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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-1"> ¤ Lors de la soirée des Golden Globes, le 7 janvier, à Manhattan, la consigne était : dress code noir, en signe de protestation contre le harcèlement sexuel dans le cinéma. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », était dans les coulisses.
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#BalanceTonGoldenGlobe en noir


                      Lors de la soirée des Golden Globes, le 7 janvier, à Manhattan, la consigne était : dress code noir, en signe de protestation contre le harcèlement sexuel dans le cinéma. Guillemette Faure, la chroniqueuse de « M », était dans les coulisses.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 14h33
    |

                            Guillemette Faure








   


La carte spéciale du jour propose un cocktail This is Us (tequila, mezcal, pamplemousse, gingembre), une coupe de The Crown (gin, citron, camomille) du nom de la série de Netflix, ou une bière et un shot si vous commandez un I, Tonya. Ce soir, c’est « viewing party » des Golden Globes au VNYL, un bar à écran géant de Manhattan. Le menu vous est apporté avec une feuille de pronostics à remplir.
Gin ou tequila. Spielberg ou Meryl Streep. Toutes ces décisions difficiles à prendre… Avant même de venir, il fallait trancher. « Thème glamour années 1970 », disait l’invitation du bar. « Habillez-vous en noir et postez vos photos sur les réseaux sociaux », demandait le collectif Time’s Up, fondé par 300 femmes actrices et agents pour protester contre le harcèlement dans l’industrie du cinéma.
« Je suis venue en noir par solidarité, mais il se trouve aussi que je m’habille tous les jours en noir. » Une avocate new-yorkaise
C’est pas tous les jours que l’on vous demande un geste de solidarité avec Hollywood et voilà peut-être la raison pour laquelle, à part une grande liane en dos nu au bar, la deuxième consigne a été plus respectée.
« Je suis venue en noir par solidarité, m’explique ma voisine, mais il se trouve aussi que je m’habille tous les jours en noir. » Elle est avocate et elle est new-yorkaise, deux raisons de ne pas porter de couleur. Pour tenter de réconcilier les deux injonctions, deux filles sont venues en minijupes et cuissardes noires. Quelle tenue choisir pour une soirée de lutte contre le harcèlement sexuel ? On n’a pas fini de se poser de nouvelles questions. La semaine dernière, le New York Times consacrait un article à « comment s’habiller pour porter plainte pour harcèlement sexuel sans mettre en cause sa crédibilité ».

        Lire aussi :
         

                Porter du noir aux Golden Globes : un geste contre les violences sexuelles qui fait débat à Hollywood



Traditionnellement, une viewing party hollywoodienne réclame d’arriver une heure avant le début de la cérémonie pour commenter les arrivées et les robes. Voilà Sarah Jessica Parker, incarnation à l’écran du prototype de la New-Yorkaise, que l’animatrice salue comme étant à l’origine du mouvement. « Mais non, pas du tout, je suis montée dans le train en marche comme tout le monde », répond-elle. Plusieurs actrices expliquent en arrivant qu’elles sont là pour que les choses changent, parce qu’il est temps.
« On ne va parler que de ça ? », s’interroge un jeune gay au bar, qui attend de pouvoir commenter les robes. Il y a trois ans, le mouvement #AskHerMore critiquait le fait que les femmes n’étaient interrogées que sur leurs panoplies, cette année plus personne ou presque ne s’y risquerait. Sur le mur écran du lounge du VNYL, Seth Meyers, l’animateur de la soirée, déclenche des fous rires en remerciant la Hollywood Foreign Press Association (organisatrice de la cérémonie), – « les trois mots qui hérissent le plus le président Trump » – et en saluant l’année 2017, « qui a vu la marijuana enfin autorisée et le harcèlement sexuel enfin ne plus l’être ». 
On blague sur Weinstein, rires gênés…
De Harvey Weinstein à Kevin Spacey, les rires se font plus gênés quand les blagues visent des personnalités qui sont déjà des cibles à tout faire. Peut-être que la critique Daphne Merkin a raison quand elle écrit dans une tribune du New York Times que beaucoup de femmes tenues à l’indignation publique sont mal à l’aise à l’idée que balancer un nom suffise à inculper. Elle y regrette aussi que toutes les accusations s’équivalent désormais – viol, harcèlement ou comportement inapproprié – et redoute une remoralisation de la vie sexuelle. « Mais si, on pourra continuer à se rencontrer, m’assure une fille au VNYL. Ce qui change tout dans des cas comme celui de Harvey Weinstein, c’est la relation de pouvoir… » Pour montrer qu’ils sont féministes, m’assure-t-elle, les mecs indiquent sur leur « dating profile » qu’ils sont anti-Trump. Plus que Weinstein, le président incarne, selon elle, le harceleur en chef. Cela dit, vu la façon dont il se vante de ses relations avec les femmes, il se serait trouvé en phase avec le thème années 1970.
Quelqu’un récapitule sur Twitter : « Imagine si, en 1994, on t’avait dit qu’en 2018, Donald Trump serait président et Tonya Harding aux Golden Globes… »
A l’écran, Nicole Kidman ramasse son prix en rappelant que le personnage qu’elle jouait représentait « quelque chose au centre de notre conversation : la maltraitance ». Ma voisine avocate m’assure que ces femmes vont encourager celles d’autres « industries » à s’émanciper. Hollywood ouvre-t-il la voie du féminisme ou en est-il la voiture balai ? Quelques jours plus tôt dans une conférence, Lydia Polgreen du Huffington Post affirmait que bien sûr la culture était en avance sur la politique, « dans les séries, on voit toutes sortes de familles, des parents gay, des personnages transgenres sans que ce soit un souci ». Puis en hésitant : « Et, en même temps, dans les comédies romantiques, les femmes journalistes n’ont l’air de n’exercer ce métier que pour trouver des maris ». 

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                Féminisme : la « tribune de Deneuve » fait réagir au-delà des frontières



Allison Janney remplit l’écran en allant chercher son prix de meilleur second rôle féminin pour I, Tonya. Seuls les plus de 35 ans reconnaissent, assise derrière elle, Tonya Harding, la patineuse accusée en 1994 d’avoir fait péter les genoux de son adversaire Nancy Kerrigan. « Un peu bizarre le jour où on invite les femmes à s’affirmer… », dit une cliente au bar. On rit quand quelqu’un récapitule sur Twitter : « Imagine si, en 1994, on t’avait dit qu’en 2018, Donald Trump serait président et Tonya Harding aux Golden Globes… » Sur l’écran géant, la soirée s’interrompt le temps d’une pub L’Oréal. « Parce que je le vaux bien » s’affiche en grand sur le mur. En changeant un peu l’éclairage, chacun voit le féminisme à sa porte.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-2"> ¤ Signataire de la tribune des « cent femmes » dénonçant le « puritanisme » de #metoo, la star planétaire est une personne qui a toujours choisi ses combats, explique dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».
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« Catherine Deneuve est une actrice libre et imprévisible qui goûte peu les vagues dominantes »

Signataire de la tribune des « cent femmes » dénonçant le « puritanisme » de #metoo, la star planétaire est une personne qui a toujours choisi ses combats, explique dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h40
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 12h18
    |

            Michel Guerrin








                        



                                


                            

On l’appelle le « texte des cent femmes » mais son retentissement mondial doit tout à la signature de Catherine Deneuve. Ce n’est pas elle qui en est à l’origine, ni qui l’a écrit. Bien sûr, le contenu, publié dans Le Monde du 10 janvier, vaut bombe. Mais les réactions folles dans les médias étrangers et sur les réseaux sociaux montrent que la star planétaire incarne la polémique.
L’actrice est attendue le 15 janvier au festival Premiers plans d’Angers, et elle sera dans le tourbillon. Disons déjà que son engagement n’est pas une surprise. En octobre 2017, sur le site du Huffington Post, elle émettait de fortes réserves quant au mouvement #metoo aux Etats-Unis et #balancetonporc en France : « Est-ce que c’est intéressant d’en parler comme ça ? Est-ce que ça va régler le problème ? » Sous-entendu, non.

Catherine Deneuve, qui fut l’égérie du couturier Yves Saint Laurent, qui a posé en femme fatale, dominatrice et séductrice devant l’objectif d’Helmut Newton (ses images porno-chic seraient-elles possibles aujourd’hui ?), qui portait de la fourrure à l’époque où c’était jugé choquant, goûtait peu le féminisme post-1968, qui voyait souvent l’homme comme une cible, et qui refusait les attributs du désir véhiculés dans les arts visuels.
Elle l’a dit à notre consœur Annick Cojean (« M Le magazine du Monde » du 1er septembre 2012), qui lui demandait si elle se sentait concernée par les luttes féministes. « Pas spécialement. A cause de certaines positions extrémistes englobées autrefois dans ce mouvement trop vaste pour que j’y sois à l’aise. Des attitudes anti-hommes regrettables alors que le but est d’arriver à plus d’harmonie entre les sexes. Mais je soutiens ardemment la cause des femmes ! Je les aime bien, les femmes. En ce sens, je pourrais me dire féministe. » Elle l’est. Mais elle en choisit les termes et les combats. Elle fut par exemple signataire du « Manifeste des 343 salopes », en 1971,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-3"> ¤ Corps démembrés, organes sanguinolents… A Burbank, en Californie, Dapper Cadaver est spécialisée dans la fabrication de cadavres pour l’écran. « Jurassic World » et « Stranger Things » ont fait appel à lui.
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A Los Angeles, la petite fabrique à macchabées 
                  
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Le Monde
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                  12.01.2018 à 06h43
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 11h58


Corps démembrés, organes sanguinolents… A Burbank, en Californie, Dapper Cadaver est spécialisée dans la fabrication de cadavres pour l’écran. « Jurassic World » et « Stranger Things » ont fait appel à lui.

Par                             Maroussia Dubreuil





                     
Dans un hangar de Burbank, une banlieue tranquille de Los Angeles, au nord de Hollywood, Melissa Krimsky prépare le cadavre d’un homme d’une quarantaine d’années. Il est rose comme un bébé, les muscles encore saillants et le visage apaisé. La jeune femme découpe soigneusement la peau du gisant qui craquelle aux extrémités. Bientôt, l’homme ira rejoindre sur une étagère la dépouille d’une jeune femme dont la bouche hurlante indique qu’elle est morte dans d’atroces circonstances.
Melissa Krimsky n’est ni salariée d’une société de pompes funèbres, ni médecin légiste. Elle est employée chez Dapper Cadaver (comprendre : « cadavre élégant »), une entreprise qui, depuis 2006, loue et vend de faux cadavres d’humains et d’animaux pour les plateaux de cinéma et de télévision ainsi que les parcs d’attractions, les fêtes foraines ou les soirées privées…
Le leader du secteur
« Ceux-là sont apparus dans The Revenant d’Alejandro González Iñárritu, indique Eileen Winslow, co-fondatrice avec son époux B. J. de Dapper Cadaver, l’index tendu vers deux corps brûlés vêtus de haillons. On nous les a renvoyés avec les costumes. On les a gardés. » Il y a aussi Snoopy, le fox-terrier à poil dur tué d’une fléchette en plein cœur dans Moonrise Kingdom de Wes Anderson. Désormais placé en rang d’oignons entre chats et chiens tendus comme des bas de porte. « Et là, une table d’autopsie sur laquelle les employés du Dr. Robert Ford (Anthony Hopkins) mettent à jour les androïdes dans la série Westworld », indique B. J.
Avec ses onze salariés, Dapper Cadaver produit en moyenne trois corps par jour. La plupart sont voués à figurer dans des scènes de champ de bataille, doubler des victimes d’un accident de voiture ou être découverts par un détective. Les tournages font appel à de faux corps pour leur malléabilité bien supérieure à celle d’acteurs qui auraient été maquillés pendant des heures, comme c’était...





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A Los Angeles, la petite fabrique à macchabées
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-4"> ¤ L’avalanche de critiques négatives qui accueillit le film de David Ayer avec Will Smith n’a pas nui à son succès. Ce mélange de polar et d’heroic fantasy aura donc une suite.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-5"> ¤ Film majeur de Billy Wilder, « Le Poison » (1945) ressort en salle.
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Reprise : « Le Poison », l’alcool cette spirale infernale

Film majeur de Billy Wilder, « Le Poison » (1945) ressort en salle.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 08h41
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


Difficile d’évoquer Le Poison (1945), de Billy Wilder, sans rappeler la beauté dépressive de son titre original : The Lost Weekend. C’est d’ailleurs ce titre, initialement celui d’un best-seller de Charles R. Jackson qui, dans un kiosque à journaux, accrocha l’attention du cinéaste.
Billy Wilder raconte dans ses Mémoires (Et tout le reste est folie, avec Helmuth Karasek, Robert Laffont, 1993) une anecdote à ce propos : il apprit tardivement que cette formule qui lui avait tant plu était le fait d’une faute de frappe. 
« Jackson avait voulu écrire the last weekend [“le dernier week-end”], il s’était trompé et, bien entendu, l’éditeur avait préféré le titre tapé par erreur : The Lost Weekend [“le week-end perdu”]. Moi aussi. » 
Rien n’interdit de penser que l’ivresse (thème central de ce roman autobiographique) est à l’origine de cette miraculeuse coquille.
Ce lost accidentel éclaire d’une lumière plus désespérée la trajectoire de son héros, Don Birnam (Ray Milland), écrivain qui fut un temps prometteur jusqu’à ce que le syndrome de la page blanche vienne lui offrir un prétexte pour noyer ses journées dans l’alcool. Le film s’ouvre alors que le frère de Don veut l’embarquer loin de la grande ville pour lui changer les idées. Pour l’écrivain raté, la perspective de ces quelques jours loin de la moindre goutte d’alcool lui est insupportable : il mobilisera son dernier fond de ruse pour pouvoir y échapper.
Eternel retour
Le Poison est l’histoire d’une convalescence ratée, d’un homme tétanisé à l’idée de sortir de son circuit d’alcoolique. Car la vie de Don s’égrène au rythme de ses allers et venues entre son appartement et le bar, entre le bar et son appartement, entre son appartement et le prêteur sur gages – Don a soif mais pas d’argent. C’est l’histoire d’une maladie que Wilder traduit d’abord à travers cette topographie bégayante. Un mouvement circulaire que figurent les cercles mouillés tracés sur le bar par les verres commandés par Don ; parfaite allégorie de l’alcoolisme.
Mais si le circuit évoque un éternel retour, l’ample mise en scène de Billy Wilder lui insuffle son mouvement. Par souci de véracité, le cinéaste tourne une grande partie du film dans des décors réels, parfois même sur le vif dans les rues de New York, quitte à braver la célébrité naissante de Ray Milland qui prête au héros ses allures de James Stewart chiffonné. A cette volonté de réalisme se mêle un désir de stylisation par l’usage du gros plan, qui traduit une réalité de plus en plus carcérale. Dans cette logique, l’espace du film se réduit inexorablement : dans l’incapacité de s’échapper de New York, Don finira coincé dans sa chambre et pris en otage dans son propre cerveau lors d’une impressionnante scène de delirium tremens.
Un des films les plus lucides sur les affres de l’alcoolisme
Si les exigences de l’industrie hollywoodienne appellent inévitablement la fin heureuse, Wilder ne sacrifie pourtant jamais l’habituelle noirceur de son regard, qui s’exhibe là sans mélange. Le Poison est très fidèle à ce que le cinéaste décrit lui-même comme « l’impitoyable précision » du roman, et reste l’un des films les plus lucides sur les affres de l’alcoolisme, la logique de l’addiction et l’ambition artistique déçue.
Don sera pris en otage dans son propre cerveau lors d’une impressionnante scène de delirium tremens
On retrouvera des variations du Poison quelques décennies plus tard, notamment à travers l’itinéraire d’un musicien toxicomane incarné par Frank Sinatra dans L’Homme au bras d’or, d’Otto Preminger (1956), ou encore dans La Femme aux chimères, de Michael Curtiz (1950), avec Kirk Douglas.
Plus récemment, le cinéaste Steve McQueen se souviendra du film de Wilder lorsqu’il fera le portrait d’un homme addict au sexe dans Shame (2011). On pourrait enfin déceler dans le magnifique On the Bowery, de Lionel Rogosin (1956), le jumeau documentaire du Poison : coincés dans une avenue malfamée de Manhattan, des marginaux imbibés d’alcool reportent sans cesse au lendemain l’occasion de reprendre leur vie en main. Mais, très loin du cahier des charges hollywoodien, la réalité ne leur offrira pour toute issue qu’un interminable dernier verre.

Film américain de Billy Wilder. Avec Ray Milland, Jane Wyman (1945, 1 h 40).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤ Matt Damon incarne, dans un futur surpeuplé, un Américain de la classe moyenne qui réduit sa taille pour intégrer une cité lilliputienne.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-6"> ¤                     
                                                

« Downsizing » : la fin du monde vue d’en bas

Matt Damon incarne, dans un futur surpeuplé, un Américain de la classe moyenne qui réduit sa taille pour intégrer une cité lilliputienne.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 08h39
 • Mis à jour le
10.01.2018 à 18h06
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - A ne pas manquer
Ce n’est peut-être pas une bonne idée que de commencer cette incitation à aller voir Downsizing en s’interrogeant sur les raisons de l’échec commercial du film aux Etats-Unis. Mais on peut penser que les raisons de cette ­désaffection constituent les qualités ­mêmes de ce film hors du commun. L’auteur de Nebraska disposait cette fois d’une star – Matt Damon –, de seconds rôles de luxe – Christoph Waltz, Kristen Wiig – et d’un budget confortable qui lui a permis de spectaculaires effets spéciaux. Et ses compatriotes l’ont boudé. On peut y voir un symptôme de l’allergie du public américain à l’originalité de la forme, au pessimisme – lucide et souriant – du propos.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Alexander Payne : « On me donne carte blanche jusqu’à un certain budget »



Les méandres imprévisibles du parcours de Paul Safranek (Matt Damon), son pauvre héros, le font passer non seulement du Nebraska à la Norvège, mais encore de la satire de la vie banlieusarde à l’anticipation apocalyptique. La forme asymétrique, sinon de guingois, de cet édifice a une raison d’être : la résurrection du conte philosophique (plutôt du côté de Swift que de Voltaire) sous forme de spectacle cinématographique.
Safranek vit dans notre monde, celui qui voit venir sa fin, combinaison de surpopulation et d’épuisement des ressources. Plus que d’apocalypse, Paul et son épouse Audrey (Kristen Wiig) se préoccupent de mener à bien un projet immobilier. Ils sont de ceux à qui il manque toujours 20 000 dollars.
Ruptures de ton
Or, comme nous l’a appris un long prologue burlesque, une équipe de chercheurs norvégiens a mis au point un processus qui permet de miniaturiser les êtres vivants – un humain passera ainsi de 1,80 m à 12 cm, afin de diminuer la pression sur les ressources naturelles. Les Safranek y voient la possibilité de vivre enfin dans une de ces demeures à colonnades en matériaux bon marché surnommées « McMansions ». Après avoir visité une maison de poupée témoin (dont la visite est conduite par le duo Laura Dern-Neil Patrick Harris qui porte le film à son apogée comique), le couple décide de sauter le pas.
Un trio parfaitement accordé : Matt Damon, Christoph Waltz et l’étonnante Hong Chau
Mais ce plan de l’homme-souris tourne à l’aigre. Paul Safranek doit plonger dans les entrailles du monde parfait et miniaturisé qu’il a choisi. Très progressivement, sans jamais renoncer à un seul des gags que la logique du récit autorise, Alexander Payne et son coscénariste, Jim Taylor, abandonnent le rythme burlesque des séquences d’ouverture pour placer leur héros devant une série de choix, l’obligeant à trancher entre la conformité à la norme et sa qualité d’être humain. Dans cette quête – que l’annonce d’une prochaine apocalypse rend à la fois urgente et absurde –, on croisera un sympathique escroc venu des Balkans (Christoph Waltz) et Ngoc Lan Tran (Hong Chau), une Vietnamienne qui a été miniaturisée de force par le gouvernement de son pays pour avoir protesté contre des projets nuisant à l’environnement.
La mise en scène de Payne colle à ces ruptures de ton, avec cette faculté à installer une familiarité immédiate avec les personnages. Le cinéaste prend aussi un plaisir manifeste à passer de temps à autre à un format plus ample, comme quand il met en scène la communauté des démunis du monde miniature, logée dans un conteneur. De cette polyphonie émerge un trio parfaitement accordé : Matt Damon, brave type un peu lâche forcé à l’héroïsme, Christoph Waltz, qui saurait jouer une canaille dans son sommeil, et l’étonnante Hong Chau, incarnation d’un principe vital humain que célèbre Alexander Payne entre élégie et lueur d’espoir.

Film américain d’Alexander Payne, avec Matt Damon, Christoph Waltz, Hong Chau, Kristen Wiig (2 h 15). Sur le web : www.paramountpictures.fr/film/downsizing, www.facebook.com/Downsizing.FR

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 10 janvier)
Belinda, film français de Marie Dumora (à ne pas manquer)Downsizing, film américain d’Alexander Payne (à ne pas manquer)Seule sur la plage la nuit, film sud coréen de Hong Sang-soo (à ne pas manquer)Que le diable nous emporte, film français de Jean-Claude Brisseau (à voir)Las marimbas del infierno, film français de Julio Hernandez Cordon (à voir)Normandie nue, film français de Philippe Le Guay (pourquoi pas)Vers la lumière, film japonais de Naomi Kawase (pourquoi pas)Si tu voyais son cœur, film français de Joan Chemla (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir
La Monnaie de leur pièce, film français d’Anne Le NyLes films de l’été : Rien sauf l’été et le film de l’été, film français et belge de Claude Schmitz et Emmanuel MarreUne aventure théâtrale, 30 ans de décentralisation, documentaire français de Daniel Cling





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-7"> ¤ Hong Sang-soo poursuit son observation des tourments amoureux.
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« Seule sur la plage la nuit » : divagations mélancoliques autour d’un absent

Hong Sang-soo poursuit son observation des tourments amoureux.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 08h38
 • Mis à jour le
10.01.2018 à 09h29
    |

                            Mathieu Macheret








                        



   


L’avis du «  Monde » - A ne pas manquer
Il en va désormais des films d’Hong Sang-soo comme des saisons : ils se succèdent, déposant dans nos cœurs des qualités particulières qui s’éteignent et renaissent avec eux. Seule sur la plage la nuit se laisse ranger parmi ses contes d’hiver (comme, par exemple, Matins calmes à Séoul, 2011), transi par le froid et l’humidité, baignant dans des demi-jours et des pénombres fuligineuses, moucheté par ces phylactères de vapeur fugaces qui s’échappent des conversations en extérieur.

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          « Le jour d’après » : tornades passionnelles et bourrasques de solitude



Présenté à la Berlinale, en février 2017, dont il est revenu avec un prix d’interprétation, il s’inscrit dans une veine récente des films tournés avec Kim Min-hee (Le Jour d’après, La Caméra de Claire), comédienne récurrente et nouvelle muse du réalisateur, venue à ce cinéma de la valse-hésitation amoureuse comme pour y instaurer un nouveau point de vue. Celui d’une jeune femme bafouée et rejetée pour l’occasion dans une parenthèse de son existence, mais soutenue par sa lucidité et son intelligence sensible.
Une absence qui s’étend autour d’elle comme un trou noir
Elle joue ici le rôle de Yeong-hui, une actrice en vacances, d’abord à Hambourg, aux côtés d’une amie, puis de retour en Corée du Sud, à Gangneung, la petite ville côtière de son enfance. Cette goguette, rythmée par les promenades, les rencontres, les discussions, les repas, les retrouvailles, cache en vérité une douleur enfouie. Yeong-hui attend quelqu’un, un amant, qui s’obstine à ne pas la rejoindre et dont l’absence s’étend autour d’elle comme un trou noir.
Dans les détours et les trébuchements des échanges se laisse deviner un arrière-plan plus grave : un vent de scandale et d’adultère qui entoure la jeune femme esseulée et jette le discrédit sur sa relation agonisante. Son congé se révèle peu à peu pour ce qu’il est : une fuite, un exil, une relégation dont sourdent la solitude et l’opprobre. Seule sur la plage la nuit s’avance ainsi comme un film de coulisses et d’à-côtés, déserté par un drame qui semble avoir eu lieu en un autre temps et en un autre endroit, laissant place à la douleur et surtout à son lent cheminement pour se faire jour.
Deux facettes réversibles
Tout, dans l’errance de Yeong-hui, se présente alors selon deux facettes infiniment réversibles : la surface simple, excessivement banale, des choses et, derrière elles, les gouffres de mélancolie, d’attente, d’amertume, d’incertitude, qu’elles recouvrent. Suprême indétermination du cinéma d’Hong Sang-soo, qui fait de l’anodin le trajet le plus sûr vers les plus profonds, parfois les plus rugueux, sentiments humains.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Kim Min-hee à Cannes : « Isabelle Huppert m’a prise sous son aile »



Le plus surprenant étant la façon dont le rêve (l’inconscient ?) s’invite ici, sous la forme d’un « homme en noir » surgissant plusieurs fois au-devant de Yeong-hui, pour commettre des actes incongrus (laver les carreaux, enlever l’héroïne comme un baluchon) ; silhouette venue trouer le récit comme un retour halluciné de l’homme qui manque. C’est ainsi que l’émotion se loge dans les recoins les plus inattendus des films d’Hong Sang-soo. Notamment dans ces quelques scènes gratuites, où Yeong-hui s’abandonne tout entière à des « actes de grâce » : prier avant de traverser un pont ou fredonner une ritournelle in extenso lors d’une pause cigarette, toutes choses qui ne servent à rien (au regard de la dramaturgie), mais qui tiennent, ne serait-ce qu’un instant, la douleur en respect.
Reste une chose : cette phrase merveilleuse du Quintette en ut majeur, de Schubert, qui revient ponctuellement souligner les mouvements d’âme de l’héroïne. Et si Seule sur la plage la nuit était le Winterreise d’Hong Sang-soo ?

Film sud-coréen d’Hong Sang-soo. Avec Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Kwon Hae-hyo (1 h 41). Sur le web : www.capricci.fr, www.facebook.com/capricci

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 10 janvier)
Belinda, film français de Marie Dumora (à ne pas manquer)Downsizing, film américain d’Alexander Payne (à ne pas manquer)Seule sur la plage la nuit, film sud coréen de Hong Sang-soo (à ne pas manquer)Que le diable nous emporte, film français de Jean-Claude Brisseau (à voir)Las marimbas del infierno, film français de Julio Hernandez Cordon (à voir)Normandie nue, film français de Philippe Le Guay (pourquoi pas)Vers la lumière, film japonais de Naomi Kawase (pourquoi pas)Si tu voyais son cœur, film français de Joan Chemla (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir
La Monnaie de leur pièce, film français d’Anne Le NyLes films de l’été : Rien sauf l’été et le film de l’été, film français et belge de Claude Schmitz et Emmanuel MarreUne aventure théâtrale, 30 ans de décentralisation, documentaire français de Daniel Cling





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-8"> ¤ Jean-Claude Brisseau invoque les puissances libératrices du sexe, de la parole et de la méditation.
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« Que le diable nous emporte » : érotique cosmique pour âmes blessées

Jean-Claude Brisseau invoque les puissances libératrices du sexe, de la parole et de la méditation.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 08h35
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 15h02
    |

            Isabelle Regnier








                        



   


L’avis du « Monde » - A voir
« Ce sont les plus grands pécheurs qui sont les plus proches de Dieu. » Vieux sage passé maître dans l’art de la méditation, capable de léviter, de disparaître et réapparaître en un clin d’œil, Jean-Claude Bouvet, alias « Tonton », profère cette phrase à l’attention de la jeune Suzie. Interprétée par l’actrice et cinéaste Isabelle Prim, elle a atterri chez lui à la faveur d’un drôle d’acte manqué : la perte d’un téléphone où était consignée une collection de vidéos érotiques la mettant en scène dans des rencontres sexuelles furtives dans des lieux publics, avec des inconnus.
Héroïne bataillenne, Suzie trouve son plaisir dans la transgression. L’incident du portable égaré la conduit d’abord chez Camille, qui l’a récupéré. Interprétée par Fabienne Babe, dont le film scelle les retrouvailles avec le cinéaste Jean-Claude Brisseau, trente ans après De bruit et de fureur, Camille vit recluse dans un appartement voisin de celui de Tonton – appartement que les amateurs du réalisateur connaissent bien puisque c’est le sien, qu’il y a souvent tourné –, où rien ne peut l’atteindre. Ni sa famille, qui l’a brisée quand elle était enfant, ni la perversion des hommes, dont elle porte les stigmates dans sa chair et dans son âme, ni les exigences aliénantes de la vie économique… Elle-même recueillie par Clara (Anna Sigalevitch), la propriétaire des lieux, Camille se reconstruit à la chaleur de cet antre cossu.

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                Harcèlement sexuel : la Cinémathèque française ajourne la rétrospective Brisseau



Une bouteille de champagne pour rompre la glace et la voilà qui entreprend Suzie sur ses vidéos. Pourquoi ? Comment ? Pour qui ? Sûre de ses effets, la jeune femme se raconte en amazone du sexe, faisant naître dans l’esprit de celles et ceux qui l’écoutent des images excitantes. En moins de temps qu’il n’en faut, les deux femmes se retrouvent dans la chambre voisine, où les murs sont tapissés d’étonnants photomontages : emboîtés l’un dans l’autre dans diverses positions, les corps nus de Camille et Clara s’y détachent sur fond d’éther étoilé.
Ange laïque
Gonflant le principe en 3D, Brisseau filme l’étreinte de ses actrices de la même manière, inventant une érotique cosmique de facture artisanale à la fois ahurissante et sublime, version numérique des trucages de Méliès où le kitsch des décors est comme transsubstantialisé par la légèreté et la grâce des corps en lévitation. En ouvrant ainsi une brèche fantastique dans la peau du réel, l’extase de Camille et Suzie, bientôt rejointes par Clara, traduit la dialectique à l’œuvre dans le film entre les contingences matérielles et la dimension spirituelle de l’existence. Devenue riche à la faveur d’un héritage, Clara se consacre, telle une sorte d’ange laïque, à réparer les âmes blessées. Voyant Camille et Suzie bien affairées l’une avec l’autre, elle se penche sur le sort de Fabrice, amoureux éperdu de la jeune pécheresse, livré, depuis qu’elle l’a éconduit, aux démons de la violence et de l’autodestruction. Elle entreprend, en l’installant dans un autre appartement, de lui redonner goût à la vie.
Brisseau invente une érotique cosmique de facture artisanale à la fois ahurissante et sublime
Les appartements de Clara sont des espaces de liberté où les relations se reconfigurent à volonté, dans une construction sensuelle d’expérimentations, relayée par les récits cathartiques que fait, tour à tour, chacun des personnages. « Nous ne savons pas où nous allons, alors laissons le diable nous emporter. » Inscrite à l’image au début du film, cette phrase de Pouchkine donne le programme : s’abandonner aux puissances du sexe, de la parole, de la méditation, se libérer des barreaux de nos prisons mentales, de la souffrance qu’ils recèlent, accéder à une dimension spirituelle supérieure. Distillant, avec la complicité du pacha pince-sans-rire Jean-Christophe Bouvet, un humour qu’on ne lui connaissait pas, Brisseau semble lui-même avoir atteint une forme de légèreté qui, s’accordant avec ce sérieux presque enfantin qui le caractérise, rend son film particulièrement attachant.
« Ce sont les plus grands pécheurs qui sont les plus proches de Dieu. » Jean-Claude Brisseau en sait quelque chose. Cinéaste mystique, obsédé par l’idée de révéler les puissances invisibles (les effets de la méditation dans Céline, le mystère de l’orgasme féminin dans Choses secrètes, la présence des morts dans La Fille de nulle part), il n’en finit pas de purger sa peine. Condamné, en 2005, à un an de prison avec sursis et 15000 euros d’amende pour harcèlement sexuel, il a vu en novembre dernier, dans le sillage de l’affaire Weinstein, la rétrospective de ses films prévue à la Cinémathèque française annulée. S’il faut lui reconnaître une qualité, c’est bien de rester contre vents et marées fidèle à ses obsessions, affirmant le primat de sa vision d’artiste sur son existence sociale.



Film français de Jean-Claude Brisseau. Avec Fabienne Babe, Isabelle Prim, Anna Sigalevitch (1 h 37). Sur le web : www.acaciasfilms.com/film/que-le-diable-nous-emporte, www.facebook.com/AcaciasDistribution/



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-9"> ¤ Philippe Le Guay imbrique avec plus ou moins de succès comédie, romance et film social.
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« Normandie nue » : striptease confus dans le bocage

Philippe Le Guay imbrique avec plus ou moins de succès comédie, romance et film social.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 08h32
 • Mis à jour le
10.01.2018 à 09h34
    |

                            Thomas Sotinel








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
C’est trop d’histoires pour une petite commune comme Le Mêle-sur-Sarthe (Orne). Philippe Le Guay, qui y a situé Normandie nue, voudrait y faire entrer une comédie de manière, un tableau du déclin de l’élevage français, un mélodrame paysan à la Maupassant et une romance. Si bien que le film se voit comme l’on chine, il faut fouiller dans le bric-à-brac pour y trouver un élément à sa convenance. On peut y arriver.
Le film doit son titre au passage, un jour de manifestation d’agriculteurs, d’un photographe américain. Le personnage que joue le Britannique Toby Jones est de toute évidence inspiré de Spencer Tunick, l’homme qui déshabille les foules pour en faire des kaléidoscopes de chair. A la vue d’un champ situé sur le territoire du Mêle-sur-Sarthe, l’artiste décide d’y photographier toute la population de la commune dans le plus simple appareil. Le maire (François Cluzet), qui vient de bloquer la voie rapide voisine avec ses administrés pour faire valoir les revendications des éleveurs, voit dans cette proposition l’occasion de faire valoir sa cause aux yeux de la planète. Il fait affaire avec le photographe et entreprend de convaincre la population.
Le film se voit comme l’on chine, il faut fouiller dans le bric-à-brac pour y trouver un élément à sa convenance
La séquence de la manifestation montre le meilleur côté du film : Philippe Le Guay a mêlé acteurs professionnels (François Cluzet, Philippe Rebbot, Patrick d’Assumçao) et éleveurs du Perche. Le mélange est presque homogène, la situation prend une vérité qu’on ne lui connaît pas toujours dans un reportage formaté.
Plaisirs fugaces
Quand l’embouteillage créé par les protestataires avale la voiture du photographe et de son équipe, on entrevoit la promesse d’une comédie différente. Mais la collision entre la détresse des éleveurs et les élaborations plastiques d’un photographe n’a pas suffi. Philippe Le Guay et ses collaborateurs au scénario, Olivier Dazat et Victoria Bedos, y ont ajouté : les difficultés familiales d’une famille de riches rurbains emmenés par un directeur d’agence (agence de quoi, on ne le saura jamais) qui se conduit comme Marie-Antoinette au Trianon ; l’idylle naissante entre un jeune homme (Arthur Dupont) revenu au pays pour liquider le petit commerce de photographe de son père et une ouvrière de la laiterie du coin ; une sombre histoire de spoliation cadastrale qui oppose deux fermiers du coin (d’Assumçao et Rebbot) ; sans parler de la jalousie maladive du boucher (Grégory Gadebois), mais au moins celle-ci est-elle liée à l’argument principal puisque le commerçant glisse vers la folie à l’idée de voir sa femme se déshabiller.

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        Lire aussi l’entretien :
         

          Philippe Le Guay : « J’aime jouer du mélange des humeurs »



Il arrive que ces éléments disparates s’emboîtent, comme dans cette jolie séquence qui réunit le fils du photographe du village et le grand artiste américain. On perçoit aussi le plaisir que Philippe Le Guay et le chef opérateur, Jean-Claude Larrieu, ont eu à filmer les paysages du bocage. Ces plaisirs fugaces font oublier un instant les fausses notes et les lieux communs dont Normandie nue est trop souvent revêtu.

Film français de Philippe Le Guay. Avec François Cluzet, François-Xavier Demaison, Toby Jones (1 h 45). Sur le web : normandienue-lefilm.fr



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-10"> ¤ Ce premier film de la Franco-argentine Joan Chemla se perd dans les méandres d’une intrigue trop impressionniste.
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« Si tu voyais son cœur » : un huis clos en manque de palpitation

Ce premier film de la Franco-argentine Joan Chemla se perd dans les méandres d’une intrigue trop impressionniste.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 08h30
    |

                            Murielle Joudet








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Adapté de Mon ange, roman de l’écrivain cubain Guillermo Rosales, Si tu voyais son cœur transpose son intrigue initialement située à Miami en France, au sein de la communauté des gitans. Après la mort accidentelle de Costel, son meilleur ami (Nahuel Pérez Biscayart, révélation de 120 battements par minute), Daniel (Gael Garcia Bernal) échoue au Métropole, un hôtel miteux tenu par un marchand de sommeil. Hanté par le souvenir de son ami, Daniel vit de braquages et de rencontres impromptues avec des êtres aussi paumés que lui. Jusqu’au jour où il fait la rencontre de Francine (Marine Vacth), subite éclaircie au milieu de cette vie d’errance. Premier long-métrage de la réalisatrice Joan Chemla, Si tu voyais son coeur se perd dans les méandres d’une intrigue beaucoup trop impressionniste qui manque de colonne vertébrale. Exempt d’une solide base sur laquelle déployer sa poésie, le film s’égare à force de mystères. Ce défaut de structure condamne progressivement la narration à un surplace dans lequel évolue toute une galerie de personnages trop vite ébauchés pour être consistants. C’est par exemple le cas de la jeune femme égarée qu’incarne la magnétique Marine Vacth: apparition excessivement taiseuse et éthérée, elle peine à véritablement exister à l’écran. Projet a priori séduisant et ambitieux, Si tu voyais son coeur ne dépasse pourtant pas l’étape du scénario filmé.

« Si tu voyais son coeur » de Joan Chemla avec Gael García Bernal, Marine Vacth, Nahel Pérez Biscayart 1h26. Drame français. Sortie le 10 janvier 2018. Sur le web : www.nord-ouest.com/films/si-tu-voyais-son-coeur



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-11"> ¤ La réalisatrice Naomi Kawase déçoit dans cette fiction existentielle et romanesque.
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« Vers la lumière » : un symbolisme laborieux

La réalisatrice Naomi Kawase déçoit dans cette fiction existentielle et romanesque.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 08h28
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » - Pourquoi pas
Caméra d’or en 1997 à Cannes avec son premier long métrage de fiction Suzaku, Naomi Kawase a d’emblée frappé le public par la grâce et le lyrisme qui se dégage de ses films, où la chronique intimiste rencontre la célébration panthéiste du monde. Enfant abandonnée, la cinéaste, que ce soit dans ses fictions ou dans ses essais documentaires, a toujours marqué sa prédilection pour la part manquante qui travaille toute chose en ce monde, les êtres vivants comme les images, et qui explique la troublante beauté à laquelle ils accèdent dans son œuvre. Son nouveau film, Vers la lumière, témoigne une fois encore de cette préoccupation mais la dévalue, pour la première fois sans doute, par une volonté de signifier l’ineffable et un symbolisme qui s’avère assez laborieux.
La disparition de deux univers
L’histoire réunit une audi-descriptrice de films pour non voyants et un photographe qui devient inexorablement aveugle. Les deux personnages sont en proie chacun à la disparition de leurs univers. Misako a perdu son père et ne peut s’occuper comme elle le voudrait de sa mère, atteinte d’une maladie dégénérative. Quant à Nakamori, il doit accepter le lourd fardeau d’une infirmité qui le frappe à l’endroit-même de ce qui le reliait à la vie : son regard. Il s’en faut de beaucoup que les personnages, tels des ombres destinées à animer une idée, nous convainquent ici de leur propre existence, ni que la trame romanesque qui est censée les rapprocher nous emporte. Rien ne semble pouvoir se nouer dans cette fiction qui prolonge pourtant à quinze ans de distance un magnifique documentaire de la cinéaste réalisé en 2002, La danses des souvenirs. Naomi Kawase y assistait à l’agonie d’un ami photographe, Kazuo Nishii, conférant à cette rencontre ultime, dédiée à une réflexion sensible sur la nature de ce monde que l’homme abandonnait, une forte charge émotionnelle.

Film japonais de Naomi Kawase. Avec Masatoshi Nagase, Ayame Misaki. (1h41) Sur le web : www.hautetcourt.com, www.facebook.com/hautetcourt



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-12"> ¤ Ce film inclassable et admirable de Marie Dumora sur une famille miraculée recèle de grands moments de cinéma.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/01/2018
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« Belinda » : la vie comme dans un grand huit

Ce film inclassable et admirable de Marie Dumora sur une famille miraculée recèle de grands moments de cinéma.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 06h39
 • Mis à jour le
10.01.2018 à 09h29
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



   


L’avis du « Monde » - A ne pas manquer
Voici vingt ans que Marie Dumora tourne à l’Est, entre Alsace et Lorraine. Colmar, Mulhouse, Forbach, par là. Elle filme des enfants, des Manouches, des Yéniches, des ferrailleurs, des êtres en déshérence, marginalisés, mais ô combien vivants. D’un film à l’autre, des personnages reviennent et se croisent, entraînent souvent le désir du tournage suivant, tout un système d’échos se construit, y compris à des années de distance. On ne connaît pas très bien cette œuvre, qui tourne plus souvent dans les festivals qu’elle n’est distribuée en salles. C’est dommage, se dit-on, en découvrant Belinda.

        Lire aussi l’entretien :
         

          Les ricochets de Marie Dumora



Sacré morceau que ce brin de fille, d’une famille yéniche sédentarisée, qui se jette tête la première dans le mur de la vie pour y trouver quelque chose qui s’apparenterait, denrée plutôt rare pour elle, au bonheur. Déjà filmée à plusieurs reprises par la réalisatrice, qui avait consacré un film à sa sœur Sabrina (Je voudrais aimer personne, sorti en salles en 2008), Belinda apparaît ici à trois âges. 9, 15 et 23 ans.
A 9 ans, dans le foyer où elles sont placées, on la sépare de sa sœur, et c’est atroce. Image cristallisée des deux fillettes main dans la main, yeux dans les yeux, collées serrées, qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes face à un abandon qui n’est qu’à peine décrit mais qu’on ressent violemment. A 15 ans, c’est une autre paire de manches. Fumette dans la cage d’escalier, corps massif et grande gueule, abordant à pas comptés le monde du travail. Une gueule, un accent, une prestance formidable. La situation familiale, qu’on pressentait compliquée, se détache avec plus de clarté. Mère et père séparés, la première au chômage, le second ex-taulard, environnés d’une famille nombreuse cultivant la débrouille et l’expression hautes en couleur.
Belina se jette tête la première dans le mur de la vie pour y trouver quelque chose qui s’apparenterait au bonheur
A 23 berges, Belinda, sourire lumineux et front renfrogné, entre soleil et tempête, intense comme la braise, prend son destin en main. Elle vise le mariage avec son gars Thierry, qui voit venir sans un mot de trop, tandis qu’elle s’occupe de sa robe, navigue entre sa mère et son père, compte les sous pour la noce. Avec Thierry, elle lit le contrat de mariage, insiste sur le chapitre « respect, fidélité, amour », sans quoi ce n’est même pas la peine d’y aller, tandis que lui, grand pudique, se marre doucement. C’est assez plaisant de les voir baguenauder à la fête foraine, où ils s’offrent royalement quelques séances de tir. Elle pomponnée en tee-shirt Guess USA noir, le chignon fait, lui tranquille en blouson, ils rêvent pour pas cher, emportés dans la nuit multicolore zébrée de rose, de vert et de bleu, striée par les harangues, les wizz et les shows de breakdance.
Formidable marée d’amour
Et puis, patatrac, l’ellipse cruelle avec un drame dedans, Frantz, le père de Belinda, qui nous apprend qu’elle « a fait une bêtise », qu’elle en a pris pour quatre mois, et son Julot trois ans, pour un larcin destiné à renchérir la dot. Il en faudrait plus pour ­contenir la formidable marée d’amour que Belinda porte en elle. Il en faudrait plus pour ­l’empêcher d’écrire des folies lumineuses, dantesques, à son Thierry. Il en faudrait plus pour ôter le goût de la vie à la petite-fille d’un couple qui s’est connu, adolescent, au camp nazi alsacien du Struthof, « comme des juifs », et qui en est sorti pour donner naissance, parmi une tripotée, à son père. Si le moment où Frantz, le paternel, lui montre avec une dignité magnifique les photos de cette famille miraculée n’est pas un grand moment de cinéma, on veut bien se pendre. Si la séquence où Belinda, séparée de son mari, va se baigner sur Tombe la neige de Salvatore Adamo, si solitaire et si opiniâtre, n’est pas du grand cinéma, on veut bien se rependre.

        Lire aussi la critique :
         

          Cannes 2017 : « Belinda », les trois âges d’une icône combative et cabossée



Admirable est ce film de Marie Dumora, ainsi fait que les informations y sont dispendieuses, les commentaires absents, la narration erratique, écartelée entre l’attente filandreuse du quotidien et les méchants coups de Trafalgar du destin. On ne sait pas très bien, au demeurant, comment qualifier ce film, dans quel cadre le ranger. Documentaire si l’on veut, mais plus sûrement essai climatique, geste d’accompagnement et d’amour. Belinda se rattache à ce titre à une famille de films épidermiques, tournés à l’arraché autour d’enfants et d’adolescents forcés à conquérir seuls leur place dans le monde. Nous, les enfants du XXe siècle (1994) de Vitali Kanevski, ­Demi-tarif (2003), d’Isild Le Besco, ­Tarnation (2003), de Jonathan Caouette, Pauline s’arrache (2015), d’Emilie Brisavoine. Autant d’approches affectées par une tendre brutalité, autant de personnages et de films inoubliables.

Film français de Marie Dumora. (1 h 47). Sur le web : www.new-story.eu/films/belinda, www.facebook.com/newstoryfilms

Les sorties cinéma de la semaine (mercredi 10 janvier)
Belinda, film français de Marie Dumora (à ne pas manquer)Downsizing, film américain d’Alexander Payne (à ne pas manquer)Seule sur la plage la nuit, film sud coréen de Hong Sang-soo (à ne pas manquer)Que le diable nous emporte, film français de Jean-Claude Brisseau (à voir)Las marimbas del infierno, film français de Julio Hernandez Cordon (à voir)Normandie nue, film français de Philippe Le Guay (pourquoi pas)Vers la lumière, film japonais de Naomi Kawase (pourquoi pas)Si tu voyais son cœur, film français de Joan Chemla (pourquoi pas)
Nous n’avons pas pu voir
La Monnaie de leur pièce, film français d’Anne Le NyLes films de l’été : Rien sauf l’été et le film de l’été, film français et belge de Claude Schmitz et Emmanuel MarreUne aventure théâtrale, 30 ans de décentralisation, documentaire français de Daniel Cling





                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-13"> ¤ Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.
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Article sélectionné dans La Matinale du 09/01/2018
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Philosophie du conte et contes philosophiques : notre sélection cinéma

Chaque mercredi, dans « La Matinale », les critiques du « Monde » présentent les meilleurs films à découvrir sur grand écran.



Le Monde
 |    10.01.2018 à 06h36
 • Mis à jour le
10.01.2018 à 14h11
    |

            Isabelle Regnier








                        


LES CHOIX DE LA MATINALE
Cette semaine, le cinéma nous transporte bien au-delà des contingences matérielles, dans une quête existentielle qui se joue du réel.
GULLIVER PAR TEMPS D’APOCALYPSE : « Downsizing », d’Alexander Payne

Ce n’est peut-être pas une bonne idée que de commencer cette incitation à aller voir Downsizing en s’interrogeant sur les raisons de l’échec commercial du film aux Etats-Unis. Mais on peut penser que les raisons de cette désaffection constituent les qualités mêmes de ce film hors du commun. Les méandres imprévisibles du parcours de Paul Safranek (Matt Damon), son pauvre héros, le font passer non seulement du Nebraska à la Norvège, mais encore de la satire de la vie banlieusarde à l’anticipation apocalyptique. La forme asymétrique, sinon de guingois, de cet édifice a une raison d’être : la résurrection du conte philosophique (plutôt du côté de Swift que de Voltaire) sous forme de spectacle cinématographique. Safranek vit dans notre monde, celui qui voit venir sa fin, combinaison de surpopulation et d’épuisement des ressources. Avec son épouse Audrey (Kristen Wiig), il vit, heureusement, dans le Nebraska, Etat de faible densité démographique.
Mais, comme nous l’a appris un long prologue burlesque, une équipe de chercheurs norvégiens a mis au point un processus qui permet de miniaturiser les êtres vivants – un humain passera ainsi de 1,80 m à 12 cm, afin de diminuer la pression sur les ressources naturelles. Les Safranek y voient la possibilité de vivre enfin dans une de ces demeures à colonnades en matériaux bon marché surnommées « McMansions ». Ils décident de sauter le pas. Mais le plan tourne à l’aigre. Très progressivement, sans jamais renoncer à un seul des gags que la logique du récit autorise, Alexander Payne et son coscénariste, Jim Taylor, placent leur héros devant une série de choix, l’obligeant à trancher entre la conformité à la norme (fût-elle aussi nouvelle que la technique de miniaturisation) et sa qualité d’être humain. T. S.
Film américain d’Alexander Payne, avec Matt Damon, Christoph Waltz, Hong Chau, Kristen Wiig (2 h 15).
DIAMANT NOIR : « Belinda », de Marie Dumora

Voici vingt ans que Marie Dumora tourne à l’Est, entre Alsace et Lorraine. On ne connaît pas très bien son œuvre, qui tourne plus souvent dans les festivals qu’elle n’est distribuée en salles. C’est dommage, se dit-on, en découvrant le dernier en date, Belinda. Sacré morceau que ce brin de fille, fille d’une famille yéniche sédentarisée, qui se jette tête la première dans le mur de la vie pour y trouver quelque chose qui s’apparenterait, denrée plutôt rare pour elle, au bonheur. Déjà filmée à plusieurs reprises par la réalisatrice, qui avait consacré un film à sa sœur Sabrina (Je voudrais aimer personne, sorti en salles en 2008), Belinda apparaît dans le film qui porte son nom à trois âges. 9, 15 et 23 ans.
Admirable est ce film, ainsi fait que les informations y sont dispendieuses, les commentaires absents, la narration erratique, écartelée entre l’attente filandreuse du quotidien et les méchants coups de Trafalgar du destin. On ne sait pas très bien, au demeurant, comment le qualifier, dans quel cadre le ranger. Documentaire si l’on veut, mais plus sûrement essai climatique, geste d’accompagnement et d’amour. Belinda se rattache à ce titre à une famille de films épidermiques, tournés à l’arraché autour d’enfants et d’adolescents forcés à conquérir seuls leur place dans le monde. J. M.
Film français de Marie Dumora (1 h 47)
UNE AUSSI LONGUE ABSENCE : « Seule sur une plage la nuit », de Hong Sang-soo

Il en va désormais des films d’Hong Sang-soo comme des saisons : ils se succèdent, déposant dans nos cœurs des qualités particulières qui s’éteignent et renaissent avec eux. Seule sur la plage la nuit se laisse ranger parmi ses contes d’hiver (comme, par exemple, Matins calmes à Séoul, 2011), transi par le froid et l’humidité, baignant dans des demi-jours et des pénombres fuligineuses, moucheté par ces phylactères de vapeur fugaces qui s’échappent des conversations en extérieur. Présenté à la Berlinale, en février 2017, dont l’interprète principale, Kim Min-hee, est revenue avec un prix d’interprétation, il s’inscrit dans une veine récente des films tournés avec cette actrice (Le Jour d’après, La Caméra de Claire), nouvelle muse du réalisateur venue à ce cinéma de la valse-hésitation amoureuse, comme pour y instaurer un nouveau point de vue. Celui d’une jeune femme bafouée et rejetée pour l’occasion dans une parenthèse de son existence, mais soutenue par sa lucidité et son intelligence sensible.
Elle joue ici le rôle de Yeong-hui, une actrice en vacances, d’abord à Hambourg, aux côtés d’une amie, puis de retour en Corée du Sud, à Gangneung, la petite ville côtière de son enfance. Cette goguette, rythmée par les promenades, les rencontres, les discussions, les repas, les retrouvailles, cache en vérité une douleur enfouie. Yeong-hui attend quelqu’un, un amant, qui s’obstine à ne pas la rejoindre et dont l’absence s’étend autour d’elle comme un trou noir. Dans les détours et les trébuchements des échanges se laisse deviner un arrière-plan plus grave : un vent de scandale et d’adultère qui entoure la jeune femme esseulée et jette le discrédit sur sa relation agonisante. Son congé se révèle peu à peu pour ce qu’il est : une fuite, un exil, une relégation dont sourdent la solitude et l’opprobre. M. M.
Film sud-coréen d’Hong Sang-soo. Avec Kim Min-hee, Seo Young-hwa, Kwon Hae-hyo (1 h 41). 
MÉDITATION DANS LE BOUDOIR : « Que le diable nous emporte », de Jean-Claude Brisseau

Héroïne bataillenne, Suzie (Isabelle Prim) collectionne dans son téléphone portable des vidéos érotiques la mettant en scène dans des rencontres sexuelles furtives dans des lieux publics, avec des inconnus. La perte du précieux objet la conduit chez Camille, qui l’a retrouvé dans un train. Interprétée par Fabienne Babe, Camille vit recluse dans un appartement cossu avec Clara, la propriétaire, où rien ne peut l’atteindre. Ni sa famille, qui l’a brisée quand elle était enfant, ni la perversion des hommes, dont elle porte les stigmates dans sa chair et dans son âme, ni les exigences aliénantes de la vie économique…
Une bouteille de champagne pour rompre la glace et la voilà qui entreprend Suzie sur ses vidéos, et lui fait découvrir en retour les étonnants photomontages qui recouvrent les murs de sa chambre : des corps nus de femmes, emboîtés l’un dans l’autre dans diverses positions, qui se détachent sur fond d’éther étoilé. Gonflant le principe en 3D, Brisseau filme l’étreinte de ses actrices de la même manière, inventant une érotique cosmique à la fois ahurissante et sublime, version numérique des trucages de Méliès où le kitsch des décors est comme transsubstantialisé par la légèreté et la grâce des corps en lévitation. En ouvrant ainsi une brèche fantastique dans la peau du réel, l’extase de Camille et Suzie, bientôt rejointes par Clara, traduit la dialectique à l’œuvre dans le film entre les contingences matérielles et la dimension spirituelle de l’existence. I. R.
Film français de Jean-Claude Brisseau. Avec Fabienne Babe, Isabelle Prim, Anna Sigalevitch (1 h 37).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-14"> ¤ La réalisatrice du très beau portrait documentaire « Belinda » s’intéresse aux communautés en marge de la société civile.
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Les ricochets de Marie Dumora

La réalisatrice du très beau portrait documentaire « Belinda » s’intéresse aux communautés en marge de la société civile.



Le Monde
 |    09.01.2018 à 09h42
 • Mis à jour le
09.01.2018 à 11h35
    |

                            Mathieu Macheret








                        



                                


                            

« Je suis très mal à l’aise avec l’autobiographie », nous prévient, par mesure de précaution, Marie Dumora, réalisatrice du très beau portrait documentaire Belinda. C’est un même refus de la typologie sociale, des grilles déformantes, que l’on perçoit chez elle et au cœur de ses films. Au fil de la conversation, elle ne laisse affleurer de son parcours personnel que ses rencontres avec d’autres, ceux qu’elle a filmés, ou avec les œuvres qui l’ont nourrie. Elle le reconnaît : « Les dates, dans ma tête, c’est un foutoir. »
Un jeu de piste se dessine alors : enfance et adolescence passées dans un « petit coin perdu » de la banlieue parisienne (Yvelines), études de lettres modernes et de philosophie, le tout traversé grâce à la lecture et au cinéma, mais aussi à l’univers coloré des fêtes foraines, comme seules bouées de sauvetage.
« J’ai découvert le cinéma toute seule. Je prenais le vélo et le RER pour aller au Balzac, sur les Champs-Elysées, puis je revenais chez moi comme si de rien n’était. Il y avait aussi un très vague ciné-club, dans ma banlieue, de ceux qui, sans le savoir, vous sauvent la vie. »
S’ouvre alors un panthéon personnel sous la forme d’un autoportrait éparpillé, où se dressent les héroïnes fougueuses et fugueuses, comme Mouchette (1967), de Robert Bresson, ou Wanda (1970), de Barbara Loden, des films de Maurice Pialat, les « univers romanesques » de William Faulkner (le cycle de Yoknapatawpha), de Marcel Proust, de Charles Dickens, ou encore Les Sept Samouraïs (1954), d’Akira Kurosawa, qui l’ont « beaucoup aidée à traverser les épreuves les plus rudes, comme partir en tournage par exemple ». Un vade-mecum de combativité et de refus qui en dit certainement plus long que tous les récits de soi.
Si l’œuvre de Marie Dumora se construit...




                        

                        


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Article sélectionné dans La Matinale du 08/01/2018
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Alexander Payne : « On me donne carte blanche jusqu’à un certain budget »

Le réalisateur de « Nebraska » revient avec « Downsizing », une farce pré-apocalyptique réussie.



Le Monde
 |    09.01.2018 à 06h44
 • Mis à jour le
09.01.2018 à 09h59
    |

            Jacques Mandelbaum








                        



                                


                            

Alexander Payne, cinéaste américain de 56 ans, a réalisé sept longs-métrages depuis 1996. Autant dire que son rythme témoigne d’un accommodement difficile à la nomenclature hollywoodienne actuelle. On en dira tout autant de son tempérament et de son style. Des films tels que Monsieur Schmidt (2002), The Descendants (2011) ou Nebraska (2013) dénotent une ironie mélancolique, une exigence de complexité, un humanisme viscéral qui semblent en rupture de stock dans l’usine à rêves.
Son nouveau film, Downsizing, farce pré-apocalyptique qui envisage notre fin avec un enthousiasme bien frappé, n’est pas loin d’être son meilleur. Matt Damon y interprète, dans un futur proche, un citoyen de la classe moyenne américaine déclinante qui réduit sa taille pour intégrer une cité lilliputienne. Il pense croître et prospérer dans le monde rétréci, où quelques déconvenues l’attendent…
Ce projet a mis très longtemps à aboutir. Qu’est-ce qui s’est opposé à une réalisation plus rapide ?
Nous avons commencé à travailler à ce projet avec mon coscénariste Jim Taylor après la sortie de Sideways, en 2006 exactement. Nous avons peiné un peu à lui trouver une forme qui nous satisfasse. Une fois le scénario écrit, il nous a fallu convaincre les studios, et ça n’a pas non plus été évident. Deux responsables m’ont dit que mon projet était trop « intelligent » pour le budget qu’il requiert. C’était leur mot, et pas le mien. Ce que je peux comprendre d’ailleurs. J’ai à Hollywood le profil d’un auteur à l’européenne, et on me donne carte blanche jusqu’à un certain point. Passé un certain budget, mes projets sont considérés comme trop risqués. Jusqu’à ce moment où, à la Paramount, arrive l’homme providentiel qui vous dit : « On va le faire quand même ! »
Concrètement, quel est le seuil financier à partir duquel vos projets ont du mal à être acceptés ?
La réponse...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-16"> ¤ Ces derniers mois, la célèbre présentatrice américaine a multiplié les signaux montrant son intérêt pour la politique, tout en assurant ne pas vouloir briguer de mandat.
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Le discours d’Oprah Winfrey aux Golden Globes relance les spéculations sur sa candidature en 2020

Ces derniers mois, la célèbre présentatrice américaine a multiplié les signaux montrant son intérêt pour la politique, tout en assurant ne pas vouloir briguer de mandat.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 21h16
 • Mis à jour le
09.01.2018 à 07h59
   





                        



Ira, ira pas ? L’élection présidentielle américaine de 2020 est encore loin. Mais la célèbre présentatrice américaine Oprah Winfrey a fait dimanche soir aux Golden Globes un discours qui ressemblait plus à celui d’une femme politique qu’à une vedette de télévision. Son intervention a relancé les spéculations sur une éventuelle candidature à la présidence des Etats-Unis.
Récompensée par le prix Cecil B. DeMille pour l’ensemble de sa carrière lors de la cérémonie des Golden Globes, « Oprah » a construit son discours sur le mouvement amorcé par l’affaire Weinstein, mais en allant bien au-delà.
Elle a fait le lien avec deux héroïnes de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis, Rosa Parks et Recy Taylor, et annoncé l’arrivée d’une « aube nouvelle » pour les femmes et les jeunes filles maltraitées par les hommes.
Beaucoup ont vu dans cette déclaration de neuf minutes un tournant dans la vie publique d’Oprah Winfrey, dont la stature dépasse depuis longtemps déjà celle d’une animatrice, d’une actrice ou d’une femme d’affaires, activités qui ont fait d’elle la première femme noire milliardaire.
La sexagénaire est parfaitement alignée sur son époque, avec son combat pour la cause des femmes, mais aussi son parcours issu de la société civile. Première présentatrice noire à percer à la télévision, il y a trente ans, Oprah Winfrey a su créer autour de son nom et de son image une véritable marque, à l’influence considérable aux Etats-Unis.
Interrogée immédiatement après son discours dimanche pour savoir si elle comptait ou non se présenter, elle a répondu ne pas y penser. « C’est aux gens de décider », a déclaré au Los Angeles Times Stedman Graham, son compagnon de longue date, ajoutant : « Elle le ferait, c’est clair. » Selon CNN, l’actrice de 63 ans « réfléchit sérieusement » à une candidature, à près de trois ans de l’échéance.
Ambiguïté
En mars, sur Bloomberg, elle avait eu un commentaire volontairement ambigu, laissant entendre dans une interview que la victoire électorale d’un promoteur immobilier sans la moindre expérience politique, Donald Trump, l’avait fait réfléchir à une candidature. Dès le lendemain, une amie, la présentatrice Gayle King, avait toutefois assuré qu’il s’agissait d’une « plaisanterie ».

« Je ne me présenterai jamais à aucun mandat politique », avait ensuite déclaré Oprah Winfrey, en juin, au site du Hollywood Reporter. « C’est une position assez définitive. »
« Je ne crois pas qu’elle avait l’intention » de se déclarer, a réagi l’actrice Meryl Streep au Washington Post, « mais maintenant, elle n’a plus le choix ». Un sondage publié en mars par l’institut Public Policy Polling donnait Oprah Winfrey gagnante en 2020 contre Donald Trump à 47 % des suffrages contre 40 % au président sortant.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-17"> ¤ Dimanche 7 janvier, Oprah Winfrey a reçu un prix prestigieux récompensant l’ensemble de sa carrière. La célèbre présentatrice y a prononcé un discours contre le harcèlement.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-18"> ¤ La cérémonie des Golden Globes, qui précède d’un mois les Oscars et récompense aussi bien la télévision que le 7e art s’est déroulée le 7 janvier au Beverly Hilton Hotel, à Los Angeles. Retour en images sur quelques-uns des primés.
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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤ Le 7 janvier, les convives des Golden Globes étaient invités à porter du noir en protestation contre le harcèlement. Ce n’est pas la première fois que des acteurs profitent d’une cérémonie pour porter des revendications.
<filname="PROF-0,2-3476,1-0,0-19"> ¤                
                                    

Golden Globes : quand le vêtement se fait militant


                      Le 7 janvier, les convives des Golden Globes étaient invités à porter du noir en protestation contre le harcèlement. Ce n’est pas la première fois que des acteurs profitent d’une cérémonie pour porter des revendications.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 11h39
    |

                            Laurent Telo et 
                            Clément Ghys







Les grands-messes du cinéma sont le moment rêvé pour faire passer des messages devant les caméras du monde entier.
2018. Aux Golden Globes, en noir tu iras

   


Des tenues toutes noires sur tapis rouge. Dans le sillage de l’affaire Weinstein, et à l’initiative de Salma Hayek, Jessica Chastain, Meryl Streep ou l’acteur Dwayne « The Rock » Johnson, les convives des Golden Globes, le 7 janvier, étaient invités à porter du noir pour dénoncer symboliquement la culture du harcèlement et des agressions sexuelles dans le milieu du cinéma hollywoodien.
2017. Aux Oscars, un ruban bleu tu porteras

   


Plusieurs des invités des 89es Oscars décident d’épingler sur leur tenue de gala un ruban bleu aussi léger que lourd de sens. Il signifie leur soutien à l’ACLU, l’Union américaine pour les libertés civiles, qui a vu le nombre de ses adhérents exploser au lendemain de la publication du décret anti-immigration du nouveau président américain, Donald Trump.
2016. A Cannes, pieds nus le tapis rouge tu fouleras

   


Pour sa première venue au Festival de Cannes, Julia Roberts décide de monter les marches… pieds nus. Pas vraiment une excentricité de star. Plutôt un acte de militantisme féministe pour ne pas oublier que, en 2015, plusieurs femmes avaient été refoulées du tapis rouge en raison de leurs talons plats. Un excès de zèle du service de sécurité, selon la direction du Festival.
2015. Aux Oscars, la robe tu négligeras

   


En 2014, The Representation Project, organisation féministe américaine, lance le mouvement Ask Her More. Soit une invitation à interpeller, sur Twitter, les journalistes qui ont l’habitude d’interroger les actrices seulement sur leurs robes et jamais sur leurs choix artistiques. Soutenu par l’actrice Reese Witherspoon, le mouvement est très suivi l’année suivante, notamment lors des Oscars de 2015.
1942. Aux Oscars, l’uniforme tu endosseras

   


Le 26 février 1942, la 14e cérémonie des Oscars se déroule au Biltmore Hotel, à Los Angeles. Quelques mois plus tôt, l’armée japonaise a bombardé Pearl Harbor, et les Etats-Unis sont entrés en guerre. Pour ne pas choquer le public, la soirée est organisée avec sobriété, proscrivant les tenues de soirée. L’acteur James Stewart s’y rend vêtu de son uniforme de l’US Air Force, où il s’est enrôlé l’année précédente.



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<filname="SURF-0,2-3476,1-0,0-20"> ¤ « Lady Bird » de Greta Gerwig et la série « Big Little Lies » ont été primés, dimanche 7 janvier à Los Angeles.
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Les Golden Globes célèbrent la « puissance des femmes »

« Lady Bird » de Greta Gerwig et la série « Big Little Lies » ont été primés, dimanche 7 janvier à Los Angeles.



Le Monde
 |    08.01.2018 à 11h10
 • Mis à jour le
08.01.2018 à 16h48
    |

            Isabelle Regnier








                        



Respectivement récompensés par quatre Golden Globes chacun, 3 Billboards, les panneaux de la vengeance, de Martin McDonagh (dont le meilleur film dramatique) et Big Little lies (dont la meilleure mini-série) auront été, respectivement, le film et la série les plus primés de la soirée des Golden Globes 2018. Juste derrière se pressent Lady Bird de Greta Gerwig (meilleure comédie ou comédie musicale, et meilleure actrice dans cette catégorie pour Saoirse Ronan), La Forme de l’eau, de Guillermo del Toro (meilleur réalisateur et meilleure musique pour Alexandre Desplat), The Handmaids Tale (meilleure série télé dramatique, entre autres). Parmi les autres lauréats de ce palmarès prestigieux, généralement considéré comme un indicateur de tendance pour les Oscars, citons encore James Franco (meilleur acteur dans une comédie pour The Disaster Artist), Coco (meilleur film d’animation), Gary Oldman (pour son rôle de Churchill dans Les Heures sombres), In the Fade de Fatih Akin (meilleur film étranger) .

        Lire aussi le palmarès :
         

          Golden Globes 2018 : les femmes au cœur de la cérémonie



Mais les vraies gagnantes auront été les femmes. Première grand-messe du cinéma et de la télévision américaine depuis le début de l’affaire Weinstein et du mouvement de libération de la parole des victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles, cette 75e remise des prix de l’association des journalistes étrangers à Hollywood où étaient invitées, une fois n’est pas coutume, des militantes féministes, a été marquée par des prises de parole fortes qui laissent entendre que la vague ne va pas retomber.
Dress code noir

   


Le dress code noir qu’ont décidé de suivre, en signe de protestation contre la culture machiste hollywoodienne, la quasi intégralité des invités, femmes et hommes, symbolisait la gravité du moment. Appointé pour la première fois maître de cérémonie, le comédien et animateur de télévision Seth Meyers a joué son rôle avec une certaine retenue.
Enchaînement de punchlines et de bons mots, son discours tournait presque exclusivement autour de la question de la condition des femmes à Hollywood. « Bonsoir Mesdames, et ce qu’il reste de vous, Messieurs, a-t-il lancé en d’ouverture. Nous sommes en 2018, la marijuana est enfin autorisée, et le harcèlement sexuel, enfin, ne l’est plus. » Ciblant quelques uns des hommes dont les noms sont devenus des synonymes du démon de la prédation sexuelle, certaines de ses blagues donnaient l’impression embarrassante, de voir un vautour dépecer en public les dépouilles de ceux que l’industrie portait encore au pinacle. Harvey Weinstein, promit-il ainsi, « reviendra dans vingt ans, dans le rôle du premier homme hué à son propre enterrement ». Kevin Spacey, réduit à sa frénésie sexuelle, était allégrement moqué pour son incapacité à imiter correctement l’accent sudiste ; Woody Allen se voyait rhabillé à bon compte également, son Manhattan n’étant plus que ce film pénible sur « une jeune fille naïve qui se fait avoir par un vieux monstre dégoûtant ».
Seth Meyers, animateur de la cérémonie : « Nous sommes en 2018, la marijuana est enfin autorisée, et le harcèlement sexuel, enfin, ne l’est plus. »
Ces giclées fielleuses furent vite balayées par la force des discours des lauréats, et surtout des lauréates. Couronnée meilleur actrice dans une mini-série, Nicole Kidman a ainsi salué d’un « I love you », Reese Witherspoon, co-productrice de la série avec elle, et les trois autres actrices qui complètent le quintette féminin sur lequel elle repose (Laura Dern, Zoe Kravitz et Shailene Woodley), pour célébrer l’incroyable « puissance des femmes ». Rendant ensuite hommage à sa mère, « une grande avocate du droit des femmes » à qui elle dit devoir tous ses accomplissements, elle a lancé, inspirée :
« Je crois que nous pouvons changer les choses, que nous pouvons le faire par les histoires que nous racontons, et la manière dont nous le racontons. »
Meilleure actrice dans un film dramatique, pour 3 Billboards, Frances McDormand, a également eu de belles paroles :
« Je n’ai pas l’habitude d’étaler mes opinions politiques. Mais c’était vraiment formidable d’être dans cette assemblée ce soir, et de participer à ce mouvement de basculement tectonique de la structure de pouvoir de notre industrie. »
Un nouveau jour se lève
Le discours le plus galvanisant fut toutefois celui d’une actrice d’un autre genre, la grande prêtresse de la télévision américaine Oprah Winfrey, qui s’est vu décerner le très symbolique Cecil B. DeMille award. Elle a d’abord évoqué le moment où elle a assisté à la télévision à la remise de l’Oscar du meilleur acteur à Sidney Poitier. Expliquant l’importance pour elle, petite-fille de femme de ménage noire, de voir un homme noir célébré de la sorte, elles s’est félicitée que « des petites filles [la] regardent aujourd’hui , elle , première femme noire à recevoir ce même trophée ». Elle a ensuite rendu hommage à toutes les femmes qui, comme sa mère, ont supporté les abus simplement parce qu’elles avaient « des enfants à nourir, des factures à payer, des rêves à accomplir... », et salué la mémoire de Recy Taylor, une femme noire qui fut enlevée et violée par six hommes blancs armés en 1954, dont le combat pour la vérité fut défendu dans la presse par Rosa Parks mais dont les agresseurs n’ont jamais été condamnés . Elle a conclu son poignant discours par ces mots :
« Je veux que toutes les filles qui regardent, sachent qu’un nouveau jour se lève. Un jour (...) qui va nous conduire vers une nouvelle ère où plus personne n’aura à dire #metoo», en référence au mouvement de protestation contre le harcèlement.

Le palmarès complet des Golden Globes 2018
En cinéma, le palmarès comprend :
Meilleur film de comédie : Lady Bird
Meilleur film dramatique : 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Le film « 3 Billboards, les panneaux de la vengeance » a reçu quatre récompenses, dont meilleur film dramatique, à Beverly Hills, le 7 janvier.      
Meilleur réalisateur : Guillemo del Toro pour La forme de l’eau. Il a remporté le très convoité trophée face à Martin McDonagh, Christopher Nolan, Ridley Scott et Steven Spielberg. Cette romance fantastique entre une muette solitaire et un monstre reptilien a également récolté un Golden Globe pour la musique du compositeur français Alexandre Desplat.
Meilleur acteur dramatique : Gary Oldman dans Les heures sombres
Meilleure actrice dramatique : Frances McDormand pour 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Meilleur acteur de comédie : James Franco, pour The Disaster Artist
Meilleure actrice de comédie : Saoirse Ronan, pour Lady Bird
Meilleur second rôle masculin : Sam Rockwell, 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Meilleur second rôle féminin : Allison Janney, pour Moi, Tonia
Meilleure chanson : This is Me, de The Greatest Showman, par Benj Pasek, Justin Paul, paroles de Benj Pasek, Justin Paul.
Meilleur film d’animation : Coco
Meilleur scénario : Martin McDonagh, 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Meilleur film en langue étrangère : In the Fade.
En télévision, La Servante écarlate et Big Little Lies se démarquent :
Meilleure série dramatique : La Servante écarlate
Meilleure minisérie : Big Little Lies
Meilleur acteur dramatique : Sterling K. Brown dans This is Us
Meilleure actrice dramatique : Elisabeth Moss dans La Servante écarlate
Meilleure série comique : The Marvelous Mrs. Maisel
Meilleure actrice de série télé de comédie : Rachel Brosnahan, The Marvelous Mrs. Maisel
Meilleur acteur de série télé de comédie : Aziz Ansari, Master of None.
Meilleure second rôle féminin dans une minisérie : Laura Dern, Big Little Lies
Meilleure second rôle masculin dans une minisérie : Alexander Skarsgard, Big Little Lies
Meilleure actrice de minisérie : Nicole Kidman
Meilleur acteur dans une minisérie : Ewan McGregor, Fargo






                            


                        

                        

