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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. La nouvelle saison de cette anthologie britannique est vibrante d’inventivité et portée par un certain optimisme (sur Netflix à la demande).
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TV - « Black Mirror » s’attaque à la colonisation des esprits

Notre choix du soir. La nouvelle saison de cette anthologie britannique est vibrante d’inventivité et portée par un certain optimisme (sur Netflix à la demande).



Le Monde
 |    14.01.2018 à 18h15
    |

                            Martine Delahaye








                        


Série sur Netflix à la demande

Après deux époustouflantes saisons de Black Mirror, créées pour Channel 4 au Royaume-Uni, Charlie Brooker, à partir de 2016, a poursuivi sa réflexion sur la révolution technologique actuelle non plus pour la télévision, mais pour le compte de Netflix. La saison 3 de Black Mirror s’est étoffée, passant de quatre à six épisodes, tout en ­conservant son principe de base : chaque épisode repose sur une trame fictionnelle différente. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux, « San Junipero » – lequel délaissait, pour une fois, le fond dystopique de cette anthologie pour le romantisme –, qui s’est vu couronné de l’Emmy Award du meilleur épisode de série, en 2017.
La saison 4, que Netflix vient de mettre en ligne, apparaît moins manifestement noire, dans son ensemble, que celles qui ont fait la renommée grandement méritée de Black Mirror. Mais il ne s’agit que d’une illusion d’optique, en quelque sorte. Charlie Brooker ne s’y interroge plus tant sur les effets cauchemardesques de l’omniprésence technologique (Internet, caméras, robots) que sur les possibles détournements de la conscience humaine : exploitation de la mémoire comme une matière première, transfert de sensations entre individus, mimétisme de clones remplaçant les humains.
D’excellentes actrices
Après les conquêtes géographiques et spatiales des siècles passés, semble-t-il nous avertir, c’est aujourd’hui à la colonisation des esprits qu’il conviendrait de réfléchir. A quelles prochaines dérives ou atrocités s’attendre des découvertes dans l’empire de la robotique ? A quel prix fait de servitude volontaire se paieront l’aide à la décision et l’assistance, doublées d’abandon de tout libre arbitre, permises par les fulgurantes avancées de l’intelligence artificielle ?
Lors de cette quatrième saison, où chaque épisode se révèle moins glaçant qu’auparavant mais plus empreint d’un sombre fatalisme, impossible de ne pas franchement rire ou sourire. Notamment en découvrant « USS Callister », qui se révèle aller bien au-delà d’une pure caricature du space opera (« opéra de l’espace ») des années 1960 Star Trek. Un volet qu’il faut voir même si, a priori, on déteste ce dernier ou la science-fiction.

   


« USS Callister » réunit en outre toutes les qualités qui distinguent cette saison : un traitement visuel des plus soignés (mention particulière pour l’épisode « Metalhead », tourné dans un superbe noir et blanc par David Slade) ; d’excellentes actrices – l’ensemble de la saison est avant tout porté par des femmes (dont Rosemarie DeWitt dans le volet « Arkangel », face à la caméra tenue par Jodie Foster) ; un brin d’optimisme, ne serait-ce que dans « Hang the DJ », le seul épisode à jouer les fleurs bleues en faisant écho aux comédies romantiques traditionnelles.
Dommage, cependant, que l’extraordinaire imagination dont son créateur a fait preuve depuis les débuts de la série ne donne pas lieu, au final, à des enjeux plus forts, dans cette saison, et surtout à des conclusions d’épisode plus abouties, mieux pensées. Peut-être, sur une thématique aussi exigeante que celle-ci, eût-il mieux valu s’en tenir à la production de trois volets par an.
Black Mirror, saison 4, créée par Charlie Brooker. Avec Rosemarie DeWitt, Cristin Milioti, Andrea Riseborough, Georgina Campbell, Maxine Peake (GB, 2017, 6 volets de 38 à 76 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Le premier volet de la série sur la décolonisation de Laurent Joffrin et Laurent Portes se penche sur la décennie qui a vu la France perdre ses territoires en Indochine (sur France 5 à 22 h 35).
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TV - « Le Jour où le Sud a gagné sa liberté »

A voir aussi ce soir. Le premier volet de la série sur la décolonisation de Laurent Joffrin et Laurent Portes se penche sur la décennie qui a vu la France perdre ses territoires en Indochine (sur France 5 à 22 h 35).



Le Monde
 |    14.01.2018 à 18h00
    |

            Alain Constant








                        


Documentaire sur France 5 à 22 h 35

   


Il suffit parfois d’un rien, de quelques minutes décisives, d’une attitude un peu plus conciliante, pour éviter le pire. C’est ce que l’on retient de ce premier volet de la série documentaire (trois épisodes de 52 minutes) « Le jour où », signée Laurent Joffrin et Laurent Portes, qui donnent aux tractations menées par Pierre Mendès France à Genève en juin 1954 face à ses interlocuteurs soviétiques, américains, chinois et vietnamiens, des allures de thriller. A quelques minutes près, le conflit indochinois qui s’éternisait depuis près d’une décennie aurait, paraît-il, basculé dans une nouvelle guerre mondiale, avec troupes chinoises, américaines et soviétiques entrant dans la fournaise.
Après une première saison consacrée à la manière dont Hitler a perdu la guerre (un épisode retraçant les décisions de Roosevelt, un autre concernant Churchill et un troisième de Gaulle), les auteurs proposent, cette fois, une trilogie traitant de la fin de l’empire colonial français. Avant l’Algérie (diffusion le 21 janvier) et l’Afrique française (28 janvier), ce premier épisode se penche sur la décennie qui a vu la France perdre ses territoires en Indochine. Une guerre du bout du monde, ignorée par l’opinion publique française.
Premiers combats pour l’indépendance
L’Indochine, c’était la perle de l’empire français, la colonie la plus rentable économiquement. Au Cambodge, au Laos et dans les trois régions du Vietnam (Tonkin, Annam, Cochinchine), il ne s’agit pas de colonies de peuplement et la présence des colons français est faible. A l’aide d’archives intéressantes et de scènes reconstituées qui le sont moins, ce documentaire retrace les premiers combats de mouvements indépendantistes vietnamiens, les trajectoires de fortes personnalités résistantes comme Ho Chi Minh ou le général Giap, et les enjeux géostratégiques d’une région convoitée.
Lors de la conférence de Potsdam, en 1945, les Français sont absents et le sort de l’Indochine est tranché : au nord du 16e parallèle, les Chinois. Au sud, les Britanniques. Une décision inacceptable pour les Français qui vont, notamment avec le général Leclerc et sa mythique deuxième DB, reprendre le contrôle du territoire indochinois. Quelques dizaines de milliers de morts plus tard, la guerre se terminera avec la déroute de Dien Bien Phu, sanglante bataille qui débuta le 20 novembre 1953, autour d’une cuvette tenue par les troupes françaises, et qui s’acheva par la reddition des survivants français, le 7 mai 1954.
La guerre totale, à quelques minutes près
Dans un contexte international très tendu, alors que la guerre de Corée vient à peine de prendre fin et que la guerre froide est une réalité, la situation indochinoise inquiète les grandes puissances. Le 17 juin 1954, Pierre Mendès France, nouveau président du Conseil, annonce qu’il se donne trente jours pour mettre fin à la guerre d’Indochine, faute de quoi il démissionnera.
S’attachant à la personnalité de Mendès, les auteurs se focalisent sur les délicates tractations genevoises entre le Français et ses interlocuteurs. Face au communiste vietnamien Pham Van Dong, qui refuse de négocier un recul au-delà du 13e parallèle de la frontière entre Nord et Sud-Vietnam, il lance : « Vous allez nous obliger à la guerre totale. Et les Américains ne nous laisseront pas tomber. » Quelques minutes avant minuit, un accord sera finalement trouvé. Le 21 juillet 1954, Mendès peut annoncer : « La raison et la paix l’ont emporté. » Le retrait sécurisé des troupes françaises est acté. Mais des milliers de prisonniers restent détenus au Nord.
Le Jour où le Sud a gagné sa liberté, de Laurent Joffrin et Laurent Portes (Fr., 2017, 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ Chronique BD. Avec leur nouveau personnage, le commissaire Kouamé, la scénariste et le dessinateur Donatien Mary proposent un polar burlesque dans la capitale ivoirienne.
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Chronique

A Abidjan, poulet braisé sauce Marguerite Abouet

Chronique BD. Avec leur nouveau personnage, le commissaire Kouamé, la scénariste et le dessinateur Donatien Mary proposent un polar burlesque dans la capitale ivoirienne.

Par                Kidi Bebey



LE MONDE
              datetime="2018-01-14T17:45:31+01:00"

        Le 14.01.2018 à 17h45






    

Crédits : 


Chronique. Costume, cravate et chapeau de feutre, le commissaire Marius Kouamé ne craint pas la chaleur. D’ailleurs, dans ses locaux, les malfrats se retrouvent menottés à des radiateurs, histoire de cracher plus rapidement leurs aveux sous la pression du mercure. Nous sommes à Abidjan, au cœur des quartiers « chauds bouillants » si chers à la très créative Marguerite Abouet. L’auteur internationalement connue de Aya de Yopougon (six tomes, 17 traductions et une adaptation cinématographique) et de la petite Akissi, a choisi cette fois le genre du polar pour nous conter d’une nouvelle manière sa Côte d’Ivoire et ce pays d’enfance qui l’anime et la pousse à créer.

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Kouamé écume la ville en tous sens et nous entraîne, tambour battant, à la recherche des auteurs d’un assassinat. L’affaire est d’autant plus grave que la victime est un haut magistrat très connu et prénommé… Compliqué. Kouamé marche à grands pas pressés, soucieux de n’omettre aucun détail et d’examiner chaque pièce à conviction avec acuité, malgré l’épaisseur de ses verres de lunettes. A la base de son crâne dégarni, ses cheveux grisonnants en disent long sur son expérience de vieux grigou de la police criminelle de la ville. Ils en disent long aussi sur son appartenance à la vieille école, celle des époques passées où l’on coffrait les criminels sans un regard pour les billets tendus dans l’espoir d’arranger les choses en graissant quelques pattes. Avec Kouamé, pas moyen de moyenner. Flanqué d’un chauffeur et garde du corps blanc en outre collectionneur de petites voitures et intimidateur en chef, le commissaire joue les justiciers incorruptibles.
Au passage, Marguerite Abouet se replonge dans l’âge d’or du pays qu’elle a laissé derrière elle lorsqu’elle en est partie, à l’âge de 12 ans. Ces « Dix Glorieuses » ivoiriennes où le président Houphouët-Boigny élevait des gratte-ciel dans sa capitale, faisait bâtir une basilique gigantesque, tourner des barrages hydroélectriques, et donnait à sa population l’accès gratuit à la santé et à l’école.
La nostalgie, moteur créatif
Ces années sont restées dans la mémoire de l’auteure, gravées en lettres d’or et magnifiées par le temps et la distance. D’ailleurs elle ne s’en défend pas et avoue avec simplicité : « Je crois que je suis une grande nostalgique. Je pense que nous le sommes tous, du moins la plupart des Ivoiriens qui ont connu cette époque et nous aimerions qu’il y ait toujours des Aya féministes et volontaires, des commissaires Kouamé qui aient le sens de la droiture et du travail bien fait… Nous aimerions revivre l’époque bénie d’avant les conflits et les événements douloureux, même si elle n’était pas sans défauts et même si, depuis, la Côte d’Ivoire a surmonté la guerre et en est à une autre étape aujourd’hui. »

    

Crédits : 


Mais dans ce nouvel opus, Marguerite Abouet aborde aussi, comme elle aime à le faire, les problématiques actuelles. Si les codes du polar sont bien là, servis par le trait joyeusement déjanté de l’illustrateur Donatien Mary, on n’en profite pas moins pour évoquer ces questions sur lesquelles la société ivoirienne est amenée à se pencher peu à peu ces dernières années. Le cadavre de Compliqué n’a-t-il pas été retrouvé dans une maison close du quartier Mon-mari-m’a-laissée ?
Prostitution, homosexualité, marginalité mais aussi solitude des femmes, fracture entre jeunesse et caciques au pouvoir… Autant de pistes ouvertes sous les apparences d’un polar loufoque et d’enquêteurs burlesques. Derrière ce rire léger, Marguerite Abouet propose ainsi un deuxième niveau de discours qu’un lecteur attentif retrouvera dans l’ensemble de son travail non seulement d’auteur de bandes dessinées, mais aussi de scénariste de séries télévisées. Une manière subtile de nous inviter à réfléchir à notre tour, car nous l’avons compris, avec elle, la BD s’adresse tout autant aux adultes qu’aux enfants.
Commissaire Kouamé, tome I : Un si joli jardin, de Marguerite Abouet et Donatien Mary (Gallimard).


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ Après les best-sellers « Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie », la romancière revient à la veine sociale de ses débuts. « Les Loyautés », autour de la maltraitance enfantine, le prouve.
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Delphine de Vigan : « J’aime cette idée que mes romans soient vraiment le reflet d’une époque »

Après les best-sellers « Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie », la romancière revient à la veine sociale de ses débuts. « Les Loyautés », autour de la maltraitance enfantine, le prouve.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 09h00
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


                                                        
Elle répond aux questions que l’on lui pose avec une affabilité réfléchie. Visage mobile dont les traits rappellent celui de Sandrine Bonnaire, Delphine de Vigan s’exprime à grand renfort de gestes, nourrit la discussion de souvenirs d’un échange précédent, parle vite mais prend le temps de formuler précisément ce qu’elle va dire, sans recourir au pilote automatique des phrases mille fois répétées. Il y a chez la romancière à la douceur énergique une véritable attention à l’autre, on s’en rend rapidement compte en la rencontrant. Ses lecteurs le savent. Tant d’entre eux ont fait la queue en librairie, lors de foires et autres salons, après la sortie de Rien ne s’oppose à la nuit (JC Lattès, 2011, prix du roman Fnac, prix Renaudot des lycéens, prix France Télévisions, prix des lectrices de Elle – entre autres), où elle évoquait sa mère, qui s’était suicidée en 2008, livre devenu phénomène de librairie, qui a propulsé cette timide, inquiète de sa légitimité, au rang des incontournables de la scène littéraire française. Tant d’entre eux, après avoir entendu dans ce livre des échos à leur propre vie familiale, ont longuement confié celle-ci à l’écrivaine.
Manifeste pour la liberté de l’auteur
Cette ferveur un peu accaparante du public, et sa manière de l’absorber comme une éponge, ont d’ailleurs nourri son roman suivant, D’après une histoire vraie (JC Lattès, 2015). Il s’ouvrait sur l’état exsangue dans lequel sa narratrice, une certaine Delphine de Vigan, sortait après la promotion de Rien ne s’oppose à la nuit ; fragilisée au point de devenir la proie d’une femme qui finissait par prendre le contrôle de son écriture. Enorme succès de nouveau. Plébiscité par le public et la critique, prix ­Renaudot et Goncourt des lycéens, ce roman au dispositif roué, avançant dans les eaux du thriller tendance Stephen King sous le faux pavillon de l’autofiction, en a enthousiasmé beaucoup, ravis de s’être laissé manipuler. Il en a rendu « furax »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Fin décembre 2017, l’ex-première dame a célébré son anniversaire dans l’intimité, à l’hôtel Meurice, seulement accompagnée de quelques amis journalistes et d’un photographe de « Paris Match ».
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Elle est comme ça… Carla Bruni


                      Fin décembre 2017, l’ex-première dame a célébré son anniversaire dans l’intimité, à l’hôtel Meurice, seulement accompagnée de quelques amis journalistes et d’un photographe de « Paris Match ».



Le Monde
 |    14.01.2018 à 08h15
    |

            Philippe Ridet








   


Cette commémoration-là, on ne l’avait pas vue venir. On était chaud – déjà la larme à l’œil et le doigt sur la couture du pantalon – pour les 100 ans de l’armistice de 1918, les 60 ans du retour du général de Gaulle au pouvoir, le demi-siècle de Mai 68, les 40 ans de la mort de Claude François et les 20 ans de la victoire de la bande à Zidane lors de la Coupe du monde de football. 2018 nous promettait des nostalgies en tous genres.

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                « Les années en 8 ont scandé avec une saisissante régularité notre histoire contemporaine »



En comparaison, 2017 nous avait laissés sur notre faim. Comment frissonner aux 30 ans de la création de M6, ou aux 100 ans de la disparition de l’aviateur Georges Guynemer ? Il manquait un événement, un vrai, fédérateur et concernant. Nous ignorions encore que Carla Bruni fêtait son demi-siècle, le 23 décembre exactement, un jour caché dans les derniers replis du calendrier.
Comment peut-on être aussi étourdi ! Nous étions trop occupé à faire des paquets cadeaux, sans doute. Heureusement, la semaine dernière, Paris Match et Elle sont venus réparer cet oubli en consacrant leur toute première couverture de ce début d’année à cette information qui, sans eux, serait restée largement occultée. C’eut été dommage.
Rebelle et rangée
Il y a plusieurs manières de célébrer son anniversaire. Entre amis, en famille, seul comme un rat avec une bouteille de mauvais alcool en ruminant sur ce foutu temps qui passe (croyez-nous : on a tout essayé). Carla Bruni, elle, a décidé de fêter ça avec quelques centaines de milliers de lecteurs. Pour Match, son ami le photographe Gilles Bensimon l’a entraînée à l’Hôtel Meurice à Paris pour faire quelques photos, pendant que son amie la journaliste Tristane Banon lui posait quelques questions (« Es-tu vraiment aussi polie qu’on le croit ? »).
Si on n’a pas sauté sur un lit du Meurice à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie.
L’ex-égérie des podiums et ex-première dame de France se livre sur ses goûts : « Dans la vie courante, je n’aime que le naturel. » Sur l’amitié : « C’est assez rare. C’est comme un amour sans désir. » La perte de l’innocence : « L’insouciance est un sentiment rare et qui m’attire comme un souvenir de jeunesse. » C’est joliment dit. Entre-temps, elle saute sur les lits du palace en faisant voler ses cheveux. Si on n’a pas sauté sur un lit du Meurice à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie.
Voilà, elle est comme ça Carla Bruni. Rebelle et rangée (« je suis très dépendante de lui » – « lui », c’est Nicolas Sarkozy, même plus la peine de le nommer), nostalgique et inquiète (« Nous sommes dans une époque un peu sombre. »). Elle n’a rien à vendre. Son dernier disque (French Touch) est sorti à l’automne 2017 ; son prochain concert en France est prévu en mai. Elle est là, tout simplement, et n’a rien d’autre à faire savoir.
« J’ai 50 ans ce soir », de Jean-Claude Pascal

Vieillir c’est aussi ça : rappeler qu’on existe, conjurer l’oubli. Elle aurait pu pour l’occasion composer une chanson, le chaînon manquant entre 40 ans (Michel Sardou) et La vie commence à 60 ans (Tino Rossi). Mais celle-ci existe déjà, interprétée par Jean-Claude Pascal (1927-1992), acteur, chanteur et sosie de Dean Martin : « J’ai 50 ans ce soir et si je crâne un peu/C’est que l’âme est solide et si je prends des poses/Ce n’est que par instants quand la peur se repose… » Bon, là on a peut-être gâché l’ambiance…



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ Acteur, scénariste et réalisateur plusieurs fois récompensé, Michel Blanc termine actuellement son cinquième long-métrage en tant que réalisateur.
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/01/2018
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Michel Blanc : « Etre fils unique, c’est ma chance et ma joie »

Acteur, scénariste et réalisateur plusieurs fois récompensé, Michel Blanc termine actuellement son cinquième long-métrage en tant que réalisateur.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 11h45
    |

            Catherine Vincent








                        



                                


                            

Je ne serais pas arrivé là si…
Si je n’étais pas tombé au bon moment au bon endroit, c’est-à-dire au café-théâtre. Autrement dit, si je n’avais pas été éliminé au premier tour du concours d’art dramatique de l’école de la rue Blanche. Ma chance a été de jouer avec la troupe du Splendid à l’époque où le café-théâtre venait de naître. Et d’avoir des parents qui cherchaient à ce que je sois heureux plutôt que d’être fiers de ma réussite sociale. Je n’étais pas mauvais au lycée, ils auraient pu me pousser à faire des études. Or, quand je leur ai annoncé, mon DEUG de lettres en poche, que je voulais arrêter, ma mère a seulement souligné que le métier que je choisissais était difficile. Mais elle n’a pas cherché à me dissuader.
Quand avez-vous compris que vous vouliez devenir comédien ?
Ma première rencontre avec le théâtre est très précoce. J’ai 6-7 ans, je suis à l’école communale, et l’institutrice a choisi pour le spectacle de fin d’année de monter une fausse corrida. Il y a donc un mec qui est choisi pour faire le toréador, un autre pour être le taureau… Et moi je me retrouve avec tous les autres pour jouer le public ! J’avais été extrêmement humilié, et j’étais rentré en disant : « Je veux devenir comédien pour être toréador ! » Mais ma première vraie rencontre artistique, ce n’est pas le théâtre : c’est la musique.
Quand et comment a lieu cette rencontre ?
J’ai grandi à Puteaux (Hauts-de-Seine), dans un milieu modeste. Mon père travaillait dans les services douaniers, ma mère était employée comme dactylo, et la musique classique n’entrait pas à la maison. Pas plus que chez mes grands-parents, qui m’ont beaucoup gardé petit pendant que mes parents travaillaient – mon grand-père était horloger, et je passais la journée du jeudi dans sa boutique.
La sœur de ma mère n’était pas non plus mélomane, mais elle travaillait chez Thomson-CSF. Grâce...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ « La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/01/2018
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Leumonde.fr, par Antoine Marchalot (épisode 84)

« La Matinale du Monde » publie tous les dimanches le strip « Leumonde.fr » d’Antoine Marchalot.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 06h37
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 07h04
   





                        



   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Notre choix du soir. Des chercheurs du monde entier expliquent leur travail sur cet étrange rongeur qui résiste aux ravages du temps (sur Arte à 22 h 20).
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TV - « Les Superpouvoirs des rats-taupes nus »

Notre choix du soir. Des chercheurs du monde entier expliquent leur travail sur cet étrange rongeur qui résiste aux ravages du temps (sur Arte à 22 h 20).



Le Monde
 |    13.01.2018 à 18h00
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Documentaire sur Arte à 22 h 20



D’accord, la bête n’est pas jolie. Petit corps glabre et fripé muni de quatre pattes et de deux longues incisives saillantes : de prime abord, et même après cinquante-deux minutes passées à le contempler, le rat-taupe nu ne présente aucun attribut de séduction.
Mieux vaut pourtant s’y attarder. L’observer, l’étudier, prélever son sang, l’échographier, comme s’y attellent des chercheurs du monde entier. Car la bestiole constitue un mystère dont la compréhension pourrait bien se révéler un espoir pour l’homme.
Installés sous la surface de la savane kényane et des semi-déserts de la Corne de l’Afrique, les rats-taupes nus jouissent, en effet, d’une longévité exemplaire et d’une santé irréprochable jusqu’à leur mort – vers 30 ans, contre 2 à 3 ans pour la souris. Organisé en communauté, ce mammifère descendant du chinchilla et du porc-épic mène son existence au sein d’un réseau de galeries long de plusieurs kilomètres – un habitat sombre, chaud et humide que l’on a reproduit en laboratoire – qui le met à l’abri des prédateurs.

   


Mais comment fait-il pour garder cette peau souple, se prémunir des maladies ou survivre quand il est privé d’oxygène durant plus d’un quart d’heure ? Pour quelles raisons son cerveau ne montre-t-il aucun signe de vieillissement ? Tout comme ses artères ? Et pourquoi ne ressent-il pas la douleur ?
Ces questions mobilisent les médecins, dont les recherches progressent. Ainsi ont-ils relevé que ces rongeurs produisent une importante quantité d’acide hyaluronique, un composant qui pourrait empêcher la transformation de cellules saines en cellules cancéreuses. Cette résistance aux maladies pourrait aussi venir d’une activité physique intense qui permettrait au rat-taupe de sécréter des molécules ultraprotectrices pour son système immunitaire.
Autre constatation : l’animal est capable d’alimenter son cerveau en fructose quand il n’a plus d’oxygène. La découverte est révolutionnaire. Le documentaire d’Herbert Ostwald, qui rapporte les expériences menées en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique, montre que les spécialistes ne lâchent rien. Conscients que les rats-taupes pourraient les mener à cette fameuse fontaine de jouvence, tant convoitée par l’homme.
Les Superpouvoirs des rats-taupes nus, d’Herbert Ostwald (All., 2017, 52 min).



                            


                        

                        


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« Je ne suis pas qu’un combat, féministe ou antisexiste », prévient la rappeuse Chilla

Cataloguée en « rappeuse féministe », la Franco-Malgache refuse de se limiter à cette seule étiquette.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 13h06
    |

                            Charlotte Herzog








                        



   


« Je suis pas féministe, le vrai terme c’est humaniste. » A l’occasion de la Journée contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, la rappeuse franco-malgache Chilla sort #balancetonporc, un morceau en référence directe au hashtag qui n’en finit pas de faire réagir par tribunes interposées ou sur les réseaux sociaux.
Sur son EP Karma, les textes « Sale chienne » et « Si j’étais un homme » émanent aussi de son inclination naturelle à se battre pour la cause féminine. Cataloguée depuis en « rappeuse féministe », Maréva Rena, de son vrai nom, refuse cette unique étiquette.
Pourquoi cela vous gêne-t-il qu’on vous qualifie de « rappeuse féministe » ? 
Je ne me plains pas qu’on me rallie au féminisme, puisque j’ai toujours porté les valeurs du féminisme en moi et que j’assume mes textes engagés. Mais il ne faut pas tout refermer uniquement autour de ça, ni me forcer à me positionner ou à me politiser. En me réduisant à ma révolte face au harcèlement, on me donne le rôle de la rappeuse qui viendrait sauver les femmes. Or, je n’ai pas cette prétention. Je ne veux pas viser plus haut que ce que je peux donner. Je ne suis pas qu’un combat, féministe ou antisexiste. J’ai envie d’insister sur ce point : n’attendez pas que du féminisme de ma part. C’est un sujet lourd, et je ne voudrais pas qu’on pense que je le récupère de façon opportuniste, ni que le propos global soit desservi à cause d’une étiquette, c’est trop important.
Je n’ai pas non plus envie d’oppresser mon public. Si je sortais un album avec uniquement des titres féministes et dénonciateurs, moi-même je n’aurais pas envie de m’écouter. Il faut aussi du lâcher prise dans tout ça. De l’espoir. J’essaye de relativiser dans d’autres textes. Je veux dénoncer et distraire. Mais oui, je fais du rap, et je suis une femme, donc je parle avec ma vision et ma condition de femme, naturellement.
La case « féministe », c’est un nid de guêpe ? 
Les cases en général peuvent être des pièges. C’est un peu frustrant ces étiquettes, parce que moi qui n’ai jamais voulu être bridée dans ce que je faisais, j’ai l’impression qu’il faut maintenant que je me restreigne parce qu’au bout d’un moment, on va attendre que j’ouvre une association ou un foyer ! J’ai 23 ans, je me cherche, et je continue aussi à me chercher musicalement. J’ai envie de parler d’amour, de famille, des liens humains, c’est pour cette raison que j’ai choisi le rap. Poser mes pensées sur de la musique, c’est une libération pour moi, c’est ma manière d’agir.
Si à 18 ans j’ai commencé à faire du rap, c’est parce que j’avais besoin de m’exprimer, de recracher ce que je constatais plutôt que de somatiser. C’était égoïste et thérapeutique. C’était à Lyon. J’écrivais toute seule chez moi. Cette période a été la découverte de la ville, du harcèlement de rue auquel je n’étais pas exposée en vivant en province, au fin fond de la campagne où il y a 500 habitants. Je parlais de ce que je ressentais et en est ressorti ce ras-le-bol de me faire embrouiller dans la rue, d’avoir peur en rentrant chez moi le soir.
« Si j’étais un homme », c’était ma manière de transposer le propos. Pour que les mecs puissent se mettre dans notre peau, au moins le temps d’un morceau. Mais c’est un sujet que je traite au même titre que le racisme, la pauvreté, les injustices, mes traumatismes. Bien sûr qu’en rassemblant tout ce qui me touche et me fait vibrer, la question des femmes transpirera malgré tout toujours entre mes lignes tant qu’on ne sera pas toutes libres.
Le féminisme est-il devenu vendeur dans le rap ? 
Je pense, oui. Avec « #balancetonporc », j’ai réagi à l’actualité :
« T’as du talent, c’est sûr / Donc ferme-là et suce / T’aimerais juste une promotion ? Suce / Avoir un rôle dans un film ? Suce / Dans la misère, dans le luxe, suce / Pute, arrête de jouer la victime, suce / Y a trop d’faux culs pour capituler à la Tarantino. »
« Je ne veux pas que les gens aient peur du féminisme. »
C’était important. Je me suis dit qu’il fallait que j’ouvre ma gueule, c’était trop tous ces scandales dont on parlait un peu trop tranquillement dans les médias. Moi, je voulais faire quelque chose d’aussi violent que la violence de ce qui était dénoncé.
Mais je sais qu’il y a des hommes qui m’écoutent. Et je sais aussi qu’il y a des hommes qui sont encore effrayés par le terme « féminisme ». Je ne veux pas que les gens aient peur du féminisme. J’ai envie de l’amener de manière naturelle.
La libération de la femme peut-elle passer par la liberté des mots dans le rap ?
Le rap, c’est un espace de liberté. Mais est-ce que le rap, c’est libérateur ? Et pour qui ? Aux Etats-Unis, les chanteuses Nicki Minaj ou Cardi B n’ont aucun problème à percer, ou à battre les records de meilleures ventes de singles. On ne les a pas non plus censurées à cause de leur image. Et pourtant, Cardi B, c’est une ex-strip-teaseuse hyperlibérée. Il y a plusieurs libérations. Accepter qu’une femme s’accepte totalement, c’est une libération. Chez nous, il y a aussi des rappeuses françaises qui peuvent dire ce qu’elles veulent, comme elles l’entendent. Une Keny Arkana peut revendiquer. Une Shay peut parler de ce dont elle a envie de parler. Et elles sont rappeuses avant tout. Avant d’être « féministes ».
Peut-être que c’est les femmes qui libéreront le rap de ses clichés ? Sauf si on continue à stigmatiser le milieu et donc les femmes du milieu avec de phrases du type « elle est à moitié nue dans ses clips, donc c’est une pute » ou « elle est vulgaire, elle se prend pour un bonhomme, c’est pas une femme ». Il faut que les étiquettes arrêtent de régner. Plus il va y avoir de femmes dans le rap game – et il y en a de plus en plus, parce qu’avec le modèle américain, on sait que c’est possible –, plus on fera taire l’idée qu’il n’y a que des hommes qui font du rap et que ce n’est qu’un repère de machos.
« La vulgarité dans nos bouches, c’est le miroir de ce qu’on voit dans la société. »
#Balancetonporc a libéré la parole mais a aussi été rejeté à cause de la vulgarité qui lui été attribué. Qu’en pensez-vous ?
La vulgarité est bien moins violente que certains faits qui se produisent tous les jours sous nos yeux ou même que certains sous-entendus qui sont faits dans des publicités, des textes de chanteurs. Cracher à la tête des rappeurs parce qu’ils sont vulgaires, c’est hypocrite. La vulgarité dans nos bouches, c’est le miroir de ce qu’on voit dans la société. On a trop conscience des injustices qui existent. On répond avec la même violence que ce dont on est témoin, c’est tout.
Ce qui se passe est assez ambigu ; ce qui me fait peur, c’est l’effet de buzz qui peut nuire à ces problèmes fondamentalement ancrés dans la société depuis des siècles. On a besoin que ce soit traité sur la durée, pendant des années. Il y a plein de détails dans ces scandales, qui sont à double tranchant : ça libère et, en même temps, on en profite pour remettre en question la parole des femmes.
#Balancetonporc ne changera pas le monde, mais au moins, avec les réseaux, des femmes se sont senties moins seules et ont eu la force de parler pour se faire entendre. Si j’ai fait mon morceau, c’était pour dire qu’on parlait beaucoup de Hollywood, mais la réalité, c’est que c’est pas que Hollywood : partout il y a des femmes qui ne peuvent pas parler.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Le festival australien itinérant, qui tient actuellement sa huitième édition, promeut à la fois les sons et les goûts français.
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Le « French chic » musical et culinaire s’empare d’Adelaïde

Le festival australien itinérant, qui tient actuellement sa huitième édition, promeut à la fois les sons et les goûts français.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 09h21
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 09h25
    |

            Bruno Lesprit (Adelaide, Australie, envoyé spécial)








                        



                                


                            

La proposition paraît franchement déraisonnable : organiser un festival pour découvrir des talents émergents de la scène musicale française à plus de 16 000 kilomètres de Paris, dans un pays anglophone. En l’occurrence l’Australie, où la connaissance du « French sound » contemporain s’arrête souvent à Daft Punk. So Frenchy So Chic avait réuni 3 400 spectateurs à Melbourne pour sa première édition, en 2012, avant de s’étendre à Sydney. Treize mille personnes sont attendues pour la huitième, qui a ajouté Adelaïde au programme.
La capitale de l’Australie méridionale, Etat qui se présente comme « festival state » sur les plaques d’immatriculation, apparaît comme un choix judicieux puisqu’elle a été retenue pour la construction de douze sous-marins aux termes du contrat remporté en avril 2016 par le groupe français Naval Group – avec mise en service du premier bâtiment en 2030. La cinquième ville du pays (1,3 million d’habitants), dont la Art Gallery of Southern Australia possède déjà vingt bronzes de Rodin, est donc appelée à devenir un hub français.
Pour l’heure, et c’est la grande surprise que réserve So Frenchy So Chic, la langue d’Edith Piaf se fait rare sur la verdure de Pinky Flat, un des parcs jouxtant le fleuve Torrens, qui arrose Adelaïde. D’ordinaire, un tel rendez-vous aimante surtout les expatriés. Ici, la fréquentation est à 85 % locale, affirme Jean-François Ponthieux, créateur du festival. Ce Nordiste de 49 ans a débarqué en Australie en 1995 pour y rencontrer Chris Murphy, ancien manageur du groupe INXS. Avec lui, il s’est lancé dans l’aventure des radios numériques en créant des programmations musicales. Avec la volonté de montrer une « France moderne, riche de ses traditions et débarrassée de ses clichés », accordéon et Saint-Germain-des-Prés pour faire court. Propulsée par Ta douleur, de Camille, la première compilation So Frenchy So Chic, en 2005, s’écoulera à 15 000 exemplaires. Les branchés australiens...




                        

                        


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Ian Bostridge chante juste Franz Schubert

Ténor de premier plan, le Brittanique est aussi docteur en histoire. Il mêle avec bonheur expérience et savoir dans son exploration des lieder de « Voyage d’hiver »



Le Monde
 |    13.01.2018 à 09h00
    |

                            Etienne Anheim (Historien et collaborateur du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Le Voyage d’hiver de Schubert. Anatomie d’une obsession (Schubert’s Winter Journey. Anatomy of an Obsession), de Ian Bostridge, traduit de l’anglais et de l’allemand par Denis-Armand Canal, Actes Sud, 504 p., 29 €.

Il fut un temps où Ian Bostridge était un jeune historien d’Oxford, auteur d’une thèse de doctorat remarquée sur la sorcellerie, qui pratiquait le chant en amateur. Une vingtaine d’années plus tard, son double musicien l’a emporté : il est devenu un ténor internationalement reconnu, écrivant des livres qui n’ont, en apparence, plus rien d’universitaire. La preuve : Le Voyage d’hiver de Schubert est « un livre irresponsable, sans notes de bas de page », affirme le chanteur avec humour. Rencontré pendant les répétitions de Jephtha, l’oratorio de Georg Friedrich Haendel dont il chante le rôle-titre au Palais Garnier, à Paris, à partir du 13 janvier, il se montre ouvert et passionnant, à l’image de son livre.
Quand on l’interroge sur la genèse de ce dernier, il revient sur la bifurcation entre ses deux vies. C’était en 1995, alors qu’il avait 30 ans et qu’il achevait l’ouvrage tiré de sa thèse, Witchcraft and its Transformations (1650-1750), publié en 1997 par Oxford University Press (« La sorcellerie et ses transformations », non traduit). « J’ai décidé à ce moment-là de me consacrer à plein temps à mon activité de chanteur lyrique, mais j’ai gardé l’habitude d’écrire. » Consacrant désormais l’essentiel de ses pages à la musique, il a accumulé au fil des années des textes de présentation de disques, des conférences et de nombreux articles parus dans des journaux comme le Guardian, la New York Review of Books ou le Times ­Literary Supplement.
« Winterreise », chanté en concert des dizaines de fois
En 2011, une partie de ces écrits a constitué la matière d’un premier volume, A Singer’s Notebook (« Un carnet...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ Les scènes publiques locales sont confrontées à des sollicitations de plus en plus nombreuses du secteur privé en crise.
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Dans les salles de province, un fauteuil pour deux ?

Les scènes publiques locales sont confrontées à des sollicitations de plus en plus nombreuses du secteur privé en crise.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 07h55
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 08h06
    |

            Clarisse Fabre et 
Brigitte Salino








                        



                                


                            

Le vent a tourné, et la parole se libère chez les tourneurs du théâtre privé. Ils le répètent à qui veut l’entendre : il faut ouvrir davantage les scènes publiques locales à leurs spectacles. Même la directrice générale de la création artistique au ministère de la culture, Régine Hatchondo, avait évoqué, lors du Festival d’Avignon en juillet 2017, ce « mur de Berlin » qu’il faudrait « penser à faire tomber » entre le public et le privé, devant les responsables de centres dramatiques nationaux (CDN). Ses propos avaient ouvert une crise et semé le doute sur les intentions de la ministre de la culture, Françoise Nyssen, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron – depuis, Régine Hatchondo a exprimé ses « excuses » aux directrices et directeurs de CDN.
Le 13 septembre 2017, c’était au tour de Bernard Murat, président du Syndicat national du théâtre privé, de faire une piqûre de rappel. Lors de la présentation de la saison des théâtres privés, aux Folies-Bergère, à Paris, le metteur en scène avait lancé devant ses pairs : « On ne diffuse pas assez les spectacles en France. Les créations du privé mériteraient d’inonder les scènes nationales. » Inonder ? Sa déclaration donnait le sentiment que le secteur privé, tel Ali Baba devant la caverne aux trésors, attendait fermement l’ouverture de ces lieux labellisés par le ministère de la culture, avec leurs beaux plateaux et leur personnel qualifié (environ 70 sur le territoire).
Le directeur du Théâtre Edouard-VII cherche aujourd’hui l’apaisement : « Je ne voulais pas employer ce mot “inonder”, explique-t-il au Monde. Mes propos étaient une main tendue, et fraternelle, en direction du théâtre public. Réfléchissons ensemble à cette question : pourquoi n’est-on pas capable, en France, d’augmenter le nombre de spectateurs, en allongeant les tournées, alors qu’on a la chance d’avoir ce maillage remarquable issu de la décentralisation culturelle ? » Le jeune...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Des ponts s’élèvent entre les scènes subventionnées et les salles privées : administrateurs et acteurs passent d’un secteur à l’autre, programmations hybrides et coproductions voient le jour.
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Le théâtre privé à l’assaut du public

Des ponts s’élèvent entre les scènes subventionnées et les salles privées : administrateurs et acteurs passent d’un secteur à l’autre, programmations hybrides et coproductions voient le jour.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 07h36
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 07h57
    |

            Clarisse Fabre et 
Brigitte Salino








                        



                                


                            

Les cartes sont brouillées, comme si elles étaient en train de changer de main, entre le théâtre subventionné et les entrepreneurs privés de spectacles. Qui est public, qui est privé ? L’opposition entre les deux secteurs est ancienne mais, pendant longtemps, chacun était sur ses rails, le public défendant l’excellence et le théâtre de recherche, sur fond de subventions, tandis que le privé présentait ses spectacles grand public, tendus vers la rentabilité.

Or, depuis quelques mois, il y a de la porosité dans l’air : d’éminents responsables des plus grandes scènes publiques ont discrètement quitté le milieu de la « culture subventionnée » pour prendre des responsabilités dans le secteur privé. Jeune énarque qui avait fait le choix de devenir administrateur du Théâtre national de Strasbourg (TNS), Antoine Mory, 36 ans, vient de rejoindre JMD Productions, le groupe de Jean-Marc Dumontet qui possède six salles de spectacle dans la capitale : Bobino, Le Grand Point-Virgule, Le Point-Virgule, le Théâtre Antoine et, depuis peu, le Comedia et le Sentier des Halles.
Autre administrateur d’un théâtre national, l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Pierre-Yves Lenoir fait désormais partie de l’équipe de La Scala, salle historique du 10e arrondissement que le couple Mélanie et Frédéric Biessy fait renaître de ses cendres avec ses propres fonds – ouverture prévue en septembre. Et ce n’est pas tout : sous l’impulsion de son jeune directeur artistique, Jean Robert-Charrier, 34 ans, le Théâtre de la Porte Saint-Martin programme chaque fin de saison une reprise d’un spectacle du théâtre public. Après la Cendrillon de Joël Pommerat, en 2016, ce sera, en juin, L’Oiseau vert, de Carlo Gozzi, créé, en 2015, au Théâtre national de Toulouse, par Laurent Pelly. Le Théâtre Dejazet va encore plus loin : Jean Bouquin, le directeur, a confié le choix de toute la saison 2017-2018 au metteur en scène Jean-Louis Martinelli, ancien directeur...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose des programmes à voir ou à écouter en différé.
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Facebook, football et Starmania : nos idées de replays

Chaque samedi, « La Matinale du Monde » vous propose des programmes à voir ou à écouter en différé.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 06h41
   





                        



   


LES CHOIX DE LA MATINALE
Une websérie qui rit de notre voyeurisme, des confessions de stars du ballon rond et un documentaire sur l’opéra-rock ayant donné à France Gall le goût de la scène. Voilà notre sélection de replays.
« Il revient quand Bertrand ? » : notre vie sur Internet

Après cinq ans de vie commune avec Magalie, Bertrand s’est fait virer de chez lui, où il a immédiatement été remplacé par un gars genre « grand blond parfait ». Dépité, le trentenaire-éternel-ado a cependant trouvé refuge chez un voisin, Gus, ancien militaire reconverti en geek invétéré. Ce dernier n’a d’ailleurs rien trouvé de mieux que de pirater toutes les webcams de l’immeuble pour mater la vie des locataires. Bertrand profite évidemment de l’occasion pour surveiller Magalie.
A partir de là, Bertrand s’invente une vie sur Facebook pour se rendre plus sexy et tenter de reconquérir son ex. Il fait croire qu’il réalise un tour du monde, triche, ment, se fait des sketchs sur ce qu’il voit sur le compte de Magalie et sur celui de son « coloc », fait des bourdes (comme liker par inadvertance une photo du fameux « grand blond parfait ») et s’en mord les doigts, « la hooonte ! »… Dans ce monde des réseaux sociaux, tout est question d’apparence.
Jubilatoire, drôle et excellemment interprétée, cette websérie tend le miroir à notre époque ultraconnectée et voyeuriste, tout en s’en moquant. Avec peu de moyens (l’intrigue ne se déroule que dans deux pièces) mais une écriture au cordeau, Il revient quand Bertrand ? nous embarque instantanément dans nos mondes parallèles. Et nous fait réfléchir dans un éclat de rire. Véronique Cauhapé
Il revient quand Bertrand ?, websérie écrite par Hélène Lombard et Julien Sibony, d’après une idée originale de Camille Duvelleroy, Méline Engerbeau et Hélène Lombard. Avec Vincent Debost, Bertrand Usclat, Louise Coldefy (Fr., 2016, 10 x 10 min). Sur artecreative
« Ma part d’ombre » : le côté obscur de six stars du foot

Depuis quelques années, Franck Ribéry ne parle plus aux médias français. En cause : les nombreuses critiques qui l’ont fait « souffrir », dit-il, lui, et surtout les siens. Le voir dans le film d’Olivier Dacourt évoquer les moments difficiles de son enfance et de sa carrière est en soi un petit événement. Pour autant, si le joueur du Bayern Munich s’y révèle souvent touchant, là n’est pas le seul attrait de ce documentaire, qui donne à entendre d’autres paroles inédites, à plus d’un titre. A commencer par celle de l’auteur de Ma part d’ombre, consultant pour Canal+.
En effet, pour la première fois, l’ancien international de foot, qui a évolué entre autres à l’AS Roma et à l’Inter Milan, évoque le suicide d’Alexandre, son plus proche ami, au centre de formation de Strasbourg, où il débuta adolescent. « Un trauma devenu une force », explique Olivier Dacourt au fil d’une déambulation en forme d’introspection à laquelle se sont prêtées six stars du ballon rond : Zlatan Ibrahimovic, Eric Abidal, Thierry Henry, Antonio Cassano, Emmanuel Adebayor et Franck Ribéry.
Désireux de briser le miroir des apparences, des réputations bâties à la hâte, Olivier Dacourt a cherché à comprendre de quelle manière les parcours de vie parfois chaotiques de ces hommes ont façonné les joueurs qu’ils sont devenus. Et comment ils ont transformé leurs blessures en force, quitte à brouiller parfois leur image, à susciter durablement malentendus, critiques et caricatures. Justes et sensibles, ces confessions croisées à hauteur d’homme contribueront sans doute à les corriger. Christine Rousseau
Ma part d’ombre, d’Olivier Dacourt et Marc Sauvourel (Fr., 2017, 85 min). Sur Mycanal
« Starmania », encore et toujours



A la nostalgie suscitée par ce type de documentaires musicaux vient s’ajouter une note de tristesse depuis l’annonce, dimanche 7 janvier, de la disparition de France Gall. Bien qu’ayant confié un jour ne pas avoir vraiment aimé son rôle dans Starmania, l’opéra-rock ­imaginé par Michel Berger et Luc Plamondon, Crystal et son Besoin d’amour ont cependant donné à l’interprète le goût de la scène. Ainsi que l’illustrent les innombrables archives – souvent inédites – du film de Thomas Snégaroff et Olivier Amiot, qui retrace par le menu l’aventure de cet opéra-rock phénomène, créé en 1978.
Une aventure qui semble à l’époque un peu folle, tant les comédies musicales peinent à s’imposer. Et celle imaginée par Berger et Plamondon, qui dépeint à travers des intrigues amoureuses un Occident devenu un état unique sur lequel planent les ombres du terrorisme et de la dictature, ne fait pas exception. Il faudra d’abord toute l’énergie des deux créateurs pour imposer, en pleine vague disco, qui plus est avec des artistes peu connus (Balavoine ou Fabienne Thibeault), l’album puis le spectacle. Par un habile jeu de montage de photos et d’archives, un large aperçu nous est donné. Ce qui n’est pas le moindre attrait de ce film, fourmillant d’anecdotes, qui dessine à travers cette épopée inachevée – une nouvelle version pourrait voir le jour cette année – le portrait de deux créateurs visionnaires. Ch. R.
Starmania, l’opéra-rock qui défie le temps, de Thomas Snégaroff et Olivier Amiot (Fr., 2017, 115 min). Sur france.tv



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ L’écrivain, membre de l’Oulipo depuis plus de trente ans, réinvente le « poème de métro » et fourmille de projets.
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Un apéro avec Jacques Jouet : « J’ai parfois glissé des invendus dans des bars, ça débarrasse »


                      L’écrivain, membre de l’Oulipo depuis plus de trente ans, réinvente le « poème de métro » et fourmille de projets.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 06h40
    |

            Denis Cosnard








   


A 70 ans, le moment est venu de se lancer. Le 9 octobre 2017, jour de son anniversaire, Jacques Jouet a décidé d’apprendre l’arabe. Et il s’y est mis. « J’avais envie de changer d’écriture et de voir si je pouvais encore apprendre, confie l’écrivain. Qui sait, cela m’amènera peut-être à écrire un roman sur le monde arabe. » Un défi de plus ! « J’ai aussi en tête un grand roman oulipien, un hyper-roman à tiroirs et à contraintes. Ce sera un peu ma Vie mode d’emploi. Il faut que j’en élabore les plans sérieusement, et que je le commence. » A ce programme s’ajoutent des poèmes d’anticipation, un roman-feuilleton politico-burlesque, un travail sur la « littérature zéro déchet » avec Clémentine Mélois, des essais, des pièces de « théêtre », des ateliers dans des prisons et quelques émissions des « Papous dans la tête » sur France Culture.

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Une bibliographie de plus de 700 titres
Je pensais trinquer avec un vieux pilier de l’Oulipo, le fameux Ouvroir de littérature potentielle cher à Queneau et Perec, et parler de l’œuvre accomplie. C’est un jeune homme mobilisé par de multiples chantiers, et autant de projets, que je rencontre au Square Gardette, un bistrot parisien situé à deux pas de chez lui, dans le 11e arrondissement. Un jeune homme aux cheveux blancs, dont la bibliographie compte déjà plus de 700 titres.

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« Au début, j’avais quelques scrupules à écrire autant. N’était-ce pas une folie douce ? A présent, j’assume », affirme Jacques Jouet en poussant la porte de ce bar décoré comme un vieil appartement. Une tête de sanglier empaillée est accrochée au mur. L’écrivain s’installe au fond, sur une banquette de velours où sommeillait un chat, qui s’enfuit. A gauche, une bibliothèque aligne les « Série noire ». « J’ai parfois glissé des invendus dans des bars comme cela, confesse l’Oulipien. Ça débarrasse et assure une petite diffusion sauvage. »
Aujourd’hui, c’est l’éditeur P.O.L qui porte ses mots. Son prochain roman, La Dernière France, paraîtra en février dans cette maison qui fut celle de Georges Perec, et dont le fondateur, Paul Otchakovsky-Laurens, est mort le 2 janvier. « Je viens de relire les épreuves. C’est l’histoire d’un frère et d’une sœur dont les parents meurent et qui découvrent chez eux une bibliothèque d’extrême droite très complète : Rebatet, Céline, etc. Qu’en faire ? Comment se dépatouiller d’un tel héritage ? » Une façon de raconter la France d’aujourd’hui, comme il a évoqué l’épopée communiste dans Le Cocommuniste (P.O.L, 2014).

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« Aucune retouche après 23 heures 59 »
Jacques Jouet n’a pas renoncé pour autant à une forme plus ciblée de littérature. Chaque jour, invariablement, il compose un poème qu’il adresse par la poste à un possible lecteur. « J’écris cela plutôt le matin. En tous les cas, aucune retouche après 23 heures 59. » Il a commencé en 1992, en envoyant son message au premier nom figurant dans l’annuaire téléphonique de l’Ain, avec la perspective théorique, à terme, d’« arroser tous les Terriens ». Pour que chaque humain reçoive dans sa vie un poème « frais du jour » qui lui soit spécifiquement destiné. Vingt-cinq ans plus tard, Jacques Jouet en est toujours au même département. « Il n’est pas certain que, de mon vivant, j’arrive à l’Aisne », reconnaît-il. Mais quelques autres auteurs l’ont rejoint dans cet invraisemblable « Projet poétique planétaire » (PPP). Chacun est censé se choisir un successeur. Le projet pourrait ainsi durer une petite éternité.
« Et pour monsieur, ce sera… ? » Un petit verre de blanc, un viognier. Idéal pour étancher la gorge et raviver les souvenirs. L’écriture et les contraintes, Jacques Jouet n’y est pas venu d’emblée. Après des études de lettres bousculées par Mai 1968, cet enfant de la banlieue a travaillé pendant dix ans comme animateur puis directeur de MJC. « C’était intéressant, je gagnais bien ma vie, mais cela n’occupait pas mes rêves. » Un jour du printemps 1978 arrive sur son bureau un tract annonçant un stage d’écriture organisé par l’Oulipo. Une semaine sous la houlette de Georges ­Perec, Jacques Roubaud et Paul Fournel. « J’ai aussitôt envoyé mon chèque. Et le stage avec ces trois zozos à peine fini, j’ai annoncé à mes collègues que j’effectuais ma dernière année à la MJC. »
La rencontre avec le cercle fondé par Queneau a constitué une révélation. Voici des écrivains qui rient, travaillent ensemble et se posent les mêmes questions que lui. Il est coopté comme membre officiel en 1983. Depuis, il reste stupéfait que ce club des amateurs de contraintes continue à si bien fonctionner, les nouveaux venus comme Clémentine ­Mélois ou Pablo Martin Sanchez venant stimuler les anciens. « On nous dit : “Vous devez être à bout de souffle”, et l’inverse se produit : plus on avance, plus l’horizon s’élargit. De nouvelles formes sont inventées, d’anciennes portent de nouveaux fruits. C’est le bonheur de la potentialité ! Incroyable, non ? »
Les « poèmes de métro »
Jacques Jouet n’est pas le dernier à proposer des contraintes, qu’il dote de noms pleins de promesses : le « récapitul », l’« aigre-doux », le « sonnet mince »… Sans oublier les « poèmes de métro », un de ses grands succès. Le principe ? Un poème de métro est un poème composé dans le métro, le temps d’un parcours. Le premier vers est conçu dans la tête entre les deux premières stations, puis transcrit sur le papier quand la rame s’arrête. Le deuxième vers est pensé entre les stations deux et trois. Et ainsi de suite. « Il ne faut pas transcrire quand la rame est en marche. Il ne faut pas composer quand la rame est arrêtée », précise la règle du jeu – elle-même un poème de métro.
« Dès que j’arrive dans un lieu où il y a un métro, mon premier réflexe est de monter dans un wagon pour voir comment la ville répond, raconte Jacques Jouet en savourant une gorgée de vin. J’en ai composé à Moscou, au Caire, à Pékin, à Medellín. Mais, pour les poèmes de métro, Paris reste la meilleure ville. Avec Budapest, peut-être. » Privilège des capitales aux réseaux anciens, avec de nombreuses lignes. Et à chaque fois que le voyageur change de ligne, le poème passe à la strophe suivante.

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Le bar aurait pu être approprié pour un poème de bistrot, le décalque éthylique du poème de métro, conçu par un autre membre de l’Oulipo, Ian Monk : « Le premier vers est composé dans votre tête entre les deux premiers verres de votre beuverie. Il est transcrit sur le papier quand le coude redémarre. » Mais non, pas d’ivresse ce soir. Un verre suffit, et il faut passer à la boucherie avant de rentrer.
Un dernier vers pour la route, alors ? Oui, tiré d’un poème de métro, justement : « Il n’est pas de réalité avec laquelle le poème ne puisse boxer. » Jacques Jouet pourrait en faire sa devise.



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Plus que quelques jours, ou quelques semaines, pour voir ou revoir les chefs-d’œuvre des plus grandes expositions de l’année passée, qui nous permettent de revisiter quatre siècles d’histoire de la peinture.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ L’historien  David Van Reybrouck analyse le déficit démocratique européen et la montée des populismes à la lumière de ce que fut le colonialisme finissant.
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Chronique

« La Commission européenne est comme l’administration coloniale de jadis, elle méprise les peuples »

L’historien  David Van Reybrouck analyse le déficit démocratique européen et la montée des populismes à la lumière de ce que fut le colonialisme finissant.

Par                David Van Reybrouck



LE MONDE
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        Le 12.01.2018 à 18h56

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        Mis à jour le 12.01.2018 à 23h22






    
Joseph Kasa-Vubu, premier président de 1960 à 1965 de la République du Congo, aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC).
Crédits : AFP


Chronique. La presse occidentale de qualité semble depuis peu obsédée par un parallèle historique. « Revivons-nous les années 1930 ? », s’interroge The Guardian après le Brexit. « Le monde revient-il aux années 1930 avec le triomphe de Trump ? », écrit El Pais. « Donald Trump : est-ce déjà le fascisme ? », questionne le rédacteur en chef du Spiegel.
En temps de houle, nous cherchons des points de repère familiers. A l’époque aussi, il y avait une crise bancaire, une récession considérable, un chômage massif et d’immenses inégalités. Mais le problème que posent les années 1930 est l’idée qu’une guerre mondiale s’ensuivra obligatoirement. Et cela ne facilite pas le débat. Chaque analyse est immédiatement éclipsée par les conséquences dévastatrices.
Un eurocentrisme exacerbé
N’y a-t-il pas d’autres comparaisons possibles ? Nous clamons être des citoyens du monde, mais nous évaluons l’histoire européenne de préférence à la lumière de… l’histoire européenne. Que des tendances émergentes en Afrique, en Asie, en Amérique latine puissent être des outils pour comprendre l’Union européenne (UE) ne semble pas nous venir à l’esprit. Cet eurocentrisme exacerbé me dérange toujours.
Les douze dernières années, je me suis intéressé de très près aux processus de décolonisation des Indes néerlandaises et du Congo belge. Qu’ont-ils à nous apprendre ? Peut-on comparer l’anticolonialisme croissant d’alors à l’anti-européanisme d’aujourd’hui ?
De toute évidence, l’UE est tout autre chose qu’une colonie. Elle s’est créée de l’intérieur, par le biais de la diplomatie et à sa propre demande. Les colonies, elles, sont créées sans y avoir été invitées, manu militari et de l’extérieur. Elles étaient pétries de pensées raciales.

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Et pourtant, les dernières années, dans des documents de la fin de la période coloniale, j’ai trouvé des passages qui m’ont paru familiers. Sukarno, qui deviendrait le premier président de l’Indonésie, s’exprima ainsi à son procès en 1930 : « Un peuple assujetti, donc tout peuple qui ne peut gérer sa propre administration comme le prescrivent son intérêt et son bien-être, vit en état de “désordre permanent”. (…) Le peuple indonésien est aujourd’hui un peuple vivant dans l’affliction. Et ce n’est pas notre incitation, pas l’incitation de “provocateurs”, mais cette affliction, ces larmes du peuple, qui sont la cause de ce mouvement populaire. »
Où avons-nous déjà entendu ceci ? Le désir d’avoir voix au chapitre. Le malaise social croissant. Le refus de voir les larmes. La diabolisation de facilité de ceux qui nomment et activent ce malaise.
Quelques « pommes véreuses »
En matière de style et de vision, les partisans d’alors peuvent difficilement être comparés aux dirigeants populistes d’aujourd’hui, mais ils étaient tout aussi honnis. Hendrikus Colijn, l’ancien ministre des colonies néerlandais, trouvait le nationalisme naissant aux Indes néerlandaises « futile, ne découlant d’aucun mouvement populaire réel, plutôt une action dans laquelle seule la couche supérieure de la société, aussi fine que la pellicule argentée d’un grain de riz, est impliquée ».
Réduire le « problème » à quelques « pommes véreuses » qui pourrissent les autres est un procédé familier. L’une de ces « pommes pourries » était Sutan Sjahrir, qui deviendra plus tard le premier ministre d’Indonésie. Le colonisateur l’avait banni en 1934 et pour une durée illimitée au camp d’internement de Boven-Digoel, au cœur de la forêt vierge des Papous.

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Dans l’une de ses lettres inspirées, il écrit : « Il faut croire que le gouvernement a trouvé une manière facile de gouverner. Expédier tous les malcontents à Digoel et intimider ainsi la population. Mais s’ils avaient un peu plus de bon sens, ils comprendraient que cette solution est trop simple et trop facile pour être aussi bonne et juste. Plus cela perdurera, plus il apparaîtra que c’est le gouvernement qui crée une situation révolutionnaire par l’agression qu’elle exerce à tous les niveaux, situation qui tend paradoxalement à politiser les couches profondes de la population. »
Naturellement, l’Union européenne n’envoie personne en camp pénitentiaire en pleine brousse. Les dirigeants populistes se voient parfois traînés en justice, mais cela n’a rien à voir avec les procès politiques théâtraux d’alors. Et pourtant, nous pourrions nous demander si le populisme de notre temps ne ressemble pas plus au nationalisme des colonies qu’au fascisme en Europe.
Une imposture injuste
Question du jour : qui a prononcé le discours suivant, Boris Johnson ou Yannis Varoufakis ? « Et que toutes les mesures qui se trament là-bas, à Bruxelles, bien loin de chez nous, sans nous, mais pour nous, sont considérées comme une imposture injuste. Nous avons toujours combattu cette méthode qui n’inspire pas confiance du fait que ces mesures ne résultent pas d’un dialogue sincère, franc et d’égal à égal. » Réponse : aucun des deux. C’est Joseph Kasa-Vubu qui prend ici la parole, en 1958. Deux ans plus tard, il serait le premier président du Congo.
Les mots de Patrice Lumumba, son premier ministre, sont eux aussi d’une actualité étonnante. « Le progrès réalisé ici dans le domaine économique et social surpasse – comme nous l’avons constaté de nos propres yeux – celui de certains pays. Mais là où le bât blesse, c’est que le gouvernement belge a négligé l’émancipation politique des Congolais. (…) Nous regrettons la politique qui consiste à n’accorder aux Congolais que les droits que le gouvernement consent à leur octroyer au compte-gouttes comme une aumône et non les droits légitimes que les nationaux réclament. »

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L’émancipation sans participation conduit à la frustration. C’est aussi simple que cela. « Entrer en ligne de compte », voilà de quoi il en retourne. Qu’on l’ignore, et la situation vire à l’explosif.
Dans une société de fin du colonialisme, les gens vivent sous le joug d’une administration qui réglemente pour ainsi dire tous les aspects de la vie publique et privée. Malgré son omniprésence, cette administration de nature énigmatique est plutôt invisible. Des accords sont passés avec des potentats locaux préexistants. Ce qui permet à la population indigène d’accéder à la nouvelle prospérité : l’enseignement et la santé publique pénètrent jusque dans les villages. Mais les possibilités de participation de la population à la vie publique, et donc politique, restant extrêmement limitées, la frustration s’installe, en premier lieu chez les jeunes qui ont pu faire des études, et plus tard chez les masses populaires qu’ils réussissent à mobiliser. Le colonisateur se voit forcé d’instituer des organes officiels de codécision, comme le Volksraad aux Indes néerlandaises et le Conseil colonial au Congo. Mais ceux-ci n’auront finalement que peu à décider. De plus en plus de gens rêvent dès lors de scénarios radicaux. La décolonisation s’avère dès lors inévitable.
Sous le joug d’une administration omniprésente
Qu’en est-il de l’UE ? Nous aussi, nous vivons sous le joug d’une administration omniprésente, invisible, qui façonne notre existence jusque dans ses moindres détails. L’UE compose elle aussi avec les potentats locaux tout en parvenant à améliorer le sort de beaucoup. Nous aussi, nous avons un organe de codécision, le Parlement européen. Il a plus de pouvoir que les organes consultatifs coloniaux de jadis, mais toujours bien moins que la Commission européenne et le Conseil européen. Le déficit démocratique ne s’en trouve pas comblé. Nombreux sont ceux qui trouvent l’UE hautaine et élitaire. Avec pour corollaire que l’UE voit aussi de plus en plus de ses habitants s’en distancer. Le Brexit est entre-temps un fait, et la crise profonde que connaît l’Europe est loin d’être terminée. L’aventure européenne, comme l’aventure d’outre-mer pourrait bien se terminer abruptement.
Outre le déficit démocratique, un autre s’est ajouté, le déficit bureaucratique. L’Europe a commis de graves erreurs, dans les années 1990. Quelle idée d’opter pour une monnaie unique en 1992, sans développer auparavant les institutions nécessaires à une gestion monétaire, financière et économique ! Et quelle idée d’avoir aboli les frontières intérieures depuis 1993, sans avoir réfléchi sérieusement aux frontières extérieures, avec toutes les répercussions possibles sur la gestion de l’asile et de la migration !

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Ce n’est qu’aujourd’hui que les lacunes systémiques se révèlent : la crise de l’euro a commencé en 2010, la crise migratoire a culminé en 2015. Ne pas avoir voix au chapitre est grave en soi, mais être livré à une technocratie défaillante est catastrophique.
Dans son dernier livre De nieuwe politiek van Europe (éd. Historische Uitgeverij, 2017), l’écrivain et philosophe néerlandais Luuk Van Middelaar décrit comment ces crises ont profondément remanié l’UE. Soudain, il a fallu improviser, pratiquer des choix drastiques. Ménager la Grèce ou pas ? Répartir les réfugiés ou pas ? L’Union s’en est trouvée plus politisée que jamais auparavant. La question est : s’est-elle aussi plus démocratisée ?
A l’heure où l’UE aurait dû miser sur la démocratie, elle est retournée, sous la pression des circonstances, à sa bonne vieille technocratie. Il a fallu sauver l’euro à coups de réunions nocturnes d’urgence, et le flot soudain de réfugiés ne tolérait plus une approche réfléchie. Agir, et vite, tel était le mot d’ordre. Le déficit démocratique a ainsi augmenté. Le citoyen le voyait et le subissait, muré dans l’impuissance – tout comme le colonisé.
Enième petit jeu des politiques
Vivre en Europe en l’an 2017 ressemble de plus en plus à vivre sous la gouvernance d’un colonialisme finissant. S’étonne-t-on dès lors que la révolte gronde ? Le populisme actuel est une tentative brutale de politiser à nouveau l’espace européen. La politique est une question de choix, affirme-t-il, pas de conformité aux lois. L’austérité n’est pas la seule solution, dit le populiste de gauche. La crise migratoire n’a pas à être subie les bras croisés, dit le populiste de droite.
Plus de prospérité grâce à l’UE ? En fait, les couches vulnérables de la société se sentent surtout menacées. Il suffit au populiste d’affirmer qu’il parle « au nom du peuple » – contre l’élite au-dessus, contre les migrants au-dessous – et sa fortune est faite. Intérêt médiatique garanti, clics sur Internet, sièges au Parlement.
Le populiste laisse parler le peuple tant que c’est sous la forme d’un référendum, par lequel il peut parfaitement manipuler les masses. Le peuple croit que les référendums sont libérateurs, mais ne comprend pas qu’il s’agit du énième petit jeu des politiques. La politique du parti s’en trouve renforcée, pas restreinte.

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Si l’UE ne se démocratise pas radicalement, la fin peut arriver très vite. Et cette démocratisation exige plus que quelques tours de passe-passe avec des têtes de liste. Car cela ne livre qu’encore plus de médiatisation et de personnalisation, ces mêmes processus qui ont fait un tel spectacle de la politique nationale.
Et si le peuple pouvait vraiment avoir voix au chapitre ? Cela pourrait se traduire ainsi. Aux élections européennes de 2019, chaque bulletin de vote avec les candidats serait accompagné d’une liste de vingt-cinq prises de position sur l’avenir de l’Europe. Elles pourraient énoncer : « L’UE doit interdire les voitures à carburant fossile à partir de 2040. » Ou encore : « L’UE doit mettre en place une armée européenne. » Le votant indiquerait en cochant à quel point il est d’accord avec chacun de ces énoncés. A la fin, il indiquerait aussi quels sont les cinq énoncés qui lui paraissent les plus importants.
Participation citoyenne
Cela ressemble à la boussole électorale, mais il s’agit ici de vos propres idées, et pas de pour qui il vous faut voter. En amont des élections, vous pourriez recevoir une brochure avec les arguments en faveur ou contre, comme le font les Suisses dans le cas d’un référendum. Le soir à la télévision, vous ne suivriez pas seulement qui a remporté le vote, mais aussi quelles propositions ont été adoptées. Cette liste de priorités partagées offrirait un canevas pour la politique européenne des Pays-Bas pour les cinq ans à venir.
A qui revient de rédiger le second billet de vote ? Le laisser aux mains de la politique serait une mauvaise idée. Alors comment ? Par tirage au sort. Réunissons par un échantillonnage représentatif quelques centaines de citoyens lambda par pays. Donnons-leur quelques mois pour délibérer, un lieu pour le faire et des modérateurs, neutres quant à la teneur, mais qui font en sorte que chacun ait voix au chapitre. Les participants se voient toutes les trois semaines. Ils peuvent inviter des experts à leur convenance. Ils n’ont pas à être d’accord sur tous les points. La seule chose qu’ils doivent faire, c’est rédiger la liste des vingt-cinq énoncés, en accord avec les panels citoyens dans les autres états membres.

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Cette forme innovante de démocratie participative a été utilisée les dernières années en Irlande et en Australie dans le cas de sujets politiquement délicats, comme le mariage entre homosexuels, l’avortement ou la gestion des déchets nucléaires. Des citoyens tirés au sort ont été invités à statuer sur des sujets brûlants que les politiques préféraient éviter. Avec pour résultat, des décisions dûment informées qui misent sur le long terme.
Cette démarche tout à fait faisable renforcerait la teneur de la démocratie européenne. Elle combine les trois formes de participation citoyenne que nous connaissons à ce jour : élections, référendum et tirage au sort. L’avantage d’une élection est qu’elle permet de choisir, son inconvénient est qu’il ne s’agit que du personnel politique. L’avantage du référendum est qu’il porte sur le contenu, son inconvénient est de n’offrir qu’un oui ou un non en réponse. L’avantage du tirage au sort est un processus décisionnel informé, son inconvénient est qu’il ne concerne qu’une petite partie de la population.
En impliquant tout citoyen votant dans ces choix politiques cruciaux, l’Europe donnerait à sa population l’autorité que les colonies déniaient à leurs sujets. Qui comprend que le populisme européen ressemble davantage au colonialisme finissant qu’au fascisme naissant, n’impose pas le silence au citoyen mécontent, mais lui donne la parole.
David Van Rebrouck est un écrivain belge de langue néerlandaise, anthropologue, historien de l’art, archéologue et préhistorien. Il est notamment l’auteur de Congo, une histoire, paru chez Actes Sud en 2012.
Traduction Monique Nagielkopf.


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin.
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L’historien des idées Daniel Lindenberg est mort

Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h29
    |

            Jean Birnbaum et 
Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’historien des idées, essayiste et sociologue Daniel Lindenberg est mort des suites d’une longue maladie, vendredi 12 janvier, à Paris. Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin. Issu d’une famille liée au Bund, mouvement socialiste juif et antisioniste actif à la fin du XIXe siècle en Russie, en Lituanie et en Pologne, il a toujours revendiqué son attachement à un judaïsme laïc et progressiste. Son itinéraire se confond surtout avec celui d’une génération marquée par l’avant et l’après-Mai 68, moment auquel il sera toujours resté fidèle.
Partisan du franco-judaïsme
Daniel Lindenberg est né en 1940 à Clermont-Ferrand, alors que ses parents, juifs polonais, tentaient de passer en zone libre. Son père et sa mère s’étaient rencontrés quelques années auparavant à Strasbourg, où l’un et l’autre avaient émigré pour suivre des études de médecine (en Pologne, le numerus clausus concernant les juifs les en avait empêchés). Après des études d’histoire et de sociologie à la Sorbonne, Daniel Lindenberg adhère, dans les années 1960, à l’Union des étudiants communistes, dont la fraction gauchiste avait été « épurée » par le PCF. Puis il passe à l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, groupe maoïste où milite également Blandine Kriegel, dont il croise l’itinéraire. C’est sous l’influence de la philosophe qu’il dira avoir rompu avec le marxisme.
Il devient ensuite historien des idées, sa carrière épousant l’aventure de l’université de Vincennes (aujourd’hui Paris VIII-Saint-Denis, où Daniel Lindenberg était professeur depuis 1996). Ses premiers livres sont marqués par les options politiques de l’époque : L’Internationale communiste et l’Ecole de classe (Maspero, 1972), sous l’inspiration du philosophe althussérien Nikos Poulantzas, et Le Marxisme introuvable (Calmann-Lévy, 1975). Un autre essai, Lucien Herr,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Auteure dramatique à succès, elle a écrit une vingtaine de romans et autant de pièces de théâtre et nombre de chansons à succès, interprétées notamment par Juliette Gréco, Dalida ou Céline Dion.
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Mort de la romancière Françoise Dorin

Auteure dramatique à succès, elle a écrit une vingtaine de romans et autant de pièces de théâtre et nombre de chansons à succès, interprétées notamment par Juliette Gréco, Dalida ou Céline Dion.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 17h47
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h07
   





                        



   


La romancière Françoise Dorin est morte vendredi 12 janvier, quelques jours avant son 9Oe anniversaire, à l’hôpital de Courbevoie (Hauts-de-Seine). Née à Paris le 23 janvier 1928, Françoise Dorin fit ses débuts de comédienne en 1957 au Théâtre des Deux-Anes dans des revues de chansonniers, auprès de son père, le célèbre chansonnier René Dorin (1891-1969), puis sur diverses scènes. Elle écrivit sa première pièce (sous pseudonyme) en 1967, Comme au théâtre. En 1969, elle présenta « Paris Club », une émission de télévision où son sens de la repartie faisait merveille.
Françoise Dorin était aussi une parolière douée. On lui doit Que c’est triste Venise, mis en musique par Charles Aznavour, N’avoue jamais, qui représenta la France au concours 1965 de l’Eurovision, chantée par Guy Mardel, et beaucoup d’autres titres interprétés par Juliette Gréco, Dalida, Claude François, Michel Legrand ou Céline Dion.
Un « phénomène Dorin »
Il y eut dans les années 1970 et 1980 un véritable « phénomène Dorin ». Des pièces comme La Facture (1968), Un sale égoïste (1970) ou Le Tournant (1973) furent jouées un millier de fois chacune. En 1976, elle fit un malheur avec son roman Va voir maman, papa travaille. En 1981, sa pièce L’intoxe fit chaque soir salle comble à Paris, et son livre Les Lits à une place a dépassé le million d’exemplaires.
Françoise Dorin, blonde au sourire généreux et punch à toute épreuve, a écrit plus de vingt-cinq romans, empreints de légèreté et de bonne humeur, et une vingtaine de pièces, servies par de grands noms comme Jacqueline Maillan, Edwige Feuillère, Jeanne Moreau, Michèle Morgan, Jean-Claude Brialy, Jacques Dufilho ou Michel Serrault.
Dans ses livres ou son théâtre, elle savait à merveille créer des dialogues et des situations piquantes, vaudevillesques, sans toutefois renoncer à donner son point de vue sur la marche de la société et notamment sur les relations hommes-femmes. « On pense que je suis là pour faire sourire, pour faire des choses faciles. C’est vrai. Mais j’aimerais qu’on reconnaisse que la facilité n’est pas facile ! », assurait-elle au Monde en 2002.
« Je suis de la droite saucisson »
Des critiques ont brocardé son œuvre qu’ils qualifiaient de « bourgeoise ». Pas du genre à se laisser démonter, Françoise Dorin lança un jour à un journaliste : « Les bourgeois, ce sont des gens qui existent et dont j’espère que vous pensez qu’ils ont le droit d’exister ! ». Elle s’opposait, entre autres, au « théâtre intello », à l’obsession du paraître ou à un certain féminisme. « Je n’aime pas la gauche caviar, disons que je suis de la droite saucisson », s’amusait-elle à dire.
Mais Françoise Dorin était plus complexe qu’il n’y paraissait. Va voir maman, papa travaille est un réquisitoire contre la maternité qui lui fit dire, avec son humour coutumier : « Mais où allons-nous si les auteurs bourgeois se mettent à avoir des idées révolutionnaires ? » De même, Les Lits à une place est une critique de la vie conjugale traditionnelle…
Divorcée de l’acteur Jean Poiret, avec qui elle eut une fille, Françoise Dorin partageait depuis 1975 la vie de l’acteur Jean Piat. Elle avait reçu le Grand Prix du théâtre 1984 de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques pour L’Etiquette, récompense qu’elle dut ironiquement partager avec son contraire artistique : Samuel Beckett, dramaturge longtemps d’avant-garde devenu un classique.

Françoise Dorin en sept dates
23 janvier 1928 : naissance à Paris.
1957 : fait ses débuts au Théâtre des Deux-Anes, auprès de son père, célèbre chansonnier, René Dorin.
1965 : paroles de « Que c’est triste Venise » (mis en musique par Charles Aznavour)
1973 : écrit la pièce Le tournant.
1981 : L’intoxe (théâtre) et Les lits à une place (presque 1 million d’exemplaires vendus)
1984 : Grand prix du théâtre de la SACD pour L’étiquette
12 janvier 2018 : mort à Courbevoie (Hauts-de-Seine)





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ Notre choix du soir. Retour sur la formidable aventure de l’opéra-rock créé en 1978 par Michel Berger et Luc Plamondon (sur France 3 à 20 h 55).
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TV - « Starmania, l’opéra-rock qui défie le temps »

Notre choix du soir. Retour sur la formidable aventure de l’opéra-rock créé en 1978 par Michel Berger et Luc Plamondon (sur France 3 à 20 h 55).



Le Monde
 |    12.01.2018 à 17h45
    |

            Christine Rousseau








                        


Documentaire sur France 3 à 20 h 55



Au sentiment de nostalgie suscité par ce type de documentaires musicaux vient s’ajouter une note de tristesse, depuis l’annonce, dimanche 7 janvier, de la disparition de France Gall. Bien qu’ayant confié un jour ne pas avoir vraiment aimé son rô­le dans Starmania, l’opéra-rock ­imaginé par Michel Berger et Luc Plamondon, Crystal et son Besoin d’amour ont cependant donné à l’interprète le goût de la scène. Ainsi que l’illustrent les innombrables archives – souvent inédites – du film de Thomas Snégaroff et Olivier Amiot, qui retrace par le menu l’aventure de cet opéra-rock phénomène, créé en 1978.
Une aventure qui semble à l’époque un peu folle. Il n’est, pour s’en persuader, qu’à observer, quatre ans plus tôt, lors d’une émission de télévision, la moue dubitative de Catherine Deneuve devant les propos d’un Michel Berger convain­cu que la France possède un public pour les comédies musicales et que celles-ci ne tarderont à rencontrer un vif succès.

Prémonitoires, ces propos le sont tout autant que celui de Starmania, dont la dimension politique est à mettre au crédit de Luc Plamondon. Après que celui-ci a convaincu Michel Berger d’abandonner Angelina Dumas, projet inspiré d’un fait divers,ils entreprennent ensemble de se projeter dans les années 2000 à Monopolis, capitale imaginaire d’un Etat supranational sur lequel planent les ombres du terrorisme et de la dictature.
« Accueilli comme un ovni »
Reste que, au-delà de la peinture sociale d’un monde devenu « stone », avant même que le spectacle ne soit monté, le double album de Starmania, sorti en pleine vague disco, en octobre 1978, « est accueilli comme un ovni », souligne Thomas Snégaroff. Et ce d’autant plus fraîchement par les médias que la plupart des interprètes – à l’exception de Diane Dufresne et France Gall – ne sont pas connus.

Conscients que, si les ventes n’atteignent pas les 100 000 exemplaires dans les deux mois, leur spectacle ne verra pas le jour, Luc Plamondon et Michel Berger écument les studios radio – grâce à quoi Coluche, fan du titre, passera en boucle Le Monde est stone sur Europe 1 – et les plateaux télé. En décembre 1978, alors que l’album est en passe de devenir le bide de l’année, les deux compères se voient confier une émission spéciale où, dans un ultime baroud d’honneur, ils présentent avec les futurs interprètes de la comédie (France Gall, Diane Dufresne, ­Fabienne Thibeault, Daniel Balavoine) tout ou partie des chansons. Le déclic s’opère avec Les Uns contre les autres, qui devient le premier tube de Starmania.
Quatre mois plus tard, le 10 avril 1979, au Palais des congrès, à Paris, se tient la première devant un parterre de 4 000 spectateurs, auprès desquels nous convient les deux auteurs du film. En effet, par un habile jeu de montage de photos et d’archives, un large aperçu du spectacle est restitué. Même si la qualité des images de la captation est assez médiocre, on se console aisément par le fait que les interprétations sont données dans leur intégralité.

Ce qui n’est pas le moindre attrait de ce film qui fourmille d’anecdotes, dont celle qui veut que Michel Berger ait retrouvé, au fond de la corbeille à papier où l’avait jeté Luc Plamondon, le texte d’un des grands titres de Starmania :Les Uns contre les autres. Autre grand tube du spectacle que reprendra Maurane, en 1988 ; puis Céline Dion, qui accordera sa voix à celles de Cyndi Lauper, Kim Carnes ou Ronnie Spector sur Tycoon, la version anglaise de l’album sortie en juillet 1992. Soit un mois avant la disparition de Michel ­Berger, créateur visionnaire à plus d’un titre.
Starmania, l’opéra-rock qui défie le temps, de Thomas Snégaroff et Olivier Amiot (Fr., 2017, 115 min).



                            


                        

                        

