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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-1"> ¤ Notre choix du soir. Une gamine commet un crime sur un petit garçon. Une autre assiste à la scène. Des années plus tard, ils se croisent… A distance du réel, Laetitia Masson appréhende avec brio la cruauté enfantine (sur Arte à 20 h 55).
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TV - « Aurore », l’enfance à l’abandon

Notre choix du soir. Une gamine commet un crime sur un petit garçon. Une autre assiste à la scène. Des années plus tard, ils se croisent… A distance du réel, Laetitia Masson appréhende avec brio la cruauté enfantine (sur Arte à 20 h 55).



Le Monde
 |    11.01.2018 à 17h45
    |

            Véronique Cauhapé








                        


Mini-série sur Arte à 20 h 55

Depuis 3 × Manon, de Jean-Xavier de ­Lestrade, diffusée sur Arte en 2014, nous n’avions plus rien vu d’aussi fort, de dérangeant et de bouleversant, en matière de fiction française. La comparaison s’arrête là. Même si, dans Aurore, il est également question d’enfance esquintée, de reconstruction et de résilience, la minisérie de Laetitia Masson nous conduit dans l’univers propre d’une cinéaste dont la réalisation vise à mettre à distance le réel. Sa manière à elle de mieux l’appréhender.
Le premier plan a toujours une importance folle. Ici : une petite silhouette en tutu rose, baskets aux pieds, lunettes en cœur sur le nez, tournoie dans un décor trop grand, trop vide pour elle. Aurore, 10 ans – Lolita haute comme trois pommes, laissée à l’abandon par une mère prostituée qui rêve de devenir danseuse – sèche l’école et distrait ses heures à traîner. Seule ou avec le copain Chris, courant après n’importe quelle connerie pourvu qu’elle occupe. Les ­Quatre cents coups, plus de cinquante ans après Antoine Doinel, en quelque sorte !
L’enfance en errance ne mène nulle part. Ou plutôt si : dans un centre pour délinquants mineurs chez François Truffaut ; dans un établissement pénitentiaire chez Laetitia Masson. Parce qu’un soir, croisant Paulo et sa petite sœur Maya en train de manger des gâteaux dans un entrepôt, Aurore ne supportera pas qu’ils refusent de lui en offrir un. Alors, elle étranglera Paulo.
L’impact de l’éducation
L’histoire que nous raconte Aurore est partie d’un fait divers des années 1960 concernant le meurtre de deux enfants par une gamine. Il a conduit la réalisatrice à s’interroger sur l’impact que pouvait avoir l’éducation sur un enfant. Et la responsabilité de la société dans cette affaire. Laetitia Masson a voulu explorer, comprendre, analyser ce que peut ­entraîner l’absence de repères.
Elle n’y est pas allée par quatre chemins. Elle a tenu à filmer et montrer le crime. Surtout, elle a su l’amener tel qu’il le fallait, comme une suite logique de ce qui a précédé. Aurore en train d’étrangler un gosse pour un gâteau, guidée par un « pur » instinct animal ; au risque de choquer, la scène n’étonne pas plus que cela. Parce que chacun connaît, au fond, cette violence et cette cruauté enfantines. Chez Aurore – pour qui l’étreinte maternelle passe d’abord par une gifle et des cris –, le passage à l’acte surprend encore moins.

   


Filmée dans le sud de la France, la minisérie de Laetitia Masson pose son cadre sur des décors de partout et d’on ne sait où. Des décors d’étendues désertes, de barres d’immeubles, d’entrepôts en ruine dans lesquels chaque individu paraît une fourmi. Un insecte dans un bocal. Destiné à une solitude profonde.
Dans Aurore, la réalité est crue. A l’image, elle s’exprime par l’utilisation de couleurs primaires claquantes, travaillées comme en peinture, à la manière d’un Godard des années 1960. L’esthétique donne le recul nécessaire à la réflexion. Laetitia Masson le sait qui ne s’interroge pas tant à « ce qui est raconté » mais « à la façon de le raconter ». Son travail passe par des choix qui nous éclairent. Des choix qui ne ­marchent sur les plates-bandes de personne. Tels ceux, par exemple, qui la guident dans ses castings vers des comédiens rares, dont on a le sentiment qu’ils jouent comme ils respirent, parfois avec urgence. Tous ces partis pris contribuent à cette sensation que l’on éprouve, en regardant Aurore, de vivre une expérience nouvelle.
Aurore, de Laetitia Masson. Avec Mélodie Gualteros, Elodie Bouchez, Ella Brunetto, Lolita Chammah, Aurore Clément, Hélène Fillières (France, 2017, 3 x 55 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-2"> ¤ A voir aussi ce soir. Où Woody Allen revient à la comédie, au music-hall et à l’humour juif (sur Chérie 25 à 20 h 55).
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TV - « Scoop »: le magicien, la greluche et le journaliste fantôme

A voir aussi ce soir. Où Woody Allen revient à la comédie, au music-hall et à l’humour juif (sur Chérie 25 à 20 h 55).



Le Monde
 |    11.01.2018 à 17h30
    |

                            Thomas Sotinel








                        


Film sur Chérie 25 à 20 h 55

Un an après Match Point, Woody Allen affiche avec Scoop (2006) son retour à la comédie, au music-hall new-yorkais et à l’humour juif. Pour ce faire, il fait appel à la prestidigitation, à la Faucheuse et à un couple de détectives amateurs. Un journaliste anglais incorruptible découvre, alors qu’il traverse le Styx, une information sensationnelle. Incapable de l’emporter avec lui dans l’au-delà, il n’a de cesse qu’il ne l’ait communiquée.
La bénéficiaire du scoop est une étudiante en journalisme, Américaine de passage à Londres, Sondra Pransky (Scarlett Johansson en nunuche mal fagotée). Elle reçoit la bonne nouvelle alors qu’elle se trouve dans la boîte à double fond d’un illusionniste névrotique, le grand Splendini (Woody Allen). Le défunt journaliste lui apprend que le tueur au tarot qui marche avec ardeur sur les traces de Jack l’Eventreur n’est autre que l’un des plus beaux spécimens de l’aristocratie britannique, Peter Lyman (Hugh Jackman). Au cours de son enquête, la greluche yankee s’éprend du lord, malgré les avertissements de Splendini.
Humour macabre
Sur cette base, qui mêle la comédie policière américaine des années 1930 et 1940, l’un des grands films de Hitchcock (Soupçons) et un classique de la littérature (Une tragédie américaine, de Theodore Dreiser), Woody Allen se laisse aller avec paresse et plaisir à ses penchants. Il fait surgir des répliques d’anthologie, use de gags jusqu’à la corde et fait subir à sa vedette des épreuves d’un autre âge, comme si l’inventeur d’une des femmes les plus modernes de l’histoire du cinéma (Annie Hall) était retombé en enfance, au temps des ingénues hollywoodiennes.
Scoop restera dans les annales alléniennes puisque c’est ici la première fois que Woody Allen refuse au personnage qu’il interprète les faveurs de la vedette féminine. Sid a pour Sandra des sentiments paternels qui le rendent plus sympathique que les précédents avatars du cinéaste – réalisateur névrotique (Hollywood Ending) ou solitaire paranoïaque (Anything Else).
La conclusion un peu noire de Scoop, son humour macabre montrent qu’il ne s’agit que d’une pause dans le parcours du cinéaste, et que ses obsessions, qui servent ici d’accessoires, sont prêtes à repasser au premier plan.
Scoop, de Woody Allen. Avec Scarlett Johansson, Woody Allen (EU, 2006, 98 min).



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-3"> ¤ La Galerie Thaddaeus Ropac présente à partir du 12 janvier des œuvres de la performeuse féministe autrichienne, redécouverte dans les années 2000.
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Valie Export, une femme d’action s’expose


                      La Galerie Thaddaeus Ropac présente à partir du 12 janvier des œuvres de la performeuse féministe autrichienne, redécouverte dans les années 2000.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 16h33
    |

                            Roxana Azimi








   


Le galeriste Thaddaeus Ropac a le sens du timing. L’exposition de Valie Export qu’il organise dans son espace parisien tombe à pic, au moment où les femmes (re)montent au front contre le machisme. L’artiste autrichienne septuagénaire fut une pasionaria féministe depuis ses débuts dans les années 1960, avec ses performances osées et radicales.
A l’époque, elle troque son vrai patronyme, Waltraud Lehner, contre un nom inspiré d’une marque de cigarettes. La bonne société autrichienne est alors très corsetée, et l’underground viennois dominé par des actionnistes misogynes. Aussi Valie Export sera-t-elle longtemps ignorée. Jusqu’à ce que les institutions l’exhument, notamment au début des années 2000, dans la vague de redécouverte des artistes femmes.
Thaddaeus Ropac n’est pas pour autant opportuniste. Cela fait vingt-cinq ans qu’il collectionne ses œuvres. Autant d’années qu’il songe à la représenter. Mais elle était déjà entre les mains d’une galerie viennoise. En octobre 2017, Ropac obtient la représentation exclusive de son travail. Dans la foulée, il organise deux expositions début 2018 dans ses galeries de Paris et de Londres.
Une personnalité intransigeante
Les délais sont courts. Impossible de traiter cette œuvre peu connue à la va-vite. Et Valie Export en a trop vu comme artiste femme pour tolérer la légèreté. Aussi suggère-t-elle de travailler avec la commissaire d’exposition Caroline Bourgeois, qui avait réalisé en 2003 une exposition monographique au Centre national de la photographie, à Paris. Celle qui est aussi conseillère artistique de François Pinault connaît très bien ses travaux. Malgré la barrière de la langue − Valie Export ne parle que l’allemand −, elle devine les nuances d’une personnalité intransigeante.

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                Le nu, arme des féministes



Chez Ropac, Caroline Bourgeois se concentre sur les Body Configurations des années 1970, lorsque l’artiste utilisait son corps comme une sculpture vivante pour modeler l’espace urbain. S’y trouve aussi sa photo mythique Genital Panic, de 1969. L’artiste était alors arrivée mitraillette à la main dans un cinéma porno munichois. On la voit en jean et blouson de cuir, jambes écartées, le pantalon découpé laissant voir son pubis. L’artiste se pose en sujet, et non plus en objet, à rebours des stéréotypes de la séduction.
Body Configurations, de Valie Export, à la Galerie Thaddaeus Ropac, 7, rue Debelleyme, Paris 3e. Du 12 janvier au 24 février. www.ropac.net



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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-4"> ¤ La maison d’édition souhaitait publier trois textes antisémites de l’auteur de « Voyage au bout de la nuit », un projet qui avait suscité l’émoi.
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Gallimard suspend son projet de réédition des pamphlets antisémites de Céline

La maison d’édition souhaitait publier trois textes antisémites de l’auteur de « Voyage au bout de la nuit », un projet qui avait suscité l’émoi.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 14h35
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 16h34
   





                        


La maison d’édition Gallimard a annoncé jeudi 11 janvier qu’elle suspendait son projet de publier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline. Antoine Gallimard, président des éditions, a justifié sa décision, « jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies » pour « envisager sereinement » ce projet.
La maison d’édition souhaitait publier trois pamphlets antisémites de l’auteur de Voyage au bout de la nuit : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941, donc pendant l’Occupation).

        Lire aussi :
         

                Petites et grandes manœuvres autour des pamphlets de Céline



Les pamphlets de Céline ne sont pas interdits en France, mais ils n’ont pas été réédités depuis la fin de la seconde Guerre mondiale. L’écrivain lui-même puis sa veuve, Lucette Destouches, âgée de 105 ans, s’y opposaient. Ils peuvent cependant aisément être consultés sur Internet ou achetés chez des bouquinistes.
Inspiré d’une édition québécoise
« Les pamphlets de Céline appartiennent à l’histoire de l’antisémitisme français le plus infâme. Mais les condamner à la censure fait obstacle à la pleine mise en lumière de leurs racines et de leur portée idéologiques, et crée de la curiosité malsaine, là où ne doit s’exercer que notre faculté de jugement », a estimé jeudi l’éditeur. Mais, a-t-il ajouté, « je comprends et partage l’émotion des lecteurs que la perspective de cette édition choque, blesse ou inquiète pour des raisons humaines et éthiques évidentes ».
Gallimard souhaitait publier « une édition critique » des pamphlets « sans complaisance aucune ». L’accompagnement des textes par un appareillage critique était selon le premier ministre, Édouard Philippe, entré dans ce débat, la seule condition acceptable pour que les pamphlets puissent être réédités. « Je n’ai pas peur de la publication de ces pamphlets, mais il faudra soigneusement l’accompagner », avait déclaré le chef du gouvernement dans un entretien au Journal du dimanche.
Dans un communiqué, l’éditeur parisien expliquait vouloir s’inspirer de l’édition publiée au Québec en 2012 par la maison canadienne Editions 8. Il assurait que le livre serait accompagné d’une analyse du professeur d’université Régis Tettamanzi et d’une préface signée de l’écrivain Pierre Assouline. Or de nombreuses voix se sont élevées, notamment celle de Frédéric Potier, à la tête de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, pour demander qu’un collectif interdisciplinaire incluant des historiens éclaire ces écrits, et que l’éclairage ne soit pas juste sur le plan littéraire.
« Une insupportable incitation à la haine »
Ce projet de réédition avait suscité de nombreuses réactions. Le 20 décembre, Serge Klarsfeld, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France, appellait dans L’Obs à l’interdiction pure et simple du volume et menaçait Gallimard d’une action en justice. Ce projet « est une agression contre les juifs de France », avait répété jeudi matin M. Klarsfeld sur Europe 1. Il s’est dit « soulagé » après l’annonce de Gallimard.
Ces textes constituent « une insupportable incitation à la haine antisémite et raciste », avait estimé mardi le Conseil représentatif des institutions juives (CRIF). Son président, Francis Kalifat, avait appelé les éditions Gallimard « à renoncer au projet de réédition de ces brûlots antisémites ».
Le député de La France insoumise Alexis Corbière s’était également indigné de la démarche de la maison d’édition. « N’oublions pas ce que le passé nous a appris et ne laissons pas des enjeux commerciaux faciliter l’enracinement d’une telle pensée et l’affaiblissement de notre vivre-ensemble », dénonçaient mercredi Guillaume Gouffier-Cha et Jean-François MBaye, deux députés La République en marche du Val-de-Marne.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-5"> ¤ Brillant analyste, spécialiste des troubles de l’identité doté d’un réel talent de narration, Michel de M’Uzan est mort le 7 janvier à Paris.
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Décès du psychanalyste Michel de M’Uzan

Brillant analyste, spécialiste des troubles de l’identité doté d’un réel talent de narration, Michel de M’Uzan est mort le 7 janvier à Paris.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 12h39
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 18h29
    |

                            Elisabeth Roudinesco








                        



                                


                            
Né à Paris en 1921 et membre de la Société psychanalytique de Paris (SPP), Michel de M’Uzan est mort à Paris le 7 janvier. Il avait été le compagnon de Marthe Robert (1914-1996), célèbre critique littéraire, et restera l’un des plus brillants psychanalystes français de sa génération, auteur d’une œuvre abondante et remarquable. Il avait fort bien connu le poète Antonin Artaud et avait été l’analyste de plusieurs écrivains, parmi lesquels Georges Perec et Marie Cardinal qui avaient, l’un et l’autre, conservé de lui un souvenir inoubliable. Il avait soutenu une thèse de médecine très remarquée sur Franz Kafka (1948).
Durant les années d’après-guerre, il passait son temps à fréquenter des écrivains, des poètes et des penseurs, autant à la Bibliothèque Mazarine qu’au Café de Flore, à Paris. Avec son ami Pierre Marty (1918-1993), il fonde en 1972 un Institut de psychosomatique, ce qui lui permettra de travailler avec des patients atteints de graves maladies organiques.
Analysé par Maurice Bouvet (1911-1960), marqué en profondeur par les œuvres de Sandor Ferenczi et de Viktor Tausk, tous deux disciples de Freud, ce fils d’un père juif tunisien et d’une mère d’origine danoise sut entretenir une relation privilégiée avec les manifestations des états-limites (dissolution des frontières du moi) et les situations de dépersonnalisation (perte d’identité) ou encore avec des phénomènes aussi inquiétants que le surgissement d’une « chimère » au cœur de la relation fantasmatique d’un sujet avec autrui.
Renouveler la technique de la cure
Autant dire que parmi les post-freudiens, Michel de M’Uzan se rattachait à ce courant de la psychanalyse centrée sur l’étude des troubles de l’identité : hallucinations, délires, dédoublements de la personnalité. Il eut à cœur, en outre, de renouveler la technique de la cure en privilégiant une relation empathique avec le patient fondée sur l’exploration des territoires archaïques de l’inconscient.
Dans...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-6"> ¤ L’avalanche de critiques négatives qui accueilli le film de David Ayer avec Will Smith n’a pas nui à son succès. Ce mélange de polar et d’heroic fantasy aura donc une suite.
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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-7"> ¤ Hafiz Adem publie un ouvrage sur son parcours migratoire.
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Du Soudan à la France, un réfugié dessine son odyssée

Hafiz Adem publie un ouvrage sur son parcours migratoire.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 09h50
    |

            Frédéric Potet








                        



   


Au Soudan, où il a vécu jusqu’à l’âge de 25 ans, Hafiz Adem n’a pas le souvenir d’avoir un jour dessiné, sauf à l’école. Peu de temps après son arrivée à Paris, porte de La Chapelle, où il dormait dehors, des feutres lui ont été confiés par une association d’aide aux migrants, Dessins sans papiers. Celle-ci organise des ateliers de dessin dans les camps de réfugiés et les centres d’hébergement de la capitale. C’était en mars 2017. Le jeune homme s’est pris au jeu. Dans un petit ouvrage édité par l’association, Le Voyage de Hafiz El Sudani, il raconte son parcours migratoire à travers une série d’illustrations qui, derrière une naïveté apparente, témoignent d’un sens inné de la couleur et de la composition.

   


Hafiz Adem y relate, dans le détail, tout ce qu’il a vécu au cours de ces deux dernières années. Son arrestation par la police qui le soupçonne d’avoir participé à l’assassinat d’un inconnu retrouvé mort dans un local associatif de son village, l’exécution de son frère aîné Moussa, les sévices perpétrés par les tortionnaires du régime d’Omar Al-Bachir, son évasion de la prison de Kordofan, sa fuite dans le désert libyen, sa traversée de la Méditerranée à bord d’un canot de fortune, le sauvetage de celui-ci par les gardes-côtes italiens…
Ne parlant pas un mot de français à son arrivée à Paris, ce fils de cultivateur s’est révélé dans le dessin, qu’il pratique depuis sans relâche. A mi-chemin entre BD et art brut, son récit a tapé dans l’œil du peintre Hervé Di Rosa. « A un moment, son dessin se déploie, envahissant la page, les couleurs scintillent comme un feu d’artifice et alors apparaissent des fleurs, des champs, des animaux, des visages de femmes, qui rappellent les manuscrits anciens de ces terres, berceau de l’humanité », écrit-il dans la postface de l’ouvrage (disponible sur le compte Facebook de l’association, 11 euros plus 3 euros de frais de port).

   


Di Rosa accueillera en résidence Hafiz Adam, en avril, dans son Musée international des arts modestes, à Sète. Le candidat à une demande d’asile s’étonne de l’intérêt qu’on porte à ses illustrations, « qui ressemblent encore trop à des dessins d’enfant », dit-il.
 www.facebook.com/groups/dessinssanspapiers



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-8"> ¤ Le vendeur et restaurateur d’origine arménienne expose une partie de sa collection à l’hôtel de ville de Paris.
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L’extravagant « M. Ara », génie des lampes

Le vendeur et restaurateur d’origine arménienne expose une partie de sa collection à l’hôtel de ville de Paris.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 09h28
    |

                            Margherita Nasi








                        



                                


                            

Sortir des ténèbres de l’ignorance : au XVIIIe siècle, Diderot, Voltaire et tant d’autres font rayonner le savoir auprès d’un public éclairé. Mais il existe un autre siècle des « lumières », presque aussi étincelant : cent cinquante années, entre 1775 et 1925, qui bouleversent l’histoire du luminaire. Une aventure qui était relatée par Ara Kebapcioglu devant une salle comble au Petit Palais, le 1er décembre 2017, dans le cadre d’un cycle de conférences sur les nuits de Paris. Une période que le collectionneur et restaurateur de lampes fait revivre tous les jours dans sa boutique, Lumière de l’œil.
Pousser la porte de cette échoppe située dans le 5e arrondissement parisien, à deux pas du Val-de-Grâce, c’est plonger dans une faille spatio-temporelle, un bric-à-brac de lampes anglaises, américaines, allemandes, autrichiennes, wallonnes et françaises, dégageant une lumière orangée et vacillante. Le temps est figé quelque part entre le XVIIIe et le XIXe siècle, avant la froide arrivée de la lumière électrique.
« On perd vite l’incandescence des premiers filaments de carbone, or, ce qui enchante mon esprit, ce sont les sources de chaleur, je suis fasciné comme face à une cheminée avec des bûches »
raconte M. Kebapcioglu, tout en faisant danser les flammes : il prépare, dans l’arrière-boutique, un café turc, savoir-faire hérité de ses origines ottomanes.
Elocution savante
Né à Istanbul en 1950, M. Kebapcioglu aurait dû normalement reprendre l’activité paternelle de vente de produits chimiques et de colorants pour la petite industrie, et épouser une Arménienne de sa communauté. C’était compter sans le coup d’Etat militaire de 1971 et le désir d’indépendance de ce jeune féru de musique et de photographie, qui part à la recherche d’un avenir plus radieux en Allemagne.
Le diplômé en chimie atterrit à Francfort. Un jour, sur le trottoir, il tombe sur une lampe électrique de style...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-9"> ¤ Le festival de danse des Hauts-de-Seine s’ouvre avec un spectacle de David Drouard auquel a participé le jardinier-star Gilles Clément.
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Un « Sacre du printemps » végétalisé à Suresnes

Le festival de danse des Hauts-de-Seine s’ouvre avec un spectacle de David Drouard auquel a participé le jardinier-star Gilles Clément.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 09h13
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h52
    |

                            Rosita Boisseau








                        



                                


                            

Combi noire tendance ninja, Gilles Clément débarque d’un coup de moto au Théâtre Jean-Vilar, à Suresnes (Hauts-de-Seine). Opération « main verte » par le jardinier planétaire, créateur du parc André-Citroën ? Option « danse » pour celui qui aime tendre l’oreille à la conversation entre les plantes et se glisser dans les zones en friche pour y semer des graines multicolores. « Oui, c’est assez inattendu de me retrouver dans un spectacle chorégraphique », déclare-t-il, tout sourire, visiblement heureux de cette nouvelle poussée végétale.

Gilles Clément est le paysagiste de (S)acre, chorégraphié par David Drouard pour neuf danseuses et trois musiciennes rock. Il a imaginé deux îlots de verdure comme surgis des entrailles d’une maison abandonnée ou d’un bateau naufragé. « J’en voyais trois au départ, mais il fallait bien laisser de la place aux interprètes », commente-t-il. Surtout lorsque le déchaînement s’annonce maximal avec glissements de terrain et riffs post-punk. Le Sacre du printemps et son Elue sacrifiée par les vieux sages ont servi de tige. Sans la musique de Stravinsky. Sans victime non plus. « La pièce finit par un nouvel écosystème émergeant, une harmonie où tout le monde se comprend et se coordonne », poursuit Gilles Clément. De quoi séduire cet homme pacifique qui défend la richesse de la diversité, qu’elle soit végétale ou humaine.
Un jeune créateur audacieux
(S)acre ouvre, vendredi 12 janvier, la 26e édition de Suresnes cités danse, qui affiche treize spectacles de Mourad Merzouki, Farid Berki et Blanca Li, entre autres, jusqu’au 11 février. Infidélité à la signature hip-hop de la manifestation ? « Pas vraiment, rétorque Olivier Meyer, directeur du festival. J’aime tous les styles de danse et je suis un producteur avant tout, qui apprécie les projets singuliers. Comment résister à une version du Sacre du printemps, treize femmes en scène...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-10"> ¤ Tiphaine Samoyault, spécialiste des études littéraires, rappelle, dans une tribune au « Monde », que les paroles haineuses de Céline ne se lisent pas que dans ses pamphlets, mais dans toute son œuvre.
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Pamphlets de Céline : la littérature « menacée de mort »

Tiphaine Samoyault, spécialiste des études littéraires, rappelle, dans une tribune au « Monde », que les paroles haineuses de Céline ne se lisent pas que dans ses pamphlets, mais dans toute son œuvre.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h33
    |

Tiphaine Samoyault (Essayiste et romancière)







                        



                                


                            
Tribune. De l’excellent dossier que « Le Monde des livres » du 5 janvier consacre à la polémique sur la réédition annoncée des pamphlets de Céline, il ressort qu’il y aurait deux visions de Céline, celle des « littéraires » et celle des « historiens » : quand la première, soucieuse de faire valoir la grandeur de l’écrivain et la force de son style, ne verrait dans les pamphlets qu’un égarement momentané, ne retirant rien à la force de l’œuvre romanesque, la seconde, indifférente au style, serait seule à même de mettre au jour l’antisémitisme profond de ces textes et de contextualiser ses éléments de propagande.
Ce partage est dangereux et entérine une division disciplinaire assez anachronique aujourd’hui, où les liens entre littérature et histoire sont revendiqués, par les historiens notamment (de Patrick Boucheron à Ivan Jablonka) ; et il oublie de rappeler ce que Barthes indiquait dans son article « Le discours de l’histoire » (Œuvres complètes II, Seuil, 1994) : qu’aucune discipline ne parle depuis la vérité.
Cette division manque aussi le fait que, du côté des études étiquetées « littéraires », des travaux très marquants (à commencer par ceux de Catherine Coquio sur les génocides et récemment sur la Syrie) se font certes à partir des productions artistiques et littéraires, mais en souci constant du contexte et dans une conscience historique d’autant plus forte que celle-ci est informée par le témoignage et la réflexion de l’art sur l’événement.
Il n’est pas inutile de rappeler que le travail majeur accompli par Alice Kaplan sur Bagatelles pour un massacre (Relevé des sources et citations dans « Bagatelles pour un massacre », Le Lérot, 1987) a été fait du double point de vue de la littérature et de l’histoire, aux Etats-Unis, certes, où l’université est moins rigoureusement assise qu’en France sur les divisions disciplinaires.

Dire que la lecture des pamphlets de Céline n’empêchera...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-11"> ¤ Yann Moix, écrivain et chroniqueur, explique dans une tribune au « Monde » qu’il n’y a qu’un Céline, et qu’on ne peut isoler les pamphlets du reste de son œuvre.
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Pamphlets de Céline : « L’homme est la capitale de toutes les contradictions »

Yann Moix, écrivain et chroniqueur, explique dans une tribune au « Monde » qu’il n’y a qu’un Céline, et qu’on ne peut isoler les pamphlets du reste de son œuvre.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h32
    |

Yann Moix (Ecrivain)







                        



                                


                            
Tribune. La moindre des choses, concernant les pamphlets de Céline, eût été de ne jamais tenir compte du refus de l’auteur de les voir republier. Retrancher à l’œuvre une part importante de l’œuvre, c’est en modifier l’ADN, c’est en truquer la vérité, c’est en modifier la portée. « Tout » Céline « moins » les écrits antisémites, c’est inventer un Céline qui n’existe pas, n’a jamais existé, est une chimère, une licorne.
Il fallait, dès après sa mort, en 1961, publier l’intégrale de l’œuvre dans « La Pléiade » et dans l’ordre chronologique ; le classement thématique (d’un côté les romans acceptables et géniaux, de l’autre les pamphlets inadmissibles et nauséeux) produit une idée fausse de l’homme qu’il fut.
Céline se déploie dans le temps, il n’y a que dans le temps, époque par époque, dans le déroulement des événements, que tenter de le « suivre » (je n’ai pas dit de le « comprendre ») est possible. Il ne s’appréhende que dans l’aberration de ses « évolutions », dans l’aggravation progressive de ses tares, de ses paranoïas. Ses paniques, ses folies sont indissociables de la marche temporelle de l’Histoire.
Oter de l’œuvre à l’œuvre, c’est la tronquer, c’est trahir le Céline admirable en le coupant de cette part maudite ; car il n’existe pas « deux » ­Céline : il n’existe, dans cette histoire, que la complexité d’un écrivain, qui nous rappelle que le génie (on peut naïvement le regretter) n’est pas mécaniquement le contraire du pire, et que l’on peut à la fois être le plus inexcusable des salauds et le plus immense créateur de son temps. Céline nous rappelle que l’homme est la capitale de toutes les contradictions, de toutes les configurations, de toutes les combinaisons, de toutes les possibilités, de toutes les impossibilités.
Monstruosité et génie
Quant au fameux appareil critique des pamphlets, je prétends pour ma part qu’il ne devrait pas être plus épais, plus scrupuleux que l’appareil critique des romans : prendre mille...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-12"> ¤ L’historien Zeev Sternhell explique, dans une tribune au « Monde », pourquoi un essai introductif sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France doit précéder toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.
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Pamphlets de Céline : « un travail d’historiens et de politologues » est indispensable

L’historien Zeev Sternhell explique, dans une tribune au « Monde », pourquoi un essai introductif sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France doit précéder toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h33
    |

                            Zeev Sternhell (Historien)








                        



                                


                            
Tribune. Une édition critique des pamphlets de Céline ne saurait se réduire à une reprise de l’édition québécoise avec l’ajout d’une simple préface littéraire concoctée à Paris. Céline est une figure majeure de l’antisémitisme français, de la tentation nazie en France et de l’usage qui en fut fait par la droite fasciste ou fascisante française. Remettre ces textes sous les yeux du grand public permet, d’une part, de mieux reconstituer les réalités idéologiques du XXe siècle, ce qui est toujours positif et conforme aux devoirs d’un éditeur, mais, d’autre part, peut contribuer à rendre une certaine légitimité à l’antisémitisme, ce qui de toute évidence n’est pas l’objectif de Gallimard.
Si on se lance dans une telle entreprise, il est impératif de faire précéder ce recueil non pas d’une quelconque préface, mais d’un essai introductif savant sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France, sur ses racines et sa fonction politique ainsi que sur sa signification pour le contexte culturel général. Une telle démarche demande non seulement de grandes connaissances mais un gros travail sur les réactions de l’opinion publique de l’époque. C’est un travail d’historiens et de politologues.
Un innocent exercice ?
Ce qui est essentiel, c’est le contexte et la nature de l’antisémitisme dans la France du XXe siècle : une telle étude doit nécessairement comporter une réflexion sur les rapports entre idées et action politique. L’antisémitisme, depuis le boulangisme, n’a jamais été une opinion, mais un outil de combat, une arme d’une extraordinaire puissance mobilisatrice. C’est pourquoi une réflexion sur le contenu nazi des pamphlets ­céliniens constitue une réflexion sur la culture politique de la première moitié du XXe siècle : les idées céliniennes reflétaient-elles un climat intellectuel ambiant ou n’étaient-elles qu’un innocent exercice, voire un malheureux accident de parcours ?

Les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-13"> ¤ Dans « Manger l’autre », la Mauricienne Ananda Devi trace un tableau terrifiant de notre présent à travers le corps d’une obèse.
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Ananda Devi joue gros jeu

Dans « Manger l’autre », la Mauricienne Ananda Devi trace un tableau terrifiant de notre présent à travers le corps d’une obèse.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Manger l’autre, d’Ananda Devi, Grasset, 218 p., 18 €.

En prenant pour sujet un personnage autodestructeur et obèse, le nouveau roman d’Ananda Devi s’inscrit dans une longue tradition littéraire du grotesque et de la déformation. Comment ne pas penser à Gargantua ou au Martyre de l’obèse, d’Henri Béraud (Albin Michel, 1922), mais aussi au Malone meurt, de Samuel Beckett (Minuit, 1951), terrible description d’un être immobilisé par son agonie, comme l’héroïne de Manger l’autre l’est par son extension de plus en plus monstrueuse (« Je suis le seul être que l’on voit de l’espace ») ? Ce qu’il y a de nouveau est l’application du procédé à la critique de l’« utopie-Internet ». « La Couenne », sobriquet dont l’affublent ses camarades de collège, est constamment clouée au pilori sur la Toile par photos et commentaires interposés, et comme condamnée à un tourment éternel. Avec le monde virtuel, « nous avons réinventé l’enfer ». « Jubilatoire, constate-t-elle, avide de chair pendouillante, ameutés par la mise à mort publique que l’on croyait abolie mais qui s’est rétablie insidieusement, depuis le temps des guillotines et des pendaisons et des fusillades. »
Humour lucide et grinçant
La colère qui sourd du récit suit l’expansion infinie des contours inlassablement observés de l’« éléphanteau » qu’est la narratrice. « Je suis le rejeton monstrueux d’un mariage contre nature entre surabondance et sédentarité, confie-t-elle. Je subis ce que vous refusez de voir mais subirez tous un jour : le gonflement grotesque de l’inutile. Et qu’est-ce qu’il y a de plus inutile que l’excès de gras, je vous le demande ? » 
Une telle mercuriale risquerait de s’enliser dans un discours pesamment démonstratif. Heureusement, l’humour lucide et grinçant de l’adolescente allège la prophétie de malheur, tout comme la précision...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-14"> ¤ « Douces déroutes » raconte des personnages en quête de sens dans la capitale haïtienne, où le désir est inséparable de la peur, la vie de la mort.
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Yanick Lahens dans Port-au-Prince brûlante

« Douces déroutes » raconte des personnages en quête de sens dans la capitale haïtienne, où le désir est inséparable de la peur, la vie de la mort.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        



                                


                            
Douces déroutes, de Yanick Lahens, Sabine Wespieser, 232 p., 19 €.

Jetés sur l’asphalte brûlant, les personnages de Douces déroutes sont saisis dans leur course haletante. A leurs trousses, Port-au-Prince, la capitale haïtienne, comme un incendie. « Ici, vivre, c’est dompter les chutes. La ville est un chaudron et il faut viser l’écume pour ne pas aller racler le fond », médite Cyprien Novilus. Un convoi ministériel a failli faire basculer sa voiture dans le fossé. Stagiaire dans un cabinet d’avocats renommé, il est promis à un bel avenir s’il apprend à se taire et à fermer les yeux sur ce que trafiquent les puissants de l’île. Ceux qui refusent de le faire sont broyés.
Ainsi du juge Berthier, le père de Brune, sa petite amie, assassiné alors qu’il s’obstinait dans une affaire qui dérange le pouvoir. Le livre s’ouvre sur une lettre adressée à son épouse : « Nommer certaines choses est devenu un délit et non le fait que ces choses existent », écrit-il. Comment supporter cela ? Faut-il fuir ce Port-au-Prince déserté par la justice et gangrené par l’argent ? Faut-il s’en accommoder ou se battre – jusqu’à la mort ? Etudiants ou artistes, petits-bourgeois ou marginaux, les personnages du cinquième roman de Yanick Lahens composent avec le mélange d’amour et de désespoir qu’ils éprouvent pour leur pays. L’écrivaine haïtienne – prix Femina pour Bains de lune (Sabine ­Wespieser, 2014) – capte la musique entêtante et saccadée de cette lutte intime, et la fait résonner magnifiquement à nos oreilles.
Un sentiment de fusion
On entend d’abord la radio qui donne le pouls du pays, en diffusant la douceâtre ritournelle d’un sénateur chanteur, une antenne libre où éclatent la colère du peuple et une publicité tapageuse pour une belle voiture. Nous frappe ensuite la voix de Pierre, le beau-frère du juge Berthier, qui s’entête à démasquer les commanditaires de son assassinat....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤ Christophe Bigot raconte comment sa hantise du couperet l’a mené à l’écriture.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-15"> ¤                     
                                                   
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L’échafaud pour ascenseur (littéraire)

Christophe Bigot raconte comment sa hantise du couperet l’a mené à l’écriture.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

                            Eric Loret








                        


                                                        
Autoportrait à la guillotine, de Christophe Bigot, Stock, 240 p., 19 €.
En 2008, le premier roman de Christophe Bigot, L’Archange et le procureur (Gallimard), était consacré à Camille Desmoulins. Huit ans plus tard, son quatrième mettait en scène une figure moins glorieuse de la période révolutionnaire, le versatile Lecointre de Versailles (Le Bouffon de la montagne, La Martinière, 2016). Avec ce cinquième livre, l’auteur délaisse la fiction pour se livrer à l’étiologie de ce qu’il avoue, entre malice et angoisse, être une obsession : « Longtemps, j’ai cru que j’avais été guillotiné dans une vie antérieure. » Toute son enfance, précise-t-il, il a été persuadé d’avoir été « jugé, condamné puis décapité pendant la Terreur révolutionnaire ». Il en cauchemarde régulièrement.
Etrangement, cette passion n’a pas de début : c’est en voyant une adaptation de Dumas à la télé, Le Chevalier de Maison-Rouge par Claude Barma, qu’à l’âge de 6 ans l’auteur « reconnaît » la guillotine et son « horreur familière ». A partir de là, romans, bandes dessinées et opéras rock sur la Révolution régalent le petit héros au quotidien. Il n’y a guère qu’en visitant l’obscur engin de son désir à la Conciergerie qu’il est déçu : « Le couperet n’a ni l’éclat étincelant ni le biseautage aigu que j’ai pu voir à la télévision. » Bientôt, c’est à la figure de Charlotte Corday que l’enfant s’attache, puis celle de Camille Desmoulins. Mais sa « fixette » n’est pas totalitaire puisque, outre de Danton et Robespierre, il est aussi fan de « Muriel Moreno du groupe Niagara, George Michael ou Morten d’A-ha – dont une amie de [son] frère a dit, en cours de musique, qu’elle pourrait “manger sa flûte pour lui” ».
A travers la petite bourgeoisie catholique et l’homosexualité
Attaquer l’écriture à sa racine névrotique et tenter...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤ Romans, nouvelles, histoire, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 janvier.
<filname="PROF-0,2-3246,1-0,0-16"> ¤                     
                                                   
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La rentrée littéraire d’hiver en bref

Romans, nouvelles, histoire, essais… Les brèves critiques du « Monde des livres » du 12 janvier.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
    |

                            Florent Georgesco, 
                            Jean-Louis Jeannelle (Spécialiste des études littéraires et collaborateur du "Monde des livres"), 
                            André Loez (Historien et collaborateur du "Monde des livres"), 
                            Elena Balzamo (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Gladys Marivat (Collaboratrice du "Monde des livres"), 
                            Bertrand Leclair (Collaborateur du "Monde des livres"), 
                            Philippe-Jean Catinchi et 
                            Florence Bouchy (Collaboratrice du "Monde des livres")








                        


                                                        Histoire. Poison graphique
Dessins assassins ou La Corrosion antisémite en Europe, 1886-1945. Collection d’Arthur Langerman, Fayard/Mémorial de Caen, 212 p., 25 €.
L’année politique qui vient de s’écouler a prouvé l’accablante longévité de l’imagerie antisémite. Au mois de mars 2017 d’abord, dans un tweet du parti Les Républicains représentant Emmanuel Macron en banquier à nez crochu et haut-de-forme, puis en novembre quand le socialiste Gérard Filoche (qui a depuis été exclu du parti) a diffusé, toujours à propos du président ­Macron, un montage photo tout aussi déplaisant. Troublant signe des temps : certains ont feint de ne pas comprendre le sens de ces images. C’est avoir la mémoire courte, comme permet de s’en convaincre la publication de la collection d’Arthur Langerman. Né en 1942, fils de déportés à Auschwitz, il a constitué un corpus éloquent et écœurant de caricatures antisémites, depuis les années 1890 et l’affaire Dreyfus. Original dans sa composition, avec des dessins issus de l’Allemagne nazie mais aussi de la Hongrie et de la Pologne des années 1920 et 1930, l’ouvrage rappelle, malgré les lacunes de certaines légendes, combien ce poison graphique fut répandu dans l’Europe du premier XXe siècle. A. Lo.
Nouvelles. Dix rêves et cauchemars américains
Dans la grande violence de la joie (The Man Who Shot Out My Eye Is Dead), de Chanelle Benz, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Hoepffner, Seuil, 256 p., 20 €.
Ils sont moines, nonnes, enfants de diplomates ou d’alcooliques, et ils cherchent à sauver leur peau « dans la grande violence de la joie ». Le soufflant premier recueil de Chanelle Benz saisit en dix nouvelles d’une grande diversité l’histoire de l’Amérique et de sa littérature : le puritanisme, la folie de la conquête de l’Ouest, l’horreur de la ségrégation, le monde parallèle des services secrets ou du petit peuple des mobile homes....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-17"> ¤ Avec « Une vie comme les autres », l’écrivaine américaine réussit à faire ressentir au lecteur les souffrances de son héros.
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L’ami en peine d’Hanya Yanagihara

Avec « Une vie comme les autres », l’écrivaine américaine réussit à faire ressentir au lecteur les souffrances de son héros.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h30
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 15h45
    |

            Raphaëlle Leyris








                        


                                                        
Une vie comme les autres (A Little Life), d’Hanya Yanagihara, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Ertel, Buchet-Chastel, 816 p., 24 €.
Voici un livre qui avance masqué, s’appliquant, dans un premier temps, à mimer l’ordinaire. Par son titre, d’abord : Une vie comme les autres – la version originale, A Little Life, joue tout autant profil bas. Par ses premières pages, ensuite, qui donnent au lecteur l’impression, pas désagréable et même confortable, de s’embarquer dans un texte semblable à bien d’autres, d’un genre qui a largement fait ses preuves. Le deuxième roman (premier traduit en français) de l’Américaine Hanya Yanagihara se présente en effet comme l’histoire d’un groupe d’amis arrivant à New York à l’issue de leurs études et bien décidés à se faire une place dans la grande ville. Il y a là JB, le peintre, Malcolm, l’architecte, Willem, aspirant acteur qui gagne surtout sa vie comme serveur, et enfin Jude, l’avocat.
L’épaisseur de l’ouvrage, ces quelque 800 pages qui pourraient suffire à trahir la dimension hors normes du roman, assure qu’on va les suivre pendant des décennies, ce dont on ne peut que se réjouir, très vite attaché aux angoisses de Malcolm, au cynisme de JB, à la douceur inquiète de Willem, et au mystère de Jude.
Progressivement, pourtant, Une vie comme les autres dévoile sa vraie nature : celle d’un roman terrible, douloureusement magnifique, qui va obliger le lecteur à faire une expérience spectaculaire de l’empathie. Ou même de la sympathie, au sens étymologique du terme : sans cesse, on souffre avec Jude, véritable héros du livre, dont on découvre au fil des décennies, au même rythme que ses amis, quelles monstrueuses enfance et adolescence il affronta ; pourquoi il se scarifie ; pourquoi il a parfois tant de mal à marcher ; pourquoi nul ne lui connaît de vie sentimentale ou sexuelle. Acharné à se présenter comme un être sans histoire(s),...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-18"> ¤ Un jeune homosexuel se construit dans la sauvagerie américaine des années 1860. « Des jours sans fin », célébration joyeuse et optimiste – malgré tout.
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Sebastian Barry à l’amour comme à la guerre

Un jeune homosexuel se construit dans la sauvagerie américaine des années 1860. « Des jours sans fin », célébration joyeuse et optimiste – malgré tout.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
    |

            Christine Rousseau








                        



                                


                            
Des jours sans fin (Days Without End), de Sebastian Barry, traduit de l’anglais (Irlande) par Laetitia Devaux, Joëlle Losfeld, 272 p., 22 €.

Même si le voyage fut long et mouvementé entre Sebastian Barry et Thomas McNulty, l’étonnant narrateur de Des jours sans fin, l’écrivain irlandais (né en 1955) ne cache pas sa fierté devant ce roman qui chemine en lui depuis près de cinquante ans.
Il est vrai qu’avec cette fresque épique et intimiste qui, sur fond de génocide amérindien et de guerre de Sécession (1861-1865), interroge l’identité de la nation américaine et celle d’un homme, l’écrivain s’est vu décerner, pour la deuxième fois – fait unique –, le prestigieux prix Costa. Pour autant, « ma fierté est indépendante de toute considération littéraire », précise le romancier et dramaturge de passage à Paris. Avant d’évoquer la genèse de ce livre et ce qui lie celui-ci à son plus jeune fils, Toby, qui en a changé le cours, lui conférant une dimension intime inédite et une tonalité d’écriture moins classique.
Généalogie d’une œuvre grave et poétique
Si, depuis ses débuts, l’auteur du somptueux Testament caché (Joëlle Losfeld, 2009) ne cesse de puiser la matière de ses romans et de certaines de ses pièces de théâtre dans l’histoire des siens – composant, entre les Dunne et les McNulty, la généalogie d’une œuvre grave et poétique –, celle qu’il entendit enfant, racontée par son grand-père, sur un grand-oncle parti en Amérique lors de la guerre de Sécession, résistait à toute tentative de fictionnalisation. Ou presque. Puisque, après un roman avorté dans les années 1980, le dramaturge prit le relais, composant The White Women Street (« La rue des femmes blanches », non traduit) : une pièce empreinte de lyrisme, où le futur héros de Des jours sans fin peinait cependant à apparaître.
C’est en s’immergeant dans d’innombrables ouvrages historiques,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-19"> ¤ Plongée dans la question de l’être telle que l’auteur de la « Métaphysique » l’a inaugurée. Une superbe redécouverte de la sidération dont procède la philosophie.
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Bernard Sichère à la poursuite de la plénitude avec Aristote

Plongée dans la question de l’être telle que l’auteur de la « Métaphysique » l’a inaugurée. Une superbe redécouverte de la sidération dont procède la philosophie.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Aristote au soleil de l’être, de Bernard Sichère, CNRS Editions, 152 p., 23 €.

Aristote (384-322 av. J.-C.) a 17 ans quand il rejoint à Athènes l’Académie, l’école que Platon, de plus de quarante ans son aîné, a fondée après avoir lui-même reçu l’enseignement de Socrate. Il reste auprès du vieux maître jusqu’à la mort de ce dernier, vingt ans plus tard. Puis il crée à son tour plusieurs écoles, dont le Lycée, où il donnera naissance à une philosophie d’une telle fécondité qu’elle va être l’une des sources principales de la métaphysique occidentale. Une philosophie qui, en redonnant la priorité au visible sur l’invisible, à l’individu sur l’universel, en attachant le plus étroitement possible ce qui constitue la réalité concrète à ce que l’esprit humain peut en percevoir, s’arrachera au platonisme dont elle procède, nouant avec lui un débat qui dure encore.
La pensée, dans ses commencements, est affaire de lieux, de rencontres entre des hommes « de chair et d’os », comme l’écrit Bernard Sichère, qui résume : « Une vie philosophique, c’est d’abord une vie. » Il n’y a pas de philosophie sans transmission de proche en proche, sans l’intimité d’un face-à-face. L’une des forces d’Aristote au soleil de l’être, brève et dense plongée dans la question de l’être telle qu’Aristote l’a inaugurée, est de ne jamais perdre de vue cette incarnation de la pensée. Il s’agit d’une enquête métaphysique, mais menée en soi-même, là où la pensée des autres – Platon, Aristote, Heidegger (1889-1976) aussi, très présent dans ces pages – ouvre la vôtre à des dimensions nouvelles, la rapproche de la présence des êtres, des choses, du monde, de l’être tout court en somme, de cette évidence sidérante que ce qui est est.
Une vie nouvelle
Bernard Sichère (né en 1944) évoque en quelques lignes, vers le début, la généalogie de ce qui a été pour lui, en quelque sorte, une conversion à Aristote, laquelle...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3246,1-0,0-20"> ¤ L’égyptologue Jan Assmann analyse les sources bibliques de la violence religieuse. A laquelle il oppose le pluralisme propre aux Lumières.
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Essai. La religion en cellule de déradicalisation

L’égyptologue Jan Assmann analyse les sources bibliques de la violence religieuse. A laquelle il oppose le pluralisme propre aux Lumières.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 10h58
    |

            Nicolas Weill








                        



                                


                            
Le Monothéisme et le langage de la violence. Les débuts bibliques de la religion radicale (Totale Religion. Ursprünge und Formen puritanischer Verschärfung), de Jan Assmann, traduit de l’allemand par Jean-Marc Tetaz, Bayard, 230 p., 21,50 €.
Depuis quelques années, l’égyptologue et archéologue allemand Jan Assmann (né en 1938) est devenu l’un des historiens des religions les plus discutés, parce que ses thèses sur les origines de la violence semblent en rendre le monothéisme responsable. En forgeant la notion de « distinction mosaïque », ce savant, qui intervient aussi dans les affaires de son temps, pouvait laisser penser que, dans un monde antique qui ignorait l’exclusivisme sacré, la différence entre Dieu vrai et idoles fallacieuses instaurée par l’Ancien Testament avait introduit un fanatisme, dont les tentacules se prolongeraient jusqu’au fondamentalisme islamiste actuel.
De là à soupçonner chez lui une secrète nostalgie pour un paganisme supposé plus « tolérant », il n’y aurait qu’un pas aisé à franchir si Jan Assmann n’avait très tôt averti ses lecteurs qu’il restait aussi proche de la culture biblique que de l’Aufklärung (les Lumières). Le Monothéisme et le langage de la violence, son nouvel essai, qui reprend une partie de son Violence et monothéisme de 2009 (Bayard), constitue une tentative de dissiper les malentendus et d’apporter des nuances dans une matière éminemment sensible.
Colère divine
Dès le début, il balaie l’idée que le Pentateuque aurait inventé la rhétorique du Dieu « vengeur », voire « exterminateur ». L’évocation des rituels égyptiens visant à « abattre Apopis » (un serpent de mer géant qui tente de s’opposer à la bonne marche du soleil) ne vient-elle pas montrer qu’une figure d’ennemi à abattre s’insère sans problème dans les cadres de pensée du polythéisme ? De même précise-t-il que la tradition biblique est polyphonique.
Il...




                        

                        

