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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-1"> ¤ Cette notion, à laquelle les gouvernement si souvent font appel, correspond-elle à une réalité ? Trois questions au démographe Cris Beauchemin.
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L’immigration réagit-elle aux « appels d’air »?

Cette notion, à laquelle les gouvernement si souvent font appel, correspond-elle à une réalité ? Trois questions au démographe Cris Beauchemin.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 17h00
    |

            Anne Chemin








                        



                                


                            
Cris Beauchemin est directeur de recherches à l’Institut national des études démographiques (INED), il y dirige l’unité de recherche « Migrations internationales et minorités ». Il est l’auteur, avec Mathieu Ichou, ­ d’Au-delà de la crise des migrants : décentrer le regard (Karthala, « Disputatio », 2016).
Les gouvernements qui souhaitent durcir les textes sur l’immigration invoquent souvent la notion d’« appel d’air » pour justifier leur politique. Quelle vision cette notion porte-t-elle ?
La notion d’appel d’air repose sur l’idée qu’une politique d’accueil généreuse a un effet d’attraction sur les migrants – un discours généralement assorti de l’idée qu’ils sont trop nombreux. Mais qu’est-ce que ce « trop » ? Les Français ont une vision assez déformée des migrations : ils situent la part des étrangers vivant en France à 30 %, alors qu’elle est d’environ 10 %. L’image de l’appel d’air suggère en outre que les migrations sont à sens unique alors que cette représentation est fausse : selon l’OCDE, dix ans après leur arrivée, 30 % à 50 % des migrants sont déjà repartis et, selon l’Insee, le volume des départs de France a triplé entre 2006 et 2013, ce qui a entraîné une diminution significative du solde migratoire. Enfin, la notion d’appel d’air suggère que les migrants sont irrésistiblement attirés vers la France, ce qui, là encore, n’est pas vrai : l’Hexagone n’est pas une destination de premier choix en Europe, comme on l’a vu lors de la crise des migrants de 2015. Les camps qui se perpétuent aux alentours de Calais sont d’ailleurs peuplés de personnes qui veulent partir au Royaume-Uni.
La notion d’appel d’air repose sur l’idée que les migrants choisissent leur pays de destination en comparant leurs politiques migratoires. Est-ce le cas ?
Les politiques migratoires ne sont qu’un facteur d’explication parmi d’autres : il faut aussi prendre en compte le contexte économique du pays et les caractéristiques...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-2"> ¤ Une votation va être organisée en Suisse pour remettre en cause le financement de la télévision et de la radio publiques. Une véritable attaque contre la démocratie dénoncent, dans une tribune au « Monde », d’anciens dirigeants de cet organisme.
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« La démocratie suisse est à la veille de se tirer dans le pied »

Une votation va être organisée en Suisse pour remettre en cause le financement de la télévision et de la radio publiques. Une véritable attaque contre la démocratie dénoncent, dans une tribune au « Monde », d’anciens dirigeants de cet organisme.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 17h00
    |

Guillaume Chenevière, Philippe Mottaz, Oswald Sigg et Raymond Vouillamoz (anciens dirigeants de la Télévision suisse)







                        



                                


                            
Tribune. Après avoir déclaré que « l’audiovisuel public français est structuré comme le monde d’avant », le président Macron persiste et signe. Lors de la cérémonie des vœux de Nouvel An à la presse, mercredi 3 janvier, le chef de l’Etat a confirmé sa volonté de réformer l’audiovisuel public avant la fin de l’année et a insisté sur la nécessité pour les médias de réinventer leurs modèles économiques.
Ce débat en Suisse est d’une radicalité et d’une violence inouïes. Les critiques de la démocratie rappellent qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes, mais l’histoire ne donne pas d’exemple d’une démocratie directe qui se tire elle-même dans le pied. Patience ! Cela arrivera si les Suisses approuvent l’initiative populaire au nom barbare, No Billag, qui leur est soumise le 4 mars prochain.

De quoi s’agit-il ? De rayer de la loi le principe même d’un service public de radio-télévision, d’interdire la redevance (Billag est le nom de l’organe de perception) et toute forme de subventionnement gouvernemental de l’audiovisuel.
La Suisse (huit millions d’habitants) n’a pas une langue nationale unique. La radio et la télévision suisses produisent leurs émissions en allemand à Zurich, en français à Genève et en italien à Lugano, langues à la fois nationales et étrangères. Cette proximité linguistique avec les grands voisins européens favorise sur le territoire helvétique l’audience des télévisions étrangères.
Dégagisme
Elles captent la moitié des parts de marché en prime-time, d’où l’ouverture sur les chaînes privées françaises et allemandes de fenêtres publicitaires destinées aux téléspectateurs suisses. Autre particularité helvétique due à l’exiguïté du territoire : la SSR (Société suisse de radiodiffusion) est à la fois service public et seule radio-télévision nationale. En Suisse romande, les programmes de la RTS (Radio-Télévision suisse) ont pour objectif de satisfaire tous les segments du public répartis...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-3"> ¤ Dans le débat public, le nom du chercheur, mort en janvier 2002, resurgit à chaque attaque contre la sociologie. C’est parce qu’il a marqué la discipline : les querelles autour de son œuvre sont à la mesure de son importance.
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Pierre Bourdieu, cible et repère

Dans le débat public, le nom du chercheur, mort en janvier 2002, resurgit à chaque attaque contre la sociologie. C’est parce qu’il a marqué la discipline : les querelles autour de son œuvre sont à la mesure de son importance.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 15h27
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 16h11
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            

A chaque attaque contre la sociologie, le nom de Pierre Bourdieu resurgit. En 2015, il était déjà dans la ligne de mire de l’essayiste Philippe Val, qui s’en prenait au « sociologisme » dans ­Malaise dans l’inculture (Grasset). Quand l’ancien premier ministre Manuel Valls déclare, quelques mois plus tard, qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle » ne doit être cherchée au terrorisme, c’est encore à lui qu’on pense.
Et c’est toujours lui qui est au cœur d’une charge venue, cette fois, de l’intérieur de la discipline : dans Le Danger sociologique (PUF, 2017), qui a suscité un émoi médiatique, Gérald Bronner et Etienne Géhin accusent Bourdieu d’avoir contribué à propager la « théorie du déterminisme social », sans considération pour la liberté des acteurs sociaux. « Les progrès de la neurobiologie et des sciences cognitives ne permettent plus aux sociologues de tout ignorer des ressources d’un organe qui est le moyen de la pensée, de l’intelligence, de l’inventivité, du choix, et par là, d’un certain libre arbitre », écrivent-ils.
Gérald Bronner, professeur à l’université Paris-Diderot, persiste et signe : « Tout n’est pas prédictible. Si un chercheur n’est jamais surpris par ses résultats, c’est quand même un problème ! » Dans la foulée, la revue Le Débat consacre notamment son numéro de novembre-décembre 2017 à « la sociologie au risque d’un dévoiement » ; la sociologue Nathalie Heinich, très virulente, y reproche au « courant bourdieusien » la reprise « de grilles de perception du monde directement importées du vocabulaire militant ».
Mais pourquoi ce chercheur agite-t-il autant le débat public seize ans après sa mort ? Comment expliquer que l’évocation de son seul patronyme continue d’échauffer les esprits dans la sphère publique ? Ou autre façon de poser la question : y a-t-il un Pierre Bourdieu médiatique, qui sentirait encore le soufre, et un Pierre...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-4"> ¤ Les concepts inventés par l’auteur de « La Distinction » pour décrire le monde social servent à une nouvelle génération de chercheurs : trois d’entre eux témoignent.
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Ces chercheurs qui reprennent les outils de Bourdieu

Les concepts inventés par l’auteur de « La Distinction » pour décrire le monde social servent à une nouvelle génération de chercheurs : trois d’entre eux témoignent.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 15h27
    |

                            Marion Rousset








                        



                                


                            L’habitus
Par Lise Bernard, chargée de recherche au CNRS, membre du Centre Maurice-Halbwachs, à Paris, auteure de La Précarité en col blanc. Une enquête sur les agents immobiliers (PUF, 2017).
« Quand on pense aux agents immobiliers, on les imagine d’abord dotés de ressources économiques, notamment de dispositions pour réussir dans le monde des affaires. C’est important, mais ce n’est pas suffisant pour réussir dans ce métier. D’où l’intérêt de mobiliser la notion de “capital culturel” que j’emprunte à Bourdieu. Celui-ci insistait en particulier sur l’importance du diplôme. Mais ce qui est central pour travailler en agence dans le secteur de la vente, c’est surtout le “capital culturel non certifié”, évoqué dans La Distinction ­ (Minuit, 1979) à propos d’autres groupes, autrement dit des ressources non scolaires : une aisance dans le maniement du langage, la maîtrise des “bonnes manières”, une connaissance des goûts et de la culture des classes moyennes et supérieures qui achètent.
Ce capital, certains agents immobiliers le possèdent parce qu’ils sont issus des mêmes milieux sociaux que les acheteurs. J’ai rencontré à Paris une négociatrice qui réussissait mieux que les autres avec les clients les plus fortunés. Elle n’était pas très diplômée, mais son père était d’origine bourgeoise et sa mère appartenait à une famille noble. Sa force, c’est qu’elle savait décrire les moulures, les poêles prussiens, les cheminées, les faïences…
D’autres bons négociateurs viennent de milieux populaires, mais ils ont entretenu des liens prolongés avec des individus de milieux sociaux plus élevés, soit parce qu’ils ont été amenés à déménager dans un quartier plus favorisé, soit en exerçant des métiers de service, comme serveur dans un restaurant à la clientèle aisée. Le logement met en jeu un rapport à la décoration, à la famille, à l’école. Pour cerner rapidement les demandes des clients et gagner leur confiance, il faut...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-5"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’économiste du travail Mouna Viprey estime que seul un véritable accompagnement individuel des demandeurs d’emploi peut légitimer le renforcement de leur contrôle.
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« Le contrôle des chômeurs ne doit pas être une fin en soi »

Dans une tribune au « Monde », l’économiste du travail Mouna Viprey estime que seul un véritable accompagnement individuel des demandeurs d’emploi peut légitimer le renforcement de leur contrôle.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 15h00
    |

Mouna Viprey (Docteur en économie du travail (Paris-1-Panthéon-Sorbonne), consultante en innovation sociale)







                        



                                


                            
Tribune. Une note du ministère du travail citée par le Canard enchaîné au lendemain de Noël nous apprend que le renforcement du contrôle des inscrits à Pôle emploi est dans les tuyaux du gouvernement. Sans surprise, les élus de la majorité expliquent que ce contrôle est dans l’intérêt des demandeurs d’emploi, car il est nécessaire pour le retour à l’emploi. L’opposition, elle, dénonce la traque aux chômeurs.
Le pragmatisme doit aujourd’hui conduire à prôner des transformations radicales dans l’accompagnement
Réformer impose de dépassionner le débat et de dépasser les oppositions de principe. Les caricatures, comme les annonces gadgets, sont néfastes, car elles participent à casser encore plus la cohésion sociale, sans rien changer à la situation des demandeurs d’emploi, si ce n’est les stigmatiser.
Concernant le marché du travail, le pragmatisme doit aujourd’hui conduire à prôner des transformations radicales dans l’accompagnement. Un accompagnement régulier de chaque demandeur d’emploi impose de fait le contrôle de la recherche effective de la personne suivie par son conseiller.

Il n’existe pas de recette magique pour contrôler les seuls fraudeurs. En revanche, mettre des règles de contrôle qui font partie intégrante du suivi et du conseil dans la recherche d’emploi, avec des vrais moyens, est du ressort de ceux qui nous gouvernent. Si le contrôle n’est pas une fin en soi, alors, et seulement là, il cesse d’être « choquant » et devient « normal ».
D’importants moyens nécessaires
Concernant le contrôle, le président de la République estime que « c’est ce que font tous les pays qui nous entourent ». C’est vrai ; mais s’il existe bien un contrôle des demandeurs d’emploi, s’y ajoutent des moyens très importants pour un accompagnement régulier et individualisé.
Le Danemark, souvent cité en exemple pour son système alliant flexibilité et sécurité, fait partie des pays consacrant les dépenses les plus élevées...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-6"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’avocat Jacques Barthélémy et l’économiste Gilbert Cette estiment qu’il faut élargir les protections sociales à tous les travailleurs en situation de dépendance économique, que celle-ci corresponde ou non à un contrat de travail.
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Pour « un droit de l’activité professionnelle »

Dans une tribune au « Monde », l’avocat Jacques Barthélémy et l’économiste Gilbert Cette estiment qu’il faut élargir les protections sociales à tous les travailleurs en situation de dépendance économique, que celle-ci corresponde ou non à un contrat de travail.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 14h00
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h15
    |

                            Gilbert Cette (Professeur d’économie associé à l’université d’Aix-Marseille) et 
                            Jacques Barthélémy (Avocat conseil en droit social)








                        



                                


                            
Tribune. Les effets éventuels de la révolution numérique sur le marché du travail suscitent des appréhensions. La première concerne la disparition de nombreux emplois, en particulier dans le transport, les activités financières et le commerce. Or, les gains de productivité, et donc les destructions d’emploi, sont les plus faibles depuis près d’un siècle et demi.
Toutes les précédentes révolutions technologiques ont suscité cette même angoisse, toujours démentie ensuite : les emplois détruits ont été remplacés par d’autres, dans de nouvelles activités. Mais cela exige que notre système de formation devienne très réactif pour adapter les qualifications de nombreux travailleurs aux activités qui se développeront. C’est l’un des objectifs de la réforme envisagée de la formation professionnelle.

L’autre angoisse est celle de voir l’emploi indépendant se développer aux dépens de l’emploi salarié, avec en corollaire des droits sociaux réduits. En effet, comparé à l’emploi salarié, l’emploi indépendant bénéficie d’une couverture sociale réduite (tout spécialement face au chômage), mais aussi de moindres possibilités de recours en cas de séparation à l’initiative du donneur d’ordre.
Polarisation de l’emploi indépendant
Pour autant, sur les deux dernières décennies, la part de l’emploi indépendant dans l’emploi total est stable ou se réduit dans trente-deux des trente-cinq pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle n’augmente qu’en France, en raison de la création du statut d’autoentrepreneur, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Ici encore, l’angoisse ne repose pas sur des faits avérés.
En revanche, dans les principaux pays développés, l’emploi indépendant se polarise entre, d’un côté, en proportion encore faible, des prestataires de services à haute valeur ajoutée, très diplômés et qualifiés qui, par le biais des outils de mobilité, connaissent une forte interpénétration entre vie familiale...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤ Editorial. L’IG Metall, le plus grand syndicat allemand, a lancé un mouvement social pour obtenir la semaine de 28 heures et une hausse des salaires de 6%.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-7"> ¤                     
                                                

En Allemagne, travailler moins pour vivre mieux

Editorial. L’IG Metall, le plus grand syndicat allemand, a lancé un mouvement social pour obtenir la semaine de 28 heures et une hausse des salaires de 6%.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 11h42
   





                        


Editorial du « Monde ». « Gagner plus pour ne rien faire. » Rainer Dulger, le président de la fédération patronale de l’industrie allemande, n’hésite pas à ironiser sur les revendications de l’IG Metall. Le plus grand syndicat allemand vient en effet de se lancer dans une épreuve de force en réclamant la semaine de 28 heures, contre 35 actuellement. Une demande extravagante, répond le patronat, déclenchant ainsi un conflit social qui s’annonce long. Du jamais-vu depuis la réforme du marché du travail lancée en 2003 par Gerhard Schröder.
Les 3,9 millions de salariés de la métallurgie veulent toucher les fruits des efforts consentis depuis quinze ans. Mais, contrairement à 2003, ce ne sont plus les patrons qui demandent davantage de flexibilité, mais les salariés qui souhaitent que l’entreprise s’adapte à leur vie personnelle. Il s’agit de proposer à ceux qui le désirent de réduire leur temps de travail sur une période de deux ans pour s’occuper d’un enfant ou d’un parent âgé, le tout assorti d’une prime compensatrice de 200 euros. Parallèlement, le syndicat revendique une hausse de salaire de 6 % pour tous.
Les employeurs s’inquiètent surtout des conséquences d’une nouvelle réduction du temps de travail (RTT), alors que la pénurie de main-d’œuvre qualifiée se fait cruellement sentir sous le double effet du vieillissement de la population et d’une économie au bord de la surchauffe. L’économie a progressé de 2,2 % en 2017 et pourrait même accélérer en 2018, à 2,5 %. Les entreprises ont de plus en plus de mal à honorer des carnets de commandes qui ne désemplissent pas.
Un problème de riches
La marge de manœuvre du patronat est donc étroite. Son principal argument consiste à souligner qu’il serait discriminatoire d’accorder une compensation financière aux candidats aux 28 heures, pendant que ceux qui ont déjà des horaires aménagés ne toucheraient rien.
A l’heure où les patrons français cherchent à regagner la flexibilité perdue lors du passage aux 35 heures, le cas allemand a de quoi faire réfléchir. Les contempteurs de la RTT n’ont-ils pas martelé que la France faisait fausse route en voulant partager le travail pour créer de l’emploi ? Mais, qu’on ne s’y trompe pas : la métallurgie allemande fait face à un problème de riches, difficilement transposable à la France.
D’abord, la mesure concerne un secteur industriel qui est au plein-emploi. Même si, à côté des salariés défendus par l’IG Metall, 50 % des entreprises allemandes restent sans convention collective, tandis que, dans les services, la précarité est souvent la règle. L’économie allemande est à deux vitesses. Avec le risque qu’une victoire de l’IG Metall accentue plus encore les inégalités.

        Lire aussi.
         

          La croissance s’accélère en Allemagne : 2,2 % en 2017



Ensuite, si le syndicat réclame les 28 heures, c’est avant tout pour attirer à lui de nouveaux adhérents en rajeunissant et en féminisant sa base, pas pour faire baisser le chômage, comme c’était l’idée en France.
Le principal intérêt du rapport de force qui se joue en Allemagne est qu’il ne porte pas sur des revendications purement économiques, mais sur des aspirations sociétales. Celles-ci ont été formalisées par le syndicat à la suite d’enquêtes à grande échelle. Tout le contraire de la loi française, qui avait imposé d’en haut une réduction généralisée de la RTT. L’IG Metall a compris que le bien-être social doit être précédé par la prospérité économique. La France n’a pas procédé dans cet ordre. Pas étonnant que, de ce côté du Rhin, on discute encore de la suppression des 35 heures, tandis que, de l’autre, on cherche à passer aux 28 heures.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤ Une tribune parue dans « Le Monde » et défendant la « liberté d’importuner » a suscité de violentes réactions en France et hors des frontières.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-8"> ¤                     
                                                   
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Le féminisme critiqué au nom de la liberté sexuelle

Une tribune parue dans « Le Monde » et défendant la « liberté d’importuner » a suscité de violentes réactions en France et hors des frontières.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 11h16
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 12h08
    |

            Violaine Morin (avec Faustine Vincent)








                        



                                


                            

La réponse ne s’est pas fait attendre. Et elle est cinglante. Après la parution, dans Le Monde du 10 janvier, d’une tribune signée par une centaine de femmes revendiquant le droit à la « liberté d’importuner », de nombreuses femmes, militantes, expertes ou femmes politiques, se sont immédiatement insurgées contre ce retour du « vieux monde ». Le même jour, une contre-tribune signée par des militantes féministes, dont Caroline De Haas et Marie-Noëlle Bas (présidente des Chiennes de garde), est parue sur le site de France Info.

Le texte paru dans Le Monde, à l’initiative d’un petit groupe dont l’écrivaine et critique d’art Catherine Millet, dénonce le mouvement né à l’automne 2017 dans la foulée de l’affaire Weinstein, qui a vu une libération de la parole des femmes contre le harcèlement sexuel. Les signataires, dont l’actrice Catherine Deneuve, déclarent refuser l’enfermement des femmes « dans le rôle de la proie », fustigeant un féminisme qui « prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité ». Les militantes féministes y ont lu la volonté de « refermer la chape de plomb » soulevée par le scandale Weinstein et dénoncent des auteures, qui « méprisent » les victimes de violences sexuelles. Des femmes politiques ont aussi fermement réagi : la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa, a déploré mercredi sur France culture un discours « dangereux ». L’ancienne ministre des droits des femmes Laurence Rossignol a évoqué une « gifle contre les femmes qui dénoncent la prédation sexuelle », tandis que Ségolène Royal s’inquiétait pour les victimes « déjà écrasées par la peur de parler ».

« Il y a toujours eu des gens, et en particulier des femmes, pour nous dire que nous ne faisions pas comme il fallait »
La teneur de cette tribune, quelques mois après le début du scandale Weinstein,...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-9"> ¤ Le président américain avait promis de renforcer l’Etat social, rappelle, dans sa chronique, Alain Frachon. Or, son action sert avant tout ceux qui détiennent le pouvoir et la richesse.
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« Trump est le mauvais génie d’une Amérique malheureuse »

Le président américain avait promis de renforcer l’Etat social, rappelle, dans sa chronique, Alain Frachon. Or, son action sert avant tout ceux qui détiennent le pouvoir et la richesse.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 11h15
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 18h11
    |

            Alain Frachon








                        



                                


                            

Chronique. « J’ai été un homme d’affaires à GRAND [en majuscules] succès, puis une super-vedette de la télévision, enfin élu président des Etats-Unis (du premier coup). (…) Je pense que cela me qualifie comme étant non pas intelligent, mais comme étant un génie – et un génie très équilibré. »

On ne s’en lasse pas. On relit. On s’interroge. Le 45e président des Etats-Unis s’auto-glorifie de la sorte dans un Tweet lâché à l’aube du samedi 6 janvier. On pense à quelques-uns de ses prédécesseurs – à Abraham Lincoln, par exemple. On mesure le chemin parcouru. On veut croire que Donald Trump blaguait. Rien n’est moins sûr. Le « génie très équilibré » éprouvait le besoin de répondre au livre de Michael Wolff, Fire and Fury : Inside the Trump White House (« Le feu et la fureur : à l’intérieur de la Maison Blanche de Trump »), sorti la veille.
Le journaliste a enquêté pendant trois mois à la Maison Blanche. Il décrit une équipe chaotique et un cercle rapproché de collaborateurs du président unanimement arrivé à cette conclusion : Trump est incapable d’assumer sa fonction. Intellectuellement et psychologiquement. Toute la presse reprenant ce diagnostic, grosso modo largement corroboré, le président a voulu rassurer ses fidèles. Méthode habituelle : un Tweet entre 4 heures et 6 heures du matin.

Mais la question des compétences de Donald Trump est mal posée ou, plutôt, elle était tranchée depuis longtemps, comme le dit Ian Bremmer, le président d’Eurasia Group, la grande société d’évaluation des risques politiques : « Bien sûr, Trump n’est pas qualifié pour le job. » Il n’a pas été choisi pour ça. « Un vote de protestation », comme celui de novembre 2016, « n’est pas un vote sur les compétences » supposées d’un candidat, poursuit Bremmer : « C’est un vote de défiance à l’égard des élites. » 
Wall Street plane plus...



                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Léa Clermont-Dion, auteure et doctorante en sciences politiques à l’université de Laval (Québec), répond au texte, publié le 10 janvier dans nos colonnes, qui défend la « liberté d’importuner ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-10"> ¤                     
                                                   
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Léa Clermont-Dion : « La troisième vague du féminisme est tout sauf conservatrice ou puritaine »

Dans une tribune au « Monde », Léa Clermont-Dion, auteure et doctorante en sciences politiques à l’université de Laval (Québec), répond au texte, publié le 10 janvier dans nos colonnes, qui défend la « liberté d’importuner ».



Le Monde
 |    11.01.2018 à 10h47
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 11h13
    |

Léa Clermont-Dion (Auteure et doctorante en science politique à l’université Laval, Québec)







                        



                                


                            

Tribune. Le viol est un crime, certes. Mais la drague insistante peut incarner une forme de harcèlement sexuel, si répétée, ou mener à un éventuel viol. La malencontreuse tribune « Des femmes libèrent une autre parole » (Le Monde du 10 janvier) banalise les violences sexuelles.
Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment. Chaque vague de dénonciation a engendré une réponse systématiquement négative. La féministe américaine Susan Faludi avait appelé ce phénomène backlash (« retour de flamme »). Voilà pourquoi un tel texte est problématique. Il y a plusieurs confusions théoriques et pratiques qui méritent d’être clarifiées.
« Alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses intimes », disent-elles. Ces exemples anecdotiques sont utilisés pour dénigrer une vague de dénonciations importante. Cette rhétorique incarne une forme de sophisme répandue, la généralisation hâtive. Comment disqualifier un mouvement capital ? Utiliser une ou deux anecdotes, édulcorer une problématique et banaliser. Ces « petites » violences peuvent incarner des formes de harcèlement sexuel ou d’agressions sexuelles.
« Les signataires banalisent les agressions sexuelles »
De plus, faut-il rappeler aux signataires de la lettre quelques notions juridiques ? L’agression sexuelle est un délit puni par les articles 222-27 à 222-30 du code pénal qui se définit comme suit : « Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. »
Autrement dit, l’agression sexuelle peut en effet comprendre des attouchements sexuels, des baisers forcés, des caresses non consenties. Les signataires de la lettre banalisent non seulement le harcèlement sexuel, mais les agressions sexuelles autres que le viol. Il semble bien navrant de constater que le viol est encore et toujours considéré comme la seule et unique agression sexuelle légitime...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-11"> ¤ Christine Bard, spécialiste de l’histoire du féminisme, explique en quoi la tribune parue dans « Le Monde », signée par cent femmes, relève d’un contre-mouvement classique.
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La tribune signée par Deneuve est « l’expression d’un antiféminisme »

Christine Bard, spécialiste de l’histoire du féminisme, explique en quoi la tribune parue dans « Le Monde », signée par cent femmes, relève d’un contre-mouvement classique.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 10h46
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 18h29
    |

            Faustine Vincent








                        



   


La tribune d’un collectif de cent femmes, dont Catherine Deneuve, publiée le 9 janvier dans Le Monde, défendant la « liberté d’importuner » a suscité de vives réactions. Des féministes, emmenées par la militante Caroline De Haas, y ont répondu par une autre tribune, publiée sur Franceinfo, les accusant de « refermer la chape de plomb » soulevée par le scandale Weinstein et de « mépriser » les victimes de violences sexuelles.
Christine Bard, historienne, spécialiste de l’histoire du féminisme et de l’antiféminisme, a coordonné le Dictionnaire des féministes, France XVIIIe-XXIe siècles (PUF, 2017). Elle explique en quoi la tribune signée par l’actrice relève de l’antiféminisme, et observe que le mouvement #Metoo a transcendé les clivages qui traversent le féminisme.
Comment analysez-vous le propos de la tribune de ces cent femmes ?
Christine Bard : Il était prévisible que la grande prise de parole à laquelle on assiste depuis plusieurs mois pour dénoncer les violences sexuelles donne lieu à ce type de réaction. Cette tribune développe une rhétorique antiféministe. Elle reprend des arguments classiques, déjà présents au XIXe siècle : l’accusation de censure, d’atteinte à la liberté sexuelle, de haine des hommes et de la sexualité, de victimisation des femmes, sans oublier l’accusation de totalitarisme.
La logique du propos est en apparence moins réactionnaire que celle des courants antiféministes classiques, car ce qui est mis en avant, c’est la liberté. Mais cette notion est manipulée pour défendre « la liberté d’importuner » — c’est-à-dire la liberté sexuelle des hommes —, et pour minimiser, voire légitimer, les comportements machistes et violents.
Les signataires, qui ont des profils variés, ne s’affichent pas comme antiféministes. Mais qu’elles le veuillent ou non, elles s’inscrivent dans ce courant, qui se nomme et s’avoue d’ailleurs rarement comme tel.
La conception naturaliste de la sexualité qui se dégage du texte est également frappante, car elle est réduite à une pulsion, sauvage par essence. Les féministes considèrent au contraire que c’est la culture qui façonne nos comportements sexuels, et qu’il est donc possible d’agir sur les mentalités.
Comment s’exprime cet antiféminisme ?
La domination masculine, qui existe depuis des siècles, est de plus en plus attaquée depuis le XIXe siècle, au nom de l’égalité des sexes. Le féminisme est un processus révolutionnaire en marche, mais fragile, qui change et changera nos sociétés de fond en comble. Il modifie par exemple la représentation que nous avons de la sexualité, nos fantasmes et nos comportements. Un changement aussi important ne peut pas faire l’unanimité. C’est une évolution nécessairement heurtée, qui provoque des réactions passionnelles.
Quand on voit la virulence des oppositions au droit des femmes à faire de la bicyclette à la fin du XIXe siècle ou à leur droit de vote, aujourd’hui cela nous fait sourire. Dans cinquante ans, on trouvera sans doute hallucinant notre débat sur cette tribune, et le fait qu’on ait pu nier à ce point la violence faite aux femmes au quotidien.
Le fait que la tribune soit signée par des femmes vous surprend-il ?
Non, car il y a toujours eu des femmes antiféministes qui ont craint ces changements et estimé dangereuses les revendications féministes. Les résistances ne sont pas seulement dans la tête des hommes, mais aussi dans celle des femmes. C’est un travail considérable que d’essayer de comprendre nos habitus sexistes…
Le féminisme fait peur, car il bouscule les manières de penser, de vivre, de s’exprimer, et interroge les schémas « genrés » qui fabriquent nos identités. Aujourd’hui, on trouve les suffragettes britanniques admirables. Mais à l’époque, la majorité des femmes était hostile à leurs manifestations. De même, en France, à la fin du XIXe siècle, la plupart des féministes étaient encore opposées au droit de vote pour les femmes !
De son côté, la tribune des cent femmes s’en prend à un féminisme fantasmé comme une marâtre qui empêche de jouir et va gâcher le jeu avec les hommes. Or les féministes ne sont évidemment pas contre la liberté sexuelle. D’ailleurs, sans elles, de quelle liberté sexuelle parlerait-on aujourd’hui ? C’est à elles que nous devons la contraception, la liberté d’avorter, l’éducation sexuelle, la critique de la norme hétérosexuelle, et cette révolution sexuelle d’inspiration féministe est d’ailleurs loin d’être achevée.
Vous distinguez trois vagues historiques dans le féminisme, correspondant à trois cycles de mobilisation. Avec le mouvement #Metoo, assiste-t-on à la quatrième ?
Non, nous sommes toujours dans la troisième vague, qui a commencé à la fin du XXe siècle et a mis au premier plan les violences faites aux femmes. Elle se caractérise aussi par une diversification des luttes, à l’image de la pluralité de nos identités, et par l’usage d’Internet, qui a modifié les façons de se mobiliser et a joué un rôle crucial pour #Metoo.
La première vague, des années 1860 à 1960, s’intéressait en priorité à l’accès des femmes dans l’espace public, tandis que la deuxième, des années 1968 à la fin du XXe siècle, a mis la sexualité et le droit à disposer de son corps au cœur de son combat. C’est aussi à ce moment-là que la parole sur le viol a commencé à se libérer.
Le féminisme n’est pas un bloc monolithique, mais regroupe des sensibilités différentes. Avez-vous observé des dissensions face au mouvement #Metoo ?
Non, justement, je ne vois pas de divergences. Les féministes ont des désaccords très profonds sur certains sujets, comme la prostitution, le voile ou encore la pornographie. Mais en ce moment, la cause des violences faites aux femmes transcende les clivages, car elle concerne tout le monde.
Quand le droit de vote a fini par être admis par toutes les féministes, il est devenu le symbole de leur unité. Dans le cas présent, défendre une culture non sexiste dans laquelle les femmes peuvent vivre en sécurité, sans être exposées à la peur des violences, est aussi un objectif fédérateur.
Que la tribune des cent femmes puisse être lue comme l’expression d’un courant féministe signifie qu’on a une représentation du féminisme comme étant l’expression collective de femmes. Mais c’est un amalgame : ce n’est pas parce qu’on s’exprime en tant que femme qu’on a un discours féministe.
Que change le mouvement #Metoo pour le féminisme ?
Les centaines de milliers de femmes qui ont pris la parole ne sont pas toutes, loin de là, des féministes, mais leur parole a une portée féministe et légitime les luttes que mènent les militantes depuis plus de quarante ans.
Ce qui se passe aujourd’hui est la rencontre entre le féminisme, mouvement minoritaire, et cette parole innombrable. On ne mettra pas fin au sujet avec une ou deux lois de plus. Un profond changement culturel passera notamment par l’éducation. Nous ne sommes qu’au tout début de la lutte contre le sexisme et la « culture du viol ».
Cela pourrait aussi retomber : la domination masculine n’a pas été abolie parce que #Metoo a vu le jour. A chaque avancée, elle se recompose ; c’est ce que les recherches sur l’histoire des femmes et du genre ont mis en évidence. Un nouveau monde ne se construit pas en un jour, et ne peut éviter le conflit. Mais c’est le début d’un mouvement, non violent, mais porté par une exaspération et une intensité extraordinaires.



                            


                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤ Dans une tribune au « Monde », Sarah Chiche estime que la sécurité dont doivent bénéficier les femmes ne doit pas nuire à la liberté qu’ont les artistes du « risque d’offenser ».
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-12"> ¤                     
                                                   
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Une instigatrice de la tribune des 100 femmes dénonce une « censure morale insidieuse »

Dans une tribune au « Monde », Sarah Chiche estime que la sécurité dont doivent bénéficier les femmes ne doit pas nuire à la liberté qu’ont les artistes du « risque d’offenser ».



Le Monde
 |    11.01.2018 à 10h40
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 18h22
    |

Sarah Chiche (Psychologue et psychanalyste)







                        



                                


                            
Tribune. La polémique lancée par notre tribune me semble opposer deux idées de la liberté. Pour quantité de militantes féministes, que je respecte tout à fait, ce que nous appelons la « liberté d’importuner » ne doit jamais prendre le risque de traumatiser les faibles. La sécurité prime. Or, il y a une seconde sorte de liberté liée au risque d’offenser. Et c’est celle dont nous voulons rappeler les droits.
On nous a reproché une approche « bourgeoise » et « anarchiste » de cette liberté. Et, c’est vrai, elle est étroitement liée à la sensibilité de l’artiste au travail et paraît, à tort, très éloignée des préoccupations pratiques des femmes agressées sexuellement, etc. Or, il y a un lien subtil mais étroit entre ces questions artistiques et les questions politiques et morales, car une nouvelle censure, insidieuse, se profile, dans laquelle le sexuel est en première ligne.
C’est une vieille « passion française » que de faire flamber le conflit des deux libertés, celle qui protège et celle qui dérange
Le critique Alexandre Gefen a récemment attiré l’attention sur le fait que la littérature aujourd’hui se voue à réparer le monde. On sous-estime l’effet de conformisation qui en résulte. Le témoignage à la première personne sur les traumatismes subis, qu’ils soient sociaux, sexuels, politiques, etc., est devenu un marqueur identifiant de la littérature. Disons-le, c’est même une nouvelle norme. Est-ce pour autant toute la littérature ?
Ce qui est sûr, c’est le succès extraordinaire de ces récits de victimes, qui deviennent des relais très puissants pour les demandes de justice. Et pourquoi pas ? Dans cet esprit, c’est malheureusement la littérature qu’on veut réécrire, le cinéma qu’on veut refilmer. Un certain féminisme s’est mis au service du révisionnisme culturel, et ne sait plus comment ni où arrêter cette machine infernale.
Un metteur en scène de Carmen transforme l’héroïne de Bizet en meurtrière de son meurtrier....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤ Dans une tribune au « Monde », l’historienne du féminisme rappelle que la violence et le harcèlement sexuels ne relèvent pas du fantasme ou de la créativité artistique. Tout comme l’émancipation des femmes n’est pas l’expression d’une haine des hommes.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-13"> ¤                     
                                                   
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Michèle Riot-Sarcey : « Mesdames, ne confondez pas les jeux de rôle de salon avec la vie réelle »

Dans une tribune au « Monde », l’historienne du féminisme rappelle que la violence et le harcèlement sexuels ne relèvent pas du fantasme ou de la créativité artistique. Tout comme l’émancipation des femmes n’est pas l’expression d’une haine des hommes.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 10h35
    |

                            Michèle Riot-Sarcey (Historienne du politique et du féminisme, professeur d'histoire contemporaine et d'histoire du genre à l'université Paris-VIII-Saint-Denis)








                        



                                


                            
Tribune. Les femmes qui prennent la parole ne sont pas des « petites choses », et encore moins « des proies » qui auraient décidé de lancer une campagne contre les hommes en propageant la haine au nom d’un puritanisme d’un autre âge ! Ignorer à ce point le sens de l’émancipation au nom de la liberté d’importuner et d’être importuné, c’est être aveugle au monde réel. Vous qui prétendez libérer une autre parole semblez ignorer ce qui se passe aujourd’hui.
Cette révolution de la parole, à la fois individuelle et collective, non violente, révèle pour la première fois massivement ce qu’émancipation veut dire. Le corps effacé, ou cultivé, le corps tel qu’il est choisi, est désormais revendiqué par celles qui non seulement redressent la tête, disent qu’elles existent, en tant que sujet pensants et agissants, mais affirment qu’elles ne toléreront plus, au nom d’une culture ou d’une nature masculine, d’être convoitées, palpées, violentées, harcelées sans leur consentement.
En quoi cette attitude responsable, profondément libre, ressemble-t-elle à une délation ? En quoi cette révélation remet-elle en cause la liberté des hommes ? Il est vrai que les femmes ne confondent pas la liberté du dominant avec la vraie liberté, responsable, telle que définie par les hommes des Lumières. Condorcet est de ceux-là. Impossible d’être libre, écrivait-il en 1791, dans un monde où l’autre ne l’est pas.
Déstabilisation des privilèges masculins
Les femmes se sont battues au XIXe et au XXe siècle pour dire que la liberté n’appartiendrait à personne tant que l’autre, la femme, l’esclave, l’étranger, ne l’était pas. Leur parole n’a pas été entendue. Après des décennies d’échec de luttes contre la domination, l’exploitation, l’indépendance, tandis que le monde entier s’organise sur la loi du plus fort, tandis que le mot « liberté » est travesti en servitude volontaire, une nouvelle fois des femmes redonnent sens au mot « émancipation »...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤ Dans un entretien, l’historienne réagit à la tribune critique vis-à-vis de #metoo publiée dans « Le Monde » le 9 janvier.
<filname="PROF-0,2-3232,1-0,0-14"> ¤                     
                                                   
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Michelle Perrot : « L’absence de solidarité des femmes signataires de cette tribune me sidère »

Dans un entretien, l’historienne réagit à la tribune critique vis-à-vis de #metoo publiée dans « Le Monde » le 9 janvier.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 10h34
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 12h41
    |

Nicolas Truong







                        



                                


                            

Historienne de renommée internationale, spécialiste de l’histoire des femmes, professeure émérite à l’université Paris-VII – Denis-Diderot à laquelle la revue Critique consacre un numéro entier, en septembre 2017 (n° 843-844 : « Michelle Perrot : l’histoire ouverte », éditions de Minuit), auteure de Mon histoire des femmes (Seuil, 2006), de Histoire de chambres (Seuil, 2009 - Prix Femina essai) et directrice, avec Georges Duby, de Histoire des femmes en Occident, Plon, 1990-1991 (5 volumes), Michelle Perrot fait une analyse critique de la tribune des cent femmes pour « libérer une autre parole », publiée dans Le Monde du mercredi 10 janvier et notamment cosignée par Catherine Deneuve.
Les cent femmes réunies en collectif pour « libérer une autre parole » ont-elles eu raison de vouloir contrer le « puritanisme » apparu selon elles avec l’affaire Weinstein ?
J’aurais aimé que ces cent femmes créatrices mettent leur connaissance du milieu artistique et médiatique et leur prestige « au service » des révoltées de #metoo, même si elles n’ont jamais eu personnellement affaire à des « porcs » ! On peut se sentir solidaire d’une injustice sans l’avoir éprouvée.
Leur distance de femmes non concernées, libres et triomphantes au-dessus de la mêlée des corps, réfugiées dans leur for intérieur inexpugnable, me déçoit plus qu’elle ne me choque. Leur absence de solidarité et leur inconscience des violences réelles subies par les femmes me sidèrent. Mais après tout, elles disent ce qu’elles pensent, d’autres partagent leur point de vue. Le débat existe. Il faut l’assumer.
Sur quels points les rejoignez-vous ?
Ces femmes attirent l’attention sur la frontière parfois ténue qui sépare drague, séduction, harcèlement, cette zone confuse, trouble, où les sexes se côtoient, sans savoir encore s’il s’agit de jeu, de désir ou de captation. L’imaginaire, la poésie, le roman...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-15"> ¤ Dans sa chronique mensuelle, la correspondante du « Monde » à San Francisco explique comment la réforme fiscale votée par le Congrès, qualifiée de « guerre civile économique » par les démocrates, va mettre à mal le fédéralisme américain.
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Réforme fiscale américaine : « Une attaque en règle contre la Californie ? »

Dans sa chronique mensuelle, la correspondante du « Monde » à San Francisco explique comment la réforme fiscale votée par le Congrès, qualifiée de « guerre civile économique » par les démocrates, va mettre à mal le fédéralisme américain.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 09h35
    |

            Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)








                        



                                


                            
Transformations. Une punition. Une mesure de représailles contre leur « résistance » à Trump. En Californie, nul n’en doute : la réforme fiscale adoptée par le Congrès fin décembre est une attaque en règle contre leur mode de vie. Le gouverneur Jerry Brown l’a dit tout net : « C’est une mesure qui vise à punir la Californie pour avoir voté pour Hillary. » Paranoïa ? Sensibilité exacerbée par l’escalade continue entre l’Etat le plus peuplé du pays et l’administration Trump – qui vient encore d’annoncer plusieurs affronts supplémentaires au mode de vie californien, que ce soit sur la légalisation de la marijuana, les forages pétroliers off­shore ou l’immigration ?
la Californie n’est pas le seul Etat à se sentir ciblé par une machination politique
De fait, la Californie n’est pas le seul Etat à se sentir ciblé par une machination politique. Tous les Etats riches qui appliquent des taxations élevées risquent de pâtir de la disposition de la réforme qui plafonne les déductions dans le calcul de l’impôt fédéral. Comme par hasard, il s’agit d’Etats démocrates. A New York, le gouverneur Andrew Cuomo est allé jusqu’à qualifier le plan de « guerre civile économique » organisée autour de l’idée de « piller les “bleus” » (les Etats démocrates) pour « donner aux “rouges” » (les républicains).
Les Californiens n’ont pas tout à fait tort. La réforme les pénalise plus que d’autre. Déjà, elle plafonne les déductions des remboursements d’intérêts d’emprunts, alors que le marché immobilier, de Los Angeles à San Francisco, est l’un des plus chers du pays. Elle supprime aussi, à partir de 2019, les déductions pour la destruction de propriétés du fait de catastrophes naturelles, sauf si le désastre fait l’objet d’une proclamation présidentielle : cela dans un Etat qui compte plus de cinq mille incendies par an.
« Révolte des contribuables »
Surtout, la tax bill de M. Trump limite à 10 000 dollars la déduction...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-16"> ¤ L’importance du voyage d’Emmanuel Macron à Pékin réside surtout dans le rapport de forces dans lequel s’inscrira la négociation des prochains contrats, explique le sinologue Jean-François Dufour, dans une tribune au « Monde ».
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La France a « une carte potentiellement efficace » à jouer face à la Chine

L’importance du voyage d’Emmanuel Macron à Pékin réside surtout dans le rapport de forces dans lequel s’inscrira la négociation des prochains contrats, explique le sinologue Jean-François Dufour, dans une tribune au « Monde ».



Le Monde
 |    11.01.2018 à 08h39
    |

Jean-François Dufour (Responsable du China Control Panel au cabinet de conseil Montsalvy Consulting)







                        



                                


                            
Tribune. Le président français rentre de Chine avec une moisson d’accords économiques qui peut sembler modeste, notamment par rapport à celle de son homologue américain en novembre 2016 : trois cents Boeing commandés, là où cent quatre-vingts Airbus ont été annoncés ; 127 milliards de dollars d’accords dans le secteur gazier, contre 10 milliards dans le nucléaire… Le décalage peut sembler brutal par rapport aux ambitions affichées par la France. Pourtant, ces annonces sont à relativiser.

D’abord, parce que les accords ne doivent pas être confondus avec des contrats. Là où New Areva a de grandes chances de voir aboutir l’accord en négociation depuis des années sur une filière de traitement du combustible usagé qui correspond à un réel besoin chinois, les mirifiques perspectives du gaz américain risquent de rester seulement un argument… pour les négociations de la Chine avec ses autres fournisseurs de gaz.
derrière la mise en scène diplomatique, la Chine est très attentive aux rapports de force
Ensuite, parce que les contrats signés, notamment dans le secteur aéronautique, à l’occasion des visites diplomatiques sont gardés en réserve pour faire briller celles-ci, alors qu’ils correspondent à l’aboutissement de négociations commerciales de longue date. Les trois cents Boeing « vendus » en novembre 2016 intégraient différents lots en négociation depuis des années, qui attendaient ce cadre officiel pour leur signature finale.
L’important dans ce type de visite n’est pas les contrats déjà conclus, mais ceux à venir ; et le contexte dans lequel leur négociation va s’inscrire. L’enjeu majeur de la visite présidentielle est la nature de la relation nouée avec une Chine qui, derrière la mise en scène diplomatique, est très attentive aux rapports de force.
L’Europe, véritable intérêt chinois
On a beaucoup entendu ces derniers jours que la France est trop petite pour intéresser la Chine. C’est vrai. Mais il ne faut pas se tromper....




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-17"> ¤ Tiphaine Samoyault, spécialiste des études littéraires, rappelle, dans une tribune au « Monde », que les paroles haineuses de Céline ne se lisent pas que dans ses pamphlets, mais dans toute son œuvre.
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Pamphlets de Céline : la littérature « menacée de mort »

Tiphaine Samoyault, spécialiste des études littéraires, rappelle, dans une tribune au « Monde », que les paroles haineuses de Céline ne se lisent pas que dans ses pamphlets, mais dans toute son œuvre.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h33
    |

Tiphaine Samoyault (Essayiste et romancière)







                        



                                


                            
Tribune. De l’excellent dossier que « Le Monde des livres » du 5 janvier consacre à la polémique sur la réédition annoncée des pamphlets de Céline, il ressort qu’il y aurait deux visions de Céline, celle des « littéraires » et celle des « historiens » : quand la première, soucieuse de faire valoir la grandeur de l’écrivain et la force de son style, ne verrait dans les pamphlets qu’un égarement momentané, ne retirant rien à la force de l’œuvre romanesque, la seconde, indifférente au style, serait seule à même de mettre au jour l’antisémitisme profond de ces textes et de contextualiser ses éléments de propagande.
Ce partage est dangereux et entérine une division disciplinaire assez anachronique aujourd’hui, où les liens entre littérature et histoire sont revendiqués, par les historiens notamment (de Patrick Boucheron à Ivan Jablonka) ; et il oublie de rappeler ce que Barthes indiquait dans son article « Le discours de l’histoire » (Œuvres complètes II, Seuil, 1994) : qu’aucune discipline ne parle depuis la vérité.
Cette division manque aussi le fait que, du côté des études étiquetées « littéraires », des travaux très marquants (à commencer par ceux de Catherine Coquio sur les génocides et récemment sur la Syrie) se font certes à partir des productions artistiques et littéraires, mais en souci constant du contexte et dans une conscience historique d’autant plus forte que celle-ci est informée par le témoignage et la réflexion de l’art sur l’événement.
Il n’est pas inutile de rappeler que le travail majeur accompli par Alice Kaplan sur Bagatelles pour un massacre (Relevé des sources et citations dans « Bagatelles pour un massacre », Le Lérot, 1987) a été fait du double point de vue de la littérature et de l’histoire, aux Etats-Unis, certes, où l’université est moins rigoureusement assise qu’en France sur les divisions disciplinaires.

Dire que la lecture des pamphlets de Céline n’empêchera...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-18"> ¤ Yann Moix, écrivain et chroniqueur, explique dans une tribune au « Monde » qu’il n’y a qu’un Céline, et qu’on ne peut isoler les pamphlets du reste de son œuvre.
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Pamphlets de Céline : « L’homme est la capitale de toutes les contradictions »

Yann Moix, écrivain et chroniqueur, explique dans une tribune au « Monde » qu’il n’y a qu’un Céline, et qu’on ne peut isoler les pamphlets du reste de son œuvre.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h32
    |

Yann Moix (Ecrivain)







                        



                                


                            
Tribune. La moindre des choses, concernant les pamphlets de Céline, eût été de ne jamais tenir compte du refus de l’auteur de les voir republier. Retrancher à l’œuvre une part importante de l’œuvre, c’est en modifier l’ADN, c’est en truquer la vérité, c’est en modifier la portée. « Tout » Céline « moins » les écrits antisémites, c’est inventer un Céline qui n’existe pas, n’a jamais existé, est une chimère, une licorne.
Il fallait, dès après sa mort, en 1961, publier l’intégrale de l’œuvre dans « La Pléiade » et dans l’ordre chronologique ; le classement thématique (d’un côté les romans acceptables et géniaux, de l’autre les pamphlets inadmissibles et nauséeux) produit une idée fausse de l’homme qu’il fut.
Céline se déploie dans le temps, il n’y a que dans le temps, époque par époque, dans le déroulement des événements, que tenter de le « suivre » (je n’ai pas dit de le « comprendre ») est possible. Il ne s’appréhende que dans l’aberration de ses « évolutions », dans l’aggravation progressive de ses tares, de ses paranoïas. Ses paniques, ses folies sont indissociables de la marche temporelle de l’Histoire.
Oter de l’œuvre à l’œuvre, c’est la tronquer, c’est trahir le Céline admirable en le coupant de cette part maudite ; car il n’existe pas « deux » ­Céline : il n’existe, dans cette histoire, que la complexité d’un écrivain, qui nous rappelle que le génie (on peut naïvement le regretter) n’est pas mécaniquement le contraire du pire, et que l’on peut à la fois être le plus inexcusable des salauds et le plus immense créateur de son temps. Céline nous rappelle que l’homme est la capitale de toutes les contradictions, de toutes les configurations, de toutes les combinaisons, de toutes les possibilités, de toutes les impossibilités.
Monstruosité et génie
Quant au fameux appareil critique des pamphlets, je prétends pour ma part qu’il ne devrait pas être plus épais, plus scrupuleux que l’appareil critique des romans : prendre mille...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-19"> ¤ L’historien Zeev Sternhell explique, dans une tribune au « Monde », pourquoi un essai introductif sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France doit précéder toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.
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Pamphlets de Céline : « un travail d’historiens et de politologues » est indispensable

L’historien Zeev Sternhell explique, dans une tribune au « Monde », pourquoi un essai introductif sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France doit précéder toute réédition des pamphlets antisémites de Céline.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h45
 • Mis à jour le
11.01.2018 à 14h33
    |

                            Zeev Sternhell (Historien)








                        



                                


                            
Tribune. Une édition critique des pamphlets de Céline ne saurait se réduire à une reprise de l’édition québécoise avec l’ajout d’une simple préface littéraire concoctée à Paris. Céline est une figure majeure de l’antisémitisme français, de la tentation nazie en France et de l’usage qui en fut fait par la droite fasciste ou fascisante française. Remettre ces textes sous les yeux du grand public permet, d’une part, de mieux reconstituer les réalités idéologiques du XXe siècle, ce qui est toujours positif et conforme aux devoirs d’un éditeur, mais, d’autre part, peut contribuer à rendre une certaine légitimité à l’antisémitisme, ce qui de toute évidence n’est pas l’objectif de Gallimard.
Si on se lance dans une telle entreprise, il est impératif de faire précéder ce recueil non pas d’une quelconque préface, mais d’un essai introductif savant sur ce que fut l’antisémitisme au XXe siècle en France, sur ses racines et sa fonction politique ainsi que sur sa signification pour le contexte culturel général. Une telle démarche demande non seulement de grandes connaissances mais un gros travail sur les réactions de l’opinion publique de l’époque. C’est un travail d’historiens et de politologues.
Un innocent exercice ?
Ce qui est essentiel, c’est le contexte et la nature de l’antisémitisme dans la France du XXe siècle : une telle étude doit nécessairement comporter une réflexion sur les rapports entre idées et action politique. L’antisémitisme, depuis le boulangisme, n’a jamais été une opinion, mais un outil de combat, une arme d’une extraordinaire puissance mobilisatrice. C’est pourquoi une réflexion sur le contenu nazi des pamphlets ­céliniens constitue une réflexion sur la culture politique de la première moitié du XXe siècle : les idées céliniennes reflétaient-elles un climat intellectuel ambiant ou n’étaient-elles qu’un innocent exercice, voire un malheureux accident de parcours ?

Les...




                        

                        


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<filname="SURF-0,2-3232,1-0,0-20"> ¤ Plongée dans la question de l’être telle que l’auteur de la « Métaphysique » l’a inaugurée. Une superbe redécouverte de la sidération dont procède la philosophie.
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Bernard Sichère à la poursuite de la plénitude avec Aristote

Plongée dans la question de l’être telle que l’auteur de la « Métaphysique » l’a inaugurée. Une superbe redécouverte de la sidération dont procède la philosophie.



Le Monde
 |    11.01.2018 à 07h15
    |

                            Florent Georgesco








                        



                                


                            
Aristote au soleil de l’être, de Bernard Sichère, CNRS Editions, 152 p., 23 €.

Aristote (384-322 av. J.-C.) a 17 ans quand il rejoint à Athènes l’Académie, l’école que Platon, de plus de quarante ans son aîné, a fondée après avoir lui-même reçu l’enseignement de Socrate. Il reste auprès du vieux maître jusqu’à la mort de ce dernier, vingt ans plus tard. Puis il crée à son tour plusieurs écoles, dont le Lycée, où il donnera naissance à une philosophie d’une telle fécondité qu’elle va être l’une des sources principales de la métaphysique occidentale. Une philosophie qui, en redonnant la priorité au visible sur l’invisible, à l’individu sur l’universel, en attachant le plus étroitement possible ce qui constitue la réalité concrète à ce que l’esprit humain peut en percevoir, s’arrachera au platonisme dont elle procède, nouant avec lui un débat qui dure encore.
La pensée, dans ses commencements, est affaire de lieux, de rencontres entre des hommes « de chair et d’os », comme l’écrit Bernard Sichère, qui résume : « Une vie philosophique, c’est d’abord une vie. » Il n’y a pas de philosophie sans transmission de proche en proche, sans l’intimité d’un face-à-face. L’une des forces d’Aristote au soleil de l’être, brève et dense plongée dans la question de l’être telle qu’Aristote l’a inaugurée, est de ne jamais perdre de vue cette incarnation de la pensée. Il s’agit d’une enquête métaphysique, mais menée en soi-même, là où la pensée des autres – Platon, Aristote, Heidegger (1889-1976) aussi, très présent dans ces pages – ouvre la vôtre à des dimensions nouvelles, la rapproche de la présence des êtres, des choses, du monde, de l’être tout court en somme, de cette évidence sidérante que ce qui est est.
Une vie nouvelle
Bernard Sichère (né en 1944) évoque en quelques lignes, vers le début, la généalogie de ce qui a été pour lui, en quelque sorte, une conversion à Aristote, laquelle...




                        

                        

