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« Le jour où les réfugiés soudanais sont revenus à Varennes-sur-Allier, où tout a commencé »

Les Soudan Célestins Music et moi (4). Pablo Aiquel, journaliste à Vichy, se souvient de l’année 2017, riche en événements et en surprises pour les nouveaux arrivants que « Le Monde » suit.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 18h14
    |

Pablo Aiquel







                        



   


Chronique. L’année 2017 restera, pour les membres du groupe Soudan Célestins Music, inoubliable. Elle avait commencé dans un restaurant de Clermont-Ferrand, où ils avaient assuré l’animation musicale du réveillon. Puis, petit à petit, les invitations s’étaient égrenées, dans des sites hébergeant des demandeurs d’asile venus de Calais ou de la région parisienne.
Mi-janvier, à Saint-Beauzire, petit village altiligérien situé aux environs de Brioude, les musiciens venus de Vichy découvraient une épaisse couche de neige, couvrant les champs, les toits des voitures, des maisons et des clochers, tandis que les bénévoles du centre Léo-Lagrange voyaient, eux, pour la première fois, sourire et danser les migrants qu’ils accueillaient.

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A Pessat-Villeneuve en février, à Monistrol en mars, près d’Arlenc en avril, le printemps avait permis de confirmer que les Soudan Célestins Music chantaient des tubes connus de tous leurs compatriotes.
Puis ce fut, l’été venu, le contact avec Le Monde et le projet des Nouveaux Arrivants. Le concert du 14 juillet à Vichy, retransmis sur Facebook Live, fut suivi de nombreuses invitations. A la Fête de L’Huma, à Montluçon, à Aubusson, à Paris au festival Culture au Quai.
Quel chemin parcouru pour ceux qui, à peine plus d’un an auparavant avaient dormi à même la rue ou squatté le lycée Jean-Quarré dans le XXe arrondissement ! Comment ne pas y penser, quand ils partagèrent la scène avec Abd Al-Malik ou rencontrèrent des artistes en exil, tel le flûtiste soudanais Gandi Adam.
En novembre, pour la semaine festive dédiée aux réfugiés, les Soudan Célestins Music figuraient dans les deux programmes du Festival des solidarités (Festisol) et Migrant’scène de la Cimade, à Clermont-Ferrand.
Malgré tout
Que faire alors, pour clore en beauté cette année qui a vu tous les membres du groupe de départ obtenir le sésame de l’asile politique ? « Nous voulions retourner à Varennes-sur-Allier, la ville où a commencé notre parcours de migrants, ici en France », déclare Ahmed Khamis, le chauffeur chanteur. « C’est ici que, pour la première fois, nous avions été logés, nourris, accueillis », ajoute Hassan Osmane, le jardinier musicien.
Pour le réveillon du Nouvel An, sans tambours ni trompettes, sans affiches ni médias, ils ont voulu offrir une fête dans l’ancienne base militaire qui abrite l’un des plus grands centres d’accueil d’orientation de France.

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« Cela faisait longtemps que nous pensions à animer une fête à Varennes. Dès que nous en avons eu l’occasion, nous n’avons pas hésité. Une grande tristesse règne dans ce camp de réfugiés. La musique apporte de la joie à ceux qui sont loin de leur pays. C’est un double sentiment : triste de voir ces jeunes qui ont quitté leur famille et risqué leur vie et, en même temps, heureux de les voir chanter avec nous », assure Ahmed.
« Varennes représente beaucoup de choses pour nous. Des bons souvenirs et d’autres tristes. Notre message est d’abord un remerciement, pour les assistantes sociales et ceux qui nous ont accueillis. Mais nous voulions montrer aussi que les réfugiés ne sont pas ce que certains en pensent, que les migrants ne servent à rien. Il nous tenait à cœur de montrer que nous avons aussi des choses à partager », souligne Hassan.
Fêter l’arrivée de la nouvelle année dans cette base militaire du centre de la France, partager avec ceux qui vivent ce qu’ils avaient vécu deux ans auparavant, leur souhaiter d’obtenir le statut de réfugié, de commencer une nouvelle vie, pour eux, cela voulait dire beaucoup. Cela voulait dire qu’ils étaient libres, heureux d’être là malgré tout.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-2"> ¤ L’ex-président, destitué par Madrid, sait que s’il regagne l’Espagne, il sera arrêté. Ce qui pose la question d’une éventuelle investiture à distance et de la manière dont il entendrait exercer le pouvoir.
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A Bruxelles, Puigdemont réunit ses députés mais n’évoque toujours pas son retour en Catalogne

L’ex-président, destitué par Madrid, sait que s’il regagne l’Espagne, il sera arrêté. Ce qui pose la question d’une éventuelle investiture à distance et de la manière dont il entendrait exercer le pouvoir.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 17h59
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 18h20
    |

            Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)








                        


Vingt-cinq élus posant devant une grande structure métallique sciemment choisie pour sa couleur jaune, la teinte fétiche des indépendantistes catalans. C’est à peu près tout ce que l’on retiendra de la « séance de travail » organisée, vendredi 12 janvier, dans un hôtel de Bruxelles, par Carles Puigdemont et une grande partie des députés de sa formation, le Parti démocrate européen catalan (PDeCAT, droite). Deux autres sont emprisonnés et certains n’avaient pu quitter Barcelone, leur passeport leur ayant été retiré.
Une fois la séance de pose achevée, l’ex-président de Catalogne, candidat à sa réélection mais toujours en exil, s’est retiré avec son groupe sans répondre à aucune question. Le but essentiel était manifestement d’éviter l’oubli médiatique et de mobiliser les nombreux correspondants espagnols présents dans la capitale belge et européenne.
Deux porte-parole, s’exprimant surtout en catalan pour cette troisième conférence de presse des indépendantistes à Bruxelles, ont, une nouvelle fois, appelé le pouvoir espagnol à « respecter la démocratie » et « la normalité », concrétisée par la mise en place d’un gouvernement que dirigerait leur leader.
Etre ou ne pas être présent physiquement
Carles Puigdemont, mis en examen pour « rébellion », ne manifeste toutefois pas l’intention de regagner Barcelone. « Il aimerait rentrer, mais… », a seulement lâché un membre de son entourage. L’ancien président, destitué par Madrid après la déclaration d’indépendance du 27 octobre 2017, sait que s’il met un pied en Espagne, il sera arrêté. Ce qui pose la question de son éventuelle investiture à distance et de la manière dont il entendrait exercer le pouvoir.

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Deux voies sont ouvertes : présider la Catalogne à distance, par vidéoconférence, ce que la presse espagnole a surnommé ironiquement la « Skype-présidence », ou rentrer à Barcelone, éventuellement accompagné de milliers de personnes, pour se livrer à la justice après avoir été réélu à la tête de la région.
La Gauche républicaine de Catalogne (ERC), dont M. Puigdemont a besoin pour être réélu, a prévenu qu’elle attendrait l’accord des services juridiques du Parlement catalan avant de se prononcer sur son investiture à distance.
Les juristes de la Chambre régionale catalane jugent apparemment que la présence physique du candidat serait indispensable.
Le PDeCAT estime, en revanche, que d’autres solutions sont possibles et dépendent de la future présidence de l’assemblée, qui fixera les règles de l’élection.
Plusieurs scénarios possibles
Les porte-parole du PDeCAT évoquent plusieurs scénarios possibles, sans les détailler outre mesure, avant l’élection du bureau du Parlement, qui doit avoir lieu mercredi.
La séance de travail à huis clos de vendredi visait probablement à trancher entre ceux-ci. L’hypothèse de voir M. Puigdemont céder finalement sa place à un autre candidat n’a, en tout cas, pas été mentionnée devant les journalistes.

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Lors de la conférence de presse soigneusement encadrée, le temps manquait aussi, semble-t-il, pour évoquer Carme Forcadell, la présidente du Parlement régional sortant, poursuivie pour avoir fait voter des lois jugées anticonstitutionnelles par Madrid. Ou pour parler du retrait récent d’Artur Mas, président du PDeCAT et mentor de M. Puigdemont. Or, avant l’annonce de son départ, M. Mas s’était prononcé en faveur d’une législature « longue » et « constructive » qui « respecte le cadre légal espagnol ».



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-3"> ¤ Une pétition contre la visite du président américain au Royaume-Uni avait recueilli 1,9 million de signatures.
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En annulant son voyage à Londres, Donald Trump snobe Theresa May

Une pétition contre la visite du président américain au Royaume-Uni avait recueilli 1,9 million de signatures.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 16h54
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 17h42
    |

            Philippe Bernard (Londres, correspondant)








                        



   


La « relation particulière » que les Britanniques se flattent d’entretenir avec les Etats-Unis a été mise à mal par l’annonce par Donald Trump sur Twitter, dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 janvier, de l’annulation de la visite qu’il devait effectuer en février à Londres. « Trump laisse tomber la Grande-Bretagne », titre le Daily Mail, premier média britannique à avoir répercuté la nouvelle. Le tabloïd juxtapose une longue série de photos de dirigeants auxquels le président américain a rendu visite, dont Emmanuel Macron, insistant sur l’humiliation infligée à la première ministre, Theresa May.
« La raison pour laquelle j’annule mon voyage à Londres est que je ne suis pas un grand fan de l’administration Obama qui a vendu l’ambassade la mieux située et la plus agréable à Londres pour des cacahuètes, afin d’en construire une autre bien plus éloignée pour 1,2 milliard de dollars. Mauvaise opération. On voulait que je coupe le ruban. NON ! », a écrit M. Trump dans un Tweet nocturne.

Reason I canceled my trip to London is that I am not a big fan of the Obama Administration having sold perhaps the… https://t.co/9crSrOBXme— realDonaldTrump (@Donald J. Trump)


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Une pétition hostile à une « visite d’Etat » avait recueilli 1,9 million de signatures. Devant la menace de manifestations, le format du voyage de M. Trump avait été réduit à celui d’une « visite de travail » avec pour prétexte l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine construite au sud de Londres, au bord de la Tamise, dans le quartier autrefois industriel de Nine Elms.
Mais dans un pays où le mouvement « anti-Trump » est autrement plus vivace qu’en France et où de gros rassemblements étaient programmés, la crainte de manifestations hostiles paraît être la véritable raison de la rebuffade. Interrogé sur l’annulation, un porte-parole de Mme May a simplement répété la version officielle : « Une invitation a été adressée et acceptée, mais aucune date n’a été fixée. »
Un renoncement salué par plusieurs élus travaillistes
« C’est tout à fait dommage. Les Etats-Unis sont l’un de nos alliés les plus proches, mais l’alliance ne repose pas sur le locataire de la Maison Blanche ou de Downing Street, mais sur des valeurs et des intérêts communs, a commenté à la BBC Tom Tugendhat, président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes. En même temps, je crois que cela reflète le fait que, alors que d’autres critiquent [Donald Trump] en français, italien ou coréen, nous le critiquons en anglais, ce qui est beaucoup plus facile à comprendre pour lui. »
Le renoncement de M. Trump a été salué par plusieurs élus travaillistes, dont le leader Jeremy Corbyn, qui avait appelé à protester contre sa venue. « C’est une bonne chose qu’il ne vienne plus, a estimé Chuka Umunna, député et figure du Labour. Il va à l’encontre des valeurs britanniques. »
Pour le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, « il semble que le président Trump ait compris le message envoyé par de nombreux Londoniens qui aiment et admirent l’Amérique et les Américains, mais trouvent que ses politiques et ses actions sont complètement à l’opposé des valeurs d’inclusion, de diversité et de tolérance que défend notre ville. » Un porte-parole des LibDems s’est aussi félicité du renoncement de M. Trump en persiflant : « L’autorité de Theresa May est si faible qu’elle n’a pas eu le courage d’annuler elle-même la visite. » 
En janvier 2017, l y a tout juste un an, juste après l’investiture de M. Trump, la première ministre, qui a besoin du président américain pour décrocher un accord commercial post-Brexit avec les Etats-Unis, s’était précipitée à la Maison Blanche. L’image du président lui prenant la main avait fait scandale. Elle apparaît aujourd’hui comme un symbole de faiblesse et de compromission.
Boris Johnson : Trump « aboie plus qu’il ne mord »
Entre-temps, les relations entre Londres et Washington ont connu plusieurs coups de froid. Le 29 novembre, le président américain a re­tweeté à ses quelque 40 millions d’abonnés trois vidéos antimusulmanes mises en ligne par Britain First, un groupuscule britannique d’extrême droite, lui offrant une audience inespérée.
Mme May lui a donné « tort » et Donald Trump lui a rétorqué qu’elle ferait mieux de lutter contre « le terrorisme radical destructeur ». « Le fait que nous coopérons ne signifie pas que nous avons peur de nous exprimer lorsque les Etats-Unis se trompent », avait insisté la première ministre. Londres a ensuite qualifié l’installation à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël de « peu utile pour la paix dans la région ». 

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L’invitation à une visite d’Etat (impliquant une rencontre avec la reine) au Royaume-Uni avait été formalisée à Washington et, le 30 janvier, Mme May s’était déclarée « très heureuse » que M. Trump ait accepté la proposition d’Elizabeth II. M. Trump « aboie plus qu’il ne mord », avait déclaré au Parlement le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, en réponse aux protestations de députés.
Conçue par l’architecte américain Kieran Timberlake, la nouvelle ambassade remplace celle du quartier central ultrachic de Mayfair construite en 1956 par l’Américano-Finlandais Eero Saarinen. Justifiée notamment par la difficulté d’en assurer la sécurité, la décision de déménager l’ambassade de Londres avait été annoncée en octobre 2008, alors que George W. Bush était encore président, et non Barack Obama, comme M. Trump le laisse entendre aujourd’hui.
De source officielle, le coût du transfert a été intégralement couvert par l’énorme plus-value de la vente du bâtiment de Mayfair à un promoteur qatari, qui l’a transformé à la fin 2016 en hôtel de luxe. En décembre 2017, William Moser, directeur adjoint chargé des immeubles à l’étranger au département d’Etat américain, a précisé le montant de la facture de la nouvelle ambassade, qui s’annonce comme la plus chère du monde : 1 milliard de dollars. Soit 200 millions de moins que le prix annoncé par M. Trump pour justifier sa décision de snober Theresa May.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-4"> ¤ Le déploiement d’agents de Pékin est un nouveau signe de l’érosion de l’autonomie de l’ancienne colonie britannique.
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Des policiers chinois attendus avec appréhension en gare de Hongkong

Le déploiement d’agents de Pékin est un nouveau signe de l’érosion de l’autonomie de l’ancienne colonie britannique.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 15h51
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 16h35
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



   


Pour l’heure, le chantier de la future gare des trains à grande vitesse qui relieront Hongkong à la Chine continentale est encore une ruche d’ouvriers, de camions, de marteaux piqueurs et grues en tout genre. Mais dès l’automne, elle permettra aux voyageurs de rallier Canton, à 170 kilomètres de là, en moins de 45 minutes, contre un peu moins de deux heures actuellement.

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La polémique, elle, est déjà installée. Ce sont des douaniers et policiers chinois qui assureront l’ordre dans la gare, au grand dam des Hongkongais. Ces derniers s’inquiètent d’une nouvelle intrusion de Pékin dans l’« autonomie », promise par la Basic Law, la mini-Constitution censée régir, depuis 1997 et jusqu’en 2047, les relations de la Chine avec sa « région administrative spéciale ».
Les voyageurs quittent jusqu’à présent Hongkong en montrant leur passeport et effectuent les formalités douanières chinoises à la gare de Canton. Et tout se passe pour le mieux. Mais fin décembre 2017, le Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire à Pékin a approuvé un arrangement prévoyant le déploiement de policiers chinois. Ils auront tous les pouvoirs dans les trains, sur les quais et dans la zone de douane de la gare. Les agents chinois pourront ainsi appliquer des lois chinoises sur le sol hongkongais.
Accélérer l’intégration physique à la Chine continentale
Nombre de voix ont dénoncé ce nouveau coup de force. La décision a été imposée au mépris de l’article 18 de la mini-Constitution, qui stipule explicitement que les lois chinoises ne s’appliquent pas à Hongkong « à moins d’être ajoutées à l’annexe III », qui liste des secteurs d’intérêt national. Mais Pékin n’a même pas jugé nécessaire de se plier à cette procédure.
L’association du barreau de Hongkong s’est dite « affligée » par cette décision. La chef de l’exécutif, Carrie Lam, pro-Pékin, a alors reproché au barreau sa « mentalité élitiste » : « Ils pensent que le système juridique de Hongkong est idéal tandis que celui de la Chine continentale – un grand pays avec une population de 1,3 milliard d’habitants – n’est pas bon. » Pourtant, même un ancien président du Parlement local, Jasper Tsang, un cacique du camp pro-chinois, a admis que cet arrangement était totalement « en dehors de la Basic Law ».

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L’épisode confirme l’érosion progressive mais inéluctable de l’autonomie de Hongkong. Il rappelle celui du musée. En décembre 2016, depuis Pékin, Carrie Lam avait en effet annoncé, alors qu’elle n’était encore que secrétaire en chef du gouvernement, un projet de « Musée de la cité interdite » au sein d’un immense centre culturel en gestation depuis une vingtaine d’années, sans la moindre consultation publique préalable.
A l’instar de l’immense pont qui bientôt reliera les deux rives du delta de la rivière des perles (Hongkong-Zhuhai-Macao), le projet de train rapide a pour vocation d’accélérer l’intégration physique de Hongkong à la Chine continentale, facilitant ainsi les contacts et échanges de part et d’autre de la frontière qui continue d’exister, conformément au principe « Un pays, deux systèmes » qui a cours depuis la rétrocession, en 1997.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-5"> ¤ Un véhicule kamikaze a attaqué un convoi de la force « Barkhane » entre Ménaka et Indelimane, dans l’est du pays.
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Compte rendu

Trois soldats français blessés dans un attentat au Mali

Un véhicule kamikaze a attaqué un convoi de la force « Barkhane » entre Ménaka et Indelimane, dans l’est du pays.


Le Monde.fr avec AFP
              datetime="2018-01-12T14:47:52+01:00"

        Le 12.01.2018 à 14h47






    
Un véhicule de l’avant blindé de la force française « Barkhane » dans le centre du Mali en 2017.
Crédits : DAPHNE BENOIT/AFP


Trois soldats français de la force « Barkhane » ont été blessés, dont un grièvement, jeudi dans l’est du Mali, lors d’un attentat contre leur convoi par un kamikaze, a annoncé vendredi 12 janvier l’état-major des armées à Paris.
Cette attaque contre le convoi blindé français, qui circulait entre Ménaka et Indelimane, est intervenue le 11 janvier, date anniversaire du déclenchement de l’opération « Serval », le 11 janvier 2013.

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« Un véhicule s’est approché du convoi et s’est fait exploser à proximité d’un VAB [véhicule de l’avant blindé] », a précisé à l’AFP le colonel Patrick Steiger, porte-parole de l’état-major.
Le blessé grave a été évacué vers la France et admis dans un hôpital militaire de la région parisienne, les deux autres ont été soignés sur place, a-t-il précisé.
La précédente attaque de ce type contre l’armée française remonte au 17 janvier 2017, à Gao, dans le centre du Mali, a rappelé l’officier.
Selon un décompte de l’AFP, 18 militaires ont été tués au Mali depuis l’opération « Serval » en 2013, à laquelle a succédé « Barkhane », étendue à cinq pays du Sahel, en août 2014.


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-6"> ¤ La star de cinéma Rajinikanth a créé son propre parti politique en vue des élections régionales de 2021. Son projet : réconcilier le spirituel et la politique.
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En Inde du Sud, la politique est un jeu d’acteurs


                      La star de cinéma Rajinikanth a créé son propre parti politique en vue des élections régionales de 2021. Son projet : réconcilier le spirituel et la politique.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 14h21
   





   


Rajinikanth, de son vrai nom Shivaji Rao Gaekwad, le plus grand héros du cinéma tamoul de tous les temps, s’est donné pour mission de réconcilier le spirituel et la politique. Une façon de justifier sa descente dans l’arène électorale de la République laïque indienne. Le monstre sacré du septième art aura attendu de fêter ses 67 ans pour lancer un nouveau parti le 31 décembre, à Chennai (ancienne Madras), après une carrière d’acteur phénoménale, marquée par plus de 175 films.
Dans ses films, Rajinikanth joue les superhéros

La question est de savoir si les 72 millions d’habitants du Tamil Nadu sont demandeurs de cette ébauche de programme. « Le spirituel était la grande idée de Gandhi pour purifier la politique, on sait comment ça a fini », fait remarquer avec perfidie le poète Makarand Paranjape, professeur d’anglais à l’université Jawaharlal Nehru de Delhi.
« Thalaiva » (le « boss », en tamoul) dispose d’une belle rampe de lancement : plus de 50 000 associations font actuellement sa promotion, ce qui pourrait rassembler en son nom « dix millions de voix » lors du prochain scrutin régional fixé à 2021, calcule Makarand Paranjape. Maligne, la mégastar a obtenu la bénédiction du BJP, le parti (de droite nationaliste) de Narendra Modi, dont la popularité est toujours au zénith au niveau national mais qui brille par son absence dans le sud du pays. Rajinikanth espère aussi tirer profit des déchirements de la classe dirigeante locale.
Combattre la corruption sur grand écran
« La politique est pourrie et la démocratie n’existe plus, estime-t-il, si je ne me lançais pas maintenant, je me sentirais coupable jusqu’à mon dernier souffle. » Depuis la mort prématurée en décembre 2016 de Jayalalithaa, chef du gouvernement du Tamil Nadu, le parti au pouvoir (AIADMK) est en pleine déliquescence tandis que, dans l’opposition, le DMK est dirigé par Karunanidhi, un vieillard de 93 ans en chaise roulante.

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L’atout principal de Rajinikanth est d’appartenir à la grande famille de Kollywood, l’industrie du cinéma tamoul dont les studios, situés dans le quartier de Kodambakkam, à Chennai, font naître d’invraisemblables vocations politiques chez les créateurs ou interprètes de personnages connus pour combattre sur grand écran la corruption au profit des masses. Ainsi des trois derniers chefs de gouvernement du Tamil Nadu : Karunanidhi, qui a occupé le poste cinq fois entre 1969 et 2011, était scénariste de profession ; Jayalalithaa, qui a été cinq fois ministre en chef entre 1991 et 2016, était une comédienne archi-adulée ; et son mentor, M.G. Ramachandran, fondateur de l’AIADMK et trois fois chef de l’exécutif entre 1977 et 1987, était lui aussi acteur.
« Ce phénomène unique est enraciné dans la psyché du Tamil Nadu : les gens d’ici ont un goût particulier pour les personnages cultes qui incarnent des rôles mythiques à l’écran », explique la critique de cinéma Shubhra Gupta. « Les films sont des machines à propagande qui permettent de catapulter ces stars dans la sphère politique », souligne Anbumani, historien du cinéma. Pour convertir ses fans en électeurs, Rajinikanth peut compter sur son style immensément populaire. « Reste à trouver de la substance », prévient néanmoins K. Venkataramanan, chroniqueur à The Hindu, le grand quotidien de Chennai.
Stéphane Picard



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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-7"> ¤ Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que la contradiction entre l’engagement citoyen des entreprises et des financiers et leurs pratiques d’optimisation fiscale traduit peut-être moins une duplicité de leur part qu’un rapport de force assumé.
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« L’écologie est aussi un enjeu de la recomposition de la gouvernance mondiale »

Dans sa chronique, l’économiste Pierre-Yves Gomez estime que la contradiction entre l’engagement citoyen des entreprises et des financiers et leurs pratiques d’optimisation fiscale traduit peut-être moins une duplicité de leur part qu’un rapport de force assumé.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 14h00
    |

                            Pierre-Yves Gomez (Professeur à l'EM Lyon)








                        



                                


                            
Entreprises. Le One Planet Summit, organisé par la France, le 12 décembre 2017, a voulu clore l’année sur une note optimiste. Deux ans après la COP21, qui avait réuni 196 Etats à Paris pour tenter de définir une politique de lutte commune ­contre le réchauffement climatique, le président Macron a invité cette fois des entreprises, des financiers et de riches philanthropes à ­s’engager sur l’avenir de la planète.
Les discours ont affirmé qu’on ne pouvait se contenter de paroles et que, face à la lenteur des politiques, il fallait miser sur l’efficacité entrepreneuriale. Le salut viendrait en particulier d’une réorientation de l’épargne des ménages ou des fortunes privées vers des investissements dans les énergies ­renouvelables. Ainsi ont pu être tracées les perspectives d’une puissante « finance verte », que symbolisait la participation au sommet de Bill ­Gates.

Celui-ci a fondé, en 2015, la Breakthrough Energy Coalition pour investir dans le solaire et l’éolien les dotations d’une trentaine de ­milliardaires, dont les principaux magnats de la Silicon Valley. Trois milliards d’euros auraient été levés – dont deux apportés par M. Gates.
« Pacte mondial »
Or, quelques semaines auparavant, le Consortium international des journalistes d’investigation avait publié l’enquête dite des « Paradise Papers ». Elle révélait comment des entreprises, des financiers ou de riches particuliers pratiquent massivement l’optimisation fiscale. Celle-ci consiste à gérer les flux de trésorerie interne de manière à payer ses impôts dans les pays où la taxation est la plus faible.
Des cabinets de conseil spécialisés dans l’op­timisation fiscale ont pignon sur rue
On estime à 350 milliards d’euros le manque à gagner pour les Etats. Cette pratique ne viole pas la loi, mais joue sur la concurrence législative que se font les pays pour attirer chez eux soit les emplois, soit les profits des ­sociétés transnationales. Des cabinets de conseil...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-8"> ¤ Les tentatives de manipulation des autorités traditionnelles par le régime congolais ont alimenté les violences dans la région diamantifère.
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RDC : des chefs coutumiers au cœur de la crise du Kasaï

Les tentatives de manipulation des autorités traditionnelles par le régime congolais ont alimenté les violences dans la région diamantifère.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h49
    |

                            Pierre Benetti (Kananga et Tshikapa, RDC, envoyé spécial)








                        



                                


                            
A Kasala, dans le sudde la République démocratique du Congo (RDC), une seule maison n’avait pas l’air d’un abri de fortune. C’était celle de Bruno Ndala, le chef coutumier. De son « palais », il ne reste aujourd’hui qu’un transat désossé au milieu des ruines. Sa maison a été détruite par les miliciens du Kamwina Nsapu en avril 2017. « Nous attendons son retour », disent les habitants, regards hagards après des mois de fuite. Comme de nombreux représentants « traditionnels » de la région du Kasaï, Bruno Ndala, 41 ans, vit « en exil ». C’est à des milliers de kilomètres de la terre de ses sujets et de ses ancêtres, que cet ancien diamantaire tient audience, dans un café de Kinshasa, la capitale de la RDC.
La crise du Kasaï, qui a conduit à la mort d’au moins 5 000 personnes depuis l’été 2016, a été déclenchée par la mort d’un chef, dont les miliciens ont repris le nom : Kamwina Napsu, de son nom civil Jean-Pierre Mpandi. Le 12 août 2016, il est tué au cours d’une opération des forces de sécurité. Et ses « fétiches », profanées. Un fait inédit en RDC, où les représentants dynastiques d’une terre et d’un peuple conservent une part essentielle du pouvoir local. Plus que l’Etat, moqué ou craint par la population, la chefferie est l’une des rares institutions encore plus ou moins valides en RDC. « La crise a été déclenchée lorsque la politique s’est mêlée des affaires coutumières », explique un universitaire de Kananga, la capitale du Kasaï-Central, qui tient à l’anonymat.

Réputé réfractaire au régime
Né en 1966, Jean-Pierre Mpandi était le 6e chef des Bajila Kasanga, un peuple établiautour de Kananga et Tshikapa. Après avoir vécu en Afrique du Sud, ce médecin « traditionnel » était revenu dans son territoire pour succéder à son oncle, un colonel des Forces armées zaïroises (FAZ), l’armée congolaise au temps de Mobutu. Mais moins conciliant que son prédécesseur avec le régime de Joseph Kabila, le nouveau chef n’a pas été...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤ L’insurrection déclenchée en 2016 par la mort du chef traditionnel Kamwina Nsapu a été suivie d’une répression implacable. Massacres, exodes, crise alimentaire ont plongé cette région marginalisée de la République démocratique du Congo dans un conflit sans fin
<filname="PROF-0,2-3210,1-0,0-9"> ¤                     
                                                   
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La furie meurtrière au Kasaï, symptôme du délitement de la RDC

L’insurrection déclenchée en 2016 par la mort du chef traditionnel Kamwina Nsapu a été suivie d’une répression implacable. Massacres, exodes, crise alimentaire ont plongé cette région marginalisée de la République démocratique du Congo dans un conflit sans fin



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h21
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 12h51
    |

                            Pierre Benetti (provinces du Kasaï et du Kasaï-Central, RDC, envoyé spécial)








                        



                                


                            
Vue du ciel, Kananga ressemble à une grande ville. Plantée au milieu d’immenses plateaux de savane déboisés, cernée de rivières épaisses et boueuses, la capitale de la province du Kasaï-Central, au milieu de la République démocratique du Congo (RDC), possède sa gare et son siège du gouvernorat, sa large avenue Patrice-Lumumba, sa cathédrale Saint-Clément en brique rouge.
En fait, Kananga consiste en un agrégat de vestiges coloniaux et d’habitats de fortune, où près de un million d’habitants vivent difficilement de la débrouille. En 1960, l’ancienne Luluabourg, bâtie par les Belges sur la rivière Lulua, était pressentie pour être la capitale du Congo devenu indépendant. Aujourd’hui, c’est une enclave inactive, où s’arrêtent peu de voyageurs. Ses commerçants s’approvisionnent à Lubumbashi, la riche capitale du Katanga, à une semaine de train – quand les vieux wagons arrivent à destination. La dernière usine de la ville, une brasserie, a fermé en 2014. Pas de voitures, des marchés dégarnis. Peu d’eau et d’électricité. Encore moins de travail. Même le panneau de bienvenue, à l’entrée de la ville, s’est effondré.
« Joseph Kabila nous a trahis »
A un carrefour, un jeune homme en chemisette blanche, le front couvert d’acné, vend des sodas et des allumettes dans une guérite en bois. Le visage de Paul (son nom a été changé), 21 ans, affiche l’air désœuvré de l’innombrable jeunesse issue de la paysannerie kasaïenne. Il a étudié jusqu’à l’école secondaire, il a même enseigné pendant trois ans, mais l’Etat congolais paie rarement ses fonctionnaires. Afin de parler discrètement, le jeune homme s’assied sur la terrasse d’une maison coloniale vermoulue, où vit le notable sans le sou qui l’héberge. « Mes parents cultivent, dit Paul dans un français hésitant. Ils ont une vie mauvaise. Pour gagner 5 000 francs [moins de 2 euros], il faut passer plusieurs jours dans les champs. Joseph Kabila nous a trahis. »

Aux élections de 2006...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-10"> ¤ Editorial. Sept ans après la révolution de 2011, la fracture entre un littoral prospère et un arrière-pays oublié est plus profonde que jamais, comme le montrent les manifestations qui se multiplient.
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Tunisie : l’envers du décor d’une transition tant célébrée à l’étranger

Editorial. Sept ans après la révolution de 2011, la fracture entre un littoral prospère et un arrière-pays oublié est plus profonde que jamais, comme le montrent les manifestations qui se multiplient.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 12h06
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 15h13
   





                        



   


Editorial du « Monde ». La grogne sociale enfièvre la jeune Tunisie démocratique. Depuis le début de la semaine, les manifestations se multiplient dans l’arrière-pays comme dans certains quartiers de Tunis. Elles ont été provoquées par l’entrée en vigueur, le 1er janvier, d’un budget prévoyant des hausses de prix frappant durement les couches sociales les plus modestes. En marge des rassemblements, des troubles ont éclaté, donnant lieu dans certains cas à des pillages et à des mises à sac de bâtiments publics. Les forces de l’ordre ont procédé à environ 600 arrestations.

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Ces convulsions jettent une lumière crue sur l’envers du décor de la transition tunisienne tant célébrée à l’étranger : son échec socio-économique. La révolution de 2011, qui avait renversé le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, allumant ainsi la mèche des révolutions arabes, avait été surtout menée par la jeunesse des régions défavorisées de l’intérieur du pays. Au-delà de l’aspiration démocratique, la révolte tunisienne exprimait une attente économique : la refonte d’un modèle de développement historiquement conçu par les élites au pouvoir à Tunis pour favoriser un littoral prospère, au détriment d’un arrière-pays oublié.
Sept ans plus tard, ce chantier est en panne. La fracture territoriale entre les deux Tunisie est plus profonde que jamais. Il ne faut pas s’en étonner. Si la révolution a permis d’enclencher un louable processus démocratique, elle n’a pas touché au système économique en vigueur avant 2011. Les groupes d’intérêt qui avaient bénéficié des dictatures précédentes ont maintenu leurs positions dans le nouveau cadre politique et bloqué toute reforme radicale, en particulier celle d’un régime fiscal inique.

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Il est peut-être temps que le regard extérieur sur la Tunisie soit moins naïf. La célébration lyrique du « modèle démocratique » tunisien, cet exercice diplomatique obligé, doit cesser de s’aveugler sur les forces du statu quo qui s’emploient à vider la révolution d’une partie de sa substance. Si les Européens veulent prouver la sincérité de leur soutien au peuple tunisien, il leur faut d’abord déjouer tout un discours qui exalte les acquis démocratiques dans la forme pour mieux les affaiblir dans la réalité.
Ne pas occulter les questions qui fâchent
Tunis a beaucoup capitalisé au niveau international sur ce qu’il faut bien appeler sa « rente démocratique », à savoir une bienveillance automatique due à son exemplarité dans le monde arabo-musulman. Sans pour autant en retirer de substantiels bénéfices économiques, il faut le reconnaître.

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Une amitié exigeante ne saurait occulter les questions qui fâchent. Est-il normal que les sacrifices imposés par l’impératif – que nul ne conteste – de réduction des déficits publics frappent surtout la classe moyenne et les foyers les plus modestes, alors que les couches privilégiées restent sous-fiscalisées ? Est-il normal que la Tunisie soit actuellement le théâtre d’une présidentialisation de son régime politique, à laquelle s’emploie activement le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, à rebours de l’inspiration parlementaire de la Constitution de 2014 ? Est-il normal enfin que la coalition dirigeante formée autour des partis Nidaa Tounès (« moderniste ») et Ennahda (islamiste) se partagent les dépouilles de l’Etat en érodant insidieusement les contre-pouvoirs ?
Ces reniements, qui ouvrent la voie à une possible restauration autoritaire, tissent la toile de fond de la grogne actuelle. Exiger des dirigeants tunisiens qu’ils honorent la promesse de 2011 est le meilleur moyen de garantir la stabilité de ce pays unique.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-11"> ¤ La langue anglaise sera autorisée dans les prétoires, mais dans le respect de l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539.
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Brexit : Paris se bat aussi sur l’attractivité du droit

La langue anglaise sera autorisée dans les prétoires, mais dans le respect de l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h46
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 11h50
    |

            Isabelle Chaperon








                        



                                


                            

On a souvent tendance à l’oublier, mais il n’y a pas que des financiers à la City. Il y a aussi des milliers d’avocats, de juristes et d’autres experts qui prospèrent grâce à la prédominance de la place de Londres dans le traitement des contentieux liés au commerce international : différend autour d’un contrat de produits dérivés, litige concernant une cargaison…
Un business de taille. A lui seul, le marché des services juridiques appliqué aux affaires commerciales a représenté outre-Manche un chiffre d’affaires de 14,2 milliards de livres (16 milliards d’euros) en 2016, selon Business Wire.
En comparaison, la filière du droit en France – juristes, avocats, huissiers, notaires… – pèse 31,1 milliards d’euros, d’après l’étude menée par EY Société d’avocats et l’Université Paris-II-Panthéon-Assas, publiée en octobre.

Dès lors, il n’est pas étonnant que le monde du droit fasse partie des activités ciblées par la France dans le cadre de la bataille livrée pour récupérer une partie des activités qui vont quitter Londres après le Brexit.
« La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait lui faire perdre son accès à l’espace judiciaire européen », a en effet rappelé la ministre de la justice, Nicole Belloubet, à l’occasion d’un colloque organisé le 13 décembre par l’association Paris Place de droit.
« Après le Brexit, les décisions rendues par les tribunaux britanniques ne seront plus applicables directement dans les juridictions des pays de l’Union européenne », précise Marie-Aimée Peyron, bâtonnière du barreau de Paris. Toute entreprise qui aura obtenu une décision de la part de juges londoniens devra ensuite faire la tournée des pays voisins pour la faire exécuter.
Obstacle improbable
Un processus long, coûteux et risqué, qui pourrait être évité si les signataires d’un ­contrat commercial y inscrivaient une clause prévoyant de faire trancher par un tribunal parisien – et non plus londonien...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-12"> ¤ La quête des débris du vol et des disparus va être concentrée sur une zone encore non explorée de 25 000 km2.
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Une société américaine reprend la recherche du MH370

La quête des débris du vol et des disparus va être concentrée sur une zone encore non explorée de 25 000 km2.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h41
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 12h39
    |

            Florence de Changy (Hongkong, correspondance)








                        



   


A l’approche du quatrième anniversaire de la perte du vol MH370, le Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines qui avait disparu des écrans radar entre la Malaisie et le Vietnam avec 239 personnes à bord, dans la nuit du 7 au 8 mars 2014, la Malaisie vient d’annoncer la signature d’un accord avec une société privée américaine, Ocean Infinity, qui va reprendre, à ses frais, les recherches de l’épave de l’avion dans l’océan Indien.
Les recherches initiales dirigées par l’Australie ont coûté 200 millions de dollars australiens (130 millions d’euros) et se sont terminées il y a un an. La principale conclusion du rapport officiel rendu public en octobre 2017 est la « quasi-certitude » que l’avion ne se trouvait finalement « pas » dans les 120 000 kilomètres carrés explorés.
Etonnamment, la Chine, qui avait le plus grand nombre de citoyens à bord de l’avion, n’a jamais montré grand intérêt pour ces recherches. Elle n’y a participé financièrement que tardivement, et à hauteur de 5 % seulement. « La compréhension de la localisation de MH370 est aujourd’hui meilleure qu’elle ne l’a jamais été », note toutefois le rapport. En août 2017, le CSIRO, le CNRS australien, avait déjà affirmé savoir où l’avion s’était abîmé « avec une précision et une certitude sans précédent », au nord-est de la zone explorée.

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Payée en fonction des résultats
Des images satellites françaises d’objets flottants non identifiés ont alors fait un retour inattendu dans l’actualité pour corroborer cette « nouvelle zone ». Ces images avaient été partagées avec les autorités malaisiennes et australiennes au tout début des recherches puis ignorées car rien n’avait été retrouvé sur place. C’est donc sur cette nouvelle zone de 25 000 kilomètres carrés, à « très haute probabilité », que Ocean Infinity va se concentrer.
L’originalité de l’accord conclu entre Ocean Infinity et le gouvernement malaisien tient au fait que l’entreprise américaine ne sera payée qu’en fonction des résultats obtenus, dans un délai de quatre-vingt-dix jours : 20 millions de dollars si l’avion est trouvé dans les premiers 5 000 kilomètres carrés, 30 millions pour les 10 000 kilomètres carrés suivants avec un maximum de 70 millions pour un périmètre étendu.

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Le navire de recherches norvégien, Seabed Constructor, affrété pour l’opération est équipé des meilleures technologies de recherche sous-marine, dont huit sonars sous-marins autonomes qui peuvent plonger jusqu’à 5 600 mètres de profondeur. L’opération doit commencer le 17 janvier. « Au cours des trois mois à venir, ils doivent sonder toute la zone. Ils doivent soit trouver le champ de débris ou les boîtes noires ou les deux, mais il faut que cela se fasse dans le délai imparti », a précisé le ministre malaisien des transports, Liow Tiong Lai. Il a estimé à 85 % les chances que l’épave s’y trouve.
« Nous apprécions l’offre audacieuse de Ocean Infinity », a déclaré l’association des familles des disparus. « Mais cela fait un an que nous demandons que les recherches reprennent. Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour lancer cette opération alors que les candidats sont prêts depuis des mois et pourquoi ne connaît-on pas les détails du contrat ? », interroge le Français Ghyslain Wattrelos, qui a perdu son épouse et deux de ses trois enfants dans le vol. « On nous a dit que le contrat était privé et confidentiel… », confirme la jeune avocate malaisienne Grace Nathan, dont la mère était dans l’avion.
Hautement improbable
Malgré les grands espoirs à nouveau formulés par les autorités malaisiennes, la nouvelle zone de recherche reste basée sur les mêmes extrapolations mathématiques extrêmement sophistiquées réalisées à partir des « handshake pings » (signaux passifs) que l’avion aurait continué d’émettre et que la société britannique de communication par satellite Inmarsat a captés. Mais cela n’a été corroboré par aucune trace tangible du crash de l’avion dans la zone pressentie. Malgré les semaines de recherche dans les jours qui ont suivi la perte de l’aéronef, aucun champ de débris et aucun corps n’avaient été repérés en surface dans cette région. A l’époque, ni images radar, ni images satellites, ni le moindre témoignage visuel n’étaient venus à l’appui de l’hypothèse de la zone de recherche initiale.
Cette recherche étant basée sur les mêmes analyses, il reste donc hautement improbable qu’elle permette de localiser l’épave du Boeing 777. « Personnellement, je ne crois pas à cette zone, mais je pense qu’ils vont se débrouiller pour trouver quelque chose, question de clore le dossier », affirme Ghyslain Wattrelos. En quatre ans, seuls trois débris retrouvés à plusieurs milliers de kilomètres de la zone de recherche ont été formellement confirmés comme venant de l’appareil.
L’opération australienne, qui n’a en rien fait progresser l’enquête sur le mystère du vol MH370, a toutefois permis de réaliser des cartes détaillées du relief sous-marin dans une zone jusque-là non explorée, des informations très utiles à l’exploration pétrolière ainsi qu’aux entreprises de pêche en grande profondeur.
Par ailleurs, nombre de familles, notamment chinoises, se sont opposées à l’initiative du gouvernement australien d’ériger un monument du souvenir sur la côte ouest de l’Australie. Pour les proches, tant qu’il n’y a pas de preuves tangibles que l’avion est bien tombé dans cette région, il n’y a pas lieu d’ériger un tel monument.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-13"> ¤ Le souhait de l’ex-président d’être réélu, même à distance depuis Bruxelles, divise.
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La Catalogne suspendue aux desiderata de Carles Puigdemont

Le souhait de l’ex-président d’être réélu, même à distance depuis Bruxelles, divise.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h32
    |

            Sandrine Morel (Madrid, correspondance)








                        



   


Qui prendra le risque de braver une nouvelle fois la loi pour permettre l’investiture à distance de Carles Puigdemont, toujours « exilé » en Belgique, comme nouveau président de la Catalogne ?
L’ancienne présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell, poursuivie par la justice pour son rôle dans le vote de lois inconstitutionnelles lors de la dernière législature, y a renoncé. Jeudi 11 décembre, elle a annoncé qu’elle « [cédait] la présidence du Parlement » pour que celle-ci soit occupée par une personne qui n’est pas mise en examen.
L’ancien ministre catalan de la justice, Carles Mundo, lui aussi de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), pressenti un temps pour la remplacer, a annoncé le 9 janvier qu’il abandonnait la politique « pour des raisons personnelles » et reprenait sa carrière d’avocat. En novembre 2017, ce dirigeant réputé modéré a passé un mois en détention préventive. Il est toujours mis en examen pour « rébellion, sédition et malversation de fonds publics », comme l’ensemble des anciens membres du gouvernement de Carles Puigdemont.

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Deux voies ouvertes
Le président catalan déchu, réfugié à Bruxelles pour fuir la justice espagnole, n’en démord cependant pas et fait pression sur ses alliés politiques en faisant fuiter des rumeurs sur de possibles accords. Le dirigeant indépendantiste n’entend pas tomber dans l’oubli, depuis la Belgique, avec ce qu’il reste de son gouvernement fantôme en « exil ».
L’ancien président, destitué par Madrid après la déclaration d’indépendance du 27 octobre 2017, sait que s’il pose un pied en Espagne, où il est mis en examen pour « rébellion », il sera arrêté. Mais il considère qu’il lui reste un rôle à jouer et deux voies ouvertes pour le faire : présider la Catalogne à distance, par vidéoconférence, ce que la presse espagnole a surnommé ironiquement la « skype-présidence », ou rentrer à Barcelone, éventuellement accompagné de milliers de personnes, pour se livrer à la justice après avoir été réélu à la tête de la région. Comme il l’avait promis à ses électeurs durant la campagne pour les élections du 21 décembre qui ont redonné la majorité aux indépendantistes.
La Gauche républicaine de Catalogne, dont M. Puigdemont a besoin pour être réélu, a prévenu qu’elle attendrait le feu vert des services juridiques du Parlement catalan avant de se prononcer sur son investiture à distance. « Il y a des aspects technico-judiciaires qu’il ne revient pas à ERC de mesurer », a tranché Roger Torrent, le porte-parole d’ERC, dont le candidat naturel reste son président, Oriol Junqueras, placé en détention préventive. Or, selon le quotidien La Vanguardia, les avocats de la Chambre régionale estimeraient, à l’unanimité, que l’investiture doit se faire en présence, physique, du candidat. Ni par voie télématique, ni par le biais d’un autre député qui lirait son texte, ni par écrit.

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Crainte d’un nouveau blocage
Pour Ines Arrimadas, dirigeante de Ciudadanos, le parti unioniste arrivé en tête aux élections du 21 décembre, un fugitif ne peut pas présider la région : « On ne peut pas avoir un président hologramme qui dirige la Catalogne par Skype de Bruxelles », a-t-elle estimé. Même le parti de la gauche radicale Catalogne en commun, dont l’abstention pourrait devenir indispensable pour l’investiture, si les exilés et prisonniers ne peuvent finalement pas voter au Parlement, a qualifié d’« inimaginable » le fait de gouverner depuis Bruxelles. « Cela conduirait à un nouveau blocage du pays », a tranché la porte-parole Elisenda Alamany.
Vendredi 12 janvier, M. Puigdemont devait tenir une réunion à Bruxelles avec des membres de sa coalition indépendantiste, Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne) sur la meilleure stratégie à suivre. « M. Puigdemont est le seul maître à bord, reconnaît un dirigeant de sa formation, le Parti démocratique européen de Catalogne (PDeCAT). Il doit décider s’il veut être le président à distance et maintenir une confrontation avec l’Etat, ou s’il accepte qu’un autre candidat brigue la présidence de la Catalogne pour permettre une législature plus apaisée… » C’est cette dernière option qui a la préférence des dirigeants du PDeCAT.

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D’ailleurs – est-ce le signe d’une rupture politique ? –, Artur Mas, l’ancien mentor de M. Puigdemont, celui qui l’avait désigné pour le remplacer à la tête de la Catalogne, a annoncé le 9 janvier qu’il quittait la présidence du PDeCAT. Officiellement, il entend se concentrer sur sa défense en justice et permettre un renouvellement au sein du parti. Cependant, ces derniers jours, il n’a cessé de se prononcer en faveur d’une législature « longue » et « constructive » qui « respecte le cadre légal espagnol ». La veille, il avait affirmé qu’il n’y avait pas de majorité suffisante pour « imposer quoi que ce soit ». Une façon de rappeler que les indépendantistes ont certes obtenu la majorité absolue en sièges, mais pas en voix (47,5 % des suffrages).
Personne n’ose faire de pronostic définitif sur ce qui peut se produire. Cela dépendra en grande partie des membres du bureau du Parlement, l’organe chargé d’interpréter le règlement et de soumettre les candidats au vote d’investiture. Lequel sera formé le 17 janvier.



                            


                        

                        


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Washington exaspéré par son ex-allié pakistanais

Donald Trump regrette de longue date qu’Islamabad tolère des « sanctuaires pour les organisations terroristes ».



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h15
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 11h16
    |

            Gilles Paris (Washington, correspondant)








                        



                                


                            

La décision des Etats-Unis de geler l’aide militaire versée au Pakistan, le 4 janvier, a conclu une série de mises en garde jugées sans effets par l’administration de Donald Trump. Le président s’était montré on ne peut plus clair dans son discours du 21 août 2017 à Arlington (Virginie), en détaillant sa politique pour la région. « Nous ne pouvons plus rester silencieux sur les sanctuaires du Pakistan pour les organisations terroristes, les talibans et d’autres groupes, avait assuré Donald Trump. Il a abrité les terroristes que nous combattons, mais cela va changer, et immédiatement. »
Moins de dix jours plus tard, son administration signifiait au Congrès qu’elle retardait un versement de 255 millions de dollars, soit près du quart d’une aide totale de 1,1 milliard de dollars par an. Le président savait pouvoir compter sur le soutien des élus républicains comme démocrates sur ce point. Ils avaient en effet introduit à cette occasion, dans la loi annuelle assurant le financement du Pentagone, un amendement conditionnant le versement de l’aide au Pakistan à la certification par le secrétaire à la défense américain d’un effort suffisant d’Islamabad pour lutter contre le réseau Haqqani, allié aux talibans. Cette disposition avait déjà conduit à un premier gel de 50 millions de dollars en juillet.

Le 1er janvier, Donald Trump a considéré sur son compte Twitter que le Pakistan avait épuisé sa patience : « Les Etats-Unis ont bêtement donné 33 milliards de dollars d’aide au Pakistan ces quinze dernières années sans rien en retour si ce n’est des mensonges et de la tromperie, prenant nos dirigeants pour des idiots (…). Terminé ! » Quatre jours plus tard, le département d’Etat a confirmé le gel du remboursement au Pakistan de ses dépenses liées aux opérations antiterroristes. Ce gel pourrait concerner jusqu’à 2 milliards de dollars d’aides selon un haut diplomate. Ces sommes ne seront pas réaffectées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-15"> ¤ Islamabad, en pleine offensive contre les talibans, estime injuste la suspension de l’aide américaine.
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Le Pakistan déplore d’être abandonné par les Etats-Unis

Islamabad, en pleine offensive contre les talibans, estime injuste la suspension de l’aide américaine.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 11h10
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 16h04
    |

            Jacques Follorou (Miranshah (Pakistan), envoyé spécial)








                        



                                


                            

« Quand Dieu a terminé de créer le paradis et la Terre, il a jeté les restes au Nord-Waziristan. » Ce proverbe waziri ne ment pas. Aux confins des zones tribales semi-autonomes pakistanaises qui longent la frontière afghane, le Nord-Waziristan, vu d’hélicoptère, n’est qu’un paysage aride et tourmenté où la terre ressemble à une mer creusée par une houle immobile. Depuis la chute des talibans en Afghanistan, fin 2001, cette région a été le refuge des principaux groupes djihadistes et insurgés – talibans, Al-Qaida, réseau Haqqani, Ouzbeks ou Tchétchènes. Le cauchemar des services de renseignement du monde entier.
Les autorités pakistanaises, après avoir considéré, jusqu’en 2014, que la région ne représentait pas une menace « imminente », en ont repris fin 2016 le contrôle total. Elles ont installé en 2017 leur quartier général à Miranshah, son centre névralgique. « Au moment même où nous pouvons dire au monde entier que nous avons, seuls, reconquis les zones tribales, les Etats-Unis suspendent leur aide et nous accusent de ne pas en faire assez contre le terrorisme. C’est un paradoxe », estime, à Miranshah, le brigadier général Jawad, à la tête des troupes qui sécurisent le Nord-Waziristan.
Vue d’ici, la suspension annoncée le 4 janvier par Washington de l’assistance militaire accordée au Pakistan, du fait que le pays « abrite des terroristes », selon le président Trump, tombe à contretemps. Les autorités pakistanaises sont très fières de montrer le fruit de leur victoire contre « le terrorisme » qui a coûté la vie, entre 2014 et 2016, à 815 soldats et en a blessé 3 263 autres.

Dans la vaste enclave militaire de Miranshah, l’armée a ainsi transformé un petit fort en musée du djihadisme. Les militaires y font office de guides et commentent les découvertes faites au combat : explosifs, armes et munitions. On y visite la salle des tortures, reproduite « à l’identique »,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-16"> ¤ Des milliers de condamnés à la peine capitale vont voir leur peine suspendue, alors que Téhéran a exécuté 567 personnes en 2016.
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L’Iran va limiter les condamnations à mort pour trafic de drogue

Des milliers de condamnés à la peine capitale vont voir leur peine suspendue, alors que Téhéran a exécuté 567 personnes en 2016.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h59
    |

            Ghazal Golshiri (Téhéran, correspondance)








                        



   


L’entrée en vigueur d’une nouvelle loi va suspendre les condamnations à la peine de mort qui pesaient sur quelque 5 000 trafiquants de drogue en Iran. Le 9 janvier, le chef du pouvoir judiciaire, Sadegh Amoli Larijani, a transmis à son administration le décret d’application de ce texte, voté par le Parlement en août 2017, avec effet rétroactif. En pratique, ce décret oblige les juges à réexaminer plusieurs milliers de dossiers et à commuer certaines condamnations à la peine capitale en peines d’emprisonnement et, parfois, en simples amendes.
La mise en application de cette loi constitue un profond changement de stratégie de la part de Téhéran dans sa lutte contre le trafic de stupéfiants. Elle représente aussi une tentative des autorités de répondre aux critiques des organisations de défense des droits de l’homme, qui dénoncent le grand nombre d’exécutions dans le pays. En 2016, avec 567 exécutions recensées, la République islamique d’Iran se plaçait en deuxième position des pays ayant le plus appliqué la peine de mort, derrière la Chine.

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Selon cette loi, seuls les Iraniens arrêtés pour le trafic et la distribution de plus de 50 kg d’opium seront condamnés à la peine capitale, contre 5 kg jusqu’ici. Ce seuil, auparavant fixé à 30 grammes pour l’héroïne et les amphétamines, passe respectivement à 2 kg et à 3 kg. De par sa frontière avec l’Afghanistan, premier producteur d’opium au monde, l’Iran se situe sur une importante route internationale de trafic de cette substance ainsi que de l’héroïne, qui en dérive et est également produite en Afghanistan. La consommation de drogues est importante en Iran, où le taux de chômage des jeunes atteint 28 %, selon les chiffres officiels, sous-estimés à en croire beaucoup d’analystes.
Image ternie
Malgré de vives critiques de l’Organisation iranienne de la lutte contre les drogues, qui rassemble autour du président, Hassan Rohani, des représentants des forces de sécurité, de la justice et de la santé, cette loi a été votée au Parlement, à l’été 2017, au début du second mandat de M. Rohani. Elle a été depuis validée par le Conseil des gardiens de la Constitution, un corps chargé de vérifier la conformité des lois avec le droit islamique et la loi fondamentale du pays. Cet organe s’oppose pourtant d’ordinaire à tout « relâchement » du droit sociétal, et à la modification des lois qu’il juge essentielles à la République islamique, comme celle sur la peine de mort.
Cette annonce survient alors que des organisations des droits de l’homme évoquent la mort en prison de cinq manifestants, arrêtés lors de la vague de contestation ayant secoué l’Iran pendant une semaine, à partir du 28 décembre 2017. Alors que les pays occidentaux et des organisations internationales s’inquiètent de la violence exercée par Téhéran contre les manifestants, ces suspensions massives d’exécutions permettent au président Rohani de mettre en avant un progrès réel de l’Iran en matière des droits de l’homme.
« C’est une très bonne nouvelle, parce que l’application de la peine de mort en Iran a gravement terni l’image du pays à l’étranger, s’est réjoui l’avocat reconnu Saleh Nikbakht, dans un entretien au quotidien iranien Etemad. Si la peine de mort avait été efficace, elle aurait fait diminuer le nombre des trafiquants de stupéfiants depuis longtemps. Au contraire, ils se multiplient. »

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La nouvelle loi n’annule pas les peines capitales prononcées contre les chefs des cartels ni contre ceux qui engagent des mineurs et qui ont recours aux armes à feu. En Iran, le viol, le meurtre et la pédophilie sont encore aujourd’hui passibles de la peine de mort.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-17"> ¤ La plus haute instance judiciaire du pays a ordonné jeudi la libération de Mehmet Altan et de Sahin Alpay, mais deux cours pénales d’Istanbul ont refusé de les remettre en liberté.
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Turquie : deux journalistes maintenus en détention, malgré une décision de la Cour constitutionnelle

La plus haute instance judiciaire du pays a ordonné jeudi la libération de Mehmet Altan et de Sahin Alpay, mais deux cours pénales d’Istanbul ont refusé de les remettre en liberté.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h47
    |

            Marie Jégo (Istanbul, correspondante)








                        


La Cour constitutionnelle de Turquie a ordonné par 11 voix contre 6, jeudi 11 janvier, la libération de Mehmet Altan et de Sahin Alpay, deux journalistes emprisonnés juste après la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016. Elle a estimé que leur détention « violait leurs droits individuels », selon les normes de la Convention européenne des droits de l’homme ratifiée par la Turquie.
Cette décision fait naître l’espoir. Les avocats des prévenus considèrent qu’elle pourrait faire jurisprudence à l’avenir pour des milliers de personnes injustement emprisonnées. « Cet arrêt, le premier du genre depuis la tentative de coup d’Etat, pourrait servir de précédent pour tous les autres procès en cours », a suggéré l’avocat Veysel Ok, qui a introduit le recours de Sahin Alpay.

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Mais la joie des familles a été de courte durée. Cinq heures à peine après la décision de la Cour constitutionnelle, deux cours pénales ordinaires d’Istanbul (la 13e et la 26e) ont refusé la remise en liberté des deux hommes. C’est « illégal », a dénoncé le député Sezgin Tanrikulu (opposition kémaliste) sur son compte Twitter. Simple contretemps en attendant la publication de la décision de la Cour constitutionnelle dans le Journal officiel ? Ou résultat d’un coup de fil du « Palais » présidentiel ? Une chose est sûre, le fait que les décisions émanant de la plus haute instance du pays soient ignorées par des juridictions subalternes confirme la perte de légitimité de l’institution judiciaire.
Des fonctionnaires réintégrés
Résultat, les journalistes sont restés derrière les barreaux. Accusés d’« appartenance à une organisation terroriste » et de « tentative de renversement » du gouvernement, les deux intellectuels, âgés respectivement de 65 et 73 ans, avaient déposé des recours auprès de la Cour constitutionnelle juste après leur arrestation à l’été 2016. Or, la plus haute juridiction turque, qui a vu deux de ses juges, Alparslan Altan et Erdal Tercan, écroués après la tentative de coup d’Etat, ne s’était pas réunie depuis 2016.
Le président Recep Tayyip Erdogan est le premier à sonner l’hallali contre les intellectuels. Lors de sa venue à Paris, vendredi 5 janvier, il avait déclaré : « La terreur ne naît pas de rien. La terreur et les terroristes ont des jardiniers, ces gens qui sont vus comme des penseurs. »

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A la faveur de l’état d’urgence imposé le 20 juillet 2016 et toujours prolongé depuis, 55 000 personnes ont été arrêtées, sans véritables enquêtes. Au total, 150 000 fonctionnaires, dont plus de 4 000 juges et procureurs, ont été limogés, tandis que 160 journalistes sont en prison. Des centaines d’universitaires ont été cités à comparaître pour avoir signé une pétition pour la paix dans les régions à majorité kurde.
Les autorités turques ont réintégré par décret-loi plus de 1 800 fonctionnaires qui avaient été limogés dans le cadre de ces purges, a rapporté vendredi l’agence de presse officielle Anadolu. Elles avaient été initialement radiées après avoir été accusées d’avoir téléchargé ByLock, une messagerie cryptée qu’Ankara considère comme l’outil de communication privilégié des putschistes. Mais les autorités ont annoncé fin décembre 2017 avoir déterminé que plusieurs milliers de personnes avaient téléchargé l’application en question à leur insu.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-18"> ¤ Angela Merkel et Martin Schulz ont ouvert la voie au maintien de leur coalition. Un accord de 28 pages a été conclu dans la nuit.
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Un accord entre CDU et SPD pour diriger l’Allemagne

Angela Merkel et Martin Schulz ont ouvert la voie au maintien de leur coalition. Un accord de 28 pages a été conclu dans la nuit.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h30
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 15h12
    |

            Thomas Wieder (Berlin, correspondant)








                        



   


En arrivant au siège du Parti social-démocrate (SPD), jeudi 11 janvier, à Berlin, pour une cinquième journée consécutive de discussions, Angela Merkel avait pronostiqué que cette dernière serait « compliquée ». La chancelière allemande aurait pu ajouter que la nuit le serait tout autant. Ce n’est que vendredi, un peu avant 9 heures du matin, que les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates ont trouvé un accord en vue de former une « grande coalition », après vingt-quatre heures de pourparlers à huis clos.
Au vu des premiers éléments distillés à la presse, vendredi matin, avant qu’il ne soit entièrement rendu public, l’accord de 28 pages qui a été conclu dans la nuit reprendrait plutôt les propositions des conservateurs en matière de politique migratoire. Ceux-ci auraient ainsi obtenu une très stricte limitation du regroupement familial pour les réfugiés bénéficiant d’une « protection subsidiaire » (ceux qui ont obtenu un titre de séjour d’un an renouvelable). Le principe d’un plafonnement – entre 180 000 et 220 000 – du nombre de demandeurs d’asile susceptibles d’être accueillis chaque année en Allemagne, rejeté jusque-là par le SPD, figurerait également dans l’accord.

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De son côté, le SPD - dont la direction a approuvé vendredi après-midi cet accord - n’aurait pas réussi à imposer une augmentation de la fiscalité sur les plus hauts revenus. Mais il aurait obtenu des garanties dans le domaine social, notamment sur le maintien du niveau des retraites, ainsi qu’une avancée en matière d’éducation, avec la possibilité pour l’Etat fédéral de désormais intervenir dans ce secteur resté jusque-là le domaine réservé des Länder. Les deux parties ont convenu de « renforcer de manière durable la zone euro ».
Pas de gouvernement avant mars
Avec l’accord scellé vendredi, qui intervient trois mois et demi après les élections législatives du 24 septembre 2017 et près de deux mois après l’échec d’une première tentative de coalition entre conservateurs, libéraux-démocrates et écologistes, une étape importante a été franchie dans le processus devant conduire à la constitution du nouveau gouvernement.
Mais ce n’est qu’une étape. Dimanche 21 janvier, le SPD doit décider, lors d’un congrès extraordinaire à Bonn (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) qui pourrait s’annoncer tendu en raison de l’opposition d’une partie de la base à la reconduction d’une « grande coalition », s’il valide ou non cet accord. Le prochain gouvernement ne pourra en tout cas pas être constitué avant mars.



                            


                        

                        


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Vladimir Poutine, un esprit « gigantesquement pluriel »

Le journaliste russe Mikhaïl Zygar s’est attaché aux pas de ceux qui forment la garde rapprochée de Vladimir Poutine en leur prêtant sur la base de nombreux entretiens, un rôle bien plus important qu’il n’est coutume de lire.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 10h21
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            Isabelle Mandraud (Moscou, correspondante)








                        



                                


                            

Le Livre. Depuis l’arrivée aux commandes de Vladimir Poutine, il y a dix-huit ans, la consolidation du pouvoir entre les mains du Kremlin porte un nom, « la verticale du pouvoir » – un terme, « verticale », que le président russe, candidat à un nouveau mandat de six ans, avait lui-même employé lors de sa première adresse à la nation, en juillet 2000. Il désignait alors la reprise en main du pays, et sa traduction rapide avec la mise au pas des médias et l’exclusion du paysage politique d’oligarques milliardaires qui pensaient pouvoir jouer un rôle.
Au fil des années, cette « verticale » s’est structurée, écartant sans ménagement les faibles et les indociles, pour ne laisser place qu’à une poignée de fidèles, le dernier ami ukrainien Viktor Medvedtchouk, le féroce Igor Setchine, l’indispensable Dmitri Peskov, le stratège Viatcheslav Volodine, le samouraï Vladislav Sourkov, le fantassin Sergueï Choïgou, l’hermétique Nikolaï Patrouchev ou le mondain Igor Chouvalov… Tous, membres du gouvernement, de l’administration présidentielle ou puissants patrons, jouent un rôle-clé à la cour du Kremlin et c’est à cette plongée passionnante que nous invite Mikhail Zygar dans son essai sur les « poutiniens ». Le journaliste russe confirmé s’est attaché aux pas de ceux qui forment la garde rapprochée de Vladimir Poutine en leur prêtant, sur la base de nombreux entretiens, un rôle bien plus important qu’il n’est coutume de lire. « Les membres de son cercle l’ont choisi, poussé en avant, ne cessant jamais de jouer sur ses peurs et ses désirs, pour lui faire acquérir un statut qui a dépassé toutes leurs attentes, écrit-il. Toutes les décisions sont prises (…) par Poutine, mais Poutine n’est pas une seule personne. Il est un esprit gigantesquement pluriel. Des dizaines, peut-être des centaines de personnes essaient chaque jour d’imaginer quelles sont les décisions qu’[il] doit prendre. »
Dans cette galerie,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3210,1-0,0-20"> ¤ Béligh Nabli, directeur de recherches à l’IRIS, analyse le mouvement de contestation sociale qui secoue la Tunisie, sept ans après la chute du dictateur Ben Ali.
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Tunisie : « La contestation actuelle est un rappel à l’ordre des engagements pris durant la révolution »

Béligh Nabli, directeur de recherches à l’IRIS, analyse le mouvement de contestation sociale qui secoue la Tunisie, sept ans après la chute du dictateur Ben Ali.



Le Monde
 |    12.01.2018 à 09h37
 • Mis à jour le
12.01.2018 à 11h21
    |

            Camille Bordenet (Propos recueillis par)








                        



   


En février 2011, la « révolution du jasmin » en Tunisie a fait chuter le dictateur Ben Ali, et a marqué le début de la séquence historique dite du « printemps arabe ». Aujourd’hui, le pays est fortement secoué par des troubles sociaux. Comment expliquer cette nouvelle contestation sociale ? Remise en perspective historique avec Béligh Nabli, directeur de recherches à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), cofondateur du site Chronik et spécialiste de la Tunisie.

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Ce n’est pas la première fois qu’une vague de contestation secoue la Tunisie depuis la révolution de 2011. Ces regains de tensions réguliers sont-ils le symptôme d’une crise profonde ?
Béligh Nabli : Depuis le soulèvement populaire, né en décembre 2010, la chute de Ben Ali et la transition démocratique qui s’en est suivie, la Tunisie n’a jamais véritablement connu d’état de grâce. Si la situation sécuritaire s’est globalement améliorée – l’état d’urgence est en vigueur depuis novembre 2015 et la dernière attaque de grande ampleur remonte à mars 2016 –, la Tunisie vit sous une tension politique et sociale continue, bien que latente et diffuse.
Jusqu’à présent, on assistait à des crises liées à des réalités locales, qui donnaient lieu à des manifestations ou à des mobilisations et des grèves sporadiques. On peut citer la crise sociale de fin 2016, qui avait déjà donné lieu à des manifestations contre le fléau du chômage frappant une jeunesse — y compris diplômée — désœuvrée, et qui avait conduit les autorités à décréter un couvre-feu nocturne dans tout le pays.
La succession et la démultiplication de ces manifestations traduit un mal plus profond, plus global, qui fait écho au sentiment qui s’était déjà exprimé au moment de la révolution. L’appel à « la dignité » est toujours à l’ordre du jour…

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Le mouvement actuel se différencie-t-il des précédents ?
Nous assistons à un mouvement d’une ampleur et d’une intensité plus importantes. La tension et la contestation sociales semblent avoir atteint un niveau paroxystique, un point de rupture. Ce mouvement s’est cristallisé autour de l’adoption de la loi de finances 2018. Celle-ci prévoit l’augmentation de la TVA et donc du coût de la vie, mais aussi la création de nouvelles taxes. Le gouvernement amplifie sa politique d’austérité, alors que le pays est déjà marqué par une inflation galopante, qui a dépassé 6 % fin 2017.
Or, le gouvernement est comme pris en étau. D’un côté, la situation des finances publiques a placé le pays dans une position de dépendance à l’égard du Fonds monétaire international, qui a conditionné sa dernière ligne de crédit de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans à la lutte contre le déficit public. De l’autre, les appels officiels à la patience et aux restrictions ne sont plus audibles.
Non seulement les couches populaires comme la classe moyenne sont confrontées à un coût de la vie qui dégrade leur condition – alors que la révolution devait l’améliorer –, mais elles ont l’impression de subir la pression fiscale accrue d’un Etat inefficace.
A la différence des précédentes crises, ancrées localement, le mouvement est cette fois d’une ampleur nationale et touche l’ensemble du territoire, des villes défavorisées de l’intérieur du pays à certaines villes du littoral, y compris les banlieues populaires de la capitale, Tunis.
Le mouvement revêt-il un caractère politique ?
Si le mouvement s’est cristallisé sur la loi de finances défendue par le gouvernement en place, c’est l’ensemble de la classe politique qui est mis en accusation. Pour au moins deux raisons : l’impuissance des politiques en général, et celle des gouvernements successifs en particulier, qui n’ont pas relevé le défi de la lutte contre la corruption et de la justice sociale et territoriale.
De plus, la classe politique donne l’impression d’ignorer la gravité de la situation, le degré de dégradation de la condition de la population. Une ignorance ou une indifférence qui contraste avec l’attention portée par ces mêmes acteurs aux jeux d’appareils et autres calculs électoraux. Ce décalage nourrit le profond sentiment de désenchantement démocratique et de défiance politique, que ressent l’écrasante majorité des Tunisiens.
Y a-t-il une désillusion par rapport aux revendications portées durant la révolution ?
Les événements actuels prouvent que les revendications de progrès social exprimées avec force en 2010-2011 ne se sont toujours pas concrétisées. Elles restent d’actualité, sept ans plus tard. La jeunesse demeure désœuvrée, y compris parmi les diplômés de l’enseignement supérieur – avec un taux de chômage autour de 30 %.
Pire, le sentiment général consiste à voir la révolution comme le point de départ, si ce n’est l’origine, d’une dégradation de l’économie du pays, comme de la condition individuelle. Toutefois, la crise actuelle n’est pas animée par un mouvement réactionnaire, appelant à un retour de l’ancien régime et de sa figure tutélaire, Ben Ali. La désillusion porte plutôt sur l’absence de toute équation entre avancées démocratiques et progrès social.
Il s’agit donc d’un rappel à l’ordre des politiques quant aux engagements pris durant la révolution. Et ce n’est pas pour rien que le mois de janvier, autour de l’anniversaire de la chute de Ben Ali, est traditionnellement une période de mobilisation sociale : cela traduit bien une déception par rapport aux attentes qu’a soulevée la révolution.
Ce mouvement peut-il remettre en cause le processus de transition démocratique ?
Le processus de démocratisation reste long et difficile et la question sociale pèse comme une épée de Damoclès sur la transition. Jusqu’à récemment, la priorité de l’agenda politique était de nature sécuritaire, ce qui a conduit le pouvoir à minorer l’enjeu social. Il en paye le prix. L’état d’urgence n’est plus tant sécuritaire que social. Le pouvoir doit redéfinir son propre agenda et ses priorités stratégiques.
Pour autant, personne n’a intérêt à voir la situation se dégrader. Le mouvement de contestation n’a de toute façon pas de leader charismatique, pas de structure partisane qui puisse l’orienter ou le contrôler… La principale centrale syndicale du pays, l’UGTT, reste prudente, précisément parce qu’elle a peur de voir basculer ce mouvement dans une forme de dérive anarchique incontrôlable.
La situation pourrait s’envenimer si le pouvoir politique et les forces de sécurité cédaient au vieux réflexe de la répression massive et aveugle, ou bien si le gouvernement persistait dans son absence de dialogue : les Tunisiens sont exaspérés par le discours d’austérité. Un geste politique pourrait consister à proposer une loi de finances complémentaire qui corrige le niveau d’augmentation de la TVA, voire supprime certaines taxes créées. En cela, cette crise sociale représente aussi un test majeur sur le savoir-faire politique du pouvoir en place.




                            


                        

                        

