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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Le professeur de sciences politiques Hatem M’rad engage ses compatriotes à la « confiance dans le progrès et la consolidation prochaine des nouvelles institutions ».
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Point de vue

« La révolution tunisienne a semé une bonne graine, il faudra patienter pour la cueillir »

Le professeur de sciences politiques Hatem M’rad engage ses compatriotes à la « confiance dans le progrès et la consolidation prochaine des nouvelles institutions ».

Par                Hatem M’rad



LE MONDE
              datetime="2018-01-14T18:00:28+01:00"

        Le 14.01.2018 à 18h00






    
Des manifestants avenue Habib-Bourguiba, dans le centre de Tunis, marchant contre la corruption, le 13 mai 2017.
Crédits : Zoubeir Souissi/REUTERS


Tribune. La révolution tunisienne était censée être une rupture radicale avec le passé. Sept ans après, en janvier 2018, on est étonné de voir que plusieurs franges de Tunisiens restent attachées au passé, à ses vestiges et pratiques. Et ils le disent tout haut. Les rappels très insistants de Dieu, de Bourguiba et de Ben Ali ont sonné fort après la révolution, et ont inauguré aussitôt le temps des regrets.
On parle liberté, et on voudrait rétablir le despotisme ancien. On parle démocratie, et on voudrait faire de la place à une providence islamiste. En 1789, l’aristocratie et le clergé français, mutilés et vidés de leur substance, pouvaient-ils rétablir tout ce que les courants ont emporté ? Nostalgiques de Dieu et nostalgiques de l’autorité se retrouvent sept ans après en Tunisie.
Les vestiges du passé
Les islamistes sont attachés à la loi immeuble de Dieu, vue et vécue à travers les mœurs et idéaux du Pieux ancêtre, un modèle particulièrement immunisé contre quatorze siècles qui lui ont succédé. L’état social et spirituel des musulmans du VIIe siècle résume ainsi toute l’histoire de l’humanité arabo-musulmane. Il est valable en tout temps et en tout lieu. Nul intérêt d’ajouter que la loi des hommes ne compte plus, elle est désacralisée. L’histoire s’arrête.
Mais les modernistes laïcs sont attachés, eux aussi, aux vestiges du passé plus qu’aux idées de progrès. On vénère une histoire ouverte, puis arrêtée par un homme, Bourguiba, qui de lucide passe par être extralucide, voire translucide et transhistorique. Il est partout et nulle part. A la limite, il habite le Tunisien de tous les temps.

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Après l’idolâtrie bourguibienne survient le culte de Ben Ali, un militaire qui affectionne les procédés brutaux, qui aimait régner par le silence. L’homme était habile dans l’art de la désislamisation. Entendons le traitement policier d’un phénomène politique et social. Ce qui n’est pas, à l’évidence, le fait des leaders d’aujourd’hui, complaisants avec des islamistes, eux-mêmes machiavéliques.
Bref, pour certains modernistes, autant l’ordre était l’apanage du passé, autant la confusion est celui d’un présent empêtré. L’attachement à l’autocratie l’emporte sur l’appréciation présente de l’état de la démocratie. Un état, il est vrai, encore chancelant. Pourtant, leur colère même contre la révolution ou à l’endroit des hommes au pouvoir de la transition est un fait de révolution, un fait de liberté, succédant à leur passivité ancestrale ou à leur humiliation par l’autorité, le parti unique et la famille régnante. Ces franges modernistes sont contrariées encore par l’afflux massif des islamistes dans la transition, comme s’ils étaient venus de nulle part.
Un régime suranné
On se réjouit ainsi après une révolution, vite honnie, d’en appeler au passé, lointain ou contemporain, de conserver des traditions d’un régime suranné, voire de regretter des privilèges. Mais alors, comment peut-on éliminer un dictateur, établir un nouvel ordre démocratique, sans la présence des islamistes, eux-mêmes victimes au premier degré de la dictature ? Des islamistes constituant le tiers de l’électorat tunisien, qu’il faudrait désormais se résoudre à combattre par la démocratie, et non par la terreur, comme sous Ben Ali, ou en tentant de couper leurs têtes, comme le voulait Bourguiba à la veille du coup d’Etat de Ben Ali. En démocratie, les contraires s’affrontent. On tente de civiliser par la liberté, par le droit. La démocratie est beaucoup plus courageuse que les méthodes expéditives. Elle ose, elle, affronter les vices en face, même dans le grabuge.
La révolution, il y a sept ans, était à la fois un hasard et un non-hasard. Les gens font des révolutions parce que l’état social et politique antérieur devient insupportable. Il ne correspond plus au mouvement des idées et des opinions. Si, en façade, ce ne sont pas les idées ou les intellectuels qui ont produit la révolution « de la dignité », ce sont des masses informes d’idées et d’opinions qui, au vu du spectacle d’un demi-siècle d’indignité quotidienne, ont mis lentement en action des forces physiques et matérielles.

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Les révolutions sont aussi des faits d’opinion qui avancent, même en silence, même lentement, s’agitent parfois, contournent les résistances au progrès. Une opinion en phase d’accumulation depuis le déclenchement du mouvement démocratique de la fin des années 1970 : date du début du naufrage bourguibien et de l’apparition d’une société civile embryonnaire représentée par le triptyque MDS-UGTT-LTDH (Mouvement des démocrates socialistes, Union générale tunisienne du travail et Ligue tunisienne des droits de l’homme).
Aujourd’hui, après la révolution, c’est l’état démocratique qui devrait faire la civilisation politique et morale. La démocratie est encore chaotique, parfois décevante. Mais on ne peut la repousser sous prétexte justement qu’elle remet en cause un passé révolu, qui ne reviendra plus, qui n’exprime plus le besoin des peuples. Peut-on faire revenir l’esclavage, le système héréditaire, le droit d’aînesse, la répudiation ou la polygamie ? Non.
« Laissons faire l’Histoire »
Même la discrimination des droits des femmes en matière d’héritage est en train d’être balayée par l’Histoire, le progrès de civilisation et l’opinion. La civilisation avance, elle ne recule pas. Lors même qu’elle donne l’impression de reculer, suite à un accident de l’Histoire (guerre, crise, famine), elle n’élimine pas les idées de progrès philosophiques, moraux, qui reprendront aussitôt leur chemin naturel aussitôt les moments d’égarement et de convulsion rectifiés par l’Histoire.
Les nostalgiques des régimes à discours unique, religieux ou laïc, disent que la liberté issue de la révolution nous fait du tort. En réalité, ce qui nous fait du tort, c’est que la révolution a suspendu la liberté, la vraie, restée incomprise, malmenée par des partis (au pouvoir ou dans l’opposition), par des agitateurs et par des mouvements qui en ignorent le sens, qui la veulent pour eux seulement, pas pour les autres. Il en va ainsi dans les transitions.

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Laissons faire l’Histoire. Préparons les réformes qui doivent améliorer les choses, acceptons les séquelles et les déformations nécessaires de la révolution et de la transition qui ont secoué tout un ordre politique et géopolitique, avec ses traditions, ses privilèges, ses discriminations. N’ayons pas la prétention de tout régenter par un coup d’épée tranchant. Suivons le chemin frayé par la liberté, il nous mènera vers toujours plus de liberté. L’islamisme est un mal, une gangrène, personne n’en disconvient. Mais ne nous trompons pas de conjoncture. La lutte est désormais politique, juridique et démocratique, pour peu qu’elle s’insère dans le jeu des institutions modernes.
Ne soyons ni passéistes, ni brutaux, ni intolérants. Ayons confiance dans le progrès, dans la consolidation prochaine des nouvelles institutions, sans nous départir de notre vigilance, qui nous donne toujours le droit de punir le mal lorsqu’il est punissable. La révolution a semé une bonne graine. Il faudra patienter pour la cueillir au bon moment. Le plus important, c’est de vivre dans son siècle, pas dans celui des autres. Ne soyons pas, selon la belle expression de Benjamin Constant, « des imitateurs modernes de l’Antiquité », soyons plutôt des créateurs progressistes de la modernité.
Hatem M’rad est professeur de sciences politiques à l’Université de Carthage et président fondateur de l’Association tunisienne d’études politiques (ATEP).


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Une séquence photographique montrant le président des Etats-Unis, prise en novembre 2017, a ressurgi à l’occasion des récents soubresauts qui ont secoué la Maison Blanche. Pourquoi la lisons-nous comme révélatrice ?
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Donald Trump, génie burlesque

Une séquence photographique montrant le président des Etats-Unis, prise en novembre 2017, a ressurgi à l’occasion des récents soubresauts qui ont secoué la Maison Blanche. Pourquoi la lisons-nous comme révélatrice ?



Le Monde
 |    14.01.2018 à 12h00
    |

                            Marion Dupont








                        



                                


                            



C’est l’une de ces images qui semblent condenser une évidence flottant dans l’air du temps. Le président des Etats-Unis, convié à participer à une chaîne symbolique avec d’autres dirigeants et chefs d’Etat, semble empêtré dans son corps et mettre quelques instants avant de parvenir à croiser les bras correctement. Dans cette difficulté à reproduire une consigne gestuelle simplisme, certains ont vu une nouvelle preuve de sa déficience.
Cette photographie d’Andrew Harnik pour Associated Press a d’abord été relayée par des internautes, puis par divers journaux et sites Internet américains le jour même de l’incident, le 13 novembre 2017. Prise lors du 31e sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), à Manille (Philippines), elle a resurgi à la faveur d’un contexte chargé pour la présidence Trump. Les doutes concernant la capacité à gouverner de ­Donald Trump ont été alimentés ces derniers jours par la sortie du livre à charge Fire and Fury, du journaliste ­Michael Wolff, ainsi que par les saillies sur Twitter du président lui-même assurant de sa « stabilité » et se qualifiant de « génie ».
Lapsus corporel
Le comique de la situation n’échappe à personne, mais quels en sont les ressorts ? Christian Godin, philosophe et auteur de l’ouvrage Chaplin et ses doubles. Essai sur l’identité burlesque (Champ Vallon, 2016), nous rappelle que Hegel définissait le comique comme l’expression d’une contradiction non résolue : « Cette photographie condense un ensemble particulièrement riche de contradictions. Entre la solennité de l’instant [qui regroupe des chefs d’Etat clôturant un sommet international] et la pitrerie involontaire du président incapable d’y répondre ; entre la puissance et l’autorité qu’il doit incarner en tant que chef de la première puissance mondiale et son incompréhension de la situation ; entre le talent supposé, voire reconnu...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dix ans après la crise financière, l’année 2018 sera-t-elle celle du sursaut de l’Union européenne ? Plusieurs éléments y concourent, mais rien n’est gagné, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.
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Article sélectionné dans La Matinale du 13/01/2018
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2018, l’année de l’Europe

Dix ans après la crise financière, l’année 2018 sera-t-elle celle du sursaut de l’Union européenne ? Plusieurs éléments y concourent, mais rien n’est gagné, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 08h02
   





                        



                                


                            

Chronique. La crise de 2008, qui conduisit à la plus forte récession mondiale depuis la crise de 1929, avait clairement pour origine les faiblesses de plus en plus criantes du système américain : excès de dérégulation, explosion des inégalités, endettement des plus pauvres. Portée par un modèle de développement plus égalitaire et inclusif, l’Europe aurait pu saisir cette occasion pour promouvoir un meilleur système de régulation du capitalisme global. Patatras : faute d’une confiance suffisante entre ses membres, prisonnière de règles rigides appliquées à contretemps, l’Union européenne (UE) provoqua en 2011-2013 une nouvelle récession dont on se remet à peine.
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 a révélé une nouvelle faille béante du modèle américain. Cela relance la demande d’Europe, d’autant plus que l’évolution des modèles alternatifs (Chine, Russie) n’est guère rassurante.
De multiples défis à surmonter
Pour répondre aux attentes, l’Europe devra toutefois surmonter de multiples défis. D’abord un défi général : la dérive inégalitaire de la mondialisation. L’Europe ne rassurera pas ses citoyens en leur expliquant que la situation y est meilleure qu’aux Etats-Unis ou au Brésil. Les inégalités progressent dans tous les pays, encouragées par une concurrence fiscale exacerbée en faveur des plus mobiles, que l’Europe continue toujours à attiser. Les risques de repli identitaire et de logiques de bouc émissaire ne seront surmontés que si l’on parvient à proposer aux classes populaires et aux jeunes générations une véritable stratégie de réduction des inégalités et d’investissement dans l’avenir.
Deuxième défi : le clivage Nord-Sud, qui s’est dramatiquement accentué au sein de la zone euro, et qui repose sur des récits contradictoires des événements. En Allemagne et en France, on continue de s’imaginer que l’on a aidé les Grecs, puisqu’on leur a prêté de l’argent à un taux d’intérêt inférieur à celui auquel ils auraient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Alors que la Californie vient de rendre légale la consommation de marijuana à usage récréatif, plus que jamais, des voix s’élèvent pour dénoncer l’échec de la guerre contre les stupéfiants.
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Pour la paix des drogues

RAPPORT D’ÉTONNEMENT. Alors que la Californie vient de rendre légale la consommation de marijuana à usage récréatif, plus que jamais, des voix s’élèvent pour dénoncer l’échec de la guerre contre les stupéfiants.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 06h30
    |

            Frédéric Joignot








                        



                                


                            
Le Jour de l’an, alors que les images de milliers de Californiens achetant légalement de la marijuana faisaient le tour du monde, une tribune paraissait dans le New York Times sous le titre : « La guerre ratée contre les drogues ». Elle était cosignée par deux pointures politiques : le républicain George P. Shultz, ancien secrétaire d’Etat de Ronald Reagan, et Pedro Aspe, ex-secrétaire des finances mexicain. Elle s’ouvre sur un constat sans appel : la « guerre contre la drogue » lancée aux Etats-Unis sous Nixon et toujours en cours « a été un échec qui a dévasté des vies, rempli les prisons et coûté des sommes colossales ».
Marché noir
L’argumentation suit : il est irréaliste de vouloir éradiquer les producteurs et les trafiquants des pays pauvres – « l’offre » – quand la consommation récréative des drogues par les pays riches – « la demande » – est considérable. Ce combat génère automatiquement un marché noir aux prix faramineux, qui mobilise des mafias prêtes à tout, réinvestissant leurs « énormes profits (…) dans l’achat d’armes sophistiquées, l’embauche de gangs pour protéger leur commerce, la corruption de fonctionnaires et la fourniture de drogues à des enfants, afin de les rendre dépendants ». Résultat : au Mexique, les violences liées aux cartels ont fait plus de 100 000 morts depuis 2006. Pendant ce temps-là, dans les pays consommateurs, où la prohibition a toujours lamentablement échoué, « un maintien de l’ordre agressif a conduit des milliers de jeunes consommateurs dans des prisons trop pleines, où ils apprennent à devenir de véritables criminels ». Conclusion : un fiasco général.
Alors que faire ? Les deux signataires donnent des pistes : « Dépénaliser la possession de petites quantités de drogue à usage personnel », « avoir le droit de cultiver et de distribuer de la marijuana pour un usage personnel », « créer des centres de traitement (…) où les gens pourraient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Les fausses informations sur l’environnement ne restent pas cantonnées aux réseaux sociaux. On les débusque jusque dans un manuel scolaire, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au service « Planète ».
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« Les “fake news” sur l’environnement se parent bien souvent des beaux atours du débat scientifique »

Les fausses informations sur l’environnement ne restent pas cantonnées aux réseaux sociaux. On les débusque jusque dans un manuel scolaire, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au service « Planète ».



Le Monde
 |    13.01.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 10h46
    |

            Stéphane Foucart








                        



                                


                            
Chronique. Le président Emmanuel Macron l’a annoncé début janvier : une nouvelle loi destinée à lutter contre les « fausses nouvelles » (« fake news ») devrait voir le jour avant la fin de l’année. Avec, comme nouveauté attendue, la possibilité d’agir, en référé, afin de tuer le mal à la source et éviter la formation de métastases. Pour ce qui touche à l’environnement ou la santé, une telle approche est certainement inefficace et sans doute dangereuse.
Non qu’il n’existe aucune fausse information en circulation sur ces sujets : elles sont innombrables et chercher à en expurger la Toile serait comme vouloir vider le Pacifique avec un dé à coudre. Le problème est ailleurs. Le plus souvent, sur les sujets connectés à la production scientifique, les « fake news » n’en sont pas vraiment. Elles relèvent plutôt de mises en théorie complexes, d’édifices où s’épaulent les insinuations, les demi-vérités, les approximations et une habile sélection de faits sortis de leur contexte – un peu à la manière dont se construisent les thèses conspirationnistes sur le 11-Septembre ou les révisionnismes historiques. Mais, à la différence de ces derniers, les fausses informations sur l’environnement ne souffrent d’aucun opprobre. Elles se parent bien souvent des beaux atours du débat scientifique, de l’esprit critique ou du doute méthodique.
Courbe de température frauduleuse
Conséquence : ces « fake news » ne restent pas cantonnées à la blogosphère ou aux réseaux sociaux. On les débusque là où on les attend le moins. Jusque dans un manuel scolaire, par exemple. Dans celui de géographie édité par Nathan et destiné aux classes de seconde (Sociétés et développement durable, 2010), on trouve par exemple, à la page 186, une courbe de température frauduleuse – de celles qui circulent sur les blogs climatosceptiques. La courbe (très tranquillisante) exhibe des températures moyennes à l’époque médiévale supérieures de près d’un degré et demi à celles de 2010 !...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Editorial. La contamination à la salmonelle provoquée par les produits du groupe laitier illustre les failles actuelles de la sécurité sanitaire.
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Lactalis : « Il faut renforcer les ­contrôles et les sanctions »

Editorial. La contamination à la salmonelle provoquée par les produits du groupe laitier illustre les failles actuelles de la sécurité sanitaire.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 10h24
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 16h13
   





                        


Editorial du « Monde ». Alors que la crise du lait infantile menace de s’étendre en Europe – un cas de salmonellose vient d’être détecté en Espagne, un autre suspecté en Grèce –, Bruno Le Maire a tapé du poing sur la table. Vendredi 12 janvier, après avoir convoqué Emmanuel Besnier, le toujours invisible président de Lactalis, le ministre de l’économie a annoncé que le leader mondial du lait devra reprendre tous les produits laitiers infantiles fabriqués sur son site de Craon (Mayenne), « quelle que soit leur date de fabrication, dans tous les lieux de commercialisation, en particulier la grande distribution et les pharmacies ». Le précédent rappel, qui courait à partir de février 2017, a été élargi. Pour autant, M. Le Maire a écarté une fermeture du site de Craon, où 250 salariés sur 327 sont déjà au chômage technique.

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                Emmanuel Besnier, le PDG invisible de Lactalis aux méthodes musclées



Révélée début décembre 2017, la contamination à la salmonelle provoquée par les produits de Lactalis – à la date du 9 janvier, en France, 37 nourrissons, âgés de 2 semaines à 9 mois, ont été atteints de salmonellose – est à l’origine de scandales à la chaîne. Le premier responsable est évidemment Lactalis, une entreprise opaque qui ne fait pas de quartier à ses concurrents et pratique le culte du secret, au point de ne pas publier ses comptes. Face au refus du géant agro­alimentaire de retirer les produits contaminés, M. Le Maire a suspendu, le 9 décembre, la commercialisation de ses laits infantiles. Lactalis fait l’objet d’une enquête préliminaire du parquet de Paris pour « blessures involontaires », « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit ».
Sous-estimation de la gravité de la crise
Mais le scandale sanitaire a fait tache d’huile. Les dysfonctionnements ont aussi touché la grande distribution. Au lendemain des Etats généraux de l’alimentation, qui avaient pour but de rétablir la confiance avec les consommateurs, tous les distributeurs, de Carrefour à Auchan en passant par Leclerc et Système U, qui avaient bien géré le retrait des œufs contaminés au fipronil, ont reconnu des défaillances. Toutes les chaînes ont continué à vendre des produits contaminés après leur rappel. Certaines enseignes ont tenté de se justifier, évoquant la période des fêtes, qui n’a pas permis de se concentrer sur les laits infantiles, ou encore une inflation incompréhensible dans les procédures de retrait. Le président d’Intermarché, Thierry Cotillard, s’en est pris à l’« amateurisme » de Lactalis, qui, la main sur le cœur, multiplie les excuses…
L’Etat a pris ses responsabilités. La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a effectué, depuis le 26 décembre, 2 500 contrôles et en a programmé autant la semaine prochaine, pour vérifier la disparition des produits contaminés des rayons et des stocks. Mais des responsables politiques ont jugé que la DGCCRF, en raison d’une baisse de son budget et de son personnel, n’avait pas les moyens de jouer pleinement son rôle de surveillance.

        Lire aussi :
         

                Ce qu’il faut retenir de l’affaire du lait contaminé Lactalis



Cette chaîne de dysfonctionnements résulte aussi d’une sous-estimation de la gravité de la crise, comme si on n’avait pas mesuré les effets de contamination d’un produit aussi sensible que le lait pour nourrisson. Parce que la sécurité sanitaire n’a pas de prix, il faudra renforcer les ­contrôles et les sanctions pour que de tels scandales ne se reproduisent pas. En toute transparence.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Camille Stromboni analyse le décalage existant entre le discours du gouvernement et la réalité de la réforme à l’entrée de l’université, qui risque de provoquer des réveils douloureux pour les lycéens et leurs familles.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     


Article sélectionné dans La Matinale du 12/01/2018
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Pas de sélection à l’université, vraiment ?

Camille Stromboni analyse le décalage existant entre le discours du gouvernement et la réalité de la réforme à l’entrée de l’université, qui risque de provoquer des réveils douloureux pour les lycéens et leurs familles.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 17h34
    |

            Camille Stromboni (Service Campus)








                        



                                


                            
Analyse. « Le vrai danger, au-delà des oppositions politiques, c’est le réel », pointait un conseiller lors du séminaire de rentrée du gouvernement, le 3 janvier. Cette mise en garde résonne avec justesse concernant la réforme de l’université. De semaine en semaine, la ligne du gouvernement ne bouge pas : ce bouleversement des règles à l’entrée de la fac, appliqué dès cette année, ne va aucunement y instaurer une sélection. Premier ministre, ministre de l’enseignement supérieur, députés de La République en marche… chacun ne cesse de le répéter.
Le « Plan étudiants », qui prend forme, notamment, dans un projet de loi modifiant les modalités d’entrée en premier cycle universitaire – en cours d’examen au Parlement –, ne fera que mettre fin à la « sélection par l’échec » qui sévit aujourd’hui en licence et au « scandaleux » tirage au sort. Ce recours au hasard, unanimement décrié, était utilisé jusqu’ici pour écarter les candidats à l’entrée des licences où les places manquaient. Oser prononcer le mot « sélection » pour évoquer le système qui va le remplacer équivaut à rejoindre le camp des opposants à la réforme ou autres « idéologues », accusés de chercher la polémique gratuitement.

Mais le débat sémantique, qui peut apparaître dérisoire, va devenir fondamental quand les quelque 700 000 lycéens de terminale et leurs parents vont découvrir, en janvier, ces nouvelles règles du jeu pour rejoindre l’université. Si « mal nommer les choses » n’est pas ajouter aux « malheurs du monde », pour paraphraser Camus, c’est en tout cas prendre le risque de réveils douloureux dans les familles.
D’après la simple définition du Larousse, la sélection correspond à « l’action de choisir les personnes ou les choses qui conviennent le mieux ». En ce sens, l’université aura désormais, de fait, le droit d’effectuer une sélection entre les candidats, dès lors...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Post-vérité, post-capitalisme, post-genre, post-contemporain… Chaque courant ne semble plus s’imaginer qu’à l’aune de son propre dépassement.
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Ce que révèle l’inflation des « Post- »

Post-vérité, post-capitalisme, post-genre, post-contemporain… Chaque courant ne semble plus s’imaginer qu’à l’aune de son propre dépassement.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 06h30
    |

                            Nicolas Santolaria








                        



                                


                            
En se penchant au chevet de la pensée contemporaine, on doit se rendre à l’évidence : cette dernière est atteinte d’une véritable épidémie de « post ». Comme une sangsue conceptuelle, cette préposition d’origine latine est venue s’accoler aux champs d’investigation les plus divers, du post-contem­porain au post-capitalisme, de la post-histoire au post-travail, en passant par les occurrences post-genre, post-pop, post-féminisme, post-Internet, post-critique.
On pourrait presque voir, dans cette récurrence du recours au « post », une coquetterie promotionnelle permettant de marquer à peu de frais la dimension « disruptive » d’une pensée. Chaque courant ne semble plus s’envisager qu’à l’aune de son propre dépassement. Une logique si contagieuse qu’elle s’applique aussi bien à la production artistique et à la pub qu’à l’actualité, où la valeur d’un événement se mesure désormais à sa capacité à faire rupture. Ainsi vivons-nous désormais dans un monde où notre paysage mental serait toujours celui du jour d’après : post-11-Septembre, post-Fukushima, post-Weinstein.
La fin des grands récits d’émancipation
En 2016, les Oxford Dictionaries désignaient la « post-vérité » comme mot de l’année, soulignant que c’est notre rapport aux événements qui fait désormais les frais de cette dynamique. « La Condition postmoderne, de Jean-François ­Lyotard, sorti en 1979 [Minuit], aura initialement associé la notion de “post” à la fin des grands récits d’émancipation. A partir des années 1970-1980, on bascule dans un nouveau régime d’historicité marqué par une crise de l’avenir et l’avènement d’un présent étale, sans horizon. Nous ne vivons pas la fin de l’histoire, mais la fin de la téléologie [étude de la finalité] historique », explique l’historien des idées ­François Dosse, auteur notamment d’une Histoire du structuralisme (La Découverte, 1991-1992). Se prosternant devant la nouveauté, notre époque se nourrit dorénavant...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Un texte, paru dans « Le Monde » et signé par une centaine de femmes rejetant le « puritanisme » apparu avec l’affaire Weinstein, a fait grand bruit. Retour sur son itinéraire et les débats qu’il suscite.
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L’instant Deneuve : retour sur une tribune polémique

Un texte, paru dans « Le Monde » et signé par une centaine de femmes rejetant le « puritanisme » apparu avec l’affaire Weinstein, a fait grand bruit. Retour sur son itinéraire et les débats qu’il suscite.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 06h00
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 07h47
    |

                            Franck Nouchi (Médiateur du Monde)








                        


La chronique du médiateur. Une tribune signée par une centaine de femmes rejetant le « puritanisme » apparu avec l’affaire Weinstein a fait grand bruit. Retour sur son itinéraire et les débats qu’elle suscite.
C’est ainsi : certains papiers que l’on pensait retentissants font parfois « pschitt ». D’autres, au contraire, mettent le feu aux poudres. La tribune intitulée « Des femmes libèrent une autre parole » signée, entre autres personnalités, par Catherine Deneuve, Catherine Millet et Ingrid Caven, et publiée dans Le Monde (daté 10 janvier), est à l’évidence à classer dans la seconde catégorie.
Commençons par rappeler les faits, tels qu’ils nous ont été rapportés par le responsable des pages « Débats » du Monde, Nicolas Truong.
Dans la soirée du vendredi 5 janvier, il reçoit un coup de fil de Catherine Millet. L’auteure de La Vie sexuelle de Catherine M. (Seuil, 2001) souhaite l’informer de l’existence d’un texte collectif, signé par de nombreuses femmes, écrit « en réaction au climat idéologique qui s’est installé dans la mouvance de #MeToo ». Nicolas Truong fait part à Catherine Millet de son intérêt de principe, tout en précisant qu’il jugera « sur pièces », après l’avoir lu, de son éventuelle publication.
« J’ai immédiatement pensé qu’il aurait un impact important », se souvient Nicolas Truong
Le temps de recueillir de nouvelles signatures et sans doute aussi de peaufiner sa rédaction, le texte ne parvient dans sa version définitive au responsable des pages « Débats » que le soir du dimanche 7 janvier. « J’ai immédiatement pensé qu’il aurait un impact important, se souvient Nicolas Truong. D’autant plus qu’au même moment, deux autres textes allant dans le même sens m’étaient parvenus. Il se passait quelque chose, une sorte de moment critique post-Weinstein, toutes proportions gardées un peu comme il s’en était produit un autre dans la foulée du mouvement « Je suis Charlie ».
Lundi 8 janvier : lors de la conférence de rédaction de midi, Nicolas Truong présente la tribune, en indiquant que parmi ses auteures se trouvent Catherine Millet et Catherine Robbe-Grillet. Il précise qu’un autre texte, signé par la romancière et essayiste Belinda Canonne, sera publié dans la même page. En plus de ces deux textes, sur une autre page, il y aura un long article du politologue Olivier Roy. Son thème ? « À rebours des événements de Cologne, où la culture des agresseurs était mise en cause, l’affaire Weinstein fait de la nature même du mâle, du “cochon”, la racine de la violence masculine. » Débats et polémiques en perspective.
L’affaire change de nature
Lundi, dans la soirée, nouveau coup de fil de Catherine Millet : « Catherine Deneuve est d’accord pour signer le texte. » Par courriel, Nicolas Truong prévient immédiatement Luc Bronner, le directeur de la rédaction, ainsi que son adjoint, Benoît Hopquin. Avec cette signature connue dans le monde entier, l’affaire change de nature. Impact maximum garanti.
Mardi matin, conférence de 7 h 30 : la question est de savoir comment présenter ces deux pages à la « une » du journal. Manchette ? Grande photo de Catherine Deneuve ? Un titre plus sobre ? « Nous n’avions pas de doute sur le fait qu’il fallait publier le texte des 100 femmes, explique Luc Bronner. Deux mois plus tôt, nous avions mis en place une task force chargée d’enquêter sur les phénomènes de harcèlement sexuel, pilotée par Sylvie Kauffmann et Hélène Bekmezian et composée d’une quinzaine de journalistes chevronnés. Nous avions décidé de faire de ces questions une priorité éditoriale pour l’année à venir. Et avant même la publication de cette double page, nous avions publié plus d’une dizaine de manchettes, une quarantaine d’enquêtes, reportages et analyses portant sur ces sujets de harcèlement. Sans parler de dizaines d’interviews et de points de vue variés, en général favorables au mouvement #MeToo. Donner la parole à des personnalités défendant des points de vue différents ne posait donc aucun problème de principe. » 
Le rôle des pages « Débats »
« Dès lors que ce débat existe dans la société, il est bien qu’il soit rapatrié dans les colonnes du Monde », résume pour sa part Hélène Bekmezian. Tel est en effet le rôle des pages « Débats » au Monde : susciter des points de vue contradictoires, défendre le pluralisme des idées, animer le débat public.
Dès lors, fallait-il faire « plus gros » en « une » ? Luc Bronner et Benoît Hopquin ne le pensent pas. Rappelons que la première page du journal était ainsi composée : les ruptures conventionnelles collectives en manchette. Au dessous, une grande photo du nouveau président du Conseil scientifique de l’éducation nationale, Stanislas Dehaene, avec ce titre : « Education : le bon génie de Blanquer ». À côté, sur une colonne, un titre entre guillemets, soulignant ainsi d’emblée qu’il s’agissait d’une tribune : « Les femmes ne sont pas de pauvres petites choses ». Renvoyant aux deux pages Débats, le texte de « une » commençait ainsi : « Dans Le Monde, un collectif de plus de cent femmes, dont Catherine Deneuve, s’inquiète du “puritanisme” apparu après l’affaire Weinstein. La protection des femmes ne doit pas “les enchaîner à un statut d’éternelles victimes”. Le féminisme n’est pas “la haine des hommes et de la sexualité”. »
Le titre était plus provocateur que sur le papier
À l’intérieur du journal, en pages 20 et 21, sous le bandeau « Débats & analyses », une têtière « Violences faites aux femmes » surmontait la tribune des 100 femmes, les textes de Belinda Canonne et d’Olivier Roy et un dessin de Serguei.
En début de matinée, soit quelques heures avant que le journal commence à être distribué dans les kiosques à journaux, la fameuse tribune avait été mise en ligne sur le site du Monde.fr. Contenu intégral réservé aux abonnés. Entre guillemets, comme à chaque fois qu’il s’agit d’un point de vue, le titre était plus provocateur que sur le papier : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Le chapeau précisait : « Dans une tribune au Monde, un collectif de 100 femmes, dont Catherine Millet, Ingrid Caven et Catherine Deneuve, affirme son rejet d’un certain féminisme qui exprime une « haine des hommes ».
Repris et commenté dans le monde entier
Quelques heures plus tard, plus ou moins bien traduit, ce texte serait repris et commenté dans le monde entier. Du New York Times au Guardian en passant par tout ce que l’espace numérique compte de sites d’informations puissants ou non, l’illustration de l’article était toujours la même : Catherine Deneuve, en photo.
Tandis que l’audience de ce texte atteignait des scores faramineux, à la rédaction du Monde, un débat naissait : a-t-on eu raison de publier cet article qui va à l’encontre des « valeurs » défendues par le journal ? s’interrogeaient plusieurs jeunes rédactrices et rédacteurs. À l’inverse, d’autres, souvent plus âgés, se demandaient si nous n’étions pas passés à côté d’une manchette choc.
On en était là quand les réseaux sociaux commencèrent eux aussi à s’en mêler. Et de quelle manière ! A lire certaines réactions, Le Monde aurait pris partie pour les « porcs ». Nous aurions trahi la cause des femmes. Comme de nombreux autres journalistes du Monde, Hélène Bekmezian tweete la tribune, sans commentaire, mais en extrayant une citation : « Les accidents qui peuvent toucher le corps d’une femme n’atteignent pas nécessairement sa dignité et ne doivent pas, si durs soient-ils parfois, nécessairement faire d’elle une victime perpétuelle. » Elle est immédiatement prise à partie, comme si elle était, elle-même, l’auteure de ces quelques lignes.
Plutôt favorables à la tribune
A rebrousse-poil, les commentaires des abonnés numériques du journal tels qu’on pouvait les lire sous l’article étaient plutôt favorables à la tribune. Quant aux nombreux courriels que vous m’avez adressés, pendant les vingt-quatre premières heures qui ont suivi la mise en ligne du texte et la parution du journal, ils étaient unanimement favorables au texte. « Merci au Monde », « Merci à Mme Deneuve », nombre d’entre eux commençaient ainsi. Depuis, il est vrai, un courrier beaucoup plus critique m’est parvenu.
Par-delà les divergences d’opinion observées lors de tout débat public majeur chez nos lecteurs, cette affaire semblerait donc avoir révélé l’existence d’une césure entre les adeptes des réseaux sociaux et les abonnés du Monde. Une première tentative d’explication nous est fournie par Delphine Roucaute. Selon cette rédactrice en chef du Monde.fr, le statut même de ce texte – une tribune – a pu susciter des malentendus chez nombre d’internautes. Ecrits par des personnalités extérieures au journal, et de ce fait n’engageant pas Le Monde, ces points de vue devraient, selon elle, être édités avec un souci de plus grande clarté. De plus grande pédagogie.
En d’autres termes, nous devrions faire un effort de présentation de manière à ce que les internautes, moins au fait de la « grammaire » du Monde que nos abonnés, comprennent immédiatement qu’ils ont à faire à une tribune et non à un article écrit par un journaliste maison. « Sur nos supports numériques, les tribunes doivent être mieux différenciées des articles », résume Delphine Roucaute.
Du même avis, Luc Bronner assure que cette question fait l’objet d’un examen attentif de la part de la rédaction en chef et que des améliorations seront apportées prochainement.
Il fallait publier ce texte
Auteure de l’article renvoyant à la manchette du surlendemain – « Harcèlement sexuel : les réponses à la tribune des 100 femmes » –, Violaine Morin (service Société) ne remet pas en cause le principe de la publication de cette tribune. En désaccord avec le fond de ce texte et se faisant l’écho de protestations entendues çà et là, elle regrette cependant que cette tribune, qu’elle juge « confuse », ait été publiée en l’état. N’aurait-il pas été préférable de demander à ses rédactrices d’en clarifier le contenu avant publication ? s’interroge-t-elle.
Ancienne directrice de la rédaction du Monde, actuellement directrice éditoriale et co-animatrice de la task force, Sylvie Kauffmann connaît bien ces problèmes de publication de textes en urgence. Aucun doute selon elle : aussi imparfait soit-il, il fallait publier ce texte. D’accord sur le fait qu’un meilleur « tagage » sur les supports numériques aurait facilité les choses, elle insiste sur un autre aspect – important – de cette affaire : « En dépit des moyens importants que nous avons déployés au Monde pour traiter de ces questions, nous avons beaucoup de mal à bien travailler. Contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, en France les pouvoirs se protègent. Nous avons publié des enquêtes sur les ouvrières et les employées victimes de harcèlement, ou encore sur ce qui s’est passé il y a des années à l’Unef ou chez les jeunes communistes, mais dans les lieux de pouvoirs, nous nous heurtons à toutes sortes de résistances et d’opacités. »
« Ainsi que nous l’avons fait depuis trois mois, nous allons continuer à enquêter, conclut Luc Bronner. Les journalistes de la task force, mais aussi beaucoup d’autres appartenant à différents services de la rédaction, sont d’autant plus mobilisés que nous avons la conviction que beaucoup reste encore à révéler. » 



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes, estime que la mise en œuvre de la réforme pour entrer à la fac est cruciale pour les étudiants et l’université, qui n’est pas responsable de la sélection sociale.
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« En tant que président d’université, je suis très favorable au principe de la réforme »

Dans une tribune au « Monde », Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes, estime que la mise en œuvre de la réforme pour entrer à la fac est cruciale pour les étudiants et l’université, qui n’est pas responsable de la sélection sociale.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 04h30
    |

Frédéric Dardel (président de l'Université Paris Descartes)







                        



                                


                            

Tribune. Cette année universitaire est marquée par une transformation majeure de la manière dont les nouveaux bacheliers auront accès à l’université. La plate-forme APB disparaît, remplacée par Parcoursup, avec pour principale différence le fait que l’accès devient régulé par des critères appelés « attendus ».
Auparavant, tout bachelier pouvait s’inscrire dans n’importe quelle filière, quel que soit son parcours scolaire. Désormais, les universités vont examiner les dossiers et interclasser les demandes en fonction de ces critères. L’admission des candidats dans les filières très demandées se fera donc sur la base de l’adéquation de leur parcours antérieur et de leur projet au cursus envisagé, plus par un algorithme pratiquant le tirage au sort. Enfin, les universités développeront des dispositifs de remise à niveau pour aider les étudiants à se réorienter et accéder à des filières pour lesquelles ils n’ont pas les prérequis.
En tant que président d’université, je suis très favorable au principe de cette réforme. Je pense que c’est une position assez largement partagée par mes collègues chefs d’établissement. Le système précédent était à la fois inefficace et coûteux. Il était responsable d’un taux d’échec massif, générateur de frustrations fortes pour des bacheliers qui n’obtenaient pas leur vœu malgré un engagement et un travail scolaire méritant, et enfin socialement inégalitaire dans ses effets.

Il peut paraître paradoxal d’affirmer qu’un système complètement « ouvert » comme l’était le dispositif APB est inégalitaire. Les détracteurs de la réforme affirment même le contraire, à savoir que celle-ci, en mettant en place une forme de sélection, va renforcer les inégalités et exclure en particulier des étudiants issus de milieux moins favorisés. On ne peut contester que notre système éducatif français dans son ensemble produit aujourd’hui de la sélection sociale. Est-ce pour autant l’université qui est...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Valérie Robert, maître de conférences en Etudes germaniques à l’université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, regrette la sélection à l’entrée à l’université. Elle voit cette réforme comme une machine à broyer les adolescents.
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Universités : « Une réforme profondément injuste »

Dans une tribune au « Monde », Valérie Robert, maître de conférences en Etudes germaniques à l’université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, regrette la sélection à l’entrée à l’université. Elle voit cette réforme comme une machine à broyer les adolescents.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 04h30
    |

Valérie Robert (Maître de conférences en Etudes germaniques à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)







                        



                                


                            

Tribune. Parcoursup, le nouveau système pour lequel on évite prudemment de parler de sélection, est pourtant bien sélectif : les candidats refusés sur leurs dix vœux se verront certes proposer une place, mais pas là où ils l’auraient souhaité. C’est donc la fin de l’accès de tous à des études dans la filière de leur choix, et la sélection va être opérée sur la base d’« attendus » et des résultats scolaires des lycéens.
Ces « attendus » semblent de bon sens, pourtant ils sont excluants. Ainsi, il faut « savoir mobiliser des compétences en matière d’expression orale et écrite afin de pouvoir argumenter un raisonnement ». Mais n’est-ce pas ce que le bac devrait garantir ? Il faudrait donc sélectionner de futurs étudiants sur une compétence dont l’acquisition n’est même pas garantie par le lycée ? Pour certaines filières, il faut « disposer d’une culture générale », une qualité dépendant largement du milieu social. Il faut « faire preuve de curiosité intellectuelle », être « ouvert au monde » : comment cela se mesure-t-il ? Pour les filières les plus « en tension » comme la psychologie (pour lesquelles il faudrait en réalité créer des places), on demande des « compétences dans les disciplines scientifiques ». Traduisons : être issu d’une filière S, donc faire partie des « meilleurs » élèves – ou comment rester dans l’entre-soi des profils correspondant à la norme.

Le critère qui va déterminer le futur de millions d’ados, c’est la capacité, très souvent liée à l’origine sociale, à entrer dans un moule. Et l’idée sous-jacente à ces « attendus », c’est qu’un individu est figé dans son évolution. A 17 ans, on leur demande de savoir ce qui les intéresse, de connaître leurs forces et leurs faiblesses. C’est pourtant loin d’être le cas pour tous. A 17 ans, j’étais mauvaise élève, mal dans ma peau, et vu les attendus et par manque de confiance en moi, je n’aurais pas candidaté...




                        

                        


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Chronique

« La Commission européenne est comme l’administration coloniale de jadis, elle méprise les peuples »

L’historien  David Van Reybrouck analyse le déficit démocratique européen et la montée des populismes à la lumière de ce que fut le colonialisme finissant.

Par                David Van Reybrouck



LE MONDE
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        Le 12.01.2018 à 18h56

     •
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        Mis à jour le 12.01.2018 à 23h22






    
Joseph Kasa-Vubu, premier président de 1960 à 1965 de la République du Congo, aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC).
Crédits : AFP


Chronique. La presse occidentale de qualité semble depuis peu obsédée par un parallèle historique. « Revivons-nous les années 1930 ? », s’interroge The Guardian après le Brexit. « Le monde revient-il aux années 1930 avec le triomphe de Trump ? », écrit El Pais. « Donald Trump : est-ce déjà le fascisme ? », questionne le rédacteur en chef du Spiegel.
En temps de houle, nous cherchons des points de repère familiers. A l’époque aussi, il y avait une crise bancaire, une récession considérable, un chômage massif et d’immenses inégalités. Mais le problème que posent les années 1930 est l’idée qu’une guerre mondiale s’ensuivra obligatoirement. Et cela ne facilite pas le débat. Chaque analyse est immédiatement éclipsée par les conséquences dévastatrices.
Un eurocentrisme exacerbé
N’y a-t-il pas d’autres comparaisons possibles ? Nous clamons être des citoyens du monde, mais nous évaluons l’histoire européenne de préférence à la lumière de… l’histoire européenne. Que des tendances émergentes en Afrique, en Asie, en Amérique latine puissent être des outils pour comprendre l’Union européenne (UE) ne semble pas nous venir à l’esprit. Cet eurocentrisme exacerbé me dérange toujours.
Les douze dernières années, je me suis intéressé de très près aux processus de décolonisation des Indes néerlandaises et du Congo belge. Qu’ont-ils à nous apprendre ? Peut-on comparer l’anticolonialisme croissant d’alors à l’anti-européanisme d’aujourd’hui ?
De toute évidence, l’UE est tout autre chose qu’une colonie. Elle s’est créée de l’intérieur, par le biais de la diplomatie et à sa propre demande. Les colonies, elles, sont créées sans y avoir été invitées, manu militari et de l’extérieur. Elles étaient pétries de pensées raciales.

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Et pourtant, les dernières années, dans des documents de la fin de la période coloniale, j’ai trouvé des passages qui m’ont paru familiers. Sukarno, qui deviendrait le premier président de l’Indonésie, s’exprima ainsi à son procès en 1930 : « Un peuple assujetti, donc tout peuple qui ne peut gérer sa propre administration comme le prescrivent son intérêt et son bien-être, vit en état de “désordre permanent”. (…) Le peuple indonésien est aujourd’hui un peuple vivant dans l’affliction. Et ce n’est pas notre incitation, pas l’incitation de “provocateurs”, mais cette affliction, ces larmes du peuple, qui sont la cause de ce mouvement populaire. »
Où avons-nous déjà entendu ceci ? Le désir d’avoir voix au chapitre. Le malaise social croissant. Le refus de voir les larmes. La diabolisation de facilité de ceux qui nomment et activent ce malaise.
Quelques « pommes véreuses »
En matière de style et de vision, les partisans d’alors peuvent difficilement être comparés aux dirigeants populistes d’aujourd’hui, mais ils étaient tout aussi honnis. Hendrikus Colijn, l’ancien ministre des colonies néerlandais, trouvait le nationalisme naissant aux Indes néerlandaises « futile, ne découlant d’aucun mouvement populaire réel, plutôt une action dans laquelle seule la couche supérieure de la société, aussi fine que la pellicule argentée d’un grain de riz, est impliquée ».
Réduire le « problème » à quelques « pommes véreuses » qui pourrissent les autres est un procédé familier. L’une de ces « pommes pourries » était Sutan Sjahrir, qui deviendra plus tard le premier ministre d’Indonésie. Le colonisateur l’avait banni en 1934 et pour une durée illimitée au camp d’internement de Boven-Digoel, au cœur de la forêt vierge des Papous.

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Dans l’une de ses lettres inspirées, il écrit : « Il faut croire que le gouvernement a trouvé une manière facile de gouverner. Expédier tous les malcontents à Digoel et intimider ainsi la population. Mais s’ils avaient un peu plus de bon sens, ils comprendraient que cette solution est trop simple et trop facile pour être aussi bonne et juste. Plus cela perdurera, plus il apparaîtra que c’est le gouvernement qui crée une situation révolutionnaire par l’agression qu’elle exerce à tous les niveaux, situation qui tend paradoxalement à politiser les couches profondes de la population. »
Naturellement, l’Union européenne n’envoie personne en camp pénitentiaire en pleine brousse. Les dirigeants populistes se voient parfois traînés en justice, mais cela n’a rien à voir avec les procès politiques théâtraux d’alors. Et pourtant, nous pourrions nous demander si le populisme de notre temps ne ressemble pas plus au nationalisme des colonies qu’au fascisme en Europe.
Une imposture injuste
Question du jour : qui a prononcé le discours suivant, Boris Johnson ou Yannis Varoufakis ? « Et que toutes les mesures qui se trament là-bas, à Bruxelles, bien loin de chez nous, sans nous, mais pour nous, sont considérées comme une imposture injuste. Nous avons toujours combattu cette méthode qui n’inspire pas confiance du fait que ces mesures ne résultent pas d’un dialogue sincère, franc et d’égal à égal. » Réponse : aucun des deux. C’est Joseph Kasa-Vubu qui prend ici la parole, en 1958. Deux ans plus tard, il serait le premier président du Congo.
Les mots de Patrice Lumumba, son premier ministre, sont eux aussi d’une actualité étonnante. « Le progrès réalisé ici dans le domaine économique et social surpasse – comme nous l’avons constaté de nos propres yeux – celui de certains pays. Mais là où le bât blesse, c’est que le gouvernement belge a négligé l’émancipation politique des Congolais. (…) Nous regrettons la politique qui consiste à n’accorder aux Congolais que les droits que le gouvernement consent à leur octroyer au compte-gouttes comme une aumône et non les droits légitimes que les nationaux réclament. »

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L’émancipation sans participation conduit à la frustration. C’est aussi simple que cela. « Entrer en ligne de compte », voilà de quoi il en retourne. Qu’on l’ignore, et la situation vire à l’explosif.
Dans une société de fin du colonialisme, les gens vivent sous le joug d’une administration qui réglemente pour ainsi dire tous les aspects de la vie publique et privée. Malgré son omniprésence, cette administration de nature énigmatique est plutôt invisible. Des accords sont passés avec des potentats locaux préexistants. Ce qui permet à la population indigène d’accéder à la nouvelle prospérité : l’enseignement et la santé publique pénètrent jusque dans les villages. Mais les possibilités de participation de la population à la vie publique, et donc politique, restant extrêmement limitées, la frustration s’installe, en premier lieu chez les jeunes qui ont pu faire des études, et plus tard chez les masses populaires qu’ils réussissent à mobiliser. Le colonisateur se voit forcé d’instituer des organes officiels de codécision, comme le Volksraad aux Indes néerlandaises et le Conseil colonial au Congo. Mais ceux-ci n’auront finalement que peu à décider. De plus en plus de gens rêvent dès lors de scénarios radicaux. La décolonisation s’avère dès lors inévitable.
Sous le joug d’une administration omniprésente
Qu’en est-il de l’UE ? Nous aussi, nous vivons sous le joug d’une administration omniprésente, invisible, qui façonne notre existence jusque dans ses moindres détails. L’UE compose elle aussi avec les potentats locaux tout en parvenant à améliorer le sort de beaucoup. Nous aussi, nous avons un organe de codécision, le Parlement européen. Il a plus de pouvoir que les organes consultatifs coloniaux de jadis, mais toujours bien moins que la Commission européenne et le Conseil européen. Le déficit démocratique ne s’en trouve pas comblé. Nombreux sont ceux qui trouvent l’UE hautaine et élitaire. Avec pour corollaire que l’UE voit aussi de plus en plus de ses habitants s’en distancer. Le Brexit est entre-temps un fait, et la crise profonde que connaît l’Europe est loin d’être terminée. L’aventure européenne, comme l’aventure d’outre-mer pourrait bien se terminer abruptement.
Outre le déficit démocratique, un autre s’est ajouté, le déficit bureaucratique. L’Europe a commis de graves erreurs, dans les années 1990. Quelle idée d’opter pour une monnaie unique en 1992, sans développer auparavant les institutions nécessaires à une gestion monétaire, financière et économique ! Et quelle idée d’avoir aboli les frontières intérieures depuis 1993, sans avoir réfléchi sérieusement aux frontières extérieures, avec toutes les répercussions possibles sur la gestion de l’asile et de la migration !

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Ce n’est qu’aujourd’hui que les lacunes systémiques se révèlent : la crise de l’euro a commencé en 2010, la crise migratoire a culminé en 2015. Ne pas avoir voix au chapitre est grave en soi, mais être livré à une technocratie défaillante est catastrophique.
Dans son dernier livre De nieuwe politiek van Europe (éd. Historische Uitgeverij, 2017), l’écrivain et philosophe néerlandais Luuk Van Middelaar décrit comment ces crises ont profondément remanié l’UE. Soudain, il a fallu improviser, pratiquer des choix drastiques. Ménager la Grèce ou pas ? Répartir les réfugiés ou pas ? L’Union s’en est trouvée plus politisée que jamais auparavant. La question est : s’est-elle aussi plus démocratisée ?
A l’heure où l’UE aurait dû miser sur la démocratie, elle est retournée, sous la pression des circonstances, à sa bonne vieille technocratie. Il a fallu sauver l’euro à coups de réunions nocturnes d’urgence, et le flot soudain de réfugiés ne tolérait plus une approche réfléchie. Agir, et vite, tel était le mot d’ordre. Le déficit démocratique a ainsi augmenté. Le citoyen le voyait et le subissait, muré dans l’impuissance – tout comme le colonisé.
Enième petit jeu des politiques
Vivre en Europe en l’an 2017 ressemble de plus en plus à vivre sous la gouvernance d’un colonialisme finissant. S’étonne-t-on dès lors que la révolte gronde ? Le populisme actuel est une tentative brutale de politiser à nouveau l’espace européen. La politique est une question de choix, affirme-t-il, pas de conformité aux lois. L’austérité n’est pas la seule solution, dit le populiste de gauche. La crise migratoire n’a pas à être subie les bras croisés, dit le populiste de droite.
Plus de prospérité grâce à l’UE ? En fait, les couches vulnérables de la société se sentent surtout menacées. Il suffit au populiste d’affirmer qu’il parle « au nom du peuple » – contre l’élite au-dessus, contre les migrants au-dessous – et sa fortune est faite. Intérêt médiatique garanti, clics sur Internet, sièges au Parlement.
Le populiste laisse parler le peuple tant que c’est sous la forme d’un référendum, par lequel il peut parfaitement manipuler les masses. Le peuple croit que les référendums sont libérateurs, mais ne comprend pas qu’il s’agit du énième petit jeu des politiques. La politique du parti s’en trouve renforcée, pas restreinte.

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Si l’UE ne se démocratise pas radicalement, la fin peut arriver très vite. Et cette démocratisation exige plus que quelques tours de passe-passe avec des têtes de liste. Car cela ne livre qu’encore plus de médiatisation et de personnalisation, ces mêmes processus qui ont fait un tel spectacle de la politique nationale.
Et si le peuple pouvait vraiment avoir voix au chapitre ? Cela pourrait se traduire ainsi. Aux élections européennes de 2019, chaque bulletin de vote avec les candidats serait accompagné d’une liste de vingt-cinq prises de position sur l’avenir de l’Europe. Elles pourraient énoncer : « L’UE doit interdire les voitures à carburant fossile à partir de 2040. » Ou encore : « L’UE doit mettre en place une armée européenne. » Le votant indiquerait en cochant à quel point il est d’accord avec chacun de ces énoncés. A la fin, il indiquerait aussi quels sont les cinq énoncés qui lui paraissent les plus importants.
Participation citoyenne
Cela ressemble à la boussole électorale, mais il s’agit ici de vos propres idées, et pas de pour qui il vous faut voter. En amont des élections, vous pourriez recevoir une brochure avec les arguments en faveur ou contre, comme le font les Suisses dans le cas d’un référendum. Le soir à la télévision, vous ne suivriez pas seulement qui a remporté le vote, mais aussi quelles propositions ont été adoptées. Cette liste de priorités partagées offrirait un canevas pour la politique européenne des Pays-Bas pour les cinq ans à venir.
A qui revient de rédiger le second billet de vote ? Le laisser aux mains de la politique serait une mauvaise idée. Alors comment ? Par tirage au sort. Réunissons par un échantillonnage représentatif quelques centaines de citoyens lambda par pays. Donnons-leur quelques mois pour délibérer, un lieu pour le faire et des modérateurs, neutres quant à la teneur, mais qui font en sorte que chacun ait voix au chapitre. Les participants se voient toutes les trois semaines. Ils peuvent inviter des experts à leur convenance. Ils n’ont pas à être d’accord sur tous les points. La seule chose qu’ils doivent faire, c’est rédiger la liste des vingt-cinq énoncés, en accord avec les panels citoyens dans les autres états membres.

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Cette forme innovante de démocratie participative a été utilisée les dernières années en Irlande et en Australie dans le cas de sujets politiquement délicats, comme le mariage entre homosexuels, l’avortement ou la gestion des déchets nucléaires. Des citoyens tirés au sort ont été invités à statuer sur des sujets brûlants que les politiques préféraient éviter. Avec pour résultat, des décisions dûment informées qui misent sur le long terme.
Cette démarche tout à fait faisable renforcerait la teneur de la démocratie européenne. Elle combine les trois formes de participation citoyenne que nous connaissons à ce jour : élections, référendum et tirage au sort. L’avantage d’une élection est qu’elle permet de choisir, son inconvénient est qu’il ne s’agit que du personnel politique. L’avantage du référendum est qu’il porte sur le contenu, son inconvénient est de n’offrir qu’un oui ou un non en réponse. L’avantage du tirage au sort est un processus décisionnel informé, son inconvénient est qu’il ne concerne qu’une petite partie de la population.
En impliquant tout citoyen votant dans ces choix politiques cruciaux, l’Europe donnerait à sa population l’autorité que les colonies déniaient à leurs sujets. Qui comprend que le populisme européen ressemble davantage au colonialisme finissant qu’au fascisme naissant, n’impose pas le silence au citoyen mécontent, mais lui donne la parole.
David Van Rebrouck est un écrivain belge de langue néerlandaise, anthropologue, historien de l’art, archéologue et préhistorien. Il est notamment l’auteur de Congo, une histoire, paru chez Actes Sud en 2012.
Traduction Monique Nagielkopf.


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin.
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L’historien des idées Daniel Lindenberg est mort

Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h29
    |

            Jean Birnbaum et 
Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’historien des idées, essayiste et sociologue Daniel Lindenberg est mort des suites d’une longue maladie, vendredi 12 janvier, à Paris. Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin. Issu d’une famille liée au Bund, mouvement socialiste juif et antisioniste actif à la fin du XIXe siècle en Russie, en Lituanie et en Pologne, il a toujours revendiqué son attachement à un judaïsme laïc et progressiste. Son itinéraire se confond surtout avec celui d’une génération marquée par l’avant et l’après-Mai 68, moment auquel il sera toujours resté fidèle.
Partisan du franco-judaïsme
Daniel Lindenberg est né en 1940 à Clermont-Ferrand, alors que ses parents, juifs polonais, tentaient de passer en zone libre. Son père et sa mère s’étaient rencontrés quelques années auparavant à Strasbourg, où l’un et l’autre avaient émigré pour suivre des études de médecine (en Pologne, le numerus clausus concernant les juifs les en avait empêchés). Après des études d’histoire et de sociologie à la Sorbonne, Daniel Lindenberg adhère, dans les années 1960, à l’Union des étudiants communistes, dont la fraction gauchiste avait été « épurée » par le PCF. Puis il passe à l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, groupe maoïste où milite également Blandine Kriegel, dont il croise l’itinéraire. C’est sous l’influence de la philosophe qu’il dira avoir rompu avec le marxisme.
Il devient ensuite historien des idées, sa carrière épousant l’aventure de l’université de Vincennes (aujourd’hui Paris VIII-Saint-Denis, où Daniel Lindenberg était professeur depuis 1996). Ses premiers livres sont marqués par les options politiques de l’époque : L’Internationale communiste et l’Ecole de classe (Maspero, 1972), sous l’inspiration du philosophe althussérien Nikos Poulantzas, et Le Marxisme introuvable (Calmann-Lévy, 1975). Un autre essai, Lucien Herr,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que la contradiction entre l’engagement citoyen des entreprises et des financiers et leurs pratiques d’optimisation fiscale traduit peut-être moins une duplicité de leur part qu’un rapport de force assumé.
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« L’écologie est aussi un enjeu de la recomposition de la gouvernance mondiale »

Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que la contradiction entre l’engagement citoyen des entreprises et des financiers et leurs pratiques d’optimisation fiscale traduit peut-être moins une duplicité de leur part qu’un rapport de force assumé.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 14h00
    |

                            Pierre-Yves Gomez (Professeur à l'EM Lyon)








                        



                                


                            
Entreprises. Le One Planet Summit, organisé par la France, le 12 décembre 2017, a voulu clore l’année sur une note optimiste. Deux ans après la COP21, qui avait réuni 196 Etats à Paris pour tenter de définir une politique de lutte commune ­contre le réchauffement climatique, le président Macron a invité cette fois des entreprises, des financiers et de riches philanthropes à ­s’engager sur l’avenir de la planète.
Les discours ont affirmé qu’on ne pouvait se contenter de paroles et que, face à la lenteur des politiques, il fallait miser sur l’efficacité entrepreneuriale. Le salut viendrait en particulier d’une réorientation de l’épargne des ménages ou des fortunes privées vers des investissements dans les énergies ­renouvelables. Ainsi ont pu être tracées les perspectives d’une puissante « finance verte », que symbolisait la participation au sommet de Bill ­Gates.

Celui-ci a fondé, en 2015, la Breakthrough Energy Coalition pour investir dans le solaire et l’éolien les dotations d’une trentaine de ­milliardaires, dont les principaux magnats de la Silicon Valley. Trois milliards d’euros auraient été levés – dont deux apportés par M. Gates.
« Pacte mondial »
Or, quelques semaines auparavant, le Consortium international des journalistes d’investigation avait publié l’enquête dite des « Paradise Papers ». Elle révélait comment des entreprises, des financiers ou de riches particuliers pratiquent massivement l’optimisation fiscale. Celle-ci consiste à gérer les flux de trésorerie interne de manière à payer ses impôts dans les pays où la taxation est la plus faible.
Des cabinets de conseil spécialisés dans l’op­timisation fiscale ont pignon sur rue
On estime à 350 milliards d’euros le manque à gagner pour les Etats. Cette pratique ne viole pas la loi, mais joue sur la concurrence législative que se font les pays pour attirer chez eux soit les emplois, soit les profits des ­sociétés transnationales. Des cabinets de conseil...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Au catalogue, Bernie Sanders, Thomas Piketty, les Economistes ­atterrés mais aussi des brûlots contre l’industrie de la viande ou la pilule… Les liens qui libèrent éditent la gauche tendance altermondialiste dans toutes ses variantes. Portrait de ses fondateurs.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤             
Les liens qui libèrent, éditeur engagé 
                  
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Le Monde
 |
                  12.01.2018 à 13h57
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 06h36


Au catalogue, Bernie Sanders, Thomas Piketty, les Economistes ­atterrés mais aussi des brûlots contre l’industrie de la viande ou la pilule… Les liens qui libèrent éditent la gauche tendance altermondialiste dans toutes ses variantes. Portrait de ses fondateurs.

Par                             Dominique Perrin





                     

Curieux nom, Les liens qui libèrent. Cette maison d’édition engagée, tendance gauche-antilibérale-écolo, se niche au fond d’une cour pavée de Saint-Germain-des-Prés, épicentre parisien des lettres. Ses fondateurs, Henri Trubert et Sophie Marinopoulos, nous reçoivent un après-midi d’hiver. Tous deux portent la même fine doudoune kaki. Il commence une phrase, elle la termine. Il lui coupe la parole, elle lui rappelle qu’ils s’étaient promis de ne plus s’interrompre. Elle rit, il rit. Henri Trubert : « On est mari et femme. » Sans blague.
« Depuis Darwin, Freud ou Einstein, nous savons que rien ne peut s’épanouir sans liens, expliquent-ils de concert à propos du nom de leur société. En biologie, les organismes vivants interagissent entre eux. En économie, tout est échange. Un enfant, quand il naît, a besoin d’être entouré affectivement, sinon il meurt. Pourtant, on vit dans une société marquée du sceau de la déliaison. On croit à l’identité fermée, à la captation financière, on imagine être maître de la nature… » Sur la crise des liens, ils sont intarissables. Nous, on sent surtout qu’entre ces deux passionnés, c’est le lien amoureux qui mène la danse. Une interaction chimique, qui leur donne envie de secouer les idées pour mieux réinventer le monde. À deux.
Transmettre des idées
Le succès de leur petite entreprise raconte une époque avide d’une lecture critique et utopique de la société. La jeune maison réussit à pêcher tous les grands noms de la contestation économique, de Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie, à Jeremy Rifkin, en passant par l’anarchiste David Graeber, pilier du mouvement Occupy Wall Street en 2011 ou Bernie Sanders, candidat démocrate aux primaires en 2016.

Côté français, elle choisit l’économiste ­Thomas Piketty, dont elle édite les chroniques, ou l’économiste et philosophe ­Frédéric ­Lordon, figure du mouvement Nuit debout en 2016. Elle multiplie les approches, publiant aussi bien...





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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Destinée à succéder à l’impopulaire plate-forme APB, Parcoursup sacrifierait la majorité des étudiants au profit d’une élite estiment, dans une tribune au « Monde », les universitaires Thomas Brisson et Bertrand Guillarme.
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« Parcoursup fait entrer l’université dans le monde de la concurrence généralisée »

Destinée à succéder à l’impopulaire plate-forme APB, Parcoursup sacrifierait la majorité des étudiants au profit d’une élite estiment, dans une tribune au « Monde », les universitaires Thomas Brisson et Bertrand Guillarme.



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12.01.2018 à 17h38
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Thomas Brisson et Bertrand Guillarme (Enseignants-chercheurs au département de science politique, Université Paris VIII)







                        



                                


                            
Tribune. Le projet de loi « Orientation et réussite des étudiants » sera prochainement présenté au Parlement. Sans même prendre la peine d’attendre ce moment, le ministère de l’enseignement supérieur a déjà adressé en 2017 nombre d’injonctions aux équipes universitaires pour en organiser la mise en place, en dehors de tout cadre légal. Une telle précipitation est officiellement justifiée par l’urgence qu’il y aurait à remplacer un système impopulaire, APB, vu comme incapable de satisfaire les choix d’orientation des futurs étudiants. Lui succède ainsi une nouvelle plate-forme nommée « Parcoursup », fonctionnant sur la base de principes différents.
tout amène à penser que c’est plutôt un système opaque et injuste qui sera mis en place
Les lycéens seront invités à formuler dix choix non hiérarchisés (au lieu des vingt-quatre d’APB classés eux par ordre de préférence) dans un dossier qui comportera plusieurs pièces (en plus d’une lettre de motivation et des bulletins de notes de première et terminale, les avis du conseil de classe de terminale sur les choix d’orientation demandés par les lycéens). Pour accompagner ce processus, les universités ont dû commencer à formuler des « attendus nationaux » par discipline, éventuellement précisés par des « attendus locaux ».

Selon le gouvernement, ce système permettrait enfin une orientation à visage humain, soucieuse de respecter les aspirations des lycéens et de valoriser au mieux leurs capacités. En pratique, tout amène à penser que c’est plutôt un système opaque et injuste qui sera mis en place. Comment, en effet, va se dérouler le processus d’examen des candidatures ? Pour chaque formation demandée, les équipes pédagogiques devront classer en moyenne mille dossiers par cursus (selon les estimations du ministère) : ce n’est en effet que grâce à ce classement hiérarchisé que les propositions pourront être adressées aux candidats, dans la limite des places disponibles dans chaque licence.
Quatre...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Editorial. Sept ans après la révolution de 2011, la fracture entre un littoral prospère et un arrière-pays oublié est plus profonde que jamais, comme le montrent les manifestations qui se multiplient.
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Tunisie : l’envers du décor d’une transition tant célébrée à l’étranger

Editorial. Sept ans après la révolution de 2011, la fracture entre un littoral prospère et un arrière-pays oublié est plus profonde que jamais, comme le montrent les manifestations qui se multiplient.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h06
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 15h13
   





                        



   


Editorial du « Monde ». La grogne sociale enfièvre la jeune Tunisie démocratique. Depuis le début de la semaine, les manifestations se multiplient dans l’arrière-pays comme dans certains quartiers de Tunis. Elles ont été provoquées par l’entrée en vigueur, le 1er janvier, d’un budget prévoyant des hausses de prix frappant durement les couches sociales les plus modestes. En marge des rassemblements, des troubles ont éclaté, donnant lieu dans certains cas à des pillages et à des mises à sac de bâtiments publics. Les forces de l’ordre ont procédé à environ 600 arrestations.

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Ces convulsions jettent une lumière crue sur l’envers du décor de la transition tunisienne tant célébrée à l’étranger : son échec socio-économique. La révolution de 2011, qui avait renversé le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, allumant ainsi la mèche des révolutions arabes, avait été surtout menée par la jeunesse des régions défavorisées de l’intérieur du pays. Au-delà de l’aspiration démocratique, la révolte tunisienne exprimait une attente économique : la refonte d’un modèle de développement historiquement conçu par les élites au pouvoir à Tunis pour favoriser un littoral prospère, au détriment d’un arrière-pays oublié.
Sept ans plus tard, ce chantier est en panne. La fracture territoriale entre les deux Tunisie est plus profonde que jamais. Il ne faut pas s’en étonner. Si la révolution a permis d’enclencher un louable processus démocratique, elle n’a pas touché au système économique en vigueur avant 2011. Les groupes d’intérêt qui avaient bénéficié des dictatures précédentes ont maintenu leurs positions dans le nouveau cadre politique et bloqué toute reforme radicale, en particulier celle d’un régime fiscal inique.

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Il est peut-être temps que le regard extérieur sur la Tunisie soit moins naïf. La célébration lyrique du « modèle démocratique » tunisien, cet exercice diplomatique obligé, doit cesser de s’aveugler sur les forces du statu quo qui s’emploient à vider la révolution d’une partie de sa substance. Si les Européens veulent prouver la sincérité de leur soutien au peuple tunisien, il leur faut d’abord déjouer tout un discours qui exalte les acquis démocratiques dans la forme pour mieux les affaiblir dans la réalité.
Ne pas occulter les questions qui fâchent
Tunis a beaucoup capitalisé au niveau international sur ce qu’il faut bien appeler sa « rente démocratique », à savoir une bienveillance automatique due à son exemplarité dans le monde arabo-musulman. Sans pour autant en retirer de substantiels bénéfices économiques, il faut le reconnaître.

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Une amitié exigeante ne saurait occulter les questions qui fâchent. Est-il normal que les sacrifices imposés par l’impératif – que nul ne conteste – de réduction des déficits publics frappent surtout la classe moyenne et les foyers les plus modestes, alors que les couches privilégiées restent sous-fiscalisées ? Est-il normal que la Tunisie soit actuellement le théâtre d’une présidentialisation de son régime politique, à laquelle s’emploie activement le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, à rebours de l’inspiration parlementaire de la Constitution de 2014 ? Est-il normal enfin que la coalition dirigeante formée autour des partis Nidaa Tounès (« moderniste ») et Ennahda (islamiste) se partagent les dépouilles de l’Etat en érodant insidieusement les contre-pouvoirs ?
Ces reniements, qui ouvrent la voie à une possible restauration autoritaire, tissent la toile de fond de la grogne actuelle. Exiger des dirigeants tunisiens qu’ils honorent la promesse de 2011 est le meilleur moyen de garantir la stabilité de ce pays unique.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ VU D’AILLEURS. Dans un essai paru au Royaume-Uni, l’historienne britannique Mary Beard rappelle que la difficuté des femmes à se faire entendre remonte à l’Antiquité – et invite à redéfinir la notion de pouvoir.
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Pourquoi les oratrices dérangent

VU D’AILLEURS. Dans un essai paru au Royaume-Uni, l’historienne britannique Mary Beard rappelle que la difficuté des femmes à se faire entendre remonte à l’Antiquité – et invite à redéfinir la notion de pouvoir.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h00
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            
En plus d’être professeure à Cambridge, spécialiste de la Rome antique et l’une des meilleures vulgarisatrice du monde anglo-saxon, Mary Beard multiplie les livres, les conférences, et tient un blog sur le Times Literary Supplement – le célèbre TLS. Elle est aussi une forte personnalité, pas du genre à se laisser faire. Quand elle a été la cible de violentes attaques sur les réseaux sociaux, elle n’a pas hésité à répliquer. Le magazine américain The New Yorker l’a surnommée, en 2014, la « tueuse de trolls ».
Mais il n’est pas question de se laisser traiter de sorcière parce que, à plus de 60 ans, on ne cache ni n’attache sa longue chevelure grise, n’est-ce pas ? De ce combat qui lui a fait mesurer la force de la misogynie, Mary Beard est ressortie avec la conviction que la parole des femmes dans l’espace public est une chose qui dérange.
Intimation au silence
Et même si elle pense qu’on ne peut tirer des leçons simples de l’histoire de l’Antiquité, elle s’est remémoré une scène, à ses yeux emblématique, de l’Odyssée. C’est au chant I : parce que la sage Pénélope a demandé à l’aède de cesser de jouer, elle se fait rabrouer devant les prétendants par son fils, Télémaque, et ordonner sans ambages de retourner dans ses appartements. De cette brutale intimation au silence, Mary Beard tire l’une des méditations qui constituent Women & Power. ­A Manifesto, le court ouvrage qu’elle signe cet hiver.
Car il y a bien un lien, pense-t-elle, entre la difficulté des femmes aujourd’hui à se faire entendre, dans les arènes politiques comme dans les réunions d’entreprise, et cette manière ancestrale d’invalider toute prise de parole féminine. L’auteure remarque d’ailleurs que l’homme accompli, selon les critères des Romains, était précisément celui qui savait parler et se faire entendre grâce à son apanage, le timbre grave de sa voix.
Certes, « nous ne sommes pas les victimes ou les dupes de notre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Signataire de la tribune des « cent femmes » dénonçant le « puritanisme » de #metoo, la star planétaire est une personne qui a toujours choisi ses combats, explique dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».
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« Catherine Deneuve est une actrice libre et imprévisible qui goûte peu les vagues dominantes »

Signataire de la tribune des « cent femmes » dénonçant le « puritanisme » de #metoo, la star planétaire est une personne qui a toujours choisi ses combats, explique dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h40
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 12h18
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            Michel Guerrin








                        



                                


                            

On l’appelle le « texte des cent femmes » mais son retentissement mondial doit tout à la signature de Catherine Deneuve. Ce n’est pas elle qui en est à l’origine, ni qui l’a écrit. Bien sûr, le contenu, publié dans Le Monde du 10 janvier, vaut bombe. Mais les réactions folles dans les médias étrangers et sur les réseaux sociaux montrent que la star planétaire incarne la polémique.
L’actrice est attendue le 15 janvier au festival Premiers plans d’Angers, et elle sera dans le tourbillon. Disons déjà que son engagement n’est pas une surprise. En octobre 2017, sur le site du Huffington Post, elle émettait de fortes réserves quant au mouvement #metoo aux Etats-Unis et #balancetonporc en France : « Est-ce que c’est intéressant d’en parler comme ça ? Est-ce que ça va régler le problème ? » Sous-entendu, non.

Catherine Deneuve, qui fut l’égérie du couturier Yves Saint Laurent, qui a posé en femme fatale, dominatrice et séductrice devant l’objectif d’Helmut Newton (ses images porno-chic seraient-elles possibles aujourd’hui ?), qui portait de la fourrure à l’époque où c’était jugé choquant, goûtait peu le féminisme post-1968, qui voyait souvent l’homme comme une cible, et qui refusait les attributs du désir véhiculés dans les arts visuels.
Elle l’a dit à notre consœur Annick Cojean (« M Le magazine du Monde » du 1er septembre 2012), qui lui demandait si elle se sentait concernée par les luttes féministes. « Pas spécialement. A cause de certaines positions extrémistes englobées autrefois dans ce mouvement trop vaste pour que j’y sois à l’aise. Des attitudes anti-hommes regrettables alors que le but est d’arriver à plus d’harmonie entre les sexes. Mais je soutiens ardemment la cause des femmes ! Je les aime bien, les femmes. En ce sens, je pourrais me dire féministe. » Elle l’est. Mais elle en choisit les termes et les combats. Elle fut par exemple signataire du « Manifeste des 343 salopes », en 1971,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Nicolas Amar et Louis-Charles Viossat, spécialistes des politiques sociales à l’ère numérique, expliquent pourquoi l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) ne va pas changer grand-chose en pratique pour Uber.
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« Il serait hasardeux et illusoire d’enterrer trop vite Uber »

Dans une tribune au « Monde », Nicolas Amar et Louis-Charles Viossat, spécialistes des politiques sociales à l’ère numérique, expliquent pourquoi l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) ne va pas changer grand-chose en pratique pour Uber.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h16
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Nicolas Amar et Louis-Charles Viossat (Enseignants à Sciences Po et spécialistes des politiques sociales à l’ère numérique)







                        



                                


                            
Tribune. Avec l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 20 décembre 2017 et l’entrée en vigueur de la loi Grandguillaume sur les VTC le 1er janvier, l’année 2018 s’ouvre sous des auspices qui semblent témoigner d’un coup d’arrêt à l’ubérisation de notre économie et à son corollaire : l’hyper-libéralisation du marché du travail. La Cour vient d’infliger un revers à Uber. Uber, dit-elle, n’est pas un service de la société de l’information, car il est « plus qu’un intermédiaire électronique » : un authentique service de transport, qui doit donc appliquer les mêmes règles strictes que les entreprises de VTC ou de taxis.
la jurisprudence française s’avance pas à pas, comme la jurisprudence britannique, vers la reconnaissance d’une « subordination algorithmique »
C’est une remise en cause de plus pour la société californienne : sous le coup de cinq enquêtes judiciaires fédérales aux Etats-Unis pour des pratiques d’espionnage industriel, d’utilisation de logiciels secrets et de corruption de fonctionnaires étrangers, obligée par un tribunal de Londres de requalifier deux chauffeurs en workers et interdite d’opérer dans plusieurs marchés européens, comme le Danemark ou le Luxembourg, voici Uber ravalée au rôle d’entreprise traditionnelle de transport, et ses ambitions de développement en Europe contrecarrées. Rien d’étonnant à ce que Softbank ait pu, fin décembre, ­acquérir 15 % de son capital à un prix bradé de 30 %.
Cette mauvaise passe pour Uber sonne-t-elle le glas du modèle d’intermédiation électronique et de grande flexibilité du travail fondé sur le recours aux travailleurs free-lances ? Plusieurs signes semblent aller dans ce sens, comme la faillite récente de plates-formes de livraison à domicile (Take Eat Easy), les difficultés financières de Blablacar ou la multiplication par vingt en un an des conflits sociaux chez Deliveroo en Europe. On peut aussi relever que la jurisprudence française...




                        

                        

