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L’historien des idées Daniel Lindenberg est mort

Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 18h00
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h29
    |

            Jean Birnbaum et 
Nicolas Weill








                        



                                


                            
L’historien des idées, essayiste et sociologue Daniel Lindenberg est mort des suites d’une longue maladie, vendredi 12 janvier, à Paris. Sa vie a été a été vouée à un engagement sans faille au sein de la gauche, marxiste d’abord, critique ensuite, républicaine et antiraciste enfin. Issu d’une famille liée au Bund, mouvement socialiste juif et antisioniste actif à la fin du XIXe siècle en Russie, en Lituanie et en Pologne, il a toujours revendiqué son attachement à un judaïsme laïc et progressiste. Son itinéraire se confond surtout avec celui d’une génération marquée par l’avant et l’après-Mai 68, moment auquel il sera toujours resté fidèle.
Partisan du franco-judaïsme
Daniel Lindenberg est né en 1940 à Clermont-Ferrand, alors que ses parents, juifs polonais, tentaient de passer en zone libre. Son père et sa mère s’étaient rencontrés quelques années auparavant à Strasbourg, où l’un et l’autre avaient émigré pour suivre des études de médecine (en Pologne, le numerus clausus concernant les juifs les en avait empêchés). Après des études d’histoire et de sociologie à la Sorbonne, Daniel Lindenberg adhère, dans les années 1960, à l’Union des étudiants communistes, dont la fraction gauchiste avait été « épurée » par le PCF. Puis il passe à l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, groupe maoïste où milite également Blandine Kriegel, dont il croise l’itinéraire. C’est sous l’influence de la philosophe qu’il dira avoir rompu avec le marxisme.
Il devient ensuite historien des idées, sa carrière épousant l’aventure de l’université de Vincennes (aujourd’hui Paris VIII-Saint-Denis, où Daniel Lindenberg était professeur depuis 1996). Ses premiers livres sont marqués par les options politiques de l’époque : L’Internationale communiste et l’Ecole de classe (Maspero, 1972), sous l’inspiration du philosophe althussérien Nikos Poulantzas, et Le Marxisme introuvable (Calmann-Lévy, 1975). Un autre essai, Lucien Herr,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que la contradiction entre l’engagement citoyen des entreprises et des financiers et leurs pratiques d’optimisation fiscale traduit peut-être moins une duplicité de leur part qu’un rapport de force assumé.
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« L’écologie est aussi un enjeu de la recomposition de la gouvernance mondiale »

Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que la contradiction entre l’engagement citoyen des entreprises et des financiers et leurs pratiques d’optimisation fiscale traduit peut-être moins une duplicité de leur part qu’un rapport de force assumé.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 14h00
    |

                            Pierre-Yves Gomez (Professeur à l'EM Lyon)








                        



                                


                            
Entreprises. Le One Planet Summit, organisé par la France, le 12 décembre 2017, a voulu clore l’année sur une note optimiste. Deux ans après la COP21, qui avait réuni 196 Etats à Paris pour tenter de définir une politique de lutte commune ­contre le réchauffement climatique, le président Macron a invité cette fois des entreprises, des financiers et de riches philanthropes à ­s’engager sur l’avenir de la planète.
Les discours ont affirmé qu’on ne pouvait se contenter de paroles et que, face à la lenteur des politiques, il fallait miser sur l’efficacité entrepreneuriale. Le salut viendrait en particulier d’une réorientation de l’épargne des ménages ou des fortunes privées vers des investissements dans les énergies ­renouvelables. Ainsi ont pu être tracées les perspectives d’une puissante « finance verte », que symbolisait la participation au sommet de Bill ­Gates.

Celui-ci a fondé, en 2015, la Breakthrough Energy Coalition pour investir dans le solaire et l’éolien les dotations d’une trentaine de ­milliardaires, dont les principaux magnats de la Silicon Valley. Trois milliards d’euros auraient été levés – dont deux apportés par M. Gates.
« Pacte mondial »
Or, quelques semaines auparavant, le Consortium international des journalistes d’investigation avait publié l’enquête dite des « Paradise Papers ». Elle révélait comment des entreprises, des financiers ou de riches particuliers pratiquent massivement l’optimisation fiscale. Celle-ci consiste à gérer les flux de trésorerie interne de manière à payer ses impôts dans les pays où la taxation est la plus faible.
Des cabinets de conseil spécialisés dans l’op­timisation fiscale ont pignon sur rue
On estime à 350 milliards d’euros le manque à gagner pour les Etats. Cette pratique ne viole pas la loi, mais joue sur la concurrence législative que se font les pays pour attirer chez eux soit les emplois, soit les profits des ­sociétés transnationales. Des cabinets de conseil...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Au catalogue, Bernie Sanders, Thomas Piketty, les Economistes ­atterrés mais aussi des brûlots contre l’industrie de la viande ou la pilule… Les liens qui libèrent éditent la gauche tendance altermondialiste dans toutes ses variantes. Portrait de ses fondateurs.
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Le Monde
 |
                  12.01.2018 à 13h57


Au catalogue, Bernie Sanders, Thomas Piketty, les Economistes ­atterrés mais aussi des brûlots contre l’industrie de la viande ou la pilule… Les liens qui libèrent éditent la gauche tendance altermondialiste dans toutes ses variantes. Portrait de ses fondateurs.

Par                             Dominique Perrin





                     

Curieux nom, Les liens qui libèrent. Cette maison d’édition engagée, tendance gauche-antilibérale-écolo, se niche au fond d’une cour pavée de Saint-Germain-des-Prés, épicentre parisien des lettres. Ses fondateurs, Henri Trubert et Sophie Marinopoulos, nous reçoivent un après-midi d’hiver. Tous deux portent la même fine doudoune kaki. Il commence une phrase, elle la termine. Il lui coupe la parole, elle lui rappelle qu’ils s’étaient promis de ne plus s’interrompre. Elle rit, il rit. Henri Trubert : « On est mari et femme. » Sans blague.
« Depuis Darwin, Freud ou Einstein, nous savons que rien ne peut s’épanouir sans liens, expliquent-ils de concert à propos du nom de leur société. En biologie, les organismes vivants interagissent entre eux. En économie, tout est échange. Un enfant, quand il naît, a besoin d’être entouré affectivement, sinon il meurt. Pourtant, on vit dans une société marquée du sceau de la déliaison. On croit à l’identité fermée, à la captation financière, on imagine être maître de la nature… » Sur la crise des liens, ils sont intarissables. Nous, on sent surtout qu’entre ces deux passionnés, c’est le lien amoureux qui mène la danse. Une interaction chimique, qui leur donne envie de secouer les idées pour mieux réinventer le monde. À deux.
Transmettre des idées
Le succès de leur petite entreprise raconte une époque avide d’une lecture critique et utopique de la société. La jeune maison réussit à pêcher tous les grands noms de la contestation économique, de Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie, à Jeremy Rifkin, en passant par l’anarchiste David Graeber, pilier du mouvement Occupy Wall Street en 2011 ou Bernie Sanders, candidat démocrate aux primaires en 2016.

Côté français, elle choisit l’économiste ­Thomas Piketty, dont elle édite les chroniques, ou l’économiste et philosophe ­Frédéric ­Lordon, figure du mouvement Nuit debout en 2016. Elle multiplie les approches, publiant aussi bien...





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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Destinée à succéder à l’impopulaire plate-forme APB, Parcoursup sacrifierait la majorité des étudiants au profit d’une élite estiment, dans une tribune au « Monde », les universitaires Thomas Brisson et Bertrand Guillarme.
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« Parcoursup fait entrer l’université dans le monde de la concurrence généralisée »

Destinée à succéder à l’impopulaire plate-forme APB, Parcoursup sacrifierait la majorité des étudiants au profit d’une élite estiment, dans une tribune au « Monde », les universitaires Thomas Brisson et Bertrand Guillarme.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h22
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 17h38
    |

Thomas Brisson et Bertrand Guillarme (Enseignants-chercheurs au département de science politique, Université Paris VIII)







                        



                                


                            
Tribune. Le projet de loi « Orientation et réussite des étudiants » sera prochainement présenté au Parlement. Sans même prendre la peine d’attendre ce moment, le ministère de l’enseignement supérieur a déjà adressé en 2017 nombre d’injonctions aux équipes universitaires pour en organiser la mise en place, en dehors de tout cadre légal. Une telle précipitation est officiellement justifiée par l’urgence qu’il y aurait à remplacer un système impopulaire, APB, vu comme incapable de satisfaire les choix d’orientation des futurs étudiants. Lui succède ainsi une nouvelle plate-forme nommée « Parcoursup », fonctionnant sur la base de principes différents.
tout amène à penser que c’est plutôt un système opaque et injuste qui sera mis en place
Les lycéens seront invités à formuler dix choix non hiérarchisés (au lieu des vingt-quatre d’APB classés eux par ordre de préférence) dans un dossier qui comportera plusieurs pièces (en plus d’une lettre de motivation et des bulletins de notes de première et terminale, les avis du conseil de classe de terminale sur les choix d’orientation demandés par les lycéens). Pour accompagner ce processus, les universités ont dû commencer à formuler des « attendus nationaux » par discipline, éventuellement précisés par des « attendus locaux ».

Selon le gouvernement, ce système permettrait enfin une orientation à visage humain, soucieuse de respecter les aspirations des lycéens et de valoriser au mieux leurs capacités. En pratique, tout amène à penser que c’est plutôt un système opaque et injuste qui sera mis en place. Comment, en effet, va se dérouler le processus d’examen des candidatures ? Pour chaque formation demandée, les équipes pédagogiques devront classer en moyenne mille dossiers par cursus (selon les estimations du ministère) : ce n’est en effet que grâce à ce classement hiérarchisé que les propositions pourront être adressées aux candidats, dans la limite des places disponibles dans chaque licence.
Quatre...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Editorial. Sept ans après la révolution de 2011, la fracture entre un littoral prospère et un arrière-pays oublié est plus profonde que jamais, comme le montrent les manifestations qui se multiplient.
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Tunisie : l’envers du décor d’une transition tant célébrée à l’étranger

Editorial. Sept ans après la révolution de 2011, la fracture entre un littoral prospère et un arrière-pays oublié est plus profonde que jamais, comme le montrent les manifestations qui se multiplient.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h06
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 15h13
   





                        



   


Editorial du « Monde ». La grogne sociale enfièvre la jeune Tunisie démocratique. Depuis le début de la semaine, les manifestations se multiplient dans l’arrière-pays comme dans certains quartiers de Tunis. Elles ont été provoquées par l’entrée en vigueur, le 1er janvier, d’un budget prévoyant des hausses de prix frappant durement les couches sociales les plus modestes. En marge des rassemblements, des troubles ont éclaté, donnant lieu dans certains cas à des pillages et à des mises à sac de bâtiments publics. Les forces de l’ordre ont procédé à environ 600 arrestations.

        Lire aussi :
         

                A Hammam Lif, le désarroi des Tunisiens victimes de la vie chère



Ces convulsions jettent une lumière crue sur l’envers du décor de la transition tunisienne tant célébrée à l’étranger : son échec socio-économique. La révolution de 2011, qui avait renversé le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, allumant ainsi la mèche des révolutions arabes, avait été surtout menée par la jeunesse des régions défavorisées de l’intérieur du pays. Au-delà de l’aspiration démocratique, la révolte tunisienne exprimait une attente économique : la refonte d’un modèle de développement historiquement conçu par les élites au pouvoir à Tunis pour favoriser un littoral prospère, au détriment d’un arrière-pays oublié.
Sept ans plus tard, ce chantier est en panne. La fracture territoriale entre les deux Tunisie est plus profonde que jamais. Il ne faut pas s’en étonner. Si la révolution a permis d’enclencher un louable processus démocratique, elle n’a pas touché au système économique en vigueur avant 2011. Les groupes d’intérêt qui avaient bénéficié des dictatures précédentes ont maintenu leurs positions dans le nouveau cadre politique et bloqué toute reforme radicale, en particulier celle d’un régime fiscal inique.

        Lire aussi :
         

                Tunisie : « La contestation actuelle est un rappel à l’ordre des engagements pris durant la révolution »



Il est peut-être temps que le regard extérieur sur la Tunisie soit moins naïf. La célébration lyrique du « modèle démocratique » tunisien, cet exercice diplomatique obligé, doit cesser de s’aveugler sur les forces du statu quo qui s’emploient à vider la révolution d’une partie de sa substance. Si les Européens veulent prouver la sincérité de leur soutien au peuple tunisien, il leur faut d’abord déjouer tout un discours qui exalte les acquis démocratiques dans la forme pour mieux les affaiblir dans la réalité.
Ne pas occulter les questions qui fâchent
Tunis a beaucoup capitalisé au niveau international sur ce qu’il faut bien appeler sa « rente démocratique », à savoir une bienveillance automatique due à son exemplarité dans le monde arabo-musulman. Sans pour autant en retirer de substantiels bénéfices économiques, il faut le reconnaître.

        Lire aussi :
         

                Safwan Masri : « La Tunisie n’est pas un modèle pour le monde arabe »



Une amitié exigeante ne saurait occulter les questions qui fâchent. Est-il normal que les sacrifices imposés par l’impératif – que nul ne conteste – de réduction des déficits publics frappent surtout la classe moyenne et les foyers les plus modestes, alors que les couches privilégiées restent sous-fiscalisées ? Est-il normal que la Tunisie soit actuellement le théâtre d’une présidentialisation de son régime politique, à laquelle s’emploie activement le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, à rebours de l’inspiration parlementaire de la Constitution de 2014 ? Est-il normal enfin que la coalition dirigeante formée autour des partis Nidaa Tounès (« moderniste ») et Ennahda (islamiste) se partagent les dépouilles de l’Etat en érodant insidieusement les contre-pouvoirs ?
Ces reniements, qui ouvrent la voie à une possible restauration autoritaire, tissent la toile de fond de la grogne actuelle. Exiger des dirigeants tunisiens qu’ils honorent la promesse de 2011 est le meilleur moyen de garantir la stabilité de ce pays unique.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ VU D’AILLEURS. Dans un essai paru au Royaume-Uni, l’historienne britannique Mary Beard rappelle que la difficuté des femmes à se faire entendre remonte à l’Antiquité – et invite à redéfinir la notion de pouvoir.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤                     
                                                   
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Pourquoi les oratrices dérangent

VU D’AILLEURS. Dans un essai paru au Royaume-Uni, l’historienne britannique Mary Beard rappelle que la difficuté des femmes à se faire entendre remonte à l’Antiquité – et invite à redéfinir la notion de pouvoir.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h00
    |

                            Julie Clarini








                        



                                


                            
En plus d’être professeure à Cambridge, spécialiste de la Rome antique et l’une des meilleures vulgarisatrice du monde anglo-saxon, Mary Beard multiplie les livres, les conférences, et tient un blog sur le Times Literary Supplement – le célèbre TLS. Elle est aussi une forte personnalité, pas du genre à se laisser faire. Quand elle a été la cible de violentes attaques sur les réseaux sociaux, elle n’a pas hésité à répliquer. Le magazine américain The New Yorker l’a surnommée, en 2014, la « tueuse de trolls ».
Mais il n’est pas question de se laisser traiter de sorcière parce que, à plus de 60 ans, on ne cache ni n’attache sa longue chevelure grise, n’est-ce pas ? De ce combat qui lui a fait mesurer la force de la misogynie, Mary Beard est ressortie avec la conviction que la parole des femmes dans l’espace public est une chose qui dérange.
Intimation au silence
Et même si elle pense qu’on ne peut tirer des leçons simples de l’histoire de l’Antiquité, elle s’est remémoré une scène, à ses yeux emblématique, de l’Odyssée. C’est au chant I : parce que la sage Pénélope a demandé à l’aède de cesser de jouer, elle se fait rabrouer devant les prétendants par son fils, Télémaque, et ordonner sans ambages de retourner dans ses appartements. De cette brutale intimation au silence, Mary Beard tire l’une des méditations qui constituent Women & Power. ­A Manifesto, le court ouvrage qu’elle signe cet hiver.
Car il y a bien un lien, pense-t-elle, entre la difficulté des femmes aujourd’hui à se faire entendre, dans les arènes politiques comme dans les réunions d’entreprise, et cette manière ancestrale d’invalider toute prise de parole féminine. L’auteure remarque d’ailleurs que l’homme accompli, selon les critères des Romains, était précisément celui qui savait parler et se faire entendre grâce à son apanage, le timbre grave de sa voix.
Certes, « nous ne sommes pas les victimes ou les dupes de notre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Signataire de la tribune des « cent femmes » dénonçant le « puritanisme » de #metoo, la star planétaire est une personne qui a toujours choisi ses combats, explique dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                   
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« Catherine Deneuve est une actrice libre et imprévisible qui goûte peu les vagues dominantes »

Signataire de la tribune des « cent femmes » dénonçant le « puritanisme » de #metoo, la star planétaire est une personne qui a toujours choisi ses combats, explique dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h40
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 12h18
    |

            Michel Guerrin








                        



                                


                            

On l’appelle le « texte des cent femmes » mais son retentissement mondial doit tout à la signature de Catherine Deneuve. Ce n’est pas elle qui en est à l’origine, ni qui l’a écrit. Bien sûr, le contenu, publié dans Le Monde du 10 janvier, vaut bombe. Mais les réactions folles dans les médias étrangers et sur les réseaux sociaux montrent que la star planétaire incarne la polémique.
L’actrice est attendue le 15 janvier au festival Premiers plans d’Angers, et elle sera dans le tourbillon. Disons déjà que son engagement n’est pas une surprise. En octobre 2017, sur le site du Huffington Post, elle émettait de fortes réserves quant au mouvement #metoo aux Etats-Unis et #balancetonporc en France : « Est-ce que c’est intéressant d’en parler comme ça ? Est-ce que ça va régler le problème ? » Sous-entendu, non.

Catherine Deneuve, qui fut l’égérie du couturier Yves Saint Laurent, qui a posé en femme fatale, dominatrice et séductrice devant l’objectif d’Helmut Newton (ses images porno-chic seraient-elles possibles aujourd’hui ?), qui portait de la fourrure à l’époque où c’était jugé choquant, goûtait peu le féminisme post-1968, qui voyait souvent l’homme comme une cible, et qui refusait les attributs du désir véhiculés dans les arts visuels.
Elle l’a dit à notre consœur Annick Cojean (« M Le magazine du Monde » du 1er septembre 2012), qui lui demandait si elle se sentait concernée par les luttes féministes. « Pas spécialement. A cause de certaines positions extrémistes englobées autrefois dans ce mouvement trop vaste pour que j’y sois à l’aise. Des attitudes anti-hommes regrettables alors que le but est d’arriver à plus d’harmonie entre les sexes. Mais je soutiens ardemment la cause des femmes ! Je les aime bien, les femmes. En ce sens, je pourrais me dire féministe. » Elle l’est. Mais elle en choisit les termes et les combats. Elle fut par exemple signataire du « Manifeste des 343 salopes », en 1971,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Nicolas Amar et Louis-Charles Viossat, spécialistes des politiques sociales à l’ère numérique, expliquent pourquoi l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) ne va pas changer grand-chose en pratique pour Uber.
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« Il serait hasardeux et illusoire d’enterrer trop vite Uber »

Dans une tribune au « Monde », Nicolas Amar et Louis-Charles Viossat, spécialistes des politiques sociales à l’ère numérique, expliquent pourquoi l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) ne va pas changer grand-chose en pratique pour Uber.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h16
    |

Nicolas Amar et Louis-Charles Viossat (Enseignants à Sciences Po et spécialistes des politiques sociales à l’ère numérique)







                        



                                


                            
Tribune. Avec l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 20 décembre 2017 et l’entrée en vigueur de la loi Grandguillaume sur les VTC le 1er janvier, l’année 2018 s’ouvre sous des auspices qui semblent témoigner d’un coup d’arrêt à l’ubérisation de notre économie et à son corollaire : l’hyper-libéralisation du marché du travail. La Cour vient d’infliger un revers à Uber. Uber, dit-elle, n’est pas un service de la société de l’information, car il est « plus qu’un intermédiaire électronique » : un authentique service de transport, qui doit donc appliquer les mêmes règles strictes que les entreprises de VTC ou de taxis.
la jurisprudence française s’avance pas à pas, comme la jurisprudence britannique, vers la reconnaissance d’une « subordination algorithmique »
C’est une remise en cause de plus pour la société californienne : sous le coup de cinq enquêtes judiciaires fédérales aux Etats-Unis pour des pratiques d’espionnage industriel, d’utilisation de logiciels secrets et de corruption de fonctionnaires étrangers, obligée par un tribunal de Londres de requalifier deux chauffeurs en workers et interdite d’opérer dans plusieurs marchés européens, comme le Danemark ou le Luxembourg, voici Uber ravalée au rôle d’entreprise traditionnelle de transport, et ses ambitions de développement en Europe contrecarrées. Rien d’étonnant à ce que Softbank ait pu, fin décembre, ­acquérir 15 % de son capital à un prix bradé de 30 %.
Cette mauvaise passe pour Uber sonne-t-elle le glas du modèle d’intermédiation électronique et de grande flexibilité du travail fondé sur le recours aux travailleurs free-lances ? Plusieurs signes semblent aller dans ce sens, comme la faillite récente de plates-formes de livraison à domicile (Take Eat Easy), les difficultés financières de Blablacar ou la multiplication par vingt en un an des conflits sociaux chez Deliveroo en Europe. On peut aussi relever que la jurisprudence française...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Dans sa chronique bimensuelle, la journaliste Rafaële Rivais prévient qu’avant toute inscription dans une salle de sport il est impératif de souscrire une assurance individuelle accidents.
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Musculation : la difficile mise en cause du club en cas d’accident

Dans sa chronique bimensuelle, la journaliste Rafaële Rivais prévient qu’avant toute inscription dans une salle de sport il est impératif de souscrire une assurance individuelle accidents.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h30
    |

            Rafaële Rivais








                        



                                


                            
SOS Conso. En ce début d’année, peut-être avez-vous pris de bonnes résolutions, comme celle de vous mettre au sport. Si vous vous inscrivez dans un club de musculation, pour sculpter vos abdominaux, n’oubliez pas de souscrire une assurance pour les dommages corporels auxquels vous vous exposez, en plus de votre assurance responsabilité civile (cette dernière, généralement incluse dans la multirisque habitation, ne garantit que les dommages que vous causez aux tiers). En effet, une blessure est vite arrivée, et il n’est pas toujours aisé de se faire indemniser par l’assurance du club, comme le montrent les deux affaires suivantes.
Le 28 février 2009, Daniel S., 50 ans, s’entraîne avec un « coach personnel », dans le cadre d’un abonnement Premium, au centre sportif Fitness First (devenu HealthCity France), à Paris. Il pratique le « squat à la barre guidée », exercice de musculation des cuisses, qui consiste à s’accroupir puis à se relever avec une barre sur les épaules chargée de poids. Au moment où il repose la charge, un craquement se fait entendre dans son dos, suivi d’une douleur violente qui l’oblige à interrompre la séance.
Il va dans une clinique, qui le dirige vers les urgences d’un hôpital, où l’on diagnostique une fracture au niveau des vertèbres cervicales. Les suites sont très graves : soins de longue durée, incapacité à exercer son métier de maçon, dissolution de sa société. 
« Obligation de sécurité de moyens »
Daniel considère que son entraîneur n’a pas été assez attentif à son exercice. Il était censé « le guider en lui tenant le dos », et non le laisser forcer seul. Si cela avait été le cas, l’accident ne se serait pas produit, estime-t-il. Il attaque donc le centre Fitness First en soutenant qu’il a manqué à son obligation de sécurité pour défaut d’encadrement, et demande à son assurance de prendre en charge l’indemnisation de l’accident. Les clubs sportifs ont en effet une obligation...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Le journaliste russe Mikhaïl Zygar s’est attaché aux pas de ceux qui forment la garde rapprochée de Vladimir Poutine en leur prêtant sur la base de nombreux entretiens, un rôle bien plus important qu’il n’est coutume de lire.
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Vladimir Poutine, un esprit « gigantesquement pluriel »

Le journaliste russe Mikhaïl Zygar s’est attaché aux pas de ceux qui forment la garde rapprochée de Vladimir Poutine en leur prêtant sur la base de nombreux entretiens, un rôle bien plus important qu’il n’est coutume de lire.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h21
    |

            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Le Livre. Depuis l’arrivée aux commandes de Vladimir Poutine, il y a dix-huit ans, la consolidation du pouvoir entre les mains du Kremlin porte un nom, « la verticale du pouvoir » – un terme, « verticale », que le président russe, candidat à un nouveau mandat de six ans, avait lui-même employé lors de sa première adresse à la nation, en juillet 2000. Il désignait alors la reprise en main du pays, et sa traduction rapide avec la mise au pas des médias et l’exclusion du paysage politique d’oligarques milliardaires qui pensaient pouvoir jouer un rôle.
Au fil des années, cette « verticale » s’est structurée, écartant sans ménagement les faibles et les indociles, pour ne laisser place qu’à une poignée de fidèles, le dernier ami ukrainien Viktor Medvedtchouk, le féroce Igor Setchine, l’indispensable Dmitri Peskov, le stratège Viatcheslav Volodine, le samouraï Vladislav Sourkov, le fantassin Sergueï Choïgou, l’hermétique Nikolaï Patrouchev ou le mondain Igor Chouvalov… Tous, membres du gouvernement, de l’administration présidentielle ou puissants patrons, jouent un rôle-clé à la cour du Kremlin et c’est à cette plongée passionnante que nous invite Mikhail Zygar dans son essai sur les « poutiniens ». Le journaliste russe confirmé s’est attaché aux pas de ceux qui forment la garde rapprochée de Vladimir Poutine en leur prêtant, sur la base de nombreux entretiens, un rôle bien plus important qu’il n’est coutume de lire. « Les membres de son cercle l’ont choisi, poussé en avant, ne cessant jamais de jouer sur ses peurs et ses désirs, pour lui faire acquérir un statut qui a dépassé toutes leurs attentes, écrit-il. Toutes les décisions sont prises (…) par Poutine, mais Poutine n’est pas une seule personne. Il est un esprit gigantesquement pluriel. Des dizaines, peut-être des centaines de personnes essaient chaque jour d’imaginer quelles sont les décisions qu’[il] doit prendre. »
Dans cette galerie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Seule une véritable sélection reposant sur les capacités propres des étudiants permettra de résoudre la crise du système éducatif, juge le philosophe Claude Obadia dans une tribune au « Monde ».
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« La réforme d’accès à l’université ne constitue qu’un cautère posé sur une jambe de bois »

Seule une véritable sélection reposant sur les capacités propres des étudiants permettra de résoudre la crise du système éducatif, juge le philosophe Claude Obadia dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    12.01.2018 à 08h15
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 11h49
    |

Claude Obadia (Agrégé de philosophie, enseignant à l'université de Cergy-Pontoise et à l'ISC Paris)







                        



                                


                            
Tribune. Le bon sens l’aura finalement emporté : à compter de la rentrée 2018, plus aucun étudiant ne sera affecté à l’université par tirage au sort. Mais les difficultés liées à l’orientation des bacheliers disparaîtront-elles pour autant avec la mise en service de la nouvelle plate-forme Parcoursup ? Qu’il nous soit permis d’en douter.
Pour le comprendre, il suffit de se demander comment nous avons pu, en France, en arriver à considérer que le tirage au sort constituait la meilleure façon de départager les postulants aux filières dites « à capacité d’accueil insuffisante ». A cette conception si fâcheuse de la justice de l’orientation, avec laquelle l’actuel gouvernement a décidé, semble-t-il, de rompre, il y a deux raisons conjointes.
Première raison, toutes les politiques scolaires mises en œuvre depuis la fin des années soixante se sont systématiquement adossées au principe selon lequel les jeunes issus des milieux les plus modestes ont, en tant que tels, le droit d’accéder aux études supérieures.
L’échec massif des étudiants à l’université
Deuxième raison, le souci afférent d’endiguer la « reproduction des élites » nous a persuadés que toute procédure de sélection maquille une politique de discrimination sociale.
Le souci afférent d’endiguer la « reproduction des élites » nous a persuadés que toute procédure de sélection maquille une politique de discrimination sociale
Comment, dans ces conditions, c’est-à-dire en présupposant que la sélection est forcément contraire à l’idéal républicain de l’émancipation, pouvions-nous nous préserver de l’aberration que constitue le tirage au sort ? Que le gouvernement ait, aujourd’hui, pris la mesure de celle-ci doit donc, sans réserve, nous réjouir.
Pourtant, il est à craindre que la suppression du tirage au sort ne résolve en rien l’épineux problème de l’échec massif des étudiants français à l’université. Cet échec, en effet, s’explique par deux causes majeures.
La...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Emmanuel Macron s’est engagé à rendre des œuvres issues des pillages coloniaux. Allons au bout de ce pari fou, propose dans une tribune au « Monde » l’historienne Bénédicte Savoy.
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Article sélectionné dans La Matinale du 11/01/2018
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Restitutions du patrimoine africain : « Il faut y aller dans la joie  »

Emmanuel Macron s’est engagé à rendre des œuvres issues des pillages coloniaux. Allons au bout de ce pari fou, propose dans une tribune au « Monde » l’historienne Bénédicte Savoy.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 06h40
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 14h30
   





                        



                                


                            

Tribune. On dit que la jeunesse est la saison du courage. En deux minutes et trente-trois secondes, le 28 novembre 2017, Emmanuel Macron a balayé d’un revers de manche plusieurs décennies de pratiques et de discours officiels français en matière de patrimoine et de musées. Il l’a fait dans un « lieu où on ne peut pas tricher », comme il l’a déclaré : l’amphithéâtre bondé d’une université africaine, devant plusieurs centaines d’étudiantes et d’étudiants, sous l’œil du président burkinabé Roch Kaboré et l’objectif des caméras de France 24.
Il l’a fait au nom de la jeunesse, de sa jeunesse, génie tutélaire sept fois invoqué au seuil du discours : « Je suis d’une génération de Français pour qui les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de notre histoire. » « Je veux que d’ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. » Applaudissements et sifflets. Sur Twitter, l’Elysée enfonce le clou :
« Le patrimoine africain ne peut pas être prisonnier de musées européens. »
Violente polémique
C’est la révolution. Du New York Times à la Süddeutsche Zeitung, la presse occidentale enregistre avec stupéfaction cet événement tectonique. En Afrique et hors d’Afrique, ceux qui depuis longtemps militent pour la restitution des patrimoines déplacés voient l’avènement d’une ère nouvelle : « The post Ouagadougou period has begun », écrit Kwame Opoku, spécialiste de la question, sur le site d’actualité Modern Ghana.
Dans une lettre ouverte à Angela Merkel, quarante organisations de la diaspora africaine d’Allemagne enjoignent à la chancelière de réagir à « l’initiative historique du président français »
A Berlin, le discours d’Emmanuel Macron vient alimenter une violente polémique sur l’amnésie coloniale dont semblent frappés les concepteurs du futur Humboldt Forum, censé...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Au Collège de France, le nouveau titulaire de la chaire d’histoire turque et ottomane va traiter des tensions entre la Sublime Porte et l’Occident. A l’université du Bosphore, à Istanbul, c’est le « récit simpliste » du passé porté par le régime qu’affronte ce chercheur érudit et engagé.
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Edhem Eldem, l’histoire pour bataille

Au Collège de France, le nouveau titulaire de la chaire d’histoire turque et ottomane va traiter des tensions entre la Sublime Porte et l’Occident. A l’université du Bosphore, à Istanbul, c’est le « récit simpliste » du passé porté par le régime qu’affronte ce chercheur érudit et engagé.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 06h30
    |

            Marc Semo








                        



                                


                            
Sa passion pour le métier d’historien a surgi sur le tard, mais tout était en germe dès l’enfance. A 5 ans déjà, Edhem Eldem parlait l’ottoman – turc ancien de l’empire défunt mêlant mots perses et iraniens en caractères arabes –, que Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République, avait balayé en 1928 en imposant l’alphabet latin et de profondes transformations du vocabulaire.
Avec un père diplomate de bonne famille, né avant la première guerre mondiale, le petit garçon était à bonne école. « Il me faisait même faire des dictées et, à la différence de nombre de mes collègues ou étudiants qui déchiffrent cette langue comme une langue morte, elle est pour moi bien vivante », raconte le nouveau titulaire de la chaire d’histoire turque et ottomane du Collège de France.
Bousculer les idées reçues
Avant de partir d’un grand rire à l’évocation de Recep Tayyip Erdogan, l’actuel président islamo-conservateur de la Turquie, qui avait un moment voulu rendre obligatoire l’étude de l’ottoman dans les lycées religieux afin que « les enfants puissent enfin lire les lettres de leurs aïeux ». « L’illettrisme était tel dans l’empire que de telles missives étaient bien rares ! La connaissance de l’ottoman ne sert finalement qu’aux historiens pour la consultation des archives », précise cet intellectuel qui aime bousculer les idées reçues. Au risque de faire grincer bien des dents dans un pays hanté par son histoire. Celle, au poids écrasant, d’un empire à son apogée aux XVIe et XVIIe siècles. Mais aussi celle, aux cicatrices toujours ouvertes, des tragédies qui ont accompagné son déclin, à commencer par le génocide des Arméniens en 1915-1917.
« La Turquie est “cliomane” et “cliopathe”, à la fois folle et malade d’histoire », lançait avec humour Edhem Eldem lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, le 21 décembre 2017
« La Turquie est “cliomane” et “cliopathe”, à la fois folle et malade d’histoire »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Cette notion, à laquelle les gouvernements font si souvent appel, correspond-elle à une réalité ? Trois questions au démographe Cris Beauchemin.
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L’immigration réagit-elle aux « appels d’air » ?

Cette notion, à laquelle les gouvernements font si souvent appel, correspond-elle à une réalité ? Trois questions au démographe Cris Beauchemin.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 06h51
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Cris Beauchemin est directeur de recherches à l’Institut national des études démographiques (INED), il y dirige l’unité de recherche « Migrations internationales et minorités ». Il est l’auteur, avec Mathieu Ichou, ­ d’Au-delà de la crise des migrants : décentrer le regard (Karthala, « Disputatio », 2016).
Les gouvernements qui souhaitent durcir les textes sur l’immigration invoquent souvent la notion d’« appel d’air » pour justifier leur politique. Quelle vision cette notion porte-t-elle ?
La notion d’appel d’air repose sur l’idée qu’une politique d’accueil généreuse a un effet d’attraction sur les migrants – un discours généralement assorti de l’idée qu’ils sont trop nombreux. Mais qu’est-ce que ce « trop » ? Les Français ont une vision assez déformée des migrations : ils situent la part des étrangers vivant en France à 30 %, alors qu’elle est d’environ 10 %. L’image de l’appel d’air suggère en outre que les migrations sont à sens unique alors que cette représentation est fausse : selon l’OCDE, dix ans après leur arrivée, 30 % à 50 % des migrants sont déjà repartis et, selon l’Insee, le volume des départs de France a triplé entre 2006 et 2013, ce qui a entraîné une diminution significative du solde migratoire. Enfin, la notion d’appel d’air suggère que les migrants sont irrésistiblement attirés vers la France, ce qui, là encore, n’est pas vrai : l’Hexagone n’est pas une destination de premier choix en Europe, comme on l’a vu lors de la crise des migrants de 2015. Les camps qui se perpétuent aux alentours de Calais sont d’ailleurs peuplés de personnes qui veulent partir au Royaume-Uni.
La notion d’appel d’air repose sur l’idée que les migrants choisissent leur pays de destination en comparant leurs politiques migratoires. Est-ce le cas ?
Les politiques migratoires ne sont qu’un facteur d’explication parmi d’autres : il faut aussi prendre en compte le contexte économique du pays et les caractéristiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Cour et agression, chez la souris comme chez la drosophile, utilisent des circuits de neurones en partie communs, expliquent les généticiens Benjamin Prud’homme et Nicolas Gompel.
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Entre séduction et agression, une poignée de neurones

Cour et agression, chez la souris comme chez la drosophile, utilisent des circuits de neurones en partie communs, expliquent les généticiens Benjamin Prud’homme et Nicolas Gompel.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 17h00
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 18h47
    |

                            Benjamin Prud'homme (Généticien,  Institut de biologie du développement de Marseille-Luminy CNRS) et 
                            Nicolas Gompel (Généticien, LMU de Munich)








                        



                                


                            
Carte blanche. C’est officiel, vu à la télé, la frontière entre séduction et agression est floue pour beaucoup d’hommes. Si la sociologie du phénomène fait les gros ­titres, la neurobiologie de ces deux comportements bien distincts a également beaucoup à dire. Chez les (autres) animaux, ils sont le plus souvent mutuellement exclusifs : les mâles courtisent les femelles par des parades sexuelles élaborées alors qu’ils attaquent et repoussent les mâles rivaux.
Cour et agression sont des modèles privilégiés pour identifier quels neurones produisent des comportements sociaux, innés et stéréotypés. Les neurobiologistes cherchent à comprendre l’organisation de ces neurones en circuits, et de quelle manière ils intègrent diverses informations (sensorielles, physiologiques) et produisent différents états internes (émotions, excitation, motivation) pour aboutir au comportement lui-même.
Les similitudes observées entre la mouche et la souris laissent à penser qu’une même logique neuronale existe dans le cerveau humain
On doit à la génétique moderne, pratiquée notamment chez la mouche drosophile et la souris, des progrès récents et spectaculaires en réponse à ces questions. Alors que les neurobiologistes imaginaient que les comportements de cour et d’agression utilisaient des circuits neuronaux bien distincts, des travaux de plusieurs laboratoires livrent une image différente.
Le neurogénéticien David Anderson, du California Institute of Technology, ­saisit l’essence de ces découvertes dans une perspective publiée fin 2016 dans la revue ­Nature Reviews Neuroscience. Il y explique ­notamment que cour et agression, chez la souris comme chez la drosophile, utilisent des circuits de neurones en partie communs.
Interrupteur commun
Chez les drosophiles, ces comportements se décomposent en actions simples : par exemple un assaut, pattes en avant, sur un mâle ­rival, ou une sérénade, version mouche, chantée à la femelle par des vibrations...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ Une votation va être organisée en Suisse pour remettre en cause le financement de la télévision et de la radio publiques. Une véritable attaque contre la démocratie dénoncent, dans une tribune au « Monde », d’anciens dirigeants de cet organisme.
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« La démocratie suisse est à la veille de se tirer dans le pied »

Une votation va être organisée en Suisse pour remettre en cause le financement de la télévision et de la radio publiques. Une véritable attaque contre la démocratie dénoncent, dans une tribune au « Monde », d’anciens dirigeants de cet organisme.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 17h00
    |

Guillaume Chenevière, Philippe Mottaz, Oswald Sigg et Raymond Vouillamoz (anciens dirigeants de la Télévision suisse)







                        



                                


                            
Tribune. Après avoir déclaré que « l’audiovisuel public français est structuré comme le monde d’avant », le président Macron persiste et signe. Lors de la cérémonie des vœux de Nouvel An à la presse, mercredi 3 janvier, le chef de l’Etat a confirmé sa volonté de réformer l’audiovisuel public avant la fin de l’année et a insisté sur la nécessité pour les médias de réinventer leurs modèles économiques.
Ce débat en Suisse est d’une radicalité et d’une violence inouïes. Les critiques de la démocratie rappellent qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, mais l’histoire ne donne pas d’exemple d’une démocratie directe qui se tire elle-même dans le pied. Patience ! Cela arrivera si les Suisses approuvent l’initiative populaire au nom barbare, No Billag, qui leur est soumise le 4 mars prochain.

De quoi s’agit-il ? De rayer de la loi le principe même d’un service public de radio-télévision, d’interdire la redevance (Billag est le nom de l’organe de perception) et toute forme de subventionnement gouvernemental de l’audiovisuel.
La Suisse (huit millions d’habitants) n’a pas une langue nationale unique. La radio et la télévision suisses produisent leurs émissions en allemand à Zurich, en français à Genève et en italien à Lugano, langues à la fois nationales et étrangères. Cette proximité linguistique avec les grands voisins européens favorise sur le territoire helvétique l’audience des télévisions étrangères.
Dégagisme
Elles captent la moitié des parts de marché en prime-time, d’où l’ouverture sur les chaînes privées françaises et allemandes de fenêtres publicitaires destinées aux téléspectateurs suisses. Autre particularité helvétique due à l’exiguïté du territoire : la SSR (Société suisse de radiodiffusion) est à la fois service public et seule radio-télévision nationale. En Suisse romande, les programmes de la RTS (Radio-Télévision suisse) ont pour objectif de satisfaire tous les segments du public répartis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Dans le débat public, le nom du chercheur, mort en janvier 2002, resurgit à chaque attaque contre la sociologie. C’est parce qu’il a marqué la discipline : les querelles autour de son œuvre sont à la mesure de son importance.
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Pierre Bourdieu, cible et repère

Dans le débat public, le nom du chercheur, mort en janvier 2002, resurgit à chaque attaque contre la sociologie. C’est parce qu’il a marqué la discipline : les querelles autour de son œuvre sont à la mesure de son importance.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 15h27
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 16h11
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

A chaque attaque contre la sociologie, le nom de Pierre Bourdieu resurgit. En 2015, il était déjà dans la ligne de mire de l’essayiste Philippe Val, qui s’en prenait au « sociologisme » dans ­Malaise dans l’inculture (Grasset). Quand l’ancien premier ministre Manuel Valls déclare, quelques mois plus tard, qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle » ne doit être cherchée au terrorisme, c’est encore à lui qu’on pense.
Et c’est toujours lui qui est au cœur d’une charge venue, cette fois, de l’intérieur de la discipline : dans Le Danger sociologique (PUF, 2017), qui a suscité un émoi médiatique, Gérald Bronner et Etienne Géhin accusent Bourdieu d’avoir contribué à propager la « théorie du déterminisme social », sans considération pour la liberté des acteurs sociaux. « Les progrès de la neurobiologie et des sciences cognitives ne permettent plus aux sociologues de tout ignorer des ressources d’un organe qui est le moyen de la pensée, de l’intelligence, de l’inventivité, du choix, et par là, d’un certain libre arbitre », écrivent-ils.
Gérald Bronner, professeur à l’université Paris-Diderot, persiste et signe : « Tout n’est pas prédictible. Si un chercheur n’est jamais surpris par ses résultats, c’est quand même un problème ! » Dans la foulée, la revue Le Débat consacre notamment son numéro de novembre-décembre 2017 à « la sociologie au risque d’un dévoiement » ; la sociologue Nathalie Heinich, très virulente, y reproche au « courant bourdieusien » la reprise « de grilles de perception du monde directement importées du vocabulaire militant ».
Mais pourquoi ce chercheur agite-t-il autant le débat public seize ans après sa mort ? Comment expliquer que l’évocation de son seul patronyme continue d’échauffer les esprits dans la sphère publique ? Ou autre façon de poser la question : y a-t-il un Pierre Bourdieu médiatique, qui sentirait encore le soufre, et un Pierre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Les concepts inventés par l’auteur de « La Distinction » pour décrire le monde social servent à une nouvelle génération de chercheurs : trois d’entre eux témoignent.
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Ces chercheurs qui s’emparent des outils de Bourdieu

Les concepts inventés par l’auteur de « La Distinction » pour décrire le monde social servent à une nouvelle génération de chercheurs : trois d’entre eux témoignent.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 15h27
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 19h08
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            L’habitus
Par Muriel Darmon, directrice de recherche au CNRS, rattachée au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP)
« Les cadres ont beaucoup moins de risques de souffrir d’un accident vasculaire cérébral (AVC) que les ouvriers, et, à gravité équivalente, ils récupèrent mieux : tous les médecins s’accordent là-dessus, mais ils ne se demandent pas pourquoi il existe une telle différence. C’est là que la notion d’“habitus de classe” est très utile. Elle postule qu’un individu est façonné par sa classe sociale : il incorpore les expériences vécues depuis l’enfance, notamment par des manières de s’alimenter, d’accepter ou non de se soigner, de s’occuper de soi, de pratiquer un sport. L’ensemble de ces éléments explique que les catégories supérieures souffrent moins de ces accidents.
Pourquoi récupèrent-elles mieux face au handicap ? L’AVC peut priver quelqu’un de sa capacité à lire, parler, écrire. Mais, même si ces compétences ont disparu, le rapport à l’autorité et à l’apprentissage reste. Du coup, les cadres sont avantagés. S’ils sont plus réceptifs au type de rééducation qui se passe à l’hôpital, c’est parce qu’il ressemble à un apprentissage scolaire avec lequel ils sont à l’aise. En outre, les tests qui servent à évaluer l’activité cognitive des patients et à exercer leur cerveau font en général référence à un mode de vie plutôt urbain, bourgeois, cultivé. On leur demande par exemple de réagir à des phrases absurdes qui font référence à des vacances au ski ou à la plage, ou à la manière de rédiger un faire-part de fiançailles…
Un couvreur d’origine immigrée n’arrivait pas à répondre, jusqu’au moment où on lui a posé des questions sur des liens familiaux. Par exemple : “Le fils de ma tante est mon cousin, vrai ou faux ?” soudain, les phrases avaient du sens pour lui. La sociologie pourrait inciter les médecins à réfléchir à des tests prenant davantage en compte les habitus populaires, afin d’améliorer...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste du travail Mouna Viprey estime que seul un véritable accompagnement individuel des demandeurs d’emploi peut légitimer le renforcement de leur contrôle.
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« Le contrôle des chômeurs ne doit pas être une fin en soi »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste du travail Mouna Viprey estime que seul un véritable accompagnement individuel des demandeurs d’emploi peut légitimer le renforcement de leur contrôle.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 15h00
    |

Mouna Viprey (Docteur en économie du travail (Paris-1-Panthéon-Sorbonne), consultante en innovation sociale)







                        



                                


                            
Tribune. Une note du ministère du travail citée par le Canard enchaîné au lendemain de Noël nous apprend que le renforcement du contrôle des inscrits à Pôle emploi est dans les tuyaux du gouvernement. Sans surprise, les élus de la majorité expliquent que ce contrôle est dans l’intérêt des demandeurs d’emploi, car il est nécessaire pour le retour à l’emploi. L’opposition, elle, dénonce la traque aux chômeurs.
Le pragmatisme doit aujourd’hui conduire à prôner des transformations radicales dans l’accompagnement
Réformer impose de dépassionner le débat et de dépasser les oppositions de principe. Les caricatures, comme les annonces gadgets, sont néfastes, car elles participent à casser encore plus la cohésion sociale, sans rien changer à la situation des demandeurs d’emploi, si ce n’est les stigmatiser.
Concernant le marché du travail, le pragmatisme doit aujourd’hui conduire à prôner des transformations radicales dans l’accompagnement. Un accompagnement régulier de chaque demandeur d’emploi impose de fait le contrôle de la recherche effective de la personne suivie par son conseiller.

Il n’existe pas de recette magique pour contrôler les seuls fraudeurs. En revanche, mettre des règles de contrôle qui font partie intégrante du suivi et du conseil dans la recherche d’emploi, avec des vrais moyens, est du ressort de ceux qui nous gouvernent. Si le contrôle n’est pas une fin en soi, alors, et seulement là, il cesse d’être « choquant » et devient « normal ».
D’importants moyens nécessaires
Concernant le contrôle, le président de la République estime que « c’est ce que font tous les pays qui nous entourent ». C’est vrai ; mais s’il existe bien un contrôle des demandeurs d’emploi, s’y ajoutent des moyens très importants pour un accompagnement régulier et individualisé.
Le Danemark, souvent cité en exemple pour son système alliant flexibilité et sécurité, fait partie des pays consacrant les dépenses les plus élevées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’avocat Jacques Barthélémy et l’économiste Gilbert Cette estiment qu’il faut élargir les protections sociales à tous les travailleurs en situation de dépendance économique, que celle-ci corresponde ou non à un contrat de travail.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤                     
                                                   
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Pour « un droit de l’activité professionnelle »

Dans une tribune au « Monde », l’avocat Jacques Barthélémy et l’économiste Gilbert Cette estiment qu’il faut élargir les protections sociales à tous les travailleurs en situation de dépendance économique, que celle-ci corresponde ou non à un contrat de travail.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h15
    |

                            Gilbert Cette (Professeur d’économie associé à l’université d’Aix-Marseille) et 
                            Jacques Barthélémy (Avocat conseil en droit social)








                        



                                


                            
Tribune. Les effets éventuels de la révolution numérique sur le marché du travail suscitent des appréhensions. La première concerne la disparition de nombreux emplois, en particulier dans le transport, les activités financières et le commerce. Or, les gains de productivité, et donc les destructions d’emploi, sont les plus faibles depuis près d’un siècle et demi.
Toutes les précédentes révolutions technologiques ont suscité cette même angoisse, toujours démentie ensuite : les emplois détruits ont été remplacés par d’autres, dans de nouvelles activités. Mais cela exige que notre système de formation devienne très réactif pour adapter les qualifications de nombreux travailleurs aux activités qui se développeront. C’est l’un des objectifs de la réforme envisagée de la formation professionnelle.

L’autre angoisse est celle de voir l’emploi indépendant se développer aux dépens de l’emploi salarié, avec en corollaire des droits sociaux réduits. En effet, comparé à l’emploi salarié, l’emploi indépendant bénéficie d’une couverture sociale réduite (tout spécialement face au chômage), mais aussi de moindres possibilités de recours en cas de séparation à l’initiative du donneur d’ordre.
Polarisation de l’emploi indépendant
Pour autant, sur les deux dernières décennies, la part de l’emploi indépendant dans l’emploi total est stable ou se réduit dans trente-deux des trente-cinq pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle n’augmente qu’en France, en raison de la création du statut d’autoentrepreneur, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Ici encore, l’angoisse ne repose pas sur des faits avérés.
En revanche, dans les principaux pays développés, l’emploi indépendant se polarise entre, d’un côté, en proportion encore faible, des prestataires de services à haute valeur ajoutée, très diplômés et qualifiés qui, par le biais des outils de mobilité, connaissent une forte interpénétration entre vie familiale...




                        

                        

