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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ Le président Erdogan s’apprête à lancer le chantier d’une nouvelle voie maritime artificielle, longue de 45 km et destinée à désengorger le détroit du Bosphore, l’un des axes les plus fréquentés au monde.
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En Turquie, le projet pharaonique du « canal Istanbul »

Le président Erdogan s’apprête à lancer le chantier d’une nouvelle voie maritime artificielle, longue de 45 km et destinée à désengorger le détroit du Bosphore, l’un des axes les plus fréquentés au monde.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 18h03
    |

                            Eddie Rabeyrin








                        



   


Le « second Bosphore », vieux songe ottoman, est sur le point de devenir réalité. Lors d’une conférence à Belgrade le 10 octobre 2017, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait confirmé la mise en œuvre d’une vieille promesse de campagne de 2011 : la construction d’un canal en parallèle du détroit stambouliote.
L’annonce a été suivie le 15 janvier d’une conférence de presse télévisée du ministre des transports, Ahmet Arslan, dévoilant le tracé officiel dudit « canal Istanbul ». Long de 45 km, il devrait partir du lac de Küçükçekmece, du côté de la rive européenne, pour relier la mer de Marmara à la mer Noire. Selon des documents présentés par le ministère de l’environnement, le canal sera profond de 25 mètres, pour une largeur variant entre 250 et 1 000 mètres.

        Lire aussi :
         

                Istanbul, vitrine ottomane d’une Turquie post-impériale



Sa construction a pour objectif premier de désengorger le détroit du Bosphore qui, avec près de 42 000 passages de navires en 2016, est l’un des axes les plus fréquentés au monde. Outre les longues heures d’attentes pour les bateaux que génère le trafic, la navigation n’y est pas des plus aisées. Le caractère sinueux du détroit, traversé de forts courants et rafales de vent, fait craindre des accidents majeurs au sein de cette zone urbanisée. Plusieurs catastrophes ont d’ailleurs été évitées de justesse : en 1994, lors de la collision de pétroliers au cœur d’Istanbul, ou en 1999, lorsqu’un vieux pétrolier russe s’est fendu en deux en mer de Marmara.

   


Urbanisation de la rive européenne d’Istanbul
Pendant longtemps, la question du contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles a représenté un sujet de contentieux international. Un modus vivendi avait finalement été trouvé en 1936 avec la signature de la convention de Montreux qui, en temps de paix, garantit la liberté de navigation aux navires commerciaux, quels que soient le pavillon et le type de cargaison.
Si cette règle est valable pour les détroits, elle ne s’appliquera pas au canal : « Actuellement, les navires qui transitent par le Bosphore n’ont à payer que s’ils décident de recourir aux services d’un pilote turc, ce qui n’est pas obligatoire. Les Turcs pourront en revanche faire payer un droit de passage sur le canal. Cette voie permettra aux navires qui en ont les moyens de passer plus vite », explique Jean Marcou, spécialiste de la Turquie et enseignant à Sciences Po Grenoble.
Reste la question des navires militaires, pour lesquels la convention de Montreux fixe des conditions supplémentaires, comme une limite du tonnage. Mais il est peu probable que la création du canal change la donne en la matière : « Les navires [qui circulent entre la mer Egée et la mer Noire] passeront toujours par le détroit des Dardanelles, donc la convention de Montreux s’appliquera par ricochet, rappelle Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe. Les Russes, qui co-dominent la mer Noire avec les Turcs, ne s’opposeront pas au projet tant que l’échiquier géopolitique ne sera pas bouleversé. Or, par le passé, les Turcs ont montré qu’ils veillaient au grain et étaient peu enclins à laisser les Américains renforcer leur présence dans la région. »
Au-delà de la création d’une nouvelle voie maritime, le canal participe d’un projet d’urbanisation de la rive européenne d’Istanbul. La construction de centres logistiques et de résidences le long du tracé est prévue. « Des pays comme le Qatar se sont d’ores et déjà dits intéressés pour investir à cet endroit. La Turquie s’attend à une forte rentabilité, dans un contexte général de grands travaux qui n’ont cessé ces dernières années, avec la construction par exemple d’une ligne de tramway sous le Bosphore, d’un troisième pont sur le Bosphore ou encore l’achèvement prochain du troisième aéroport d’Istanbul », détaille M. Marcou.
Plus d’une dizaine de milliards d’euros
Le tout revêt une forte charge symbolique. L’achèvement du projet, dont les travaux doivent débuter cette année, a été annoncé pour 2023, pour le centenaire de la République fondée par Mustafa Kemal Atatürk. « Canal Istanbul » a d’ores et déjà été présenté comme la réalisation la plus coûteuse de l’histoire du pays, à hauteur de plus d’une dizaine de milliards d’euros. Qui plus est, M. Erdogan ne s’interdit pas quelques envolées lyriques quand il parle du canal, évoquant un « projet fou », son « rêve », et allant jusqu’à établir des comparaisons avec les anciens sultans ottomans.
Un enthousiame que ne partagent pas les défenseurs de l’environnement, qui craignent les conséquences potentiellement désastreuses d’une telle réalisation pour l’écosystème local. Aux dires du ministère de l’environnement, une nouvelle étude d’impact environnemental serait en cours.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Le régime actuel d’asile européen commun, et plus particulièrement le règlement de Dublin, doit être reformé, estime le commissaire aux affaires intérieures et à la migration, Dimitris Avramopoulos. Les règles doivent être harmonisées au sein de l’Union.
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Il faut « un régime d’asile européen fort, équitable et humain »

Le régime actuel d’asile européen commun, et plus particulièrement le règlement de Dublin, doit être reformé, estime le commissaire aux affaires intérieures et à la migration, Dimitris Avramopoulos. Les règles doivent être harmonisées au sein de l’Union.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h06
    |

Dimitris Avramopoulos (Commissaire européen chargé de la migration, des affaires intérieures et de la citoyenneté)







                        



                                


                            

Tribune. Si l’Europe est apparue divisée sur la manière de gérer les flux migratoires, chacun reconnaît le besoin d’un régime d’asile fort, efficace et humain. Un régime équitable à l’égard de l’Union européenne et de ses citoyens, à l’égard des migrants et des réfugiés, ainsi qu’à l’égard des pays d’origine et de transit.
Grâce à nos efforts collectifs, nos frontières extérieures sont mieux protégées et le nombre de migrants arrivant dans des conditions irrégulières dans l’Union européenne est désormais inférieur aux chiffres de 2014 ; avant le pic de la crise migratoire. Des milliers de personnes ayant besoin d’une protection ont été relocalisées et réinstallées à travers l’Europe, et les conditions d’accueil des migrants dans les pays tiers se sont améliorées grâce à l’aide que nous leur avons apportée.
Décourager les abus
Nous devons poursuivre cette politique et renforcer encore nos frontières extérieures. En même temps, nous devons être conscients que des personnes vont continuer à chercher refuge en Europe du fait de l’instabilité dans notre voisinage. Si l’Union européenne souhaite remplir son obligation juridique et morale d’offrir l’asile aux personnes qui en ont besoin, de manière efficace et humaine, le régime actuel d’asile européen commun, et notamment le règlement de Dublin, doit être reformé.

La réforme du système d’asile, qui est actuellement discutée, doit permettre de décider rapidement du pays en charge de l’examen d’une demande d’asile et garantir qu’en cas de crise, la responsabilité ne reposera pas sur un seul pays ou sur quelques pays seulement. Laisser chaque demandeur choisir son pays de destination met à mal le fonctionnement de nos régimes d’asile ainsi que la libre circulation dans l’espace Schengen.
Harmoniser les règles en matière d’asile découragera aussi les mouvements secondaires, la présentation de demandes d’asile multiples ainsi que les abus. Ainsi notre objectif est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ Le train a déraillé pour une raison encore inconnue à une quarantaine de kilomètres de Milan, peu avant 7 heures. Une enquête a été ouverte.
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Italie : plusieurs morts dans le déraillement d’un train près de Milan

Le train a déraillé pour une raison encore inconnue à une quarantaine de kilomètres de Milan, peu avant 7 heures. Une enquête a été ouverte.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 12h47
   





                        



   


Un train a déraillé jeudi 25 janvier au matin près de Milan, faisant au moins trois morts et dix blessés graves (dont cinq avec un pronostic vital engagé), selon un bilan provisoire communiqué par les services de secours.
Le déraillement du train régional, exploité par la société Trenord, a eu lieu vers 7 heures dans la gare de Pioltello-Limito, à une quarantaine de kilomètres de Milan et a fait aussi une centaine de blessés légers, a précisé Cristina Corbetta, responsable régionale des services de secours à Milan, interrogée sur la chaîne Sky TG24.
En fin de matinée, les opérations de secours étaient terminées, toutes les personnes présentes à bord du train ayant été évacuées. « Les gens qui vont bien sont dans deux gymnases. L’un à côté, l’autre à Segrate. Ils sont soutenus par des psychologues et d’autres personnes qui contrôlent les blessures », a expliqué un coordinateur de la protection civile.
L’origine du déraillement est encore inconnue
Le train, qui était parti de Crémone (à 67 km au sud-ouest de Pioltello-Limito) a déraillé au niveau d’un aiguillage, selon le préfet de police de Milan, Marcello Cardona. Une enquête a été ouverte pour établir les causes du déraillement, a affirmé le chef de la police de Milan. Le conducteur du train est interrogé et les premiers éléments semblent diriger également les enquêteurs sur la piste d’un problème de voie ou d’aiguillage. Un porte-parole de Trenord a déclaré que le train roulait à une vitesse normale à l’approche de la gare.
Une rupture du rail constatée sur place sur une vingtaine de centimètres fait également partie des hypothèses retenues pour expliquer l’accident, selon un responsable de Rete Ferroviaria Italiana (RFI), le gestionnaire du réseau. Mais l’enquête devra établir si cette rupture est « la cause ou la conséquence de l’accident », a précisé ce responsable.
« On est en train de vérifier la dynamique, la structure des rails… Tout doit être vérifié pièce par pièce. Malheureusement ce train était plein. Si le bilan actuel est confirmé, ça serait presque un miracle. Le train était bondé, des travailleurs, des étudiants… », a déclaré à la presse M. Cardona.
« Soit le rail, soit le bogie du train a eu un problème », a pour sa part avancé Dario Balotta, représentant l’Observatoire national des transports italiens.
« Il faudra voir à quel moment le train a quitté la voie, parce que la moitié avant est partie d’un côté, tandis que l’autre est allée dans la mauvaise direction », a-t-il ajouté.
Trenord, qui est une coentreprise entre une branche de Ferrovie dello Stato (FS) et Ferrovie Nord Milano (FNM), est la compagnie régionale de train desservant la Lombardie. Elle est notoirement connue pour ses retards fréquents et le manque de propreté de ses trains.
Les images des télévisions montrent des pompiers qui tentent de dégager des passagers bloqués dans les wagons. Le trafic ferroviaire entre Milan et Brescia a été suspendu.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ Le Parlement européen vote en commission le principe d’une liste paneuropéenne pour 27 eurodéputés.
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Listes transnationales pour les élections européennes  : une première étape franchie pour Macron

Le Parlement européen vote en commission le principe d’une liste paneuropéenne pour 27 eurodéputés.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h27
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 11h45
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen) et 
Solenn de Royer








                        



                                


                            
La partie n’est pas gagnée. Mais la proposition controversée d’Emmanuel Macron de créer des listes transnationales pour les élections européennes de 2019 a franchi une première étape, importante, mardi 23 janvier, avec un vote favorable (très net) de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen.
Au moment du divorce avec le Royaume-Uni, en mars 2019, 27 des 73 sièges d’eurodéputés britanniques « libérés » par le Brexit reviendraient à ces listes transnationales, constituées d’Européens choisis au sein d’une circonscription unique, aux dimensions de l’Union. Le président français, qui s’était fait suggérer cette idée par Daniel Cohn-Bendit au moment du Brexit, alors qu’il était encore ministre de l’économie, avait lancé ce projet lors de son discours de la Sorbonne, en septembre 2017.
Il s’agit d’une vieille revendication des fédéralistes européens, censée renforcer chez les citoyens du continent leur sentiment d’appartenance à l’Union. Les opposants aux listes transnationales, comme l’eurodéputé juppéiste Alain Lamassoure, dénonçaient au contraire une fausse bonne idée, « qui va éloigner les électeurs de leurs élus ». Si une majorité des conservateurs du Parti populaire européen (PPE) étaient sur cette ligne, la plupart d’entre eux ont pourtant cédé aux arguments macroniens, lors du vote de mardi. Le Belge Guy Verhofstadt, chef de file des libéraux au Parlement (ALDE), n’aurait pas ménagé sa peine pour les convaincre.

Obtenir l’aval unanime des Etats membres
« C’est une étape importante vers la concrétisation de la proposition du président de permettre aux citoyens de voter, à côté de députés élus sur des listes nationales, pour les mêmes parlementaires européens partout en Europe », se félicitait-on à l’Elysée, dans la foulée du vote. Le principe des listes transnationales doit encore être confirmé en séance plénière à Strasbourg, le 7 février. Surtout, il doit obtenir l’aval unanime des Etats...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Prorusse, le président sortant conserve le soutien des perdants de la transition démocratique avant le second tour des 26 et 27 janvier.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤                     
                                                   
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En Moravie, les Tchèques « d’en bas » votent Zeman

Prorusse, le président sortant conserve le soutien des perdants de la transition démocratique avant le second tour des 26 et 27 janvier.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 10h27
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h46
    |

                            Blaise Gauquelin (Mikulov, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Elle l’aime, son Zeman ! Pour exprimer ses sentiments à l’égard du président tchèque sortant, Viera Cmucharova dessine avec son index des petits cœurs dans un ciel lesté de flocons. Plus de quarante ans qu’elle trime. D’abord à l’usine, puis à tailler les vignes dans les collines des environs. « La vie a toujours été dure pour moi », dit simplement cette électrice de « Milos », qui a élevé toute seule deux enfants et sera retraitée avant la fin de l’année. « J’espère qu’il va repasser, parce que je ne veux pas entendre parler de l’euro, la vie sera plus chère sinon. »
Comme près de 41 % des votants de Mikulov, une magnifique ville de conte de fées lovée autour d’un château du XIIIe siècle, elle a glissé un bulletin dans l’urne pour que Milos Zeman, ce vétéran de la gauche eurosceptique, 73 ans, reste chef de l’Etat. Dans ces paysages agréables de l’est de la République tchèque, en Moravie du Sud, on n’aime pas trop la capitale, à 250 kilomètres. On entretient les traditions, on est attaché à la monnaie nationale, la couronne tchèque. Et on fait confiance à Milos Zeman. Il est arrivé en tête du premier tour, le 13 janvier, avec 38,6 % des voix, contre 26,6 % pour son challenger, un novice en politique, l’ancien chef de l’académie des sciences, Jiri Drahos, 68 ans.

Le second tour, qui aura lieu les 26 et 27 janvier, tient lieu de véritable référendum pour ou contre sa personne, tant elle clive l’électorat de ce pays de 10,5 millions d’habitants. « Il ne présente pas assez bien pour être président », dit par exemple de lui Jana Zejdova, qui promène son nourrisson dans sa poussette autour des remparts. « C’est la honte pour notre pays s’il repasse : il est grossier, il ne sait pas se tenir, il insulte ses adversaires. »
Son point de vue est minoritaire à Mikulov : près de trente ans après la chute du mur de Berlin, les déçus de la transition et les perdants de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ La polémique est d’autant plus vive que les exportations d’armes sont un sujet délicat entre le SPD et la CDU.
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L’utilisation de chars allemands à Afrin embarrasse le gouvernement allemand

La polémique est d’autant plus vive que les exportations d’armes sont un sujet délicat entre le SPD et la CDU.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 10h27
    |

                            Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)








                        



                                


                            

Le débat sur les exportations d’armes, très sensible en Allemagne, vient de s’inviter avec fracas au cœur des négociations en cours pour former une grande coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. Le pays a découvert que des chars de type Leopard, grand succès d’exportation allemand, sont employés par l’armée turque dans son offensive contre les forces kurdes YPG à Afrin, dans le nord de la Syrie. Les photos, diffusées par l’agence de presse étatique turque Anadolu, provoquent une polémique alors que l’Allemagne vient d’afficher un record de ventes d’armes à l’export durant la dernière législature.
A Berlin, le ministère de la défense n’a pour l’instant donné aucune confirmation officielle. Mais les experts cités par la presse sont formels : les chars photographiés sont bien des Leopard de fabrication allemande. Rien d’étonnant à cela : l’Allemagne vend ces chars depuis des décennies à la Turquie (350 exemplaires ont été livrés entre 2006 et 2011). Selon les agences allemandes, aucune restriction n’avait à l’époque été exigée. En 2005, le chancelier Gerhard Schröder était convaincu que la Turquie ferait bientôt partie de l’Union européenne. En 2018, cette perspective paraît très lointaine. Les relations entre Berlin et Ankara sont devenues glaciales depuis la tentative de coup d’Etat de l’été 2016. Le conflit avec les Kurdes n’a rien arrangé.
Politique d’apaisement menacée
Mercredi, un porte-parole du ministère des affaires étrangères a confirmé que Berlin avait demandé des explications au gouvernement turc sur l’utilisation de ces chars. L’ambassadeur allemand doit par ailleurs rencontrer le ministre turc de la défense, Nurettin Canikli, à ce sujet.
L’Allemagne s’efforçait depuis plusieurs mois de normaliser les relations avec Ankara. Dans cette perspective, Sigmar Gabriel, ministre des affaires étrangères, s’apprêtait à autoriser une opération de modernisation de l’équipement militaire turc. Mais la polémique en cours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ Avant l’intervention du président américain, les dirigeants européens ont affiché, mercredi, leur confiance. « S’il y a un vide, l’UE le comblera », a assuré le premier ministre italien.
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Article sélectionné dans La Matinale du 24/01/2018
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A Davos, face au « America First » de Trump, l’Europe s’affiche de retour

Avant l’intervention du président américain, les dirigeants européens ont affiché, mercredi, leur confiance. « S’il y a un vide, l’UE le comblera », a assuré le premier ministre italien.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 06h42
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h07
    |

            Sylvie Kauffmann (Davos, Suisse, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Une bouffée d’euphorie s’est emparée du petit monde de Davos (Suisse), mercredi 24 janvier, à l’issue d’une journée qui a vu plusieurs dirigeants de pays de l’Union européenne (UE), Emmanuel Macron en tête, monter à l’assaut, aussi solidaires qu’un pack de rugby, pour porter le flambeau d’une version européenne de la mondialisation. L’équipe de Donald Trump commençait de son côté à préparer la contre-attaque, à la veille de l’arrivée du président américain.
Les participants, venus nombreux écouter le président français, nouvelle star de la politique internationale, sont allés dîner après avoir fait une ovation debout à ce jeune dirigeant « passionné », « optimiste », qui leur a livré – longuement – la vision qu’ils attendaient, celle d’une globalisation à visage humain.
Ce n’est pas le hasard mais bien la volonté des organisateurs de ce Forum économique mondial de mettre l’UE en valeur qui a fait se succéder en séance plénière quatre chefs d’Etat et de gouvernement du Vieux Continent dans la seule journée de mercredi. S’il avait mis la Chine à l’honneur en 2017, le professeur Klaus Schwab, fondateur et grand ordonnateur du Forum, considérait que le moment était venu de donner un coup de pouce à une Europe qui a renoué avec la croissance économique et qui résiste tant bien que mal à la montée du populisme.
« Destin entre nos mains »
Comme dans les grands shows, le spectacle avait été prévu crescendo. Premier Européen à intervenir dans la matinée, le roi Felipe d’Espagne aurait pu se contenter d’un discours royal ; il a choisi, après avoir réitéré sa ligne de fermeté sur la crise catalane, de clore son discours par un vigoureux appel à l’approfondissement et à la refondation de l’UE. « Pour l’Espagne, a souligné le souverain, l’Europe n’est pas un projet extérieur ; c’est l’expression la plus complète de notre projet national. »
Après lui, le premier ministre italien, Paolo Gentiloni, homme d’un naturel...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤ En réalisant une vidéo parodique, des étudiants de l’Institut de l’aviation civile russe ont suscité un scandale. Mais aussi un mouvement de dénonciation de l’homophobie qui continue de se propager.
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Une vidéo d’étudiants russes devient le vecteur d’un mouvement de lutte contre l’homophobie

En réalisant une vidéo parodique, des étudiants de l’Institut de l’aviation civile russe ont suscité un scandale. Mais aussi un mouvement de dénonciation de l’homophobie qui continue de se propager.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 18h34
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 19h46
    |

                            Charlotte Herzog








                        


C’est l’histoire d’une vidéo « juste pour rire » qui, au départ, était censée tourner dans un cercle restreint de jeunes étudiants russes fêtant la fin de leurs examens aux alentours du « jour de Tatiana », période de vacances en Russie. Sauf que cette vidéo, finalement publiée sur VKontakte, le Facebook russe, est devenue rapidement virale – plus de 5 millions de vues sur le post initial du 16 janvier –, allant jusqu’à provoquer un scandale national, déchaînant les critiques et suscitant, en réaction, un mouvement de soutien et de dénonciation de l’homophobie.
Que voit-on dans ce clip réalisé par quatorze étudiants de l’Institut d’aviation civile d’Oulianovsk (UIGA), l’un des plus prestigieux instituts d’aviation de Russie, qui dure deux minutes ? La séquence est tournée en un plan. La caméra suit les jeunes hommes qui déambulent dans des couloirs, au rythme de l’excellent beat de Satisfaction – « Push me, and then just touch me, so I can get my satisfaction ». Ils se dandinent en slip, claquettes ou bottes, bretelles, nœuds papillon ou cravates, avec leur casquette de l’aviation civile sur la tête.
Il s’agit là d’une parodie du clip original du DJ italien Benny Benassi, tube de l’été 2003, déjà lui-même une parodie des clips musicaux. Mais si, souvenez-vous : des femmes très peu vêtues plantaient des clous avec des gros marteaux, vissaient, perçaient, et dansaient en ouvrant la bouche au ralenti…



Dès sa sortie, la vidéo parodique des étudiants russes a provoqué une déferlante de réactions sur les réseaux sociaux. Mais pas uniquement. Reprise par les médias régionaux, puis fédéraux, elle a été qualifiée de vidéo « homoérotique », « BDSM » (bondage, discipline, sado-masochisme), ou encore « scandaleuse et immorale ».
Ses auteurs et protagonistes ont été fustigés de toutes parts, à cause de leur « comportement dégoûtant » et de la « disgrâce » qu’ils étaient supposés jeter sur l’aviation civile russe tout entière, comme l’a repris le Daily Mail.
Le directeur de l’établissement a avoué ne pas s’être remis de la honte qu’il éprouvait en visionnant ces images. Le gouverneur régional, proche du président russe, Vladimir Poutine, a immédiatement désigné une commission spéciale pour « étudier la situation » : qui ? comment ? pourquoi ?
« Un pardon est impossible »
Des chaînes de télévision, financées par le gouvernement, ont qualifié les scènes de « répréhensibles et grossières », du « jamais vu depuis au moins 90 ans dans l’histoire de l’aviation civile ». Selon les médias, ces enfants d’Oulianovsk ont offensé la région, la mémoire, l’industrie, les anciens combattants et ne trouveront probablement pas leur place dans les rangs des pilotes de l’air du pays.
Accusés d’avoir « violé les principes de discipline et d’ordre de la branche de l’aviation civile entre les murs de l’université », les jeunes hommes n’ont toutefois pas été renvoyés, mais convoqués par le gouverneur d’Oulianovsk afin, accompagnés de leurs parents, d’expliquer leur comportement. Pour le recteur de l’UIGA, « un pardon est impossible ».
Mais, face à ce flot de réactions négatives, un mouvement de soutien n’a pas tardé à se construire. Vladimir Jirinovski, président du Parti libéral-démocrate de Russie et candidat à la présidentielle, a assuré qu’il ne voyait pas de problème à ce que « des gars de 17-18 ans, pas ivres et pas violents, dansent et s’amusent en sous-vêtements dans leur foyer chauffé à 25 °C ». 
Des millions de soutiens
Vladimir Jirinovski a demandé publiquement sur l’antenne de Russia Today à ce qu’on arrête « immédiatement de persécuter ces jeunes ». Comme lui, des millions de personnes se sont manifestées pour soutenir les auteurs de ce clip. Au point que ce dernier est devenu un véritable phénomène : la vidéo des étudiants d’Oulianovsk a, depuis, été reprise, entraînant une vague de solidarité, un mème national, et provoquant la création du hashtag #satisfaction.
Des quatre coins du pays, les internautes ont posté leur vidéo parodique de Satisfaction sur les réseaux sociaux. Le New Yorker en a recommandé certaines, histoire de bien comprendre l’ampleur du phénomène : ce sont des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des étudiants, ou pas. Ils portent leurs uniformes, ils sont sous l’eau, dans la neige ou dans des écuries…
Ce faisant, ce qui était au départ une blague locale et qui devait rester confidentielle, est non seulement devenue la vidéo la plus virale, mais aussi le symbole des politiques répressives et traditionnelles et le vecteur d’un mouvement de protestation contre l’homophobie ambiante. Apportant une grande #satisfaction aux internautes russes qui ne veulent pas, ou plus, qu’on leur dicte leurs opinions sur des sujets comme l’homosexualité.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ Alors que neuf millions de personnes souffrent d’isolement, le gouvernement veut poursuivre le combat engagé par la députée travailliste Jo Cox, assassinée en 2016.
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Au Royaume-Uni, une « ministre de la solitude » pour lutter contre l’isolement social

Alors que neuf millions de personnes souffrent d’isolement, le gouvernement veut poursuivre le combat engagé par la députée travailliste Jo Cox, assassinée en 2016.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 15h49
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 06h37
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


Alors que le Brexit a commencé à plonger le Royaume-Uni dans un certain isolement diplomatique, le pays a décidé de lutter contre un nouveau fléau social : la solitude.
Theresa May a nommé, mercredi 17 janvier, une secrétaire d’Etat chargée des personnes isolées et elle a confié ces fonctions à Tracey Crouch, ministre des sports. Neuf millions de Britanniques (sur une population de 65,6 millions) souffrent de solitude selon la Croix-Rouge et 200 000 personnes âgées affirment n’avoir parlé à aucun ami ou aucun proche dans le mois précédent. La première ministre a affirmé vouloir « prendre des mesures contre la solitude endurée par les personnes âgées, ceux qui ont perdu des êtres chers, les gens qui n’ont personne à qui parler ».
Un fléau
La mobilisation gouvernementale sur ce sujet traduit la volonté de poursuivre le combat engagé par Jo Cox, la députée travailliste assassinée à 41 ans, le 16 juin 2016, dix jours avant le référendum sur le Brexit, par un sympathisant d’extrême droite devant une bibliothèque municipale où elle rencontrait ses électeurs. Alarmée par l’étendue du phénomène, Jo Cox avait créé une commission parlementaire sur la solitude qui avait recommandé la nomination d’un ministre ad hoc.

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                Joe Cox et les démons refoulés de l’Angleterre



La fondation qui perpétue sa mémoire a poursuivi ce travail en publiant, en décembre 2017, un rapport qui a évalué à neuf millions le nombre de personnes isolées et estimé que l’altération à la santé liée à la solitude équivaut au fait de fumer quinze cigarettes par jour.
Aux Etats-Unis, un ancien ministre de la santé, Vivek Murthy, a écrit dans la Harvard Business Review que le fléau est par ailleurs associé à « un plus grand risque de maladies cardio-vasculaires, de maladies neurodégénératives, de dépression et d’anxiété » et qu’il devrait être combattu sur les lieux de travail.
Quantifier le phénomène
La nouvelle « ministre de la solitude » britannique doit mettre au point une méthode statistique pour quantifier le phénomène et aider financièrement les associations à multiplier les initiatives destinées à briser l’isolement.
Il existe déjà des groupes comme Men in Sheds (partage de compétences et formation entre hommes âgés), Pies and Pints (repas du troisième âge dans des pubs) ou Knit and Natter (tricot et papotage). De même que des Alzheimer cafés, réunions mensuelles de personnes affectées par la maladie.
Les critiques ont fait remarquer qu’un gouvernement qui provoquait la fermeture de nombreuses bibliothèques publiques et de centres sociaux, du fait de sa politique d’austérité, était mal placé pour prétendre lutter contre la solitude.
Rôle pervers des réseaux sociaux
La frénésie des Britanniques pour les livraisons à domicile qui évitent de fréquenter les magasins et les restaurants est aussi débattue, de même que le rôle pervers des réseaux sociaux. « La solitude est une construction culturelle, une affaire de mode de vie. C’est l’enfant de l’union entre l’analphabétisme social et le paradigme néolibéral », écrit Stewart Dakers, qui tient une chronique sur le troisième âge dans le Guardian. 
Plus inattendu, un autre éclairage a été donné par Kim Leadbeater, sœur cadette de Jo Cox. Alors que la députée assassinée a laissé le souvenir d’une femme rayonnante, confiante et ouverte, sa sœur a expliqué les raisons intimes de sa croisade contre la solitude. Jeune fille issue d’une famille populaire du nord de l’Angleterre, Jo Cox avait souffert d’isolement lors de ses études dans la très huppée université de Cambridge et téléphonait souvent à sa sœur Kim pour en parler. Elle avait aussi traversé des périodes de blues, après la naissance de son premier enfant, lorsqu’elle s’était retrouvée seule dans la journée avec le bébé.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-10"> ¤ Depuis vingt-sept ans, l’utilisation de la dénomination « Macédoine » par l’ancienne république yougoslave est un sujet de litige avec la Grèce.
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D’où vient le contentieux gréco-macédonien ?

Depuis vingt-sept ans, l’utilisation de la dénomination « Macédoine » par l’ancienne république yougoslave est un sujet de litige avec la Grèce.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 14h49
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 11h20
    |

                            Eddie Rabeyrin








                        



   


Il s’agit de l’un des tout premiers pas vers l’éventuelle résolution d’un contentieux identitaire épineux qui déchire le sud des Balkans depuis de longues années. Mercredi 24 janvier, à l’issue d’une rencontre avec son homologue grec Alexis Tsipras au Forum de Davos, le premier ministre macédonien, Zoran Zaev, a annoncé avoir accepté de débaptiser l’aéroport international de Skopje « Alexandre le Grand » ainsi que l’autoroute portant le même nom. Cette concession, espère la partie macédonienne, doit en entraîner d’autres de la part d’Athènes, et permettre le règlement d’un problème plus large : le nom même de la Macédoine, que se disputent les deux pays depuis 1991.
Les négociations se sont accélérées ces derniers jours, sous l’égide notamment de l’ONU. Elles ont suscité une crispation côté grec, où le sujet est porteur d’une lourde charge émotionnelle et symbolique. Le 21 janvier, à Thessalonique, principale ville de la région grecque de Macédoine, un rassemblement à l’initiative d’organisations nationalistes a réuni réuni plus de 90 000 personnes. Les manifestants protestaient contre le maintien du nom « Macédoine » dans l’appellation de la jeune république voisine, poursuivant ainsi une querelle qui, depuis bientôt trois décennies, empoisonne les relations entre Skopje et Athènes.
A l’origine du contentieux
Le différend gréco-macédonien concernant le nom du pays est apparu au moment de l’indépendance de la République de Macédoine en 1991. Jusque-là, la dénomination « Macédoine » ne posait pas de problème à la Grèce car il ne s’agissait que d’un Etat au sein de la République fédérale de Yougoslavie.
Mais, en devenant un Etat souverain, la Macédoine s’est également mise à revendiquer l’héritage historique et culturel qui est associé à la région, avec des références à Alexandre le Grand ainsi qu’à son père Philippe II, qui font partie de la mémoire grecque. Athènes craint aussi des visées territoriales de Skopje sur le nord de la Grèce, qui abrite une part importante de la Macédoine historique. « Les Grecs ont eu l’impression qu’on leur volait une partie de leur capital symbolique, auquel ils ont conscience de devoir beaucoup. Leur Etat s’est lui aussi construit à partir d’une référence à l’Antiquité, qui leur a permis de bénéficier de l’appui de l’Occident », rappelle Georges Prévélakis, géopoliticien spécialisé dans la question des Balkans.
La Grèce a donc tout fait pour bloquer la reconnaissance de l’Etat macédonien. Si bien que ce dernier a dû rejoindre l’ONU sous un nom « provisoire » : l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). C’est d’ailleurs cette dénomination que la plupart des pays européens, tels que la France et l’Allemagne, utilisent pour désigner le pays. Il est en revanche reconnu sous le nom de « Macédoine » par les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Royaume-Uni.
Au-delà de son aspect symbolique, le contentieux a des conséquences très concrètes pour le jeune Etat. En effet, la Grèce a placé le pays sous embargo de février 1994 à octobre 1995, et ce dernier n’a été levé qu’après que la Macédoine a accepté de changer son drapeau, sur lequel figurait le soleil de Vergina, symbole des rois macédoniens. Depuis, Athènes met son veto à l’entrée de la Macédoine dans l’Union Européenne et dans l’OTAN.
La construction d’une identité nationale
Comme beaucoup de ses voisins des Balkans, la Macédoine abrite une population multi-ethnique. Les deux principales composantes en sont les Slaves orthodoxes (deux tiers de la population) et les musulmans albanais (environ un quart), auxquelles s’ajoutent d’autres ethnies minoritaires comme les Turcs, les Roms et les Serbes.
« L’Etat avait besoin de trouver un référence identitaire qui permette de construire une mythologie nationale. Celle-ci est plus ou moins artificielle, mais, en se référant à la Macédoine antique, elle permet de dépasser la contradiction entre les deux principales identités [les Slaves et les Albanais] et de s’appuyer sur le territoire », analyse Georges Prévélakis.
Au pouvoir entre 2006 et 2016, le gouvernement de droite de Nikola Gruevski avait cultivé la veine nationaliste en lançant un programme de construction de monuments et statues d’Alexandre le Grand ou Philippe II, exacerbant les tensions avec Athènes. « Cette référence fonctionne mieux auprès des Slaves que des Albanais, juge M. Prévélakis. Mais ces derniers ne se comportent pas de façon monolithique : certains sont en faveur de l’unité du pays tandis que d’autres peuvent être tentés par le projet de la Grande Albanie. » 
Bientôt un réglement du contentieux ?
L’arrivée au pouvoir en mai 2017 à Skopje d’un premier ministre social-démocrate, Zoran Zaev, a changé la donne. Les parties grecques et macédoniennes semblent aujourd’hui décidées à trouver une solution. Les émissaires des deux pays se sont rencontrés mercredi 17 janvier à New York sous l’égide de l’ONU pour en discuter.

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                La délicate intégration économique des Balkans occidentaux



« Il y a une forte pression des Américains sur M. Tsipras pour régler cette affaire. L’urgence vient de la proximité du Moyen-Orient déstabilisé et de la stratégie lente de poussée vers le sud de la Russie », estime M.Prévélakis. Mais le premier ministre grec de gauche radicale se heurte à l’opposition de son partenaire de coalition, le ministre de la défense, Panos Kammenos, président des Grecs indépendants.
Un règlement du contentieux gréco-macédonien pourrait débloquer l’adhésion de la Macédoine à l’OTAN et l’Union européenne. Les discussions, sous l’égide de l’émissaire onusien Matthew Nimetz, portent sur des propositions autour d’un nom mixte tel que « Macédoine du Nord » ou  « Nouvelle Macédoine ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ Dans cette chronique, l’économiste Carmen Reinhart estime que la BCE devra en 2018 ne pas surestimer la pérennité et l’ampleur de la reprise, et aussi résister à la pression de plus en plus forte exercée par l’Allemagne en faveur d’une normalisation plus agressive.
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Banque centrale européenne : les vraies raisons de la « normalisation »

Dans cette chronique, l’économiste Carmen Reinhart estime que la BCE devra en 2018 ne pas surestimer la pérennité et l’ampleur de la reprise, et aussi résister à la pression de plus en plus forte exercée par l’Allemagne en faveur d’une normalisation plus agressive.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 14h00
    |

Carmen Reinhart (Professeure de finance internationale à la Kennedy School of Government de l’Université Harvard)







                        



                                


                            
Vu d’ailleurs. La « normalisation » de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), qui a annoncé la diminution de ses achats d’actifs financiers de 60 milliards à 30 milliards d’euros à partir de janvier, n’est sans doute pas motivée par le niveau d’inflation dans la zone euro : celui-ci reste bien inférieur à sa valeur cible de 2 %, et l’attente en matière d’inflation reste nettement en dessous de cette valeur, même si elle a légèrement augmenté récemment et s’est accompagnée d’une remontée de la confiance. Selon la BCE elle-même, la hausse des prix ne devrait pas atteindre 2 % de sitôt.
Alors qu’en Allemagne, le chômage est inférieur à 4 %, il est encore de 9 % en moyenne dans l’ensemble de l’Union européenne
S’agit-il alors d’anticiper la croissance à venir ? La BCE a en effet révisé à la hausse ses prévisions de croissance. On pourrait donc croire que le taux d’intérêt « naturel » (hors inflation) augmente parallèlement à la production réelle, qui elle-même se rapprocherait de la production potentielle dans une grande partie de la zone euro.
Néanmoins, selon les prévisions de l’OCDE pour 2017 et 2018, « l’écart de production » (entre production réelle et potentielle) de la plupart des pays de la zone euro, à l’exception de l’Allemagne et de l’Irlande essentiellement, montre que subsiste une marge de progression souvent importante. Alors qu’en Allemagne, le chômage est maintenant inférieur à 4 % – son niveau le plus bas depuis la réunification –, il est encore de 9 % en moyenne dans l’ensemble de l’Union européenne. Dans ces conditions, il est trop tôt pour considérer que la crainte d’une surchauffe de la zone euro est la principale cause de la normalisation de la politique monétaire.
La règle de Taylor
Cette normalisation pourrait avoir d’autres causes que la BCE préfère ne pas dévoiler, par exemple la stabilité bancaire et financière. La menace que font peser des taux d’intérêt trop bas trop longtemps sur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ L’entreprise est accusée d’avoir versé d’énormes sommes à son client Apple pour qu’il ne s’approvisionne pas auprès de ses rivaux.
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Bruxelles inflige au groupe américain Qualcomm une amende de près d’un milliard d’euros

L’entreprise est accusée d’avoir versé d’énormes sommes à son client Apple pour qu’il ne s’approvisionne pas auprès de ses rivaux.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 12h23
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 17h58
    |

            Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)








                        


Margrethe Vestager a encore frappé. Et fort : mercredi 24 janvier, la commissaire à la concurrence a annoncé une amende de près d’un milliard d’euros (997 millions d’euros) à l’encontre du géant américain de composants électroniques Qualcomm, accusé d’avoir versé d’énormes sommes à son client Apple pour qu’il ne s’approvisionne pas auprès de ses rivaux. Des pratiques considérées comme un abus de position dominante, en contradiction avec les règles de l’Union européenne (UE) sur les pratiques anticoncurrentielles.
« Qualcomm a illégalement évincé ses concurrents », a déclaré la Danoise. Selon la commissaire, Qualcomm « a versé des milliards de dollars » à Apple pour s’assurer sa fidélité, le contrat entre les deux géants du numérique courant sur 2011-2016.
« Ces paiements n’étaient pas de simples réductions de prix, mais étaient effectués à la condition qu’Apple utilise exclusivement les puces de Qualcomm dans tous ses iPhone et ses iPad. Cela signifie qu’aucun rival ne pouvait lutter contre Qualcomm sur ce marché, peu importe la qualité de leurs produits », a expliqué Mme Vestager, mercredi.
L’amende représente plus de 4 % du chiffre d’affaires 2017 du groupe américain. « J’espère qu’elle sera dissuasive », a précisé la commissaire. Elle sera directement versée au budget de l’UE, comme c’est le cas dans les affaires d’abus de position dominante en Europe.
Le fabricant a annoncé sa volonté de faire appel. « Nous sommes certains que cet accord [avec Apple] n’enfreint pas les règles de la concurrence de l’Union européenne », a déclaré Donald Rosenberg, vice-président de Qualcomm.
Enquête ouverte en 2015
Le 12 octobre, les autorités taïwanaises avaient déjà imposé une amende record de plus de 770 millions de dollars au constructeur, pour atteinte à la concurrence et manipulation de prix dans une autre enquête, lancée en 2015.

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                Qualcomm condamné pour abus de position dominante en Chine



A Bruxelles, une enquête avait également été ouverte en 2015 par la Commission. Qualcomm est de loin le premier fournisseur de circuits intégrés pour les smartphones. La Commission s’est intéressée tout particulièrement à une gamme de produits : des systèmes de processeurs LTE, du nom de la norme de téléphonie de troisième et quatrième générations, pour réseaux 3G et 4G. Sur ce créneau particulièrement porteur, la multinationale détenait une part de marché écrasante, de l’ordre de 90 %, entre 2011 et 2016. selon Bruxelles.
Intel est également présent sur ce marché, mais comme d’autres concurrents de Qualcomm, il s’est vu barrer l’accès à Apple, un client pourtant majeur, qui représentait environ un tiers de la demande mondiale pour ces composants sur la période du contrat avec Qualcomm, selon la Commission. Le fabricant des iPhone et des iPad n’a commencé à se fournir auprès d’Intel qu’à partir du moment où le contrat avec Qualcomm est arrivé à expiration, courant 2016.
« Se faire concurrence sur la base du mérite »
« Les multinationales en position dominante doivent se faire concurrence sur la base du mérite. C’est aussi simple que cela », a asséné Mme Vestager, se réjouissant néanmoins que ce marché ultraconcentré des composants pour smartphones soit « davantage concurrentiel aujourd’hui ».
Avec cette nouvelle condamnation, Mme Vestager prouve à nouveau qu’elle n’a pas froid aux yeux. Depuis qu’elle est en poste (fin 2014) à Bruxelles, elle a redonné à la politique concurrentielle de l’Union tout son lustre. A son actif, notamment, trois enquêtes pour abus de position dominante, et une amende contre le géant Google pour violation des règles de la concurrence contre Google. Ou encore l’obligation faite à Apple de rembourser pour 13 milliards d’euros d’aides d’Etat à l’Irlande, et les condamnations d’Amazon et de Starbucks, également pour aides d’Etat, respectivement du Luxembourg et des Pays-Bas.
Son aura est telle que son nom revient avec insistance, aujourd’hui, pour prendre la tête de la présidence de la Commission fin 2019, à la fin du mandat de Jean-Claude Juncker. La Danoise, issue de la famille libérale européenne, refuse de confirmer si elle sera candidate à ce poste. Elle s’est contentée de souhaiter un deuxième mandat à la concurrence, dans le quotidien économique belge L’Echo du 16 janvier : « Avec un deuxième mandat, je sens qu’on peut faire des choses fantastiques. » « C’est un superbe poste », a-t-elle insisté, mercredi.



                            


                        

                        


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Brexit : l’ambiguïté du Labour  de plus en plus critiquée

Les travaillistes pro-européens contestent la ligne de Jeremy Corbyn et souhaitent que le Royaume-Uni reste dans le marché unique européen.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 11h16
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



                                


                            

Dans la partie de poker menteur du Brexit, le Parti travailliste de Jeremy Corbyn n’est pas le dernier à jouer sur les mots. Logiquement, le Labour devrait se poser en grand parti anti-Brexit. Suivant sa consigne, les deux tiers de ses électeurs ont voté pour rester dans l’Union européenne au référendum de juin 2016 et l’immense majorité de ses députés pourfendent le Brexit. Pourtant, le parti est loin de s’y opposer frontalement, de peur de désespérer ses partisans pro-Brexit, souvent résidents des quartiers populaires dans les villes du nord de l’Angleterre.
De fait, les deux tiers des circonscriptions tenues par le Labour ont voté majoritairement pour le Brexit. « Nous ne pouvons pas contourner le résultat du référendum et dire aux gens que leur décision était stupide, explique Emily Thornberry, ministre des affaires étrangères du  « cabinet fantôme » Labour. Notre devoir est maintenant d’unir le pays, de rassembler les 52 % et les 48 %. Nous devons quitter l’UE mais nous n’avons pas besoin d’aller très loin. » 
Pourtant, au sein même du Labour, des voix s’élèvent pour sortir de la confusion et infléchir le message de la formation dans un sens proeuropéen. Le dilemme se concentre sur la question du maintien ou non du Royaume-Uni dans le marché unique. Les proeuropéens y sont favorables, au nom de la préservation des liens avec le continent et de l’emploi, que l’instauration de droits de douane compromettrait.

Mais Jeremy Corbyn l’a répété sur ITV le 14 janvier : pour lui, sortir de l’Union européenne suppose de sortir du marché unique. Le vieux militant d’extrême gauche ne porte pas l’Union dans son cœur. Ambigu, il se pose en leader d’un parti qui accepte le Brexit mais, s’il arrivait au pouvoir, négocierait un accord commercial offrant « exactement les mêmes avantages » que le marché unique après le Brexit.
Possibles surprises
Le rejet du marché unique par le chef du Labour a déclenché l’ire...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ Les présidents du Bundestag et de l’Assemblée nationale appellent à renforcer la zone euro.
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Schäuble et de Rugy : « Plus la France est forte, mieux c’est pour l’Allemagne et pour l’Europe »

Les présidents du Bundestag et de l’Assemblée nationale appellent à renforcer la zone euro.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 10h42
   





                        



                                


                            

Le Bundestag et l’Assemblée ont célébré, lundi 22 janvier, le 55e anniversaire du traité de l’Elysée. Pour leurs présidents respectifs, Wolfgang Schäuble (CDU) et François de Rugy (La République en marche), le rapprochement en cours entre la France et l’Allemagne peut permettre la relance du projet européen.
Ces derniers mois, l’initiative vient surtout de Paris ou de Bruxelles pour relancer l’Europe. L’Allemagne est-elle encore une force de proposition ?
Wolfgang Schäuble : Après d’intenses débats, le congrès du SPD a voté, dimanche, en faveur de négociations de coalition. Nous attendons avec confiance la formation d’un exécutif capable d’agir. La capacité d’initiative d’un gouvernement réduit à gérer les affaires courantes est en effet limitée. Il est dès lors très bien qu’Emmanuel Macron ait pu assurer un leadership fort en France. La jalousie n’existe pas dans notre relation avec nos amis français. Notre conviction est la suivante : plus la France est forte, mieux c’est pour l’Allemagne et pour l’Europe. Je crois que l’inverse est vrai aussi. Cela a été un argument important pour convaincre le SPD de former le gouvernement.
François de Rugy : J’ai connu des périodes où le contraire prévalait. Nous ne pouvions pas aller de l’avant, car la France était trop faible, aussi bien économiquement que sur la scène européenne. Le président Macron dispose aujourd’hui d’une légitimité indiscutable, le débat sur l’Europe ayant été mené pendant la campagne électorale. Au second tour, il s’est imposé contre Marine Le Pen, qui défendait une vision diamétralement opposée. Même sans coalition, j’ai pu constater que les propositions faites à Paris influencent les discussions à Berlin. Je ne doute pas que nous recevrons une réponse positive de la part du prochain gouvernement. Le FDP [le parti libéral allemand] était sur une ligne beaucoup plus prudente en tant que...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ L’ancien infirmier Ivo Poppe avoue avoir euthanasié « vingt personnes au maximum » entre 1978 et 1996.
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A Bruges, la mémoire sélective du « diacre de la mort »

L’ancien infirmier Ivo Poppe avoue avoir euthanasié « vingt personnes au maximum » entre 1978 et 1996.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 15h21
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 11h21
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant)








                        



   


Au premier jour de son procès d’assises, Ivo Poppe, baptisé « le diacre flamand de la mort », a glacé le public des assises de Bruges, en Belgique. Cet ancien infirmier, spécialisé dans l’accompagnement des mourants, a avoué, lundi 22 janvier, qu’il avait tué « vingt personnes au maximum » entre 1978 et 2011. En 1996, il est aussi devenu diacre, une fonction d’assistance au prêtre, assumée en principe par une personne dont les qualités morales ont été unanimement reconnues.
Ivo Poppe, 61 ans, crâne dégarni et lourd chandail de laine sur les épaules, a été longuement interrogé par le président, Bart Meganck, qui s’est étonné de sa mémoire sélective. L’accusé se souvient, en effet, de nombreux détails sur son métier à l’hôpital Saint-Joris de Menin, près de la frontière française, de séjours dans les Ardennes, du numéro d’une chambre, mais pas du nombre de patients qu’il a euthanasiés. Ou de leur nom. Il sait seulement qu’il a commis « des erreurs », en n’impliquant pas ses collègues lorsqu’une personne était gravement malade ou en phase terminale.
« Sottises »
En 2013, il s’est rendu chez un psychiatre, invoquant des troubles du sommeil et une dépression. Il a affirmé au médecin qu’il avait tué « des dizaines de personnes ». Mardi 23 janvier, les enquêteurs chargés de l’affaire ont produit devant la cour les photos de 55 patients, âgés de 60 à 90 ans, morts dans des conditions potentiellement suspectes. Leurs noms figuraient dans l’agenda du suspect au moment de son arrestation, en mai 2014. C’est l’une des rares preuves matérielles produites lors des investigations.
Ivo Poppe aurait délibérément exagéré le nombre de ses victimes parce qu’il avait un besoin urgent de soins, affirme-t-il aujourd’hui. « Quand on va chez le médecin, on ne lui dit pas que l’on a seulement 37,5 °C de fièvre », argumente-t-il. Le premier psychiatre qui l’a reçu a prévenu la justice, qui a lancé une enquête au cours de laquelle le diacre a reconnu d’autres « sottises ». Par exemple, sur la méthode qu’il utilisait pour tuer les grabataires ou sur le décès de la grand-mère d’un de ses collègues.
Ses souvenirs ne sont précis que pour quelques cas. La mort provoquée de deux de ses oncles, de son beau-père, ou de sa propre mère, en 2011. Il jugeait insupportable, explique-t-il, que cette dernière ait à souffrir après s’être consacrée aux autres tout au long de son existence.
Dieu, « un juge, un maître d’école »
Les audiences devraient durer toute la semaine et permettre au jury d’apprécier l’état mental de l’accusé, sur la base du témoignage de plusieurs psychiatres. Ivo Poppe affirme que le fait qu’il assume une fonction dans l’Eglise l’a transformé, le soumettant désormais à l’autorité de Dieu, « un juge, un maître d’école ».
La Belgique s’est dotée en 2002 d’une loi dépénalisant l’euthanasie dans certains cas. Et à certaines conditions, dont le fait que le patient doit exprimer une demande préalable, ou être conscient et capable pour le faire. Il doit être dans « une situation médicale sans issue » ou souffrir « de manière constante, insupportable et inapaisable ».
L’euthanasie reste punissable si elle n’est pas accomplie par un médecin ou si les conditions de la loi ne sont pas respectées.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ Exilé en Belgique depuis la fin d’octobre, Carles Puigdemont a été proposé, lundi, comme candidat à la présidence de la région, mais il risque d’être arrêté s’il rentre en Espagne.
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Catalogne : Madrid empêchera le retour de Puigdemont, même « en ULM ou en bateau »

Exilé en Belgique depuis la fin d’octobre, Carles Puigdemont a été proposé, lundi, comme candidat à la présidence de la région, mais il risque d’être arrêté s’il rentre en Espagne.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 12h47
 • Mis à jour le
23.01.2018 à 22h31
   





                        


Le gouvernement espagnol est bien décidé à ne pas laisser Carles Puigdemont redevenir président de la région de Catalogne. Le ministre de l’intérieur, Juan Ignacio Zoido, a assuré mardi 23 janvier que les forces de l’ordre étaient sur le qui-vive « partout » dans le pays pour empêcher que l’indépendantiste rentre incognito, « en hélicoptère, ULM ou bateau », voire « dans le coffre d’une voiture », a-t-il précisé.
Exilé en Belgique depuis la fin d’octobre, Carles Puigdemont a été proposé lundi comme candidat à la présidence de la région, mais il risque d’être arrêté et placé en détention provisoire pour « rébellion », « sédition » et « malversation de fonds » s’il rentre en Espagne. Mardi, il a exprimé son souhait de pouvoir rentrer en Catalogne sans être arrêté.
Interrogé sur la possibilité qu’il passe la frontière incognito pour se faire investir président par le Parlement catalan, le ministre de l’intérieur a répondu à la télévision publique espagnole TVE : « Nous travaillons pour que cela ne puisse pas se produire, aux frontières et à l’intérieur des frontières, partout. » Avec des experts de la garde civile et de la police nationale, « nous allons travailler intensément – matin, midi et soir » pour qu’il ne puisse entrer en secret, a-t-il insisté.

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L’investiture à distance en débat
Menacé par la justice, Carles Puigdemont entendait, s’il ne être investi à distance, depuis Bruxelles. Il n’est en effet pas recherché par la justice espagnole en Belgique, notamment pour éviter des divergences d’interprétation entre magistrats belges et espagnols sur la gravité des délits qui lui sont reprochés, dont la rébellion. Madrid s’oppose fermement à ce que M. Puigdemont soit élu en étant absent de Barcelone.
« Mon intention dans les prochains jours, c’est de contribuer à la restauration démocratique », de sorte que le résultat des élections catalanes soit respecté, a déclaré M. Puigdemont depuis Copenhague. « Le meilleur signal en ce sens serait que je puisse rentrer sans aucun risque pour faire face au débat parlementaire », a-t-il ajouté.

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« Qu’il se rende »
Le débat d’investiture au Parlement catalan doit avoir lieu le 31 janvier, mais ses modalités font toujours l’objet de négociations. Les services juridiques du Parlement sont également opposés à une investiture, mais le président indépendantiste, Roger Torrent, assure que « la décision finale revient au bureau du Parlement et elle est politique ». Il a demandé à s’entretenir avec le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, pour trouver une solution avant le 31 janvier.
Le ministre de l’intérieur, interrogé mardi sur le cas de M. Puigdemont, s’est montré plus ferme : « Qu’il se rende. Sinon, qu’un autre soit candidat à la présidence » du gouvernement catalan.
Les indépendantistes ont remporté la majorité des sièges au Parlement à l’issue des élections régionales anticipées du 21 décembre, convoquées après la dissolution du Parlement par Madrid et la mise sous tutelle de la région, en réponse à une proclamation unilatérale d’indépendance de la Catalogne. Voulues par le gouvernement de Mariano Rajoy, elles ont vu le Parti populaire du premier ministre s’effondrer, et le parti libéral unioniste Ciudadanos arriver en tête.

Une vidéo montrant Puigdemont embrassant le drapeau espagnol devenue virale
Une vidéo montrant l’indépendantiste catalan Carles Puigdemont en train d’embrasser le drapeau espagnol sur l’insistance d’un passant a fait le tour des réseaux sociaux, mardi 23 janvier en Espagne. Sur cette vidéo qui aurait été tournée au cours de la visite à Copenhague de M. Puigdemont, on peut voir un jeune homme qui s’approche de lui au moment où il boit un café dans un centre commercial.

Un español increpa a Puigdemont en Copenhague y le insta a besar la bandera de España. https://t.co/CipoAP5f71— LaVanguardia (@La Vanguardia)


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L’homme tend vers M. Puigdemont un drapeau espagnol rouge et jaune en lui disant : « J’ai là un drapeau espagnol, Puigdemont, je sais que vous l’aimez. Prenez-le et embrassez-le, s’il vous plaît ! » Souriant, M. Puigdemont répond qu’il n’a « aucun problème » avec le drapeau espagnol et l’embrasse deux fois. L’homme l’interpelle alors : « Et à propos de l’indépendance ? Ce n’est pas un problème ? », avant d’avertir l’ancien président de la Catalogne : « une prison espagnole vous attend. »
M. Puigdemont a partagé la vidéo sur son compte Twitter en l’accompagnant du message « un jour, ils comprendront que nous n’avons aucun problème avec l’Espagne ou son drapeau ». « La bataille est contre ceux qui exercent le pouvoir d’une manière despotique », assure-t-il. Très partagée sur les réseaux sociaux, la vidéo a suscité de nombreux commentaires en Espagne.






                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤ La justice italienne s’acharne contre Medhanie Tesfamariam Behre, accusé d’être un cruel trafiquant d’êtres humains, alors que tout indique qu’il y a erreur sur la personne.
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Reportage

A Palerme, le procès d’un Erythréen tourne à l’absurde

La justice italienne s’acharne contre Medhanie Tesfamariam Behre, accusé d’être un cruel trafiquant d’êtres humains, alors que tout indique qu’il y a erreur sur la personne.

Par                Antoine Harari (Palerme, Sicile)



LE MONDE
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        Le 23.01.2018 à 12h13

     •
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        Mis à jour le 23.01.2018 à 12h17






    
Medhanie Tesfamariam Behre lors de son extradition du Soudan vers la Sicile en juin 2016.
Crédits : HO / AFP


Tête baissée, regard fuyant, Medhanie semble groggy à son entrée dans la salle d’audience du tribunal de Palerme, lundi 22 janvier. Pour le procureur Calogero Ferrara, il est le « Général » Medhanie Mered, l’un des plus dangereux trafiquants d’êtres humains de la planète. Pour la défense, en revanche, il s’agit d’une dramatique erreur judiciaire. Depuis dix-huit mois, l’avocat Michele Calantropo a tenté par tous les moyens de démontrer que Medhanie Tesfamariam Behre n’est pas Medhanie Yedego Mered, et que les deux Erythréens n’ont en commun que leur prénom.

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L’accusation s’emmêle les pinceaux
« Jusqu’à aujourd’hui, l’accusation n’a pas été en mesure de fournir le moindre témoin qui corrobore son hypothèse. De notre côté, nous avons produit des examens qui montrent que les deux voix ne sont pas les mêmes, un test ADN et une infinité de documents et témoins qui prouvent que la personne emprisonnée est innocente », explique-t-il.
Pour l’avocat, l’obstination du procureur serait motivée par « les intérêts de la politique migratoire européenne ». Il fait ici référence au processus de Khartoum qui vise à établir une collaboration sur la question migratoire entre l’Union européenne (UE) et plusieurs pays d’Afrique orientale. En effet, reconnaître publiquement que la police soudanaise, responsable de l’arrestation, aurait fait une erreur, entraînerait probablement un refroidissement des relations avec l’UE.

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Fruit d’une collaboration entre les différentes polices européennes et soudanaise, l’opération Glauco a permis l’arrestation de Medhanie en juin 2016. De fait, le procureur « Gerry » Ferrara appelle comme premier témoin Roy Godding, officier de liaison de la National Crime Unit du Royaume-Uni, qui a participé à l’enquête. Se basant sur les écoutes téléphoniques du trafiquant et le profil Facebook de Medhanie, Roy Godding soutient la thèse du procureur italien.
Cependant, très vite, le fonctionnaire britannique s’emmêle les pinceaux et déclare ne pas avoir su, jusqu’en mai 2016, où se trouvait le trafiquant Mered. Or, suite à une lettre produite par la défense, il apparaît qu’en janvier 2016 déjà, il écrivait à Calogero Ferrara que Mered se trouvait à Khartoum. Dans la même missive, il enjoignait le procureur d’accélérer l’arrestation, estimant que Mered pourrait quitter le Soudan avant la fin de l’hiver. Pour la défense, le trafiquant avait en fait déjà fui et se trouvait à Dubaï au moment de la capture de Medhanie.
Larmes et tressaillement
Une version que partage Meron Estefanos, deuxième témoin à être entendu à la barre. Spécialisée dans la traque de passeurs, cette militante et journaliste érythréenne est régulièrement sollicitée par les polices hollandaise et suédoise en qualité d’experte. Lors de son audition, elle se souvient de sa première conversation téléphonique avec Mered, en 2010. « C’était un soir, très tard. Il m’a demandé pourquoi je salissais son nom dans mon émission de radio. Selon lui, il ne commettait aucun crime, mais rendait un service. Il s’est vanté [d’avoir fait passer en Europe] plus de 13 000 personnes par an », raconte-t-elle. Alors qu’elle poursuit sa déposition, le procureur Ferrara s’emporte et remet en cause sa qualité d’experte. Elevant la voix, il demande à Meron Estefanos de justifier ses recherches et de prouver sa collaboration avec Europol. Exaspérée, elle cite plusieurs rapports qu’elle a écrits sur le sujet, avant de s’exclamer : « Il y a des dizaines de personnes qui m’envoient des photos du véritable trafiquant depuis que vous avez arrêté Medhanie. Je pourrais vous dire où il est en ce moment même si vous le souhaitiez ! » Etonnement général. Pourtant, personne ne lui demande de préciser ses dires.

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Après Meron Estefanos, c’est au tour de Robert de témoigner. Installé aujourd’hui en Suède, cet Erythréen raconte à la cour sa rencontre avec le trafiquant Mered. Parti d’Ethiopie, il croise sa route à Khartoum. Alors qu’il traverse le désert depuis la Libye, il est vendu par Mered à des tribus bédouines. Torturé pendant neuf mois, il est finalement sauvé par une ONG égyptienne qui le renvoie en Ethiopie. Il décide alors de retenter la traversée. Arrivé à Khartoum, il retombe sur le même Mered qui s’étonne de le revoir en vie. Cette fois-ci, il parviendra jusqu’en Europe. Lorsque l’avocat de la défense lui demande s’il a déjà vu son client, Robert se retourne lentement en direction de Medhanie avant de secouer négativement la tête. En revanche, quand Michele Calantropo lui présente la photo utilisée pour l’arrestation du trafiquant, il ne peut s’empêcher de tressaillir. Alors qu’il reconnaît l’homme sur le cliché, des larmes coulent sur son visage.


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ Jawad Bendaoud comparaît à Paris, à partir de mercredi, pour « recel de terroristes ». Il risque un maximum de six ans de prison et 90 000 euros d’amende.
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Article sélectionné dans La Matinale du 23/01/2018
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Début du procès de Jawad Bendaoud, le « logeur des terroristes » du 13-Novembre

Jawad Bendaoud comparaît à Paris, à partir de mercredi, pour « recel de terroristes ». Il risque un maximum de six ans de prison et 90 000 euros d’amende.



Le Monde
 |    23.01.2018 à 11h34
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 15h52
    |

            Franck Johannès








                        



   


C’est le premier procès des attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 139 morts, mais sans doute son volet le moins décisif : la 16e chambre correctionnelle de Paris juge, à partir de mercredi 24 janvier, Jawad Bendaoud, le logeur à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) de deux des tueurs, en compagnie de deux complices.
Il est poursuivi pour « recel de terroristes » et a, finalement, échappé aux assises : les six juges d’instruction ont la conviction qu’il se doutait qu’il logeait des terroristes, mais ne savait rien de leurs futurs projets d’attentat. Il risque un maximum de six ans de prison et 90 000 euros d’amende – une peine doublée parce qu’il était en récidive.
Le jeune homme, 31 ans, avait connu une pénible heure de gloire le jour de son interpellation, le 18 novembre 2015, lorsque le RAID – l’unité d’intervention de la police nationale – avait donné l’assaut à Saint-Denis. « J’ai appris que c’était chez moi, avait dit Jawad Bendaoud à BFM-TV, j’étais pas au courant que c’était des terroristes. On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service. » La vidéo, parodiée mille fois, avait tourné en boucle sur Internet. Jawad, « c’est celui dont on a ri après avoir trop pleuré », avait résumé l’un de ses avocats, Xavier Nogueras.

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Les tueurs du 13-Novembre étaient dix : trois au Bataclan, tués pendant l’assaut ; quatre au Stade de France, dont Salah Abdeslam, le seul rescapé, incarcéré à Fleury-Mérogis (Essonne) ; et trois qui avaient tiré sur des terrasses de café au cœur de Paris. Deux hommes de ce dernier commando avaient pu s’enfuir : Abdelhamid Abaaoud – pour les policiers, le cerveau des attentats – et Chakib Akrouh.
En quête d’un abri
Les enquêteurs ont retrouvé la trace des fugitifs le 16 novembre, lorsqu’une femme est venue expliquer qu’elle connaissait celle qui cachait l’un des terroristes : une certaine Hasna Aït Boulahcen, une fille un peu perdue, un jour habillée en rappeuse, un jour en niqab.
Hasna avait reçu la veille un appel de Belgique, on lui avait dit qu’« un frère » avait besoin de se cacher quarante-huit heures, et que c’était « en rapport avec ce qu’on voyait à la télévision ». L’homme a rappelé plusieurs fois et donné une adresse, rue de la Bergerie, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Hasna et la jeune témoin y sont aussitôt allées et ont tout de suite reconnu le cousin d’Hasna, Abdelhamid Abaaoud. Hasna avait d’ailleurs une vidéo de lui où il traînait des cadavres derrière son 4 x 4.
Rentrée chez elle, Hasna multiplie les coups de fil pour abriter les fuyards. Sans trop de prudence. Elle a même dit à un conseiller emploi et logement, « j’ai vu mon cousin, il est passé à la télé, il est recherché »
Abaaoud reconnaît volontiers devant les filles qu’il a participé aux attentats et qu’il entend bien recommencer – selon les enquêteurs, il entendait avec Akrouh se faire exploser deux ou trois jours plus tard à La Défense. Il dit à sa cousine qu’il a besoin d’une planque, de deux costumes et de chaussures. Rentrée chez elle, Hasna multiplie les coups de fil pour abriter les fuyards. Sans trop de prudence. Elle a même dit à un conseiller emploi et logement, « j’ai vu mon cousin, il est passé à la télé, il est recherché ».
Elle appelle, bien sûr, « Mouss » – Mohamed Soumah –, qui a un petit faible pour elle. Il lui conseille de joindre Jawad Bendaoud pour la planque. Mouss a l’air assez au courant des soucis de la jeune femme et lui dit « de ne pas trop dormir » : « tu as des trucs à faire, n’oublie pas » – chercher un mandat pour Abaaoud à la poste, acheter des couvertures et un téléphone portable. Mouss n’aime pas trop Jawad. Ils se sont connus en 2011 en prison à Val-de-Reuil (Eure), et Mouss l’accuse de ne jamais lui avoir remboursé l’argent qu’il lui avait prêté. Mais Jawad a un logement, rue du Corbillon, à Saint-Denis. Un squat, en fait, dont il a expulsé les occupants, avant de prendre simplement le contrôle des lieux.
Installation des deux fuyards
Jawad Bendaoud, le 17 novembre, donne son accord. Il dit qu’il est à Troyes et n’en rentrera que dans la soirée – il était, en fait, chez lui, et pas trop en état de bouger, après avoir pris sept grammes de cocaïne. Hasna, qui est depuis la veille sur écoute, continue à téléphoner de tous côtés. A Mouss, à Jawad, à son frère Youssef (21 contacts en trois heures) – un frère dont « l’appétence pour les thèses djihadistes », écrivent les juges, lui vaut de comparaître, mercredi, avec Jawad et Mouss. Elle appelle souvent aussi le correspondant belge, qui s’avérera être Mohamed Belkaïd, tué le 15 mars 2016 dans la région de Bruxelles, alors qu’il se trouvait avec Salah Abdeslam.
Hasna doit aller toucher le mandat de 750 euros et déménager les deux terroristes, Mouss lui donne le numéro d’un taxi plus discret qu’officiel. Et à 20 h 10, le 17 novembre, Hasna arrive à Aubervilliers, où se cachent les deux terroristes. La police est déjà là et surveille discrètement l’endroit.
Il y a un petit buisson devant la maison. Et de derrière ce « buisson conspiratif » sortent Akrouh et Abaaoud avec un petit sac. Hasna, un peu paniquée, appelle son taxi clandestin, qui ne peut pas venir tout de suite, elle cherche un autre numéro, se rabat sur un VTC. La course a coûté 20 euros, l’un des hommes a sorti une grosse liasse de billets. Vers 22 h 30, les deux fuyards sont installés. Mouss passerait bien la nuit avec Hasna, mais elle préfère rester avec le cousin. Et le RAID se prépare à intervenir.
Assaut violent
L’assaut débute à 4 heures du matin, le 18 novembre, et il est violent. Les policiers tirent 1 500 cartouches, les terroristes, qui n’ont qu’un pistolet semi-automatique, onze balles. La ceinture d’Akrouh explose, le plancher du 3e étage s’effondre. On retrouvera les corps d’Hasna et des deux terroristes dans les décombres, un étage plus bas.
Jawad Bendaoud, après six jours en garde à vue, est d’abord mis en examen pour « association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes », puis voit son délit requalifié : si Mouss, Mohamed Soumah et lui « ont contribué à fournir un hébergement à deux individus dont ils ne pouvaient ignorer qu’ils étaient des terroristes », relèvent les juges, « leur adhésion au projet terroriste n’est pas démontrée ».
Jawad, déjà condamné cinq fois – la dernière, le 5 novembre 2008, à huit ans pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » – est écroué, à l’isolement, depuis le 24 novembre 2015. Il a comparu depuis trois fois pour trafic de cocaïne, pour, à bout de nerfs, avoir mis le feu à sa cellule et menacé de mort des policiers.

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Mouss, détenu depuis le 5 décembre 2015 et déjà condamné quinze fois, est poursuivi comme Jawad pour « recel de terroristes » et risque aussi six ans de prison. Youssef Aït Boulahcen, jamais condamné, est, lui, poursuivi pour non-dénonciation de crime et risque cinq ans. Plus de 300 victimes ou familles de victimes se sont constituées parties civiles, ce qui explique que tribunal ait prévu trois semaines d’audience.



                            


                        

                        


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En Russie, Ksenia Sobtchak tente de s’affirmer en opposante numéro un à Vladimir Poutine

La fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg, candidate à l’élection présidentielle, annonce son intention de créer un parti libéral « inexistant en Russie depuis dix ans »



Le Monde
 |    23.01.2018 à 11h20
 • Mis à jour le
23.01.2018 à 11h48
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            Isabelle Mandraud (Kaliningrad, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Ksenia Sobtchak touche au but. La candidate à l’élection présidentielle russe a réuni les cent mille signatures de citoyens, nécessaires pour concourir au scrutin du 18 mars, mais se garde bien de crier victoire dans cette première étape. « En dépit de tout, en dépit de l’énorme travail que nous avons accompli, si “on” a décidé que vous ne participerez pas, vous ne participerez pas, explique-t-elle. C’est comme la roulette russe. » L’exemple d’Alexeï Navalny, 41 ans, principal opposant au Kremlin écarté de la course pour des condamnations qu’il réfute, en témoigne.
A 36 ans, la fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg Anatoli Sobtchak, mentor politique de Vladimir Poutine, se présente elle aussi dans le rôle de l’opposante, sous l’étiquette « contre tous », avec une fermeté qui étonne. Soutenue par de riches donateurs qu’elle refuse pour l’instant de nommer – mais qui lui ont permis de récolter déjà plus de 80 millions de roubles (1,1 million d’euros) –, cette journaliste, ex-vedette de télévision, mène campagne en passant outre blâmes et quolibets qui tentent de la dépeindre comme une marionnette du Kremlin. « Non, Poutine n’est pas mon parrain », répète-t-elle à l’envi.
« 35 degrés de différence entre nous »
« “Une blonde”, oui, je connais tout ça… Mais je suis prête à le supporter », assure Ksenia Sobtchak. Bien que créditée d’à peine plus de 1 % des intentions de vote dans les sondages, elle multiplie les déplacements sur le terrain, sans ménager ses critiques contre le pouvoir. Partout, elle dénonce un système verrouillé et corrompu, et prône la discussion pour sortir de la situation provoquée par l’annexion de la Crimée en « violation du droit international ».
A Moscou, elle a déposé une plainte au parquet pour protester contre la surreprésentation dans les médias du chef de l’Etat, candidat à sa succession. A Tomsk, en Sibérie, elle le parodie en plongeant dans un trou de glace par...




                        

                        

