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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Pour les chercheurs d’ICG, Michaël Ayari et Issandr El-Amrani, le pouvoir tunisien doit parachever la transition démocratique sept ans après la chute de Ben Ali.
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Point de vue

En Tunisie, « le risque d’une dérive autoritaire »

Pour les chercheurs d’ICG, Michaël Ayari et Issandr El-Amrani, le pouvoir tunisien doit parachever la transition démocratique sept ans après la chute de Ben Ali.


LE MONDE
              datetime="2018-01-15T18:13:43+01:00"

        Le 15.01.2018 à 18h13






    
Des forces spéciales tunisiennes montant la garde à Ettadhamen, le 14 janvier 2018.
Crédits : FETHI BELAID/AFP


Tribune. La Tunisie connaît un nouvel épisode de contestation et de violence sociale. Le dernier en date, celui de janvier 2016, avait contribué à écourter la durée de vie du gouvernement de Habib Essid, remplacé par l’actuel premier ministre, Youssef Chahed, en août 2016. Si le sentiment diffus est celui d’un bis repetita, le contexte est plus délicat et les aboutissements plus incertains.
L’euphorie révolutionnaire qui a suivi le départ de Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2011, n’est désormais plus qu’un vague souvenir. La realpolitik, l’inertie administrative et le marasme économique ont transformé les espoirs en désillusion, voire en résignation.
Le pays semble prisonnier d’une transition sans fin qui affaiblit l’Etat et le fait dériver vers l’autoritarisme. Les fondamentaux économiques se dégradent, les pouvoirs publics rompent progressivement avec leur politique d’achat de la paix sociale – près de la moitié du budget de l’Etat est, en effet, consacré au paiement des salaires dans la fonction publique.
« Fuite en arrière »
Les décideurs politiques font face à une tâche très délicate à un moment où le doute s’installe quant à l’efficacité de la démocratie à relever les défis. Ils doivent mettre en œuvre une Constitution adoptée en janvier 2014, alors que l’élan révolutionnaire suscité par ledit « printemps arabe » s’essouffle (percée fulgurante de l’Etat islamique en Syrie et en Irak à partir de 2013, coup d’Etat en Egypte en juillet 2013, éclatement de la guerre civile en Libye en juillet-août 2014). Il leur incombe aussi de maintenir tant bien que mal une coalition qui permet de réduire la polarisation entre pro et anti-islamistes, mais dont le fonctionnement plutôt opaque cristallise l’opposition des « révolutionnaires » et des nostalgiques du régime autoritaire. En outre, ils doivent également gérer les problèmes sécuritaires, mais surtout économiques, qui menacent la stabilité du pays.

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La classe politique estime devoir trouver rapidement des solutions de court terme, quitte à recourir à celles déjà mises en œuvre sous l’ancien régime. Cette « fuite en arrière » est alimentée par la nostalgie d’un pouvoir exécutif solide et homogène sur le plan idéologique, capable de prendre des décisions expéditives.
Elle vise en particulier à renouer avec l’hyperprésidence, mesure justifiée par le caractère réputé artificiel (non adapté à la culture politique tunisienne) et dysfonctionnel des institutions créées dans le sillage de la révolution de 2010-2011. Selon les partisans de ce retour de l’ancien régime, la greffe démocratique ne prendrait pas, comme l’attesterait la dispersion des centres de pouvoir, la corruption des politiciens et leurs débats stériles.
La tentation de la « restauration »
Les responsables politiques n’ont pas encore cédé à cette tentation autoritaire, redoutée par plusieurs analystes internationaux et qualifiée de « restauration » par de nombreux militants de la société civile. Ce terme réapparaît en effet pour décrire la banalisation des discours qui assimilent la démocratie à la faillite de l’Etat, à la montée de la corruption et de la paupérisation ainsi qu’au retour de plusieurs figures de l’ancien régime à des postes de décision politiques et administratifs.
Revenir au régime de Ben Ali paraît peu réaliste étant donné les nombreuses divisions socio-économiques, politiques et administratives, et le retour de la liberté d’expression depuis 2011.

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Quoi qu’il en soit, hypertrophier le pouvoir exécutif et parvenir à renouer avec la gouvernance autoritaire serait loin d’être une solution aux défis économiques et sécuritaires structurels auxquels le pays fait face. Cela engendrerait, au contraire, davantage de tensions politiques et sociales. Le pays entrerait dans une spirale de répression visant à créer un climat de peur auprès de l’opposition et de la société civile. La liberté d’expression serait réduite, ce qui rendrait les décideurs politiques moins réactifs aux problèmes de larges pans de la population, dont le niveau de vie se détériore, ce qui renforce leur sentiment de discrimination sociorégional et les rend davantage susceptibles de se soulever contre l’Etat.
Incertitude électorale
La Tunisie entre dans une période d’incertitude électorale. Les élections municipales doivent se tenir en 2018 et les scrutins législatifs et présidentiel en 2019. La coalition actuelle, qui peut théoriquement céder la place à une nouvelle majorité, devrait accélérer les réformes prévues par la Constitution tout en renforçant les conditions d’une alternance politique pacifique.
Pour faire face à tout événement imprévu (attentats, vacance provisoire ou définitive de la présidence de la République) dans ce contexte de montée des tensions sociales, il est nécessaire de mettre en place la Cour constitutionnelle dans les plus brefs délais, de créer les instances constitutionnelles indépendantes sans les vider de leur contenu, d’organiser les élections municipales en 2018 et, dans l’immédiat, d’assurer le bon fonctionnement de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) chargée d’organiser ces scrutins, à l’instar des législatives et de la présidentielle en 2019.
Enfin, pour ne pas avoir à osciller brutalement entre austérité et achat de la paix sociale, des réformes ambitieuses devraient viser à rendre l’économie plus inclusive, ce qui favoriserait la création de richesses dans les régions déshéritées et non le partage, le plus souvent injuste, des ressources clientélistes – notamment les emplois publics – qui tendent à se raréfier.

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                « La révolution tunisienne a semé une bonne graine, il faudra patienter pour la cueillir »



Moins attrayant qu’une rupture brutale que nostalgiques de la révolution du 14 janvier 2011 ou de l’ancien régime appellent de leurs vœux, ce programme est nécessaire pour maintenir le cap vers l’idéal démocratique et, surtout, éviter un dénouement violent à l’image de celui qu’ont subi d’autres pays de la région.
Par Michaël Ayari, analyste, et Issandr El-Amrani, directeur du projet Afrique du Nord du cercle de réflexion International Crisis Group (ICG).


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ La tribune cosignée par Catherine Deneuve et Catherine Millet a suscité un vif débat. Retrouvez les points de vue d’écrivains, d’auteurs, de médecins, d’historiens publiés par « Le Monde ».
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Après la « tribune Deneuve », qui a dit quoi, notamment sur le féminisme

La tribune cosignée par Catherine Deneuve et Catherine Millet a suscité un vif débat. Retrouvez les points de vue d’écrivains, d’auteurs, de médecins, d’historiens publiés par « Le Monde ».



Le Monde
 |    15.01.2018 à 16h28
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 16h50
   





                        



   


Le 10 janvier, Le Monde publiait une tribune signée par plus de cent femmes, dont Catherine Millet et Catherine Deneuve. Les auteures s’inquiétaient de la montée d’un nouveau puritanisme se livrant à la délation, depuis l’explosion de l’affaire Weinstein. Elles défendaient un féminisme soucieux de préserver la liberté sexuelle, au prix d’une « liberté d’importuner ». Contre ce texte, plusieurs voix se sont élevées et y ont vu une banalisation du harcèlement et des violences sexuelles. Le Monde regroupe ici les différentes tribunes publiées dans le cadre de cette controverse.
– « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », par un collectif de cent femmes, dont Catherine Millet (critique d’art, commissaire d’exposition et écrivaine) et Catherine Deneuve (actrice). Les auteures rejettent un féminisme qui conduirait à la haine des hommes. Elles dénoncent par ailleurs les effets nocifs que ce « puritanisme » peut avoir actuellement dans le monde de l’art.
– « Le jour où les femmes se sentiront autorisées à exprimer leur désir, elles ne seront plus des proies », par Belinda Cannone. L’essayiste loue la naissance de la parole libérée des femmes. Il faut maintenant arriver à une « égalité dans l’érotisme », c’est-à-dire que l’on cesse d’assigner aux femmes un rôle passif et que l’on repense en profondeur les rapports de séduction.
– Violences sexuelles : « La nature a remplacé la culture comme origine de la violence », par Olivier Roy (politologue). Pour ce spécialiste de l’islam, l’affaire Weinstein replace les violences sexuelles non dans une dynamique culturelle, comme on avait pu le croire après les attaques de Cologne, mais dans une dynamique masculine. C’est la nature du mâle qui est à l’origine des violences sexuelles.
– « A force de laisser croire qu’il est aussi grave de dire que de faire, on finit par inciter au rejet de l’autre », par Murielle Mollo (médecin), elle-même victime de harcèlement sexuel. L’auteure invite à bien distinguer le harcèlement sexuel qui comporte de véritables conséquences psychologiques, de simples approches de séduction. Cet amalgame trop fréquent aujourd’hui pousse, selon elle, à une guerre des sexes.
– « L’absence de solidarité des femmes signataires de cette tribune me sidère », par Michelle Perrot (historienne spécialiste de l’histoire des femmes, professeure émérite à l’université Paris-VII). L’historienne regrette que les cent signataires de la tribune portée par Catherine Deneuve choisissent la voie facile de la soumission. Elles auraient dû mettre leur statut à disposition de la lutte féministe.
– « Mesdames, ne confondez pas les jeux de rôle de salon avec la vie réelle », par Michèle Riot-Sarcey (historienne du politique et du féminisme, professeur d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII-Saint-Denis). Elle estime les signataires de la tribune prônant une liberté d’importuner déconnectées d’avec la réalité du monde quotidien.
– La tribune signée par Mme Deneuve est « l’expression d’un antiféminisme ». Entretien avec Christine Bard (spécialiste de l’histoire du féminisme). Elle explique en quoi la tribune signée par l’actrice peut relever d’une certaine forme d’antiféminisme. Elle observe également que le mouvement #Metoo a transcendé les clivages qui traversent le féminisme.
– Une instigatrice de la tribune des cent femmes dénonce une « censure morale insidieuse », par Sarah Chiche (psychologue et psychanalyste). Signataire de la tribune portée par Catherine Deneuve, la psychologue déplore que le monde de l’art soit aujourd’hui sous le feu du débat féministe, brimant ainsi sa pleine liberté d’expression.
– « La troisième vague du féminisme est tout sauf conservatrice ou puritaine », par Léa Clermont-Dion (auteure et doctorante en sciences politiques à l’université de Laval). L’autrice se révolte de la tribune défendant la liberté d’importuner. En se reposant sur la définition d’une agression sexuelle, elle affirme que cette tribune amène à une banalisation de la violence sexuelle.
– « Continuons sur la lancée de #MoiAussi, les hommes à nos côtés », par un collectif de plus de deux cents Québécoises, dont Aurélie Lanctôt (essayiste), Cœur de Pirate (chanteuse) et Julie Snyder (productrice). Ces femmes affirment leur solidarité envers les victimes de harcèlements ou de violences sexuelles. Elles invitent toutes les parties de la société à se mettre en marche vers une authentique égalité des genres.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Plus qu’un changement d’objet juridique, c’est la valorisation financière des activités d’entreprises concourant au bien commun qu’il faut encourager, estime dans une tribune au « Monde » l’industriel Pierre-Etienne Franc.
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« Les entreprises doivent faire du bien commun le centre de leur stratégie »

Plus qu’un changement d’objet juridique, c’est la valorisation financière des activités d’entreprises concourant au bien commun qu’il faut encourager, estime dans une tribune au « Monde » l’industriel Pierre-Etienne Franc.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 16h00
    |

Pierre-Etienne Franc (Vice-président en charge des nouveaux marchés de la transition énergétique dans un groupe industriel français)







                        



                                


                            
Tribune. Le débat engagé en France autour de l’objet social de l’entreprise est une forme intéressante de mobilisation face au bouleversement de notre environnement économique et social. La contrainte climatique, ajoutée à la prise de conscience par nos sociétés de la finitude de nos ressources, transforme en effet radicalement le rapport des entreprises au monde. Elles ne peuvent plus se contenter d’un horizon productif efficace comme seul engagement de performance durable. L’analyse des externalités de leurs activités est désormais quotidienne, sous la pression médiatique et des réseaux sociaux. Au point que l’opinion en finit par, parfois, oublier les services multiples que les entreprises rendent quotidiennement à la société.
les marges de manœuvres nationales sont limitées et soumises à la concurrence fiscale, sociale et monétaire
De leur côté, les Etats constatent plus que jamais leur difficulté à réguler le monde pour imposer des modèles de développement économiques vertueux. Les enjeux sont mondiaux et les marges de manœuvres nationales sont limitées et soumises à la concurrence fiscale, sociale et monétaire. Ainsi les entreprises, les plus grandes notamment, compte tenu de leur poids dans la structuration du système économique mondial, sont convoquées instamment au débat pour prendre correctement en compte l’impact de leurs activités sur le bien commun.
Mais la notion de « responsabilité sociale de l’entreprise » ne suffit pas à répondre à cette problématique puisque, dans plusieurs secteurs, il ne s’agit plus seulement de développer une activité « conforme » à un corpus de normes sociales et environnementales, mais de développer une offre qui permette aussi de servir le bien commun et d’aligner les activités et les intérêts de l’entreprise avec ceux de la cité. Non point que cela n’ait jamais été le cas, mais les tensions qui pouvaient parfois exister dans le passé entre la performance industrielle et les questions environnementales...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Editorial. Dimanche 14 janvier, à l’occasion de la 104e Journée mondiale des migrants, le pontife romain a réitéré son appel à l’égard des réfugiés, avant d’entamer une tournée au Chili et au Pérou, lundi.
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Réfugiés : le nouvel appel à l’hospitalité du pape François

Editorial. Dimanche 14 janvier, à l’occasion de la 104e Journée mondiale des migrants, le pontife romain a réitéré son appel à l’égard des réfugiés, avant d’entamer une tournée au Chili et au Pérou, lundi.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 12h08
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 12h12
   





                        


Editorial du « Monde ». Depuis le début de son pontificat, en mars 2013, le pape François a une parole qui bouscule son Eglise quitte à déranger ses fidèles. Il l’a encore montré, à la fin de l’année 2017, en admonestant sévèrement la curie romaine. Mais il ne dévie pas de sa route, en premier lieu dans son combat pour l’accueil des migrants. Dimanche 14 janvier, à l’occasion de la 104e Journée mondiale des migrants et des réfugiés, Jorge Bergoglio, issu lui-même d’une famille d’émigrés italiens venus en Argentine, a employé des mots forts.
« Tout immigré qui frappe à notre porte, a-t-il souligné, est une occasion de rencontre avec Jésus-Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque, accueilli ou rejeté. »
Le pontife romain, qui entame lundi 15 janvier un voyage au Pérou et au Chili, a fait écho aux réticences, voire au refus, de l’accueil qui s’expriment dans l’Eglise catholique :
« Les communautés locales ont parfois peur que les nouveaux arrivés perturbent l’ordre établi, “volent” quelque chose de ce que l’on a construit péniblement. Les nouveaux arrivés aussi ont des peurs, ils craignent la confrontation, le jugement, la discrimination, l’échec. Ces peurs sont légitimes, elles se fondent sur des doutes parfaitement compréhensibles d’un point de vue humain. »

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                Visite sous tension du pape François au Chili et au Pérou



Certaine frilosité exprimée
En avril 2016, François était rentré d’une visite sur l’île grecque de Lesbos en embarquant dans son avion trois familles de réfugiés syriens musulmans. Ce geste symbolique avait été diversement apprécié au sein de la communauté catholique. Le 14 janvier, il a réitéré avec force son appel à l’hospitalité : « Ce n’est pas un péché d’avoir des doutes et des craintes, a-t-il affirmé. Le péché, c’est de laisser ces peurs déterminer nos réponses, conditionner nos choix, compromettre le respect et la générosité, alimenter la haine et le refus. Le péché, c’est de renoncer à la rencontre avec l’autre. » Un langage qui sonne comme une mise en garde aux gouvernements européens et un rappel à l’ordre de la communauté catholique.

        L’éclairage:
         

          Journée mondiale des migrants : le pape François lance un nouvel appel à l’hospitalité



Depuis l’appel du pape en septembre 2015, plus de 3 000 réfugiés ont été accueillis dans les diocèses de France. De nombreux signes montrent cependant que, à la base, les catholiques manifestent une certaine frilosité. Un sondage de l’IFOP indiquait, en novembre 2016, que, si 44 % des Français se déclaraient favorables à l’accueil des migrants, les catholiques pratiquants n’étaient que 46 % à partager cet avis. C’est la crainte de voir s’incruster un islam jugé conquérant ou communautariste qui est agitée. Pour Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France, « suivant les quartiers, des personnes ont pu se sentir en insécurité culturelle ». L’archevêque de Marseille plaide pour qu’« une plus grande place soit donnée à la raison, non pas simplement aux slogans et aux peurs ». 
Le souverain pontife se veut aussi pragmatique – en Birmanie, en novembre 2017, il avait défendu la cause des Rohingya sans prononcer leur nom – et reconnaît qu’« un gouvernement doit gérer le problème avec la vertu propre au gouvernant, c’est-à-dire la prudence ». Il invite les migrants à « connaître et respecter les lois, la culture et les traditions des pays qui les accueillent ». Au moment où le projet de loi « asile et immigration » fait l’objet de nombreuses critiques, jusqu’au sein de la majorité, Gérard Collomb devrait s’inspirer de l’humanisme du pape. Dans le strict respect de la laïcité.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Analyse. Pour présider à la refondation d’un PS inaudible qui doit se réinventer une identité, au moins cinq candidats vont briguer les suffrages des adhérents appelés à élire, fin mars, leur nouveau premier secrétaire.
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Le Parti socialiste à la dérive

Analyse. Pour présider à la refondation d’un PS inaudible qui doit se réinventer une identité, au moins cinq candidats vont briguer les suffrages des adhérents appelés à élire, fin mars, leur nouveau premier secrétaire.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 10h27
    |

            Michel Noblecourt








                        



                                


                            

Analyse. Mercredi 10 janvier, pour la dernière fois à son siège parisien de la rue de Solférino – qu’il a vendu et doit quitter fin septembre –, le Parti socialiste présentait ses vœux à la presse. Un rituel qui attire d’habitude une foule de journalistes. Cette année, ils n’étaient qu’une petite quarantaine, entassés dans une salle étriquée pour écouter le discours de Rachid Temal. Ni flonflons ni bulles de champagne.
Le coordinateur de la direction collégiale de vingt-huit membres du PS a réussi, maniant en virtuose la langue de bois, à ne pas commenter les candidatures au poste de premier secrétaire. Un climat crépusculaire qui reflète l’état d’un parti exsangue, inaudible, à la dérive, à trois mois du congrès qui va se tenir, les 7 et 8 avril, dans la commune communiste d’Aubervilliers.

En vue de cette échéance, destinée à donner le coup d’envoi à la refondation d’un PS en ruine, il y a pour l’heure cinq candidats décidés à briguer les suffrages, le 29 mars, des 90 000 adhérents revendiqués – le corps électoral risquant d’être réduit à moins de 40 000 : les députés Luc Carvounas, 46 ans, Stéphane Le Foll, 57 ans, ainsi qu’Olivier Faure, 49 ans, le député européen Emmanuel Maurel, 44 ans, et la députée Delphine Batho, 44 ans, qui s’est déclarée lundi 15 janvier.
Ecuries présidentielles
Les trois premiers sont issus de la même motion, arrivée largement en tête au congrès de Poitiers, en juin 2015, avec 60,04 % des voix. Le benjamin, disciple de Jean Poperen, incarne l’aile gauche, qui, en 2015, avec le renfort des « frondeurs », laminés depuis aux élections législatives, avait obtenu 28,46 %. La majorité a volé en éclats et M. Maurel prétend aller pêcher au-delà de son pré carré, en prônant une « synthèse nouvelle » rassemblant des socialistes avec lesquels il s’est « parfois affronté ». Les courants, en voie d’extinction depuis le début des années 2000, appartiennent à l’histoire du monde d’hier.

Pendant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Déréglementation financière, affaiblissement des administrations publiques ou des syndicats... Donald Trump ne fait que donner un coup d’accélérateur à un mouvement initié par Ronald Reagan dans les années 1980, relève notre éditorialiste Stéphane Lauer.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 14/01/2018
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« Si Trump s’est fait élire en populiste, il gouverne désormais en ploutocrate »

Déréglementation financière, affaiblissement des administrations publiques ou des syndicats... Donald Trump ne fait que donner un coup d’accélérateur à un mouvement initié par Ronald Reagan dans les années 1980, relève notre éditorialiste Stéphane Lauer.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 07h11
    |

            Stéphane Lauer








                        



                                


                            

Chronique. Un an après son investiture, Donald Trump est toujours en campagne. Même s’il vient de faire adopter sa première grande réforme en baissant massivement la fiscalité, le président américain a besoin de se rassurer. Au lendemain de ce vote, il a envoyé à ses partisans un message sous la forme d’un sondage. « Comment qualifieriez-vous ce que fait le Président Trump pour le peuple américain ? », demande l’enquête. Quatre réponses sont possibles : « Génial », « Bon », « Okay » ou « Autres ». Le but consiste à clouer le bec à ses détracteurs, qui persistent à véhiculer des « fake news », comme ces enquêtes d’opinion qui prétendent que cette réforme fiscale est désapprouvée par les deux tiers des Américains. La question était sans doute mal posée.
Pourtant, il suffit de regarder qui va bénéficier de « la plus grande baisse d’impôts de l’histoire », pour avoir une idée de la popularité potentielle de cette réforme. Selon le Tax Policy Center et le Joint Committee on Taxation, deux organismes non-partisans, ce sont les grandes entreprises et les 1 % les plus riches. Si M. Trump s’est fait élire en populiste, il gouverne désormais en ploutocrate. Sa victoire s’est construite grâce aux messages destinés aux « oubliés » de l’Amérique, ces « petits Blancs » de l’intérieur du pays, qui se sentent marginalisés par la marche du monde. Un an plus tard, sa réforme fiscale risque de creuser les inégalités et de saper un peu plus les fondements de la démocratie américaine.

Les bénéfices des entreprises sont à un plus haut historique ? Qu’à cela ne tienne, l’impôt sur leurs profits va baisser d’un tiers ! Le taux marginal pour les hauts revenus était à 39 % contre 70 % quand Ronald Reagan est arrivé au pouvoir en 1980 ? Baissons-le encore un peu plus à 37 % ! Les droits de succession ne concernaient que 0,2 % des foyers fiscaux ? C’était encore trop : la nouvelle loi double le plancher d’exonération à 11 millions...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le ministre des affaires étrangères du Kurdistan irakien considère que le système politique mis en place après 2003 a échoué en raison du sectarisme de Bagdad.
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Falah Mustafa Bakir : « En Irak, la seule solution passe par le confédéralisme »

Dans une tribune au « Monde », le ministre des affaires étrangères du Kurdistan irakien considère que le système politique mis en place après 2003 a échoué en raison du sectarisme de Bagdad.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 05h00
    |

Falah Mustafa Bakir (ministre des affaires étrangères du Kurdistan irakien)







                        



                                


                            

Tribune. Après l’opération de libération de 2003, nous, habitants de la région du Kurdistan irakien, avons opté pour un authentique partenariat avec le nouvel Irak. Nous pensions que celui-ci serait fédéral et démocratique, qu’il serait régi par un gouvernement fédéral fondé sur le consensus, la prospérité et le partage du pouvoir. Mais comme pour de nombreuses autres promesses faites par la communauté internationale avant et après 2003, le système prévu pour l’Irak s’est soldé par un échec. Substituer à ce type de projet dysfonctionnel un système confédéral bien structuré entre l’Irak et le Kurdistan pourrait représenter pour nous tous une planche de salut.

Bien que nous ayons connu des périodes difficiles lors de l’instauration de notre nouveau gouvernement pluraliste, nous avons développé notre propre système, instauré une économie de marché et approfondi notre démocratie afin d’établir des passerelles avec le reste du monde. Malheureusement, en raison notamment du sectarisme du gouvernement central, nos efforts n’ont jamais été étendus au reste de l’Irak, et notre réussite s’est mise à briller d’un éclat trop vif aux yeux des autorités de Bagdad.
Empêcher l’aggravation du chaos
L’accumulation des échecs dans la relation entre le gouvernement régional du Kurdistan et Bagdad a tout naturellement conduit la région du Kurdistan à explorer d’autres voies. Pourtant, là encore, on nous a refusé le droit de décider de notre avenir. Le peuple kurde possède sa propre culture et sa propre identité. Il chérit les valeurs du pluralisme, de la démocratie et de la coexistence pacifique. Le nier ne pourra qu’avoir des conséquences regrettables. Si l’on souhaite que nous continuions à faire partie de l’Irak, le statu quo doit évoluer. Cette situation d’incertitude, dans laquelle on nous refuse l’indépendance tout en nous privant des droits légitimes qui devraient être les nôtres en tant qu’Irakiens, n’est pas tenable.

La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans leur essai, Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman dénoncent un « interventionnisme congénital » de l’Etat qui remonterait au Moyen Age. Selon eux, « l’Etat gagnerait à se “revisiter” − à se délester des domaines qui ne doivent plus être les siens, tout en se renforçant puissamment dans son domaine régalien ».
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Aux sources d’une France bien peu libérale

Dans leur essai, Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman dénoncent un « interventionnisme congénital » de l’Etat qui remonterait au Moyen Age. Selon eux, « l’Etat gagnerait à se “revisiter” − à se délester des domaines qui ne doivent plus être les siens, tout en se renforçant puissamment dans son domaine régalien ».



Le Monde
 |    15.01.2018 à 05h00
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 08h31
    |

            Marc-Olivier Bherer








                        



                                


                            

Le livre. Encore aujourd’hui, l’Etat menace le plein déploiement de la liberté des hommes. C’est le point de vue de Mathieu Laine, directeur du cabinet de conseil Altermind et fréquent contributeur aux pages Débats du Monde, et de Jean-Philippe Feldman, professeur de droit et spécialiste de l’histoire des idées.
Certains qu’il faut « transformer la France » pour libérer le potentiel de chacun, ils se lancent « à la rencontre du passé et des traits qui font de notre beau pays l’un des plus rétifs au changement ». Et partout ils découvrent la trace d’un Etat omniprésent. Leur étude de l’histoire confirme leur intuition : des habitudes figées rien de moins que dans l’ADN du pays empêchent celui-ci d’évoluer. La France serait centralisatrice, interventionniste, protectionniste, encline à la pression fiscale, ambiguë dans son rapport aux libertés et aux religions, prompte à l’envie et habitée d’un « réflexe fonctionnaire ».
c’est sous Colbert, semble-t-il, que l’interventionnisme atteint un sommet
L’acte de naissance de « l’interventionnisme permanent » remonterait ainsi à 803. La monarchie organise alors le commerce en fixant les horaires et les jours d’ouverture des commerces et des marchés. Mais ce ne fut qu’une première étape, par la suite, la couronne déterminera par décret les prix des denrées. Bientôt, des péages sont établis sur les routes et « entravent la liberté de circulation ». Mais c’est sous Colbert, semble-t-il, que l’interventionnisme atteint un sommet. Cet influent ministre de Louis XIV met en place une politique de mercantilisme : « droits de douanes élevés, prohibitions, protectionnisme, création de manufactures royales, colonisation et subventions ». Se déploie alors une « hyper-réglementation marquant durablement les mentalités ».
La Révolution ne met pas fin à cette fâcheuse tendance, pis, elle y ajoute un « légicentrisme assumé »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le spécialiste de l’Iran, Yann Richard, estime qu’après la crise qui a secoué le pays, c’est la question de la succession du Guide qui agite Téhéran.
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Iran : « L’enjeu majeur, c’est l’après-Khamenei »

Dans une tribune au « Monde », le spécialiste de l’Iran, Yann Richard, estime qu’après la crise qui a secoué le pays, c’est la question de la succession du Guide qui agite Téhéran.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 04h30
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 12h30
    |

Yann Richard (Professeur émérite, Sorbonne nouvelle)







                        



                                


                            

Tribune. L’Iran bouge à nouveau et, comme en 2009, lors de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, les médias s’agitent : va-t-on voir la fin de ce régime qui a bouleversé le monde musulman et toute la planète depuis bientôt quarante ans ? La crise actuelle est d’abord une crise intérieure, mais sur fond d’un chaos grandissant dans tout le Moyen-Orient.
Le mécontentement économique a entraîné des protestations en différents endroits grâce aux moyens de communication modernes, résultat d’un profond malaise. Même avec une inflation plus réduite, l’emploi des jeunes ne pourra redémarrer que lorsque l’Iran aura retrouvé des relations commerciales plus naturelles, ce que son potentiel pétrolier et gazier devrait permettre. Mais malgré l’accord sur le nucléaire de 2015, qui prévoit la levée progressive des sanctions, les transactions en dollars sont encore entravées par le blocus américain. La promesse du président Rohani ne concernerait-elle que le redémarrage économique, force est de reconnaître qu’il a échoué. Hélas, dans le domaine des libertés, son bilan n’est guère meilleur : arrestations arbitraires, entraves à la liberté de la presse, à la libre expression, même dans le domaine artistique, intimidations constantes envers les intellectuels… Rien n’a vraiment changé depuis le mandat de M. Ahmadinejad.
Un excellent animal politique
Ne prenons pas ces révoltes pour une révolution qui renverserait le régime. Celui-ci est fort, même s’il est miné par de nombreux ennemis à l’intérieur et à l’extérieur. L’expérience amère de 2009 a appris aux forces répressives qu’elles peuvent museler les opposants, même quand ils ont une raison politique (la contestation électorale) et un leader (Mir Hossein Moussavi). Aujourd’hui, le mécontentement n’a ni leadeur, ni raison politique, ni idéologie. Le ras-le-bol ne suffit pas.

L’attitude, apparemment indécise, du président Rohani peut s’expliquer par le fait que ses adversaires...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », le psychanalyste Franz Kaltenbeck considère que si l’extrême droite est aujourd’hui au pouvoir à Vienne, c’est parce que, à la différence des Allemands, les Autrichiens ont refusé de se lancer dans un travail de mémoire.
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« Si l’Autriche avait assumé son passé, elle se serait engagée dans une autre voie »

Dans une tribune au « Monde », le psychanalyste Franz Kaltenbeck considère que si l’extrême droite est aujourd’hui au pouvoir à Vienne, c’est parce que, à la différence des Allemands, les Autrichiens ont refusé de se lancer dans un travail de mémoire.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 04h30
    |

Franz Kaltenbeck (Psychanalyste autrichien, exerce à Lille et à Paris)







                        



                                


                            

Tribune. Il y a dix-huit ans déjà, en Autriche, le parti conservateur (ÖVP), sous la direction de Wolfgang Schüssel, a formé une première coalition de gouvernement avec l’extrême droite (FPÖ) de Jörg Haider. Vu le programme du FPÖ, un parti fondé par d’anciens SS, les autres gouvernements européens réduisirent leurs contacts avec l’Autriche au minimum, tandis que de puissantes manifestations avaient lieu à Vienne et dans d’autres villes d’Europe, notamment à Paris, pour protester contre cette ignominie. La coalition s’étant brisée deux ans plus tard, après la démission de trois membres du FPÖ, tout sembla rentrer dans l’ordre et la routine s’installa à nouveau.

Mais voici que, quinze ans après, tout recommence avec la coalition gouvernementale formée par le conservateur Sebastian Kurz (ÖVP) et l’ex-néonazi Heinz-Christian Strache (FPÖ), signée le 18 décembre. Mais, d’une façon qui ne laisse pas de surprendre, le retour du FPÖ au gouvernement n’a ému ni les dirigeants européens ni la Commission. Peu de monde a protesté. Il est vrai que la « maladie nazie » de l’Autriche est lassante et que le pays n’a pas grand intérêt politique.
Tour de passe-passe
Pourtant, affirmait Lacan, « la répétition demande du nouveau ». Un aphorisme à méditer dans la situation actuelle. En effet, qu’est-ce qui ne passe pas dans l’histoire autrichienne depuis l’Anschluss, pour faire ainsi turbiner cette compulsion de répétition que Freud n’hésitait pas à qualifier de démoniaque ? Un grand vide : l’absence de l’acte politique qui aurait confronté les Autrichiens avec ce qu’ils ont fait entre 1938 et 1945. A la différence du laborieux travail de mémoire en Allemagne, cette confrontation a, on le sait, été évitée en Autriche grâce à un tour de passe-passe : l’invasion du pays par Hitler prouverait que les Autrichiens ont été les victimes, et non pas les complices, voire les agents, de nombreux crimes !
Or l’Autriche de 1938 n’est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ La romancière canadienne avait signé une chronique samedi mettant en garde contre la chasse aux sorcières. Attaquée sur Twitter, elle s’est défendue dimanche.
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/01/2018
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Margaret Atwood : « #MeToo, symptôme d’un système judiciaire cassé »

La romancière canadienne avait signé une chronique samedi mettant en garde contre la chasse aux sorcières. Attaquée sur Twitter, elle s’est défendue dimanche.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 03h34
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 12h42
   





                        



   


La romancière canadienne Margaret Atwood, malmenée pour son manque d’empathie avec les femmes victimes de harcèlement sexuel, a passé le dimanche 14 janvier à expliquer les raisons d’une chronique où elle argumentait que le mouvement #MeToo est le reflet d’une justice qui ne fonctionne pas. « Le mouvement #MeToo est le symptôme d’un système judiciaire cassé », a-t-elle écrit dans une tribune titrée « Suis-je une mauvaise féministe » et publiée dans le quotidien canadien Globe and Mail samedi. « Trop souvent, les femmes et les autres victimes d’abus sexuels, faute d’obtenir une audience juste des institutions, y compris les entreprises, utilisent un nouvel outil : Internet », poursuit-elle.
Les réactions ont alors déferlé, plus souvent à charge que pour soutenir la romancière dont l’adaptation de son ouvrage le plus connu, La Servante écarlate (titre original : The Handmaid’s Tale) a été couronnée aux derniers Emmy Awards en septembre. Dans cette fiction, elle décrit un futur apocalyptique d’une société dominée par une secte qui transforme les femmes fertiles en esclaves sexuelles.
« Etoiles tombées du ciel »
En référence aux actrices qui ont dénoncé les agressions du producteur déchu Harvey Weinstein, la romancière de 78 ans parle d’« étoiles tombées du ciel », sonnant comme un sérieux rappel à l’ordre. « Mais après ? », s’interroge Mme Atwood. Les institutions, les entreprises et les lieux de travail doivent faire le ménage ou « on peut s’attendre à ce qu’encore plus d’étoiles tombent et aussi pas mal d’astéroïdes ».
Et Margaret Atwood de se référer à l’histoire pour dénoncer les risques d’une justice expéditive et populaire. La conception « coupable car accusé » renvoie « à la Révolution française, les purges du stalinisme dans l’ex-URSS, la révolution culturelle en Chine, la dictature des généraux en Argentine ou les premiers jours de la révolution iranienne ». « La condamnation sans procès, c’est le début de la réponse à un manque de justice, que le système soit corrompu comme dans la période prérévolutionnaire en France, ou qu’il n’y en ait simplement pas comme au Far West, alors les populations prennent elles-mêmes les choses en main », a-t-elle écrit.
Très active sur son compte Twitter, elle a répondu à ses détracteurs dimanche. Certaines femmes l’accusaient d’avoir signé une pétition en soutien à un professeur d’université poursuivi pour harcèlement. « Partager un tweet n’est pas l’approuver. Nous devons être conscients des avis qui ne sont pas les nôtres », a-t-elle posté sur le site de micro-blogging, comme également ce rappel : « Si tout le monde adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme, il y aurait égalité des sexes. »




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Non, le mouvement contre le harcèlement sexuel ne cherche pas à instituer une police des mœurs, estime un collectif de plus de 200 Québécoises, dont l’essayiste Aurélie Lanctôt, la chanteuse Cœur de Pirate et la productrice Julie Snyder, dans une tribune.
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« Continuons sur la lancée de #MoiAussi, les hommes à nos côtés »

Non, le mouvement contre le harcèlement sexuel ne cherche pas à instituer une police des mœurs, estime un collectif de plus de 200 Québécoises, dont l’essayiste Aurélie Lanctôt, la chanteuse Cœur de Pirate et la productrice Julie Snyder, dans une tribune.



Le Monde
 |    15.01.2018 à 01h11
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 01h18
   





                        



                                


                            

[Après la publication de la tribune « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » (Le Monde, 10 janvier) cosignée par l’actrice Catherine Deneuve et l’auteure Catherine Millet, ainsi que plus de 100 femmes, un collectif rassemblant des artistes, des intellectuelles et diverses personnalités publiques québécoises affirme sa solidarité envers les victimes de harcèlement ou de violences sexuelles. Plusieurs des femmes qui ont porté plainte contre le producteur canadien Gilbert Rozon pour harcèlement ou violences sexuelles sont membres de ce collectif. Les signataires prévoient de nouvelles actions en vue du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes.]
Tribune. #MoiAussi, #MeToo, #Balancetonporc : depuis octobre et l’affaire Weinstein, des millions de femmes, de plusieurs pays et cultures, ont uni leurs voix pour dénoncer différentes formes de violence sexuelle. Elles ont dit : « C’est assez. » Le silence doit cesser et la honte, changer de camp.
Au-delà d’Hollywood, cet élan, insufflé d’abord par la militante américaine Tarana Burke il y a dix ans, est celui des travailleuses à bas revenu, des mères de famille, des femmes célèbres ou marginalisées, des adolescentes et des sexagénaires. Leur parole a soulevé partout un vent de reconnaissance, d’empathie, d’espoir fabuleux… et certains débats. Tant mieux. Qui voudrait, en démocratie, de la pensée unique ?
Le constat est néanmoins troublant : partout dans la société, les femmes sont exposées aux diverses formes de violence ou d’agression sexuelles. Comment se fait-il qu’au terme de décennies de lutte pour l’égalité entre les genres, tout cela continue de miner l’existence et les opportunités dont jouissent les femmes ?
Nous savons faire les nuances nécessaires. Oui, il y a une différence entre un commentaire sexiste et une agression sexuelle. Mais un acte a-t-il besoin d’être criminel pour être inapproprié ? S’il est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Après le tollé provoqué par la tribune qu’elle a cosignée dans « Le Monde », l’actrice affirme que « rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon ».
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Article sélectionné dans La Matinale du 14/01/2018
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Harcèlement : Catherine Deneuve s’excuse auprès des « victimes qui ont pu se sentir agressées »

Après le tollé provoqué par la tribune qu’elle a cosignée dans « Le Monde », l’actrice affirme que « rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon ».



Le Monde
 |    14.01.2018 à 21h46
 • Mis à jour le
15.01.2018 à 14h02
   





                        



   


Après un tollé d’une semaine, Catherine Deneuve reprend la parole. L’actrice, qui faisait partie des signataires d’une tribune collective publiée dans Le Monde sur la « liberté d’importuner » des hommes au nom de la « liberté sexuelle », justifie dans les pages de Libération sa prise de position polémique. Dans ce texte publié dimanche 14 janvier, Catherine Deneuve « présente [ses] excuses » aux « victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées » par le texte.
C’est parce qu’elle a senti la « nécessité de précisions » que la célèbre actrice a choisi de réexpliquer sa position, qui a fait l’effet d’une bombe. A contre-courant de l’élan né de l’affaire Weinstein, le texte affirmait ainsi que « la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste » et déplorait un risque de « puritanisme ». De nombreuses femmes ont vu dans cette tribune une « banalisation des violences sexuelles », et un « mépris aux femmes ».

        Lire la tribune en question :
         

          « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle »



« On m’a parfois reproché de ne pas être féministe », répond Catherine Deneuve, qui rappelle être « une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste “Je me suis fait avorter” écrit par Simone de Beauvoir. » Mais elle maintient que « rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé. » 
« Invitation à la délation »
Dans sa lettre, l’actrice rappelle les deux raisons principales qui ont motivé sa signature de la tribune. « Je n’aime pas cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d’arbitrer, de condamner », explique Catherine Deneuve, qui déplore notamment une « invitation à la délation » dans le hashtag #balancetonporc.
« Qui peut m’assurer qu’il n’y aura pas de manipulation ou de coup bas ? Qu’il n’y aura pas de suicides d’innocents ? »
L’actrice évoque également le « danger des nettoyages dans les arts », une raison « à [ses] yeux essentielle » de signer le texte. « Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés », écrit encore l’actrice.

        Lire l’entretien :
         

          La tribune signée par Deneuve est « l’expression d’un antiféminisme »



« Pire qu’un crachat au visage »
Mais c’est aussi à une forme de mea culpa que se livre Catherine Deneuve. Elle n’hésite pas, surtout, à régler ses comptes avec ses cosignataires :
« Il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. »
L’actrice dénonce ainsi, sans la citer nommément, les déclarations de Brigitte Lahaie, qui avait exprimé sur BFM-TV qu’« on peut jouir pendant un viol ». Un propos « pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime », juge Catherine Deneuve, qui critique une « incontinence verbale » qualifiée d’« indigne ». 

        Lire la chronique du médiateur du « Monde » :
         

          Retour sur une tribune polémique



« A elles et à elles seules »
Catherine Deneuve reconnaît elle-même avoir signé un texte qu’elle qualifie de « vigoureux, à défaut de le trouver parfait ». A ce titre, elle déplore avoir reçu le soutien des « conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil », et rappelle qu’elle est « une femme libre ». « Ce qui crée des situations traumatisantes et intenables, c’est toujours le pouvoir, la position hiérarchique, ou une forme d’emprise », reprend Catherine Deneuve. Avant de conclure par ces excuses :
« Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans Le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses. »

Mise au point d’autres signataires
Dans un communiqué adressé à l’AFP, Sarah Chiche, Catherine Millet, Catherine Robbe-Grillet, Peggy Sastre, Abnousse Shalmani, les rédactrices de la tribune « Des femmes libèrent une autre parole » saluent la lettre de Catherine Deneuve envoyée à Libération, où celle-ci réaffirme la nécessité de préserver la liberté sexuelle et de combattre le lynchage médiatique entraîné par le hashtag #balancetonporc, ainsi que la censure artistique.
« Comme Catherine Deneuve le souligne, notre texte ne prétend pas que le harcèlement ait du bon. Par ailleurs, comme elle, nous nous étions immédiatement désolidarisées des propos tenus dans les médias par certaines signataires. »



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans un entretien qu’il a accordé au « Monde » quelques semaines avant son décès survenu le 12 janvier, l’historien des idées analyse l’état des forces du courant « néoréactionnaire » depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.
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Daniel Lindenberg : « Loin de reculer la révolution conservatrice se voit favorisée »

Dans un entretien qu’il a accordé au « Monde » quelques semaines avant son décès survenu le 12 janvier, l’historien des idées analyse l’état des forces du courant « néoréactionnaire » depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 19h10
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            
Quelque temps après la victoire d’Emmanuel Macron, et observant le désappointement du courant que Daniel Lindenberg qualifiait de « néoréactionnaire » vis-à-vis d’un président qui réhabilitait le « progressisme » face au « conservatisme », Le Monde avait proposé à l’historien des idées de réaliser un entretien sur le sujet. La maladie contre laquelle il luttait, tout comme le rythme de l’actualité, avait reporté ce projet. L’interview se fit par mail à la fin du mois de décembre 2017. Nous publions ci-dessous ce dernier entretien dans lequel Daniel Lindenberg montre, une nouvelle fois et malgré les circonstances, qu’il était un intellectuel capable de mettre la plume dans la plaie et de faire vivre le débat tout comme la République des idées.

La présidence d’Emmanuel Macron signe-t-elle une défaite – même momentanée – des néoréactionnaires, qui avaient, lors de la présidentielle, soit opté pour François Fillon, soit pour Marine Le Pen ?
Parler de défaite serait imprudent, surtout dans la mesure où vous choisissez comme critère les résultats électoraux. En réalité, c’est le coup d’arrêt donné à la progression jugée irrésistible de la dynamique néoréactionnaire qui a changé au moins pour un temps le climat idéologique en réhabilitant, par exemple, l’adjectif « progressiste » face à ce que le président appelle « conservatisme » et qui n’est pas obligatoirement une catégorie politique, mais une ouverture vers un optimisme jusque-là disqualifié.
Il n’est plus honteux aujourd’hui de penser que les nouveaux réacs ne sont pas « dans le sens de l’histoire », vu qu’ils représentent une survivance d’idées rétrogrades, y compris chez des penseurs que l’on se plaît à classer comme progressistes. Mais cette bouffée d’optimisme reste fragile car il faut tenir compte du climat particulier de l’élection de Macron et de l’absence, par exemple, d’intellectuels de référence qui porteraient au même niveau d’autorité la nouvelle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Le professeur de sciences politiques Hatem M’rad engage ses compatriotes à la « confiance dans le progrès et la consolidation prochaine des nouvelles institutions ».
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Point de vue

« La révolution tunisienne a semé une bonne graine, il faudra patienter pour la cueillir »

Le professeur de sciences politiques Hatem M’rad engage ses compatriotes à la « confiance dans le progrès et la consolidation prochaine des nouvelles institutions ».

Par                Hatem M’rad



LE MONDE
              datetime="2018-01-14T18:00:28+01:00"

        Le 14.01.2018 à 18h00






    
Des manifestants avenue Habib-Bourguiba, dans le centre de Tunis, marchant contre la corruption, le 13 mai 2017.
Crédits : Zoubeir Souissi/REUTERS


Tribune. La révolution tunisienne était censée être une rupture radicale avec le passé. Sept ans après, en janvier 2018, on est étonné de voir que plusieurs franges de Tunisiens restent attachées au passé, à ses vestiges et pratiques. Et ils le disent tout haut. Les rappels très insistants de Dieu, de Bourguiba et de Ben Ali ont sonné fort après la révolution, et ont inauguré aussitôt le temps des regrets.
On parle liberté, et on voudrait rétablir le despotisme ancien. On parle démocratie, et on voudrait faire de la place à une providence islamiste. En 1789, l’aristocratie et le clergé français, mutilés et vidés de leur substance, pouvaient-ils rétablir tout ce que les courants ont emporté ? Nostalgiques de Dieu et nostalgiques de l’autorité se retrouvent sept ans après en Tunisie.
Les vestiges du passé
Les islamistes sont attachés à la loi immeuble de Dieu, vue et vécue à travers les mœurs et idéaux du Pieux ancêtre, un modèle particulièrement immunisé contre quatorze siècles qui lui ont succédé. L’état social et spirituel des musulmans du VIIe siècle résume ainsi toute l’histoire de l’humanité arabo-musulmane. Il est valable en tout temps et en tout lieu. Nul intérêt d’ajouter que la loi des hommes ne compte plus, elle est désacralisée. L’histoire s’arrête.
Mais les modernistes laïcs sont attachés, eux aussi, aux vestiges du passé plus qu’aux idées de progrès. On vénère une histoire ouverte, puis arrêtée par un homme, Bourguiba, qui de lucide passe par être extralucide, voire translucide et transhistorique. Il est partout et nulle part. A la limite, il habite le Tunisien de tous les temps.

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Après l’idolâtrie bourguibienne survient le culte de Ben Ali, un militaire qui affectionne les procédés brutaux, qui aimait régner par le silence. L’homme était habile dans l’art de la désislamisation. Entendons le traitement policier d’un phénomène politique et social. Ce qui n’est pas, à l’évidence, le fait des leaders d’aujourd’hui, complaisants avec des islamistes, eux-mêmes machiavéliques.
Bref, pour certains modernistes, autant l’ordre était l’apanage du passé, autant la confusion est celui d’un présent empêtré. L’attachement à l’autocratie l’emporte sur l’appréciation présente de l’état de la démocratie. Un état, il est vrai, encore chancelant. Pourtant, leur colère même contre la révolution ou à l’endroit des hommes au pouvoir de la transition est un fait de révolution, un fait de liberté, succédant à leur passivité ancestrale ou à leur humiliation par l’autorité, le parti unique et la famille régnante. Ces franges modernistes sont contrariées encore par l’afflux massif des islamistes dans la transition, comme s’ils étaient venus de nulle part.
Un régime suranné
On se réjouit ainsi après une révolution, vite honnie, d’en appeler au passé, lointain ou contemporain, de conserver des traditions d’un régime suranné, voire de regretter des privilèges. Mais alors, comment peut-on éliminer un dictateur, établir un nouvel ordre démocratique, sans la présence des islamistes, eux-mêmes victimes au premier degré de la dictature ? Des islamistes constituant le tiers de l’électorat tunisien, qu’il faudrait désormais se résoudre à combattre par la démocratie, et non par la terreur, comme sous Ben Ali, ou en tentant de couper leurs têtes, comme le voulait Bourguiba à la veille du coup d’Etat de Ben Ali. En démocratie, les contraires s’affrontent. On tente de civiliser par la liberté, par le droit. La démocratie est beaucoup plus courageuse que les méthodes expéditives. Elle ose, elle, affronter les vices en face, même dans le grabuge.
La révolution, il y a sept ans, était à la fois un hasard et un non-hasard. Les gens font des révolutions parce que l’état social et politique antérieur devient insupportable. Il ne correspond plus au mouvement des idées et des opinions. Si, en façade, ce ne sont pas les idées ou les intellectuels qui ont produit la révolution « de la dignité », ce sont des masses informes d’idées et d’opinions qui, au vu du spectacle d’un demi-siècle d’indignité quotidienne, ont mis lentement en action des forces physiques et matérielles.

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                « La Tunisie à l’épreuve des tisons de la discorde »



Les révolutions sont aussi des faits d’opinion qui avancent, même en silence, même lentement, s’agitent parfois, contournent les résistances au progrès. Une opinion en phase d’accumulation depuis le déclenchement du mouvement démocratique de la fin des années 1970 : date du début du naufrage bourguibien et de l’apparition d’une société civile embryonnaire représentée par le triptyque MDS-UGTT-LTDH (Mouvement des démocrates socialistes, Union générale tunisienne du travail et Ligue tunisienne des droits de l’homme).
Aujourd’hui, après la révolution, c’est l’état démocratique qui devrait faire la civilisation politique et morale. La démocratie est encore chaotique, parfois décevante. Mais on ne peut la repousser sous prétexte justement qu’elle remet en cause un passé révolu, qui ne reviendra plus, qui n’exprime plus le besoin des peuples. Peut-on faire revenir l’esclavage, le système héréditaire, le droit d’aînesse, la répudiation ou la polygamie ? Non.
« Laissons faire l’Histoire »
Même la discrimination des droits des femmes en matière d’héritage est en train d’être balayée par l’Histoire, le progrès de civilisation et l’opinion. La civilisation avance, elle ne recule pas. Lors même qu’elle donne l’impression de reculer, suite à un accident de l’Histoire (guerre, crise, famine), elle n’élimine pas les idées de progrès philosophiques, moraux, qui reprendront aussitôt leur chemin naturel aussitôt les moments d’égarement et de convulsion rectifiés par l’Histoire.
Les nostalgiques des régimes à discours unique, religieux ou laïc, disent que la liberté issue de la révolution nous fait du tort. En réalité, ce qui nous fait du tort, c’est que la révolution a suspendu la liberté, la vraie, restée incomprise, malmenée par des partis (au pouvoir ou dans l’opposition), par des agitateurs et par des mouvements qui en ignorent le sens, qui la veulent pour eux seulement, pas pour les autres. Il en va ainsi dans les transitions.

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Laissons faire l’Histoire. Préparons les réformes qui doivent améliorer les choses, acceptons les séquelles et les déformations nécessaires de la révolution et de la transition qui ont secoué tout un ordre politique et géopolitique, avec ses traditions, ses privilèges, ses discriminations. N’ayons pas la prétention de tout régenter par un coup d’épée tranchant. Suivons le chemin frayé par la liberté, il nous mènera vers toujours plus de liberté. L’islamisme est un mal, une gangrène, personne n’en disconvient. Mais ne nous trompons pas de conjoncture. La lutte est désormais politique, juridique et démocratique, pour peu qu’elle s’insère dans le jeu des institutions modernes.
Ne soyons ni passéistes, ni brutaux, ni intolérants. Ayons confiance dans le progrès, dans la consolidation prochaine des nouvelles institutions, sans nous départir de notre vigilance, qui nous donne toujours le droit de punir le mal lorsqu’il est punissable. La révolution a semé une bonne graine. Il faudra patienter pour la cueillir au bon moment. Le plus important, c’est de vivre dans son siècle, pas dans celui des autres. Ne soyons pas, selon la belle expression de Benjamin Constant, « des imitateurs modernes de l’Antiquité », soyons plutôt des créateurs progressistes de la modernité.
Hatem M’rad est professeur de sciences politiques à l’Université de Carthage et président fondateur de l’Association tunisienne d’études politiques (ATEP).


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Une séquence photographique montrant le président des Etats-Unis, prise en novembre 2017, a ressurgi à l’occasion des récents soubresauts qui ont secoué la Maison Blanche. Pourquoi la lisons-nous comme révélatrice ?
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Donald Trump, génie burlesque

Une séquence photographique montrant le président des Etats-Unis, prise en novembre 2017, a ressurgi à l’occasion des récents soubresauts qui ont secoué la Maison Blanche. Pourquoi la lisons-nous comme révélatrice ?



Le Monde
 |    14.01.2018 à 12h00
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            



C’est l’une de ces images qui semblent condenser une évidence flottant dans l’air du temps. Le président des Etats-Unis, convié à participer à une chaîne symbolique avec d’autres dirigeants et chefs d’Etat, semble empêtré dans son corps et mettre quelques instants avant de parvenir à croiser les bras correctement. Dans cette difficulté à reproduire une consigne gestuelle simplisme, certains ont vu une nouvelle preuve de sa déficience.
Cette photographie d’Andrew Harnik pour Associated Press a d’abord été relayée par des internautes, puis par divers journaux et sites Internet américains le jour même de l’incident, le 13 novembre 2017. Prise lors du 31e sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), à Manille (Philippines), elle a resurgi à la faveur d’un contexte chargé pour la présidence Trump. Les doutes concernant la capacité à gouverner de ­Donald Trump ont été alimentés ces derniers jours par la sortie du livre à charge Fire and Fury, du journaliste ­Michael Wolff, ainsi que par les saillies sur Twitter du président lui-même assurant de sa « stabilité » et se qualifiant de « génie ».
Lapsus corporel
Le comique de la situation n’échappe à personne, mais quels en sont les ressorts ? Christian Godin, philosophe et auteur de l’ouvrage Chaplin et ses doubles. Essai sur l’identité burlesque (Champ Vallon, 2016), nous rappelle que Hegel définissait le comique comme l’expression d’une contradiction non résolue : « Cette photographie condense un ensemble particulièrement riche de contradictions. Entre la solennité de l’instant [qui regroupe des chefs d’Etat clôturant un sommet international] et la pitrerie involontaire du président incapable d’y répondre ; entre la puissance et l’autorité qu’il doit incarner en tant que chef de la première puissance mondiale et son incompréhension de la situation ; entre le talent supposé, voire reconnu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dix ans après la crise financière, l’année 2018 sera-t-elle celle du sursaut de l’Union européenne ? Plusieurs éléments y concourent, mais rien n’est gagné, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/01/2018
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2018, l’année de l’Europe

Dix ans après la crise financière, l’année 2018 sera-t-elle celle du sursaut de l’Union européenne ? Plusieurs éléments y concourent, mais rien n’est gagné, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 08h02
   





                        



                                


                            

Chronique. La crise de 2008, qui conduisit à la plus forte récession mondiale depuis la crise de 1929, avait clairement pour origine les faiblesses de plus en plus criantes du système américain : excès de dérégulation, explosion des inégalités, endettement des plus pauvres. Portée par un modèle de développement plus égalitaire et inclusif, l’Europe aurait pu saisir cette occasion pour promouvoir un meilleur système de régulation du capitalisme global. Patatras : faute d’une confiance suffisante entre ses membres, prisonnière de règles rigides appliquées à contretemps, l’Union européenne (UE) provoqua en 2011-2013 une nouvelle récession dont on se remet à peine.
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 a révélé une nouvelle faille béante du modèle américain. Cela relance la demande d’Europe, d’autant plus que l’évolution des modèles alternatifs (Chine, Russie) n’est guère rassurante.
De multiples défis à surmonter
Pour répondre aux attentes, l’Europe devra toutefois surmonter de multiples défis. D’abord un défi général : la dérive inégalitaire de la mondialisation. L’Europe ne rassurera pas ses citoyens en leur expliquant que la situation y est meilleure qu’aux Etats-Unis ou au Brésil. Les inégalités progressent dans tous les pays, encouragées par une concurrence fiscale exacerbée en faveur des plus mobiles, que l’Europe continue toujours à attiser. Les risques de repli identitaire et de logiques de bouc émissaire ne seront surmontés que si l’on parvient à proposer aux classes populaires et aux jeunes générations une véritable stratégie de réduction des inégalités et d’investissement dans l’avenir.
Deuxième défi : le clivage Nord-Sud, qui s’est dramatiquement accentué au sein de la zone euro, et qui repose sur des récits contradictoires des événements. En Allemagne et en France, on continue de s’imaginer que l’on a aidé les Grecs, puisqu’on leur a prêté de l’argent à un taux d’intérêt inférieur à celui auquel ils auraient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Alors que la Californie vient de rendre légale la consommation de marijuana à usage récréatif, plus que jamais, des voix s’élèvent pour dénoncer l’échec de la guerre contre les stupéfiants.
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Pour la paix des drogues

RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Alors que la Californie vient de rendre légale la consommation de marijuana à usage récréatif, plus que jamais, des voix s’élèvent pour dénoncer l’échec de la guerre contre les stupéfiants.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 06h30
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Le Jour de l’an, alors que les images de milliers de Californiens achetant légalement de la marijuana faisaient le tour du monde, une tribune paraissait dans le New York Times sous le titre : « La guerre ratée contre les drogues ». Elle était cosignée par deux pointures politiques : le républicain George P. Shultz, ancien secrétaire d’Etat de Ronald Reagan, et Pedro Aspe, ex-secrétaire des finances mexicain. Elle s’ouvre sur un constat sans appel : la « guerre contre la drogue » lancée aux Etats-Unis sous Nixon et toujours en cours « a été un échec qui a dévasté des vies, rempli les prisons et coûté des sommes colossales ».
Marché noir
L’argumentation suit : il est irréaliste de vouloir éradiquer les producteurs et les trafiquants des pays pauvres – « l’offre » – quand la consommation récréative des drogues par les pays riches – « la demande » – est considérable. Ce combat génère automatiquement un marché noir aux prix faramineux, qui mobilise des mafias prêtes à tout, réinvestissant leurs « énormes profits (…) dans l’achat d’armes sophistiquées, l’embauche de gangs pour protéger leur commerce, la corruption de fonctionnaires et la fourniture de drogues à des enfants, afin de les rendre dépendants ». Résultat : au Mexique, les violences liées aux cartels ont fait plus de 100 000 morts depuis 2006. Pendant ce temps-là, dans les pays consommateurs, où la prohibition a toujours lamentablement échoué, « un maintien de l’ordre agressif a conduit des milliers de jeunes consommateurs dans des prisons trop pleines, où ils apprennent à devenir de véritables criminels ». Conclusion : un fiasco général.
Alors que faire ? Les deux signataires donnent des pistes : « Dépénaliser la possession de petites quantités de drogue à usage personnel », « avoir le droit de cultiver et de distribuer de la marijuana pour un usage personnel », « créer des centres de traitement (…) où les gens pourraient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Les fausses informations sur l’environnement ne restent pas cantonnées aux réseaux sociaux. On les débusque jusque dans un manuel scolaire, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au service « Planète ».
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« Les “fake news” sur l’environnement se parent bien souvent des beaux atours du débat scientifique »

Les fausses informations sur l’environnement ne restent pas cantonnées aux réseaux sociaux. On les débusque jusque dans un manuel scolaire, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au service « Planète ».



Le Monde
 |    13.01.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 10h46
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Chronique. Le président Emmanuel Macron l’a annoncé début janvier : une nouvelle loi destinée à lutter contre les « fausses nouvelles » (« fake news ») devrait voir le jour avant la fin de l’année. Avec, comme nouveauté attendue, la possibilité d’agir, en référé, afin de tuer le mal à la source et éviter la formation de métastases. Pour ce qui touche à l’environnement ou la santé, une telle approche est certainement inefficace et sans doute dangereuse.
Non qu’il n’existe aucune fausse information en circulation sur ces sujets : elles sont innombrables et chercher à en expurger la Toile serait comme vouloir vider le Pacifique avec un dé à coudre. Le problème est ailleurs. Le plus souvent, sur les sujets connectés à la production scientifique, les « fake news » n’en sont pas vraiment. Elles relèvent plutôt de mises en théorie complexes, d’édifices où s’épaulent les insinuations, les demi-vérités, les approximations et une habile sélection de faits sortis de leur contexte – un peu à la manière dont se construisent les thèses conspirationnistes sur le 11-Septembre ou les révisionnismes historiques. Mais, à la différence de ces derniers, les fausses informations sur l’environnement ne souffrent d’aucun opprobre. Elles se parent bien souvent des beaux atours du débat scientifique, de l’esprit critique ou du doute méthodique.
Courbe de température frauduleuse
Conséquence : ces « fake news » ne restent pas cantonnées à la blogosphère ou aux réseaux sociaux. On les débusque là où on les attend le moins. Jusque dans un manuel scolaire, par exemple. Dans celui de géographie édité par Nathan et destiné aux classes de seconde (Sociétés et développement durable, 2010), on trouve par exemple, à la page 186, une courbe de température frauduleuse – de celles qui circulent sur les blogs climatosceptiques. La courbe (très tranquillisante) exhibe des températures moyennes à l’époque médiévale supérieures de près d’un degré et demi à celles de 2010 !...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Editorial. La contamination à la salmonelle provoquée par les produits du groupe laitier illustre les failles actuelles de la sécurité sanitaire.
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Lactalis : « Il faut renforcer les ­contrôles et les sanctions »

Editorial. La contamination à la salmonelle provoquée par les produits du groupe laitier illustre les failles actuelles de la sécurité sanitaire.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 10h24
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 16h13
   





                        


Editorial du « Monde ». Alors que la crise du lait infantile menace de s’étendre en Europe – un cas de salmonellose vient d’être détecté en Espagne, un autre suspecté en Grèce –, Bruno Le Maire a tapé du poing sur la table. Vendredi 12 janvier, après avoir convoqué Emmanuel Besnier, le toujours invisible président de Lactalis, le ministre de l’économie a annoncé que le leader mondial du lait devra reprendre tous les produits laitiers infantiles fabriqués sur son site de Craon (Mayenne), « quelle que soit leur date de fabrication, dans tous les lieux de commercialisation, en particulier la grande distribution et les pharmacies ». Le précédent rappel, qui courait à partir de février 2017, a été élargi. Pour autant, M. Le Maire a écarté une fermeture du site de Craon, où 250 salariés sur 327 sont déjà au chômage technique.

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Révélée début décembre 2017, la contamination à la salmonelle provoquée par les produits de Lactalis – à la date du 9 janvier, en France, 37 nourrissons, âgés de 2 semaines à 9 mois, ont été atteints de salmonellose – est à l’origine de scandales à la chaîne. Le premier responsable est évidemment Lactalis, une entreprise opaque qui ne fait pas de quartier à ses concurrents et pratique le culte du secret, au point de ne pas publier ses comptes. Face au refus du géant agro­alimentaire de retirer les produits contaminés, M. Le Maire a suspendu, le 9 décembre, la commercialisation de ses laits infantiles. Lactalis fait l’objet d’une enquête préliminaire du parquet de Paris pour « blessures involontaires », « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit ».
Sous-estimation de la gravité de la crise
Mais le scandale sanitaire a fait tache d’huile. Les dysfonctionnements ont aussi touché la grande distribution. Au lendemain des Etats généraux de l’alimentation, qui avaient pour but de rétablir la confiance avec les consommateurs, tous les distributeurs, de Carrefour à Auchan en passant par Leclerc et Système U, qui avaient bien géré le retrait des œufs contaminés au fipronil, ont reconnu des défaillances. Toutes les chaînes ont continué à vendre des produits contaminés après leur rappel. Certaines enseignes ont tenté de se justifier, évoquant la période des fêtes, qui n’a pas permis de se concentrer sur les laits infantiles, ou encore une inflation incompréhensible dans les procédures de retrait. Le président d’Intermarché, Thierry Cotillard, s’en est pris à l’« amateurisme » de Lactalis, qui, la main sur le cœur, multiplie les excuses…
L’Etat a pris ses responsabilités. La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a effectué, depuis le 26 décembre, 2 500 contrôles et en a programmé autant la semaine prochaine, pour vérifier la disparition des produits contaminés des rayons et des stocks. Mais des responsables politiques ont jugé que la DGCCRF, en raison d’une baisse de son budget et de son personnel, n’avait pas les moyens de jouer pleinement son rôle de surveillance.

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Cette chaîne de dysfonctionnements résulte aussi d’une sous-estimation de la gravité de la crise, comme si on n’avait pas mesuré les effets de contamination d’un produit aussi sensible que le lait pour nourrisson. Parce que la sécurité sanitaire n’a pas de prix, il faudra renforcer les ­contrôles et les sanctions pour que de tels scandales ne se reproduisent pas. En toute transparence.



                            


                        

                        

