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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Frankie Shaw, créatrice et actrice principale de « SMILF », est parvenue à trouver de la poésie dans la crudité des situations de sa série (sur Canal+ Séries à la demande).
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TV – « SMILF » : la série qui ose tout

Notre choix du soir. Frankie Shaw, créatrice et actrice principale de « SMILF », est parvenue à trouver de la poésie dans la crudité des situations de sa série (sur Canal+ Séries à la demande).



Le Monde
 |    25.01.2018 à 17h45
    |

            Renaud Machart








                        


Série sur Canal+ Séries à la demande

Fille seule, cheveux sales, avec un goût prononcé pour les vêtements grunge en Nylon, pas lavés de la quinzaine : ainsi que le lui fait remarquer un ami croisé à la caisse d’une épicerie de son quartier de Boston, Bridgette a tout l’air d’une SDF. Car la jeune femme, séparée du père de son jeune fils, se néglige.
Plutôt à la dérive, elle se laisse aller à des crises de boulimie alimentaire et sexuelle. Elle assouvit les deux en achetant une tonne de sucreries et en embarquant chez elle l’ami rencontré à l’épicerie. Au beau milieu de leurs ébats, le garçon, qui n’est pas un prix de beauté mais est ravi de l’aubaine, s’aperçoit que, dans le même lit, à peine masqué par quelques coussins, dort le petit garçon de la jeune femme. Il se rhabille et s’enfuit.
En fait, Bridgette est obsédée par le fait que son vagin – qui n’est jamais nommé par un vocable aussi clinique – se serait élargi. Malgré une visite rassurante chez sa gynécologue, elle veut vérifier comment les hommes se sentent en elles, quand elle parvient à les attirer. Bridgette est pourtant, dans ses meilleurs jours, une « SMILF » – un mot dérivé de « MILF », beaucoup usité par la pornographie : « single mum I’d like to fuck », ou « mères célibataires bonnes à baiser » (que les âmes prudes nous pardonnent). Mais elle se réfugie volontiers dans la masturbation, par exemple en fantasmant sur les photos de la petite amie de son ancien compagnon postées sur Facebook…

   


Entre deux séances de travaux manuels, Bridgette cherche mollement du travail, mais se trouve ou exploitée ou peu intéressée par ce qu’elle doit faire. Ses périodes d’activité professionnelle sont donc rares et peu rémunératrices. En revanche, son amie Eliza (Raven Goodwin), une Afro-Américaine aux formes très généreuses, rencontrée dans un groupe de parole pour boulimiques, a trouvé un filon juteux : elle s’exhibe en petite tenue sur Internet en train de dévorer de manière gloutonne de la crème glacée dégoulinante lors de séances filmées payantes.
On l’aura compris, SMILF n’est pas à mettre devant les yeux de tous (sexe explicite, drogue et langage très cru). Ce qui est devenu l’ordinaire des séries de chaînes câblées et de plates-formes de vidéo à la demande, dont seuls les fidèles « ultras » de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet – la paroisse parisienne traditionaliste – pourraient s’alarmer. SMILF est très bien interprétée, et l’on se réjouit de retrouver Rosie O’Donnell dans un emploi (celui de la mère de Bridgette) à sa mesure – et pas, pour une fois, dans un rôle caricatural de lesbienne masculine.
Un coup de griffe à Woody Allen
Frankie Shaw, la créatrice, scénariste, réalisatrice et actrice principale de SMILF, a réussi à composer une Bridget Jones trash et hypersexuelle – le prénom Bridgette n’est probablement pas choisi au hasard. On a certes vu cent fois ce genre de personnage déphasé, mais la jeune Américaine réincarne formidablement ce cliché par le portrait subtil et très attachant d’une jeune mère à la dérive, mais qui toujours parvient à garder la tête hors de l’eau.
Le dernier épisode, qui évoque le père incestueux de Bridgette, glisse un générique de début à la manière de ceux de Woody Allen, avec la musique – Gershwin – de Manhattan (1979). Petit coup de griffe contre celui qui se trouve à son tour pris dans la tourmente #metoo – on n’est pas certain qu’il était indispensable.
SMILF, série créée par Frankie Shaw. Avec Frankie Shaw, Rosie O’Donnell, Miguel Gomez, Samara Weaving, Raven Goodwin (EU, 2017, 8 × 30 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Le cinéaste Steven Soderbergh expérimente et lance un prototype (sur OCS à la demande).
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TV – « Mosaic » : ceci n’est pas une série noire enneigée

A voir aussi ce soir. Le cinéaste Steven Soderbergh expérimente et lance un prototype (sur OCS à la demande).



Le Monde
 |    25.01.2018 à 17h30
    |

                            Martine Delahaye








                        


Série sur OCS à la demande

Mosaic n’est ni une série, ni un film, ni un jeu, n’a cessé de répéter Steven Soderbergh à la presse. C’est le fruit d’une expérimentation dont Mosaic est le premier prototype. Car, bien que diffusée à la télévision sous forme de six épisodes, Mosaic est l’avatar du projet dans lequel le cinéaste s’est engagé depuis trois ans : entraîner le spectateur, grâce à une application (non disponible en France), dans un récit dont ce dernier choisira lui-même l’ordre des séquences et le point de vue des personnages. Tandis que la « série » qui en résulte propose, elle, le montage « télé » que Soderbergh a produit in fine pour HBO.
Dans la version linéaire de Mosaic, diffusée cette semaine par HBO aux Etats-Unis et dans la foulée par OCS en France, les personnages principaux, comme les mobinautes, sont amenés à élucider la disparition et le meurtre probable, aux douze coups de minuit, un 31 décembre, d’une fort intrigante illustratrice de contes pour enfants, Olivia Lake (Sharon Stone), dans la très snob station de ski de Summit, dans l’Utah.
La fiction est un jeu
Soderbergh nous projette quatre ans en arrière, puis quatre ans en avant, au gré de l’apparition de personnages qui se révèlent partie prenante de l’histoire. L’un, Joel, jeune étalon qu’Olivia Lake a désiré « cinq minutes entières », va devoir lever le voile opaque que l’alcool, cette nuit-là, a posé sur ses souvenirs. Une autre, la froide Petra, s’engage dans une contre-enquête fouillée, pour innocenter son frère, soupçonné du meurtre. Tous deux étant secondés par un policier qui, lui aussi, remet en question les conclusions auxquelles on voudrait le contraindre.
Il n’y a pas plus fragile qu’une « vérité », toute relation de faits étant indéfectiblement liée à un point de vue, rappelle Soderbergh. Exemple : le livre pour enfants qui a rendu Olivia Lake célèbre peut être lu comme l’histoire d’un chasseur protégeant sa famille d’un ours ou comme celle d’un ours tentant de protéger ses oursons d’un chasseur. La fiction est un jeu tel que nous le signifie la dernière image de la série, magnifique tête-à-queue, qui, malgré tout, en laissera plus d’un sur sa faim.
Mosaic, créée par Steven Soderbergh. Avec Sharon Stone (EU, 2018, 6 x 50 min). Un épisode par jour sur OCS du 23 au 26 janvier, les deux derniers le samedi 27 janvier ; le tout disponible ensuite sur OCS GO.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.
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Le Canada truste les effets spéciaux du cinéma

Si ce microsecteur continue d’embaucher en France, il affronte une concurrence internationale redoutable.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 16h41
    |

            Nicole Vulser








                        



                                


                            
Les effets spéciaux, nés avec le cinéma en 1895 pour éviter de décapiter l’actrice qui jouait la reine d’Ecosse dans un court-métrage d’Alfred Clark, restent porteurs mais fragiles en France. Ce microsecteur propose toujours des emplois ultraqualifiés. Frais émoulus d’écoles reconnues, bon nombre de jeunes professionnels et d’intermittents prendront le train jeudi 25 et vendredi 26 janvier pour aller vanter leurs talents au Paris Images Digital Summit à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise). Les principaux recruteurs de la place parisienne – Mikros Image, Mathematic, Trimaran, Cube Creative… – ainsi que des sociétés belges et britanniques cherchent à pourvoir 200 postes.
Une demande importante dans un domaine qui ne compte, selon une étude du Centre national de la cinématographie et de l’image animée (CNC) et d’Audiens à paraître vendredi 26 janvier, que 3 300 emplois dans l’Hexagone… Ce regain d’intérêt s’explique par une volonté politique. Le CNC a renforcé les aides sélectives et automatiques pour les créateurs et les utilisateurs d’effets spéciaux, tout en améliorant les incitations fiscales (de 20 à 30 %) proposées aux producteurs. Un plan ad hoc pour relancer la demande dans ce petit secteur du cinéma exposé à une compétition sans merci avec le Canada.
« La concurrence mondiale dans les effets spéciaux vient de la dématérialisation des images que l’on peut envoyer par fichiers à l’autre bout du monde », explique Gilles Gaillard, directeur général de Mikros Image. La Belgique a attiré les producteurs internationaux avec des incitations fiscales et des aides régionales très alléchantes dès 2006. Le Canada s’y est lancé en 2010 avec une politique très agressive pour fidéliser les productions américaines. Au Québec, le chiffre d’affaires des effets spéciaux s’envole chaque année de 27 %. Il a atteint 187,7 millions d’euros en 2016, grâce à 187 films et séries dont Star Wars, Rogue One ou le dernier opus de Pirates des Caraïbes.
Soixante-dix-sept...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Personnalité incontournable du mouvement punk britannique, le chanteur, auteur et compositeur est mort le 24 janvier à l’âge de 60 ans.
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Mort de Mark E. Smith, leader du groupe The Fall

Personnalité incontournable du mouvement punk britannique, le chanteur, auteur et compositeur est mort le 24 janvier à l’âge de 60 ans.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 15h07
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 15h10
    |

                            Stéphane Davet








                        



                                


                            

S’il avait baptisé son groupe, The Fall, en référence à La Chute d’Albert Camus, Mark E. Smith n’en était pas moins une personnalité très méconnue en France. Chanteur, auteur et compositeur anglais aux mots acides, à la voix sardonique et aux guitares à rebrousse-poil, il était, depuis 1977, l’une des figures les plus pittoresques et prolifiques de l’underground rock anglais issu de la vague punk de la fin des années 1970. Leader d’un groupe ayant publié pas moins de 31 albums studios et 32 albums live, Mark E. Smith est mort le 24 janvier, des suites d’une longue maladie des voies respiratoires.
Né le 5 mars 1957, à Prestwich, une petite ville de la banlieue de Manchester, d’où sa famille déménagera pour s’installer, non loin de là, dans la « dirty old town » de Salford, ce fils de plombier quitte l’école à 16 ans pour travailler sur les docks. Il ne s’en passionne pas moins pour la littérature, au point de s’inscrire à l’université, dévorant, entre autres, les œuvres d’anticipation de George Orwell, Aldous Huxley ou HP Lovecraft.
Anti rock star
Musicalement, s’il apprécie particulièrement les boucles hypnotiques du Velvet Underground ou des Allemands de Can, la révélation lui vient lors du premier concert des Sex Pistols donné, en juin 1976, au Lesser Free Trade Hall de Manchester. Considérés comme l’acte fondateur de la scène locale – parmi les spectateurs figuraient aussi des futures membres de Joy Division et des Buzzcocks–, ce show et la hargne autodidacte de la bande à Johnny Rotten donneront envie à Smith de s’exprimer à son tour.
Formé fin 1976, The Fall donne son premier concert en mai 1977, avant de publier son premier 45 tours, le saisissant Bingo Master’s Breakout, en novembre 1978, et son premier album, Live at the Witch Trials, en avril 1979. Les premiers jalons de l’histoire d’une anti rock star décidé à affirmer la particularité de son style déclamatoire bardé des guitares crissantes et de rythmes...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.
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De « Donkey Kong » à « Dragon Ball FighterZ », quand les jeux vidéo imitent les dessins animés

Le monde des pixels s’est souvent inspiré des codes et du savoir-faire de l’animation. Rétrospective en dix dates marquantes.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h46
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 13h33
    |

            William Audureau








                        



   


Le mur entre jeu vidéo et animation ne penche plus, il tombe. Avec la sortie de Dragon Ball FighterZ sur consoles et PC vendredi 26 janvier, spectaculaire adaptation de l’animé culte de la Toei, le monde de la manette se rapproche encore un peu plus d’un des univers qui l’a le plus influencé, bien plus encore que le cinéma : le dessin animé.
« Donkey Kong »
(Nintendo, 1981, arcade)

Un an après Pac-Man, Nintendo lance le premier personnage de jeu vidéo humain reconnaissable et entièrement animé, Mario. Le jeu devait initialement mettre en scène Popeye : dès le départ, les dessins animés étaient sa référence. Son papa, Shigeru Miyamoto, est lui-même un passionné de manga et dessinateur de flipbooks, une expertise qui lui a bien servi pour imaginer son héros charpentier. Popeye sera finalement adapté en 1982. Deux ans plus tard, Nintendo débauchera Hiroshi Ikeda et Yoichi Kotabe, deux vétérans de la Toei, pour l’épauler.
« Dragon’s Lair »
(Cinematronics, 1983, arcade)

Cette fois, le jeu vidéo se fait littéralement dessin animé (interactif), avec Dragon’s Lair, supervisé par un ancien artiste de Disney, Don Bluth. Ce dernier est rien moins que le réalisateur de Peter et Elliott le dragon (1977) et le dessinateur des personnages de Robin des bois (1973). Il accouche d’une aventure envoutante visuellement mais élitiste manette en main : chaque séquence animée comporte un piège préenregistré, et se finit par une mort abrute si le joueur ne réagit pas au bon moment.
« Street Fighter II »
(Capcom, 1991, arcade)

Le célèbre jeu de combat de Capcom ne se contente pas de codifier un genre : avec ses personnages gigantesques pour l’époque, leurs innombrables coups découpés plan par plan, et des réglages subtils concernant les moments où un combattant est vulnérable, il fait de l’animation l’élément-clé de l’action et le nerf de la guerre. Par la suite, les jeux de combat en 2D se démarqueront par leur impressionnante sophistication en la matière, voire leurs animations fastueuses, de Vampire Savior en 1996 à Skullgirls en 2012 en passant par Guilty Gear en 1998.
« Aladdin »
(Virgin Interactive, 1993, Mega Drive)

En plein âge d’or de la plateforme, l’animation des jeux en temps réel fait un bond de géant. L’adaptation d’Aladdin sur Mega Drive marque la première collaboration étroite entre Disney, alors en pleine renaissance, et un développeur occidental, Virgin Interactive. En dépit de la concurrence foisonnante, il s’impose immédiatement comme une nouvelle référence grâce au naturel, à la fluidité et à la précision de la gestuelle du héros. Son programmeur, l’irlandais Dave Perry, enchaînera avec le délirant Earthworm Jim.
« Rayman »
(Ubisoft, 1995, PlayStation/Jaguar/PC)

Alors que le format CD libère les artistes des contraintes des consoles à cartouches, le jeu de plateforme français Rayman marque la rencontre féconde entre des bidouilleurs touche-à-tout, comme Michel Ancel, et de nombreux animateurs talentueux. Parmi eux, David Gilson, futur animateur sur le Tarzan de Disney (1999) ; Christian Volckman, récompensé en 1999 pour le court-métrage Maaz et réalisateur en 2006 de Renaissance ; et Kamal Aitmihoub, animateur sur l’adaptation du Chat du rabbin (2011).
« Toonstruck  »
(Virgin Interactive, 1996, PC)

Dans le mélange des genres, Toonstruck va très loin. Ce jeu d’aventure en point & click à la mode des LucasArts s’inspire du film Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, en mêlant acteur en prise réelle – ici Christopher Lloyd de Retour vers le futur – et dessin animé. Le tout... dans un jeu vidéo. Pour cela, il recourt à une technique baptisée FMV (pour full-motion video), des séquences vidéo préénregistrées, mêlées à des décors et personnages dessinés à la main. Unique, encore aujourd’hui.
« The Legend of Zelda : Wind Waker »
(Nintendo, 2003, GameCube)

Avec ses formes polygonales et ses reliefs, la 3D semble avoir sonné le glas des jeux vidéo « façon dessin animé », au profit d’inspirations cinématographiques. C’était sans compter le cell-shading, une technique de programmation permettant de donner à ses personnages des contours et des ombrages plats, façon bédé. Intronisée en 2000 avec Jet Set Radio, elle est réappropriée par Nintendo pour The Legend of Zelda : Wind Waker, jeu d’aventure à l’esthétique directement inspirée du prestigieux studio Ghibli (Porco Rosso, Le voyage de Chihiro). Une oeuvre à rapprocher de Ni no kuni, jeu de rôle de 2010 coréalisé par... le studio Ghibli lui-même.
« Soldats inconnus »
(Ubisoft, 2014, PS3/Xbox 360/PC)

Plus proche de C’était la guerre des tranchées de Tardi que du jeu hollywoodien Call of Duty, le jeu de guerre développé par Ubisoft Montpellier marque les esprits pour sa grâce et son originalité. Grâce à l’UbiArt Framework, un outil permettant d’intégrer directement des dessins réalisés sur tablette dans un jeu, il met en valeur le coup de crayon de Paul Tumelaire et de son équipe de dessinateurs, comme l’auteur italien de bédé Luca Erbetta.
« Cuphead »
(Studio MHDR, 2017, PC/Xbox One)

Grand animateur de l’actualité de l’année 2017, Cuphead est une déclaration d’amour évidente et assumée à l’âge d’or américain de l’animation, entre 1928 et 1937, de Steamboat Willie à Felix the Cat. Il est à ce jour le plus impressionnant hommage rendu par un jeu vidéo à cette période, et, possiblement, le plus beau jeu vidéo jamais réalisé en termes d’animation.
« Dragon Ball FighterZ »
(Bandai Namco, 2018, PlayStation 4/PC/Xbox One)

Dragon Ball FighterZ, ou la réunion du meilleur de tous les mondes. Réalisé en cell shading pour l’effet 2D, découpé plan par plan avec la minutie et le dynamisme qui caractérise les jeux de combat en vue de coupe, il est l’adaptation directe d’un dessin animé japonais culte, auquel il emprunte la mise en scène, les voix originales et nombre de séquences entières.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’Américaine, écrivaine prolifique et primée à de nombreuses reprises, est décédée le 22 janvier à l’âge de 88 ans.
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L’auteure de science-fiction Ursula K. Le Guin est morte

L’Américaine, écrivaine prolifique et primée à de nombreuses reprises, est décédée le 22 janvier à l’âge de 88 ans.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h21
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 11h31
    |

Xavier Mauméjean (écrivain)







                        



                                


                            

L’auteure de science-fiction, Ursula Kroeber Le Guin, qui s’est éteinte le 22 janvier à Portland (Oregon), à l’âge de 88 ans, a été élevée dans un riche environnement intellectuel, entourée de ses parents Alfred et Theodora Kroeber, anthropologues spécialisés dans les cultures amérindiennes et militants actifs pour la reconnaissance de leurs droits.
Née le 21 octobre 1929 à Berkeley, en Californie, elle effectue ses études à la Berkeley High School, puis au Radcliffe College, où elle approfondit sa passion des écrivains français et italiens de la Renaissance, avant d’obtenir, en 1952, un doctorat en littérature à l’université de Columbia, pour une thèse consacrée à l’idée de la mort chez Ronsard. L’année suivante, lors d’un séjour universitaire à Paris, elle épouse Charles Alfred Le Guin, étudiant américain en histoire. Tandis que son mari poursuit ses études, Ursula Le Guin travaille comme secrétaire ou enseigne le français. Le couple a deux filles, Elizabeth née en 1957 et Caroline deux ans après. La famille multiplie les déménagements, Ursula Le Guin écrit poèmes et romans qui demeurent pour la plupart inédits.
Des prix prestigieux
Au début des années 1960, l’auteure soumet des nouvelles à la revue Fantastic Stories of Imagination que dirige Cele Goldsmith, authentique découvreuse de talents. L’éditrice la publie. Les deux femmes – figures isolées dans la science-fiction de l’époque, largement masculine – deviendront amies. En 1964, année de naissance de son troisième enfant, Theodore, Ursula Le Guin se lance dans l’écriture de ses premiers romans de science-fiction. Paraissent en 1966 et 1967 Le Monde de Rocannon (Livre de Poche, 2003) et Planète d’exil (Livre de Poche, 2003), volumes fondateurs du « Cycle de l’Ekumen », qui privilégie une approche éthique et ethnologique du Planet Opera.
Suit en 1968 Le Sorcier de Terremer (Livre de poche 2008), volume initial de la trilogie « Terremer »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Trente ans après sa mort, son influence sur le secteur du manga reste considérable. Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême lui rend hommage à travers une rétrospective inédite.
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<filnamedate="20180125"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180125"><AAMMJJHH="2018012519">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Deux pièces mises en scène par la Britannique, au féminisme affirmé, sont actuellement à l’affiche à Paris.
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Théâtre : Katie Mitchell bouscule le genre

Deux pièces mises en scène par la Britannique, au féminisme affirmé, sont actuellement à l’affiche à Paris.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 08h13
    |

                            Fabienne Darge








                        



                                


                            
Katie Mitchell a-t-elle un style, ou a-t-elle un genre ? La metteuse en scène britannique, qui s’est imposée ces dernières années comme une figure majeure de la scène européenne, a deux spectacles à l’affiche à Paris en cette fin janvier, qui font beaucoup parler. Aux Bouffes du Nord, dans le cadre de la programmation du Théâtre de la Ville, Mitchell propose une création en français d’après La Maladie de la mort, de Marguerite Duras. Au Théâtre de la Colline, elle présente Schatten (Eurydike sagt), un spectacle en ­allemand, créé à la Schaubühne de Berlin, sur un texte de l’auteure autrichienne Elfriede Jelinek.

Si ces deux spectacles provoquent débats passionnés et discussions enflammées, suscitent fascination chez les uns, désarroi ou scepticisme chez les autres, c’est notamment parce que Katie Mitchell est la première à faire de la scène de théâtre le lieu d’une ­déconstruction aussi radicale de la domination masculine, de la guerre des sexes et de l’aliénation qui s’ensuit. Et parce qu’elle est, avec la Brésilienne Christiane ­Jatahy, celle qui pousse le plus loin l’exploration d’une nouvelle for­me de théâtre-cinéma – les deux femmes ont d’ailleurs chacune ­signé une version saisissante de Mademoiselle Julie, de Strindberg.
Avec Mitchell, le genre, les genres sont questionnés, bousculés, poussés dans leurs retranchements. Avec des bonheurs divers, et au risque que le militantisme féministe prenne le pas sur l’art et le cinéma sur le théâtre, comme le disent certains ? La Maladie de la mort leur donne en partie raison. Le spectacle commence pourtant de manière glaciale et percutante, dans la grotte magique qu’est le théâtre des Bouffes du Nord.
Irène Jacob, enfermée dans une cabine en verre, dit les mots de Duras, de manière absolument magnifique
L’actrice Irène Jacob, enfermée dans une cabine en verre sur le côté gauche de la scène, dit les mots de Duras, et elle les dit de manière absolument magnifique,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le travail extrêmement précis du mangaka est exposé au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.
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BD : Naoki Urasawa, le cinéaste de papier

Le travail extrêmement précis du mangaka est exposé au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 08h12
    |

            Frédéric Potet (Angoulême (Charente)








                        



                                


                            
A l’âge de 8 ans, Naoki Urasawa a vu deux films à la télévision ­japonaise qui ont irrémédiablement impressionné sa rétine : Le Salaire de la peur (1953), d’Henri-Georges Clouzot, et Le Trou (1960), de Jacques ­Becker. Le mangaka n’avait pas revu ce dernier lorsque, avant de faire ses valises pour Angoulême, il a eu envie de revisionner ce récit de l’évasion d’un groupe de détenus de la prison de la Santé. François Truffaut avait qualifié de chef-d’œuvre ce huis clos carcéral alliant intensité dramatique et puissance documentaire. « Je crois que la dramaturgie et la narration que j’utilise dans mes livres viennent de là. Ma mémoire a gardé un souvenir très vif de ce film, que je m’étonne d’ailleurs d’avoir vu et compris alors que j’étais si jeune », confie le dessinateur de 58 ans, à la veille du 45e Festival international de la bande dessinée (FIBD) ­d’Angoulême (25- 28 janvier), où une rétrospective lui est consacrée.

On s’attendait plutôt à ce que le créateur de 20th Century Boys, Monster et Pluto (trois de ses principales séries à succès) cite Alfred Hitchcock ou Akira Kurosawa, tant les références et les clins d’œil à ces deux géants du 7e art abondent dans ses histoires. Urasawa n’en fait que vaguement mention, préférant évoquer Jacques Tati et confirmer son inclination pour les rôles secondaires auxquels il confère des psychologies étudiées et des fonctions assez peu subalternes.
Riche en originaux (450 au total), l’exposition charentaise montre notamment des esquisses et des story-boards du ­mangaka : les visages des personnages y sont dotés d’expressions très précises, malgré la dimension préparatoire de ces phases de travail. Là est, sans doute, la plus grande force d’Urasawa, de figurer par le dessin une panoplie très vaste de sentiments qu’il est plus facile de représenter à l’écran que par le trait, comme le doute ou l’introspection qui...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Avec « Ceux d’ici », l’écrivain signe le premier roman significatif sur les Etats-Unis de Trump. Il l’a pourtant terminé quelques mois avant l’élection…
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La grande rancœur américaine de Jonathan Dee

Avec « Ceux d’ici », l’écrivain signe le premier roman significatif sur les Etats-Unis de Trump. Il l’a pourtant terminé quelques mois avant l’élection…



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
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            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Ceux d’ici (The Locals), de Jonathan Dee, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peellaert, Plon, « Feux croisés », 416 p., 21,90 €.

N’était son aboutissement formel, on pourrait jurer que Ceux d’ici a été écrit à toute allure, après la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine – le roman de ­Jonathan Dee est paru aux Etats-Unis en août 2017. On l’imagine, en tout cas, en lisant cette histoire d’une petite ville du Massachusetts où un milliardaire new-yorkais s’installe après le 11-Septembre ; il en devient bientôt le maire, supprimant les impôts, payant de sa poche les feux de circulation à réparer et les caméras de surveillance qu’il fait installer partout, passant par-dessus les processus démocratiques locaux, trop lents, pas assez efficaces…
Difficile de ne pas voir d’échos avec le 45e président des Etats-Unis. Mais Jonathan Dee refuse de « [se] faire passer pour plus malin » qu’il n’est. L’auteur, de passage à Paris, le reconnaît : « Comme tout le monde ou à peu près, j’ai pensé jusqu’à la nuit de l’élection que l’entrée de Trump à la Maison Blanche était impossible. » Si l’écrivain a eu un modèle en tête, il est plutôt à chercher du côté de ­Michael Bloomberg, maire de New York entre 2002 et 2013 : « Il incarne cette tendance des Américains à révérer les hommes immensément riches qui s’engagent en politique, sous le prétexte absurde qu’ils ne seraient pas corruptibles et ne s’intéresseraient pas à l’argent… A New York, on prêtait une expertise sociale à Bloomberg parce qu’il était si riche, ce qui est fou. Mais l’élection de Trump a poussé cette croyance à un degré horrifiant. » En tout état de cause, Jonathan Dee avait écrit l’essentiel de son roman quand eut lieu la convention républicaine officialisant la candidature de Trump : il a fini d’écrire Ceux d’ici un mois plus tard, en août 2016. Il avait...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Dans les nouvelles de « Votre message a été envoyé », l’écrivain américain fait le procès drôle et déconcertant du Net, de la malbouffe, des ateliers d’écriture et de la pornographie.
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Les quatre maux de la modernité selon Joshua Cohen

Dans les nouvelles de « Votre message a été envoyé », l’écrivain américain fait le procès drôle et déconcertant du Net, de la malbouffe, des ateliers d’écriture et de la pornographie.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Votre message a été envoyé (Four New Messages), de Joshua Cohen, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Annie-France Mistral, Le Nouvel Attila, 218 p., 18 €.

On peut avoir moins de 40 ans, être tenu pour une étoile montante de la culture radicale américaine, et cependant trouver à la fois désespérant et comique le spectacle offert par notre modernité tardive. Tel est le cas de Joshua Cohen, qui s’était fait remarquer avec son Paradis des autres (Le Nouvel Attila, 2014). Dans cette fable philosophico-délirante, un enfant israélien, tué dans un attentat-suicide, se retrouvait, à la suite de l’étreinte mortelle avec son bourreau, fourvoyé dans l’Eden islamique. Ce second livre traduit en français, Votre message a été envoyé, délaisse les problématiques religieuses ou géopolitiques, mais pas la provocation. Il entreprend ainsi de fouailler notre époque et les quatre maux qui, selon lui, la rongent : l’horreur numérique, la junk food (en l’occurrence McDonald’s), la pornographie et… les ateliers d’écriture, dont l’empire s’exerce désormais jusque dans les universités les plus paumées du Middle West !
Mille trouvailles verbales
Cette fresque grinçante, composée de quatre longues nouvelles, souvent très drôles, est soutenue par une inventivité jamais prise en défaut. Elle confine à l’écriture expérimentale, mais sans jamais lâcher la main du lecteur. Cohen adore se payer de mots, au point qu’on a l’impression que ce sont le langage et les mille trouvailles verbales qui dictent les intrigues. On ne peut que saluer l’art de la traductrice, Annie-France Mistral, qui a su reproduire ce flux continu de calembours, d’allitérations (« dégueulis grumeleux de cogitations »), d’expressions cocasses et de termes savants (« leucosélophobie », ou syndrome de la page blanche), supposant parfois de lire le texte, un Littré à portée de la main. Si le premier récit – une histoire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Avec « Fugitive parce que reine », bouleversant premier roman autobiographique, l’écrivaine rend un juste hommage à une femme excessive en tout.
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Violaine Huisman rend son humanité à sa mère

Avec « Fugitive parce que reine », bouleversant premier roman autobiographique, l’écrivaine rend un juste hommage à une femme excessive en tout.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

            Raphaëlle Leyris








                        



                                


                            
Fugitive parce que reine, de Violaine Huisman, Gallimard, 256 p., 19 €.

A la chute du mur de ­Berlin, à laquelle elle assiste devant un poste de télévision, le 9 novembre 1989, la petite fille âgée de 10 ans ne comprend pas grand-chose, « malgré les efforts de pédagogie du speaker ». Au même moment, une autre chute la laisse interdite : celle de sa mère, qu’elle avait jusque-là admirée « avec un ravissement ébloui », et qui a sombré au point de devoir être internée de force. L’enfant peut d’autant moins saisir ce qui lui arrive que la seule explication livrée par les adultes est une locution mystérieuse, qui lui restera en tête « tout attachée » : « Ta-mère-est-maniaco-dépressive. » Fugitive parce que reine, le premier roman de Violaine Huisman, détache les mots, déplie les phrases et les souvenirs, les faits et les mythes familiaux, pour comprendre le mal qui rongea sa mère et faire de cette femme excessive en tout, splendide et pathétique, morte il y a quelques années ­ – vingt après la chute du mur de Berlin – un portrait bouleversant, terriblement vivant.
Une langue à la fougue sombre et sans pathos
Un portrait, surtout, à la constante recherche de la justesse, dans l’écriture et dans le regard. La première partie, qui s’ouvre sur un incipit long de vingt-huit lignes, centré sur cette chute du mur de Berlin survenue en plein désastre personnel, est consacrée aux souvenirs de Violaine Huisman. Employant une langue à la fougue sombre et sans pathos, non dénuée d’humour, attachée à ne surtout pas se plaindre, elle y évoque son enfance et son adolescence auprès de cette mère qui lui inspirait émerveillement, pitié, tendresse, dégoût ou crainte, mais un amour infini.
Elle raconte les moments de gaieté et puis l’hébétement où la plongent, après son internement, les médicaments ; elle décrit la cigarette en permanence au bout des doigts (vitres fermées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ « Le Récit interrompu », courte fiction crépusculaire de l’écrivain italien Mario Pomilio (1921-1990), séduit par sa justesse et son intensité.
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Le vieil homme et la littérature

« Le Récit interrompu », courte fiction crépusculaire de l’écrivain italien Mario Pomilio (1921-1990), séduit par sa justesse et son intensité.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

                            Florence Courriol-Seita (Collaboratrice du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Récit interrompu (Una lapide in via del Babuino), de Mario Pomilio, traduit de l’italien par Christophe Carraud, Editions de la revue Conférence, 76 p., 12 €.

Presque trente ans après sa mort, c’est à une nouvelle méditation sur les affres de la création littéraire que nous convie l’auteur italien Mario Pomilio (1921-1990). Au fil de ce court Récit interrompu, moins d’une centaine de pages – mais combien sensibles et délicieuses –, l’auteur du Cinquième Evangile (Fayard, 1977) nous entraîne dans les méandres de l’esprit d’un écrivain âgé et malade qui retrouve l’ébauche d’un texte jamais achevé. Ce récit gravitait autour de la personnalité du prince Jérôme Napoléon (1822-1891), cousin germain de Napoléon III, venu finir ses années d’exil dans un vieil hôtel de la via del Babuino, à Rome.
Paradoxe de l’art du récit
Le narrateur avait vu en son personnage un double et comme la « métaphore d’un écrivain qui avait manqué au moins la moitié de son destin ». Cette redécouverte est l’occasion pour lui de sonder avec une acuité inédite le paradoxe de l’art du récit, « qui ne peut atteindre la vérité qu’à la condition de la falsifier » mais qui, dans son « illusion de réduire l’existant à des signes », fait subir aux « expressions, même les plus déchirantes, même celles qui sur le moment étaient le plus imprégnées de vérité (…), un raccourcissement d’inévidence, comme si elles étaient soustraites aux imminences du vécu et valaient désormais pour leur matière ».
Tout en interrogeant sa relation à son personnage, le narrateur de Mario Pomilio explore les raisons mystérieuses du jaillissement créatif. Mais aussi, à l’inverse, de son tarissement – la main qui se rétracte et, face à la « dure intransigeance des lois de l’expression », face aux interdits du langage devant la syntaxe du cœur et les affleurements de la vie mentale, renonce,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Léopold III de Belgique croise Hergé sur les rives d’un lac Léman trop beau pour être vrai ? Le scénario d’une œuvre de fiction, bien sûr.
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Patrick Roegiers tourne en Suisse

Léopold III de Belgique croise Hergé sur les rives d’un lac Léman trop beau pour être vrai ? Le scénario d’une œuvre de fiction, bien sûr.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

                            Bertrand Leclair (Collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
Le Roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur, de Patrick Roegiers, Grasset, 300 p., 20 €.
Est-ce bien Jean Paulhan qui, dans son Guide d’un petit voyage en Suisse, paru chez Gallimard en 1947, imaginait l’immense et beau pays que ferait la Suisse si on la dépliait ? Peut-être. Mais elle y perdrait en hauteur, remarqueraient de concert les deux personnages principaux du roman-ciné que publie Patrick Roegiers. Roman-ciné, puisqu’on comprend au bout de quelques scènes alpestres que le livre que l’on lit se veut le script du tournage en cours d’un film de studio. Cimes majestueuses, ciel sans nuages, bords de lac admirables, tout était donc entièrement fictif ?
Peu importe, puisque entre-temps les deux compères nous ont entraînés dans leurs promenades au bord du lac, dialoguant et se racontant avec pudeur, non sans que leurs propos rapportés y trouvent un petit goût de Bouvard et Pécuchet : « C’est un endroit magnifique./ – La Suisse n’est pas qu’un panorama./ – C’est un pays splendide./ – J’y resterais bien tout l’été. »
Ces deux badauds désœuvrés qui jouent face caméra leurs propres rôles ne sont pourtant pas n’importe qui ; il y a loin qu’on puisse les traiter de copistes quand bien même tous deux, en cet été 1948, ont matière à rectifier quelques données biographiques. Le premier à être entré sur le plateau (on croyait encore à la beauté naturelle du lac Léman par « une splendide journée d’été ») est un homme déprimé, qui hésite à quitter sa femme, Geneviève, et voudrait bien oublier les désagréments que lui a valu sa collaboration au supplément jeunesse du quotidien bruxellois Le Soir durant l’occupation allemande. Il s’agirait de rebondir dans de nouvelles aventures de Tintin, mais où trouver le ressort et la force de remettre les pendules à l’heure, sinon en Suisse ?
« Déçu en bien »
Voilà donc Hergé explorant les bords du lac où il tombe nez...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Romans, nouvelles, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 26 janvier 2018.
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Livres en bref

Romans, nouvelles, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 26 janvier 2018.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h30
    |

                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du « Monde des livres »), 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Virginia Bart (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du « Monde des livres »), 
                            Ariane Singer (Collaboratrice du « Monde des livres ») et 
                            Florence Noiville








                        



                                


                            Essai. L’aventure Rimbaud
Arthur Rimbaud ou l’éclatant désastre, de Pierre Brunel, Champ Vallon, « Les classiques », 248 p., 18 €.
« Je ne crois pas à l’“illisibilité” de Rimbaud. » Ce credo, Pierre Brunel (auteur d’éditions et de travaux de référence sur le poète) l’a brillamment mis en œuvre dans cet essai publié une première fois en 1983, où il saisit l’œuvre en son entier, depuis les travaux du collégien jusqu’aux recueils Une saison en enfer et Illuminations. Car bien que (ou précisément parce que) fragmentaire à l’extrême, la poésie rimbaldienne doit être envisagée comme une aventure : celle qui consiste à précipiter la débâcle du monde comme il va puis, face à l’impossibilité d’un départ absolu permettant d’accéder à la « vraie vie », à pratiquer ce que Pierre Brunel nomme une « poétique du pire ». De ce désastre de l’écriture, Rimbaud sut dégager une langue unique, dont le sens est moins hermétique que « retenu » – irréductible et néanmoins éclatant. J.-L. J.
Roman. 30 ans en 2018
Millénium Blues, de Faïza Guène, Fayard, 234 p., 19 €.
Millénium blues, le cinquième roman de Faïza Guène, se lit comme un double journal. D’abord celui de Zouzou, issue de la petite classe moyenne, qui se lance dans la vie entre pragmatisme et rêves de romance. Elle choisit donc un métier aux débouchés sûrs, l’aide à la personne, mais tombe amoureuse d’Eddy, un acteur volage. Son récit s’inscrit dans la chronique plus large du tournant du XXIe siècle et de ses premiers jalons historiques, du ­Mondial de 1998 aux attentats de 2015. Emerge ainsi, dans une langue vivante et drôle, un portrait personnel des « millennials », génération transitoire entre ceux qui ont connu l’insouciance des « trente glorieuses » et les très jeunes adolescents nés avec Internet et le terrorisme. L’occasion d’une forme d’inventaire,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Fétiche », de Mikkel Orsted Sauzet.
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C’est graphique. Révolutionnaire

La chronique de Pénélope Bagieu, à propos de « Fétiche », de Mikkel Orsted Sauzet.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
    |

                            Pénélope Bagieu (Dessinatrice)








                        



                                


                            
Fétiche, de Mikkel Orsted Sauzet, Presque Lune, « Lune froide », 202 p., 25 €.

Mikkel Orsted ­Sauzet est né de parents français et danois, et s’est installé entre les deux pays, en Belgique, pour étudier la BD puis publier son premier album Fétiche, aux éditions Presque Lune.
A la fin du XVIIIe siècle, alors qu’ici, on coupe la tête des rois, un autre chapitre de l’histoire de France est sur le point de s’écrire. Portée par les mêmes idéaux de liberté et d’égalité, c’est une révolution que l’on aime moins évoquer, même si elle va elle aussi donner naissance à une république : celle des esclaves d’Haïti. C’est l’histoire de l’une d’entre elles, exploitée par les colons français dans les champs de canne à sucre et les bordels, que l’auteur conte, en la liant à trois instantanés de cette révolte. Trois actes sans paroles, comme ces esclaves qui n’ont pas de voix, mais rythmés par le tambour et les coups de fouet, la colère qui gronde plus fort à chaque page.
Toute l’histoire est dessinée au stylo Bic rouge uniquement, et cette couleur seule suffit à tout raconter : les traces de coups de fouet, les poupées vaudoues, le marquage au fer, la douleur, la haine. Cela commence par le sang de cette esclave qui se cache loin de la plantation pour accoucher seule d’un bébé à la peau claire, une petite fille avec laquelle elle essaiera immédiatement de se jeter du haut d’une falaise. Mais l’enfant est « sauvée » par le fouetteur d’esclaves indigène, et ramenée parmi les siens, pour connaître le même destin que sa mère. Elle est confiée à une nourrice de substitution, entourée de ses enfants, qui se détourne du bébé blanc au moment de la mettre à son sein. La petite grandit dans cette geôle d’esclaves enchaînés, que le propriétaire de la plantation utilise aussi comme maison close pour les autres colons. De courtes séquences de sa vie, brutales et denses, dévoilent ensuite son...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Dans « L’Armée imaginaire », François Cadiou révise avec une joie iconoclaste nombre d’idées reçues sur l’histoire de Rome au Ier siècle av. J.-C.
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Histoire. La légion romaine ne s’est pas défaite en un siècle

Dans « L’Armée imaginaire », François Cadiou révise avec une joie iconoclaste nombre d’idées reçues sur l’histoire de Rome au Ier siècle av. J.-C.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h11
    |

                            Vincent Azoulay (Historien et collaborateur du « Monde des livres »)








                        



                                


                            
L’Armée imaginaire. Les soldats prolétaires dans les légions romaines au dernier siècle de la République, de François Cadiou, Les Belles Lettres, « Mondes anciens », 486 p., 29,50 €.

Des figurines en plomb aux livres d’histoire érudits, les légionnaires romains occupent une place centrale dans l’imaginaire guerrier de l’Occident. C’est peu de dire que ces soldats sont précédés par leur réputation : ne furent-ils pas les fers de lance de la conquête du monde méditerranéen par Rome, entre le IIIe et le Ier siècle av. J.-C. ? Efficaces et disciplinés, ils auraient toutefois basculé du côté obscur au cours de ce siècle, le dernier de la République.
C’est alors que les Romains seraient passés d’une armée de conscription, recrutée parmi les citoyens disposant d’une certaine fortune, à une troupe d’engagés volontaires, appartenant aux couches les plus humbles de la société. Cette évolution sociologique aurait abouti à l’émergence d’une armée professionnalisée, dépourvue de tout idéal civique : loyaux à leurs chefs plus qu’à la République, ces soldats prolétaires auraient même joué un rôle moteur dans l’avènement de l’Empire.
Une véritable leçon de critique documentaire
Dans L’Armée imaginaire, livre magistral, François Cadiou, professeur d’histoire antique à l’université de Bordeaux, met en pièces cette représentation misérabiliste de légions romaines supposément composées de « déchets sociaux » – selon l’expression pleine de mépris de Jérôme Carcopino (1881-1970). Si cet ouvrage universitaire est truffé de termes latins et doté d’un lourd appareil de notes, il frappe par la clarté de son argumentation.
Traquant les présupposés de ses prédécesseurs et la circularité de leurs raisonnements, l’auteur offre aux lecteurs une véritable leçon de critique documentaire. Il attire notamment l’attention sur les problèmes soulevés par le caractère souvent...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Claro vote la confiance pour politique sentimentale menée par Constance Debré.
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Le feuilleton. Ça sert aussi à ça, l’amour

Claro vote la confiance pour politique sentimentale menée par Constance Debré.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Play boy, de Constance Debré, Stock, 160 p., 18 €.

Elle n’y va pas avec le dos de la cuiller, Constance Debré, et tant pis si ladite cuiller est en argent et fournie à la naissance. N’y va pas non plus par quatre chemins, sachant qu’ils sont souvent empruntés, dans tous les sens du terme. A l’expression « de qui tenir », elle doit sans doute préférer « se déprendre », tant il est vrai que l’ascendance est le genre d’auréole pesante et pourrie dont on se passerait bien, la pire des couronnes, en fait, sauf pour ceux qui craignent d’avoir froid au crâne. Dans son cas, la lignée n’a rien d’un fil de la vierge, c’est plutôt du cordage bien grinçant, mais on ne va pas ici vous dessiner l’arbre généalogique des Debré, remonter jusqu’à l’aïeul rabbin, le papi premier ministre, le tonton, etc. Le livre se charge de leur tirer le portrait, de toute façon, même si on ne peut pas parler de règlement de comptes, non, tout ça est déjà soldé quelque part, depuis l’adolescence, et sans doute même l’enfance.
Quant aux parents, il y a ceux qui vous détruisent et ceux qui se détruisent, dans le cas de l’auteure c’est plutôt l’option numéro deux, mais là encore, c’est chose connue, le folklore de l’opium, l’addiction à l’héro, l’empilement des flasques de whiskey. Le père décline, la mère meurt. On hérite quoi au final ? Du fric ? des souvenirs ? des réflexes de survie ? C’est là où on se dit que le dos de la cuiller, les quatre chemins, non merci. L’éloquence du barreau, hors de question. Ni ménager ni convaincre. Play boy, c’est le titre : pas « plaidoirie ». C’est le sexe ici qui est en jeu, au sens large, léger, libérateur.
D’emblée, zéro faux-semblant. « Je suis bourge au cas où y aurait un doute. (…) C’est pour ça que je parle comme ça. Les aristos parlent comme ça. Ils adorent. Moi aussi j’adore. (…) Peut-être que c’est parce qu’on se fait chier plus que les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Philosophia naturalis », de Lucien X. Polastron.
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Figures libres. Folâtrer dans le cosmos

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos de « Philosophia naturalis », de Lucien X. Polastron.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h12
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Philosophia naturalis ou De l’intelligence du monde, de Lucien X. Polastron, Klincksieck, « De natura rerum », 180 p., 17 €.
Beaucoup s’attaquent aux idées verticalement – façon falaise abrupte, escalade en force, doigts crispés. A mesure qu’ils argumentent, on entend le cliquetis des mousquetons et des harnais. Ils ont la varappe conceptuelle laborieuse, assurent la moindre prise. Et, bien sûr, à tout lecteur embarqué dans l’escalade, il est demandé de ne pas ménager, lui non plus, ses efforts.
D’autres, au contraire, batifolent, déambulent en souriant dans les bibliothèques et les œuvres, parcourent les routes de la philosophie comme autant de sous-bois ou de sentes herbeuses. Ceux-là ont volontiers la promenade négligente, du moins en apparence. Ils distraient, c’est évident, mais pour mieux donner à penser. Je crois bien que Lucien Xavier Polastron se rattache à cette tribu d’essayistes narrateurs, qui préfèrent les chemins de traverse aux ascensions douloureuses.
Voilà un voyageur inhabituel. En effet, il n’est pas seulement écrivain et journaliste, mais aussi calligraphe, sinisant, arabisant, historien et jardinier – sans oublier qu’il préside à vie le Club des objecteurs de conduite, destiné à rassembler les hommes et femmes « définitivement hostiles à tenir le volant d’une automobile ». La noble institution fut fondée en 1962, année où notre homme avait juste 18 ans.
On lui doit une quinzaine de livres, notamment Le Papier. 2 000 ans d’histoire et de savoir-faire (Imprimerie nationale Editions, 1999), une étude qui fait référence, plusieurs ouvrages sur les calligraphies chinoise et japonaise, et d’inclassables essais comme Livres en feu. Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Denoël, 2004), ou encore Une brève histoire de tous les livres (Actes Sud, 2014).
Ironie du style
Cette fois, avec Philosophia naturalis,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ La mort accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens, patron des éditions P.O.L, le 2 janvier, laisse un vide. Les auteurs qu’il publiait, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, Emmanuel Carrère, Nathalie Azoulai, Frédéric Boyer, Emmanuelle Pagano… disent tout ce qu’ils lui doivent.
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P.O.L sans Paul

La mort accidentelle de Paul Otchakovsky-Laurens, patron des éditions P.O.L, le 2 janvier, laisse un vide. Les auteurs qu’il publiait, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, Emmanuel Carrère, Nathalie Azoulai, Frédéric Boyer, Emmanuelle Pagano… disent tout ce qu’ils lui doivent.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 07h01
    |

                            Raphaëlle Rérolle








                        



                                


                            

En mourant accidentellement sur une route de Marie-­Galante, au large de la Guadeloupe, l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens n’a pas seulement laissé derrière lui le vide classique d’un bureau soudain désert. Au matin du 4  janvier, c’est une vague de douleur qui s’est abattue sur la maison qui porte ses initiales. Réveillés par un coup de téléphone ou cueillis au saut du lit par une alerte de presse, ses auteurs ont découvert que le fondateur et patron de P.O.L ne lirait plus jamais leurs manuscrits. Le choc a été terrible, à la mesure de la place qu’occupait cet homme de 73 ans dans la vie des écrivains. Du jour au lendemain, les locaux tortueux de la rue Saint-André-des-Arts, dans le 6e arrondissement de Paris, sont devenus l’épicentre d’un chagrin qui touche à la fois la petite équipe de ses collaborateurs, cinq en tout, mais aussi la grande parentèle des 200 auteurs dont il prenait un soin jaloux.
Dans les jours qui ont suivi, certains n’étaient même pas capables de parler. Marie Darrieussecq avait « le cœur trop triste ». « Je pleurais toute la journée. » ­Iégor Gran, lui, s’est effondré lorsqu’il s’est retrouvé, rue Saint-André-des-Arts, face à l’absurde évidence que Paul ne viendrait plus l’accueillir en souriant. Les uns après les autres, ils ont poussé la porte de la maison d’édition, regardant de loin le bureau sur lequel traînait encore une pile de papiers. Des proches ont essayé de les consoler, mais personne ne pouvait comprendre l’ampleur et la nature de leur peine.
La figure d’un père
Il est rare que les vivants dessinent un portrait aussi homogène d’un mort. Pour comprendre le lien qui unissait Paul Otchakovsky-Laurens à ses auteurs, il faut utiliser un terme qu’il n’aimait pas beaucoup, concernant sa maison : celui de « famille ». Lui parti, c’est pourtant la figure d’un père qui surgit. « Il ne supportait pas qu’on parle de famille, se souvient Jean Rolin, mais il m’est arrivé d’éprouver de la...




                        

                        

