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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Titulaire depuis trente ans des grandes orgues Cavaillé-Coll de la basilique des rois de France, le musicien français est mort à l’âge de 61 ans
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Pierre Pincemaille, une vie à la tribune de Saint-Denis

Titulaire depuis trente ans des grandes orgues Cavaillé-Coll de la basilique des rois de France, le musicien français est mort à l’âge de 61 ans



Le Monde
 |    15.01.2018 à 17h57
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



   


Après la disparition de Michel Chapuis, en novembre 2017, la famille de l’orgue français est de nouveau en deuil : Pierre Pincemaille, le titulaire des grandes orgues de la basilique cathédrale de Saint-Denis depuis trente ans, s’est éteint à l’hôpital Foch, à Suresnes (Hauts-de-Seine), dans la nuit du 12 janvier, des suites d’un cancer du poumon qui l’a emporté en trois mois. Il avait eu 61 ans le 8 décembre 2017. Pierre Pincemaille était fier de jouer le premier orgue du grand facteur Cavaillé-Coll, un instrument de 1840 « connu des organistes du monde entier » et « d’une valeur historique inestimable ».
Outre huit enregistrements d’improvisation, un genre dans lequel il excellait, Pierre Pincemaille a essentiellement gravé le répertoire français de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle. Du « patriarche » César Franck, véritable créateur de la nouvelle Ecole symphonique d’orgue française, dont il réalise une intégrale, au jeune Messiaen, en passant par l’ensemble des œuvres de Maurice Duruflé, les dix symphonies de Charles-Marie Widor, des transcriptions de Stravinsky, ainsi que des pièces de Vierne, Jehan Alain et Pierre Cochereau qu’il considérait « comme une sorte de père spirituel, quoique n’ayant jamais pris avec lui le moindre cours ». Il a aussi enregistré avec orchestre des œuvres de Saint-Saëns, Berlioz, Jongen et Copland.
« Un musicien qui joue de l’orgue »
Curieux et ouvert, Pierre Pincemaille ne se définissait pas comme un organiste, mais comme un « musicien qui joue de l’orgue » : « J’ai un besoin viscéral de sortir de mes tuyaux », confiait-il, en 2006, au mensuel La Lettre du musicien. « Passionné, excessif en toutes choses, généreux, exigeant, engagé, dérangeant souvent… », tel que le décrit sa femme, Anne-France, épousée en 1991, dans un texte paru sur Facebook, l’organiste ne pratiquait pas la langue de bois, comme dans une lettre ouverte, en 2009, où il critiquait les dispositions d’une nouvelle convention collective des artistes musiciens des cultes.
« Il est quand même inouï que, dans quantité de cas, l’organiste soit subordonné à un animateur parfois incompétent en musique – recruté parmi les paroissiens – et qui lui impose un choix de cantiques abominables, relevant de la chansonnette de variété du plus bas étage. Ce répertoire hideux est la honte (au plan artistique) du catholicisme contemporain. »
Né à Paris, le 8 décembre 1956, dans une famille mélomane (son père, ingénieur polytechnicien, est pianiste amateur), Pierre Pincemaille commence le piano en 1965. C’est à l’initiative de son oncle, Paul Pincemaille, père économe dans la congrégation eudiste du collège Saint-Sauveur de Redon (Ille-et-Vilaine) et organiste amateur, qu’il découvre l’instrument à l’été 1968. « Je lui ai demandé s’il pouvait m’emmener à Redon voir son orgue, ce qui fut fait. J’y suis resté quarante-huit heures. Ce fut un enchantement. »
Le jeune Pierre passera dès lors toutes ses vacances à l’orgue, le reste de l’année au piano. En 1970, il est admis au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, en solfège spécialisé, avant d’entrer, quatre ans plus tard, dans la classe d’orgue de Rolande Falcinelli. Il obtiendra cinq premiers prix – harmonie, contrepoint, fugue, orgue et improvisation –, avant de remporter cinq premiers grands prix aux concours internationaux d’orgue de Lyon (1978), Beauvais (1987), Strasbourg (1989), Montbrison (1989) et Chartres (1990).
Une virtuosité « diabolique »
Largement reconnu sur la scène internationale pour ses talents d’interprète et d’improvisateur, le musicien français, qui possède une virtuosité « diabolique », a aussi le secret de régistrations originales, qui témoignent de son imagination sonore et signent ses interprétations. Le 29 novembre 1987, à Saint-Denis, il donne son premier concert en tant que titulaire à la prestigieuse tribune de la basilique cathédrale des rois de France, poste qu’il conserve durant trois décennies, « seul maître à bord après Dieu, et heureux de l’être », ainsi qu’il se plaira à le souligner dans un passionnant entretien accordé à l’organiste Michel Roubinet, paru sur le site Concertclassic.com, le 6 juin 2016. « Il voulait reproduire dans “sa” cathédrale ce qu’il avait connu à Notre-Dame avec le grand Pierre Cochereau », écrit encore Anne-France Pincemaille.
Depuis une quinzaine d’années, il avait formé toute une génération de jeunes Français et étrangers
Nommé en 2005 professeur de contrepoint au Conservatoire de Paris, Pierre Pincemaille avait commencé à enseigner dès 1980. Depuis 2000, il était en poste à Saint-Maur-des-Fossés (pour l’improvisation), depuis 2002, à Saint-Germain-en-Laye (harmonie et contrepoint). Le musicien avait longtemps répugné à communiquer ses « recettes » d’improvisateur, préférant, comme il l’avait pratiquée lui-même avec Cochereau, l’école de la découverte par l’écoute.
Depuis une quinzaine d’années, il avait cependant formé toute une génération de jeunes Français et étrangers. « Contrairement à ce que certains imaginent, le fait d’être un improvisateur n’a rien à voir avec la composition, disait-il. Si je devais écrire, je passerais mon temps à me corriger et à me renier. Une improvisation surgit dans l’émotion de l’instant. Son attrait réside précisément dans le souvenir de ce moment éphémère. » Pierre Pincemaille aura laissé beaucoup de ces « moments éphémères » inoubliables.

Pierre Pincemaille en quelques dates
8 décembre 1956 : Naissance à Paris
1987 : Devient titulaire à la cathédrale de Saint-Denis
1990 : Remporte le Grand Prix de Chartres
2005 : Enseigne au Conservatoire de musique de Paris
12 janvier 2018 : Mort à Suresnes (Hauts-de-Seine)





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ Notre choix du soir. La nouvelle série policière belge réconcilie avec malice le réel et le virtuel, l’ancien et le moderne (sur France 2 à 21 heures).
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TV - « Unité 42 » : cybercriminalité en sous-sol

Notre choix du soir. La nouvelle série policière belge réconcilie avec malice le réel et le virtuel, l’ancien et le moderne (sur France 2 à 21 heures).



Le Monde
 |    15.01.2018 à 17h45
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Série sur France 2 à 21 heures

Chargée de la lutte contre la cybercriminalité, l’Unité 42 accueille son nouveau chef, Sam Leroy (Patrick Ridremont), veuf, père de deux enfants et, en apparence, hermétique aux émotions. L’équipe compte trois membres principaux : Billie (Constance Gay), jeune hackeuse de génie passée du côté clair de la force ; Nassim (Roda Fawaz), le beau gosse ; et Bob (Tom Audenaert), le chic type rondelet et serviable.
La brigade est installée dans les sous-sols du commissariat principal de Bruxelles. Murs détériorés, lumières pâlichonnes, armoires en métal gris prêtent leur décor aux enquêtes haute technologie. Le contraste est amusant. Mais pas seulement. Il a le mérite d’unir et de réconcilier deux mondes (l’ancien et le moderne), deux espaces (le réel et le virtuel), deux méthodes (le terrain et l’informatique). Un parti pris dont ont su user avec malice les créateurs et les scénaristes de la série.
Les trois premières enquêtes conduisent l’équipe sur la trace d’un voyeur meurtrier, d’un recruteur djihadiste et d’un tueur d’Anonymous. Chacune est rondement menée pour être bouclée à chaque fin d’épisode.
Le monde des oubliés
Cinquante-deux minutes ne laissant guère l’opportunité de prendre des chemins de traverse, l’énigme et sa résolution s’ajustent à des dialogues purgés de vains ornements. Avec en soutien une troupe d’acteurs dont les personnalités physiques semblent naturellement poser leurs personnages. Et dont le jeu vient nourrir, nuancer, approfondir le caractère.
Cette série de la RTBF possède en outre une qualité que les Belges, à l’instar des Anglais, savent cultiver. A savoir inscrire la fiction dans une réalité sociale. L’équipe de l’Unité 42 n’agit pas dans une bulle high-tech, et le monde auquel elle se confronte est celui des oubliés, des laissés-pour-compte, des grands patrons magouilleurs et des « bienfaiteurs humanitaires » qui s’en mettent plein les poches.

   


La ville dans laquelle ils opèrent n’est pas celle des immeubles haussmanniens et des quartiers Art nouveau mais plutôt celle de la périphérie, des petits logements et des no man’s land. Un milieu urbain où l’éclat jaunâtre des néons parvient à peine à transpercer la grisaille des rues. Unité 42 nous conduit dans cette réalité. Sans crainte de nous dérouter.
Unité 42 (saison 1), série créée par Charlotte Joulia, Julie Bertrand et Annie Carels. Avec Patrick Ridremont, Constance Gay, Tom Audenaert, Roda Fawaz (Bel., 2017, ép. 1 à 3/10).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Le réalisateur féru d’histoire nationale, dont les principaux films ont été présentés à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, est mort à Caracas, le 13 janvier, à l’âge de 68 ans.
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Décès de Diego Risquez, cinéaste vénézuélien d’avant-garde

Le réalisateur féru d’histoire nationale, dont les principaux films ont été présentés à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, est mort à Caracas, le 13 janvier, à l’âge de 68 ans.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 16h04
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 16h06
    |

                            Paulo A. Paranagua








                        



                                


                            
Le cinéaste vénézuélien Diego Risquez est mort samedi 13 janvier, à Caracas, à l’âge de 68 ans, des suites d’une tumeur. Auteur d’avant-garde, ses principaux films ont été présentés à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, où il avait des admirateurs et des défenseurs inconditionnels. Coiffé d’un grand chapeau et d’une queue-de-cheval, il avait la fière allure de dandy romantique, familière parmi les festivaliers.
Diego Risquez Cupello est né le 15 décembre 1949, à Juan Griego, sur l’île de Margarita (Venezuela), dans une illustre famille de médecins, d’universitaires et d’académiciens. Il a reçu la passion de l’histoire vénézuélienne en héritage. Avec ses parents, il a passé une partie de son enfance et de sa jeunesse en Europe et aux Etats-Unis. Il avait ainsi ce curieux mélange d’enracinement et de cosmopolitisme qui caractérise la modernité vénézuélienne. Avec des collègues de l’université catholique Andres Bello, à Caracas, il interprète un court-métrage dès 1971. Mais avant d’embrasser le cinéma, il a été un acteur de la scène artistique, alternant les performances, le théâtre, la photographie, les installations et les expositions.
Ses films transforment l’épopée historique en symphonie plastique
La découverte des caméras Super 8 lui permet de transformer cette phase d’expérimentation en projet cinématographique. Il enchaîne ainsi deux longs-métrages tournés en Super 8 et un troisième en Super 16, qu’il considérait comme un « triptyque » : Bolivar, Sinfonia tropikal (1979), sur le patriarche de l’indépendance, Simon Bolivar ; Orinoko, Nuevo Mundo (1984), sur la période coloniale ; Amerika, terra incognita (1988), sur l’impact de la découverte des Amériques en Europe. Tableaux vivants sans dialogues, composés par un fin connaisseur de l’iconographie, ces films transforment l’épopée historique en symphonie plastique, avec une combinaison paradoxale de minimalisme et d’exubérance.
Figure de l’indépendance
Le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Jugé en tant qu’ancien président de l’Institut national de l’audiovisuel, l’actuel président de Radio France fait appel du jugement.
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Favoritisme à l’INA : Mathieu Gallet condamné à un an de prison avec sursis

Jugé en tant qu’ancien président de l’Institut national de l’audiovisuel, l’actuel président de Radio France fait appel du jugement.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 13h54
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 17h06
    |

            Alexandre Piquard








                        



   


Le jugement est lourd : l’ancien président de l’Institut national de l’audiovisuel, Mathieu Gallet, a été condamné à un an de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende, lundi 15 janvier. L’actuel président de Radio France était jugé pour « favoritisme », soupçonné d’avoir commandé environ 400 000 euros de prestations à deux sociétés de conseil sans avoir respecté les règles des marchés publics, lorsqu’il présidait l’INA. Le tribunal a plutôt suivi les conclusions du parquet, qui avait requis dix-huit mois de prison avec sursis et 40 000 euros d’amende, lors d’une longue audience tenue le 16 novembre.
Une décision contestée en appel par M. Gallet
Contacté par Le Monde, l’avocat de Mathieu Gallet, Christophe Ingrain, annonce sa volonté de contester le jugement : 
« Nous faisons immédiatement appel pour que la cour examine ce dossier avec sérénité et dans le respect des droits de la défense. Compte tenu des conditions dans lesquelles l’enquête et l’audience se sont déroulées, la décision du tribunal n’est pas une surprise. »
Dans leur plaidoirie, les avocats de Mathieu Gallet avaient tenté d’obtenir la nullité de la procédure en arguant que la procureure de la République de Créteil, Amélie Cladière, se serait montrée « partiale » et aurait commis des erreurs : par exemple en imposant à un personnage public une garde à vue superflue, en n’interrogeant pas certains acteurs-clés ou en envoyant deux citations à comparaître successives.
Les avocats avaient même porté plainte contre le parquet de Créteil pour violation du secret de l’enquête car selon eux, l’enquête pour favoritisme n’était pas officiellement close quand, le 23 juin dernier, les agences de presses ont appris auprès du parquet le renvoi en correctionnelle de Mathieu Gallet.
Deux contrats de conseil au cœur de l’affaire
Lors de l’audition, Mathieu Gallet avait plaidé la méconnaissance de certains usages des établissements publics, assurant qu’« avant [son] arrivée à l’INA, [il] n’avai[t] jamais été confronté à ces questions de marché public ». A l’audience s’étaient affrontées deux cultures : d’un côté, l’habitude, courante dans le secteur privé, d’avoir recours à des consultants extérieurs pour mener des audits, accompagner des projets ou dispenser des conseils en communication. De l’autre, le souci de la dépense de l’argent de l’Etat, avec notamment les procédures de marchés publics.
Deux contrats étaient concernés. Le premier avait été signé avec le cabinet de conseil Roland Berger en 2013 pour accompagner la fusion des directions des archives et du dépôt légal. Un premier marché a été passé avec appel d’offres, mais il a été suivi d’un avenant puis d’un « marché complémentaire », pour un montant total de 290 000 euros, ce qui aurait pu justifier une procédure « d’appel d’offres européen ».
Selon l’accusation, l’INA dirigé par Mathieu Gallet a « saucissonné » le marché pour éviter cette procédure plus contraignante et pour le confier à Roland Berger, qui avait déjà travaillé pour l’INA en 2010. La défense avait rétorqué que seize candidats avaient été mis en concurrence, puis cinq offres formelles longuement examinées. Et que les avenants et le marché complémentaire avaient été rendus nécessaires car la réforme s’était révélée « difficile » à mener.
Le second contrat n’avait lui pas fait l’objet d’une mise en concurrence. Il s’agissait de prestations commandées à Balises, la société du consultant Denis Pingaud : pour 5 000 euros par mois, soit un total de 130 000 euros, ce qui aurait dû déclencher un appel d’offres, selon la procureure. M. Gallet a justifié le choix d’un conseiller qu’il connaissait depuis 2008 et a assuré s’être « reposé sur les équipes en place », qui n’auraient pas demandé la mise en concurrence de ce contrat. « Cela a été fait » à Radio France, a ajouté M. Gallet, qui est ensuite devenu président de cette entreprise de l’audiovisuel public : une société de M. Pingaud y a obtenu un contrat de douze mois, ensuite soumis à un appel d’offres.
Mathieu Gallet n’entend pas démissionner de Radio France
Cette affaire pose la question des conséquences pour Mathieu Gallet : ce jugement peut-il gêner son action à Radio France ou obérer son avenir ? De façon préventive, le président de Radio France, interrogé par Le Monde, avait exclu de démissionner en cas de condamnation lors d’un entretien recueilli mi-décembre : « Mon mandat court jusqu’en mai 2019 et je resterai pleinement investi jusque-là ».

        Lire l’entretien avec Mathieu Gallet :
         

          « Rapprocher des structures, est-ce être plus fort ou être plus lourd ? »



Le dossier est délicat. Dans la majorité issue de l’élection d’Emmanuel Macron, l’action de Mathieu Gallet semble faire l’objet d’une certaine bienveillance. Les choix budgétaires et les expressions de l’exécutif ont davantage ciblé le groupe France Télévisions de Delphine Ernotte que Radio France.
Joint par Le Monde, le ministère de la culture préfère prudemment renvoyer vers le Conseil supérieur de l’audiovisuel, seule autorité à pouvoir mettre fin à son mandat :
« C’est d’abord à Mathieu Gallet qu’il revient d’apprécier les éventuelles conséquences de la décision. La loi donne actuellement au seul CSA le pouvoir de nommer et de défaire les mandats. Dans ce cadre, toute intervention de l’exécutif serait critiquable. L’audiovisuel public est dans une situation spécifique : ses dirigeants doivent bénéficier de garanties d’indépendance par rapport à l’exécutif. »
Quelles conséquences pour la suite ?
« Le mandat des présidents […] peut leur être retiré, par décision motivée », prise par le CSA « à la majorité des membres qui le composent », dit la loi de novembre 2013 sur l’indépendance de l’audiovisuel public. Selon nos informations, le Conseil ne devrait pas se pencher sur le cas Gallet avant au minimum mercredi, jour de sa prochaine session plénière.
Pour arguer en faveur du maintien de M. Gallet, il pourrait être mis en avant que les faits ne concernent pas Radio France mais son entreprise précédente. Par ailleurs, le fait que Mathieu Gallet ait fait appel pourrait pousser le CSA à différer sa décision.
La réaction des syndicats sera scrutée. Philippe Ballet, président de l’Unsa (4e syndicat de la maison), ne demande pas le départ de M. Gallet : « Doit-il démissionner ? Non, vu qu’il a fait appel ». Il regrette toutefois que « la décision conteste un peu la légitimité du président à la tête de Radio France, à un moment où la relation et le rapport de force avec la tutelle est important » en raison de la réforme de l’audiovisuel public annoncée par le gouvernement.
Alors que la procédure de renouvellement du mandat de Mathieu Gallet devrait, en principe, être enclenchée à la fin de 2018, l’exécutif envisage, auparavant, de changer le mode de nomination pour le confier au conseil d’administration des entreprises concernées. De plus, le gouvernement imagine de créer une structure pilotant à la fois Radio France et France Télévisions, ce qui supposerait de nommer un dirigeant unique dès le courant de 2018. Un poste auquel Mathieu Gallet pourrait, en principe, se porter candidat.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Le festival de danse contemporaine fête ses 20 ans avec une programmation mêlant toutes les esthétiques.
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L’élan toujours juvénile de Faits d’Hiver

Le festival de danse contemporaine fête ses 20 ans avec une programmation mêlant toutes les esthétiques.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 12h03
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 12h05
    |

                            Rosita Boisseau








                        



   


Le festival de danse Faits d’hiver a 20 ans. Il a pris de l’ampleur sans laisser au vestiaire son élan juvénile. De douze spectacles programmés dans une seule salle, en 1999, à quatorze pièces distribuées dans dix théâtres à Paris et en Ile-de-France, la manifestation parisienne, pilotée par Christophe Martin, a fait grimper les enchères de la danse contemporaine. Elle a généré un réseau de partenaires aussi variés que la Gaîté Lyrique, la Conciergerie ou Le Tarmac. De quoi faire fantasmer sur une communauté de programmateurs se battant pour l’art chorégraphique. « On n’est plus dans la concurrence entre diffuseurs comme c’était le cas il y a encore une dizaine d’années », affirme Christophe Martin, qui annonce trente-huit lieux fédérés depuis vingt ans autour de Faits d’hiver.



Ce cercle gravite autour du studio Micadanses, situé dans le Marais. Samedi 13 janvier, pour la soirée d’ouverture de la vingtième édition, la foule débordait joyeusement des nouveaux gradins – 130 places – sur des coussins pour la performance Blitz-9000 pièces. Conçue par l’Australienne Joanne Leighton, qui a présenté un extrait de Songlines sur le thème de la marche, le programme distinguait trois chorégraphes toutes générations confondues. Pauline Simon a fait dialoguer deux téléphones portables en parlant de la « sérenpidité » au cœur de son nouveau spectacle Une histoire de la distance ; Arthur Perole a rejoué un extrait envoûtant de Stimmlos, sur le thème du romantisme noir; tandis que Dominique Brun a introduit une œuvre de 1931 sur l’extase de la pionnière américaine Doris Humphrey (1895-1958). Parallèlement, une mini-exposition de dessins, photos et objets documentait leurs recherches.

        Lire aussi la critique :
         

          Arthur Perole aligne les muses



Les bras grands ouverts
L’éclectisme des propositions entre concept, écriture et ancrage historique signe cette manifestation aux bras grands ouverts depuis ses débuts. « Nous défendons toutes les esthétiques, poursuit Christophe Martin. Paradoxalement, ce qui me frappe, c’est que cette diversité, qui reflète la danse contemporaine, l’empêche de s’unifier. Les chorégraphes, qui se battent chacun dans son coin pour leur reconnaissance, ne savent pas faire front ensemble en pesant de manière collective et revendicatrice sur le développement de leur art. »
Parmi les artistes qui ont marqué le festival, Marco Berrettini, Thomas Lebrun, Geisha Fontaine et Pierre Cottreau, Annie Vigier et Franck Apertet, Carlotta Ikeda, Serge-Coulibaly, Aude Lachaise… A l’affiche de l’édition 2018 : Lionel Hoche, Camille Mutel, Eléonore Didier…Un panorama plutôt français que vient piquer un brin d’international.
« Effectivement, il y a une tendance française assumée à Faits d’Hiver dans un contexte où les chorégraphes d’autres pays sont largement soutenus à Paris, enchaîne Christophe Martin. Je n’appartiens pas à un réseau international. En revanche depuis 2015, je suis dans le Paris Réseau Danse qui regroupe quatre structures en défendant des choix communs ». 
Esprit de groupe et ouverture ont une conséquence majeure : la dilatation du cercle des spectateurs d’abord piochés dans le milieu chorégraphique au grand public. Depuis quatre ans, le festival navigue entre 85 et 92 % de taux de remplissage. Une vitesse de croisière impeccable pour franchir le cap des vingt ans.
Faits d’Hiver. Paris. Jusqu’au 17 février. Tél. : 01 42 74 46 00. De 10 à 25 euros. www.faitsdhiver.com
A lire : Paris danses d’auteurs. Nouvelles éditions Scala. 25 euros. www.editions-scala.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ A Gennevilliers, Julien Gosselin met en scène un texte hypnotique, écrit par Aurélien Bellanger.
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« 1993 », ou le miroir éclaté de notre monde

A Gennevilliers, Julien Gosselin met en scène un texte hypnotique, écrit par Aurélien Bellanger.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 10h35
    |

            Brigitte Salino








                        



                                


                            

Julien Gosselin n’aime pas le théâtre patrimonial. A la relecture des classiques, il oppose son désir d’un théâtre européen d’aujourd’hui. Et il le met en pratique, depuis ses débuts, en choisissant des auteurs contemporains comme Michel Houellebecq, Roberto Bolaño ou Don DeLillo, dont il adaptera trois romans au prochain Festival d’Avignon. En attendant, le metteur en scène, qui, à 30 ans, est une figure de proue de la jeune génération, propose, au Théâtre de Gennevilliers, un spectacle saisissant, 1993, dont le texte a été écrit par Aurélien Bellanger.
Au départ, les deux trentenaires voulaient parler de Calais, la ville de Julien Gosselin, en recueillant des témoignages, des migrants aux skinheads. Finalement, Aurélien Bellanger s’est emparé du sujet, à sa manière, comme dans ses romans, La Théorie de l’information (Gallimard, 2012) ou Le Grand Paris (Gallimard, 2017) : 1993 est un essai politique et poétique, qui renvoie du monde un miroir éclaté.

Deux tunnels sont au centre de la réflexion de l’auteur : celui sous la Manche, et celui de l’accélérateur de particules du CERN. L’un et l’autre abolissent une frontière, entre le Royaume-Uni et la France, entre la France et la Suisse. Ils témoignent d’une Europe du début des années 1990, libérale et technologique, en laquelle des politologues comme Francis Fukuyama voyaient un symbole de la fin de l’histoire.
Autant il y a de mots, dans la première partie du spectacle, jusqu’à la saturation, autant ce sont les corps qui ensuite dominent
Aurélien Bellanger traite cette pensée avec une ironie souriante mais mordante : vous avez eu tout faux, monsieur Fukuyama, dit-il en substance, en croyant que la question politique ne reviendrait pas au pas de charge dans cette Europe où seule semblait prédominer l’économie. Elle est revenue, avec ce que l’on n’aurait pas imaginé à la fin du XXe siècle : qu’une ville comme Calais, symbole d’une Europe...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ La société de production et de distribution du cinéaste Luc Besson, a annoncé lundi prévoir un plan de sauvegarde de l’emploi en France.
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Europacorp, le groupe de Luc Besson, va supprimer 22 postes sur 79 en France

La société de production et de distribution du cinéaste Luc Besson, a annoncé lundi prévoir un plan de sauvegarde de l’emploi en France.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 10h23
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 11h00
   





                        



   


EuropaCorp, la société de production et de distribution de cinéma en difficulté de Luc Besson, a annoncé qu’elle allait supprimer 22 emplois sur 79 en France.
« Si ce plan était adopté, l’effectif en France serait de 57 personnes à l’issue de sa mise en œuvre », explique le groupe dans un communiqué diffusé lundi 15 janvier. Il estime que cet effectif « correspond aux besoins de l’entreprise pour mener à bien sa stratégie de recentrage sur ses activités cœur de métier » dans l’Hexagone.
Le 15 décembre, EuropaCorp avait annoncé avoir essuyé une perte nette de 70,6 millions d’euros lors du premier semestre de son exercice décalé 2017-2018, due aux contre-performances des films distribués aux Etats-Unis. L’an dernier, sur la même période, le groupe était déjà dans le rouge mais n’avait perdu que 27,6 millions d’euros.
La performance de « Valérian » en question
La « mini-major » créée par Luc Besson en 1999 peine à se relever de la performance moindre qu’espéré de son film à gros budget Valérian et veut réduire ses ambitions en se contentant de produire chaque année quatre ou cinq films d’action ou thrillers, comme Lucy ou les séries Taxi ou Taken, qui ont fait son succès par le passé.
Europacorp a récemment cédé ses activités de production télévisuelle pour la France au patron de cette filiale, EuropaCorp Television, pour onze millions d’euros. Luc Besson a aussi repris les rênes de l’entreprise après le départ programmé de son directeur général, Marc Shmuger, fin 2017.
Sur les six premiers mois de son exercice, le chiffre d’affaires a, en revanche, été multiplié par deux à 138,1 millions d’euros, ce que le groupe explique par « les revenus générés par Valérian et la Cité des milles planètes ». L’action d’EuropaCorp a perdu 72 % l’an dernier.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Des mannequins dénoncent les agissements des photographes stars.
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Les photographes de mode Bruce Weber et Mario Testino accusés de harcèlement sexuel

Des mannequins dénoncent les agissements des photographes stars.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 10h21
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 10h27
    |

            Claire Guillot (avec AFP)








                        



                                


                            

La vague de dénonciations à la suite de l’affaire Harvey Weinstein continue de déferler sur la photographie de mode. Dans ce secteur où la séduction et le désir sont une composante essentielle des images, on a longtemps fermé les yeux sur les relations ambiguës cultivées par certains photographes stars avec les jeunes filles qui se dénudent devant leur objectif. Mais le vent a tourné : en octobre 2017, Terry ­Richardson, aux images ouvertement sexuelles – que des modèles avaient déjà accusé d’agression lors de shootings (ce qu’il a toujours démenti) –, a été blacklisté par tout le groupe Condé Nast (Vogue, Vanity Fair, Glamour, GQ…). Aujourd’hui, ce sont des hommes qui accusent de harcèlement deux grandes figures du milieu, Mario Testino et Bruce Weber, dans un article publié le 13 janvier par le New York Times.

Mario Testino, 63 ans, est depuis quarante ans une des vedettes du magazine Vogue. Il a photographié non seulement tous les acteurs et musiciens de premier plan, mais aussi la princesse Diana, dont il a publié un portrait mémorable en 1997 dans Vanity Fair. C’est lui, aussi, qui a pris la photo de la joueuse de tennis Serena Williams avec son bébé pour la couverture de février de Vogue. Dans le New York Times, treize hommes, mannequins et anciens assistants, l’accusent de leur avoir fait des avances ou d’avoir sollicité des relations sexuelles.

Le mannequin Ryan Locke, qui considère Mario Testino comme un « prédateur sexuel », raconte que lors d’une séance photo destinée à une publicité pour Gucci dans les années 1990, le photographe se serait enfermé seul avec lui dans le studio, et se serait jeté sur lui sur le lit en lui disant : « Je suis la fille, tu es le garçon. » Plusieurs assistants témoignent que le photographe leur touchait le sexe ou se masturbait devant eux. Roman Barret, qui travaillait pour Mario Testino à...




                        

                        


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L’Ircam et le Centre Pompidou font concert commun

Les deux institutions travaillent de plus en plus étroitement, comme le montre l’exposition « L’œil écoute ».



Le Monde
 |    15.01.2018 à 10h11
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 10h23
    |

                            Pierre Gervasoni








                        



                                


                            

Pendant quarante ans, l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam), conçu par Pierre Boulez comme un super-studio de création, a vécu bon gré, mal gré son association implicite au Centre Pompidou. Ces deux institutions, jumelées dans les textes fondateurs et sur le plateau Beaubourg, donnaient souvent l’impression de s’ignorer, incarnant au plus haut niveau le peu d’intérêt réciproque que manifestaient sur le terrain plasticiens et musiciens. Quand un événement de grande ampleur (par exemple, un parcours artistique multimédia) tentait d’associer l’Ircam à un projet du Centre Pompidou, le rapprochement semblait forcé et le résultat s’avérait décevant.
Les choses ont changé. Serge Lasvignes, président du Centre depuis 2015, et Frank Madlener, directeur de l’Ircam depuis 2006, entretiennent bien plus que des relations de circonstance. L’« exposition-dossier » « L’œil écoute » montre à quel point l’apport des équipes de l’Ircam peut être enrichissant dans l’abord des œuvres signées par des peintres, des sculpteurs, des photographes ou des cinéastes.
Face-à-face pertinents
Le principe est simple mais efficace : proposer un focus d’ordre musical (à partir de divers documents sonores ou non) à l’intérieur ou en marge de certaines salles des collections permanentes du Musée national d’art moderne. Ici, le jazz et Van Dongen, là, Erik Satie et Brancusi. Partout, des face-à-face pertinents, mais pas toujours connus, à l’instar de ces artistes « musicalistes », tels Henry Valensi et Léopold Survage, qui, dans les années 1910-1930, peignent l’un une Symphonie verte et l’autre un Rythme coloré.
Le « spectateur-auditeur-visiteur », auquel Frank Madlener disait vouloir s’adresser par la programmation de ManiFeste 2017, n’est donc plus seulement sollicité au moment du festival ; il l’est encore, et c’est nouveau, dans le cadre de la saison de l’Ircam. Ainsi, le concert donné par le Lemanic Modern Ensemble, samedi...




                        

                        


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Sauver la peau de Carmen dans la foulée de l’affaire Weinstein, un contresens

En épargnant l’héroïne de Bizet, l’Opéra de Florence pense soutenir les femmes mais tue la tragédie.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 09h49
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 16h06
    |

                            Marie-Aude Roux








                        



                                


                            

Qui a dit que l’opéra était un art hors de son temps ? L’onde de choc Weinstein (dont l’histoire finira sans doute sur une scène) et les violences faites aux femmes s’invitent à leur tour dans l’arène lyrique. Dans la série #balancetonopera, Carmen, qui se retrouve en première ligne depuis que la nouvelle production, présentée du 7 au 18 janvier à l’Opéra de Florence, a décidé d’épargner la cigarière pour sacrifier son meurtrier, Don José.
Au-delà du vaste débat sur le respect et la fidélité dus aux œuvres, toucher au synopsis d’un opéra ne relève plus de l’événement depuis que les hommes de théâtre ont pris, avec talent parfois, le pouvoir sur les scènes lyriques. Les exemples abondent, qu’il serait fastidieux de citer. Mais Carmen reste l’opéra le plus joué du monde – en moyenne deux fois par jour si l’on en croit le site Operabase, qui répertorie pour l’année 2017 pas moins de 719 représentations du chef-d’œuvre de Bizet au fil de 179 productions présentées dans 128 villes. C’est aussi le seul qui a su traverser toutes les couches sociales, des plus populaires aux sphères philosophiques, de la habanera muleta (« L’amour est un oiseau rebelle ») à la séguedille banderille « Près des remparts de Séville », en passant par son « Frappe-moi donc, ou laisse-moi passer » final.

Bien-pensance
L’« affaire Carmen » a été lancée médiatiquement le 4 janvier après que fut révélé que le directeur de l’Opéra de Florence, Cristiano Chiarot, avait demandé à son metteur en scène, Leo Muscato, de revisiter le final de l’opéra afin de ne pas souscrire aux violences faites aux femmes en applaudissant le meurtre de l’une d’entre elles. Une initiative approuvée par le maire de la ville, Dario Nardella, qui y voit un « message culturel, social et éthique » face à une violence « accrue en Italie ». Autant sauver la peau de Carmen puisqu’on ne peut rien faire pour la centaine de femmes qui meurent chaque année en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ De Phoenix à Fitness Forever ou Giorgio Poi, en concert le 17 janvier à Paris, les échanges prolifèrent entre les musiciens pop des deux pays.
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Un air de romance Italie-France

De Phoenix à Fitness Forever ou Giorgio Poi, en concert le 17 janvier à Paris, les échanges prolifèrent entre les musiciens pop des deux pays.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 09h30
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 12h31
    |

            Aureliano Tonet








                        



                                


                            

C’est un penchant national difficile à réfréner : les refrains français sont très référencés. On a tous quelque chose en nous de Tennessee, Ella, elle l’a, Ma Benz… Clins d’œil, jeux de mots, noms propres, rimes plus ou moins riches saturent l’histoire de la chanson d’ici. Un tic qui cite plus souvent qu’à son tour nos cousins transalpins : L’Italien, Le Rital, La Dolce Vita, Que c’est triste Venise, Bambino, La Mamma, Je t’aime à l’italienne, Week-end à Rome, tout un pan de notre pop lorgne la Botte avec insistance.
Question d’émigration – de Ferré à Ferrer, de Christophe à Reg­giani, de Montand à Dalida, du sang italien coule dans les veines de maints aînés. Question d’imaginaire, aussi – l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, et, pour nombre de nos faiseurs d’airs, l’air serait plus inspirant de l’autre côté des Alpes : « Les arts à l’Italie, l’esprit comique à la France, la science à l’Allemagne, la raison à l’Angleterre, tel a été l’arrêt du destin », décrétait Stendhal, pour qui « la musique seule vit en Italie, et il ne faut faire en ce beau pays que l’amour ».
De Paris à Rome, cette romance hors d’âge connaît un brusque retour de flammes. Il y a deux ans, Arnaud Fleurent-Didier, discret depuis que le disque-concept La Reproduction l’avait révélé en 2010, revenait avec Un homme et deux femmes, single annonciateur d’un album à venir : une affriolante affaire de transports transalpins, tant aériens qu’amoureux, roucoulée sur des arrangements morriconiens.

En juin 2017, ses amis du groupe Phoenix, autres piliers de la « French touch », publiaient Ti amo. Un sixième album en forme de panégyrique de l’Italie en général, et de ses meilleurs chanteurs – Lucio Battisti, Franco Battiato, Luca Carboni… – en particulier. C’est à la mort de leur père, né dans le Trentin-Haut-Adige, que les frères Mazzalai, les deux guitaristes du quatuor, se sont plongés dans la...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/01/2018
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« Maléfiques », par Nine Antico (épisode 15)

Tous les lundis, « La Matinale du Monde » publie un strip de la dessinatrice Nine Antico.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 07h08
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/01/2018
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Jazz vocal et expériences pop : notre sélection musicale

Chaque lundi, le service Culture du « Monde » propose aux lecteurs de « La Matinale » un choix de concerts, de festivals, de clips…



Le Monde
 |    15.01.2018 à 06h33
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 09h06
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Des concerts de jazz à Paris, un festival avant-gardiste à Saint-Ouen et la tournée de Nada Surf en France. Voici nos coups de cœur de la semaine.
DEUX CONCERTS : 
Gil Evans Paris Workshop, au Sunside, à Paris, le 16 janvier

Dans notre choix des cinq albums préférés publiés en 2017, c’est un double CD, Spoonful (Jazz & People), du Gil Evans Paris Workshop dirigé par le pianiste Laurent Cugny, qui était en tête. La formation fait vivre de temps à autre son répertoire sur scène, comme cela sera le cas au Sunside, à Paris, mardi 16 janvier – sont aussi annoncés, au même endroit, des concerts les 13 mars et 1er mai.
Un répertoire qui mêle des compositions de Cugny, de membres du big band et de compositeurs de l’histoire du jazz et de musiques proches (la fratrie Gershwin, Django Reinhardt, Milton Nascimento…), de Gil Evans (1912-1988) et des arrangements que le compositeur, chef d’orchestre, arrangeur et pianiste avait écrits sur des thèmes de Jelly Roll Morton, Willie Dixon, Charles Mingus et George Russell notamment. Avec les sections de saxophones et trompettes, deux trombones, un cor anglais, une flûte, de la clarinette et un tuba apportent, dans la manière de Gil Evans, de riches couleurs, des atmosphères soyeuses. Sylvain Siclier
Sunside, 60, rue des Lombards, Paris 1er. Mo Châtelet. Tél. : 01-40-26-46-60. Mardi 16 janvier, à 21 heures. 25 €.
The Glossy Sisters, Camille Bertault, Sandra Nkaké et Lisa Simone, au Trianon, à Paris, le 20 janvier

   


Pour la troisième année consécutive, le mensuel Jazz Magazine, en collaboration avec la structure All That Jazz, organise un festival. Lequel est consacré aux voix féminines le temps d’une soirée. Dans la belle salle du Trianon, à Paris, se succéderont ainsi, samedi 20 janvier, le trio The Glossy Sisters, dans la tradition des formations vocales swing, Camille Bertault, pour laquelle le magazine titrait récemment qu’elle est une « future grande » du jazz, Sandra Nkaké, qui apporte au genre sa connaissance de la soul music, et Lisa Simone, dans l’héritage artistique de sa mère, Nina Simone, tout en développant une identité propre, en particulier par la sûreté de son phrasé. S. Si. 
Le Trianon, 80, bd de Rochechouart, Paris 18e. Mo Anvers. Tél. : 01-44-92-78-00. Samedi 20 janvier, à 18 heures. De 60 € à 85 €.
UN FESTIVAL : MOFO, à Mains d’œuvres, à Saint-Ouen, du 18 au 20 janvier

   


En dépit de menaces pesant, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), sur le laboratoire culturel de Mains d’œuvres, dont le bail pourrait ne pas être renouvelé, le festival MOFO y tiendra, pour la quatorzième fois, ses quartiers, à l’avant-garde des expériences pop. Difficile, en effet, de trouver programmation plus prospective dans l’univers sans compromission de l’autonomie artistique et de l’indépendance discographique.
La soirée d’ouverture, le 18 janvier, sera placée sous le signe d’étranges voyages et rêveries, avec les paysages électro-folk-ambient dessinés par Etienne Jaumet, Emmanuelle Parrenin et Eat Gas, le violon hanté de Tamara Goukassova (ex-Konki Duet), l’orgue du pionnier électro nigérien Mammane Sani ou le jazz minimaliste de Limousine. L’hypnose urbaine dominera le lendemain, avec, par exemple, le krautrock berlinois de Camera, la techno punk des Anglais de Giant Swan ou les élans psyché de Noyades, avant une prime à la délicatesse, le 20 janvier, avec le Mancunien Francis Lung (ex-Wu lyf), la psychotronica de DBFC, les déambulations gainsbouriennes de Cliché ou le crooning enfumé de Lonely Band. Stéphane Davet
Festival MOFO, à Mains d’œuvres, 1 rue Charles-Garnier, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Tél. : 01-40-11-25-25. Du 18 au 20 janvier, à 19 heures. 15 €; forfait 3 jours : 45 €.
UN VIDÉO CLIP : « Everybody’s Coming To My House », de David Byrne

Ce n’est pas vraiment un hasard si le titre du nouvel album solo de David Byrne, American Utopia, résonne avec celui de son plus brillant disciple, LCD Soundsystem, American Dream, paru en septembre. Inutile de rappeler que le contexte politique aux Etats-Unis s’y prête… Et tout comme James Murphy en 2016, l’ex-meneur des Talking Heads, 64 ans, opère aussi cette année son grand retour, quatorze ans précisément après son précédent album solo. « Le titre n’est pas ironique, déclare David Byrne. Je n’ai pas de prescriptions ou de réponses sûres, mais je sens que je ne suis pas le seul à demander, à me demander et à conserver un tout petit peu d’espoir tout en refusant de céder au désespoir et au cynisme. Ce n’est pas facile mais la musique aide. »
L’album, attendu pour le 4 mars sur le label Nonesuch/WEA, a été conçu en partie avec son vieux complice britannique Brian Eno, jadis producteur des Talking Heads, sans omettre leur fameuse collaboration My Life in The Bush of Ghosts (1981). Il y a matière à se réjouir, d’autant que le premier extrait, Everybody’s Coming To My House, distille un groove qui semble toujours avoir un temps d’avance, en nouant audacieusement cuivres, percussions et textures électro urbaines. Le titre s’accompagne d’un clip d’animation en noir et blanc, réalisé par le vidéaste Robert Edridge-Waks à partir de portraits de l’auteur de Once in a Lifetime. Franck Colombani
UNE TOURNÉE : Nada Surf, en France, du 3 au 11 février

   


L’amour, toujours l’amour… Nada Surf n’a jamais cessé de transmettre l’espoir de ce message universel dans ses chansons à la verve power pop contagieuse. En 2002, le trio américain sortait son troisième album, Let Go, qui lui a permis de rompre avec son étiquette « grunge », grâce à des compositions plus calmes et finement ciselées, dont quelques titres (Inside of Love, Blonde on Blonde, Happy Kid…) devenus sur scène des classiques de leur répertoire.
Quinze ans plus tard, le désormais quatuor emmené par le chanteur francophile Matthew Caws interprétera son album charnière dans son intégralité, lors d’une tournée qui passera en février par la France, avec pas moins de huit dates : le 3 février à Lille (L’Aéronef), le 4 à La Rochelle (La Sirène), le 5 à Paris (Cabaret Sauvage), le 6 à Angers (Le Chabada), le 8 à Strasbourg (La Laiterie), le 9 à Lyon (L’Épicerie Moderne), le 10 à Six-Fours-Les-Plages (Espace Culturel André Malraux) et le 11 à Toulouse (Le Bikini).
Parallèlement, un disque hommage, intitulé Standing At The Gates : The Songs of Nada Surf’s Let Go (Mardev Records), paraîtra le 2 mars, constitué des reprises du fameux album par quelque orfèvres pop tels que Aimee Mann, Ed Harcourt, Rogue Wave… Une forme de consécration amplement méritée. F. C.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Dans leur essai, Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman dénoncent un « interventionnisme congénital » de l’Etat qui remonterait au Moyen Age. Selon eux, « l’Etat gagnerait à se “revisiter” − à se délester des domaines qui ne doivent plus être les siens, tout en se renforçant puissamment dans son domaine régalien ».
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Aux sources d’une France bien peu libérale

Dans leur essai, Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman dénoncent un « interventionnisme congénital » de l’Etat qui remonterait au Moyen Age. Selon eux, « l’Etat gagnerait à se “revisiter” − à se délester des domaines qui ne doivent plus être les siens, tout en se renforçant puissamment dans son domaine régalien ».



Le Monde
 |    15.01.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 08h31
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

Le livre. Encore aujourd’hui, l’Etat menace le plein déploiement de la liberté des hommes. C’est le point de vue de Mathieu Laine, directeur du cabinet de conseil Altermind et fréquent contributeur aux pages Débats du Monde, et de Jean-Philippe Feldman, professeur de droit et spécialiste de l’histoire des idées.
Certains qu’il faut « transformer la France » pour libérer le potentiel de chacun, ils se lancent « à la rencontre du passé et des traits qui font de notre beau pays l’un des plus rétifs au changement ». Et partout ils découvrent la trace d’un Etat omniprésent. Leur étude de l’histoire confirme leur intuition : des habitudes figées rien de moins que dans l’ADN du pays empêchent celui-ci d’évoluer. La France serait centralisatrice, interventionniste, protectionniste, encline à la pression fiscale, ambiguë dans son rapport aux libertés et aux religions, prompte à l’envie et habitée d’un « réflexe fonctionnaire ».
c’est sous Colbert, semble-t-il, que l’interventionnisme atteint un sommet
L’acte de naissance de « l’interventionnisme permanent » remonterait ainsi à 803. La monarchie organise alors le commerce en fixant les horaires et les jours d’ouverture des commerces et des marchés. Mais ce ne fut qu’une première étape, par la suite, la couronne déterminera par décret les prix des denrées. Bientôt, des péages sont établis sur les routes et « entravent la liberté de circulation ». Mais c’est sous Colbert, semble-t-il, que l’interventionnisme atteint un sommet. Cet influent ministre de Louis XIV met en place une politique de mercantilisme : « droits de douanes élevés, prohibitions, protectionnisme, création de manufactures royales, colonisation et subventions ». Se déploie alors une « hyper-réglementation marquant durablement les mentalités ».
La Révolution ne met pas fin à cette fâcheuse tendance, pis, elle y ajoute un « légicentrisme assumé »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ La romancière canadienne avait signé une chronique samedi mettant en garde contre la chasse aux sorcières. Attaquée sur Twitter, elle s’est défendue dimanche.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/01/2018
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Margaret Atwood : « #MeToo, symptôme d’un système judiciaire cassé »

La romancière canadienne avait signé une chronique samedi mettant en garde contre la chasse aux sorcières. Attaquée sur Twitter, elle s’est défendue dimanche.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 03h34
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 12h42
   





                        



   


La romancière canadienne Margaret Atwood, malmenée pour son manque d’empathie avec les femmes victimes de harcèlement sexuel, a passé le dimanche 14 janvier à expliquer les raisons d’une chronique où elle argumentait que le mouvement #MeToo est le reflet d’une justice qui ne fonctionne pas. « Le mouvement #MeToo est le symptôme d’un système judiciaire cassé », a-t-elle écrit dans une tribune titrée « Suis-je une mauvaise féministe » et publiée dans le quotidien canadien Globe and Mail samedi. « Trop souvent, les femmes et les autres victimes d’abus sexuels, faute d’obtenir une audience juste des institutions, y compris les entreprises, utilisent un nouvel outil : Internet », poursuit-elle.
Les réactions ont alors déferlé, plus souvent à charge que pour soutenir la romancière dont l’adaptation de son ouvrage le plus connu, La Servante écarlate (titre original : The Handmaid’s Tale) a été couronnée aux derniers Emmy Awards en septembre. Dans cette fiction, elle décrit un futur apocalyptique d’une société dominée par une secte qui transforme les femmes fertiles en esclaves sexuelles.
« Etoiles tombées du ciel »
En référence aux actrices qui ont dénoncé les agressions du producteur déchu Harvey Weinstein, la romancière de 78 ans parle d’« étoiles tombées du ciel », sonnant comme un sérieux rappel à l’ordre. « Mais après ? », s’interroge Mme Atwood. Les institutions, les entreprises et les lieux de travail doivent faire le ménage ou « on peut s’attendre à ce qu’encore plus d’étoiles tombent et aussi pas mal d’astéroïdes ».
Et Margaret Atwood de se référer à l’histoire pour dénoncer les risques d’une justice expéditive et populaire. La conception « coupable car accusé » renvoie « à la Révolution française, les purges du stalinisme dans l’ex-URSS, la révolution culturelle en Chine, la dictature des généraux en Argentine ou les premiers jours de la révolution iranienne ». « La condamnation sans procès, c’est le début de la réponse à un manque de justice, que le système soit corrompu comme dans la période prérévolutionnaire en France, ou qu’il n’y en ait simplement pas comme au Far West, alors les populations prennent elles-mêmes les choses en main », a-t-elle écrit.
Très active sur son compte Twitter, elle a répondu à ses détracteurs dimanche. Certaines femmes l’accusaient d’avoir signé une pétition en soutien à un professeur d’université poursuivi pour harcèlement. « Partager un tweet n’est pas l’approuver. Nous devons être conscients des avis qui ne sont pas les nôtres », a-t-elle posté sur le site de micro-blogging, comme également ce rappel : « Si tout le monde adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme, il y aurait égalité des sexes. »




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Notre choix du soir. La nouvelle saison de cette anthologie britannique est vibrante d’inventivité et portée par un certain optimisme (sur Netflix à la demande).
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TV - « Black Mirror » s’attaque à la colonisation des esprits

Notre choix du soir. La nouvelle saison de cette anthologie britannique est vibrante d’inventivité et portée par un certain optimisme (sur Netflix à la demande).



Le Monde
 |    14.01.2018 à 18h15
    |

                            Martine Delahaye








                        


Série sur Netflix à la demande

Après deux époustouflantes saisons de Black Mirror, créées pour Channel 4 au Royaume-Uni, Charlie Brooker, à partir de 2016, a poursuivi sa réflexion sur la révolution technologique actuelle non plus pour la télévision, mais pour le compte de Netflix. La saison 3 de Black Mirror s’est étoffée, passant de quatre à six épisodes, tout en ­conservant son principe de base : chaque épisode repose sur une trame fictionnelle différente. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux, « San Junipero » – lequel délaissait, pour une fois, le fond dystopique de cette anthologie pour le romantisme –, qui s’est vu couronné de l’Emmy Award du meilleur épisode de série, en 2017.
La saison 4, que Netflix vient de mettre en ligne, apparaît moins manifestement noire, dans son ensemble, que celles qui ont fait la renommée grandement méritée de Black Mirror. Mais il ne s’agit que d’une illusion d’optique, en quelque sorte. Charlie Brooker ne s’y interroge plus tant sur les effets cauchemardesques de l’omniprésence technologique (Internet, caméras, robots) que sur les possibles détournements de la conscience humaine : exploitation de la mémoire comme une matière première, transfert de sensations entre individus, mimétisme de clones remplaçant les humains.
D’excellentes actrices
Après les conquêtes géographiques et spatiales des siècles passés, semble-t-il nous avertir, c’est aujourd’hui à la colonisation des esprits qu’il conviendrait de réfléchir. A quelles prochaines dérives ou atrocités s’attendre des découvertes dans l’empire de la robotique ? A quel prix fait de servitude volontaire se paieront l’aide à la décision et l’assistance, doublées d’abandon de tout libre arbitre, permises par les fulgurantes avancées de l’intelligence artificielle ?
Lors de cette quatrième saison, où chaque épisode se révèle moins glaçant qu’auparavant mais plus empreint d’un sombre fatalisme, impossible de ne pas franchement rire ou sourire. Notamment en découvrant « USS Callister », qui se révèle aller bien au-delà d’une pure caricature du space opera (« opéra de l’espace ») des années 1960 Star Trek. Un volet qu’il faut voir même si, a priori, on déteste ce dernier ou la science-fiction.

   


« USS Callister » réunit en outre toutes les qualités qui distinguent cette saison : un traitement visuel des plus soignés (mention particulière pour l’épisode « Metalhead », tourné dans un superbe noir et blanc par David Slade) ; d’excellentes actrices – l’ensemble de la saison est avant tout porté par des femmes (dont Rosemarie DeWitt dans le volet « Arkangel », face à la caméra tenue par Jodie Foster) ; un brin d’optimisme, ne serait-ce que dans « Hang the DJ », le seul épisode à jouer les fleurs bleues en faisant écho aux comédies romantiques traditionnelles.
Dommage, cependant, que l’extraordinaire imagination dont son créateur a fait preuve depuis les débuts de la série ne donne pas lieu, au final, à des enjeux plus forts, dans cette saison, et surtout à des conclusions d’épisode plus abouties, mieux pensées. Peut-être, sur une thématique aussi exigeante que celle-ci, eût-il mieux valu s’en tenir à la production de trois volets par an.
Black Mirror, saison 4, créée par Charlie Brooker. Avec Rosemarie DeWitt, Cristin Milioti, Andrea Riseborough, Georgina Campbell, Maxine Peake (GB, 2017, 6 volets de 38 à 76 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ A voir aussi ce soir. Le premier volet de la série sur la décolonisation de Laurent Joffrin et Laurent Portes se penche sur la décennie qui a vu la France perdre ses territoires en Indochine (sur France 5 à 22 h 35).
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TV - « Le Jour où le Sud a gagné sa liberté »

A voir aussi ce soir. Le premier volet de la série sur la décolonisation de Laurent Joffrin et Laurent Portes se penche sur la décennie qui a vu la France perdre ses territoires en Indochine (sur France 5 à 22 h 35).



Le Monde
 |    14.01.2018 à 18h00
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 5 à 22 h 35

   


Il suffit parfois d’un rien, de quelques minutes décisives, d’une attitude un peu plus conciliante, pour éviter le pire. C’est ce que l’on retient de ce premier volet de la série documentaire (trois épisodes de 52 minutes) « Le jour où », signée Laurent Joffrin et Laurent Portes, qui donnent aux tractations menées par Pierre Mendès France à Genève en juin 1954 face à ses interlocuteurs soviétiques, américains, chinois et vietnamiens, des allures de thriller. A quelques minutes près, le conflit indochinois qui s’éternisait depuis près d’une décennie aurait, paraît-il, basculé dans une nouvelle guerre mondiale, avec troupes chinoises, américaines et soviétiques entrant dans la fournaise.
Après une première saison consacrée à la manière dont Hitler a perdu la guerre (un épisode retraçant les décisions de Roosevelt, un autre concernant Churchill et un troisième de Gaulle), les auteurs proposent, cette fois, une trilogie traitant de la fin de l’empire colonial français. Avant l’Algérie (diffusion le 21 janvier) et l’Afrique française (28 janvier), ce premier épisode se penche sur la décennie qui a vu la France perdre ses territoires en Indochine. Une guerre du bout du monde, ignorée par l’opinion publique française.
Premiers combats pour l’indépendance
L’Indochine, c’était la perle de l’empire français, la colonie la plus rentable économiquement. Au Cambodge, au Laos et dans les trois régions du Vietnam (Tonkin, Annam, Cochinchine), il ne s’agit pas de colonies de peuplement et la présence des colons français est faible. A l’aide d’archives intéressantes et de scènes reconstituées qui le sont moins, ce documentaire retrace les premiers combats de mouvements indépendantistes vietnamiens, les trajectoires de fortes personnalités résistantes comme Ho Chi Minh ou le général Giap, et les enjeux géostratégiques d’une région convoitée.
Lors de la conférence de Potsdam, en 1945, les Français sont absents et le sort de l’Indochine est tranché : au nord du 16e parallèle, les Chinois. Au sud, les Britanniques. Une décision inacceptable pour les Français qui vont, notamment avec le général Leclerc et sa mythique deuxième DB, reprendre le contrôle du territoire indochinois. Quelques dizaines de milliers de morts plus tard, la guerre se terminera avec la déroute de Dien Bien Phu, sanglante bataille qui débuta le 20 novembre 1953, autour d’une cuvette tenue par les troupes françaises, et qui s’acheva par la reddition des survivants français, le 7 mai 1954.
La guerre totale, à quelques minutes près
Dans un contexte international très tendu, alors que la guerre de Corée vient à peine de prendre fin et que la guerre froide est une réalité, la situation indochinoise inquiète les grandes puissances. Le 17 juin 1954, Pierre Mendès France, nouveau président du Conseil, annonce qu’il se donne trente jours pour mettre fin à la guerre d’Indochine, faute de quoi il démissionnera.
S’attachant à la personnalité de Mendès, les auteurs se focalisent sur les délicates tractations genevoises entre le Français et ses interlocuteurs. Face au communiste vietnamien Pham Van Dong, qui refuse de négocier un recul au-delà du 13e parallèle de la frontière entre Nord et Sud-Vietnam, il lance : « Vous allez nous obliger à la guerre totale. Et les Américains ne nous laisseront pas tomber. » Quelques minutes avant minuit, un accord sera finalement trouvé. Le 21 juillet 1954, Mendès peut annoncer : « La raison et la paix l’ont emporté. » Le retrait sécurisé des troupes françaises est acté. Mais des milliers de prisonniers restent détenus au Nord.
Le Jour où le Sud a gagné sa liberté, de Laurent Joffrin et Laurent Portes (Fr., 2017, 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Chronique BD. Avec leur nouveau personnage, le commissaire Kouamé, la scénariste et le dessinateur Donatien Mary proposent un polar burlesque dans la capitale ivoirienne.
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Chronique

A Abidjan, poulet braisé sauce Marguerite Abouet

Chronique BD. Avec leur nouveau personnage, le commissaire Kouamé, la scénariste et le dessinateur Donatien Mary proposent un polar burlesque dans la capitale ivoirienne.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
              datetime="2018-01-14T17:45:31+01:00"

        Le 14.01.2018 à 17h45






    

Crédits : 


Chronique. Costume, cravate et chapeau de feutre, le commissaire Marius Kouamé ne craint pas la chaleur. D’ailleurs, dans ses locaux, les malfrats se retrouvent menottés à des radiateurs, histoire de cracher plus rapidement leurs aveux sous la pression du mercure. Nous sommes à Abidjan, au cœur des quartiers « chauds bouillants » si chers à la très créative Marguerite Abouet. L’auteur internationalement connue de Aya de Yopougon (six tomes, 17 traductions et une adaptation cinématographique) et de la petite Akissi, a choisi cette fois le genre du polar pour nous conter d’une nouvelle manière sa Côte d’Ivoire et ce pays d’enfance qui l’anime et la pousse à créer.

        Lire aussi :
         

                « Something We Africans Got », la revue qui veut « replacer le continent au centre de l’Histoire »



Kouamé écume la ville en tous sens et nous entraîne, tambour battant, à la recherche des auteurs d’un assassinat. L’affaire est d’autant plus grave que la victime est un haut magistrat très connu et prénommé… Compliqué. Kouamé marche à grands pas pressés, soucieux de n’omettre aucun détail et d’examiner chaque pièce à conviction avec acuité, malgré l’épaisseur de ses verres de lunettes. A la base de son crâne dégarni, ses cheveux grisonnants en disent long sur son expérience de vieux grigou de la police criminelle de la ville. Ils en disent long aussi sur son appartenance à la vieille école, celle des époques passées où l’on coffrait les criminels sans un regard pour les billets tendus dans l’espoir d’arranger les choses en graissant quelques pattes. Avec Kouamé, pas moyen de moyenner. Flanqué d’un chauffeur et garde du corps blanc en outre collectionneur de petites voitures et intimidateur en chef, le commissaire joue les justiciers incorruptibles.
Au passage, Marguerite Abouet se replonge dans l’âge d’or du pays qu’elle a laissé derrière elle lorsqu’elle en est partie, à l’âge de 12 ans. Ces « Dix Glorieuses » ivoiriennes où le président Houphouët-Boigny élevait des gratte-ciel dans sa capitale, faisait bâtir une basilique gigantesque, tourner des barrages hydroélectriques, et donnait à sa population l’accès gratuit à la santé et à l’école.
La nostalgie, moteur créatif
Ces années sont restées dans la mémoire de l’auteure, gravées en lettres d’or et magnifiées par le temps et la distance. D’ailleurs elle ne s’en défend pas et avoue avec simplicité : « Je crois que je suis une grande nostalgique. Je pense que nous le sommes tous, du moins la plupart des Ivoiriens qui ont connu cette époque et nous aimerions qu’il y ait toujours des Aya féministes et volontaires, des commissaires Kouamé qui aient le sens de la droiture et du travail bien fait… Nous aimerions revivre l’époque bénie d’avant les conflits et les événements douloureux, même si elle n’était pas sans défauts et même si, depuis, la Côte d’Ivoire a surmonté la guerre et en est à une autre étape aujourd’hui. »

    

Crédits : 


Mais dans ce nouvel opus, Marguerite Abouet aborde aussi, comme elle aime à le faire, les problématiques actuelles. Si les codes du polar sont bien là, servis par le trait joyeusement déjanté de l’illustrateur Donatien Mary, on n’en profite pas moins pour évoquer ces questions sur lesquelles la société ivoirienne est amenée à se pencher peu à peu ces dernières années. Le cadavre de Compliqué n’a-t-il pas été retrouvé dans une maison close du quartier Mon-mari-m’a-laissée ?
Prostitution, homosexualité, marginalité mais aussi solitude des femmes, fracture entre jeunesse et caciques au pouvoir… Autant de pistes ouvertes sous les apparences d’un polar loufoque et d’enquêteurs burlesques. Derrière ce rire léger, Marguerite Abouet propose ainsi un deuxième niveau de discours qu’un lecteur attentif retrouvera dans l’ensemble de son travail non seulement d’auteur de bandes dessinées, mais aussi de scénariste de séries télévisées. Une manière subtile de nous inviter à réfléchir à notre tour, car nous l’avons compris, avec elle, la BD s’adresse tout autant aux adultes qu’aux enfants.
Commissaire Kouamé, tome I : Un si joli jardin, de Marguerite Abouet et Donatien Mary (Gallimard).


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Après les best-sellers « Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie », la romancière revient à la veine sociale de ses débuts. « Les Loyautés », autour de la maltraitance enfantine, le prouve.
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Delphine de Vigan : « J’aime cette idée que mes romans soient vraiment le reflet d’une époque »

Après les best-sellers « Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie », la romancière revient à la veine sociale de ses débuts. « Les Loyautés », autour de la maltraitance enfantine, le prouve.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


                                                        
Elle répond aux questions que l’on lui pose avec une affabilité réfléchie. Visage mobile dont les traits rappellent celui de Sandrine Bonnaire, Delphine de Vigan s’exprime à grand renfort de gestes, nourrit la discussion de souvenirs d’un échange précédent, parle vite mais prend le temps de formuler précisément ce qu’elle va dire, sans recourir au pilote automatique des phrases mille fois répétées. Il y a chez la romancière à la douceur énergique une véritable attention à l’autre, on s’en rend rapidement compte en la rencontrant. Ses lecteurs le savent. Tant d’entre eux ont fait la queue en librairie, lors de foires et autres salons, après la sortie de Rien ne s’oppose à la nuit (JC Lattès, 2011, prix du roman Fnac, prix Renaudot des lycéens, prix France Télévisions, prix des lectrices de Elle – entre autres), où elle évoquait sa mère, qui s’était suicidée en 2008, livre devenu phénomène de librairie, qui a propulsé cette timide, inquiète de sa légitimité, au rang des incontournables de la scène littéraire française. Tant d’entre eux, après avoir entendu dans ce livre des échos à leur propre vie familiale, ont longuement confié celle-ci à l’écrivaine.
Manifeste pour la liberté de l’auteur
Cette ferveur un peu accaparante du public, et sa manière de l’absorber comme une éponge, ont d’ailleurs nourri son roman suivant, D’après une histoire vraie (JC Lattès, 2015). Il s’ouvrait sur l’état exsangue dans lequel sa narratrice, une certaine Delphine de Vigan, sortait après la promotion de Rien ne s’oppose à la nuit ; fragilisée au point de devenir la proie d’une femme qui finissait par prendre le contrôle de son écriture. Enorme succès de nouveau. Plébiscité par le public et la critique, prix ­Renaudot et Goncourt des lycéens, ce roman au dispositif roué, avançant dans les eaux du thriller tendance Stephen King sous le faux pavillon de l’autofiction, en a enthousiasmé beaucoup, ravis de s’être laissé manipuler. Il en a rendu « furax »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Fin décembre 2017, l’ex-première dame a célébré son anniversaire dans l’intimité, à l’hôtel Meurice, seulement accompagnée de quelques amis journalistes et d’un photographe de « Paris Match ».
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Elle est comme ça… Carla Bruni


                      Fin décembre 2017, l’ex-première dame a célébré son anniversaire dans l’intimité, à l’hôtel Meurice, seulement accompagnée de quelques amis journalistes et d’un photographe de « Paris Match ».



Le Monde
 |    14.01.2018 à 08h15
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            Philippe Ridet








   


Cette commémoration-là, on ne l’avait pas vue venir. On était chaud – déjà la larme à l’œil et le doigt sur la couture du pantalon – pour les 100 ans de l’armistice de 1918, les 60 ans du retour du général de Gaulle au pouvoir, le demi-siècle de Mai 68, les 40 ans de la mort de Claude François et les 20 ans de la victoire de la bande à Zidane lors de la Coupe du monde de football. 2018 nous promettait des nostalgies en tous genres.

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En comparaison, 2017 nous avait laissés sur notre faim. Comment frissonner aux 30 ans de la création de M6, ou aux 100 ans de la disparition de l’aviateur Georges Guynemer ? Il manquait un événement, un vrai, fédérateur et concernant. Nous ignorions encore que Carla Bruni fêtait son demi-siècle, le 23 décembre exactement, un jour caché dans les derniers replis du calendrier.
Comment peut-on être aussi étourdi ! Nous étions trop occupé à faire des paquets cadeaux, sans doute. Heureusement, la semaine dernière, Paris Match et Elle sont venus réparer cet oubli en consacrant leur toute première couverture de ce début d’année à cette information qui, sans eux, serait restée largement occultée. C’eut été dommage.
Rebelle et rangée
Il y a plusieurs manières de célébrer son anniversaire. Entre amis, en famille, seul comme un rat avec une bouteille de mauvais alcool en ruminant sur ce foutu temps qui passe (croyez-nous : on a tout essayé). Carla Bruni, elle, a décidé de fêter ça avec quelques centaines de milliers de lecteurs. Pour Match, son ami le photographe Gilles Bensimon l’a entraînée à l’Hôtel Meurice à Paris pour faire quelques photos, pendant que son amie la journaliste Tristane Banon lui posait quelques questions (« Es-tu vraiment aussi polie qu’on le croit ? »).
Si on n’a pas sauté sur un lit du Meurice à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie.
L’ex-égérie des podiums et ex-première dame de France se livre sur ses goûts : « Dans la vie courante, je n’aime que le naturel. » Sur l’amitié : « C’est assez rare. C’est comme un amour sans désir. » La perte de l’innocence : « L’insouciance est un sentiment rare et qui m’attire comme un souvenir de jeunesse. » C’est joliment dit. Entre-temps, elle saute sur les lits du palace en faisant voler ses cheveux. Si on n’a pas sauté sur un lit du Meurice à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie.
Voilà, elle est comme ça Carla Bruni. Rebelle et rangée (« je suis très dépendante de lui » – « lui », c’est Nicolas Sarkozy, même plus la peine de le nommer), nostalgique et inquiète (« Nous sommes dans une époque un peu sombre. »). Elle n’a rien à vendre. Son dernier disque (French Touch) est sorti à l’automne 2017 ; son prochain concert en France est prévu en mai. Elle est là, tout simplement, et n’a rien d’autre à faire savoir.
« J’ai 50 ans ce soir », de Jean-Claude Pascal

Vieillir c’est aussi ça : rappeler qu’on existe, conjurer l’oubli. Elle aurait pu pour l’occasion composer une chanson, le chaînon manquant entre 40 ans (Michel Sardou) et La vie commence à 60 ans (Tino Rossi). Mais celle-ci existe déjà, interprétée par Jean-Claude Pascal (1927-1992), acteur, chanteur et sosie de Dean Martin : « J’ai 50 ans ce soir et si je crâne un peu/C’est que l’âme est solide et si je prends des poses/Ce n’est que par instants quand la peur se repose… » Bon, là on a peut-être gâché l’ambiance…


