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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-1"> ¤ Le président Erdogan s’apprête à lancer le chantier d’une nouvelle voie maritime artificielle, longue de 45 km et destinée à désengorger le détroit du Bosphore, l’un des axes les plus fréquentés au monde.
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En Turquie, le projet pharaonique du « canal Istanbul »

Le président Erdogan s’apprête à lancer le chantier d’une nouvelle voie maritime artificielle, longue de 45 km et destinée à désengorger le détroit du Bosphore, l’un des axes les plus fréquentés au monde.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 18h03
    |

                            Eddie Rabeyrin








                        



   


Le « second Bosphore », vieux songe ottoman, est sur le point de devenir réalité. Lors d’une conférence à Belgrade le 10 octobre 2017, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait confirmé la mise en œuvre d’une vieille promesse de campagne de 2011 : la construction d’un canal en parallèle du détroit stambouliote.
L’annonce a été suivie le 15 janvier d’une conférence de presse télévisée du ministre des transports, Ahmet Arslan, dévoilant le tracé officiel dudit « canal Istanbul ». Long de 45 km, il devrait partir du lac de Küçükçekmece, du côté de la rive européenne, pour relier la mer de Marmara à la mer Noire. Selon des documents présentés par le ministère de l’environnement, le canal sera profond de 25 mètres, pour une largeur variant entre 250 et 1 000 mètres.

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Sa construction a pour objectif premier de désengorger le détroit du Bosphore qui, avec près de 42 000 passages de navires en 2016, est l’un des axes les plus fréquentés au monde. Outre les longues heures d’attentes pour les bateaux que génère le trafic, la navigation n’y est pas des plus aisées. Le caractère sinueux du détroit, traversé de forts courants et rafales de vent, fait craindre des accidents majeurs au sein de cette zone urbanisée. Plusieurs catastrophes ont d’ailleurs été évitées de justesse : en 1994, lors de la collision de pétroliers au cœur d’Istanbul, ou en 1999, lorsqu’un vieux pétrolier russe s’est fendu en deux en mer de Marmara.

   


Urbanisation de la rive européenne d’Istanbul
Pendant longtemps, la question du contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles a représenté un sujet de contentieux international. Un modus vivendi avait finalement été trouvé en 1936 avec la signature de la convention de Montreux qui, en temps de paix, garantit la liberté de navigation aux navires commerciaux, quels que soient le pavillon et le type de cargaison.
Si cette règle est valable pour les détroits, elle ne s’appliquera pas au canal : « Actuellement, les navires qui transitent par le Bosphore n’ont à payer que s’ils décident de recourir aux services d’un pilote turc, ce qui n’est pas obligatoire. Les Turcs pourront en revanche faire payer un droit de passage sur le canal. Cette voie permettra aux navires qui en ont les moyens de passer plus vite », explique Jean Marcou, spécialiste de la Turquie et enseignant à Sciences Po Grenoble.
Reste la question des navires militaires, pour lesquels la convention de Montreux fixe des conditions supplémentaires, comme une limite du tonnage. Mais il est peu probable que la création du canal change la donne en la matière : « Les navires [qui circulent entre la mer Egée et la mer Noire] passeront toujours par le détroit des Dardanelles, donc la convention de Montreux s’appliquera par ricochet, rappelle Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe. Les Russes, qui co-dominent la mer Noire avec les Turcs, ne s’opposeront pas au projet tant que l’échiquier géopolitique ne sera pas bouleversé. Or, par le passé, les Turcs ont montré qu’ils veillaient au grain et étaient peu enclins à laisser les Américains renforcer leur présence dans la région. »
Au-delà de la création d’une nouvelle voie maritime, le canal participe d’un projet d’urbanisation de la rive européenne d’Istanbul. La construction de centres logistiques et de résidences le long du tracé est prévue. « Des pays comme le Qatar se sont d’ores et déjà dits intéressés pour investir à cet endroit. La Turquie s’attend à une forte rentabilité, dans un contexte général de grands travaux qui n’ont cessé ces dernières années, avec la construction par exemple d’une ligne de tramway sous le Bosphore, d’un troisième pont sur le Bosphore ou encore l’achèvement prochain du troisième aéroport d’Istanbul », détaille M. Marcou.
Plus d’une dizaine de milliards d’euros
Le tout revêt une forte charge symbolique. L’achèvement du projet, dont les travaux doivent débuter cette année, a été annoncé pour 2023, pour le centenaire de la République fondée par Mustafa Kemal Atatürk. « Canal Istanbul » a d’ores et déjà été présenté comme la réalisation la plus coûteuse de l’histoire du pays, à hauteur de plus d’une dizaine de milliards d’euros. Qui plus est, M. Erdogan ne s’interdit pas quelques envolées lyriques quand il parle du canal, évoquant un « projet fou », son « rêve », et allant jusqu’à établir des comparaisons avec les anciens sultans ottomans.
Un enthousiame que ne partagent pas les défenseurs de l’environnement, qui craignent les conséquences potentiellement désastreuses d’une telle réalisation pour l’écosystème local. Aux dires du ministère de l’environnement, une nouvelle étude d’impact environnemental serait en cours.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ Tunisie, où vas-tu ? (1/6). L’alliance entre les « modernistes » et les « islamistes » a permis de préserver la paix. Mais elle a un coût : le retour du conservatisme.
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Décryptage

Le consensus politique tunisien, étouffoir des idéaux de la révolution de jasmin

Tunisie, où vas-tu ? (1/6). L’alliance entre les « modernistes » et les « islamistes » a permis de préserver la paix. Mais elle a un coût : le retour du conservatisme.

Frédéric Bobin (Tunis, correspondant)
    



LE MONDE
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        Le 25.01.2018 à 17h55

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        Mis à jour le 25.01.2018 à 18h02






    
Le président tunisien Beji Caïd Essebsi (g) saluant Rached Ghannouchi (d), le chef du parti islamiste Ennahda, à Carthage le 13 juillet 2016.
Crédits : FETHI BELAID/AFP


C’est un paradoxe amer, un dégât collatéral de la stabilisation politique de la Tunisie. La démocratie a besoin de paix pour s’épanouir mais quand celle-ci vire au consensus opaque, à l’arrangement à huis clos, la concorde apparente ne devient-elle pas un masque, le faux nez d’un pouvoir confisqué ? Cette question, un nombre croissant de Tunisiens attachés à la transition démocratique de leur pays, célébrée à l’étranger comme un « modèle » dans le monde arabo-musulman, se la posent avec inquiétude.

        Présentation de notre série
         

          Tunisie, où vas-tu ?



Le consensus partisan qui prévaut depuis 2015 entre Nidaa Tounès (« moderniste ») et Ennahda (« islamiste »), les deux mouvements alliés dans une coalition gouvernementale après s’être violemment combattus en 2012-2013, ne s’est-il pas dégradé – au-delà de la vertu du calme recouvré – en étouffoir ? En machine à tout neutraliser ? En chambre secrète de transactions entre états-majors se partageant les positons d’influence ? En compromis conservateur tenant en suspicion tout contre-pouvoir ?
L’interrogation n’est pas qu’académique. Elle surgit inévitablement alors que l’inventaire de la transition démocratique en Tunisie, sept ans après la révolution de 2011, quatre ans après l’adoption d’une Constitution éminemment progressiste, dévoile un chantier non seulement inachevé – ce qui est compréhensible – mais à la dynamique enrayée. L’élan printanier de 2011, ce nouveau pacte civique scellé autour de la démocratie et de la justice sociale, s’est comme enlisé. Comparé au désastre des autres printemps arabes – Egypte, Syrie ou Libye – le grippage tunisien pourrait sembler bénin. A cette aune-là, la Tunisie demeure un exemple roboratif. Mais au regard de ses propres espoirs de changement exprimés en 2011, le dépit est évident.
« Rente démocratique »
Sur la seule sphère politique – et en mettant de côté la scène sociale où la désaffection est encore plus crue comme l’ont montré les récentes protestations – on ne compte plus les retards, les ratés, les faux pas, voire les régressions. Parmi les plus notables : un Parlement infantilisé, une Cour constitutionnelle dans les limbes, une commission électorale indépendante affaiblie, une décentralisation à la peine, une justice transitionnelle contestée, un arbitraire policier rémanent. Et puis, il y a ce nouvel air du temps, cette petite musique distillée par des gramophones réactivés qui entonnent la nostalgie d’un ordre à poigne tout en démonétisant la rupture de 2011, une sorte de révisionnisme de la révolution.

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          En Tunisie, sept ans après la chute de Ben Ali, un anniversaire au goût amer



Tous ces signes ne suffisent pas à accréditer la thèse d’une contre-révolution en marche, d’un retour programmé à l’ancien régime du type Ben Ali. Les choses ne sont pas aussi simples. La « rente démocratique », qui est à la Tunisie ce que le pétrole est à l’Algérie, interdit d’emblée toute restauration qui coûterait aux autorités de Tunis la bienveillance internationale – en tout cas occidentale – garante de précieux soutiens financiers en ces temps de diète économique. Un exemple parmi d’autres de cette cote diplomatique toujours très élevée : le retrait sans difficulté de la Tunisie, mardi 23 janvier, de la liste des paradis fiscaux établie début décembre par l’Union européenne (UE). « Il faut sauver le soldat Tunisie », unique rescapé de la vague des printemps arabes, est un peu le mot d’ordre des bailleurs de fonds, tel le Fonds monétaire international (FMI). Ce crédit moral est forcément lié à l’expérience démocratique en cours et nul dirigeant à Tunis ne le sacrifierait. Le risque existe pourtant que cet ordre démocratique, à préserver dans sa forme, soit vidé d’une partie de sa substance au fil d’insidieux renoncements.
Les islamistes conquérants puis accommodants
Etait-ce le prix à payer pour cette prouesse politico-diplomatique qui évita à la Tunisie de basculer en 2013 dans les abysses de la guerre civile ? Car la configuration actuelle, produit d’une magistrale opération de sauvetage, activement encouragée par les Occidentaux (surtout les Américains et les Allemands), a permis de résorber la fracture qui ne cessait de s’ouvrir depuis la révolution entre deux camps irréductibles. D’un côté, les tenants de l’islam politique regroupés autour d’Ennahda qui dominait la coalition gouvernementale (la « troïka ») au pouvoir à partir de la fin 2011. De l’autre, les « modernistes » et les « laïcs » gravitant autour de Nidaa Tounès, éventail s’étirant de l’extrême gauche jusqu’aux anciens soutiens de Ben Ali. Ces derniers sont farouchement hostiles à l’islamisation d’une société tunisienne dont une grande partie demeure attachée au réformisme sociétal – notamment les droits des femmes – inauguré dès l’indépendance de 1956 par Habib Bourguiba, le « père de la nation ».

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En cette terrible année 2013, la tension fut à son comble entre les deux camps à la suite de l’assassinat de deux figures de l’opposition laïque (Chokri Belaïd en février et Mohamed Brahmi en juillet). La rue s’enfièvra. Début août, des manifestations monstres réclamèrent le départ du pouvoir d’Ennahda, dénoncé comme responsable de la montée de la violence islamiste.
C’est dans une suite de l’hôtel Le Bristol, à Paris, que la réconciliation a été amorcée le 14 août 2013. Ce jour-là, Béji Caïd Essebsi, ex-lieutenant de Bourguiba et fondateur de Nidaa Tounès, rencontra Rached Ghannouchi, le « cheikh » d’Ennahda revenu à Tunis dès la chute de Ben Ali après 22 ans d’exil. Le pacte qui s’esquissa à ce moment-là déboucha sur une coalition gouvernementale au lendemain des élections législatives et présidentielle de la fin 2014 gagnée par le parti de Béji Caïd Essebsi, lequel tendit une main magnanime à des islamistes soudain accommodants après avoir été conquérants. Depuis lors, la Tunisie est dirigée par ce condominium qui a sans nul doute sauvé la Tunisie du chaos, mais dont la logique profonde, celle d’une cooptation entre élites politiques (l’établie et l’émergente), manque cruellement de transparence.

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Il n’est pas anodin que cette rencontre au Bristol ait eu lieu un peu plus d’un mois après le coup d’Etat du 3 juillet 2013 en Egypte contre le président d’alors, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans. A distance, l’événement a traumatisé les islamistes tunisiens, réveillant chez eux la crainte d’une répression à domicile dont ils avaient durement souffert à partir des années 1990 : 22 000 arrestations, torture dans les prisons, familles entières ostracisées. Cette mémoire de l’« éradication » continue de hanter les islamistes tunisiens et l’on ne peut comprendre leur revirement de l’été 2013 qu’à cette lumière-là. « Oui, cette angoisse existentielle a beaucoup joué », admet sous le sceau de l’anonymat un dirigeant d’Ennahda. Ce dernier ajoute qu’une telle réaction de survie a concerné la direction plus que la base, laquelle a toutefois fini par se rallier au virage pragmatique.
Un pacte scellé à l’hôtel Le Bristol
Quels furent les termes de ce fameux pacte du Bristol ? Evidemment, il n’y a pas eu de document. A en juger par le scénario qui s’est ensuite mis en place, on peut sans grand risque résumer ainsi le marché conclu. Un : Ennahda aida Béji Caïd Essebsi à accéder à la magistrature suprême. Deux : le chef de Nidaa Tounès s’engagea en contrepartie à protéger Ennahda des ardeurs d’éradication des faucons de son propre camp. Le premier acte se rééalisa très vite avec l’abandon par Ennahda – qui domine toujours alors la « troïka » au pouvoir – d’un projet de loi visant à exclure de la vie politique les titulaires de fonction sous la dictature passée, ainsi que sa renonciation à un article du projet de Constitution imposant une limite d’âge à un candidat à la présidence de la République. Cette double hypothèque levée, Béji Caïd Essebsi, né en 1926 et qui fut ministre sous Bourguiba et président du Parlement sous Ben Ali, put se présenter à l’élection présidentielle de décembre 2014. Il la remporta avec l’évidente complicité d’Ennahda.

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Le deuxième acte se joua ensuite avec la formation du gouvernement de coalition début 2015. Même confiné à une participation minimale dans l’exécutif, Ennahda se sentit rassuré face au risque d’un retour de bâton répressif à un moment critique où soufflait le vent de la contre-révolution en Libye, en Egypte et en Syrie. Son assurance grandit même alors que les scissions successives au sein de Nidaa Tounès, plongé dans une violente guerre de clans, rétrogradèrent ce parti en deuxième position à l’Assemblée. Ennahda devint mécaniquement et à son insu le premier groupe parlementaire.
En dépit de ce rapport de forces qui évolue de facto en sa faveur, le parti islamiste ne se dépare pourtant pas de l’attitude conciliante, discrète, coopérative qui est sa nouvelle option stratégique. Ironie de l’histoire, ses dirigeants s’inquiètent même de la crise interne au sein de Nidaa Tounès dont le nouveau chef, Hafedh Caïd Essebsi, fils du chef de l’Etat, est entouré de partisans de l’alliance avec Ennahda. « Cette alliance est dans notre intérêt commun, c’est l’intérêt du pays », déclarait Hafedh Caïd Essebsi au Monde le 4 mars 2016.
Ennahda privilégie la stabilité
Cette occasion historique d’isoler les éradicateurs au sein de la mouvance dite « moderniste », Ennahda ne veut pas la rater. Il lui faut donc éviter que le Nidaa Tounès de Hafedh Caïd Essebsi ne s’affaiblisse trop. Le mantra du parti devient : « Il faut préserver le rapport de force électoral de 2014 [Nidaa Tounès en numéro un et Ennahda en numéro deux] », résume Saïd Ferjani, membre du bureau politique d’Ennahda et conseiller du chef du parti, Rached Ghannouchi. « Nous devons aider Nidaa Tounès », ajoute-t-il. « Nous n’avons aucun intérêt à redevenir dominant, précise un autre dirigeant du parti islamiste. Cela réveillerait la polarité de 2014. » Or Ennahda redoute par-dessus tout une résurgence de cette polarité dans l’actuel contexte géopolitique régional hostile aux Frères musulmans. « Nous n’avons pas vocation à être réprimés et à entrer en conflit avec l’Etat, souligne-t-il. Notre intérêt est dans la stabilité. »

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Tel est le décor où va se déployer le fameux consensus tunisien qui produit aujourd’hui ses effets pervers. Au nom de la sacro-sainte « stabilité » à préserver à tout prix, Ennahda avalise sans broncher toute une série de mesures initiées par la présidence de la République ou Nidaa Tounès, lesquels ont recyclé de nombreux réseaux issus du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), l’ex-parti unique sous Ben Ali. La plus emblématique de ces mesures a été l’adoption à l’automne 2017 de la loi dite de « réconciliation administrative » qui permet d’amnistier les cadres de l’Etat ayant prêté leur concours aux malversations de l’ancien régime. « La connivence entre Nidaa Tounès et Ennahda est malsaine, déplore Selim Kharat, le président d’Al-Bawsala, une association qui milite pour une plus grande transparence dans la vie publique. Elle ne fait que renforcer le statu quo. »


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Sept ans après la révolution de jasmin qui mit fin au régime dictatorial de Ben Ali, de plus en plus de Tunisiens redoutent le blocage de la transition démocratique.
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Compte rendu

Présentation de notre série Tunisie, où vas-tu ?

Sept ans après la révolution de jasmin qui mit fin au régime dictatorial de Ben Ali, de plus en plus de Tunisiens redoutent le blocage de la transition démocratique.

Par                Le Monde Afrique



LE MONDE
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        Le 25.01.2018 à 17h54






    
Durant les célébrations du septième anniversaire de la révolution tunisienne, le 14 janvier 2018, à Tunis.
Crédits : Zoubeir Souissi/REUTERS


Tunisie, où vas-tu ? La transition démocratique tunisienne, tant célébrée à l’étranger comme un « modèle », est-elle en train de s’enrayer ? Sur la seule sphère politique, on ne compte plus les retards, les ratés, les faux pas, voire les régressions. Parmi les plus notables : un Parlement infantilisé, une Cour constitutionnelle dans les limbes, une Commission électorale affaiblie, une décentralisation à la peine, une justice contestée, un arbitraire policier qui perdure. Et puis, il y a cette nouvelle petite musique qui fait entendre la nostalgie d’un ordre à poigne tout en démonétisant la révolution du printemps de 2011.
C’est un paradoxe amer, un dégât collatéral de la stabilisation politique de la Tunisie. La démocratie a besoin de paix pour s’épanouir mais quand celle-ci vire au consensus opaque, à l’arrangement à huis clos, la concorde apparente ne devient-elle pas le faux nez d’un pouvoir confisqué ? Cette question, un nombre croissant de Tunisiens attachés à la transition démocratique de leur pays se la posent avec inquiétude.
Le consensus partisan qui prévaut depuis 2015 entre les « modernistes » de Nidaa Tounès et les « islamistes » d’Ennahda, les deux mouvements alliés dans une coalition gouvernementale après s’être violemment combattus en 2012-2013, ne s’est-il pas dégradé en étouffoir, en machine à tout neutraliser ?
Un dépit évident
Cette question surgit inévitablement alors que l’inventaire de la transition démocratique en Tunisie, sept ans après la révolution de 2011, quatre ans après l’adoption d’une Constitution éminemment progressiste, dévoile un chantier non seulement inachevé mais à la dynamique grippée. L’élan printanier de 2011, ce nouveau pacte civique scellé autour de la démocratie et de la justice sociale, s’est comme enlisé. Comparé au désastre des autres printemps arabes – Egypte, Syrie ou Libye – le cas tunisien pourrait sembler bénin. A cette aune-là, la Tunisie demeure un exemple roboratif. Mais au regard de ses propres espoirs de changement exprimés en 2011, le dépit est évident.
Le Monde Afrique propose une série de six épisodes qui tente de faire la photographie du moment politique périlleux que traverse le pays, de l’état du consensus qui prévaut depuis 2015 à la tentation présidentialiste, en passant par le retour des bénalistes, le chaînon encore manquant de la démocratie locale, l’arbitraire policier qui ne veut céder et la vitalité du monde associatif, sous haute surveillance de l’Etat, mais qui représente malgré tout un espoir pour l’avenir.

Sommaire de notre série Tunisie, où vas-tu ?
Sept ans après la révolution de 2011 en Tunisie, Le Monde Afrique dresse un bilan de la transition démocratique.




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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Toujours plus nombreux à s’expatrier, les Français sont aussi plus nombreux à travailler en contrat local, indique le Baromètre Humanis-Lepetitjournal.com. Les entreprises prennent de moins en moins en charge la couverture sociale de ces salariés.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤                     
                                                   
édition abonné


Protection sociale : les Français expatriés de moins en moins couverts

Toujours plus nombreux à s’expatrier, les Français sont aussi plus nombreux à travailler en contrat local, indique le Baromètre Humanis-Lepetitjournal.com. Les entreprises prennent de moins en moins en charge la couverture sociale de ces salariés.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 16h57
    |

            Anne Rodier








                        



                                


                            

Partir pour revenir, mais à quelles conditions ? Les Français qui choisissent l’expatriation sont toujours plus nombreux, ils partent de plus en plus loin, et leur protection sociale se dégrade. Ce sont les principales leçons tirées du « Baromètre Expatriés 2018 », réalisé par le mutualiste Humanis et Lepetitjournal.com, et publié jeudi 18 janvier. Un expatrié sur deux (53 %) n’a pas de couverture retraite au-delà du régime local obligatoire, un sur cinq (20 %) n’a pas de couverture santé et près d’un sur deux (47 %) n’a pas de couverture prévoyance (invalidité, veuvage). Ce qui prépare un appauvrissement assuré à leur retour en France.
Près de 1 500 expatriés français implantés sur les cinq continents ont été interrogés entre le 14 novembre et le 1er décembre 2017 pour cette 6e édition du Baromètre Humanis. Les résultats ont été redressés pour respecter la structure de la population du 1,8 million de Français de l’étranger inscrits au registre du ministère des affaires étrangères, sur une population totale d’expatriés évaluée entre 2 et 2,5 millions de personnes par le même ministère.
les raisons de cette évolution ? Les Français plus nombreux à s’expatrier (en hausse annuelle de 4,6 % au dernier bilan) sont aussi de plus en plus nombreux à travailler en contrat local : 85 % des expatriés salariés sont en « contrat local » (69 % avec une entreprise locale, 16 % avec une filiale). C’est 3 points de pourcentage de plus en un an et 6 de plus en deux ans. Et 21 % travaillent en indépendants, le double d’il y a dix ans.
Des bonus « couverture sociale »
Ce qui n’est pas sans conséquence sur leur protection sociale. « Cette tendance de fond qui s’accélère s’accompagne d’une baisse de la prise en charge de la couverture sociale par l’entreprise », explique Séverine Emery, directrice des activités internationales du groupe Humanis. En 2018, seuls 25 % des expatriés étaient pris en charge par leur employeur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ Choisie en 1963 pour être le siège de l’Union africaine, la métropole éthiopienne de 4 millions d’habitants est devenue le troisième poumon diplomatique mondial.
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Reportage

Addis-Abeba, capitale d’une Afrique qui se rêve unie

Choisie en 1963 pour être le siège de l’Union africaine, la métropole éthiopienne de 4 millions d’habitants est devenue le troisième poumon diplomatique mondial.

Par                                            Emeline Wuilbercq (Addis-Abeba, correspondance) et 
                            Ghalia Kadiri (Addis-Abeba, envoyée spéciale)




LE MONDE
              datetime="2018-01-25T16:39:35+01:00"

        Le 25.01.2018 à 16h39






    
Le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba en 2017.
Crédits : ZACHARIAS ABUBEKER/AFP


Asret Bezab n’a jamais ciré les chaussures d’un diplomate. Pourtant, depuis son tabouret en plastique où il brosse des dizaines de paires par jour, il aperçoit l’imposant bâtiment de l’Union africaine (UA), à Addis-Abeba, en Ethiopie. L’adolescent au regard timide se rêve en costume-cravate, mais il sait qu’il ne vit pas dans le même monde que tous ces ambassadeurs, ministres et présidents qui seront présents, les 28 et 29 janvier, au 30e sommet de l’UA. « C’est bien que les dirigeants africains viennent ici, pense-t-il. Mais, nous, nous n’en tirons aucun bénéfice. »

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En janvier de chaque année, les délégations africaines se pressent à Addis-Abeba pour discuter des dossiers chauds du continent. La capitale de l’Ethiopie, un pays grand comme la France et l’Espagne réunis, est la troisième ville au monde qui compte le plus de diplomates, après New York et Genève. Choisie en mai 1963 pour héberger le siège de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, devenue UA en 2002), la ville est devenue un carrefour diplomatique qui accueille aussi celui de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Des milliers de fonctionnaires internationaux vivent à l’année dans cette ville de 4 millions d’habitants, qui compte plus d’une centaine de représentations diplomatiques. Sur le plan international, Addis-Abeba a pris du galon. En juillet 2015, l’ancien président Barack Obama y a rendu la première visite officielle d’un chef d’Etat américain en exercice. La même année, la capitale a accueilli la troisième Conférence internationale sur le financement du développement. Mais c’est surtout sur le plan continental qu’Addis-Abeba se démarque.

    
A Addis-Abeba, de nouveaux bâtiments sortent de terre chaque semaine.
Crédits : Simon Davis/Department for International Development


« La police sait tout ce qu’on fait »
« C’est la vraie capitale de l’Afrique. On y croise des diplomates de tout le continent. Dans les couloirs des institutions, les halls d’hôtel, les restaurants. C’est là que se font les discussions bilatérales sur les sujets du moment, raconte un diplomate sahélien arrivé il y a six mois. Avec Ethiopian Airlines, on peut voyager partout. Surtout, Addis-Abeba est une ville extrêmement surveillée. Ici, la police sait tout ce qu’on fait. Mais, ça nous rassure. » Il est vrai que la surveillance fait partie du quotidien des Addis-Abébiens qui ne s’étonnent plus de la fouille au corps quasi systématique à l’entrée des hôtels. Dans ce pays cadenassé, le contrôle est renforcé lors des sommets de l’UA, dont le siège est, à cette occasion, encerclé de policiers fédéraux.

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La présence des institutions africaines, mais aussi de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) et groupes de pression, a entraîné une spéculation immobilière dans le centre d’Addis-Abeba. « C’est devenu infernal de trouver un logement ici, peste un chercheur européen. Les loyers sont de plus en plus élevés. On croit que la vie est peu chère parce que c’est l’Ethiopie, mais les prix augmentent sans arrêt. »

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Le tarif des chambres d’hôtel flambe pendant les sommets. Au Sheraton Addis, l’hôtel le plus luxueux de la ville, propriété du milliardaire saoudien né en Ethiopie Mohammed Al-Amoudi (aujourd’hui emprisonné à Riyad), la chambre la moins chère coûte 1 135 dollars (915 euros) la nuit, soit 250 % de plus que les jours précédant ou suivant la grand-messe africaine. Et pour 31 000 birrs (913 euros), on peut louer durant trois mois un bureau dans le quartier le plus chic de la ville.

    
La capitale éthiopienne est une ville pleine de contrastes, où diplomates et « petites gens » cohabitent sans forcément se croiser.
Crédits : Ninara/CC BY 2.0


Les premiers à souffrir de la hausse de l’immobilier sont les Ethiopiens eux-mêmes, et en particulier les plus jeunes. A Addis-Abeba, ces oubliés de la capitale internationale sont victimes du chômage, véritable fléau dans ce pays de plus de 100 millions d’habitants où la population reste majoritairement jeune. « C’est la ville des diplomates mais, en même temps, nous, les petites gens, on en souffre, regrette Salomon, 28 ans. Je suis obligé de vivre avec ma famille à 30 km de la capitale. La présence des étrangers, c’est bien. Mais ça creuse les écarts. » Combien de diplomates remarqueront, à travers les vitres fumées de berlines hors de prix, les vendeurs à la sauvette qui proposent au chaland cigarettes, montres ou billets de loterie aux abords du siège de l’UA ?
Extravagants gratte-ciel
Ce ballet de voitures et les embouteillages ne sont plus une surprise pour Mohamed. À chaque sommet, c’est la même rengaine. Pour ce quadragénaire un peu bouillant, qui sirote une bière à 13 birrs (0,40 euro) dans le quartier de l’UA, le contraste entre les riches et les pauvres dans la ville va « du sol jusqu’au ciel ». En Ethiopie, un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les dirigeants africains qui discutent chaque année « des guerres, de la corruption » et de la misère le font doucement sourire. « C’est du bla-bla », lâche-t-il. Ils ne sont pas là pour « résoudre les problèmes » mais pour prendre du bon temps. « Je suis sûr que chaque président a sa maîtresse ici, et même un enfant » illégitime, ajoute-t-il, hilare. Le sommet de l’UA doperait en tout cas les prix de la prostitution, selon plusieurs sources.

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Deux mondes cohabitent dans la capitale de l’Afrique qui entretient le mythe continental et la grandeur d’un panafricanisme qu’elle cherche à renouveler. Deux mondes qui s’ignorent ou se toisent. « On vit dans une bulle, assure un diplomate. On ne voit pas beaucoup les Ethiopiens. » A Addis-Abeba, les étrangers, y compris les Africains, ont parfois du mal à se frayer un chemin parmi les habitants. « Ici, les gens sont racistes envers les Africains de l’Ouest. Ils se sentent supérieurs à nous, témoigne un fonctionnaire ouest-africain qui vit dans la capitale éthiopienne depuis trois ans. J’ai vécu une grande partie de ma vie dans des pays occidentaux, pourtant, la seule fois où je me suis fait insulter et traiter de “singe”, c’est ici ! »



Cet « ici », nombre de jeunes Ethiopiens veulent le quitter. Ils s’aventurent dans les faubourgs des pays du golfe Persique, où ils servent de main-d’œuvre, parfois jusqu’à l’épuisement ou l’accident qui conduisent à la mort, pour bâtir les extravagants gratte-ciel de Dubaï, Doha, ou Riyad. D’autres prennent la route des mers, le désert d’abord, puis la Méditerranée au péril de leur vie dans l’espoir de quitter l’Afrique. Une Afrique débattue à l’Union africaine par des chefs d’Etat souvent déconnectés de leur jeunesse.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ La classe africaine (7). Ouvert fin 2014, l’institut Confucius de Kampala séduit de plus en plus d’étudiants attirés par les opportunités qu’offre la Chine, premier investisseur étranger dans le pays.
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Reportage

En Ouganda, « c’est un très gros atout de pouvoir s’exprimer en mandarin » pour travailler

La classe africaine (7). Ouvert fin 2014, l’institut Confucius de Kampala séduit de plus en plus d’étudiants attirés par les opportunités qu’offre la Chine, premier investisseur étranger dans le pays.

Par                                            Gaël Grilhot (contributeur Le Monde Afrique, Kampala)




LE MONDE
              datetime="2018-01-25T15:41:29+01:00"

        Le 25.01.2018 à 15h41






    
Le professeur Lin vérifie le niveau de connaissance de ses élèves à l’institut Confucius, à l’université de Makerere (Kampala), le 7 décembre 2017.
Crédits : Gaël Grilhot


Derrière le petit pavillon de l’institut Confucius de Kampala, au sein du campus verdoyant de Makerere, un bâtiment préfabriqué a été installé au milieu d’un jardin. Sous l’œil bienveillant du philosophe chinois, dont deux portraits encadrent le tableau noir, une vingtaine d’étudiants ougandais tentent de répondre au contrôle de connaissances en mandarin. Même s’ils ne font partie que d’un cycle d’apprentissage court, les élèves maîtrisent déjà les fondamentaux de la prononciation et possèdent pas mal de vocabulaire.

        Présentation de notre série
         

          La classe africaine



Jeune, petites lunettes cerclées posées sur un visage poupon, le professeur Lin, lui-même étudiant en anglais (la langue nationale ougandaise), est arrivé il y a peu de sa province du Hunan. « Nous nous entendons parfaitement avec les élèves, affirme-t-il enthousiaste. Ils m’ont donné un nom local, Opio Mutumba Sekyio, dont je suis très fier. Et certains d’entre eux se trouvent également un nom chinois. » Mais le professeur Lin sait parfaitement que les étudiants ne viennent pas ici uniquement pour tisser des liens d’amitié avec les ressortissants chinois. « La plupart sont là pour leur carrière, reprend le professeur Lin. Pour travailler avec les entrepreneurs ou les industriels chinois, c’est un très gros atout de pouvoir s’exprimer en mandarin. »
« Je veux avoir des Chinois sous mes ordres »
La Chine est le premier investisseur direct étranger en Ouganda, avec près de 4 milliards de dollars par an. Travaux publics, chemins de fer, commerce, et bientôt pétrole : les entreprises de l’Empire du milieu ont depuis longtemps pénétré le marché ougandais. La mise en place de l’institut Confucius fin 2014, en partenariat avec l’université chinoise de Xiangtan, entend renforcer encore plus les relations entre les deux pays. Benjamin, la vingtaine, inscrit en master, ne cache d’ailleurs pas ses ambitions. « Je veux faire du business, travailler avec les Chinois, et même avoir des Chinois sous mes ordres », affirme cet étudiant qui a opté pour une formation longue.

    

Crédits : Infographie "Le Monde"


« Ils sont près de 4 000 chaque année à suivre ces formations courtes de deux mois, avec possibilité de progresser par étapes, jusqu’à six niveaux », affirme Oswald Ndoleriire, linguiste et directeur ougandais de l’institut. Un quadruplement des effectifs en trois ans, qui témoigne de l’intérêt suscité par la discipline. « Quatre-vingts étudiants sont par ailleurs inscrits pour obtenir un bachelor degree [équivalent à une licence de trois ans] en sciences sociales. Ceux-là combinent le plus souvent le chinois avec d’autres matières », comme l’économie, la gestion ou l’ingénierie. La finalité de l’institut est avant tout de former des professionnels opérationnels.
A l’institut, l’atmosphère est à la révision. Les examens sont proches. Par petits groupes, des élèves revoient leurs cours sur des tableaux. Un peu réservée mais très souriante, Wang Xiaojuan avait déjà une expérience de trois ans dans l’enseignement aux Philippines quand elle a accepté de prendre un poste à l’institut Confucius de Kampala. Lorsqu’on l’interroge sur les capacités de ses élèves, elle répond avec une petite moue amusée : « Ils y mettent beaucoup de volonté ! » Avant d’ajouter : « Certains arrivent même à avoir un très bon niveau, et sont capables d’avoir une conversation courante. »

        Episode 6
         

          A l’école des « codeurs » kényans



Pour les plus doués, l’apprentissage du mandarin peut mener très loin. « Après le bachelor degree, certains d’entre eux passent un autre examen », le HSK, poursuit Hong Yong Hong, l’homologue chinois d’Oswald Ndoleriire à l’institut. Ce test de niveau, reconnu à l’international, est dispensé par l’institut depuis 2017. Grâce à ce test, « près d’une trentaine d’élèves sont sélectionnés chaque année, pour effectuer une formation supplémentaire en immersion en Chine ». Un séjour tous frais payés (hormis le billet) par la République populaire, destiné à renforcer leurs connaissances, mais aussi à former des professeurs locaux.
Développement de la sensibilisation
Pour Edward Kirumira, le principal de la faculté des sciences sociales de l’université de Makerere, qui abrite l’institut Confucius, pouvoir apporter une formation de ce type est évidemment un plus « pour la réputation de l’université ». Reste que le niveau demeure assez faible, et le nombre d’étudiants qui réussissent le HSK est encore largement insuffisant. Le ministère de l’éducation travaille à une introduction du chinois dans le secondaire. « C’est important d’avoir déjà une sensibilisation, explique Edward Kirumira, afin de ne pas devoir s’attarder sur les bases en première année. »
L’ambition est partagée par le Centre national des programmes ougandais, qui a déjà autorisé que des cours soient dispensés dans quelques écoles secondaires à Kampala, et qui souhaite approfondir l’expérience. Mais ce projet risque fort de se heurter à un principe de réalité, alors que d’autres langues prioritaires, comme le swahili (indispensable dans la région), doivent également être impérativement développées. Sans oublier celles d’autres partenaires émergents en Ouganda, comme la France, qui renforcent de plus en plus leur présence.

Sommaire de notre série La classe africaine

        Episode 7
         

          En Ouganda, « c’est un très gros atout de pouvoir s’exprimer en mandarin » pour travailler



        Episode 6
         

          A l’école des « codeurs » kényans



        Episode 5
         

          Des universités kényanes prestigieuses mais déconnectées du marché de l’emploi



        Episode 4
         

          Le pari financier raté des écoles Bridge en Afrique



        Episode 3
         

          Au Kenya et en Ouganda, les écoles bon marché Bridge dans la tourmente



        Episode 2
         

          L’Ethiopie mise sur la formation d’une main-d’œuvre qualifiée pour s’industrialiser



        Premier épisode
         

          Enseignement supérieur : en Ethiopie, la quantité prime sur la qualité



        Présentation de notre série
         

          La classe africaine


De l’Ethiopie au Sénégal, douze pays ont été parcourus pour raconter les progrès et les besoins de l’éducation sur le continent.












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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ Des pourparlers intersyriens entre régime et opposition doivent se tenir à Vienne les 25 et 26 janvier sous l’égide de l’ONU, et à Sotchi les 29 et 30 janvier à l’initiative de la Russie. Décryptage des deux initiatives.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

Négociations sur la Syrie : « un dernier espoir pour la paix » ?

Des pourparlers intersyriens entre régime et opposition doivent se tenir à Vienne les 25 et 26 janvier sous l’égide de l’ONU, et à Sotchi les 29 et 30 janvier à l’initiative de la Russie. Décryptage des deux initiatives.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 14h56
    |

            Marc Semo








                        



   


Les chancelleries comme les experts conviennent tous de l’impossibilité d’une solution militaire au conflit qui ravage la Syrie depuis 2011. Une issue politique et négociée de cette guerre qui a fait au moins 350 000 morts et 11 millions de réfugiés ou déplacés, soit plus d’un Syrien sur deux, reste néanmoins toujours aussi incertaine.
La lutte contre l’organisation Etat islamique (EI), priorité de la coalition occidentale, avait fait passer au second plan les autres conflits dans le conflit, qui risquent de devenir de plus en plus incontrôlables après la défaite des djihadistes. L’offensive lancée par l’armée turque contre l’enclave kurde syrienne d’Afrin en est un premier signe.

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Une longue séquence diplomatique s’ouvre le 25 et 26 janvier pour une relance des pourparlers intersyriens, entre régime et opposition, sous l’égide de l’ONU à Vienne, au lieu de Genève comme à l’accoutumée pour raison logistique. A la fin du mois, les 29 et 30 janvier, doit se tenir à Sotchi, au bord de la mer Noire, la réunion du « congrès pour la paix » organisé par la Russie, qui, déjà, il y a un an, avait parrainé le processus dit d’Astana avec la Turquie et l’Iran. Ces initiatives sont à la fois complémentaires, mais aussi potentiellement concurrentes. Décryptage.
Qu’est-ce que le processus de Genève ?
Nul ne se fait trop d’illusions sur les résultats des deux jours de pourparlers qui s’ouvrent à Vienne jeudi 25 janvier. « C’est une phase très, très critique », a reconnu l’émissaire onusien pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui chapeaute les discussions. « Il n’y a aujourd’hui aucune perspective politique qui se présente, sauf – et c’est le dernier espoir – la réunion qui va se tenir à Vienne sous l’égide des Nations unies », a souligné le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, évoquant « un dernier espoir pour la paix ». Les huit précédents tours de négociations, dont le dernier en décembre, s’étaient soldés par un échec. Le processus de Genève est néanmoins le seul pleinement reconnu comme légitime, y compris par le régime, même s’il fait tout pour le saboter.
Amorcé dès 2012, il est resté longtemps au point mort. Deux poids lourds de la diplomatie onusienne, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, nommés successivement émissaires spéciaux pour la Syrie, ont l’un après l’autre jeté l’éponge. Leur mission était de « faire cesser les violences et les violations des droits humains et promouvoir une solution pacifique de la crise syrienne ». Le diplomate italo-suédois Staffan de Mistura a pris le relais en 2014 et il a été maintenu dans ses fonctions par le nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

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Le processus a réellement démarré en décembre 2015 par l’adoption à l’unanimité du Conseil de sécurité de la résolution 2254, la première sur la Syrie. Maîtresse du jeu depuis son intervention militaire à l’automne 2015 qui sauva le régime, la Russie s’inquiétait déjà alors du risque de l’enlisement dans une guerre sans fin. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, et son homologue russe, Sergueï Lavrov, s’étaient accordés sur une feuille de route très précise prévoyant à la fois l’instauration d’un cessez-le-feu, l’acheminement des aides humanitaires pour les zones assiégées et des pourparlers entre le régime et l’opposition pour l’instauration d’une « gouvernance crédible, inclusive et non sectaire », l’élaboration d’une nouvelle Constitution, puis la mise sur pied d’élections « avec le niveau le plus élevé de transparence sous la supervision des Nations unies ».
Mais la question centrale reste celle de l’organisation du pouvoir et de l’avenir de Bachar Al-Assad. La résolution 2254 reste encore maintenant la référence pour toute solution politique du conflit syrien. Mais elle ne fixe pas quel sera le sort de Bachar Al-Assad, l’une des principales raisons du blocage.
Pourquoi Genève patine ?
Le seul succès de Staffan de Mistura est d’avoir réussi à maintenir en vie ce processus, même s’il est dans le coma : il demeure le seul cadre pour une solution politique que toutes les grandes puissances appellent – au moins en parole – de leurs vœux.
Les pourparlers de Genève sont, selon le mot de l’émissaire de l’ONU, « des négociations de proximité ». Lui ou ses collaborateurs reçoivent tour à tour les deux délégations ou font la navette entre les deux, car jamais le régime n’a accepté de discuter en face à face avec l’opposition qui, elle, y est prête.
« La rencontre de Vienne sera un nouveau test. Moscou a échoué à contraindre le régime à s’engager dans la négociation », souligne Nasser Hariri, le président de la Commission syrienne des négociations, qui regroupe désormais la quasi-totalité des composantes de l’opposition syrienne, y compris les plus modérées vis-à-vis d’Assad et des partis kurdes.
Seul le PYD (Parti de l’union démocratique), hégémonique au Rojava, le Kurdistan syrien, et organiquement lié au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, le parti des rebelles kurdes de Turquie), reste en dehors. L’opposition syrienne l’accuse d’entretenir des relations pour le moins ambiguës avec le régime.
Le principal point d’achoppement des discussions reste le destin de Bachar Al-Assad. Pour le régime comme pour ses protecteurs russe et iranien, il doit rester au pouvoir, même si Moscou laisse entendre qu’une fois garantie la pérennité du régime et de l’Etat, il pourrait être remplacé. Pour l’opposition et ses soutiens occidentaux, notamment Paris, Londres et Washington, si le départ du dictateur n’était pas un préalable à l’ouverture des négociations, « le boucher de Damas » ne peut incarner l’avenir de son peuple. Telle était la problématique lors du premier round de pourparlers en mars 2016. Près de deux ans plus tard, rien n’a vraiment bougé.

   


De quels moyens de pression dispose la communauté internationale pour relancer les pourparlers ?
L’épuisement des belligérants, quand aucune victoire n’est possible pour un camp ou un autre, est un facteur qui, dans tout conflit, joue en faveur d’une solution négociée. Les conditions sont loin d’être réunies en Syrie. L’opposition se refuse encore à admettre pleinement qu’elle a perdu la guerre, même si ses bastions se sont réduits comme peau de chagrin : la zone d’Idlib au nord-ouest, autour de Djarabulus au nord, Deraa au sud et des zones assiégées dans la Ghouta orientale près de Damas.

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Le régime, lui, est convaincu d’avoir gagné, même s’il s’agit en bonne part d’un trompe-l’œil. Rien n’aurait été possible sans l’aide au sol de dizaines de milliers de combattants étrangers encadrés par l’Iran, des gardiens de la révolution directement ou des volontaires chiites venus d’Afghanistan avec la bénédiction de Téhéran, du Liban au travers du Hezbollah et d’Irak.
Rien n’aurait été possible non plus sans l’aide de l’aviation russe, qui a beaucoup plus ciblé la rébellion que les djihadistes de l’EI. Le régime contrôle certes la Syrie dite « utile » au centre, mais à peine plus de 50 % du territoire. La moitié de la population seulement vit dans les territoires contrôlés par Damas, et le reste est déplacé ou exilé. Les zones pétrolifères à l’est sont aux mains des forces kurdes alliées de la coalition occidentale anti-EI.
L’autre question cruciale sera celle de la reconstruction, dont le montant est évalué au bas mot entre 300 et 500 milliards de dollars (entre 240 et 400 milliards d’euros). Les parrains du régime, l’Iran et la Russie, n’ont guère les moyens de garantir les investissements nécessaires. Le PIB de la Russie reste plus ou moins équivalent à celui de l’Italie. Les Occidentaux, à commencer par les Américains, dont la stratégie sur la Syrie après l’élection de Donald Trump était restée longtemps illisible, et les Français comptent utiliser à plein ce levier pour tenter d’imposer un véritable processus de transition.
Les Russes sont aussi conscients de la fragilité de l’apparente victoire du régime et font pression pour qu’il accepte de rentrer dans la logique de négociations de paix. « Les conditions sont réunies pour un règlement politique du conflit sous l’égide de l’ONU », avait lancé Vladimir Poutine à Bachar Al-Assad lors de sa visite surprise le 11 décembre sur la base de Hmeimim, le cœur du dispositif militaire russe en Syrie. Une phrase qui sonnait comme une mise en demeure.
Que veulent les Russes avec la conférence de Sotchi ?
Le « Congrès de paix intersyrien » à l’initiative de Moscou et de Téhéran, alliés du régime de Damas, et d’Ankara, soutien des rebelles, prétend réunir à Sotchi, les 29 et 30 janvier, « tous les principaux acteurs régionaux et internationaux », y compris les Kurdes, malgré les réticences de la Turquie.
C’est l’aboutissement d’une montée en puissance diplomatique de Moscou sur la Syrie amorcée depuis un an. La Russie retrouve son rang de grande puissance à même de jouer jeu égal avec les Etats-Unis. Mais cela veut dire être capable de transformer en victoire politique le succès militaire de l’intervention de l’automne 2015, menée avec au plus 5 000 hommes et dont l’apogée fut la reconquête de la partie orientale d’Alep, bastion de la rébellion, en décembre 2016.
Quelques jours plus tard, le Kremlin annonce un cessez-le-feu pour le 30 décembre, sous son parrainage et celui de l’Iran côté régime, et de la Turquie, soutien de la rébellion. Et, dans la foulée, l’organisation, le 23 janvier 2017 à Astana, capitale du Kazakhstan, de négociations inédites entre Damas et des groupes armés sous la houlette de Moscou, Téhéran et Ankara.
Aucun pays arabe n’était parmi les organisateurs. Aucun pays occidental non plus. Le processus d’Astana devenait le symbole d’un basculement du monde. Ses objectifs étaient et restent néanmoins avant tout techniques. Il s’agissait de permettre des cessez-le-feu locaux, l’acheminement d’aide humanitaire et la création de « zones de désescalade » aujourd’hui au nombre de quatre : au sud autour de Deraa, à Hama au centre, au nord-ouest autour d’Idlib, et dans la Ghouta orientale.
L’intensification des combats et des bombardements du régime dans ces deux dernières, le tragique de la situation humanitaire dans la Ghouta orientale montrent les limites de cette démarche. Elle n’en a pas moins posé Moscou comme un acteur diplomatique essentiel dans le dossier syrien.
Le Kremlin veut maintenant encore monter en puissance avec une conférence politique. Censé regrouper toutes les parties politiques, les communautés ethniques et religieuses syriennes, le processus de Sotchi, déjà reporté deux fois, vise avant tout à un effet d’affichage. Moscou souffle certes le chaud et le froid, mais rappelle que ce processus est complémentaire de celui de l’ONU et vise à le « stimuler ».
L’opposition n’a pas encore tranché sur le fait de s’y rendre ou non, conditionnant sa présence aux résultats de deux jours de négociations dans la capitale autrichienne. Les Occidentaux sont tout aussi circonspects, rappelant la « centralité du processus de Genève ».



                            


                        

                        


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Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h47
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                            Éric Béziat








                        



                                


                            

Des établis en bois, de lourds étaux usés, des tournevis manuels, des ouvriers allongés à même le sol s’affairant sous la caisse. Et un calme inhabituel pour une usine automobile. Nous sommes à Markham, dans la banlieue de Toronto, au Canada, dans la fabrique des nouvelles Ford GT. Un lieu exclusif qui produit 250 voitures par an. Pas une de plus. L’exact contraire de l’industrie fordiste.
Soudain, dans le vaste atelier, le rugissement du surpuissant moteur V6 de l’une des voitures, testée sur le banc à rouleaux, déchire le silence. Car la Ford GT est avant tout un incroyable bolide, un pur-sang taillé pour la course et en même temps accessible à la vente : deux places au ras du sol, coque en carbone, 647 chevaux, 350 km/h et la bagatelle d’un demi-million de dollars (environ 400 000 euros) pour avoir le droit d’en posséder une.
Plus exclusive encore qu’une Ferrari
Ford a fait de la niche des voitures bodybuildées – les muscle cars, comme disent les Américains – un succès rentable pour l’entreprise : du renouveau de la Mustang (dans des proportions industrielles et à un prix moins stratosphérique) à la Ford GT, plus exclusive encore qu’une Ferrari.

Il faut quasiment supplier Ford pour posséder sa GT. Les aficionados ont dû envoyer une lettre de motivation rien que pour espérer avoir le droit d’acquérir la voiture de leurs rêves. Un véhicule dont le sex-appeal a été encore renforcé par sa victoire aux 24 Heures du Mans dans la catégorie « grand touring » (GT), lors du retour de Ford à la compétition, en 2016.
Et la marque américaine a fait des déçus. Plus de 6 500 demandes lui ont été adressées et, à ce jour, seulement 500 clients ont été sélectionnés, soit la production jusqu’à la fin de cette année. L’ouverture du processus de commandes pour les 500 prochaines n’a pas encore commencé.
Une « supercar » produite par un équipementier canadien
Retour dans l’usine de Markham. Ici pas de chaîne mobile en continu,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ Le Conseil de sécurité a donné jusqu’à fin mars aux parties maliennes pour montrer des avancées dans l’application de l’accord de paix signé en 2015.
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Compte rendu

L’ONU menace le pouvoir malien et les groupes armés de sanctions

Le Conseil de sécurité a donné jusqu’à fin mars aux parties maliennes pour montrer des avancées dans l’application de l’accord de paix signé en 2015.


Le Monde.fr avec AFP
              datetime="2018-01-25T12:22:42+01:00"

        Le 25.01.2018 à 12h22






    
Un soldat des forces armées maliennes en patrouille à Tin Hama, dans la région de Gao, en octobre 2017.
Crédits : Benoit Tessier / REUTERS


Le Conseil de sécurité des Nations unies a accordé mercredi 24 janvier jusqu’à fin mars aux parties maliennes pour montrer des avancées dans l’application de l’accord de paix signé en 2015, faute de quoi elles s’exposeront à des sanctions pour obstruction. Les quinze membres du Conseil ont adopté une déclaration, préparée par la France, qui a « exprimé un sentiment partagé d’impatience concernant les retards persistants » dans la concrétisation de l’accord. Ils ont « l’intention de surveiller la situation de près et de réagir avec les actions appropriées si les parties devaient ne pas respecter leurs engagements » d’ici à la fin mars.

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Des djihadistes liés à Al-Qaida ont pris le contrôle du nord du Mali début 2012 mais en ont largement été chassés par une opération militaire internationale menée par la France à partir de janvier 2013. Le gouvernement malien a signé un accord de paix avec des coalitions de groupes armés en juin 2015 destiné à mettre fin aux combats mais les rebelles restent actifs.
Le gouvernement et deux groupes armés – la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion) et la Plate-forme des mouvements du 14 juin 2014 (pro-gouvernementaux) – ont accepté la semaine dernière que l’ONG Carter Center agisse comme observateur indépendant.
Un « moment charnière »
Le Conseil de sécurité a évoqué « un besoin pressant de fournir aux populations du nord et d’autres régions du Mali des dividendes tangibles et visibles de la paix » avant les élections prévues cette année. Lors de cette réunion à New York, l’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU Nikki Haley a affirmé au ministre malien des affaires étrangères Tiéman Hubert Coulibaly que son pays se trouvait à un « moment charnière ».
Respecter l’accord de 2015 et mener des élections réussies est « crucial pour poursuivre la transition politique du Mali », a indiqué la représentation américaine dans un communiqué.

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Un régime général de sanctions a été adopté par le Conseil en septembre 2017 face au risque d’effondrement de l’accord de paix. De larges pans du pays restent en proie aux combats et les casques bleus de la Minusma continuent d’être attaqués. Le Conseil peut décréter une interdiction mondiale de visas et geler les avoirs de n’importe quel citoyen malien considéré comme entravant la paix.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a annoncé mardi la constitution d’une commission d’enquête internationale sur de graves infractions aux droits de l’homme depuis 2012. Son rapport doit être rendu d’ici à un an.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Le régime actuel d’asile européen commun, et plus particulièrement le règlement de Dublin, doit être reformé, estime le commissaire aux affaires intérieures et à la migration, Dimitris Avramopoulos. Les règles doivent être harmonisées au sein de l’Union.
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Il faut « un régime d’asile européen fort, équitable et humain »

Le régime actuel d’asile européen commun, et plus particulièrement le règlement de Dublin, doit être reformé, estime le commissaire aux affaires intérieures et à la migration, Dimitris Avramopoulos. Les règles doivent être harmonisées au sein de l’Union.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 12h06
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Dimitris Avramopoulos (Commissaire européen chargé de la migration, des affaires intérieures et de la citoyenneté)







                        



                                


                            

Tribune. Si l’Europe est apparue divisée sur la manière de gérer les flux migratoires, chacun reconnaît le besoin d’un régime d’asile fort, efficace et humain. Un régime équitable à l’égard de l’Union européenne et de ses citoyens, à l’égard des migrants et des réfugiés, ainsi qu’à l’égard des pays d’origine et de transit.
Grâce à nos efforts collectifs, nos frontières extérieures sont mieux protégées et le nombre de migrants arrivant dans des conditions irrégulières dans l’Union européenne est désormais inférieur aux chiffres de 2014 ; avant le pic de la crise migratoire. Des milliers de personnes ayant besoin d’une protection ont été relocalisées et réinstallées à travers l’Europe, et les conditions d’accueil des migrants dans les pays tiers se sont améliorées grâce à l’aide que nous leur avons apportée.
Décourager les abus
Nous devons poursuivre cette politique et renforcer encore nos frontières extérieures. En même temps, nous devons être conscients que des personnes vont continuer à chercher refuge en Europe du fait de l’instabilité dans notre voisinage. Si l’Union européenne souhaite remplir son obligation juridique et morale d’offrir l’asile aux personnes qui en ont besoin, de manière efficace et humaine, le régime actuel d’asile européen commun, et notamment le règlement de Dublin, doit être reformé.

La réforme du système d’asile, qui est actuellement discutée, doit permettre de décider rapidement du pays en charge de l’examen d’une demande d’asile et garantir qu’en cas de crise, la responsabilité ne reposera pas sur un seul pays ou sur quelques pays seulement. Laisser chaque demandeur choisir son pays de destination met à mal le fonctionnement de nos régimes d’asile ainsi que la libre circulation dans l’espace Schengen.
Harmoniser les règles en matière d’asile découragera aussi les mouvements secondaires, la présentation de demandes d’asile multiples ainsi que les abus. Ainsi notre objectif est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ En janvier 2015, le sportif avait réaffirmé avoir été « enlevé, séquestré et torturé » au Maroc, mettant en cause le patron du contre-espionnage du pays.
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Compte rendu

La justice française confirme l’irrecevabilité de la plainte du Maroc contre le boxeur Zakaria Moumni

En janvier 2015, le sportif avait réaffirmé avoir été « enlevé, séquestré et torturé » au Maroc, mettant en cause le patron du contre-espionnage du pays.


Le Monde.fr avec AFP
              datetime="2018-01-25T11:58:32+01:00"

        Le 25.01.2018 à 11h58

     •
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          datetime="2018-01-25T12:06:20+01:00"

        Mis à jour le 25.01.2018 à 12h06






    
Zakaria Moumni et ses parents célébrant sa sortie de prison en 2012 à Salé, après avoir passé dix-sept mois en détention.
Crédits : AFP


La cour d’appel de Paris a jugé, mercredi 24 janvier, irrecevable une plainte en diffamation du Maroc contre Zakaria Moumni, un ancien champion du monde de kick-boxing qui a porté plainte en France pour torture contre le patron du contre-espionnage marocain. L’affaire avait nourri une brouille diplomatique entre Paris et Rabat.
La cour a confirmé en tout point le jugement de première instance du 9 juin 2016, qui estimait que le royaume, ne pouvant « être assimilé à un particulier », ne pouvait poursuivre en diffamation au titre de l’article 32 de la loi du 29 juillet 1881 qui « réprime la diffamation publique commise envers les particuliers ». Sans trancher sur le fond, il avait donc déclaré « le royaume du Maroc irrecevable en son action ».

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                Affaire Moumni : la France juge la plainte du Maroc « irrecevable »



Pour les mêmes raisons, le tribunal correctionnel de Nanterre avait jugé en novembre 2017 irrecevable une plainte de l’Azerbaïdjan contre des journalistes français qui avaient qualifié cet Etat de « dictature » et son dirigeant de « despote ».
La justice française a été saisie de plusieurs plaintes mettant en cause le patron du contre-espionnage marocain (DGST) Abdellatif Hammouchi ou émanant des autorités marocaines, notamment pour dénonciations calomnieuses.
Dénoncer la « corruption »
Les propos attaqués par Rabat avaient été prononcés par Zakaria Moumni en marge de la marche du 11 janvier 2015 après les attentats parisiens. L’ancien sportif avait réaffirmé sur les chaînes i-Télé et BFMTV avoir été « enlevé, séquestré et torturé » au Maroc, mettant en cause Abdellatif Hammouchi.
Plusieurs autres plaintes contre M. Hammouchi avaient entraîné une grave crise diplomatique, quand des policiers français s’étaient rendus à la résidence de l’ambassadeur du Maroc pour notifier au patron de la DGST une convocation d’un juge. Paris et Rabat ont mis fin en 2015 à cette crise et repris leur coopération judiciaire.

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                Amnesty s’alarme des risques d’impunité pour la torture au Maroc



La question des tortures avait été au centre des débats lors du premier procès : Zakaria Moumni, médaille d’or du championnat mondial amateur de kick-boxing en 1999, avait raconté avoir cherché à plusieurs reprises à rencontrer le roi du Maroc pour dénoncer la « corruption » au sein de sa fédération.
Une insistance qui lui avait valu, selon ses dires, d’être « enlevé » puis « torturé » au centre de détention de Témara, où il avait dit avoir reconnu M. Hammouchi.
Le sportif avait été condamné en octobre 2010 par la justice marocaine dans une affaire d’escroquerie, après un procès qualifié d’« inéquitable » par Human Rights Watch, puis libéré après dix-huit mois de détention et une grâce royale.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ Après Moscou et Davos, Mauricio Macri arrive vendredi à Paris pour plaider la cause d’une économie qui renoue avec la croissance, dans un climat social tendu.
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Le président argentin se rend en France pour tenter d’attirer les investisseurs

Après Moscou et Davos, Mauricio Macri arrive vendredi à Paris pour plaider la cause d’une économie qui renoue avec la croissance, dans un climat social tendu.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h34
    |

            Christine Legrand (Buenos Aires, correspondante)








                        



                                


                            

Ignacia Aguire a du mal à se faire à l’idée que ses deux filles iront à l’école publique, en mars, pour la rentrée scolaire dans l’hémisphère austral. « Avec de grands efforts, je les avais envoyées jusqu’ici dans un collège privé pour leur épargner les grèves à répétition des enseignants du public, explique-t-elle. Mais c’est devenu insoutenable avec les augmentations des mensualités du collège. » « La hausse généralisée des prix, en particulier alimentaires, a grignoté mon budget », poursuit cette employée domestique, dont le salaire a, pourtant, été revalorisé, en deux fois, de 24 % au total, en 2017.
« Tout augmente de façon vertigineuse, renchérit Jorge, son mari. Eau, gaz, électricité, transports, médicaments et jusqu’à 60 % de hausse pour les couvertures médicales privées. » Cet électricien de 40 ans est employé dans la construction, au noir, comme 40,8 % des travailleurs argentins. Un taux inchangé depuis des décennies.
L’inflation, cauchemar des Argentins
La hausse des prix reste le cauchemar des Argentins. A l’arrivée au pouvoir, en décembre 2015, de Maurico Macri, libéral de droite, l’inflation dépassait 40 %. Elle a été ramenée à 24,8 % l’an dernier. C’est encore loin de l’objectif de 17 % fixé pour 2017 par le gouvernement, qui espère limiter la valse des étiquettes à 15 % en 2018. Un impératif pour parvenir à la « pauvreté zéro » promise par M. Macri pendant sa campagne électorale. Il en est loin : 28,6 % des 41 millions d’Argentins, et 38 % des enfants, vivent même en situation de pauvreté intense, selon le dernier rapport de l’Université catholique argentine.
Malgré les premiers résultats engrangés par Mauricio Macri, les investissements étrangers restent timides
Réduire l’inflation, la pauvreté et le déficit budgétaire – 3,9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2017 –, tout en maîtrisant l’endettement du pays, constituent les grands défis macroéconomiques du...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Le train a déraillé pour une raison encore inconnue à une quarantaine de kilomètres de Milan, peu avant 7 heures. Une enquête a été ouverte.
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Italie : plusieurs morts dans le déraillement d’un train près de Milan

Le train a déraillé pour une raison encore inconnue à une quarantaine de kilomètres de Milan, peu avant 7 heures. Une enquête a été ouverte.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h30
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 12h47
   





                        



   


Un train a déraillé jeudi 25 janvier au matin près de Milan, faisant au moins trois morts et dix blessés graves (dont cinq avec un pronostic vital engagé), selon un bilan provisoire communiqué par les services de secours.
Le déraillement du train régional, exploité par la société Trenord, a eu lieu vers 7 heures dans la gare de Pioltello-Limito, à une quarantaine de kilomètres de Milan et a fait aussi une centaine de blessés légers, a précisé Cristina Corbetta, responsable régionale des services de secours à Milan, interrogée sur la chaîne Sky TG24.
En fin de matinée, les opérations de secours étaient terminées, toutes les personnes présentes à bord du train ayant été évacuées. « Les gens qui vont bien sont dans deux gymnases. L’un à côté, l’autre à Segrate. Ils sont soutenus par des psychologues et d’autres personnes qui contrôlent les blessures », a expliqué un coordinateur de la protection civile.
L’origine du déraillement est encore inconnue
Le train, qui était parti de Crémone (à 67 km au sud-ouest de Pioltello-Limito) a déraillé au niveau d’un aiguillage, selon le préfet de police de Milan, Marcello Cardona. Une enquête a été ouverte pour établir les causes du déraillement, a affirmé le chef de la police de Milan. Le conducteur du train est interrogé et les premiers éléments semblent diriger également les enquêteurs sur la piste d’un problème de voie ou d’aiguillage. Un porte-parole de Trenord a déclaré que le train roulait à une vitesse normale à l’approche de la gare.
Une rupture du rail constatée sur place sur une vingtaine de centimètres fait également partie des hypothèses retenues pour expliquer l’accident, selon un responsable de Rete Ferroviaria Italiana (RFI), le gestionnaire du réseau. Mais l’enquête devra établir si cette rupture est « la cause ou la conséquence de l’accident », a précisé ce responsable.
« On est en train de vérifier la dynamique, la structure des rails… Tout doit être vérifié pièce par pièce. Malheureusement ce train était plein. Si le bilan actuel est confirmé, ça serait presque un miracle. Le train était bondé, des travailleurs, des étudiants… », a déclaré à la presse M. Cardona.
« Soit le rail, soit le bogie du train a eu un problème », a pour sa part avancé Dario Balotta, représentant l’Observatoire national des transports italiens.
« Il faudra voir à quel moment le train a quitté la voie, parce que la moitié avant est partie d’un côté, tandis que l’autre est allée dans la mauvaise direction », a-t-il ajouté.
Trenord, qui est une coentreprise entre une branche de Ferrovie dello Stato (FS) et Ferrovie Nord Milano (FNM), est la compagnie régionale de train desservant la Lombardie. Elle est notoirement connue pour ses retards fréquents et le manque de propreté de ses trains.
Les images des télévisions montrent des pompiers qui tentent de dégager des passagers bloqués dans les wagons. Le trafic ferroviaire entre Milan et Brescia a été suspendu.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-14"> ¤ Si Theresa May est disposée à conserver le maximum des règles, normes et standards de l’UE, elle est toutefois prisonnière de ses propres lignes rouges, estime, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».
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édition abonné


« Le Royaume-Uni s’est rarement senti aussi proche de l’UE »

Si Theresa May est disposée à conserver le maximum des règles, normes et standards de l’UE, elle est toutefois prisonnière de ses propres lignes rouges, estime, dans sa chronique, Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h22
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. « Aucun homme n’est une île, complet en soi-même/tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble » – « No man is an island entire of itself/every man is a piece of the continent, a part of the main ». 
Les brexiters en chef Boris Johnson et autres Michael Gove devraient relire John Donne, le grand poète anglais post-élisabéthain (1572-1631). Dans la 17eMéditation d’un de ses recueils les plus célèbres, Donne dit le malheur de la séparation. S’apprêtant à se couper de l’Union européenne, à ne plus être « une partie de l’ensemble », le Royaume-Uni est d’humeur chagrine. Il mouronne. Parce que, paradoxalement, il s’est rarement senti aussi proche de l’UE. Si l’on avait le cœur à rire, on relèverait que la première ministre conservatrice, Theresa May, vient d’ajouter au portefeuille de Tracey Crouch, ministre chargée du sport et de la société civile, la mission de lutter contre « la solitude » !

Aux conditions de Bruxelles, le Royaume uni et l’UE se sont entendus sur les termes du divorce en décembre 2017. Mais les Britanniques ne sont pas pressés. Serait-ce que les taraude le tourment du regret ? Dernière vague de sondages : 52 % d’entre eux jugent que le vote pro-Brexit de juin 2016 a été « une erreur » (« Le Monde » du 11/12/2017).
Un solide consensus droite-gauche
« Gardez-nous au plus près », dit-on à Londres à l’adresse de Bruxelles. La plupart des responsables du pays réclament de rester dans le marché unique et dans l’union douanière. Cela va du patronat aux agriculteurs, de Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste, à la centrale syndicale TUC, en passant par une majorité d’élus conservateurs. Il y a là un solide consensus droite-gauche, certes ignoblement élitiste, pour célébrer ce que l’UE a de plus abouti et qui lui donne son poids international : un marché unifié et régulé de 500 millions de consommateurs ; un tarif extérieur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Une étude du Fonds monétaire international met en exergue la montée des inégalités entre les jeunes et les plus âgés.
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En Europe, le fossé économique se creuse entre les générations, avertit le FMI

Une étude du Fonds monétaire international met en exergue la montée des inégalités entre les jeunes et les plus âgés.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 11h06
    |

            Marie de Vergès








                        



   


Dans le débat lancinant sur l’explosion des inégalités, l’Europe fait généralement figure d’élève modèle – ou, tout du moins, de région la moins inégalitaire au monde. Une image conquise grâce à son généreux modèle social, qui a permis que l’écart entre les plus riches et les moins aisés s’y creuse moins qu’ailleurs.
Ce constat doit pourtant être nuancé, selon le Fonds monétaire international (FMI) : dans une étude publiée mercredi 24 janvier, l’institution multilatérale souligne que, si l’inégalité de revenus est, en moyenne, restée stable dans l’Union européenne (UE) depuis 2007, elle s’est, en revanche, nettement accrue entre les générations.
Les jeunes plus exposés au risque de pauvreté
« La population en âge de travailler, en particulier les plus jeunes, est laissée pour compte, commente, dans un post de blog, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. Si rien n’est fait, c’est toute une génération qui risque de ne jamais se relever. » La Française a présenté, mercredi, les résultats de cette étude au Forum économique mondial de Davos, qu’elle copréside cette année, autour du thème : « Construire un avenir commun dans un monde fracturé ».

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Depuis la crise financière, les revenus des 65 ans et plus ont augmenté de 10 %. A contrario, ceux des plus jeunes (18-24 ans) ont stagné. Un phénomène largement corrélé au chômage qui les a touchés plus durement que le reste de la population. Tandis que le taux de chômage au sein de l’UE tourne désormais autour de 7,3 %, un jeune actif européen sur cinq (20 %) est à la recherche d’un emploi, rappelle Mme Lagarde. Ces parcours heurtés aboutissent fréquemment à des postes moins bien rémunérés et plus précaires.
Avant la crise financière, la pauvreté touchait de façon comparable les générations. Mais les jeunes y sont aujourd’hui nettement plus exposés : un sur quatre fait face à un tel risque, avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian. En outre, ils n’ont souvent pas encore accumulé un patrimoine leur permettant de se prémunir contre d’éventuelles pertes de revenus. Selon l’étude, les 16-34 ans détiennent moins de 5 % de la richesse nette des Européens. Ils sont aussi les plus endettés.
Les auteurs du rapport mettent en exergue le rôle des dispositifs de protection sociale dans ces inégalités intergénérationnelles. « Ils protègent efficacement les revenus réels des personnes âgées des effets de la crise mais n’offrent qu’une assistance limitée aux jeunes sans emploi », est-il écrit. Qui plus est, les récents efforts d’assainissement budgétaire ont davantage entamé les programmes d’aide à la population active que les dépenses de retraite.
Un brevet de bonne conduite pour l’Allemagne
La reprise économique pourrait contribuer à atténuer la tendance. Mais le FMI exhorte les dirigeants à venir en renfort. Un effort jugé indispensable pour éviter les répercussions économiques, sociales et politiques lourdes qu’impliquerait une exclusion durable des jeunes.
Parmi les pistes de réformes, le Fonds suggère des réductions de charges ou des crédits d’impôt pour les bas salaires, pour inciter à l’embauche des jeunes. Il préconise aussi d’investir continûment dans l’éducation et la formation pour rapprocher l’offre et la demande de travail. Au passage, l’Allemagne se voit décerner un brevet de bonne conduite pour son système axé sur l’apprentissage. Depuis 2011, la première économie européenne détient le plus faible taux de chômage des jeunes sur le Vieux Continent.

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A rebours de ses dogmes d’autrefois, le FMI propose aussi d’accroître la progressivité de l’impôt et de rééquilibrer la charge fiscale entre les générations. « Il ne s’agit pas d’opposer une génération à une autre, insiste Mme Lagarde. Construire une économie qui fonctionne pour les jeunes permet de poser des fondations solides pour tous. Des jeunes gens aux carrières fructueuses peuvent contribuer à renforcer les filets sociaux. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Le groupe djihadiste Tahrir Al-Cham, issu d’Al-Qaida, combat les forces kurdes à Afrin, sous l’œil bienveillant de l’armée turque.
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A Afrin, forces turques et djihadistes se côtoient dans les combats

Le groupe djihadiste Tahrir Al-Cham, issu d’Al-Qaida, combat les forces kurdes à Afrin, sous l’œil bienveillant de l’armée turque.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 10h33
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 17h02
    |

            Madjid Zerrouky








                        



   


Opportunité d’un jour ou volonté de se greffer durablement sur l’offensive militaire turque ? Le groupe djihadiste syrien Tahrir Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, émanation d’Al-Qaida) a lancé plusieurs opérations contre l’enclave kurde d’Afrin, cible d’une attaque déclenchée le 20 janvier par l’armée turque et des brigades rebelles syriennes combattant sous la bannière de l’Armée syrienne libre (ASL).
Dans la soirée du 23 janvier, Tahrir Al-Cham a annoncé avoir attaqué et occupé des positions des Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, près du monastère de Saint-Siméon, dans le sud du territoire contrôlé par les forces kurdes, après de « violents combats ». Quelques heures plus tôt, le groupe djihadiste faisait état d’accrochages avec les YPG, près de la localité de Darat Izza.

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Or, l’armée turque a établi, en octobre 2017, des positions à Darat Izza comme sur la colline de Saint-Siméon. Une présence loin d’être discrète : la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira a ainsi filmé les forces d’Ankara en train d’établir des postes d’observation, de creuser des tranchées et de déployer des blindés dans ce secteur, après leur entrée en Syrie. Les combats entre djihadistes et Kurdes se sont donc déroulés, au mieux, sous le regard des soldats turcs. Voire avec leur aval complaisant.
Relations ambigues
Le déploiement des troupes turques dans le nord de la Syrie avait fait suite à la conclusion, le 15 septembre, d’un accord entre l’Iran, la Turquie et la Russie à Astana (Kazakhstan) sur la création de « quatre zones de désescalade, dont la plus grande à Idlib ». L’accord prévoyait le déploiement d’observateurs aux marges de cette province. L’armée turque s’était postée sur la ligne de démarcation séparant le territoire rebelle de l’enclave kurde d’Afrin, en plus de l’aérodrome militaire de Taftanaz. En contrepartie, les forces syriennes et russes devaient limiter leurs frappes aux djihadistes de Tahrir Al-Cham, une organisation considérée comme terroriste par la communauté internationale.

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Après s’être, dans un premier temps, opposé verbalement à l’entrée des soldats turcs, le groupe djihadiste s’y était finalement résigné. Allant même jusqu’à escorter leurs convois sur les routes de la province syrienne. Les images de soldats d’un Etat membre de l’OTAN circulant accompagnés par des djihadistes issus d’Al-Qaida avaient alors révélé la nature ambiguë des relations entre ce groupe et Ankara. Une ambiguïté que les combats entre Tahrir Al-Cham et les forces kurdes, contre qui la Turquie est désormais en guerre ouverte, ne vont pas dissiper.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ Prorusse, le président sortant conserve le soutien des perdants de la transition démocratique avant le second tour des 26 et 27 janvier.
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En Moravie, les Tchèques « d’en bas » votent Zeman

Prorusse, le président sortant conserve le soutien des perdants de la transition démocratique avant le second tour des 26 et 27 janvier.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 10h27
 • Mis à jour le
25.01.2018 à 10h46
    |

                            Blaise Gauquelin (Mikulov, envoyé spécial)








                        



                                


                            

Elle l’aime, son Zeman ! Pour exprimer ses sentiments à l’égard du président tchèque sortant, Viera Cmucharova dessine avec son index des petits cœurs dans un ciel lesté de flocons. Plus de quarante ans qu’elle trime. D’abord à l’usine, puis à tailler les vignes dans les collines des environs. « La vie a toujours été dure pour moi », dit simplement cette électrice de « Milos », qui a élevé toute seule deux enfants et sera retraitée avant la fin de l’année. « J’espère qu’il va repasser, parce que je ne veux pas entendre parler de l’euro, la vie sera plus chère sinon. »
Comme près de 41 % des votants de Mikulov, une magnifique ville de conte de fées lovée autour d’un château du XIIIe siècle, elle a glissé un bulletin dans l’urne pour que Milos Zeman, ce vétéran de la gauche eurosceptique, 73 ans, reste chef de l’Etat. Dans ces paysages agréables de l’est de la République tchèque, en Moravie du Sud, on n’aime pas trop la capitale, à 250 kilomètres. On entretient les traditions, on est attaché à la monnaie nationale, la couronne tchèque. Et on fait confiance à Milos Zeman. Il est arrivé en tête du premier tour, le 13 janvier, avec 38,6 % des voix, contre 26,6 % pour son challenger, un novice en politique, l’ancien chef de l’académie des sciences, Jiri Drahos, 68 ans.

Le second tour, qui aura lieu les 26 et 27 janvier, tient lieu de véritable référendum pour ou contre sa personne, tant elle clive l’électorat de ce pays de 10,5 millions d’habitants. « Il ne présente pas assez bien pour être président », dit par exemple de lui Jana Zejdova, qui promène son nourrisson dans sa poussette autour des remparts. « C’est la honte pour notre pays s’il repasse : il est grossier, il ne sait pas se tenir, il insulte ses adversaires. »
Son point de vue est minoritaire à Mikulov : près de trente ans après la chute du mur de Berlin, les déçus de la transition et les perdants de...




                        

                        


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L’utilisation de chars allemands à Afrin embarrasse le gouvernement allemand

La polémique est d’autant plus vive que les exportations d’armes sont un sujet délicat entre le SPD et la CDU.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 10h27
    |

                            Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)








                        



                                


                            

Le débat sur les exportations d’armes, très sensible en Allemagne, vient de s’inviter avec fracas au cœur des négociations en cours pour former une grande coalition entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. Le pays a découvert que des chars de type Leopard, grand succès d’exportation allemand, sont employés par l’armée turque dans son offensive contre les forces kurdes YPG à Afrin, dans le nord de la Syrie. Les photos, diffusées par l’agence de presse étatique turque Anadolu, provoquent une polémique alors que l’Allemagne vient d’afficher un record de ventes d’armes à l’export durant la dernière législature.
A Berlin, le ministère de la défense n’a pour l’instant donné aucune confirmation officielle. Mais les experts cités par la presse sont formels : les chars photographiés sont bien des Leopard de fabrication allemande. Rien d’étonnant à cela : l’Allemagne vend ces chars depuis des décennies à la Turquie (350 exemplaires ont été livrés entre 2006 et 2011). Selon les agences allemandes, aucune restriction n’avait à l’époque été exigée. En 2005, le chancelier Gerhard Schröder était convaincu que la Turquie ferait bientôt partie de l’Union européenne. En 2018, cette perspective paraît très lointaine. Les relations entre Berlin et Ankara sont devenues glaciales depuis la tentative de coup d’Etat de l’été 2016. Le conflit avec les Kurdes n’a rien arrangé.
Politique d’apaisement menacée
Mercredi, un porte-parole du ministère des affaires étrangères a confirmé que Berlin avait demandé des explications au gouvernement turc sur l’utilisation de ces chars. L’ambassadeur allemand doit par ailleurs rencontrer le ministre turc de la défense, Nurettin Canikli, à ce sujet.
L’Allemagne s’efforçait depuis plusieurs mois de normaliser les relations avec Ankara. Dans cette perspective, Sigmar Gabriel, ministre des affaires étrangères, s’apprêtait à autoriser une opération de modernisation de l’équipement militaire turc. Mais la polémique en cours...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-19"> ¤ Le député européen Arnaud Danjean revient sur la prochaine loi de programmation militaire 2019-2025, qui sera présentée en conseil des ministres le 8 février.
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« Les orientations choisies par Emmanuel Macron pour les armées sont équilibrées »

Le député européen Arnaud Danjean revient sur la prochaine loi de programmation militaire 2019-2025, qui sera présentée en conseil des ministres le 8 février.



Le Monde
 |    25.01.2018 à 09h15
    |

            Nathalie Guibert








                        



   


Dévoilées vendredi 19 janvier à Toulon, les grandes orientations décidées par Emmanuel Macron pour la prochaine loi de programmation militaire 2019-2025 – qui sera présentée le 8 février en conseil des ministres – sont bonnes, à condition que les engagements budgétaires soient vraiment au rendez-vous, estime le député européen (groupe PPE) Arnaud Danjean. Expert des sujets de défense, il a piloté la « revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017 » à la demande du chef de l’Etat.

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Face à « l’ère de grandes turbulences » qu’a décrite la « revue stratégique », le président a annoncé qu’il voulait d’abord « consolider les armées » et « les projeter vers l’avenir ». Comment jugez-vous les orientations prises ?
Il y avait deux points auxquels nous prêtions beaucoup d’attention lors de la préparation de la « revue stratégique » et que le président a traités.
Le premier est le rééquilibrage des cinq grandes fonctions stratégiques de l’outil de défense : dissuasion, protection, connaissance-anticipation, intervention, prévention. Cela implique notamment des investissements très concrets, en vue de poursuivre la montée en puissance de la « connaissance et anticipation », c’est-à-dire des moyens pour le renseignement. Pour l’heure, la France a des lacunes qui ont des conséquences très directes sur son autonomie stratégique : il lui manque des avions légers de reconnaissance, des drones, des équipements satellitaires.
Le deuxième point, qui n’était pas forcément évident, et sur lequel le chef d’état-major, François Lecointre, avait insisté, c’est le besoin de régénérer les armées, ce que nous avons traduit par la « soutenabilité » du modèle. Cela concerne les conditions de vie du soldat, jusqu’à ses équipements, et la modernisation des matériels. La prise en compte de la condition militaire était très importante. Si on avait augmenté le budget sans que les soldats en sentent l’impact sur leur quotidien, l’effort aurait été vain. Conforter le soutien est extrêmement important pour durer.
Quand de l’argent frais arrive dans les armées, la tentation habituelle est d’aller vers des équipements très sophistiqués, sur le « haut du spectre » (frégates, blindés lourds…). Les militaires avaient insisté pour que la modernisation signifie consolidation, et le président a annoncé des patrouilleurs, des blindés médians. Cela pouvait être un point de friction, car quand un nouveau pouvoir arrive, il peut avoir la tentation d’annoncer des choses très spectaculaires. Le président a choisi de garder un modèle complet, avec des orientations équilibrées.
Il promet une augmentation de l’effort militaire de plus de 11,5 milliards d’euros d’ici à 2023, est-ce crédible ?
On ne peut qu’être satisfait, par rapport aux tendances inverses des deux précédents quinquennats. Le point de vigilance très important, maintenant, va être la sincérité des engagements budgétaires, jusqu’au bout. Prévoir une « marche » de 3 milliards d’euros en 2023, après le quinquennat, jette un peu de suspicion. Les précédents sont fâcheux, il y a toujours eu une explosion de la loi de programmation au bout de deux ans. Où ira se « venger » Bercy ? Comment gérer la compétition avec les autres ministères moins privilégiés ? Sur les réformes prévues, notamment au sujet de l’indisponibilité des matériels aéronautiques, il va vraiment falloir que le ministère des armées démontre des améliorations concrètes.
Est-ce une bonne chose que le président évoque à peine les « contrats opérationnels », c’est-à-dire le volume d’opérations que les armées doivent réaliser ? Ils étaient largement dépassés, ce qui nourrissait le débat sur la surchauffe des armées…
Il n’y a plus, dans la « revue stratégique » ni dans le discours du président, d’obsession du contrat opérationnel. Il y avait beaucoup de prises de bec entre les armées, et entre les armées et les politiques, sur ce sujet, les premières disant qu’on les avait engagées en opérations 30 % au-delà des ressources qui leur étaient allouées.
La tentation, quand le budget augmente, est d’augmenter aussi les contrats, en disant que les armées doivent faire plus. Emmanuel Macron garde le contrat constant, soit « outre les missions permanentes, être capable de s’engager dans la durée et simultanément sur trois théâtres d’opérations, avec la capacité d’assumer le rôle de nation-cadre sur un théâtre et d’être un contributeur majeur au sein d’une coalition ».
François Hollande avait eu un peu facilement recours à l’armée, il y a eu une fuite en avant opérationnelle. On injecte maintenant de l’argent à contrat constant, donc l’effort va aller à la consolidation des armées. La référence permanente du président est celle d’une approche globale avec la diplomatie, le développement et les armées, inscrites dans ce panorama. La fonction de prévention des crises par les armées est confortée, ce qui signifiera une utilisation optimale des forces prépositionnées à l’étranger et dans les DOM-COM.
Le volontarisme européen tous azimuts du président est-il crédible ?
Quelques mois après son discours de la Sorbonne, et après la « revue stratégique » qui insiste sur la coopération, il va falloir passer à la vitesse supérieure. Paris doit d’abord faire de la pédagogie : nos partenaires n’ont pas encore compris le sens de toutes les initiatives lancées, il y a encore beaucoup de questions et de doutes. Les chancelleries et les états-majors commencent à se parler, mais, à Bruxelles, mes collègues parlementaires n’ont encore rien vu venir.

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Ensuite, il faut entrer dans la mise en œuvre. Nos partenaires ont compris qu’on était prêt à s’affranchir des cadres institutionnels pour mettre de la flexibilité dans les coopérations européennes. Cela plaît beaucoup aux Britanniques, moins aux Allemands. De plus, on dit qu’on sera tout à la fois les bons élèves de l’OTAN, de l’UE, et prêts à faire plein de choses en dehors : il va falloir faire des choix, on ne pourra pas alimenter à bon niveau tous ces partenariats. Il faut des réponses aux vraies questions posées sur les dossiers du futur système de combat aérien, du drone européen, du blindé du futur, quant au choix des industriels, du pays leader.



                            


                        

                        


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