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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-1"> ¤ Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin.
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L’historien des idées Daniel Lindenberg est mort

Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h29
    |

            Jean Birnbaum et 
Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’historien des idées, essayiste et sociologue Daniel Lindenberg est mort des suites d’une longue maladie, vendredi 12 janvier, à Paris. Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin. Issu d’une famille liée au Bund, mouvement socialiste juif et antisioniste actif à la fin du XIXe siècle en Russie, en Lituanie et en Pologne, il a toujours revendiqué son attachement à un judaïsme laïc et progressiste. Son itinéraire se confond surtout avec celui d’une génération marquée par l’avant et l’après-Mai 68, moment auquel il sera toujours resté fidèle.
Partisan du franco-judaïsme
Daniel Lindenberg est né en 1940 à Clermont-Ferrand, alors que ses parents, juifs polonais, tentaient de passer en zone libre. Son père et sa mère s’étaient rencontrés quelques années auparavant à Strasbourg, où l’un et l’autre avaient émigré pour suivre des études de médecine (en Pologne, le numerus clausus concernant les juifs les en avait empêchés). Après des études d’histoire et de sociologie à la Sorbonne, Daniel Lindenberg adhère, dans les années 1960, à l’Union des étudiants communistes, dont la fraction gauchiste avait été « épurée » par le PCF. Puis il passe à l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, groupe maoïste où milite également Blandine Kriegel, dont il croise l’itinéraire. C’est sous l’influence de la philosophe qu’il dira avoir rompu avec le marxisme.
Il devient ensuite historien des idées, sa carrière épousant l’aventure de l’université de Vincennes (aujourd’hui Paris VIII-Saint-Denis, où Daniel Lindenberg était professeur depuis 1996). Ses premiers livres sont marqués par les options politiques de l’époque : L’Internationale communiste et l’Ecole de classe (Maspero, 1972), sous l’inspiration du philosophe althussérien Nikos Poulantzas, et Le Marxisme introuvable (Calmann-Lévy, 1975). Un autre essai, Lucien Herr,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-2"> ¤ Le magazine d’humour et de bande-dessinée publie un hors-série spécial en coédition avec le célèbre musée.
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Sélection magazine : les Bidochon visitent le Louvre

Le magazine d’humour et de bande-dessinée publie un hors-série spécial en coédition avec le célèbre musée.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 17h08
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h14
    |

            Harry Bellet








                        



   


« C’est que des vieilleries là-dedans ! » Visiter le Musée du Louvre avec les Bidochon, c’est un bonheur, mais un bonheur risqué. Entrer dans l’intimité, et pas qu’un peu, de la Grande Odalisque, d’Ingres, c’est déconseillé aux enfants. Tout comme découvrir – et pour les âmes prudes, recouvrir bien vite – Pervers Pépère version Georges de La Tour. Tout cela est possible avec le hors-série « série or » que publie le magazine Fluide glacial (en kiosque jusqu’au 20 mars, 96 pages, 6,50 €). C’est-à-dire une anthologie de dessins parfois anciens (ceux des Bidochon sont extraits des volumes d’Un jour au musée publiés à partir de 2013) mais toujours efficaces et souvent redoutables. La couverture, par exemple, signée Solé, réinterprète Le Radeau de la Méduse façon lendemain de cuite, hommage peut-être inconscient au Monument aux ivres morts du peintre Christian Zeimert, que conserve mais expose hélas peu le Centre Pompidou.
Géricault semble avoir particulièrement inspiré les auteurs de Fluide glacial. Précurseur du happening, dès 1908 (enfin, ce sont Julien/CDM, c’est-à-dire Solé et Le Gouëfflec qui l’affirment), le vicomte de la Pourfempoire plonge en maillot de bain la tête la première, faisant ainsi « une entrée fracassante dans le monde de l’art » ; Théa Rojzman et Abdel de Bruxelles racontent la genèse du Radeau de la Méduse (une histoire totalement déjantée, mais inspirée de faits réels, comme la participation en tant que modèle du peintre Eugène Delacroix) ; Isa imagine le tableau transplanté en 2028 à la campagne, dans une ferme où le radeau est en partie occulté par des bottes de paille, pour éviter que la vision des naufragés nus n’effraye les vaches pendant la traite… Le personnage dessiné par Ostermann y voit des allusions à la Méditerranée, ce qui est erroné, la Méduse ayant coulé au large du Sénégal, mais lui permet d’évoquer aussi la guerre et les migrants actuels.
Mona Lisa est remplacée par Sœur Marie-Thérèse des Batignolles et son kil de rouge
La Joconde n’est, bien entendu, pas non plus épargnée, spécialement quand Mona Lisa est remplacée par Sœur Marie-Thérèse des Batignolles et son kil de rouge, ni l’implantation récente du Louvre à Abou Dhabi, avec un très cruel roman-photo de Baumann et Lefred-Thouron où un émir amoureux des arts confond le musée avec le showroom d’un grand magasin et veut « acheter la femme », c’est-à-dire le chef-d’œuvre de Vinci. Petite précision, l’émir en question n’est pas d’Abou Dhabi, mais du Qatar, le frère ennemi. Quand on sait que le Musée du Louvre est coéditeur de ce numéro spécial de Fluide glacial, les mauvais esprits se demanderont si ce choix est vraiment dû au hasard.
Le Louvre en BD ? Ce n’est pas terminé : le musée annonce l’ouverture en septembre d’une exposition intitulée « L’archéologie en bulles », qui « invite la bande dessinée afin de montrer comment le 9e art s’approprie, entre réel et fiction, les découvertes archéologiques à l’origine des collections du Louvre ». La rencontre de Pervers Pépère et de Néfertiti promet d’être torride.

        Lire aussi la nécrologie :
         

          Gotlib, le « roi de la déconnade », laisse orphelins ses lecteurs et ses personnages



Fluide Glacial au Louvre - Série-or n°81. 96 pages. En kiosque jusqu’au 20 mars. 6,50 €



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-3"> ¤ Après un mois de polémique, l’éditeur suspend la réédition des trois textes antisémites et pronazis.
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Gallimard renonce à publier les pamphlets de Céline

Après un mois de polémique, l’éditeur suspend la réédition des trois textes antisémites et pronazis.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h23
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 10h51
    |

                            Florent Georgesco et 
Nicole Vulser








                        



                                


                            

Au nom de ma liberté d’éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet. » C’est sur un ton très personnel qu’Antoine Gallimard, PDG de la maison d’édition qui porte son nom, a sifflé la fin de partie, jeudi 11 janvier, dans un communiqué adressé à l’AFP. Après des semaines de polémique, les pamphlets antisémites et pronazis de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941), ne reparaîtront pas.

En tout cas, pas tout de suite. Et certainement pas de la manière initialement prévue : une reprise, simplement augmentée d’une préface de l’écrivain Pierre Assouline, de l’édition parue au Québec en 2012 sous le titre Ecrits polémiques – étonnant euphémisme –, publiée par la petite maison Editions 8, qui avait profité de la loi canadienne sur l’entrée des textes dans le domaine public cinquante ans après la mort de leur auteur (contre soixante-dix ans en France). Cette édition, dirigée par Régis Tettamanzi, professeur de littérature française du XXe siècle à l’université de Nantes, était en effet, aux yeux de beaucoup de spécialistes, nettement insuffisante sur le plan historique, multipliant les lacunes, les à-peu-près, parfois les erreurs factuelles (Le Monde des livres du 5 janvier).
« Que signifie “suspendre” ? »
L’affaire a commencé le 1er décembre 2017 sur le site du mensuel L’Incorrect, fondé par des proches de Marion Maréchal-Le Pen, qui révélait, par l’entremise de l’avocat François Gibault, que Lucette Destouches, sa cliente, venait de changer d’avis – la veuve de l’écrivain, 105 ans, avait jusque-là bloqué tout projet de ce genre, conformément à la décision prise après guerre par son mari.

Alors que beaucoup de voix se sont rapidement élevées, et d’abord celle de Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-4"> ¤ La maison d’édition souhaitait publier trois textes antisémites de l’auteur de « Voyage au bout de la nuit », un projet qui avait suscité l’émoi.
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Gallimard suspend son projet de réédition des pamphlets antisémites de Céline

La maison d’édition souhaitait publier trois textes antisémites de l’auteur de « Voyage au bout de la nuit », un projet qui avait suscité l’émoi.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 14h35
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 16h34
   





                        


La maison d’édition Gallimard a annoncé jeudi 11 janvier qu’elle suspendait son projet de publier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline. Antoine Gallimard, président des éditions, a justifié sa décision, « jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies » pour « envisager sereinement » ce projet.
La maison d’édition souhaitait publier trois pamphlets antisémites de l’auteur de Voyage au bout de la nuit : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941, donc pendant l’Occupation).

        Lire aussi :
         

                Petites et grandes manœuvres autour des pamphlets de Céline



Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais ils n’ont pas été réédités depuis la fin de la seconde Guerre mondiale. L’écrivain lui-même puis sa veuve, Lucette Destouches, âgée de 105 ans, s’y opposaient. Ils peuvent cependant aisément être consultés sur Internet ou achetés chez des bouquinistes.
Inspiré d’une édition québécoise
« Les pamphlets de Céline appartiennent à l’histoire de l’antisémitisme français le plus infâme. Mais les condamner à la censure fait obstacle à la pleine mise en lumière de leurs racines et de leur portée idéologiques, et crée de la curiosité malsaine, là où ne doit s’exercer que notre faculté de jugement », a estimé jeudi l’éditeur. Mais, a-t-il ajouté, « je comprends et partage l’émotion des lecteurs que la perspective de cette édition choque, blesse ou inquiète pour des raisons humaines et éthiques évidentes ».
Gallimard souhaitait publier « une édition critique » des pamphlets « sans complaisance aucune ». L’accompagnement des textes par un appareillage critique était selon le premier ministre, Édouard Philippe, entré dans ce débat, la seule condition acceptable pour que les pamphlets puissent être réédités. « Je n’ai pas peur de la publication de ces pamphlets, mais il faudra soigneusement l’accompagner », avait déclaré le chef du gouvernement dans un entretien au Journal du dimanche.
Dans un communiqué, l’éditeur parisien expliquait vouloir s’inspirer de l’édition publiée au Québec en 2012 par la maison canadienne Editions 8. Il assurait que le livre serait accompagné d’une analyse du professeur d’université Régis Tettamanzi et d’une préface signée de l’écrivain Pierre Assouline. Or de nombreuses voix se sont élevées, notamment celle de Frédéric Potier, à la tête de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, pour demander qu’un collectif interdisciplinaire incluant des historiens éclaire ces écrits, et que l’éclairage ne soit pas juste sur le plan littéraire.
« Une insupportable incitation à la haine »
Ce projet de réédition avait suscité de nombreuses réactions. Le 20 décembre, Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France, appellait dans L’Obs à l’interdiction pure et simple du volume et menaçait Gallimard d’une action en justice. Ce projet « est une agression contre les juifs de France », avait répété jeudi matin M. Klarsfeld sur Europe 1. Il s’est dit « soulagé » après l’annonce de Gallimard.
Ces textes constituent « une insupportable incitation à la haine antisémite et raciste », avait estimé mardi le Conseil représentatif des institutions juives (CRIF). Son président, Francis Kalifat, avait appelé les éditions Gallimard « à renoncer au projet de réédition de ces brûlots antisémites ».
Le député de La France insoumise Alexis Corbière s’était également indigné de la démarche de la maison d’édition. « N’oublions pas ce que le passé nous a appris et ne laissons pas des enjeux commerciaux faciliter l’enracinement d’une telle pensée et l’affaiblissement de notre vivre-ensemble », dénonçaient mercredi Guillaume Gouffier-Cha et Jean-François MBaye, deux députés La République en marche du Val-de-Marne.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-5"> ¤ Hafiz Adem publie un ouvrage sur son parcours migratoire.
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Du Soudan à la France, un réfugié dessine son odyssée

Hafiz Adem publie un ouvrage sur son parcours migratoire.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 09h50
    |

            Frédéric Potet








                        



   


Au Soudan, où il a vécu jusqu’à l’âge de 25 ans, Hafiz Adem n’a pas le souvenir d’avoir un jour dessiné, sauf à l’école. Peu de temps après son arrivée à Paris, porte de La Chapelle, où il dormait dehors, des feutres lui ont été confiés par une association d’aide aux migrants, Dessins sans papiers. Celle-ci organise des ateliers de dessin dans les camps de réfugiés et les centres d’hébergement de la capitale. C’était en mars 2017. Le jeune homme s’est pris au jeu. Dans un petit ouvrage édité par l’association, Le Voyage de Hafiz El Sudani, il raconte son parcours migratoire à travers une série d’illustrations qui, derrière une naïveté apparente, témoignent d’un sens inné de la couleur et de la composition.

   


Hafiz Adem y relate, dans le détail, tout ce qu’il a vécu au cours de ces deux dernières années. Son arrestation par la police qui le soupçonne d’avoir participé à l’assassinat d’un inconnu retrouvé mort dans un local associatif de son village, l’exécution de son frère aîné Moussa, les sévices perpétrés par les tortionnaires du régime d’Omar Al-Bachir, son évasion de la prison de Kordofan, sa fuite dans le désert libyen, sa traversée de la Méditerranée à bord d’un canot de fortune, le sauvetage de celui-ci par les gardes-côtes italiens…
Ne parlant pas un mot de français à son arrivée à Paris, ce fils de cultivateur s’est révélé dans le dessin, qu’il pratique depuis sans relâche. A mi-chemin entre BD et art brut, son récit a tapé dans l’œil du peintre Hervé Di Rosa. « A un moment, son dessin se déploie, envahissant la page, les couleurs scintillent comme un feu d’artifice et alors apparaissent des fleurs, des champs, des animaux, des visages de femmes, qui rappellent les manuscrits anciens de ces terres, berceau de l’humanité », écrit-il dans la postface de l’ouvrage (disponible sur le compte Facebook de l’association, 11 euros plus 3 euros de frais de port).

   


Di Rosa accueillera en résidence Hafiz Adam, en avril, dans son Musée international des arts modestes, à Sète. Le candidat à une demande d’asile s’étonne de l’intérêt qu’on porte à ses illustrations, « qui ressemblent encore trop à des dessins d’enfant », dit-il.
 www.facebook.com/groups/dessinssanspapiers



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-6"> ¤ Tiphaine Samoyault, spécialiste des études littéraires, rappelle, dans une tribune au « Monde », que les paroles haineuses de Céline ne se lisent pas que dans ses pamphlets, mais dans toute son œuvre.
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Pamphlets de Céline : la littérature « menacée de mort »

Tiphaine Samoyault, spécialiste des études littéraires, rappelle, dans une tribune au « Monde », que les paroles haineuses de Céline ne se lisent pas que dans ses pamphlets, mais dans toute son œuvre.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h33
    |

Tiphaine Samoyault (Essayiste et romancière)







                        



                                


                            
Tribune. De l’excellent dossier que « Le Monde des livres » du 5 janvier consacre à la polémique sur la réédition annoncée des pamphlets de Céline, il ressort qu’il y aurait deux visions de Céline, celle des « littéraires » et celle des « historiens » : quand la première, soucieuse de faire valoir la grandeur de l’écrivain et la force de son style, ne verrait dans les pamphlets qu’un égarement momentané, ne retirant rien à la force de l’œuvre romanesque, la seconde, indifférente au style, serait seule à même de mettre au jour l’antisémitisme profond de ces textes et de contextualiser ses éléments de propagande.
Ce partage est dangereux et entérine une division disciplinaire assez anachronique aujourd’hui, où les liens entre littérature et histoire sont revendiqués, par les historiens notamment (de Patrick Boucheron à Ivan Jablonka) ; et il oublie de rappeler ce que Barthes indiquait dans son article « Le discours de l’histoire » (Œuvres complètes II, Seuil, 1994) : qu’aucune discipline ne parle depuis la vérité.
Cette division manque aussi le fait que, du côté des études étiquetées « littéraires », des travaux très marquants (à commencer par ceux de Catherine Coquio sur les génocides et récemment sur la Syrie) se font certes à partir des productions artistiques et littéraires, mais en souci constant du contexte et dans une conscience historique d’autant plus forte que celle-ci est informée par le témoignage et la réflexion de l’art sur l’événement.
Il n’est pas inutile de rappeler que le travail majeur accompli par Alice Kaplan sur Bagatelles pour un massacre (Relevé des sources et citations dans « Bagatelles pour un massacre », Le Lérot, 1987) a été fait du double point de vue de la littérature et de l’histoire, aux Etats-Unis, certes, où l’université est moins rigoureusement assise qu’en France sur les divisions disciplinaires.

Dire que la lecture des pamphlets de Céline n’empêchera...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤ Yann Moix, écrivain et chroniqueur, explique dans une tribune au « Monde » qu’il n’y a qu’un Céline, et qu’on ne peut isoler les pamphlets du reste de son œuvre.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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Pamphlets de Céline : « L’homme est la capitale de toutes les contradictions »

Yann Moix, écrivain et chroniqueur, explique dans une tribune au « Monde » qu’il n’y a qu’un Céline, et qu’on ne peut isoler les pamphlets du reste de son œuvre.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h32
    |

Yann Moix (Ecrivain)







                        



                                


                            
Tribune. La moindre des choses, concernant les pamphlets de Céline, eût été de ne jamais tenir compte du refus de l’auteur de les voir republier. Retrancher à l’œuvre une part importante de l’œuvre, c’est en modifier l’ADN, c’est en truquer la vérité, c’est en modifier la portée. « Tout » Céline « moins » les écrits antisémites, c’est inventer un Céline qui n’existe pas, n’a jamais existé, est une chimère, une licorne.
Il fallait, dès après sa mort, en 1961, publier l’intégrale de l’œuvre dans « La Pléiade » et dans l’ordre chronologique ; le classement thématique (d’un côté les romans acceptables et géniaux, de l’autre les pamphlets inadmissibles et nauséeux) produit une idée fausse de l’homme qu’il fut.
Céline se déploie dans le temps, il n’y a que dans le temps, époque par époque, dans le déroulement des événements, que tenter de le « suivre » (je n’ai pas dit de le « comprendre ») est possible. Il ne s’appréhende que dans l’aberration de ses « évolutions », dans l’aggravation progressive de ses tares, de ses paranoïas. Ses paniques, ses folies sont indissociables de la marche temporelle de l’Histoire.
Oter de l’œuvre à l’œuvre, c’est la tronquer, c’est trahir le Céline admirable en le coupant de cette part maudite ; car il n’existe pas « deux » ­Céline : il n’existe, dans cette histoire, que la complexité d’un écrivain, qui nous rappelle que le génie (on peut naïvement le regretter) n’est pas mécaniquement le contraire du pire, et que l’on peut à la fois être le plus inexcusable des salauds et le plus immense créateur de son temps. Céline nous rappelle que l’homme est la capitale de toutes les contradictions, de toutes les configurations, de toutes les combinaisons, de toutes les possibilités, de toutes les impossibilités.
Monstruosité et génie
Quant au fameux appareil critique des pamphlets, je prétends pour ma part qu’il ne devrait pas être plus épais, plus scrupuleux que l’appareil critique des romans : prendre mille...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-8"> ¤ L’historien Zeev Sternhell explique, dans une tribune au « Monde », pourquoi un essai introductif sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France doit précéder toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.
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Pamphlets de Céline : « un travail d’historiens et de politologues » est indispensable

L’historien Zeev Sternhell explique, dans une tribune au « Monde », pourquoi un essai introductif sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France doit précéder toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h33
    |

                            Zeev Sternhell (Historien)








                        



                                


                            
Tribune. Une édition critique des pamphlets de Céline ne saurait se réduire à une reprise de l’édition québécoise avec l’ajout d’une simple préface littéraire concoctée à Paris. Céline est une figure majeure de l’antisémitisme français, de la tentation nazie en France et de l’usage qui en fut fait par la droite fasciste ou fascisante française. Remettre ces textes sous les yeux du grand public permet, d’une part, de mieux reconstituer les réalités idéologiques du XXe siècle, ce qui est toujours positif et conforme aux devoirs d’un éditeur, mais, d’autre part, peut contribuer à rendre une certaine légitimité à l’antisémitisme, ce qui de toute évidence n’est pas l’objectif de Gallimard.
Si on se lance dans une telle entreprise, il est impératif de faire précéder ce recueil non pas d’une quelconque préface, mais d’un essai introductif savant sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France, sur ses racines et sa fonction politique ainsi que sur sa signification pour le contexte culturel général. Une telle démarche demande non seulement de grandes connaissances mais un gros travail sur les réactions de l’opinion publique de l’époque. C’est un travail d’historiens et de politologues.
Un innocent exercice ?
Ce qui est essentiel, c’est le contexte et la nature de l’antisémitisme dans la France du XXe siècle : une telle étude doit nécessairement comporter une réflexion sur les rapports entre idées et action politique. L’antisémitisme, depuis le boulangisme, n’a jamais été une opinion, mais un outil de combat, une arme d’une extraordinaire puissance mobilisatrice. C’est pourquoi une réflexion sur le contenu nazi des pamphlets ­céliniens constitue une réflexion sur la culture politique de la première moitié du XXe siècle : les idées céliniennes reflétaient-elles un climat intellectuel ambiant ou n’étaient-elles qu’un innocent exercice, voire un malheureux accident de parcours ?

Les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-9"> ¤ Dans « Manger l’autre », la Mauricienne Ananda Devi trace un tableau terrifiant de notre présent à travers le corps d’une obèse.
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Ananda Devi joue gros jeu

Dans « Manger l’autre », la Mauricienne Ananda Devi trace un tableau terrifiant de notre présent à travers le corps d’une obèse.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Manger l’autre, d’Ananda Devi, Grasset, 218 p., 18 €.

En prenant pour sujet un personnage autodestructeur et obèse, le nouveau roman d’Ananda Devi s’inscrit dans une longue tradition littéraire du grotesque et de la déformation. Comment ne pas penser à Gargantua ou au Martyre de l’obèse, d’Henri Béraud (Albin Michel, 1922), mais aussi au Malone meurt, de Samuel Beckett (Minuit, 1951), terrible description d’un être immobilisé par son agonie, comme l’héroïne de Manger l’autre l’est par son extension de plus en plus monstrueuse (« Je suis le seul être que l’on voit de l’espace ») ? Ce qu’il y a de nouveau est l’application du procédé à la critique de l’« utopie-Internet ». « La Couenne », sobriquet dont l’affublent ses camarades de collège, est constamment clouée au pilori sur la Toile par photos et commentaires interposés, et comme condamnée à un tourment éternel. Avec le monde virtuel, « nous avons réinventé l’enfer ». « Jubilatoire, constate-t-elle, avide de chair pendouillante, ameutés par la mise à mort publique que l’on croyait abolie mais qui s’est rétablie insidieusement, depuis le temps des guillotines et des pendaisons et des fusillades. »
Humour lucide et grinçant
La colère qui sourd du récit suit l’expansion infinie des contours inlassablement observés de l’« éléphanteau » qu’est la narratrice. « Je suis le rejeton monstrueux d’un mariage contre nature entre surabondance et sédentarité, confie-t-elle. Je subis ce que vous refusez de voir mais subirez tous un jour : le gonflement grotesque de l’inutile. Et qu’est-ce qu’il y a de plus inutile que l’excès de gras, je vous le demande ? » 
Une telle mercuriale risquerait de s’enliser dans un discours pesamment démonstratif. Heureusement, l’humour lucide et grinçant de l’adolescente allège la prophétie de malheur, tout comme la précision...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤ « Douces déroutes » raconte des personnages en quête de sens dans la capitale haïtienne, où le désir est inséparable de la peur, la vie de la mort.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Yanick Lahens dans Port-au-Prince brûlante

« Douces déroutes » raconte des personnages en quête de sens dans la capitale haïtienne, où le désir est inséparable de la peur, la vie de la mort.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Douces déroutes, de Yanick Lahens, Sabine Wespieser, 232 p., 19 €.

Jetés sur l’asphalte brûlant, les personnages de Douces déroutes sont saisis dans leur course haletante. A leurs trousses, Port-au-Prince, la capitale haïtienne, comme un incendie. « Ici, vivre, c’est dompter les chutes. La ville est un chaudron et il faut viser l’écume pour ne pas aller racler le fond », médite Cyprien Novilus. Un convoi ministériel a failli faire basculer sa voiture dans le fossé. Stagiaire dans un cabinet d’avocats renommé, il est promis à un bel avenir s’il apprend à se taire et à fermer les yeux sur ce que trafiquent les puissants de l’île. Ceux qui refusent de le faire sont broyés.
Ainsi du juge Berthier, le père de Brune, sa petite amie, assassiné alors qu’il s’obstinait dans une affaire qui dérange le pouvoir. Le livre s’ouvre sur une lettre adressée à son épouse : « Nommer certaines choses est devenu un délit et non le fait que ces choses existent », écrit-il. Comment supporter cela ? Faut-il fuir ce Port-au-Prince déserté par la justice et gangrené par l’argent ? Faut-il s’en accommoder ou se battre – jusqu’à la mort ? Etudiants ou artistes, petits-bourgeois ou marginaux, les personnages du cinquième roman de Yanick Lahens composent avec le mélange d’amour et de désespoir qu’ils éprouvent pour leur pays. L’écrivaine haïtienne – prix Femina pour Bains de lune (Sabine ­Wespieser, 2014) – capte la musique entêtante et saccadée de cette lutte intime, et la fait résonner magnifiquement à nos oreilles.
Un sentiment de fusion
On entend d’abord la radio qui donne le pouls du pays, en diffusant la douceâtre ritournelle d’un sénateur chanteur, une antenne libre où éclatent la colère du peuple et une publicité tapageuse pour une belle voiture. Nous frappe ensuite la voix de Pierre, le beau-frère du juge Berthier, qui s’entête à démasquer les commanditaires de son assassinat....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-11"> ¤ Christophe Bigot raconte comment sa hantise du couperet l’a mené à l’écriture.
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L’échafaud pour ascenseur (littéraire)

Christophe Bigot raconte comment sa hantise du couperet l’a mené à l’écriture.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

                            Eric Loret








                        


                                                        
Autoportrait à la guillotine, de Christophe Bigot, Stock, 240 p., 19 €.
En 2008, le premier roman de Christophe Bigot, L’Archange et le procureur (Gallimard), était consacré à Camille Desmoulins. Huit ans plus tard, son quatrième mettait en scène une figure moins glorieuse de la période révolutionnaire, le versatile Lecointre de Versailles (Le Bouffon de la montagne, La Martinière, 2016). Avec ce cinquième livre, l’auteur délaisse la fiction pour se livrer à l’étiologie de ce qu’il avoue, entre malice et angoisse, être une obsession : « Longtemps, j’ai cru que j’avais été guillotiné dans une vie antérieure. » Toute son enfance, précise-t-il, il a été persuadé d’avoir été « jugé, condamné puis décapité pendant la Terreur révolutionnaire ». Il en cauchemarde régulièrement.
Etrangement, cette passion n’a pas de début : c’est en voyant une adaptation de Dumas à la télé, Le Chevalier de Maison-Rouge par Claude Barma, qu’à l’âge de 6 ans l’auteur « reconnaît » la guillotine et son « horreur familière ». A partir de là, romans, bandes dessinées et opéras rock sur la Révolution régalent le petit héros au quotidien. Il n’y a guère qu’en visitant l’obscur engin de son désir à la Conciergerie qu’il est déçu : « Le couperet n’a ni l’éclat étincelant ni le biseautage aigu que j’ai pu voir à la télévision. » Bientôt, c’est à la figure de Charlotte Corday que l’enfant s’attache, puis celle de Camille Desmoulins. Mais sa « fixette » n’est pas totalitaire puisque, outre de Danton et Robespierre, il est aussi fan de « Muriel Moreno du groupe Niagara, George Michael ou Morten d’A-ha – dont une amie de [son] frère a dit, en cours de musique, qu’elle pourrait “manger sa flûte pour lui” ».
A travers la petite bourgeoisie catholique et l’homosexualité
Attaquer l’écriture à sa racine névrotique et tenter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-12"> ¤ Romans, nouvelles, histoire, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 janvier.
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La rentrée littéraire d’hiver en bref

Romans, nouvelles, histoire, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 janvier.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du "Monde des livres"), 
                            André Loez (Historien et collaborateur du "Monde des livres"), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du "Monde des livres"), 
                            Philippe-Jean Catinchi et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        


                                                        Histoire. Poison graphique
Dessins assassins ou La Corrosion antisémite en Europe, 1886-1945. Collection d’Arthur Langerman, Fayard/Mémorial de Caen, 212 p., 25 €.
L’année politique qui vient de s’écouler a prouvé l’accablante longévité de l’imagerie antisémite. Au mois de mars 2017 d’abord, dans un tweet du parti Les Républicains représentant Emmanuel Macron en banquier à nez crochu et haut-de-forme, puis en novembre quand le socialiste Gérard Filoche (qui a depuis été exclu du parti) a diffusé, toujours à propos du président ­Macron, un montage photo tout aussi déplaisant. Troublant signe des temps : certains ont feint de ne pas comprendre le sens de ces images. C’est avoir la mémoire courte, comme permet de s’en convaincre la publication de la collection d’Arthur Langerman. Né en 1942, fils de déportés à Auschwitz, il a constitué un corpus éloquent et écœurant de caricatures antisémites, depuis les années 1890 et l’affaire Dreyfus. Original dans sa composition, avec des dessins issus de l’Allemagne nazie mais aussi de la Hongrie et de la Pologne des années 1920 et 1930, l’ouvrage rappelle, malgré les lacunes de certaines légendes, combien ce poison graphique fut répandu dans l’Europe du premier XXe siècle. A. Lo.
Nouvelles. Dix rêves et cauchemars américains
Dans la grande violence de la joie (The Man Who Shot Out My Eye Is Dead), de Chanelle Benz, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Hoepffner, Seuil, 256 p., 20 €.
Ils sont moines, nonnes, enfants de diplomates ou d’alcooliques, et ils cherchent à sauver leur peau « dans la grande violence de la joie ». Le soufflant premier recueil de Chanelle Benz saisit en dix nouvelles d’une grande diversité l’histoire de l’Amérique et de sa littérature : le puritanisme, la folie de la conquête de l’Ouest, l’horreur de la ségrégation, le monde parallèle des services secrets ou du petit peuple des mobile homes....




                        

                        


<article-nb="2018/01/12/19-13">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-13"> ¤ Avec « Une vie comme les autres », l’écrivaine américaine réussit à faire ressentir au lecteur les souffrances de son héros.
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L’ami en peine d’Hanya Yanagihara

Avec « Une vie comme les autres », l’écrivaine américaine réussit à faire ressentir au lecteur les souffrances de son héros.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 15h45
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


                                                        
Une vie comme les autres (A Little Life), d’Hanya Yanagihara, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Ertel, Buchet-Chastel, 816 p., 24 €.
Voici un livre qui avance masqué, s’appliquant, dans un premier temps, à mimer l’ordinaire. Par son titre, d’abord : Une vie comme les autres – la version originale, A Little Life, joue tout autant profil bas. Par ses premières pages, ensuite, qui donnent au lecteur l’impression, pas désagréable et même confortable, de s’embarquer dans un texte semblable à bien d’autres, d’un genre qui a largement fait ses preuves. Le deuxième roman (premier traduit en français) de l’Américaine Hanya Yanagihara se présente en effet comme l’histoire d’un groupe d’amis arrivant à New York à l’issue de leurs études et bien décidés à se faire une place dans la grande ville. Il y a là JB, le peintre, Malcolm, l’architecte, Willem, aspirant acteur qui gagne surtout sa vie comme serveur, et enfin Jude, l’avocat.
L’épaisseur de l’ouvrage, ces quelque 800 pages qui pourraient suffire à trahir la dimension hors normes du roman, assure qu’on va les suivre pendant des décennies, ce dont on ne peut que se réjouir, très vite attaché aux angoisses de Malcolm, au cynisme de JB, à la douceur inquiète de Willem, et au mystère de Jude.
Progressivement, pourtant, Une vie comme les autres dévoile sa vraie nature : celle d’un roman terrible, douloureusement magnifique, qui va obliger le lecteur à faire une expérience spectaculaire de l’empathie. Ou même de la sympathie, au sens étymologique du terme : sans cesse, on souffre avec Jude, véritable héros du livre, dont on découvre au fil des décennies, au même rythme que ses amis, quelles monstrueuses enfance et adolescence il affronta ; pourquoi il se scarifie ; pourquoi il a parfois tant de mal à marcher ; pourquoi nul ne lui connaît de vie sentimentale ou sexuelle. Acharné à se présenter comme un être sans histoire(s),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤ Un jeune homosexuel se construit dans la sauvagerie américaine des années 1860. « Des jours sans fin », célébration joyeuse et optimiste – malgré tout.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Sebastian Barry à l’amour comme à la guerre

Un jeune homosexuel se construit dans la sauvagerie américaine des années 1860. « Des jours sans fin », célébration joyeuse et optimiste – malgré tout.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
    |

            Christine Rousseau








                        



                                


                            
Des jours sans fin (Days Without End), de Sebastian Barry, traduit de l’anglais (Irlande) par Laetitia Devaux, Joëlle Losfeld, 272 p., 22 €.

Même si le voyage fut long et mouvementé entre Sebastian Barry et Thomas McNulty, l’étonnant narrateur de Des jours sans fin, l’écrivain irlandais (né en 1955) ne cache pas sa fierté devant ce roman qui chemine en lui depuis près de cinquante ans.
Il est vrai qu’avec cette fresque épique et intimiste qui, sur fond de génocide amérindien et de guerre de Sécession (1861-1865), interroge l’identité de la nation américaine et celle d’un homme, l’écrivain s’est vu décerner, pour la deuxième fois – fait unique –, le prestigieux prix Costa. Pour autant, « ma fierté est indépendante de toute considération littéraire », précise le romancier et dramaturge de passage à Paris. Avant d’évoquer la genèse de ce livre et ce qui lie celui-ci à son plus jeune fils, Toby, qui en a changé le cours, lui conférant une dimension intime inédite et une tonalité d’écriture moins classique.
Généalogie d’une œuvre grave et poétique
Si, depuis ses débuts, l’auteur du somptueux Testament caché (Joëlle Losfeld, 2009) ne cesse de puiser la matière de ses romans et de certaines de ses pièces de théâtre dans l’histoire des siens – composant, entre les Dunne et les McNulty, la généalogie d’une œuvre grave et poétique –, celle qu’il entendit enfant, racontée par son grand-père, sur un grand-oncle parti en Amérique lors de la guerre de Sécession, résistait à toute tentative de fictionnalisation. Ou presque. Puisque, après un roman avorté dans les années 1980, le dramaturge prit le relais, composant The White Women Street (« La rue des femmes blanches », non traduit) : une pièce empreinte de lyrisme, où le futur héros de Des jours sans fin peinait cependant à apparaître.
C’est en s’immergeant dans d’innombrables ouvrages historiques,...




                        

                        


<article-nb="2018/01/12/19-15">
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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤ Plongée dans la question de l’être telle que l’auteur de la « Métaphysique » l’a inaugurée. Une superbe redécouverte de la sidération dont procède la philosophie.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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Bernard Sichère à la poursuite de la plénitude avec Aristote

Plongée dans la question de l’être telle que l’auteur de la « Métaphysique » l’a inaugurée. Une superbe redécouverte de la sidération dont procède la philosophie.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Aristote au soleil de l’être, de Bernard Sichère, CNRS Editions, 152 p., 23 €.

Aristote (384-322 av. J.-C.) a 17 ans quand il rejoint à Athènes l’Académie, l’école que Platon, de plus de quarante ans son aîné, a fondée après avoir lui-même reçu l’enseignement de Socrate. Il reste auprès du vieux maître jusqu’à la mort de ce dernier, vingt ans plus tard. Puis il crée à son tour plusieurs écoles, dont le Lycée, où il donnera naissance à une philosophie d’une telle fécondité qu’elle va être l’une des sources principales de la métaphysique occidentale. Une philosophie qui, en redonnant la priorité au visible sur l’invisible, à l’individu sur l’universel, en attachant le plus étroitement possible ce qui constitue la réalité concrète à ce que l’esprit humain peut en percevoir, s’arrachera au platonisme dont elle procède, nouant avec lui un débat qui dure encore.
La pensée, dans ses commencements, est affaire de lieux, de rencontres entre des hommes « de chair et d’os », comme l’écrit Bernard Sichère, qui résume : « Une vie philosophique, c’est d’abord une vie. » Il n’y a pas de philosophie sans transmission de proche en proche, sans l’intimité d’un face-à-face. L’une des forces d’Aristote au soleil de l’être, brève et dense plongée dans la question de l’être telle qu’Aristote l’a inaugurée, est de ne jamais perdre de vue cette incarnation de la pensée. Il s’agit d’une enquête métaphysique, mais menée en soi-même, là où la pensée des autres – Platon, Aristote, Heidegger (1889-1976) aussi, très présent dans ces pages – ouvre la vôtre à des dimensions nouvelles, la rapproche de la présence des êtres, des choses, du monde, de l’être tout court en somme, de cette évidence sidérante que ce qui est est.
Une vie nouvelle
Bernard Sichère (né en 1944) évoque en quelques lignes, vers le début, la généalogie de ce qui a été pour lui, en quelque sorte, une conversion à Aristote, laquelle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-16"> ¤ L’égyptologue Jan Assmann analyse les sources bibliques de la violence religieuse. A laquelle il oppose le pluralisme propre aux Lumières.
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Essai. La religion en cellule de déradicalisation

L’égyptologue Jan Assmann analyse les sources bibliques de la violence religieuse. A laquelle il oppose le pluralisme propre aux Lumières.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 10h58
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Le Monothéisme et le langage de la violence. Les débuts bibliques de la religion radicale (Totale Religion. Ursprünge und Formen puritanischer Verschärfung), de Jan Assmann, traduit de l’allemand par Jean-Marc Tetaz, Bayard, 230 p., 21,50 €.
Depuis quelques années, l’égyptologue et archéologue allemand Jan Assmann (né en 1938) est devenu l’un des historiens des religions les plus discutés, parce que ses thèses sur les origines de la violence semblent en rendre le monothéisme responsable. En forgeant la notion de « distinction mosaïque », ce savant, qui intervient aussi dans les affaires de son temps, pouvait laisser penser que, dans un monde antique qui ignorait l’exclusivisme sacré, la différence entre Dieu vrai et idoles fallacieuses instaurée par l’Ancien Testament avait introduit un fanatisme, dont les tentacules se prolongeraient jusqu’au fondamentalisme islamiste actuel.
De là à soupçonner chez lui une secrète nostalgie pour un paganisme supposé plus « tolérant », il n’y aurait qu’un pas aisé à franchir si Jan Assmann n’avait très tôt averti ses lecteurs qu’il restait aussi proche de la culture biblique que de l’Aufklärung (les Lumières). Le Monothéisme et le langage de la violence, son nouvel essai, qui reprend une partie de son Violence et monothéisme de 2009 (Bayard), constitue une tentative de dissiper les malentendus et d’apporter des nuances dans une matière éminemment sensible.
Colère divine
Dès le début, il balaie l’idée que le Pentateuque aurait inventé la rhétorique du Dieu « vengeur », voire « exterminateur ». L’évocation des rituels égyptiens visant à « abattre Apopis » (un serpent de mer géant qui tente de s’opposer à la bonne marche du soleil) ne vient-elle pas montrer qu’une figure d’ennemi à abattre s’insère sans problème dans les cadres de pensée du polythéisme ? De même précise-t-il que la tradition biblique est polyphonique.
Il...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-17"> ¤ Une jeune femme que la cécité menace se révolte contre l’apitoiement des siens. Fort récit de la Chilienne Lina Meruane.
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Perdre la vue, gagner la vie

Une jeune femme que la cécité menace se révolte contre l’apitoiement des siens. Fort récit de la Chilienne Lina Meruane.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
    |

                            Ariane Singer (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        


                                                        
Un regard de sang (Sangre en el ojo), de Lina Meruane, traduit de l’espagnol (Chili) par Serge Mestre, Grasset, 220 p., 19 €.
Tout commence par une déflagration intérieure. Lors d’une fête un peu trop bruyante, une jeune Chilienne, doctorante à New York, sent son œil se remplir de sang. L’autre est également touché, quoique dans une moindre mesure. L’explosion des veines de ses rétines ne constitue pas une vraie surprise pour la narratrice qui, comme l’auteure, se nomme Lina Meruane : suivie depuis longtemps par un spécialiste pour une maladie qui n’a pas encore de traitement efficace, elle sait sa vue en sursis. Mais l’accident, survenu aux heures creuses du week-end, n’en reste pas moins traumatisant. D’autant qu’autour de la jeune femme, personne ne remarque la catastrophe qui vient d’advenir. Lina va-t-elle devenir aveugle ? Ou récupérer la vue, à terme ?
Cette incertitude, fil rouge – si l’on peut dire – d’Un regard de sang, son premier roman traduit en français, permet à la romancière de composer un récit original sur la perte des repères existentiels dans une vie qu’ébranle un handicap soudain. Un sentiment d’égarement et de désorientation d’autant plus fort que Lina emménage au même moment, avec son fiancé Ignacio, dans un nouvel appartement, situé dans un quartier qu’elle ne connaît pas. « La maison était devenue vivante, elle empoignait la garde de son épée, aiguisait la lame, tandis que je tentais de me réfugier dans des coins sans cesse mouvants », énonce-t-elle dans ce récit, construit comme un long monologue intérieur, sous la forme d’un flux de conscience.
Retour à une forme d’enfance
La défaillance de ses yeux, qui transforme Manhattan en un monstre labyrinthique, saturé d’escaliers et d’obstacles, Lina va tenter de la compenser par tous les moyens possibles : par la pulpe de ses doigts devenus entités autonomes, par son ouïe, par son odorat, enfin, qui reconnaît « le...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-18"> ¤ La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Un savoir gai », de William Marx.
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Figures libres. Voyage en désir inconnu

La chronique de Roger-Pol Droit, à propos d’« Un savoir gai », de William Marx.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 11h02
    |

                            Roger-Pol Droit








                        



                                


                            
Un savoir gai, de William Marx, Minuit, 176 p., 15 €.

Etre homosexuel, mais qu’est-ce donc ? On pourrait croire la question évanouie. Comme si, désormais, il suffisait de répondre : « Rien de spécial. » Libéralisation des mœurs, évolution des mentalités, mariage pour tous, multiplication des Gay Pride, audience des mouvements LGBT… indiquent en effet un affaiblissement accéléré des exclusions anciennes.
Désirer des gens du même sexe que le sien a pratiquement cessé d’être monstrueux, diabolique ou pathologique. En tout cas dans les sociétés ouvertes et libérales. Seules des cultures closes, archaïques et crispées connaîtraient encore l’incompréhension, l’exclusion, les persécutions envers les homosexuels. Voilà qui semble globalement exact.
C’est pourtant bien trop vite dit. Car, au quotidien, quantité de distances, de frontières et de malentendus perdurent. Parce que la sexualité n’est pas simple affaire de goût, aussi anodine et innocente que de préférer le rouge au bleu ou les pommes aux poires.

Avec finesse et intelligence, William Marx commence par souligner combien le désir sexuel – « chose mentale », aurait dit ­Léonard de Vinci – donne forme au rapport à soi, au monde, aux autres. Il n’engage pas seulement, et de loin, excitations ou manières de jouir. Au contraire, il trace, de proche en proche, des chemins esthétiques, éthiques, politiques qui se révèlent vite singuliers, à condition qu’on les explore et les décrive comme ils le méritent.
De telles investigations supposent d’oser se mettre à nu, tout en parvenant à penser précisément ce qu’on vit. Elles demeurent donc fort rares. La réussite de cet essai ciselé, fragmentaire et atypique, tient d’abord à ce double registre : les anecdotes y côtoient les concepts, les confessions intimes les analyses générales. Il y est en effet « question d’amour, de drague, de fantasme, de pornographie et de taille du pénis,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-19"> ¤ Claro est méga-impressionné par les cinq cents nouvelles « Microfictions ».
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Le feuilleton. L’impeccable poétique du pire de Régis Jauffret

Claro est méga-impressionné par les cinq cents nouvelles « Microfictions ».



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h00
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 09h38
    |

                            Claro (Ecrivain et traducteur)








                        



                                


                            
Microfictions 2018, de Régis Jauffret, Gallimard, 1 024 p., 25 €.

La rumeur court selon laquelle il y aurait autant de morts, sinon plus, dans Microfictions 2018 que dans la saison 7 de Game of Thrones. Ce qui est certain, en revanche, c’est que Régis Jauffret – l’auteur de ces 500 et quelques univers compressés – a forgé d’imparables armes stylistiques pour orchestrer cet impeccable carnage. Mais ne nous attardons pas trop sur les crevés qui, dans ce livre-ogre, sont au mieux des signes de ponctuation venus rythmer la dictée de la vie, dont les thèmes honnis sont ici le couple, la famille, le travail. Oui, traversons vite l’ossuaire du quotidien, car il n’y a pas que les proches qui partent. Les sentiments meurent aussi. Le désir périme, signalé par d’inquiétantes détumescences. Les espoirs piquent du nez dans la soupe. Les ambitions pourrissent sur pied. Même les regrets se font la malle, c’est pour dire. Quelques lueurs de bonheur subsistent, certes, mais oh, le fumier sur lequel elles vivotent ! Bref, prenez l’humanité, du moins ce qu’il en reste aujourd’hui, la plus triviale, la plus blanche, la plus urbaine, cessez de l’oindre de cette pommade cuisante qu’est le scrupule, puis laissez-la se vautrer ou s’égailler capricieusement entre les pages de Microfictions 2018. J’allais dire : vous ne la reconnaîtrez pas. Mais le pire, c’est que, hélas trois fois hélas, vous la reconnaîtrez.
Il y a une dizaine d’années, Régis Jauffret publiait un premier volume de « microfictions » (Gallimard, 2007), recueil de proses implacables mettant déjà en scène les mille et un déboires du mammifère le plus lâche de la planète. Ce deuxième volume, de facture tout aussi délétère, semble prolonger et exacerber le projet baudelairien du Spleen de Paris, au moyen de tableautins d’une page et demie où cynisme et infamie mènent – en apparence – la danse. On l’a dit, le milieu ambiant ici...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤ La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Tristan », de Clarence Boulay.
<filname="PROF-0,2-3260,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Premier roman. Les jeunes gens et la mer

La chronique de Leïla Slimani, à propos de « Tristan », de Clarence Boulay.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h00
    |

                            Leïla Slimani (Ecrivaine)








                        



                                


                            
Tristan, de Clarence Boulay, Sabine Wespieser, 192 p., 18 €.

L’aventure est-elle encore possible ? Dans un monde fini, mesuré, infiniment exploré, on éprouve parfois de la nostalgie pour l’inconnu et les grandes découvertes. A l’époque du tourisme de masse, de la démesure démographique, reste-t-il une place pour la solitude et l’émerveillement ? Dans Tristan, très beau roman de Clarence Boulay, on embarque pour un voyage au bout du monde. Ida quitte Le Cap, en Afrique du Sud, à bord d’un langoustier, pour rejoindre l’île de Tristan. Un minuscule morceau de terre, à quelques encablures de Sainte-Hélène. Elle débarque sur ces terres sauvages où vit une petite communauté qui garde avec les étrangers des relations à la fois distantes et cordiales. Ida trompe sa solitude en dessinant sur son bloc les lignes épurées de la mer et des côtes.
Lorsqu’une épave échoue sur l’île aux Oiseaux toute proche, elle se porte volontaire auprès d’un équipage restreint et uniquement masculin pour aller évaluer les dégâts. Les quelques jours passés sur le rocher sont éprouvants. Il faut chasser et pêcher pour se nourrir. Dormir à même le plancher en prenant garde aux skuas, des oiseaux qui risquent de vous « bouffer les yeux ». Avec un naturel incroyable, Clarence Boulay entremêle alors le récit de ce combat avec les éléments et celui de la naissance d’une passion physique et amoureuse avec Saul.
Sur son quant-à-soi
Ce texte ne ressemble à aucun autre. On n’y trouvera ni les codes du récit d’aventure ni ceux du journal de bord purement impressionniste. Il y a l’océan, les tempêtes et des animaux sauvages, mais pas de volonté de singer Melville ou Conrad. La langue, d’abord, est tout à fait singulière, vaporeuse et précise, suprêmement sensuelle. Il y a de la vie dans ce récit, de la chair, des peaux et des entrailles. Ida regarde avec passion son amant dont elle exalte la force, l’abandon, la beauté....




                        

                        

