la veille de l’ouverture de la 45e édition du festival, le dessinateur américain de 77 ans est récompensé pour l’ensemble de son œuvre.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 18h49
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 07h15
    |

            Frédéric Potet








                        



   


Il aurait été anormal que la science-fiction et la fantasy figurent si peu au panthéon du Festival d’Angoulême. La nomination, mercredi 24 janvier, à la veille de la 45e édition de la manifestation, de Richard Corben au palmarès des « Grand Prix », est un événement pour les lecteurs assidus de ces deux genres majeurs de la bande dessinée contemporaine.
Désigné par les professionnels du secteur, aux dépens de son compatriote Chris Ware et du Français Emmanuel Guibert qui étaient arrivés en tête avec lui du premier tour de scrutin, le dessinateur de 77 ans est le cinquième Américain à recevoir cette distinction, après Will Eisner (1975), Robert Crumb (1999), Art Spiegelman (2011) et Bill Watterson (2014).
Une esthétique unique
Sa désignation célèbre un styliste hors pair et un maître de l’horreur, mais aussi un adaptateur scrupuleux d’Howard Phillips Lovecraft et d’Edgar Alan Poe, deux de ses principales influences.
Zombies, femmes délurées, gladiateurs survitaminés…
On pourrait résumer l’œuvre de Richard Corben au casting et au bestiaire qui peuplent les dizaines d’albums qu’il a publiés en plus de quarante-cinq ans de carrière. S’y croisent une foule de mutants, de zombies, de créatures marécageuses, de sorcières, de détrousseurs de tombes, de gladiateurs survitaminés, de monstres simiesques, de guerriers tribaux, de spectres aux blousons cloutés, de femmes délurées, d’animaux diaboliques et de barbares de tout poil.

   


Pilier à ses débuts des éditions Warren Publishing, à travers les magazines d’horreur Creepy, Eerie et Vampirella, Corben a développé une esthétique unique qui emprunte autant à la culture « pulp » qu’à la littérature fantastique. Son travail doit aussi beaucoup à Robert E. Howard, le fondateur de l’heroic fantasy à travers les aventures de Conan le barbare, dont il dessina quelques histoires.

        Lire la critique :
         

          Le radieux rat-dieu de Richard Corben



Né à Anderson (Missouri) en 1940, Richard Corben est connu de longue date en France. Le magazine Actuel fut le premier à le publier dès 1972. Trois ans plus tard, Métal hurlant accueillait dans ses pages sa série Den, contant les aventures érotico-fantastiques d’un jeune geek ayant muté en guerrier bodybuildé.
« L’archétype de l’auteur indépendant »
Sa technique à l’aérographe – un pistolet à peinture miniature – lui vaut alors une forme d’adoration de la part de lecteurs « adultes » à qui, enfin, de la bande dessinée est proposée. Corben devient un auteur « culte », ce qui sera un peu son problème par la suite, ne parvenant jamais à toucher un large public dans son propre pays ou en Europe, en dépit de quelques collaborations fameuses, comme sur Hellboy, de Mike Mignola.
Resté fidèle à son univers si particulier, le résident de Kansas City, la ville où il reçu sa formation artistique, est « l’archétype de l’auteur indépendant », selon Laurent Lerner, le fondateur de la petite maison d’édition française Delirium, qui édite en France ses créations depuis quelques années : « Il est indépendant de tout : du marché, du marketing, des médias, des lecteurs, des éditeurs… Sa démarche artistique n’a jamais dévié de la direction qu’il a prise au début de sa carrière. » Celle-ci a connu des hauts et des bas, et même des grands moments de solitude.
« J’ai encore des buts à atteindre, je ne prendrai donc sûrement jamais ma retraite »
Dans une interview figurant à la fin de Ragemoor (Delirium, 2014), un récit fantastique réalisé avec le scénariste Jan Strnad, Richard Corben explique pourquoi lui, le maître de la couleur, a opté pour un traitement en noir et blanc : « Lors de la conception de ce projet, je ne savais pas s’il trouverait une place chez Dark Horse ou chez un autre éditeur [de grosse taille]. Je pensais qu’il me faudrait le présenter à des plus petits éditeurs qui n’auraient pas les moyens de le publier en couleurs. »

   


Le dessinateur faisait également le point sur sa « longue carrière » et sur la poursuite de celle-ci malgré son grand âge : « J’adore toujours les possibilités offertes par la BD, en tant que moyen d’expression, pour raconter les histoires que je veux raconter, et pas seulement celles qui se vendent bien. J’ai encore des buts à atteindre, je ne prendrai donc sûrement jamais ma retraite. Je continuerai à dessiner des BD jusqu’à ma mort. »



                            


                        

                        

