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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ A voir aussi ce soir. Yves Rénier revient sur l’affaire Patrick Dils, accusé à tort pour le meurtre de deux enfants (sur France 2 à 20 h 55).
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TV – « Je voulais juste rentrer chez moi »

A voir aussi ce soir. Yves Rénier revient sur l’affaire Patrick Dils, accusé à tort pour le meurtre de deux enfants (sur France 2 à 20 h 55).



Le Monde
 |    24.01.2018 à 17h30
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 17h47
    |

                            Camille Langlade








                        


Téléfilm sur France 2 à 20 h 55

Un tunnel, l’ombre d’un vélo qui passe, des gamins qui lancent des cailloux du haut d’une passerelle, des rires, puis le cri strident d’une mère horrifiée. Nous sommes le 28 septembre 1986, à Montigny-lès-Metz, en Moselle, où les corps de deux enfants sont retrouvés, entre les wagons rouillés d’une vieille voie ferrée. Après avoir raconté la traque du tueur en série Guy Georges dans Flic, tout simplement (2015), Yves Rénier s’attache cette fois à un autre fait divers – l’une des erreurs judiciaires les plus emblématiques de ces dernières années : l’affaire Patrick Dils, du nom d’un homme poussé aux aveux pour un crime qu’il n’a pas commis.
Interrogatoire « à l’ancienne »
Tout commence par l’interrogatoire, éprouvant, qu’infligent deux flics de l’unité de Metz au jeune Patrick Dils, quelques mois après les faits. Il n’a alors que 16 ans. Un interrogatoire « à l’ancienne », clopes au bec, dans le clair-obscur d’une salle de commissariat que l’adolescent pourra quitter une fois livré son emploi du temps au moment du crime. A force de persuasion, les policiers poussent le craintif Patrick à avouer qu’il est le meurtrier des enfants. Dils cède parce qu’il « voulait juste rentrer chez [lui] », confiera-t-il plus tard en prison à ses parents.

   


Le téléfilm raconte le combat livré par Patrick Dils et ses parents, depuis son incarcération en 1987 jusqu’à son acquittement, en 2002. Quinze années durant lesquelles se dessine la trajectoire d’une famille sans histoires qui va, malgré elle, entrer dans l’Histoire. Thomas Mustin livre une remarquable interprétation de Patrick Dils, cet ado timide que l’expérience carcérale transformera en battant. Mathilde Seigner campe une mère courage touchante, sans caricature.
Un long travelling entre les wagons, des prises de vue aériennes, un plan filmé de l’intérieur d’un casque de moto ; la mise en scène d’Yves Rénier offre quelques bons moments, sans parvenir à renouveler le genre. Néanmoins, le réalisateur met au jour les zones d’ombre d’un système judiciaire et policier qui, à l’époque, ne voulait pas d’une autre affaire Grégory.
Je voulais juste rentrer chez moi, d’Yves Rénier. Avec Mathilde Seigner, Thomas Mustin, Yves Rénier (Fr., 2016, 90 min). Suivi d’un débat « Accusé à tort, faut-il avoir peur de la justice ? », animé par Julian Bugier.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Le conservateur britannique, venu de la Tate, succède à Jean-Luc Monterosso.
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Simon Baker nommé directeur de la Maison européenne de la photographie

Le conservateur britannique, venu de la Tate, succède à Jean-Luc Monterosso.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 16h46
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 17h01
    |

            Claire Guillot








                        



   


Vingt-deux ans après sa création, la Maison européenne de la photographie (MEP) change d’ère : depuis sa fondation en 1996, l’équipe à la tête de l’institution parisienne n’avait pas changé. Après le président historique, Henri Chapier, remplacé en décembre 2017 par Jean-François Dubos, c’est désormais le nom du nouveau directeur qui a été révélé : le Britannique Simon Baker, jusqu’alors conservateur en chef pour la photographie et la création internationale à la Tate de Londres remplacera Jean-Luc Monterosso, qui part à la retraite en mars.
Au départ petit lieu géré par une association soutenue par la Mairie de Paris, la MEP est devenue au fil des ans un lieu d’exposition incontournable pour la photographie, et la propriétaire d’une collection d’ampleur. De quoi attirer des pointures venues d’institutions vénérables, comme Simon Baker. Barbe rousse et manières discrètes, le Britannique s’est fait connaître en 2009 lorsqu’il est devenu le premier conservateur chargé de la photographie dans la réputée institution londonienne. Un rôle immense dans ce musée jusqu’alors très en retard par rapport à ses homologues européens : la Tate avait très peu exposé de photographie, et sa maigre collection d’images se résumait aux artistes plasticiens ou conceptuels.
La photo aux côtés des autres arts
Formé à l’histoire de l’art et détenteur d’une thèse sur le surréalisme, Simon Baker occupait, avant son recrutement à la Tate, le poste de professeur associé à l’université de Nottingham où il enseignait l’histoire de la photographie, du surréalisme et de l’art contemporain. A la Tate, il a été chargé de constituer une collection de photographie qu’il a concentrée sur l’après-guerre, embrassant plusieurs continents, et l’a particulièrement axée vers la photographie japonaise. Il y a également organisé une exposition photographique sur le duo William Klein/Daido Moriyama (2012), ainsi que des présentations thématiques liées au statut de l’image contemporaine, comme la mise en scène de soi (Performing for the Camera en 2016) ou la surveillance (Exposed en 2010).
Mais il s’est surtout employé à y exposer la photographie aux côtés des autres arts, sans consacrer un espace spécifique à l’image. Il a aussi mis beaucoup mis l’accent sur les livres de photographie, secteur en pleine effervescence : depuis 2015, le Turbine Hall de la Tate Modern accueille le festival Offprint, dédié aux livres d’art, et l’institution londonienne a acquis récemment l’immense collection de livres (12 000 ouvrages) du photographe et collectionneur Britannique Martin Parr.
En France, Simon Baker s’est fait remarquer en organisant plusieurs expositions au festival des Rencontres d’Arles, toutes liées à la photographie japonaise : Another Language en 2015, rassemblant les travaux de huit photographes nippons, et en 2017 une présentation d’ampleur de l’œuvre du Japonais Masahisa Fukase.
Sur le Web : www.mep-fr.org



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ La deuxième saison de « Fauda », dont les personnages principaux sont des soldats des forces spéciales en mission en Cisjordanie, passionne les téléspectateurs israéliens.
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Le conflit israélo-palestinien en série télévisée


                      La deuxième saison de « Fauda », dont les personnages principaux sont des soldats des forces spéciales en mission en Cisjordanie, passionne les téléspectateurs israéliens.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 16h40
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 17h05
    |

                            Claire Bastier








   


Depuis le soir du 31 décembre 2017, chaque dimanche, les téléspectateurs israéliens regardent la deuxième saison de la série Fauda (« chaos », en arabe) sur la chaîne Yes. Les avis ont beau être mitigés, le succès est au rendez-vous pour cette fiction inspirée du conflit israélo-palestinien. Cette nouvelle saison prend la suite de la première, diffusée en 2015, qui racontait la traque en Cisjordanie par une unité des forces spéciales israéliennes d’un Palestinien affilié au Hamas et responsable de plusieurs attentats.
L’intrigue s’appuie sur l’expérience de ses deux créateurs, Avi Issacharoff et Lior Raz. Le premier est un journaliste rompu au terrain palestinien, le second a servi dans une unité spéciale de Tsahal, Douvdevan. Tous deux voulaient témoigner ; l’un en écrivant un livre, l’autre en réalisant un film. Ils décident de faire une série télévisée. Les grandes antennes de télévision refusent d’abord le projet, jugeant le sujet trop sensible. Finalement, la chaîne du câble Yes prend le risque. La diffusion de Fauda commence le 15 février 2015, et, contre toute attente, la série décroche des résultats d’audience inespérés en Israël, avant d’être distribuée, dès la fin 2016, dans certains pays à l’étranger (mais pas en France) par Netflix.
Nous avons voulu « ouvrir une fenêtre sur un monde que les gens ne connaissent plus ». Avi Issacharoff, co-auteur de « Fauda »
En Israël, le succès de Fauda est paradoxal. L’ancrage de la fiction dans le réel ne peut que rappeler aux téléspectateurs leur expérience du conflit au quotidien : la présence militaire en Cisjordanie, les commandos nocturnes israéliens dans des villes palestiniennes, le terrorisme palestinien.
Loin de vouloir « changer le public israélien », les auteurs ont plutôt voulu « ouvrir une fenêtre sur un monde que les gens ne connaissent plus », selon Avi Issacharoff. « On offre à voir l’autre côté [palestinien] auquel ils n’ont plus accès » depuis la construction du mur et l’interdiction aux civils israéliens de se rendre dans les territoires palestiniens (sinon dans les colonies en zone C). Fauda montre aussi une réalité « qu’on ne veut plus regarder ici », l’occupation en Cisjordanie, ajoute-t-il.
Selon Yael Ben Moshe, universitaire israélienne spécialiste des médias, la série, grâce à son réalisme, suscite en fait la « curiosité » du public, en rappelant des situations vécues, mais « dont on ne parle pas ». « Presque tous les Israéliens font l’armée. Certains peuvent donc se retrouver dans des épisodes et s’identifier aux personnages. D’ailleurs, c’est bien pour cela que ce type de fiction ne deviendra jamais un divertissement : elle colle trop au réel. »
La panique créée fin décembre par la campagne d’affichage précédant la deuxième saison en est le meilleur exemple : pour faire la promotion de la série, des panneaux noirs avec des inscriptions en arabe avaient été installés dans plusieurs villes israéliennes. Des résidents israéliens ont porté plainte, au prétexte qu’ils se sentaient menacés. Du fait que la série est autant arabophone que hébréophone, il est naturel que sa promotion se fasse dans ces deux langues, a répondu la chaîne Yes. Si la polémique a rapidement été dissipée, elle montre « que les gens sont de plus en plus racistes et paniqués, rien qu’en voyant des mots écrits en arabe », observe Avi Issacharoff. Il reconnaît néanmoins que, pour la série, ce fut « la meilleure publicité jamais imaginée ».



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Signée d’un des plus grands esprits du XXe siècle, Prix Nobel de littérature 1981, voici « Le Livre contre la mort », hallucinante insurrection contre la Camarde, cette injustice.
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Elias Canetti veut en finir avec la mort

Signée d’un des plus grands esprits du XXe siècle, Prix Nobel de littérature 1981, voici « Le Livre contre la mort », hallucinante insurrection contre la Camarde, cette injustice.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 16h00
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 17h00
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Le Livre contre la mort (Das Buch gegen den Tod), d’Elias Canetti, traduit de l’allemand par Bernard Kreiss, Albin Michel, « Les grandes traductions », 494 p., 25 € (en librairie le 1er février).

Qu’un livre d’Elias Canetti (1905-1994) vous saisisse, et il ne vous quittera plus. La prose au couperet du Prix Nobel de littérature 1981, son humour hérité d’un des maîtres qu’il s’est donné, le satiriste viennois Karl Kraus (1874-1936), les figures grimaçantes, réelles ou fictionnelles qui fourmillent dans son œuvre, poussant le genre du grotesque à un niveau comparable, dans la littérature germanophone, à celui d’un Rabelais, tout cela pénètre l’existence du lecteur et s’insinue jusque dans ses rêves. La fascination exercée est à la mesure de cette écriture qui a investi une infinité de domaines.
Car doit-on appeler Canetti seulement un romancier, lui qui, à 30 ans, publia une unique fiction en forme de chef-d’œuvre, Auto-da-fé (Gallimard, 1968) ? Est-il plutôt un ethnologue ou un philosophe, l’auteur de Masse et Puissance, paru au début des années 1960 (Gallimard, 1966), sombre tableau des relations intimes qu’entretiennent le pouvoir et le meurtre, que certains iront jusqu’à comparer à la Phénoménologie de l’esprit de Hegel ? Au vu des cinq volumes qui composent son autobiographie, se range-t-il dans la catégorie des mémorialistes ou des diaristes de génie ? Tout à la fois, et il faut ajouter qu’il fut poète et dramaturge. Il reste assurément l’un des plus grands esprits du XXe siècle dont, en homme de gauche sceptique, il a inlassablement observé et enregistré les convulsions, depuis les ­révoltes ouvrières des années 1920, en Autriche, jusqu’à la première guerre du Golfe et à celles qui ravagèrent l’ex-Yougoslavie, dans les années 1990.
Notes, aphorismes, formes brèves
A côté de Masse et Puissance, il méditait, au moins depuis 1942, un...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le 45e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême s’ouvre jeudi. Le 9e art en France est de plus en plus populaire et certains segments de marché explosent.
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Portrait, en chiffres, de la BD et de ses lecteurs en France

Le 45e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême s’ouvre jeudi. Le 9e art en France est de plus en plus populaire et certains segments de marché explosent.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 15h50
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 16h58
    |

            Edouard Pflimlin








                        



   


La bande dessinée est devenue une pratique culturelle de premier plan. Alors que s’ouvre le 45e Festival international d’Angoulême, quelques chiffres, tirés d’une étude de l’institut GfK, en partenariat avec le Syndicat national de l’édition et de Livre Hebdo, illustrent le poids pris par le 9e art en France en 2017. Et esquissent, aussi, le portrait type du lecteur ou de la lectrice.
20 %
C’est la croissance des ventes de BD en France sur les dix dernières années. Le seul secteur de la BD jeunesse progresse beaucoup plus rapidement (78 %), celui des comics (la BD d’origine américaine avec notamment ses super-héros) explose (+ 275 %), alors que celui des mangas ne progresse que de 3 % sur dix ans. Mais le segment du manga représente 23 % des ventes de bandes dessinées en valeur et il progresse vite depuis trois ans. Sa part devrait donc encore croître dans le total des ventes.
500 millions 
C’est le chiffre d’affaires, en euros, de la BD en France, selon les données de GfK. Il était de 459 millions d’euros en 2016. A elle seule, la BD dite « franco-belge » – c’est-à-dire les albums essentiellement francophones, publiés par des éditeurs français et belges – représente 296,7 millions d’euros de chiffre d’affaires.
1,59 million
Ce sont les ventes de la BD la plus écoulée en France en 2017. Il s’agit d’Astérix et la Transitalique, de Didier Conrad et Jean-Yves Ferri, aux Editions Albert René, pourtant sortie le 19 octobre 2017, mais avec une énorme promotion. Ce n’est pas une surprise, les tomes précédents, publiés en 2013 et 2015, s’étaient déjà écoulés à plus d’un million d’exemplaires, en tête du classement.
Suivent très loin derrière Titeuf, tome 15 : A fond le slip ! de Zep, 175 000 exemplaires, et la réédition dans une version en couleurs de Tintin au pays des Soviets, de Hergé (Casterman), 168 600 exemplaires vendus.
Au total, les 50 BD et mangas les plus vendus en France en 2017, selon GfK-Livre Hebdo, ont atteint 5,306 millions d’unités. En 2017, GfK a comptabilisé 22 562 références vendues à plus de 100 exemplaires.
8,4 millions
C’est le nombre de Français qui achètent des bandes dessinées (chiffre 2016 pour la France), soit 15,5 % de la population.
46,50 euros
C’est le budget annuel moyen des bédéphiles. Les acheteurs de mangas, qui sont 1,8 million, dépensent 57 euros en moyenne par an, quand ceux de BD franco-belges (6,9 millions) y allouent en moyenne 43 euros par an et ceux de comics, 53 euros par an.
Les amateurs de mangas sont également ceux qui achètent le plus d’ouvrages (huit par acheteur), alors que ceux de BD franco-belges n’en achètent que trois par an. Quant aux 900 000 amateurs de comics, ils achètent environ quatre volumes par an.
41 ans
C’est l’âge moyen des lecteurs de BD. Ils appartiennent pour près de la moitié aux catégories socioprofessionnelles supérieures. Si les lecteurs de BD franco-belges ont 42 ans en moyenne, ceux de mangas sont plus jeunes : 34 ans en moyenne, comme pour les comics.
53 %
C’est la proportion de femmes parmi les acheteurs de BD. Elles sont très friandes des BD franco-belges, tout comme des mangas, dont elles représentent, dans ces deux cas, 54 % des acheteurs. Mais 64 % des BD qu’elles se procurent sont destinées à un tiers.
5 090
C’est le nombre de nouveautés et nouvelles éditions publiées en 2017, d’après les données provisoires de Livre Hebdo. La production de bandes dessinées en titres en 2017 a connu une hausse de 4,2 %, liée exclusivement à la hausse de la production franco-belge (+ 6 %, à 3 378 nouveaux titres), quand la production de mangas reste stable (1 712 titres).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Livre. La philosophe et psychanalyste Elsa Godart pose, dans son dernier essai, un regard incisif sur notre rapport déséquilibré aux nouvelles technologies, devenues, pour elle, des « dispositifs d’aliénation sociale ».
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La psychanalyse face à l’hypermodernité

Livre. La philosophe et psychanalyste Elsa Godart pose, dans son dernier essai, un regard incisif sur notre rapport déséquilibré aux nouvelles technologies, devenues, pour elle, des « dispositifs d’aliénation sociale ».



Le Monde
 |    24.01.2018 à 12h26
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 14h16
    |

                            Clémence Ducasse








                        



                                


                            

Livre. Consumérisme effréné, injonction au bonheur et à la jouissance immédiate, libération des marchés, hyperindividualisme… Dans son nouvel essai, Elsa Godart fait le constat d’une modernité monstrueuse, reflet d’une époque qui est celle du « toujours plus » et de la démesure. « Les comportements individuels comme ceux du collectifs sont entraînés dans ce mouvement de surenchère, d’excès où la tentation de l’extrême se fait toujours plus forte » affirme-t-elle.
Cette critique n’est pas nouvelle : en 2004, Gilles Lipovetsky évoquait déjà une forme de surenchère permanente dans son livre Les Temps Hypermodernes (Grasset). Notre monde est entré dans ce qu’il appelait l’« hypermodernité », une modernité « élevée à la puissance superlative » qui s’érige sur les débris de la postmodernité, concept dépassé, pris dans une spirale infernale à laquelle aucune sphère de notre société ne semble échapper.

Déjà auteur d’une vingtaine d’ouvrages, Elsa Godart s’interroge cette fois sur le rôle de la psychanalyse face aux nouveaux malaises suscités par cette modernité de l’extrême, dominée par la culture du résultat et les logiques de rentabilité. Si cette discipline semble en perte de vitesse, affaiblie par l’explosion des psychothérapies en tout genre et par la multitude de discours sur le développement personnel, l’hypermodernité lui offre une occasion nouvelle de se réinventer.
« Psychopathologie de la vie hypermoderne »
Pour Godart, le potentiel de la psychanalyse réside dans sa capacité à servir de « discours de désaliénation » dans un monde de plus en plus objectivant qui semble réduire l’homme à un algorithme. En clair, la psychanalyse doit nous aider à réenchanter notre monde. Cet argument peut paraître éculé, mais l’intérêt du livre d’Elsa Godart n’est pas là.
En effet, la psychanalyste élabore une « psychopathologie de la vie hypermoderne » – plus...




                        

                        


<article-nb="2018/01/24/19-7">
<filnamedate="20180124"><AAMM="201801"><AAMMJJ="20180124"><AAMMJJHH="2018012419">
<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ « Titeuf, 25 ans et toutes ses dents », un hors-série du « Monde », 122 pages, 8,50 €, en kiosques sur Boutique.lemonde.fr.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Titeuf, le succès insolent

« Titeuf, 25 ans et toutes ses dents », un hors-série du « Monde », 122 pages, 8,50 €, en kiosques sur Boutique.lemonde.fr.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 10h00
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 12h01
    |

            Frédéric Potet








                        



                                


                            

Hors-série. En 2003, le magazine Lire faisait sa couverture avec l’interrogation suivante : « Pour ou contre Titeuf ». Dans un dossier de quinze pages, le magazine interrogeait parents, enfants, enseignants, psychanalystes, linguistes, sans conclure vraiment. Le Monde, lui, a choisi « son camp » en publiant, en 2015, une planche bouleversante où le père de Titeuf faisait mourir son héros pour protester contre le drame des réfugiés syriens, et en consacrant aujourd’hui son nouveau hors-série « Une vie, une œuvre » au héros imaginé par Philippe Chappuis, alias Zep.
Au regard de l’histoire récente de la bande dessinée, Titeuf peut être vu comme une anomalie. Né au début des années 1990, le personnage a connu un succès insolent au cours des deux décennies suivantes, qui sont celles de l’avènement du roman graphique, de l’autofiction dessinée et de la BD du réel (reportages, documentaires, biographie…).
La créature de Zep n’a pas grand-chose à voir avec ces sous-genres, qui sont autant de symptômes de la vitalité renouvelée du 9e art. Série d’humour conçue sous la forme de gags en une planche, Titeuf s’avère être plutôt une BD « à l’ancienne », qui n’aurait pas juré à l’époque où le médium s’adressait uniquement aux enfants, auxquels étaient alors proposés des héros qui étaient soit des aventuriers, soit des enfants eux-mêmes.
« Novlangue titeufienne »
Si l’écolier à l’incoiffable mèche blonde, en quinze albums, a pu traverser à contre-courant les tendances éditoriales sans jamais quitter le classement des meilleures ventes, c’est parce qu’il a su dépasser le rôle dans lequel on a eu tendance à l’enfermer, celui d’un cancre grossier, expert en bévues.
Le génie de Zep est d’avoir su utiliser la candeur de son personnage pour questionner la société à travers un certain nombre de grands thèmes comme l’intolérance à l’écologie, la religion, la place des handicapés ou le pouvoir de l’argent. Une...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Les opposants aux tulipes géantes offertes par l’artiste américain, depuis novembre 2016, à la Ville de Paris alignent les contre-vérités.
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Jeff Koons, c’est le bouquet !

Les opposants aux tulipes géantes offertes par l’artiste américain, depuis novembre 2016, à la Ville de Paris alignent les contre-vérités.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 09h56
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 10h39
    |

            Harry Bellet








                        



                                


                            

A cheval donné, on ne regarde pas les dents. Le proverbe ne vaut pas, semble-t-il, pour les tulipes. Celles que l’artiste américain Jeff Koons a offertes à Paris – une sculpture florale de 11,70 mètres de haut – ne font pas l’unanimité. On peut trouver l’œuvre moche, anodine ou, au contraire, comme c’est le cas de Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), près duquel elle doit être implantée, « admirable », ainsi qu’il l’a déclaré au Monde. Ce qu’on ne peut pas faire, en revanche, c’est aligner les contre-vérités comme le font les signataires d’une tribune publiée par Libération le 21 janvier.

Ce sont pourtant, pour l’essentiel, des professionnels du monde de l’art contemporain, peu soupçonnables de renier des pratiques qui souvent les ont nourris, spirituellement ou financièrement. A commencer par l’initiateur de la tribune, Stéphane Corréard, qui dirige une foire après avoir possédé une galerie, conseillé le salon de Montrouge et servi de conseiller à deux commissaires-priseurs parisiens.
Un message à Anne Hidalgo
Dès l’annonce, le 21 novembre 2016, du projet de Jeff Koons, il avait manifesté son opposition – avec d’autres, comme le sculpteur Olivier Blanckart. Mais voilà : Stéphane Corréard a pour épouse Sylvie Perras Corréard, conseillère technique culture et communication du premier ministre, Edouard Philippe. De mauvais esprits voient donc dans cette tribune un message de la part du gouvernement Macron, non à Jeff Koons, mais à Anne Hidalgo, qui soutient mordicus le projet.

Quels sont les arguments des opposants à la sculpture ? Ils affirment que l’ensemble des réserves d’usage ne sont pas levées, et qu’on peut donc surseoir, voire annuler l’installation. Oui et non. Non, car le site n’est ni classé ni même répertorié, et qu’il est donc possible d’y construire à peu près ce qu’on veut. Oui, car l’implantation du monument nécessite des travaux de soubassement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ La jeune Louise Vignaud met en scène la pièce de Molière avec une virulence revendiquée.
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Théâtre : à Villeurbanne, un « Misanthrope » énervé

La jeune Louise Vignaud met en scène la pièce de Molière avec une virulence revendiquée.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 09h43
    |

            Brigitte Salino (Villeurbanne, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Pour Louise Vignaud, c’est la saison des premières. Jusqu’au 15 février, elle présente sa première mise en scène au Théâtre national populaire de Villeurbanne (Rhône) : Le Misanthrope, de Molière. Fin mars, elle signera sa première mise en scène à la Comédie-Française : Phèdre, de Sénèque, au Studio du Carrousel du Louvre. Et en mai, elle créera Le Quai de Ouistreham, adaptation du livre de Florence Aubenas (grand reporter au Monde), au Théâtre des Clochards Célestes, une petite salle de la Croix-Rousse, à Lyon, qu’elle dirige depuis janvier 2017. Ainsi s’opère un tournant dans le trajet de Louise Vignaud (29 ans), une des jeunes femmes de cette saison féconde en découvertes, sur lesquelles veillent des directeurs de théâtre.
Christian Schiaretti, le patron du TNP, a imaginé un programme pour donner des outils à ceux qui se lancent dans le métier et deviendront peut-être patrons à leur tour, au TNP ou ailleurs. Quatre metteurs en scène ont été choisis, en respectant la parité : Julie Guichard, Baptiste Guiton, Maxime Mansion et Louise Vignaud. Pendant trois ans, ils participent à la vie du théâtre, dans tous les services, font une mise en scène par saison, et reçoivent une enveloppe de 100 000 euros pour les aider à monter leurs productions. C’est dans ce cadre du « cercle de formation et de transmission » qu’est créé Le Misanthrope. Les représentations ont lieu dans la salle Jean-Bouise, dont l’aspect modulable correspond au désir de Louise Vignaud de faire du plateau un ring, autour duquel les spectateurs sont assis, sur les quatre côtés.
Virulence et excès
Le sol est blanc, brillant. Quelques marches au milieu. Rien de plus pour évoquer le salon de Célimène, la veuve coquette dont est amoureux l’atrabilaire Alceste, décidé à se retirer du monde, c’est-à-dire de Paris, pour s’isoler dans le silence de sa campagne, loin des vanités d’une vie sociale dont il exècre l’hypocrisie. Selon les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ La compagnie Inouïe met en musique la mission Apollo 11.
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« Cosmos 1969 », planant voyage vers la Lune

La compagnie Inouïe met en musique la mission Apollo 11.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 09h38
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

« Nous sommes en 1969, le compte à rebours a commencé. Bon voyage ! », lance Thierry Balasse, directeur artistique de la compagnie Inouïe, au public de la Maison de la musique de Nanterre (Hauts-de-Seine), samedi 20 janvier, avant que ne débute Cosmos 1969. Présenté comme un « regard sur la mission Apollo 11 » – le programme spatial américain qui permit à l’homme de marcher sur la Lune pour la première fois, le 20 juillet 1969 –, Cosmos 1969 tente le pari d’un double point de vue sur l’événement. D’une part, la fidèle reconstitution (avec l’assistance d’un quarteron d’experts) ; d’autre part, la libre interprétation (avec l’apport de créateurs investis dans les arts de la scène, de la lumière ou du son).

L’étirement du propos entre hier et aujourd’hui s’apprécie d’emblée sur le plan musical : des chansons d’époque (principalement de Pink Floyd) s’intègrent à une trajectoire de nature électro-acoustique (le domaine habituel de Thierry Balasse, arpenté notamment aux ­côtés de Pierre Henry). Ainsi en ­va-t-il de l’amorce du spectacle où, plongé dans le noir, on entend le vent devenir souffle puis le ­souffle devenir voix. Graduée avec métier, cette introduction permet aux interprètes d’entrer en scène. Sur la gauche du plateau, les musiciens (batterie, basse et guitare électriques, claviers, chanteuse) en combinaison bleu d’acier, et, sur la droite, Thierry Balasse (entouré de ses « machines », synthétiseur et consoles de mixage) qui, en chemise blanche et cravate sombre, fait office de commandant de bord. Le voyage (aller-retour) durera environ une heure et demie, et comportera cinq phases, qu’illustreront neuf plages musicales avec, en toile de fond, une animation abstraite conçue par l’éclairagiste Yves Godin.
Chorégraphie en suspension
Les « préparatifs avant le décollage » débutent avec Muffie, une composition « ventée » de Thierry Balasse avant de s’appuyer sur du Pink Floyd pur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Deux expositions en Suisse rendent compte de la richesse et de la complexité de l’œuvre de l’artiste allemand.
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Arts : Georg Baselitz, de haut en bas

Deux expositions en Suisse rendent compte de la richesse et de la complexité de l’œuvre de l’artiste allemand.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 08h55
    |

                            Philippe Dagen (Riehen et Bâle (Suisse)








                        



                                


                            

Que Georg Baselitz, qui est né sous le nom de Kern en 1938 et a pris le nom de son village natal pour pseudonyme en 1961, soit un artiste majeur n’est pas une ­révélation. Sa notoriété est depuis longtemps internationale. Même en France, où l’on tarde à s’intéresser à l’art allemand, les occasions de voir son œuvre n’ont pas manqué récemment : sa sculpture au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 2011, sa gravure à Marseille la même année, ses œuvres récentes plusieurs fois dans les galeries de Thaddaeus Ropac (mais rien depuis 1994 au Centre Pompidou, où on ne doit pas l’aimer sans doute…). Les deux expositions ­bâloises – une centaine de peintures et sculptures à la Fondation Beyeler, une autre centaine de travaux sur papier au ­Kunstmuseum – constituent une véritable rétrospective, à laquelle manquent peu d’œuvres majeures.
Il s’y vérifie que Baselitz est du très petit nombre d’artistes qui sont à la fois absolument cohérents et logiques et qui trouvent, selon moments et sujets, des ­modes d’expression différents et changeants. De ses toiles les plus précoces du début des années 1960 aux plus récentes, les mutations stylistiques sont flagrantes, un seul point demeurant stable, la figuration humaine. Elle est, au début des années 1960, explicite avec ses volumes denses et ses rouges et ocres ; puis fragmente corps et paysages, qui semblent avoir été déchirés et recollés au hasard ; les renverse ensuite sens dessus dessous, révolution qui a déconcerté et à laquelle, trop ­souvent, Baselitz est réduit ; les couche dans de très grands formats tracés comme en heurtant et griffant la toile plutôt qu’en la recouvrant ; ou en griffant véritablement des contreplaqués, peinture et gravure confondues ; ­les remet à l’endroit parfois ou ­les culbute à nouveau.

Ces derniers temps, Baselitz ­expérimente la vaporisation des couleurs, dont la brume trouble la perception d’œuvres qui sont, ­selon leurs titres, des portraits – délibérément brouillés...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Pour célébrer les 80 ans de l’artiste, la Fondation Beyeler lui consacre une exposition d’envergure jusqu’au 29 avril.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Ventes d’œuvres à la sauvette, portraits de jeunes des Halles, immersion avec des cow-boys afro-américains… A 39 ans, cet artiste contemporain adoubé sur la scène internationale bénéficie de sa première exposition au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.
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Mohamed Bourouissa, déconstructeur de clichés


                      Ventes d’œuvres à la sauvette, portraits de jeunes des Halles, immersion avec des cow-boys afro-américains… A 39 ans, cet artiste contemporain adoubé sur la scène internationale bénéficie de sa première exposition au Musée d’art moderne de la Ville de Paris.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
24.01.2018 à 08h34
    |

                            Roxana Azimi








                              

                        

Casquette et jogging noirs, Mohamed Bourouissa, 39 ans, balance ses répliques avec franc-parler, un peu de provocation, mais beaucoup de nuances. A partir du 26 janvier, l’artiste franco-algérien présente au Musée d’art moderne de la Ville de Paris son film Horse Day, réalisé dans les écuries d’un quartier défavorisé de Philadelphie, ainsi que des dessins, aquarelles et installations liés à ce film. Entamé en 2014, ce projet a déjà fait le tour du monde : Stedelijk Museum d’ Amsterdam, Fondation Barnes à Philadelphie, Haus der Kunst à Munich. Cette exposition personnelle à Paris arrive tardivement. « A un moment donné, je me sentais blessé, mais bon, c’est le lot de beaucoup d’artistes d’être reconnus à l’étranger avant de travailler en France », soupire Mohamed Bourouissa dans son grand atelier d’Asnières-sur-Seine. Avant de dégainer : « Quand on est d’origine maghrébine, et qu’on traite de problèmes comme la banlieue, le chômage, la prison, peut-être que ça ne passe pas… »
L’exposition au Musée d’art moderne de la Ville de Paris vient réparer une forme d’injustice. Car si Mohamed Bourouissa est l’un des plasticiens hexagonaux qui marchent très bien en France comme à l’étranger, à l’image de Camille Henrot ou Neil Beloufa, il n’avait jusqu’ici pas eu les honneurs d’une exposition personnelle dans une grande institution. Et ce pour un artiste pourtant repéré dès 2010. A l’époque, il a 32 ans.
Suivi par François Pinault et Bernard Arnault
Après des débuts dans le graffiti, son brevet technique de dessinateur en poche, et un passage par la fac à Paris-I, les Arts déco puis au Fresnoy, il se fait remarquer du monde de l’art lors de l’exposition « Dynasty », qui présente les œuvres de quarante jeunes artistes au Palais de Tokyo et au Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Désormais, il sera suivi de près par de grands collectionneurs comme François Pinault et Bernard Arnault.

Si le travail de Bourouissa...




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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Trois documentaristes signent un portrait attendri du critique, professeur et historien du cinéma.
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« Jean Douchet, l’enfant agité » : le grand oral

Trois documentaristes signent un portrait attendri du critique, professeur et historien du cinéma.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h38
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » – à voir
C’est une splendide sentence connue des cinéphiles : « Quiconque n’a jamais vu un film de Mizoguchi, que l’on ne va passer qu’une seule fois, et ne sacrifie pas cette projection à un bon repas, n’aimera jamais ­Mizoguchi. » Cette formule, on la doit à Jean Douchet, sans que l’on puisse affirmer l’avoir vraiment entendue de sa bouche. C’est désormais chose faite grâce au ­documentaire de Fabien Hagege, Guillaume Namur et Vincent Hasseer, les réalisateurs de Jean Douchet, l’enfant agité. Le portrait d’un homme aujourd’hui âgé de 89 ans que leurs auteurs nous présentent ainsi : « Critique qui a peu écrit, cinéaste sans film, professeur qui ne fait pas cours, père sans ­enfants. »
La passion pour le cinéma n’est rien d’autre qu’une passion pour la vie
Critique, historien, professeur, réalisateur, acteur : on connaît d’abord ce touche-à-tout pour avoir élevé au rang d’art la critique orale à travers les innombrables ciné-clubs qu’il a animés. C’est d’ailleurs dans l’un d’eux que les trois camarades de lycée d’Enghien-les-Bains (Val-d’Oise) découvrent, il y a une dizaine d’années, cet homme captivé et captivant, à qui aujourd’hui ils consacrent un film. Loin de la ­caricature d’une cinéphilie morbide qui se réfugie dans les salles de cinéma pour mieux oublier la vie, on doit à Jean Douchet d’avoir mis en actes l’idée que la passion pour le cinéma n’est rien d’autre qu’une passion pour la vie.
C’est ce que rappelle le critique et historien Joël Magny (mort en 2017) dans l’introduction à son livre d’entretiens avec Jean ­Douchet (L’Homme cinéma, éditions Ecritures, 2013) : « La question que s’est longtemps posée François Truffaut : “Le cinéma est-il plus important que la vie ?”, semble n’avoir jamais effleuré Jean Douchet. » Cette opposition entre l’art et la vie, le passeur la prend pour ce qu’elle est, un cliché inopérant qui ne le taraude pas outre mesure. D’ailleurs, peu de choses semblent pouvoir troubler cette tranquillité mâtinée de bonhomie qui le caractérise. Il sillonne encore la France et le monde pour parler de cinéma avec un appétit intact et sans une once de lassitude.
« Le Socrate du cinéma »
Après avoir côtoyé les jeunes-turcs de la Nouvelle Vague au sein de la rédaction des Cahiers du ­cinéma, Jean Douchet rencontre sa vocation dans les années 1960, avec la grande époque des ciné-clubs qui « renaissent à la Libération [et] dont relèvent également le TNP de Jean Vilar, les Jeunesses musicales de France ou le Livre de poche », comme l’écrit Joël Magny. Dans de très belles images d’archives, on peut ainsi voir celui qu’on surnomme « le Socrate du cinéma » animer un débat après une projection de Citizen Kane (1941), d’Orson Welles : l’homme, très doux dans sa façon d’expliquer un mouvement de caméra ou une révolution cinématographique, semble laisser son savoir à disposition des auditeurs qui se trouvent libres de repartir avec.
Cinquante ans après, l’énergie est la même dans la grande salle ­Henri-Langlois de La Cinémathèque française, souvent pleine à craquer lors des séances de ciné-club qui portent son nom. La discussion est informelle, le savoir jamais docte, et tout le monde peut haïr ou adorer à voix haute sans se sentir jugé. L’utopie démocratique du ciné-club est ­encore vivace, c’est celle d’une éducation populaire s’appuyant sur une émotion partagée et sur la convivialité inhérente à la salle de cinéma : le besoin de se réunir, d’échanger. Le cinéma devient une matière commune qui ­permet de se quereller joyeusement avec un inconnu à qui on pensait n’avoir rien à dire.
Sagesse subversive
On pourrait reprocher aux auteurs du documentaire de ne pas suffisamment s’attarder sur ce qu’est la « pensée Douchet », si ce n’est par le souvenir qu’en ­gardent ses anciens étudiants. Par moments, l’intimité que le trio a nouée avec le personnage oblitère le travail documentaire. Mais ce défaut de pédagogie peut s’expliquer par la dimension quasi immatérielle de l’œuvre de Jean Douchet. Si bien que filmer l’œuvre, c’est filmer l’homme : se promener, dîner et boire avec lui, se réchauffer auprès de sa seule présence. Dès lors, le cinéma devient presque secondaire, pris dans un souffle vital qui l’englobe et le dépasse.
Si les questions qu’on lui pose peuvent parfois sembler impudiques, les réponses sont d’une sagesse subversive. Ce sont celles d’un homme qui rejette l’amour et la conjugalité car, en grand renoirien, Douchet a repoussé toute sa vie le concept de propriété pour lui en préférer un autre. « Plus ça va, plus je suis persuadé que l’univers est mouvement. Tout est perpétuel mouvement, perpétuelle création, perpétuels renouvellement et destruction. Et ça, c’est la vie. Il faut accepter la vie et refuser l’attachement. » Une conception qui lui sert aussi à définir l’art comme « ce qui développe la capacité à entrer dans le mouvement ». Pour Jean Douchet, ce mouvement vital est tout à la fois un absolu esthétique et une morale de grand vivant.

Documentaire français de Fabien Hagege, Guillaume Namur, Vincent Haasser (1 h 25). Sur le Web : carlottavod.com/jean-douchet-l-enfant-agite



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La biographie chantée et dansée de P. T.  Barnum recourt à tous les clichés du vieil Hollywood.
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« The Greatest Showman » : qu’est-ce que c’est que ce cirque ?

La biographie chantée et dansée de P. T.  Barnum recourt à tous les clichés du vieil Hollywood.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h37
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
C’est une tradition vieille comme Hollywood, le blanchiment de bio­graphie. Elle a fait de Cole Porter un homme à femmes et de George Armstrong Custer un défenseur des Premières Nations. Par la grâce de la Fox, c’est au tour de Phineas Taylor Barnum. Le fondateur du cirque qui porta son nom jusqu’à sa fermeture en 2017 devient, par la grâce de la comédie musicale The Greatest Showman, un défenseur du droit à la différence qui n’avait d’autre but, en exhibant des nains, des femmes à barbe ou des frères siamois à la veille de la guerre de Sécession, que d’instiller le respect des autres dans les âmes et les cœurs du public américain.
Ce n’est pas tout à fait inexact – Barnum fut l’un des premiers adhérents au Parti républicain de Lincoln – mais, en 2018, le tour de passe-passe, aussi artistement exécuté qu’il soit par son interprète principal, Hugh Jackman, ne convaincra que les plus naïfs. Même si ce n’est pas Barnum qui a prononcé la phrase « toutes les minutes, un pigeon naît », son premier souci était de remplir ses caisses, fût-ce au prix de mensonges éhontés, louant, par exemple, une esclave amenée par un Sudiste à New York pour la faire passer pour la dernière survivante de la plantation de George Washington.
Plutôt que d’exploiter les formi­dables contradictions de Barnum, le scénario de The Greatest Showman – signé par le réalisateur Bill Condon (Dreamgirls) et Jenny Bicks – agence les clichés les plus désuets du cinéma américain comme si le code Hays était toujours en vigueur. Au sortir d’une enfance misérable mais laborieuse, P. T. Barnum épouse la petite fille entrevue quinze ans plus tôt. Charity (Michelle Williams) lui donne deux belles petites filles. Pour les amuser autant que pour échapper à une carrière de gratte-papier, Barnum ouvre à New York un théâtre dans lequel il fait ­parader les êtres extraordinaires qu’il a réunis. Tom Pouce est ici un garçon résolu qui ne s’en laisse pas ­conter. Dans la réalité, « l’homme le plus petit du monde » était un enfant de 4 ans à qui Barnum apprit à fumer et à boire.
Un divertissement familial
Mais si l’on réduit ici cette histoire extraordinaire à une énième version de l’accomplissement du rêve américain, c’est aussi pour faire de la place à la vraie raison d’être de The Greatest Showman : offrir un divertissement familial et musical pour l’hiver. L’embauche de Hugh Jackman (qui, ­parallèlement à sa carrière de ­Wolverine, brûle régulièrement les planches de Broadway) tient presque toutes ses promesses. Si le spectacle de ce film réalisé par un débutant, Michael Gracey, reste à peu près supportable, c’est grâce à Jackman, qui déploie un charme dont son personnage peut lui être reconnaissant, puisque rien, dans le scénario ou la mise en scène, ne l’autorise.
Moins heureux est le recours au duo de La La Land, Justin Paul et Benj Pasek, qui signe les chansons de The Greatest Showman. Le son contemporain des arrangements participe de l’étrange normalité qui enveloppe cette histoire de gens pas comme les autres, quant aux lyrics, pleins de platitudes, ils valent ceux de ­Frozen. Et quand The Greatest Showman touche à la démesure qui aurait dû être la sienne ­ (Barnum chevauchant un ­éléphant dans la nuit new-yorkaise pour obtenir le pardon de son épouse), c’est juste assez longtemps pour qu’on regrette le film que ça aurait pu être.

Film américain de Michael Gracey. Avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron (1 h 45). Sur le Web : www.foxmovies.com/movies/the-greatest-showman, fr-fr.facebook.com/GreatestShowman et www.foxfrance.com/thegreatestshowman



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Le film « Fellini Roma » ressort en édition collector, accompagné d’un documentaire sur le maestro.
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DVD : Rome, ville monstre dans le regard de Fellini

Le film « Fellini Roma » ressort en édition collector, accompagné d’un documentaire sur le maestro.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h36
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


« Sans transition ». Ce pourrait être le maître mot de Fellini Roma, le film le plus libre du grand Federico Fellini, qui ressort dans une édition collector enfin digne de sa luxuriance effrontée. Car ce qui frappe encore aujourd’hui dans ce portrait affectif de la Ville éternelle, où fusionnent, en une truculente orgie de contraires, l’ancien et le moderne, le ­sublime et l’ordure, le réel et le fantasme, le studio et le reportage, le corruptible et l’impérissable, c’est justement sa facture composite, qui fait tenir ensemble une multitude de fragments, de vignettes, de sketches et de vues dépareillées.
Dans ce film construit comme une série d’apparitions successives, sans autre prota­goniste que la conscience ­accueillante de l’auteur, rien n’est cédé à l’ordonnan­cement de la dramaturgie ordinaire, tout aux logiques capricieuses de la ­mémoire, des ­affects, des visions qui semblent surgir dans le désordre.
Rome est saisie entre deux époques, entre hier et aujourd’hui
C’est en effet le souvenir qui nous ouvre les portes et nous plonge parmi les cercles concentriques de la Rome intime de Fellini. Tout d’abord, les réminiscences d’une enfance provinciale : un maître d’école qui rejoue avec solennité le franchissement du Rubicon, une diapositive érotique projetée par mégarde en classe, provoquant l’euphorie des élèves et la panique des prêtres… Puis le temps du fascisme et des portraits de Mussolini placardés sur les murs, avec l’arrivée du jeune double de Fellini (Peter Gonzales) à Rome, Stazione Termini, son installation dans une grouillante pension de famille, sa découverte des grands dîners collectifs sur les places de la ville, des théâtres de variétés, des bordels plus ou moins chics.
Survient entre-temps la Rome moderne (celle du début des années 1970), bardée de hippies et d’étudiants politisés, lors d’une époustouflante virée sur le périphérique dont les embouteil­lages s’invitent jusqu’aux pieds du Colisée. Ou encore à l’occasion du percement problématique du métro, sans cesse interrompu par l’exhumation de nouveaux vestiges (une villa patricienne dont les fresques murales s’effacent au contact de l’air). Rome saisie entre deux époques, entre hier et aujourd’hui, mais dont les strates empilées à l’air ­libre renvoient le visiteur toujours plus loin dans le passé.
Une parade d’humanités polymorphes
Dans ce torrent d’images, Fellini montre une attention insatiable pour le capharnaüm – bastringues, boxons et beuglants sont ses univers privilégiés –, les carrefours fourmillants que sa caméra balaye comme pour en extirper les faciès truculents, les corps ­extraordinaires, les scènes insolites. Une ville, ça n’est peut-être rien d’autre que cela, une bousculade, un défilé ininterrompu, une parade d’humanités polymorphes, dont on finit par ne per­cevoir que les contrastes, les caractères débordants ou, pour le dire autrement, la monstruosité.
Rome, ville monstre, vortex temporel débouchant en tout point sur l’Antiquité, accueille aussi une incessant déploiement de monstres (femmes mythologiques, prostituées vulpines, meute de ­motards, ecclésiastiques pommadés, obèses proliférants, vieillards rachitiques). La mise en scène de Fellini est de nature cumulative : elle ne fait jamais rien avancer, mais s’installe dans une situation pour lui ajouter sans cesse de nouveaux éléments (dévoiler une nouvelle créature, un nouveau­ ­caractère, un nouveau geste), ­jusqu’à saturation du système.
Il y a là un art du coq-à-l’âne qui préfigure le zapping, une succession de gueules et de « numéros » qui lorgne le télécrochet
Ce qui se joue là-dedans, c’est la création d’un regard omnipotent, capable de saisir à chaque instant ce qui fait l’essence du monde extérieur, à savoir son absolue hétérogénéité. Non seulement la pulsion scopique est le moteur du film, mais Fellini Roma n’a d’autre centre que ce regard, ce pouvoir de vision de l’auteur, qui organise tout ce capharnaüm autour de lui, comme si la caméra était le point focal où se répercutent tout le désordre et la trivialité du réel. C’est d’ailleurs pour cela que Fellini intègre au film son propre tournage et montre la caméra comme un personnage, une créature à part entière.
On a beaucoup ramené l’œuvre carnavalesque de Fellini au cirque, qui fut l’une de ses grandes passions. Mais il faut aussi comprendre cet attrait pour le cirque dans sa transposition alors la plus contemporaine, qui n’était autre que la télévision (une grande foire), dont les procédés, eux-mêmes « sans transition », sont repris et sublimés par Fellini. Il y a, dans Fellini Roma, un art du coq-à-l’âne qui préfigure le zapping, un sens de l’instantané qui s’apparente au reportage, une succession de gueules et de « numéros » qui lorgne le télécrochet. Le monde et sa représentation s’y confondent dans un grand chaos de formes.
Et si l’Italie est un grand laboratoire d’images, archaïques et actuelles, Fellini demeure le plus génial des savants fous ayant orchestré leur carambolage. Pour s’en convaincre, le documentaire Zoom sur Fellini, présenté en ­bonus, revient pendant plus de trois heures sur l’apport essentiel du maestro.

« Fellini Roma » (1972), coffret collector 3 DVD + 1 Blu-ray, Rimini Editions, 29,99 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Le critique de cinéma Jérôme Momcilovic consacre un essai à la cinéaste belge, morte en 2015.
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Sélection livre : Chantal Akerman, en quête d’un nouveau monde

Le critique de cinéma Jérôme Momcilovic consacre un essai à la cinéaste belge, morte en 2015.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h35
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


Deux ans, déjà, que Chantal Akerman est morte, et voici qu’un bel essai la fait revivre. Signé Jérôme Momcilovic, critique de cinéma attaché à la revue Chronic’art qui avait fait sensation en 2016 avec Prodiges d’Arnold Schwarzenegger (éditions Capricci, également), le texte rend splendidement hommage à cette figure de proue de la modernité dont l’œuvre protéiforme et mutante a tant compté pour tant de cinéphiles, et dont le destin tragique – elle s’est suicidée à 65 ans, à peine quelques mois après la mort de sa mère – a tant bouleversé.
Comment passe-t-on d’un bodybuilder autrichien superstar à Hollywood et gouverneur de Californie à une cinéaste belge hantée par la mémoire des camps et les cauchemars d’une mère qui en est revenue mais n’en a jamais parlé, et dont les héros s’appelaient Jean-Luc Godard, Charlie Chaplin et Michael Snow ? Y aurait-il quelque chose qui les réunisse ?

        Voir le portfolio :
         

          Chantal Akerman en douze films



Spectateur amoureux
Aussi concis et resserré que Prodiges… était profus et ouvert sur à peu près tout (du cinéma à la philosophie, de la cybernétique à la politique), Dieu se reposa, mais pas nous n’en procède pas moins d’un même élan de spectateur amoureux, qui trouve son moteur dans ce que l’on pourrait appeler la magie du cinéma. A la « puissance d’apparition » de Schwarzenegger répond la « morale du temps » de Chantal Akerman, « qui guide le montage et le cadre » et aboutit à donner au spectateur « le sentiment fort et reconnaissant d’exister face à l’image ».
C’est le « miracle » Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1976), chef-d’œuvre qui nous immerge plus de trois heures durant dans le spectacle de Delphine Seyrig enchaînant les tâches ménagères, où le temps est comme une offrande faite au spectateur. Une pure intensité dont le poids ne se fait jamais sentir et qui, en reconfigurant la hiérarchie du visible, arrache au quotidien le plus banal une vérité bouleversante, explosive, révolutionnaire.
« Un nouveau pays à habiter »
« Le septième jour, Dieu se reposa mais pas nous. » Dans le monde en ruine que nous a laissé la seconde guerre mondiale, la cinéaste a cherché avec ses films, écrit Momcilovic, à recommencer le monde – à inventer, avec l’image, « un nouveau pays à habiter ». Travail de titan s’il en est, qu’elle trouvait la force d’accomplir en puisant dans ses racines. Cette allégorie avec laquelle, en ourlant son œuvre et sa vie dans un beau mouvement fluide et éclairant, l’auteur réaffirme le lien viscéral du cinéma de Chantal Akerman à sa mère, et plus généralement à la tradition juive, est le fil rouge de ce livre.
Dans son sillage, il entraîne de passionnants développements sur l’interdit de l’image dans l’Ancien Testament – et la manière dont la cinéaste, en choisissant de le braver, n’en a pas moins trouvé une manière de composer avec lui –, sur la dimension burlesque de son cinéma, sur l’horizon spectral vers lequel il tendait, et elle a fini par s’abîmer. Jusqu’à littéralement s’y dissoudre.
« Chantal Akerman. Dieu se reposa, mais pas nous », de Jérôme Momcilovic, Ed. Capricci. 98 p., 8,95 €.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Jasmine Trinca déploie une énergie impressionnante dans son personnage de coiffeuse prise à la gorge par la vie, sans faire oublier les conventions du scénario.
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« Fortunata » : un mélodrame maquillé comme un camion

Jasmine Trinca déploie une énergie impressionnante dans son personnage de coiffeuse prise à la gorge par la vie, sans faire oublier les conventions du scénario.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
Depuis Michel Ange, la figure de la mater dolorosa fait fortune en Italie. En mettant en scène Fortunata, Sergio Castellitto a sans doute voulu la moderniser, il n’a fait que la remaquiller. Le destin de Fortunata, coiffeuse à domicile affligée d’un ex-mari violent et d’un amant maniaco-dépressif, a pour accessoires tous les signes de l’époque – les tatouages et les téléphones mobiles, la précarité économique et le poids de l’Etat-providence. Il n’empêche que l’accumulation de malheurs qui frappe la pauvre femme est aussi désuète qu’un de ces mélos italiens du temps du muet que les Parisiens peuvent découvrir en ce moment à la Fondation Jérôme Seydoux.
Dans un grand ensemble de la périphérie romaine, Fortunata (Jasmine Trinca) court toute la journée. Parce que sa fille de 7 ans crache à l’école, elle doit la montrer à un psychologue (Stefano Accorsi), malgré les objections de son ex-mari (enfin… pas tout à fait, ils sont en procédure de divorce, et ça se passe bien sûr très mal). Policier violent (Edoardo Pesce), celui-ci est jaloux à la fois du gentil psy et du voisin de sa future ex-épouse, un garçon au regard doux et fou (Alessandro Borghi) qui s’occupe de sa mère démente (Hanna Schygulla), jadis tragédienne de grand renom.
Energie désespérée
Ces tragédies sont illuminées par le soleil romain, exacerbées par une palette de couleurs vives qui contrastent trop violemment avec l’obscurité des passions ici en jeu pour être plus qu’un camouflage. Acteur, Sergio Castellitto semble n’avoir qu’une préoccupation, mettre en valeur le talent de Jasmine Trinca. Découverte dans La Chambre du fils, revue dans Le Caïman, de Nanni Moretti, l’actrice a probablement été souvent victime de sa beauté.
Maquillée comme une pauvresse (il y a un peu de condescendance dans la peinture du quartier où vit Fortunata), mue par une énergie désespérée, l’actrice occupe l’écran, souvent au détriment des partenaires. Si l’on s’intéresse à l’attribution des David di Donatello, l’équivalent italien des Césars, on peut parier une somme raisonnable sur la nomination de Jasmine Trinca au trophée de la meilleure actrice.

Film italien de Sergio Castellitto. Avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi, Edoardo Pesce, Hanna Schygulla (1 h 43). Sur le Web : www.facebook.com/FortunataIlFilm et www.paname-distribution.com



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Le réalisateur Paco Plaza met en scène une adolescente victime d’une entité maléfique, de façon habile mais parfois un peu superficielle.
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« Veronica » : l’horreur à la sauce madrilène

Le réalisateur Paco Plaza met en scène une adolescente victime d’une entité maléfique, de façon habile mais parfois un peu superficielle.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h33
    |

                            Jean-François Rauger








                        



   


L’avis du « Monde » – pourquoi pas
On peut dire que Veronica, nouvelle bouture d’un cinéma d’horreur espagnol contemporain et prolifique, a les qualités de ses défauts. Après avoir participé à une séance de spiritisme pendant une éclipse solaire, une adolescente madrilène est l’objet de cauchemars récurrents et d’une sensation de menace de plus en plus intense. Elle sera confrontée à la présence d’une entité maléfique, vouée à la destruction de la petite famille qu’elle forme avec son frère et ses deux sœurs dont elle a principalement la charge en l’absence d’une mère très occupée.
Efficaces trouvailles visuelles
Alors que l’horreur cinématographique est souvent une manière de figurer, un peu lourdement, traumas et pulsions refoulées, on peut reconnaître au film de Paco Plaza la qualité de ne pas s’appesantir sur ce qui pourrait relever de la sursignification psychologique, même si cette dimension est présente. Découverte de la sexualité, angoisse face au père mort et incestueux, etc., tous ces éléments sont présents, déductibles par un spectateur attentif, mais jamais assenés.
Telle est sans doute la qualité d’un film qui, dès lors, invente habilement des situations terrifiantes. Mais ce rejet de la causalité trop apparente et de la métaphore attendue court le risque d’assécher un peu un film réduit à une série de dispositifs effrayants mais assez superficiels, rehaussés toutefois par d’efficaces trouvailles visuelles.

Film espagnol de Paco Plaza. Avec Sandra Escacena, Bruna Gonzales, Claudia Placer (1 h 45). Sur le Web : veronica-lefilm.com et www.facebook.com/veronica.lefilm



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Andrea Pallaoro dresse un portrait éprouvant d’une femme en plein désespoir, interprétée par l’actrice britannique.
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« Hannah » : le long malaise de Charlotte Rampling

Andrea Pallaoro dresse un portrait éprouvant d’une femme en plein désespoir, interprétée par l’actrice britannique.



Le Monde
 |    24.01.2018 à 07h32
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » – on peut éviter
Spectateur masochiste, ce film est pour toi. Une heure trente d’une Charlotte Rampling mutique, grise, confite de mal-être et de haine d’elle-même que le cinéaste se plaît à filmer sous toutes les coutures, révélant sans ménagement les marques du temps sur son corps avec une délectation qui rappelle celle dont peut faire preuve un Michael Haneke au sommet de sa cruauté. Faute de nous avoir séduits, cette performance héroïque lui aura valu le Lion d’or à la Mostra de Venise. Hannah, le personnage qu’elle joue, est une femme dont le mari est emprisonné, sans que l’on sache jamais exactement pourquoi. Les quelques indices que le réalisateur a la bonté de nous jeter en pâture permettent tout juste d’imaginer le pire.
Plans longs et pénibles
Hannah prend le RER, lave son petit chien, se couche, met des lys dans un vase, fait un gâteau pour la fête d’anniversaire de son petit-fils où on ne la laissera pas rentrer, jette les lys à la poubelle, rend visite à son mari en prison, va nager à la piscine, répète sur un ton monocorde une pièce de théâtre dans le cadre d’une troupe amateure (à moins qu’il s’agisse d’un groupe de parole ?), fait le ménage pour la famille riche qui l’emploie, suffoque de diverses manières possibles dans la honte et la douleur… Les plans sont longs et pénibles, comme le maelström d’aigreur qui habite cette pauvre femme dont on ne saura, au bout du compte, rien.



Film français, belge et italien d’Andrea Pallaoro. Avec Charlotte Rampling, André Wilms (1 h 35). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/hannah



                            


                        

                        

