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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-1"> ¤ Dix ans après la crise financière, l’année 2018 sera-t-elle celle du sursaut de l’Union européenne ? Plusieurs éléments y concourent, mais rien n’est gagné, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.
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2018, l’année de l’Europe

Dix ans après la crise financière, l’année 2018 sera-t-elle celle du sursaut de l’Union européenne ? Plusieurs éléments y concourent, mais rien n’est gagné, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 08h02
   





                        



                                


                            

Chronique. La crise de 2008, qui conduisit à la plus forte récession mondiale depuis la crise de 1929, avait clairement pour origine les faiblesses de plus en plus criantes du système américain : excès de dérégulation, explosion des inégalités, endettement des plus pauvres. Portée par un modèle de développement plus égalitaire et inclusif, l’Europe aurait pu saisir cette occasion pour promouvoir un meilleur système de régulation du capitalisme global. Patatras : faute d’une confiance suffisante entre ses membres, prisonnière de règles rigides appliquées à contretemps, l’Union européenne (UE) provoqua en 2011-2013 une nouvelle récession dont on se remet à peine.
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2017 a révélé une nouvelle faille béante du modèle américain. Cela relance la demande d’Europe, d’autant plus que l’évolution des modèles alternatifs (Chine, Russie) n’est guère rassurante.
De multiples défis à surmonter
Pour répondre aux attentes, l’Europe devra toutefois surmonter de multiples défis. D’abord un défi général : la dérive inégalitaire de la mondialisation. L’Europe ne rassurera pas ses citoyens en leur expliquant que la situation y est meilleure qu’aux Etats-Unis ou au Brésil. Les inégalités progressent dans tous les pays, encouragées par une concurrence fiscale exacerbée en faveur des plus mobiles, que l’Europe continue toujours à attiser. Les risques de repli identitaire et de logiques de bouc émissaire ne seront surmontés que si l’on parvient à proposer aux classes populaires et aux jeunes générations une véritable stratégie de réduction des inégalités et d’investissement dans l’avenir.
Deuxième défi : le clivage Nord-Sud, qui s’est dramatiquement accentué au sein de la zone euro, et qui repose sur des récits contradictoires des événements. En Allemagne et en France, on continue de s’imaginer que l’on a aidé les Grecs, puisqu’on leur a prêté de l’argent à un taux d’intérêt inférieur à celui auquel ils auraient...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-2"> ¤ Le ministre de l’intérieur annonce également la création de 400 places de rétention administrative pour répondre au doublement de la durée légale de celle-ci.
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Collomb veut « accueillir les réfugiés, mais pas tous les migrants économiques »

Le ministre de l’intérieur annonce également la création de 400 places de rétention administrative pour répondre au doublement de la durée légale de celle-ci.



Le Monde
 |    14.01.2018 à 05h49
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 11h34
   





                        



   


Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, affirme que son projet de loi sur l’asile et l’immigration repose sur deux principes : accueillir les réfugiés mais pas tous les migrants économiques, dans un entretien au Parisien dimanche du 14 janvier.
« La France doit accueillir les réfugiés, mais elle ne peut accueillir tous les migrants économiques », a estimé le ministre, qui juge le projet de loi asile-immigration attendu en conseil des ministres fin février « totalement équilibré ».
400 places de rétention administrative
Une trentaine d’associations, de la Ligue des droits de l’homme jusqu’à Médecins du monde en passant par Emmaüs et le Secours catholique, avaient au contraire dénoncé un texte « déséquilibré » après une réunion jeudi à Matignon sur le sujet.
Pour répondre au doublement de la durée de rétention administrative prévue par le texte, M. Collomb annonce la création de « 200 places d’ici à la fin du mois de janvier et 200 autres en 2018 ».
Interrogé quant à la marge de manœuvre laissée aux parlementaires sur le texte, le ministre de l’intérieur admet « des possibilités d’amendement » mais insiste sur le fait qu’il « n’est pas question de changer d’orientation ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-3"> ¤ La mobilisation est la première de cette ampleur depuis l’installation du gouvernement de Sebastian Kurz il y a un mois.
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En Autriche, 20 000 manifestants contre la coalition gouvernementale incluant l’extrême droite

La mobilisation est la première de cette ampleur depuis l’installation du gouvernement de Sebastian Kurz il y a un mois.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 19h16
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 06h39
   





                        



   


Dans les rues de Vienne, une manifestation d’ampleur inattendue s’est tenue, samedi 13 janvier, contre la coalition entre la droite et l’extrême droite au pouvoir depuis près d’un mois en Autriche. Les manifestants reprochent aux nouvelles autorités ses positions sur l’immigration et son programme social.
Sous le mot d’ordre « comité d’accueil de la nouvelle année », 20 000 manifestants, selon la police, ont formé un long cortège dans le centre ville à destination du quartier des ministères. Du côté des organisateurs, qui tablaient sur quelque 10 000 participants, les estimations variaient de 25 000 à plus de 50 000 personnes.
Dirigé par le jeune conservateur Sebastian Kurz, vainqueur à 31 ans des élections du 15 octobre, le nouveau gouvernement autrichien formé mi-décembre a intégré six ministres d’extrême droite à des postes clés, dont Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) et vice-chancelier.

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                En Autriche, droite et extrême droite ont prêté serment



« S’il vous plaît, pas encore »
Organisée à l’appel d’organisations de gauche et de la mouvance antiraciste, la mobilisation, première de cette ampleur depuis l’installation du gouvernement, a rassemblé un public de tous âges, dont beaucoup de familles. De nombreux slogans faisaient référence à l’histoire de pays, 80 ans après l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en mars 1938 et la mise en place d’un régime autoritaire fasciste. « S’il vous plaît, pas encore », proclamait une pancarte tandis qu’une banderole avertissait : « Ceux qui tolèrent Kurz et Strache auraient applaudi 1938. »

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                Autriche, Pologne, Hongrie… que faire face à la « banalisation » de l’extrême droite en Europe ?




   


« Ce que je crains le plus, c’est que ce genre de gouvernement se banalise, devienne la nouvelle norme », confiait à l’Agence France-Presse Christa, une manifestante de 55 ans, tandis que Tobias Grettica, un Allemand de 47 ans, disait être « inquiet de voir le nationalisme progresser partout, pas seulement en Autriche ».
C’est la deuxième coalition formée entre conservateurs (ÖVP) et FPÖ en Autriche, après une première expérience de gouvernement au début des années 2000. L’alliance des deux partis avait à l’époque suscité la réprobation internationale et entraîné des sanctions européennes. De nombreuses manifestations avaient eu lieu en Autriche dont les plus massives avaient rassemblé jusqu’à 250 000 personnes.
La nouvelle majorité a recueilli près de 60 % des suffrages aux législatives d’octobre, après dix ans de coalition centriste entre droite et sociaux-démocrates.




                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-4"> ¤ Au second tour, il affrontera le proeuropéen Jiri Drahos, qui a réuni 26,39 % des voix.
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En République tchèque, le président sortant, Milos Zeman, en tête du premier tour de la présidentielle

Au second tour, il affrontera le proeuropéen Jiri Drahos, qui a réuni 26,39 % des voix.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 16h56
   





                        



   


Il était le favori du premier tour de l’élection présidentielle. Le président tchèque sortant, Milos Zeman, est arrivé samedi 13 janvier nettement en tête du scrutin, avec 38,98 % des suffrages, après le dépouillement de 97,5 % des suffrages. Au second tour, il affrontera le proeuropéen Jiri Drahos, qui a réuni 26,39 % des voix.
Si la première étape est passée pour le candidat prorusse, âgé de 73 ans, sa victoire reste encore précaire. Les Tchèques ont fini par se lasser de ce vétéran de la gauche, salué pour son rôle de importance après la chute du régime autoritaire en 1989. Milos Zeman est entré dans l’histoire comme étant le premier président tchèque élu au suffrage universel avec 54,8 % des voix, dans ce pays d’Europe centrale qui compte 10,5 millions d’habitants. C’était en 2013.

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                Milos Zeman, le président tchèque populiste eurosceptique candidat à sa réélection



Déclarations polémiques
Mais son image a été largement écornée par plusieurs controverses – tant sur sa vie privée, son mode de vie relativement sulfureux, que dans ses relations houleuses avec l’opposition. Ses prises de position polémiques ont également lassé une partie de l’électorat. Il est notamment connu pour son soutien inconditionnel au président états-unien, Donald Trump, mais aussi pour sa proximité avec le Kremlin, qu’il soutient notamment sur le volet ukrainien.
Enfin, M. Zeman s’est distingué ces dernières années par son positionnement farouchement antimigrants, qu’il considère comme une « invasion » organisée par les Frères musulmans. Populiste et eurosceptique, il maintient que seule une exclusion de la Grèce permettrait au pays d’adhérer à la zone euro.

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                Large victoire des populistes en République tchèque



Son adversaire du second tour de la présidentielle, le centriste Jiri Drahos, est, lu, un novice en politique. Ce qui fera du scrutin, qui aura lieu les 26 et 27 janvier, un véritable référendum pour ou contre Milos Zeman.

   





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-5"> ¤ Le parti Droit et justice a fait adopter une réforme lui permettant d’accroître son contrôle sur la surveillance des prochains scrutins.
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Pologne  : un code électoral sur mesure pour les ultraconservateurs

Le parti Droit et justice a fait adopter une réforme lui permettant d’accroître son contrôle sur la surveillance des prochains scrutins.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 10h10
    |

                            Intérim








                        



                                


                            

Déjà assuré du contrôle de la justice, des médias publics et des fonctionnaires, le parti conservateur Droit et justice (PiS) est sur le point de renforcer encore son emprise sur la Pologne en modifiant le code électoral. Une vaste réforme, adoptée par le Parlement dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 janvier, deux mois seulement après l’introduction de la proposition de loi, prévoit en effet d’accroître les pouvoirs de l’exécutif dans l’organisation des élections.
Au motif de « renforcer la participation des citoyens dans le processus d’élection, de fonctionnement et de contrôle de certains organismes publics », le texte comporte en réalité des dispositions qui donneront au PiS la main sur les instances de contrôle du financement des partis politiques et de la régularité des élections. Cette réforme précède les scrutins locaux, qui se dérouleront dans onze mois et qui représentent pour le PiS la première occasion de vérifier sa popularité dans les urnes depuis son retour au gouvernement en 2015. En dépit d’une forte avance dans les sondages sur ses concurrents, le PiS dispose aujourd’hui de peu de pouvoir au niveau local, et reproche aux collectivités de freiner délibérément les investissements et l’exécution de certaines lois, afin de gêner le gouvernement.

La loi prévoit notamment d’étendre le scrutin proportionnel aux villes moyennes, ce qui devrait favoriser le PiS. Au nom de la lutte contre la fraude, la réforme adoptée cette semaine prévoit également l’installation de caméras dans les bureaux de vote, mais surtout le renforcement du rôle des « commissaires électoraux » qui seront chargés de l’organisation des scrutins à la place des collectivités. Tous les commissaires actuels seront révoqués dès l’entrée en vigueur de la loi au profit de candidats désignés par la Commission électorale d’Etat, sur proposition du ministre de l’intérieur. Contrairement à leurs prédécesseurs, ils ne devront pas nécessairement...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-6"> ¤ Critiqué face à l’ampleur de la corruption, le gouvernement s’efforce de donner des gages à ses partenaires européens.
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UE : les incertitudes de la présidence bulgare

Critiqué face à l’ampleur de la corruption, le gouvernement s’efforce de donner des gages à ses partenaires européens.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 09h57
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 06h48
    |

            Cécile Ducourtieux (Sofia, envoyée spéciale)








                        



                                


                            

Faut-il s’inquiéter de voir la Bulgarie hériter durant les six prochains mois de la présidence tournante de l’Union européenne (UE), alors que ce pays souffre d’une corruption endémique, et surtout parce qu’il est gouverné par une coalition entre les conservateurs et l’extrême droite ? Cet attelage ne risque-t-il pas d’avoir une influence néfaste sur une Union déjà fragilisée par les remises en cause de ses valeurs démocratiques, alors que la Pologne est sous le coup d’une procédure européenne pour violation de l’Etat de droit ?
L’année 2018 s’annonce risquée de ce point de vue pour Bruxelles, d’autant que c’est l’Autriche, elle aussi en partie gouvernée par l’extrême droite, qui prendra le relais de Sofia au second semestre. Inaugurant la présidence de l’UE à Sofia, jeudi 11 janvier, le premier ministre conservateur, Boïko Borissov, a multiplié les déclarations de foi pro-européennes. « L’UE est le meilleur endroit au monde où vivre, j’ai un très grand respect pour ses institutions », a affirmé cet ex-garde du corps réputé pour son pragmatisme.
Adhésion à l’euro
Fin 2017, son gouvernement s’est empressé, comme le recommandait la Commission, de présenter une nouvelle réforme de lutte contre la corruption. Elle est critiquée par l’opposition, et le président, Roumen Radev, y a mis son veto, mais il a été rejeté vendredi 12 janvier par le Parlement bulgare. A la tête de son troisième gouvernement depuis 2009, le dernier en date étant fragilisé par la présence de trois petits partis d’extrême droite très divergents, M. Borissov a par ailleurs officiellement réclamé l’adhésion à l’euro de la Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union. Elle serait prête, à l’en croire, avec un déficit public nul et une dette publique inférieure à 30 % du produit intérieur brut (PIB). 
Présider l’UE consiste surtout à faciliter la formation de compromis entre Etats, et la Bulgarie, membre depuis seulement onze ans, dit vouloir respecter la neutralité...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-7"> ¤ L’accord scellé vendredi prévoit de « renforcer » et de « réformer » la zone euro, ainsi que de la doter d’un « budget d’investissement ».
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Allemagne : Paris salue un accord « plus favorable au projet européen »

L’accord scellé vendredi prévoit de « renforcer » et de « réformer » la zone euro, ainsi que de la doter d’un « budget d’investissement ».



Le Monde
 |    13.01.2018 à 09h45
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



                                


                            

La France a salué l’accord conclu, vendredi 12 janvier, entre les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates (SPD) en vue de la formation d’un nouveau gouvernement en Allemagne. « Les termes de cet accord provisoire sont plus favorables au projet européen que ne l’étaient les termes actés dans les tentatives précédentes en fin d’année dernière », s’est félicité Emmanuel Macron, vendredi après-midi, à Paris, lors d’une conférence de presse conjointe avec le nouveau chancelier autrichien, Sebastian Kurz.

Les « tentatives » évoquées par le président français désignent les négociations ayant échoué, le 19 novembre 2017, près de deux mois après les élections législatives allemandes, entre la CDU-CSU, les libéraux-démocrates (FDP) et les Verts. « Si cette coalition avait vu le jour, les propositions de Macron sur l’Europe, en particulier sur la réforme de la zone euro, se seraient heurtées au feu rouge de l’Allemagne. Aujourd’hui, je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est passé au feu vert. On est plutôt au feu orange. Autrement dit, tout est possible, même si beaucoup de choses restent à préciser », analyse l’économiste allemand Henrik Enderlein, directeur de l’Institut Jacques-Delors, à Berlin.
Pas de Fonds monétaire européen
L’entrée du FDP au gouvernement, en Allemagne, aurait sans doute contrecarré l’agenda européen de M. Macron. La perspective d’une nouvelle « grande coalition » entre la CDU-CSU et le SPD rend le jeu plus ouvert. L’accord scellé vendredi prévoit ainsi de « renforcer » et de « réformer » la zone euro, ainsi que de la doter d’un « budget d’investissement », l’Allemagne se disant prête par ailleurs – point significatif – à « contribuer davantage » au budget européen. Il n’entre toutefois pas dans le détail des propositions faites par M. Macron, notamment sur la création d’un ministre des finances et d’un Parlement de la zone euro.
Une proposition, en...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-8"> ¤ Le chef de l’Etat espère décrocher un nouveau « protocole additionnel » aux accords du Touquet, concernant le regroupement familial et les mineurs isolés.
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Migrants : Macron veut faire pression sur Londres

Le chef de l’Etat espère décrocher un nouveau « protocole additionnel » aux accords du Touquet, concernant le regroupement familial et les mineurs isolés.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 09h43
 • Mis à jour le
14.01.2018 à 07h03
    |

            Maryline Baumard, 
Philippe Bernard (Londres, correspondant) et 
Solenn de Royer








                        



                                


                            

Battre le fer quand il est chaud. Deux jours avant de se rendre à Sandhurst, au sud de Londres, pour un sommet franco-britannique, Emmanuel Macron se déplacera mardi 16 janvier à Calais, où survivent 600 migrants, en attente de passer au Royaume-Uni. Le chef de l’Etat rendra visite à la fois aux forces de l’ordre, à la mairie, aux élus et aux associations, pour évoquer les « grands principes qui régissent sa politique migratoire », sans entrer dans « le détail » du projet de loi sur l’asile et l’immigration, qui suscite l’ire des associations.
En quelques heures, le chef de l’Etat devra appréhender la difficile cohabitation entre le monde policier, les associations d’aide aux migrants et le secteur économique. Quand les premiers ont ordre d’éviter toute reconstitution de campement, les seconds travaillent à rendre un minimum de dignité aux Erythréens, Ethiopiens et Afghans, pendant que les patrons de sociétés locales tentent, eux, de faire comme si Calais n’était pas, depuis vingt ans, la ville qui cristallise les tensions migratoires en France.

Ce déplacement à Calais sera aussi l’occasion pour M. Macron de préparer le terrain du sommet franco-britannique qui sera consacré, jeudi 18 janvier, à la défense et aux questions migratoires, dont l’incontournable gestion de cette frontière commune très exposée puisqu’elle délimite l’espace Schengen.
Des accords jugés déséquilibrés
Selon plusieurs sources, l’épineuse question des accords du Touquet sera au cœur des discussions. Paris et Londres sont engagés depuis plusieurs semaines dans des négociations délicates concernant ces accords signés en 2003 dans la foulée de la fermeture du centre de Sangatte et qui créent un cadre juridique afin qu’agents français et britanniques puissent effectuer des contrôles dans les deux pays.
Paris espère décrocher un nouveau « protocole additionnel » aux accords du Touquet, concernant le regroupement familial et les mineurs isolés.
Trois...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤ Les conservateurs et les sociaux-démocrates se sont mis d’accord vendredi sur un cadre de négociations formelles en vue de former un gouvernement de coalition. Un compromis de circonstance.
<filname="PROF-0,2-3214,1-0,0-9"> ¤                     


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En Allemagne, entre Angela Merkel et Martin Schulz, une coalition par défaut

Les conservateurs et les sociaux-démocrates se sont mis d’accord vendredi sur un cadre de négociations formelles en vue de former un gouvernement de coalition. Un compromis de circonstance.



Le Monde
 |    13.01.2018 à 06h38
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 09h40
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



                                


                            

Il ne faut pas se tromper sur la nature de l’accord scellé, vendredi 12 janvier à Berlin, entre les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates (SPD). S’il constitue l’ébauche d’un programme de gouvernement pour les quatre ans à venir, il s’agit avant tout d’un compromis de circonstance qui vise à éviter ce que les dirigeants des trois partis, à l’instar d’une majorité d’Allemands, redoutent au plus haut point : la tenue de nouvelles élections, quelques mois seulement après celles du 24 septembre 2017, qui ont vu l’extrême droite entrer au Bundestag pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale.
Pour rendre possible un tel compromis, chacun des deux camps a dû reculer sur certains points, tout en veillant à imposer sa propre marque ici et là. Le document de vingt-huit pages publié vendredi matin en témoigne. Le fait – assez surprenant pour un tel texte – que le premier chapitre soit consacré à la politique européenne (« Un nouvel élan pour l’Europe ») est ainsi une claire concession faite à Martin Schulz, le président du SPD. « Schulz devait justifier d’avoir accepté de discuter avec les conservateurs après avoir juré, le soir des élections, qu’il n’était plus question de gouverner avec eux. En faisant en sorte que l’Europe soit mise en tête des priorités de la future “grande coalition”, il a obtenu une victoire personnelle, lui dont l’ADN politique est lié à son passé d’ex-président du Parlement européen », analyse un proche.
A l’inverse, les conservateurs ont imposé l’essentiel de leurs vues en matière de politique migratoire. Une limite, comprise entre 180 000 et 200 000, sera ainsi fixée au nombre de demandeurs d’asile susceptibles d’être accueillis chaque année en Allemagne. De même, le regroupement familial pour les réfugiés bénéficiant d’une « protection subsidiaire » (ceux qui ont obtenu un titre de séjour d’un an renouvelable) sera strictement encadré. Actuellement suspendu, il va certes pouvoir reprendre, comme...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 12/01/2018
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A l’Elysée, Macron et Kurz minimisent leurs différences

Le chef de l’Etat a d’autant plus ménagé le chancelier autrichien, allié à l’extrême droite, que Vienne prendra la présidence de l’UE au second semestre



Le Monde
 |    13.01.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
13.01.2018 à 09h58
    |

            Philippe Ricard








                        



   


Tout oppose en principe Emmanuel Macron au chancelier autrichien, Sebastian Kurz. Le premier a battu Marine Le Pen pour accéder à l’Elysée. Le second vient au contraire de prendre le pouvoir à Vienne grâce à une alliance avec l’extrême droite. Lors d’une rencontre à l’Elysée, vendredi 12 janvier, les deux dirigeants ont cependant cherché à minimiser leurs différences.

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Emmanuel Macron s’est bien gardé de faire la leçon au chef du gouvernement autrichien, même s’il a d’abord remarqué que son gouvernement né d’une alliance avec le FPÖ « a suscité l’inquiétude » lors de sa constitution. Il a remercié son interlocuteur d’avoir choisi Paris, avant Berlin la semaine prochaine, pour sa première visite bilatérale depuis son entrée en fonctions. Il a salué son « volontarisme » et ses points de convergence avec lui, au nom d’une « Europe qui protège ». Très à l’aise, M. Kurz a tutoyé M. Macron. Il a surtout demandé à « être jugé sur son programme et sur ses actes », en répétant son intention de mener une politique « proeuropéenne », en dépit de l’euroscepticisme de son partenaire de coalition, allié au Front national.
Divergences
M. Macron ménage d’autant plus son interlocuteur autrichien que son pays s’apprête au second semestre, après la Bulgarie, à occuper la présidence tournante de l’UE. La mise en place d’un gouvernement allemand permettra enfin, espère-t-il, de donner du corps à la relance continentale qu’il appelle de ses vœux, tout en poursuivant de délicates négociations sur le Brexit, le budget communautaire, ou les questions migratoires. Or, si l’Autriche choisit de jouer le jeu des pays d’Europe centrale, la tâche sera encore plus compliquée pour le tandem constitué par la France et l’Allemagne.

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Au-delà des formules diplomatiques, les divergences sont pourtant perceptibles. Quand le chef de l’Etat plaide pour « davantage d’Europe », le chancelier s’en remet à la subsidiarité, chère à son parti et à son allié d’extrême droite, qui veulent limiter les transferts de pouvoirs vers Bruxelles. « C’est le meilleur moyen pour être efficace », estime le dirigeant conservateur. Quand M. Macron souhaite une politique d’asile « humaine et efficace », son invité insiste sur le « contrôle des frontières extérieures », condition sine qua non, d’après lui, pour préserver un espace sans frontières intérieures.
S’il met en avant la souveraineté de chaque pays pour ne pas commenter les affaires intérieures autrichiennes, M. Macron précise aussi qu’il « déplore l’extrême droite partout », et la combat en France. « Mais, si elle est là, c’est que nous avons échoué à répondre aux angoisses dont elle se nourrit », lance-t-il en guise d’avertissement.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-11"> ¤ Pete Hoekstra, nouvel ambassadeur américain aux Pays-Bas, a refusé de répondre à des journalistes néerlandais lui demandant de clarifier des propos faux tenus deux ans plus tôt au sujet de l’islam en Europe.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-12"> ¤ Il y a cent ans, jour pour jour, des milliers de Français qui avaient investi toute leur épargne dans des emprunts russes se retrouvèrent ruinés. Aujourd’hui, leurs ayants droit réclament encore ce qui leur est dû.
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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-13"> ¤ L’historien  David Van Reybrouck analyse le déficit démocratique européen et la montée des populismes à la lumière de ce que fut le colonialisme finissant.
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Chronique

« La Commission européenne est comme l’administration coloniale de jadis, elle méprise les peuples »

L’historien  David Van Reybrouck analyse le déficit démocratique européen et la montée des populismes à la lumière de ce que fut le colonialisme finissant.

Par                David Van Reybrouck



LE MONDE
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        Le 12.01.2018 à 18h56

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        Mis à jour le 12.01.2018 à 23h22






    
Joseph Kasa-Vubu, premier président de 1960 à 1965 de la République du Congo, aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC).
Crédits : AFP


Chronique. La presse occidentale de qualité semble depuis peu obsédée par un parallèle historique. « Revivons-nous les années 1930 ? », s’interroge The Guardian après le Brexit. « Le monde revient-il aux années 1930 avec le triomphe de Trump ? », écrit El Pais. « Donald Trump : est-ce déjà le fascisme ? », questionne le rédacteur en chef du Spiegel.
En temps de houle, nous cherchons des points de repère familiers. A l’époque aussi, il y avait une crise bancaire, une récession considérable, un chômage massif et d’immenses inégalités. Mais le problème que posent les années 1930 est l’idée qu’une guerre mondiale s’ensuivra obligatoirement. Et cela ne facilite pas le débat. Chaque analyse est immédiatement éclipsée par les conséquences dévastatrices.
Un eurocentrisme exacerbé
N’y a-t-il pas d’autres comparaisons possibles ? Nous clamons être des citoyens du monde, mais nous évaluons l’histoire européenne de préférence à la lumière de… l’histoire européenne. Que des tendances émergentes en Afrique, en Asie, en Amérique latine puissent être des outils pour comprendre l’Union européenne (UE) ne semble pas nous venir à l’esprit. Cet eurocentrisme exacerbé me dérange toujours.
Les douze dernières années, je me suis intéressé de très près aux processus de décolonisation des Indes néerlandaises et du Congo belge. Qu’ont-ils à nous apprendre ? Peut-on comparer l’anticolonialisme croissant d’alors à l’anti-européanisme d’aujourd’hui ?
De toute évidence, l’UE est tout autre chose qu’une colonie. Elle s’est créée de l’intérieur, par le biais de la diplomatie et à sa propre demande. Les colonies, elles, sont créées sans y avoir été invitées, manu militari et de l’extérieur. Elles étaient pétries de pensées raciales.

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Et pourtant, les dernières années, dans des documents de la fin de la période coloniale, j’ai trouvé des passages qui m’ont paru familiers. Sukarno, qui deviendrait le premier président de l’Indonésie, s’exprima ainsi à son procès en 1930 : « Un peuple assujetti, donc tout peuple qui ne peut gérer sa propre administration comme le prescrivent son intérêt et son bien-être, vit en état de “désordre permanent”. (…) Le peuple indonésien est aujourd’hui un peuple vivant dans l’affliction. Et ce n’est pas notre incitation, pas l’incitation de “provocateurs”, mais cette affliction, ces larmes du peuple, qui sont la cause de ce mouvement populaire. »
Où avons-nous déjà entendu ceci ? Le désir d’avoir voix au chapitre. Le malaise social croissant. Le refus de voir les larmes. La diabolisation de facilité de ceux qui nomment et activent ce malaise.
Quelques « pommes véreuses »
En matière de style et de vision, les partisans d’alors peuvent difficilement être comparés aux dirigeants populistes d’aujourd’hui, mais ils étaient tout aussi honnis. Hendrikus Colijn, l’ancien ministre des colonies néerlandais, trouvait le nationalisme naissant aux Indes néerlandaises « futile, ne découlant d’aucun mouvement populaire réel, plutôt une action dans laquelle seule la couche supérieure de la société, aussi fine que la pellicule argentée d’un grain de riz, est impliquée ».
Réduire le « problème » à quelques « pommes véreuses » qui pourrissent les autres est un procédé familier. L’une de ces « pommes pourries » était Sutan Sjahrir, qui deviendra plus tard le premier ministre d’Indonésie. Le colonisateur l’avait banni en 1934 et pour une durée illimitée au camp d’internement de Boven-Digoel, au cœur de la forêt vierge des Papous.

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Dans l’une de ses lettres inspirées, il écrit : « Il faut croire que le gouvernement a trouvé une manière facile de gouverner. Expédier tous les malcontents à Digoel et intimider ainsi la population. Mais s’ils avaient un peu plus de bon sens, ils comprendraient que cette solution est trop simple et trop facile pour être aussi bonne et juste. Plus cela perdurera, plus il apparaîtra que c’est le gouvernement qui crée une situation révolutionnaire par l’agression qu’elle exerce à tous les niveaux, situation qui tend paradoxalement à politiser les couches profondes de la population. »
Naturellement, l’Union européenne n’envoie personne en camp pénitentiaire en pleine brousse. Les dirigeants populistes se voient parfois traînés en justice, mais cela n’a rien à voir avec les procès politiques théâtraux d’alors. Et pourtant, nous pourrions nous demander si le populisme de notre temps ne ressemble pas plus au nationalisme des colonies qu’au fascisme en Europe.
Une imposture injuste
Question du jour : qui a prononcé le discours suivant, Boris Johnson ou Yannis Varoufakis ? « Et que toutes les mesures qui se trament là-bas, à Bruxelles, bien loin de chez nous, sans nous, mais pour nous, sont considérées comme une imposture injuste. Nous avons toujours combattu cette méthode qui n’inspire pas confiance du fait que ces mesures ne résultent pas d’un dialogue sincère, franc et d’égal à égal. » Réponse : aucun des deux. C’est Joseph Kasa-Vubu qui prend ici la parole, en 1958. Deux ans plus tard, il serait le premier président du Congo.
Les mots de Patrice Lumumba, son premier ministre, sont eux aussi d’une actualité étonnante. « Le progrès réalisé ici dans le domaine économique et social surpasse – comme nous l’avons constaté de nos propres yeux – celui de certains pays. Mais là où le bât blesse, c’est que le gouvernement belge a négligé l’émancipation politique des Congolais. (…) Nous regrettons la politique qui consiste à n’accorder aux Congolais que les droits que le gouvernement consent à leur octroyer au compte-gouttes comme une aumône et non les droits légitimes que les nationaux réclament. »

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L’émancipation sans participation conduit à la frustration. C’est aussi simple que cela. « Entrer en ligne de compte », voilà de quoi il en retourne. Qu’on l’ignore, et la situation vire à l’explosif.
Dans une société de fin du colonialisme, les gens vivent sous le joug d’une administration qui réglemente pour ainsi dire tous les aspects de la vie publique et privée. Malgré son omniprésence, cette administration de nature énigmatique est plutôt invisible. Des accords sont passés avec des potentats locaux préexistants. Ce qui permet à la population indigène d’accéder à la nouvelle prospérité : l’enseignement et la santé publique pénètrent jusque dans les villages. Mais les possibilités de participation de la population à la vie publique, et donc politique, restant extrêmement limitées, la frustration s’installe, en premier lieu chez les jeunes qui ont pu faire des études, et plus tard chez les masses populaires qu’ils réussissent à mobiliser. Le colonisateur se voit forcé d’instituer des organes officiels de codécision, comme le Volksraad aux Indes néerlandaises et le Conseil colonial au Congo. Mais ceux-ci n’auront finalement que peu à décider. De plus en plus de gens rêvent dès lors de scénarios radicaux. La décolonisation s’avère dès lors inévitable.
Sous le joug d’une administration omniprésente
Qu’en est-il de l’UE ? Nous aussi, nous vivons sous le joug d’une administration omniprésente, invisible, qui façonne notre existence jusque dans ses moindres détails. L’UE compose elle aussi avec les potentats locaux tout en parvenant à améliorer le sort de beaucoup. Nous aussi, nous avons un organe de codécision, le Parlement européen. Il a plus de pouvoir que les organes consultatifs coloniaux de jadis, mais toujours bien moins que la Commission européenne et le Conseil européen. Le déficit démocratique ne s’en trouve pas comblé. Nombreux sont ceux qui trouvent l’UE hautaine et élitaire. Avec pour corollaire que l’UE voit aussi de plus en plus de ses habitants s’en distancer. Le Brexit est entre-temps un fait, et la crise profonde que connaît l’Europe est loin d’être terminée. L’aventure européenne, comme l’aventure d’outre-mer pourrait bien se terminer abruptement.
Outre le déficit démocratique, un autre s’est ajouté, le déficit bureaucratique. L’Europe a commis de graves erreurs, dans les années 1990. Quelle idée d’opter pour une monnaie unique en 1992, sans développer auparavant les institutions nécessaires à une gestion monétaire, financière et économique ! Et quelle idée d’avoir aboli les frontières intérieures depuis 1993, sans avoir réfléchi sérieusement aux frontières extérieures, avec toutes les répercussions possibles sur la gestion de l’asile et de la migration !

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Ce n’est qu’aujourd’hui que les lacunes systémiques se révèlent : la crise de l’euro a commencé en 2010, la crise migratoire a culminé en 2015. Ne pas avoir voix au chapitre est grave en soi, mais être livré à une technocratie défaillante est catastrophique.
Dans son dernier livre De nieuwe politiek van Europe (éd. Historische Uitgeverij, 2017), l’écrivain et philosophe néerlandais Luuk Van Middelaar décrit comment ces crises ont profondément remanié l’UE. Soudain, il a fallu improviser, pratiquer des choix drastiques. Ménager la Grèce ou pas ? Répartir les réfugiés ou pas ? L’Union s’en est trouvée plus politisée que jamais auparavant. La question est : s’est-elle aussi plus démocratisée ?
A l’heure où l’UE aurait dû miser sur la démocratie, elle est retournée, sous la pression des circonstances, à sa bonne vieille technocratie. Il a fallu sauver l’euro à coups de réunions nocturnes d’urgence, et le flot soudain de réfugiés ne tolérait plus une approche réfléchie. Agir, et vite, tel était le mot d’ordre. Le déficit démocratique a ainsi augmenté. Le citoyen le voyait et le subissait, muré dans l’impuissance – tout comme le colonisé.
Enième petit jeu des politiques
Vivre en Europe en l’an 2017 ressemble de plus en plus à vivre sous la gouvernance d’un colonialisme finissant. S’étonne-t-on dès lors que la révolte gronde ? Le populisme actuel est une tentative brutale de politiser à nouveau l’espace européen. La politique est une question de choix, affirme-t-il, pas de conformité aux lois. L’austérité n’est pas la seule solution, dit le populiste de gauche. La crise migratoire n’a pas à être subie les bras croisés, dit le populiste de droite.
Plus de prospérité grâce à l’UE ? En fait, les couches vulnérables de la société se sentent surtout menacées. Il suffit au populiste d’affirmer qu’il parle « au nom du peuple » – contre l’élite au-dessus, contre les migrants au-dessous – et sa fortune est faite. Intérêt médiatique garanti, clics sur Internet, sièges au Parlement.
Le populiste laisse parler le peuple tant que c’est sous la forme d’un référendum, par lequel il peut parfaitement manipuler les masses. Le peuple croit que les référendums sont libérateurs, mais ne comprend pas qu’il s’agit du énième petit jeu des politiques. La politique du parti s’en trouve renforcée, pas restreinte.

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Si l’UE ne se démocratise pas radicalement, la fin peut arriver très vite. Et cette démocratisation exige plus que quelques tours de passe-passe avec des têtes de liste. Car cela ne livre qu’encore plus de médiatisation et de personnalisation, ces mêmes processus qui ont fait un tel spectacle de la politique nationale.
Et si le peuple pouvait vraiment avoir voix au chapitre ? Cela pourrait se traduire ainsi. Aux élections européennes de 2019, chaque bulletin de vote avec les candidats serait accompagné d’une liste de vingt-cinq prises de position sur l’avenir de l’Europe. Elles pourraient énoncer : « L’UE doit interdire les voitures à carburant fossile à partir de 2040. » Ou encore : « L’UE doit mettre en place une armée européenne. » Le votant indiquerait en cochant à quel point il est d’accord avec chacun de ces énoncés. A la fin, il indiquerait aussi quels sont les cinq énoncés qui lui paraissent les plus importants.
Participation citoyenne
Cela ressemble à la boussole électorale, mais il s’agit ici de vos propres idées, et pas de pour qui il vous faut voter. En amont des élections, vous pourriez recevoir une brochure avec les arguments en faveur ou contre, comme le font les Suisses dans le cas d’un référendum. Le soir à la télévision, vous ne suivriez pas seulement qui a remporté le vote, mais aussi quelles propositions ont été adoptées. Cette liste de priorités partagées offrirait un canevas pour la politique européenne des Pays-Bas pour les cinq ans à venir.
A qui revient de rédiger le second billet de vote ? Le laisser aux mains de la politique serait une mauvaise idée. Alors comment ? Par tirage au sort. Réunissons par un échantillonnage représentatif quelques centaines de citoyens lambda par pays. Donnons-leur quelques mois pour délibérer, un lieu pour le faire et des modérateurs, neutres quant à la teneur, mais qui font en sorte que chacun ait voix au chapitre. Les participants se voient toutes les trois semaines. Ils peuvent inviter des experts à leur convenance. Ils n’ont pas à être d’accord sur tous les points. La seule chose qu’ils doivent faire, c’est rédiger la liste des vingt-cinq énoncés, en accord avec les panels citoyens dans les autres états membres.

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Cette forme innovante de démocratie participative a été utilisée les dernières années en Irlande et en Australie dans le cas de sujets politiquement délicats, comme le mariage entre homosexuels, l’avortement ou la gestion des déchets nucléaires. Des citoyens tirés au sort ont été invités à statuer sur des sujets brûlants que les politiques préféraient éviter. Avec pour résultat, des décisions dûment informées qui misent sur le long terme.
Cette démarche tout à fait faisable renforcerait la teneur de la démocratie européenne. Elle combine les trois formes de participation citoyenne que nous connaissons à ce jour : élections, référendum et tirage au sort. L’avantage d’une élection est qu’elle permet de choisir, son inconvénient est qu’il ne s’agit que du personnel politique. L’avantage du référendum est qu’il porte sur le contenu, son inconvénient est de n’offrir qu’un oui ou un non en réponse. L’avantage du tirage au sort est un processus décisionnel informé, son inconvénient est qu’il ne concerne qu’une petite partie de la population.
En impliquant tout citoyen votant dans ces choix politiques cruciaux, l’Europe donnerait à sa population l’autorité que les colonies déniaient à leurs sujets. Qui comprend que le populisme européen ressemble davantage au colonialisme finissant qu’au fascisme naissant, n’impose pas le silence au citoyen mécontent, mais lui donne la parole.
David Van Rebrouck est un écrivain belge de langue néerlandaise, anthropologue, historien de l’art, archéologue et préhistorien. Il est notamment l’auteur de Congo, une histoire, paru chez Actes Sud en 2012.
Traduction Monique Nagielkopf.


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-14"> ¤ Les Soudan Célestins Music et moi (4). Pablo Aiquel, journaliste à Vichy, se souvient de l’année 2017, riche en événements et en surprises pour les nouveaux arrivants que « Le Monde » suit.
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« Le jour où les réfugiés soudanais sont revenus à Varennes-sur-Allier, où tout a commencé »

Les Soudan Célestins Music et moi (4). Pablo Aiquel, journaliste à Vichy, se souvient de l’année 2017, riche en événements et en surprises pour les nouveaux arrivants que « Le Monde » suit.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 18h14
    |

Pablo Aiquel







                        



   


Chronique. L’année 2017 restera, pour les membres du groupe Soudan Célestins Music, inoubliable. Elle avait commencé dans un restaurant de Clermont-Ferrand, où ils avaient assuré l’animation musicale du réveillon. Puis, petit à petit, les invitations s’étaient égrenées, dans des sites hébergeant des demandeurs d’asile venus de Calais ou de la région parisienne.
Mi-janvier, à Saint-Beauzire, petit village altiligérien situé aux environs de Brioude, les musiciens venus de Vichy découvraient une épaisse couche de neige, couvrant les champs, les toits des voitures, des maisons et des clochers, tandis que les bénévoles du centre Léo-Lagrange voyaient, eux, pour la première fois, sourire et danser les migrants qu’ils accueillaient.

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A Pessat-Villeneuve en février, à Monistrol en mars, près d’Arlenc en avril, le printemps avait permis de confirmer que les Soudan Célestins Music chantaient des tubes connus de tous leurs compatriotes.
Puis ce fut, l’été venu, le contact avec Le Monde et le projet des Nouveaux Arrivants. Le concert du 14 juillet à Vichy, retransmis sur Facebook Live, fut suivi de nombreuses invitations. A la Fête de L’Huma, à Montluçon, à Aubusson, à Paris au festival Culture au Quai.
Quel chemin parcouru pour ceux qui, à peine plus d’un an auparavant avaient dormi à même la rue ou squatté le lycée Jean-Quarré dans le XXe arrondissement ! Comment ne pas y penser, quand ils partagèrent la scène avec Abd Al-Malik ou rencontrèrent des artistes en exil, tel le flûtiste soudanais Gandi Adam.
En novembre, pour la semaine festive dédiée aux réfugiés, les Soudan Célestins Music figuraient dans les deux programmes du Festival des solidarités (Festisol) et Migrant’scène de la Cimade, à Clermont-Ferrand.
Malgré tout
Que faire alors, pour clore en beauté cette année qui a vu tous les membres du groupe de départ obtenir le sésame de l’asile politique ? « Nous voulions retourner à Varennes-sur-Allier, la ville où a commencé notre parcours de migrants, ici en France », déclare Ahmed Khamis, le chauffeur chanteur. « C’est ici que, pour la première fois, nous avions été logés, nourris, accueillis », ajoute Hassan Osmane, le jardinier musicien.
Pour le réveillon du Nouvel An, sans tambours ni trompettes, sans affiches ni médias, ils ont voulu offrir une fête dans l’ancienne base militaire qui abrite l’un des plus grands centres d’accueil d’orientation de France.

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                « Le jour où les réfugiés soudanais ont chanté à la Fête de L’Huma »



« Cela faisait longtemps que nous pensions à animer une fête à Varennes. Dès que nous en avons eu l’occasion, nous n’avons pas hésité. Une grande tristesse règne dans ce camp de réfugiés. La musique apporte de la joie à ceux qui sont loin de leur pays. C’est un double sentiment : triste de voir ces jeunes qui ont quitté leur famille et risqué leur vie et, en même temps, heureux de les voir chanter avec nous », assure Ahmed.
« Varennes représente beaucoup de choses pour nous. Des bons souvenirs et d’autres tristes. Notre message est d’abord un remerciement, pour les assistantes sociales et ceux qui nous ont accueillis. Mais nous voulions montrer aussi que les réfugiés ne sont pas ce que certains en pensent, que les migrants ne servent à rien. Il nous tenait à cœur de montrer que nous avons aussi des choses à partager », souligne Hassan.
Fêter l’arrivée de la nouvelle année dans cette base militaire du centre de la France, partager avec ceux qui vivent ce qu’ils avaient vécu deux ans auparavant, leur souhaiter d’obtenir le statut de réfugié, de commencer une nouvelle vie, pour eux, cela voulait dire beaucoup. Cela voulait dire qu’ils étaient libres, heureux d’être là malgré tout.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-15"> ¤ L’ex-président, destitué par Madrid, sait que s’il regagne l’Espagne, il sera arrêté. Ce qui pose la question d’une éventuelle investiture à distance et de la manière dont il entendrait exercer le pouvoir.
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A Bruxelles, Puigdemont réunit ses députés mais n’évoque toujours pas son retour en Catalogne

L’ex-président, destitué par Madrid, sait que s’il regagne l’Espagne, il sera arrêté. Ce qui pose la question d’une éventuelle investiture à distance et de la manière dont il entendrait exercer le pouvoir.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 17h59
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h20
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        


Vingt-cinq élus posant devant une grande structure métallique sciemment choisie pour sa couleur jaune, la teinte fétiche des indépendantistes catalans. C’est à peu près tout ce que l’on retiendra de la « séance de travail » organisée, vendredi 12 janvier, dans un hôtel de Bruxelles, par Carles Puigdemont et une grande partie des députés de sa formation, le Parti démocrate européen catalan (PDeCAT, droite). Deux autres sont emprisonnés et certains n’avaient pu quitter Barcelone, leur passeport leur ayant été retiré.
Une fois la séance de pose achevée, l’ex-président de Catalogne, candidat à sa réélection mais toujours en exil, s’est retiré avec son groupe sans répondre à aucune question. Le but essentiel était manifestement d’éviter l’oubli médiatique et de mobiliser les nombreux correspondants espagnols présents dans la capitale belge et européenne.
Deux porte-parole, s’exprimant surtout en catalan pour cette troisième conférence de presse des indépendantistes à Bruxelles, ont, une nouvelle fois, appelé le pouvoir espagnol à « respecter la démocratie » et « la normalité », concrétisée par la mise en place d’un gouvernement que dirigerait leur leader.
Etre ou ne pas être présent physiquement
Carles Puigdemont, mis en examen pour « rébellion », ne manifeste toutefois pas l’intention de regagner Barcelone. « Il aimerait rentrer, mais… », a seulement lâché un membre de son entourage. L’ancien président, destitué par Madrid après la déclaration d’indépendance du 27 octobre 2017, sait que s’il met un pied en Espagne, il sera arrêté. Ce qui pose la question de son éventuelle investiture à distance et de la manière dont il entendrait exercer le pouvoir.

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Deux voies sont ouvertes : présider la Catalogne à distance, par vidéoconférence, ce que la presse espagnole a surnommé ironiquement la « Skype-présidence », ou rentrer à Barcelone, éventuellement accompagné de milliers de personnes, pour se livrer à la justice après avoir été réélu à la tête de la région.
La Gauche républicaine de Catalogne (ERC), dont M. Puigdemont a besoin pour être réélu, a prévenu qu’elle attendrait l’accord des services juridiques du Parlement catalan avant de se prononcer sur son investiture à distance.
Les juristes de la Chambre régionale catalane jugent apparemment que la présence physique du candidat serait indispensable.
Le PDeCAT estime, en revanche, que d’autres solutions sont possibles et dépendent de la future présidence de l’assemblée, qui fixera les règles de l’élection.
Plusieurs scénarios possibles
Les porte-parole du PDeCAT évoquent plusieurs scénarios possibles, sans les détailler outre mesure, avant l’élection du bureau du Parlement, qui doit avoir lieu mercredi.
La séance de travail à huis clos de vendredi visait probablement à trancher entre ceux-ci. L’hypothèse de voir M. Puigdemont céder finalement sa place à un autre candidat n’a, en tout cas, pas été mentionnée devant les journalistes.

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Lors de la conférence de presse soigneusement encadrée, le temps manquait aussi, semble-t-il, pour évoquer Carme Forcadell, la présidente du Parlement régional sortant, poursuivie pour avoir fait voter des lois jugées anticonstitutionnelles par Madrid. Ou pour parler du retrait récent d’Artur Mas, président du PDeCAT et mentor de M. Puigdemont. Or, avant l’annonce de son départ, M. Mas s’était prononcé en faveur d’une législature « longue » et « constructive » qui « respecte le cadre légal espagnol ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-16"> ¤ Une pétition contre la visite du président américain au Royaume-Uni avait recueilli 1,9 million de signatures.
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En annulant son voyage à Londres, Donald Trump snobe Theresa May

Une pétition contre la visite du président américain au Royaume-Uni avait recueilli 1,9 million de signatures.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 16h54
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 17h42
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


La « relation particulière » que les Britanniques se flattent d’entretenir avec les Etats-Unis a été mise à mal par l’annonce par Donald Trump sur Twitter, dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 janvier, de l’annulation de la visite qu’il devait effectuer en février à Londres. « Trump laisse tomber la Grande-Bretagne », titre le Daily Mail, premier média britannique à avoir répercuté la nouvelle. Le tabloïd juxtapose une longue série de photos de dirigeants auxquels le président américain a rendu visite, dont Emmanuel Macron, insistant sur l’humiliation infligée à la première ministre, Theresa May.
« La raison pour laquelle j’annule mon voyage à Londres est que je ne suis pas un grand fan de l’administration Obama qui a vendu l’ambassade la mieux située et la plus agréable à Londres pour des cacahuètes, afin d’en construire une autre bien plus éloignée pour 1,2 milliard de dollars. Mauvaise opération. On voulait que je coupe le ruban. NON ! », a écrit M. Trump dans un Tweet nocturne.

Reason I canceled my trip to London is that I am not a big fan of the Obama Administration having sold perhaps the… https://t.co/9crSrOBXme— realDonaldTrump (@Donald J. Trump)


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Une pétition hostile à une « visite d’Etat » avait recueilli 1,9 million de signatures. Devant la menace de manifestations, le format du voyage de M. Trump avait été réduit à celui d’une « visite de travail » avec pour prétexte l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine construite au sud de Londres, au bord de la Tamise, dans le quartier autrefois industriel de Nine Elms.
Mais dans un pays où le mouvement « anti-Trump » est autrement plus vivace qu’en France et où de gros rassemblements étaient programmés, la crainte de manifestations hostiles paraît être la véritable raison de la rebuffade. Interrogé sur l’annulation, un porte-parole de Mme May a simplement répété la version officielle : « Une invitation a été adressée et acceptée, mais aucune date n’a été fixée. »
Un renoncement salué par plusieurs élus travaillistes
« C’est tout à fait dommage. Les Etats-Unis sont l’un de nos alliés les plus proches, mais l’alliance ne repose pas sur le locataire de la Maison Blanche ou de Downing Street, mais sur des valeurs et des intérêts communs, a commenté à la BBC Tom Tugendhat, président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes. En même temps, je crois que cela reflète le fait que, alors que d’autres critiquent [Donald Trump] en français, italien ou coréen, nous le critiquons en anglais, ce qui est beaucoup plus facile à comprendre pour lui. »
Le renoncement de M. Trump a été salué par plusieurs élus travaillistes, dont le leader Jeremy Corbyn, qui avait appelé à protester contre sa venue. « C’est une bonne chose qu’il ne vienne plus, a estimé Chuka Umunna, député et figure du Labour. Il va à l’encontre des valeurs britanniques. »
Pour le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, « il semble que le président Trump ait compris le message envoyé par de nombreux Londoniens qui aiment et admirent l’Amérique et les Américains, mais trouvent que ses politiques et ses actions sont complètement à l’opposé des valeurs d’inclusion, de diversité et de tolérance que défend notre ville. » Un porte-parole des LibDems s’est aussi félicité du renoncement de M. Trump en persiflant : « L’autorité de Theresa May est si faible qu’elle n’a pas eu le courage d’annuler elle-même la visite. » 
En janvier 2017, l y a tout juste un an, juste après l’investiture de M. Trump, la première ministre, qui a besoin du président américain pour décrocher un accord commercial post-Brexit avec les Etats-Unis, s’était précipitée à la Maison Blanche. L’image du président lui prenant la main avait fait scandale. Elle apparaît aujourd’hui comme un symbole de faiblesse et de compromission.
Boris Johnson : Trump « aboie plus qu’il ne mord »
Entre-temps, les relations entre Londres et Washington ont connu plusieurs coups de froid. Le 29 novembre, le président américain a re­tweeté à ses quelque 40 millions d’abonnés trois vidéos antimusulmanes mises en ligne par Britain First, un groupuscule britannique d’extrême droite, lui offrant une audience inespérée.
Mme May lui a donné « tort » et Donald Trump lui a rétorqué qu’elle ferait mieux de lutter contre « le terrorisme radical destructeur ». « Le fait que nous coopérons ne signifie pas que nous avons peur de nous exprimer lorsque les Etats-Unis se trompent », avait insisté la première ministre. Londres a ensuite qualifié l’installation à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël de « peu utile pour la paix dans la région ». 

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L’invitation à une visite d’Etat (impliquant une rencontre avec la reine) au Royaume-Uni avait été formalisée à Washington et, le 30 janvier, Mme May s’était déclarée « très heureuse » que M. Trump ait accepté la proposition d’Elizabeth II. M. Trump « aboie plus qu’il ne mord », avait déclaré au Parlement le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, en réponse aux protestations de députés.
Conçue par l’architecte américain Kieran Timberlake, la nouvelle ambassade remplace celle du quartier central ultrachic de Mayfair construite en 1956 par l’Américano-Finlandais Eero Saarinen. Justifiée notamment par la difficulté d’en assurer la sécurité, la décision de déménager l’ambassade de Londres avait été annoncée en octobre 2008, alors que George W. Bush était encore président, et non Barack Obama, comme M. Trump le laisse entendre aujourd’hui.
De source officielle, le coût du transfert a été intégralement couvert par l’énorme plus-value de la vente du bâtiment de Mayfair à un promoteur qatari, qui l’a transformé à la fin 2016 en hôtel de luxe. En décembre 2017, William Moser, directeur adjoint chargé des immeubles à l’étranger au département d’Etat américain, a précisé le montant de la facture de la nouvelle ambassade, qui s’annonce comme la plus chère du monde : 1 milliard de dollars. Soit 200 millions de moins que le prix annoncé par M. Trump pour justifier sa décision de snober Theresa May.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-17"> ¤ La langue anglaise sera autorisée dans les prétoires, mais dans le respect de l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539.
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Brexit : Paris se bat aussi sur l’attractivité du droit

La langue anglaise sera autorisée dans les prétoires, mais dans le respect de l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 11h50
    |

            Isabelle Chaperon








                        



                                


                            

On a souvent tendance à l’oublier, mais il n’y a pas que des financiers à la City. Il y a aussi des milliers d’avocats, de juristes et d’autres experts qui prospèrent grâce à la prédominance de la place de Londres dans le traitement des contentieux liés au commerce international : différend autour d’un contrat de produits dérivés, litige concernant une cargaison…
Un business de taille. A lui seul, le marché des services juridiques appliqué aux affaires commerciales a représenté outre-Manche un chiffre d’affaires de 14,2 milliards de livres (16 milliards d’euros) en 2016, selon Business Wire.
En comparaison, la filière du droit en France – juristes, avocats, huissiers, notaires… – pèse 31,1 milliards d’euros, d’après l’étude menée par EY Société d’avocats et l’Université Paris-II-Panthéon-Assas, publiée en octobre.

Dès lors, il n’est pas étonnant que le monde du droit fasse partie des activités ciblées par la France dans le cadre de la bataille livrée pour récupérer une partie des activités qui vont quitter Londres après le Brexit.
« La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait lui faire perdre son accès à l’espace judiciaire européen », a en effet rappelé la ministre de la justice, Nicole Belloubet, à l’occasion d’un colloque organisé le 13 décembre par l’association Paris Place de droit.
« Après le Brexit, les décisions rendues par les tribunaux britanniques ne seront plus applicables directement dans les juridictions des pays de l’Union européenne », précise Marie-Aimée Peyron, bâtonnière du barreau de Paris. Toute entreprise qui aura obtenu une décision de la part de juges londoniens devra ensuite faire la tournée des pays voisins pour la faire exécuter.
Obstacle improbable
Un processus long, coûteux et risqué, qui pourrait être évité si les signataires d’un ­contrat commercial y inscrivaient une clause prévoyant de faire trancher par un tribunal parisien – et non plus londonien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-18"> ¤ Le souhait de l’ex-président d’être réélu, même à distance depuis Bruxelles, divise.
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La Catalogne suspendue aux desiderata de Carles Puigdemont

Le souhait de l’ex-président d’être réélu, même à distance depuis Bruxelles, divise.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h32
    |

            Sandrine Morel (Madrid, correspondance)








                        



   


Qui prendra le risque de braver une nouvelle fois la loi pour permettre l’investiture à distance de Carles Puigdemont, toujours « exilé » en Belgique, comme nouveau président de la Catalogne ?
L’ancienne présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell, poursuivie par la justice pour son rôle dans le vote de lois inconstitutionnelles lors de la dernière législature, y a renoncé. Jeudi 11 décembre, elle a annoncé qu’elle « [cédait] la présidence du Parlement » pour que celle-ci soit occupée par une personne qui n’est pas mise en examen.
L’ancien ministre catalan de la justice, Carles Mundo, lui aussi de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), pressenti un temps pour la remplacer, a annoncé le 9 janvier qu’il abandonnait la politique « pour des raisons personnelles » et reprenait sa carrière d’avocat. En novembre 2017, ce dirigeant réputé modéré a passé un mois en détention préventive. Il est toujours mis en examen pour « rébellion, sédition et malversation de fonds publics », comme l’ensemble des anciens membres du gouvernement de Carles Puigdemont.

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Deux voies ouvertes
Le président catalan déchu, réfugié à Bruxelles pour fuir la justice espagnole, n’en démord cependant pas et fait pression sur ses alliés politiques en faisant fuiter des rumeurs sur de possibles accords. Le dirigeant indépendantiste n’entend pas tomber dans l’oubli, depuis la Belgique, avec ce qu’il reste de son gouvernement fantôme en « exil ».
L’ancien président, destitué par Madrid après la déclaration d’indépendance du 27 octobre 2017, sait que s’il pose un pied en Espagne, où il est mis en examen pour « rébellion », il sera arrêté. Mais il considère qu’il lui reste un rôle à jouer et deux voies ouvertes pour le faire : présider la Catalogne à distance, par vidéoconférence, ce que la presse espagnole a surnommé ironiquement la « skype-présidence », ou rentrer à Barcelone, éventuellement accompagné de milliers de personnes, pour se livrer à la justice après avoir été réélu à la tête de la région. Comme il l’avait promis à ses électeurs durant la campagne pour les élections du 21 décembre qui ont redonné la majorité aux indépendantistes.
La Gauche républicaine de Catalogne, dont M. Puigdemont a besoin pour être réélu, a prévenu qu’elle attendrait le feu vert des services juridiques du Parlement catalan avant de se prononcer sur son investiture à distance. « Il y a des aspects technico-judiciaires qu’il ne revient pas à ERC de mesurer », a tranché Roger Torrent, le porte-parole d’ERC, dont le candidat naturel reste son président, Oriol Junqueras, placé en détention préventive. Or, selon le quotidien La Vanguardia, les avocats de la Chambre régionale estimeraient, à l’unanimité, que l’investiture doit se faire en présence, physique, du candidat. Ni par voie télématique, ni par le biais d’un autre député qui lirait son texte, ni par écrit.

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Crainte d’un nouveau blocage
Pour Ines Arrimadas, dirigeante de Ciudadanos, le parti unioniste arrivé en tête aux élections du 21 décembre, un fugitif ne peut pas présider la région : « On ne peut pas avoir un président hologramme qui dirige la Catalogne par Skype de Bruxelles », a-t-elle estimé. Même le parti de la gauche radicale Catalogne en commun, dont l’abstention pourrait devenir indispensable pour l’investiture, si les exilés et prisonniers ne peuvent finalement pas voter au Parlement, a qualifié d’« inimaginable » le fait de gouverner depuis Bruxelles. « Cela conduirait à un nouveau blocage du pays », a tranché la porte-parole Elisenda Alamany.
Vendredi 12 janvier, M. Puigdemont devait tenir une réunion à Bruxelles avec des membres de sa coalition indépendantiste, Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne) sur la meilleure stratégie à suivre. « M. Puigdemont est le seul maître à bord, reconnaît un dirigeant de sa formation, le Parti démocratique européen de Catalogne (PDeCAT). Il doit décider s’il veut être le président à distance et maintenir une confrontation avec l’Etat, ou s’il accepte qu’un autre candidat brigue la présidence de la Catalogne pour permettre une législature plus apaisée… » C’est cette dernière option qui a la préférence des dirigeants du PDeCAT.

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D’ailleurs – est-ce le signe d’une rupture politique ? –, Artur Mas, l’ancien mentor de M. Puigdemont, celui qui l’avait désigné pour le remplacer à la tête de la Catalogne, a annoncé le 9 janvier qu’il quittait la présidence du PDeCAT. Officiellement, il entend se concentrer sur sa défense en justice et permettre un renouvellement au sein du parti. Cependant, ces derniers jours, il n’a cessé de se prononcer en faveur d’une législature « longue » et « constructive » qui « respecte le cadre légal espagnol ». La veille, il avait affirmé qu’il n’y avait pas de majorité suffisante pour « imposer quoi que ce soit ». Une façon de rappeler que les indépendantistes ont certes obtenu la majorité absolue en sièges, mais pas en voix (47,5 % des suffrages).
Personne n’ose faire de pronostic définitif sur ce qui peut se produire. Cela dépendra en grande partie des membres du bureau du Parlement, l’organe chargé d’interpréter le règlement et de soumettre les candidats au vote d’investiture. Lequel sera formé le 17 janvier.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-19"> ¤ La plus haute instance judiciaire du pays a ordonné jeudi la libération de Mehmet Altan et de Sahin Alpay, mais deux cours pénales d’Istanbul ont refusé de les remettre en liberté.
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Turquie : deux journalistes maintenus en détention, malgré une décision de la Cour constitutionnelle

La plus haute instance judiciaire du pays a ordonné jeudi la libération de Mehmet Altan et de Sahin Alpay, mais deux cours pénales d’Istanbul ont refusé de les remettre en liberté.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h47
    |

            Marie Jégo (Istanbul, correspondante)








                        


La Cour constitutionnelle de Turquie a ordonné par 11 voix contre 6, jeudi 11 janvier, la libération de Mehmet Altan et de Sahin Alpay, deux journalistes emprisonnés juste après la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016. Elle a estimé que leur détention « violait leurs droits individuels », selon les normes de la Convention européenne des droits de l’homme ratifiée par la Turquie.
Cette décision fait naître l’espoir. Les avocats des prévenus considèrent qu’elle pourrait faire jurisprudence à l’avenir pour des milliers de personnes injustement emprisonnées. « Cet arrêt, le premier du genre depuis la tentative de coup d’Etat, pourrait servir de précédent pour tous les autres procès en cours », a suggéré l’avocat Veysel Ok, qui a introduit le recours de Sahin Alpay.

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Mais la joie des familles a été de courte durée. Cinq heures à peine après la décision de la Cour constitutionnelle, deux cours pénales ordinaires d’Istanbul (la 13e et la 26e) ont refusé la remise en liberté des deux hommes. C’est « illégal », a dénoncé le député Sezgin Tanrikulu (opposition kémaliste) sur son compte Twitter. Simple contretemps en attendant la publication de la décision de la Cour constitutionnelle dans le Journal officiel ? Ou résultat d’un coup de fil du « Palais » présidentiel ? Une chose est sûre, le fait que les décisions émanant de la plus haute instance du pays soient ignorées par des juridictions subalternes confirme la perte de légitimité de l’institution judiciaire.
Des fonctionnaires réintégrés
Résultat, les journalistes sont restés derrière les barreaux. Accusés d’« appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement » du gouvernement, les deux intellectuels, âgés respectivement de 65 et 73 ans, avaient déposé des recours auprès de la Cour constitutionnelle juste après leur arrestation à l’été 2016. Or, la plus haute juridiction turque, qui a vu deux de ses juges, Alparslan Altan et Erdal Tercan, écroués après la tentative de coup d’Etat, ne s’était pas réunie depuis 2016.
Le président Recep Tayyip Erdogan est le premier à sonner l’hallali contre les intellectuels. Lors de sa venue à Paris, vendredi 5 janvier, il avait déclaré : « La terreur ne naît pas de rien. La terreur et les terroristes ont des jardiniers, ces gens qui sont vus comme des penseurs. »

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A la faveur de l’état d’urgence imposé le 20 juillet 2016 et toujours prolongé depuis, 55 000 personnes ont été arrêtées, sans véritables enquêtes. Au total, 150 000 fonctionnaires, dont plus de 4 000 juges et procureurs, ont été limogés, tandis que 160 journalistes sont en prison. Des centaines d’universitaires ont été cités à comparaître pour avoir signé une pétition pour la paix dans les régions à majorité kurde.
Les autorités turques ont réintégré par décret-loi plus de 1 800 fonctionnaires qui avaient été limogés dans le cadre de ces purges, a rapporté vendredi l’agence de presse officielle Anadolu. Elles avaient été initialement radiées après avoir été accusées d’avoir téléchargé ByLock, une messagerie cryptée qu’Ankara considère comme l’outil de communication privilégié des putschistes. Mais les autorités ont annoncé fin décembre 2017 avoir déterminé que plusieurs milliers de personnes avaient téléchargé l’application en question à leur insu.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3214,1-0,0-20"> ¤ Angela Merkel et Martin Schulz ont ouvert la voie au maintien de leur coalition. Un accord de 28 pages a été conclu dans la nuit.
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Un accord entre CDU et SPD pour diriger l’Allemagne

Angela Merkel et Martin Schulz ont ouvert la voie au maintien de leur coalition. Un accord de 28 pages a été conclu dans la nuit.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 15h12
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            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


En arrivant au siège du Parti social-démocrate (SPD), jeudi 11 janvier, à Berlin, pour une cinquième journée consécutive de discussions, Angela Merkel avait pronostiqué que cette dernière serait « compliquée ». La chancelière allemande aurait pu ajouter que la nuit le serait tout autant. Ce n’est que vendredi, un peu avant 9 heures du matin, que les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates ont trouvé un accord en vue de former une « grande coalition », après vingt-quatre heures de pourparlers à huis clos.
Au vu des premiers éléments distillés à la presse, vendredi matin, avant qu’il ne soit entièrement rendu public, l’accord de 28 pages qui a été conclu dans la nuit reprendrait plutôt les propositions des conservateurs en matière de politique migratoire. Ceux-ci auraient ainsi obtenu une très stricte limitation du regroupement familial pour les réfugiés bénéficiant d’une « protection subsidiaire » (ceux qui ont obtenu un titre de séjour d’un an renouvelable). Le principe d’un plafonnement – entre 180 000 et 220 000 – du nombre de demandeurs d’asile susceptibles d’être accueillis chaque année en Allemagne, rejeté jusque-là par le SPD, figurerait également dans l’accord.

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De son côté, le SPD - dont la direction a approuvé vendredi après-midi cet accord - n’aurait pas réussi à imposer une augmentation de la fiscalité sur les plus hauts revenus. Mais il aurait obtenu des garanties dans le domaine social, notamment sur le maintien du niveau des retraites, ainsi qu’une avancée en matière d’éducation, avec la possibilité pour l’Etat fédéral de désormais intervenir dans ce secteur resté jusque-là le domaine réservé des Länder. Les deux parties ont convenu de « renforcer de manière durable la zone euro ».
Pas de gouvernement avant mars
Avec l’accord scellé vendredi, qui intervient trois mois et demi après les élections législatives du 24 septembre 2017 et près de deux mois après l’échec d’une première tentative de coalition entre conservateurs, libéraux-démocrates et écologistes, une étape importante a été franchie dans le processus devant conduire à la constitution du nouveau gouvernement.
Mais ce n’est qu’une étape. Dimanche 21 janvier, le SPD doit décider, lors d’un congrès extraordinaire à Bonn (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) qui pourrait s’annoncer tendu en raison de l’opposition d’une partie de la base à la reconduction d’une « grande coalition », s’il valide ou non cet accord. Le prochain gouvernement ne pourra en tout cas pas être constitué avant mars.



                            


                        

                        

